Test Blu-ray / Si tous les gars du monde…, réalisé par Christian-Jaque

SI TOUS LES GARS DU MONDE… réalisé par Christian-Jaque, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : André Valmy, Jean Gaven, Marc Cassot, Georges Poujouly, Jean-Louis Trintignant, Boudou Babet, Hélène Perdrière, Claude Sylvain, Andrex, Yves Brainville, Bernard Dhéran, Roger Dumas…

Scénario : Jacques Remy, Henri-Georges Clouzot, Christian-Jaque

Photographie : Armand Thirard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Le chalutier « Lutèce » pêche en pleine mer, à deux jours des côtes. Un des hommes de l’équipage tombe malade, atteint d’un mal étrange. Puis, un autre. Il n’y a pas de médecin à bord. Le capitaine fait lancer des appels par radio, mais personne ne répond. Le mal fait de nouvelles victimes…

Attention, chef d’oeuvre ! Immense découverte, Si tous les gars du monde… est réalisé en 1955 par le prolifique – 59 longs métrages à son actif de 1932 à 1977 – Christian Maudet alias Christian-Jaque (1904-1994). Aujourd’hui complètement oublié, il est temps de réhabiliter ce long métrage exceptionnel, drame à la limite du survival, film choral, haletante course contre-la-montre, suspense qui joue avec les nerfs des spectateurs du début à la fin. Il s’agit également du premier film d’un jeune comédien de 25 ans, Jean-Louis Trintignant. Oeuvre humaniste, véritable tour de force, roller-coaster émotionnel, Si tous les gars du monde… convoque plusieurs nationalités, plusieurs cultures, plusieurs pays, plusieurs religions, tous unis au-delà des blocs, de la Guerre Froide, pour aider une poignée d’hommes perdus au large de la Norvège. Ou comment filmer l’effet papillon.

Le Lutèce, un bateau de pêche de Concarneau, alors qu’il se trouve en pleine mer du Nord, voit ses douze marins tomber malades les uns après les autres après avoir consommé du jambon avarié : ils sont atteints de botulisme. La radio de bord étant hors service, le patron Le Guellec, avant de subir à son tour les effets de l’intoxication, a eu le temps de lancer un appel à l’aide depuis un émetteur radio ondes courtes. L’appel est capté par un radioamateur au Togo, une chaîne d’entraide se met en place pour faire parvenir des vaccins au bateau en détresse tandis qu’à son bord les derniers pêcheurs valides s’affrontent : sous les yeux désolés du jeune mousse Benj, Jos accuse Mohammed, musulman, et seul à ne pas avoir consommé de jambon, d’avoir empoisonné celui-ci. Pourtant, la survie de l’équipage va dépendre d’eux et ils vont devoir apprendre à faire corps pour maintenir leur cap et suivre les instructions radio de leurs secouristes. Pendant ce temps, les radioamateurs de France et d’Allemagne alors qu’on est en pleine nuit, ont réussi l’exploit de faire acheminer les médicaments de Paris à Berlin : grâce au dévouement d’hôtesses de l’air qui ont transgressé les règlements, à des soldats américains et soviétiques qui se sont alliés pour faire franchir la frontière entre Berlin Ouest et Berlin Est au précieux colis. Mais le colis arrivera t-il à temps ? Et comment le livrer alors que les pêcheurs sont perdus en pleine mer ?

« Si tous les gars du monde
Devenaient de bons copains
Et marchaient la main dans la main
Le bonheur serait pour demain »

Les Compagnons de la chanson

Si tous les gars du monde… est un film exceptionnel. Tel un jeu de piste, une course de relais, des hommes et des femmes de tout pays, vont s’unir dans le but d’en sauver d’autres. Parallèlement à cette chaîne humaine, Christian-Jaque, sur un scénario en béton cosigné avec Henri-Georges Clouzot et Jacques Rémy, met en valeur les bienfaits du progrès et des nouvelles technologies. Les moyens de communication et de transports permettent aux hommes de s’entendre, de se rapprocher, de s’entraider. Les personnages sont sans cesse en mouvement, agités, angoissés par le sort réservé aux pêcheurs si personne ne leur vient en aide. Conscients qu’ils ont un rôle à jouer pour qu’ils survivent, les protagonistes ne cessent d’aller d’un coin à l’autre de leurs villes respectives, à la recherche d’un passeur, à qui confier le Saint Graal, quelques ampoules contenant le sérum, un vaccin qui pourra guérir les pêcheurs bretons. Il faut voir Jean-Louis Trintignant, déjà génial et magnétique, enfourcher sa Vespa et aller de la Place de Clichy à l’Institut Pasteur, en passant par les Invalides et l’aéroport d’Orly, dans l’espoir de trouver une âme charitable qui pourrait convoyer le précieux traitement.

Malgré la barrière linguistique, les êtres parviennent à s’entendre et la chaîne de solidarité s’organise. L’immense Pierre Fresnay, de son timbre inimitable, ponctue le récit de temps à autre, en faisant le lien entre les protagonistes. Sur un rythme effréné pendant près de deux heures, Christian-Jaque attrape le spectateur pour ne plus le lâcher et pour l’emmener aux quatre coins de l’Europe. La photo du grand chef-opérateur Armand Thirard, fidèle collaborateur d’Henri-Georges Clouzot est sublime, la musique de Georges Van Parys unit les nations dans un hymne commun et universel, tandis que les comédiens, André Valmy, Jean Gaven, Hélène Perdrière, Marc Cassot, Georges Poujouly, Doudou Babt, Jean-Louis Trintignant et bien d’autres campent des personnages inoubliables.

A sa sortie, Si tous les gars du monde… se voit récompenser par le Prix de la Fraternité, le Prix Fémina belge du cinéma, le Globe de cristal au festival de Karlovy-Vary, la Médaille d’argent du film européen à Venise, le Prix des Nations unies, le Golden Laurel Award et le Prix des Associations de jeunesse en URSS.

LE DIGIBOOK

Si tous les gars du monde… est le cinquième Digibook disponible chez Coin de Mire Cinéma que nous passons en revue. Si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance. Comme sur les autres titres de la collection, le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition de Si tous les gars du monde… contient les actualités de la 8e semaine de l’année 1956 : la mort du compositeur Gustave Charpentier, un déplacement en Afrique de la Reine Elizabeth II accompagnée du Prince Charles alors âgé de 7 ans, une expédition française au Pôle Sud, la Côte d’Azur sous la neige…(6’30).

Ne manquez pas les réclames de l’année 1956 avec une publicité pour les esquimaux Gervais, les caramels Dupont d’Isigny, l’eau Vichy Célestins et une poudre miraculeuse, Dentofix, destinée à maintenir votre dentier en place ! Ah oui, mentionnons également la sortie de la nouvelle machine à laver Vedette, « La machine de vos rêves madame ! ».(8′)

La bande-annonce de Si tous les gars du monde… et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Le nouveau master HD (codec AVC) au format respecté 1.37 de Si tous les gars du monde… se révèle quasi-parfait. Piqué (affûté), gestion des contrastes (noirs denses, blancs lumineux), détails ciselés, clarté et relief. La propreté de la copie – restauration effectuée par le laboratoire L21 – est souvent impressionnante, la photo signée par le grand Armand Thirard retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Seuls petits accrocs constatés : de légers fourmillements et quelques plans à la définition plus chancelante.

Comme pour l’image, le son a également un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est réel, les dialogues sont clairs et nets, sans souffle ou bruit parasite. Notons que les passages en langue étrangère ne sont pas sous-titrés. Pour comprendre ces échanges, il vous faudra enclencher les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Sans mobile apparent, réalisé par Philippe Labro

SANS MOBILE APPARENT réalisé par Philippe Labro, disponible en combo Blu-ray/DVD le 25 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda, Sacha Distel, Carla Gravina, Paul Crauchet, Laura Antonelli, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran…

Scénario : Vincenzo Labella, Philippe Labro, Jacques Lanzmann d’après le roman “Ten Plus One” d’Ed McBain

Photographie : Jean Penzer

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

À Nice, un mystérieux assassin tire sur un promoteur immobilier. D’autres meurtres suivent, tout aussi inexplicables, car sans mobile apparent. L’inspecteur Carella remonte alors dans le passé des victimes et découvre peu à peu une vérité guère reluisante…

Remarqué avec Tout peut arriver par le grand producteur Jacques-Éric Strauss, qui venait de connaître son premier triomphe avec Le Clan des Siciliens, sorti en même temps que son premier long métrage en tant que réalisateur, Philippe Labro décide de passer à l’étape supérieure avec Sans mobile apparent. En s’associant au scénariste, écrivain et parolier Jacques Lanzmann, le cinéaste peut enfin rendre hommage au cinéma qui n’aura de cesse de l’influencer, le polar américain, son genre de prédilection. En adaptant le roman Ten Plus One d’Ed McBain sur la Riviera, Philippe Labro rend hommage aux cinéastes qui lui ont donné envie de passer derrière la caméra, John Huston et Howard Hawks entre autres, ainsi qu’au romancier Raymond Chandler cité en ouverture, en adoptant l’atmosphère, le cadre et des décors propres au thriller US, mâtiné de giallo bien européen. La sauce a manifestement pris auprès du public français, puisque Sans Mobile apparent attirera 1,3 million de spectateurs dans les salles en septembre 1971. Aujourd’hui, ce film reste chéri par les cinéphiles et reste un véritable modèle du genre, dans lequel l’immense Jean-Louis Trintignant campe un inspecteur de police monomaniaque, froid, cynique, hargneux, antipathique et obstiné.

En trois jours, trois cadavres: celui d’un riche industriel, Monsieur Forest, celui d’un jeune playboy, Monsieur Buroyer et celui de l’astrologue, Kleinberg. L’arme du crime est un fusil à lunettes: c’est le seul élément positif que possède l’inspecteur Carella. Il décide de fouiller la vie des trois victimes, car il existe, il en est sûr, un lien entre elles. Grâce à la belle-fille de Forest, Sandra, il entre en possession du carnet de rendez-vous de l’industriel, sur lequel figure une liste de noms féminins. Parmi eux, celui d’une de ses amies, Jocelyne Rocca. Carella l’invite chez lui et apprend qu’elle a connu les trois victimes à l’université. Il pressent qu’elle sera la 4e victime.

Réalisé avec le parrainage de Jean-Pierre Melville, l’un de ses maîtres qui avait beaucoup d’affection pour lui, Sans mobile apparent de Philippe Labro est assurément le meilleur film de son auteur. Hybride, ce second long métrage joue avec les codes du cinéma américain, sans pour autant le singer. On serait même tenté de dire qu’il y a de l’Inspecteur Harry chez Carella, on y pense notamment dans la dernière scène, mais le film de Don Siegel est sorti quelques mois après celui de Philippe Labro. C’est dire si ce dernier sentait venir un changement quant à la représentation du flic à l’écran.

Le cinéaste prend un immense plaisir à filmer son décor naturel et surtout ses comédiens. Et quel casting. Jean-Louis Trintignant se voit entouré des sublimes Dominique Sanda, Carla Gravina, Stéphane Audran et Laura Antonelli, rien que ça, tandis que Sacha Distel, Paul Crauchet et Jean-Pierre Marielle complètent cette incroyable distribution. Le scénario, solide et bien ancré dans la tradition du whodunit, enchaîne les scènes cultes comme des perles sur un collier, et tous les spectateurs se souviennent encore aujourd’hui de la course de Jean-Louis Trintignant autour du port de Nice, séquence qui a d’ailleurs donné naissance à l’affiche du film et rythmée par l’incroyable composition du maestro Ennio Morricone.

Redoutablement efficace (le montage est épatant), les années coulent doucement sur Sans mobile apparent, une valeur sûre du polar hexagonal sous influence et bourré de charme.

LE BLU-RAY

Bienvenue à la collection Make my Day supervisée par l’un de nos meilleurs critiques cinéma, Jean-Baptiste Thoret ! Enfin l’occasion de (re)découvrir certains films très attendus en DVD et Blu-ray, comme Sans mobile apparent, inédit et convoité depuis vingt ans ! C’est désormais chose faite et le film de Philippe Labro est disponible ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

L’historien du cinéma et critique présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (5’). Comme il en a l’habitude, Jean-Baptiste Thoret (cigarette électronique à la main) replace de manière passionnante Sans mobile apparent dans son contexte, dans la filmographie de Philippe Labro et évoque les conditions de tournage. Les thèmes du film, les influences du cinéaste, l’adaptation du roman d’Ed McBain, le casting, sont abordés sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

Comme il l’avait fait pour L’Héritier et L’Alpagueur, également disponibles chez Studiocanal, Philippe Labro revient sur son second long métrage avec une aisance et un charisme tels qu’on pourrait l’écouter pendant des heures. D’ailleurs, cela tombe bien puisque cette présentation dure 51 minutes. De temps en temps ponctué par une interview d’époque du cinéaste ou de Jean-Louis Trintignant, Philippe Labro s’amuse en évoquant le jeune réalisateur un peu arrogant qu’il était alors, et insiste sur l’aide inattendue de son maître Jean-Pierre Melville, qui aimait ses articles dans France Soir et qui encourageait alors ce jeune journaliste à passer derrière la caméra. Philippe Labro parle de son premier choc au cinéma, Quai des Orfèvres d’Henri-Georges Clouzot, puis Citizen Kane d’Orson Welles, Assurance sur la mort de Billy Wilder, puis des films policiers de John Huston (Le Faucon maltais) et d’Howard Hawks (Le Grand sommeil). Avec Sans mobile apparent, le réalisateur a donc voulu déclarer son amour pour le polar US en voulant y retranscrire les ambiances et l’atmosphère qu’il chérissait tant dans ce cinéma. La figure du personnage incarné par Jean-Louis Trintignant est longuement analysée, la collaboration avec Ennio Morricone évoquée, bref, ne manquez pas cette rencontre.

L’Image et le son

Jusqu’alors inédit dans nos contrées en DVD, attendu comme le Messie depuis toujours pas les cinéphiles, Sans mobile apparent s’offre enfin à nous en Haute définition, dans une nouvelle copie entièrement restaurée à partir d’un master 2K. Ce Blu-ray renforce les contrastes, mais manque parfois d’homogénéité, malgré un grain argentique bien géré. L’image est stable, entièrement débarrassée de scories diverses et variées, les scènes en extérieur affichent une luminosité inédite, tout comme un relief inattendu, un piqué pointu et des couleurs vives et scintillantes à l’instar des credits rouges. Hormis quelques saccades notables et de légères pertes de la définition (des plans flous et des scènes sombres plus altérées), revoir Sans mobile apparent dans de telles conditions ravit les yeux !

Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition d’Ennio Morricone dispose d’un très bel écrin. l’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © STUDIOCANAL Euro International Films S.p.A /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr