Test DVD / Supernichons contre mafia, réalisé par Doris Wishman

SUPERNICHONS CONTRE MAFIA (Double Agent 73) réalisé par Doris Wishman, disponible en DVD depuis le 13 février 2015 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Chesty Morgan, Frank Silvano, Saul Meth, Jill Harris, Louis Burdi, Peter Savage…

Scénario : Doris Wishman, Judy J. Kushner

Photographie : Nouri Haviv, C. Davis Smith

Musique : Cine Top

Durée : 1h23

Année de sortie : 1974

LE FILM

Bien qu’elle souhaite se retirer des affaires, Jane Tennay reprend du service à la demande du patron des Services Secrets. Sa mission : identifier le chef d’un gang de trafiquants de drogue qui inonde le marché d’une héroïne bon marché. Son arme secrète : un microscopique appareil photo implanté dans le téton de son sein gauche. Pratique pour prendre des clichés de documents compromettants. Mais, son opulente poitrine, Jane l’utilise aussi pour faire diversion, empoisonner et assommer ses ennemis.

Quelle série Z ! Si le titre en version originale Double Agent 73 ne le laissait pas présager de ce côté de l’Atlantique (73 est la taille, en pouces, du tour de poitrine de Busty…), au moins il n’y a pas tromperie sur la marchandise avec celui en français, Supernichons contre mafia.

Réalisé en 1974 par Doris Wishman (1912-2002), la «  cinéaste  » experte du nudie, ce chef-d’oeuvre du genre qui compile tout ce qui ne faut pas faire au cinéma demeure essentiel pour les amateurs de déviant. Ce grand classique repose sur la poitrine généreuse, débordante devrait-on dire, de Chesty Morgan (de son vrai nom Liliana Wilczkowski), strip-teaseuse dont les attributs naturels (220 de tour de poitrine) lui ont valu une petite notoriété dans le genre de la sexploitation. Doris Wishman la filme à hauteur du «  buste  » ou en contre-plongée pendant 1h10, mais rien d’excitant puisque la gravité faisant son effet, les «  mamelles  » s’apparentent à deux montgolfières en perdition.

Chesty Morgan, qui ressemble à Danièle Thompson maquillée comme une voiture volée, a le charisme d’un encornet avec des yeux éteints, aucun talent d’actrice et se voit en plus doublée puisque son accent polonais était trop prononcé. Comme Pamela Anderson, «  elle est très distinguée  ». L’histoire en elle-même est débile, les morceaux de bravoure s’enchaînent comme des perles sur un collier, les faux raccords sont légion, le cadre est laissé à l’abandon, l’interprétation est consternante, les décors hideux, bref, que du bon, surtout que la version française s’avère aussi abominable et rajoute une touche exotique et vulgaire à ce nanar grâce à des répliques fumeuses.

Ce film hors-normes mérite bien une projo entre potes. Fous-rires garantis avec ce film amateur, ou à mateurs c’est selon…

LE DVD

Le DVD de Supernichons contre mafia (c’est toujours étrange d’écrire ce titre…) repose dans un boîtier classique Amaray. La jaquette a été choyée par Sidonis Calysta avec des couleurs bien voyantes et au centre de laquelle pose Chesty Morgan afin d’appâter le chaland. On adore l’accroche «  Même ses ennemis ne savent plus à quel sein se vouer  », très chic ! Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

Sidonis Calysta n’a pas fait les choses à moitié et livre près d’une heure de suppléments !

La Fabuleux destin de Doris Wishman (23’) : Voici un formidable portrait de la cinéaste américaine Doris Wishman réalisé par Marc Toullec et narré par Linda Tahir-Meriau. Ponctué par d’incroyables images de films et de bandes-annonces d’époque, ce module donne l’eau à la bouche et nous rend fous d’impatience à l’idée de découvrir d’autres «  chefs-d’oeuvre  » de cette réalisatrice atypique et habituée des nudies, née en 1912 et disparue en 2002, à l’instar de Diary of a Nudist, Gentlemen Prefer Nature Girls, The Sex Perils of Paulette et Mamell’s Story ! 30 films réalisés entre 1960 et 2007 !

Ne manquez pas le dialogue entre l’immense Patrick Brion et l’excellent Christophe Carrière (33’) sur Supernichons contre mafia ! C’est à mourir de rire car les deux critiques proposent un retour sur la carrière et le film de Doris Wishman, mais se trouvent rapidement rattrapés par la dimension Z de ce chef d’oeuvre du genre. Il faut voir comment Patrick Brion tente de garder son sérieux face au trublion qu’il a en face de lui et qui se marre en citant les dialogues de la version française, absolument abominable et donc monumentale. Ils en viennent ensuite au casting, en se focalisant bien évidemment sur le jeu «  extraordinaire  » de Chesty Morgan. Voilà une présentation qui prolonge le plaisir ressenti en visionnant Supernichons contre mafia !

L’Image et le son

Et bien franchement nous n’attendions pas une copie aussi belle ! L’image de Supernichons contre mafia s’avère impressionnante, surtout quand on sait que le film de Doris Wishman avait quasiment disparu des radars ! Le master (1.77, 16/9) affiche une indéniable propreté, le grain est habilement géré excepté sur les plans accélérés ou ralentis. Sur ces séquences, la texture est plus grumeleuse, les contrastes sont poreux et la luminosité décline. Mais en dehors de cela, la stabilité est de mise, les couleurs sont au top et les détails sont très agréables.

Le confort acoustique est assuré en français comme en anglais, même si cette dernière s’en tire bien mieux que son homologue, avec toutefois un souffle chronique. Si certains dialogues paraissent plus couverts que d’autres, on se délecte de l’ambiance sonore avec des sonneries de téléphone stridentes ou la musique affreuse. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue est verrouillé à la volée. A noter que le doublage français a été perdu sur certaines séquences. Elles passent donc automatiquement en anglais sous-titrées en français. Mais c’est ainsi que vous devez visionner Supernichons contre mafia !

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Un beau voyou, réalisé par Lucas Bernard

UN BEAU VOYOU réalisé par Lucas Bernard, disponible en DVD le 7 mai 2019 chez Pyramide Vidéo

Acteurs : Charles Berling, Swann Arlaud, Jennifer Decker, Jean-Quentin Châtelain, Erick Deshors, Anne Loiret, Pierre Aussedas, Marina Moncade, Victor Pontecorvo…

Scénario : Lucas Bernard

Photographie : Alexandre Léglise

Musique : Christophe Danvin

Durée : 1h40

Année de sortie : 2019

LE FILM

Le commissaire Beffrois attend la retraite avec un enthousiasme mitigé quand un vol de tableau retient son attention. Est-ce l’élégance du procédé ? L’audace du délit ? La beauté de l’œuvre volée ? Beffrois se lance à la recherche d’un voleur atypique, véritable courant d’air, acrobate à ses heures.

Ancien assistant opérateur de Tonie Marshall sur France Boutique, de Coline Serreau sur Saint-Jacques… La Mecque, également directeur de la photographie et écrivain (Les Lacets rouges, FDS Seuil), Lucas Bernard signe Un beau voyou, son premier long métrage. Très belle réussite et prometteur, ce film doux-amer, difficile à classer, joue avec les genres et les ruptures de tons pour mieux surprendre les spectateurs qui pourraient se prendre au jeu concocté par le réalisateur. Le trio vedette Charles Berling, Swann Arlaud et Jennifer Decker sont excellents, formidablement dirigés et prennent visiblement beaucoup de plaisir à se donner la réplique.

Précédemment scénariste et metteur en scène d’un très bon court-métrage intitulé La Place du mort (2014) avec Christian Benedetti et Anne Loiret, Lucas Bernard passe donc le cap du « grand format » avec Un beau voyou. Comme souvent dans un premier long métrage, moult sujets sont abordés. Le cinéaste trouve le bon équilibre et croise à la fois le départ d’un flic à la retraite, une histoire d’amour, le récit d’un vol de tableaux, le portrait d’un trentenaire trouble et ambigu, le deuil, la filiation. Là où la plupart se seraient perdus en chemin en privilégiant un sujet plutôt que l’autre, tout en délaissant la plupart des bases posées ici et là en début de film, Lucas Bernard imbrique et entrecroise les personnages, les sensibilités et les destinées.

Volontairement « old school » dixit le réalisateur, le personnage de François Albagnac, dit Bertrand ou Antoine, incarné par Swann Arlaud qui venait alors de recevoir le César tellement mérité pour Petit paysan d’Hubert Charuel, est un voleur qui renvoie au «Chat » interprété part Cary Grant dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock, sans complice, se faufilant par les toits. Son « adversaire » est un commissaire qui se prépare à fêter son départ à la retraite, qui arbore des chemises fleuries, avec un sourire cynique constamment collé au visage. Veuf, sa femme lui a laissé deux garçons dans la trentaine, ainsi que certaines connaissances pointues en matière d’art. En ayant « marre des délits qui sentent la misère », Beffrois, merveilleusement incarné par Charles Berling au jeu toujours aussi frais, souhaiterait finir sa carrière sur un beau coup. Et s’il mettait la main sur le voleur de tableaux avant d’aller tailler ses rosiers ?

Un beau voyou est un film lumineux, vraisemblablement tourné en plein été, avec des couleurs vives et une clarté omniprésente. Pourtant, les portraits dressés des protagonistes sont plutôt sombres. Beffrois tente de se remettre de la mort de son épouse et de réapprendre à communiquer avec ses deux fils, tandis que Bertrand, sans véritable domicile fixe (ses parents ne savent d’ailleurs même pas où il habite), passe d’arnaque en arnaque en usurpant l’identité de certains quidams, tout en se transformant en voleur félin la nuit où les toits de Paris (très bien filmés d’ailleurs, notamment lors d’une poursuite à la Peur sur la ville) deviennent son domaine. La rencontre avec Justine va bouleverser quelque peu son quotidien.

Ce que l’on apprécie dans Un beau voyou c’est d’abord les comédiens, dont le jeu et les parcours diffèrent, mais qui pourtant s’assemblent royalement pour donner au film une identité propre et inattendue. Charles Berling bouffe l’écran et compose une vraie figure de flic qui a visiblement connu toutes les arnaques dans son commissariat du XVIIIe arrondissement, un peu à la Philippe Noiret dans Les Ripoux. La scène d’ouverture où il offre « un jus » au jeune voleur pris en flagrant délit dans son propre appartement installe d’emblée le personnage. Immédiatement attachant, Beffrois se révèle par strates et sa dernière scène est absolument jubilatoire. Swann Arlaud est également admirable dans la peau du « Beau voyou » instable et roublard. La trop rare à l’écran Jennifer Decker de la Comédie Française, est à se damner et son regard ardent vole toutes les scènes où elle apparaît.

Comédie-dramatique policière à la fois sensuelle, romanesque et fantaisiste, bref inclassable, très attachante et dynamique, Un beau voyou est une des très belles surprises de l’année 2019 dont on retient d’ores et déjà le nom de son auteur, Lucas Bernard.

LE DVD

Le test du DVD d’Un beau voyou, disponible chez Pyramide Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Nous ne manquons jamais de saluer un éditeur quand il décide de proposer des courts-métrages en guise de supplément. C’est le cas ici avec tout d’abord l’excellent film La Place du mort (21’), réalisé par Lucas Bernard en 2014. Georges (Christian Benedetti), juge de province, percute et tue un homme assis sur une route de campagne. Ne semblant pas bouleversé par sa mésaventure, il arrive à l’heure au tribunal. Mais une inconnue, Carole Favourier (Anne Loiret) se glisse dans la salle d’audience et le regarde rendre justice.

Egalement présent, l’essai intitulé La Part disponible (2013, 7’) dans lequel Lucas Bernard se penche sur l’héritage familial à travers une collection d’anciennes cartes postales. Un montage troublant sur le temps qui passe («mais surtout qui s’accélère » dit le narrateur) constitué d’images Super 8, de photographies, de bobines, de cassettes…

Emergence est une fabrique pour le cinéma et la fiction créée en 1998. Sa vocation est de soutenir la jeune création et de révéler des talents. Chaque année, les réalisateurs sélectionnés tournent deux scènes de leur scénario avec les acteurs et les équipes techniques du long métrage en développement. En 2015, Lucas Bernard a participé à Emergence, dans le cadre de la préparation d’Un beau voyou, alors que le film s’intitulait encore Une histoire de l’art (8’). Nous retrouvons Jennifer Decker et Swann Arlaud, dans une scène finalement non retenue pour le film, mais qui est évoquée lors du repas. Il s’agit du moment où le père de Justine la surprend au lit avec Bertrand.

Ne manquez pas les essais costumes des comédiens (9’30), très beaux, durant lesquels les protagonistes regardent la caméra et récitent visiblement une tirade de leur choix.

Enfin, deux scènes coupées viennent compléter cette section (6’). La première montre la confrontation entre Beffrois et le mari victime du vol, qui vient comme par enchantement de retrouver sa toile dérobée. La seconde, beaucoup plus émouvante, montre la confrontation entre Beffrois et ses deux fils, dans un café, où la mort de la mère-épouse est enfin abordée.

L’Image et le son

Point d’édition HD pour Un beau voyou, mais le DVD proposé par Pyramide Vidéo est tout point lumineux. Les couleurs sont vives, le piqué constant, les contrastes fermes. Aucun problème constaté, les gros plans regorgent de détails et les scènes nocturnes sont également élégantes.

Bien qu’elle soit essentiellement musicale, la spatialisation instaure un réel confort acoustique. Par ailleurs, les quelques effets glanés ici et là sur les enceintes arrière permettent de plonger le spectateur dans une atmosphère probante. Sans surprise, le caisson de basses n’intervient pas dans cette histoire, ou seulement lors de la scène de la poursuite sur les toits. Les voix demeurent solidement plantées sur la centrale, la balance frontale étant quant à elle riche et savamment équilibrée. Une option Stéréo est également au programme, ainsi qu’une piste Audiodescription et les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © Pyramide Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Kit Carson, réalisé par George B. Seitz

KIT CARSON réalisé par George B. Seitz, disponible le 9 avril 2019 en DVD et Blu-ray chez ESC Editions / Movinside

Acteurs : Jon Hall, Lynn Bari, Dana Andrews, Harold Huber, Ward Bond, Renie Riano, Clayton Moore, Rowena Cook…

Scénario : George Bruce, Evelyn Wells

Photographie : John J. Mescall, Robert Pittack

Musique : Edward Ward

Durée : 1h32

Année de sortie : 1940

LE FILM

Poursuivis par les indiens, le trappeur Kit Carson et ses amis Ape et Lopez se replient sur Fort Bridger, dont le capitaine, John Fremont, leur propose aussitôt d’escorter une caravane en direction de la Californie, sur la piste de l’Oregon. Manipulés par les autorités mexicaines qui voudraient annexer la région, les guerriers de la tribu Shoshone se dressent contre eux…

C’est un petit western dont nous n’attentions pas forcément grand-chose. Pourtant, Kit Carson, réalisé en 1940 par George B. Seitz ne cesse d’étonner. D’une part parce que le film tient encore très bien la route avec un rythme vif et enlevé du début à la fin, d’autre part pour ses personnages très attachants et la modernité du jeu des comédiens, dont Jon Hall, qui interprète le rôle-titre. Une chose est sûre, c’est que derrière son apparence rétro-vintage, Kit Carson ne fait sûrement pas son âge (près de 80 ans !) et demeure un divertissement haut de gamme doublé d’une analyse historique sur la naissance des Etats-Unis, basée sur un très bon scénario de George Bruce, auteur de L’Homme au masque de fer de James Whale (1939).

Kit Carson et ses hommes se joignent à John C. Fremont sur la route qui le conduit en Californie. En chemin, ils sont attaqués par des Indiens, les Shoshones, armés de fusils et envoyés par les autorités mexicaines, peu désireuses de les voir atteindre la Californie qui fait alors partie du Mexique. Frémont et Carson mènent ensuite une campagne, au nom des Etats-Unis, visant à annexer la Californie.

Christopher Houston Carson (1809-1868) alias Kit Carson, est une figure mythique de la construction des Etats-Unis. Eclaireur, militaire et agent des affaires indiennes, inscrit au panthéon du Far West et donc pionnier de la Conquête de l’Ouest américain, cet ancien fermier puis trappeur décide de partir à l’aventure à l’âge de 16 ans pour découvrir le continent. Son sens aiguisé de l’environnement lui vaut d’être repéré par l’armée où il devient Colonel durant la guerre américano-mexicaine, alors que le Gouverneur de Californie souhaite s’asseoir sur le trône des Aztèques et devenir empereur du Mexique.

Les péripéties, les affrontements, les scènes d’action, les embuscades s’enchaînent dans Kit Carson, sans oublier un triangle amoureux pour plaire aux dames. En dépit d’un budget modeste, ce western de série B a franchement de la gueule. La photographie du chef opérateur John J. Mescall, qui aura signé les sublimes images du Secret magnifique version 1935, mais aussi celles de L’Homme invisible et de La Fiancée de Frankenstein de James Whale, est vraiment superbe, tandis que le cadre de George B. Seitz- réalisateur du Dernier des Mohicans et du formidable Tarzan s’évade, même si non crédité au profit de Richard Thorpe, en 1936 – capture la magnificence des paysages naturels et de Monument Valley en particulier. Pas de format large certes (rappelons que nous sommes à la fin des années 1930), mais les scènes d’encerclement et de convois attaqués par les indiens témoignent d’un vrai sens de la mise en scène.

Complètement méconnu, Jon Hall prête ses traits à une icône américaine. Découvert dans Pago-Pago, île enchantée, il accède ici au rang de vedette à l’âge de 25 ans et son charisme très moderne étonne encore aujourd’hui. Par la suite, il tiendra l’affiche de quelques séries B d’aventures aux titres explicites Aloma, princesse des îles ou bien encore The Tuttles of Tahiti, avant d’être véritablement consacré avec les formidables La Vengeance de l’Homme Invisible et L’Agent invisible contre la gestapo. Un comédien fort sympathique et à reconsidérer, qui sort ici quelques punchlines du style « Maintenant je sais que la différence entre un soldat et une mule, c’est l’uniforme » avec une légèreté et un humour contagieux.

Kit Carson se regarde comme on lit un roman d’aventures à la couverture aussi excitante que son contenu, porté par une composition endiablée d’Edward Ward, qui a conservé beaucoup de charme.

LE DVD

Inédit dans nos contrées, Kit Carson atterrit dans les bacs sous la houlette d’ESC Editions/Movinside. Le test du DVD a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément de cette édition est avant tout réservé aux cinéphiles doublés de férus d’histoire. En effet, IAC, peintre en Art Western et romancier propose un portrait très complet et bourré d’informations sur le véritable Kit Carson (11’30). L’invité d’ESC n’évoque pas le film de George B. Seitz, mais situe le personnage dans son contexte historique, afin de mieux appréhender l’adaptation au cinéma en 1940.

Ensuite, le critique cinéma Vincent Jourdan, auteur de Voyage dans le cinéma de Sergio Corbucci (éditions LettMotif), propose quant à lui un vrai retour sur Kit Carson (24’30). La situation du western à la fin des années 1930, le casting du film, la carrière du producteur Edward Small, les thèmes, les intentions du réalisateur, le tournage à Monument Valley et bien d’autres sujets sont abordés au cours de ce segment très informatif.

L’Image et le son

L’image comporte de très nombreux défauts. C’est le moins qu’on puisse dire. Le master 1.33 est constellé de tâches, de points blancs, de rayures verticales, de fils en bord de cadre. Malgré cela, l’image est étonnamment stable. Cela rajoute un cachet « curiosité » (pour ne pas dire un aspect VHS – Cinéma de minuit) à Kit Carson, dont la copie reste lumineuse, sans doute trop parfois. Notons que l’ensemble est également trop lisse pour être honnête et que la gestion des contrastes est aléatoire.

La version originale est la seule piste disponible sur cette édition. Les dialogues, tout comme la musique, sont dynamiques et le confort acoustique très appréciable, même si un souffle se fait entendre du début à la fin. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Amanda, réalisé par Mikhaël Hers

AMANDA réalisé par Mikhaël Hers, disponible en DVD chez Pyramide Vidéo le 2 avril 2019

Acteurs : Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin, Ophélia Kolb, Marianne Basler, Jonathan Cohen, Nabiha Akkari, Greta Scacchi…

Scénario : Mikhaël Hers, Maud Ameline

Photographie : Sébastien Buchmann

Musique : Anton Sanko

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Paris, de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa sœur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda.

Mikhaël Hers. Si ce nom ne vous dit rien, il s’agit pourtant d’un de nos plus précieux cinéastes. Né en 1975, le réalisateur fait ses débuts derrière la caméra en 2006 avec Charell, moyen-métrage magnifiquement interprété par Jean-Michel Fête et Marc Barbé, librement adapté d’un des chapitres du roman De si braves garçons de Patrick Modiano. Mikhaël Hers y abordait déjà quelques-uns de ses thèmes de prédilection avec la rencontre de deux anciens amis d’enfance, que les hasards de la vie avaient fini par éloigner. Au détour des rues désertes d’un quartier perdu, les nuits se succèdent, faisant alors ressurgir le spectre d’un passé lointain. Charell posait les bases d’un univers singulier, mettant en valeur un Paris by night et la nostalgie d’une amitié aujourd’hui oubliée ou lointaine. Présenté à Cannes en 2006 dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique, ce surprenant coup d’essai allait être rapidement suivi de Primrose Hill. L’action se situait à l’Ouest de Paris, dans une petite ville de banlieue bordée par la Seine, où quatre amis d’adolescence se retrouvaient pour tenter d’enregistrer les maquettes de nouvelles chansons. Ce deuxième moyen-métrage sera en réalité la première esquisse de son premier long métrage, Memory Lane. Une fois de plus, la ville de Paris est aperçue des collines de la banlieue ouest, l’hiver est rude, une personne a visiblement disparu et sert de narratrice. Le groupe déambule sans but réel, les protagonistes parlent de tout et de rien (en apparence), une nostalgie est déjà palpable chez ces jeunes de 25 ans, tiraillés entre les adolescents qu’ils étaient quand ils se sont connus, et les adultes qu’ils sont devenus malgré eux.

En 2009, Mikhaël Hers réalise le sublime Montparnasse, véritable typhon d’émotions, qui se déroule une nuit dans le quartier de Montparnasse à Paris avec pour décor le néon des boulevards, quelques rues désertées, une galerie marchande, un jardin endormi, le parvis de la tour. Portrait de trois jeunes femmes de 25 ans, le film prend la forme du film à sketchs, tout en respectant une unité de lieu et de temps. Avec une rare sensibilité qui renverse complètement le spectateur dès la première partie, Montparnasse clôt une trilogie débutée avec Charell mettant en relief des conversations nocturnes, des retrouvailles, une disparition et la douleur qu’elle engendre, les désillusions post-adolescentes, le mal-être, le souvenir d’une jeunesse récemment envolée, l’angoisse existentielle. Sorti sur les écrans en août 2010, Memory Lane était un vrai coup de maître, confirmé en 2015 par Ce sentiment de l’été. Nous voilà donc rendu à Amanda, le troisième long métrage du cinéaste. Et c’est toujours aussi merveilleux. Avec délicatesse, sobriété et élégance, Amanda impose une fois plus son auteur, mais aussi son comédien, Vincent Lacoste, probablement l’acteur le plus passionnant de l’année 2018.

Il incarne ici David, vingt-quatre ans, un jeune homme qui cumule les petits boulots et profite de la vie, tout en écartant les décisions importantes d’une vie. Mais, un jour, il apprend la mort de sa sœur aînée et se retrouve à devoir s’occuper de sa petite nièce de sept ans, Amanda.

Pour le cinéaste et producteur Luc Moullet, Mikhaël Hers se rapproche de cinéastes tels que John Ford ou Agnès Varda (paix à son âme), quant à son rapport à l’espace. Depuis Ce sentiment de l’été, le réalisateur, qui avait pour habitude de se servir du cadre de la banlieue Ouest de Paris pour décor, avec notamment la terrasse du Parc de Saint-Cloud, a élargi son champ d’action. Après Berlin, Paris et New York dans son précédent long métrage, Mikhaël Hers revient à Paris (11e, 12e, 19e et 20e arrondissements) dans Amanda et s’en va faire également un tour à Londres, dans les parcs situés en banlieue. Dans Amanda, le travail sur la lumière estivale est toujours aussi important, tout comme les conversations en apparence anodines. A l’instar de Ce sentiment de l’été, Amanda traite du deuil après une disparition injuste et inattendue. Dans son troisième long métrage, le cinéaste prend pour toile de fond les attaques terroristes, en imaginant un attentat dans le bois de Vincennes, durant lequel Sandrine, la sœur du personnage principal, mais aussi Léna, sa nouvelle petite-amie sont victimes de ces attaques. Si la seconde (superbe Stacy Martin) parvient à s’en sortir, la première (délicate Ophélia Kolb) décède des suites de ses blessures. David (Vincent Lacoste, sublime), doit alors prendre en charge la fille de Sandrine, Amanda, sept ans, avec tous les bouleversements que cela entraîne chez ce jeune homme de 24 ans, mais aussi chez cette petite fille.

Nul autre que Mikhaël Hers est à ce point capable de capturer le Paris contemporain. Avec sa patine argentique et ses couleurs fanées, Amanda montre une capitale fragilisée par les attentats, comme si ses habitants marchaient sans cesse sur un fil. Plus ancré dans le présent et le quotidien que ses précédents films, Amanda foudroie le coeur à chaque instant et rappelle parfois le somptueux Ponette (1996) de Jacques Doillon. On s’attache immédiatement aux personnages, dont la jeune Isaure Multrier, étonnante, spontanée et très prometteuse dans le rôle-titre. Bouleversant, et pourtant solaire, optimiste et sans aucun misérabilisme, Amanda fait partie de ces films qui ont la grâce, qui restent dans la tête et dont les personnages reviennent fréquemment en mémoire avec l’envie de savoir ce qu’ils sont devenus.

LE DVD

Le test du DVD d’Amanda, disponible chez Pyramide Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

A l’instar des suppléments de Ce sentiment de l’été, l’interactivité présente sur le DVD d’Amanda se résume à peu de choses.

On appréciera la vidéo du casting d’Isaure Multrier (7’30), où la petite de 9 ans fait déjà preuve d’une étonnante maturité. Ce module montre également la première fois où Isaure donne la réplique à Vincent Lacoste.

La musique a toujours tenu une place importante dans l’oeuvre de Mikhaël Hers. L’éditeur propose d’écouter la bande-originale signée Anton Sanko, ainsi qu’un titre inédit de Jarvis Cocker, Elvis has left the building (23’30).

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces, dont celle du Festival International du film de Bordeaux, réalisée par Mikhaël Hers pour l’édition 2016.

L’Image et le son

Amanda bénéficie d’un transfert suffisamment propre et clair, correspondant à la découverte du film dans les salles. Visiblement filmé avec les éclairages naturels, la colorimétrie se révèle volontairement terne voire parfois délavée, et le manque de définition est aussi aléatoire qu’inhérent aux conditions des prises de vue. Les contrastes sont soit trop appuyés soit trop légers, les visages manquent de précision, tout comme le piqué trop émoussé. Les volontés artistiques du réalisateur, avec un grain plus ou moins appuyé, sont donc bien restituées…

S’il ne fait pas d’esbroufe inutile, le mixage Dolby Digital 5.1 demeure néanmoins timide sur les latérales. Cela est d’autant plus dommage que la musique est assez présente dans Amanda et qu’on pouvait s’attendre à une spatialisation agréable. Si les surround déçoivent même pour ce qui concerne le rendu des ambiances naturelles, les frontales sont en revanche dynamiques, les dialogues sont solidement posés sur la centrale. Pour des conditions de visionnage parfaites, optez néanmoins pour la stéréo, beaucoup plus fluide et homogène que son homologue 5.1 avec une balance gauche-droite ardente et un rendu musical actif. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Nord-Ouest Films / Pyramide Vidéo / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr




Test DVD / Guy, réalisé par Alex Lutz

GUY réalisé par Alex Lutz, disponible en DVD le 9 janvier 2019 chez Studiocanal

Acteurs : Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot, Brigitte Roüan, Dani, Nicole Calfan, Élodie Bouchez, Bruno Sanches…

Scénario : Alex Lutz, Thibault Segouin, Anaïs Deban

Photographie : Mathieu Le Bothlan

Musique : Vincent Blanchard, Romain Greffe

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire.

C’est la grande surprise de la fin d’été 2018. Guy, second long métrage réalisé par Alex Lutz est un documenteur passionnant, troublant, fascinant et surtout merveilleusement interprété. Né à Strasbourg en 1978, Alexandre Lutz aka Alex Lutz, fait ses débuts au cinéma en 2008 dans Les Femmes de l’ombre de Jean-Paul Salomé. Parallèlement à son succès sur scène, il apparaît dans OSS 117 : Rio ne répond plus (2009), puis dans moult comédies pas franchement réussies (euphémisme) comme La Croisière, Bowling, Turf, Les Visiteurs : La Révolution, Les Aventures de Spirou et Fantasio. Pourtant, malgré la qualité « relative » de ces films, Alex Lutz a toujours brillé à chaque apparition. Pour son spectacle sobrement intitulé Alex Lutz, il se voit récompenser par le Molière de l’humour en 2016. A la télévision, depuis 2012 sur Canal+, il interprète la blonde du tandem Catherine et Liliane, aux côtés de son comparse l’excellent Bruno Sanches, dans la revue de presse du Petit Journal de Yann Barthès. En 2015, il passe tout naturellement de l’autre côté de la caméra avec sa première mise en scène, Le Talent de mes amis, qui passe complètement inaperçu. Trois ans plus tard, débarque ce Guy dont on n’attendait rien ou pas grand-chose, et qui pourtant s’impose comme une très grande réussite. En reprenant le personnage d’un de ses sketchs joué à la cérémonie des Molières, Alex Lutz explose littéralement à l’écran. Un rôle qui le place en grand favori pour le César du meilleur acteur. Le film est d’ailleurs nommé dans trois autres catégories, meilleur réalisateur, meilleur film et meilleur scénario original.

Après avoir vu le film, le personnage de Guy nous accompagne. Son lent débit, ses doigts qui tiennent une cigarette fine, son regard qui semble toujours perplexe, sa bouche souvent ouverte (on a l’impression de voir André Dussollier), ses gestes ralentis, ses tâches de vieillesse (incroyable maquillage qui nécessitait plus de 4 heures pour transformer Alex Lutz), son dos courbé, ses cheveux blancs qui volent au vent. Guy c’est l’incarnation d’une idole qui a vieilli en même temps que ses fans. Si le film est souvent ponctué de répliques drôles et vachardes, Guy est une œuvre furieusement mélancolique. La tirade finale sur le temps qui passe, sur la postérité, sur le souvenir et la transmission foudroie le spectateur en plein coeur et il est alors difficile de retenir ses larmes.

Sous couvert d’un vrai documentaire sur une fausse star de la chanson française (inspiré d’Herbert Léonard, Guy Marchand, Michel Delpech, Julien Clerc, Frank Michael et bien d’autres), Alex Lutz, également auteur avec Vincent Blanchard et interprète des chansons originales créées spécialement pour le film (un vrai répertoire), s’interroge sur la brièveté de l’existence, en nous donnant envie de profiter au maximum du peu de temps qui nous est imparti. Film étonnamment riche et complexe, Guy délivre son message de façon subliminale, tandis que nous admirons le jeu d’Alex Lutz, qui nous fait croire à ce personnage, y compris une fois le film terminé. L’acteur-réalisateur s’entoure de solides comédiens, la géniale et trop rare Pascale Arbillot dans le rôle de la compagne dévouée et qui équilibre son compagnon, Tom Dingler qui incarne Gauthier, dont le spectateur adopte le point de vue du début à la fin, celui d’un fils qui découvre son père (qui ne sait rien de cette paternité), qui l’observe, qui le découvre, qui apprend à l’aimer. Nicole Calfan, Dani, Elodie Bouchez, Brigitte Roüan, Bruno Sanchez, ainsi que quelques vedettes de la radio et de la télévision participent à l’authenticité du film, tout comme les reconstitutions des shows à la Maritie et Gilbert Carpentier façon Podium.

Guy est le portrait d’un artiste quelque peu oublié des médias, qui n’a pourtant jamais cessé de travailler. C’est aussi une déclaration d’Alex Lutz envers son public, puisqu’on y ressent une envie folle d’aimer et d’être aimé. Pour résumer, Guy, présenté à la Semaine de la Critique du festival de Cannes, est un vrai petit miracle, un futur film culte et probablement le meilleur biopic jamais consacré à un artiste français.

LE DVD

Guy s’est malheureusement soldé par un échec dans les salles, d’où l’absence d’édition HD pour ce titre. Le DVD repose dans un boîtier Amaray classique de couleur noire. La jaquette reprend le visuel de l’affiche. Le menu principal est fixe et musical.

Pas grand-chose en guise de suppléments…quatre teasers d’une minute chacun, qui font également office de scènes coupées avec Guy à la radio, avec ses fans, avec Sophie et avec son webmaster.

L’Image et le son

A l’instar d’un réel documentaire ou d’un reportage pris sur le vif, le film d’Alex Lutz est la plupart du temps filmé à l’épaule. La copie est quasi exempte de défauts. Le piqué est constamment acéré sur les plans rapprochés, la colorimétrie est vive, la clarté fort agréable. Seules les séquences tournées en basse lumière apparaissent moins définies. Les contrastes sont soignés, le relief est indéniable et les séquences diurnes n’ont rien à envier à un transfert HD traditionnel.

Contrairement à ce que l’on pouvait attendre, la piste Dolby Digital 5.1 instaure quelques petites ambiances latérales au moment des séquences de concert ou même en extérieur. Les dialogues sont clairs et se détachent sans mal sur la centrale. La stéréo est également de fort bon acabit et dynamique à souhait. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Apollo Films / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / The Black Cage, réalisé par Sadrac González-Perellón

THE BLACK CAGE (Black Hollow Cage) réalisé par Sadrac González-Perellón, disponible en DVD le 8 janvier 2019 chez Rimini Editions

Acteurs : Julian Nicholson, Lowena McDonell, Lucy Tillett, Haydée Lysander, Marc Puiggener, Daniel M. Jacobs, Will Hudson…

Scénario : Sadrac González-Perellón

Photographie : Iván Romero

Musique : Sergio Ramis

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Une jeune fille vit dans une maison isolée, au cœur des bois, avec son père et son chien loup. A la suite d’un accident, elle a perdu un bras. Que lui est-il arrivé ? Dans la forêt, elle découvre un mystérieux cube noir. Il semble avoir la faculté d’agir sur le passé…

Etrange film que The Black Cage aka Black Hollow Cage en version originale, premier long métrage réalisé en solo de l’espagnol Sadrac González-Perellón, après quelques courts aux très beaux titres (La jaula o Analogía de los pájaros, El señor cuello largo) et une mise en scène à deux têtes avec Sonia Escolano sur Le Départ de Myna (2009). Sur The Black Cage, il officie en tant que directeur de casting, designer du cube, opérateur caméra, producteur, scénariste et bien évidemment réalisateur. The Black Cage est une proposition de science-fiction intéressante sur le papier, mais qui peine à maintenir l’intérêt du spectateur du début à la fin. Les partis pris sont froids, glacials même, la mise en scène essentiellement composée de plans fixes peut dérouter et les enjeux sont somme toute limités. Néanmoins, il y a là une vraie personnalité, une âme, un ton, une forme qui ne peuvent laisser indifférents.

Le décor avec cette villa moderne constituée de grandes baies vitrées et perdue dans les bois rappelle celui d’Ex Machina, très grand film d’Alex Garland. La ressemblance est même troublante. On pense également au poussif (pour ne pas dire chiant) Morgane de Luke Scott avec cette jeune fille étonnante cloîtrée dans un environnement high-tech. Sans tomber dans l’ennui du second, mais loin de la virtuosité du premier, The Black Cage manque de chair. Beaucoup plus convaincant sur la forme que sur le fond, le film de Sadrac González-Perellón s’apparente à une œuvre de mathématicien, avec des événements calculés qui renvoient à d’autres, qui eux-mêmes sont la résultante d’autres éléments narratifs, puisque The Black Cage évoque le voyage dans le temps. Le problème c’est que tout est tellement figé, qu’il ne se crée aucune empathie, y compris pour Alice, interprétée par Lowena McDonell, qui passe très bien à l’écran et qui participe à la part de mystère distillée par l’intrigue, mais qui est finalement peu aidée par un personnage cloisonné et réduit au maximum.

Du coup, ce drame intimiste sur le deuil impossible se regarde essentiellement comme une expérience, tout ce qui tourne autour du bras mécanique et à la rééducation de la jeune fille amputée interpelle, tout comme cette chienne « parlante » qu’Alice appelle « maman », croyant que sa mère s’est réincarnée dans le canidé. Mais rien ou presque ne touche jamais vraiment les spectateurs, surtout dans le dernier tiers où le récit part dans tous les sens, au risque de perdre les spectateurs qui auront eu la patience d’arriver jusque-là. Certaines séquences étonnent par leur violence graphique, sèche, asphyxiante, osée même puisqu’elles mettent en scène des enfants. Les images sont belles, rien à redire là-dessus et le travail du chef opérateur Iván Romero est soigné avec sa photo entre chaud et froid, le reflet des vitres omniprésentes et ce cube étrange planté dans la forêt qui n’est pas sans rappeler le monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace.

The Black Cage ressemble à un film de fin d’études. On sent le potentiel de Sadrac González-Perellón, qui aime le genre, l’anticipation, la science-fiction, mais il lui faudrait un vrai sujet pour éviter de tomber dans cet écueil popularisé par Christopher Nolan, qui consiste à juxtaposer des images au vernis glacé, sans rythme, à la B.O. pompeuse, en espérant être considéré comme un nouveau prodige du cinéma. Sadrac González-Perellón a encore le temps de faire ses preuves. En tout cas, même s’il apparaît trop épuré, The Black Cage témoigne d’un vrai sens esthétique et c’est déjà pas mal.

LE DVD

The Black Cage apparaît dans les bacs français sous l’égide de Rimini Editions. Le visuel de la jaquette est suffisamment étrange pour attirer la curiosité du cinéphile. Le menu principal est animé et musical.

Seule la bande-annonce est disponible comme supplément.

L’Image et le son

Pas d’édition HD pour The Black Cage, mais un DVD de fort bonne qualité avec une copie éclatante dans les scènes diurnes (en forêt principalement) et aux contrastes élégants sur les séquences sombres et nocturnes. La colorimétrie est froide, aux teintes bleutées et vertes, la définition est solide, les noirs denses. Les visages sont peut-être un peu trop lisses, mais les détails ne manquent pas sur les décors. Notons également que le format 2.39 indiqué sur la jaquette semble recadré.

Seule la version originale est disponible. La piste Dolby Digital 5.1 instaure quelques ambiances sur les latérales avec le chant des oiseaux ou les insectes nocturnes. Quelques pics musicaux profitent également au caisson de basses. Les voix se détachent sans problème sur la centrale.

Crédits images : © Asallam Films / Rimini Editions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / L’Enigme du Lac Noir, réalisé par Michael Gordon

L’ÉNIGME DU LAC NOIR (The Secret of Convict Lake) réalisé par Michael Gordon, disponible en DVD le 19 janvier 2019 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Glenn Ford, Gene Tierney, Ethel Barrymore, Zachary Scott, Ann Dvorak, Barbara Bates, Cyril Cusack, Richard Hylton…

Scénario : Oscar Saul, Victor Trivas

Photographie : Leo Tover

Musique : Sol Kaplan

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1951

LE FILM

Six repris de justice viennent de s’évader et marchent dans la montagne enneigée. Après la mort de l’un d’eux, Canfield conduit les survivants au hameau de Monto Diablo Lake. Il affirme vouloir se venger d’un certain Rudy, qui l’a dénoncé pour un crime. Mais Greer, un de ses compagnons, est convaincu que Canfield a caché quelque part 40 000 dollars. Tous les hommes du village sont partis travailler, les femmes sont restées seules : parmi elles la belle Marcia, la fiancée de Rudy.

Pour la plupart des spectateurs, Michael Gordon (1909-1993) est le réalisateur de comédies légères et endiablées comme Confidences sur l’oreiller (1959) et Pousse-toi, chérie (1963) avec Doris Day, ou bien encore Garçonnière pour quatre (1962) avec Kim Novak. En revanche, pour les cinéphiles, Michael Gordon est le metteur en scène de solides polars, The Web (1947), Le Droit de tuer (1948), L’Araignée (1950). L’Enigme du lac noir (1951) est un film très particulier dans sa carrière. D’une part parce qu’il s’agit de son premier western, il y reviendra en 1966 avec Texas, nous voilà (Dean Martin face à Alain Delon), mais il s’agit surtout de son dernier long métrage réalisé avant de disparaître durant presque dix ans en raison de son nom inscrit sur la tristement célèbre Liste Noire. Avant d’être banni de Hollywood, le cinéaste livre ce qui est souvent considéré comme son meilleur film. Pourtant, The Secret of Convict Lake est souvent oublié de la plupart des livres consacrés au western américain et ce en dépit de ses deux magnifiques têtes d’affiche, Gene Tierney et Glenn Ford. L’Enigme du lac noir est à réhabiliter et surtout à faire connaître au plus grand nombre puisqu’il s’agit d’un western atypique, formidablement photographié, souvent tendu comme un film noir.

Le 17 septembre 1871, 29 prisonniers s’évadent de la prison de Carson City dans le Nevada et tente de rejoindre la Californie à travers les montagnes enneigées. 23 ont déjà été repris ou sont morts de froid. Cinq semaines plus tard, six d’entre eux sont piégés dans le blizzard et finissent par atteindre le village isolé de Monte Diablo. Là, ils s’aperçoivent que tous les hommes sont partis et que le village n’est plus occupé que par des femmes. Les fuyards, James Canfield, Greer, Limey, Clyde et Matt, demandent à celles-ci de quoi manger et dormir. Bien que méfiantes et armées, elles finissent par accepter de les loger pour une nuit. Canfield, ne s’est pas dirigé vers Monte Diablo par hasard. Il est à la recherche de Rudy Schaeffer, l’homme qui l’a injustement fait condamner pour meurtre et vol de 40 000 dollars. Ses compagnons suivent quant à eux Canfield afin de mettre la main sur ce butin. Bien armées, les femmes maintiennent tout d’abord l’autorité sur leurs invités. Mais bien vite, la situation se retourne et les forçats prennent le contrôle du village. Seul Canfield s’oppose aux intentions malveillantes de ses acolytes, mais il ne peut les maîtriser seul. Marcia Stoddard, une des habitantes, est fiancée à Schaeffer.

L’Enigme du lac noir est une œuvre originale, tendue et oppressante, comme un huis clos à ciel ouvert. Même si le roman de Thomas Cullinan ne date que de 1966, il n’est pas interdit de penser aux Proies. Dès les premières scènes, Michael Gordon nous fait ressentir le froid intense avec cette giboulée de neige qui parasite l’écran et paralyse ses personnages, épuisés, tentant de semer leurs poursuivants prêts à tout pour les remettre derrière les barreaux. Après avoir abandonné l’un des leurs dont le coeur n’a pas réussi à combattre le gel extérieur, les hommes arrivent dans un petit patelin paumé, comme une oasis inespérée. Seulement les amazones présentes ne sont pas prêtes à les dorloter ou à prendre soin d’eux comme ils auraient pu l’espérer.

The Secret of Convict Lake est un western mâtiné de polar. Tendu, sec, inquiétant, le film étonne par ses partis pris dans la première partie. Le décor est étouffant, ce groupe de femmes laissé à l’abandon depuis trois mois par leurs hommes ne cesse d’étonner, surtout l’une d’entre elles, Marcia, interprétée par la sublime Gene Tierney. Visiblement, cette dernière est arrivée de nulle part quelques mois auparavant, sait se servir d’un fusil, essaye de faire sa place dans cette petite communauté et de se faire une vie. Elle doit d’ailleurs épouser un dénommé Rudy, le frère d’une autre femme du village (géniale Anne Dvorak), femme frustrée qui voit d’un mauvais œil cette future union. L’arrivée inattendue de ces hommes, rapidement démasqués par Marcia, ne cesse d’inquiéter les habitantes. La doyenne de Monte Diablo, interprétée par la grande Ethel Barrymore, dirige ce groupe tout en restant alitée, mais accepte de parler avec Canfield.

Michael Gordon (pour l’anecdote le grand-père de l’acteur Joseph Gordon-Levitt) installe son récit avec une réelle virtuosité. La photographie de Leo Tover (Uniformes et jupon court, Le Jour où la terre s’arrêta, L’Héritière) foudroie avec ses partis pris quasi-gothiques, le décor renvoie parfois à l’expressionnisme. Si le déroulé de l’intrigue écrite par Victor Trivias (et Ben Hetch, même si son nom n’est pas crédité) est après plus classique, cela n’empêche pas d’admirer les comédiens, avec Gene Tierney et Glenn Ford en première ligne. Le réalisateur parsème ensuite son histoire de séquences marquantes, étonnamment violentes comme celle où les femmes sauvent l’une des leur en utilisant leurs fourches et d’autres armes improvisées pour neutraliser l’assaillant.

L’Enigme du lac noir, titre « belge » puisque ce western psychologique de Michael Gordon, inspiré d’une histoire vraie, n’a pas été exploité dans les salles françaises, est une très grande réussite et un vrai petit bijou à découvrir.

LE DVD

Le test du DVD de L’Enigme du lac noir, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Deux présentations sur cette édition.

La première est réalisée par Patrick Brion (10’), qui propose un tour d’horizon des westerns réalisés en 1951, avant de dresser le portrait de Michael Gordon, avec son renvoi d’Hollywood pendant près de dix ans suite à l’inscription de son nom sur la Liste Noire par le sénateur McCarthy, avant de citer ses films les plus célèbres. L’historien du cinéma en vient ensuite à L’Enigme du lac noir, en mettant en avant beaucoup de points positifs, même s’il manque pour lui une atmosphère. Le casting est également abordé.

C’est au tour de François Guérif de dire ce qu’il pense de L’Enigme du lac noir (11’30). Ce dernier encense plus le film de Michael Gordon que Patrick Brion, « malgré quelques défauts et lenteurs, mais qui contient des scènes stupéfiantes ». Il évoque la sortie de The Secret of Convict Lake en Belgique, l’oubli du film dans les livres spécialisés malgré le prestige de son casting et de son équipe technique. Un film quasi-disparu que François Guerif défend en parlant des comédiens, du réalisateur (quelques redites avec les propos de son prédécesseur), avant d’aborder le film qui nous intéresse. Le fond et la forme se croisent avec une passion contagieuse. Enfin, François Guérif nous donne son interprétation du dénouement.

L’Image et le son

La copie 1.33 (4/3) présentée a été restaurée. Le N&B est parfois un peu léger, surtout dans la première partie avec la neige qui donne du fil à retordre à la définition et dans laquelle se fondent les points blancs. Dès l’arrivée des évadés à Monto Diablo, les noirs se renforcent, les gris s’enrichissent, la copie trouve une stabilité, les contrastes sont plus convaincants. Dommage que le grain paraisse souvent trop atténué. Quelques fils en bord de cadre et des raccords de montage sont toujours présents, ainsi que des décrochages sur les fondus enchaînés. Le film de Michael Gordon était encore inédit en DVD dans nos contrées.

Seule la version originale aux sous-titres français imposés est disponible sur cette édition. La restauration est satisfaisante, aucun souffle à déplorer, l’écoute est frontale, riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré.

Crédits images : © 20th Century Fox / Sidonis Calysta Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Billionaire Boys Club, réalisé par James Cox

BILLIONAIRE BOYS CLUB réalisé par James Cox, disponible en DVD le 19 janvier 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Ansel Elgort, Taron Egerton, Kevin Spacey, Emma Roberts, Ryan Rottman, Jeremy Irvine, Thomas Cocquerel, Bokeem Woodbine, Barney Harris…

Scénario : James Cox, Captain Mauzner

Photographie : James M. Muro

Musique : Joel J. Richard

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Au milieu des années 1980, le jeune et ambitieux Joe Hunt, un entrepreneur dont la société Billionaire Boys Club est composée d’héritiers fortunés de Beverly Hills, met en place une arnaque basée sur une chaîne de Ponzi. Mais quand arrive l’heure des comptes, la panique s’empare des associés accusés d’homicide.

Billionaire Boys Club vaut pour deux raisons. La première, c’est que le quatrième long métrage de James Cox (Wonderland) réunit deux stars montantes du cinéma hollywoodien, Ansel Elgort, découvert dans la saga Divergente, Nos étoiles contraires et surtout dans Baby Driver d’Edgar Wright, et Taron Egerton, révélation de Kingsman : Services secrets, formidable dans Eddie the Eagle de Dexter Fletcher. La seconde, c’est qu’il s’agit à ce jour du dernier film interprété par Kevin Spacey à avoir connu les “honneurs” d’une sortie dans les salles américaines depuis les multiples accusations à son encontre de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelle, voire de tentatives de viol. On connaît ce qui a suivi avec son renvoi définitif de la série House of Cards, l’annulation de la sortie de Gore de Michael Hoffman, sans oublier son remplacement par Christopher Plummer dans Tout l’argent du monde de Ridley Scott. Billionaire Boys Club est donc un film « rescapé » dans le sens où il a bien été exploité au cinéma aux Etats-Unis. Toutefois, éclaboussé par le scandale de l’affaire Harvey Weinstein et du phénomène #MeToo, Billionaire Boys Club a connu un échec retentissant avec seulement 126 dollars récoltés le vendredi, le jour de sa sortie (technique), à peu près 450 dollars le week-end. Un bide certainement pas mérité, car bien que le film de James Cox ne soit pas original ni sur le fond, ni sur la forme, l’excellence des comédiens vaut largement le détour.

En 1983, de jeunes hommes richissimes fondent le Billionaire Boys Club, un club d’investissement créé par le génie de la finance Joe Hunt et le joueur de tennis Dean Karney. Ils dépensaient follement notamment l’argent investi par des investisseurs. Jusqu’au jour où les fonds ont tourné court en 1984, les membres de l’association se sont tournés vers le banditisme ce qui les mena à tuer Ron Levin, un escroc qui leur aurait volé plusieurs millions de dollars.

Dispensé d’une sortie dans les salles françaises, Billionaire Boys Club est vendu comme étant un « Nouveau Loup de Wall Street », jusque dans le visuel de la jaquette du DVD qui rappelle l’affiche et les couleurs du chef d’oeuvre de Martin Scorsese. Alors, oui il y a quelques points communs, notamment ce qui touche aux arnaques financières, mais cela s’arrête là. Les personnages sont ici très jeunes, sortent de l’université et ont les dents qui rayent le parquet. Certains sont issus de la classe moyenne et tous rêvent de faire fortune en s’installant à Beverly Hills. Les USA sont en pleine ère Reagan, l’argent est roi, la réussite est vantée comme seule ligne directrice, c’est l’American Dream. Les « héros » de Billionaire Boys Club ont tout misé et surtout tout tenté pour avoir leur part du gâteau.

Au-delà de son cachet « Tiré d’une histoire vraie », le film dévoile les rouages de cette entreprise basée sur quelques montages financiers frauduleux qui consistent à rémunérer les investissements des clients essentiellement par les fonds procurés par les nouveaux entrants. Jusqu’au jour où tout s’écroule, quand les sommes procurées par les nouveaux entrants ne suffisent plus à couvrir les rémunérations des clients Le système de Ponzi. Concou Bernard Madoff ! Billionnaire Boys Club est un film scolaire, mais divertissant, plaisant et qui vaut le coup grâce à ses acteurs. Baby Driver contre Kingsman donc, mais aussi Kevin Spacey bien sûr qui se délecte dans un rôle de salopard, sans oublier la lumineuse Emma Roberts et une amusante apparition de Cary Elwes dans le rôle d’Andy Warhol. On suit volontiers le parcours de ces jeunes arrivistes qui ont cru pouvoir jouer dans la cour des grands, mais qui ont été très vite rattrapés par la réalité, jusqu’à franchir le point de non-retour pour certains. Certes, Billionnaire Boys Club se révèle souvent bavard, mais il s’en dégage une vraie énergie contagieuse.

LE DVD

Le test du DVD de Billionnaire Boys Club, disponible chez Metropolitan, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très légèrement animé et musical. Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné. Pas d’édition HD pour ce titre.

Nous ne trouvons qu’un lot de bandes-annonces en guise de supplément.

L’Image et le son

Comme pour ses sorties traditionnelles, Metropolitan soigne autant le transfert de ce DTV qu’un blockbuster et l’image de Billionnaire Boys Club ne déçoit pas. Le piqué est soigné, la clarté de mise, le grain respecté, le cadre offre un lot conséquent de détails et la colorimétrie brille de mille feux. Evidemment, la copie est d’une propreté immaculée, les contrastes sont denses, les intérieurs agréablement feutrés, et malgré un sensible bruit vidéo, les meilleures conditions techniques sont réunies et la définition est exemplaire.

En anglais comme en français, les mixages Dolby Digital 5.1 parviennent à créer une sensible spatialisation, avec une plus grande homogénéité pour la version originale. Certes, la balance frontales-latérales profite surtout à la musique mais quelques ambiances naturelles parviennent à percer sur les séquences en extérieur avec les bruits de la circulation. Les voix sont claires et distinctes, la spatialisation musicale systématique et le confort acoustique solide. En revanche, le doublage français est inapproprié.

Crédits images : © Metropolitan / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Carnage chez les Puppets, réalisé par Brian Henson

CARNAGE CHEZ LES PUPPETS (The Happytime Murders) réalisé par Brian Henson, disponible en DVD le 19 janvier 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Melissa McCarthy, Elizabeth Banks, Maya Rudolph, Leslie David Baker, Joel McHale, Cynthy Wu, Michael McDonald, Mitch Silpa, Hemky Madera…

Scénario : Todd Berger

Photographie : Mitchell Amundsen

Musique : Christopher Lennertz

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Dans les bas-fonds de Los Angeles, humains et marionnettes – les puppets – vivent ensemble. Deux détectives, un humain et une marionnette, sont obligés de faire équipe bien malgré eux pour découvrir qui assassine les anciens acteurs du « Happy Time Gang », une émission de marionnettes très populaire.

Alors c’est ça le pire film de l’année selon les critiques américaines ? Bah franchement, on a déjà vu bien pire. Carnage chez les PuppetsThe Happytime Murders est en réalité un ersatz lointain de Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988) où les marionnettes en peluche et velours remplaceraient les toons au milieu des êtres humains. En fait le problème de Carnage chez les Puppets est ailleurs. C’est que le film ne s’adresse évidemment pas aux enfants et qu’il aurait pu être davantage trash et hardcore pour les adultes. Réalisé par Brian Henson, le fils du grand Jim Henson, le créateur des mythiques Muppets et réalisateur des cultissimes Dark Crystal et Labyrinthe, The Happytime Murders ne s’adresse en réalité à personne ou pas grand-monde et ne parvient quasiment jamais à aller au-delà de son postulat de départ somme toute délirant.

Dans un monde où les humains et les marionnettes cohabitent, même si ces dernières sont rejetées ou discriminées par les hommes, l’inspecteur et « puppet » Phil Philips s’allie au détective Connie Edwards, une femme flic, pour démasquer un tueur en série qui assassine les anciennes vedettes du Happy Time Gang, une émission de marionnettes qui faisait les beaux jours de la télévision dans les années 1980. Quand le frère de Philips est lui aussi assassiné, cela devient une affaire personnelle. Ce dernier devra lutter contre un trauma qui a mis fin à sa carrière de policier, mais il pourra heureusement compter sur le soutien d’Edwards, véritable bulldozer qui n’hésite pas à foncer dans le tas pour arriver à ses fins.

Depuis la mort de Jim Henson, son fils Brian a donc repris le flambeau et fait perdurer l’héritage. Si les longs métrages consacrés aux Muppets n’ont jamais trouvé leur public dans nos salles et que les sorties sont toujours restées confidentielles, Carnage chez les Puppets avait sur le papier quelques arguments pour renverser la tendance. Seulement voilà, Sausage Party est passé par là et The Happytime Murders paraît bien trop sage à côté du film de Conrad Vernon et Greg Tiernan. Donc exit le Noël chez les Muppets (1992), L’Ile au trésor des Muppets (1996) et consorts, également réalisés par Brian Henson, Carnage chez les Puppets est volontairement vulgaire, grossier plutôt, même s’il aurait pu l’être davantage donc, et s’amuse à parodier les films noirs américains des années 1950.

Au milieu des peluches, Melissa McCarthy jure comme un charretier avec sa délicatesse habituelle et semble un peu paumée à donner la réplique à son partenaire bouloché, surtout quand on sait de quoi la comédienne a été capable par le passé. Sa partenaire de Mes meilleures amies, Maya Rudolph, est toujours aussi délirante et arrache quelques sourires, les seuls d’ailleurs du film. Car il faut bien admettre que l’on trouve le temps long et que presque tout tombe à plat. Une fois le décor planté, l’intrigue manque singulièrement d’intérêt. L’apparition de la géniale et sexy Elizabeth Banks est bien trop sporadique pour relever le niveau et l’on assiste finalement à un « polar » laborieux qui ne parvient jamais à tirer profit de son argument de base.

Reste l’animation qui mixe les marionnettes traditionnelles et celles réalisées en images de synthèse à partir de l’incontournable capture de mouvements. Quelques séquences parodiques sont amusantes, notamment celle de l’éjaculation à base de serpentins ou bien encore celle qui reprend l’interrogatoire de Basic Instinct (jusque dans les jambes décroisées de la suspecte), mais le reste n’a rien de transcendant. Maintenant, considérer Carnage chez les Puppets comme étant le pire film de 2018, non, il ne faut quand même pas exagérer car la technique est réussie, même si la méthode reste essentiellement identique à celle utilisée depuis les années 1950. Les véritables acteurs parviennent à faire leur numéro au milieu des 125 marionnettes présentes au générique et c’est déjà ça.

LE DVD

Le test du DVD de Carnage chez les Puppets, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné, qui reprend le visuel de l’affiche d’exploitation, indiquant que le film n’est pas pour les enfants. Le menu principal est très légèrement animé et musical. Pas d’édition HD pour ce titre.

En plus d’un lot de bandes-annonces, l’éditeur joint cinq featurettes (13’), essentiellement consacrées aux effets spéciaux, à l’animation traditionnelle et celle réalisée en images de synthèse. Egalement au programme, un énervant « faux bêtisier » avec les Puppets qui se trompent dans leurs répliques, ainsi qu’un montage de répliques alternatives et improvisées par les comédiens.

L’Image et le son

Vu son score dans les salles, Carnage chez les Puppets ne bénéficie pas de Blu-ray dans nos contrées. Toutefois, ce DVD est estampillé Metropolitan et donc la qualité est au rendez-vous. Ce qui frappe d’emblée c’est la luminosité du master, ainsi que ses couleurs éclatantes. Certes, le tournage en numérique n’offre aucune aspérité, aucun grain donc, mais la profondeur de champ est appréciable, le piqué est ciselé et le relief palpable. De sensibles fourmillements constatés, mais rien de rédhibitoire.

Carnage chez les Puppets n’est pas à proprement parler d’un film à effets, mais les pistes anglaise et française Dolby Digital 5.1 parviennent à distiller ici et là quelques ambiances. La plupart des séquences reposent sur les dialogues et les mixages se concentrent souvent sur les enceintes avant. Il ne faut pas vous attendre à des effets explosifs, la spatialisation est essentiellement musicale, les effets latéraux sont rares sauf sur les séquences agitées. Les voix des comédiens sont ardentes en version originale, tout comme en français. Le confort acoustique est assuré tout du long. L’éditeur joint également une piste française Audiodescription, ainsi que les sous-titres destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © Metropolitan / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Yeux dans les ténèbres, réalisé par Fred Zinnemann

LES YEUX DANS LES TÉNÈBRES (Eyes in the Night) réalisé par Fred Zinnemann, disponible en DVD le 4 décembre 2018 chez Artus Films

Acteurs : Edward Arnold, Ann Harding, Donna Reed, Stephen McNally, Katherine Emery, Allen Jenkins, Stanley Ridges, Reginald Denny…

Scénario : Baynard Kendrick, Guy Trosper, Howard Emmett Rogers d’après le roman Odor of Violets de Baynard Kendrick

Photographie : Charles Lawton Jr., Robert H. Planck

Musique : Lennie Hayton, Daniele Amfitheatrof

Durée : 1h17

Date de sortie initiale : 1942

LE FILM

Norma Lowry sollicite l’aide de son ami le détective non voyant Duncan Maclain car elle vient d’apprendre que l’un de ses ex-prétendants courtise sa belle-fille âgée de 17 ans.  Lorsque ce dernier est retrouvé assassiné, Norma devient la principale suspecte de ce crime. Avec l’aide de Friday, son fidèle chien, Duncan va mener une enquête débouchant sur une obscure affaire d’espionnage.

Les Yeux dans les ténèbres Eyes in the Night est l’un des premiers longs métrages de Fred Zinnemann (1907-1997), mais aussi son second à sortir en 1942, la même année que L’Assassin au gant de veloursKid Glove Killer. D’origine autrichienne, le cinéaste né à Vienne, fait ses études de cinéma à Paris. A la fin des années 1920, il décide d’aller tenter sa chance à Hollywood. Il devient assistant costumier, fait quelques apparitions devant la caméra, notamment dans À l’ouest rien de nouveau de Lewis Milestone (1930), puis il devient aide-opérateur. Il gravit petit à petit les échelons. Il passe ensuite assistant-réalisateur auprès de Berthold Viertel et de George Cukor. Sans être crédité, il participe à la mise en scène du film à sketches Les Hommes le dimanche auprès de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer. Il signe alors le scénario des Révoltés d’Alvarado (1936), qu’il coréalise au Mexique aux côtés d’Emilio Gómez Muriel. Suivront de nombreux courts-métrages et des documentaires, sur lesquels Fred Zinnemann se fait la main jusqu’en 1942 où ses deux vrais premiers longs métrages sortent sur les écrans. Celui qui nous intéresse, Les Yeux dans les ténèbres, est un petit polar fort sympathique, certes désuet, mais qui conserve encore un charme fou et qui se distingue par son personnage principal, un détective privé non-voyant, expert en autodéfense (et en lutte), secondé par son incroyable chien (une vraie performance à part entière de la part du berger allemand) et un assistant un peu fou prénommé Marty. L’ombre d’Alfred Hitchcock plane une fois de plus sur ce thriller méconnu, mais qui devrait faire le bonheur des cinéphiles.

En 1942, Duncan « Mac » Maclain, un détective privé aveugle, se fait aider par son assistant Marty et par son chien Friday. Une amie, Norma Lawry, lui demande d’intervenir pour mettre fin à la liaison entre Barbara, sa belle-fille, et un acteur bien plus âgé qu’elle, Paul Gerente, son ancien amant. Lorsque celui-ci est assassiné, l’enquête de « Mac » le mène jusqu’à un réseau d’espionnage nazi.

Deux fois lauréat de l’Oscar du meilleur réalisateur pour Tant qu’il y aura des hommesFrom Here to Eternity (1954) et pour Un homme pour l’éternitéA Man for All Seasons (1967), Fred Zinnemann entre définitivement par la grande porte du cinéma via le film noir. Le metteur en scène du Train sifflera trois foisHigh Noon (1952) s’en sort haut la main avec une réalisation rigoureuse, un vrai sens du cadre, un rythme maîtrisé et tendu, ainsi qu’une solide direction d’acteurs. Film court (77 minutes montre en main), Les Yeux dans les ténèbres vaut surtout pour l’interprétation de son acteur principal, Edward Arnold, vu chez Frank Capra (Vous ne l’emporterez pas avec vous, Monsieur Smith au sénat), William Dieterle (Tous les biens de la terre), Vincente Minnelli (Ziegfeld Follies) et bien d’autres cinéastes de génie. Si son nom reste obscur, sa bonhommie, sa voix grave et son immense talent ne passent jamais inaperçus.

Les Yeux dans les ténèbres est adapté du roman The Odor of Violets de Baynard Kendrick, l’un des opus de la saga consacrée au capitaine Duncan Maclain, un détective privé devenu aveugle à la suite d’une blessure de guerre, déjà incarné au cinéma en 1938 par Ken Taylor dans The Last Express d’Otis Garrett. Suite au succès des Yeux dans les ténèbres, Edward Arnold reprendra son rôle en 1945 dans The Hidden Eye de Richard Whorf. L’autre « Mac » du film est en réalité un MacGuffin, ce prétexte cher à Alfred Hitchcock qui reste mystérieux dans Les Yeux dans les ténèbres, mais qui attire néanmoins la convoitise d’une bande de nazis dissimulés dans la foule (valet, dramaturge) et notamment ici auprès d’une famille aisée. Une invention semble être très prisée par les méchants de l’histoire.

Riche en rebondissements, Eyes in the Night est une très belle découverte, la photo est sombre à souhait et reflète « le royaume » de Duncan Maclain à plusieurs reprises et quelques touches d’humour – avec l’assistant maladroit de Mac – viennent ponctuer cette intrigue d’espionnage bien ficelée, originale et encore très divertissante aujourd’hui.

LE DVD

La collection Classiques s’agrandit chez Artus Films avec l’arrivée dans les bacs des Yeux dans les ténèbres. La jaquette est élégante, le menu principal fixe et musical.

Un aperçu des autres titres disponibles dans la même collection est proposé comme supplément.

L’Image et le son

Pour ceux qui s’en souviennent, le master 1.33 – 4/3 des Yeux dans les ténèbres rappelle un peu le Ciné Vieux de Grolandsat. Si la copie est stable, elle reste très souvent marquée par des griffures, des points, des tâches et des raccords de montage toutes les vingt minutes. La gestion des contrastes est totalement aléatoire, les noirs bouchés et la définition des séquences sombres laisse franchement à désirer. Ajoutez à cela des décrochages sur les fondus enchaînés, un piqué émoussé, un manque flagrant de détails sur les gros plans et un grain étonnamment lissé. Bref, ce DVD n’a rien de miraculeux, mais a au moins le mérite d’exister et nous permet de découvrir ce bon petit film de Fred Zinnemann.

Point de version française sur cette édition, alors que le doublage existe bel et bien. L’écoute est souvent parasitée par quelques menus craquements, des échanges plus sourds et des fluctuations. La piste Dolby Digital Mono 1.0 fait ce qu’elle peut et en dépit d’un bruit de fond persistant se révèle au final suffisante. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Artus Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr