Test Blu-ray / Code 211, réalisé par York Alec Shackleton

CODE 211 (211) réalisé par York Alec Shackleton, disponible en DVD et Blu-ray le 7 novembre 2018 chez AB Vidéo

Acteurs : Nicolas Cage, Sophie Skelton, Michael Rainey Jr., Dwayne Cameron, Weston Cage, Cory Hardrict, Ori Pfeffer, Mark Basnight…

Scénario : John Rebus

Photographie : Alexander Krumov

Musique : Frederik Wiedmann

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Un simple flic essaie d’interrompre un braquage en cours dans une banque.

Code 211 ou 211 pourrait bien représenter le 211e DTV de Nicolas Cage depuis 2013. A l’exception de Snowden d’Oliver Stone dans lequel il faisait une apparition en 2016, Joe de David Gordon Green est le dernier long métrage avec le comédien à avoir connu une sortie dans les salles françaises. Depuis, Nicolas Cage aura tourné près de 25 films avec une moyenne d’un bon film sur deux avec même d’excellents crus comme Suspect de Scott Walker, The Runner d’Austin Stark, Le Casse des frères Brewer, USS Indianapolis de Mario Van Peebles et Dog Eat Dog de Paul Shrader. Quant au reste…En dehors de Croisades dans lequel il maniait le sabre en nous faisant rire, Pay the Ghost où il affrontait des forces surnaturelles à la Nouvelle-Orléans, La Sentinelle où il arborait une moumoute grisonnante du plus bel effet, Arsenal où il trucidait son véritable frère, Usurpation où il résistait aux courbes de Nicky Whelan, le reste, notamment Tokarev et Le Chaos sont à oublier illico. Je ne suis pas encore « à jour » dans sa filmographie, bien que j’essaye de l’être chaque année, et je dois encore découvrir The Humanity Bureau, Mom and Dad, Army of One, The Watcher et surtout Mandy. Toujours est-il que Code 211 appartient à la catégorie des navets de Nicolas Cage. Malheureusement. On aurait bien voulu l’aimer ce film, mais force est de constater que l’acteur assure ici le minimum syndical et lui-même a l’air de trouver le temps long. Un DTV sans aucune imagination, éculé, lent, long. Et pourtant, le charisme de Nicolas Cage agit toujours autant, c’est dire si on l’aime. 

Le quotidien banal d’un policier veuf, Mike Chandler, est chamboulé par un braquage sanglant et violent. Secondé par son collègue et beau-fils, Steve, et un jeune civil, Kenny, Chandler n’a pas d’autre choix que de lutter contre les bandits. L’affrontement entre la police et les voleurs est sans pitié. Mais leur fusillade vire au carnage…

Pour la sixième fois, Nicolas Cage tourne pour le compte de la célèbre Millenium Films. Code 211 est un thriller réalisé en Bulgarie par un ancien snowboarder professionnel. Ça vous suffit ? Le truc, c’est que le metteur en scène, un certain York Alec Shackleton, est incapable d’insuffler le moindre rythme à son récit auquel on ne croît d’ailleurs jamais. L’installation des personnages est poussive, à l’instar de cette séquence d’ouverture en Afghanistan qui semble avoir été filmée dans la carrière de calcaire du coin, avec des comédiens qui gesticulent comme des marionnettes de Team America, police du monde de Trey Parker et Matt Stone. Là-dessus arrive une improbable agent d’Interpol interprétée par la divine comédienne roumaine Alexandra Dinu, très agréable à regarder, mais qui fait rire dès qu’elle montre son badge pour intimider quelques sbires.

Et Nicky là-dedans ? Bah on le voit cinq secondes durant les vingt premières minutes. En train de conduire, en train de boire son café, en train de froncer les sourcils puisque son personnage est triste en raison de la mort de son épouse. Son deuil impossible l’a éloigné de sa fille. Cette dernière (Sophie Skelton de la série Outlander) apprend qu’elle est enceinte de son compagnon (Dwayne Cameron, celui dont on aime bien se moquer durant le film), flic également, qui bosse avec mister Cage. Ajoutez à cela un adolescent afro-américain qui subit des brimades dans son lycée, mais qui suite à un imbroglio se retrouve à devoir suivre les deux policiers pour se remettre sur “le droit chemin”, un employé de banque qui dit au revoir à sa femme avant d’aller bosser (on se doute alors qu’il y passera à un moment), une serveuse au décolleté vertigineux et surtout des braqueurs à la mine patibulaire dont l’un est « incarné » par le propre fils de Nicolas Cage, Weston. Au cours d’une scène, ce dernier n’hésitera pas à vouloir canarder son paternel.

Weston Cage, visant son père

En fait, Code 211 ne propose rien, si ce n’est un affrontement à coup de gros calibres, durant une plombe. Ça se tire dessus, ça atteint rarement sa cible, même à quelques mètres de distance, malgré le fait que les mecs soient des tireurs d’élite et qu’ils utilisent des lunettes perfectionnées. En gros, le point rouge apparaît clairement sur la tête de Nicky, mais la balle s’encastre à un mètre au-dessus de sa perruque. Ce n’est pas qu’on s’ennuie devant Code 211, c’est qu’une fois de plus Nicolas Cage se vautre dans une production indigne de son immense talent. Le plus dingue, c’est qu’il parvient toujours à briller à un moment comme lorsqu’il s’insurge devant sa hiérarchie quant au temps mis par les renforts pour intervenir. D’autres scènes mettent mal à l’aise et font sourire involontairement, comme celle où le gendre de Nicolas Cage, pensant bientôt rendre son dernier souffle, s’adresse en vidéo à son enfant (il venait d’apprendre qu’il allait être père juste avant de partir au boulot le matin) en lui disant tout ce qu’ils ne pourront pas faire tous les deux. Gloups.

Je flingue ma carrière encore une fois

Encore quelques minutes où les protagonistes semblent tirer dans le vide, puis hop, Cage fait son footing, rentre chez lui et générique de fin. Nicolas, l’homme qui tourne plus vite que son ombre, étant déjà parti sur un autre plateau. Next ! Tiens d’ailleurs c’était un autre film amusant de Nicky ça…

La séquence gênante du film

LE BLU-RAY

AB Vidéo avait déjà édité The Runner et Pay the Ghost en DVD et Blu-ray. Cette édition HD de Code 211 se présente sous la forme classique d’un boîtier de couleur bleue, avec un visuel attractif. Le menu principal est animé et musical.

La bande-annonce est disponible.

L’Image et le son

Peu de choses à dire sur ce master français Haute-Définition de Code 211 qui peine parfois à convaincre. Le relief est certes appréciable, mais le piqué est aléatoire et pâtit de la mise en scène heurtée. Les détails ne manquent pas (voir les raccords capillaires de Nicolas Cage), les couleurs sont vives et la clarté des séquences diurnes tire profit de cet upgrade. Le reste est plus anecdotique.

Du côté acoustique, les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 créent un espace d’écoute suffisamment plaisant en faisant la part belle à la musique et à quelques effets latéraux comme les très nombreux affrontements au tir. Des ambiances naturelles percent les enceintes arrière sans se forcer mais avec une efficacité chronique. Le doublage français est convaincant et que les fans soient rassurés, Dominique Collignon-Maurin prête sa voix cette fois encore à Nicolas Cage. L’éditeur joint également deux pistes DTS HD Master Audio 2.0.

Crédits images : © AB Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Mort a pondu un oeuf, réalisé par Giulio Questi

LA MORT A PONDU UN OEUF (La Morte ha fatto l’uovo) réalisé par Giulio Questi, disponible en combo Blu-ray/DVD le 30 octobre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Gina Lollobrigida, Jean-Louis Trintignant, Ewa Aulin, Jean Sobieski, Renato Romano, Vittorio André…

Scénario : Franco Arcalli, Giulio Questi

Photographie : Dario Di Palma

Musique : Bruno Maderna

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Marco est un éleveur de poules. Sa femme, Anna, est la patronne de l’entreprise et pense être l’épouse idéale pour son mari. Mais Marco, qui s’est rendu compte qu’il s’était trompé en l’épousant, recherche des émotions inhabituelles auprès des prostituées d’un motel.

Venu du documentaire, Giulio Questi (1924-2014) n’aura réalisé que trois longs métrages pour le cinéma. Pourtant, ses trois films, Tire encore si tu peux (1967), La Mort a pondu un œuf (1968) et Arcana (1972) ont su marquer les cinéphiles et leur réputation n’est pas usurpée. Le premier est tout simplement l’un des plus grands westerns italiens, un chef d’oeuvre qui joue avec les genres et même parfois avec les codes du giallo, ce qui lui a valu de nombreux déboires avec la censure à sa sortie, au point d’être interdit trois jours seulement après son arrivée sur les écrans. Avec ses séquences très gore comme celle où des individus mal intentionnés s’acharnent sur le corps criblé de balles en or d’un mourant, désireux de s’emparer de ce butin inattendu, Tire encore si tu peux est un western teinté de film d’horreur surréaliste et de fantastique. Giulio Questi souhaite s’affranchir des conventions. Pour son second long métrage, il surfe sur la vague du giallo. Mais comme pour son premier film, le cinéaste décide d’aller bien au-delà. Les éléments-clé sont présents, un tueur ganté, une arme blanche (poignard et rasoir), une pointe d’érotisme, mais La Mort a pondu un œufLa Morte ha fatto l’uovo repousse encore une fois les limites. Le réalisateur livre un véritable OFNI redoutablement pessimiste sur la nature humaine, dans lequel brille une fois de plus l’immense talent de Jean-Louis Trintignant.

Marco occupe le poste de cadre supérieur au sein d’une entreprise que possède son épouse Anna. Il s’agit d’une ferme industrielle expérimentale, dotée d’un laboratoire, spécialisé dans l’élevage de poulets en batterie. Mais le couple bat de l’aile, ils ne se supportent plus. D’autant plus que Marco, castré et complexé par sa femme, lui cache ses pulsions meurtrières. Il entraîne des prostituées dans une chambre d’hôtel pour les tuer. Quant à Anna, elle tient les rênes de la société et gère la bourse de leur business. Marié mais sans enfants, le couple vit avec Gabrielle, la jeune cousine, orpheline et leur héritière directe. Un jour, alors qu’il assassine une femme de petite vertu, Marco est surpris par un témoin qui n’intervient pas et n’appelle pas la police.  Le lendemain, Marco est convoqué pour rencontrer Mondaini, un directeur de marketing. Il s’agit du témoin du meurtre de la prostituée.

La Mort a pondu un œuf est un film expérimental, inclassable, unique, qui agit comme une séance d’hypnose angoissante et glaçante. Virtuose, maîtrisé du début à la fin, audacieux, sans cesse inventif, La Morte ha fatto l’uovo reste et restera une véritable et fascinante curiosité. Dans cette optique, Giulio Questi « détourne » Jean-Louis Trintignant en lui faisant endosser le rôle principal, celui d’un homme frustré, à l’esprit déviant. Son visage impassible exprime la folie intérieure qui anime son personnage, qui s’ennuie à la fois dans son travail et dans son couple. Sa moitié n’est autre que la « Lollo », Gina Lollobrigida, dans l’une de ses dernières véritables apparitions au cinéma. Sculpturale, magnétique, sensuelle, l’éternelle Bersagliera de Pain, Amour et Fantaisie de Luigi Comencini incarne également une femme à la sexualité refoulée, attirée par les femmes et même par l’inceste.

Si l’intention de départ était de réaliser un giallo, Giulio Questi dresse en réalité le portrait d’un couple qui n’est pas sans rappeler La NuitLa Notte de Michelangelo Antonioni, avec cette célèbre « absence de dialogue » vulgairement appelée « incommunicabilité ». Derrière ce vernis glacé, une mélancolie naît et se fait palpable. La Mort a pondu un œuf c’est le récit d’un homme malheureux, paumé dans une élite bourgeoise dans laquelle il ne se reconnaît pas et qui cherche à se sentir vivant en donnant la mort. Sans en révéler plus, disons que cette jouissance provoquée par l’assassinat n’est qu’éphémère. Marco sera toujours un être seul, perdu dans ses tourments, son mal-être, ses complexes. Le montage frénétique, particulier et déstructuré renvoie au cerveau perturbé du personnage principal, tout comme cette musique dissonante marquée constamment par des ruptures.

Autour de lui, le monde change. L’industrialisation implique le renvoi des employés (qui protestent derrière un grillage comme des poules dans leur enclos), la manipulation génétique – des volatiles naissent sans tête et sans ailes – remplace l’élevage traditionnel. Marco perd ses repères et n’est pas prêt à affronter ces mutations. Il n’a donc qu’un seul remède pour se sentir encore vivant et repousser le plus longtemps cette société déshumanisée qui souhaite l’absorber. On pourrait continuer encore longtemps ainsi tant La Mort a pondu un œuf regorge de pistes possibles, certaines inexplorées, toujours labyrinthiques. C’est là toute la puissance de cet étonnant et très étrange faux giallo, mais avant tout drame social et psychologique, mystérieux objet de culte chéri par les cinéphiles du monde entier et les réalisateurs (David Lynch pour Eraserhead, David Cronenberg pour Frissons et Rage), qui est loin d’avoir dévoilé et révélé toutes ses facettes.

LE BLU-RAY

La Mort a pondu un oeuf est le numéro 5 de la collection Make my Day supervisée par Jean-Baptiste Thoret. Comme pour les autres titres de la collection, Studiocanal permet enfin de (re)découvrir La Mort a pondu un oeuf dans une édition digne de ce nom. Le film de Giulio Questi est présenté ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

En tant que créateur de cette collection, Jean-Baptiste Thoret présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (6’). Comme il en a l’habitude, le critique replace de manière passionnante La Mort a pondu un oeuf dans son contexte, dans la filmographie et le parcours de Giulio Questi. « Un film extraordinaire et extrêmement rare » déclare Thoret, qui indique également que ce film était perdu dans le catalogue de Studiocanal sous le titre « Le Sadique de la chambre 24 ». Il évoque également la sortie de La Mort a pondu un oeuf dans une version amputée, ainsi que la genèse et les thèmes du film, mais également le casting « intelligent et judicieux ». Tout cela est abordé sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

L’éditeur propose ensuite un entretien de Giulio Questi, réalisé à Florence en novembre 2009 (12’30). Durant cette interview, le réalisateur parle de ses films « qui ont toujours eu du mal à faire recette » en raison du traitement original et personnel avec lequel il abordait ses sujets. Le cinéaste était toujours animé par cette passion pour « l’art pop » comme il désignait le septième art et se penche plus longuement sur sa liberté créatrice, ou comment reprendre les schémas éprouvés du cinéma de genre, pour mieux se les approprier.

Nous trouvons un entretien passionnant avec James Blackford, producteur de DVD et de Blu-ray au British Film Institute, qui propose un formidable tour d’horizon des films de Giulio Questi, dont il admire l’oeuvre (19’). Cet exposé contient des spoilers sur les œuvres abordées. James Blackford ne manque pas d’arguments pour analyser les longs métrages « singuliers, fascinants, étranges, surréels, extravagants et magnifiques » de ce cinéaste qui le fascine tant. L’atmosphère, le style et le regard sur le monde de Giulio Questi sont finement abordés, ainsi que son sens de l’humour macabre, la complexité de son montage et de son désir de « renverser les modèles préétablis ». Les thèmes de La Mort a pondu un œuf sont également explorés, ainsi que les trente minutes coupées au montage, réintégrées ici dans cette édition.

Nous terminons pas un véritable cadeau, un entretien avec l’immense Jean-Louis Trintignant, réalisé en 2004 par Sandrine Dumarais, intitulé Jean-Louis Trintignant – J’ai rendez-vous avec vous (51’). Ce film diffusé sur France Télévisions est un voyage poétique dans l’univers du comédien. Suivant le rythme tranquille des représentations bi-hebdomadaires des Poèmes à Lou de Guillaume Apollinaire, en immersion dans la quiétude  du Théâtre de La Madeleine, entre deux répétitions, nous le retrouvons dans la chaleur feutrée de sa loge :  alors Trintignant nous entraîne  sur les chemins du cinéma, propos souvent amusés, inédits. Avec un réel plaisir, il parle des comédiens (les « Colonels » comme Mastroianni), des réalisateurs qu’il a aimé rencontrer (Jacques Audiard, François Truffaut, Patrice Chéreau), il parle aussi des films qu’il a faits (en tant qu’acteur mais aussi comme réalisateur), il parle surtout de ce drôle de métier qu’il exerce depuis plus de cinquante ans. Revenant sur la création théâtrale, il parle de sa fascination pour les poèmes d’Apollinaire, de la relation passionnée qui le liait à Lou, de la genèse de ce spectacle qui est née de sa fille Marie qui était à ses côtés sur scène lors de la première création. Les images de la représentation, des répétitions, se mêlent à la musique aérienne du spectacle, à la voix de Trintignant qui raconte, qui se raconte…  Des images super 8, comme de petites bulles naîtront de la musique et s’évanouiront entre les lignes des poèmes interprétés par Trintignant sur scène.

L’Image et le son

Rien ne l’indique, sauf dans les suppléments, mais le montage présenté ici de La Mort qui a tué un œuf est la version intégrale du film. Censuré à sa sortie avec près d’une demi-heure de séquences coupées, La Morte ha fatto l’uovo a depuis été reconstitué. Hors la qualité des images des scènes longtemps invisibles se voient comme le nez au milieu de la figure. En dépit d’une forte restauration, certains défauts n’ont pu être corrigés sur les séquences coupées, comme tout ce qui concerne l’ami de Marco, qui était passé à la trappe. Il n’est d’ailleurs pas rare que la définition flanche brutalement au cours d’une même séquence avec un grain nettement plus imposant (les scènes de Marco au travail) et des visages très rosés. En dehors de ça, malgré quelques fourmillements, cette présentation HD se tient avec une belle luminosité, des couleurs ragaillardies, un piqué parfois même acéré et une propreté indéniable du master.

Seule la version originale aux sous-titres français est disponible. Ce mixage est dynamique et le souffle aux abonnés absents. Comme de coutume, les dialogues ont été entièrement retravaillés en post-production, d’autant plus que Jean-Louis Trintignant ne parlait pas italien.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / Porte des Lilas, réalisé par René Clair

PORTE DES LILAS réalisé par René Clair, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Pierre Brasseur, Georges Brassens, Henri Vidal, Dany Carrel, Raymond Bussières, Gabrielle Fontan, Amédée, Annette Poivre, Alain Bouvette, Alice Tissot…

Scénario : René Clair, Jean Aurel d’après le roman “La Grande ceinture” de René Fallet

Photographie : Robert Le Febvre

Musique : Georges Brassens

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

Juju « propre à rien, ivrogne et paresseux », mais aimé par les habitants de son quartier parisien de le Porte des Lilas, admire son ami « l’Artiste », un guitariste qui habite dans le petit pavillon voisin. C’est là qu’un matin, un inconnu qui fuit la police, vient se réfugier…

Porte des Lilas est l’un des derniers longs métrages du grand cinéaste René Clair (1898-1981). L’auteur de Sous les toits de Paris (1930), La Belle Ensorceleuse (1941), La Beauté du diable (1950), Les Belles de nuit (1952) sort du triomphe des Grandes manœuvres (5,3 millions d’entrées) avec Gérard Philipe et Michelle Morgan, son premier film en couleur et récompensé par le Prix Louis-Delluc. Il jette son dévolu sur un roman de René Fallet (La Soupe aux choux, Le Triporteur, Les Vieux de la vieille), intitulé La Grande ceinture, qui vient d’être publié. René Clair adapte librement le livre original, désireux de revenir à une production plus « modeste » que son film précédent. Porte des Lilas a longtemps été sous-estimé. Certes, cette comédie-dramatique n’égale pas ses plus grandes réussites et souffre d’un manque de rythme, mais Porte des Lilas vaut bien plus que sa réputation de « petit film » et reste curieux à plus d’un titre puisqu’il s’agit de l’unique apparition au cinéma du chanteur et compositeur Georges Brassens.

Juju, un brave homme nonchalant, passe le plus clair de son temps à boire. Il vit non loin de chez son meilleur ami, surnommé l’Artiste, un chanteur-guitariste. Un jour, leur quartier est investi par la police, qui recherche Barbier, un dangereux criminel. Les agents repartent bredouilles. Juju et l’Artiste acceptent d’héberger le malfaiteur, dont l’élégance et l’assurance ne manquent pas de les impressionner. Juju, en particulier, admire beaucoup leur hôte, dont il accepte même les tentatives de séduction à l’endroit de la jeune Maria qui, pourtant, est la dame de ses propres pensées. Quand Barbier s’apprête à disparaître, seul, après avoir dépouillé Maria et son père, Juju décide enfin de réagir…

Georges Brassens incarne un chanteur anarchiste, misanthrope, aimant les chats et gratter sa guitare toute la journée. Autrement dit lui-même. Véritable attraction de Porte des Lilas, « l’autre moustache » comme l’appelle avec « affection » Bernard Frédéric dans Podium, ne fait pas grand-chose face à la caméra, à part chanter dans un bistrot parisien reconstitué en studio. Passée la surprise, c’est finalement l’immense talent de Pierre Brasseur, magnifique, qui crève l’écran une fois de plus et que l’on retient longtemps après. Son personnage très attachant et bouleversant, parfois proche de celui tenu par Jean Lefebvre dans Un idiot à Paris (également adapté de René Fallet) fait le grand intérêt de Porte des Lilas. Il y a aussi la virtuosité discrète, mais indéniable de René Clair qui parvient à reconstituer une vraie vie de quartier en studio, avec sa petite rue aux pavés mouillés, ses terrains vagues, ses commerçants, ses gamins en culotte courte qui se courent après et surtout, ses habitants. René Clair filme les habitués d’un bistrot, écoutant les chansons de l’Artiste, en regardant le fond de leur verre, en philosophant sur l’existence. Au milieu de ces piliers de bar déambule la fille du patron Alphonse (Raymond Bussières), Maria, interprétée par la délicieuse Dany Carrel, déjà présente dans Les Grandes manœuvres.

Le quotidien de ces petites gens va être bouleversé par l’arrivée d’un « ennemi public ». Si l’Artiste rechigne à le cacher dans sa cave, Juju va vouloir à tout prix devenir le protecteur de Barbier (Henri Vidal qui en fait des caisses, point faible du film), dont il admire l’audace et le succès auprès des femmes. Barbier va alors profiter de la naïveté de ses hôtes. Porte des Lilas conserve une spontanéité et une fraîcheur très agréables. René Clair trouve le parfait équilibre entre la comédie et l’émotion, notamment grâce à la gouaille de Pierre Brasseur et la déconvenue finale de son personnage. Sa mise en scène, tout comme la photographie de Robert Le Febvre (Casque d’or, Le Blé en herbe) inspirée de certaines œuvres de Robert Doisneau élèvent Porte des Lilas bien au-dessus du lot, en se rapprochant parfois du réalisme poétique de Marcel Carné. Et rien que pour cela, ce film souvent oublié est à réévaluer tant son charme rétro agit encore.

LE DIGIBOOK

Porte des Lilas est le sixième et dernier Digibook disponible dans la première vague éditée par Coin de Mire Cinéma que nous passons en revue. Si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance, sans oublier celles des Amants du Tage et de Si tous les gars du monde… Comme sur les autres titres de la collection, le menu principal est fixe et musical.

 

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition de Porte des Lilas contient les actualités de la 39e semaine de l’année 1957, consacrées notamment aux malheurs et désespoirs de l’agriculture française, la désertion des campagnes, la crise agricole. Nous voyons également la Tour Eiffel grandir de huit mètres, ainsi qu’un récapitulatif du sixième Tour de France Automobile. Ce journal évoque également « l’Algérie Française »…(15’).

Ne manquez pas les réclames de l’année 1957 avec une publicité pour les bonbons Kréma, les caramels Valentin, Formica, les petits pois Libby’s et surtout un spot pour Martini avec Louis de Funès. (8′)

La bande-annonce de Porte des Lilas et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Quel plaisir de redécouvrir Porte des Lilas dans de telles conditions ! L’apport HD demeure omniprésent, fabuleux, offrant aux spectateurs un relief inédit (les flocons de neige !), des contrastes denses et chatoyants, ainsi qu’un rendu ahurissant des gros plans. La propreté du master est ébouriffante (restauration 4K HD à partir du négatif original), la stabilité et la clarté sont de mise, le grain cinéma respecté et la compression AVC de haute volée. A l’exception d’une rayure verticale sur le générique en ouverture, de décrochages sur les fondus enchaînés et quelques plans peut-être plus vaporeux ou moins pointus, nous nous trouvons devant la plus belle copie à ce jour du film de René Clair. Vous pouvez dire au revoir à l’édition DVD René Chateau sortie en 2005.

Aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est indéniable, les dialogues sont clairs et nets. Si quelques saturations demeurent inévitables, ainsi qu’un léger souffle, la musique est joliment délivrée et aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Aux frontières de l’aube, réalisé par Kathryn Bigelow

AUX FRONTIÈRES DE L’AUBE (Near Dark) réalisé par Kathryn Bigelow, disponible en combo Blu-ray/DVD le 25 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Adrian Pasdar, Jenny Wright, Lance Henriksen, Bill Paxton, Jenette Goldstein, Tim Thomerson…

Scénario : Kathryn Bigelow, Eric Red

Photographie : Adam Greenberg

Musique : Tangerine Dream

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Dans une petite bourgade de l’Oklahoma, un soir, Caleb fait la rencontre d’une étrange fille, Mae, qui va bouleverser son existence. En effet, Mae est vampire. Caleb se retrouve alors parmi une redoutable « meute » de tueurs-vampires qui ne sévissent que la nuit car ils craignent les mortels rayons du soleil.

S’il n’a eu aucun succès dans les salles américaines à sa sortie en 1987 malgré son petit budget de 5 millions de dollars, Aux frontières de l’aubeNear Dark est pourtant devenu une œuvre culte, reconnue, une référence du genre fantastique, une étape fondamentale du film de vampires. Il s’agit également du premier long métrage mis en scène en solo par l’immense Kathryn Bigelow, six ans après The Loveless, qu’elle avait coréalisé avec Monty Montgomery. Si Aux frontières de l’aube est un chef d’oeuvre aujourd’hui cité et plagié, le film possède également la particularité de reprendre trois comédiens d’Aliens, le retour de James Cameron, Lance Henriksen, Bill Paxton et Jenette Goldstein, réalisé l’année précédente et dont le titre apparaît d’ailleurs sur la devanture d’un cinéma dans Near Dark. Quatre ans avant le succès mondial de Point Break, Kathryn Bigelow installe déjà les composantes de son cinéma, précipité de violence, d’adrénaline (la véritable drogue de tous les personnages chez la cinéaste), de testostérone et de fureur.

Une nuit, Caleb, un jeune fermier candide de l’Oklahoma, rencontre la belle Mae. Fasciné, il tente de la séduire et obtient d’elle un baiser qui devient une morsure. Ce contact va entraîner Caleb dans le monde des compagnons de Mae, des vampires. Il devra apprendre à tuer pour s’abreuver du sang de ses victimes.

Priez pour que l’aube arrive…

Il y a eu définitivement un an avant et un après Les Frontières de l’aube. Si le mot vampire n’est jamais utilisé durant le film, la troupe, on peut même parler de famille reconstituée, de Near Dark appartient bel et bien à ces créatures. S’ils se trouvent dépourvus de canines affûtées, ils se nourrissent quand même du sang de leurs victimes croisées sur les routes désertiques, dans quelques motels glauques qui jonchent les chemins poussiéreux de l’Amérique profonde ou dans quelques bars crasseux où leur dégaine ne passe pas inaperçue dans ces contrées reculées.

Le souhait original de Kathryn Bigelow et de son coscénariste Eric Red (l’auteur du mythique Hitcher de Robert Harmon) était de faire un véritable western, la réalisatrice étant une grande admiratrice du cinéma de Sam Peckinpah, en particulier de La Horde sauvage. Essuyant le refus des producteurs qui prétextaient alors que le genre était démodé et peu amène d’attirer les spectateurs dans les salles, les deux associés changent leur fusil d’épaule en combinant le western et le fantastique.

Western horrifique, Aux frontières de l’aube ne s’embarrasse pas de la mythologie originale. Pas de gousses d’ail ici, ni de crucifix, encore moins d’eau bénite et de cercueils. Demeure l’intolérance au soleil, qui reste fatal pour ces créatures pourtant immortelles. Si la figure du vampire a toujours été accompagnée d’un érotisme latent, Kathryn Bigelow et Eric Red narrent une véritable histoire d’amour, celle entre Caleb (Adrian Pasdar, vu dans Top Gun et dans L’Impasse) et Mae (Jenny Wright), à la dimension Shakespearienne, puisque les deux familles des intéressés vont s’interposer comme dans Roméo & Juliette.

La nuit a son prix…

Après leur mutation, ils représentent ce qu’il y a encore d’humain avec l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre, alors que ceux qui les entourent ne cessent de s’acharner sur leurs proies, dans le sang et la peur. A ce titre, celui qui tire indéniablement son épingle du jeu est le grand et regretté Bill Paxton. Complètement azimuté, explosif, déchaîné, bestial, son personnage Severen, sourire vicieux et sadique collé au visage, adore provoquer ses futures victimes, les pousser à bout, pour ensuite mieux se jeter sur elles et se repaître de leur hémoglobine. Plus « sage » en apparence, mais tout aussi monstrueux, impitoyable et machiavélique, Lance Henriksen campe une variation ténébreuse et sanguinaire de son Bishop d’Aliens, le retour. Son look de gourou des temps modernes, ancien soldat sudiste qui ne cesse d’évoquer sa « mort », est aussi inoubliable.

Réalisé à la fin des années 1980, Aux frontières de l’aube peut se voir comme une parabole sur l’épidémie mondiale du SIDA, avec la peur que la maladie entraîne chez ceux qui en ont « entendu parler » et qui repoussent ceux qui en seraient atteints. Au-delà de cette réinterprétation personnelle du film de vampires, Aux frontières de l’aube est un objet plastique crépusculaire fascinant. Dès sa sublime introduction, avec son montage percutant, la beauté de la photographie d’Adam Greenberg (Terminator, ouvertement cité lors de la scène du poids lourd dans le dernier acte) et la musique toujours enivrante de Tangerine Dream, Near Dark attrape le spectateur pour ne plus le lâcher. Tel un opéra-rock, le film enchaîne les morceaux de bravoure, sanglants ou furieusement romantiques avec une touche de mélancolie, doux et ultra-violents, jusqu’à l’époustouflant final.

Near Dark s’inspire lui-même du roman original d’Anne Rice, Entretien avec un vampire, publié à la fin des années 1970, pour ce qui touche au personnage d’Homer, adulte coincé dans un corps d’enfant. Mais, Aux frontières de l’aube donnera également naissance à d’autres films de genre réalisés dans les années 1990 avec bien évidemment Une nuit en enfer de Robert Rodriguez (1996) et surtout Vampires de John Carpenter (1998) dont certaines scènes renvoient directement au film de Kathryn Bigelow. Lauréat du Corbeau d’argent au Festival international du film fantastique de Bruxelles en 1988, Grand Prix et Licorne d’or pour Jenny Wright au Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction la même année, Aux frontières de l’aube est aujourd’hui unanimement reconnu comme un jalon important du genre. Du sang neuf dont se sont abreuvés les vampires à l’approche du XXIe siècle.

LE BLU-RAY

Aux frontières de l’aube est le numéro 2 de la collection Make my Day supervisée par l’un de nos meilleurs critiques cinéma, Jean-Baptiste Thoret. Comme pour Sans mobile apparent, Six femmes pour l’assassin, Max mon amour et La Mort a pondu un œuf, Studiocanal permet enfin de (re)découvrir Aux frontières de l’aube dans une édition digne de ce nom. Le film de Kathryn Bigelow est présenté ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

Jean-Baptiste Thoret présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (7’30). Comme il en a l’habitude, le critique replace de manière passionnante Aux frontières de l’aube dans son contexte, dans la filmographie et le parcours de Kathryn Bigelow. Il évoque également les conditions de tournage, la genèse et les thèmes du film, la musique de Tangerine Dream, mais également le casting. Tout cela est abordé sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

Cette édition comprend une interview de Kathryn Bigelow, réalisée pour l’émission française Rapido, diffusée sur Canal+ à l’occasion de la sortie française du film en 1988 (25’). Présenté sans coupes, l’entretien est parfois interrompu en raison d’un bruit parasite ou pour demander à la réalisatrice de se replacer face à la caméra. La cinéaste revient sur ses études, son expérience dans la peinture, les partis pris d’Aux frontières de l’aube (« rendre la nuit séduisante »), le travail avec le chef opérateur Adam Greenberg et son coscénariste Eric Red, les conditions de tournage (essentiellement de nuit pendant un mois et demi), les personnages et le casting. Kathryn Bigelow évoque également James Cameron (« Je suis une très grande fan de son cinéma »), ainsi que ses intentions, l’attrait de la violence au cinéma et ses aspirations pour les années à venir. Un document précieux à découvrir.

L’éditeur propose également un documentaire rétrospectif sur Aux frontières de l’aube, Living in Darkness, réalisé en 2002 et invitant une partie du casting, la réalisatrice, les producteurs et le chef opérateur Adam Greenberg (47’). Les anecdotes passionnantes s’enchaînent sur un rythme soutenu, ainsi que les souvenirs de tournage et les conditions des prises de vue. Chacun aborde également la psychologie des personnages et la relecture du mythe du vampire proposée par Near Dark. Des storyboards, ainsi que des photos de plateau illustrent ces propos.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Cette édition Haute-Définition d’Aux frontières de l’aube confortera à la fois les puristes, soucieux de retrouver la patine clairement indépendante de cette œuvre devenue culte, et les adeptes du support Blu-ray. Sans jamais dénaturer le grain original, parfois plus appuyé sur certaines séquences sombres, Studiocanal a trouvé le compromis entre le respect des volontés artistiques originales et l’upgrade numérique. Les contrastes sont au beau fixe (certains trouveront peut-être l’image trop sombre), les noirs denses, la copie stable et d’une propreté immaculée et les couleurs ravivées. Les scènes diurnes sont lumineuses et le piqué est inédit. Tourné avec un budget minuscule de 5 millions de dollars, Aux frontières de l’aube est un tout petit film et ses partis pris occasionnent quelques plans flous, qui apparaissent encore ainsi en HD. La restauration est donc éloquente, très plaisante et surtout très réussie, faisant oublier illico le DVD édité en 2010, au master aujourd’hui complètement obsolète.

La version originale aux sous-titres français imposés est proposée en DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. La première option se contente de spatialiser le score hypnotique de Tangerine Dream, ainsi que des ambiances dynamiques sur les scènes agitées du dernier acte notamment. Les voix auraient toutefois mérité d’être un peu plus relevées sur la centrale. La piste 2.0 est de fort bon acabit, sans doute plus homogène dans son rendu et souvent percutante. Plus anecdotique, la version française est parfois plus sourde, feutrée et couverte, notamment dans son rendu des dialogues (très mauvais doublage) et des bruitages.

Crédits images : © Near Dark Joint Venture / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Si tous les gars du monde…, réalisé par Christian-Jaque

SI TOUS LES GARS DU MONDE… réalisé par Christian-Jaque, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : André Valmy, Jean Gaven, Marc Cassot, Georges Poujouly, Jean-Louis Trintignant, Boudou Babet, Hélène Perdrière, Claude Sylvain, Andrex, Yves Brainville, Bernard Dhéran, Roger Dumas…

Scénario : Jacques Remy, Henri-Georges Clouzot, Christian-Jaque

Photographie : Armand Thirard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Le chalutier « Lutèce » pêche en pleine mer, à deux jours des côtes. Un des hommes de l’équipage tombe malade, atteint d’un mal étrange. Puis, un autre. Il n’y a pas de médecin à bord. Le capitaine fait lancer des appels par radio, mais personne ne répond. Le mal fait de nouvelles victimes…

Attention, chef d’oeuvre ! Immense découverte, Si tous les gars du monde… est réalisé en 1955 par le prolifique – 59 longs métrages à son actif de 1932 à 1977 – Christian Maudet alias Christian-Jaque (1904-1994). Aujourd’hui complètement oublié, il est temps de réhabiliter ce long métrage exceptionnel, drame à la limite du survival, film choral, haletante course contre-la-montre, suspense qui joue avec les nerfs des spectateurs du début à la fin. Il s’agit également du premier film d’un jeune comédien de 25 ans, Jean-Louis Trintignant. Oeuvre humaniste, véritable tour de force, roller-coaster émotionnel, Si tous les gars du monde… convoque plusieurs nationalités, plusieurs cultures, plusieurs pays, plusieurs religions, tous unis au-delà des blocs, de la Guerre Froide, pour aider une poignée d’hommes perdus au large de la Norvège. Ou comment filmer l’effet papillon.

Le Lutèce, un bateau de pêche de Concarneau, alors qu’il se trouve en pleine mer du Nord, voit ses douze marins tomber malades les uns après les autres après avoir consommé du jambon avarié : ils sont atteints de botulisme. La radio de bord étant hors service, le patron Le Guellec, avant de subir à son tour les effets de l’intoxication, a eu le temps de lancer un appel à l’aide depuis un émetteur radio ondes courtes. L’appel est capté par un radioamateur au Togo, une chaîne d’entraide se met en place pour faire parvenir des vaccins au bateau en détresse tandis qu’à son bord les derniers pêcheurs valides s’affrontent : sous les yeux désolés du jeune mousse Benj, Jos accuse Mohammed, musulman, et seul à ne pas avoir consommé de jambon, d’avoir empoisonné celui-ci. Pourtant, la survie de l’équipage va dépendre d’eux et ils vont devoir apprendre à faire corps pour maintenir leur cap et suivre les instructions radio de leurs secouristes. Pendant ce temps, les radioamateurs de France et d’Allemagne alors qu’on est en pleine nuit, ont réussi l’exploit de faire acheminer les médicaments de Paris à Berlin : grâce au dévouement d’hôtesses de l’air qui ont transgressé les règlements, à des soldats américains et soviétiques qui se sont alliés pour faire franchir la frontière entre Berlin Ouest et Berlin Est au précieux colis. Mais le colis arrivera t-il à temps ? Et comment le livrer alors que les pêcheurs sont perdus en pleine mer ?

« Si tous les gars du monde
Devenaient de bons copains
Et marchaient la main dans la main
Le bonheur serait pour demain »

Les Compagnons de la chanson

Si tous les gars du monde… est un film exceptionnel. Tel un jeu de piste, une course de relais, des hommes et des femmes de tout pays, vont s’unir dans le but d’en sauver d’autres. Parallèlement à cette chaîne humaine, Christian-Jaque, sur un scénario en béton cosigné avec Henri-Georges Clouzot et Jacques Rémy, met en valeur les bienfaits du progrès et des nouvelles technologies. Les moyens de communication et de transports permettent aux hommes de s’entendre, de se rapprocher, de s’entraider. Les personnages sont sans cesse en mouvement, agités, angoissés par le sort réservé aux pêcheurs si personne ne leur vient en aide. Conscients qu’ils ont un rôle à jouer pour qu’ils survivent, les protagonistes ne cessent d’aller d’un coin à l’autre de leurs villes respectives, à la recherche d’un passeur, à qui confier le Saint Graal, quelques ampoules contenant le sérum, un vaccin qui pourra guérir les pêcheurs bretons. Il faut voir Jean-Louis Trintignant, déjà génial et magnétique, enfourcher sa Vespa et aller de la Place de Clichy à l’Institut Pasteur, en passant par les Invalides et l’aéroport d’Orly, dans l’espoir de trouver une âme charitable qui pourrait convoyer le précieux traitement.

Malgré la barrière linguistique, les êtres parviennent à s’entendre et la chaîne de solidarité s’organise. L’immense Pierre Fresnay, de son timbre inimitable, ponctue le récit de temps à autre, en faisant le lien entre les protagonistes. Sur un rythme effréné pendant près de deux heures, Christian-Jaque attrape le spectateur pour ne plus le lâcher et pour l’emmener aux quatre coins de l’Europe. La photo du grand chef-opérateur Armand Thirard, fidèle collaborateur d’Henri-Georges Clouzot est sublime, la musique de Georges Van Parys unit les nations dans un hymne commun et universel, tandis que les comédiens, André Valmy, Jean Gaven, Hélène Perdrière, Marc Cassot, Georges Poujouly, Doudou Babt, Jean-Louis Trintignant et bien d’autres campent des personnages inoubliables.

A sa sortie, Si tous les gars du monde… se voit récompenser par le Prix de la Fraternité, le Prix Fémina belge du cinéma, le Globe de cristal au festival de Karlovy-Vary, la Médaille d’argent du film européen à Venise, le Prix des Nations unies, le Golden Laurel Award et le Prix des Associations de jeunesse en URSS.

LE DIGIBOOK

Si tous les gars du monde… est le cinquième Digibook disponible chez Coin de Mire Cinéma que nous passons en revue. Si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance. Comme sur les autres titres de la collection, le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition de Si tous les gars du monde… contient les actualités de la 8e semaine de l’année 1956 : la mort du compositeur Gustave Charpentier, un déplacement en Afrique de la Reine Elizabeth II accompagnée du Prince Charles alors âgé de 7 ans, une expédition française au Pôle Sud, la Côte d’Azur sous la neige…(6’30).

Ne manquez pas les réclames de l’année 1956 avec une publicité pour les esquimaux Gervais, les caramels Dupont d’Isigny, l’eau Vichy Célestins et une poudre miraculeuse, Dentofix, destinée à maintenir votre dentier en place ! Ah oui, mentionnons également la sortie de la nouvelle machine à laver Vedette, « La machine de vos rêves madame ! ».(8′)

La bande-annonce de Si tous les gars du monde… et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Le nouveau master HD (codec AVC) au format respecté 1.37 de Si tous les gars du monde… se révèle quasi-parfait. Piqué (affûté), gestion des contrastes (noirs denses, blancs lumineux), détails ciselés, clarté et relief. La propreté de la copie – restauration effectuée par le laboratoire L21 – est souvent impressionnante, la photo signée par le grand Armand Thirard retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Seuls petits accrocs constatés : de légers fourmillements et quelques plans à la définition plus chancelante.

Comme pour l’image, le son a également un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est réel, les dialogues sont clairs et nets, sans souffle ou bruit parasite. Notons que les passages en langue étrangère ne sont pas sous-titrés. Pour comprendre ces échanges, il vous faudra enclencher les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Max mon amour, réalisé par Nagisa Ôshima

MAX MON AMOUR réalisé par Nagisa Ôshima, disponible en combo Blu-ray/DVD le 25 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Charlotte Rampling, Anthony Higgins, Victoria Abril, Anne-Marie Besse, Nicole Calfan, Pierre Étaix, Bernard Haller, Sabine Haudepin, Fabrice Luchini, Bernard-Pierre Donnadieu…

Scénario : Jean-Claude Carrière, Nagisa Ôshima

Photographie : Raoul Coutard

Musique : Michel Portal

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

Peter, diplomate anglais en poste à Paris, s’aperçoit que sa femme a des rendez-vous secrets. Il la fait suivre. Le détective engagé par ses soins lui apprend qu’elle a loué un appartement, mais qu’il n’a jamais vu l’amant supposé qui s’y cache. Peter obtient un double de la clé…

Nagisa Oshima (1932-2013) est mondialement célèbre pour Nuit et brouillard du Japon (1960), Furyo (1983) et bien évidemment L’Empire des sens (1976). Les films du réalisateur japonais, diplômé en droit, politiques et transgressifs, auront toujours été accompagnés d’un parfum de scandale. Pour son unique incursion dans le cinéma français, le cinéaste s’associe à l’immense Jean-Claude Carrière. Dix ans après L’Empire des sens et sa suite L’Empire de la passion réalisée deux ans plus tard, Nagisa Oshima se penche sur le désir féminin avec Max mon amour, qui n’est pas sans rappeler l’univers de Luis Buñuel, Carrière faisant évidemment le lien, ainsi que le producteur Serge Silberman (Le Charme discret de la bourgeoisie, Cet obscur objet du désir).

Peter Jones est un brillant diplomate britannique posté à Paris, marié à une très belle femme, Margaret, et, théoriquement, heureux. Cependant, Peter découvre, avec l’aide d’un détective, que, les après-midi où elle prétend voir son amie Hélène, Margaret se rend en réalité à un appartement qu’elle a loué. Un jour, Peter va donc la surprendre sur place, croyant qu’il va la trouver avec son amant. Quelle n’est pas sa surprise de trouver Margaret au lit avec un… chimpanzé! Margaret affirme avoir des rapports sexuels et romantiques avec l’animal et ne pas vouloir s’en séparer, quitte à mettre en danger sa vie de famille. Voyant que Margaret est profondément attachée à cet être, Peter propose à sa femme de faire emménager Max, c’est le nom qu’elle a donné au singe, chez eux. Mais peu à peu, Peter s’aperçoit que cette solution n’était pas la bonne: il n’a pas du tout reconquis son épouse et voit bien qu’elle aime Max encore plus que lui.

Qui connaît la vérité à part toi ?

Quel film étrange ! Comment aborder Max mon amour ? Et pourquoi en divulguer plus que son postulat de départ ? En à peine dix minutes, Nagisa Oshima dresse le décor, un grand appartement bourgeois parisien, ses personnages, le grain de sable qui va faire gripper la machine trop bien installée de cette vie déconnectée des réalités. Connaissant la réputation qui le précède suite au triomphe international de L’Empire des sens, le cinéaste va jouer avec l’attente des spectateurs, qui comme le personnage de Peter, ne demande qu’à voir et à découvrir ce qui se cache réellement derrière la porte. Nagisa Oshima se penche sur la question du modèle sexuel, les conventions, les fantasmes impénétrables chez l’être humain, sur la sexualité féminine, sur l’incapacité des hommes à comprendre le sexe opposé. Max mon amour est une œuvre expérimentale, quasi-unique en son genre, pour ainsi dire inclassable.

Il n’est pas interdit de rire devant cette histoire invraisemblable et absurde, d’autant plus que Nagisa Oshima et Jean-Claude Carrière reprennent les codes du vaudeville, le tout violemment éclairé par le grand directeur de la photographie Raoul Coutard, qui accentue le côté surréaliste et frontal des évènements. L’appartement devient une scène d’opéra bouffe avec les portes qui claquent, les protagonistes qui déambulent d’un côté à l’autre du décor principal ou qui essayent de regarder par le trou de la serrure pour tenter d’y apercevoir ce qu’on évertue à leur dissimuler, comme le symbolise le générique de l’immense Maurice Binder avec les comédiens présentés à travers cet alvéole en question. Nagisa Oshima interroge le spectateur sur son propre voyeurisme, sur ce qu’il est prêt à faire pour connaître le fin mot de l’histoire, sur l’animal qui sommeille en chacun de nous.

Tu ne m’as jamais aimé ainsi…

La musique jazzy discrète de Michel Portal, souligne délicatement ce malaise ressenti par le mari. A ce titre, l’audience se met alors dans la peau de Peter, excellemment interprété par le méconnu Anthony Higgins (Une messe pour Dracula, Meurtre dans un jardin anglais), qui entre colère, espoir et résignation, va progressivement accepter la présence de cet être atypique, pour éviter que son couple se déchire et que son foyer vole en éclats. Si Max mon amour reste et demeure un film troublant et énigmatique, c’est aussi et surtout grâce à la composition magnétique de Charlotte Rampling, à la fois désirable, choquante, empathique et repoussante. Le reste du casting est au diapason, notamment Victoria Abril, juste avant sa collaboration avec Pedro Almodóvar, mais aussi Fabrice Luchini, Nicole Calfan, Pierre Étaix, Bernard-Pierre Donnadieu et l’inoubliable apparition de Sabine Haudepin, sommet d’érotisme quand elle se retrouve nue devant le chimpanzé. Pour l’anecdote, Max est une combinaison parfaite entre un véritable singe, une marionnette et surtout la participation de la chorégraphe Ailsa Berk glissée dans un costume très réaliste, qui avait déjà travaillé sur Le Retour du Jedi et surtout Greystoke, la légende de Tarzan, dans lequel elle jouait Kala.

Dans Max mon amour, le spectateur ne cesse d’être ballotté d’un sentiment à l’autre. On ne criera pas au chef d’oeuvre, la mise en scène est d’ailleurs très discrète, mais force est d’admettre que plus de trente ans après sa sortie, la fable burlesque et douce-amère d’Oshima n’a rien perdu de son mystère et c’est ce qui en fait la marque des grands films.

LE BLU-RAY

Max mon amour est le numéro 1 de la collection Make my Day supervisée par l’un de nos meilleurs critiques cinéma, Jean-Baptiste Thoret. Comme pour Sans mobile apparent, Six femmes pour l’assassin et Aux frontières de l’aube et La Mort a pondu un œuf, Studiocanal permet enfin de (re)découvrir Max mon amour, film rare, dans d’excellentes conditions. Le film de Nagisa Oshima est présenté ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

Jean-Baptiste Thoret présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (7’). Comme il en a l’habitude, le critique replace de manière passionnante Max mon amour dans son contexte, dans la filmographie de Nagisa Oshima et évoque les conditions de tournage. La genèse et les thèmes du film, mais également ce qui en fait son “étrangeté et son pouvoir de fascination”, le casting, le rapport au spectateur, sont abordés sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

Le même Thoret revient, sa voix du moins, à travers un essai vidéo sur le générique de Maurice Binder et les dix premières minutes de Max mon amour (10’30). L’historien du cinéma et critique se livre à une très brillante et passionnante analyse de l’exposition du film de Nagisa Oshima, judicieusement intitulée Par le petit trou de la serrure.

Jean-Baptiste Thoret est ensuite allé à la rencontre de Jean-Claude Carrière, Charles Tesson et Michel Portal (52’). Le premier, éminent scénariste, partage ses souvenirs sur l’écriture de Max mon amour, mais aussi sur sa rencontre et le travail avec Nagisa Oshima. Le second, critique et historien du cinéma, dresse un parallèle entre Max mon amour et l’oeuvre de Luis Buñuel et propose une analyse du fond et de la forme du film de Nagisa Oshima. Le troisième, compositeur et musicien, saxophoniste et clarinettiste de jazz, intervient cinq minutes avant la fin du module. Il explique comment le thème principal a été trouvé, avant de nous le rejouer en live. Au cours de ces entretiens croisés, sont abordés le mauvais accueil du film au Festival de Cannes, les partis pris du réalisateur, la théâtralité des décors, les thèmes, la psychologie des personnages, etc.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

On craint tout d’abord durant le générique que les couleurs soient trop sombres ou fanées. Puis, tout s’améliore immédiatement après. L’appartement bourgeois regorge de détails, c’est clinquant, lumineux. La propreté de la copie n’est jamais prise en défaut, le master est stable, les noirs denses, le piqué impressionnant. Même chose en ce qui concerne les nombreux gros plans des comédiens, dont on peut distinguer toutes les (im)perfections. Cette édition Haute-Définition rend obsolète le DVD édité par Studiocanal en 2009. Superbe restauration.

Max mon amour combine à la fois les langues anglaise et française. L’écoute Stéréo est très agréable, riche, y compris dans ses silences. Les dialogues ne manquent pas de clarté. L’éditeur joint également les sous-titres français, destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © STUDIOCANAL / France 2 Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Amants du Tage, réalisé par Henri Verneuil

LES AMANTS DU TAGE réalisé par Henri Verneuil, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Daniel Gélin, Françoise Arnoul, Trevor Howard, Marcel Dalio, Amalia Rodriguez, Ginette Leclerc, Georges Chamarat, Betty Stockfled, Jacques Mulières…

Scénario : Jacques Companéez, Marcel Rivet d’après le roman éponyme de Joseph Kessel

Photographie : Roger Hubert

Musique : Lucien Legrand

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Pour fuir un passé trop douloureux, Pierre Roubier s’est exilé à Lisbonne… en compagnie d’amis de rencontre, de maîtresses de hasard, il essaie d’oublier le jour maudit où, par jalousie, il a tué sa femme. Perdu dans le grouillement bigarré de la ville, il fait alors la connaissance de Kathleen Dinver…

Comme je l’indiquais dans la critique des Gens sans importance, Les Amants du Tage est le premier vrai grand virage du réalisateur d’Henri Verneuil après ses immenses succès populaires mettant en scène Fernandel. Dans cette adaptation d’un roman de Joseph Kessel (qui signe ici les merveilleux dialogues) publié en 1954, le cinéaste passe à la vitesse supérieure en jouant sur le cadre et avec toute la technique mise à disposition, tandis que son récit mélodramatique lui permet de démontrer son art du storytelling. Romanesque, exotique et émouvant, Les Amants du Tage est un très beau film méconnu à travers lequel naît véritablement l’un de nos plus grands réalisateurs.

Paris, août 1944 : la guerre finie, Pierre Roubier rentre chez lui et découvre sa femme dans les bras de son amant. De colère, il les abat tous deux d’un coup de mitraillette, mais, grâce à son passé de résistant, écope d’une peine symbolique. Il s’exile à Lisbonne où il devient chauffeur de taxi. Il rencontre la séduisante Kathleen Dinver. La jeune femme, récemment veuve, est elle-même aux prises avec un passé pesant : elle est en effet soupçonnée par l’opinion publique d’avoir contribué à la mort de son mari, Lord Denver, dans un tragique accident. Un amour naît entre Pierre et Kathleen, qui va être contrarié par le poids du passé, surtout que Kathleen fait l’objet d’une filature de la part de l’inspecteur Lewis, bien décidé à démontrer sa culpabilité.

En 1955, Henri Verneuil délaisse momentanément Fernandel après six films et autant d’immenses succès populaires en commun. Tourné entre Paris et Lisbonne, Les Amants du Tage joue la carte de la romance contrariée avec comme toile de fond la capitale portugaise, une musique bouleversante signée Michel Legrand et le fado de la grande Amália Rodrigues. Loin d’utiliser Lisbonne comme simple carte postale, Henri Verneuil joue avec les contrastes entre une ville solaire et chaleureuse et l’amour d’un jeune couple parasité par le passé trouble de la jeune femme où le personnage de l’inspecteur retors symboliserait l’éclipse du feu ardent qui les anime.

Pour sa seule incursion dans le cinéma d’Henri Verneuil, Daniel Gélin campe un antihéros sombre, négatif, éteint, torturé, qui tente de se reconstruire (en en faisant un peu trop c’est vrai) après un terrible drame qui lui a fait perdre les pédales. Une possible rédemption lui apparaîtra sous l’apparence d’une jeune femme divine, sensuelle, mais qui dissimule également un drame récent. Comme dans Des gens sans importance, la vie réunit ces deux individus écorchés, en marge. Pierre et Kathleen se reconnaissent et vont s’aimer. Cette dernière est incarnée par la sublime Françoise Arnoul, alors comédienne fétiche du cinéaste. Sa beauté naturelle, magnifiquement photographiée par Roger Hubert, crève l’écran une fois de plus et Les Amants du Tage vaut en très grande partie pour la puissance de son jeu et son charisme flamboyant, mystérieux et envoûtant. Celui qui tire également son épingle du jeu n’est autre que l’immense acteur britannique Trevor Howard, dans le rôle de Lewis, l’obstiné inspecteur de Scotland Yard, bien décidé à démontrer la culpabilité de Kathleen, pour ensuite la mettre sous les verrous. En français dans le texte, en phonétique certes, l’acteur fait le lien avec Brève rencontre et Les Amants passionnés de David Lean, sortis en 1945 et 1949. Son flegme so british dissimule en réalité un flic diabolique, opiniâtre, implacable, prêt à tout pour aller au bout de sa mission.

S’il lui manque un certain souffle pour convaincre entièrement, Les Amants du Tage démontre l’indéniable virtuosité de son metteur en scène et le sort réservé à ces deux amants rattrapés par le destin marque définitivement les esprits. Un charme rétro toujours intact et élégant, transcendé par sa beauté plastique. Un coup d’essai que transformera Henri Verneuil en coup de maître avec Des gens sans importance, tourné dans la foulée.

LE DIGIBOOK

Nous en avons déjà parlé à trois reprises, si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance. Même chose que pour ces trois titres, le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition des Amants du Tage contient donc les actualités de la 11e semaine de l’année 1955 comme la venue à Paris de la comédienne Gina Lollobrigida pour la présentation de son nouveau film, la création d’un tissu inusable ou le salon des arts ménagers parasité par le groupe vocal des Quatre Barbus (10’).

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1955 avec une publicité pour les esquimaux Gervais, les caramels Valentin, l’eau Vichy Célestins, Nescafé et un shampooing étrange constitué d’oeufs (8’).

La bande-annonce des Amants du Tage et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

En dehors de quelques images d’archives en début de film, forcément marquées et non retouchées, et de la dernière séquence aux légers fourmillements, le master restauré en Haute-Définition des Amants du Tage est superbe. On ne s’attendait pas à un tel rendu. La copie est étincelante, avec des noirs denses qui côtoient des blancs immaculés et la palette de gris est largement étendue. La restauration est exceptionnelle, aucune scorie n’a survécu au nettoyage numérique et le piqué est bluffant. Le grain original est heureusement conservé et excellemment géré. Ce Blu-ray permettra de (re)découvrir totalement cette œuvre d’Henri Verneuil. Exit l’ancienne édition DVD disponible chez LCJ !

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations demeurent inévitables surtout sur les quelques dialogues aigus et les fados, l’écoute se révèle fluide, limpide et surtout saisissante. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Six femmes pour l’assassin, réalisé par Mario Bava

SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN (Sei Donne per l’assassino) réalisé par Mario Bava, disponible en combo Blu-ray/DVD le 25 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Cameron Mitchell, Eva Bartok, Thomas Reiner, Arianna Gorini, Dante DiPaolo, Mary Arden, Franco Ressel, Claude Dantes…

Scénario : Marcello Fondato, Giuseppe Barilla, Mario Bava

Photographie : Ubaldo Terzano

Musique : Carlo Rustichelli

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Une série de meurtres est perpétrée sur des modèles dans une maison de haute couture à Rome. La comtesse Cristina, propriétaire des lieux, semble être étrangement au courant du passé des victimes et son amant, le sinistre Morlacchi, paraît en savoir long sur le maniaque du crime.

C’est de là que tout est parti. Le giallo, ce genre italien du film d’exploitation, cocktail de cinéma d’horreur, de film policier et d’érotisme soft. Un tueur ganté, masqué, qui assassine sauvagement (souvent en caméra subjective) à l’aide d’une arme blanche ou de ses propres mains en étranglant la plupart du temps une pauvre femme qui trépasse en hurlant, et rend son dernier souffle, figée dans un ultime appel au secours. Chantage, sexe, héros suspectés, meurtres sadiques, Mario Bava (1914-1980) ne sait pas encore qu’il vient de changer le cinéma de genre, italien, européen puis mondial. Sorti sur les écrans en 1964, Six femmes pour l’assassinSei Donne per l’assassino, ou bien encore Blood and Black Lace pour son titre international, est l’oeuvre matricielle, l’acte fondateur de tout un pan du septième art et reste l’un des plus grands thrillers jamais réalisés.

L’atelier « Christian » est une maison de haute couture très réputée qui a pour cadre un véritable petit château dont la propriétaire, la Comtesse Como, est également la directrice de l’établissement. Elle est associée à Massimo Morlachi, un homme d’apparence austère qui s’occupe essentiellement de la partie administrative. La Comtesse, veuve, a hérité de son mari décédé dans un accident de voiture. Elle a pour employés deux modélistes : Cesar et Marco, et une dizaine de modèles. Les ennuis commencent lorsque Cristina découvre le cadavre d’Isabelle, l’un de ses mannequins, dans une armoire…

D’emblée, dès le premier plan, dès les premières notes du mambo entêtant de l’immense Carlo Rustichelli (Au nom du peuple italien, Divorce à l’italienne), la mise en scène, le rythme, le montage, le cadre, les contrastes, les couleurs baroques, les angles de prises de vue nous attrapent pour ne plus nous lâcher. Quand il réalise et coécrit Six femmes pour l’assassin avec Giuseppe Barilla et Marcello Fondato, Mario Bava a déjà une demi-douzaine de longs métrages à son actif en tant que réalisateur, dont Le Masque du démon (1960), La Fille qui en savait trop (1963) qui posait déjà certaines bases, Les Trois visages de la peur (1963) et Le Corps et le fouet (1963). Après avoir fait ses classes en tant que directeur de la photographie, puis dans le domaine du documentaire, Mario Bava commence par « rendre service » aux cinéastes qui l’emploient, disons plutôt qu’il coréalise en réalité à leurs côtés, sans être crédité. Fils d’un sculpteur, Mario Bava a hérité du don de son père pour modeler la matière mise à sa disposition. Ancien des Beaux-Arts, fasciné par les plus grands peintres, Mario Bava use de son talent en tant que chef opérateur pour Roberto Rossellini, Dino Risi et même pour Raoul Walsh sur Esther et le roi (1960).

Si la photographie de Six femmes pour l’assassin est signée Ubaldo Terzano, futur caméraman d’Elio Petri sur Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, La classe ouvrière va au paradis et La Propriété, c’est plus le vol, de Dario Argento sur Les Frisson de l’angoisse, de Lucio Fulci sur Le Venin de la peur et L’Eventreur de New York, le traitement des couleurs flamboyantes est signé Mario Bava. A l’instar d’une partie cruelle et sadique de Cluedo, les personnages (des pions de couleurs manipulés par le cinéaste), tous des coupables potentiels et possibles victimes, sont constamment nimbés par des éclairages qui les caractérise. Comme s’il usait de sa caméra comme d’un pinceau et du cadre comme d’une toile, le maestro expérimente en incorporant quelques touches chromatiques aux quatre coins de l’image et de son décor, de rouge notamment, faisant de chaque plan un tableau à part entière.

Six femmes pour l’assassin ravit les yeux, mais triture le coeur et l’estomac du spectateur avec des meurtres aujourd’hui encore particulièrement brutaux, secs, frontaux, violents. Il s’en dégage constamment une poésie morbide, effrayante, mais également attirante, jouant autant avec les nerfs des spectateurs qu’avec leurs propres désirs et pulsions. Face à la caméra, Mario Bava engage des gueules, celle de Cameron Mitchell, qui signe sa troisième collaboration avec le réalisateur après Le Dernier des Vikings et La Ruée des Vikings, tournés en 1961. Il y a également celle particulièrement reconnaissable de Luciano Pigozzi, sorte de clone transalpin de Peter Lorre, sans oublier le charme et la sensualité des comédiennes, dont Bava immortalise la beauté à travers la mort de leurs personnages.

Sei donne per l’assassino donnera naissance à de nombreux ersatz, à des vocations (Dario Argento évidemment) et n’aura de cesse d’être nommé par des réalisateurs de renom tels qu’Henri Verneuil dans Peur sur la ville, Brian De Palma, Tim Burton, Joe Dante, Nicolas Winding Refn et Alfred Hitchcock lui-même, qui boucle ainsi la boucle avec Frenzy en 1972. La figure du tueur, feutre vissé sur la tête, imperméable et visage dissimulé sous une étoffe impénétrable inspirera probablement le personnage de Rorschach à Alan Moore et Dave Gibbons pour l’exceptionnel Watchmen.

Film à suspense, thriller hitchcockien à l’épouvante stylisée, drame psychologique à la beauté graphique renversante, Six femmes pour l’assassin ne cesse et ne cessera jamais de fasciner les cinéphiles d’hier et d’aujourd’hui.

LE BLU-RAY

Bienvenue à la collection Make my Day supervisée par l’un de nos meilleurs critiques cinéma, Jean-Baptiste Thoret ! Enfin l’occasion de (re)découvrir certains films très attendus en DVD et Blu-ray, comme Six femmes pour l’assassin, jusqu’alors disponible uniquement en import ! Le chef d’oeuvre de Mario Bava est présenté ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

L’historien du cinéma et critique présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (6’). Comme il en a l’habitude, Jean-Baptiste Thoret replace de manière passionnante Six femmes pour l’assassin dans son contexte, dans la filmographie de Mario Bava et évoque les conditions de tournage. Les thèmes du film, mais également ce qui en fera la matrice de tout un nouveau genre de l’histoire du cinéma, son héritage, son influence sur les autres cinéastes, la musique de Carlo Rustichelli, le casting, sont abordés sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

Après, précipitez-vous sur la rencontre indispensable et imposante de cette édition, celle avec le réalisateur Christophe Gans (41′), qui propose une formidable approche sur Six femmes pour l’assassin et le cinéma de Mario Bava en général. Ecouter Christopher Gans c’est comme assister à une masterclass à chacune de ses interventions. Il se souvient de sa découverte du maître italien à la télévision et de la façon avec laquelle la puissance et le pessimisme du film l’avaient frappé alors qu’il était très jeune. Puis, Christophe Gans rentre plus dans les détails en croisant à la fois le fond et la forme, avec évidemment un focus réalisé sur le travail des couleurs. « Un film fondateur pourtant oublié jusqu’en 1999 et remis à sa juste place grâce au soutien des cinéphiles et des fans de Mario Bava en Europe, ainsi qu’aux Etats-Unis. » dit-il. Christophe Gans dresse le portrait de l’homme et de l’artiste, un immense artisan qui le fascine toujours autant.

L’Image et le son

Alors oui, certains ont crié au scandale en apprenant que le master proposé par Studiocanal était proposé au format 1.66, visiblement non conforme au 1.85 original, comme l’était déjà le Blu-ray disponible chez Arrow. On a attendu de longues années Six femmes pour l’assassin, alors on ne va pas faire la fine bouche hein ! Les puristes n’ont pas été tendres, on peut les comprendre. Toutefois, force est de constater que le rendu est ici pointilleux, surtout en ce qui concerne la restitution des couleurs disparates, un vrai ravissement dès le célèbre générique en ouverture. La copie restaurée 2K est d’une propreté jamais démentie, le grain très bien géré, l’image stable, les noirs denses. Les quelques plans flous semblent d’origine, tout comme nous constatons également de très légers moirages. La qualité des gros plans est évidente avec moult détails et un piqué étonnant.

Là aussi certains n’ont pas été tendres après l’annonce faite par Studiocanal de la seule présence de la piste italienne. Certains sont en effet très attachés à la version française avec laquelle ils ont découvert Six femmes pour l’assassin. Mais on ne pourra pas reprocher à cette option DTS HD Master Audio Mono 2.0 italienne de ne pas faire le boulot ! C’est nickel, propre, sans souffle dès les premières notes de la composition de Carlo Rustichelli, les dialogues sont très clairs. Les sous-titres français sont imposés.

Crédits images : © STUDIOCANAL / Compass / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Des gens sans importance, réalisé par Henri Verneuil

DES GENS SANS IMPORTANCE réalisé par Henri Verneuil, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Françoise Arnoul, Pierre Mondy, Yvette Etiévant, Dany Carrel, Edmond Ardisson, Robert Dalban, Paul Frankeur, Jacques Marin…

Scénario : Henri Verneuil, François Boyer d’après le roman éponyme de Serge Groussard

Photographie : Louis Page

Musique : Joseph Kosma

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Jean Viard, routier, quinquagénaire, mal marié et père de trois enfants, rencontre Clotilde. Elle a vingt ans, elle est jolie et amusante. Elle travaille dans un relais routier où ils se retrouvent à la faveur des passages réguliers de Jean. Ils prennent peu à peu conscience d’une irrésistible passion qui les bouleverse, mais leur relation vire au drame…

Des gens sans importance est comme qui dirait le long métrage avec lequel le cinéaste Henri Verneuil prend véritablement son envol. Après six films avec Fernandel tournés en trois ans, La Table-aux-crevés, Le Fruit défendu, Le Boulanger de Valorgue, Carnaval, L’Ennemi public numéro un et Le Mouton à cinq pattes et après autant de succès dans les salles avec près de 21 millions de spectateurs cumulés, sans compter le film à sketches Brelan d’as en 1952 (1,7 million d’entrées), Henri Verneuil connaît un premier virage avec Les Amants du Tage, adapté de Joseph Kessel, sur lequel je reviendrai bientôt. Si le succès est moins important, le film cumule malgré tout 1,8 million d’entrées en 1955. Des gens sans importance transforme cet essai en véritable coup de maître. Chef d’oeuvre très souvent oublié, le neuvième long métrage d’Henri Verneuil s’impose comme le digne représentant d’un néoréalisme à la française, porté par le monstre Jean Gabin (première des cinq collaborations avec le réalisateur) qui reprend le volant et la salopette de routier de l’excellent Gas-oil de Gilles Grangier, sorti quelques mois auparavant. Pourtant, c’est un tout autre personnage que l’immense comédien interprète dans Des gens sans importance, adapté du roman de Serge Groussard. Il y est une fois de plus magnifique et bouleversant.

Routier, Jean Viard ne trouve aucune compréhension auprès de sa famille avec laquelle il ne s’entend guère. Il lui est reproché ses longues absences, ses retours souvent retardés, le peu de temps à séjourner chez lui entre deux missions. Avec son fidèle coéquipier Berty, il s’arrête souvent au relais « La Caravane » où il rencontre Clotilde, une petite bonne d’une vingtaine d’années. Lassitude, solitude des deux êtres qui, irrésistiblement attirés l’un vers l’autre, se rapprochent. Un amour solide naît. De multiples contretemps vont empêcher Jean et Clotilde de former un couple durable. Jean perd momentanément son emploi. Clotilde, enceinte, n’osera lui avouer son état et se fera avorter.

Avec un réalisme quasi-documentaire, Henri Verneuil capte le quotidien morose de ses chauffeurs routiers dès la première séquence du film. Le regard usé par les 1500 kilomètres qu’ils viennent de s’enfiler sans interruption, Jean (Jean Gabin) et son collègue Berty (Pierre Mondy) viennent de se relayer une fois de plus et sont bientôt de retour au bercail. Jean s’installe sur la banquette et laisse le volant à son ami pour essayer de se reposer un petit peu. Mais Berty est aussi fatigué que Jean et évite l’accident de justesse. Henri Verneuil montre la lassitude d’un travail morne, ces hommes lancés avec leur 15 tonnes sur des routes détrempées et qui disparaissent dans le brouillard. Leur vie se résume à la route. Jean a bien une femme qui l’attend à la maison, mais alors qu’il rentre au petit matin, sa femme s’occupe des tâches ménagères. Pour elle, sa vie c’est aussi cela, avec en plus ses deux garçons en bas âge. Ils ont également une fille de 17 ans, Jacqueline (la délicieuse Dany Carrel), qui vient juste de rentrer du réveillon de Noël. La jeune femme rêve de devenir, mais Jean ne cesse de la ramener à la réalité en étant froid et dur avec elle. La famille est au bord de l’implosion, tout le monde parle fort et s’envoie des trucs dégueulasses à la figure.

Durant le premier quart d’heure, le cinéaste dresse le tableau. Le personnage, son entourage, son quotidien, son boulot, son niveau de vie, sa famille, les tensions au travail avec un contremaître (Robert Dalban) qui vérifie le contrôlographe (le fameux « mouchard ») installé dans le tableau de bord, pour voir si ses employés se sont payé du bon temps sur la route. C’est alors que Jean rencontre Clotilde, alias Clo, qui va lui donner l’espoir d’une vie meilleure malgré leurs trente ans de différence. Clo est merveilleusement incarnée par Françoise Arnoul, alors comédienne fétiche d’Henri Verneuil, qui la dirigera cinq fois. Magnétique, sensuelle, elle crève ici l’écran comme dans Les Amants du Tage l’année précédente avec son regard désespéré, comme si l’ennui et la solitude l’avaient fait vieillir prématurément. Ces deux êtres marginaux se reconnaissent entre eux. L’envie de contrecarrer leur destin et de prendre des chemins de traverse aura raison d’eux.

Comme s’il était à jamais lié au bitume, Jean se retrouvera sur la même route, celle qui lui a été tracée depuis toujours, tandis que Clo lui apparaîtra comme un mirage, à l’instar de ces pubs qui jonchent son chemin la nuit, à peine éclairées par ses phares. Henri Verneuil montre également l’horizon bouché des petites gens qui doivent se contenter d’une chambre minable dans un hôtel de passe, sans se plaindre. Les jeunes femmes enceintes et sans ressources se voient confier l’adresse d’une obscure faiseuse d’anges pour les libérer de leurs nouveaux fardeaux, thème alors encore extrêmement tabou. Henri Verneuil montre tout cela avec frontalité, une simplicité des mots, crue, violente, qui interpelle du début à la fin. La vie ne fait aucun cadeau et détruit tout, surtout chez ceux qui croyaient pouvoir se jouer d’elle.

Sans aucun misérabilisme, d’un pessimisme rare, noir comme le charbon (comme la sublime photo de Louis Page), furieusement mélancolique (le thème entêtant de Joseph Kosma), Des gens sans importance (quel beau titre !) est un important chef d’oeuvre à réhabiliter de toute urgence.

LE DIGIBOOK

Fondateur de la structure indépendante Coin de mire Cinéma, Thierry Blondeau est un autodidacte, un cinéphile passionné et grand collectionneur (plus de 10.000 titres dans sa DVDthèque) qui a décidé de se lancer dans le marché de la vidéo dans le but d’éditer des films qu’il désirait voir débarquer dans les bacs depuis longtemps. Prenant son courage à deux mains, essuyant le refus de la plupart des éditeurs qui riaient devant son projet, Thierry Blondeau ne s’est jamais découragé. Son envie et son amour infini pour le cinéma et le support DVD/Blu-ray ont porté leurs fruits. Voilà donc la collection « La Séance » qui s’ouvre le 22 octobre 2018 avec six titres : Les Amants du Tage et Des gens sans importance d’Henri Verneuil, Si tous les gars du monde… de Christian-Jaque, Porte des Lilas de René Clair, Les Grandes familles de Denys de La Patellière et Archimède le clochard de Gilles Grangier. Inédits en Blu-ray, ces titres seront édités à 3000 exemplaires.

Coin de mire Cinéma a d’ores et déjà annoncé les sorties de Paris est toujours Paris de Luciano Emmer, Le Cas du Docteur Laurent de Jean-Paul le Chanois, Des Pissenlits par la racine de Georges Lautner, Le Train de John Frankenheimer (en co-édition avec L’Atelier d’images), La Grosse caisse d’Alex Joffé et L’Affaire Dominici de Claude Bernard Aubert. Chaque restauration sera assurée par TF1 en collaboration avec le CNC. Ont également participé à la réalisation de ce projet L’Atelier d’images (entre autres Hugues Peysson et Jérôme Wybon), Celluloïd Angels, Intemporel et Slumberland. Signalons que chaque titre est annoncé au tarif de 32€, disponible à la vente sur internet et dans certains magasins spécialisés à l’instar de Metaluna Store tenu par l’ami Bruno Terrier, rue Dante à Paris.

L’édition prend la forme d’un Digibook (14,5cm x 19,5cm) suprêmement élégant. Le visuel est très recherché et indique à la fois le nom de l’éditeur, le titre du film en lettres d’or, le nom des acteurs principaux, celui du réalisateur, la restauration (HD ou 4K selon les titres), ainsi que l’intitulé de la collection. L’intérieur du Digibook est constitué de deux disques, le DVD et Blu-ray, glissés dans un emplacement inrayable. Une marque est indiquée afin que l’acheteur puisse y coller son numéro d’exemplaire disposé sur le flyer volant du combo, par ailleurs reproduit dans le livret. Deux pochettes solides contiennent des reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4. Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie d’Henri Verneuil avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction du dossier de presse original et d’articles divers. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition des Gens sans importance contient donc les actualités de la 7e semaine de l’année 1956 comme le résumé des Jeux Olympiques d’hiver à Cortina d’Ampezzo en Italie, une visite en Afrique du Nord de Robert Lacoste, Gouverneur général et ministre de l’Algérie, Rome sous la neige ou Sophia Loren s’exerçant à la tauromachie (8’).

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1956 avec une publicité pour les bonbons Kréma avec Pierre Doris, une autre pour la pellicule couleur de la marque Gevacolor, un spot pour l’eau Vichy Célestin et un dernier consacré à la célèbre pastille Valda « En vert et contre toux » (8’).

La bande-annonce des Gens sans importance et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

En 2000, le film d’Henri Verneuil avait connu une première édition DVD chez René Chateau, avant de réapparaître chez TF1 Vidéo en 2015. La présente restauration numérique a été réalisée avec le plus grand soin. Le nouveau master HD des Gens sans importance au format 1.37 respecté se révèle extrêmement pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés et de relief. La propreté de la copie est souvent sidérante, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans d’Henri Verneuil, la photo signée par le grand Louis Page (Mélodie en sous-sol, Le Président) retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Les fondus enchaînés sont également fluides et n’occasionnent pas de décrochages.

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations demeurent inévitables sur la composition de Joseph Kosma, l’écoute se révèle fluide, équilibrée, limpide et surtout saisissante. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises, les dialogues clairs, dynamiques. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Sans mobile apparent, réalisé par Philippe Labro

SANS MOBILE APPARENT réalisé par Philippe Labro, disponible en combo Blu-ray/DVD le 25 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda, Sacha Distel, Carla Gravina, Paul Crauchet, Laura Antonelli, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran…

Scénario : Vincenzo Labella, Philippe Labro, Jacques Lanzmann d’après le roman “Ten Plus One” d’Ed McBain

Photographie : Jean Penzer

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

À Nice, un mystérieux assassin tire sur un promoteur immobilier. D’autres meurtres suivent, tout aussi inexplicables, car sans mobile apparent. L’inspecteur Carella remonte alors dans le passé des victimes et découvre peu à peu une vérité guère reluisante…

Remarqué avec Tout peut arriver par le grand producteur Jacques-Éric Strauss, qui venait de connaître son premier triomphe avec Le Clan des Siciliens, sorti en même temps que son premier long métrage en tant que réalisateur, Philippe Labro décide de passer à l’étape supérieure avec Sans mobile apparent. En s’associant au scénariste, écrivain et parolier Jacques Lanzmann, le cinéaste peut enfin rendre hommage au cinéma qui n’aura de cesse de l’influencer, le polar américain, son genre de prédilection. En adaptant le roman Ten Plus One d’Ed McBain sur la Riviera, Philippe Labro rend hommage aux cinéastes qui lui ont donné envie de passer derrière la caméra, John Huston et Howard Hawks entre autres, ainsi qu’au romancier Raymond Chandler cité en ouverture, en adoptant l’atmosphère, le cadre et des décors propres au thriller US, mâtiné de giallo bien européen. La sauce a manifestement pris auprès du public français, puisque Sans Mobile apparent attirera 1,3 million de spectateurs dans les salles en septembre 1971. Aujourd’hui, ce film reste chéri par les cinéphiles et reste un véritable modèle du genre, dans lequel l’immense Jean-Louis Trintignant campe un inspecteur de police monomaniaque, froid, cynique, hargneux, antipathique et obstiné.

En trois jours, trois cadavres: celui d’un riche industriel, Monsieur Forest, celui d’un jeune playboy, Monsieur Buroyer et celui de l’astrologue, Kleinberg. L’arme du crime est un fusil à lunettes: c’est le seul élément positif que possède l’inspecteur Carella. Il décide de fouiller la vie des trois victimes, car il existe, il en est sûr, un lien entre elles. Grâce à la belle-fille de Forest, Sandra, il entre en possession du carnet de rendez-vous de l’industriel, sur lequel figure une liste de noms féminins. Parmi eux, celui d’une de ses amies, Jocelyne Rocca. Carella l’invite chez lui et apprend qu’elle a connu les trois victimes à l’université. Il pressent qu’elle sera la 4e victime.

Réalisé avec le parrainage de Jean-Pierre Melville, l’un de ses maîtres qui avait beaucoup d’affection pour lui, Sans mobile apparent de Philippe Labro est assurément le meilleur film de son auteur. Hybride, ce second long métrage joue avec les codes du cinéma américain, sans pour autant le singer. On serait même tenté de dire qu’il y a de l’Inspecteur Harry chez Carella, on y pense notamment dans la dernière scène, mais le film de Don Siegel est sorti quelques mois après celui de Philippe Labro. C’est dire si ce dernier sentait venir un changement quant à la représentation du flic à l’écran.

Le cinéaste prend un immense plaisir à filmer son décor naturel et surtout ses comédiens. Et quel casting. Jean-Louis Trintignant se voit entouré des sublimes Dominique Sanda, Carla Gravina, Stéphane Audran et Laura Antonelli, rien que ça, tandis que Sacha Distel, Paul Crauchet et Jean-Pierre Marielle complètent cette incroyable distribution. Le scénario, solide et bien ancré dans la tradition du whodunit, enchaîne les scènes cultes comme des perles sur un collier, et tous les spectateurs se souviennent encore aujourd’hui de la course de Jean-Louis Trintignant autour du port de Nice, séquence qui a d’ailleurs donné naissance à l’affiche du film et rythmée par l’incroyable composition du maestro Ennio Morricone.

Redoutablement efficace (le montage est épatant), les années coulent doucement sur Sans mobile apparent, une valeur sûre du polar hexagonal sous influence et bourré de charme.

LE BLU-RAY

Bienvenue à la collection Make my Day supervisée par l’un de nos meilleurs critiques cinéma, Jean-Baptiste Thoret ! Enfin l’occasion de (re)découvrir certains films très attendus en DVD et Blu-ray, comme Sans mobile apparent, inédit et convoité depuis vingt ans ! C’est désormais chose faite et le film de Philippe Labro est disponible ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

L’historien du cinéma et critique présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (5’). Comme il en a l’habitude, Jean-Baptiste Thoret (cigarette électronique à la main) replace de manière passionnante Sans mobile apparent dans son contexte, dans la filmographie de Philippe Labro et évoque les conditions de tournage. Les thèmes du film, les influences du cinéaste, l’adaptation du roman d’Ed McBain, le casting, sont abordés sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

Comme il l’avait fait pour L’Héritier et L’Alpagueur, également disponibles chez Studiocanal, Philippe Labro revient sur son second long métrage avec une aisance et un charisme tels qu’on pourrait l’écouter pendant des heures. D’ailleurs, cela tombe bien puisque cette présentation dure 51 minutes. De temps en temps ponctué par une interview d’époque du cinéaste ou de Jean-Louis Trintignant, Philippe Labro s’amuse en évoquant le jeune réalisateur un peu arrogant qu’il était alors, et insiste sur l’aide inattendue de son maître Jean-Pierre Melville, qui aimait ses articles dans France Soir et qui encourageait alors ce jeune journaliste à passer derrière la caméra. Philippe Labro parle de son premier choc au cinéma, Quai des Orfèvres d’Henri-Georges Clouzot, puis Citizen Kane d’Orson Welles, Assurance sur la mort de Billy Wilder, puis des films policiers de John Huston (Le Faucon maltais) et d’Howard Hawks (Le Grand sommeil). Avec Sans mobile apparent, le réalisateur a donc voulu déclarer son amour pour le polar US en voulant y retranscrire les ambiances et l’atmosphère qu’il chérissait tant dans ce cinéma. La figure du personnage incarné par Jean-Louis Trintignant est longuement analysée, la collaboration avec Ennio Morricone évoquée, bref, ne manquez pas cette rencontre.

L’Image et le son

Jusqu’alors inédit dans nos contrées en DVD, attendu comme le Messie depuis toujours pas les cinéphiles, Sans mobile apparent s’offre enfin à nous en Haute définition, dans une nouvelle copie entièrement restaurée à partir d’un master 2K. Ce Blu-ray renforce les contrastes, mais manque parfois d’homogénéité, malgré un grain argentique bien géré. L’image est stable, entièrement débarrassée de scories diverses et variées, les scènes en extérieur affichent une luminosité inédite, tout comme un relief inattendu, un piqué pointu et des couleurs vives et scintillantes à l’instar des credits rouges. Hormis quelques saccades notables et de légères pertes de la définition (des plans flous et des scènes sombres plus altérées), revoir Sans mobile apparent dans de telles conditions ravit les yeux !

Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition d’Ennio Morricone dispose d’un très bel écrin. l’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © STUDIOCANAL Euro International Films S.p.A /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr