Test Blu-ray / Detroit, réalisé par Kathryn Bigelow

DETROIT réalisé par Kathryn Bigelow, disponible en DVD et Blu-ray le 20 février 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Jacob Latimore, Jason Mitchell, Hannah Murray, Jack Reynor…

ScénarioMark Boal

Photographie : Barry Ackroyd

Musique : James Newton Howard

Durée : 2h23

Année de sortie : 2017

LE FILM

Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

La grande, l’immense réalisatrice Kathryn Bigelow est de retour au cinéma avec un film choc, coup de poing, un uppercut, un fantastique drame historique qui revient sur les émeutes survenues à Détroit en 1967, avec comme point d’orgue les tristes événements de l’Algiers Motel. Dixième long métrage et presque autant de claques depuis The loveless, son premier film en 1982 coréalisé avec Monty Montgomery, Detroit démontre une fois de plus que Kathryn Bigelow, à ce jour la seule femme récompensée aux Oscar (pour Démineurs en 2009, 6 statuettes), possède non seulement une place particulière au sein de l’industrie hollywoodienne, mais qu’elle demeure l’une des plus importantes cinéastes contemporaines. D’une brûlante actualité, passionnant, viscéral, sans concessions et frontal, Detroit est un nouveau chef d’oeuvre à inscrire à son palmarès.

Dans la nuit du 25 au 26 juillet 1967, d’importantes émeutes ont lieu à Détroit dans le Michigan, pour protester contre la ségrégation raciale aux États-Unis et la guerre du Viêt Nam. L’armée vient prêter main-forte à la police, qui reçoit des plaintes à propos de pillages, d’incendies et de tirs d’armes à feu. 8000 gardes nationaux, 4700 soldats, 360 policiers sont mobilisés. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir des détonations. Dans ce chaos, Melvin Dismukes, un agent de sécurité privé afro-américain, tente de survivre tout en protégeant ses semblables. Malheureusement, trois adolescents noirs sont battus et tués par des policiers. Neuf autres personnes, deux jeunes femmes blanches et sept hommes noirs, sont sévèrement battus puis humiliés. Des plaintes pour agressions criminelles, conspirations, meurtres et conspirations d’abus de droits civils ont été déposées contre trois policiers et un gardien de sécurité. Après un procès, tous les inculpés ont été déclarés non coupables.

Kathryn Bigelow réunit des comédiens exceptionnels, parmi lesquels se distinguent John Boyega (la nouvelle trilogie Star Wars), John Krasinski et Anthony Mackie. Mais celui qui s’impose une fois de plus, dans le rôle de l’ogre, du monstre suintant, est sans conteste le jeune Will Poulter. Apparu au cinéma en 2010 dans Le Monde de Narnia : L’Odyssée du Passeur d’Aurore de Michael Apted, il explose trois ans plus tard dans Les Miller, une famille en herbe de Rawson Marshall Thurber dans le rôle du naïf Kenny qui se faisait mordre par une tarentule à un endroit sensible de l’anatomie. Le comédien de 25 ans fait ensuite partie de la trilogie Le Labyrinthe. Très courtisé par les cinéastes, Will Poulter passe ensuite devant la caméra d’Alejandro G. Iñárritu pour The Revenant et celle de David Michôd pour War Machine, exclusivité Netflix. Mais son rôle de Philip Krauss dans Detroit le propulse encore plus loin. Avec ses traits uniques, il est incontestablement LE monstre raciste, sadique et terrifiant de Detroit, le personnage qu’on n’oublie pas et celui à travers lequel se cristallise tout le récit. Toute cette longue séquence d’horreur et de huis clos dans le motel mettra mal à l’aise même le spectateur le plus préparé.

Pendant le tournage, Detroit commençait à susciter la controverse, notamment concernant la légitimité de Kathryn Bigelow à traiter de ce sujet central dans l’histoire afro-américaine. La cinéaste et son fidèle scénariste Mark Boal (Démineurs, Zero Dark Thirty) ont donc usé de leur talent d’écriture et de metteur en scène comme d’une arme pour raconter et rappeler au monde entier l’exactitude des faits, ainsi que la répression sanglante survenus cinquante ans auparavant et leurs conséquences (43 morts, 1189 blessés, 7231 arrestations), qui trouvent encore aujourd’hui une troublante résonance dans l’actualité.

On reste également ébahis par la perfection stylistique, cette énergie insufflée à chaque plan, Kathryn Bigelow n’hésitant pas à avoir recours à 3 ou 4 caméras tournant simultanément autour des comédiens pour pouvoir capter l’effervescence de la situation, le chaos intérieur et extérieur, les regards, les larmes et l’angoisse des personnages, parfois à la frontière du documentaire avec l’utilisation d’images d’archives. On ressort exténués de Detroit, véritable, terrible, indispensable, immense expérience cinématographique et sensorielle, doublée d’une glaçante et essentielle réflexion politique.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Detroit, disponible chez Studiocanal, repose dans un boîtier classique de couleur bleue glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est légèrement animé et musical.

Le gros point faible de cette édition provient de son interactivité. 12 minutes de bonus divisées en huit featurettes promotionnelles ! Autant dire que nous n’apprenons pas grand-chose, mais c’est ici l’occasion de voir les véritables témoins et rescapés des événements racontés dans le film. Leurs témoignages sont croisés avec ceux des comédiens, de journalistes, de la réalisatrice et de son scénariste.

L’Image et le son

Pour la superbe photo de son film, Kathryn Bigelow s’est octroyé les talents du grand chef-opérateur Barry Ackroyd (Capitaine Phillips, Démineurs, Vol 93). Comme le directeur de la photographie plonge les personnages dans une pénombre angoissante, nous vous conseillons de visionner Detroit dans une pièce très sombre afin de jouir des volontés artistiques originales et surtout afin de mieux plonger dans l’ambiance des séquences nocturnes. Le Blu-ray immaculé édité par Studiocanal restitue habilement la profondeur des contrastes et les éclairages, en profitant à fond de la HD. La copie est d’une stabilité à toutes épreuves, le léger grain flatte les rétines et la mise en scène souvent agitée de la réalisatrice n’occasionne jamais de pertes de la définition. Ce Blu-ray (1080p) est superbe.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 restituent merveilleusement les dialogues, les affrontements et les ambiances. La balance frontale est joliment équilibrée, les latérales interviennent évidemment sur toutes les séquences en extérieur, tandis que le caisson de basses ne se gêne pas pour souligner chaque séquence agitée. Le confort acoustique est assuré. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste en Audiodescription.

Crédits images : © Mars Films / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Un homme amoureux, réalisé par Diane Kurys

UN HOMME AMOUREUX réalisé par Diane Kurys, disponible en combo Blu-ray/DVD le 11 avril 2018 chez Pathé

Acteurs :  Peter Coyote, Greta Scacchi, Claudia Cardinale, Jamie Lee Curtis, Peter Riegert, John Berry, Vincent Lindon, Jean Pigozzi, Elia Katz…

ScénarioDiane Kurys, Olivier Schatzky

Photographie : Bernard Zitzermann

Musique : Georges Delerue

Durée : 1h59

Année de sortie : 1987

LE FILM

Venu tourner un film à Cineccitta, Peter Elliot, star du cinéma américain, s’éprend de sa jeune partenaire française, Jane Steiner. Il est marié et père de deux enfants, et leur liaison enflammée perturbe le tournage et remet en cause toutes leurs certitudes à l’écran et dans la vie.

Un homme amoureux, également connu sous le titre A Man in Love, est l’un des sommets de la carrière de la réalisatrice, scénariste, productrice et actrice Diane Kurys. Née à Lyon en 1948, fille d’immigrants polonais et russes, la cinéaste fait ses débuts derrière la caméra avec Diabolo menthe. C’est un triomphe. Le film obtient le Prix Louis-Delluc. 3 millions de spectateurs se déplacent dans les salles en 1977 et Diabolo menthe devient le sixième plus grand succès de l’année, ainsi que le deuxième film français le plus vu derrière L’Animal de Claude Zidi. Difficile de se remettre d’un pareil phénomène de société. S’ensuivent Cocktail Molotov en 1980, puis Coup de foudre en 1983, inspiré des propres souvenirs de famille de la réalisatrice. Le film obtient un grand succès dans le monde et reçoit de nombreux prix dans les festivals, avant d’être nommé à l’Oscar du meilleur film étranger. Cette reconnaissance internationale donne l’opportunité à Diane Kurys de développer certains projets aux Etats-Unis, qui ne voient malheureusement pas le jour en raison de divergences artistiques avec les producteurs. Qu’à cela ne tienne, Diane Kurys parvient à mettre en route Un homme amoureux, ode au cinéma et histoire d’amour qui réunit un casting exceptionnel.

Imaginez cette affiche : Peter Coyote, Greta Scacchi, Claudia Cardinale, Jamie Lee Curtis, Vincent Lindon et Peter Riegert, réunis dans les mythiques studios de Cinecittà, où la vie et le cinéma s’entrecroisent, se frôlent, se heurtent et s’imbriquent. Comme La Nuit américaine de François Truffaut, grande référence de Diane Kurys, l’histoire d’Un homme amoureux se focalise sur un couple de comédiens venus d’horizons différents, lui est une star confirmée, elle débute dans le métier, en couple chacun de leur côté, qui vont néanmoins vivre l’amour fou, une passion charnelle incandescente, sous le soleil estival de Rome et en passant par les rives de la Seine de Paris.

Le scénario coécrit par Diane Kurys et Olivier Schatzky rend un merveilleux hommage au cinéma italien, à la magie du 7e art, aux comédiens toujours sur le fil tendu entre la fiction et la réalité. La cinéaste s’amuse à faire perdre leurs repères aux spectateurs, en mélangeant la vie des protagonistes, avec celles de leurs personnages qu’ils incarnent dans un film racontant l’histoire de l’écrivain Cesare Pavese, interprété par Steve Elliott, joué par Peter Coyote. Steve tombe alors éperdument amoureux de sa partenaire, et on le comprend, puisque celle-ci est incarnée par Greta Scacchi. Furieusement romanesque, Un homme amoureux, filmé dans un sublime Scope photographié par le chef opérateur Bernard Zitzermann (La Banquière, La Balance), flatte à la fois le coeur et l’âme, embrase l’audience par sa sensualité et sa beauté plastique, tandis que la partition de Georges Delerue, qui n’est pas sans rappeler celle de La Peau douce de François Truffaut (décidément) berce cette valse des sentiments et sonde toujours plus cette mise en abyme voulue par la réalisatrice.

Sélectionné pour ouvrir la 40e édition du Festival de Cannes en 1987, Un homme amoureux connaîtra un succès d’estime avec quasiment 800.000 spectateurs. Souvent oublié dans la filmographie de Diane Kurys, il mérite pourtant d’être redécouvert, comme un trésor caché, ce qu’il est indéniablement, d’autant plus qu’il fait parfois écho avec le récent et magnifique Call Me By Your Name de Luca Guadagnino.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Un homme amoureux, disponible chez Pathé, a été réalisé à partir d’un check-disc. Cette édition comporte également le DVD du film. Le menu principal est animé et musical.

Après avoir supervisé la restauration d’Un homme amoureux, Diane Kurys revient sur la genèse, la production, le tournage et la sortie de son quatrième long métrage. Sans langue de bois, la réalisatrice se penche point par point sur son seul film tourné en langue anglaise avec un casting international. Un film qu’elle juge « ambitieux et difficile à faire », « un tournage très agréable en Italie, malgré une mise en route chaotique et quelques faux départs ». On apprend également que le rôle principal avait été proposé à Robert de Niro, Dustin Hoffman, Al Pacino et William Hurt, qui ont tous poliment refusé par peur d’être « confondu » avec le personnage. Diane Kurys est également critique envers son propre travail, n’hésitant pas à dire qu’elle en changerait certains éléments. Enfin, le casting et l’équipe technique sont passées en revue. Un très beau moment passé en compagnie de la cinéaste. Cependant, il est dommage de ne pas retrouver le making of de 25 minutes proposé sur le DVD du film en 2005.

L’Image et le son

Un homme amoureux s’offre à nous en Haute-Définition dans une nouvelle et superbe copie entièrement restaurée 2K en 2017 par Pathé et les laboratoires Eclair Group, sous la supervision de la réalisatrice, à partir d’une numérisation 4K du négatif original. Ce Blu-ray renforce les contrastes, la densité des noirs et la stabilité de l’image. La copie est entièrement débarrassée des scories diverses et variées, les couleurs sont ardentes, vives et chatoyantes, certains décors brillent de mille feux, les détails sont légion aux quatre coins du cadre large. Les scènes en extérieur affichent une luminosité inédite, tout comme un relief inattendu, un piqué pointu. Tous les défauts constatés sur l’édition DVD en 2005 chez le même éditeur ont été éradiqués, à l’instar des pompages, du bruit vidéo dans les arrière-plans, ainsi que les instabilités de l’étalonnage. Revoir Un homme amoureux dans ces conditions techniques permet de redécouvrir totalement le film de Diane Kurys.

Les mixages DTS-HD Master Audio Stéréo français et anglais instaurent un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec suffisamment d’ardeur et de clarté, sans doute trop sur la VF, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. Chose amusante, Peter Riegert est doublé en français par un certain Patrick Bruel. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / La Môme vert-de-gris, réalisé par Bernard Borderie

LA MÔME VERT-DE-GRIS réalisé par Bernard Borderie, disponible en combo Blu-ray/DVD le 11 avril 2018 chez Pathé

Acteurs :  Eddie Constantine, Dominique Wilms, Howard Vernon, Darío Moreno, Maurice Ronet, Nicolas Vogel, Philippe Hersent, Jess Hahn, Gaston Modot, Roger Hanin…

ScénarioBernard Borderie, Jacques Berland  d’après le roman de Peter Cheyney, “Môme Vert-de-Gris

Photographie : Jacques Lemare

Musique : Guy Lafarge

Durée : 1h38

Année de sortie : 1953

LE FILM

Mickey, agent secret du F.B.I., a été assassiné à Casablanca. Dépêché par l’Agence, le redoutable Lemmy Caution mène l’enquête. Il fait bientôt la connaissance de la soeur de Mickey, la chanteuse de cabaret Carlotta de La Rue. Surnommée la “Môme Vert-de-Gris”, la belle est la petite amie de Rudy Saltierra, que Caution soupçonne d’être le commanditaire de l’assassinat de Mickey.

Né à Los Angeles dans une famille juive originaire d’Europe de l’Est, d’un père russe et d’une mère polonaise, Israël Constantine, dit Eddie Constantine (1913-1993) aura fait l’essentiel de sa carrière en France, à la fois dans la chanson et au cinéma. S’il a toujours revendiqué le fait d’avoir « fait du cinoche » uniquement pour l’argent, Eddie Constantine aura malgré-lui incarné un héros devenu culte, celui de l’agent secret américain Lemmy Caution, dans une douzaine de films au cinéma (et deux fois à la télévision), aux titres qui fleurent bon le « cinéma de papa » : Cet homme est dangereux, Les Femmes s’en balancent, Vous pigez ?, Lemmy pour les dames, À toi de faire… mignonne, jusqu’au célèbre Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution (1965) de Jean-Luc Godard, qui emmène le personnage dans un univers totalement atypique. Mais c’est grâce au réalisateur Bernard Borderie (1924-1978), futur metteur en scène de la saga Angélique avec Michèle Mercier, qu’Eddie Constantine deviendra une véritable star, à travers cinq collaborations tournées de 1953 à 1963.

Le premier de ces films est La Môme vert-de-gris, adapté d’une série noire du romancier britannique Peter Cheyney. Enorme succès à sa sortie avec 3,8 millions de spectateurs, cette première aventure de Lemmy Caution et deuxième long métrage de Bernard Borderie, qui a fait d’Eddie Constantine une valeur sûre du box-office, se regarde en 2018 comme le témoignage d’un genre de divertissement complètement désuet et éculé, qui ne manque pas de charme, mais qui peine à éveiller l’intérêt des spectateurs pendant 1h40. Et c’est aussi l’une des grandes inspirations de OSS 117 : Le Caire, nid d’espions de Michel Hazanavicius.

La chanteuse Carlotta de la Rue, dite «la Môme vert-de-gris», se produit dans le cabaret de Joe Madrigal, à Casablanca. Blessé au cours d’une rixe, son frère, Mickey, est conduit à l’hôpital dans un état critique. Il révèle juste avant de mourir la menace que fait peser un gang sur un énorme convoi d’or en provenance directe des Etats-Unis. La police française au Maroc prévient l’ambassade américaine, qui sollicite immédiatement l’aide du FBI. C’est alors que l’agent Lemmy Caution entre en scène. Son charme naturel agit évidemment sur la belle Carlotta et il ne tarde pas à s’intéresser à l’amant de celle-ci, un certain Rudy Saltierra…

La Môme vert-de-gris vieillit très mal. Cette histoire de pseudo-espionnage se contente d’enchaîner les scènes tournées à la va-comme-je-te-pousse, en se focalisant sur Lemmy Caution, alors en mission sous le nom de Perry Charles Rice (il doit le dire une bonne dizaine de fois dans le film), en train d’écluser ses verres de whisky (même au petit déjeuner), fumer ses cigarettes à la chaîne et de draguer les petites pépées qui croisent son chemin et qui tombent bien sûr sous le charme irrésistible de son visage à la peau grêlée et de son sourire carnassier. Ce James Bond avant l’heure, on le voit d’ailleurs essayer d’emballer la secrétaire de son boss, n’est jamais crédible, mais la décontraction et même le je-m’en-foutisme avec lesquels Eddie Constantine traverse le film font le sel de La Môme vert-de-gris. D’ailleurs, non seulement il ne se passe pas grand-chose, mais tout est même devenu risible aujourd’hui.

Entre fougue et désinvolture, Lemmy Caution passe trop facilement d’un indice à l’autre, se bastonne d’une main en se remplissant un verre de l’autre, tandis que les méchants, lui exposent leurs plans dans les moindres détails, pensant qu’il ne lui reste que quelques secondes à vivre (rires démoniaques). Dans un Casablanca de pacotille reconstitué en studio pour apporter une touche exotique, Lemmy Caution traque et démasque ses ennemis sans aucune difficulté puisque tout lui tombe tout cuit dans le bec. Certes, la lourde vulgarité de Dominique Wilms dans le rôle de la femme fatale Carlotta de La Rue, la gouaille et l’accent américain de Constantine (qu’il exagère volontairement) arrachent quelques sourires, tout comme les bagarres réglées par Henri Cogan (également au casting, aux côtés de Dario Moreno, Maurice Ronet, Jess Hahn et même Roger Hanin), les répliques ringardes et l’affrontement final, mais il n’y a rien à sauver de La Môme vert-de-gris. Même la nostalgie n’agit pas ici.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Môme vert-de-gris, disponible chez Pathé, a été réalisé à partir d’un check-disc. Cette édition comporte également le DVD du film. Le menu principal est animé et musical.

Un seul petit bonus pour cette édition, un entretien avec Eddie Constantine réalisé en décembre 1987 pour l’émission Portrait d’acteur (4’). Evidemment accoudé à un comptoir, Eddie Constantine se souvient de sa rencontre avec Bernard Borderie et avoue n’avoir jamais pris sa carrière de comédien au sérieux, de n’avoir fait du cinéma que pour l’argent et surtout d’avoir toujours détesté son personnage de Lemmy Caution. Il surenchérit en disant que chaque tournage lui apparaissait comme une peine de prison. Mais Constantine modère ses propos en indiquant qu’il a appris depuis à aimer son métier d’acteur.

L’Image et le son

Le master de La Môme vert-de-gris a été restauré 2K en 2017, à partir d’une numérisation 4K, par les laboratoires Eclair. Les contrastes sont beaux, la copie est propre et stable, les gris riches, les blancs lumineux, la profondeur de champ appréciable et le grain original heureusement préservé. Les séquences sombres sont tout aussi soignées que les scènes diurnes, le piqué est joliment acéré et les détails étonnent parfois par leur précision, surtout sur les gros plans et la vilaine peau d’Eddie Constantine. Toutefois, quelques flous sporadiques font parfois une apparition remarquée et quelques séquences paraissent plus douces avec de sensibles décrochages sur les fondus enchaînés et de légers moirages. Mais ce Blu-ray au format 1080p est de grande qualité et redonnera peut-être un certain intérêt à ce petit film.

La partie sonore a été restaurée numériquement par L.E. Diapason. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono. Le confort phonique de cette piste unique est dynamique, les dialogues sont clairs et nets. Si quelques saturations demeurent inévitables, la musique jazzy est joliment délivrée et aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Man on the Moon, réalisé par Miloš Forman

MAN ON THE MOON réalisé par Miloš Forman, disponible en DVD et Blu-ray le 24 avril 2018 chez ESC Editions

Acteurs :  Jim Carrey, Danny DeVito, Courtney Love, Paul Giamatti, Christopher Lloyd, Reiko Aylesworth, Gerry Becker, Leslie Lyles, George Shapiro, Budd Friedman, Carol Kane, Vincent Schiavelli…

ScénarioScott Alexander, Larry Karaszewski

Photographie : Anastas N. Michos

Musique : R.E.M.

Durée : 1h58

Année de sortie : 1999

LE FILM

Andy Kaufman a toujours aimé se mettre en scène. Petit, il s’imaginait présentateur de télévision. Devenu adulte, il fait des numéros d’imitation dans des cabarets puis s’invente un premier personnage, celui de « l’Étranger ». Il est alors abordé par un agent, George Shapiro, qui lui obtient un passage dans la célèbre émission Saturday Night Live et lui trouve un rôle dans le sitcom Taxi. C’est le début de la gloire. Mais au lieu de se reposer sur ses lauriers, Andy Kaufman multiplie les personnages et les défis, repoussant un peu plus loin les limites de la comédie et du bon goût…

Andy Kaufman au New York Times : « Je ne suis pas un comique, je ne raconte jamais de blagues… La promesse du comique, c’est d’arriver à vous faire rire de lui… Ma seule promesse, c’est d’essayer de divertir du mieux que je peux. Je sais manipuler les réactions des gens. Il y a différentes sortes de rire. Le rire des tripes, c’est quand vous n’avez pas le choix, vous êtes obligés de rire. Le rire des tripes ne vient pas de l’intellect, et c’est beaucoup plus difficile à pratiquer pour moi maintenant que je suis connu. Ils se disent : « Wow, Andy Kaufman, ce type est vraiment marrant », mais je n’essaie pas d’être drôle, je veux simplement jouer avec leur tête ».

A l’instar de son confrère Lenny Bruce, Andy Kaufman (1949-1984) reste l’un des comiques américains les plus célèbres, insolents, libertaires et controversés des années 1970. A la fin des années 1990, le réalisateur américain d’origine tchécoslovaque Miloš Forman décide de raconter l’histoire hors-norme de cette icône de la contre-culture, dont les improvisations caustiques et happenings auront autant rencontré le succès que décontenancé les spectateurs. S’attirant les foudres de l’Amérique bien-pensante, entre scandales et indignations, ce maître du politiquement incorrect se fera la voix de toute une génération. Il n’y avait que l’immense Jim Carrey qui pouvait interpréter à l’écran ce comique irrévérencieux et controversé. Ce chef d’oeuvre, c’est Man on the Moon, dont le titre provient d’une chanson du groupe R.E.M. qui rend hommage à Andy Kaufman.

Enfant, dans les années 50, Andy Kaufman animait déjà des émissions imaginaires, pour son seul plaisir. Devenu adulte, il entreprend d’imiter Elvis dans un cabaret, tout en se faisant passer pour un réfugié d’Europe de l’Est. Contacté par l’agent George Shapiro, il abandonne son apparente modestie pour confesser sa plus chère ambition : conquérir le monde, ni plus ni moins. Après avoir chanté, sans trop convaincre, sur le plateau du célèbre show «Saturday Night Live», il s’impose dans la série comique «Taxi», où il incarne, il est vrai, son personnage fétiche de petit immigré. Ayant monté sa propre émission, il recrute un chanteur sans classe, Tony Clifton…

Trois ans après l’exceptionnel Larry Flynt, Miloš Forman se penche sur l’une des personnalités les plus complexes et ambiguës du spectacle américain. Porté par un sublime Jim Carrey, véritablement habité par son rôle, Man on the Moon dresse le portrait d’un homme intrigant croisé avec celui d’une Amérique puritaine, encore sclérosée par les années Nixon et la guerre du Vietnam, et se révèle un véritable plaidoyer pour la liberté d’expression. De son propre aveu, Andy Kaufman détestait les blagues et pratiquait une forme d’anti-humour, loin de la comédie dite « traditionnelle », en privilégiant les situations absurdes voire surréalistes, dans le but de faire perdre leurs repères aux spectateurs, à la fois outrés et empathiques. Ses personnages de Foreign Man (L’Etranger) venu de Caspiar, qui se transforme en Elvis Presley, ou bien encore Latka, qui découle de Foreign Man, que Kaufman interprètera dans la sitcom Taxi sur la chaîne ABC aux côtés de Danny DeVito (qui interprète George Shapiro dans Man on the Moon), et surtout celui de Tony Clifton, artiste de music-hall antipathique et vulgaire, ne sont que des exemples des multiples facettes de l’artiste.

Avec une reconstitution élégante  doublée d’une très belle photo signée Anastas N. Michos, Miloš Forman suit au plus près le succès souvent accompagné de polémique d’Andy Kaufman. Un homme qui a osé se dresser face à l’hypocrisie américaine grâce à son immense talent pour l’improvisation et sa liberté de ton. Longtemps critiqué à son époque, Andy Kaufman est aujourd’hui réhabilité par les comédiens américains actuels qui le considèrent comme une véritable référence. A l’écran, Jim Carrey lui prête non seulement son immense talent, mais aussi son corps et même son âme, comme l’a récemment montré le documentaire Jim et Andy de Chris Smith, dans lequel le comédien revient sur sa crise existentielle et comment Andy Kaufman s’est réellement « emparé » de lui. A tel point que Miloš Forman lui-même indiquera n’avoir jamais eu affaire à Jim Carrey sur le plateau, mais à Andy Kaufman lui-même uniquement. Ou comment entretenir la légende du comique puisque de nombreux fans qui n’ont jamais cru à sa mort prématurée en 1984, continuent de le célébrer en attendant son retour.

On peut donc parler de véritable « incarnation » en ce qui concerne le jeu de Jim Carrey. Alors à un tournant de sa carrière et en quête de respectabilité comme de nombreux acteurs de comédie, l’acteur canadien sortait du magnifique The Truman Show de Peter Weir. Dans Man on the Moon, Jim Carrey est allé plus loin, beaucoup plus loin. C’est ce trouble psychologique, cette dépression que Miloš Forman capte à l’écran. Non pas par voyeurisme, mais pour l’art. Star internationale alors au sommet de son succès critique et commercial, Jim Carrey ne joue pas à être Andy Kaufman, il est bel et bien Andy Kaufman et les happenings reproduits à l’identique (le catch, l’altercation à la télévision, les bagarres sur le plateau) vont au-delà du simple mimétisme. Aux côtés de Jim Carrey, Courtney Love trouve l’un de ses plus grands rôles, celui de la compagne de l’humoriste, trois ans après avoir interprété Althea Leasure Flynt chez le même Miloš Forman.

Man on the Moon n’est pas une œuvre facile d’accès et qui ne recherche pas l’adhésion des spectateurs (dont le réalisateur capte la réaction), au même titre que les sketchs d’Andy Kaufman. Le film de Miloš Forman ne cesse de déstabiliser. Le personnage est à la fois attachant et agaçant, émouvant et pathétique, génial et naïf, toujours insaisissable. Plus que Jim Carrey, c’est donc le film dans son entièreté qui restitue l’âme d’Andy Kaufman. Par ailleurs, la première séquence donne le ton, puisque Carrey-Kaufman s’adresse directement aux spectateurs et s’empare du « film » en décidant de faire défiler d’entrée de jeu le générique de fin, mentionnant que Jim Carrey interprète Andy Kaufman. En brouillant ainsi les pistes, on se croirait presque dans un film de Spike Jonze, par ailleurs producteur du documentaire Jim & Andy, scénarisé par Charlie…Kaufman.

Etant donné que cet artiste de performance était quasi-inconnu dans nos contrées, Man on the Moon, qui a pourtant valu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à Miloš Forman, est passé complètement inaperçu en France à sa sortie. Presque vingt ans après, cet immense et fascinant biopic – qui d’ailleurs n’en est pas vraiment un – est considéré comme l’un des plus grands films de son auteur, tandis que l’interprétation de Jim Carrey, saluée par un Golden Globe, demeure l’une des plus ébouriffantes du cinéma américain des années 1990.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Man on the Moon, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est un peu cheap, animé sur la chanson éponyme de R.E.M. Pas de chapitrage.

S’il s’agit d’une exclusivité française, ce Blu-ray de Man on the Moon perd néanmoins le making of de 19 minutes présent sur le DVD disponible chez Warner, qui comprenait d’ailleurs quelques images de tournage. Même s’il ne disposait pas de sous-titres français, au moins le réalisateur, les acteurs et les producteurs intervenaient pour parler du film. Même chose, les 13 minutes de scènes coupées ont également disparu, tout comme le clip vidéo de R.E.M., les spots commerciaux et la bande-annonce.

Cependant, l’éditeur ne vient pas les mains vides, loin de là, puisque nous disposons ici d’1h40 de bonus !

Dans un premier temps, le journaliste Jacky Goldberg propose une formidable présentation de Man on the Moon (26’30), brillamment replacé dans les carrières respectives de Miloš Forman et de Jim Carrey. Jacky Goldberg mentionne les précédents biopics du réalisateur, Amadeus et Larry Flynt, tout en exposant les points communs et les passerelles dressées entre ces trois œuvres. Les thèmes de Man on the Moon sont analysés, la performance de Jim Carrey passée au peigne fin, tout comme le « show » qui se déroulait en dehors du tournage avec le comédien qui est pour ainsi dire resté dans la peau – ou les peaux devrait-on dire – de son personnage. Cela permet à Jacky Goldberg d’évoquer comment Jim Carrey a su convaincre Miloš Forman et ses producteurs qu’il était le seul et unique acteur capable d’interpréter Andy Kaufman à l’écran. Les performances de ce dernier sont également passées en revue et mises en parallèle avec le film de Miloš Forman.

Ensuite, Jacques Demange, auteur du livre Les mille et un visages de Jim Carrey (chez ROUGE PROFOND), s’attarde encore plus en profondeur sur l’interprétation du comédien (23’). A travers sa présentation et son analyse, Jacques Demange replace Man on the Moon dans la carrière, mais aussi et surtout dans la vie personnelle de Jim Carrey. Alors en quête de légitimité, l’acteur commence à se tourner vers des rôles plus ambigus, comme dans Disjoncté de Ben Stiller. Man on the Moon se situe entre The Truman Show de Peter Weir et Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, qui apparaît presque comme une radiographie de la propre vie de Jim Carrey. D’ailleurs, comme si le comédien avait tourné une page, sa carrière apparaît depuis en dents de scie. Ce module très riche et passionnant rend également un formidable hommage à la star des années 1990, à ses créations, à ses personnages emblématiques et à son jeu unique.

Le segment le plus imposant, Andy Kaufman : le funambule du rêve américain, croise les interventions de Florian Keller, essayiste et auteur de Comique extrémiste : Andy Kaufman et le rêve américain (Capricci Editions), l’essayiste Pacôme Thiellement et les humoristes et comédiens Jean-Philippe de Tinguy et Marc Fraize (53’). Ce documentaire, uniquement disponible sur l’édition Blu-ray de Man on the Moon, propose un portrait doublé d’une analyse du travail d’Andy Kaufman. Si certains propos restent plus anecdotiques que d’autres, il serait dommage de passer à côté de ce supplément réalisé sans temps mort et souvent pertinent.

L’Image et le son

Jusqu’alors disponible chez Warner, dans une édition DVD devenue rare, Man on the Moon apparaît pour la première fois dans le monde en Haute-Définition chez ESC Editions/Progam Store. Ce nouveau master relève les couleurs et les contrastes, la stabilité fait plaisir et le grain original est heureusement respecté. En revanche, quelques poussières subsistent, le piqué est émoussé et les détails manquent parfois à l’appel sur le cadre large. La définition est aléatoire, plus convaincante sur les séquences en extérieur, mais le lifting est quand même indéniable.

Les versions anglaise et française sont présentées en DTS-HD Master Audio 5.1. Comme sur le DVD, les deux pistes sont plutôt percutantes et peuvent compter sur quelques séquences spécifiques comme les matchs de catch et le show final à Carnegie Hall pour une spatialisation alors adéquate. La musique profite également d’un bon dosage frontales-latérales. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale. En revanche, malgré l’investissement d’Emmanuel Curtil qui double Jim Carrey, la version française reste franchement anecdotique.

Crédits images : © ESC Editions / Program Store / Warner Bros. / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Epouse-moi mon pote, réalisé par Tarek Boudali

ÉPOUSE-MOI MON POTE réalisé par Tarek Boudali, disponible en DVD et Blu-ray le 6 mars 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Charlotte Gabris, Andy Rowski, David Marsais, Julien Arruti, Baya Belal, Philippe Duquesne…

ScénarioKhaled Amara, Tarek Boudali, Pierre Dudan, Nadia Lakhdar

Photographie : Antoine Marteau

Musique : Maxime Desprez, Michaël Tordjman

Durée : 1h32

Année de sortie : 2017

LE FILM

Yassine, jeune étudiant marocain vient à Paris faire ses études d’architecture avec un visa étudiant. Suite à un événement malencontreux, il rate son examen, perd son visa et se retrouve en France en situation irrégulière. Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami. Alors qu’il pense que tout est réglé, un inspecteur tenace se met sur leur dos pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mariage blanc…

Non mais là, stop ! S’il vous plaît, arrêtez tout ! Les deux trublions de l’’ancienne Bande à Fifi du Grand Journal sur Canal+ sont de retour, pour le pire…et pour le pire. Succès surprise de 2014, Babysitting avait attiré 2,4 millions de spectateurs et 3,2 millions pour sa suite sortie en décembre 2015 ! Puis, Alibi.com avait confirmé l’aura de la troupe auprès du jeune public en attirant plus de 3,5 millions de spectateurs ! Pour Epouse-moi mon pote, Philippe Lacheau a laissé sa place derrière la caméra (rires) à son partenaire et ami Tarek Boudali. Ecrite et réalisée (encore des rires) par ce dernier, cette comédie est encore plus irresponsable et ratée que les opus précédents de la bande. Misogyne, homophobe, tout y est puant, has-been, laid et immature. Tout ça au service du rire. Vive la France !

Evidemment, Philippe Lacheau est quand même de la partie pour « jouer » dans le film de Tarek Boudali. S’il n’a pas eu le même succès que les deux derniers opus de la bande, Epouse-moi mon pote a quand même totalisé près de 2,5 millions d’entrées. Impressionnant. Il n’y a aucune explication pour ce phénomène, d’autant plus que les comédiens, en particulier Philippe Lacheau, ne sont jamais crédibles, que leur jeu d’acteur laisse franchement à désirer (on se croirait dans Oui-Oui), tout autant que leur charisme lisse. Pas une seule de leurs répliques ne tombe juste. L’exploit d’Epouse-moi mon pote est d’être encore plus exécrable qu’Alibi.com avec des seconds rôles qui ont constamment l’air de se demander ce qu’ils font là. Tarek Boudali et Philippe Lacheau s’en moquent bien, ça marche, ça cartonne et le box-office s’enflamme. Si Nathalie Baye et Didier Bourdon parvenaient à sauver quelques scènes dans Alibi.com, rien ne permet à Epouse-moi mon pote de sortir de la mélasse et de la crasse, à part peut-être l’apparition du génial David Marsais, membre du Palmashow, qui montre que l’on peut faire rire tout en restant sobre.

C’est bien simple, nous n’avions pas vu une telle accumulation de clichés sur la communauté gay depuis, bah en fait jamais et voir un tel ramassis de gags éculés, vieux-jeu, vulgaires en 2017 est en soi un exploit à part entière. Il faut voir comment les deux têtes d’affiche, dans le but de faire rire, essayent de s’intégrer dans la « faune » du quartier du Marais, terme utilisé car la scène s’apparente à un safari, en tortillant du croupion et en s’habillant de façon identique (avec une marinière et un jean troué donc), en tenant un petit chien dans les bras et en mangeant des pâtisseries en forme de phallus. Quelques éléments comiques renvoient à ceux chers à Franck Gastambide, mais contrairement à ce dernier, il n’y a aucune affection pour les vieux, les gros, les gays, les femmes chez Boudali/Lacheau. Tout est gênant là-dedans.

A l’instar d’Alibi.com, Epouse-moi mon pote n’est ni plus ni moins qu’un très mauvais vaudeville aux blagues grasses basées sur des mensonges, des quiproquos pouët-pouët, des vannes rouillées et blagues molles qui se terminent presque par un “Ba Dum Tss!”. Une succession de sketchs improbables, jamais inspirés, usés jusqu’à la moelle, comme un remake du formidable Green Card de Peter Weir sur fond de mariage pour tous. Les comédies de Tarek Boudali/Philippe Lacheau sont du même acabit que celles d’un Fabien Onteniente (People à côté c’est du Billy Wilder) ou de Philippe de Chauveron puisque Epouse-moi mon pote n’a rien à envier à l’exécrable et nauséabond A bras ouverts. Poussif, fatigant, sans rythme, sans aucun effort de mise en scène.

