Test Blu-ray / Django, réalisé par Etienne Comar

DJANGO réalisé par Etienne Comar, disponible en DVD le 30 août 2017 chez Pathé

Acteurs : Reda Kateb, Cécile de France, Beáta Palya, Bimbam Merstein, Gabriel Mireté, Vincent Frade, Johnny Montreuil, Raphaël Dever, Patrick Mille, Xavier Beauvois…

Scénario : Etienne Comar, Alexis Salatko

Photographie : Christophe Beaucarne

Musique : Warren Ellis

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

En 1943 pendant l’occupation allemande, le tsigane Django Reinhardt, véritable “guitare héros”, est au sommet de son art. Chaque soir il fait vibrer le tout Paris aux Folies Bergère avec sa musique swing alors qu’en Europe, ses frères sont pourchassés et massacrés. Lorsque la propagande allemande veut l’envoyer à Berlin pour une série de concerts, il sent le danger et décide de s’évader en Suisse aidé par une de ses admiratrices, Louise de Klerk. Pour passer, il se rend à Thonon-les-Bains, sur les bords du lac Léman, avec sa femme enceinte, Naguine et sa mère Negros. Mais l’évasion est plus compliquée que prévue, Django et ses proches se retrouvent plongés dans la guerre. Pendant cette période dramatique, il n’en demeure pas moins un musicien exceptionnel qui résiste avec sa musique, son humour, et qui cherche à approcher la perfection musicale…

On en entendait parler depuis plusieurs années déjà, mais le biopic sur Jean Reinhardt, plus connu sous le nom de Django Reinhardt (1910-1953), illustre guitariste de jazz, n’avait de cesse d’être repoussé. C’est finalement le producteur Etienne Comar, qui a entre autres produits les films de Laurent Bouhnik (Zonzon, 1999 Madeleine), Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux, La Rançon de la gloire), Philippe Le Guay (Du jour au lendemain, Les Femmes du 6e étage) ou bien encore Maïwenn (Mon roi) et le multi-césarisé Timbuktu d’Abderrahmane Sissako, qui coproduit, coécrit et réalise ce Django, dont il s’agit du premier long métrage en tant que metteur en scène. Le film s’inspire du roman Folles de Django d’Alexis Salatko (également coscénariste du film), paru en 2013 pour le soixantième anniversaire de la mort du musicien. S’il n’est pas vraiment un biopic, Django, pour lequel a également collaboré David Reinhardt, le petit-fils de l’artiste, s’avère une illustration d’un des épisodes clés de la vie de l’artiste.

Si le film ne tient malheureusement pas ses promesses, Etienne Comar offre le rôle-titre au génial Reda Kateb, monstre de charisme et récompensé par le Swann d’or du meilleur acteur au Festival du film de Cabourg, qui s’empare véritablement du personnage au point de ne faire qu’un avec lui. Il est aussi élégamment et excellemment épaulé par Cécile de France dans le rôle d’un personnage fictif, mais finalement aussi marquant que celui tenu par son partenaire. Avouons-le, Django ne vaut que pour ses interprètes et rien d’autre.

Pourtant, le film démarre sur les chapeaux de roues avec l’effervescence d’un concert prêt à démarrer. La salle des Folies Bergère est remplie d’officiers allemands et des panneaux indiquent qu’il est formellement interdit de danser. Les musiciens sont prêts, mais Django n’est pas là. Ce dernier est tranquillement en train de pécher au bord de la Seine. On vient alors le chercher. Quelque peu éméché, il enfile son costume, sa vieille mère l’observe et le conseille. Le concert peut commencer, Django, plus grisé par sa musique que par l’alcool est enivré sur scène par les mélodies de son quintette. La salle est en transe, les spectateurs se lèvent et sont emportés par les mélodies, peu importent les interdictions. Une femme blonde, Louise de Klerk, entre dans la salle. On lui propose un siège, elle refuse et préfère rester debout. Elle observe Django puis les réactions dans la salle. Après ce triomphe, elle rejoint Django au moment certains officiers allemands lui annoncent qu’il devra se rendre à Berlin, afin d’y donner quelques concerts « monumentaux » auxquels participera probablement Adolf Hitler. Quelques jours après, Django décide de fuir avec les siens en direction de la Suisse.

En toute honnêteté, Django subjugue durant sa première demi-heure d’une folle élégance et son épilogue bouleversant. La reconstitution est simple, mais ne manque pas de classe, la photo de Christophe Beaucarne (Coco avant Chanel, Gemma Bovery, Irina Palm) est très belle et restitue l’atmosphère des salles enfumées. Ce concert est aussi l’occasion à Reda Kateb de montrer tout le travail de titan que le comédien a dû accomplir en amont pendant un an, afin de coller au plus près au style de jeu unique du guitariste. Cela fonctionne très bien à l’écran, tout part sous les meilleurs auspices, on tape même du pied au son du guitariste virtuose. Dommage que le soufflé retombe dès que le personnage décide finalement de s’enfuir afin de ne pas être envoyé à Berlin. Le film fait ensuite du sur-place pendant plus d’une heure où l’on voit Django attendre à Thonon-les-Bains, qu’un passeur veuille bien l’escorter avec sa mère et sa femme jusqu’en Suisse.

Comme s’il était lui-même stoppé dans son élan par son propre scénario, Etienne Comar semble ne plus savoir quoi faire de son personnage principal, qu’il filme souvent dans la nature, en train d’observer, tandis que les dialogues sonnent faux et semblent trop écrits. Django ne reprend la guitare que de manière sporadique, l’ennui s’installe progressivement, tout semble aller au ralenti. Pour que la mécanique soit relancée, il faut véritablement attendre le dernier acte, le concert donné au milieu des allemands et surtout la dernière séquence, celle où Django dirige le Requiem pour les frères Tsiganes, messe de sa composition jouée à la chapelle de l’Institut des jeunes aveugles de Paris en 1945, un hommage poignant aux victimes du génocide tsigane. Un panneau indique que cette œuvre n’a été jouée qu’une seule fois, la partition ayant été perdue par la suite et dont quelques bribes subsistent seulement. En dépit d’une remarquable exposition et un final déchirant, Django laisse une impression plus que mitigée. Si la qualité de l’interprétation est indéniable et marque les esprits, dommage que le film soit si déséquilibré et demeure d’un intérêt relatif.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Django a été réalisé à partir d’un check-disc. Le visuel de la jaquette reprend le visuel de l’affiche. Le menu est animé et musical.

Pour une production de cet acabit, nous étions en droit d’attendre bien plus qu’une petite poignée de scènes coupées (6’) comme suppléments ! Aucun making of, aucune interview, pas de commentaires audio. Seulement quatre séquences laissées sur le banc de montage. La première montre Louise de Klerk marcher avec Django dans un cimetière parisien, en lui donnant les instructions pour son passage en Suisse. Louise annonce alors à Django qu’elle ne pourra pas le suivre et qu’elle est retenue sur la capitale. La seconde scène se déroule à Thonon-les-Bains. Django joue au billard, quand un lieutenant allemand lui propose une partie à cinquante francs le point. L’officier lui dit que son visage lui semble familier. Les deux séquences suivantes sont plus anecdotiques, avec d’un côté Negros qui fait semblant d’être morte pour s’amuser et flanquer la frousse, et de l’autre un repas entre amis où l’on se lance des assiettes pour rire.

L’Image et le son

Après un succès honorable dans les salles avec près d’un demi-million de spectateurs, Pathé prend soin de Django pour son arrivée dans les salons et en Haute Définition. Un master HD quasi-irréprochable au transfert immaculé. Respectueux des volontés artistiques originales, la copie se révèle un petit bijou technique alliant des teintes chaudes, ambrées et dorées, avec des teintes plus froides dans la partie suisse, le tout soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont riches et tranchants, seuls les arrière-plans auraient pu être un peu plus détaillés. Les gros plans sont ciselés à souhait, la colorimétrie est vive et joliment laquée, le relief très présent. Un service après-vente remarquable et élégant.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 convient parfaitement à un film ambitieux comme Django en spatialisant tout d’abord la musique de Warren Ellis (Comancheria, Des hommes sans loi) et en plongeant généreusement les spectateurs dans l’ambiance du concert dans la première partie. Les effets latéraux sont probants, les ambiances naturelles éloquentes sur les séquences en extérieur, les basses sont utilisées à bon escient. Si les dialogues auraient également mérité d’être plus ardents sur la centrale, le confort acoustique est indéniable, la balance frontale saisissante. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 se révèle également dynamique, percutante même, créant une véritable homogénéité entre les dialogues, la musique et les effets. Pour finir, nous disposons d’une piste Audiovision ainsi que des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Roger Arpajou / Pathé Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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