Test Blu-ray / Paul Sanchez est revenu !, réalisé par Patricia Mazuy

PAUL SANCHEZ EST REVENU ! réalisé par Patricia Mazuy, disponible en DVD et Blu-ray le 2 janvier 2019 chez Blaq Out

Acteurs : Laurent Lafitte, Zita Hanrot, Philippe Girard, Idir Chender, Anne-Lise Heimburger, Anthony Paliotti, Achille Reggiani, Diego Bordonaro, Mike N’Guyen…

Scénario : Patricia Mazuy, Yves Thomas

Photographie : Frédéric Noirhomme

Musique : John Cale

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Paul Sanchez, criminel disparu depuis dix ans, a été aperçu à la gare des Arcs sur Argens. A la gendarmerie, on n’y croit pas, sauf peut-être la jeune Marion…

Quel film étrange et déroutant ! Le cinquième long métrage de la réalisatrice Patricia Mazuy (Saint Cyr, Sport de filles) est en effet une véritable proposition de cinéma inclassable, qui joue constamment sur les ruptures de ton, tout en croisant les genres. Polar, comédie burlesque, western, thriller, Paul Sanchez est revenu ! ne cesse de décontenancer et de perturber. On ne sait pas si l’on doit rire devant l’absurdité de telle séquence, ou craindre pour tel personnage. Sur une histoire originale de son complice Yves Thomas (Travolta et moi), la cinéaste lorgne du côté de la série B et du western spaghetti, transformant les paysages du Var en Far West, en Var West donc, en se focalisant sur deux personnages placés d’un côté et de l’autre de la loi. Paul Sanchez est revenu ! est ni plus ni moins l’un des films les plus originaux de 2018.

Paul Sanchez, un criminel qui a assassiné toute sa famille et qui a disparu depuis 10 ans, semble être revenu sur les lieux de son crime ! Il est du moins signalé aux abords de la gare des Arcs dans le Var. À la gendarmerie de la ville, tout le monde croit à un canular, à l’exception de Marion, une gendarme de 25 ans. Elle va alors se mettre à le traquer seule.

Patricia Mazuy dresse le décor de son intrigue dans les premiers plans avec les enseignes multicolores de magasins divers disposés le long d’une voie rapide. Suivront rapidement la gendarmerie où tout le monde s’active pour assurer la paix dans les environs, puis le rocher rouge de Roquebrune qui surplombe la région avec l’autoroute qui se déploie à ses pieds. La jeune Marion, volontaire et animée par le désir de bien faire son travail, fait du zèle. Elle vient de surprendre Johnny Depp en train de se payer du bon temps dans sa Porsche, avant de le verbaliser et de lui confisquer son véhicule. Ce qui n’est pas vraiment du goût de son supérieur hiérarchique. Quelque peu cloisonnée dans son quotidien, Marion rêve visiblement d’action ou d’un évènement qui pourrait faire parler d’eux sur BFM TV. Alors quand elle apprend qu’un ancien meurtrier en cavale serait de retour dans le coin, elle décide de foncer pour lui mettre le grappin dessus la première.

Paul Sanchez est revenu ! c’est comme qui dirait une version française de Hot Fuzz d’Edgar Wright, mâtiné du cinéma des frères Coen, de Bruno Dumont et une pincée de Sergio Leone. D’un côté, Marion, incarnée par la divine Zita Hanrot (grande année 2018 avec La Fête est finie et Carnivores), est une gendarme au début de sa carrière, que l’on sent fatiguée de s’occuper des tâches ingrates, loin de ses évidents désirs d’aventures mouvementées. D’autant plus que ses collègues et son chef (génial Philippe Girard) ne cessent de la freiner ses ardeurs. De l’autre côté, Paul Sanchez, interprété par Laurent Lafitte, décidément abonné aux films qui sortent du lot (K.O., L’Heure de la sortie) est un individu trouble, énigmatique et sauvage qui trouve refuge dans une anfractuosité du rocher de Roquebrune. Sa taille imposante, ses bras ballants et les motifs de son blouson renvoient directement au Clint Eastwood de la Trilogie du Dollars de Sergio Leone, tandis que la superbe composition du gallois John Cale rappelle les compositions d’Ennio Morricone.

Dans ce western urbain contemporain, Patricia Mazuy dresse le portrait en parallèle de deux âmes solitaires qui pètent un câble à cause d’un présent moribond. Jusqu’à l’inéluctable confrontation. Durant la première partie, la réalisatrice fait perdre ses repères aux spectateurs, au point de relâcher parfois son attention et donc son intérêt. Malgré tout, l’étrangeté des relations entre les personnages et celle de leurs motivations font que l’on se laisse finalement porter par un récit quelque peu opaque qui rappelle parfois furieusement la série Twin Peaks. Les échanges entre les protagonistes semblent sans cesse à sens unique, comme un dialogue de sourds, comme si la réponse de l’un n’avait aucun rapport avec la question de l’autre. Paul Sanchez est revenu ! est une œuvre décalée qui ne fait que refléter le burn out des personnages. Comme si elle était placée sous cloche, la petite ville de Roquebrune-sur-Argens semble repliée sur elle-même, comme si tout s’était arrêté dix ans plus tôt, après l’assassinat par Paul Sanchez de son épouse et de leurs quatre enfants. Un trauma avec lequel les habitants doivent vivre ou qui leur a donné une envie de profiter encore plus de l’existence. Alors quand la figure du démon Paul Sanchez réapparaît, les désirs enfouis et les peurs cachées se révèlent, tandis que d’autres y voient l’occasion de transformer leur vie en mauvaise série télé policière.

Au premier visionnage, Paul Sanchez est revenu ! peut franchement laisser perplexe. Ce n’est qu’en y repensant après que toutes les strates du film de Patricia Mazuy se révèlent l’une après l’autre avec pour effet de donner envie de s’y replonger à nouveau. Une belle réussite que cet OVNI.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Paul Sanchez est revenu !, est disponible chez Blaq Out. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend le visuel de l’affiche du film. Même chose pour le menu principal, fixe et musical.

Après le film, rien de tel que d’écouter la réalisatrice Patricia Mazuy (15’). Durant son interview, la cinéaste aborde la genèse de Paul Sanchez est revenu !, les lieux de tournage, les thèmes, le casting, le travail avec les comédiens, la psychologie et l’évolution des personnages, sans oublier les partis pris et ses intentions, ainsi que la musique de John Cale. Patricia Mazuy évoque également à plusieurs reprises les ruptures de ton.

La réalisatrice intervient également sur les scènes coupées (11’). Dommage que l’éditeur n’ait pas proposé ces séquences avec les commentaires en option. Toutefois, il est toujours intéressant de comprendre pourquoi telle ou telle scène a été écartée au montage, qui s’est révélé très difficile dixit la cinéaste. Notons une séquence de cauchemar particulièrement réussie de Marion, durant laquelle la jeune gendarme imagine des enfants qui dansent dans l’ombre ou d’elle-même avec la bouche remplie de larves. Patricia Mazuy a également préféré retirer des éléments trop explicites quant à l’identité du personnage de Laurent Lafitte.

Enfin, l’éditeur, que l’on ne remerciera jamais assez de nous faire découvrir de nombreux courts-métrages, propose La Scarpa, réalisé par Patricia Mazuy en 1979 (8’). Un carton en introduction annonce que la réalisatrice a perdu la copie sonore, ainsi que le son de ce « court-métrage d’extrême jeunesse ». Demeure alors ce « vestige muet », tiré d’une copie de travail en Super 8, racontant l’histoire d’un cowboy fasciste qui poursuite une touriste dragueuse dans les rues de Rome. Avec la comédienne Laure Duthilleul dans les deux rôles.

L’Image et le son

Comme d’habitude, l’éditeur soigne son master HD qui se révèle exemplaire. Le label «Blaq Out» est donc encore une fois au rendez-vous pour le Blu-ray de Paul Sanchez est revenu !. L’image bénéficie d’un codec AVC de haut niveau, des contrastes d’une densité jamais démentie, ainsi que des détails impressionnants aux quatre coins du cadre large. Certains plans étendus sont magnifiques et tirent entièrement parti de cette indispensable élévation en Haute définition. Les visages, filmés en gros plans, des comédiens peuvent être analysés sous tous les angles, la photo est ambrée et chaude, la clarté demeure frappante, tout comme la profondeur de champ, le piqué est affûté et les partis pris esthétiques merveilleusement restitués. Ce Blu-ray est évidemment une franche réussite technique et offre de fabuleuses conditions pour revoir le film de Patricia Mazuy.

La version DTS-HD Master Audio 5.1 instaure d’excellentes conditions acoustiques et fait surtout la part belle à la musique de John Came. Les ambiances naturelles sont bien présentes, quelques effets sont saisissants (la circulation) et le rendu des voix est sans failles. L’éditeur joint aussi une piste française DTS-HD Master Audio 2.0 qui contentera largement celles et ceux qui ne disposeraient pas d’enceintes latérales. Nous trouvons également une piste audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Blaq Out / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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