Test Blu-ray / Au service du diable, réalisé par Jean Brismée

AU SERVICE DU DIABLE réalisé par Jean Brismée, disponible le 4 juin 2019 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Erika Blanc, Daniel Emilfork, Jean Servais, Jacques Monseau, Lucien Raimbourg, Colette Emmanuelle, Ivana Novak, Shirley Corrigan…

Scénario : Pierre-Claude Garnier, Patrice Rhomm, Vertunnio De Angelis

Photographie : André Goeffers

Musique : Alessandro Alessandroni

Durée : 1h35

Année de sortie : 1971

LE FILM

Berlin, 1944. Son épouse morte en couches, le baron von Rhoneberg tue son enfant, espérant mettre un terme à l’antique malédiction familiale, qui veut que chaque fille devienne une succube au service du diable. 25 ans plus tard, sept personnes voyagent dans la Forêt Noire. Ils vont frapper à la porte du château du baron pour demander asile.

Au service du diable ou une histoire belge. Presque, avec quelques capitaux italiens. Egalement connu sous les titres La Plus longue nuit du diable, La Nuit des pétrifiés, mais également Castle of Death, Nightmare of Terror, The Devil Walks at Midnight, The Devil’s Nightmare ou bien encore Vampire Playgirls, ce long métrage est réalisé par un certain Jean Brismée (né en 1926), plus connu pour ses films documentaires et créateur de L’Institut national supérieur des arts du spectacle et des techniques de diffusion. Une longue carte de visite à laquelle il faut également rajouter professeur de mathématiques et de sciences-physiques. Toujours est-il que ce dernier, profitant de cette opportunité comme une expérience à part entière, emballe habilement ce petit film d’horreur particulièrement plaisant dans lequel brillent l’incendiaire Erika Blanc et Daniel Emilfork, parfait dans le rôle de Satan.

Toutes proportions gardées, il flotte comme un avant-goût de Se7en de David Fincher dans Au service du diable. Une malédiction diabolique pèse depuis des siècles sur la famille von Rhoneberg , dont toutes les filles aînées sont des succubes. Au cours de leur périple, sept touristes trouvent refuge au château du dénommé baron. Ils y seront tous – ou presque – assassinés selon leur vice, par conséquent les sept péchés capitaux. Tour à tour, une nymphomane, une cupide, un goinfre, un colérique, une paresseuse, les envieux et les orgueilleux vont se retrouver face à une succube devant laquelle il est difficile de résister, surtout quand celle-ci possède les traits et les courbes d’Erika Blanc (Django tire le premier, Tire, Django, tire, Amour et Mort dans le jardin des dieux), qui trône sur le reste de la distribution.

Au générique, même si sa participation reste limitée, Daniel Emilfork (1924-2006) marque les esprits dans le rôle-titre. Son visage émacié, ses dents proéminentes, sa silhouette filiforme, sa voix traînaaaante ont fait sa renommée (La Cité des enfants perdus, de Caro/Jeunet, Pirates de Roman Polanski, Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ de Jean Yanne) et le comédien qui fait penser au Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau était tout indiqué pour incarner Satan. Plus étonnante est la présence au générique du comédien Jean Servais, qui aura joué pour Abel Gance, Marcel Pagnol, Yves Allégret, René Clément, Max Ophüls, Jacques Becker, Jules Dassin, Luis Buñuel, Philippe de Broca, Georges Franju et bien d’autres. Au service du diable est une de ses dernières apparitions à l’écran. Enfin, la tronche et la gouaille reconnaissables de Lucien Raimbourg, grand second rôle du cinéma hexagonal (vu chez Cayatte, Verneuil, Grangier, de Broca) étaient tout indiquées pour représenter le français colérique.

Tout ce beau petit monde venu d’horizons disparates se côtoie dans des décors soignés, dont le château d’Antoing, situé dans la région wallonne de Belgique. Même si le réalisateur André Hunnebelle est crédité en tant que « conseiller technique à la mise en scène » et que le film possède effectivement une touche de Fantômas contre Scotland Yard, il semble que sa participation ait été limitée et anecdotique. Jean Brismée s’en sort vraiment très bien derrière la caméra et instaure un climat oppressant. Il peut également compter sur la solide photographie d’André Goeffers, l’une des rares incursions au cinéma du chef opérateur, ainsi que sur la partition enivrante d’Alessandro Alessandroni, plus connu pour être le « siffleur » du thème principal d’Une poignée de dollars signée Ennio Morricone.

Le récit se suit tranquillement, sur un rythme soutenu, grâce à des rebondissements sympathiques et une solide direction d’acteurs, sans oublier quelques plans dénudés et sexy, jusqu’au dénouement ironique et le tout marqué par un humour noir réussi. Le film belge d’épouvante existe donc bel et bien. Sorti en 1971 chez nos amis du Plat Pays, il faudra attendre 1973 pour voir le voir distribuer dans nos contrées. A ce jour, il s’agit du seul long métrage belge d’exploitation à avoir bénéficié d’un large circuit de salles spécialisées dans le monde, y compris aux Etats-Unis. Depuis, l’oeuvre de Jean Brismée est devenue aussi culte que prisée par les cinéphages Bisseux et se voit même soutenu et défendu par les cinéphiles.

LE BLU-RAY

Oh le superbe Mediabook que voilà ! Au service du diable fait son apparition dans les bacs sous la bannière d’Artus Films, qui intègre ce titre dans sa collection Les Chefs-d’oeuvre du gothique. Un objet soigné et très élégant, rouge-sang, très attractif. Cette édition se compose du DVD, du Blu-ray et d’un livre de 64 pages, excellemment conçu, réalisé par Christophe Bier, acteur vu chez Jean-Pierre Mocky, réalisateur, historien de cinéma et critique de cinéma, qui revient sur la genèse, l’histoire, le tournage et la sortie d’Au service du diable. Le menu principal est fixe et musical.

Fidèle à Artus Films, Alain Petit, expert en cinéma Bis, présente le film de Jean Brismée (22’). Il fait tout d’abord un portrait rapide du réalisateur, avant d’énumérer les différents titres de son œuvre et raconte une anecdote qui lui fait penser qu’Au service du diable avait bénéficié de capitaux français. Les lieux de tournage, le casting (Alain Petit s’illumine quand il évoque Erika Blanc), la photographie et les partis pris, la musique et bien d’autres éléments sont abordés au cours de ce module passionnant.

C’est ensuite au tour d’Erika Blanc de prendre la parole. L’actrice de Moi, Emmanuelle, Ni Sabata, ni Trinità, moi c’est Sartana, Django arrive, préparez vos cercueils et de plus d’une centaine de titres du même acabit, revient (en français) sur la production et le tournage d’Au service du diable (16’). Elle y évoque ses partenaires, sa collaboration avec Jean Brismée, sa garde-robe inoubliable, son rapport à la nudité à l’écran, la psychologie des personnages, les effets spéciaux et le maquillage qu’elle a dû subir pour se transformer en succube et se réjouit qu’Au service du diable soit devenu un film culte pour de très nombreux spectateurs.

L’éditeur a mis la main sur un rapide entretien avec Jean Brismée (7’). Visiblement chez lui, le réalisateur, collectionneur d’appareils cinématographiques, revient sur Au service du diable, sur le casting, sur son amour inconditionnel pour le cinéma américain et évoque son inspiration des westerns italiens.

Nous trouvons également un montage de scènes alternatives. Un panneau indique que le montage du film variait effectivement selon les pays d’exploitation. Ici, nous découvrons la scène d’introduction et la dernière séquence d’Au service du diable sous un angle différent (3’).

L’interactivité se clôt sur un diaporama et la bande-annonce.

L’Image et le son

La copie démarre par quelques stock-shots en N&B, évidemment griffés et blindé de poussières. Puis les contrastes se raffermissent illico avec des noirs denses et des blancs clairs, très élégants. Les credits arrivent en couleur, sur un cadre abîmé, comprenant diverses rayures verticales. Puis, à l’instar du prologue en N&B, le véritable master HD apparaît dès le premier changement de plan. La stabilité est de mise, les détails appréciables et la propreté indéniable hormis quelques points blancs ici et là. Le grain argentique est plus ou moins bien géré, nettement plus appuyé sur certains gros plans et lors de la scène saphique qui fait comme «recousue» au reste, avec d’ailleurs une bande-son plus couverte. La dernière séquence s’accompagne de sensibles fourmillements et scories.

Signalons immédiatement l’absence de sous-titres français pour les spectateurs sourds et malentendants. Une seule piste au programme, la version originale française présentée ici en LPCM 2.0. L’écoute est plus que correcte, même si un léger souffle persiste et que le volume des dialogues tend à changer en cours de route. Toutefois, la musique d’Alessandro Alessandroni est bien lotie et possède un coffre assez remarquable.


Crédits images : © Artus Films / BELFILM / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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