Test DVD / Don Juan, réalisé par Jacques Weber

DON JUAN réalisé par Jacques Weber, disponible en DVD aux Editions Montparnasse le 6 mars 2018

Avec :  Jacques Weber, Michel Boujenah, Emmanuelle Béart, Penélope Cruz, Ariadna Gil, Denis Lavant, Michael Lonsdale, Jacques Frantz…

Scénario : Jacques Weber d’après la pièce de théâtre « Dom Juan ou le festin de pierre » de Molière

Photographie : José Luis Alcaine

Musique : Bruno Coulais

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1998

LE FILM

Don Juan est un aventurier épris de liberté dans l’Espagne du XVIIe siècle. Il tue ses ennemis, séduit toutes les femmes, leur promet le mariage, puis les abandonne. Révolté, hypocrite et impie, sûr de son désir, il affronte un monde qu’il humilie. Ce géant blessé épuise sa vie et brûle ses dernières cartouches. Dans quelques jours, il se rendra inexorablement au rendez-vous avec son destin.

Né en 1949, Jacques Weber s’inscrit avec Francis Huster au Conservatoire municipal du 18e arrondissement de Paris. Ça laisse des marques. S’ensuivent l’art dramatique à l’école de la rue Blanche, puis le Conservatoire qu’il quitte après avoir obtenu le prix d’excellence. Elève et disciple de Pierre Brasseur, Jacques Weber possède un C.V. bien fourni. La Comédie-Française lui fait de l’oeil, mais il refuse ses avances, lui préférant le théâtre populaire de Reims de Robert Hossein. Il débute sa carrière au cinéma et au théâtre au début des années 1970. En 1994, il écrit une adaptation du Misanthrope pour la télévision. Il revient quatre ans plus tard vers Molière pour une libre transposition de la pièce Dom Juan. Ecrit, interprété et réalisé par Jacques Weber, Don Juan sort au cinéma le 18 mars 1998 et la critique lui tire dessus à boulets rouges.

En compagnie de son valet Sganarelle, Don Juan, un seigneur revendiquant son goût de la liberté, parcourt à cheval les routes du sud de l’Espagne, pour régler des affaires le plus souvent en rapport avec ses nombreuses conquêtes féminines. Dans un village, il humilie un enfant pauvre et pieux en tentant de le faire jurer contre une pièce d’or. Puis il signifie à Elvire, jeune noble qu’il devait épouser, sa décision de rupture. Elvire, outragée, lui crie son désir de vengeance et ses frères se lancent à la poursuite du  » grand seigneur méchant homme ». Mais Don Juan – que rien n’effraie, pas plus la loi de Dieu que celle des hommes, et encore moins les reproches de son fidèle Sganarelle – pense déjà à une autre femme et monte une expédition en bateau. Tempête, naufrage. Des paysans le sauvent. Il s’empresse de faire la cour à deux filles à la fois, dont l’une est la fiancée du brave Pierrot.

Volontairement « revu et déconstruit » par Jacques Weber lui-même, le texte de Molière subsiste, mais vingt ans après, force est de constater que Don Juan est comme qui dirait un petit cousin du Jour et la nuit, le célèbre film de ce cher Bernard-Henri Lévy. Car dans le genre trip égocentrique et narcissique ça se pose là. C’est bien simple, on attend pour admirer les charmes d’Emmanuelle Béart et l’on se retrouve finalement avec Jacques Weber nu comme un ver devant un Michael Lonsdale qui se mord les joues. Don Juan n’est pas vraiment un nanar, car il y a de la « rigueur » dans la direction artistique, notamment dans les costumes, par ailleurs nommés aux César. Non, ce qu’il y a de fascinant c’est de voir que l’ensemble de cette production se donne un genre, mais que rien n’est crédible.

A la tête de son entreprise, Jacques Weber est droit comme un i sur son cheval qui peine sous le poids de son cavalier. Avec son balai bien placé, sa crinière Head & Shoulders et le poitrail à l’air, Jacques Weber, qui s’est confié le rôle du plus célèbre des séducteurs, est souvent très drôle malgré-lui. Pour sa sortie en DVD vingt ans après, l’éditeur Editions Montparnasse privilégie Emmanuelle Béart, seule sur le visuel, ainsi que sur le menu principal. C’est sans doute plus vendeur que Jacques Weber dans le plus simple appareil, mais toujours est-il que la comédienne fait juste une participation et son temps à l’écran est vraiment réduit. En parlant d’actrices, certains se gausseront de voir comment les jeunes Penélope Cruz (24 ans) et Ariadna Gil (28 ans) se pâment et se confrontent pour devenir celle que Don Juan protégera de son torse bombé quand Jacques Weber retient son souffle. Elles sont toutes folles de lui. A ses côtés, Michel Boujenah déclame ses tirades de façon grandiloquente, mais rien à faire, cela ne fonctionne pas. Jacques Weber convie quelques amis, des voix, des gueules, celles de Denis Lavant, Michael Lonsdale, Jacques Frantz, Philippe Khorsand, tous ayant accepté l’invitation du cinéaste pour passer quelques jours dans le sud de l’Espagne.

Plus le film progresse, plus l’ensemble prend un goût de navet, mais un bon, celui devant lequel on rit pour sa prétention et son sérieux. Don Juan n’est pas un nanar, mais contient quand même son lot de séquences effarantes, ridicules (avec la mort du héros comme point d’orgue), bouffées d’orgueil, qui font finalement le sel du film. Nous n’étions pas venus pour cela, mais puisque c’est ce que ce truc boursouflé à la photographie hideuse et à la musique soûlante propose, pourquoi pas après tout.

LE DVD

Jacques Weber aura dû attendre vingt ans pour qu’un éditeur ait le courage de sortir Don Juan en DVD. Bravo aux Editions Montparnasse. Mais l’éditeur a eu le nez fin pour attirer le chaland puisque le visuel est centré sur Emmanuelle Béart dans sa robe jaune, tandis que Weber et son fidèle destrier ont du mal à se faire une petite place en bas à gauche. Même chose pour le menu principal, légèrement animé sur la musique de Bruno Coulais. Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné.

Bandes-annonces de films disponibles comme suppléments.

L’Image et le son

Bon…si la copie est propre, les couleurs sont complètement usées et fanées. Ce ne sont pas les partis pris dignes d’un téléfilm qui arrangent les choses. La gestion des contrastes est aléatoire, le piqué absent, tout est terne. Aucun relief, l’image fait beaucoup plus que ses vingt ans d’âge.

Le mixage Stéréo fait tout ce qu’il peut pour donner un peu d’entrain au film de Jacques Weber et le confort acoustique est honorable. Les voix sont solidement délivrées, la balance frontale suffisante et la piste très propre. Pas de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Editions Montparnasse / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

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