Test Blu-ray / The Hit : le tueur était presque parfait, réalisé par Stephen Frears

THE HIT : LE TUEUR ÉTAIT PRESQUE PARFAIT (The Hit) réalisé par Stephen Frears, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : John Hurt, Tim Roth, Terence Stamp, Jim Broadbent, Laura del Sol, Bill Hunter, Fernando Rey

Scénario : Peter Prince

Photographie : Mike Molloy

Musique : Paco de Lucía, Eric Clapton, Roger Waters

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Willie Parker, un truand anglais, dénonce ses complices en échange de la liberté. Il vit incognito en Espagne, sous la surveillance d’un policier du coin. Dix ans plus tard, ses ex-complices sortent de prison ; ils engagent deux « professionnels », Braddock, le vétéran, et Myron, dont c’est la première mission. Ceux-ci enlèvent Parker et traversent l’Espagne en direction de Paris, poursuivis par la police. Parker, qui s’est préparé depuis dix ans à ce dénouement, reste d’un calme olympien et s’amuse à pousser ses ravisseurs à l’erreur.

Avant d’être révélé en 1985 par My Beautiful Laundrette, le réalisateur britannique Stephen Frears avait déjà mis en scène deux longs métrages, Gumshoe avec Albert Finney (1971) et The Hit (1984). Ce dernier, sorti en France sous le titre The Hit : Le Tueur était presque parfait, est un formidable road-movie existentiel, teinté d’humour noir et marqué par une violence sèche. Méconnu, The Hit ne manque pourtant pas de qualités, loin de là.

Devant un tribunal londonien, Willie Parker (Terence Stamp) témoigne contre ses complices dans un hold-up. En quittant la salle d’audience, il sait qu’au bout des dix ans d’incarcération dont ils ont écopé à cause de sa trahison, la vengeance sera terrible. Dix ans plus tard, deux tueurs à gages retrouvent sa trace en Espagne, où Parker, pensant ainsi leur échapper, s’était exilé. Ses bourreaux ont les traits de Braddock (John Hurt), un tueur chevronné et taciturne, et de Myron (Tim Roth), son jeune acolyte nerveux et impulsif. Une longue traversée de la péninsule ibérique commence en Mercedes Euro W111 blanche, car la mission des deux hommes consiste à rapatrier Willie en France. Le repenti attend, le sourire aux lèvres, une fin qu’il sait inéluctable.

Quel étrange film que The Hit ! Mais c’est justement cette singularité dans la filmographie dense et éclectique de Stephen Frears qui en fait sa rareté. Le casting quatre étoiles emporte déjà l’adhésion. A l’écran, Terence Stamp est aussi impérial que magnifique, John Hurt flippant dans le rôle du tueur quasi-mutique, Tim Roth, tout juste révélé par l’exceptionnel Made in Britain d’Alan Clarke, crève l’écran en petite frappe pas si éloignée de son rôle précédent (qui avait été proposé à Joe Strummer de The Clash), sans oublier la présence de la pulpeuse Laura del Sol dans le rôle de Maggie, otage récupéré sur la route et qui va se battre pour rester en vie, et celle de Fernando Rey, l’inspecteur qui mène l’enquête sur l’enlèvement de Parker, et dont nous n’entendrons jamais la voix. Présenté au Festival de Cannes en 1984 dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, The Hit foudroie par la virtuosité de la mise en scène (jeux à foison sur la profondeur, les focales, les angles), l’élégance de la photographie et par ses partis pris. Atypique, le film s’avère une profonde réflexion sur la mort, sur la façon dont l’individu l’appréhende et l’affronte le moment venu. Ainsi, Parker agace ses ravisseurs à cause de sa nonchalance et du sourire qu’il affiche sur le chemin qui le mène vers son exécution programmée. Derrière ses lunettes de soleil, Braddock semble déstabilisé par l’attitude de Parker, tandis que Myron, jeune chien fou, perd son sang-froid et s’exprime par la violence.

Pendant une dizaine d’années, Stephen Frears a essentiellement oeuvré à la BBC. Pourtant sa mise en scène est exceptionnelle et le cinéaste semble lui-même trouver sa propre voie en réalisant The Hit. Les mouvements de caméra sont sublimes et sophistiqués, et donnent un côté aérien à cette histoire pourtant terrible avec ces hommes qui tentent de mourir de la meilleure façon possible. Stephen Frears ne s’en cache pas, pour lui The Hit est une véritable comédie humaine, où tout le monde est logé à la même enseigne puisque personne n’échappera à la mort. Aux hommes de se préparer à l’inévitable. Comme il l’indique lui-même, Parker a eu une dizaine d’années pour se faire à l’idée, sachant que ses anciens complices feraient tout pour le retrouver et lui rendre la monnaie de sa pièce. Dans un sens, ses airs décontractés bouleversent Myron et Braddock qui ont fait du crime leur métier. Tout d’abord impitoyables, les deux tueurs vont peu à peu dévoiler quelques fissures. S’ils ne peuvent plus inspirer la peur, alors c’est toute leur raison d’être qui est remise en question.

Outre ce scénario intelligent écrit par le dramaturge et romancier Peter Prince et cette virtuosité formelle, n’oublions pas la musique traditionnelle de Paco de Lucía et sa guitare flamenco, y compris le générique signé Eric Clapton et Roger Waters, ainsi que la photo aride et lumineuse de Mike Molloy (Le Cri du sorcier) qui donne aux paysages espagnols un aspect désolé proche du western. Mystérieux, presque inclassable, passionnant, métaphysique, languissant, The Hit est loin d’être un simple polar et s’avère une immense réussite, une de plus, dans l’oeuvre de Stephen Frears.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de The Hit est édité chez Movinside qui pour l’occasion inaugure une nouvelle collection Suspense/Polar avec également les titres Don Angelo est mort de Richard Fleischer et Le Flic se rebiffe de Burt Lancaster et Roland Kibbee (déjà chroniqués). La jaquette reprend un des visuels originaux du film et s’avère très élégante. Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage et aucun supplément malheureusement.

L’Image et le son

Nous ne sommes pas déçus ! C’est avec un plaisir immense que nous découvrons ce film de Stephen Frears dans de pareilles conditions ! La colorimétrie s’impose par sa luminosité, le relief est très appréciable. Malgré un piqué émoussé, ainsi qu’un grain aléatoire et plus prononcé sur les séquences sombres, la photo riche et ouatée du chef-opérateur Mike Molloy est souvent excellemment restituée. La profondeur de champ est indéniable, certains gros plans étonnent par leur précision, la clarté est de mise, les contrastes probants, la copie stable (merci au codec AVC), sans oublier la restauration impeccable. Le master est débarrassé de toutes les scories possibles et imaginables. Ce Blu-ray est en format 1080p.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 instaurent un confort acoustique satisfaisant. Malgré des dialogues clairs et ardents, la piste française manque d’ampleur et en oublie parfois certaines ambiances annexes. C’est un peu mieux pour la version originale, plus homogène et équilibrée, même si les dialogues auraient mérité d’être revus à la hausse. Dans les deux cas, la propreté est là et aucun souffle n’a été constaté. L’éditeur joint également une piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 complètement anecdotique, avec une spatialisation décevante et des effets latéraux quasi-inexistants.

Crédits images : © Universal Pictures / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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