Test Blu-ray / Les Grandes familles, réalisé par Denys de La Patellière

LES GRANDES FAMILLES réalisé par Denys de La Patellière, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Bernard Blier, Pierre Brasseur, Jean Desailly, Françoise Christophe, Annie Ducaux, Louis Seigner, Jean Murat, Julien Bertheaud, Nadine Tallier…

Scénario : Michel Audiard, Denys de La Patellière d’après le roman éponyme de Maurice Druon

Photographie : Louis Page

Musique : Maurice Thiriet

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Noël Schoudler, fondateur d’un empire s’appuyant sur trois bases, le sucre, la banque et la presse, règne tel un souverain absolu sur ses affaires et sa famille. Or quelqu’un va remettre en cause cette autorité : son fils François…

1958 est l’année Jean Gabin. Trônant sur le cinéma français depuis son retour en grâce avec Touchez pas au grisbi de Jacques Becker (1954), le comédien est à l’affiche de cinq longs métrages cette année-là, cinq immenses succès populaires : Les Misérables avec quasiment dix millions d’entrées, Maigret tend un piège (trois millions), Le Désordre et la nuit (2,2 millions), En cas de malheur (3,2 millions) et Les Grandes familles (4 millions). Soit plus de vingt millions de spectateurs qui se sont déplacés dans les salles en 1958 pour aller applaudir l’acteur dans cinq rôles totalement différents. Les Grandes familles reste le huitième plus grand hit de Jean Gabin. Multi-rediffusé à la télévision, le sixième long métrage de Denys de La Patellière (1921-2013) reste l’un des plus beaux grands personnages incarnés par le comédien. Les Grandes familles ne dresse pas le portrait d’un monde disparu, mais qui existe encore bel et bien. C’est pour cette raison que ce bijou est absolument à redécouvrir.

Noël Schoudler, le patriarche d’une famille de la grande bourgeoisie, dirige en autocrate un empire économique, dont les activités s’étendent de la banque et de la finance au monde de la presse en passant par le sucre. Son fils unique François juge les méthodes paternelles archaïques et, profitant de l’absence de son père en voyage, entreprend des réformes au journal. À son retour, le père juge sévèrement les transformations apportées et décide de donner une leçon à son fils. Après un dur affrontement, le patriarche décide de confier à son fils la direction de l’entreprise sucrière. Terriblement mal préparé, ce dernier se trouve dans une situation difficile avec un impérieux besoin d’argent. Il se tourne alors vers le cousin Maublanc, son père lui ayant refusé son aide. Maublanc est un débauché dont la façon de vivre est en contradiction avec les principes de la famille.

Nous avons de l’argent tous les deux. Toi, tu représentes le patronat, moi le capitalisme. Nous votons à droite. Toi, c’est pour préserver la famille, moi, c’est pour écraser l’ouvrier. Dix couples chez toi, c’est une réception… Chez moi, c’est une partouze ! Et le lendemain, si nous avons des boutons, toi, c’est le homard, moi, c’est la vérole !

Le générique donne le ton. A l’instar d’un reportage télévisé, chaque membre de la famille Schoudler, ainsi que leurs amis et proches collaborateurs sont présentés par une voix-off, qui annonce le rôle de chacun, leurs fonctions et leurs liens avec le Président Directeur Général auquel Gabin donne immédiatement un visage et une présence massive. Puis la caméra de Denys de La Patellière (Les Aristocrates, Un taxi pour Tobrouk, Le Tatoué) s’immisce dans l’immense propriété parisienne de Schoudler où tout le monde se réunit après les funérailles de l’un des leurs. Noël est l’atome autour duquel s’agitent moult électrons. Droit comme un i, la démarche lente, mais assurée, Schoudler écoute tout ce beau petit monde intéressé, voulant briller et sa part de notoriété.

Les affaires, c’est comme le livre de la ménagère : on ne va pas au marché sans savoir où prendre de l’argent.

Noël Schoudler c’est évidemment Jean Gabin. Capable de passer de Jean Valjean à Maigret, ou d’un commissaire désabusé à un clochard érudit, le comédien représente à la fois le prolétaire et le bourgeois. Ici, il est impérial, comme d’habitude certes, mais comme dans Le Président d’Henri Verneuil, sa prestance, son charisme, sa voix grave dessinent immédiatement le personnage et lui apportent un bagage, un passé. Il est également entouré d’acteurs exceptionnels, parmi lesquels Bernard Blier, magnifique dans le rôle du secrétaire particulier du grand patron, Jean Desailly, fils sensible qui souhaiterait obtenir la fierté de son père, et surtout Pierre Brasseur qui campe le mouton noir de la famille. Sa confrontation avec Jean Gabin, l’opposition de deux mondes, celui des affaires et celui de la fête, reste la plus grande scène du film, celle de deux monstres qui se font face et qui s’affrontent sur des répliques extraordinaires de Michel Audiard.

Lucien Maublanc : Vous me haïssez parce que je m’amuse. Vous me haïssez, et moi je vous emmerde.
Noël Schoudler : Ça c’est bien vrai !

Drame familial, mais aussi récit initiatique, le film de Denys de La Patellière montre un homme tout-puissant, âpre, méprisant, cynique, être désarçonné par les conséquences désastreuses de la leçon qu’il voulait administrer à son fils. Les Grandes familles, adaptation du roman de Maurice Druon et prix Goncourt 1948, est un très grand classique, disons même un chef d’oeuvre, résolument contemporain, si ce n’est plus qu’à la sortie du film quant à sa vision pessimiste du capitalisme, merveilleusement écrit et interprété.

LE DIGIBOOK

Nous en parlions il y a une petite semaine. C’est la révélation de l’année. Fondateur de la structure indépendante Coin de mire Cinéma, Thierry Blondeau est un autodidacte, un cinéphile passionné et grand collectionneur (plus de 10.000 titres dans sa DVDthèque) qui a décidé de se lancer dans le marché de la vidéo dans le but d’éditer des films qu’il désirait voir débarquer dans les bacs depuis longtemps. Prenant son courage à deux mains, essuyant le refus de la plupart des éditeurs qui riaient devant son projet, Thierry Blondeau ne s’est jamais découragé. Son envie et son amour infini pour le cinéma et le support DVD/Blu-ray ont porté leurs fruits. Voilà donc la collection « La Séance » qui s’ouvre le 22 octobre 2018 avec six titres : Les Amants du Tage et Des gens sans importance d’Henri Verneuil, Si tous les gars du monde… de Christian-Jaque, Porte des Lilas de René Clair, Les Grandes familles de Denys de La Patellière et Archimède le clochard de Gilles Grangier. Inédits en Blu-ray, ces titres seront édités à 3000 exemplaires.

Coin de mire Cinéma a d’ores et déjà annoncé les sorties de Paris est toujours Paris de Luciano Emmer, Le Cas du Docteur Laurent de Jean-Paul le Chanois, Des Pissenlits par la racine de Georges Lautner, Le Train de John Frankenheimer (en co-édition avec L’Atelier d’images), La Grosse caisse d’Alex Joffé et L’Affaire Dominici de Claude Bernard Aubert. Chaque restauration sera assurée par TF1 en collaboration avec le CNC. Ont également participé à la réalisation de ce projet L’Atelier d’images (entre autres Hugues Peysson et Jérôme Wybon), Celluloïd Angels, Intemporel et Slumberland. Signalons que chaque titre est annoncé au tarif de 32€, disponible à la vente sur internet et dans certains magasins spécialisés à l’instar de Metaluna Store tenu par l’ami Bruno Terrier, rue Dante à Paris.

L’édition prend la forme d’un Digibook (14,5cm x 19,5cm) suprêmement élégant. Le visuel est très recherché et indique à la fois le nom de l’éditeur, le titre du film avec quelques lettres en couleur or, le nom des acteurs principaux, celui du réalisateur, la restauration (HD ou 4K selon les titres), ainsi que l’intitulé de la collection. L’intérieur du Digibook est constitué de deux disques, le DVD et Blu-ray, glissés dans un emplacement inrayable. Une marque est indiquée afin que l’acheteur puisse y coller son numéro d’exemplaire disposé sur le flyer volant du combo, par ailleurs reproduit dans le livret. Deux pochettes solides contiennent des reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4. Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie de Denys de La Patellière avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction du dossier de presse original et d’articles divers. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition des Grandes familles contient donc les actualités de la 47e semaine de l’année 1958 comme le combat de boxe entre Alphonse Halimi et Peter Keenan, un accident d’avion à l’aéroport de New York (huit blessés légers) ou bien encore la folie du hula hoop qui déferle sur la France (9’).

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1959 avec une publicité pour les bonbons de La Pie qui chante, une autre pour les Hollywood Chewing Gum et surtout une autre pour Martini avec Louis de Funès ! (8’).

La bande-annonce des Grandes familles et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Force est de constater que nous n’avions jamais vu Les Grandes familles dans de telles conditions. Les contrastes affichent d’emblée une densité inédite, les noirs sont profonds, la palette de gris riche et les blancs lumineux. Seul le générique apparaît peut-être moins aiguisé, mais le reste affiche une stabilité exemplaire ! Les arrière-plans sont bien gérés, le grain original est respecté, le piqué est souvent dingue et les détails regorgent sur les visages des comédiens. Avec tout ça, on oublierait presque de parler de la restauration 4K HD du film effectuée par les laboratoires Eclair à partir du négatif original. Celle-ci se révèle extraordinaire, aucune scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’encodage AVC consolide l’ensemble du début à la fin. La photo du chef opérateur Louis Page n’a jamais été aussi resplendissante et le cadre au format respecté, brille de mille feux. Ce master très élégant permet de redécouvrir ce très grand classique dans une qualité technique admirable. Notons que Les Grandes familles avait déjà connu une ressortie en DVD en 2013 chez TF1 Vidéo après une première édition chez René Chateau.

Egalement restaurée à partir d’un négatif son, la piste DTS-HD Master Audio Mono instaure un haut confort acoustique avec des dialogues percutants et une très belle restitution des effets annexes. Aucun souffle sporadique ni aucune saturation ne sont à déplorer. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

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