Test DVD / La Petite femelle, réalisé par Philippe Faucon

LA PETITE FEMELLE réalisé par Philippe Faucon, disponible en DVD depuis le 22 juin 2022 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Lucie Lucas, Lorenzo Lefèbvre, Héléna Noguerra, Jean Dell, Florence Thomassin, Samuel Theis, Florence Muller, Stéfan Godin…

Scénario : Philippe Faucon & Antoine Lacomblez, d’après le livre de Philippe Jaenada

Photographie : Laurent Fénart

Musique : Amin Bouhafa

Durée : 1h27

Date de diffusion initiale : 2021

LE TÉLÉFILM

Novembre 1953. Pauline Dubuisson est accusée d’avoir tué de sang-froid son amant. Mais qui est donc cette jeune femme dont la France entière réclame la tête ? Une arriviste froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché dans le lit de l’Occupant, a été tondue, avant d’assassiner par jalousie un garçon de bonne famille ? Ou n’est-elle, au contraire, qu’une jeune fille libre qui revendique avant l’heure son émancipation et questionne la place des femmes au sein de la société ?

Le précieux cinéaste Philippe Faucon (né en 1958) nous a habitué à des oeuvres épurées, viscérales, intelligentes et indispensables comme La Désintégration, La Trahison (l’un des plus grands films sur la « guerre sans nom »), Fatima (Prix Louis-Delluc 2015 et César du meilleur film en 2016) et dernièrement Les Harkis. Rompu à l’exercice en évoquant des sujets aussi sensibles que la vie en banlieue, la jeunesse en rupture ou encore la guerre d’Algérie, le réalisateur, pour le compte de France Télévisions, livre La Petite femelle, un biopic sur la vie de Pauline Dubuisson (1927-1963), qui avait déjà inspiré Henri-Georges Clouzot pour La Vérité avec Brigitte Bardot, d’ailleurs mentionné dans les toutes premières minutes du téléfilm. Cette jeune femme éprise de liberté, indépendante (pour ne pas dire féministe avant l’heure), après avoir été tondue en place publique à la Libération, avait entamé des études de médecine, avant de tuer par accident Félix Bailly qu’elle voulait épouser. Après son procès en 1953 (un des plus retentissants de la décennie) et sa condamnation à sept ans de prison, elle décide de partir au Maroc. Mais son passé la rattrape alors qu’un homme lui déclare sa flamme. Philippe Faucon offre le rôle principal à Lucie Lucas, actrice et mannequin, connue pour avoir incarné le personnage de Clémentine Boissier dans la série Clem, diffusée sur TF1. On nous souffle qu’elle a aussi joué dans le téléfilm Coup de foudre à Jaipur et participé à l’émission Danse avec les stars. Si elle n’est assurément pas une grande comédienne et que son jeu demeure trop monocorde, celle-ci s’en sort suffisamment bien, même si ce qui fait la force de La Petite femelle reste la puissance du scénario écrit par Philippe Faucon et Antoine Lacomblez (3xManon, Manon 20 ans, À la folie), d’après le livre de Philippe Jaenada (Julliard, 2015) et l’élégance de la mise en scène. Si vous connaissez le chef d’oeuvre de Clouzot, La Petite femelle, diffusé pour la première fois en février 2021, vous paraîtra sans doute redondant, mais cette production télévisuelle n’en est pas moins réussie.

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Test DVD / L’Incroyable histoire du facteur Cheval, réalisé par Nils Tavernier

L’INCROYABLE HISTOIRE DU FACTEUR CHEVAL réalisé par Nils Tavernier, disponible en DVD depuis le 22 mai 2019 chez M6 Vidéo

Acteurs : Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq, Florence Thomassin, Natacha Lindinger, Aurélien Wiik, Alain Blazquez, Thomas Baillet, Zélie Rixhon, Louka Petit-Taborelli…

Scénario : Fanny Desmarès, Nils Tavernier, Laurent Bertoni

Photographie : Vincent Gallot

Musique : Baptiste Colleu, Pierre Colleu

Durée : 1h40

Année de sortie : 2019

LE FILM

Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : « Le Palais idéal ».

« Fils de paysan je veux vivre et mourir pour prouver que dans ma catégorie il y a aussi des hommes de génie et d’énergie. Vingt-neuf ans je suis resté facteur rural. Le travail fait ma gloire et l’honneur mon seul bonheur ; à présent voici mon étrange histoire. Où le songe est devenu, quarante ans après, une réalité ». Ferdinand Cheval

Né en 1965, Nils Tavernier est le fils de l’immense Bertrand Tavernier. Tout d’abord comédien, il fait d’ailleurs ses premières apparitions devant la caméra de son père dans Des enfants gâtés (1977), il signe son premier long métrage en tant que scénariste et réalisateur en 2006 avec Aurore. Un échec critique et commercial. Il se tourne alors vers le documentaire pour le cinéma et la télévision, avant de revenir à la fiction avec De toutes nos forces, succès d’estime de l’année 2014, sur lequel il dirige Jacques Gamblin. Cinq ans plus tard, Nils Tavernier fait son retour derrière la caméra avec L’Incroyable Histoire du facteur Cheval. L’histoire vraie atypique de Joseph Ferdinand Cheval était faite pour le cinéma et le metteur en scène s’en empare pour livrer un film sombre, froid voire glacial dans sa première partie, dont l’émotion arrive par petites touches délicates et sensibles, grâce à l’intense interprétation de Jacques Gamblin.

Ferdinand Cheval, alias Joseph, est un homme réservé et solitaire. Le film commence en 1869 alors qu’il a récemment été nommé facteur à Hauterives. Son chef de poste, qui a une réelle sympathie pour lui, garde de côté les cartes postales illustrées qui sont illisibles et dont le service postal n’a pas pu identifier le destinataire. Le premier drame de Ferdinand sera la mort de sa première femme Rose et la séparation avec son fils Cyrille, âgé d’environ dix ans, sa famille considérant qu’il n’est pas apte à assurer la charge de celui-ci. Plus tard, au cours de ses tournées, il fait connaissance de Philomène, une jeune veuve qui vit dans une ferme des environs et qu’il finira par épouser. Ferdinand reste distant et rêveur, mais il sait pétrir la pâte (il explique avoir été apprenti boulanger) et son épouse l’aime comme il est. En 1879, une fille prénommée Alice naît de leur union et si, au début, Ferdinand reste un père plutôt distant au grand désespoir de Philomène, l’homme finit par s’attacher à sa petite fille. Entre-temps, lors d’une de ses tournées qui lui font parcourir la campagne drômoise, le facteur bute sur une pierre et dévale une pente abrupte en manquant de se rompre le cou. Il en perd d’ailleurs la moitié de son courrier, qu’il finira par récupérer. Intrigué par les raisons de sa chute, Ferdinand remonte sur le lieu de l’accident et déterre une grosse pierre, cause de son accident. Trouvant sa forme curieuse, il décide de l’emporter chez lui. Dès lors, un projet incroyable prend naissance dans son esprit : édifier un immense palais fait de pierres trouvées durant sa tournée et soudées par du mortier, qu’il dédiera à sa fille. Qu’il neige, qu’il vente, qu’il pleuve, le facteur se lance dans sa recherche de pierres originales et élabore, année après année, son œuvre sous les yeux d’Alice, qui défend son père face aux sarcasmes des enfants du village qui le traitent de fou.

Jacques Gamblin est magnifique dans le rôle-titre. Moins présent au cinéma, le comédien signe une de ses performances les plus impressionnantes avec ce rôle quasi-muet qui lui va comme un gant et ce personnage qui se dessine au fur et à mesure, par strates, par ses regards, ses gestes saccadés, ses tics, sur une durée de cinquante ans. Joseph Ferdinand Cheval (1836-1924), facteur qui aura parcouru plus de 220.000 kilomètres à pied au cours de sa carrière, a conçu et réalisé pendant plus de trente ans, à raison de dix heures par jour (alors qu’il travaillait déjà dix heures pour La Poste), une sculpture monumentale (12 mètres de hauteur et 26 mètres de long) dénommée le palais idéal, encore visible de nos jours dans la petite ville de Hauterives, située dans la Drôme, avant de bâtir son propre tombeau familial. Symboles de l’architecture naïve, ces œuvres attirent chaque année plus de 150.000 personnes venues du monde entier, tandis que le palais est classé au titre des monuments historiques depuis cinquante ans.

Nils Tavernier soigne la forme de son film, mais certains pris, notamment les couleurs qui renvoient aux peintures d’Henri Fantin-Latour, peuvent laisser dubitatif dans un premier temps. En effet, le cadre, la direction d’acteurs et la photographie sont vraiment froids, figés, comme quelques cartes postales fanées par le temps. Il faut alors faire preuve de patience pour commencer à distinguer les failles et pour apprendre à connaître Joseph Ferdinand Cheval et ce qui peut l’animer. On s’attache à cet homme mystérieux, pudique, en apparence fragile, mais qui se révèle être une vraie force de la nature puisque le facteur Cheval aura travaillé sur ses sculptures jusqu’à l’âge avancé de 86 ans.

Hormis une longue exposition souvent maladroite et difficilement empathique, ainsi que le jeu très approximatif de Laetitia Casta, L’Incroyable histoire du facteur Cheval est un film qui sort du lot par son approche, son sujet fascinant, son personnage principal hors-norme et véritable héros de cinéma, à la fois romanesque et poétique.

LE DVD

Pour la sortie en DVD de L’Incroyable histoire du facteur Cheval, M6 Vidéo reprend le visuel de l’affiche du film d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément est souvent passionnant puisque le réalisateur Nils Tavernier intervient tout d’abord seul sur la genèse et la mise en route du film, ainsi que sur le travail avec Jacques Gamblin, avant de rejoindre Rodolphe Chabrier, superviseur des effets visuels chez Mac Guff, pour évoquer leur collaboration (30’30). Comment Nils Tavernier a-t-il pu obtenir le ciel qu’il désirait à chaque plan ? Comment le palais a-t-il été reconstitué ? Comment les comédiens ont-ils été vieillis ? Les deux associés répondent à ces questions, et même plus, au fil de ce module enrichissant et très complet au cours duquel nous trouvons également de rapides images de tournage.

Et pour ceux que cela intéresse, nous vous invitons vivement à rejoindre Raphaëlle Lambert, adjointe du Palais idéal du facteur Cheval à Hauterives, qui nous propose une véritable visite guidée de l’oeuvre de Joseph Ferdinand Cheval (20’).

L’Image et le son

Point d’édition HD pour ce titre. Dommage car la photo particulière du chef opérateur Vincent Gallot (96 heures, Adopte un veuf, Le Petit Spirou) méritait bien un beau Blu-ray. Toujours est-il que certains plans sortent du lot avec une belle clarté et des détails plus acérés sur les séquences tournées en extérieur. Le reste du temps, autrement dit dans l’habitation de la famille Cheval, le piqué est souvent émoussé, les noirs manquent de profondeur et la gestion des contrastes est aléatoire. La palette chromatique spécifique donne du fil à retordre à l’encodage qui fait ce qu’il peut. Résultat très mitigé donc.

Une seule option acoustique au programme avec une piste Dolby Digital 5.1 qui instaure un confort dynamique, dense et souvent percutant, avec des voix délicatement posées sur le canal central. La spatialisation musicale est systématique, toutes les scènes en extérieur sortent du lot avec des ambiances naturelles qui vous transportent au coeur de la nature, tandis que les scènes plus intimistes baignent dans un silence de marbre. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © SND / M6 Vidéo / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr