Test Blu-ray / Le Petit locataire, réalisé par Nadège Loiseau

LE PETIT LOCATAIRE réalisé par Nadège Loiseau, disponible en DVD et Blu-ray le 21 mars 2017 chez Diaphana

Acteurs : Karin Viard, Philippe Rebbot, Hélène Vincent, Manon Kneusé, Antoine Bertrand, Stella Fenouillet

Scénario : Nadège Loiseau, Fanny Burdino, Mazarine Pingeot, Julien Guetta

Photographie : Julien Roux

Musique : Guillaume Loiseau

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Le test de grossesse est formel : Nicole, 49 ans, est enceinte. Sa fille, qui a eu un enfant jeune, n’en revient pas. Sa mère, bien que charmante, n’est pas forcément d’un très grand soutien. Dépitée, Nicole finit par accepter la situation. Sauf qu’elle n’est pas vraiment aidée par Jean-Pierre, son mari qui cherche mollement du travail depuis deux ans. Il faut que cela change pour que le nouveau-né soit accueilli dans de bonnes conditions. Nicole voit l’arrivée du bébé comme un signe, celui d’un nouveau départ pour toute la famille…

Voilà un premier long métrage très prometteur ! En 2013, la réalisatrice Nadège Loiseau met en scène Le Locataire, court-métrage avec Fabienne Babe et Alice David, qui raconte l’histoire d’une femme, mariée et mère de famille, qui tombe enceinte à l’âge de 54 ans. Le Petit locataire est l’adaptation en « grand format » de ce court-métrage. Ce projet s’inspire de la propre grossesse de Nadège Loiseau, qui explique « J’avais du mal à concevoir mon état de femme enceinte. J’ai établi le contact avec mon bébé en l’appelant mon locataire parce que je sentais bien, passé les premiers mois, qu’il y avait une vie déjà très autonome à l’intérieur de moi, qui ne respectait pas mes horaires, qui gigotait n’importe quand, qui essayait de pousser les murs… Bref, je me suis sentie habitée dans le sens premier du terme. Et je me suis dit que je n’étais forcément pas la seule à avoir ressenti ça ». Au-delà du thème de la maternité, Nadège Loiseau signe surtout un portrait de famille formidablement interprété.

Karin Viard est parfaite dans le rôle de Nicole, mariée depuis toujours à Jean-Pierre (le toujours génial Philippe Rebbot), mère de Vincent (Raphaël Ferret), cuistot engagé dans la marine et d’Arielle, incarnée par Manon Kneusé, grande révélation du film et qu’on a hâte de revoir sur le grand écran. Nicole travaille dans un péage d’autoroute, tandis que Jean-Pierre, ancien espoir gymnaste, est au chômage depuis deux ans et passe son temps à entraîner la jeune équipe sportive de sa ville. Alors que Vincent travaille dans un sous-marin, Arielle, 27 ans et éternelle adolescente vit encore chez ses parents et survit financièrement grâce à un petit boulot dans une usine. Tout irait (presque) pour le mieux, si ce n’est qu’Arielle est aussi mère d’une petite fille de six ans, Zoé (Stella Fenouillet), dont Jean-Pierre et Nicole doivent toujours s’occuper quand Arielle sort avec ses copines. Ajoutez à cela la présence de la mère de Nicole, Maimillette (formidable Hélène Vincent, vieillie pour le film), dont les absences s’accentuent, mais qui refait surface de temps en temps avec des propos bien sentis sur chacun et la situation dans laquelle ils se trouvent. La grossesse inattendue de Nicole, pilier de cette famille, va être l’occasion pour chacun de faire le point sur sa propre vie alors que ces quatre générations semblent être sur le point d’imploser.

Le Petit locataire est un premier long métrage généreux, drôle, dynamique, qui se penche avec délicatesse et une vraie sensibilité sur les thèmes de la transmission et de la maternité. Comment l’individu peut-il s’imposer dans un groupe et plus particulièrement dans une famille ? Qu’est-ce que devenir parent ? Nadège Loiseau réussit son pari de faire réfléchir tout en livrant une comédie sociale très divertissante, bien réalisée, chaleureuse, parfois émouvante et toujours pleine de charme avec des couleurs acidulées et une musique électro également très réussie composée par Guillaume Loiseau qui reste longtemps en tête. Pour son scénario, la réalisatrice a fait appel à Fanny Burdino et Mazarine Pingeot, qui avaient également signé celui de l’excellent dernier film de Joachim Lafosse, L’Economie du couple, dont nous retrouvons ici la qualité d’écriture. Ajoutez à cela le soutien de personnages secondaires bien campés par le québécois Antoine Bertrand (vu dans Starbuck) et Côme Levin (Radiostars, Patients), des répliques bien senties et sans aucune méchanceté, un petit clin d’oeil à la recette du Cake d’amour de Peau d’âne et un univers qui fait parfois penser à La Smala, classique de Jean-Loup Hubert et vous obtenez une très agréable surprise qui méritait bien plus que ses 193.000 entrées au cinéma. La famille Payan mérite largement de trouver son public grâce aux prochaines diffusions du film à la télévision et à sa sortie dans les bacs.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Petit locataire, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur l’excellente composition de Guillaume Loiseau.

L’entretien avec la charmante réalisatrice Nadège Loiseau (14), a été réalisé à Paris en janvier 2017. Cette interview permet d’en savoir un peu plus sur la genèse du Petit locataire, les éléments personnels qui ont nourri le scénario, les thèmes abordés, le casting, le choix des couleurs et les petites références à Jacques Demy.

Ne manquez pas le petit quart d’heure de scènes coupées au montage, qui s’avèrent très réussies et qui permettent entre autres d’en savoir un peu plus sur le personnage de Vincent (Raphaël Ferret).

Nous en parlons dans la critique du film, Le Petit locataire est en réalité la version étendue du court-métrage du Locataire, court-métrage réalisé par Nadège Loiseau en 2013, avec Fabienne Babe, Alice David et Stéphan Wojtowicz. La plupart des scènes de ce film très réussi et excellemment interprété, ont été entièrement reproduites pour le long-métrage.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et les credits.

L’Image et le son

Ce transfert HD (1080p, AVC) s’avère soigné. Les partis pris de la photo signée Julien Roux (Tristesse club, Five) sont très bien retranscrits avec une prédominance de couleurs vives et pétillantes (les teintes bleue, jaune, rose foisonnent), les contrastes sont au beau fixe et le piqué agréable. Ce master s’avère un bel objet, le relief est omniprésent, les détails omniprésents sur le cadre large, les séquences en extérieur sont magnifiques et étincelantes.

La musique est admirablement délivrée et spatialisée par le mixage DTS-HD Master Audio 5.1. Les dialogues s’imposent sans mal sur la centrale, toujours clairs et distincts. Quelques ambiances naturelles parviennent à percer sur les latérales, la balance gauche-droite est dynamique, avec parfois un petit soutien du caisson de basses. La version Stéréo est également à l’avenant avec une minutieuse homogénéité des voix, de la composition et des bruitages annexes. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Les films du Worso / SRAB Films/ Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / La Folle Histoire de Max et Léon, réalisé par Jonathan Barré

LA FOLLE HISTOIRE DE MAX ET LEON réalisé par Jonathan Barré, disponible en DVD et Blu-ray le 7 mars 2017 chez Studiocanal

Acteurs : David Marsais, Grégoire Ludig, Alice Vial, Saskia de Melo Dillais, Dominique Pinon, Bernard Farcy, Kyan Khojandi

Scénario : David Marsais, Grégoire Ludig, Jonathan Barré

Photographie : Sascha Wernik

Musique : Charles Ludig

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Septembre 1939, la guerre vient d’être déclarée. Max et Léon, deux amis inséparables qui ne font pas grand-chose de leur vie à part la fête, veulent à tout prix fuir le conflit. Malgré leurs efforts, ils ne parviennent pas à se faire réformer. Ils sont incorporés dans l’armée de terre dont ils essaient de s’échapper à maintes reprises. Mais ils échouent à chaque fois à cause de leur maladresse. Ils sont envoyés en Syrie pour une mission. Contre toute attente, ils la mènent à bien. Ils reviennent en France où ils sont chargés de mener des opérations d’espionnage et de passer les lignes allemandes…

Ils n’ont cessé de gravir les échelons ! Connus sous le nom du Palmashow, le duo d’humoristes composé de Grégoire Ludig et de David Marsais ont vu leurs fans se multiplier depuis leurs débuts fin 2010 sur Direct 8 dans La Folle Histoire du Palmashow, puis grâce à l’émission Very Bad Blagues, suivie du programme intitulé Palmashow l’émission (sur la chaîne devenue D8), avant de se voir confier leur premier prime en 2014 avec La Folle Soirée du Palmashow, qui sera renouvelée les deux années suivantes. Nouveaux maîtres de l’humour et de la parodie, leurs vidéos comptant des millions de vues sur YouTube et Dailymotion, Grégoire Ludig et David Marsais sont devenus les dignes successeurs des Inconnus et des Nuls et écrasent la concurrence avec leurs sketchs dévastateurs et leur sens de la caricature. Ce succès jamais démenti depuis leurs débuts devait les conduire tout naturellement au cinéma.

Après des apparitions dans Les Gazelles de Mona Achache, Les Francis de Fabrice Begotti et Babysitting de Philippe Lacheau, le Palmashow s’est donc lancé dans leur propre film, avec la collaboration de Jonathan Barré, l’homme de l’ombre, complice de tous leurs sketchs et troisième membre du Palmashow. La Folle histoire de Max et Léon est une synthèse de ce qui a fait leur renommée, mais aussi un véritable hommage à leurs sources d’inspiration et ce qui leur a donné envie de faire ce métier. Il n’est donc pas étonnant de trouver des références aux films de Claude Zidi, Gérard Oury, Robert Lamoureux, Jean Girault, Pierre Richard, Francis Veber, Jean-Marie Poiré, sans oublier les ZAZ mais aussi La Cité de la peur, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Les Trois frères, Dumb & Dumber, Indiana Jones et la Dernière Croisade, tout ce qui a pu bercer l’enfance de gamins nés dans les années 1980, qui a forgé leur humour, grâce aux multiples rediffusions à la télévision de La 7ème compagnie, Papy fait de la Résistance, Les Bidasses s’en vont en guerre. La Folle histoire de Max et Léon est drôle, souvent même, mais le film est également très bien mis en scène, le rythme soutenu, la photo soignée et les seconds rôles ne sont pas uniquement là pour mettre en valeur le duo vedette. Aux côtés de Grégoire Ludig et de David Marsais, Bernard Farcy, Dominique Pinon, la délicieuse Alice Vial, Julien Pestel, Nicolas Marié, Nicolas Maury, sans compter les caméos de Christophe Lambert (également producteur exécutif), Bruno Wolkowitch, Kyan Khojandi, Jonathan Cohen, Kad Merad, Florence Foresti, Baptiste Lecaplain, Philippe Duquesne, Simon Astier, Alban Lenoir et bien d’autres encore composent cette Grande Vadrouille version 2016.

Les humoristes n’ont pas peur de la blague molle puisqu’un gag percutant suivra très vite derrière. Généreux, débordant d’idées, trop diront certains, le film enchaîne les blagues, les calembours, les parodies avec une envie de faire plaisir aux spectateurs, sans jamais tomber dans la facilité. A ce titre, la reconstitution fait son petit effet avec des décors et des costumes très réussis, un montage fluide, un cadre large léché, ce qui permet de mieux s’attacher et de suivre le parcours de ces deux troufions qui vont tout faire pour éviter d’être enrôlés lorsque la guerre est déclarée. S’ensuit un festival de déguisements, de poursuites, de répliques ciselées et potaches, un numéro de comédie-musicale, d’explosions et de fusillades. Ou l’importance de rire de tout, surtout que le film se permet d’être encore plus drôle à mesure que l’histoire avance tout en égratignant ce qui fait de nous des “français”.

Le Palmashow assume donc totalement leur culte aux comédies « franchouillardes », ils ont bien raison et on les félicite pour cela, d’autant plus que La Folle histoire de Max et Léon est une belle réussite, qui ravira leurs fans mais pas que, et on espère qu’ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin. Vu le succès du film au cinéma, qui a attiré plus de 1,2 million de spectateurs, le contraire serait étonnant.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Folle histoire de Max et Léon repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette reprend le superbe visuel de l’affiche du film. Même chose pour la sérigraphie du disque. Petit cadeau glissé dans le boîtier, une carte-postale vintage. Le menu principal est animé et musical.

On ouvre les hostilités avec un commentaire audio très sympa et délirant de David Marsais et Grégoire Ludig, accompagnés du réalisateur Jonathan Barré. Sans aucun temps mort, passant du coq à l’âne pour notre plus grand plaisir, les trois compères donnent suffisamment d’informations sur le film et son tournage, ainsi que leurs impressions sur leur premier film. Ils révèlent également les apparitions de membres de leurs familles ou de leurs potes, tout en parlant des films qui les ont inspirés.

En plus d’un bêtisier contagieux (5’) et d’un petit module avant/après l’ajout des effets numériques (2’), le making of (35’) s’avère très complet. Les interviews de l’équipe sont croisées avec des images volées sur le plateau, on y voit le duo vedette découvrir la magie du cinéma comme des gamins, visiblement très heureux de voir un rêve se concrétiser. Les décors (on y aperçoit un avis de recherche de Gaspard et Balthazar placardé sur un mur, clin d’oeil aux fans), les costumes, la musique, la photo, les conditions de tournage, les maquillages, le dressage d’une mouette, tout est abordé à travers des instantanés capturés sur le moment. C’est efficace et ça remplit aisément son contrat.

L’Image et le son

Les contrastes sont riches, la luminosité est omniprésente, les scènes sombres sont logées à la même enseigne et le relief est probant. Les visages sont détaillés à souhait, tout comme les décors, la colorimétrie est vive et chatoyante, ambrée, le piqué joliment aiguisé (surtout sur les scènes en extérieur), les détails foisonnent aux quatre coins du cadre, le relief est indéniable et la photo élégante du chef opérateur Sascha Wernik (Je vais bien, ne t’en fais pas) trouve en Blu-ray un écrin idéal pour revoir l’une des meilleures comédies de 2016.

La Folle histoire de Max et Léon ne repose pas seulement sur les dialogues et à ce titre, la piste DTS-HD Master Audio 5.1 distille les voix des comédiens avec un beau ramdam, tandis que les latérales ont fort à faire avec la musique très présente et fracassante de Charles Ludig. Une spatialisation superbe et immersive avec un caisson de basses qui distille ses effets avec une belle efficacité et des ambiances solides sur les frontales, à l’instar de la séquence finale dans la Kommandantur. Une version Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Studiocanal/ Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / Les Portes de la nuit, réalisé par Marcel Carné

LES PORTES DE LA NUIT réalisé par Marcel Carné, disponible en combo Blu-ray-DVD le 29 mars 2017 chez Pathé

Acteurs : Pierre Brasseur, Serge Reggiani, Yves Montand, Nathalie Nattier, Saturnin Fabre, Raymond Bussières, Jean Vilar, Sylvia Bataille

Scénario : Jacques Prévert

Photographie : Philippe Agostini

Musique : Joseph Kosma

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1946

LE FILM

A Paris, dans le quartier de Barbès-Rochechouart, au cours de l’hiver 1945, Diego, un ancien résistant, retrouve fortuitement Raymond Lécuyer, un de ses camarades de combat, qu’il croyait mort après une dénonciation. Alors qu’ils fêtent leurs retrouvailles autour d’une table, un clochard, surnommé «le Destin», prédit à Diego qu’il va rencontrer la plus belle femme du monde. La prédiction se réalise lorsque, sur un chantier de démolition qui appartient à son père, la belle Malou, en manteau de fourrure, croise le regard de Diego. Un amour passionné les lie bientôt. Mais Diego reconnaît en Guy, le frère de Malou, l’homme qui a dénoncé Raymond…

Paris, février 1945, vers la fin d’une journée d’hiver, le dur et triste hiver qui suivit le merveilleux été de la libération de Paris.La guerre n’est pas encore finie, mais au nord de la ville, la vie coutumière reprend son cours avec ses joies simples, ses grosses difficultés, ses grandes misères, et ses terribles secrets…

Longtemps considéré comme LE film maudit de Marcel Carné, Les Portes de la nuit n’est peut-être pas un chef d’oeuvre, mais n’en demeure pas moins une immense réussite. Cette dernière collaboration Carné – Prévert, d’après l’argument de son ballet Le Rendez-vous, se déroule durant une nuit de février 1945 à Paris, Jean Diego (Yves Montand) se rend chez la femme de son copain, Raymond Lécuyer (Raymond Bussières), pour lui annoncer la mort de son mari devant le peloton d’exécution des occupants nazis. Or, Raymond est bel et bien vivant. Un clochard, qui se présente comme étant le Destin (Jean Vilar), fil rouge de l’histoire, annonce à Jean qu’il va rencontrer, dans les heures à venir, “la plus belle fille au monde”.

Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir une mort heureuse...”

Malgré une ambiance sinistre et froide, qui reflète l’état d’un pays après des années de conflit, Les Portes de la nuit montre des personnages qui ont su rester optimistes, sauvés grâce à l’amour. Ce film choral avant l’heure, se focalise non pas sur un couple en particulier, mais sur un groupe de personnages qui se croisent et s’entrecroisent autour du destin personnifié, qui rôde autour d’eux, qui les met en garde, qui les encourage, qui les observe. Les Portes de la nuit, c’est aussi le portrait d’un quartier de Paris, le XIXe arrondissement. Le film s’ouvre sur un incroyable travelling montrant le métro aérien de la ligne 2 et la Place Stalingrad, la Rotonde et le Bassin de la Villette jusqu’à l’amorce de l’avenue Jean Jaurès. Les décors exceptionnels d’Alexandre Trauner prennent le relais puisque la station Barbès-Rochechouart a été intégralement reconstituée en studio, quasiment à l’échelle.

Alors que le film avait été pensé pour Jean Gabin et sa compagne Marlene Dietrich, Carné a vu ses deux comédiens se désister juste avant les prises de vue. Pris de panique, le cinéaste a jeté son dévolu sur Yves Montand, âgé de 25 ans, dont la carrière de chanteur venait de décoller. Il fait ici ses débuts, peu convaincants certes, au cinéma. Même chose pour sa partenaire Nathalie Nattier, dont la carrière restera cependant confidentielle. Face à ces jeunes premiers, Carné s’entoure de merveilleux acteurs « secondaires », qui font la grande réussite du film, Raymond Bussières et Jean Vilar donc, mais aussi Pierre Brasseur, Serge Reggiani, Saturnin Fabre, l’indispensable Julien Carette. Ces protagonistes reflètent le Paris d’époque, le français victime de l’Occupation, certains ayant trouvé la combine de mieux subsister que d’autres en mettant toute morale de côté. C’est le cas de monsieur Sénéchal, dont les affaires n’ont cessé de fleurir même en temps de guerre. Son fils, petite frappe sans envergure (Reggiani) a su prendre le train en marche pour essayer de s’imposer dans le quartier, jusqu’au jour où sa route croise celle du Destin.

Beau, tragique, forcément poétique, porté par l’envoûtante et mélancolique musique de Joseph Kosma et de la ritournelle des Feuilles mortes composée spécialement pour ce film, ce huitième long métrage de Marcel Carné ne peut laisser indifférent, même si le rythme paraît aujourd’hui poussif. Froidement accueilli par la critique – à tel point que Prévert songe à quitter le monde du cinéma – et malgré un public mitigé, Les Portes de la nuit, qui évoquent également celles de la Libération qui commençaient à s’entrouvrir, n’est pourtant pas un échec commercial, même si considéré comme tel.

Après avoir été démoli une nouvelle fois par Truffaut et sa clique, il faudra attendre les années 1970 pour que ce film maudit et tombé dans un relatif oubli, y compris au cours des rétrospectives consacrées à Marcel Carné, soit enfin reconsidéré.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray des Portes de la nuit a été réalisé à partir d’un check-disc. Le Blu-ray et le DVD reposent dans un Digipack dans la collection Version restaurée par Pathé, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est très élégant, animé et musical.

Comme petit-four, l’éditeur et Jérôme Wybon nous proposent un petit entretien avec le réalisateur Jean-Pierre Jeunet (5’). Grand admirateur de Marcel Carné, il indique que Les Portes de la nuit arrive probablement en troisième position derrière Quai des brumes et Le Jour se lève, dans son top Carné personnel. Entouré d’objets de collection liés au cinéma de Marcel Carné, Jean-Pierre Jeunet indique ensuite comment ces films ont influencé les siens, notamment Delicatessen.

Après cette déclaration d’amour de Jeunet pour Carné, ne manquez pas le documentaire rétrospectif réalisé une fois de plus par Jérôme Wybon, intitulé Le Destin des Portes de la nuit (31’). Ce module croise les propos de Philippe Morisson (créateur du site Marcel Carné) et N.T. Binh (critique et enseignant du cinéma). Tout d’abord, les deux intervenants replacent Les Portes de la nuit dans l’oeuvre de Marcel Carné, la genèse du film, les personnages, mais aussi et surtout sur le casting puisque l’oeuvre devait être portée par Jean Gabin et Marlene Dietrich. Suite au désistement de la comédienne juste avant le tournage, l’acteur français, également compagnon de Dietrich, quitte également le projet. Carné doit alors trouver très rapidement deux remplaçants et jette son dévolu sur Yves Montand et Nathalie Nattier. Deux choix contestés à l’époque, également par les deux intervenants, même s’ils finissent par modérer leurs propos. Jérôme Wybon nous propose également quelques images d’archives rares, montrant les essais de Jean Vilar (pour le rôle finalement tenu par Saturnin Fabre), à qui Jean Gabin (de dos) en personne donne la réplique en tenant le rôle qui sera offert à Serge Reggiani (voir la capture suivante).

Nous voyons également le test passé par Yves Montand, ainsi que la construction de l’incroyable décor d’Alexandre Trauner qui reconstituait alors la station Barbès-Rochechouart en grandeur réelle. De nombreuses anecdotes de tournage sont dévoilées, la sortie du film est abordée (le film est froidement accueilli par la critique et les spectateurs) ainsi que sa reconnaissance tardive dans les années 1970.

L’Image et le son

Dans la continuité du plan de restauration de son catalogue, Pathé propose de (re)découvrir des classiques du cinéma français dans de très belles éditions DVD et Blu-ray restaurées. Les Portes de la nuit est enfin disponible dans les bacs, dans une nouvelle version numérisée et restaurée en 4K à partir du négatif original sous la supervision de Pathé et grâce aux bons soins du laboratoire L’Immagine Ritrovata. Avec son format respecté 1.37 et une compression AVC, ce Blu-ray au format 1080p permet enfin de (re)voir Les Portes de la nuit dans une superbe copie. La restauration est étincelante, les contrastes d’une densité impressionnante, la copie est stable, les gris riches, les blancs lumineux, la profondeur de champ évidente et le grain original heureusement préservé. Les séquences sombres sont tout aussi soignées que les rares scènes diurnes (l’ouverture du film), le piqué est parfois joliment acéré pour un film des années 1940 et les détails étonnent parfois par leur précision, surtout sur les gros plans. Toutefois, quelques légers flous sporadiques font parfois une apparition remarquée et quelques séquences paraissent plus douces.

Comme pour les autres titres prestigieux de son catalogue, Pathé est aux petits soins avec le film de Marcel Carné puisque la piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations demeurent inévitables surtout sur les quelques dialogues aigus et la musique qui se fait plus chuintante, l’écoute se révèle fluide. Aucun craquement ou souffle intempestifs ne viennent perturber l’oreille des spectateurs et les échanges sont clairs à l’exception d’une séquence, celle où monsieur Sénéchal parle avec sa fille Malou. Les sous-titres destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
 

Test Blu-ray / L’Implacable Ninja, réalisé par Menahem Golan

L’IMPLACABLE NINJA (Enter the Ninja) réalisé par Menahem Golan, disponible en coffret DVD et coffret Blu-ray le 28 mars 2017 chez ESC Editions

Acteurs : Franco Nero, Susan George, Shô Kosugi, Christopher George, Alex Courtney, Will Hare, Zachi Noy, Constantine Gregory

Scénario : Dick Desmond, d’après une idée de Mike Stone

Photographie : David Gurfinkel

Musique : W. Michael Lewis, Laurin Rinder

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1981

LE FILM

Après avoir terminé sa formation de ninja au Japon, Cole, un soldat vétéran de l’Angola rend visite à son ancien frère d’armes Frank Landers et fait connaissance avec l’épouse de celui-ci, Mary Ann Landers. Les Landers possèdent une ferme aux Philippines, et sont fréquemment harcelés par un homme d’affaires du nom de Charles Venarius, qui souhaite acquérir leur propriété. À leur insu, les terres des Landers cachent d’importantes nappes de pétrole. Cole, grâce à ses talents de ninja, n’a guère de difficulté à repousser les attaques répétées des sbires de Venarius. Mais ce dernier finit par faire appel à Hasegawa, un autre ninja, rival de Cole.

Vous l’aurez deviné, il s’agit bien sûr du résumé de L’Implacable Ninja aka Enter the Ninja en version originale, titre qui surfe allègrement sur Enter The Dragon, plus connu dans nos contrées sous le titre d’Opération Dragon. Suite au triomphe international de ce film, sorti après la mort prématurée de Bruce Lee, certains producteurs espèrent surfer sur le nouvel engouement des spectateurs pour les films d’arts martiaux. Et quoi de plus exotique que le ninjutsu ? Il n’en fallait pas plus pour les immenses (oui) producteurs et réalisateurs de la Cannon, les israéliens Menahem Golan (1929-2014) et son cousin Yoram Globus (né en 1941), les « George Foreman et les Mohamed Ali du cinéma indépendant », qui ont voulu prendre d’assaut le cinéma américain et rivaliser avec les plus gros studios installés depuis des décennies. La Cannon c’est cette véritable machine de guerre du cinéma, mythique firme spécialisée dans la production et la distribution de films à petit et moyen budget (avec de la castagne, des ninjas américains, des nanas topless, des effets spéciaux minables), soit 120 films (involontairement drôles la plupart du temps) en dix ans, de 1979 à 1989.

Réalisé en 1980 par Mehanem Golan lui-même (on lui doit aussi Delta Force et Over the top – Le Bras de fer), L’Implacable Ninja est un des titres phares de cette entreprise unique menée par deux mégalomanes, égocentriques et visionnaires, ayant changé à jamais l’histoire du cinéma bis, mais qui ont aussi produit John Cassavetes, Jean-Luc Godard, Franco Zeffirelli, Andreï Kontchalovski et Barbet Schroeder ! Franco Nero, oui le cultissime Django, est ici un vétéran des Forces Spéciales de l’armée américaine, qui pendant ses vacances a décidé de devenir un ninja, même s’il est visible que le comédien est incapable de lever le pied plus haut que le sol, qu’il arbore une belle moustache et qu’il manie le nunchaku au ralenti pour ne pas entortiller l’arme dans les poils du torse. Après le sublime prologue filmé dans un jardin peu entretenu, durant lequel Franco Nero (en blanc), ou sa doublure plutôt, met à terre une armée de ninjas (rouges et noirs), il devient lui-même « espion japonais ». L’Implacable Ninja devient ensuite un film de bastons très marrant, durant lequel Franco Nero, qui ne se force pas à cacher qu’il ne croit pas du tout à ce qu’il fait et à ce qui se déroule autour de lui, continue son chemin en initiant un geste en gros plan, immédiatement suivi d’un plan large – qu’importe le raccord – où son personnage (incarné par Mike Stone sur ces scènes) lève le pied au-dessus de la tête en maniant le katana comme un expert. Puis gros plan sur Franco Nero qui range l’arme en prenant l’air essoufflé.

L’Implacable Ninja est un sommet de nawak, un cocktail de parodie involontaire de films d’arts martiaux et de bagarres du style Terence Hill-Bud Spencer. Le rythme est soutenu, Franco Nero a juste à marcher pour emporter l’adhésion, même si on ne croit pas du tout à son personnage. C’est d’ailleurs ce qui fait la grande réussite du film, avec la participation de Susan George (Les Chiens de paille, Larry le dingue, Mary la garce, Venin), qui cette fois encore n’a pas coûté cher en soutien-gorge. Ajoutez à cela une musique au synthé bien kitsch, des combats où les coups de pieds assomment l’adversaire à trente centimètres de la cible, des méchants de pacotille (dont un petit gars affublé d’un crochet de portemanteau en guise de main), des décors pauvres, des dialogues tordants (immense version française), des costumes ridicules (des pyjamas quoi) et vous obtenez une référence du nanar qui reste un formidable divertissement jusqu’au combat final entre Nero – Stone face à Shô Kosugi. Rapidement devenu un film culte, un deuxième volet est rapidement mis en chantier, Ultime Violence – Ninja 2, avec cette fois-ci Shô Kosugi dans le rôle principal. Nous vous en parlons très bientôt.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Implacable Ninja, disponible chez ESC Conseils dans le coffret Trilogie Ninja avec également Ultime Violence – Ninja 2 et Ninja III, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

L’éditeur ne vient pas les mains vides, et propose tout d’abord la présentation rapide de la trilogie Ninja de la Cannon, par Nico Prat, journaliste chez RockyRama. Un amuse-gueule d’une minute.

La vraie présentation de L’Implacable Ninja est ensuite disponible (10’). Le même journaliste est de retour et revient sur la genèse de ce film culte en évoquant bien évidemment ce qui a conduit la Cannon a mettre ce projet en route au début des années 1980. Le casting, les conditions de tournage, les armes utilisées, les bruitages, tout y est abordé avec un second degré bien senti.

S’ensuit un court-métrage parodique intitulé Ninja Eliminator (4’), en réalité une fausse bande-annonce jubilatoire concoctée par des fans du genre. 

L’Image et le son

L’éditeur soigne le master HD (1080p) de L’Implacable Ninja. Un lifting numérique a visiblement été effectué, avec un résultat probant, même si des points et des tâches restent constatables, surtout durant la première bobine et le générique. L’encodage AVC est de haute tenue et la promotion HD non négligeable. Les détails sont appréciables, le piqué et la clarté sont aléatoires mais plus nets sur les séquences diurnes, la colorimétrie retrouve une nouvelle jeunesse et les contrastes affichent une petite densité inattendue. L’ensemble est propre, stable en dehors de très légers fourmillements, le reste des scories demeure subliminale, et le grain est respecté.

Sachant que les spectateurs français ont avant tout découvert ce film dans la langue de Molière, ESC livre un mixage français propre et respectueux de l’écoute originale avec bien sûr le doublage d’époque et les immenses voix de Benoît Allemane, Béatrice Delfe, Jean Topart et Francis Lax. Au jeu des comparaisons, la version originale s’en sort mieux avec des effets plus naturels et une dynamique plus marquée. Les deux pistes sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0, qui ne peuvent évidemment pas rivaliser avec les standards actuels, mais l’éditeur permet de revoir ce « classique » dans de bonnes conditions techniques, mention spéciale aux bruitages lors des bastons. Le changement de langue est verrouillé à la volée, mais étrangement les sous-titres ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Conseils / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / L’Homme de nulle part, réalisé par Delmer Daves

L’HOMME DE NULLE PART (Jubal) réalisé par Delmer Daves, disponible en DVD et Blu-ray le 23 mars 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Glenn Ford, Ernest Borgnine, Rod Steiger, Valerie French, Felicia Farr, Basil Ruysdael, Charles Bronson, Jack Elam

Scénario : Russell S. Hughes, Delmer Daves

Photographie : Charles Lawton Jr.

Musique : David Raskin

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Sans monture, épuisé, Jubal Troop s’écroule sur un chemin. Il est recueilli par un rancher, Shep Horgan, qui lui propose bientôt de travailler pour lui. Shep se prend d’amitié pour Jubal qu’il nomme très vite régisseur de son domaine, au grand dam de Pinky, qui briguait le poste. Mae, la femme de Shep, se lasse de la vulgarité de son mari au contact de Jubal, dont la distinction et la réserve naturelle la séduisent. Lorsque des vagabonds s’installent sur les terres de Shep, Pinky tente de les chasser, mais Jubal leur permet de rester et s’éprend même de la fille de l’un d’eux, Naomi Hoktor…

C’est ce genre de film qui nous fait aimer le cinéma, qui nous passionne, nous donne chaud au coeur et nous évade loin du quotidien. L’Homme de nulle partJubal est un des chefs d’oeuvres réalisés par Delmer Daves (1904-1977), réalisateur souvent oublié et sous-estimé, qui a pourtant signé de nombreux classiques tels que Les Passagers de la nuit (1947) aka Dark Passage avec Humphrey Bogart, qui est resté célèbre pour son usage de la caméra subjective, La Flèche brisée (1950) le premier western pro-indien, et 3h10 pour Yuma (1957), superbe western adapté d’une nouvelle écrite par l’immense et prolifique écrivain Elmore Leonard parue en mars 1953. L’Homme de nulle part (1956), est la première des trois collaborations Delmer Daves – Glenn Ford.

Ce film placé sous haute-tension malgré sa quasi-absence d’action, repose sur la confrontation psychologique entre les comédiens, Glenn Ford donc, mais aussi Ernest Borgnine et Rod Steiger (tous deux venaient d’obtenir l’Oscar du meilleur acteur), le débutant Charles Bronson, sans oublier les rôles féminins tenus par Valerie French et Felicia Farr. Dans un magnifique Technicolor signé par le directeur de la photographie Charles Lawton Jr. (3h10 pour Yuma, La Dame de Shanghaï), sur un montage sec, une mise en scène d’une suprême élégance et son cadre léché, L’Homme de nulle part oscille entre le western proprement dit, le mélodrame, renforcé par la composition de David Raskin, et le film noir avec une vraie femme fatale placée au centre de l’intrigue, incarnée par la sublime Valerie French. Tourné dans les extraordinaires paysages du Wyoming filmés en Cinemascope, L’Homme de nulle part agit comme un étau qui resserre et enferme progressivement ses personnages au fil du récit.

A travers ce western flamboyant et intimiste, Delmer Daves évoque la solitude et les désirs frustrés avec les personnages de Mae, jeune femme aimée maladroitement et dégoûtée par Shep (Ernest Borgnine), homme bon, mais paillard et naïf, amoureux maladroit et balourd, également désirée par Pinky (Rod Steiger), homme violent et jaloux, qui voit d’un mauvais œil l’arrivée de Jubal (Glenn Ford) dans leur ranch. Ce dernier, petit garçon non désiré par sa mère, a été sauvé de la noyade par son père, ce dernier n’ayant pu en réchapper à son tour, happé par l’hélice d’un bateau. Tout cela devant les yeux d’une mère reprochant à Jubal de s’en être sorti indemne. Comme il le confie à Naomi (Felicia Farr), Jubal n’a depuis cessé de courir sans se retourner. C’est ainsi que le film s’ouvre, sur un homme à bout de forces, qui finit par s’écrouler, après un long marathon. D’où vient-il ? Où a-t-il appris à manier si habilement le revolver alors qu’il n’en porte pas sur lui ? A quoi essaye-t-il d’échapper ? Pourquoi dit-il être poursuivi par la malchance ? Nous n’en saurons que très peu sur ce personnage ambigu auquel on s’attache d’emblée grâce à l’intensité du jeu de Glenn Ford, monstre de charisme, qui trouve un des plus beaux rôles de sa longue et prolifique carrière.

Ce qui a toujours fait la force du cinéma de Delmer Daves, c’est son attachement aux personnages, masculins comme féminins, plutôt que le contexte et le genre, même s’il affectionnait tout particulièrement le western puisqu’il en a réalisé près d’une dizaine, y compris La Dernière Caravane et La Colline des potences. Oeuvre complexe, dramatique, psychologique, qui met en relief l’homme, ses contradictions, ses espoirs et la rédemption grâce à l’amour, L’Homme de nulle part est un vrai chef d’oeuvre intense et inaltérable.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de L’Homme de nulle part, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Pas moins de trois présentations au programme de cette édition !

On commence évidemment par la présentation la plus longue, la plus passionnée et passionnante, la plus complète, celle de Bertrand Tavernier (38′). Le cinéaste et historien du cinéma évoque la collaboration Glenn Ford – Delmer Daves sur trois films (qu’il compare à celle de James Stewart avec Anthony Mann), l’écriture de L’Homme de nulle part par Delmer Daves qui a rejeté la première mouture trop fidèle au roman de Paul Wellman. Les personnages et donc l’interprétation de chaque comédien sont passés en revue et Tavernier met en parallèle l’histoire de Jubal avec celle d’Othello de Shakespeare. On apprend également que Delmer Daves ne voulait pas de Rod Steiger dans le rôle de Pinky, mais Aldo Ray. Tavernier raconte ensuite quelques anecdotes de tournage, dont les difficultés de Delmer Daves face à la “méthode” chérie par Rod Steiger. Après avoir revu le film, notre interlocuteur avoue avoir reconsidéré Rod Steiger dans la peau de ce personnage. Le soin apporté par Delmer Daves aux petits détails, au décor, aux costumes, aux accessoires est ensuite loué par Bertrand Tavernier.

Après cet entretien, les deux suivants font ce qu’ils peuvent pour apporter de nouveaux éléments qui pourraient intéresser les spectateurs. Comme d’habitude, Patrick Brion (14′), commence par réaliser un petit tour d’horizon du western l’année où le film qui nous intéresse est sorti sur les écrans. Cette manie commence à devenir bien redondante, mais heureusement, nous arrivons à glaner quelques informations, notamment sur la fin de carrière de Delmer Daves, qui a consacré ses derniers films à des drames sur la jeunesse américaine. Comme bien souvent ces derniers temps, Patrick Brion évoque deux ou trois points “très intéressants” sans forcément les aborder et les approfondir, ce qui est un peu frustrant.

A l’instar de Bertrand Tavernier, Patrick Brion compare L’Homme de nulle part à Othello, argument que conteste François Guérif dans la troisième et dernière présentation du film de Delmer Daves (12′). En effet, pour lui, ce parallèle ne tient pas en raison du personnage de Mae, en contradiction avec celui de Desdémone. Mais François Guérif ne concentre pas son intervention sur cette comparaison et évoque également le jeu des comédiens (dont l’interprétation “décalée” de Rod Steiger), l’histoire du film et celle du roman original et explique que L’Homme de nulle part était l’un des films préférés de son auteur.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie d’affiches.

