Test DVD / La Belle et la meute, réalisé par Kaouther Ben Hania

LA BELLE ET LA MEUTE réalisé par Kaouther Ben Hania, disponible en DVD le 4 avril 2018 chez Jour2Fête

Acteurs :  Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli; Noomane Hamda; Mohamed Akkari; Chedly Arfaoui, Anissa Daoud, Mourad Gharsalli…

ScénarioKaouther Ben Hania

Photographie : Johan Holmquist

Musique : Amine Bouhafa

Durée : 1h36

Année de sortie : 2017

LE FILM

Mariam, 21 ans, se rend à une soirée étudiante à Tunis. A peine arrivée, elle sympathise avec un certain Youssef (Ghanem Zrelli, fantastique), avec lequel elle décide de finir la soirée sur la plage. Mais celle-ci tourne court quand trois policiers s’en prennent au couple. Menottant Youssef, ils violent la jeune Mariam, puis la relâchent. Traumatisée, elle est emmenée par Youssef à l’hôpital afin de pouvoir déposer plainte par la suite. Mais les deux jeunes gens vont se retrouver empêtrés dans un véritable cauchemar bureaucratique dont ils ne sortiront pas indemnes.

Inspiré d’un fait divers réel qui a ébranlé le gouvernement Tunisien en 2012, produit par six pays différents pour seulement 850 000 euros, La Belle et la meute est ce que l’on peut appeler un tour de force. Réalisé par Kaouther Ben Hania, originaire de Tunis, la cinéaste se fait avant tout remarquer via une poignée de courts-métrages dont Le Challat De Tunis , satire sociale sur son pays. Des courts-métrages féministes et réfléchis, non dépourvus d’humour grinçant. Le Challat De Tunis résonne d’ailleurs comme les prémisses du véritable brûlot étouffant que signera Ben Hania avec La Belle et la meute.

Présenté en 2017 au Festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, le film se compose, à la manière du Kidnapped de Miguel Ángel Vivas, sans l’ultra-violence, d’une dizaine de très longs plans séquences, qui comme dans l’électrochoc hispanique, nous plonge sous une chape de plomb picturale, plus proche d’un réalisme âpre et d’une ambiance souvent glauque et brutale. Le chemin de croix d’une femme voulant faire entendre sa voix dans un pays qui nous est décrit (allégoriquement parlant évidemment) comme proche de la rupture. Cette femme blessée sera entraînée, sans possibilité de recul, dans une multitude d’endroits qui feront office de paliers, entamant sa descente aux enfers. On peut y voir un voyage kafkaïen, le découpage sec du film nous faisant ressentir chaque nouvelle scène comme une tourmente supplémentaire que devra surmonter Mariam.

Au cours de cette nuit, elle devra se battre, mais elle sera aussi soutenue. Divers personnages (dont Youssef) la forceront à enfoncer les portes qui se dresseront devant elle, afin qu’elle puisse s’affirmer et se battre pour ses droits. Victime d’avoir été victime. Le film parvient à faire vivre chaque situation avec beaucoup de réalisme, le choix d’ajouter au casting des acteurs venant du théâtre d’improvisation amène le spectateur à rester scotcher quant au déroulement de certaines situations et échanges. Mariam Al Ferjani est sidérante. Dans un rôle que l’on imagine aussi épuisant psychologiquement que physiquement, elle donne toute sa force à son personnage pour remporter cet affrontement, sans jamais vouloir abandonner. Elle passe d’une épreuve à une autre, se relevant constamment malgré les humiliations dont elle est victime. Le film brille par la virtuosité de sa mise en scène. Ben Hania utilise à bon escient le plan séquence, via de très jolis ballets chorégraphiques d’une fluidité assez incroyable, et parvient à nous faire vivre chaque minute de ce fait divers sordide en maintenant une tension constante.

Véritable thriller et drame social, La Belle et La Meute touche également par sa sincérité cinématographique et par son message politique fort que la réalisatrice assume jusque dans sa dernière séquence. Le personnage de Youssef en viendra même à comparer son pays à un film de zombies, en décrivant le système comme carnassier, avide de scandales et d’images chocs. Jusque dans une scène où la caméra s’envole au-dessus d’un corps inconscient, noyant dans l’image ce que le spectateur se résigne à voir depuis le début. Ajoutons également une mention spéciale au plan séquence « Numéro 6 » qui fait monter la tension de manière très brutale, se terminant sur une scène de course poursuite à la lisière du film d’horreur dont la conclusion assourdissante en remuera plus d’un.

Toutefois, le film n’est peut-être pas exempt de défauts. Il peut se montrer parfois maladroit dans sa manière de souligner certains passages de manière un peu trop démonstrative (l’introduction ou encore la scène du voile) ou un peu trop verbeux dans sa conclusion qui aurait gagné à être aussi directe que le reste du métrage.

Mais, La Belle et La Meute est une très bonne surprise. Direct, froid, le premier film de Kaouther Ben Hania devrait marquer les mémoires. Une œuvre difficile, mais intelligente et consciente de sa portée sociale et politique. On en ressort lessivés, mais l’expérience est nécessaire puisqu’elle permet d’aborder un sujet qui resterait dans l’ombre si le cinéma n’osait pas s’en emparer.

LE DVD

Le test du DVD de La Belle et la meute, disponible chez Jour2Fête, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. Présenté dans une copie très convenable on ne pourra donc regretter qu’un duo de suppléments assez légers et un chapitrage DVD absent. Nous n’aurons malheureusement pas la chance de mettre la main sur un quelconque Blu-ray, le film n’ayant pas la possibilité d’accéder au format.

Côté supplément, on retrouve une scène coupée (8’) qui semblait se trouver entre la séquence «Numéro 7» et la séquence «Numéros 8». Une scène plutôt intéressante qui nous fait rapidement nous demander pourquoi celle-ci fut non retenue au montage final.

Une interview de Kaouther Ben Hania (22’) chapeautée par le philosophe Michel Onfray vient boucler ce rapide tour des bonus. Un entretien plutôt intéressant si on oublie la qualité assez médiocre du cadrage, ainsi que la présentation un peu confuse de l’interview.

L’Image et le son

Pas d’édition HD donc pour La Belle et la meute, mais un DVD de fort bonne facture, qui restitue habilement l’omniprésence des gammes bleues avec les costumes et les éléments du décor, qui s’opposent avec les ambiances plus chaudes des bureaux. Les contrastes sont légers mais très beaux. Si quelques baisses de la définition demeurent constatables, le piqué reste appréciable, les détails sont agréables sur le cadre large, la clarté est de mise. Un transfert très élégant.

Seule la version originale est disponible. La piste Dolby Digital 5.1 délivre habilement les dialogues et les ambiances frontales, mais peine à instaurer une spatialisation autre que musicale. Les latérales ont peu à faire, mais il est vrai que le film ne s’y prête pas. N’hésitez pas à sélectionner la Stéréo, dynamique et percutante. Les sous-titres français et anglais sont disponibles.

Crédits images : ©  Jour2fête / Critique du film, parties généralités et suppléments : Alexis Godin / Captures DVD et partie technique : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

 

 

Test DVD / Si tu voyais son coeur, réalisé par Joan Chemla

SI TU VOYAIS SON COEUR réalisé par Joan Chemla, disponible en DVD le 15 mai 2018 chez Diaphana

Acteurs :  Gael García Bernal, Marine Vacth, Nahuel Perez Biscayart, Karim Leklou, Mariano Santiago, Manuel “Manole” Munoz, Antonia Malinova, Patrick de Valette…

ScénarioJoan Chemla, Santiago Amigorena d’après le roman de Guillermo Rosales

Photographie : André Chemetoff

Musique : Gabriel Yared

Durée : 1h23

Année de sortie : 2017

LE FILM

Suite à la mort accidentelle de son meilleur ami, Daniel échoue à l’hôtel Métropole, un refuge pour les exclus et les âmes perdues. Rongé par la culpabilité, il sombre peu à peu dans la violence qui l’entoure. Sa rencontre avec Francine va éclairer son existence.

Si tu voyais son coeur est le premier long métrage de la réalisatrice franco-argentine Joan Chemla. Venue au cinéma après des études de journalisme et de droit, elle signe en 2008 son premier court-métrage Mauvaise route. Suivront Dr Nazi (2010) et The Man with the Golden Brain (2012). Atypiques, à la lisière du fantastique, inclassables même, ces films sont remarqués dans les festivals. Joan Chemla passe donc naturellement au long métrage et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on retrouve toute la singularité de ses œuvres précédentes dans Si tu voyais son coeur, drame sombre et austère, interprété par Gael Garcia Bernal. Limite expérimental, ce premier film ne manque pas d’intérêt, mais demeure cependant trop hermétique.

Après avoir perdu son meilleur ami dans un accident, Daniel, un gitan exilé à Marseille, quitte sa communauté. Il s’installe à l’hôtel Métropole, véritable purgatoire où les écorchés de la vie tentent de survivre au jour le jour. Se sentant coupable de la mort de son ami, Daniel s’auto-détruit jusqu’à sa rencontre avec Francine qui va bouleverser sa vie.

Il y a de très bonnes choses dans Si tu voyais son coeur. Tout d’abord les comédiens. On est heureux de revoir Gael Garcia Bernal rejouer dans la langue de Molière. Immense sensibilité, charisme ravageur, l’acteur mexicain porte le film du début à la fin. Il donne ici la réplique à Nahuel Pérez Biscayart, révélation 2017 de 120 battements par minute de Robin Campillo (César du meilleur espoir masculin) et Au revoir là-haut d’Albert Dupontel. Si ce dernier apparaît finalement très peu à l’écran, sa présence reste marquante tout du long. N’oublions pas la sublime Marine Vacth (Jeune et jolie, Belles familles, La Confession), dont la participation même fugace foudroie à la fois les yeux et le coeur.

Adaptation libre du roman Mon ange de l’écrivain cubain Guillermo Rosales par Santiago Amigorena, Si tu voyais son coeur peut rebuter avec sa photo poisseuse, voire cendreuse, son rythme très lent, mais le personnage de Daniel est malgré tout attachant. On le suit dans son errance, dans son processus de deuil, dans son retour à la vie grâce à Francine, jeune femme également cassée par l’existence, mais toujours vivante malgré les coups reçus. On pense alors à Orphée et Eurydice, se rapprochant de la lumière après avoir connu les Enfers. Si l’action du roman se déroulait aux Etats-Unis et suivait un exilé cubain, le film de Joan Chemla se concentre sur un exilé de la communauté gitane, paumé dans les environs de Marseille.

Présenté en compétition au Festival international de Toronto, Si tu voyais son coeur marque la naissance d’une véritable auteure et metteur en scène, par ailleurs récompensées par le Prix du meilleur réalisateur (sic) au Festival international du film de Varsovie. Tragique, sensoriel (la musique de Gabriel Yared n’y est pas pour rien), romantique et teinté d’humour noir, cette première œuvre possède une vraie patte esthétique et un sens formel indiscutable, qui rappelle parfois La Lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix. Dommage que le scénario ne soit finalement pas à la hauteur de ses ambitions plastiques (on pense d’ailleurs au cinéma de Paweł Pawlikowski) et espérons que Joan Chemla saura ouvrir un peu plus son univers et faire preuve de lâcher prise dans son prochain film pour une portée plus universelle.

LE DVD

Le test du DVD de Si tu voyais son coeur, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Excellente initiative de la part de l’éditeur de nous proposer les trois courts-métrages de Joan Chemla comme suppléments au programme !

Mauvaise route (12’ – 2008) : Sur une route déserte, un jeune homme se lance à la poursuite d’une moto. En chemin, les présages d’un destin tragique s’accumulent. N&B éthéré, aucun dialogue, conte singulier et dénouement surprenant, Mauvaise route impose d’emblée le style visuel de Joan Chemla.

Dr Nazi (15’ – 2010) : Charles Chinaski est un type à problèmes et se considère comme responsable de la plupart de ses problèmes : les femmes, l’alcool, son hostilité envers les groupes d’individus. Il décide un jour de consulter le premier docteur venu. Adaptation de la nouvelle de Charles Bukowski et Lauréat du Prix Canal + à Clermont-Ferrand.

The Man With the Golden BrainL’Homme à la cervelle d’or (16’ – 2012) : Stanley a sept ans quand il découvre par accident que sa cervelle est en or. Transposition d’une nouvelle d’Alphonse Daudet (La Légende de l’homme à la cervelle d’or) avec Marine Vacth et Vincent Rottiers.

Trois courts-métrages très étonnants, marqués par quelques références, notamment à Stanley Kubrick, qui montrent que Joan Chemla a vraiment le potentiel pour réaliser un jour un vrai film fantastique.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Pas de Blu-ray pour Si tu voyais son coeur, mais un DVD de bonne qualité. La photo cendreuse, hivernale et morose de André Chemetoff (Dog Pound, Les Malheurs de Sophie) est impeccablement restituée avec un léger grain. Le piqué, les contrastes, le relief, les détails sont très appréciables, tout comme la stabilité de la copie.

La version française est disponible en Dolby Digital 5.1 et 2.0. D’emblée, le premier mixage impose une petite spatialisation discrète mais bel et bien palpable avec diverses ambiances qui percent les enceintes latérales, en plongeant directement le spectateur dans l’atmosphère du mariage. Certes, le film repose en grande partie sur les dialogues, mais il serait dommage de se priver de ce petit plus. Saluons également la tonicité de la piste 2.0 qui contentera aisément ceux qui ne seraient pas équipés à l’arrière. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : ©  Nord Ouest Films / Diaphana / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Permission, réalisé par Brian Crano

PERMISSION réalisé par Brian Crano, disponible en DVD le 2 mai 2018 chez TF1 Studio

Acteurs :  Rebecca Hall, Dan Stevens, Gina Gershon, François Arnaud, Jason Sudeikis, Morgan Spector, Bridget Everett, David Joseph Craig…

Scénario :  Brian Crano

Photographie : Adam Bricker

Musique : Mathieu Lamboley

Durée : 1h35

LE FILM

Anna et Will s’aiment depuis le premier jour de leur rencontre et ne se sont jamais quittés depuis les bancs du lycée. Après 10 ans de relation, ils décident enfin de se marier. Mais, lors d’un dîner arrosé, le frère homosexuel d’Anna, Hale, lui propose qu’elle rencontre d’autres hommes avant son mariage avec l’accord de son futur époux. Dès lors, le couple, avant de s’unir, s’autorise à coucher avec d’autres personnes, avec le consentement de chacun, mais la situation leur échappe…

Que voilà un bien joli film ! Réalisé par Brian Crano, acteur et monteur à ses heures, producteur, metteur en scène d’un premier long métrage en 2011 (A Bag of Hammers, avec Jason Ritter et Rebecca Hall), Permission est une comédie-dramatique sur le thème de l’usure d’un jeune couple de trentenaires, qui se sont connus très jeunes, qui n’ont d’ailleurs connu aucun autre partenaire, qui sont entrés ensemble dans le monde adulte, traversé la vingtaine, avant de s’installer dans une inévitable routine et de s’enfoncer dans le déni. Jusqu’au jour où, à la suite d’une blague, Anna et Will vont se retrouver face à leur situation et faire le point sur leur vie.

Le sujet est délicat, certains l’ont déjà abordé pour en faire une comédie survolée (Bon à Tirer (B.A.T.) des frères Farrelly) et pourtant Brian Crano, également scénariste, réussit à éviter les clichés. Les personnages sont très attachants, le réalisateur passant du couple principal, interprété par les excellents et visiblement complices Rebecca Hall et Dan Stevens (le Matthew Crawley de la série Downtown Abbey), au couple gay (David Joseph Craig et Morgan Spector), par qui la remise en question arrive et qui va également entrer en pleine crise existentielle. La question de la sexualité, celle de la fidélité, sont au coeur de Permission, prenant pour décor la ville de New York, très bien filmée, bénéficiant d’une très belle et élégante photographie hivernale.

Si le malaise est palpable entre Anna et Will quand leur ami Reece leur conseille de briser leur monogamie afin de ne pas avoir de regrets alors qu’ils sont sur le point de se marier et d’emménager dans leur maison, le couple décide tout de même de tenter l’expérience. Mais en jouant avec le feu, Anna, qui rencontre un musicien romantique, et Will qui entame une relation avec une femme mûre (Gina Gershon), vont se rendre à l’évidence et découvrir ce qu’ils essayaient de se cacher depuis des années.

De leur côté, Hale, le frère d’Anna, souhaiterait adopter un enfant, ce qui n’est pas le cas de Reece, son partenaire. Leurs désirs et aspirations prennent alors des chemins divergents. Un couple peut-il résister aux années qui passent ? Comment l’amour évolue-t-il ? Jusqu’où un couple peut-il refouler ses problèmes ? La passion s’émousse-t-elle inexorablement ? Hétéros ou gays, un couple peut-il vivre ensemble toute sa vie ? Brian Crano aborde toutes ces questions avec une très belle sensibilité.

Si l’on peut trouver le rythme assez lent et une fin quelque peu brutale et expédiée, elle s’avère avec le recul inévitable et marquante. Permission est une réflexion mature et universelle, qui révèle un auteur à suivre de près. Et même si tous les acteurs sont vraiment très bons, nous n’avons d’yeux que pour la sublime Rebecca Hall, révélée en 2006 dans Le Prestige de Christopher Nolan, puis qui a très vite confirmé avec Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (2008), que l’on a plaisir à retrouver ici au premier plan.

Il est dommage que Permission ne soit pas passée par les salles françaises, arrivant chez nous directement en e-Cinéma. Sa sortie en DVD devrait lui donner une nouvelle opportunité pour toucher un nouveau public, ce que le film de Brian Crano mérite largement.

LE DVD

Le test du DVD de Permission, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur ne propose qu’un entretien du réalisateur (11’). Visiblement enregistré lors d’un chat sur internet, Brian Crano revient sur la genèse de Permission, sur les thèmes qu’il a voulu aborder, sur ses références (John Cameron Mitchell, Todd Haynes). Il évoque également les partis pris esthétiques de son film, le travail sur les couleurs, l’alchimie des comédiens, le tournage à New York. Le tout illustré par de très belles photos de plateau.

L’Image et le son

Permission sort dans les bacs français uniquement en DVD. La copie est évidemment très propre, les contrastes élégants font honneur à la belle photo du chef opérateur Adam Bricker, marquée par des couleurs hivernales. Le cadre offre son lot conséquent de détails ciselés, la stabilité est de mise. En dehors de quelques sensibles pertes de la définition, ce DVD ne déçoit pas et instaure un confort de visionnage évident.

Permission n’est pas à proprement parler d’un film à effets, mais les pistes anglaise et française Dolby Digital 5.1 parviennent à distiller ici et là quelques ambiances. La plupart des séquences reposent sur les dialogues et les mixages se concentrent souvent sur les enceintes avant. Il ne faut pas vous attendre à des effets explosifs, la spatialisation est essentiellement musicale, les effets latéraux sont rares. Les voix des comédiens sont ardentes en version originale, tout comme en français, même si cette piste les met un peu trop à l’avant. Le confort acoustique est assuré tout du long. L’éditeur joint également deux solides pistes Stéréo, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : ©  TF1 Studio / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Robe de sang (I’m Dangerous Tonight), réalisé par Tobe Hooper

ROBE DE SANG (I’m Dangerous Tonight /  Red Evil Terror) réalisé par Tobe Hooper, disponible en DVD le 27 avril 2018 chez Movinside

Acteurs :  Mädchen Amick, Corey Parker, Dee Wallace, Anthony Perkins, Daisy Hall, R. Lee Ermey, Natalie Schafer, Jason Brooks, William Berger…

ScénarioBruce Lansbury, Philip John Taylor d’après une nouvelle de Cornell Woolrich

Photographie : Levie Isaacks

Musique : Nicholas Pike

Durée : 1h28

Année de sortie : 1990

LE FILM

En transformant une cape rouge découverte dans une malle en une superbe robe de soirée, une belle étudiante tombe sous le coup d’une malédiction plusieurs fois centenaire. Diaboliquement séduisante, elle se métamorphose sous son influence maléfique en une dangereuse prédatrice.

Après le phénomène Massacre à la tronçonneuse (1974), son second long métrage, Tobe Hooper enchaîne avec Le Crocodile de la mort, un nouveau film d’horreur gore avec Marilyn Burns, Mel Ferrer et William Finley, récompensé dans de nombreux festivals. Le cinéaste a alors le vent en poupe. Pour la télévision, il adapte Salem, le chef d’oeuvre et best-seller de Stephen King, dans un téléfilm de trois heures. En 1981, il fait son retour au cinéma avec Massacres dans le train fantôme, qui sera un échec à sa sortie. Heureusement, le carton mondial de Poltergeist va le remettre momentanément sur le devant de la scène. Mais cela est de courte durée. Le réalisateur signe un contrat avec la célèbre Cannon, pour laquelle il met en scène Lifeforce (1985), L’Invasion vient de Mars (1986) et Massacre à la tronçonneuse 2 (1986). Deux échecs conséquents et un succès d’estime.

A la fin des années 1980, la position de Tobe Hooper au sein de l’industrie cinématographique est menacée. Il se tourne alors vers la télévision et réalise l’épisode pilote de la série Freddy, le cauchemar de vos nuits (Freddy’s Nightmares), ainsi qu’un épisode pour celle des Contes de la crypte. Il accepte également la proposition du producteur et scénariste Bruce Lansbury, grand manitou des séries Les Mystères de l’Ouest, Mission impossible, Wonder Woman, Buck Rogers, Tonnerre mécanique, K 2000. Un C.V. plutôt conséquent. Bruce Lansbury offre à Tobe Hooper l’opportunité de revenir au genre fantastique avec I’m Dangerous Tonight, également connu sous le titre Red Evil Terror, ou bien encore Robe de sang pour son exploitation française. Si le récit est somme toute classique, ce téléfilm reste très efficace et permet surtout d’admirer la ravissante Mädchen Amick, tout juste révélée par la série Twin Peaks.

Un anthropologue reçoit un sarcophage aztèque, naguère utilisé comme autel pour des sacrifices humains. A l’intérieur se trouve un cadavre vêtu d’une cape rouge, celle des bourreaux aztèques. Notre scientifique voit dans ce bout de tissu le moyen de prouver sa théorie animiste, selon laquelle certains objets sont dotés d’une âme. Il n’a pas tort : à peine a-t-il mis la cape sur ses épaules qu’il assassine le gardien de son musée, puis retourne chez lui où il tue sa femme et met ensuite fin à ses jours. Là-dessus, une étudiante nommée Amy entre en possession de la cape et décide d’en faire une robe. Mais une malédiction pèse sur cette étoffe rouge et quiconque la portera désormais sera sous son envoûtement.

Dire que le scénario de Robe de sang est cousu de fil blanc serait trop simple. Disons que cette adaptation d’une nouvelle de Cornell Woolrich (L’Homme-léopard, Fenêtre sur cour, La Mariée était en noir) possède ce côté rétro-vintage qui ne manque pas de charme et qui fonctionne encore bien près de trente ans après. Evidemment, Robe de sang, production réalisée pour la télévision, ne permet pas à Tobe Hooper de se lâcher complètement. Rares sont les giclées de sang dans I’m Dangerous Tonight, même si l’on pourra s’étonner du meurtre plutôt brutal sous la douche où une jeune femme, sous l’emprise de la robe maudite, étrangle son boyfriend sportif avec un rire pervers, avant de l’émasculer avec une lame de rasoir ! La confrontation d’Amy avec sa grand-mère est également un grand moment et du pur Hooper.

Du point de vue technique, Robe de sang n’a souvent rien à envier aux productions du genre qui fleurissent aujourd’hui dans les salles. Bien au contraire. Tobe Hooper joue surtout avec les couleurs, privilégie la teinte rouge de la robe envoûtée (voir l’apparition d’Amy au bal, comme dans Cendrillon) en lui opposant la couleur bleue, omniprésente dans le reste du décor. Si la première partie centrée sur le personnage d’Amy qui lutte contre le pouvoir de la robe (on pense ainsi au Spider-man noir du troisième opus de Sam Raimi) est plus intéressante que la seconde avec cette enquête policière sur des meurtres commis par une autre femme arborant le vêtement ensorcelé, Robe de sang est toujours aussi divertissant.

Le charme et la fragilité de Mädchen Amick agissent comme au premier jour. A ses côtés, R. Lee Ermey (le sergent Hartman de Full Metal Jacket), qui vient tout juste de nous quitter, s’amuse à jouer un flic bourru, cigare dégueu à la bouche qui empeste son entourage, tandis qu’Anthony Perkins, dans un de ses derniers rôles, campe un professeur d’université qui semble très attiré par les capacités du tissu diabolique. Robe de sang reste méconnu dans l’oeuvre de Tobe Hooper. Sa sortie inattendue en DVD sous la houlette de Movinside devrait attirer et faire le bonheur de ses aficionados.

LE DVD

Le DVD de Robe de sang, disponible chez Movinside, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette est très élégante et attractive. Cette collection « Trésors du fantastique », est dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

Nous retrouvons justement Marc Toullec pour une présentation de Robe de sang (9’). Visiblement, l’intéressé a su prendre en compte les quelques critiques publiées ces derniers mois sur ses interventions puisque, même si le journaliste lit une fois de plus un travail préparé en amont, Marc Toullec se montre non seulement plus à l’aise devant la caméra, mais sa présentation paraît également plus naturelle. Le boulot est bien fait, nous en apprenons sur la mise en route de Robe de sang, replacé dans la carrière de Tobe Hooper, sans oublier le casting alors passé en revue.

L’Image et le son

Robe de sang est un téléfilm. Néanmoins, le master proposé par Movinside est de bon acabit avec des contrastes corrects, des couleurs soignées et une évidente clarté sur les séquences diurnes. Si les noirs paraissent bouchés et que diverses poussières ont réussi à passer à travers les mailles de la restauration, la copie est propre, stable et ne manque pas d’attraits.

Nous ne trouvons pas de version française sur cette édition DVD. Le mixage anglais Dolby Digital 2.0 instaure un bon confort acoustique avec des dialogues délivrés avec efficacité et clarté. La propreté est de mise, sans aucun souffle et les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © 1990, MTE Inc. All Rights Reserved / Universal Studios / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / La Bonzesse, réalisé par François Jouffa

LA BONZESSE réalisé par François Jouffa, disponible en DVD le 3 avril 2018 aux Editions Montparnasse

Acteurs :  Sylvie Meyer, Bernard Verley, Olga Valéry, Christine Aurel, Betty Berr, Catherine Bidaut…

ScénarioFrançois Jouffa, Jean-Pierre Gambert

Photographie : Jean Gonnet

Musique : Hadi Kalafate

Durée : 1h39

Année de sortie : 1974

LE FILM

Béatrice, une étudiante, est en quête d’absolu. Désoeuvrée, elle décide de se prostituer dans une ”maison” a la clientèle sélectionnée, du gros industriel au diplomate recommandé par le Quai d’Orsay. Mais Béatrice se lasse vite et décide de partir pour l’Orient.

Carton en introduction : “Avertissement : les scènes et les dialogues de ce film sont inspirés de témoignages authentiques, recueillis par les auteurs”.

Réalisé en 1973 par François Jouffa, La Bonzesse ou les concessions d’une enfant du siècle, sera interdit et bloqué par la censure pendant un an. Raison de plus pour le revoir en 2018 et essayer de comprendre pourquoi. Le film est produit par Francis Leroi, alors futur producteur du Sexe qui parle (1975) et réalisateur de films et téléfilms (sous le pseudo de Jim Clark) aux titres explicites et dont on ne se lasse pas, La michetonneuse, Lèche-moi partout, Je suis à prendre, Cette salope d’Amanda, Déculottez-vous mesdemoiselles, L’infirmière n’a pas de culotte, Le Secret des écolières sans culotte, Charlotte, mouille ta culotte et près d’une dizaine d’Emmanuelle. Autant dire que La Bonzesse apparaît presque comme un vrai film d’auteur dans sa carrière. C’est donc François Jouffa, journaliste musical, qui passe derrière la caméra pour ce petit film au charme suranné, qui aborde frontalement son sujet, les maisons closes, avec humour, mais aussi avec un vrai regard social.

Béatrice, interprétée par la ravissante Sylvie Matton, est une étudiante en philosophie de 21 ans, qui a quitté sa famille et la province pour faire études à Paris. Un jour, par désir de liberté, elle décide de se rendre chez une maquerelle afin d’expérimenter l’art de la sexualité. Charmée par sa silhouette élancée et son regard ingénu, Madame Renée (Olga Valéry, excellente) embauche la belle sur-le-champ. Béatrice prend le nom de Julie et se vend à des hommes fortunés. Un soir, un client la séduit. Au fur et à mesure de ses rencontres et de la découverte des fantasmes de ses clients (un type se coud des boutons sur les tétons, scène visiblement réalisée sans trucage), Béatrice se sent de plus en plus attirée par les philosophies orientales. Malgré son succès auprès des fidèles visiteurs du bordel, elle commence à envisager son départ en aller simple pour Katmandou.

Voilà, c’est cela La Bonzesse, une petite comédie coquine qui a des choses à dire et qui les fait passer derrière les petites nanas dénudées. D’ailleurs, il n’y a pas que ces demoiselles qui se présentent en tenue d’Eve, puisque la nudité est également de mise chez les clients, présentés dans toutes les postures possibles et imaginables. Il y a fort à parier que François Jouffa et son coscénariste Jean-Pierre Gambert aient vu le premier long métrage de Paul Verhoeven, un certain cinéaste néerlandais, Business is Business, qui traitait plus ou moins du même sujet. Dans ce film, deux prostituées travaillant à Amsterdam devaient se plier aux exigences parfois étranges de leurs clients. La mise en scène était déjà frontale chez Paul Verhoeven et François Jouffa n’hésite pas de son côté à montrer les corps nus des hommes et des femmes. Si tout est évidemment plus sage dans le film qui nous intéresse, toutes les classes sociales sont logées à la même enseigne puisque certains hommes politiques et même un évèque viennent également prendre du bon temps dans le bordel de Madame Renée, situé dans un beau quartier, à deux pas des Champs-Elysées.

Certes, la qualité des dialogues laisse parfois à désirer : « Tiens salut ! » « Tiens, ça va ? » « Ça va et toi ? » « Ça va… » « Oui ça va ! » « Ça va bien ? » « Oui oui très bien, ça va ! » « Salut ! », mais de ce point de vue c’est Olga Valéry qui se taille la part du lion avec ses répliques très épicées, surtout lorsque Madame Renée explique à Béatrice l’organisation de sa maison, tout en détaillant l’anatomie de sa nouvelle recrue.

La Bonzesse est drôle, polisson et décalé, mais également et finalement politique, social (tout est argent, tout se monnaie) et intelligent, prenant parfois une tournure documentaire. Ou comment faire passer son message derrière des comédiennes déculottées donc, surtout que le récit se clôt sur une incroyable séquence pleine de spleen tournée à Ceylan, qui contraste avec le reste du film et qui lui donne un vrai cachet d’auteur. Un vrai classique du cinéma érotique des années 70.

LE DVD

Le DVD de La Bonzesse, disponible aux Editions Montparnasse, repose dans un très beau slim Digipack au visuel coquin très attractif. Le menu principal est légèrement animé, avec quelques dialogues du film en fond sonore.

La bande-annonce des Sorcières du bord du lac est proposée comme supplément. Dommage. Il y avait sans doute matière à réaliser quelques entretiens !

L’Image et le son

La Bonzesse était jusqu’alors inédit en DVD. Le master SD au format 1.66 (4/3 compatible 16/9) d’origine proposé par l’éditeur s’avère fort honorable, bien restauré, avec des couleurs qui retrouvent un certain éclat. Le grain est heureusement préservé et très bien géré, la copie est belle et stable.

La piste Mono affiche une ardeur et une propreté remarquables, créant un spectre phonique fort appréciable. La restitution des dialogues est solide et l’ensemble harmonieux. Dommage que l’éditeur ait également oublié les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © DFL. Editions Montparnasse / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Carbone, réalisé par Olivier Marchal

CARBONE réalisé par Olivier Marchal, disponible en DVD et Blu-ray le 7 mars 2018 chez EuropaCorp

Acteurs :  Benoît Magimel, Gringe, Idir Chender, Laura Smet, Michaël Youn, Dani, Patrick Catalifo, Gérard Depardieu, Moussa Maaskri, Catherine Arditi…

ScénarioOlivier Marchal, Emmanuel Naccache

Photographie : Antony Diaz

Musique : Erwann Kermorvant

Durée : 1h44

Année de sortie : 2017

LE FILM

Menacé de perdre son entreprise, Antoine Roca, un homme ordinaire, met au point une arnaque qui deviendra le casse du siècle. Rattrapé par le grand banditisme, il lui faudra faire face aux trahisons, meurtres et règlements de compte.

Qui l’eût cru ? Olivier Marchal a réalisé un bon film, un très bon film même. En s’inspirant de la fraude à la TVA sur les quotas de carbone qui a coûté plus de 6 milliards d’euros à l’Union Européenne dont près de deux milliards à la France entre 2008 et 2009, l’auteur et metteur en scène de Gangsters, 36 quai des Orfèvres, MR 73 et Les Lyonnais a mis tous ses tics de côté pour se concentrer sur un scénario en béton. Résultat, la sobriété lui sied à ravir et Carbone est non seulement prenant, mais aussi un film qui a de la gueule et solidement interprété, notamment par un Benoît Magimel magnétique, quasiment de tous les plans.

