Test Blu-ray / Le Pacha, réalisé par Georges Lautner

LE PACHA réalisé par Georges Lautner, disponible en Blu-ray depuis le 22 août 2012 chez Gaumont

Acteurs : Jean Gabin, Dany Carrel, Jean Gaven, André Pousse, Louis Arbessier, Gérard Buhr, Robert Dalban, Maurice Garrel, Serge Gainsbourg…

Scénario : Michel Audiard, Georges Lautner, Albert Simonin d’après le roman de Jean Laborde

Photographie : Maurice Fellous

Musique : Michel Colombier, Serge Gainsbourg

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

L’inspecteur de police Albert Gouvion est chargé de convoyer une importante collection de bijoux d’une valeur inestimable. Mais un dangereux truand, Marcel Lurat, dit Quinquin et ses complices font sauter le fourgon blindé au bazooka avant de s’emparer du butin. Ce dernier va même jusqu’à tuer ses complices, ainsi que Gouvion, dont le meurtre a été maquillé en accident. Le commissaire divisionnaire Louis Joss, supérieur et ami de Gouvion, ne croit pas à la thèse de l’accident et veut le venger. Il entreprend également le ménage dans le milieu parisien, en organisant la rencontre de deux bandes rivales à l’occasion d’un braquage avec l’aide de la maîtresse de Gouvion, Nathalie, jeune et belle serveuse dans une boîte de nuit et réalise que son vieil ami, qui avait le don de s’attirer les ennuis, s’est mêlé par faiblesse au milieu des gangsters à cause de cette dernière.

Je pense que le jour où on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner.

Le Pacha marque la réconciliation entre Jean Gabin et Michel Audiard, fâchés depuis Mélodie en sous-sol (1962). Le dialoguiste le plus célèbre du cinéma français marque ainsi sa 15è collaboration avec Jean Gabin, sa 10è avec Georges Lautner et sa 4è avec Dany Carrel. Après le délirant Fleur d’oseille, Georges Lautner met en scène Le Pacha, qui marque une étape primordiale dans la représentation de la police dans le cinéma français. Ici, un braquage est réalisé au lance-roquette, le matériel mis à disposition des flics est dernier cri (vidéo-surveillance, télex, voitures sportives), les policiers n’hésitent pas à outrepasser la loi pour arriver à leur fin, la frontière entre flics et voyous devient mince et les sommations sont dites après avoir tiré.

Nathalie : Pourquoi ? Tu comptes m’emmener ?!
Quinquin : On n’emmène pas des saucisses quand on va à Francfort !
Nathalie : Tu pourrais dire une rose quand on va sur la Loire, question de termes !

Lautner, Audiard et Simonin renouvellent le personnage de Gabin et le font entrer dans une nouvelle ère, à l’aube des années 70. Magistralement interprété (André Pousse, parfait salaud, Dany Carrel à se damner), solidement réalisé, magnifiquement dialogué par Michel Audiard et porté par l’obsédante composition et Requiem pour un con de Serge Gainsbourg (qui fait une apparition dans son propre rôle en pleine séance d’enregistrement), Le Pacha demeure un film violent sur la vengeance et l’amitié (interdit aux moins de 18 ans à sa sortie), sombre, drôle, singulier, en un mot, indispensable.

Oui, je sais, on vit dans un monde tranquille. Les peaux-rouges se flinguent entre eux tranquillement, Albert a été dessoudé tranquillement, et ton pote Émile va braquer un train postal tranquillement. Eh ben moi, tous tes pères tranquilles, j’en ai ras le fion !

A mon père.

LE BLU-RAY

De la jaquette en passant par l’élégance des menus (Le Requiem pour un con de Serge Gainsbourg emballe évidemment le tout) et la restauration du film lui-même, saluons le travail de l’éditeur qui n’a pas son pareil pour offrir au spectateur un bel objet à ranger dans sa collection Gaumont Classique.

Pour cette édition HD, Gaumont n’aura pas repris l’avant programme recréant une séance comme en 1968, les galeries de photos et d’affiches, ni le mini-reportage d’époque montrant la Première du film et des propos rapides de Michel Audiard, Georges Lautner et Dany Carrel, présents sur l’édition DVD Collector certifiée THX sorti en 2003.

Heureusement, l’éditeur a gardé le principal.

On commence donc par le commentaire audio de Georges Lautner accompagné d’Olivier Marchal, alors que ce dernier venait juste de terminer 36 quai des Orfèvres. Rendant à César ce qui est à César, l’ancien inspecteur de la police judiciaire fait une véritable déclaration d’amour au cinéaste et à ses films qui lui ont donné envie de s’engager dans la police mais surtout de réaliser son rêve, être comédien puis metteur en scène. Le dialogue s’installe lentement mais sûrement, Olivier Marchal interroge Georges Lautner sur la fabrication du film, tandis que ce dernier le cuisine également sur les véritables méthodes employées par les flics. Les propos sont parfois difficiles, sans langue de bois, et on en apprend beaucoup sur la méthode Lautner, le travail de Jean Gabin et les démêlés avec la censure.

Nous retrouvons ensuite le documentaire intitulé Gabin contre la bande à Lautner (39’) donnant la parole à Dominique Zardi et André Pousse (comédiens), Florence Moncorgé-Gabin (fille de, écrivaine, scripte, scénariste et réalisatrice), Dany Carrel (comédienne), Maurice Fellous (chef opérateur), Claude Vidal (premier assistant-réalisateur) et Georges Lautner (réalisateur). Le portrait de l’homme et du comédien se révèle passionnant, le tout est illustré par de belles photos et d’images de tournage, ainsi que par des d’extraits d’interviews de Jean Gabin lui-même.

Le segment Requiem pour la police à Papa (32’) aborde la représentation de la police au cinéma, et plus particulièrement dans Le Pacha. Nous retrouvons une fois de plus Georges Lautner dont l’interview est cette fois croisée avec celles d’Olivier Marchal, Simon Michaël (ancien inspecteur des RG anti-terroristes, scénariste de la trilogie des Ripoux, La Totale), Michel Alexandre (ancien enquêteur de police judiciaire, scénariste de L627, Le Cousin), Mathieu Fabiani (commissaire principal de police, scénariste de La Balance), José Giovanni (scénariste et réalisateur) et de quelques socio-politologues. Chacun s’exprime sur la crédibilité (selon Olivier Marchal) ou l’invraisemblance (selon Simon Michaël) de l’illustration de la police dans le film de Georges Lautner, chacun y allant de sa petite anecdote personnelle et s’accordant pour dire que Le Pacha était un film relativement en avance sur son temps.

Enfin, Gaumont nous propose un entretien avec André Brunelin (scénariste, critique de cinéma, biographe et ami de Jean Gabin) sur Michel Audiard et Jean Gabin (18’), réalisé dans le cadre du documentaire Michel Audiard et le mystère du triangle des Bermudes (2002), par ailleurs disponible en DVD (Michel Audiard : le DVD). Si les propos ne sont donc pas inédits, ils n’en demeurent pas moins passionnants, surtout quand notre interlocuteur évoque la collaboration de Jean Gabin avec Michel Audiard, la méthode de travail du « Petit cycliste », le tout étant illustré par des photos de tournage diverses et variées.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Ce master HD du Pacha découle du master SD certifié THX édité en 2003. Le film de Georges Lautner avait bénéficié d’un nouveau transfert anamorphique 16/9e Haute Définition d’après un interpositif, qui respectait le format 1.66 du film. Etalonné et restauré plan par plan dans les laboratoires Eclair, le master avait été encodé sous le contrôle de l’ingénieur en chef de THX, puis approuvé par Georges Lautner et le directeur de la photographie Maurice Fellous. L’élévation HD proprement dire offre au Pacha une nouvelle cure de jouvence, aucune scorie n’est à déplorer, le grain cinéma est restitué et les contrastes trouvent une nouvelle densité. L’encodage AVC consolide l’ensemble, les noirs et gris sont concis, le piqué est renforcé (surtout sur les intérieurs) et rend hommage aux nombreux gros plans sur les gueules de Gabin, Pousse et Cie. Signalons tout de même une colorimétrie parfois fanée, certains plans sensiblement plus altérés ainsi qu’une profondeur de champs parfois limitée.

Les percussions de Requiem pour un con donnent le la dès le générique. La bande-son a été restaurée de fond en comble, et le mixage DTS-HD Master Audio 2.0 mono s’en donne à coeur joie. Les splendides dialogues de Michel Audiard n’ont jamais été aussi intelligibles, la musique de Serge Gainsbourg est savamment distillée et les effets annexes jouissent d’un coffre inédit. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Gaumont / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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