Test Blu-ray / Gauguin – Voyage de Tahiti, réalisé par Edouard Deluc

GAUGUIN – VOYAGE DE TAHITI réalisé par Edouard Deluc, disponible en DVD et Blu-ray le 23 janvier 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Vincent Cassel, Tuheï Adams, Malik Zidi, Pua-Taï Hikutini, Pernille Bergendorff, Marc Barbé, Paul Jeanson, Cédric Eeckhout, Samuel Jouy…

Scénario :  Edouard Deluc, Etienne Comar, Thomas Lilti, Sarah Kaminsky d’après le livre de Paul Gauguin “Noa Noa, Voyage de Tahiti

Photographie : Pierre Cottereau

Musique : Warren Ellis

Durée : 1h40

Année de sortie : 2017

LE FILM

1891. Gauguin s’exile à Tahiti en laissant derrière lui femme et enfants. Il veut trouver sa peinture, en homme libre, en sauvage, loin des codes moraux, politiques et esthétiques de l’Europe civilisée. Il s’enfonce dans la jungle, bravant la solitude, la pauvreté, la maladie. Il y rencontrera Tehura, qui deviendra sa femme, et le sujet de ses plus grandes toiles.

Gauguin – Voyage de Tahiti est le second long métrage du réalisateur Edouard Deluc, remarqué en 2008 avec le court-métrage ¿ Dónde está Kim Basinger ?, qui allait servir de base pour son excellent premier film, Mariage à Mendoza avec Philippe Rebbot et Nicolas Duvauchelle. Coloré, énergique, drôle, émouvant, tendre, ce premier long métrage imposait d’emblée un style et un humour percutants. Edouard Deluc est enfin de retour derrière la caméra et opère un virage radical avec Gauguin – Voyage de Tahiti, libre adaptation de Noa Noa, carnet de voyages écrit par Paul Gauguin (1848-1903) après son premier séjour à Tahiti en 1893. Merveilleusement mis en scène, le film offre également à Vincent Cassel l’un des plus beaux rôles de sa carrière.

Gauguin – Voyage de Tahiti est né d’un coup de foudre d’Edouard Deluc pour le récit du peintre : « C’est un objet littéraire d’une grande poésie, un récit d’aventures, entre autres, d’un souffle romanesque assez fou. C’est une sorte de journal intime, d’une grande humanité, sur son expérience Tahitienne, qui mêle récit, impressions, pensées, questionnements politiques, questionnements artistiques, croquis, dessins et aquarelles. C’est enfin et surtout une sorte de somptueuse déclaration d’amour à Tahiti, aux Tahitiens, à son Êve Tahitienne. Je l’ai découvert lors de mes études aux Beaux-Arts, le texte est toujours resté dans ma bibliothèque comme le fantôme d’un film possible ». Après Mariage à Mendoza, le cinéaste replonge dans Noa Noa et dans les autres écrits de Paul Gauguin, ainsi que sa correspondance intime. Bouleversé par la pensée visionnaire et l’oeuvre moderne du peintre, Edouard Deluc, entreprend alors son second long métrage, coécrit avec le talentueux Thomas Lilti (Les Yeux bandés, Hippocrate, Médecin de campagne), déjà scénariste sur Mariage à Mendoza.

A l’instar d’un rêve d’artiste, Gauguin – Voyage de Tahiti doit être vu comme une libre adaptation de Noa Noa, puisque les scénaristes ont évidemment eu recours à la fiction pour combler certains éléments réels restés en pointillés, tout en évitant le côté sulfureux de l’artiste, notamment sa vie sexuelle débridée voire polémique puisqu’il couchait avec des jeunes filles de 13 ans, tout en étant atteint de syphilis. L’oeuvre d’Edouard Deluc n’est pas un biopic, mais se focalise sur une période bien précise de la vie de son personnage principal, sur des événements et des protagonistes qui ont eu lieu et qui ont existé. Gauguin – Voyage de Tahiti est la réinterprétation de faits réels déjà “réinterprétés” dans son ouvrage par celui qui les a connus. Dans cette optique, le réalisateur a confié le rôle principal à Vincent Cassel. Alors âgé de 50 ans, le comédien n’en finit pas d’étonner depuis Mon roi de Maïwenn (2015) et sa prestation bouleversante dans Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan (2016). Jouant désormais avec ses yeux marqués, son visage tordu et taillé à la serpe, ses cheveux et sa barbe hirsute poivre et sel, il est ici exceptionnel et de tous les plans. Métamorphosé, vouté, la démarche vacillante, l’acteur est aussi bluffant qu’impressionnant.

Véritable expérience sensorielle, Gauguin – Voyage de Tahiti peut également compter sur la sublime photographie de Pierre Cottereau (Rosalie Blum, Le Voyage de Fanny) qui capture la beauté des paysages naturels comme Gauguin celle des habitants, sans oublier la musique de l’australien Warren Ellis (Wind River, Comancheria, Des hommes sans loi), qui nimbe l’ensemble d’une aura quasi-éthérée, comme un véritable western contemplatif, genre qui a d’ailleurs souvent inspiré le metteur en scène. Edouard Deluc nous invite donc à entrer en communion avec les désirs, les doutes, les amours (avec la sublime Tuheï Adams) et les douleurs d’un immense artiste.

LE BLU-RAY

Gauguin – Voyage de Tahiti est disponible en DVD et Blu-ray chez Studiocanal. Le visuel de la jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend celui de l’affiche du film. Même chose pour le menu principal, fixe et musical.

L’interactivité contient tout d’abord trois courtes featurettes (4’, 5’ et 2’30), centrées sur la prestation de Vincent Cassel, sa préparation, les intentions du réalisateur, les partis pris, le tournage à Tahiti. Le tout illustré par des images de tournage et les propos de l’équipe.

Le dernier module est un entretien avec Stéphane Guégan, conseiller scientifique auprès de la Présidence du musée d’Orsay (14’), qui revient notamment sur l’ouvrage Noa Noa, tout en donnant de nombreuses indications sur les véritables événements vécus par Gauguin. A la fin de cette interview, Edouard Delluc intervient également rapidement.

L’Image et le son

Magnifique ! Contrastes exemplaires, densité impressionnante, piqué tranchant comme un scalpel, scènes sombres aussi ciselées que les séquences diurnes, tout est resplendissant. La profondeur de champ est sensationnelle, les scènes en forêt sublimes, les détails abondent (voir le visage et la barbe de Vincent Cassel), le cadre large est idéalement exploité et la colorimétrie subjugue du début à la fin. La Haute-Définition est optimale et ce master restitue avec une suprême élégance les partis pris de la photographie signée Pierre Cottereau.

La piste DTS-HD Master Audio 5.1 instaure un confort acoustique dynamique, dense et souvent percutant. Les voix sont solidement plantées sur la centrale et la spatialisation musicale systématique. Toutes les séquences en extérieur sortent du lot avec une ample exploitation des latérales, la pluie qui environne les spectateurs, les grillons omniprésents, les chutes d’eau fracassantes, tout comme les percussions des musiques polynésiennes. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

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