Test Blu-ray / Le Flingueur, réalisé par Michael Winner

LE FLINGUEUR (The Mechanic) réalisé par Michael Winner, disponible en édition Blu-ray + DVD + Livret DVD et Blu-ray le 15 novembre 2017 chez Wild Side Video

Acteurs :  Charles Bronson, Jan-Michael Vincent, Keenan Wynn, Jill Ireland, Frank De Kova, Lindsay Crosby…

ScénarioLewis John Carlino

Photographie : Richard H. Kline, Robert Paynter

Musique : Jerry Fielding

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Arthur Bishop est un tueur à gages pour le compte de la mafia. Sa rapidité, son professionnalisme et son perfectionnisme lui ont valu d’être surnommé « le flingueur ». Mais Bishop vieillit, et ne semble plus être en mesure d’assurer seul ses contrats. Il décide de prendre sous son aile Steve McKenna, un jeune chien fou  sûr de lui, et de lui apprendre ce qu’il sait du métier…

Le FlingueurThe Mechanic pour les puristes, réalisé par Michael Winner en 1972, est en quelque sorte le Charles Bronson Begins, du moins aux Etats-Unis. Né le 3 novembre 1921, Charles Dennis Buchinsky, d’origine lituanienne, a déjà vingt ans de cinéma derrière lui quand il devient une star sur la terre de l’Oncle Sam. Longtemps cantonné aux seconds rôles, les spectateurs et la critique repèrent néanmoins très vite ce comédien au visage taillé à la serpe, dans Bronco Apache, Vera Cruz et Les 12 Salopards de Robert Aldrich (1954 pour les deux premiers et 1967 pour le troisième), L’Aigle solitaire et L’Homme de nulle part de Delmer Daves (1954 et 1956), La Proie des vautours, Les 7 Mercenaires et La Grande évasion de John Sturges (1959, 1960 et 1963). C’est en Europe que viendra la première consécration quand Sergio Leone confie à Charles Bronson le rôle de L’Homme à l’harmonica dans Il était une fois dans l’Ouest (1968). Les cinéastes René Clément (Le Passager de la pluie) et Terence Young (De la part des copains, Soleil rouge) le font ensuite rapidement tourner, mais la rencontre avec le réalisateur Michael Winner (1935-2013) sera déterminante pour la carrière américaine et même internationale du comédien.

Emballé par la rapidité d’exécution du metteur en scène sur La Colline de la terreurChato’s Land, Charles Bronson souhaite retourner immédiatement avec Michael Winner. Ce dernier jette son dévolu sur un scénario de Lewis John Carlino, passé entre les mains de nombreux confrères (Martin Ritt, Monte Hellman) et acteurs (Kirk Douglas, Burt Lancaster, Cliff Robertson, Jeff Bridges, George C. Scott). Conscient du charisme et de l’aura de son acteur, Michael Winner construit son film sur le mutisme du personnage principal, Arthur Bishop, un tueur à gages méticuleux, attachant un soin particulier à préparer chacun de ses « contrats ». Lorsque son organisation criminelle lui demande de tuer l’un des leurs, Bishop l’exécute en camouflant son assassinat en une banale crise cardiaque. C’est alors que Steve, le fils de la victime, playboy arrogant, s’intéresse de près à Bishop et lui demande de le prendre sous son aile afin d’en faire à son tour un tueur.

Thriller, mais aussi film dramatique sur le temps qui passe, sur la solitude des êtres dans les grandes villes américaines, sur le passage de relais, sur la succession et la rédemption, Le Flingueur est un film beaucoup plus riche qu’il en a l’air au premier abord. Si Michael Winner a effacé l’homosexualité latente entre les deux personnages principaux, qui aurait été rejetée par Charles Bronson, l’ambiguïté demeure et le cinéaste parvient à suggérer le trouble qui s’empare de son Flingueur lorsqu’il rencontre le jeune Steve McKenna. Le premier quart d’heure, virtuose, sans aucun dialogue, installe toute la méticulosité de Bishop, qui a fait de son métier un art, mais aussi la psychologie du « Mechanic », ainsi que son mode de vie, immoral, mais obéissant à un code d’honneur. Calme, posé, le geste précis, le Flingueur est visiblement en mission, même si le spectateur ne comprend pas ce qu’il est en train de réaliser sur une cuisinière à gaz ou la raison pour laquelle Bishop place une substance gluante dans un ouvrage sélectionné dans une bibliothèque. Quelques minutes plus tard, l’appartement dans lequel il s’affairait explose, en tuant également son occupant scruté par Bishop quelques heures auparavant. Extraordinaire introduction.

Ensuite, Bishop est montré chez lui, vivant replié sur lui-même dans sa villa à l’intérieur rococo, robe de chambre flamboyante et aussi rouge que sa voiture de luxe, un verre de vin à la main, découvrant de l’autre un dossier lui apprenant quelle sera sa prochaine cible. Impassible, seule une boule de cire blanche qu’il malaxe sans arrêt montre son anxiété. Si la suite du film se révélera plus classique, Le Flingueur demeure un formidable thriller typique du Nouvel Hollywood alors en pleine explosion, porté le magnétisme de Charles Bronson. Si Jan-Michael Vincent (Hawke dans la série Supercopter), que son partenaire détestait (et qui avait déjà refusé Richard Dreyfuss), n’est guère convaincant et s’avère bien lisse, le duo fonctionne plutôt bien à l’écran, même s’il est vrai que nous n’avons d’yeux que pour Charles Bronson.

Contre toute attente, c’est bel et bien la relation ou plutôt la confrontation de deux générations qui fait l’intérêt du Flingueur, plutôt que les scènes d’action, même si elles s’avèrent très efficaces à l’instar de la poursuite à moto, par ailleurs bien soutenues par la composition de Jerry Fielding. C’est sec, c’est nerveux, c’est malin, teinté d’humour noir et le final inattendu est aussi anthologique que le prologue. Suite à ce grand succès, Michael Winner et Charles Bronson enchaîneront directement avec le polar urbain Un justicier dans la ville, triomphe sans précédent. Les deux hommes collaboreront sur six films au total, dont le dernier en 1985, le nanar Le Justicier de New York. En 2011, Le Flingueur a fait son comeback dans un remake éponyme réalisé par Simon West, avec Jason Statham dans le rôle-titre et Ben Foster à ses côtés, qui a d’ailleurs connu une suite en 2016.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Flingueur, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Cette édition se compose du Blu-ray et du DVD du film, ainsi que d’un livret exclusif de 86 pages, spécialement écrit par Samuel Blumenfield (journaliste et critique de cinéma au Monde), illustré de photos d’archives. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément de cette édition est un excellent entretien de Dwayne Epstein, historien du cinéma et biographe de Charles Bronson (30’). En une demi-heure, Dwayne Epstein replace Le Flingueur dans la carrière du comédien. Comme l’indique un carton en ouverture, attention aux spoilers puisque les scènes principales du film sont abordées, y compris son épilogue. L’historien du cinéma évoque la fructueuse collaboration entre Charles Bronson et le réalisateur Michael Winner, la naissance du mythe Bronson à partir du Flingueur, mais qui explosera véritablement l’année suivante avec Le Justicier dans la ville. La psychologie des personnages est longuement abordée, tout comme le jeu de Charles Bronson, et d’autres anecdotes liées à la production du Flingueur (comment le comédien a imposé sa compagne Jill Ireland), le tout joliment illustré par de multiples photos de tournage.

Le module intitulé Hired Hand : L’Homme de main (11’), donne la parole au cinéaste Monte Hellman, qui dans un entretien audio datant de décembre 2015, explique qu’il a failli réaliser Le Flingueur. Au cours de cette interview composée de photos d’archives diverses, Monte Hellman, quelque peu amer et même triste quand il évoque quelques-uns de la soixantaine de projets sur lesquels il a travaillé, et dont une douzaine seulement auront abouti, revient sur son projet avorté du Flingueur. La Columbia devait alors distribuer le film, avant que les droits soient finalement rachetés par la United Artists, sans retenir le travail – non rémunéré – de Monte Hellman.

L’Image et le son

Un Blu-ray moyennement convaincant. Le format 1.85 est respecté. Il en est de même pour le grain original, bien que très appuyé, surtout durant le premier quart d’heure. Si cela s’arrange quelque peu par la suite, la définition chancelle à plusieurs reprises, la gestion des contrastes est honnête, les couleurs retrouvent un peu de fraîcheur, mais demeurent globalement assez fanées. Les nombreux zooms occasionnent des plans flous ainsi que des fourmillements. Certes, malgré quelques points et poussières encore présents la copie est propre, mais par rapport aux précédentes éditions HD de Wild Side, le résultat est plutôt décevant.

L’éditeur ne propose pas un remixage inutile, mais encode les pistes originale et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, qui se concentre essentiellement sur le report des voix parfois au détriment de certains effets annexes. L’écoute demeure propre et nette. Elle n’est pas en revanche aussi fluide et homogène que la version originale, même si le report des dialogues aurait pu être plus ardent. Dans les deux cas, aucun souffle n’est à déplorer, les séquences d’action sont restituées avec un beau fracas, tandis que le score de Jerry Fielding, profite d’une excellente exploitation des frontales. Les sous-titres sont imposés sur la version originale.

Crédits images : © United Artists / Wild Side Vide / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

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