Test DVD / Brancaleone s’en va-t-aux croisades, réalisé par Mario Monicelli

BRANCALEONE S’EN VA-T-AUX CROISADES (Brancaleone alle Crociate) réalisé par Mario Monicelli, disponible en DVD et Blu-ray le 28 mars 2017 chez ESC Editions

Acteurs : Vittorio Gassman, Adolfo Celi, Stefania Sandrelli, Sandro Dori, Beba Loncar, Gigi Proietti, Lino Toffolo, Paolo Villaggio

Scénario : Agenore Incrocci, Furio Scarpelli, Mario Monicelli

Photographie : Aldo Tonti

Musique : Ira Newborn

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

En voyage avec une armée de miséreux, à la conquête du Saint Sépulcre, Brancaleone de Norcia perd tous ses compagnons dans la bataille. Désespéré, il invoque la Mort puis prend peur et demande un délai qui lui est accordé. Après avoir sauvé la vie à un nouveau-né, fils d’un roi normand, il se remet en route – avec une nouvelle armée de loqueteux – pour ramener l’enfant à son père. En chemin, il sauve du bûcher une jeune sorcière, accueille à ses côtés un lépreux, rend visite à un ermite dans une grotte et escorte le Pape Grégoire VII en visite à un stylite perché sur sa colonne. Après avoir réglé un différend entre le souverain pontife et l’antipape Clément III, Brancaleone découvre que le lépreux est en réalité une princesse.

Brancaleone s’en va-t-aux croisades Brancaleone alle crociate, comédie de Mario Monicelli réalisée en 1970, fait suite au triomphe critique et commercial de L’Armée Brancaleone L’Armata Brancaleone, du même réalisateur, sorti en 1966 mais inédit dans les salles françaises. Porté par Vittorio Gassman (1922-2000), gigantesque acteur dramatique puis pilier de la comédie transalpine avec une carrière comptant près de 130 films, ce film prend la forme d’une épopée bouffonne ou d’une farce médiévale. Nanti d’une perruque improbable et d’une épée surdimensionnée, l’acteur est de tous les plans et se délecte des savoureux et incroyables dialogues (parfois en vers) conçus pour mettre sans mal son immense talent en valeur, son bagout et sa gestuelle uniques qui ont fait son succès pendant plus de cinquante ans. C’est peu dire qu’il se délecte de ce rôle de chevalier don quichottesque perdu dans une situation de plus en plus invraisemblable.

Sur un scénario précis et fabuleux écrit par Mario Monicelli et le mythique duo Age & Scarpelli, tout est ici prétexte pour laisser le champ libre à l’acteur qui s’en donne à coeur joie. Après avoir traversé la Méditerranée en quelques minutes (en réalité un lac), en route pour la Terre Sainte, les compagnons de Brancaleone sont décimés par des barbares. Le Chevalier survit presque par miracle, mais rencontre la Faucheuse (Le Septième Sceau d’Ingmar Bergman n’est pas loin), qui lui annonce son futur trépas. Pour obtenir un salut incertain, Brancaleone, sur son fidèle destrier jaune poussin à cornes, sauve de la mort un bébé, qui s’avère être le fils d’un roi. Réunissant autour de lui une troupe d’improbables hères (un lépreux, un nain, un pénitent à la recherche de la punition physique, un aveugle, un unijambiste), il décide de ramener l’enfant à son père. En chemin, il rencontrera (entre autres) une sorcière (magnifique Stefania Sandrelli), un dangereux rival, et deux prétendants-papes, qu’il devra aider à départager. Autant dire que Brancaleone s’en va-t-aux croisades est un film rempli d’aventures burlesques et désopilantes, mais pas que. C’est aussi et avant tout un magnifique film de cinéma aux décors naturels splendides (le film a été tourné principalement en Algérie), aux costumes soignés, tout comme la reconstitution du Moyen Age voulue sérieuse par Mario Monicelli y compris dans ses coutumes barbares.

Le cinéaste a voulu créer une arène réaliste, afin de mieux créer le décalage entre le personnage fantaisiste de Brancaleone et le monde dans lequel il évolue. Comme une œuvre de Pier Paolo Pasolini sous amphétamines. Déchaîné du début à la fin, Vittorio Gassman ne tient pas en place et parvient une fois de plus à créer un personnage emblématique auquel on s’attache malgré son ego démesuré et sa couardise. A l’instar du personnage d’Alberto Sordi dans Un héros de notre temps, Brancaleone a pour spécialité de vouloir éviter tous les conflits et les engagements, mais n’hésite pas à aller franchement au combat quand cela s’impose.

Avant l’explosion de la comédie dite « à l’italienne » avec Le Pigeon (1958) et La Grande Guerre (1959), Mario Monicelli (1915-2012) avait déjà su s’imposer comme un maître de la comédie avec un sens particulièrement aiguisé de l’observation de ses contemporains. Brillante et magistrale comédie, soutenue par la beauté de la photographie d’Aldo Tonti et la musique de Carlo Rustichelli, Brancaleone s’en va-t-aux croisades dresse en parallèle un constat éloquent et d’une remarquable intelligence sur la violence et l’absurdité des guerres de religion, dont s’inspireront largement les Monty Python pour leur Sacré Graal !, y compris pour les différentes animations et panneaux de transition.

Satirique, rocambolesque, loufoque (fou-rire garanti lors de la marche sur les charbons ardents !), irrévérencieuse, menée à cent à l’heure, mais aussi merveille visuelle (l’arbre des pendus), cette comédie souvent amère, magistralement mise en scène et interprétée par un comédien toujours en état de grâce, est un chef d’oeuvre du genre qui enchaîne les scènes anthologiques comme des perles sur un collier.

LE DVD

A l’instar du Prophète et de Moi, moi, moi et les autres, récemment chroniqués dans nos colonnes, le DVD de Brancaleone s’en va-t-aux croisades est disponible chez ESC Editions, dans une nouvelle collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits seront même proposés en Haute-Définition ! La jaquette est très attractive et le verso montre tous les titres bientôt disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet et le boîtier glisser dans un surétui cartonné.

Pour information, cette collection sortira dans les bacs en trois vagues. La première, celle que nous commençons à chroniquer, est sortie le 28 mars 2017 : Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). Au mois de juin, l’éditeur prévoit : Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), Canard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). Il faudra attendre le mois de septembre pour compléter sa collection avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).

En plus d’une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro, ESC Editions propose une présentation de Brancaleone s’en va-t-aux Croisades par Stéphane Roux, historien du cinéma (11’). Notre interlocuteur replace le film qui nous intéresse dans l’immense carrière de Mario Monicelli et évoque bien entendu le premier volet des aventures de Brancaleone sorti en 1966, L’Armée Brancaleone. Le fond et la forme se croisent habilement, même si certains propos auraient mérité d’être plus approfondis. Les partis pris, le casting, le triomphe du film sont également abordés.

L’Image et le son

Jusqu’alors inédit en DVD et remasterisé, Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli bénéficie d’un beau transfert DVD avec un grain naturel très bien géré, y compris sur les séquences sombres. La définition est équilibrée dès le générique coloré et animé, tandis que le master trouve immédiatement un équilibre fort convenable. Les superbes partis pris esthétiques du directeur de la photographie Aldo Tonti (Les Amants diaboliques, Reflets dans un œil d’or) sont savamment pris en charge et restitués. Les contrastes sont plutôt bien appuyés, y compris les noirs, la copie affiche une propreté ainsi qu’une stabilité rarement prises en défaut et les séquences diurnes sont lumineuses à souhait.

Le film est proposé en langue italienne uniquement. La piste Dolby Digital 2.0 également restaurée offre un parfait rendu des dialogues, très dynamiques, et de la musique. Aucun souffle constaté. Le niveau de détails est évident et les sons annexes sont extrêmement limpides. Notons également les problèmes au niveau des retranscriptions des « oe » (« coeur » apparaît « ceur »).

Crédits images : © RTI S.P.A. / ESC Conseils / Captures du DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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