L’Image et le son

Sidonis Calysta édite L’Homme de nulle part en Blu-ray, dans une version restaurée. Dès le générique d’ouverture, la copie affiche une remarquable propreté. Si le grain est très prononcé sur certains arrière-plans qui s’accompagnent également de sensibles fourmillements, les couloirs ne déçoivent pas. Certaines séquences paraissent moins définies, mais le Technicolor est assez vif, la copie HD au format 1080p trouve un équilibre fort convenable jusqu’à la fin. Le piqué est appréciable, les contrastes bien gérés, même si quelques petits points subsistent. Le codec AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le cadre large n’est pas avare en détails. Hormis de menus décrochages sur les fondus enchaînés, L’Homme de nulle part n’a jamais paru aussi net et lumineux qu’à travers ce Blu-ray.

L’éditeur ne propose pas un inutile remixage 5.1, mais encode les versions anglaise et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, mais dont les voix paraissent bien confinées et peu ardentes, sans parler de la pauvreté des effets annexes. Elle n’arrive pas à la cheville de la version originale, évidemment plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Ben-Hur, réalisé par Timur Bekmambetov

BEN-HUR réalisé par Timur Bekmambetov, disponible en DVD et Blu-ray le 17 janvier 2017 chez Paramount Pictures

Acteurs : Jack Huston, Toby Kebbell, Rodrigo Santoro, Morgan Freeman, Nazanin Boniadi, Pilou Asbaek, Ayelet Zurer

Scénario : Keith Clarke,John Ridley d’après le roman de Lee Wallace

Photographie : Oliver Wood

Musique : Marco Beltrami

Durée : 2h03

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Ben-Hur retrace l’histoire épique de Judah Ben-Hur, un prince accusé à tort de trahison par Messala, son frère adoptif, officier de l’armée romaine. Déchu de son titre, séparé de sa famille et de la femme qu’il aime, Judah est réduit à l’esclavage. Après des années en mer, Judah revient sur sa terre natale dans le but de se venger. Il va y rencontrer son destin.

Mais qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête de certains producteurs américains ? Réaliser une nouvelle version de Ben-Hur, la sixième pour être exact, sous prétexte que les petits neveux âgée de dix ans n’ont jamais entendu parler du film avec Charlton Heston ? « Mais il faut absolument que tu connaisses cette histoire voyons ! Mais on va la refaire car il n’y avait pas d’effets numériques à l’époque et on va même la faire en 3D tu veux ? ». Et voilà, c’est parti ! On réunit un budget de 100 millions de dollars, on fait appel au « sensible » réalisateur russe Timur Bekmambetov, l’auteur du sympathique Wanted : Choisis ton destin, son premier film hollywoodien, remarqué en 2004 et 2005 avec les triomphes dans son pays de Night Watch et Day Watch, deux films considérés comme des armes de destructions neurologiques. Après un Abraham Lincoln, chasseur de vampires complètement fun et décérébré, le cinéaste bourrin s’est donc vu confier le bouzin et s’en acquitte avec sa légèreté habituelle.

Cette nouvelle transposition du roman Ben-Hur : A Tale of the Christ, écrit par Lew Wallace en 1880, saura peut-être attirer les adolescents, public-cible par excellence, mais les cinéphiles qui conservent dans leur coeur la version muette de 1925 réalisée par Fred Niblo et surtout celle récompensée par 11 Oscars, la mouture de l’immense William Wyler avec Charlton Heston et Stephen Boyd réalisée en 1959 risque d’être, comment dire, décontenancés ? Après un film d’animation en 2003 et une mini-série américaine en deux parties en 2010, revoilà donc Judah Ben-Hur, la course de chars, tout ça. Ce péplum très bête et laid repose sur un casting du même acabit avec des acteurs au charisme d’huître. Jack Huston, petits-fils de l’acteur et réalisateur John Huston, découvert dans la série Boardwalk Empire, campe un Ben-Hur neurasthénique au regard de chien battu. Même chose pour son partenaire Toby Kebbell dans le rôle de Messala, qui cumule un navet de plus dans son jardin déjà bien fleuri et composé de Prince of Persia : Les Sables du temps de Mike Newell, L’Apprenti sorcier de Jon Turteltaub, La Colère des Titans de Jonathan Liebesman, Les 4 Fantastiques de Josh Trank et Kong: Skull Island de Jordan Vogt-Roberts. Dommage, car il a su montrer qu’il savait mieux choisir ses projets (Match Point, Control, Cheval de guerre, The East, La Planète des Singes : L’Affrontement, Warcraft : Le Commencement), mais visiblement, le comédien a pour l’instant décidé de tourner un bon film sur deux, Ben-Hur ne faisait clairement pas partie de la meilleure catégorie. Ajoutez à cela un Morgan Freeman en vieux sage (pléonasme) qui aurait emprunté l’improbable « calamar sur la tête » de Mia Frye pour l’arborer sur sa tête-pensante, l’insipide Rodrigo Santoro illuminé qui nous rejoue Jésus-Christ sur son chemin de Croix (et pas pour jouer au morpion), sans oublier un casting féminin pour éloigner un peu la relation gay-friendly – viens on va se mettre de l’huile des principaux protagonistes. Tous les comédiens ont le regard bas de l’animal pris en flagrant délit et murmurent des répliques sans intérêt, anachroniques et donc rigolotes.

On ne s’ennuie pas devant ce bon nanar grâce à la mise en scène à la truelle de notre ami Timur, à l’instar de la séquence de l’attaque des galères, représentée par des effets visuels ratés et moches (pour notre plus grand plaisir donc). Après le naufrage d’Exodus : Gods & Kings de Ridley Scott tenu par un Christian Bale assommant avec sa bouche ouverte, les remakes de chefs d’oeuvres hollywoodiens passés à la moulinette des CGI et au discours bigot puéril, Ben-Hur peut se targuer d’être malgré tout divertissant grâce au mauvais jeu des acteurs, aux rebondissements improbables, à la photo hideuse, à la mise en scène foutraque (même avec des GoPro), à la course de chars aussi prenante que celle d’Astérix aux Jeux Olympiques et aux dialogues tordants. Un navet ridicule de cet acabit à 100 millions de dollars on en redemande, même si Ben-Hur démontre une fois de plus la panne d’inspiration des grands studios.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Ben-Hur, disponible chez Paramount, repose dans un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette reprend le visuel de l’affiche française du film. Le menu principal est quant à lui fixe et musical.

L’éditeur n’est pas venu les mains vides et nous offre 1h10 de suppléments, bien plus intéressants que le film !

Cinq modules d’environ 12 minutes se focalisent respectivement sur l’héritage de Ben-Hur, sur le casting, sur la mise en scène de Timur Bekmambetov, sur le tournage de la course de chars et sur la figure du Christ dans le film. Ces segments sont composés de nombreuses images de tournage, de propos de toute l’équipe, acteurs, réalisateur, l’arrière-arrière-petite-fille de Lee Wallace, les responsables des départements techniques, les scénaristes mais aussi et surtout des producteurs qui vendent leur soupe avec des propos parfois hallucinants. Pourquoi ce remake ? Dans quel contexte Lee Wallace a-t-il écrit son roman Ben-Hur : A Tale of the Christ en 1880 ? Combien de fois a-t-il été adapté au cinéma ? Pourquoi Jack Huston qui avait passé les essais pour le rôle de Messala s’est-il vu proposer à la place le rôle-titre (lui-même n’en revient toujours pas) ? Comment le fait d’interpréter Jésus-Christ a visiblement rendu le comédien Rodrigo Santoro complètement largué ? Comment les costumes et les décors ont-ils été créés ? Comment la course de chars a-t-elle été imaginée, préparée puis tournée ? Ces documentaires réalisés par l’imminent Laurent Bouzereau répondront à toutes ces questions, qu’on ne se posait pas certes, mais puisqu’on nous le propose, ce serait dommage de refuser.

L’interactivité se clôt sur un lot de sept scènes coupées ou proposées dans une version étendue (10’). Anecdotiques, elles se focalisent notamment sur les amourettes entre Judah et Esther.

L’Image et le son

Comme d’habitude, l’éditeur soigne son master HD qui se révèle quasi-exemplaire. Le label « Qualité Paroumount » est donc encore une fois au rendez-vous pour le Blu-ray de Ben-Hur, alors entièrement tourné en numérique. L’image bénéficie d’un codec AVC de haut niveau, des contrastes sont d’une densité rarement démentie, ainsi que des détails impressionnants aux quatre coins du cadre large. Certains plans étendus sont magnifiques et tirent entièrement parti de cette indispensable élévation en Haute définition. Les trognes lisses et bronzée des comédiens peuvent être analysées sous toutes leurs coutures, les ombres et les lumières s’accordent parfaitement avec des scènes ambrées en extérieur et plus froides en intérieur, le tout ayant été entièrement repris au niveau de l’étalonnage en postproduction. La clarté demeure frappante, tout comme le grain et la profondeur de champ, le piqué est affûté et les partis pris esthétiques spécifiques restitués. En dépit de quelques fléchissements et des images numériques très médiocres (pour ne pas dire laides) qui tendent à ressortir (les chevaux lors de la course de chars), ce Blu-ray est évidemment une franche réussite technique et offre de fabuleuses conditions pour revoir ce nanar.

Paramount sort l’artillerie lourde avec une version originale DTS-HD Master Audio 7.1 ! Autant dire que nous vous déconseillons de visionner ce film tard le soir au risque de vous faire arrêter pour tapage nocturne. Dès l’apparition des étoiles du logo Paramount, les latérales distillent des effets latéraux qui ne s’arrêteront jamais. Le caisson de basses démarre et se déplace presque tout seul sur le plancher, la musique “au diapason”  signée Marco Beltrami explose, c’est parti pour une succession d’affrontements, de poursuites, de duels, avec la bataille navale et la course de chars comme apogée acoustique. Juste les dialogues auraient mérité d’être plus relevés sur la centrale. A côté, la piste française fait pâle figure avec son petit encodage Dolby Digital 5.1, même si elle conviendra aux allergiques à la version originale, avec son ouverture sympatoche des enceintes frontales, des arrière qui assurent et son doublage rigolo mis en valeur. Un film «  d’auteur  » hollywoodien qui rend sourd et qui anesthésie, mais qu’on aime bien !

Crédits images : © Paramount Pictures France / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Propriété privée, réalisé par Leslie Stevens

PROPRIÉTÉ PRIVÉE (Private Property) réalisé par Leslie Stevens, disponible en DVD et Blu-ray le 1er mars 2017 chez Carlotta Films

Acteurs : Warren Oates, Corey Allen, Kate Manx, Jerome Cowan, Robert Wark, Jules Maitland

Scénario : Leslie Stevens

Photographie : Ted D. McCord

Musique : Pete Rugolo

Durée : 1h19

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Dans une station-service de la Pacific Coast Highway, deux marginaux nommés Duke et Boots remarquent une élégante femme blonde dans une belle auto blanche. Ils grimpent dans la voiture d’un représentant de commerce et l’obligent à suivre l’auto jusqu’à sa destination finale, une villa cossue de Los Angeles. Par chance, la maison d’à côté est inoccupée et les deux hommes décident de s’y installer incognito pour épier leur nouvelle voisine, Ann, qui passe ses journées au bord de la piscine à attendre son mari. Duke a un plan : proposer ses services en tant que jardinier pour pouvoir pénétrer dans la villa…

Quelle découverte ! Longtemps considéré comme définitivement perdu avant qu’une copie 35mm soit finalement retrouvée par l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), Propriété privéePrivate Property s’avère une vraie perle rare du film noir des années 1960, qui demeurait invisible depuis sa sortie. Premier film réalisé par le cinéaste américain Leslie Clark Steven IV alias Leslie Stevens (1924-1998), célèbre pour avoir créé la série Au-delà du réel en 1963, ce drame-thriller que l’on pourrait qualifier de néo-hitchcockien (le nom du maître du suspense est d’ailleurs malicieusement évoqué dans le film) marque les débuts au cinéma du comédien Warren Oates (Coups de feu dans la Sierra, Dans la chaleur de la nuit, La Horde sauvage), qui signe sa troisième apparition à l’écran après plusieurs participations dans des séries télévisées.

Tourné en dix jours seulement pour un budget de 60.000 dollars, Propriété privée se déroule en Californie. Duke (Corey Allen) et Boots (Warren Oates), deux voyous désoeuvrés vagabondent non loin d’une station-service. Quand Duke apprend que Boots, pourtant adulte, est encore vierge, il entreprend de trouver lui-même une partenaire à son ami. Ils remarquent alors une jeune femme blonde, Ann Carlyle (Kate Manx). Après s’être invités sans ménagement dans la voiture d’un homme, ils suivent la femme jusque chez elle, dans les quartiers aisés de la ville et s’installent aussitôt dans la maison d’à côté, inoccupée, où ils l’observent à la fenêtre comme s’ils regardaient la télévision. Peu de temps après, Duke fait connaissance avec Ann. La jeune femme, mariée à un cadre dans les assurances, n’est pas très satisfaite par son époux, souvent absent en raison de son travail et qui s’occupe peu d’elle quand il est à la maison. Aussi se laisse-t-elle doucement séduire par Duke.

Ancien protégé d’Orson Welles et membre du célèbre Mercury Theatre, Leslie Stevens a tourné dans sa propre villa sur les hauteurs de Beverly Hills et offre le premier rôle féminin à sa compagne Kate Manx, ravissante comédienne qui embrase Propriété privée de sa sensualité. Elle est absolument divine dans ce rôle de desperate housewife frustrée et en manque de sexe, ce qui vaut d’ailleurs quelques séquences très osées pour l’époque, qui passe son temps au soleil dans son jardin et en faisant quelques brasses dans sa piscine. Dépressive, l’actrice mettra fin à ses jours à l’âge de 34 ans.

Tourné dans un magnifique N&B signé par le célèbre chef opérateur Ted McCord (La Mélodie du bonheur, Le Trésor de la Sierra Madre, A l’Est d’Eden), Propriété privée annonce rien de moins qu’un pan du Nouvel Hollywood, dont Warren Oates allait devenir un comédien emblématique (chez Monte Hellman et Sam Peckinpah), avec sa liberté de ton, son cadre inquiétant, sa critique féroce de l’American Way of Life, de l’incompatibilité des classes sociales, du fantasme de l’American Dream, avec un voyeurisme revendiqué. Bonjour Brian de Palma ! Même la composition de Pete Rugolo marque la frontière entre les deux classes opposées, avec d’un côté un thème léger et presque caricatural représentant le cadre bourgeois d’Ann, et de l’autre une musique plus grinçante qui caractérise les deux compères. La musique s’emballe enfin lors de la confrontation des deux mondes.

Aux côtés de Warren Oates, Corey Allen (La Fureur de vivre, Traquenard) s’avère tout aussi ambigu et à fleur de peau dans le rôle de Duke, dont on se demande jusqu’à la fin quel est le véritable dessein envers Ann, tout comme envers son ami Boots, avec lequel il entretient probablement une liaison homosexuelle. On suit ce duo atypique, qui met mal à l’aise les spectateurs et qui pourtant s’avère attachant à certains égards, et l’on pense alors au duo sadique de Funny Games de Michael Haneke, tout comme à Lenny et George du chef d’oeuvre de John Steinbeck, Des souris et des hommes (1937), avec ce rapport d’amitié entre le dominant (macho et tête pensante) et le dominé (faible, effacé et un peu simple d’esprit), liaison mise à mal par une femme qui s’immisce entre les deux.

Avec ses scènes sexuellement explicites (la bougie délicatement caressée par Ann, ses poses lascives) et son cadre stylisé qui participe au malaise et à la montée de tension de l’audience, Propriété privée sort sur les écrans en 1960, accompagné d’un parfum de scandale. Près de 60 ans plus tard, grâce à une extraordinaire restauration 4K, les spectateurs peuvent enfin redécouvrir ce grand, magnétique, audacieux, pervers et complexe film noir et Home Invasion avant l’heure et le réhabiliter à sa juste valeur.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Propriété privée, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

 

Peu de choses à se mettre sous la dent en guise d’interactivité ! Outre la bande-annonce de la version restaurée sortie sur les écrans français en septembre 2016, l’éditeur joint un entretien avec Alexander Singer (18’). Photographe de plateau et conseiller technique sur Propriété privée , ce dernier évoque les débuts de sa carrière, sa rencontre, le travail et son amitié avec Leslie Stevens, le déroulement du tournage, le casting du film, les partis pris de la photographie du chef opérateur Ted McCord, ainsi que les thèmes explorés.

L’Image et le son

C’est une résurrection. Jusqu’alors perdu, Propriété privée renaît de ses cendres grâce aux bons soins (techniques et financiers) de Cinelicious Pics, de l’UCLA et de la Television Archive. Nous avons devant les yeux un master restauré 4K. Le Blu-ray est au format 1080p et le film présenté dans son format original 1.66 (compatible 4/3) avec des contrastes très bien équilibrés. La copie N&B restitue les partis pris (dont le « flou artistique ») et le grain original (magnifique patine argentique), parfois plus appuyé sur certaines séquences aux blancs brûlés. Disposant de moyens techniques rudimentaires et d’un coût de production peu élevé, Propriété privée trouve néanmoins un nouvel et adéquat écrin. D’une propreté jamais démentie, ce master HD est lumineux, stable, impressionnant, élégant et participe largement à la redécouverte de ce bijou noir.

Le film est proposé avec une piste anglaise DTS-HD Master Audio 1.0. aux sous-titres français non imposés. Le mixage plutôt bien nettoyé, même s’il demeure parfois sourd et sans véritable relief. Il n’est pas rare que le volume change au cours d’une même scène. Malgré tout, l’écoute demeure plutôt agréable et fluide (à part un petit ronronnement), sans souffle parasite. Egalement sur cette galette, la version originale proposée cette fois en PCM 1.0, moins dynamique, mais tout aussi propre.

Crédits images : © 2016 CINELICIOUS PICS. Tous droits réservés / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Nuit des vers géants, réalisé par Jeff Lieberman

LA NUIT DES VERS GEANTS (Squirm) réalisé par Jeff Lieberman, disponible en DVD et Blu-ray le 28 février 2017 chez Movinside

Acteurs : Don Scardino, Jean Sullivan, Patricia Pearcy, R.A. Dow, Peter MacLean, Fran Higgins

Scénario : Jeff Lieberman

Photographie : Joseph Mangine

Musique : Robert Prince

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1976

LE FILM

La petite ville de Fly Creek, dans le vieux sud des États Unis, est la proie d’une terrible tempête nocturne. Une ligne électrique « haute tension » se décroche en pleine campagne et déverse son courant dans la terre. Le lendemain, le citadin Mick arrive à Fly Creek pour passer quelques jours chez son amie Geri Sanders. Des évènements insolites éveillent leurs soupçons, particulièrement en ce qui concerne la ferme voisine, spécialisée dans l’élevage de vers pour la pêche…

Réalisé par Jeff Lieberman (Le Rayon bleu, Survivance) en 1976, La Nuit des vers géantsSquirm est un petit film de genre sympathique devenu culte auprès des nombreux cinéphiles amateurs d’horreur bis. Egalement scénariste, il signera d’ailleurs le troisième volet de la franchise L’Histoire sans fin sous-titré Retour à Fantasia, Jeff Lieberman tient à ce que son premier long métrage avec des vers de terre, qui n’ont rien de géant mais qui sont enragés (oui), soit le plus « scientifiquement plausible ». Efficacement mis en scène, La Nuit des vers géants se voit aujourd’hui comme une curiosité au charme vintage lui-même inspiré par les productions du même acabit qui fleurissaient dans les années 1950, ponctuée par des effets d’horreur efficaces.

Une très violente tempête éclate dans une petite ville du Sud des Etats-Unis. Les lignes de haute tension sont détruites, et l’électricité qui en émane fait sortir de terre une colonie de vers affamés en quête de chair humaine. Mick, un New-Yorkais, se rend dans cette ville pour y retrouver Geri, la jeune femme dont il est épris. C’est lui qui découvre la présence de ces nombreuses créatures gluantes devenues enragées et imprévisibles. La Nuit des vers géants se suit sans déplaisir, même si l’ensemble manque singulièrement de rythme – surtout que les vers se mettent vraiment à l’oeuvre que dans la deuxième partie – et de rebondissements. Ce qui fait également le sel de La Nuit des vers géants, est son tournage effectué dans un coin paumé de la Géorgie avec le soutien des gens du coin, ravis de pouvoir participer à cette expérience et en offrant quelques numéros authentiques bien gratinés devant la caméra.

Les vers sont bien dégueulasses et donc la partie frissons est réussie, surtout lorsqu’ils se multiplient et s’emparent littéralement d’une maison (en référence aux Oiseaux d’Alfred Hitchcock), sans véritable explication, si ce n’est que des milliers de volts ont pénétré dans les sols boueux à cause de la tempête. Du point de vue technique, la réalisation, la photo, la musique sont très soignées et permettent à Squirm de passer les années sans trop d’embûches. N’oublions pas les effets spéciaux et maquillages, certains créés par un débutant du nom de Rick Baker, notamment pour la scène où un individu se fait littéralement manger le visage par les vers, devenant par la suite un zombie sous l’emprise des invertébrés avides de chair humaine. Les comédiens font le boulot honnêtement, entre un jeune naïf qui se révèle être le héros de l’histoire (Don Scardino, vu dans Cruising – La Chasse de William Friedkin), accompagné de l’inévitable jeune fille qui crie et qui s’enfuit en moulinant des bras (Patricia Pearcy).

N’attendez surtout pas un chef d’oeuvre du genre ou un film angoissant, mais un honnête représentant d’un cinéma d’exploitation post-Dents de la mer aujourd’hui disparu, qui n’avait aucune autre prétention que de divertir avec des moyens limités (produits par American International Pictures, spécialiste du Bis au rabais), mais qui ne manquait pas d’imagination, quitte à multiplier les invraisemblances scénaristiques. Cela autant pour faire rire les spectateurs (la confrontation entre ruraux et citadins) que pour leur inspirer suffisamment de dégoût avec ces créatures visqueuses agitées dans tous les sens (d’où le titre original Squirm, qui signifie « se tortiller ») et filmées en gros plan.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Nuit des vers géants, disponible chez Movinside dans une collection dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy, repose dans un boîtier classique de couleur bleue, contrairement au visuel qui montre un boîtier noir. L’élégante jaquette saura immédiatement taper dans l’oeil des Bisseux, et des autres, puisqu’elle reprend le visuel de l’affiche originale. Le menu principal est tout aussi classe, animé et musical.

A l’instar des Blu-ray de Nuits de cauchemar et Soudain…les monstres !, et de l’édition DVD de Corridors of Blood, cette édition HD ne contient qu’un seul supplément, une présentation du film par le journaliste Marc Toullec (8’). L’ancien co-rédacteur en chef de Mad Movies replace La Nuit des vers géants dans son contexte cinématographique, à savoir le courant horrifique post-Jaws, qui voyait naître de nombreux films de genre spécialisés des êtres humains affrontant des animaux. Marc Toullec nous parle du réalisateur Jeff Lieberman, des conditions de production, du maquillage de Rick Baker, des effets visuels, du casting et indique que Kim Basinger avait passé les tests pour le premier rôle, mais avait été renvoyée sous prétexte qu’elle était trop belle pour incarner le personnage.

L’Image et le son

Contrairement aux autres Blu-ray de la collection déjà chroniqués, celui de La Nuit des vers géants est proposé au format 1080i. Malgré tout, nous n’attendions pas une copie aussi belle ! L’image s’avère plutôt impressionnante. Le master (1.85, 16/9) affiche une indéniable propreté, le grain est habilement géré excepté durant les credits en ouverture et en fin de film. En effet, la texture y est plus grumeleuse, les contrastes aléatoires, les poussières se multiplient (points, tâches, griffures, tout y passe) et la luminosité décline. Mais en dehors de cela, la stabilité est de mise, la définition est plaisante, les couleurs sont au top et les détails sont très agréables.

Les versions française et originale sont proposées en DTS-HD Dual Mono, dépourvues du moindre souffle. Les deux versions s’avèrent propres, naturelle pour la piste anglaise, dynamique et évidemment plus artificielle pour l’amusant doublage français. Cette dernière s’en sort d’ailleurs mieux avec des dialogues plus vifs. Les sous-titres français sont imposés sur la piste anglaise et le changement de langue est verrouillé à la volée.

Crédits images : © MGM – Movinside / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Aquarius, réalisé par Kleber Mendonça Filho

AQUARIUS réalisé par Kleber Mendonça Filho, disponible en DVD et Blu-ray le 9 mars 2017 chez Blaq Out

Acteurs : Sonia Braga, Maeve Jinkings, Irandhir Santos, Humberto Carrão, Zoraide Coleto, Fernando Teixeira, Buda Lira, Paula De Renor

Scénario : Kleber Mendonça Filho

Photographie : Pedro Sotero, Fabricio Tadeu

Durée : 2h26

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Dans les années 1960 et 1970, à Recife, au Brésil, Clara fut une critique musicale très au fait de la vie artistique du pays. Issue de la bonne bourgeoisie, elle a mené une belle existence, dont elle conserve le souvenir à travers une grande collection de vinyles. Les disques sont rangés dans l’appartement où vit la sexagénaire. Veuve et mère de trois enfants, Clara est la dernière habitante de l’Aquarius, un immeuble construit dans les années 1940. Mais il est menacé par un promoteur qui en a racheté tous les autres appartements. Clara, qui veut rester, résiste à ses propositions, qui vont bientôt se transformer en harcèlement…

Décidément, le palmarès du Festival de Cannes 2016 restera l’un des plus inappropriés de toute son histoire. Comment un film comme Aquarius a-t-il pu repartir bredouille ? Comment le Prix d’interprétation féminine a-t-il pu échapper à Sonia Braga ? Deuxième long métrage réalisé par Kleber Mendonça Filho après Les Bruits de Recife (2012), Aquarius raconte l’histoire de Clara, la soixantaine, ancienne critique musicale, est née dans un milieu bourgeois de Recife, au Brésil. Elle vit dans un immeuble singulier, l’Aquarius construit dans les années 40, sur la très huppée Avenida Boa Viagem qui longe l’océan. Un important promoteur immobilier a racheté tous les appartements mais elle, se refuse à vendre le sien. Elle va rentrer en guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle. Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, son passé, ceux qu’elle aime.

A travers ce personnage issu de la classe aisée, le cinéaste brésilien se penche sur la mémoire et l’héritage, sur la lutte pour préserver ses souvenirs et évoquer brillamment l’inéluctabilité du temps qui passe. Clara est merveilleusement incarnée par Sonia Braga, icône brésilienne et star internationale, dont les films les plus célèbres restent Le Baiser de la femme-araignée d’Hector Babenco (1985), La Relève de Clint Eastwood (1990) et vue dernièrement dans la série Luke Cage. Magnétique, Sonia Braga hypnotise la caméra et les spectateurs depuis près de 50 ans et n’a jamais été aussi resplendissante que devant la caméra de Kleber Mendonça Filho. Elle est la raison d’être d’Aquarius, quasiment de tous les plans.

Clara n’est pourtant pas un personnage immédiatement attachant, puisque femme privilégiée et en apparence froide, parfois condescendante avec sa femme de ménage et cuisinière. Bien installée et très à l’aise financièrement, Clara se dévoile par strates et le spectateur comprend très vite que Clara a réussi à vaincre un cancer du sein, qui a meurtri son corps, mais qui est parvenue à surmonter cette épreuve il y a trente ans (superbe prologue en 1980) grâce à l’amour des siens, en particulier dans son appartement, devenu un véritable cocon protecteur. Autant dire qu’elle est évidemment très attachée à ce logement – dans lequel elle vit seule car veuve depuis quelques années et ses enfants faisant leur vie – malheureusement convoité par un promoteur qui souhaite transformer toute la résidence. D’où ce sentiment de peur qui s’empare du personnage, qui reste digne malgré cette crainte de voir s’envoler ce qu’elle a de plus précieux, puisque détruire son appartement reviendrait à effacer sa mémoire étant donné que chaque parcelle du logement est imprégnée de plus d’un demi-siècle de vie(s).

Aquarius déroule son récit avec une langueur romanesque et sensuelle, avec quelques emprunts au thriller et même au fantastique qui créent quelques menaces et tensions, surtout lorsque Clara se rend compte qu’elle n’est plus que la dernière habitante de toute sa résidence et que divers événements semblent se produire dans l’appartement au-dessus de chez elle. Clara est une femme complexe et mystérieuse, qui d’ailleurs ne se livre pas d’un bloc et qui ne se dévoile jamais totalement. Même encore à la fin du film, ce personnage conserve son ambiguïté, grâce à l’intensité, à l’immense talent et à la beauté naturelle et solaire de Sonia Braga. A travers le portrait de cette femme, Kleber Mendonça Filho réalise une radiographie de son pays, attaché à son passé mais devant se plier au rouleau compresseur de la mondialisation, quitte à oublier ce qui a fait sa richesse et son Histoire.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray d’Aquarius, disponible chez Blaq Out, repose dans un boîtier classique de couleur bleue foncée, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Dans un premier temps, nous écoutons l’intervention d’Alberto Da Silva, maître de conférences à Paris Sorbonne, spécialiste du cinéma brésilien et d’histoire contemporaine (17’). Durant cet entretien, nous en apprenons plus sur l’histoire politique du brésil après la dictature (1964-1985), mais aussi sur la situation du cinéma du pays et les thèmes explorés par Kleber Mendonça Filho dans Aquarius, liés à une certaine catégorie sociale, celle de la bourgeoisie de la ville de Recife. Alberto Da Silva évoque les intentions du réalisateur, la bande-son, la façon dont le passé et le présent s’entrecroisent, les personnages et notamment celui de Clara qui pour lui s’avère une synthèse de tous ceux incarnés par la comédienne Sonia Braga dans sa longue et prestigieuse carrière.

Ne manquez pas le court-métrage Vinil Verde (16’), réalisé par Kleber Mendonça Filho en 2003. Dans le quartier de Casa Amarela de Recife, Mère offre à Fille un cadeau spécial : une boîte pleine de petits disques de couleur pour enfants. Fille pourra écouter les disques, à l’exception du vinyle vert. Mais la curiosité finit par l’emporter et Fille désobéit. A son retour, Mère a perdu un bras. Inclassable, essentiellement composé de photos animées, beau, inquiétant, insolite, les qualificatifs ne manquent pas pour évoquer ce Vinil Verde !

L’Image et le son

Superbe Blu-ray concocté par Blaq Out. La colorimétrie brûle les yeux, les teintes bigarrées et chaudes sont divinement restituées et parfaitement saturées, le piqué est acéré comme la lame d’un scalpel, les contrastes sont denses et les détails abondent aux quatre coins du cadre large. Les scènes en extérieur sont magnifiques, limpides, la luminosité est étincelante. Ce master full HD (1080p) ravit du début à la fin.

Seule la version originale est disponible. Franchement, qui s’en plaindra ? Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 se révèle ample et dynamique. La spatialisation est évidente (le culte Another One Bites the Dust de Queen) sur toutes les scènes en extérieur, les dialogues sont solidement plantés sur la centrale, la balance frontale est riche et les effets annexes ne manquent pas. Le mixage respecte la délicatesse de la mise en scène. La Stéréo est tout aussi riche et contentera ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène avant. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © SBS Distribution / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Sing Street, réalisé par John Carney

SING STREET réalisé par John Carney, disponible en DVD et Blu-ray le 28 février 2017 chez TF1 Vidéo

Acteurs : Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor, Maria Doyle Kennedy, Aidan Gillen, Kelly Thornton

Scénario : John Carney

Photographie : Yaron Orbach

Musique : John Carney, Gary Clark

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

A Dublin, dans les années 1980. A court d’argent, les parents de Conor décident de l’envoyer dans une école publique. Sur place, il doit supporter la discipline de fer d’un prêtre retors et subit les brimades d’une petite brute. Il rencontre Raphina, une jeune fille sans famille qui veut revenir à Londres. Immédiatement amoureux, il lui demande de participer au clip de son groupe, groupe qui n’existe pas encore ! Aidé par son frère Brendan, grand amateur de musique, il décide de se lancer avec des camarades du lycée. Ils cherchent leur style et finissent par écrire quelques chansons. Pendant ce temps, Raphina n’a pas abandonné ses rêves…

Le réalisateur-scénariste (et bassiste) irlandais John Carney a fait ses classes dans le clip vidéo. Il met en scène deux courts-métrages avant de signer son premier long en 1996 avec November Afternoon, coréalisé avec Tom Hall, élu Meilleur film irlandais par le Irish Times. En 2001, il crée la série télévisée irlandaise Bachelors Walk, énorme succès de la télévision irlandaise RTÉ.

Il faudra attendre 2007 pour que John Carney soit enfin reconnu dans le monde entier grâce à son film Once, une comédie musicale savoureusement spleen, interprétée par Glen Hansard, leader des Frames, et Markéta Irglova, une musicienne tchèque. Ce petit bijou d’émotions à la BO subjuguante (Oscar de la meilleure chanson pour Falling Slowly en 2008 !) s’est vu couronner par un succès international mérité et porté par une critique élogieuse. En 2014, il revient avec New York Melody, une nouvelle comédie musicale délicate, génialement campée par Keira Knightley – que nous n’avions pas connu aussi attachante et naturelle – et Mark Ruffalo dans les rôles principaux, soutenus par la prometteuse Hailee Steinfeld (True Grit), Adam Levine (le chanteur à la voix de canard du groupe Maroon 5) et la grande Catherine Keener.

Après s’être intéressé à un couple de musiciens, John Carney propose un petit voyage dans le temps avec Sing Street puisque l’action de son nouveau film musical se déroule dans les années 1980 à Dublin. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendez-vous hebdomadaire devant «Top of the Pops» est incontournable. Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecoeur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter. Il se retrouve au milieu d’élèves qui le malmènent et de professeurs exigeants qui lui font rapidement comprendre qu’en tant que petit nouveau, il va devoir filer doux. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’ a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers où il ne connaît rien, ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir, il lui propose de jouer dans son futur clip.

Sing Street est ce qu’on appelle désormais un feel-good movie qui joue sur la nostalgie des spectateurs tout en le caressant dans le sens du poil. Inoffensif et très attachant, Sing Street repose sur l’énergie des comédiens, sur l’atmosphère d’une époque spécifique bien retranscrite avec les costumes, les décors et bien évidemment la musique qui tient une fois de plus une place prépondérante dans l’histoire en se focalisant cette fois sur un groupe d’adolescents paumés.

Si John Carney reprend quelques motifs de ses précédents films, à l’instar des morceaux joués dans la rue, ses personnages sont ici plus jeunes, plus innocents, qui rêvent de partir de Dublin, touché par une grave récession économique, pour aller tenter leur chance à Londres. Encore faut-il avoir un projet et surtout avoir le courage de traverser ce bras de mer qui les sépare du Pays de Galles ! Le réalisateur dirige sa troupe, excellente, avec tendresse et une énergie contagieuse. Les jeunes comédiens sont excellents et très spontanés. Ferdia Walsh-Peelo, vu dans la série Vikings et Lucy Boynton, prochainement dans la version du Crime de l’Orient-Express de Kenneth Branagh sont très prometteurs, tout comme leurs partenaires qui composent le groupe Sing Street, sans oublier le génial personnage de Brendan, le grand frère de Conor, incarné par Jack Reynor.

La BO est une fois de plus très soignée (on y entend Duran Duran, The Cure, A-ha), les chansons (essentiellement écrites par John Carney et Gary Clark) entraînantes et entêtantes, la mise en scène demeure élégante et les dialogues très bien écrits. C’est très sympa, follement attachant et léger comme une bulle de savon, avec ce qu’il faut d’émotion pour emporter totalement l’adhésion. Récompensé par le Hitchcock d’or et prix du scénario au Festival du film britannique de Dinard en 2016, Sing Street est un récit initiatique que l’on voit et qui restera probablement dans un coin de la tête. Une nouvelle réussite à inscrire au palmarès de John Carney !

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Sing Street, disponible chez TF1 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Les suppléments déçoivent à plus d’un titre puisque nous ne trouvons que trois minuscules featurettes (10 minutes au total) et deux clips vidéo !

Les trois petits modules reviennent rapidement sur le casting du film, la création des chansons et de la musique de Sing Street et sur le tournage proprement dit. Quelques propos du réalisateur John Carney, du chanteur et compositeur Adam Levine, leader du groupe Maroon 5 (vu dans le précédent film du metteur en scène) et des comédiens illustrent des images tirées du plateau.

L’éditeur joint donc également le clip de Go now (4’) et celui de Drive It Like You Stole It (4’).

L’Image et le son

Après un passage plutôt discret dans les salles françaises, Sing Street est pris en main par TF1 vidéo pour sa sortie dans les bacs. Nous sommes devant un très beau master HD. La définition est optimale, la luminosité affirmée, ainsi que le relief, la gestion des contrastes et le piqué sans cesse affûté. L’apport HD est constant et renforce la colorimétrie pétillante, l’encodage AVC consolide l’ensemble avec brio, les détails fourmillent sur le cadre, et toutes les séquences de jour tournées en extérieur sont magnifiques de précision.

Comme pour l’image, l’apport HD pour Sing Street permet de profiter à fond de la bande originale. En version originale, comme en français, les deux pistes DTS-HD Master Audio 5.1 s’en donnent à coeur joie en ce qui concerne la spatialisation de la musique. Chaque enceinte est remarquablement mise à contribution, précise dans les effets, avec une impressionnante balance frontales-latérales et une fluidité jamais démentie. Le caisson de basses participe évidemment à ces numéros, nous donnant d’ailleurs le rythme pour taper du pied en cadence.

Maintenant, au jeu des comparaisons, la piste française s’avère un cran en dessous la version originale du point de vue de la délivrance des dialogues. Dans les deux cas, les ambiances naturelles ne manquent pas, les effets sont concrets et immersifs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue à la volée est verrouillé.

Crédits images : © Mars Films / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr