Test Blu-ray / Scorpio, réalisé par Michael Winner

SCORPIO réalisé par Michael Winner, disponible en DVD et Blu-ray le 21 août 2018 chez ESC Editions

Acteurs : Burt Lancaster, Alain Delon, Paul Scofield, John Colicos, Gayle Hunnicutt, J.D. Cannon, Joanne Linville, James Sikking…

Scénario : David W. Rintels, Gerald Wilson

Photographie : Robert Paynter

Musique : Jerry Fielding

Durée : 1h55

Année de sortie : 1973

LE FILM

Cross, un agent confirmé de la CIA, a autrefois pris sous son aile Laurier, une nouvelle recrue, et lui a tout appris au sujet de l’espionnage. Aujourd’hui coéquipiers, le vétéran ressent que ses supérieurs se montrent distants à son égard et il ne se trompe pas. En effet, ils ont chargé son ancien élève de l’éliminer ! Cross s’enfuit alors à Vienne pour retrouver un ami travaillant pour les services secrets soviétiques…

Installé aux Etats-Unis depuis le début des années 1970 après le succès des Collines de la terreurChato’s land, le cinéaste britannique Michael Winner (1935-2013) vient de connaître son premier triomphe à Hollywood avec L’Homme de la loiLawman avec Burt Lancaster. Il a alors le vent en poupe et enchaîne avec Le CorrupteurThe Nightcomers (1971) avec Marlon Brando, puis surtout Le FlingueurThe Mechanic (1972) et Le Cercle noirThe Stone killer (1973) qui installent le mythe Charles Bronson. Juste avant l’explosion d’Un justicier dans la ville, Michael Winner collabore à nouveau avec Burt Lancaster pour Scorpio, thriller d’espionnage dans lequel la star retrouve son partenaire du Guépard, Alain Delon, dix ans après l’adaptation de Giuseppe Tomasi di Lampedusa par Luchino Visconti. Scorpio est l’antithèse des épisodes de James Bond qui fleurissaient alors depuis 1962. Michael Winner refuse l’action spectaculaire au profit d’une étude psychologique de ses personnages, prisonniers malgré-eux de la conjoncture politique internationale et du changement du fonctionnement de leur institution. S’il n’est pas aussi connu que ses autres films, Michael Winner signe pourtant une de ses œuvres les plus riches et complexes.

Gerald Cross est un ancien agent expérimenté de la CIA, ayant tué durant sa carrière d’espion, qui a pris sous sa coupe le jeune Jean Laurier surnommé Scorpio, afin de le former et éventuellement le remplacer. Cross enseigne à son poulain à se protéger autant de ceux qui l’emploient que de ses adversaires. La CIA, en la personne de McLeod, soupçonne Cross de trahison, comme agent-double, au profit de l’Union Soviétique. L’occasion de se servir de Laurier, accusé de trafic de stupéfiant par un montage, permet de suivre la trace de Cross parti en Europe à la recherche de son épouse Sarah. Laurier, ambitieux, qui aimerait justement être enrôlé à la CIA, accepte de trahir son ex-mentor. Cependant, en agent expérimenté, Cross réussit à déjouer les multiples pièges tendus par Laurier et son équipe, et parvient à se réfugier à Vienne. Il découvre alors que sa femme a été assassinée.

Ça ne rigole pas dans Scorpio ! Beaucoup plus proche des romans (et de leurs transpositions au cinéma) des œuvres de John le Carré que de celles de Ian Fleming, le film de Michael Winner ne craint pas de développer ses personnages là où les spectateurs attendaient peut-être des scènes d’action et des règlements de comptes. Ce qui attire évidemment en premier lieu dans Scorpio, c’est la confrontation, mais aussi le passage de témoin entre les deux têtes d’affiche. La complicité des deux personnages (et des acteurs) est évidente dans la première partie, celle où Cross, vieux briscard sur le point de mettre un terme à ses activités, enseigne tout ce qu’il sait à son jeune protégé Laurier, alias Scorpio, sobriquet qui lui vient de sa capacité à se mouvoir très vite et à se sortir des mauvaises situations. Tout irait pour le mieux pour ces deux hommes qui ont un profond respect l’un envers l’autre, jusqu’à ce que cet organisme indépendant et tentaculaire, pour ne pas dire criminel et même mafieux qu’est la CIA les dresse au rang d’adversaires.

Parallèlement, ce sont deux écoles de cinéma, deux générations qui s’affrontent à l’écran. Agé de 60 ans au moment du tournage, Burt Lancaster démontre qu’il en a encore sérieusement sous le capot et qu’il n’est pas prêt à se laisser bouffer par le jeune loup Delon. Ce dernier, ami de Burt Lancaster dans la vie, est de son côté prêt à tout pour s’élever au rang de son aîné et apporte avec lui son bagage « melvillien ». Impossible de ne pas penser au Samouraï quand le comédien apparaît avec son imperméable, les mains dans les poches. C’est ce rapport quasi-méta qui s’installe dans Scorpio et ce qui en fait sa qualité principale.

Certains spectateurs pourront trouver le temps long, car le film est assez bavard quand il détaille les méthodes des bureaucrates et des technocrates, ainsi que leur stratégie à adopter pour mettre la main sur Cross, mais Michael Winner, en pleine possession de ses moyens, parvient à maintenir un rythme, certes languissant, mais en maintenant l’intérêt. Un jeu du chat (les félins sont d’ailleurs bien présents) et de la souris s’instaure entre Paris, Washington DC et Vienne où plane l’ombre du Troisième homme de Carol Reed, avec comme point d’orgue une phénoménale course-poursuite entre les deux personnages principaux, dans le décor du chantier du métro viennois en construction. Une longue scène d’action menée à cent à l’heure sur la sublime composition de Jerry Fielding, où les comédiens effectuent leurs impressionnantes cascades sans être doublés.

Profondément pessimiste, Scorpio est un film d’espionnage ambigu et crépusculaire, qui mérite d’être sérieusement reconsidéré.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Scorpio, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Le premier module disponible dans la section des suppléments, est une brillante analyse de Scorpio par Olivier Père (23’). Le journaliste, critique de cinéma, directeur général d’Arte France cinéma et directeur cinéma à Arte France replace tout d’abord le film qui nous intéresse dans l’oeuvre de Michael Winner, ainsi que le parcours de ce dernier, ses succès, notamment sa collaboration avec Charles Bronson. Puis, Olivier Père revient de manière plus approfondie sur les thèmes de Scorpio, ses personnages, leurs liens, tout en évoquant le contexte historique du film, les Etats-Unis plongés en pleine paranoïa après l’assassinat de JFK et l’Affaire du Watergate. Olivier Père défend le cinéma de Michael Winner, dresse quelques parallèles entre Scorpio et Le Flingueur, sans oublier de parler des partis pris du metteur en scène.

Le second bonus donne la parole à Jean-Claude Messiaen (20’). Critique et réalisateur, ce dernier raconte qu’il était attaché de presse au début des années 1970 pour le compte des Artistes Associés. De ce fait, il avait réussi à se faire engager sur le tournage du film de Michael Winner, encore intitulé à l’époque «Danger Field », pour suivre le réalisateur à Paris, avec lequel il entretenait jusqu’à présent qu’une correspondance écrite. Jean-Claude Messiaen évoque surtout la méthode du cinéaste, sa rencontre avec Burt Lancaster, ainsi que les thèmes de Scorpio qu’il résume par “la fin des idéologies”.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

En France, le film de Michael Winner n’était disponible qu’en DVD chez MGM dans une version non restaurée. C’est donc avec un très grand plaisir que nous redécouvrons Scorpio en Haute-Définition grâce aux bons soins d’ESC Editions. Malgré un grain aléatoire, heureusement conservé ceci dit, les scènes diurnes et nocturnes sont logées à la même enseigne et formidablement rendues avec ce master nettoyé de presque toutes défectuosités. Mis à part un générique vacillant et très grumeleux, les contrastes du chef opérateur Robert Paynter (Superman II, Série noire pour une nuit blanche), retrouvent une nouvelle densité. Les nombreux points forts de cette édition demeurent la beauté des gros plans (voir les yeux bleus des deux comédiens principaux), la propreté du master (hormis quelques points blancs), les couleurs souvent ravivées et le relief des scènes en extérieur jour avec des détails plus flagrants. Quelques fléchissements de la définition, mais rien de rédhibitoire. Enfin, le film est proposé dans son format d’origine 1.85.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0 sont propres, efficaces et distillent parfaitement la musique de Jerry Fielding. La piste anglaise ne manque pas d’ardeur et s’avère la plus équilibrée du lot. Au jeu des différences, la version française apparaît plus sourde. Aucun souffle constaté sur les deux pistes.

Crédits images : © MGM / Les Artistes Associés / ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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