Test Blu-ray / Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, réalisé par Jean Yanne

DEUX HEURES MOINS LE QUART AVANT JÉSUS-CHRIST réalisé par Jean yanne, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD depuis le 10 septembre 2014 chez Pathé

Acteurs : Coluche, Michel Serrault, Jean Yanne, Françoise Fabian, Michel Auclair, Mimi Coutelier, Darry Cowl, Paul Préboist, Daniel Emilfork, André Pousse, Michel Constantin, Philippe Clay, Valérie Mairesse, Yves Mourousi, Léon Zitrone…

Scénario : Jean Yanne

Photographie : Mario Vulpiani

Musique : Jean Yanne, Raymond Alessandrini

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1982

LE FILM

C’est l’histoire d’un mec, Ben-Hur Marcel, conducteur de chars à Rahatlocum, petite colonie romaine nord-africaine où Jules César vient passer des vacances impériales… La révolte gronde parmi le petit peuple qui, opprimé par un régime cruel et tyrannique, trouve en Marcel un tribun charismatique et annonciateur d’une ère nouvelle… deux heures moins le quart avant Jésus-Christ !

Ce meneur, c’est un petit garagiste sans importance… Si j’ose me permettre, c’est même dommage de le faire bouffer par les lions parce que c’est le seul qui sache bien réparer les chars dans ce foutu pays de merde… Faut dire qu’on se demande ce qu’on a fait aux dieux pour se retrouver dans un bled à la con pareil, et tout ça pour faire plaisir à un empereur débile, qui lui pendant ce temps-là… Enfin, excuse-moi, c’est les nerfs, on est surmenés. […] Haaaa, bordel d’uniforme de putain de métier de con de nom de Jupiter de saloperie de cape de merde.

Et des dialogues anthologiques, des gags « hénaurmes », des anachronismes comme ça il y en a à satiété. Avec 4,6 millions d’entrées au cinéma, Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ est le plus grand succès de Jean Yanne en tant que réalisateur, depuis sa première mise en scène, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil qui avait attiré plus de 4 millions de spectateurs dans les salles en 1972. Pouvant se targuer de terminer sur la troisième marche du podium au box-office en 1982, derrière E.T. L’Extra-terrestre et L’As des as, Jean Yanne retrouve le succès qui commençait à lui échapper des deux côtés de la caméra – Chobizenesse et Je te tiens, tu me tiens par la barbichette avaient déçu – et signe une immense comédie.

Menée tambour battant, portée par un casting quatre étoiles où tous les copains sont venus faire un tour devant la caméra pour se marrer un bon coup, Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ n’a absolument rien perdu de sa verve, de son ironie, de son mordant. Claude Berri et Tarak Ben Amar ont donné à Jean Yanne les moyens les plus démesurés afin qu’il puisse réaliser sa superproduction-comédie-péplum – on parle de plus de 45 millions de francs de l’époque – avec le casting de son choix, même si Coluche n’était pas forcément l’acteur qu’il désirait pour incarner Ben-Hur Marcel, ou Amineméphèt pour les intimes.

Coluche donc, mais aussi Michel Serrault, inoubliable en César précieux, ancêtre lointain de Zaza Napoli, Jean Yanne lui-même, Michel Auclair, François Fabian (explosive), Mimi Coutelier (la compagne de mister Yanne, imposée par ce dernier), Darry Cowl, Paul Préboist, Daniel Emilfork, André Pousse, Michel Constantin, Philippe Clay, et même Yves Mourousi et Léon Zitrone dans leur (quasi) propre-rôle.

Je dis que César ne serait pas un loup, si les Romains n’étaient pas des agneaux ; je dis que César ne serait pas un lion, si les Romains n’étaient pas des biches…

Malgré une production chaotique (dépassement de budget et de calendrier), le film cartonne sur les écrans et a depuis acquis un statut culte auprès de nombreux spectateurs, y compris pour l’auteur de ces mots qui le considère comme une des plus grandes comédies françaises de tous les temps, comme un chef-d’oeuvre indémodable d’humour satirique (tout le monde en prend pour son grade), caustique et redoutablement anticonformisme.

LE BLU-RAY

Le DVD et le Blu-ray de Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ sont disponibles chez Pathé en Digipack, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé sur des images du film et la version reggae d’Il est né le divin enfant rebaptisé Jouez transistors, résonnez cassettes.

Remercions Jérôme Wybon pour ce formidable documentaire rétrospectif d’une heure intitulé Le Triomphe inattendu de Ben-Hur Marcel, constitué d’entretiens avec Bertrand Dicale (biographe de Jean Yanne), Tarak Ben Ammar (coproducteur), Pierre Grunstein (coproducteur), Hervé de Luze (monteur), Jean-Pierre Vergne (assistant-réalisateur) et même Jean Yanne via quelques images d’archives. Pas de langue de bois ici, tous les dessous du tournage sont dévoilés, les hauts mais aussi les bas, surtout en ce qui concerne les difficultés de Jean Yanne pour gérer la mise en scène et le calendrier établi. D’ailleurs, un portrait du réalisateur, scénariste et comédien, mais aussi de l’homme complexe qu’était Jean Yanne, se dessine tout au long de ces passionnantes interviews. Les relations Jean Yanne / Claude Berri, la création des décors et des costumes (par Mimi Coutelier), la collaboration entre Jean Yanne et Coluche, le casting (Mimi Coutelier imposée par Yanne contre l’avis de tous), le pessimisme de Berri face au résultat final, les séquences coupées au montage (le film durait 2h30 dans sa première mouture) et le triomphe dans les salles avec plus de 4,6 millions d’entrées, le tout illustré par des photos de plateau et ponctué par de savoureuses anecdotes de tournage, rendent ce documentaire absolument indispensable.

En plus de la bande-annonce très réussie (composée essentiellement de prises alternatives), nous trouvons un lot de scènes coupées (11’, 1080p). Certes, ceci n’est qu’un aperçu des 45 minutes des séquences laissées sur le banc de montage après la première version de 2h30, mais les fans du film ne manqueront pas de les visionner. Nous retiendrons la scène où Cléopâtre entonne une chanson en se prenant pour Marlene Dietrich, ou bien celle où le Consul se confronte une fois de plus à son fils rebelle.

L’Image et le son

Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ s’offre à nous en Haute Définition dans une nouvelle et superbe copie entièrement restaurée en 2013 par Pathé et les laboratoires Eclair Group à partir d’un master 2K. Ce Blu-ray renforce les contrastes, la densité des noirs. L’image est stable, entièrement débarrassée de scories diverses et variées, les couleurs sont ardentes, vives et chatoyantes, certains décors brillent de mille feux, les détails sont légion aux quatre coins du cadre large, le relief des matières des costumes demeure palpable tout du long. Les scènes en extérieur affichent une luminosité inédite, tout comme un relief inattendu, un piqué pointu. Tous les défauts constatés sur l’édition DVD de 2003 (tâches, bruit vidéo, poussières) ont été éradiqués. Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ tire pleinement profit de la Haute-Définition.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono permet à la composition de Jean Yanne d’être délivrée avec un coffre inédit. Egalement restauré en HD par L.E. Diapason, le son a subi un dépoussiérage depuis la dernière sortie du film en DVD. A l’époque, l’éditeur avait procédé à un remixage 5.1. déséquilibré, misant l’essentiel sur les dialogues, tandis que tous les autres effets étaient balancés sur les autres enceintes sans homogénéité. C’est aujourd’hui chose réparée, car bien que nous soyons en présence d’une DTS-HD Master Audio, le confort acoustique est ici largement assuré, jamais entaché par un souffle quelconque. La musique, les effets annexes, les voix des comédiens, tout est ici mis en valeur avec fluidité et un coffre probant. Les sous-titres anglais et français pour sourds et malentendants sont également disponibles, ainsi qu’une piste en Audiovision.

Crédits images : © Pathé / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Ibis rouge, réalisé par Jean-Pierre Mocky



L’IBIS ROUGE réalisé par Jean-Pierre Mocky disponible en DVD et Blu-ray le 5 mars 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Michel Simon, Michel Serrault, Michel Galabru, Jean Le Poulain, Evelyne Buyle, Karen Nielsen, Jean Cherlian, François Bouchex…

Scénario : Jean-Pierre Mocky, André Ruellan d’après la nouvelle de Fredric Brown « Knock Three One Two »

Photographie : Marcel Weiss

Musique : Eric Demarsan

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Raymond Villiers ne se doute pas que l’homme qui lui fait face dans l’ascenseur n’est autre que l’étrangleur qui défraie la chronique. Mais Raymond ne s’attarde pas, il abandonne ce personnage et se met en quête des trois millions qu’il a perdus au jeu et qu’il doit rembourser au plus tôt. Dès lors, une succession de quiproquos et de méprises vient bouleverser l’ordre naturel des événements.

Quand Jean-Paul Mokiejewski alias Jean-Pierre Mocky (né en 1933) fait son Grand Sommeil. Enfin, toutes proportions gardées. Néanmoins, L’Ibis rouge s’avère un vrai polar et film noir bourré d’humour tourné sur le Canal Saint-Martin, avec un trio d’acteurs au sommet, les trois Michel, Serrault, Galabru et Simon. Trois ans après Le Viager de Pierre Tchernia, Louis Martinet se retrouve face à Léon Galipeau, tandis que Michel Simon tire sa révérence dans sa dernière apparition à l’écran. Le comédien disparaîtra une semaine après la sortie de L’Ibis rouge au cinéma. Les fans de Jean-Pierre Mocky considèrent cet opus comme l’un de ses meilleurs, l’un de ses plus emblématiques et réussis. Ce qu’il est assurément puisqu’il contient toutes les obsessions, les références et donc l’univers de son auteur.

Traumatisé dans son enfance par la vue d’une mouche sur la gorge de son professeur de piano, Jérémie, modeste employé, étrangle des femmes seules à l’aide d’une écharpe brodée d’un ibis. Zizi, marchand de journaux acariâtre et raciste pourtant flanqué d’un enfant noir, rêve de notoriété. Il déclare à tous ses clients qu’il est le coupable des meurtres. Pendant ce temps, Raymond, ivrogne invétéré et représentant en liqueurs, doit rembourser une importante dette de jeu contractée auprès d’un ancien colonel infirme qui menace de le faire assassiner s’il ne paye pas. Il espère que sa femme, Evelyne, va le tirer d’affaire grâce à sa fortune personnelle…

L’Ibis rouge est une œuvre comme qui dirait foutraque. Jean-Pierre Mocky est généreux. Le cinéaste se fait plaisir, ainsi qu’à ses acteurs, tout en pensant constamment au divertissement des spectateurs. Il jette ici son dévolu sur une nouvelle de l’écrivain américain Fredric Brown, Knock Three One Two (« Ça ne se refuse pas »), qu’il adapte avec André Ruellan et l’arrange à la sauce française, en situant l’action dans le 10e arrondissement de Paris, le long du Canal Saint-Martin, principalement de nuit. Jean-Pierre Mocky filme ses personnages déambuler dans le Paris interlope, celui qu’il affectionne tout particulièrement, rarement représenté dans le paysage cinématographique français encore à cette époque. Autant dire que le réalisateur est dans son élément et qu’il se fait plaisir à travers une histoire rocambolesque où chaque protagoniste fait figure de monstre humain, tueur (Serrault, qui use de son écharpe pour étrangler les demoiselles à forte poitrine), représentant en vin (Galabru, imperméable et galurin à la Bogart), restaurateur grec (en fait auvergnat), vendeur de journaux limite clochard, tout le monde y passe et chacun en prend pour son grade.

Si le scénario est prétexte pour dresser le portrait acide de ses contemporains, Jean-Pierre Mocky ne se moque jamais et L’Ibis rouge est tout autant un hommage au cinéma hollywoodien des années 1940-50 qu’une étude ironique sur l’âme humaine. Le metteur en scène observe tout ce beau petit monde avec l’oeil d’un entomologiste. A l’instar de Raymond Chandler, l’histoire importe peu et part dans tous les sens et les personnages, leur psychologie, leur confrontation, leurs diatribes font avancer l’intrigue avec un rythme en dents de scie. Parfaite transition pour évoquer la composition d’Eric Demarsan réalisée à l’aide d’une scie musicale, que Jean-Pierre Mocky utilise du début à la fin, ce qui peut parfois porter sur les nerfs. Au trio vedette, s’ajoutent un Jean Le Poulain fielleux manipulateur et la superbe Evelyne Buyle, femme fatale à l’accent titi parisien.

Malgré son casting, la sauce n’a pas pris à l’époque et le film s’est soldé par un échec cuisant avec à peine 150.000 spectateurs dans les salles. Depuis, ce savoureux vaudeville bien français et nimbé de références américaines est devenu un vrai film culte.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Ibis rouge, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. Le film de Jean-Pierre Mocky avait connu une précédente édition en DVD chez Pathé en 2005.

L’éditeur est allé à la rencontre de Jean-Pierre Mocky lui-même pour nous livrer quelques infos et anecdotes sur L’Ibis rouge (8’). Le cinéaste évoque le travail avec les comédiens et le roman « fantastique » (dixit Mocky) de Fredric Brown, dont il adaptera un autre de ses livres en 2001 avec La Bête de miséricorde. Les personnages et la musique sont également abordés, ainsi que (toujours d’après le réalisateur) « l’énorme succès critique du film, qui a d’ailleurs fait le tour du monde et qui a cartonné dernièrement sur Arte avec plus de 1,7 million de téléspectateurs ».

L’Image et le son

La copie HD de L’Ibis rouge impressionne du début à la fin. L’image est dépoussiérée et aucune tâche et autres scories ne viennent parasiter le visionnage. La palette de couleurs est pimpante et on ne peut que saluer la définition remarquable de cette édition, notamment sur les très nombreuses séquences nocturnes. L’apport HD donne une nouvelle densité aux contrastes et surtout aux noirs. Le grain original est respecté, le relief palpable, la copie stable et le gros point fort de cette édition demeure la restitution des gros plans en tous point admirable. Un lifting minutieux.

Les dialogues sont parfois grinçants ou sourds et manquent d’intelligibilité. La musique est mieux servie et dynamique. Pas de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, étrange…

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr