Test Blu-ray / Le Flic se rebiffe, réalisé par Burt Lancaster et Roland Kibbee

LE FLIC SE REBIFFE (The Midnight Man) réalisé par Burt Lancaster et Roland Kibbee, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : Burt Lancaster, Susan Clark, Cameron Mitchell, Morgan Woodward, Harris Yulin, Robert Quarry, Joan Lorring, Ed Lauter

Scénario : Burt Lancaster, Roland Kibbee d’après le roman The Midnight Lady and the Mourning Man de David Anthony

Photographie : Jack Priestley

Musique : Dave Grusin

Durée : 1h59

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Après un séjour en prison pour avoir assassiné l’amant de sa femme, Slade, un ancien policier, trouve un petit boulot de gardien de nuit sur un campus universitaire. Il tente de mener à nouveau une vie normale et Linda, sa contrôleuse judiciaire, s’éprend même de lui. Malheureusement, une série de meurtres se produit dans l’université… Slade décide d’enquêter.

En 1954, bien qu’il ne soit pas crédité, Burt Lancaster cosigne la mise en scène du Roi des îles aux côtés de Byron Haskin. L’année suivante, il réalise officiellement son premier long métrage, L’Homme du Kentucky, western dans lequel il donne la réplique à Dianne Foster et Diana Lynn. Burt Lancaster attendra quasiment vingt ans pour repasser une dernière fois derrière la caméra. Le Flic se rebiffe, titre français à côté de la plaque pour le titre autrement plus beau et poétique en version originale The Midnight Man, est comme qui dirait un dernier baroud d’honneur pour la star vieillissante. S’il lui restait encore de fabuleuses aventures cinématographiques à venir, Violence et passion de Luchino Visconti, 1900 de Bernardo Bertolucci, L’Ultimatum des trois mercenaires de Robert Aldrich pour ne citer que ceux-là, Burt Lancaster a déjà l’essentiel de sa carrière derrière-lui, trente ans de métier, une quantité impressionnante de films et de chefs d’oeuvres tournés aux quatre coins du monde. Rétrospectivement, Le Flic se rebiffe, d’après la nouvelle The Midnight Lady and the Mourning Man de David Anthony, peut se voir comme le portrait d’un acteur quelque peu usé, paumé dans une décennie bouleversée, qui déambule dans un milieu où il n’a plus de repères et où il apparaît presque comme un anachronisme.

The Swimmer, immense chef d’oeuvre de Frank Perry, jouait déjà avec la mythologie Lancaster, le passage du temps, avec de nombreuses références aux films les plus célèbres du comédien. Ici, Burt Lancaster erre presque comme un spectre, dans un monde qui a perdu le sens des valeurs, même s’il souhaite démontrer qu’il en a encore sous le capot et qu’il n’est pas prêt à être envoyé à la casse. C’est ainsi que son personnage, Slade, ancien flic de la criminelle, mis au rebut après avoir tué l’amant de sa femme trouvé dans son propre lit, débarque dans une petite ville universitaire de la Caroline du Sud. Libéré sur parole, il a accepté un travail de gardien de nuit sur le campus, où il s’occupe de la tranche minuit-8h du matin. Il est recueilli chez un de ses meilleurs amis, Quartz, également ancien flic, joyeux drille et pince-sans-rire. Mais ce dernier est blessé au cours d’une arrestation qui tourne mal. La jambe dans le plâtre, il est alité. Slade commence à prendre ses nouvelles marques et rencontre Linda Thorpe (Susan Clarke et ses beaux yeux bleus), qui travaille étroitement avec la police et notamment le shérif Casey (l’excellent Harris Yulin, spécialiste de la rubrique « On ne sait jamais comment ils s’appellent »), non loin de l’université. Un matin, la fille du sénateur Clayborde (Morgan Woodward), étudiante sur le campus, est retrouvée assassinée. S’il n’a plus son insigne, Slade a conservé son instinct de flic et commence à recueillir quelques indices en parallèle de l’enquête de police. Il ne sait pas qu’il vient de mettre les pieds dans une affaire où il n’aurait pas dû intervenir. Toujours est-il qu’il n’hésitera pas à répondre à la violence par la violence s’il le faut.

Si Le Flic se rebiffe ne brille pas par sa mise en scène, également signée Roland Kibbee (scénariste de Vera Cruz), qui s’apparente plus à un téléfilm, The Midnight Man se regarde comme on lit un bon vieux polar à la couverture froissée et aux pages jaunies, un dimanche après-midi pluvieux, une tasse de thé à portée de main. Il y a tout d’abord le charme propre aux productions des années 1970 avec ce grain particulier, ses couleurs automnales, ses petites bourgades chichement éclairées, ses bars enfumés où les hommes seuls viennent noyer leur chagrin dans un verre de bière. Ensuite, il y a le pincement au coeur de voir l’une des plus grandes stars hollywoodiennes vieillir devant la caméra. Les yeux sont toujours brillants, mais le visage est marqué par la rosacée et les mains tachetées ne trompent pas sur les années qui ont passé.

Le Flic se rebiffe est un petit film bourré de charme, empreint d’une nostalgie qui émeut souvent, qui parvient à contenter les amoureux des histoires policières du style roman de gare avec un étonnant dénouement à tiroirs qui possède vraiment l’esprit d’une série noire. Heureusement, The Midnight Man, avec une mélancolie sous-jacente, la photographie duveteuse de Jack Priestley, la douce partition de Dave Grusin et la versatilité de ses personnages, parvient sans mal à se faire une place dans le coeur et même dans l’esprit des spectateurs.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Flic se rebiffe est édité chez Movinside qui pour l’occasion inaugure une nouvelle collection Suspense/Polar avec également les titres Don Angelo est mort de Richard Fleischer (déjà chroniqué) et The Hit de Stephen Frears. La jaquette reprend un des visuels originaux du film et s’avère très élégante. Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage et aucun supplément malheureusement.

L’Image et le son

Le film de Burt Lancaster et de Roland Kibbee n’était disponible qu’en import allemand. C’est donc une vraie rareté proposée par Movinside, d’autant plus que l’éditeur propose ce titre en Blu-ray. Malgré un grain aléatoire, heureusement conservé ceci dit, les scènes diurnes et nocturnes sont logées à la même enseigne et formidablement rendues avec ce master HD nettoyé de toutes défectuosités. Mis à part un générique un poil tremblant, les contrastes du chef opérateur Jack Priestley (Né pour vaincre), retrouvent une nouvelle densité. Les nombreux points forts de cette édition demeurent la beauté des gros plans, la propreté du master (hormis quelques points blancs), les couleurs ravivées, les noirs profonds et le relief des scènes en extérieur jour avec des détails plus flagrants. Quelques fléchissements de la définition, mais rien de rédhibitoire. Enfin, le film est proposé dans son format d’origine 1.85.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 sont propres, efficaces et distillent parfaitement la musique de Dave Grusin. La piste anglaise ne manque pas d’ardeur et s’avère la plus équilibrée du lot. Au jeu des différences, la version française, beaucoup moins dynamique, se focalise trop sur les dialogues au détriment de certaines ambiances et effets annexes. Aucun souffle constaté sur les deux pistes. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Universal / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr


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