Le mystère reste donc entier quant au triomphe de ce genre de comédies ringardes dans les salles. D’accord, on peut rire de tout, encore faut-il que ça ne soit pas dégradant et condescendant. De l’humour Cyril Hanouna quoi. En attendant l’adaptation live de…Nicky Larson écrit, réalisé et interprété par Philippe Lacheau, qui sortira en 2019. Que Dieu ait pitié de nous.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Epouse-moi mon pote, disponible chez Studiocanal, repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné qui reprend le visuel de l’affiche originale. Le menu principal est animé et musical.

En plus de la bande-annonce, l’éditeur joint un making of classique (20’), qui donne la parole à l’ensemble de l’équipe et propose des images de tournage, ainsi que de prises ratées assez drôles, contrairement au film. L’essentiel de ce documentaire est aussi focalisé sur les blagues lourdingues de Philippe Lacheau sur le plateau. Et mention spéciale à Tarek Boudali qui clôt ce making of en déclarant « On m’a demandé si j’avais kiffé de réaliser. Et en fait si tu veux j’étais tellement dans le coup, dans l’taf, que tu te rends pas compte en fait que t’es réalisateur. T’as pas l’temps de te dire putain t’es réalisateur. En fait c’est vraiment à la fin du tournage, j’me suis dit putain j’ai fait mon premier film. Une fois qu’tu finis, tu t’dis putain j’ai envie d’y r’tourner », alors que le module montre un « superviseur de la mise en scène », David Diane, derrière son combo qui s’occupe de tout et qui n’est pas mentionné en tant que réalisateur à part entière.

L’Image et le son

Le chef opérateur Antoine Marteau (Les Kaïra, Bienvenue au Gondwana) ne s’encombre pas de partis pris esthétiques extraordinaires et livre une photo passe-partout, dont le transfert HD renforce les contrastes et la luminosité des séquences en extérieur, dès le générique d’ouverture. La colorimétrie est riche et chatoyante, le piqué probant. Seules certaines séquences en intérieur ne sont pas autant définies, sans pour autant que les détails s’en trouvent amoindris aux quatre coins du cadre large. Studiocanal prend autant soin de l’apport HD pour ses comédies que pour un blockbuster, ce qui n’est pas le cas chez les autres éditeurs.

Epouse-moi mon pote n’est pas un film à effets mais la piste française DTS-HD Master Audio 5.1 parvient à distiller ici et là quelques ambiances latérales plaisantes, comme les séquences de fiesta ou celle de la danse finale. Certes, la plupart des scènes se déroulent en intérieur et les mixages se concentrent sur les enceintes avant, mais dès que la caméra met le nez dehors, quelques atmosphères parviennent sans mal à environner le spectateur. Les dialogues sont excellemment délivrés par la centrale, la balance frontale est savamment dosée et la spatialisation musicale est systématique. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste française Audiodescription.

Crédits images : © Axel Films Production / Hassen Brahiti / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Ruelles du malheur, réalisé par Nicholas Ray

LES RUELLES DU MALHEUR (Knock on any door) réalisé par Nicholas Ray, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 6 mars 2018 chez Sidonis Calysta

Acteurs :  Humphrey Bogart, John Derek, George Macready, Allene Roberts, Candy Toxton, Mickey Knox, Barry Kelley, Florence Auer…

ScénarioDaniel Taradash, John Monks Jr. d’après le roman “Les Ruelles du malheur” (Knock on Any Door) de Willard Motley

Photographie : Burnett Guffey

Musique : George Antheil

Durée : 1h50

Année de sortie : 1949

LE FILM

Contre l’avis de ses partenaires, l’avocat Andrew Morton choisit de défendre l’affaire de Nick Romano, un jeune homme dérangé des quartiers pauvres sans doute car il s’en sent proche, ayant lui-même vécu là-bas. Nick est accusé d’avoir tué un policier et son avocat est persuadé de son innocence.

Les Ruelles du malheurKnock on Any Door n’est que le troisième long métrage du réalisateur Nicholas Ray (1911-1979), de son vrai nom Raymond Nicholas Kienzle. Alors qu’il vient de fonder Santana, sa société de production, Humphrey Bogart repère le film Les Amants de la nuit et décide d’engager son metteur en scène, Nicholas Ray donc, pour Les Ruelles du malheur, l’adaptation du best-seller de Willard Motley édité l’année précédente. Oeuvre de commande certes, mais ce film va permettre à Nicholas Ray de poser les bases de son cinéma. De plus, enthousiasmés par cette expérience, le réalisateur et la star collaboreront à nouveau l’année suivante pour Le Violent. En attendant, Les Ruelles du malheur reste un film méconnu dans la carrière de Bogey et s’il paraît souvent entre deux eaux, vaut encore aujourd’hui largement le coup, ne serait-ce que pour la confrontation Humphrey Bogart-John Derek.

Accusé du meurtre d’un policier, Nick Romano (John Derek), jeune délinquant qui est né et a vécu dans le quartier interlope de “Skid Row”, est défendu par l’avocat Andrew Morton (Humphrey Bogart), né lui aussi dans ce quartier. L’histoire de Nick est une longue suite de vols et de délits : une enfance malheureuse (son père est mort en prison), de mauvaises fréquentations ont fait de lui un voyou. Morton le suit, même s’il n’est pas toujours là pour le défendre. Un temps, Nick “se range”. Il se marie avec Emma (Allene Roberts), exerce plusieurs emplois. Emma lui annonce qu’elle est enceinte. Mais ce bonheur est de courte durée : trop faible pour lutter, Nick retombe dans l’ornière. Il commet à nouveau des vols. “Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre!” est sa devise. Il commence à participer à des vols à main armée.

Les Ruelles du malheur détonne dans l’immense carrière d’Humphrey Bogart, puisque ce dernier interprète ici un avocat, qui se prend d’affection pour un jeune voyou d’un quartier défavorisé. Le personnage de Bogey est intéressant à plus d’un titre puisque Morton voit en Romano ce qu’il aurait pu devenir lui-même s’il n’avait pas embrassé ses études de droit. S’ils n’ont pas eu la même chance, Morton est bel et bien décidé à faire gagner son procès à Romano, jeune homme extrêmement sensible, fou de chagrin après avoir perdu sa jeune épouse, alors enceinte, qui a mis fin à ses jours. Cette disparition provoquera la chute de Romano, de plus en plus impliqué dans de graves délits. Accusé d’avoir assassiné un inspecteur de police, Romano s’en remet totalement au talent, à la confiance et au professionnalisme de Morton. Au procès, Morton défend donc Nick, qui jure son innocence. Le District Attorney Kerman (suintant George Macready, balafré et enragé) n’arrive pas à détruire l’alibi de Nick. Morton se lance dans un long réquisitoire contre cette société qui sécrète ces “ruelles du malheur”.

Alors certes le discours du film n’a rien de bien nouveau et souhaite pointer du doigt le fait que l’inégalité des chances, l’environnement et la violence omniprésente gangrène l’âme humaine. Mais le message passe, surtout quand il sort de la bouche d’Humphrey Bogart, très à l’aise dans un rôle prolixe qui lui va comme un gant. A ses côtés, John Derek crève l’écran. S’il demeure malheureusement plus connu pour avoir été un homme à femmes (Bo Derek, Ursula Andress, Linda Evans) et photographe de charme pour le magazine Playboy, il est excellent, beau, charismatique et très attachant dans Les Ruelles du malheur. Son personnage à fleur de peau n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui qu’interprètera James Dean en 1955 dans La Fureur de vivre, du même Nicholas Ray.

Certes, Les Ruelles du malheur paraît souvent déséquilibré entre ses scènes de procès et les flashbacks qui racontent la descente aux enfers du jeune italo-américain, mais les personnages sont heureusement passionnants et la mise en scène est étonnante de maîtrise. Jusqu’au final particulièrement inattendu et émouvant, ainsi que le dernier plan qui annonce quelque part le De sang froid de Truman Capote et son adaptation en 1967 par Richard Brooks.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Les Ruelles du malheur, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. L’édition contient à la fois le DVD et l’édition HD. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Comme d’habitude, ou presque, les fidèles François Guérif (7’) et Patrick Brion (12’30) sont au rendez-vous pour parler du film qui nous intéresse ici. Le premier se penche surtout sur l’adaptation du roman de Willard Motley et les différences avec le film de Nicholas Ray, notamment en ce qui concerne le personnage de Bogart, secondaire dans le livre, mais évidemment central dans le film puisqu’interprété par la star hollywoodienne, également producteur ici. Guérif parle également de John Derek, qui selon-lui « n’a pas eu la carrière qu’il méritait ». De son côté, Patrick Brion, qui paraît quelque peu fatigué depuis quelques titres, évoque quant à lui la situation de Bogart producteur, qui a bouleversé la structure du roman pour sa transposition à l’écran. Les deux hommes s’accordent en tout cas sur les points faibles du film, notamment la lourdeur du scénario.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Hormis quelques tâches, points blancs et des fourmillements durant le générique, le transfert HD répond à toutes les exigences et la restauration ne déçoit pas. Le N&B affiche une nouvelle jeunesse, les blancs sont lumineux et les noirs rutilants, le piqué n’a jamais été aussi affiné mais quelques séquences apparaissent beaucoup plus douces et lisses. Le grain tend à s’accentuer sur les scènes sombres, mais reste globalement bien géré, les gros plans ne manquent pas de détails (le front perlé de sueur de Bogart) et la profondeur du plein cadre 1.33 est inédite. Notons également divers décrochages sur les fondus enchaînés. Au final, ce lifting numérique sied à merveille à la photo de l’immense Burnett Guffey (Tant qu’il y aura des hommes, Bonnie et Clyde). Le Blu-ray de Les Ruelles du malheur est une exclusivité française.

La version anglaise (aux sous-titres français imposés) est proposée en DTS-HD Master Audio Mono. L’écoute demeure appréciable et propre, avec une excellente restitution de la musique de George Antheil, des effets annexes et des voix très fluides et aérées. En revanche, la piste française DTS-HD Master Audio Mono, est à éviter. Aucun relief, doublage vieillot et voix étouffées.

Crédits images : © Sidonis Calysta/ Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

 

Test Blu-ray / Les Amoureux sont seuls au monde, réalisé par Henri Decoin

LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE réalisé par Henri Decoin, disponible en combo Blu-ray/DVD le 11 avril 2018 chez Pathé

Acteurs :  Louis Jouvet, Renée Devillers, Fernand René, Dany Robin, Philippe Nicaud, Janine Viénot, Brigitte Auber…

ScénarioHenri Jeanson, Henri Decoin

Photographie : Armand Thirard

Musique : Henri Sauguet

Durée : 1h45

Année de sortie : 1948

LE FILM

Gérard Favier est un compositeur célèbre, très amoureux de son épouse Sylvia. Le couple fait la connaissance de Monelle, une jeune pianiste jolie, talentueuse et fervente admiratrice de Gérard Favier. Le musicien prend la jeune fille sous son aile et la propulse vers le succès. Mais un journal à scandale (Entre nous soit dit) annonce les amours du compositeur et de sa protégée. L’information est fausse, mais Monelle se prend à rêver et Sylvia commence à douter.

Une noce qui ne danse pas, rien ne la distingue d’un enterrement.

Grand sportif, il a notamment été champion de France de natation, ancien officier de cavalerie et d’aviation pendant la Première Guerre mondiale, chef d’escadrille, Henri Decoin (1890-1969) se reconvertit ensuite dans l’écriture et devient journaliste. Puis, il se tourne vers le théâtre et tout naturellement vers le cinéma, en devenant assistant-réalisateur à la fin des années 1920. Il passe ensuite derrière la caméra en 1933 pour son premier long métrage, Toboggan. Il rencontre Danielle Darrieux, qu’il épouse et qu’il suit à Hollywood à la fin des années 1930. Cette expérience lui permet d’assimiler les méthodes américaines. A son retour en France, Henri Decoin s’évertuera à appliquer ses acquis dans son propre travail, en variant les genres, passant du polar (Razzia sur la chnouf) au film d’espionnage, en passant par les films historiques et drames psychologiques. S’il n’est pas son opus le plus célèbre, Les Amoureux sont seuls au monde, réalisé en 1947, est considéré par la critique comme étant le meilleur film d’un des réalisateurs les plus prolifiques de sa génération. Et devant la beauté de cette œuvre méconnue, on ne peut qu’acquiescer.

Gérard Favier (Louis Jouvet) est un compositeur dont la renommée n’est plus à faire. Marié depuis dix-huit ans, il aime toujours sa femme Sylvia (Renée Devillers) comme au jour de leurs fiançailles. Un jour, il fait la connaissance de l’une de ses jeunes admiratrices, Monelle (Dany Robin), et l’aide à débuter sa très prometteuse carrière musicale. Interprétant ce rapprochement comme une idylle en train de naître, la presse à scandale, avide d’affaires de coeur croustillantes, se déchaîne sur l’infidélité conjugale présumée de Favier. Monelle comprend alors qu’elle est amoureuse de son maître. Quant à Sylvia, trop éprise de son mari pour songer à le faire souffrir, elle sombre dans le désespoir et préfère céder la place…

Si rétrospectivement Louis Jouvet amorce la dernière partie de sa carrière, l’immense comédien trouve un de ses plus beaux rôles dans Les Amoureux sont seuls au monde. Sur un scénario de Henri Decoin, coécrit avec le grand Henri Jeanson, qui signe également les sublimes dialogues du film, le « patron » comme il aimait être appelé, livre une fois de plus une sublime performance, dont la modernité ne cesse d’épater soixante-dix ans après. Drame intense, intimiste, mélancolique, psychologique et teinté de poésie, porté par des acteurs en état de grâce et photographié par l’immense Armand Thirard (Le Salaire de la peur, Les Diaboliques), Les Amoureux sont seuls au monde parle de la pérennité de l’amour, de la différence d’âge dans un couple, du désir amoureux, à travers une poignée de personnages passionnants.

Alors que les films du cinéaste remportaient souvent un grand succès populaire, Les Amoureux sont seuls au monde est malheureusement sorti dans une indifférence générale. Frileux devant la fin pessimiste, les producteurs demandent à Henri Decoin de tourner une fin « heureuse ». Ce dernier accepte, à condition que la fin originale soit conservée pour l’exploitation française du film. Dans le dos du réalisateur, les distributeurs projettent les deux fins à la suite. Averti de cette manipulation, Henri Decoin attaquera les responsables en justice. Le temps qui passe a heureusement fait son office puisque ce chef d’oeuvre est enfin réhabilité par la critique et a su depuis toucher de très nombreux cinéphiles, qui n’ont de cesse de le conseiller et de le faire découvrir.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Les Amoureux sont seuls au monde, disponible chez Pathé, a été réalisé à partir d’un check-disc. Cette édition comporte également le DVD du film. Le menu principal est animé et musical.

Pour accompagner le film, Pathé propose un formidable documentaire rétrospectif de 52 minutes, composé d’entretiens avec Didier Decoin, fils d’Henri Decoin et romancier, Clara Laurent, journaliste et enseignante en histoire du cinéma français, Christophe Moussé, spécialiste de Henri Jeanson, Marc Véron, auteur de l’ouvrage « Louis Jouvet ou le grand art de plaire ». Le portrait d’Henri Decoin, l’homme et le réalisateur, se dessine progressivement, à travers des propos qui évitent la redondance et qui se croisent habilement. Les Amoureux sont seuls au monde, est excellemment replacé dans la carrière du cinéaste et surtout bien réhabilité. Les intervenants n’oublient pas d’évoquer le casting, ainsi que les deux fins tournées.

Par ailleurs, les deux fins tournées et proposées en France (sans le consentement d’Henri Decoin), sont proposées dans un second temps (7’). Après la fin souhaitée par le cinéaste, un panneau apparaissait à l’écran « Que personne ne sorte ! Si par ces temps moroses, vous préférez les fins heureuses, voici comment notre histoire pouvait finir… ». A vous de découvrir celle souhaitée par les producteurs, qui n’a évidemment pas le même impact.

L’Image et le son

La numérisation du négatif nitrate original 35mm a été scanné en 2K. La restauration numérique image (300 heures de palette graphique) et son a été confiée au Laboratoire Mikros Image. Et les traces de moisissures, les perforations arrachées et toutes les scories possibles et imaginables ont totalement disparu ! Les Amoureux sont seuls au monde rejoint ainsi le catalogue des films restaurés de Pathé. Comme ses récentes sorties en Haute Définition, ce Blu-ray en met souvent plein les yeux avec une définition haute de gamme. Le nouveau master HD au format 1.37 (1080p/AVC) ne cherche jamais à atténuer les partis pris esthétiques originaux. La copie se révèle souvent étincelante et pointilleuse en matière de piqué (les scènes en extérieur), de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés et de relief. La propreté de la copie est constante, la stabilité de mise, la photo retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Les fondus enchaînés sont vraiment les seuls moments où la définition décroche quelque peu, mais cela ne dure que quelques secondes.

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations et chuintements demeurent inévitables, l’écoute se révèle fluide, équilibrée, limpide. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises. Si certains échanges manquent de punch et se révèlent moins précis, les dialogues sont dans l’ensemble clairs, dynamiques, même sans souffle parasite. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / La Villa, réalisé par Robert Guédiguian

LA VILLA réalisé par Robert Guédiguian, disponible en DVD et Blu-ray le 3 avril 2018 chez Diaphana

Acteurs :  Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Jacques Boudet, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin, Fred Ulysse…

ScénarioRobert Guédiguian, Serge Valletti

Photographie : Pierre Milon

Durée : 1h43

Année de sortie : 2017

LE FILM

Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…

Depuis son retour en force au cinéma populaire dans le sens noble du terme avec Les Neiges du Kilimandjaro (2011), le cinéaste marseillais Robert Guédiguian n’a pas déçu. Si Au fil d’Ariane était avant tout une fantaisie, une récréation solaire, poétique, ludique, marquée par les mêmes élans de bonté et les excès de coeur qui restent la marque de fabrique de son auteur, le film ne faisait que renforcer encore et toujours sa « famille » de cinéma, dans le but de se faire plaisir, en toute liberté. Au fil d’Ariane avait été réalisé dans une intention de lâcher prise, doublé d’un vibrant hommage d’un homme à son épouse, sa muse, une véritable déclaration d’amour à celle qui partage sa vie. En revanche, Une histoire de fou, né de la rencontre entre le cinéaste et l’écrivain José Antonio Gurriarán, auteur du livre autobiographique La Bombe, permettait au réalisateur d’aborder le centenaire du génocide arménien. Film engagé, fresque passionnante, difficile, Une histoire de fou rendait compte du feu qui anime toujours le cinéaste. Pour son vingtième film, Robert Guédiguian est de retour chez lui, et plus précisément dans la calanque de Méjean où il trouve le repos depuis quarante ans. La Villa permet au cinéaste de faire un nouveau point sur sa vie.

Le bonheur de retrouver Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Jacques Boudet, et les plus jeunes Robinson Stévenin, Anaïs Demoustier,Yann Trégouët est intact. La Villa est une chronique, un instantané, une fable humaniste qui sait rester chaleureuse malgré la violence des sentiments qui anime les personnages. Mais c’est celle d’aimer et de pardonner qui prédomine.

Angèle (Ariane Ascaride), Joseph (Jean-Pierre Darroussin) et Armand (Gérard Meylan) se retrouvent auprès de Maurice (Fred Ulysse), leur père âgé devenu aphasique après une attaque. Angèle n’est pas retournée dans la maison d’enfance depuis 20 ans, brisée par la mort accidentelle de sa fille Blanche. Des souvenirs mélancoliques s’échangent sur la calanque autrefois populaire et communiste, désormais livrée à la spéculation immobilière et qui a perdu son vie d’antan. Angèle n’accepte pas que son père, terrassé de remords d’être le responsable de la mort de Blanche dont il avait la responsabilité, lui réserve une plus importante part d’héritage que ses frères pour l’achat de son pardon. Benjamin (Robinson Stévenin), un pêcheur trentenaire de la calanque, retrouve avec délice Angèle, l’actrice qu’il avait tant admirée au théâtre à Marseille, qui lui avait donné le goût des planches, et dont il est secrètement amoureux. Ce faisant, des militaires en armes surveillent régulièrement la côte où échouent des migrants venus d’Afrique, afin de les arrêter et de les renvoyer dans leur pays. Un jour, les deux frères trouvent dans la falaise trois enfants sans parents, transis et affamés. Ils les cachent chez eux, ce qui les ramène à une réalité beaucoup plus dramatique que la mélancolie ambiante des souvenirs vieillissants.

Comme dans ses œuvres précédentes, la sensibilité, l’authenticité, l’optimisme et l’humour du metteur en scène marseillais font mouche et tendent à une universalité pure et essentielle. D’ailleurs, La Villa est devenu le cinquième plus grand succès de la carrière de Robert Guédiguian, en attirant plus de 550.000 spectateurs. Ce vingtième opus est comme l’indique le réalisateur un huis clos à ciel ouvert où les personnages, réunis après un drame familial, sont mis face à l’inéluctabilité du temps qui passe. En revenant dans la villa qui l’a vue grandir vingt ans après être partie, Angèle ne peut que constater que ses frères et même le monde a changé. Et qu’il faut bien continuer à avancer, même si les repères et piliers s’effondrent ou disparaissent. De toute façon, la planète continuera de tourner, avec ou sans eux.

La Villa va progressivement vers cet apaisement. Peu importe les colères et rancunes d’antan, seules comptent les étreintes et même la présence de celles et de ceux qu’on aime. Parallèlement, Robert Guédiguian, que l’on peut voir à la fois dans la figure du père de famille et aussi dans chaque membre qui la compose, livre une nouvelle oeuvre testamentaire. Une vraie famille comme celle-là est rare dans le cinéma français. Ce qui fait aujourd’hui son importance et sa beauté, c’est finalement de nous avoir invités, puis de nous avoir intégrés, pour pouvoir dialoguer, ou même de profiter des silences qui en disent parfois plus longs sur les sentiments.

La Villa est un sommet d’émotion, de mélancolie (au détour d’un extrait de Ki lo sa ?, long-métrage de Guédiguian tourné en 1985, au même endroit, avec les mêmes acteurs et I want you de Bob Dylan en fond) et d’élégance, dans la désormais immense carrière de Robert Guédiguian et nous nous souviendrons longtemps de ces petites maisons encastrées dans les collines où décline le soleil d’hiver, tout comme de ce viaduc qui fait encore résonner le bruit des trains qui passent, ainsi que le rire des enfants d’hier et d’aujourd’hui.

LE DVD

Le test du DVD de La Villa, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Pas grand-chose sur cette édition SD.

Le premier module de cinq minutes intitulé Scènes perdues, compile des plans ou de très courtes scènes non gardées, prolongeant par exemple l’accident de la petite fille d’Angèle.

L’autre bonus est un joli petit documentaire (7’) tourné sur le plateau et donnant la parole aux comédiens et à Robert Guédiguian. L’histoire et les personnages sont rapidement présentés, mais c’est surtout la délicatesse et l’émotion des intervenants qui touchent beaucoup ici, comme s’ils dressaient un bilan après ces trente années d’amour et d’amitié, devant comme derrière la caméra.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Nous voici devant un très beau master, très propre et clair, avec un cadre fourmillant de détails. La photo saturée de Pierre Milon (Foxfire, confessions d’un gang de filles, Les Neiges du Kilimandjaro) fait la part belle aux teintes chatoyantes, ambrées et solaires, avec de fabuleux dégradés de bleus, les contrastes sont denses et le piqué joliment acéré. L’encodage est solide, bien que les scènes nocturnes soient peut-être moins précises.

Le mixage Dolby Digital 5.1 est immédiatement immersif avec des ambiances souvent très présentes sur les enceintes latérales. Les voix sont d’une précision sans failles sur la centrale, la balance frontale est constamment soutenue, la musique spatialisée de bout en bout. L’éditeur joint également une piste Stéréo dynamique et suffisante, une piste Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © AGAT FILMS & CIE / France 3 CINEMA / Diaphana/ Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Jalouse, réalisé par David et Stéphane Foenkinos

JALOUSE réalisé par David et Stéphane Foenkinos, disponible en DVD et Blu-ray le 16 mars 2018 chezStudiocanal

Acteurs :  Karin Viard, Dara Tombroff, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Bruno Todeschini, Marie-Julie Baup, Corentin Fila, Anaïs Demoustier…

ScénarioDavid Foenkinos, Stéphane Foenkinos

Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Paul-Marie Barbier, Julien Grunberg

Durée : 1h49

Année de sortie : 2017

LE FILM

Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage…

Lauréat de dix prix littéraires et vendu à plus de 800.000 exemplaires depuis sa publication, La Délicatesse de David Foenkinos a très vite été envisagé au cinéma. Avec l’aide de son frère Stéphane, l’écrivain en avait profité pour passer derrière la caméra, afin d’adapter lui-même son best-seller. Coup d’essai et petit coup de maître, La Délicatesse était un vrai moment de poésie, d’humour, de tendresse burlesque, magnifiquement interprété par Audrey Tautou et François Damiens. Six ans plus tard, les deux frères se retrouvent pour leur second long métrage en commun, Jalouse, dans lequel on retrouve volontiers leur ironie, à travers le portrait d’une femme aux portes de la cinquantaine. Et qui mieux que Karin Viard, pour qui le rôle a été écrit, pouvait à la fois se permettre d’être parfois odieuse et cynique, tout en restant « attachiante » et charismatique ?

Le Karin Viard Movie est presque devenu un genre à part entière, un Cinematic Universe. Après presque trente ans de carrière, deux César (Haut les coeurs ! et Les Randonneurs) pour neuf nominations et plus de soixante films à son actif, la comédienne dispose aujourd’hui d’une place très enviée au sein du cinéma français. Alternant les films d’auteur (Sólveig Anspach, les frères Larrieu, Anne Villacèque) et le cinéma populaire (Dany Boon, Eric Lartigau, Jean-Marie Poiré), Karin Viard peut choisir aujourd’hui les rôles qu’elle souhaite, en étant sûre d’attirer quasi-systématiquement les spectateurs dans les salles. Loin de se reposer sur ses lauriers, elle trouve dans Jalouse l’occasion d’aborder un personnage en apparence moins accessible, une mère de famille divorcée, qui commence à voir apparaître certains signes de la ménopause, qui devient petit à petit aigrie avec sa fille de 17 ans, dont elle envie la jeunesse, le bonheur, la réussite et la vie amoureuse. Même chose envers une nouvelle et rayonnante collègue de travail (Anaïs Demoustier) et son entourage. Sa jalousie empiète également sur la vie de son ex-mari (Thibault de Montalembert) désormais en couple avec Isabelle (la lumineuse Marie-Julie Baup), une femme pétillante et plus jeune.

Comme dans la comédie italienne, ce portrait de « monstre » permet aux frères Foenkinos et donc à Karin Viard, de mettre en relief les contradictions et l’ambiguïté de l’âme humaine, ainsi que les doutes d’un personnage de tous les jours, mi-ange mi-démon, que l’on ne peut s’empêcher d’aimer en dépit de ses nombreux défauts. En incarnant cette femme au bord de la crise de nerfs, la comédienne se délecte de ses répliques vachardes et savoureuses, capable de dire à sa meilleure amie Sophie (la superbe actrice canadienne Anne Dorval) qu’elle ne doit pas avoir de soucis à se faire avec sa fille « moche », ou bien d’envoyer balader son prétendant (Bruno Todeschini, élégant et sensible) sous prétexte qu’il aurait regardé sa fille Mathilde (Dara Tombroff, jolie révélation) avec l’oeil d’un prédateur.

Récit initiatique, Jalouse possède ce charme qui nous avait tant séduits dans La Délicatesse, mais se révèle plus réaliste, moins conte de fée, donc plus terrien, grinçant, grave et plus rustre, en laissant également une belle part à l’émotion. Le film des frères Foenkinos s’élève bien au-dessus du cinéma français, grâce à un œil aiguisé et une étude psychologique complexe aussi intelligente qu’aboutie.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Jalouse, disponible chez Studiocanal, repose dans un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette reprend le visuel de l’affiche du film. Le menu principal est fixe et musical.

Le making of (35’) compile quelques instantanés de tournage, des repérages des décors principaux, jusqu’au clap final. Divers propos des comédiens et des réalisateurs sont illustrés par des images tirées des répétitions et des prises de vue. L’ambiance a l’air détendue, chaleureuse et les comédiens prennent visiblement beaucoup de plaisir sur le plateau, surtout en voyant les frères Foenkinos devenir spectateurs de leur propre film.

L’interactivité se clôt sur le clip Jealous (3’).

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p-AVC. Studiocanal soigne le master HD de Jalouse, qui se révèle exemplaire. Les contrastes sont d’une densité rarement démentie, à part peut-être durant les séquences tamisées où l’image paraît plus douce et moins affûtée, mais cela demeure franchement anecdotique. La clarté demeure frappante, le piqué est affûté, les gros plans détaillés, les contrastes denses et la colorimétrie reste chatoyante, riche et bigarrée.

Le spectateur a le choix entre les pistes DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. Notre préférence va pour la première qui instaure un confort acoustique très plaisant, une spatialisation musicale convaincante et des effets latéraux probants. Les ambiances naturelles sont présentes, la balance frontale est toujours dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. La piste stéréo est évidemment plus plate, mais riche et remarquablement équilibrée. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Mandarin production / Studio Canal / France 2 Cinéma / Séverine Brigeot / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / L’Oeil du témoin, réalisé par Peter Yates

L’OEIL DU TÉMOIN (Eyewitness) réalisé par Peter Yates, disponible en DVD et Blu-ray le 2 avril 2018 chez Movinside

Acteurs :  William Hurt, Sigourney Weaver, Christopher Plummer, James Woods, Irene Worth, Kenneth McMillan, Pamela Reed, Albert Paulsen, Steven Hill, Morgan Freeman…

Scénario :  Steve Tesich

Photographie : Matthew F. Leonetti

Musique : Stanley Silverman

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1981

LE FILM

Le corps d’un notable vietnamien est retrouvé sans vie dans un immeuble de Manhattan. Gardien de nuit dans le même immeuble, Daryll prétend connaître l’identité du tueur, mais il n’est en fait qu’intéressé par la séduisante journaliste Tony Sokolow, qui mène l’enquête et qu’il espère séduire avec ses prétendues informations. Dans l’ombre, le véritable tueur guette toujours.

Pour les cinéphiles, Peter Yates (1929-2011) est avant tout le réalisateur du mythique Bullitt (1968) avec Steve McQueen, et des Grands fonds (1977) dans lequel Jacqueline Bisset aura marqué de nombreux spectateurs avec son célèbre t-shirt mouillé. Bien qu’il ait travaillé avec les plus grands, Dustin Hoffman, Mia Farrow, Peter O’Toole, Robert Redord, George Segal, Robert Mitchum, le reste de la filmographie de Peter Yates reste étonnamment peu connu. C’est le cas de L’Oeil du témoinEyewitness, réalisé en 1981, qui détonne avec œuvres précédentes puisque le cinéaste y dirige une nouvelle génération de comédiens, William Hurt, Sigourney Weaver et James Woods, tout juste âgés de trente ans. Ni tout à fait un polar, ni tout à fait un drame ou un thriller, L’Oeil du témoin est un film étrange, constamment entre deux eaux, qui peine à trouver un équilibre et à éveiller l’intérêt.

Vétéran du Viêt Nam, Daryll Deever (William Hurt) est aujourd’hui gardien de nuit dans un immeuble de Manhattan. Une nuit, Long, un homme d’affaires douteux d’origine vietnamienne, est assassiné dans son bureau. Daryll, qui a découvert le corps, soupçonne son ami Aldo (James Woods), récemment mis à la porte par la victime, d’être le meurtrier. Soupçons confortés par le regain de fortune dont Aldo profite depuis peu. Dehors, les journalistes sont déjà là, avides de révélations. Pour séduire la belle et brillante Tony Sokolow (Sigourney Weaver), dont il est secrètement amoureux, Daryll lui fait croire qu’il en sait plus qu’il ne le dit. Alors qu’une enquête est entamée par les autorités, la police le porte sur sa liste des suspects…

L’Oeil du témoin donne cette impression d’être balancé entre divers courants. A la fois old-school dans son traitement, teinté de Nouvel Hollywood et ouvrant les années 1980, le film de Peter Yates peine à convaincre et ce malgré de nombreux points positifs. Tout d’abord le casting. Eyewitness n’est que la seconde apparition au cinéma de William Hurt après Au-delà du réel de Ken Russell, sorti l’année précédente. Et il y est déjà très bien dans la peau de ce personnage qu’on imagine triste et paumé. La femme dont il est épris, et on le comprend, est interprétée par la grande Sigourney Weaver qui venait de faire ses débuts fracassants au cinéma, en apparaissant tout d’abord dans Annie Hall de Woody Allen en 1977, avant d’enchaîner avec Alien, le huitième passager de Ridley Scott (1979) qui a fait d’elle une star planétaire. L’Oeil du témoin marquait alors son retour sur le grand écran, deux ans après avoir affronté la créature du Nostromo. A leurs côtés, James Woods, Christopher Plummer, Morgan Freeman et Pamela Reed sont également de la partie.

Autre réussite, l’atmosphère trouble que le réalisateur britannique parvient à instaurer, comme si l’on ne pouvait situer L’Oeil du témoin dans le temps. Peter Yates filme ses personnages comme s’ils étaient perdus, sans repères, en particulier Daryll, ancien du Viêt Nam, qui vit depuis toujours dans un appartement exigu avec son chien et qui parvient chichement à joindre les deux bouts en faisant le ménage et en vidant les poubelles d’un immeuble, la nuit, après que les hommes d’affaires soient rentrés chez eux. Il y a un attachement de Peter Yates pour son protagoniste, solitaire, qui a visiblement eu du mal à se réinsérer après son retour chez l’Oncle Sam. Rien n’est expliqué, juste suggéré. Le personnage le plus ambigu reste celui campé par Sigourney Weaver, que l’on imagine alléchée par une promesse de scoop et qui en même temps se prend d’affection (ou plus) pour l’homme étrange qu’est Daryll.

Finalement, on se soucie beaucoup moins de cette histoire de meurtre, qui passe quasiment au second plan, tout comme le thème de l’émigration de juifs soviétiques aux Etats-Unis. D’ailleurs, les révélations et les motivations de cet assassinat déçoivent. L’Oeil du témoin manque également de rythme, mais cette fois encore cela fait partie de l’ambiance distillée par le réalisateur. Le film est lent, un peu mou, mais on ne s’y ennuie pas grâce au jeu impliqué des acteurs, que l’on a de cesse d’admirer. Et le final au milieu des chevaux reste aussi original que marquant.

LE BLU-RAY

L’Oeil du témoin est disponible en Haute-Définition chez Movinside. Il intègre la collection de l’éditeur « Suspense-Polar ». La jaquette élégante est glissée dans un boîtier classique de couleur noire. C’est la première fois que le film de Peter Yates est disponible dans nos contrées en DVD et Blu-ray. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément.

L’Image et le son

Ce nouveau master restauré est propre et stable. Point de poussières à l’horizon, ni de points ou de griffures. En revanche, les noirs paraissent tantôt concis tantôt poreux, manquent d’équilibre et dénaturent quelque peu le piqué. Cela est d’autant plus visible, parfois gênant, sur les nombreuses séquences qui se déroulent dans l’appartement terne de Daryll ou dans le sous-sol où il travaille. Pas de profondeur de champ. Mais s’il est vrai que le film a déjà plus de 35 ans, cette copie HD s’en sort plutôt bien et l’apport de la Haute Définition demeure flagrant au niveau des plans rapprochés ainsi que de la palette chromatique des séquences diurnes. Un grain cinéma, parfois un peu hasardeux c’est vrai, est heureusement conservé donnant une texture non déplaisante à l’image. Certes ce master ne rivalise pas avec les standards HD actuels mais offre au film de Peter Yates un écrin inédit et finalement idéal pour être redécouvert.

Les version originale et française sont proposées en DTS HD Master Audio 2.0. La première est plus naturelle, plus immersive avec de très belles ambiances intimistes bien que les voix des comédiens auraient pu être un poil plus ardentes. La partition de Stanley Silverman est dynamique et l’ensemble est bien plus fluide, riche et équilibrée qu’en version française. Celle-ci jouit d’un excellent doublage avec Richard Darbois (pour William Hurt), Evelyn Selena (pour Sigourney Weaver) et Dominique Collignon-Maurin (pour James Woods). Cette piste est de bon acabit. Cependant, bien que le niveau des dialogues demeure vif, l’aspect feutré reste moins convaincant. La version anglaise s’impose également par une homogénéité plus évidente.

Crédits images : © Twentieth Century Fox Home Entrertainment LLC. All rights reserved Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr