Test DVD / Un Condé, réalisé par Yves Boisset

UN CONDÉ réalisé par Yves Boisset, disponible le 4 juin 2019 en DVD et Blu-ray chez ESC Editions

Acteurs : Michel Bouquet, Françoise Fabian, Gianni Garko, Michel Constantin, Anne Carrère, Rufus, Théo Sarapo, Henri Garcin, Pierre Massimi, Bernard Fresson, Adolfo Celi…

Scénario : Yves Boisset, Sandro Continenza, Claude Veillot

Photographie : Jean-Marc Ripert

Musique : Antoine Duhamel

Durée : 1h35

Année de sortie : 1970

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Test DVD / Le Bandit, réalisé par Edgar G. Ulmer

LE BANDIT (The Naked Dawn) réalisé par Edgar G. Ulmer, disponible en DVD le 23 mai 2019 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Arthur Kennedy, Betta St. John, Eugene Iglesias, Charlita, Roy Engel, Tony Martinez, Francis McDonald…

Scénario : Julian Zimet

Photographie : Frederick Gately

Musique : Herschel Burke Gilbert

Durée : 1h19

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Son complice abattu lors du hold-up d’un wagon de marchandises, Santagio trouve refuge dans une ferme isolée du Haut-Mexique. Si Manuelo Lopez, le fermier, projette de le tuer pour s’emparer du butin, il y renonce après que le bandit en fuite lui a sauvé la vie. Pendant ce temps, sa femme, Maria, fatiguée d’une vie de labeur et de misère, supplie le fugitif de l’emmener aussi loin que possible. Bientôt, au moment de son départ, Santagio voit arriver Gunt, son receleur, accompagné de policiers…

De l’avis quasi-unanime, Le BanditThe Naed Dawn est le chef d’oeuvre du cinéaste Edgar George Ulmer (1904-1972). D’origine autrichienne, ancien comédien et décorateur, assistant de F.W. Murnau, Robert Siodmak, Billy Wilder, Fred Zinnemann, il passe à la mise en scène dans les années 1930 et signe notamment Le Chat noirThe Black Cat (1934) avec Boris Karloff et Bela Lugosi. Suivront plus tard, pêle-mêle, L’Ile des péchés oubliés (1943), Barbe Bleue (1944) avec John Carradine, Detour (1945), Les Pirates de Capri (1951), L’Homme de la planète X (1951) qui reflètent l’éclectisme et le caractère prolifique du réalisateur. Edgar G. Ulmer a alors plus de quarante films et documentaires à son actif quand il entreprend Le Bandit. Un western qui n’en est pas vraiment un, mais plutôt un drame psychologique, très littéraire voire théâtral, qui renvoie aux œuvres de Tennessee Williams. Et c’est immense. Le Bandit n’a beau durer que 78 minutes, chaque seconde, chaque réplique, chaque séquence foudroient le spectateur. Pas étonnant que la critique européenne et les cinéphiles purs et durs comme François Truffaut et Bertrand Tavernier aient rapidement élevé ce film comme l’un des plus fondamentaux, riches et passionnants des années 1950.

Au Mexique, deux paysans, Santiago et Vicente, désillusionnés par la révolution, deviennent bandits et dévalisent un wagon de marchandises stationné en gare de Matamoros. Vicente est, néanmoins, mortellement atteint par un veilleur de nuit. Santiago assomme celui-ci et fuit avec son complice. Il demeure auprès de Vicente jusqu’à son ultime soupir, se comportant auprès de lui comme son confesseur. Il finit par trouver refuge chez un couple de jeunes fermiers, Manuel et Maria. Aidé de Manuel, Santiago délivre le butin – quatre caisses de montres-bracelets – à Guntz, un agent des douanes corrompu, et qui refuse de lui donner la part dévolue à Vicente. Plus tard, Maria est victime des brutalités de son époux, attiré par l’argent de Santiago. Elle cherche alors à fuir avec le bandit.

D’entrée de jeu, Edgar G. Ulmer s’éloigne de tous les stéréotypes liés au western. Si son personnage principal est mexicain et arbore un sombrero, tous les décors qui l’entourent contrastent avec les clichés habituels. Si les chevaux sont présents, les vieilles bagnoles au capot poussiéreux sont là aussi. Les armes apparaissent, mais pas de duel au soleil ici, la loi de l’Ouest a laissé la place à la loi de la jungle. Santiago, merveilleusement interprété par le grand et trop souvent oublié Arthur Kennedy (Les Affameurs d’Anthony Mann, L’Ange des maudits de Fritz Lang) passe de tableau en tableau, comme de scène en scène avec une dimension quasi-théâtrale, principalement en huis clos, qui reflète l’enfermement irrémédiable du personnage (ou comment Ulmer use du Technicolor comme du N&B au temps de l’expressionnisme allemand), malgré ses désirs de liberté.

Le premier acte détonne puisque Santiago se démarque des bandits typiques du western en soutenant son camarade Vicente dans sa lente agonie. En soutenant délicatement son complice et ami jusqu’à son dernier souffle, allant même lui chercher une couverture pour le réconforter et lui apporter une dernière once de chaleur, Santiago est montré comme un être généreux, humain. Vicente mourra en souriant, sur une lyrique partition d’Herschel Burke Gilbert. Dans la seconde partie, Santiago rencontre Manuel et Maria, jeune couple qui tente de survivre grâce à leur petit lopin de terre. Manuel est un homme faible et frustré, qui s’en prend violemment à sa femme. Cette dernière, « donnée » à son époux, rêve de s’enfuir et d’échapper à cette vie monotone, qui la condamne à s’occuper de la cuisine, du ménage. Sachant que la naissance d’un enfant enterrerait définitivement ses espoirs d’évasion, Maria – magnifique Betta St John – s’éprend rapidement de Santiago, qui représente à ses yeux la liberté et l’indépendance dont elle rêve. Edgar G. Ulmer instaure alors une tension sexuelle palpable, en jouant sur les corps fiévreux et en sueur, à l’instar d’Elia Kazan dans Un tramway nommé désir (1951).

Ce qu’il y a de remarquable dans Le Bandit, c’est la densité de son sujet, la richesse de ses thématiques, le tout exploré, trituré et analysé durant seulement 1h20. Roller-coaster d’émotions, Le Bandit joue avec l’empathie des personnages. Ni forcément sympathiques, ni détestables, les trois protagonistes sont montrés de façon brute, dans leur complexité, avec leurs bons comme leurs mauvais côtés. Quitte à vivre, les personnages le souhaitent de la meilleure façon possible, le pardon est accessible et s’il faut mourir, que cela se fasse de la façon la plus douce possible, peut-être même secrètement, au pied d’un arbre.

Le final, somptueux, inattendu, poétique, mais pourtant inévitable, clôt cette tragédie dans une explosion de sérénité. Immense chef d’oeuvre absolu de tous les temps.

LE DVD

Le test du DVD du Bandit, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Le Bandit était déjà sorti en 2013 dans la collection spécialisée de Sidonis Calysta. L’éditeur reprend les mêmes interventions proposées alors sur la galette éditée il y a six ans. Toutefois, celle de Bertrand Tavernier, qui durait alors 13 minutes, est ici rallongée de 25 minutes ! Cela permet donc au réalisateur et historien du cinéma, de s’étendre plus sur ce film qu’il adule et dont il se remémore la découverte au cinéma à l’occasion d’une ressortie dans une salle parisienne, Le Floride, film qu’il était retourné voir plusieurs fois la même semaine. Son engouement est réel, toujours aussi enthousiaste et ses propos reflètent une passion ici débordante de sincérité. Bertrand Tavernier revient en détails sur ses longues recherches effectuées pour trouver qui était ce fameux Julian Zimet, qui avait écrit ce western singulier. Puis, le fond et la forme se croisent jusqu’à la dernière seconde de cette intervention, durant laquelle Bertrand Tavernier passe également en revue le casting.

Avec sa présentation de huit minutes, Patrick Brion a évidemment peu le temps de nous donner quelques propos inédits sur Le Bandit. L’historien du cinéma est certes aussi passionné par le film d’Edgar G. Ulmer que son confrère, mais en dehors de quelques redites sur les sujets abordés dans Le Bandit, il n’y a ici rien de particulièrement intéressant.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie de photos.

L’Image et le son

Authoring différent, mais master identique ! On retrouve donc les spécificités de l’ancienne copie, à savoir une colorimétrie fanée, bleutée, un piqué complètement émoussé, des poussières, des griffures, des plans flous et une gestion des contrastes totalement aléatoire qui dénaturent toutes les séquences sombres. En revanche, le 16/9 est enfin disponible alors que le format n’était disponible qu’en 4/3 sur l’édition 2013.

La version française est couverte, lourde, étouffée, accompagnée d’un souffle omniprésent du début à la fin. Tendez bien l’oreille si vous avez opté pour cette option. La piste anglaise est heureusement plus claire avec des dialogues distincts et des effets plus vifs. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Universal Pictures / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / L’Heure de la sortie, réalisé par Sébastien Marnier

L’HEURE DE LA SORTIE réalisé par Sébastien Marnier, disponible en DVD le 23 mai 2019 chez Blaq Out

Acteurs : Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory, Grégory Montel, Luàna Bajrami, Thomas Scimeca, Gringe, Adèle Castillon, Véronique Ruggia, Victor Bonnel, Matteo Perez…

Scénario : Sébastien Marnier, Elise Griffon d’après le roman éponyme de Christophe Dufossé

Photographie : Romain Carcanade

Musique : Zombie Zombie

Durée : 1h44

Année de sortie : 2019

LE FILM

Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret…

Souvenez-vous, il y a trois ans…A la sortie d’Irréprochable, son premier long métrage, nous avions fait le pari que nous entendrions à nouveau parler du réalisateur Sébastien Marnier. Journaliste et écrivain (Mimi, Une vie de petits fours), ce dernier avait signé avant cela quelques courts métrages, dont Le Grand avoir en 2002 et Le Beau Jacques en 2003 avec Philippe Nahon. Véritable coup de maître sorti au milieu de blockbusters estivaux, porté par une critique quasi-unanime, Irréprochable, thriller social et psychologique nappé d’humour noir, nous avait laissés pantois. L’Heure de la sortie confirme tout le bien que l’on pensait de ce nouvel auteur et cinéaste. Après avoir offert son plus grand rôle à Marina Foïs, Sébastien Marnier s’impose comme un immense directeur d’acteurs dans L’Heure de la sortie, porté par un impérial Laurent Lafitte et une poignée de jeunes comédiens épatants, troublants et ambigus. Entre David Lynch, Michael Haneke, John Carpenter et plus récemment de Jeff Nichols, ne manquez pas ce chef d’oeuvre instantané.

Pierre, un professeur en collège, se retrouve en charge d’enseigner une classe de troisième expérimentale, composée de douze élèves surdoués, suite au suicide de leur professeur. La venue de Pierre est mal vue par cette classe, qui ne tardera pas à le lui faire sentir. Au fur et à mesure que les jours passent, le professeur se doute que tout ne tourne pas rond et ne va pas tarder à découvrir la vérité.

Nous attendions impatiemment le nouveau long métrage de Sébastien Marnier, longuement mûri par le cinéaste pendant près de dix ans et qui souhaitait à l’origine en faire son premier film. Nous ne sommes pas déçus. Le réalisateur va même encore plus loin qu’Irréprochable en se frottant au genre fantastique par petites touches réalistes, tout en enfermant ses personnages et les spectateurs dans un environnement anxiogène et glaçant. Très bien entouré par Emmanuelle Bercot, Gronge, Pascal Greggory et Grégory Montel, Laurent Lafitte apparaît une fois de plus là où on ne l’attendait pas, même si l’environnement inquiétant et énigmatique rappelle parfois l’excellent et sous-estimé K.O. de Fabrice Gobert (Simon Werner a disparu…, la série Les Revenants) dans lequel il tenait déjà le haut de l’affiche. Dans L’Heure de la sortie, adaptation du roman éponyme de Christophe Dufossé (2002), son personnage quelque peu mal aimable, est plongé malgré-lui dans l’univers sous-cloche d’un collège réputé pour ses meilleurs élèves, tous réunis dans une même classe. Face au comédien, les adolescents Luàna Bajrami, Victor Bonnel, Adèle Castillon, Matteo Perez, Thomas Guy et Léopold Buchsbaum impressionnent par leur charisme, leur spontanéité et tiennent la dragée haute à leur partenaire.

Non seulement Sébastien Marnier jongle avec les genres (SF, thriller paranoïaque, drame) avec virtuosité et une impressionnante maturité, en ayant bien digéré ses références, mais son film délivre également un message écologique alarmant, sans être pesant ou donneur de leçons. L’Heure de la sortie flatte à la fois les sens, le coeur et l’âme, réconcilie les amateurs de films d’auteurs et populaires, tout en titillant constamment l’intelligence du spectateur, en lui faisant perdre ses repères, en le déstabilisant sans cesse. Parallèlement, le réalisateur soigne chacun de ses cadres et sa mise en scène subjugue du début à la fin, le tout nappé par la partition entêtante du groupe Zombie Zombie.

De nombreuses scènes s’impriment d’ores et déjà dans nos mémoires, à l’instar du final, vertigineux, qui ne cesse de hanter l’auteur de ces mots depuis des mois. Récompensé au Festival international du film francophone de Namur, au festival international du film de Catalogne, ainsi que par le Prix Jean-Renoir des lycéens, L’Heure de la sortie est un des films les plus riches, les plus aboutis, les plus ambitieux et les plus marquants que vous aurez l’occasion de voir en 2019.

LE DVD

Point de Blu-ray pour L’Heure de la sortie et c’est bien dommage…Le DVD est disponible chez Blaq Out. Le menu principal est fixe et musical.

Les suppléments sont peu nombreux. On apprécie les scènes coupées (8’30), centrées sur le personnage de Laurent Lafitte, même si l’on pouvait espérer un commentaire audio pour apprendre la raison de leur éviction.

Un montage de 15 minutes montre également le comparatif avant/après l’incrustation des effets numériques.

Et c’est tout ! Aucun entretien avec le réalisateur, ni court-métrage ou même la bande-annonce !

L’Image et le son

Le master de L’Heure de la sortie est plutôt bichonné par Blaq Out. Le cadre large est élégant, les couleurs soignées et le piqué suffisamment aiguisé. Les contrastes sont assurés, denses et riches, les détails ne manquent pas et la profondeur de champ est soignée. Malgré un sensible bruit vidéo sur les arrière-plans, des moirages et un léger fléchissement de la définition sur les scènes en intérieur, la copie demeure éclatante. La belle photo riche et contrastée du chef opérateur Romain Carcanade, passe agréablement le cap du petit écran.

La piste Dolby Digital 5.1 offre un agréable confort acoustique, proposant une large ouverture frontale, divers effets latéraux (gros travail sur le son) et une belle spatialisation musicale. De son côté, la Dolby Stéréo 2.0 remplit aisément son contrat avec une balance des avant ferme et savamment équilibrée. À noter la présence de sous-titres français pour sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Blaq Out /
Haut et Court / Laurent Champoussin / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Supernichons contre mafia, réalisé par Doris Wishman

SUPERNICHONS CONTRE MAFIA (Double Agent 73) réalisé par Doris Wishman, disponible en DVD depuis le 13 février 2015 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Chesty Morgan, Frank Silvano, Saul Meth, Jill Harris, Louis Burdi, Peter Savage…

Scénario : Doris Wishman, Judy J. Kushner

Photographie : Nouri Haviv, C. Davis Smith

Musique : Cine Top

Durée : 1h23

Année de sortie : 1974

LE FILM

Bien qu’elle souhaite se retirer des affaires, Jane Tennay reprend du service à la demande du patron des Services Secrets. Sa mission : identifier le chef d’un gang de trafiquants de drogue qui inonde le marché d’une héroïne bon marché. Son arme secrète : un microscopique appareil photo implanté dans le téton de son sein gauche. Pratique pour prendre des clichés de documents compromettants. Mais, son opulente poitrine, Jane l’utilise aussi pour faire diversion, empoisonner et assommer ses ennemis.

Quelle série Z ! Si le titre en version originale Double Agent 73 ne le laissait pas présager de ce côté de l’Atlantique (73 est la taille, en pouces, du tour de poitrine de Busty…), au moins il n’y a pas tromperie sur la marchandise avec celui en français, Supernichons contre mafia.

Réalisé en 1974 par Doris Wishman (1912-2002), la «  cinéaste  » experte du nudie, ce chef-d’oeuvre du genre qui compile tout ce qui ne faut pas faire au cinéma demeure essentiel pour les amateurs de déviant. Ce grand classique repose sur la poitrine généreuse, débordante devrait-on dire, de Chesty Morgan (de son vrai nom Liliana Wilczkowski), strip-teaseuse dont les attributs naturels (220 de tour de poitrine) lui ont valu une petite notoriété dans le genre de la sexploitation. Doris Wishman la filme à hauteur du «  buste  » ou en contre-plongée pendant 1h10, mais rien d’excitant puisque la gravité faisant son effet, les «  mamelles  » s’apparentent à deux montgolfières en perdition.

Chesty Morgan, qui ressemble à Danièle Thompson maquillée comme une voiture volée, a le charisme d’un encornet avec des yeux éteints, aucun talent d’actrice et se voit en plus doublée puisque son accent polonais était trop prononcé. Comme Pamela Anderson, «  elle est très distinguée  ». L’histoire en elle-même est débile, les morceaux de bravoure s’enchaînent comme des perles sur un collier, les faux raccords sont légion, le cadre est laissé à l’abandon, l’interprétation est consternante, les décors hideux, bref, que du bon, surtout que la version française s’avère aussi abominable et rajoute une touche exotique et vulgaire à ce nanar grâce à des répliques fumeuses.

Ce film hors-normes mérite bien une projo entre potes. Fous-rires garantis avec ce film amateur, ou à mateurs c’est selon…

LE DVD

Le DVD de Supernichons contre mafia (c’est toujours étrange d’écrire ce titre…) repose dans un boîtier classique Amaray. La jaquette a été choyée par Sidonis Calysta avec des couleurs bien voyantes et au centre de laquelle pose Chesty Morgan afin d’appâter le chaland. On adore l’accroche «  Même ses ennemis ne savent plus à quel sein se vouer  », très chic ! Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

Sidonis Calysta n’a pas fait les choses à moitié et livre près d’une heure de suppléments !

La Fabuleux destin de Doris Wishman (23’) : Voici un formidable portrait de la cinéaste américaine Doris Wishman réalisé par Marc Toullec et narré par Linda Tahir-Meriau. Ponctué par d’incroyables images de films et de bandes-annonces d’époque, ce module donne l’eau à la bouche et nous rend fous d’impatience à l’idée de découvrir d’autres «  chefs-d’oeuvre  » de cette réalisatrice atypique et habituée des nudies, née en 1912 et disparue en 2002, à l’instar de Diary of a Nudist, Gentlemen Prefer Nature Girls, The Sex Perils of Paulette et Mamell’s Story ! 30 films réalisés entre 1960 et 2007 !

Ne manquez pas le dialogue entre l’immense Patrick Brion et l’excellent Christophe Carrière (33’) sur Supernichons contre mafia ! C’est à mourir de rire car les deux critiques proposent un retour sur la carrière et le film de Doris Wishman, mais se trouvent rapidement rattrapés par la dimension Z de ce chef d’oeuvre du genre. Il faut voir comment Patrick Brion tente de garder son sérieux face au trublion qu’il a en face de lui et qui se marre en citant les dialogues de la version française, absolument abominable et donc monumentale. Ils en viennent ensuite au casting, en se focalisant bien évidemment sur le jeu «  extraordinaire  » de Chesty Morgan. Voilà une présentation qui prolonge le plaisir ressenti en visionnant Supernichons contre mafia !

L’Image et le son

Et bien franchement nous n’attendions pas une copie aussi belle ! L’image de Supernichons contre mafia s’avère impressionnante, surtout quand on sait que le film de Doris Wishman avait quasiment disparu des radars ! Le master (1.77, 16/9) affiche une indéniable propreté, le grain est habilement géré excepté sur les plans accélérés ou ralentis. Sur ces séquences, la texture est plus grumeleuse, les contrastes sont poreux et la luminosité décline. Mais en dehors de cela, la stabilité est de mise, les couleurs sont au top et les détails sont très agréables.

Le confort acoustique est assuré en français comme en anglais, même si cette dernière s’en tire bien mieux que son homologue, avec toutefois un souffle chronique. Si certains dialogues paraissent plus couverts que d’autres, on se délecte de l’ambiance sonore avec des sonneries de téléphone stridentes ou la musique affreuse. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue est verrouillé à la volée. A noter que le doublage français a été perdu sur certaines séquences. Elles passent donc automatiquement en anglais sous-titrées en français. Mais c’est ainsi que vous devez visionner Supernichons contre mafia !

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Un beau voyou, réalisé par Lucas Bernard

UN BEAU VOYOU réalisé par Lucas Bernard, disponible en DVD le 7 mai 2019 chez Pyramide Vidéo

Acteurs : Charles Berling, Swann Arlaud, Jennifer Decker, Jean-Quentin Châtelain, Erick Deshors, Anne Loiret, Pierre Aussedas, Marina Moncade, Victor Pontecorvo…

Scénario : Lucas Bernard

Photographie : Alexandre Léglise

Musique : Christophe Danvin

Durée : 1h40

Année de sortie : 2019

LE FILM

Le commissaire Beffrois attend la retraite avec un enthousiasme mitigé quand un vol de tableau retient son attention. Est-ce l’élégance du procédé ? L’audace du délit ? La beauté de l’œuvre volée ? Beffrois se lance à la recherche d’un voleur atypique, véritable courant d’air, acrobate à ses heures.

Ancien assistant opérateur de Tonie Marshall sur France Boutique, de Coline Serreau sur Saint-Jacques… La Mecque, également directeur de la photographie et écrivain (Les Lacets rouges, FDS Seuil), Lucas Bernard signe Un beau voyou, son premier long métrage. Très belle réussite et prometteur, ce film doux-amer, difficile à classer, joue avec les genres et les ruptures de tons pour mieux surprendre les spectateurs qui pourraient se prendre au jeu concocté par le réalisateur. Le trio vedette Charles Berling, Swann Arlaud et Jennifer Decker sont excellents, formidablement dirigés et prennent visiblement beaucoup de plaisir à se donner la réplique.

Précédemment scénariste et metteur en scène d’un très bon court-métrage intitulé La Place du mort (2014) avec Christian Benedetti et Anne Loiret, Lucas Bernard passe donc le cap du « grand format » avec Un beau voyou. Comme souvent dans un premier long métrage, moult sujets sont abordés. Le cinéaste trouve le bon équilibre et croise à la fois le départ d’un flic à la retraite, une histoire d’amour, le récit d’un vol de tableaux, le portrait d’un trentenaire trouble et ambigu, le deuil, la filiation. Là où la plupart se seraient perdus en chemin en privilégiant un sujet plutôt que l’autre, tout en délaissant la plupart des bases posées ici et là en début de film, Lucas Bernard imbrique et entrecroise les personnages, les sensibilités et les destinées.

Volontairement « old school » dixit le réalisateur, le personnage de François Albagnac, dit Bertrand ou Antoine, incarné par Swann Arlaud qui venait alors de recevoir le César tellement mérité pour Petit paysan d’Hubert Charuel, est un voleur qui renvoie au «Chat » interprété part Cary Grant dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock, sans complice, se faufilant par les toits. Son « adversaire » est un commissaire qui se prépare à fêter son départ à la retraite, qui arbore des chemises fleuries, avec un sourire cynique constamment collé au visage. Veuf, sa femme lui a laissé deux garçons dans la trentaine, ainsi que certaines connaissances pointues en matière d’art. En ayant « marre des délits qui sentent la misère », Beffrois, merveilleusement incarné par Charles Berling au jeu toujours aussi frais, souhaiterait finir sa carrière sur un beau coup. Et s’il mettait la main sur le voleur de tableaux avant d’aller tailler ses rosiers ?

Un beau voyou est un film lumineux, vraisemblablement tourné en plein été, avec des couleurs vives et une clarté omniprésente. Pourtant, les portraits dressés des protagonistes sont plutôt sombres. Beffrois tente de se remettre de la mort de son épouse et de réapprendre à communiquer avec ses deux fils, tandis que Bertrand, sans véritable domicile fixe (ses parents ne savent d’ailleurs même pas où il habite), passe d’arnaque en arnaque en usurpant l’identité de certains quidams, tout en se transformant en voleur félin la nuit où les toits de Paris (très bien filmés d’ailleurs, notamment lors d’une poursuite à la Peur sur la ville) deviennent son domaine. La rencontre avec Justine va bouleverser quelque peu son quotidien.

Ce que l’on apprécie dans Un beau voyou c’est d’abord les comédiens, dont le jeu et les parcours diffèrent, mais qui pourtant s’assemblent royalement pour donner au film une identité propre et inattendue. Charles Berling bouffe l’écran et compose une vraie figure de flic qui a visiblement connu toutes les arnaques dans son commissariat du XVIIIe arrondissement, un peu à la Philippe Noiret dans Les Ripoux. La scène d’ouverture où il offre « un jus » au jeune voleur pris en flagrant délit dans son propre appartement installe d’emblée le personnage. Immédiatement attachant, Beffrois se révèle par strates et sa dernière scène est absolument jubilatoire. Swann Arlaud est également admirable dans la peau du « Beau voyou » instable et roublard. La trop rare à l’écran Jennifer Decker de la Comédie Française, est à se damner et son regard ardent vole toutes les scènes où elle apparaît.

Comédie-dramatique policière à la fois sensuelle, romanesque et fantaisiste, bref inclassable, très attachante et dynamique, Un beau voyou est une des très belles surprises de l’année 2019 dont on retient d’ores et déjà le nom de son auteur, Lucas Bernard.

LE DVD

Le test du DVD d’Un beau voyou, disponible chez Pyramide Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Nous ne manquons jamais de saluer un éditeur quand il décide de proposer des courts-métrages en guise de supplément. C’est le cas ici avec tout d’abord l’excellent film La Place du mort (21’), réalisé par Lucas Bernard en 2014. Georges (Christian Benedetti), juge de province, percute et tue un homme assis sur une route de campagne. Ne semblant pas bouleversé par sa mésaventure, il arrive à l’heure au tribunal. Mais une inconnue, Carole Favourier (Anne Loiret) se glisse dans la salle d’audience et le regarde rendre justice.

Egalement présent, l’essai intitulé La Part disponible (2013, 7’) dans lequel Lucas Bernard se penche sur l’héritage familial à travers une collection d’anciennes cartes postales. Un montage troublant sur le temps qui passe («mais surtout qui s’accélère » dit le narrateur) constitué d’images Super 8, de photographies, de bobines, de cassettes…

Emergence est une fabrique pour le cinéma et la fiction créée en 1998. Sa vocation est de soutenir la jeune création et de révéler des talents. Chaque année, les réalisateurs sélectionnés tournent deux scènes de leur scénario avec les acteurs et les équipes techniques du long métrage en développement. En 2015, Lucas Bernard a participé à Emergence, dans le cadre de la préparation d’Un beau voyou, alors que le film s’intitulait encore Une histoire de l’art (8’). Nous retrouvons Jennifer Decker et Swann Arlaud, dans une scène finalement non retenue pour le film, mais qui est évoquée lors du repas. Il s’agit du moment où le père de Justine la surprend au lit avec Bertrand.

Ne manquez pas les essais costumes des comédiens (9’30), très beaux, durant lesquels les protagonistes regardent la caméra et récitent visiblement une tirade de leur choix.

Enfin, deux scènes coupées viennent compléter cette section (6’). La première montre la confrontation entre Beffrois et le mari victime du vol, qui vient comme par enchantement de retrouver sa toile dérobée. La seconde, beaucoup plus émouvante, montre la confrontation entre Beffrois et ses deux fils, dans un café, où la mort de la mère-épouse est enfin abordée.

L’Image et le son

Point d’édition HD pour Un beau voyou, mais le DVD proposé par Pyramide Vidéo est tout point lumineux. Les couleurs sont vives, le piqué constant, les contrastes fermes. Aucun problème constaté, les gros plans regorgent de détails et les scènes nocturnes sont également élégantes.

Bien qu’elle soit essentiellement musicale, la spatialisation instaure un réel confort acoustique. Par ailleurs, les quelques effets glanés ici et là sur les enceintes arrière permettent de plonger le spectateur dans une atmosphère probante. Sans surprise, le caisson de basses n’intervient pas dans cette histoire, ou seulement lors de la scène de la poursuite sur les toits. Les voix demeurent solidement plantées sur la centrale, la balance frontale étant quant à elle riche et savamment équilibrée. Une option Stéréo est également au programme, ainsi qu’une piste Audiodescription et les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © Pyramide Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Kit Carson, réalisé par George B. Seitz

KIT CARSON réalisé par George B. Seitz, disponible le 9 avril 2019 en DVD et Blu-ray chez ESC Editions / Movinside

Acteurs : Jon Hall, Lynn Bari, Dana Andrews, Harold Huber, Ward Bond, Renie Riano, Clayton Moore, Rowena Cook…

Scénario : George Bruce, Evelyn Wells

Photographie : John J. Mescall, Robert Pittack

Musique : Edward Ward

Durée : 1h32

Année de sortie : 1940

LE FILM

Poursuivis par les indiens, le trappeur Kit Carson et ses amis Ape et Lopez se replient sur Fort Bridger, dont le capitaine, John Fremont, leur propose aussitôt d’escorter une caravane en direction de la Californie, sur la piste de l’Oregon. Manipulés par les autorités mexicaines qui voudraient annexer la région, les guerriers de la tribu Shoshone se dressent contre eux…

C’est un petit western dont nous n’attentions pas forcément grand-chose. Pourtant, Kit Carson, réalisé en 1940 par George B. Seitz ne cesse d’étonner. D’une part parce que le film tient encore très bien la route avec un rythme vif et enlevé du début à la fin, d’autre part pour ses personnages très attachants et la modernité du jeu des comédiens, dont Jon Hall, qui interprète le rôle-titre. Une chose est sûre, c’est que derrière son apparence rétro-vintage, Kit Carson ne fait sûrement pas son âge (près de 80 ans !) et demeure un divertissement haut de gamme doublé d’une analyse historique sur la naissance des Etats-Unis, basée sur un très bon scénario de George Bruce, auteur de L’Homme au masque de fer de James Whale (1939).

Kit Carson et ses hommes se joignent à John C. Fremont sur la route qui le conduit en Californie. En chemin, ils sont attaqués par des Indiens, les Shoshones, armés de fusils et envoyés par les autorités mexicaines, peu désireuses de les voir atteindre la Californie qui fait alors partie du Mexique. Frémont et Carson mènent ensuite une campagne, au nom des Etats-Unis, visant à annexer la Californie.

Christopher Houston Carson (1809-1868) alias Kit Carson, est une figure mythique de la construction des Etats-Unis. Eclaireur, militaire et agent des affaires indiennes, inscrit au panthéon du Far West et donc pionnier de la Conquête de l’Ouest américain, cet ancien fermier puis trappeur décide de partir à l’aventure à l’âge de 16 ans pour découvrir le continent. Son sens aiguisé de l’environnement lui vaut d’être repéré par l’armée où il devient Colonel durant la guerre américano-mexicaine, alors que le Gouverneur de Californie souhaite s’asseoir sur le trône des Aztèques et devenir empereur du Mexique.

Les péripéties, les affrontements, les scènes d’action, les embuscades s’enchaînent dans Kit Carson, sans oublier un triangle amoureux pour plaire aux dames. En dépit d’un budget modeste, ce western de série B a franchement de la gueule. La photographie du chef opérateur John J. Mescall, qui aura signé les sublimes images du Secret magnifique version 1935, mais aussi celles de L’Homme invisible et de La Fiancée de Frankenstein de James Whale, est vraiment superbe, tandis que le cadre de George B. Seitz- réalisateur du Dernier des Mohicans et du formidable Tarzan s’évade, même si non crédité au profit de Richard Thorpe, en 1936 – capture la magnificence des paysages naturels et de Monument Valley en particulier. Pas de format large certes (rappelons que nous sommes à la fin des années 1930), mais les scènes d’encerclement et de convois attaqués par les indiens témoignent d’un vrai sens de la mise en scène.

Complètement méconnu, Jon Hall prête ses traits à une icône américaine. Découvert dans Pago-Pago, île enchantée, il accède ici au rang de vedette à l’âge de 25 ans et son charisme très moderne étonne encore aujourd’hui. Par la suite, il tiendra l’affiche de quelques séries B d’aventures aux titres explicites Aloma, princesse des îles ou bien encore The Tuttles of Tahiti, avant d’être véritablement consacré avec les formidables La Vengeance de l’Homme Invisible et L’Agent invisible contre la gestapo. Un comédien fort sympathique et à reconsidérer, qui sort ici quelques punchlines du style « Maintenant je sais que la différence entre un soldat et une mule, c’est l’uniforme » avec une légèreté et un humour contagieux.

Kit Carson se regarde comme on lit un roman d’aventures à la couverture aussi excitante que son contenu, porté par une composition endiablée d’Edward Ward, qui a conservé beaucoup de charme.

LE DVD

Inédit dans nos contrées, Kit Carson atterrit dans les bacs sous la houlette d’ESC Editions/Movinside. Le test du DVD a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément de cette édition est avant tout réservé aux cinéphiles doublés de férus d’histoire. En effet, IAC, peintre en Art Western et romancier propose un portrait très complet et bourré d’informations sur le véritable Kit Carson (11’30). L’invité d’ESC n’évoque pas le film de George B. Seitz, mais situe le personnage dans son contexte historique, afin de mieux appréhender l’adaptation au cinéma en 1940.

Ensuite, le critique cinéma Vincent Jourdan, auteur de Voyage dans le cinéma de Sergio Corbucci (éditions LettMotif), propose quant à lui un vrai retour sur Kit Carson (24’30). La situation du western à la fin des années 1930, le casting du film, la carrière du producteur Edward Small, les thèmes, les intentions du réalisateur, le tournage à Monument Valley et bien d’autres sujets sont abordés au cours de ce segment très informatif.

L’Image et le son

L’image comporte de très nombreux défauts. C’est le moins qu’on puisse dire. Le master 1.33 est constellé de tâches, de points blancs, de rayures verticales, de fils en bord de cadre. Malgré cela, l’image est étonnamment stable. Cela rajoute un cachet « curiosité » (pour ne pas dire un aspect VHS – Cinéma de minuit) à Kit Carson, dont la copie reste lumineuse, sans doute trop parfois. Notons que l’ensemble est également trop lisse pour être honnête et que la gestion des contrastes est aléatoire.

La version originale est la seule piste disponible sur cette édition. Les dialogues, tout comme la musique, sont dynamiques et le confort acoustique très appréciable, même si un souffle se fait entendre du début à la fin. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Amanda, réalisé par Mikhaël Hers

AMANDA réalisé par Mikhaël Hers, disponible en DVD chez Pyramide Vidéo le 2 avril 2019

Acteurs : Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin, Ophélia Kolb, Marianne Basler, Jonathan Cohen, Nabiha Akkari, Greta Scacchi…

Scénario : Mikhaël Hers, Maud Ameline

Photographie : Sébastien Buchmann

Musique : Anton Sanko

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Paris, de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa sœur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda.

Mikhaël Hers. Si ce nom ne vous dit rien, il s’agit pourtant d’un de nos plus précieux cinéastes. Né en 1975, le réalisateur fait ses débuts derrière la caméra en 2006 avec Charell, moyen-métrage magnifiquement interprété par Jean-Michel Fête et Marc Barbé, librement adapté d’un des chapitres du roman De si braves garçons de Patrick Modiano. Mikhaël Hers y abordait déjà quelques-uns de ses thèmes de prédilection avec la rencontre de deux anciens amis d’enfance, que les hasards de la vie avaient fini par éloigner. Au détour des rues désertes d’un quartier perdu, les nuits se succèdent, faisant alors ressurgir le spectre d’un passé lointain. Charell posait les bases d’un univers singulier, mettant en valeur un Paris by night et la nostalgie d’une amitié aujourd’hui oubliée ou lointaine. Présenté à Cannes en 2006 dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique, ce surprenant coup d’essai allait être rapidement suivi de Primrose Hill. L’action se situait à l’Ouest de Paris, dans une petite ville de banlieue bordée par la Seine, où quatre amis d’adolescence se retrouvaient pour tenter d’enregistrer les maquettes de nouvelles chansons. Ce deuxième moyen-métrage sera en réalité la première esquisse de son premier long métrage, Memory Lane. Une fois de plus, la ville de Paris est aperçue des collines de la banlieue ouest, l’hiver est rude, une personne a visiblement disparu et sert de narratrice. Le groupe déambule sans but réel, les protagonistes parlent de tout et de rien (en apparence), une nostalgie est déjà palpable chez ces jeunes de 25 ans, tiraillés entre les adolescents qu’ils étaient quand ils se sont connus, et les adultes qu’ils sont devenus malgré eux.

En 2009, Mikhaël Hers réalise le sublime Montparnasse, véritable typhon d’émotions, qui se déroule une nuit dans le quartier de Montparnasse à Paris avec pour décor le néon des boulevards, quelques rues désertées, une galerie marchande, un jardin endormi, le parvis de la tour. Portrait de trois jeunes femmes de 25 ans, le film prend la forme du film à sketchs, tout en respectant une unité de lieu et de temps. Avec une rare sensibilité qui renverse complètement le spectateur dès la première partie, Montparnasse clôt une trilogie débutée avec Charell mettant en relief des conversations nocturnes, des retrouvailles, une disparition et la douleur qu’elle engendre, les désillusions post-adolescentes, le mal-être, le souvenir d’une jeunesse récemment envolée, l’angoisse existentielle. Sorti sur les écrans en août 2010, Memory Lane était un vrai coup de maître, confirmé en 2015 par Ce sentiment de l’été. Nous voilà donc rendu à Amanda, le troisième long métrage du cinéaste. Et c’est toujours aussi merveilleux. Avec délicatesse, sobriété et élégance, Amanda impose une fois plus son auteur, mais aussi son comédien, Vincent Lacoste, probablement l’acteur le plus passionnant de l’année 2018.

Il incarne ici David, vingt-quatre ans, un jeune homme qui cumule les petits boulots et profite de la vie, tout en écartant les décisions importantes d’une vie. Mais, un jour, il apprend la mort de sa sœur aînée et se retrouve à devoir s’occuper de sa petite nièce de sept ans, Amanda.

Pour le cinéaste et producteur Luc Moullet, Mikhaël Hers se rapproche de cinéastes tels que John Ford ou Agnès Varda (paix à son âme), quant à son rapport à l’espace. Depuis Ce sentiment de l’été, le réalisateur, qui avait pour habitude de se servir du cadre de la banlieue Ouest de Paris pour décor, avec notamment la terrasse du Parc de Saint-Cloud, a élargi son champ d’action. Après Berlin, Paris et New York dans son précédent long métrage, Mikhaël Hers revient à Paris (11e, 12e, 19e et 20e arrondissements) dans Amanda et s’en va faire également un tour à Londres, dans les parcs situés en banlieue. Dans Amanda, le travail sur la lumière estivale est toujours aussi important, tout comme les conversations en apparence anodines. A l’instar de Ce sentiment de l’été, Amanda traite du deuil après une disparition injuste et inattendue. Dans son troisième long métrage, le cinéaste prend pour toile de fond les attaques terroristes, en imaginant un attentat dans le bois de Vincennes, durant lequel Sandrine, la sœur du personnage principal, mais aussi Léna, sa nouvelle petite-amie sont victimes de ces attaques. Si la seconde (superbe Stacy Martin) parvient à s’en sortir, la première (délicate Ophélia Kolb) décède des suites de ses blessures. David (Vincent Lacoste, sublime), doit alors prendre en charge la fille de Sandrine, Amanda, sept ans, avec tous les bouleversements que cela entraîne chez ce jeune homme de 24 ans, mais aussi chez cette petite fille.

Nul autre que Mikhaël Hers est à ce point capable de capturer le Paris contemporain. Avec sa patine argentique et ses couleurs fanées, Amanda montre une capitale fragilisée par les attentats, comme si ses habitants marchaient sans cesse sur un fil. Plus ancré dans le présent et le quotidien que ses précédents films, Amanda foudroie le coeur à chaque instant et rappelle parfois le somptueux Ponette (1996) de Jacques Doillon. On s’attache immédiatement aux personnages, dont la jeune Isaure Multrier, étonnante, spontanée et très prometteuse dans le rôle-titre. Bouleversant, et pourtant solaire, optimiste et sans aucun misérabilisme, Amanda fait partie de ces films qui ont la grâce, qui restent dans la tête et dont les personnages reviennent fréquemment en mémoire avec l’envie de savoir ce qu’ils sont devenus.

LE DVD

Le test du DVD d’Amanda, disponible chez Pyramide Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

A l’instar des suppléments de Ce sentiment de l’été, l’interactivité présente sur le DVD d’Amanda se résume à peu de choses.

On appréciera la vidéo du casting d’Isaure Multrier (7’30), où la petite de 9 ans fait déjà preuve d’une étonnante maturité. Ce module montre également la première fois où Isaure donne la réplique à Vincent Lacoste.

La musique a toujours tenu une place importante dans l’oeuvre de Mikhaël Hers. L’éditeur propose d’écouter la bande-originale signée Anton Sanko, ainsi qu’un titre inédit de Jarvis Cocker, Elvis has left the building (23’30).

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces, dont celle du Festival International du film de Bordeaux, réalisée par Mikhaël Hers pour l’édition 2016.

L’Image et le son

Amanda bénéficie d’un transfert suffisamment propre et clair, correspondant à la découverte du film dans les salles. Visiblement filmé avec les éclairages naturels, la colorimétrie se révèle volontairement terne voire parfois délavée, et le manque de définition est aussi aléatoire qu’inhérent aux conditions des prises de vue. Les contrastes sont soit trop appuyés soit trop légers, les visages manquent de précision, tout comme le piqué trop émoussé. Les volontés artistiques du réalisateur, avec un grain plus ou moins appuyé, sont donc bien restituées…

S’il ne fait pas d’esbroufe inutile, le mixage Dolby Digital 5.1 demeure néanmoins timide sur les latérales. Cela est d’autant plus dommage que la musique est assez présente dans Amanda et qu’on pouvait s’attendre à une spatialisation agréable. Si les surround déçoivent même pour ce qui concerne le rendu des ambiances naturelles, les frontales sont en revanche dynamiques, les dialogues sont solidement posés sur la centrale. Pour des conditions de visionnage parfaites, optez néanmoins pour la stéréo, beaucoup plus fluide et homogène que son homologue 5.1 avec une balance gauche-droite ardente et un rendu musical actif. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Nord-Ouest Films / Pyramide Vidéo / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr




Test DVD / Guy, réalisé par Alex Lutz

GUY réalisé par Alex Lutz, disponible en DVD le 9 janvier 2019 chez Studiocanal

Acteurs : Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot, Brigitte Roüan, Dani, Nicole Calfan, Élodie Bouchez, Bruno Sanches…

Scénario : Alex Lutz, Thibault Segouin, Anaïs Deban

Photographie : Mathieu Le Bothlan

Musique : Vincent Blanchard, Romain Greffe

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire.

C’est la grande surprise de la fin d’été 2018. Guy, second long métrage réalisé par Alex Lutz est un documenteur passionnant, troublant, fascinant et surtout merveilleusement interprété. Né à Strasbourg en 1978, Alexandre Lutz aka Alex Lutz, fait ses débuts au cinéma en 2008 dans Les Femmes de l’ombre de Jean-Paul Salomé. Parallèlement à son succès sur scène, il apparaît dans OSS 117 : Rio ne répond plus (2009), puis dans moult comédies pas franchement réussies (euphémisme) comme La Croisière, Bowling, Turf, Les Visiteurs : La Révolution, Les Aventures de Spirou et Fantasio. Pourtant, malgré la qualité « relative » de ces films, Alex Lutz a toujours brillé à chaque apparition. Pour son spectacle sobrement intitulé Alex Lutz, il se voit récompenser par le Molière de l’humour en 2016. A la télévision, depuis 2012 sur Canal+, il interprète la blonde du tandem Catherine et Liliane, aux côtés de son comparse l’excellent Bruno Sanches, dans la revue de presse du Petit Journal de Yann Barthès. En 2015, il passe tout naturellement de l’autre côté de la caméra avec sa première mise en scène, Le Talent de mes amis, qui passe complètement inaperçu. Trois ans plus tard, débarque ce Guy dont on n’attendait rien ou pas grand-chose, et qui pourtant s’impose comme une très grande réussite. En reprenant le personnage d’un de ses sketchs joué à la cérémonie des Molières, Alex Lutz explose littéralement à l’écran. Un rôle qui le place en grand favori pour le César du meilleur acteur. Le film est d’ailleurs nommé dans trois autres catégories, meilleur réalisateur, meilleur film et meilleur scénario original.

Après avoir vu le film, le personnage de Guy nous accompagne. Son lent débit, ses doigts qui tiennent une cigarette fine, son regard qui semble toujours perplexe, sa bouche souvent ouverte (on a l’impression de voir André Dussollier), ses gestes ralentis, ses tâches de vieillesse (incroyable maquillage qui nécessitait plus de 4 heures pour transformer Alex Lutz), son dos courbé, ses cheveux blancs qui volent au vent. Guy c’est l’incarnation d’une idole qui a vieilli en même temps que ses fans. Si le film est souvent ponctué de répliques drôles et vachardes, Guy est une œuvre furieusement mélancolique. La tirade finale sur le temps qui passe, sur la postérité, sur le souvenir et la transmission foudroie le spectateur en plein coeur et il est alors difficile de retenir ses larmes.

Sous couvert d’un vrai documentaire sur une fausse star de la chanson française (inspiré d’Herbert Léonard, Guy Marchand, Michel Delpech, Julien Clerc, Frank Michael et bien d’autres), Alex Lutz, également auteur avec Vincent Blanchard et interprète des chansons originales créées spécialement pour le film (un vrai répertoire), s’interroge sur la brièveté de l’existence, en nous donnant envie de profiter au maximum du peu de temps qui nous est imparti. Film étonnamment riche et complexe, Guy délivre son message de façon subliminale, tandis que nous admirons le jeu d’Alex Lutz, qui nous fait croire à ce personnage, y compris une fois le film terminé. L’acteur-réalisateur s’entoure de solides comédiens, la géniale et trop rare Pascale Arbillot dans le rôle de la compagne dévouée et qui équilibre son compagnon, Tom Dingler qui incarne Gauthier, dont le spectateur adopte le point de vue du début à la fin, celui d’un fils qui découvre son père (qui ne sait rien de cette paternité), qui l’observe, qui le découvre, qui apprend à l’aimer. Nicole Calfan, Dani, Elodie Bouchez, Brigitte Roüan, Bruno Sanchez, ainsi que quelques vedettes de la radio et de la télévision participent à l’authenticité du film, tout comme les reconstitutions des shows à la Maritie et Gilbert Carpentier façon Podium.

Guy est le portrait d’un artiste quelque peu oublié des médias, qui n’a pourtant jamais cessé de travailler. C’est aussi une déclaration d’Alex Lutz envers son public, puisqu’on y ressent une envie folle d’aimer et d’être aimé. Pour résumer, Guy, présenté à la Semaine de la Critique du festival de Cannes, est un vrai petit miracle, un futur film culte et probablement le meilleur biopic jamais consacré à un artiste français.

LE DVD

Guy s’est malheureusement soldé par un échec dans les salles, d’où l’absence d’édition HD pour ce titre. Le DVD repose dans un boîtier Amaray classique de couleur noire. La jaquette reprend le visuel de l’affiche. Le menu principal est fixe et musical.

Pas grand-chose en guise de suppléments…quatre teasers d’une minute chacun, qui font également office de scènes coupées avec Guy à la radio, avec ses fans, avec Sophie et avec son webmaster.

L’Image et le son

A l’instar d’un réel documentaire ou d’un reportage pris sur le vif, le film d’Alex Lutz est la plupart du temps filmé à l’épaule. La copie est quasi exempte de défauts. Le piqué est constamment acéré sur les plans rapprochés, la colorimétrie est vive, la clarté fort agréable. Seules les séquences tournées en basse lumière apparaissent moins définies. Les contrastes sont soignés, le relief est indéniable et les séquences diurnes n’ont rien à envier à un transfert HD traditionnel.

Contrairement à ce que l’on pouvait attendre, la piste Dolby Digital 5.1 instaure quelques petites ambiances latérales au moment des séquences de concert ou même en extérieur. Les dialogues sont clairs et se détachent sans mal sur la centrale. La stéréo est également de fort bon acabit et dynamique à souhait. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Apollo Films / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / The Black Cage, réalisé par Sadrac González-Perellón

THE BLACK CAGE (Black Hollow Cage) réalisé par Sadrac González-Perellón, disponible en DVD le 8 janvier 2019 chez Rimini Editions

Acteurs : Julian Nicholson, Lowena McDonell, Lucy Tillett, Haydée Lysander, Marc Puiggener, Daniel M. Jacobs, Will Hudson…

Scénario : Sadrac González-Perellón

Photographie : Iván Romero

Musique : Sergio Ramis

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Une jeune fille vit dans une maison isolée, au cœur des bois, avec son père et son chien loup. A la suite d’un accident, elle a perdu un bras. Que lui est-il arrivé ? Dans la forêt, elle découvre un mystérieux cube noir. Il semble avoir la faculté d’agir sur le passé…

Etrange film que The Black Cage aka Black Hollow Cage en version originale, premier long métrage réalisé en solo de l’espagnol Sadrac González-Perellón, après quelques courts aux très beaux titres (La jaula o Analogía de los pájaros, El señor cuello largo) et une mise en scène à deux têtes avec Sonia Escolano sur Le Départ de Myna (2009). Sur The Black Cage, il officie en tant que directeur de casting, designer du cube, opérateur caméra, producteur, scénariste et bien évidemment réalisateur. The Black Cage est une proposition de science-fiction intéressante sur le papier, mais qui peine à maintenir l’intérêt du spectateur du début à la fin. Les partis pris sont froids, glacials même, la mise en scène essentiellement composée de plans fixes peut dérouter et les enjeux sont somme toute limités. Néanmoins, il y a là une vraie personnalité, une âme, un ton, une forme qui ne peuvent laisser indifférents.

Le décor avec cette villa moderne constituée de grandes baies vitrées et perdue dans les bois rappelle celui d’Ex Machina, très grand film d’Alex Garland. La ressemblance est même troublante. On pense également au poussif (pour ne pas dire chiant) Morgane de Luke Scott avec cette jeune fille étonnante cloîtrée dans un environnement high-tech. Sans tomber dans l’ennui du second, mais loin de la virtuosité du premier, The Black Cage manque de chair. Beaucoup plus convaincant sur la forme que sur le fond, le film de Sadrac González-Perellón s’apparente à une œuvre de mathématicien, avec des événements calculés qui renvoient à d’autres, qui eux-mêmes sont la résultante d’autres éléments narratifs, puisque The Black Cage évoque le voyage dans le temps. Le problème c’est que tout est tellement figé, qu’il ne se crée aucune empathie, y compris pour Alice, interprétée par Lowena McDonell, qui passe très bien à l’écran et qui participe à la part de mystère distillée par l’intrigue, mais qui est finalement peu aidée par un personnage cloisonné et réduit au maximum.

Du coup, ce drame intimiste sur le deuil impossible se regarde essentiellement comme une expérience, tout ce qui tourne autour du bras mécanique et à la rééducation de la jeune fille amputée interpelle, tout comme cette chienne « parlante » qu’Alice appelle « maman », croyant que sa mère s’est réincarnée dans le canidé. Mais rien ou presque ne touche jamais vraiment les spectateurs, surtout dans le dernier tiers où le récit part dans tous les sens, au risque de perdre les spectateurs qui auront eu la patience d’arriver jusque-là. Certaines séquences étonnent par leur violence graphique, sèche, asphyxiante, osée même puisqu’elles mettent en scène des enfants. Les images sont belles, rien à redire là-dessus et le travail du chef opérateur Iván Romero est soigné avec sa photo entre chaud et froid, le reflet des vitres omniprésentes et ce cube étrange planté dans la forêt qui n’est pas sans rappeler le monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace.

The Black Cage ressemble à un film de fin d’études. On sent le potentiel de Sadrac González-Perellón, qui aime le genre, l’anticipation, la science-fiction, mais il lui faudrait un vrai sujet pour éviter de tomber dans cet écueil popularisé par Christopher Nolan, qui consiste à juxtaposer des images au vernis glacé, sans rythme, à la B.O. pompeuse, en espérant être considéré comme un nouveau prodige du cinéma. Sadrac González-Perellón a encore le temps de faire ses preuves. En tout cas, même s’il apparaît trop épuré, The Black Cage témoigne d’un vrai sens esthétique et c’est déjà pas mal.

LE DVD

The Black Cage apparaît dans les bacs français sous l’égide de Rimini Editions. Le visuel de la jaquette est suffisamment étrange pour attirer la curiosité du cinéphile. Le menu principal est animé et musical.

Seule la bande-annonce est disponible comme supplément.

L’Image et le son

Pas d’édition HD pour The Black Cage, mais un DVD de fort bonne qualité avec une copie éclatante dans les scènes diurnes (en forêt principalement) et aux contrastes élégants sur les séquences sombres et nocturnes. La colorimétrie est froide, aux teintes bleutées et vertes, la définition est solide, les noirs denses. Les visages sont peut-être un peu trop lisses, mais les détails ne manquent pas sur les décors. Notons également que le format 2.39 indiqué sur la jaquette semble recadré.

Seule la version originale est disponible. La piste Dolby Digital 5.1 instaure quelques ambiances sur les latérales avec le chant des oiseaux ou les insectes nocturnes. Quelques pics musicaux profitent également au caisson de basses. Les voix se détachent sans problème sur la centrale.

Crédits images : © Asallam Films / Rimini Editions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / L’Enigme du Lac Noir, réalisé par Michael Gordon

L’ÉNIGME DU LAC NOIR (The Secret of Convict Lake) réalisé par Michael Gordon, disponible en DVD le 19 janvier 2019 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Glenn Ford, Gene Tierney, Ethel Barrymore, Zachary Scott, Ann Dvorak, Barbara Bates, Cyril Cusack, Richard Hylton…

Scénario : Oscar Saul, Victor Trivas

Photographie : Leo Tover

Musique : Sol Kaplan

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1951

LE FILM

Six repris de justice viennent de s’évader et marchent dans la montagne enneigée. Après la mort de l’un d’eux, Canfield conduit les survivants au hameau de Monto Diablo Lake. Il affirme vouloir se venger d’un certain Rudy, qui l’a dénoncé pour un crime. Mais Greer, un de ses compagnons, est convaincu que Canfield a caché quelque part 40 000 dollars. Tous les hommes du village sont partis travailler, les femmes sont restées seules : parmi elles la belle Marcia, la fiancée de Rudy.

Pour la plupart des spectateurs, Michael Gordon (1909-1993) est le réalisateur de comédies légères et endiablées comme Confidences sur l’oreiller (1959) et Pousse-toi, chérie (1963) avec Doris Day, ou bien encore Garçonnière pour quatre (1962) avec Kim Novak. En revanche, pour les cinéphiles, Michael Gordon est le metteur en scène de solides polars, The Web (1947), Le Droit de tuer (1948), L’Araignée (1950). L’Enigme du lac noir (1951) est un film très particulier dans sa carrière. D’une part parce qu’il s’agit de son premier western, il y reviendra en 1966 avec Texas, nous voilà (Dean Martin face à Alain Delon), mais il s’agit surtout de son dernier long métrage réalisé avant de disparaître durant presque dix ans en raison de son nom inscrit sur la tristement célèbre Liste Noire. Avant d’être banni de Hollywood, le cinéaste livre ce qui est souvent considéré comme son meilleur film. Pourtant, The Secret of Convict Lake est souvent oublié de la plupart des livres consacrés au western américain et ce en dépit de ses deux magnifiques têtes d’affiche, Gene Tierney et Glenn Ford. L’Enigme du lac noir est à réhabiliter et surtout à faire connaître au plus grand nombre puisqu’il s’agit d’un western atypique, formidablement photographié, souvent tendu comme un film noir.

Le 17 septembre 1871, 29 prisonniers s’évadent de la prison de Carson City dans le Nevada et tente de rejoindre la Californie à travers les montagnes enneigées. 23 ont déjà été repris ou sont morts de froid. Cinq semaines plus tard, six d’entre eux sont piégés dans le blizzard et finissent par atteindre le village isolé de Monte Diablo. Là, ils s’aperçoivent que tous les hommes sont partis et que le village n’est plus occupé que par des femmes. Les fuyards, James Canfield, Greer, Limey, Clyde et Matt, demandent à celles-ci de quoi manger et dormir. Bien que méfiantes et armées, elles finissent par accepter de les loger pour une nuit. Canfield, ne s’est pas dirigé vers Monte Diablo par hasard. Il est à la recherche de Rudy Schaeffer, l’homme qui l’a injustement fait condamner pour meurtre et vol de 40 000 dollars. Ses compagnons suivent quant à eux Canfield afin de mettre la main sur ce butin. Bien armées, les femmes maintiennent tout d’abord l’autorité sur leurs invités. Mais bien vite, la situation se retourne et les forçats prennent le contrôle du village. Seul Canfield s’oppose aux intentions malveillantes de ses acolytes, mais il ne peut les maîtriser seul. Marcia Stoddard, une des habitantes, est fiancée à Schaeffer.

L’Enigme du lac noir est une œuvre originale, tendue et oppressante, comme un huis clos à ciel ouvert. Même si le roman de Thomas Cullinan ne date que de 1966, il n’est pas interdit de penser aux Proies. Dès les premières scènes, Michael Gordon nous fait ressentir le froid intense avec cette giboulée de neige qui parasite l’écran et paralyse ses personnages, épuisés, tentant de semer leurs poursuivants prêts à tout pour les remettre derrière les barreaux. Après avoir abandonné l’un des leurs dont le coeur n’a pas réussi à combattre le gel extérieur, les hommes arrivent dans un petit patelin paumé, comme une oasis inespérée. Seulement les amazones présentes ne sont pas prêtes à les dorloter ou à prendre soin d’eux comme ils auraient pu l’espérer.

The Secret of Convict Lake est un western mâtiné de polar. Tendu, sec, inquiétant, le film étonne par ses partis pris dans la première partie. Le décor est étouffant, ce groupe de femmes laissé à l’abandon depuis trois mois par leurs hommes ne cesse d’étonner, surtout l’une d’entre elles, Marcia, interprétée par la sublime Gene Tierney. Visiblement, cette dernière est arrivée de nulle part quelques mois auparavant, sait se servir d’un fusil, essaye de faire sa place dans cette petite communauté et de se faire une vie. Elle doit d’ailleurs épouser un dénommé Rudy, le frère d’une autre femme du village (géniale Anne Dvorak), femme frustrée qui voit d’un mauvais œil cette future union. L’arrivée inattendue de ces hommes, rapidement démasqués par Marcia, ne cesse d’inquiéter les habitantes. La doyenne de Monte Diablo, interprétée par la grande Ethel Barrymore, dirige ce groupe tout en restant alitée, mais accepte de parler avec Canfield.

Michael Gordon (pour l’anecdote le grand-père de l’acteur Joseph Gordon-Levitt) installe son récit avec une réelle virtuosité. La photographie de Leo Tover (Uniformes et jupon court, Le Jour où la terre s’arrêta, L’Héritière) foudroie avec ses partis pris quasi-gothiques, le décor renvoie parfois à l’expressionnisme. Si le déroulé de l’intrigue écrite par Victor Trivias (et Ben Hetch, même si son nom n’est pas crédité) est après plus classique, cela n’empêche pas d’admirer les comédiens, avec Gene Tierney et Glenn Ford en première ligne. Le réalisateur parsème ensuite son histoire de séquences marquantes, étonnamment violentes comme celle où les femmes sauvent l’une des leur en utilisant leurs fourches et d’autres armes improvisées pour neutraliser l’assaillant.

L’Enigme du lac noir, titre « belge » puisque ce western psychologique de Michael Gordon, inspiré d’une histoire vraie, n’a pas été exploité dans les salles françaises, est une très grande réussite et un vrai petit bijou à découvrir.

LE DVD

Le test du DVD de L’Enigme du lac noir, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Deux présentations sur cette édition.

La première est réalisée par Patrick Brion (10’), qui propose un tour d’horizon des westerns réalisés en 1951, avant de dresser le portrait de Michael Gordon, avec son renvoi d’Hollywood pendant près de dix ans suite à l’inscription de son nom sur la Liste Noire par le sénateur McCarthy, avant de citer ses films les plus célèbres. L’historien du cinéma en vient ensuite à L’Enigme du lac noir, en mettant en avant beaucoup de points positifs, même s’il manque pour lui une atmosphère. Le casting est également abordé.

C’est au tour de François Guérif de dire ce qu’il pense de L’Enigme du lac noir (11’30). Ce dernier encense plus le film de Michael Gordon que Patrick Brion, « malgré quelques défauts et lenteurs, mais qui contient des scènes stupéfiantes ». Il évoque la sortie de The Secret of Convict Lake en Belgique, l’oubli du film dans les livres spécialisés malgré le prestige de son casting et de son équipe technique. Un film quasi-disparu que François Guerif défend en parlant des comédiens, du réalisateur (quelques redites avec les propos de son prédécesseur), avant d’aborder le film qui nous intéresse. Le fond et la forme se croisent avec une passion contagieuse. Enfin, François Guérif nous donne son interprétation du dénouement.

L’Image et le son

La copie 1.33 (4/3) présentée a été restaurée. Le N&B est parfois un peu léger, surtout dans la première partie avec la neige qui donne du fil à retordre à la définition et dans laquelle se fondent les points blancs. Dès l’arrivée des évadés à Monto Diablo, les noirs se renforcent, les gris s’enrichissent, la copie trouve une stabilité, les contrastes sont plus convaincants. Dommage que le grain paraisse souvent trop atténué. Quelques fils en bord de cadre et des raccords de montage sont toujours présents, ainsi que des décrochages sur les fondus enchaînés. Le film de Michael Gordon était encore inédit en DVD dans nos contrées.

Seule la version originale aux sous-titres français imposés est disponible sur cette édition. La restauration est satisfaisante, aucun souffle à déplorer, l’écoute est frontale, riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré.

Crédits images : © 20th Century Fox / Sidonis Calysta Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr