Test Blu-ray / HHhH, réalisé par Cédric Jimenez

HHhH réalisé par Cédric Jimenez, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 10 octobre 2017

Acteurs :  Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell, Jack Reynor, Mia Wasikowska, Stephen Graham, Céline Sallette, Gilles Lellouche…

Scénario : David Farr, Audrey Diwan, Cédric Jimenez, d’après le roman HHhH de Laurent Binet

Photographie : Laurent Tangy

Musique : Guillaume Roussel

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, l’un des hommes les plus dangereux du régime. Lorsque Hitler le nomme à Prague pour diriger la Bohême-Moravie et élaborer un plan d’extermination définitif, deux jeunes soldats de la résistance, Jan Kubis et Jozef Gabcik se dressent face à lui. Leur mission : éliminer Heydrich.

HHhH, acronyme – jamais expliqué dans le film – pour Himmlers Hirn heißt Heydrich, qui signifie en allemand le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich, est l’adaptation du roman historique homonyme de Laurent Binet, publié en 2010 aux éditions Grasset, prix Goncourt du premier roman et traduit en vingt langues, relatant le véritable récit de l’Opération Anthropoid, durant laquelle deux résistants tchécoslovaques furent envoyés pour assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo et des services secrets nazis. Le cinéaste français Cédric Jimenez (Aux yeux de tous, La French), s’empare de cette histoire romanesque à part entière et convoque un casting international pour son premier long métrage en langue anglaise.

Au début des années 1930, Reinhard Heydrich, militaire déchu renvoyé de la Reichsmarine, rejoint le nazisme sur la suggestion de sa femme Lina. Il devient alors le bras droit du chef de la SS naissante, Heinrich Himmler. Celui-ci le nomme en 1939 à la tête du RSHA, l’organe principal de police secrète et judiciaire du Reich, dont l’une des sections est la célèbre Gestapo. Principal adjoint de Himmler, il est l’un des hommes les plus puissants du régime. En septembre 1941, Hitler lui donne en complément les attributions de vice-gouverneur de Bohême-Moravie, la partie occupée de la Tchécoslovaquie : pour cela, il a des bureaux à Prague où il règne en maître, car le gouverneur en titre Konstantin von Neurath est vieillissant et malade. Comme Heydrich est resté chef du RSHA, il a aussi pour mission de mener à son terme le plan déjà entamé d’extermination des Juifs d’Europe : la « solution finale de la question juive ». Par ailleurs, ayant quitté la Tchécoslovaquie en 1939, le Tchèque Jan Kubiš et le Slovaque Jozef Gabčík sont engagés depuis 1940 aux côtés de la Résistance pour lutter contre l’occupation allemande. Après un entraînement prolongé en Grande-Bretagne, les deux jeunes soldats se portent volontaires pour une mission secrète aussi importante que risquée : éliminer le général de la police SS Heydrich. La veille de la Saint-Sylvestre 1941, ils sont parachutés à proximité de Prague et, pendant plusieurs mois, sont hébergés par des familles pragoises, dont les Moravec et les Novak. Jan fait ainsi la connaissance d’Anna Novak, mais il sait que sa mission doit passer avant l’amour.

A l’instar de ses deux précédents films, Cédric Jimenez fait preuve d’un véritable savoir-faire derrière la caméra. Sa mise en scène spectaculaire démontre un vrai sens visuel. Comme pour Aux yeux de tous et pour La French, la forme l’emporte malheureusement sur le fond et demeure glacial. L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina est un sujet en or, mais HHhH apparaît finalement plus comme une démonstration technique, impressionnante certes, mais qui laisse quelque peu le spectateur en dehors. L’assassinat de Reinhard Heydrich avait déjà inspiré le cinéma, à l’instar de Fritz Lang avec son formidable Les Bourreaux meurent aussi, réalisé juste après la mort du Reich Protektor, ou bien encore Douglas Sirk pour Hitler’s Madman, également sorti en 1943 et même encore dernièrement Sean Ellis avec son Opération Anthropoid sorti en 2016, avec Jamie Dornan, Cillian Murphy et Charlotte Le Bon. Disposant d’un budget de près de 30 millions d’euros, Cédric Jimenez soigne chaque plan et semble finalement plus intéressé par ses effets de style (ralentis, atmosphère vaporeuse), que par l’histoire, ou plutôt les deux récits entrecroisés qu’il raconte.

Rien à redire sur les comédiens. Jason Clarke (Zero Dark Thirty, La Planète des Singes : L’Affrontement, Terminator: Genisys) joue admirablement de son regard polaire et de son terrifiant visage anguleux, tout en laissant transparaître l’homme derrière le monstre. Même chose pour Rosamund Pike avec son élégance ambigüe, dont on regrette le sacrifice du personnage à mi-temps, même si l’aura du couple principal plane sur le reste du film. Jack O’Connell (l’une des grandes révélations du cinéma britannique depuis dix ans), Jack Reynor (vu dans Detroit et Sing Street), la lumineuse Mia Wasikowska, sans oublier la participation des français Gilles Lellouche et Céline Salette, déjà présents dans La French, complètent un casting exceptionnel.

Si HHhH manque d’âme et croule sous la musique – pourtant belle – de Guillaume Roussel, l’histoire ne laisse pas indifférent, même si la seconde partie, celle consacrée aux résistants, n’a pas autant d’impact que celle centrée sur Heidrich. On se laisse finalement emporter par ce flux d’images et par des séquences d’action et d’affrontements efficaces et divertissantes.

LE BLU-RAY

Le test de l’édition Haute-Définition de HHhH, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

On commence les suppléments par un making of (22’) essentiellement constitué d’entretiens avec le réalisateur Cédric Jimenez (in english « in ze text »), les comédiens Jason Clarke, Rosamund Pike et Jack Reynor, mais aussi de quelques images de tournage. Le metteur en scène revient sur sa découverte du roman de Laurent Binet et sur la proposition du producteur Ilan Goldman de le transposer au cinéma. Plus basiques, les acteurs interviennent sur les personnages et leurs motivations.

A cela s’ajoute un formidable et passionnant entretien (46’) de Johann Chapoutot, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne. Ce spécialiste du nazisme explore la vie, la personnalité, la carrière, l’ascension, la mort et ses conséquences de Reinhard Heydrich, les étapes successives (montrées ou non dans le film de Cédric Jimenez) et circonstances sociales et politiques qui l’ont conduit à rejoindre la SS. Si divers extraits de HHhH illustrent parfois trop longuement cette présentation, ce module très informatif est exposé brillamment. Dans la dernière partie, Johann Chapoutot évoque l’apparition du personnage d’Heydrich au cinéma et dans le domaine littéraire. Il donne également son avis sur le livre (qu’il encense) et le film HHhH, affirmant que ce dernier est digne du livre dont il est tiré.

L’Image et le son

TF1 Studio prend soin du service après-vente du film de Cédric Jimenez. Voici donc un très beau master HD. Respectueuse des volontés artistiques originales concoctées par Laurent Tangy, qui avait précédemment signé la photographie de La French, Radiostars et 20 ans d’écart, la copie de HHhH se révèle un petit bijou technique avec des teintes vives et malgré tout réalistes, un grain argentique palpable (tournage réalisé en 35mm), le tout soutenu par un encodage AVC solide. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, les arrière-plans sont magnifiquement détaillés, le relief omniprésent et les détails foisonnants sur le cadre large. Malgré tout, signalons que les séquences en basse lumière manquent de définition par rapport au reste, mais rien de rédhibitoire. Le Blu-ray était l’écrin tout désigné pour découvrir ce film qui mérite une seconde chance après un résultat décevant dans les salles.

L’éditeur a également soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais, aussi probants dans les scènes d’action et de fusillades que dans les séquences plus calmes. Les pics de violence peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales. Les effets annexes sont omniprésents et dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des séquences au moment opportun. La spatialisation musicale est luxuriante avec un net avantage pour la version originale. L’éditeur joint également une piste Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée. 

Crédits images : © TF1 Studio / Mars Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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