Test Blu-ray / Quai des Orfèvres, réalisé par Henri-Georges Clouzot

QUAI DES ORFÈVRES réalisé par Henri-Georges Clouzot, disponible en Blu-ray chez Studiocanal le 17 octobre 2017

Acteurs :  Louis Jouvet, Suzy Delair, Simone Renant, Bernard Blier, Pierre Larquey, Jeanne Fusier-Gir…

Scénario : Henri-Georges Clouzot, Jean Ferry, d’après le roman Légitime défense de Stanislas-André Steeman

Photographie : Armand Thirard

Musique : Francis Lopez

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

L’inspecteur Antoine est chargé de l’enquête sur l’assassinat du vieux Brignon, retrouvé mort chez lui un soir de Noël. Son travail le mène dans les milieux du music-hall et des photographes où il rencontre Jenny Lamour, une petite chanteuse et Maurice, son mari très jaloux. Jenny venait d’accepter un rendez-vous à dîner avec Brignon, qui devait lui procurer un rôle…

A la Libération, Henri-Georges Clouzot est condamné par le tribunal d’épuration à ne plus jamais exercer son métier de réalisateur, en raison du Corbeau, jugé anti-français. Défendu par ses pairs, réalisateurs, écrivains et autres artistes, la sentence est finalement (et heureusement) levée deux ans après. Le cinéaste prépare alors son retour sur le devant de la scène et décide pour cela d’adapter pour la troisième fois de sa carrière, un roman policier de l’écrivain belge Stanislas-André Steeman. Après Le Dernier des six (1941), réalisé par Georges Lacombe, pour lequel il avait signé les dialogues, puis sa suite L’Assassin habite au 21 (1942), qui marquait alors les premiers pas d’Henri-Georges Clouzot derrière la caméra, ce dernier jette son dévolu sur le livre Légitime défense, publié en 1942. Le réalisateur ne voit qu’un seul homme capable d’incarner l’inspecteur chargé de l’enquête principale, Louis Jouvet. Non seulement le comédien trouve ici l’un de ses plus grands rôles, mais il livre également une extraordinaire composition. Son personnage reste encore aujourd’hui l’un des plus beaux et emblématiques personnages de policier de l’histoire du cinéma.

Dans le Paris de l’après-guerre, la jeune chanteuse Jenny Lamour ne manque pas d’ambitions et use parfois de ses charmes — notamment auprès d’un vieillard libidineux influent, Brignon — pour se faire une place dans le milieu du music-hall. Un soir, elle accepte son invitation à dîner, espérant que cet homme riche et puissant l’aide dans sa carrière. Son mari, Maurice Martineau — un brave garçon, modeste pianiste évoluant lui aussi dans le spectacle, profère par jalousie des menaces de mort envers le septuagénaire. Se croyant trompé, Maurice se précipite chez Brignon, pour découvrir son rival assassiné. Pris de panique, Maurice s’enfuit. L’inspecteur Antoine, un flic désabusé, cynique et humain du Quai des Orfèvres, est chargé de l’enquête.

Il aura donc fallu attendre quatre années pour qu’Henri-Georges Clouzot fasse son comeback après les immondes accusations de collaboration avec l’ennemi pendant la Seconde Guerre mondiale. Tourné pour la firme allemande Continental, Le Corbeau avait été perçu comme une œuvre de propagande anti-française. Après jugement, le cinéaste avait mis sur la liste noire et exclu des studios. Pour son retour, Clouzot adapte lui-même le roman de Steeman, en prenant de grandes libertés avec l’oeuvre originale, afin de se l’approprier véritablement. Comme il le fera pour Le Salaire de la peur et Les Diaboliques, le cinéaste se sert surtout d’un postulat de départ, pour en faire un film qui lui ressemble à part entière. Quai des Orfèvres est un film charnière dans la carrière de son auteur, un immense chef d’oeuvre, un monument du cinéma français, une référence internationale.

En évoquant le troisième long métrage d’Henri-Georges Clouzot, le cinéphile pense immédiatement à Louis Jouvet. Sa voix, sa dégaine, son phrasé, ses regards, il est absolument fascinant. La modernité de son jeu laisse pantois d’admiration. Son personnage, l’Inspecteur Antoine, de la Brigade criminelle de la préfecture de police de Paris est également un ancien sous-officier de l’Infanterie coloniale qui vit seul avec son petit garçon métis. Clouzot montre Antoine très attentionné et doux avec son fils, dont la couleur de peau choquait alors encore une grande partie de l’audience en 1947. S’il n’avait pas la réputation d’être particulièrement tendre avec ses acteurs, Clouzot les dirigeait merveilleusement et savait s’entourer des meilleurs sur le plateau. Louis Jouvet (qui n’apparaît qu’à la 40e minute du film) donne ainsi la merveilleuse réplique teintée d’humour noir à Bernard Blier (qui n’a jamais été aussi à fleur de peau), Suzy Delair (la gouaille aguicheuse avec son petit tralala), Simone Renant (sensuelle photographe), Charles Dullin (génial pervers pas pépère), et toute une ribambelle d’admirables seconds couteaux tels que Pierre Larquey et Jeanne Fusier-Gil (récurrents chez Clouzot), Robert Dalban, Raymond Bussières et bien d’autres.

Loin de laisser sa caméra fixe au milieu des décors, souvent encrassés, humides et poisseux (sublime photographie à la patte expressionniste d’Armand Thirard), Clouzot compose des plans en mouvements, qui détonnent dans le cinéma français, qui préère habituellement laisser tourner la caméra, sans prendre de risques. La mise en scène s’avère tout aussi moderne que le jeu de son acteur principal. Pas étonnant donc que Quai des Orfèvres n’ait aujourd’hui pas pris de rides et demeure l’un des mètres étalons du genre, où la psychologie des personnages est passionnante et prévaut même sur l’enquête elle-même avec ses faux témoignages et fausses pistes.

Projeté à la Mostra de Venise en version française non sous-titrée, Quai des Orfèvres reçoit le Prix de la mise en scène. Pourtant, Clouzot repart mitigé d’Italie. Persuadé que son film, triomphe critique et public, aurait pu gagner d’autres prix plus prestigieux s’il avait été moins « bavard », le cinéaste décide de se renouveler, en réfléchissant à une nouvelle façon de mettre en scène, en privilégiant le cadre et le montage, au détriment des dialogues. S’il enchaîne très vite avec Manon (1949) et Miquette et sa mère (1950), Le Salaire de la peur (1953) sera la résultante de ces années de réflexion.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Quai des Orfèvres, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé sur quelques séquences du film.

Comme sur l’édition HD du Corbeau, nous ne trouvons sur cette édition qu’un seul documentaire rétrospectif, heureusement complet et intéressant (31’), constitué des interventions de Noël Herpe (commissaire de l’exposition Le Mystère Clouzot à la Cinémathèque Française), Chloé Folens (auteur de Les Métamorphoses d’Henri-Georges Clouzot), Marc Godin (co-auteur de Clouzot cinéaste), José-Louis Bocquet (co-auteur de Clouzot cinéaste) et des cinéastes Xavier Giannoli et Bertrand Blier.

On reprend là où nous en étions restés à la fin du module sur Le Corbeau, autrement dit après le jugement rendu par le tribunal d’épuration à la Libération, qui avait interdit à Henri-Georges Clouzot d’exercer son métier de réalisateur jusqu’à la fin de ses jours. Les (nouveaux) intervenants reprennent le train en marche en situant Quai des Orfèvres dans la vie et la carrière de son auteur. Le fond comme la forme sont finalement analysés, la préparation de Clouzot est abordée (trois semaines passées au Quai des Orfèvres pour observer les policiers dans l’exercice de leurs fonctions), tout comme la psychologie des personnages, les thèmes du film, le tout agrémenté de nombreuses anecdotes de tournage.

L’Image et le son

La restauration numérique de Quai des orfèvres est encore plus impressionnante que celle du Corbeau. Le nouveau master HD (codec AVC) au format respecté se révèle extrêmement pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés, de clarté et de relief. La propreté de la copie est souvent sidérante, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans d’Henri-Georges Clouzot, la photo signée par le grand Armand Thirard (Les Diaboliques, Le Salaire de la peur) retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé.

Comme pour l’image, le son a également un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono, pas même un souffle parasite sur les quelques plages de silences. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets. Les sous-titres anglais et français pour le public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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