Antoine Roca (Benoît Magimel) est menacé de perdre l’entreprise familiale de transport routier. Après avoir parlé à son expert-comptable et ami Laurent Melki (Michaël Youn), il a l’idée d’une fraude à la TVA sur les quotas de carbone dans l’Union européenne. Pour cela, il contacte deux connaissances de soirées poker plus habituées aux fraudes, les frères Éric (Idir Chender) et Simon Wizman (Gringe) ainsi que leur mère, Dolly (Dani). Pour se lancer dans leurs combines, cette petite bande a cependant besoin de fonds. Étant donné qu’Antoine est grillé dans la communauté juive à cause de son richissime beau-père, Aron Goldstein (Gérard Depardieu), ils doivent emprunter à une figure du grand banditisme, Kamel Dafri (Moussa Maaskri).

S’il ne peut s’empêcher d’avoir recours à un certain langage fleuri (« des couilles, des couilles, des couilles » pour la réplique la moins inspirée) et à quelques morceaux de rap pour donner un cachet « djeuns », Olivier Marchal signe son meilleur film, ni plus ni moins. Peut-être parce-qu’il n’en est pas le premier auteur. Le scénario concocté par Emmanuel Naccache (réalisateur de Kidon) ne s’encombre pas de propos ou d’explications hermétiques et se sert surtout de cette arnaque pour se focaliser sur ses répercussions sur ceux-là même qui l’ont mise en place. D’ailleurs, de l’aveu même de Marchal, ce n’est pas le détournement d’argent qui l’intéresse, mais plutôt ce qui a pu motiver ces individus à passer à l’acte, sans toutefois leur trouver des excuses et aller dans leur sens.

Si tout cela va un peu trop vite en besogne, il n’y a pas de gras dans Carbone, qui reste pied au plancher du début à la fin, en s’attachant au personnage principal. Si Scarface est et demeure l’une des inspirations d’Olivier Marchal, sa grande référence est étonnamment A Most Violent Year de J.C. Chandor. La tempête couve sous le calme apparent d’Antoine, et Carbone est curieusement dans une retenue permanente. Et c’est justement là la grande surprise du film puisque Olivier Marchal lui-même met la pédale douce sur la violence, qu’elle soit physique ou verbale, mais également dans sa mise en scène, sèche et maîtrisée.

Carbone est un film élégant et toutes les scènes nocturnes sont excellemment photographiées par le chef opérateur Antony Diaz, ancien assistant sur MR73, Braquo et Les Lyonnais, qui donne au récit une atmosphère sensuelle. Le casting est au diapason. Aux côtés de Benoît Magimel, impérial et qui n’a jamais été aussi empathique depuis qu’il a pris de « l’épaisseur », Michaël Youn, charismatique et même épatant, se taille la part du lion dans un rôle loin de ceux qui l’ont fait connaître. Laura Smet (dans une scène très difficile), Idir Chender, Guillaume Tranchant (aka Gringe), le flippant Moussa Maaskri, sans oublier les vétérans Dani et Gérard Depardieu (sublime) ont tous leur partition à jouer dans cette symphonie conduite par un Olivier Marchal très inspiré.

On espère que ce dernier continuera dans cette voie et qu’il saura s’éloigner toujours plus de ses précédents thrillers vulgaires, laids, prétentieux et nauséabonds. On a confiance !

LE DVD

Le test du DVD de Carbone, disponible chez EuropaCorp, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur propose tout d’abord un mini making-of (3’) constitué de rapides images de tournage et d’interviews de l’équipe. Pas grand-chose à signaler, les propos se contentent de présenter l’histoire et les personnages.

Dans son entretien suivant, Olivier Marchal revient plus en détails sur la genèse de Carbone, les partis pris, ses intentions et son travail avec les comédiens (13’30). Le réalisateur se penche sur la mise en scène, qu’il voulait élégante, mais aussi sur sa collaboration avec le jeune directeur de la photographie Antony Diaz. Enfin, il ne tarit pas d’éloges sur Benoît Magimel, qu’il compare à Philippe Léotard et Patrick Dewaere.

L’Image et le son

Le master SD restitue habilement les volontés artistiques du chef opérateur Antony Diaz en conservant un très léger grain cinéma, des couleurs à la fois chaudes et froides, des contrastes léchés ainsi qu’un relief constamment palpable. Ces volontés artistiques entraînent certes une image parfois plus douce, une légère perte de la définition sur les très nombreuses séquences nocturnes, mais ce serait vraiment chipoter car la compression est solide, les détails sont légion sur le cadre large et les visages des comédiens, le piqué est aiguisé, les noirs denses et la copie éclatante.

Le confort acoustique est plaisant grâce à la piste française Dolby Digital 5.1. Les voix sont claires et limpides sur la centrale, la spatialisation musicale est systématique, les basses énergiques pour les séquences en nightclub et la balance frontale dynamique. Les latérales assurent avec quelques ambiances naturelles et savent se faire entendre aux moments opportuns. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Copyright Mika Cotellon / 2016 – LES FILMS MANUEL MUNZ – EUROPACORP – NEXUS FACTORY – UMEDIA / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Le Franc-tireur, réalisé par Maurice Failevic

LE FRANC-TIREUR réalisé par Maurice Failevic, disponible en DVD le 5 décembre 2017 chez Inser & Cut/L’Oeil du témoin

Acteurs :  Bernard Le Coq, Jenny Arasse, René Camoin, Richard Caron, Gabriel Cattand, Jacques Chevalier…

ScénarioMaurice Failevic, Jean-Claude Carrière

Photographie : Serge Palatsi

Musique : Even de Tissot

Durée : 1h15

Date de diffusion initiale : 1978

LE FILM

Jacques Maréchal a décidé de se faire licencier de son entreprise pour changer de vie. Il se met donc à critiquer la gestion de sa société, mais cela ne se passe pas forcément comme il le voudrait. D’ailleurs, au lieu de se faire licencier, il obtient une promotion. Il va falloir changer de tactique pour arriver à ses fins …

C’est l’histoire non pas d’un homme qui ne veut plus travailler, mais plutôt celle d’un homme qui ne veut plus aller au travail.

Quelle découverte ! Le Franc-tireur est un téléfilm réalisé par Maurice Failevic (1933-2016), diffusé sur TF1 en janvier 1978 à une heure de grande écoute, accompagné d’un grand succès public et critique. Diplômé de l’IDHEC en 1957, scénariste, militant communiste, Maurice Failevic intègre la RTF en 1962 et se voit très vite confier la réalisation de documentaires, souvent récompensés, puis de fictions pour la télévision et pour le cinéma. Il se constitue une équipe de techniciens à laquelle il restera toujours fidèle. Réalisé en 1977, Le Franc-tireur est un joyau de la télévision française et un des sommets de la carrière de Maurice Failevic. Co-écrit avec l’immense Jean-Claude Carrière, qui signait alors son premier travail pour le petit écran, ce téléfilm n’a vieilli que dans ses décors et sa mode vestimentaire, évidemment emblématiques des années 1970, et reste toujours d’actualité quarante ans après.

Dès la première séquence, le réalisateur installe son décor. Une réunion de travail laisse Jacques (Bernard Le Coq) maussade. Pour se changer les idées, il téléphone à Daniel (Yves Pignot), un cousin de sa femme Nicole (Jenny Arasse) et l’invite à dîner le soir même. Au cours du repas, Jacques expose son projet: ouvrir un centre de loisirs au bord de la mer. Pour ce faire, il n’entrevoit qu’une solution: se faire renvoyer et toucher de fortes indemnités. Malgré ses efforts pour déclarer haut et fort ce qui ne va pas dans sa société, en espérant faire réagir ses supérieurs et se faire congédier, ses propos sont entendus et pris en compte par le grand directeur qui le convoque dans son bureau. Jacques est alors stupéfait d’apprendre qu’il est considéré comme le meilleur élément de son entreprise, tandis que ses collègues lui font part de leur admiration. Jacques se demande dans quoi il s’est embarqué.

Certes, on se demande comment de tels papiers peints et objets de décorations ont pu voir le jour. Mais si l’on fait fi de cette esthétique, même si cela apporte un cachet désuet non dénué de charme, alors Le Franc-tireur pourrait très bien se dérouler de nos jours. Pourtant, à l’époque, peu de films ou téléfilms prenaient comme sujet principal la condition des cadres moyens dans leur environnement professionnel. La mise en scène de Maurice Failevic privilégie de doux travellings, une caméra qui semble glisser et l’usage de zooms afin de plonger les (télé)spectateurs dans une société où l’on s’exprime grâce à des acronymes, des circulaires, des chiffres, un peu à la manière de la Maison qui rend fou dans Les 12 travaux d’Astérix. Des partis pris hérités du travail dans le documentaire de Maurice Failevic.

Le personnage de Jacques Maréchal, interprété par le génial Bernard Le Coq alors âgé de 27 ans, travaille depuis six ans pour cette entreprise et s’ennuie. Donc, quand un ami lui offre l’opportunité de changer de vie, Jacques essaye de mettre au point un stratagème pour se faire renvoyer, sans commettre de faute professionnelle, pour ainsi jouir d’une indemnité conséquente et proportionnelle à ses années de bons et loyaux services. Seulement voilà, en exprimant tout haut ce que la plupart pensent tout bas, tout va ne faire que renforcer sa position au sein de sa société plantée dans une tour du 13ème arrondissement de Paris.

Comme Maurice Failevic le revendiquait lui-même, Le Franc-tireur est une fable, et celle qui nous est contée ici semble aussi universelle qu’intemporelle. Les répliques concoctées avec l’aide de Jean-Claude Carrière sont fabuleuses, rappelant parfois la grande époque de Francis Veber, le rythme est soutenu, le casting composé de trognes récurrentes du cinéma français est formidable. Si Maurice Failevic et Jean-Claude Carrière avaient senti venir le malaise des cadres à la fin des années 1970, Le Franc-tireur, comédie ironique, subversive et sociale, teintée de drame donc et toujours élégante, doit être absolument redécouvert en 2018.

LE DVD

Bienvenue à Inser & Cut/L’Oeil du témoin dans le monde de l’édition DVD ! Pour son premier titre, Roland-Jean Charna, rédacteur en chef du site internet L’Oeil du témoin, consacré à l’actualité du cinéma français des années 1970-80, a choisi cette perle rare qu’est Le Franc-tireur, de Maurice Failevic. Le Slim-Digipack est très attractif avec son visuel coloré, estampillé « Ciné-Club TV N°1 ». Un soin tout particulier a été apporté à la sérigraphie du disque, tout comme à l’ensemble de ce très bel objet. Nous avons hâte de découvrir les prochains titres de l’éditeur. Le menu principal est fixe, avec quelques dialogues du téléfilm en fond sonore.

En guise de présentation, Roland-Jean Charna lui-même propose un retour éclairé et passionnant sur Le Franc-tireur (21’). Le rédacteur en chef de L’Oeil du témoin se souvient déjà de sa découverte du film de Maurice Failevic en 1978. Puis, Le Franc-tireur est brillamment analysé sur le fond comme sur la forme, replacé dans son contexte. La carrière du cinéaste et celle de Jean-Claude Carrière sont également abordées. Quelques coupures de presse de l’époque viennent illustrer ces propos.

Le module suivant, sobrement intitulé Maurice Failevic, le franc-tireur (58), croise les propos du scénariste Jean-Claude Carrière, du journaliste et documentariste Marcel Trillat et du comédien Bernard Le Coq. Ces trois intervenants s’expriment évidemment sur le film qui nous intéresse, mais dressent également le très beau portrait de l’homme et du cinéaste Maurice Failevic. La genèse du Franc-tireur, l’écriture du scénario, la collaboration Failevic-Carrière, la liberté d’expression de l’époque, les thèmes du film, tout est posément abordé pendant près d’une heure. Jean-Claude Carrière se dit beaucoup touché quand on lui reparle du Franc-tireur, pour la simple et bonne raison qu’il considère Maurice Failevac comme l’un des trois plus grands réalisateurs avec lesquels il a travaillé au cours de son impressionnante carrière.

L’Image et le son

Le Franc-tireur est un téléfilm, qui était jusqu’alors inédit en DVD. Le master plein cadre 1.33 (4/3 compatible 16/9) d’origine proposé par l’éditeur s’avère fort honorable, très bien restauré, avec des couleurs qui retrouvent un certain éclat. Le grain est heureusement préservé et très bien géré, la copie est belle et stable.

Le mixage Stéréo Dolby Digital 2.0 instaure un remarquable confort acoustique. Propre, dynamique, cette piste met bien avant les excellents dialogues du film. En revanche, il aurait été souhaitable de proposer les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © INA 1978 / Inser & Cut/ L’Oeil du témoin / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / D’après une histoire vraie, réalisé par Roman Polanski

D’APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE réalisé par Roman Polanski, disponible en DVD et Blu-ray le 6 mars 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez, Camille Chamoux, Dominique Pinon, Josée Dayan…

ScénarioOlivier Assayas, Roman Polanski d’après le roman “D’après une histoire vraie” de Delphine De Vigan

Photographie : Pawel Edelman

Musique : Alexandre Desplat

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère devenu best-seller. Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir livré sa famille en pâture au public. La romancière est en panne, tétanisée à l’idée de devoir se remettre à écrire. Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Elle comprend Delphine mieux que personne. Delphine s’attache à Elle, se confie, s’abandonne. Alors qu’Elle s’installe à demeure chez la romancière, leur amitié prend une tournure inquiétante. Est-elle venue combler un vide ou lui voler sa vie ?

Mais qu’est-il arrivé à Roman Polanski ? Nous ne parlons pas des histoires dans lesquelles il est impliqué, mais bel et bien de son dernier opus, D’après une histoire vraie, adapté du roman éponyme de Delphine de Vigan, Prix Renaudot et du prix Goncourt des lycéens en 2015. Soyons honnêtes, depuis l’incroyable The Ghost Writer en 2010, le cinéaste n’a jamais su retrouver l’étincelle, l’inspiration et sa virtuosité. Carnage (2011) et La Vénus à la fourrure (2013) ont laissé un piètre souvenir et ont plus agacé que réellement convaincu. Mais alors là, nous étions loin de penser que Roman Polanski tomberait aussi bas.

Ce thriller s’apparente à un téléfilm fauché, réalisé pour être diffusé sur France 3 un samedi soir. Si Emmanuelle Seigner parvient à tirer son épingle du jeu, sa partenaire Eva Green porte le film jusqu’aux confins du nanar en livrant sa plus mauvaise interprétation à ce jour. A croire que la langue française ne lui porte pas bonheur. De son côté, Roman Polanski évoque une fois de plus la panne d’inspiration et le processus créatif, dans une variation féminine de The Ghost Writer, mais mâtiné ici de Misery puisque la romancière à succès est confrontée à une admiratrice envahissante.

Une association au scénario de Roman Polanski avec Olivier Assayas pouvait laisser espérer une intrigue solide. C’est dire si le résultat final étonne par son amateurisme, tant sur le fond que sur la forme. Par ailleurs, le réalisateur manque la première apparition du personnage d’Elle, en dévoilant sa véritable nature. S’ensuivent des séquences sans intérêt et surtout très mal jouées par Eva Green que nous étions loin d’imaginer aussi mauvaise il faut bien l’avouer. C’est bien simple, aucune de ses répliques ne tombe juste et son jeu se résume à des froncements de sourcils permanents, une bouche pincée, tandis que la comédienne enchaîne ses dialogues de façon monocorde. Même son éternel sex-appeal semble éteint en raison d’une photographie laide et froide signée Pawel Edelman.

Bien que certaines séquences aient été tournées en extérieur, à Paris notamment, D’après une histoire vraie est étouffant. Non pas dans le sens où le thriller voudrait nous emmener en voulant instaurer un suspense, qui ne fonctionne d’ailleurs jamais, mais en raison de la platitude de la mise en scène qui comme ses personnages reste figée, lourde, en léthargie. Aux pauvres décors s’ajoutent un montage approximatif, qui non seulement ne parvient jamais à instaurer de rythme, mais qui semble aller à vau-l’eau à mesure que le métrage avance péniblement. Dès le début, on reste éberlué par cette succession de plans sans âme. Si l’on est tout d’abord convaincu de se retrouver face à un navet, on ne peut s’empêcher de jubiler (malgré-nous) en voyant jusqu’où la catastrophe peut aller.

S’il y a une chose à sauver, une seule, c’est pourtant la musique d’Alexandre Desplat, qui parvient à donner au film une certaine ironie, comme si le compositeur se rendait compte de l’ineptie qu’il devait illustrer à l’écran. Pourtant, du beau monde défile  avec successivement Vincent Perez (dans le rôle de …François Busnel), Brigitte Roüan, Noémie Lvovsky, Dominique Pinon, Camille Chamoux, comme si ces derniers avaient tout fait pour apparaître au générique d’un Polanski. Ils n’ont malheureusement rien à défendre, si ce n’est combler les nombreux trous d’air du récit.

Présenté hors-compétition au Festival de Cannes en 2017, D’après une histoire vraie aura plus fait parler de lui lors du photocall en raison du baiser échangé entre les deux têtes d’affiche. Les huées et les critiques négatives ont très vite suivi, ainsi que l’énorme échec commercial du film dans les salles quelques mois après, présenté dans une nouvelle mouture amputée de dix minutes. On ne sait pas si Roman Polanski parviendra à faire aboutir son projet sur l’affaire Dreyfus, mais on espère sincèrement que son prochain long métrage fera oublier cet immense faux-pas et thriller psychologique de pacotille. Si vous voulez revoir du bon Roman Polanski, redonnez une chance au Mother! de Darren Aronofsky, bien plus polanskien que cette soupe indigeste et gênante.

LE DVD

Pour sa sortie dans les bacs, l’éditeur a changé le visuel de l’affiche originale du film de Roman Polanski, en se focalisant cette fois sur les deux comédiennes principales. Mais tout cela est un peu triste. Comme le menu principal, fixe et musical.

Aucun supplément sur le DVD.

L’Image et le son

Roman Polanski et son chef opérateur Pawel Edelman (Le Pianiste, The Ghost Writer, Ray) ont opté pour des prises de vue réalisées grâce à la caméra numérique Arri Alexa XT. Si nous n’avons pas pu avoir le Blu-ray entre les mains, le master SD se révèle impeccable et révèle une gestion solide des contrastes. Certes, quelques sensibles fourmillements s’invitent sur les scènes sombres ou tamisées et le piqué manque parfois de mordant, mais la réussite technique est au rendez-vous, la colorimétrie est froide et les détails appréciables sur le cadre large.

Le seul élément que l’on retient de D’après une histoire vraie, c’est la belle musique d’Alexandre Desplat. Autant dire que nous ne sommes pas déçus par le mixage Dolby Digital 5.1 qui crée une remarquable spatialisation, d’autant plus que la musique est quasiment omniprésente. Les dialogues ne sont jamais noyés par les ambiances et les effets annexes, la balance frontale est riche et les latérales ne sont pas en reste. L’éditeur joint également une piste Stéréo très dynamique, une version Audiodescription, ainsi que des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Carole Bethuel / Studiocanal / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Daddy Cool, réalisé par Maxime Govare

DADDY COOL réalisé par Maxime Govare, disponible en DVD chez Universal Pictures France le 6 mars 2018

Avec :  Vincent Elbaz, Laurence Arné, Grégory Fitoussi, Jean-François Cayrey, Bernard Le Coq, Juliette Pivolot, Abel Mansouri Asselain, Maxence Chanfong‐Dubois, Sarah Le Huu Nho, Albert Bordes‐Guet, Bartholomé Bordes-Guet, Andy Rowski, Vanessa Demouy, Axelle Laffont, Michel Leeb…

Scénario : Maxime Govare, Noémie Saglio

Photographie : Gilles Henry

Musique : Mathieu Lamboley

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Adrien, 40 ans et totalement immature, se fait larguer par Maude, 35 ans, désireuse d’enfin fonder une famille. Pour tenter de reconquérir l’amour de sa vie, Adrien décide de monter dans le futur ex-appartement conjugal : une crèche à domicile… Le début, d’une improbable expérience éducative…

Il y a dix ans, le cinéma français, ou plutôt la comédie française se focalisait sur les personnages de jeunes trentenaires immatures, qui peinaient à entrer dans l’âge adulte. Les films se bousculaient alors dans les salles avec des titres aussi évocateurs que L’Âge d’homme, maintenant ou jamais, Tel père, telle fille, Notre univers impitoyable, Ma vie en l’air, Dépression et des potes, Situation amoureuse : C’est compliqué, La Stratégie de la poussette, J’me sens pas belle, sans compter les films avec Alexandra Lamy, Clovis Cornillac, Julien Boisselier et bien d’autres. Parmi ces films se trouvent un élément récurrent, le comédien Vincent Elbaz. Révélé en 1994 par Cédric Klapisch dans Le Péril jeune, l’acteur a alors 26 ans quand il enchaîne deux hits en 1997, Les Randonneurs de Philippe Harrel et La Vérité si je mens ! de Thomas Gilou. Depuis, Vincent Elbaz a très peu côtoyé les sommets du box-office, mais n’a jamais chômé, apparaissant dans des œuvres variées chez Michel Spinoza, Gabriel Aghion, Michel Deville, Michel Blanc, Rémi Bezançon, Ariel Zeitoun. S’il a évidemment pris de la bouteille comme tout le monde, l’acteur âgé de 47 ans parvient à conserver cette énergie juvénile qui le caractérise. Il était donc le choix idéal pour interpréter le rôle principal de Daddy Cool, nouvelle comédie de Maxime Govare après le remarqué Toute première fois, Grand Prix du Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, qu’il avait cosigné et coréalisé avec Noémie Saglio en 2015.

Pour Daddy Cool, les deux signent une fois de plus le scénario, mais Maxime Govare est cette fois seul derrière la caméra. Petite réussite très sympathique, Daddy Cool peut compter sur une écriture soignée, des répliques qui fusent et qui font mouche, des situations amusantes bien exploitées et de formidables acteurs branchés sur cent mille volts.

Contrairement à son rôle dans l’excellent Ma vie en l’air de Rémi Bezançon, Vincent Elbaz devient ici celui qui squatte l’appartement, le type qui n’a pas vu passer les années et qui se retrouve à l’âge de 40 ans confronté à sa femme, Maude, qui demande le divorce. Ensemble depuis dix ans, la jeune femme de 35 ans, dessinatrice à succès, arrive à un carrefour de sa vie et pense fonder une famille. Mais comme elle le dit, « on ne fait pas un enfant avec un enfant ». Alors que la passion s’émousse, Adrien rentre une nuit bien éméché. Il réveille Maude à 4h du matin dans une situation embarrassante. C’est la goutte d’eau (ou d’autre chose plutôt) qui fait déborder le vase et Maude décide de quitter Adrien. Seulement voilà, ce dernier perd son magasin de disques qui périclitait et se retrouve sans argent. Les mois passent. Alors que Maude refait sa vie avec Renaud (Grégory Fitoussi, très bien), Adrien vit toujours sous son toit en dormant sur le canapé. Sur le point d’être viré, il parvient à trouver la solution pour rester chez son ex-compagne et dans l’espoir de la reconquérir, en ressortant du placard un diplôme de puériculture qui date d’avant leur rencontre. Il lui annonce alors qu’il ouvre une crèche à domicile. Mais Adrien ne connaît rien aux enfants et pour ainsi dire ne connaît rien à la vie. Il n’est jamais trop tard.

Vincent Elbaz a peu à faire pour rendre attachant et touchant son personnage de loser et éternel adolescent irresponsable à la dégaine dégingandée et aux yeux de cocker triste. Face à lui, la géniale Laurence Arné (L’amour c’est mieux à deux, Radin !) lui tient la dragée haute et démontre une fois de plus à quel point la comédie lui sied à ravir, sans jamais perdre son sex-appeal même en jurant comme un charretier. Daddy Cool est un divertissement très plaisant, drôle, au rythme soutenu, à la bande-son pêchue, qui se permet d’avoir recours à des gags gentiment trash et qui se clôt pourtant sur un plan-séquence très élégant.

LE DVD

Le test du DVD de Daddy Cool, disponible chez Universal Pictures France, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur l’entêtant Big Brown Eyes de Benny Sings.

L’interactivité se compose tout d’abord d’un bêtisier amusant de 13 minutes, dans lequel quelques fous rires se révèlent particulièrement contagieux.

S’ensuivent 13 minutes de scènes coupées et une fin alternative. Nous retiendrons notamment la séquence où Adrien essaye de dissuader un couple de jeunes femmes d’acheter l’appartement, après une visite organisée par Maude. Mention spéciale à la scène où Adrien donne des surnoms aux enfants dont il a la garde, Marine (“parce-qu’elle n’aime pas son père”) et Justin Bieber (“parce-qu’il fait que de la mer**”).

Cette section se clôt sur une galerie de dessins réalisés par l’illustratrice Audrey Bussi, dont on peut apprécier le travail tout le long du film, et sur un module durant lequel le réalisateur prépare son plan-séquence final (2’).

L’Image et le son

Pas de Blu-ray pour Daddy Cool. Cette édition SD ne manque pas d’éclat avec une définition plus que convenable mais nous attendions une colorimétrie et des contrastes plus affirmés. Les quelques séquences en extérieur sont les mieux loties avec un relief indéniable et une luminosité pimpante. Si ce transfert est parfois un peu trop doux et sobre, les noirs sont solides et les détails délicats.

La piste Dolby Digital 5.1 offre une belle spatialisation ponctuelle de l’excellente bande-son (caisson de basses compris), notamment les tubes Daddy Cool de Boney M., Big Brown Eyes de Benny Sings et le Are You Gonna Be My Girl de Jet qui restent en tête bien après la projection. Outre la spatialisation musicale, certaines ambiances naturelles parviennent à percer sur les quelques séquences en extérieur mais finalement, l’ensemble demeure axé sur les frontales, dynamiques et fluides, tandis que la centrale exsude les dialogues avec efficacité. Egalement disponible, la Stéréo se montre très dynamique et, s’agissant d’une comédie, largement suffisante et claire. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Jean Claude Lother – Universal Pictures International France / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Frightmare, réalisé par Pete Walker

FRIGHTMARE réalisé par Pete Walker, disponible en DVD chez Uncut Movies le 3 avril 2017

Avec :  Sheila Keith, Rupert Davies, Deborah Fairfax, Kim Butcher, Paul Greenwood, Fiona Curzon…

Scénario : Pete Walker, David McGillivray

Photographie : Peter Jessop

Musique : Stanley Myers

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Quinze ans après avoir été emprisonné pour avoir commis les crimes les plus horribles et les plus violents, Dorothy et Edmund Yates sont libérés dans la collectivité. Mais malgré les efforts déployés d’Edmund, Dorothy retrouve ses tendances cannibales et elle est bientôt encore rendue à commettre des meurtres horribles. Pendant ce temps, leur fille et belle-fille Debbie et Jackie commencent à être tirées dans leur étrange spirale de violence, et l’une d’elles pourrait même avoir hérité du goût de la chair humaine de Dorothy…

La même année que FlagellationsHouse of Whipcord, le réalisateur Pete Walker et le scénariste David McGillivray remettent le couvert avec ce qui reste aujourd’hui leur collaboration la plus célèbre, Frightmare. Né en 1939, Pete Walker débute par des courts-métrages dénudés (Soho Striptease, The Girl That Boys Dream About, Please Do Not Touch) qu’il produit lui-même et revend sous le manteau, avant de passer au long-métrage en 1968 avec The Big Switch. Suivront alors des œuvres aux titres explicites L’Ecole du sexe, Der Porno-Graf von Schweden, Four Dimensions of Greta en relief !. Puis, il change de registre en abordant l’épouvante avec Meurs en hurlant, Marianne et Le Rideau de la mort. Si pour les aficionados, les cinéphiles et les amateurs de films de genre, Flagellations reste leur film de prédilection, Frightmare est unanimement salué comme étant son œuvre la plus ambitieuse et la plus réussie, à tel point que certains en viennent à préférer ce film au Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, sorti la même année et avec lequel il partage quelques points communs.

Dorothy Yates vit avec son mari Edmund dans une petite ferme isolée à l’abri des regards indiscrets. La vieille femme dissimule en réalité un terrible passé puisqu’elle fut internée pendant de nombreuses années aux côtés de son époux pour avoir commis une série de meurtres brutaux sur fond de cannibalisme. Aujourd’hui libérée et réintégrée dans la société Dorothy mène une vie tranquille sous l’œil bienveillant de son mari hier complice par amour des crimes de son épouse. En réalité la vieille femme n’a rien perdu de sa démence et va de nouveau céder à l’appel de la chair humaine dont elle se révèle après toutes ces années de psychanalyse toujours aussi friande ! Dorothy attire ainsi secrètement chez elle ses victimes pour leur tirer les cartes avant de les massacrer avec sauvagerie et de se repaitre de leur cervelle encore tiède. Seule Jackie, la fille d’Edmund, semble prendre conscience de la nouvelle dérive meurtrière de sa belle-mère. Parviendra-t-elle à mettre un terme à ce carnage qui ensanglante de nouveau la campagne anglaise ?

Avec Flagellations (1974), Frightmare (1974) et Mortelles confessions (1976), le cinéaste Pete Walker mérite largement d’être réévalué, reconnu et réhabilité. Sur un sujet scabreux et à ne pas mettre devant tous les yeux, le réalisateur britannique fait preuve d’une incroyable virtuosité et instaure progressivement une peur, une angoisse sourde avec pourtant une économie d’effets frontaux. Particulièrement dérangeant, Frightmare happe d’emblée le spectateur avec un prologue en N&B, qui se déroule en 1957 dans le décor d’une fête foraine désertée. S’ensuit le meurtre hors-champ d’un homme, puis le procès d’un couple reconnu comme étant les assassins. En entendant la sentence, cet homme et cette femme, dont nous ne voyons pas les visages, se prennent la main. Retour à la couleur, place au sang, quinze ans plus tard. Pete Walker aborde le cannibalisme dans une famille dégénérée, où le goût du sang et des viscères se transmet génétiquement.

La photographie de Peter Jessop appuie la crasse environnante, désormais théâtre des histoires de monstres à visages humains. Si le casting est comme d’habitude soigné, la comédienne Sheila Keith tire une fois de plus son épingle du jeu dans le rôle de Dorothy Yates, celle par qui le mal arrive dans la famille. Comme dans Flagellations et avant Mortelles confessions, l’actrice se délecte d’un rôle difficile qui lui permet de créer un personnage repoussant, tout en lui insufflant une évidente humanité. Pete Walker joue avec l’empathie du spectateur puisqu’il démontre une fois de plus que les institutions sont incapables de prendre en charge et de soigner un tel cas pathologique et schizophrénique. Quelques années après avoir été enfermée avec son époux Edmund, complice de ses meurtres, Dorothy Yates ressort d’un institut psychiatrique après avoir été jugée apte à être réinsérée dans la société. Seulement voilà, sitôt remise en liberté, Dorothy replonge immédiatement, avec le soutien de son époux, amoureux transi, et de sa belle-fille Debbie (excellente Deborah Fairfax) qui essaye de déjouer l’appétit déviant de sa belle-mère. Mais c’était sans compter le mal qui s’est transmis à la fille de Dorothy et d’Edmund.

Véritable film d’horreur moderne et thriller psychologique produit en totale indépendance, Frightmare n’a rien à envier à Texas Chain Saw Massacre avec son ambiance oppressante. Son final très sombre n’a pas fini de triturer les méninges.

LE DVD

Uncut Movies frappe fort avec cette édition DVD Collector limitée et numérotée à 1000 exemplaires de Frightmare ! Le disque repose dans un sublime Digipack constitué d’un livret de 28 pages merveilleusement illustré, avec en introduction un mot de l’éditeur et la présentation du label Uncut Movies, puis un petit focus sur les maîtres de l’horreur britannique et une analyse de quelques-uns des films les plus célèbres de Pete Walker. Sans oublier un petit poster collector du film tiré de son exploitation italienne. Le menu principal est animé et musical. Un très bel objet de collection.

Cette édition de Frightmare s’accompagne d’une galerie de photos, du trailer original du film, de bandes-annonces Uncut Movies et surtout d’une large présentation de l’oeuvre de Pete Walker qui nous intéresse ici, par l’expert, monsieur David Didelot. 1H17 en compagnie de ce dernier, cela ne se refuse pas. Le co-fondateur du fanzine Vidéotopsie revient armé jusqu’aux dents de VHS, d’ouvrages et de DVD pour illustrer ses propos toujours aussi passionnants et qui donnent furieusement envie de se jeter sur tous les titres Bis évoqués. Pas un seul moment de répit pour David Didelot qui dresse un fabuleux portrait du réalisateur Pete Walker. Ses débuts au cinéma, ses films, ses partis pris, ses intentions, sa rencontre déterminante avec le scénariste David McGillivray, mais également son ambiguïté sont passés au crible. Ne tarissant pas d’éloges sur ce réalisateur indépendant qu’il affectionne tout particulièrement, David Didelot déclare que Pete Walker mériterait d’être reconsidéré à sa juste valeur. Au bout de 50 minutes, Frightmare est analysé – dans le fond comme dans la forme – par notre spécialiste du Bis, évoquant également le casting, l’accueil critique, la sortie du film et les divers titres d’exploitation.

L’Image et le son

Ce DVD permet de (re)découvrir le film de Pete Walker dans de très bonnes conditions techniques. Souvent nette et précise, la copie est bien restaurée avec des contrastes appréciables, une image propre, le grain argentique préservé, un piqué élégant et des détails qui étonnent souvent par leur précision, en particulier les gros plans. Le prologue en N&B est plus altéré avec des points, poussières et autres scories visibles. Cela s’améliore dès le passage à la couleur. La photo hivernale, grisâtre, sombre du chef opérateur Peter Jessop (Schizo, Mortelles confessions) est élégamment restituée avec ses teintes fanées. N’oublions pas la stabilité d’ensemble.

Point de version française ici. Le mixage anglais aux sous-titres français (non imposés) instaure une écoute propre avec parfois quelques sensibles chuintements dans les aigus, mais rien de bien méchant.

Crédits images : © Uncut Movies / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr