Test DVD / Les Egarés (Gli Sbandati), réalisé par Francesco Maselli

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LES EGARES (Gli Sbandati) réalisé par Francesco Maselli, disponible en DVD le 9 novembre 2016 chez Tamasa Diffusion

Acteurs : Jean-Pierre Mocky, Lucia Bose, Isa Miranda, Antonio De Teffe, Goliarda Sapienza, Leonardo Botta

Scénario : Francesco Maselli, Ageo Savioli, Eriprando Visconti

Photographie : Gianni Di Venanzo

Musique : Giovanni Fusco

Durée : 1h16

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

En 1943, la comtesse Luisa, son fils Andrea, son neveu Carlo, fils d’un dirigeant fasciste et Ferrucio, un ami de la famille, quittent Milan pour la campagne et ainsi échapper aux bombardements. Contre l’avis de sa mère, Andrea accepte d’héberger des sans-abris, dont la jeune ouvrière Lucia.

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Les Egarés Gli Sbandati est le premier long métrage de Francesco Maselli. Né à Rome en 1930 dans une famille bourgeoise, il participe aux activités de la Résistance italienne durant la Seconde Guerre mondiale, puis entre au Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome dont il sort diplômé à la fin des années 1940. Il devient très vite l’assistant du réalisateur Michelangelo Antonioni sur Chronique d’un amour (1950) et La Dame sans camélia (1953). Parallèlement, Francesco Maselli se fait la main derrière la caméra en signant quelques documentaires. Il réalise son premier long métrage en 1955, Les Egarés, également connu en France sous le titre Les Abandonnés, amer constat de l’Italie en 1943, à la veille de l’armistice dit Armistice de Cassibile le 8 septembre 1943, signé par l’Italie avec les forces anglo-américaine. Véritable coup de maître, Gli Sbandati est déjà un superbe objet de cinéma, magnifiquement photographié par le chef opérateur Gianni Di Venanzo, qui signera ensuite les images inoubliables de La Nuit et L’Eclipse d’Antonioni, Main basse sur la ville de Francesco Rosi, Huit et demi et Juliette des esprits de Federico Fellini. Un N&B extraordinaire, qui subjugue du début à la fin et qui imprègne le film d’une évidente sensualité.

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Ce film réalisé par un jeune metteur en scène de seulement 24 ans, étonne par sa maturité, son engagement, son ton désespéré et mélancolique et sa justesse de tous les instants. Eté 1943. Les jours s’écoulent doucement, mais sans ennui au bord du Pô. Depuis le début de la guerre, la comtesse Luisa (Isa Miranda), femme d’affaires ayant repris l’activité de son mari décédé accidentellement, a quitté Milan pour venir se réfugier en Lombardie dans une villa, loin des combats, en compagnie de son fils Andrea (Jean-Pierre Mocky), de son neveu Carlo (Anthony Steffen), le fils d’un dignitaire fasciste, et de Ferrucio (Leonardo Botta), un vieil ami de la famille. Les trois jeunes gens ont à peine vingt ans et passent principalement leurs journées à batifoler le long du fleuve, sans véritablement penser à l’avenir. Andrea flirte avec une jeune fille de son âge, mais aime surtout plonger son nez dans ses livres et ses disques de jazz qui l’ont suivi depuis Milan. Un jour, le conflit les rattrape. Le maire du village voisin convainc Andrea d’héberger des sans-abris, des réfugiés ayant fui les bombardements. Parmi eux se trouve Lucia (Lucia Bosè), jeune ouvrière au caractère bien trempé, que la guerre a fait grandir trop vite. Contre l’avis de sa mère, Andrea accepte la proposition du maire et cache le groupe de réfugiés dans la propriété familiale. Il ne tarde pas à tomber amoureux de Lucia, puis découvre ensuite que son cousin Carlo fait partie d’un groupe de résistants. Andrea découvre alors ce que signifient l’engagement et le combat. Quelques semaines plus tard, après l’armistice, des prisonniers italiens désormais ennemis des nazis, sont parqués dans des wagons à bestiaux en direction de l’Allemagne. Certains – parmi eux le jeune Mario Girotti qui sera célèbre plus tard sous le pseudo de Terence Hill – parviennent à s’en échapper. Andrea décide de les aider et de les cacher une fois de plus dans la propriété de sa mère alors absente.

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Tourné entre septembre et octobre 1954 dans un contexte difficile, de manière quasi-clandestine, dans un pays placé sous le signe de la censure et des brimades, Les Egarés apparaît comme étant le premier volet d’une trilogie consacrée à la jeunesse issue et prisonnière malgré-elle de la grande bourgeoisie. Suivront Les DauphinsI Delfini (1960) et Les Deux rivalesGli indifferenti (1964). Jusqu’alors inédit en France, Les Egarés est une très grande découverte. L’une des particularités du film est aussi de voir le jeune Jean-Pierre Mocky, âgé de 22 ans. Beau, magnétique, sensible, intense, le comédien porte ce film avec un immense talent qu’on oublie malheureusement trop souvent aujourd’hui. Il est vraiment formidable dans la peau d’Andrea, dont la conscience et l’engagement politique vont se révéler notamment grâce à l’amour qu’il porte pour une jeune réfugiée interprétée par la belle Lucia Bosè. Malgré sa courte durée (1h16) et la rapide présentation des personnages, Les Egarés est un film passionnant, attachant, qui continue de faire écho à l’actualité contemporaine. C’est aussi une œuvre totalement maîtrisée, hypnotique et engagée. En un mot, Les Egarés est un film essentiel.

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LE DVD

Le DVD disponible chez Tamasa Diffusion repose dans un slim digipack cartonné qui comprend également un petit livret de 16 pages illustré et comprenant quelques notes de production. Le menu principal est fixe et musical

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En guise d’interactivité nous trouvons une galerie de photos et d’affiches, ainsi que la bande-annonce, mais aussi et surtout un entretien exclusif avec Jean-Pierre Mocky lui-même ! En un peu plus d’un quart d’heure, le réalisateur et comédien revient sur Les EgarésGli Sbandati. Fidèle à son habitude, Mocky parle des stars et célébrités croisées à cette époque de sa vie : « J’étais au conservatoire avec Belmondo », « j’étais l’assistant d’Antonioni », « j’étais copain avec Clint Eastwood avec qui je faisais du mannequinat », « j’étais assistant de Visconti sur Senso », « je suis devenu ami avec Anthony Quinn », « j’ai assisté à la rupture de Fellini et Giulietta », « j’ai travaillé avec Ferreri qui m’adorait et Sergio Leone », « j’ai beaucoup travaillé avec François Truffaut, on était amis à l’époque ». Un vrai bonheur. Mocky parle évidemment du film qui nous intéresse en racontant quelques anecdotes de tournage (Lucia Bosè qui n’ouvrait pas la bouche en embrassant), les conditions des prises de vues, le travail avec Francesco Maselli, sans oublier sa propre carrière d’acteur.

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L’Image et le son

C’est agréable de découvrir Les Egarés dans de telles conditions. Les contrastes affichent d’emblée une véritable densité, les noirs sont profonds, la palette de gris riche et les blancs lumineux. Hormis divers moirages sur les surfaces rayées, quelques décrochages sur les fondus enchaînés et un générique qui apparaît peut-être moins aiguisé, le reste affiche une stabilité exemplaire ! Les arrière-plans sont bien gérés, le grain original est respecté, le piqué est souvent appréciable et les détails regorgent sur les visages des comédiens. On oublierait presque d’évoquer la restauration qui se révèle impressionnante, quasiment aucune scorie n’a survécu au scalpel numérique. L’encodage consolide l’ensemble avec brio. Toutes les qualités techniques sont de mise dans ce master élégant.

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Le confort acoustique est largement assuré par la piste mono d’origine italienne. Seule la version italienne est disponible, mais aucune raison de s’en plaindre. Ce mixage affiche une ardeur et une propreté remarquables, créant un spectre phonique fort appréciable. Les effets et les ambiances sont nets. L’ensemble demeure homogène et les dialogues solides.

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Crédits images : © Tamasa Diffusion / Captures du DVD et des suppléments : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / La Femme du dimanche, réalisé par Luigi Comencini

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LA FEMME DU DIMANCHE (La donna della domenica) réalisé par Luigi Comencini, disponible en DVD le 25 octobre 2016 chez Tamasa Diffusion

Acteurs : Jacqueline Bisset, Marcello Mastroianni, Jean-Louis Trintignant, Aldo Reggiani, Maria Teresa Albani, Omero Antonutti

Scénario : Agenore Incrocci, Furio Scarpelli d’après le roman La Femme du dimanche (La Donna della domenica) de Carlo Fruttero et Franco Lucentini

Photographie : Luciano Tovoli

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Garrone, un riche et célèbre architecte turinois, a été retrouvé chez lui, brutalement assassiné à l’aide d’un phallus en pierre retrouvé sur les lieux. L’inspecteur Santamaria est chargé de l’enquête. Originaire d’une famille modeste du sud de l’Italie, il navigue avec difficulté dans la haute bourgeoisie de Turin. Les suspects sont nombreux : Anna-Carla Dosio, la veuve désoeuvrée d’un industriel, oisive et séduisante, Massimo Campi, un ami homosexuel de Garrone et Lello Riviera, son amant, un petit fonctionnaire, sont tour à tour soumis aux questions pertinentes de Santamaria. L’assassinat de Riviera, qui menait sa propre enquête, brouille les pistes…

la-femme-du-dimanche6Dans les années 1970, le réalisateur Luigi Comencini a déjà bien entamé la cinquantaine et met les bouchées doubles. Loin des comédies de mœurs mégères qui ont fait sa renommée dans les années 1950-60, le cinéaste mythique de Pain, Amour et Fantaisie, Mariti in città, À cheval sur le tigre, Le Commissaire, La Ragazza, L’Incompris, Casanova, un adolescent à Venise et bien d’autres chefs-d’oeuvre entame une décennie placée sous le titre de la réflexion sur la dégradation des rapports entre individus, la bassesse de l’être humain, l’amertume et la haine qui a pourri toutes les couches sociales comme une véritable gangrène. Sur le fil entre le divertissement populaire et le drame policier ironique, La Femme du dimanche est le parfait reflet de la désillusion du cinéaste transalpin qui transparaît derrière les échanges des protagonistes, désabusés et dépassés par une enquête où tout le monde ou presque pourrait être le meurtrier d’un minable architecte libidineux et mondain, retrouvé le crâne fracassé par…un phallus en pierre.

la-femme-du-dimanche5Corrosif, La Femme du dimancheLa Donna della domenica l’est assurément. Passionnant ? Peut-être dans les débats qu’il entraîne après visionnage, beaucoup moins pendant à cause d’un rythme souvent poussif et inégal. Cette méditation amère et désenchantée – mais trop bavarde – sur les rapports de classe et la petite bourgeoisie mesquine peut tout d’abord apparaître froide, mais c’est sans compter sur le génie de Comencini qui ne nous jette pas une explicite radiographie des rapports sociaux sous les yeux. En vieux briscard et croyant en l’intelligence du spectateur, Comencini fait confiance à son audience pour décrypter ce qu’il y a au-delà, tout en respectant le livre phénomène de Carlo Fruttero et Franco Lucentini, adapté par le célèbre duo Age & Scarpelli. C’est là toute l’acuité d’un réalisateur arrivé au sommet de son art qui utilise l’art cinématographique comme objet d’analyse puisque le temps du divertissement – l’enquête n’intéresse pas Comencini – semble révolu. Mais le film vaut aussi pour son incroyable casting qui réunit Marcello Mastroianni, Jean-Louis Trintignant et Jacqueline Bisset.

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lfdd2Le premier est comme d’habitude parfait dans le rôle de Santamaria, le flic chargé de l’enquête. Officier méridional, il regarde le monde turinois d’un œil narquois. Ses premiers soupçons se portent sur la séduisante Anna Carla Dosio, campée par la magnifique Jacqueline Bisset. Elle est l’auteur d’une lettre où elle disait vouloir se débarrasser de Garrone, l’architecte assassiné. Mais c’est en réalité toute la bonne société et la grande bourgeoisie de la ville qui vont bientôt se retrouver dans son collimateur, pour une enquête sulfureuse où il sera question de jalousie, de prostitution et d’homosexualité. C’est là que rentre en scène Massimo Campi (Trintignant, superbe), ami et confident d’Anna Carla, qui vit secrètement avec un homme dans sa garçonnière.

la-femme-du-dimanche3Le réalisateur s’amuse à dépeindre des bourgeois décadents qui s’ennuient – ils passent leur temps à prononcer Boston à l’anglaise plutôt qu’à l’italienne – et qui profitent de la mort d’autrui pour en tirer du plaisir en jouant notamment à l’apprenti détective. C’est le cas d’Anna Carla, qui n’hésite pas à interférer dans l’enquête de Santamaria, quelque peu dépassé par les événements et les dessous insoupçonnés d’une ville corrompue. Il est aidé par son collègue De Palma (hilarant Pino Caruso), seul personnage vraiment attachant de toute cette cohue. Réalisé entre Les Aventures de Pinocchio (1975) et le film à sketchs Mesdames et messieurs bonsoir (1976), La Femme du dimanche n’est sans doute pas un grand Comencini, mais reste symbolique du cinéma italien qui n’hésitait pas à s’engager derrière les apparences de la comédie ou du film de genre, par ailleurs merveilleusement mis en musique ici par le maestro Ennio Morricone aux accents de giallo qui remplissait alors les salles. Mais mineur ou pas, La Femme du dimanche demeure une sympathique curiosité à connaître absolument.

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LE DVD

Le DVD disponible chez Tamasa Diffusion repose dans un slim digipack cartonné qui comprend également un petit livret de 12 pages illustré et signé Jean A. Gili, critique cinématographique et historien du cinéma, spécialisé dans le cinéma italien. En guise d’interactivité nous trouvons une galerie de photos et d’affiches, ainsi que la bande-annonce. Aucune trace des filmographies mentionnées sur le verso. Le menu principal fixe et musical.

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L’Image et le son

Posséder La Femme du dimanche en DVD était inespéré. Le film de Luigi Comencini renaît donc de ses cendres chez Tamasa dans une copie – présentée dans son format 1.66 – d’une propreté souvent hallucinante. Point d’artefacts de la compression à signaler, aucun fourmillement, les couleurs se tiennent, sont ravivées, le master est propre, immaculé, stable, les noirs plutôt concis et les contrastes homogènes. Hormis divers moirages, le cadre fourmille souvent de détails, le piqué est joliment acéré, le relief et la profondeur de champ permettent d’apprécier la ville de Turin présentée sous tous les angles, les partis pris du célèbre directeur de la photographie Luciano Tovoli (Suspiria, Nous ne vieillirons pas ensemble) sont divinement bien restitués. Certains plans rapprochés tirent agréablement leur épingle du jeu avec une qualité technique quasi-irréprochable. Une véritable redécouverte, merci Tamasa !

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Seule la version originale aux sous-titres français (peu élégants) amovibles est disponible. Ce mixage demeure consistant et le souffle aux abonnés absents. Comme de coutume, la bande-son a été entièrement retravaillée en post-production, d’autant plus que Jean-Louis Trintignant et Jacqueline Bisset ne parlaient évidemment pas italien. On peut d’ailleurs repérer que Marcello Mastroianni donne la réplique en français à Trintignant.

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Crédits images : © Tamasa Diffusion

Test Blu-ray / L’Effrontée, réalisé par Claude Miller

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L‘EFFRONTEE réalisé par Claude Miller, disponible en Blu-ray et DVD le 25 octobre 2016 chez TF1 Vidéo

Acteurs : Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont, Jean-Claude Brialy, Clothilde Baudon, Julie Glenn, Jean-Philippe Écoffey

Scénario : Claude Miller, Luc Beraud, Bernard Stora, Anne Miller

Photographie : Dominique Chapuis

Musique : Alain Jomy

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Charlotte, treize ans, en a terminé avec l’enfance et si elle sait ce qu’elle ne veut plus être, elle ne sait pas encore ce qu’elle veut devenir. L’adoration que lui voue Lulu, une petite voisine de six ans, l’agace, et elle est fascinée par Clara Bauman, enfant prodige et pianiste surdouée qui a le même âge qu’elle.

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Avec un peu plus de 900.000 entrées en mars 1983, Mortelle randonnée n’a pas connu l’engouement de la critique et encore moins des spectateurs. Pour rebondir, Claude Miller souhaite retrouver un sujet simple pour un tournage plus léger. Ce sera donc L’Effrontée, sur un scénario écrit par ses soins, mais aussi par sa femme Annie, Luc Béraud (son complice de La Meilleure façon de marcher) et Bernard Stora. Cette chronique adolescente douce-amère, librement adaptée du roman Frankie Addams, écrit par l’écrivaine américaine Carson McCullers (1917-1967) mais également fortement inspirée de souvenirs autobiographiques liés au couple Miller, se focalise sur Charlotte Castang, 13 ans, bientôt 14. C’est le dernier jour d’école avant les grandes vacances et un été qui s’annonce caniculaire. Alors qu’elle vient de se blesser légèrement en sautant du plongeoir de la piscine, Charlotte, renfermée, mal dans sa peau (elle vient de prendre dix centimètres en quelques semaines) et moquée par sa classe, entend un récital. Elle s’approche de l’amphithéâtre et se rend compte qu’il s’agit en réalité de la captation d’un concerto donné par la jeune pianiste et déjà virtuose Clara Bauman (Clotilde Baudon). Charlotte s’assoit et regarde fascinée cette petite fille dans sa robe rouge dont les doigts parcourent si facilement les touches noires et blanches. Visiblement, Charlotte envie cette petite fille, qui a le même âge qu’elle, mais qui a déjà le monde à ses pieds.

EXTRAIT DU FILM "L'EFFRONTEE" AVEC CHARLOTTE GAINSBOURG

Charlotte doit retourner chez elle. Son frère Jacky (le regretté Simon de La Brosse) est sur le point de partir en vacances avec ses copains. Même s’ils se chamaillent les 3/4 du temps, Charlotte et lui doivent se séparer pour la première fois. Elle doit passer tout le mois de juillet seule, ou presque, en compagnie de son père (Raoul Billerey), qui n’a guère le temps de voir ses enfants grandir, et Léone (Bernadette Lafont, César du meilleur second rôle féminin) qui s’occupe d’elle depuis la mort de sa mère, décédée en mettant Charlotte au monde. Il y a aussi la petite Lulu (Julie Glenn), qui la considère un peu comme sa grande sœur. De santé fragile, Lulu ne quitte pas Charlotte d’une semelle. Jusqu’au jour où Charlotte voit son rêve se concrétiser : Clara Bauman débarque dans sa petite ville de province pour donner un récital. Par le hasard des choses, elles se rencontrent et Charlotte rêve de pouvoir s’évader à ses côtés, pour voir le monde.

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En confiant le premier rôle à Charlotte Gainsbourg, qui n’avait fait qu’une apparition dans Paroles et musique d’Elie Chouraqui et La Tentation d’Isabelle de Jacques Doillon, Claude Miller ne s’est pas trompé. Elle est l’une des plus belles et l’une des plus grandes jeunes révélations du cinéma français. Son naturel confondant, sa sensibilité à fleur de peau, sa voix fluette, son charisme magnétique et son talent inné ont fait le triomphe et font toujours aujourd’hui la grande réussite de L’Effrontée. Ce cinquième long métrage de Claude Miller sera d’ailleurs le plus grand succès de sa carrière avec 2,8 millions d’entrées. Le film a non seulement ému les adultes, mais aussi de nombreux enfants et en particulier les petites filles qui se sont retrouvées dans le personnage de Charlotte, qui entre de plain-pied dans le monde impitoyable de l’adolescence.

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La mise en scène adopte le spleen de Charlotte, qui s’ennuie pour la première fois de sa vie. Alors que les « plus grands » s’agitent et s’embrassent devant la boîte de nuit Le Roule-Roule, Charlotte doit subir le bagou de Lulu, qui lui parle de sa maladie et de ses traitements de jour comme de nuit. Mais Charlotte va pouvoir s’échapper grâce à Jean (Jean-Philippe Ecoffey), un jeune marin de passage plus âgé, qu’elle rencontre par hasard. Grâce à lui, au cours de la livraison d’un piano, elle arrive directement dans le monde riche et clinquant de Clara Bauman et se retrouve face à son impresario (Jean-Claude Brialy). Au cours d’une discussion, Clara demande à Charlotte si elle ne voudrait pas devenir sa manager. Malgré cet espoir de voir son rêve se concrétiser, Charlotte découvre un monde fait de promesses non tenues, les désillusions, mais aussi les élans du coeur et la violence des sentiments. 

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Quasiment de tous les plans, à l’instar de Sophie Marceau dans La Boum et sa suite, Charlotte Gainsbourg crève l’écran. On la suit dans ses promenades sans but, dans ses espoirs et ses doutes, dans sa petite maison où la chaleur écrasante fatigue autant qu’elle met les nerfs à vif, comme le célèbre tube Sarà perchè ti amo du groupe Ricchi e Poveri qui revient fréquemment. Son interprétation sera saluée immédiatement par la profession, les spectateurs et l’académie des César lui décerne la compression du meilleur espoir féminin en 1986. En toute simplicité, de la mise en scène à la photographie solaire, Claude Miller rend immédiatement attachante cette pré-ado qui voit différemment le monde qui l’entoure, pour la première fois de sa vie. Avec délicatesse et pudeur, cette oeuvre universelle, mélancolique et tendre, est une des plus belles du cinéaste.

LE BLU-RAY

Contrairement aux éditions Blu-ray de Garde à vue et de Mortelle randonnée, celle de L’Effrontée s’avère plus basique puisque le disque repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une séquence du film.

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TF1 Vidéo joint une cinquantaine de minutes de suppléments !

On commence par le documentaire rétrospectif de 29 minutes intitulé Le Bel été de L’Effrontée coréalisé par Olivier Curchod et Luc Béraud. Ce dernier, collaborateur et ami de Claude Miller, mais également crédité en tant que coscénariste intervient dans ce module. Après les modules consacrés aux tournages de Garde à vue et de Mortelle randonnée, nous sommes maintenant habitués à écouter les interventions des protagonistes filmés sur un fond morne et gris. Cependant, le rythme est ici plus maîtrisé. Nous retrouvons Nathan Miller, fils de Claude Miller, assistant-réalisateur sur L’Effrontée, Annie Miller (la femme du cinéaste et coscénariste), Bernard Stora (coscénariste), Marie-Laure Peyre (productrice), Guillaume Schiffman (deuxième assistant caméra), Jacqueline Bouchard (costumière), Alain Jomy (compositeur), Julie Glenn (comédienne, « Lulu » dans L’Effrontée) et Nadine Muse (monteuse son).

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La genèse du film, le roman de Carson McCullers qui a grandement inspiré l’histoire, le scénario de La Voyageuse coécrit par Stora et Béraud, qui n’a jamais vu le jour mais dans lequel Claude Miller a pioché de nombreux éléments pour le scénario final de L’Effrontée, sans oublier le casting (et le choix de Charlotte Gainsbourg), les partis pris, les conditions de tournage, la sortie et le triomphe du film, les accusations de plagiat, tout est abordé au fil de cette demi-heure passionnante.

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La comédienne Ludivine Sagnier, qui a tourné La Petite Lili (2003) et Un secret (2007) sous la direction de Claude Miller, revient sur L’Effrontée (8′). L’actrice avoue que c’est ce film qu’elle regardait en boucle avec sa grande sœur et qu’elle connaît encore par coeur aujourd’hui, qui lui a donné envie de faire du cinéma. Elle évoque également cette authenticité, cette vérité et cet impact universel qui l’ont subjugué dès le premier visionnage.

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Nous sommes vraiment heureux de retrouver ensuite la belle Charlotte Gainsbourg qui se penche sur son premier vrai rôle au cinéma, qui reste pour elle le plus grand souvenir de sa carrière (14′). Avec son sourire désarmant, un thé chaud à la main et vêtue d’une simple veste en cuir qui lui va à ravir (oui, bon, ça va hein !), la comédienne enchaîne les anecdotes sur son arrivée sur le projet, sur sa rencontre avec Claude Miller (elle connaissait par coeur son premier long métrage), sur la simplicité d’un tournage « familial », sur les conseils prodigués par son père (« si on te demande de parler plus fort, refuse ! »), sur la difficulté pour elle de promouvoir le film, et sur sa préparation pour la Cérémonie des César. Une rencontre incontournable.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale.

L’Image et le son

L’élévation HD offre à L’Effrontée une nouvelle cure de jouvence plus de quinze ans après sa première édition en DVD. Le grain cinéma est plutôt bien restitué et l’encodage solide. Malgré tout, les contrastes peinent à trouver une densité et les noirs déçoivent quelque peu. Néanmoins, le piqué permet d’apprécier les détails sur les nombreux gros plans, surtout sur les séquences en extérieur jour. Signalons également une colorimétrie aux tons parfois trop pastels ou ternes selon les séquences, certains plans sensiblement plus altérés ainsi qu’une profondeur de champ parfois limitée et des visages un peu rosés. Heureusement, la copie est stable et très propre.

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Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un réel confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

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Crédits images : © TF1 Vidéo / Captures Blu-ray et Bonus : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test DVD / A pleines dents, l’intégrale de la série documentaire avec Gérard Depardieu

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A PLEINES DENTS série documentaire réalisée par Stéphane Bergouhnioux et Sébastien Falliurd, disponible en Coffret DVD le 2 novembre 2016 chez Wild Side

Avec : Gérard Depardieu, Laurent Audiot, Edouard Baer, Isabel Coixet, Philip Kerr, Mathieu Sapin

Durée : 10 épisodes de 52 minutes

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LA SERIE DOCUMENTAIRE

Accompagné de Laurent Audiot, chef étoilé et chef cuisinier du restaurant La Fontaine Galion à Paris, Gérard Depardieu nous invite à la découverte de produits culinaires des terroirs. Ce périple gastronomique qui mène notre duo à travers l’Europe sera l’occasion de rencontres, de repas savoureux, de discussions sur les plaisirs de la vie, la nourriture, le cinéma et la culture… Un road-trip culinaire savoureux et drôle, aux moments de vie irrésistibles !

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Ce coffret 4 DVD regroupe les deux saisons et les dix épisodes-destinations gastronomiques de Gérard Depardieu avec son ami Laurent Audiot, diffusées sur Arte à raison d’un épisode par jour de 43 minutes. Chaque épisode est introduit par le comédien lui-même : «Je suis Gérard Depardieu. Je suis citoyen du monde et je suis vivant. J’aime manger, rire, et m‘émouvoir. J’ai rencontré le chef Laurent Audiot il y a vingt ans. Nous sommes devenus amis, et depuis nous partageons nos découvertes culinaires. La simplicité des produits, le contact humain et les territoires à explorer nous émerveillent toujours. Nous voulons transmettre nos passions, nos aventures, et cette vie gastronomique que nous dévorons…à pleines dents ! ».

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Les aventures de l’ogre Depardieu et du chef Audiot les emmènent à la rencontre de cultivateurs, producteurs, éleveurs, pâtissiers, pêcheurs, boulangers. Depardieu regarde, renifle, goûte, mange, dévore, engloutit, le sourire aux lèvres et l’oeil pétillant, tandis que Laurent Audiot regarde son ami toujours halluciné, mais ne reste évidemment pas le dernier pour tester et faire fonctionner ses papilles gustatives. Les deux mettent également la main à la pâte, s’en vont caresser le bétail, s’incrustent sur les marchés ou au milieu des ruches présentes sur le toit de l’Opéra Garnier et attendent patiemment les dégustations de miel, de saucisse blanche, de pasta, de jambon de Paris, de choucroute. De plus, c’est aussi l’occasion pour Depardieu de raconter quelques anecdotes savoureuses, comme une partie de chasse avec Fidel Castro, sur la fois où il a mangé de la baleine, du chameau, du hérisson, du cormoran, de la mouette, de la tortue, du lion. Mais il faut aussi l’entendre parler de certains tournages comme Buffet froid, 1900, Astérix et Obélix contre César, Maîtresse. On l’écouterait à satiété.

a-pleines-dents2a-pleines-dents4Les deux premiers disques sont consacrés à la première saison réalisée en 2015 et les épisodes, proposés en version intégrale inédite de 52 minutes, sont ainsi répartis :

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La Bretagne

Début du voyage en Bretagne, première région de pêche en France avec plus de 2 500 kilomètres de côtes. Dans le Finistère, autour de Morlaix, de Carantec et de Lannilis, les deux compères partent pêcher le homard, racontent le cidre, livrent le secret du levain ou l’histoire du beurre salé… Et cultivent des instants magiques qui s’égrènent au fil de la vague.

L’Écosse

Comme Laurent Audiot, Gérard Depardieu a entendu l’appel de la rivière et celui du saumon écossais qui remonte aux sources. Dans cet épisode, les deux amis découvrent la sauvage île de Skye, ses langoustines, ses vaches des Highlands, son whisky et ses moutons de Soay. Ils rencontrent également le romancier Philip Kerr sur ses terres.

Le Pays Basque
Aujourd’hui, Laurent Audiot et Gérard Depardieu s’arrêtent dans un élevage de porcs Kintoa, dégustent de l’Ossau-Iraty et rencontrent un producteur de piment à Itxassou, où ils retrouvent Édouard Baer. Puis ils arpentent les vignes d’Irouléguy avant de gagner Hendaye.

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L’Italie du Nord
S’il est vrai que la gastronomie française est d’une richesse inouïe, c’est dans la simplicité italienne que Gérard Depardieu se retrouve le plus. Cette cuisine de pauvreté repose sur des produits à la saveur sans égale. Avec son ami le chef étoilé Laurent Audiot, ils rencontrent des producteurs d’huile d’olive et de vin à Sienne et Petroio, en Toscane, avant de partir à la découverte de Parme et de son jambon, puis d’Alba, patrie de la truffe blanche…

L’Italie du Sud

Laurent Audiot, son complice gustatif l’emmène dans cet épisode au Sud de l’Italie, plus particulièrement au cœur de l’Italie, à Naples.  Dans les ruelles colorées et festives, coupant à travers les villes du Vésuve, nos deux hédonistes se rendent à Ischia ou résident de curieux lapins. Ils parcourent ensuite la péninsule amalfitaine de Cetara à Gragnano, de mozzarella en anchois, Gérard et Laurent se régalent des couleurs, des odeurs, des Hommes. Ici, chaque produit sauve des vies. C’est le cas du citron d’Amalfi et de sa vitamine C, qui guérit les marins du scorbut. Ou du sanguinaccio, dessert né après-guerre, où le chocolat dissimule le sang de porc pour que les enfants mangent enfin des protéines.

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Les épisodes de la deuxième saison réalisée en 2016 sont quant à eux présentés ainsi, toujours en version longue inédite de 52 minutes :

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L’Île-de-France
Gérard Depardieu et Laurent Audiot visitent des lieux franciliens abritant des produits parfois méconnus : le toit de l’Opéra de Paris et ses ruches, Méréville, la capitale du cresson, Milly-la-Forêt et sa menthe, Saint-Ouen-l’Aumône et ses anciennes champignonnières… Les deux compères s’octroient ensuite une pause baguette dans un bistrot parisien avant d’aller observer la fabrication du (vrai) jambon de Paris. Le périple se termine dans le potager du château de Courances.

La Bavière
Gérard Depardieu et Laurent Audiot nous font découvrir les produits et le terroir bavarois : le boeuf simmental dans les pâturages de Samerberg, le bretzel à Bichl, les champignons ramassés dans les sous-bois près de Suttensee, la choucroute, la fameuse weisswurst (la saucisse blanche)… Ils profitent de leur séjour pour rencontrer un bouilleur de cru qui prépare du schnaps.

La Catalogne
Méditerranéenne et au carrefour de toutes les influences – arabes, juives, romaines… -, la cuisine catalane séduit Gérard Depardieu. Il apprécie les gambas, les haricots crochets et les escargots. Nos deux amis commencent leur périple à La Calma, où ils évoquent les poulets du Prat, une race à crête rouge et pattes bleu-gris, pour finir du côté de Gallecs où est cultivé le haricot crochet, spécialité locale qui les intrigue.

Zur ARTE-Sendung Schlemmen mit Gérard Depardieu: Norditalien 3: Gérard Depardieu (4.v.l.) genießt die kulinarischen Köstlichkeiten Norditaliens. © Les Films d'Ici 2/S. Bergouhnioux Foto: ARTE France Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wölk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

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Le Portugal
Le périple portugais de Gérard Depardieu et Laurent Audiot démarre à Porto, au marché de Bolhão. Chinchards, sardines, morues, tripes : tout leur fait envie. Ils partent ensuite pour Aguada de Cima, où ils dégustent un cochon de lait. À Tentúgal, un producteur de châtaignes leur montre des arbres vieux de huit cents ans. Les deux compères retrouvent ensuite le dessinateur de BD Mathieu Sapin dans un bar lisboète. Dernière étape à Tróia, au bord de l’océan, où le duo s’initie à la pêche au poulpe et chasse les couteaux.

Le Maroc
Laurent Audiot et Gérard Depardieu traversent la Méditerranée pour se plonger dans la cuisine marocaine et ses produits. Après la visite d’une orangeraie, ils arrivent à Fès pour une promenade dans la médina. Ils y découvrent le klhei, des lamelles de vache séchées et assaisonnées, et aussi des étals généreux d’épices, d’olives et de pigeons. Ils terminent par un grand repas avec méchoui de mouton.

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Pour en savoir plus sur Laurent Audiot :

Chef cuisinier du restaurant la Fontaine Gaillon à Paris.
Laurent Audiot passe son enfance à Vendôme, pas très loin du Châteauroux de Gérard Depardieu. Attiré par la restauration, il s’oriente vers la gestion et sort diplômé de l’école hôtelière de Blois. Il travaille dans quelques restaurants mais c’est dans le Sud de la France, à Sète, qu’il tombe amoureux des beaux produits en voyant s’étaler devant lui chaque matin, des poissons de roche vivants, se trémoussant en dévoilant leurs épines, leurs écailles colorées et leurs odeurs. L’envie de cuisine pointe et Laurent se rend alors à Paris et est engagé dans la brigade d’une grande brasserie. Rapidement, le jeune aspirant cuisinier monte en grade et devient second. Puis, presque pour faire plaisir au patron qui repère en lui un talent inné pour mettre en valeur les produits, Laurent Audiot devient chef du célèbre restaurant Marius et Jeannette. Et une étoile du guide Michelin vient célébrer le jeune roi des fourneaux.

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La rencontre avec Gérard Depardieu :
C’est alors que Gérard Depardieu entre dans la vie et la cuisine de Laurent Audiot. L’acteur qui vient de tourner Cyrano et Christophe Colomb, attend sa femme Elisabeth qui joue au théâtre. Et plutôt que de tourner en rond, seul dans le froid, il préfère boire quelques canons de blanc en compagnie de son ami Jean Carmet entre les fourneaux de Laurent. L’amitié entre l’acteur et le cuisinier naît à ce moment-là. Et va se poursuivre. Un jour, Gérard propose à Laurent d’acheter un restaurant avec lui. Sans trop y croire, Laurent entreprend alors de chercher un lieu dans Paris. Pourtant Gérard appelle chaque soir et demande « Alors tu as trouvé ? Parce qu’il faut y aller, moi c’est dans ma tête ! ».
Dynamisé par son ami, Laurent trouve un petit restaurant chaleureux. Mais dans le même temps il visite une institution parisienne qui semble trop grande pour lui, La Fontaine Gaillon. Il en parle à Gérard qui part, seul, visiter les deux endroits. Le soir même Gérard appelle Laurent.

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Les meilleurs produits :

Gérard Depardieu et Laurent Audiot le Chef du restaurant la Fontaine Gaillon, ont l’habitude de s’approvisionner chez les meilleurs producteurs. Très attentifs à la qualité des produits et à l’histoire de ceux qui les produisent, Gérard et Laurent se déplacent régulièrement dans toutes les régions du monde pour aller à leur rencontre et capturer l’excellence. Comme deux aventuriers cuisiniers, ils partent faire leurs courses. Chaque région de chaque pays possède sa propre culture, sa nature, sa cuisine, sa nourriture, ses plats, ses recettes.

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Cette échappée belle et gourmande fait des étincelles. On salive, l’estomac gargouille et on rit des réparties de Gérard Depardieu, dont nous vous proposons quelques éclats :

« J’aime bien les cidres qui donnent la chiasse tout de suite ! Des cidres de paysans, des tord-boyaux ! Le goût de la cuite ! »

« Mon père buvait, bah regarde-moi, j’suis un alambic ! »

« Toute ma famille était diabétique, sauf moi, j’ai échappé mais c’est grâce aux russes ! »

« Ça doit être bon à manger un phoque ! »

« C’est quoi ça ? Une méduse ? Ça se bouffe ? »

« L’andouillette, ça sent le cul ! »

« Ton grand-père est venu ici pour fuir Franco ? Comme moi je fuis Hollande… »

(mangeant un jambon) « Si les hosties étaient comme ça, on irait communier le dimanche ! »

« Moi j’en ai du cholestérol ! Mais c’est pas le gras qui m’en a donné, c’est certaines personnes ! »

«Plus personne ne mange aujourd’hui. Quand tu vois les mecs à la télé, on ne sait même pas s’ils chient. Ils doivent pas casser les chiottes comme moi ! »

« C’est bourré d’iode, on a l’impression que la mer vous pisse dans la gueule ! »

« Tous les produits m’excitent. Je mange de tout. Il m’est même arrivé de croquer la viande à même le bœuf. »

« Lors du tournage de Maîtresse, de Barbet Schroeder, il y avait une scène où je mangeais une bavette. J’ai fait 24 prises. Il y avait trois kilos de viande, j’ai mangé ça en 2 heures. »

« Dans l’ivresse je n’ai pas de frein, je ne vois pas la sortie de secours. »

« Plus je mange, moins je peux me freiner. Surtout quand c’est pas bon. »

« Les bulots, c’est les chiottes de la mer ! »

« Je préfère manger ça à l’oursin. Je ne te cache pas que je ne peux plus en manger. L’autre fois, j’en ai mangé…une chiasse ! »

« Je mange exprès les pois chiches pour le gaz. Comme ça je peux faire chier le monde. »

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Depardieu est partout comme chez lui. Sa sublime voix commente les épisodes au fil de ses pérégrinations, n’hésitant pas à laisser parfois Laurent Audiot seul en scène, probablement pendant que le comédien se trouve entre deux avions et deux tournages aux quatre coins du monde. Mais quand l’ogre – et pas seulement pour la nourriture, mais pour tout ce que la vie peut offrir – revient, il ne fait pas semblant, souhaite se rattraper et goûter à tout ce qui lui tombe sous la main, quitte à le manger crû y compris des algues. Si Obélix n’a jamais eu le droit de tester à nouveau la potion magique parce qu’il était tombé dans la marmite quand il était petit, Gégé n’a de cesse d’y retourner. C’est sans doute la seule différence avec le personnage de Goscinny et d’Uderzo. Depardieu et Laurent Audiot, à l’instar d’Astérix et Obélix, sont à la recherche d’ingrédients et de produits à mettre dans leur potion magique pour le déjeuner ou pour le dîner. Leur passion, leur gourmandise, leur curiosité et leur érudition sont contagieuses et donnent furieusement envie de s’installer à table avec eux.

LE COFFRET DVD

L’intégrale de la série tient sur quatre disques. Le menu principal de chaque DVD est animé sur la musique du générique. Aucun supplément au programme, si ce n’est la version intégrale de chaque épisode de 52 minutes. Cinq fiches recettes de Laurent Audiot sont glissées dans le boîtier.

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L’Image et le son

Wild Side nous propose une image croustillante sur fond de contrastes bien fermes, saupoudrée d’une clarté bienvenue. Le tout est arrosé d’un piqué sec, des détails qui flattent les pupilles (ou papilles ?) gustatives et la profondeur de champ est offerte pour le dessert. En guise de digestif, nous admirerons le joli relief, la concision des noirs, la colorimétrie qui s’en sort avec les honneurs, la propreté de la copie ainsi que la stabilité. Quatre étoiles au Guide Homepopcorn.fr.

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Tous les épisodes sont proposés en français DTS 2.0 et Dolby Digital 2.0. La première acoustique est évidemment à privilégier, plus détaillée, au point d’entendre l’eau frémir, les ventres gronder et les dents de Depardieu claquer d’impatience. Pas de sous-titres.

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Copyright Wild Side Vidéo

Test Blu-ray / Love & Friendship, réalisé par Whit Stillman

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LOVE & FRIENDSHIP réalisé par Whit Stillman, disponible en DVD et Blu-ray le 2 novembre 2016 chez Blaq Oout

Acteurs : Kate Beckinsal, Chloé Sevigny, Tom Bennett, Jenn Murray, Lochlann O’Mearáin, Sophie Radermacher

Scénario : Whit Stillman, d’après le roman Love & Friendship de Jane Austen

Photographie : Richard Van Oosterhout

Musique : Benjamin Esdraffo

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Angleterre, fin du XVIIIe siècle : Lady Susan Vernon est une jeune veuve dont la beauté et le pouvoir de séduction font frémir la haute société. Sa réputation et sa situation financière se dégradant, elle se met en quête de riches époux, pour elle et sa fille adolescente.
Épaulée dans ses intrigues par sa meilleure amie Alicia, une Américaine en exil, Lady Susan Vernon devra déployer des trésors d’ingéniosité et de duplicité pour parvenir à ses fins, en ménageant deux prétendants : le charmant Reginald et Sir James Martin, un aristocrate fortuné mais prodigieusement stupide…

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En 2011, soit 13 ans après son dernier film The Last Days of Disco (1998), le cinéaste Whit Stillman signait son retour derrière la caméra avec Damsels in Distress. Metropolitan (1990) avait fait de lui l’un des réalisateurs du cinéma indépendant les plus en vue et s’était vu auréolé d’une nomination pour l’Oscar du meilleur scénario original en 1991. Après Les Derniers jours du disco, le réalisateur américain s’était trouvé en manque d’inspiration. Parallèlement à la novélisation de son précédent long métrage, Whit Stillman, installé à Paris, travaille sur l’adaptation de Lady Susan, un roman de jeunesse épistolaire méconnu écrit (et inachevé) par Jane Austen à la fin du XVIIIe siècle, mais publié vers 1870.

Location images of Love & Friendship, a Jane Austen film adaptation starring Kate Bekinsdale and Chloe Sevigny, directed by Whit Stillman. CHURCHILL PRODUCTIONS LIMITED. Producers Katie Holly, Whit Stillman, Lauranne Bourrachot. Co-Producer Raymond Van Der Kaaij. Also Starring: Xavier Samuel, Emma Greenwell & Morfydd Clark

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Nous sommes en 2003 et Whit Stillman souhaite confier le rôle principal à la comédienne britannique Kate Beckinsale, qu’il avait dirigée dans The Last Days of Disco. Mais l’actrice âgée de 25 ans était encore bien trop jeune pour incarner Lady Susan Vernon. Les années passent, Damsels in Distress sort sur les écrans et Whit Stillman peut enfin se concentrer sur cette libre transposition. Love & Friendship est caractéristique du réalisateur. Une comédie quasi inclassable qui se déroule dans l’Angleterre du XVIIIe et prenant pour cible un groupe de personnages dont la plupart voient leurs repères ébranlés et bouleversés par l’arrivée d’une femme, veuve, précédée d’une réputation peu flatteuse, à la recherche d’un nouvel époux fortuné, tout en cherchant à marier sa propre fille. Tous les coups sont permis, mais en restant classe bien entendu et en tâchant d’éveiller le moins possible les soupçons de son ex-belle famille.

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Comme souvent chez Whit Stillman, il faut s’armer de patience pour pouvoir entrer véritablement dans l’univers qu’il nous dépeint et même certains spectateurs risquent de passer complètement à côté en raison de son abondance des dialogues et de personnages multiples qui se croisent et s’entrecroisent entre rires et pleurs, calèches qui stoppent et qui s’ébranlent, prétendants qui arrivent le sourire aux lèvres et qui repartent la queue entre les jambes. Malgré une présentation drôle, intelligente et théâtrale des protagonistes principaux, il n’est pas certain de parvenir à tous les relier entre eux. Mais pour les spectateurs les plus investis, Love & Friendship apparaîtra comme une vraie comédie finaude, charmante, sophistiquée et singulière, qui certes repose plus sur l’énergie, l’immense talent et le charisme de ses interprètes que sur son histoire à tiroirs proprement dite. Les spectateurs habitués aux adaptations des œuvres de Jane Austen, pour la télévision et le cinéma, vont sans doute être bousculés puisque le ton est ici drôle, cynique, ironique et décalé, bref un excellent remède contre la morosité.

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Les dialogues, certes omniprésents, sont déclamés à une vitesse folle par les acteurs, sublimes, où trône la merveilleuse Kate Beckinsale, formidable en garce pourtant attachante, que nous n’avions pas vue à pareille fête depuis…toujours ? Par conséquent, l’audience est emportée par ce cyclone de femmes opportunistes issues de la petite bourgeoisie déchue, qui s’attaquent à la fortune des autres pour pouvoir survivre. Kate Beckinsale retrouve Chloë Sevigny, sa partenaire des Derniers jours du Disco, et donne la formidable réplique à une ribambelle de comédiens (Stephen Fry, Xavier Samuell et la révélation Tom Bennett) en très grande forme, pour ne pas dire exceptionnels, qui prennent un plaisir évident à se renvoyer la balle.

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Tous les thèmes récurrents de l’oeuvre de Jane Austen, y compris les émois et les tourments des personnages sont bel et bien présents, mais le ton, ouvertement cynique est radicalement différent. Love & Friendship est donc une vraie comédie menée à cent à l’heure (le tournage s’est d’ailleurs déroulé en 26 jours seulement), élégante, raffinée, intelligente et follement moderne. Un vrai régal.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Love & Friendship, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

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Voici une édition soignée avec quelques suppléments fort sympathiques à se mettre sous la dent.

On commence par un entretien avec le réalisateur Whit Stillman (11′) qui revient dans un premier temps sur la longue gestation de Love & Friendship, projet qui remonte à 2003 et pour lequel il voulait déjà Kate Beckinsale dans le rôle principal. La trouvant encore trop jeune à l’époque, le film est ensuite resté dans les tiroirs, à une époque où le cinéaste se trouvait en panne d’inspiration après son dernier film Les Derniers jours du disco en 1998. Après son comeback en 2011 avec Damsels in distress, Whit Stillman peut enfin se consacrer à cette libre adaptation de Jane Austen. Il indique ensuite la difficulté d’adaptation de cette œuvre épistolaire et évoque son humour inattendu (qu’il compare à celui d’Oscar Wilde). Les personnages sont passés au peigne fin, tandis que le réalisateur avoue son attachement aux écrits de Jane Austen en rappelant qu’on lui avait proposé l’adaptation de Raisons et sentiments, finalement réalisé par Ang Lee en 1995.

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C’est au tour de Sophie Demir, docteur en littérature britannique et auteure de Jane Austen : Une poétique du différend (PU Rennes), de parler de l’univers, des thèmes puis des personnages et de la singularité de cette adaptation de l’oeuvre de Jane Austen. Un exposé brillant de dix minutes, qui donne envie de se (re)plonger dans toutes ces histoires souvent transposées au cinéma et à la télévision.

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S’ensuit un making of (10′) dynamique qui donne un bel aperçu du tournage. Les comédiens et le réalisateur se confient sur cette libre adaptation et sur l’humour qui s’en dégage à travers les dialogues et le cynisme des personnages.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Voilà une belle édition HD ! Sans pour autant être un disque de démonstration, Blaq Out livre un objet élégant qui respecte toutes les volontés artistiques du chef opérateur Richard Van Oosterhout. Les couleurs sont froides et la luminosité parfois très poussée. Soutenus par un codec solide, ces partis pris esthétiques auraient pu donner du fil à retordre pour le passage du film en Blu-ray, mais l’écrin est beau, tout comme ce léger grain qui se fait parfois sentir sur les scènes en extérieur. Le piqué est suffisamment tranchant (comme les dialogues), les contrastes solides et les détails appréciables.

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Seule la version originale est disponible. Franchement, qui s’en plaindra ? Car Love & Friendship est un film à découvrir et à savourer uniquement en anglais puisque la langue et l’accent britannique font partie intégrante de la réussite du film de Whit Stillman ! Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 se révèle ample et dynamique. La spatialisation musicale est omniprésente, les dialogues percutants sur la centrale, la balance frontale est riche et les effets annexes ne manquent pas. Le mixage ne tombe jamais dans la surenchère. La Stéréo est tout aussi riche et contentera ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène avant. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

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Copyright Blaq Out / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Le Triangle du Diable, réalisé par Sutton Roley

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LE TRIANGLE DU DIABLE ( Satan’s Triangle) réalisé par Sutton Roley, disponible en DVD le 18 octobre 2016 chez Showshank Films

Acteurs : Kim Novak, Doug McClure, Alejandro Rey, Ed Lauter, Jim Davis, Michael Conrad

Scénario : William Read Woodfield

Photographie : Leonard J. South

Musique : Johnny Pate

Durée : 1h11

Date de sortie initiale : 1975

LE TELEFILM

Un hélicoptère et ses deux sauveteurs partent secourir un bateau en perdition. A son bord, des cadavres et une seule survivante… Au beau milieu de l’océan, la tempête se lève. Leurs coordonnées semblent indiquer qu’ils se trouvent au centre d’un endroit mystérieux surnommé le Triangle du Diable…

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Difficile à croire en découvrant ce téléfilm en 2016, mais Le Triangle du Diable, Satan’s Triangle, produit par la chaîne ABC, diffusée le 14 janvier 1975 aux Etats-Unis, puis en France en novembre 1975, mais surtout le 4 février 1979, a traumatisé toute une génération pour sa diffusion à une heure de grande écoute, un dimanche en début de soirée. Réalisé par Sutton Roley, grand habitué de la télévision avec une multitude de séries à son actif depuis la fin des années 50-60 (Mannix, Le Magicien) jusqu’aux années 1980 (Supercopter, Mike Hammer), Le Triangle du Diable demeure toujours aussi chéri par celles et ceux qui l’ont découvert quand ils étaient jeunes, même s’il faut bien avouer qu’il a considérablement mal vieilli.

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On comprend ce qui a pu choquer à l’époque puisque Le Triangle du Diable est un téléfilm sombre, parfois violent et macabre, avec une petite touche fantastique qui a dû effrayer les enfants qui se demandaient alors ce qu’on pouvait bien leur offrir de gentil et de propre dans la petite lucarne. Le Triangle du Diable vaut surtout aujourd’hui pour revoir Kim Novak, qui se faisait déjà rare sur les écrans. Sa dernière grande apparition au cinéma remontait déjà à 1969 dans Le Plus grand des hold-up d’Hy Averback, bien que la comédienne fît également une apparition dans le quatrième segment du film à sketchs Tales That Witness Madness en 1973. Hormis cette diffusion invraisemblable en fin de week-end alors que les petits n’avaient pas encore pris leur bain, on se demande pourquoi Le Triangle du Diable, modeste fiction à petit budget, est devenu aussi culte puisque le récit – écrit par William Read Woodfield, grand manitou de la série Mission Impossible – sous forme de flashbacks imbriqués apparaît aujourd’hui bien classique, efficace mais platement mis en scène, interprété par des acteurs peu concernés, notamment une Kim Novak complètement éteinte. Le twist final fonctionne, tout comme l’épilogue, mais le reste n’est souvent qu’ennui, il ne se passe rien et l’ensemble s’avère aussi passionnant qu’une partie de pêche à l’espadon diffusée à 3h du matin.

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C’est là tout le mystère de la fibre nostalgique, tout comme celui du Triangle des Bermudes qui sert ici de prétexte pour une entourloupe de 70 minutes, mais où il n’y a que les cinq dernières à sauver.

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LE DVD

Le DVD du Triangle du Diable, disponible chez Showshank Films, repose dans un Digipack un peu léger et fragile. Le visuel, cheap, mentionne “Le Film qui a traumatisé toute une génération” et vise ceux qui recherchaient activement ce téléfilm depuis des années.

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L’éditeur ne vient pas les mains vides ! En effet, nous trouvons une présentation du Triangle du Diable, ou plutôt de son contexte singulier de diffusion à la télévision française, par Jérôme Wybon (13′). Nous avons beaucoup de plaisir à retrouver l’auteur de Nos années Temps X : Une histoire de la science-fiction à la télévision française et le réalisateur de nombreux suppléments rétrospectifs présents sur moult DVD et Blu-ray. Jérôme Wybon replace ce téléfilm dans son contexte, puis donne quelques indications sur le scénariste, le réalisateur, le compositeur et le casting. Vous en saurez également un peu plus sur le sujet du Triangle des Bermudes abordé au cinéma et à la télévision.

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L’interactivité se clôt sur le générique français d’époque (“qui vous a fait frissonner”) et un petit comparatif avant/après la restauration.

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L’Image et le son

Le Triangle du Diable est un téléfilm. Le master plein cadre 1.33 (4/3) d’origine proposé par Showshank Films s’avère honnête, même s’il demeure marqué par l’usure du temps et ce malgré une restauration. Les couleurs retrouvent un certain éclat par rapport au master original, le grain est parfois très marqué et sa gestion reste aléatoire, certains moirages sont visibles, tout comme les stock-shots lors de la partie de pêche. Divers plans sont toujours flous et inhérents aux partis pris esthétiques qui privilégient un aspect cotonneux lors de l’arrivée du prêtre sur le voilier. La copie trouve néanmoins une stabilité, malgré des fourmillements à foison.

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La version originale Mono est beaucoup plus étouffée que la piste française, dynamique, aux dialogues et aux effets nettement plus élevés. De plus, le doublage est très bon, avec notamment Marcel Bozzuffi, Pierre Garin et Serge Lhorca (la voix de Yoda dans les épisodes V et VI de Star Wars).

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Crédits images : © Showshank Films / Captures DVD et Bonus : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Les Flics ne dorment pas la nuit, réalisé par Richard Fleischer

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LES FLICS NE DORMENT PAS LA NUIT (The New Centurions) réalisé par Richard Fleischer, disponible en Blu-ray et DVD le 9 novembre 2016 chez Carlotta Films

Acteurs : George C. Scott, Stacy Keach, Jane Alexander, Scott Wilson, Rosalind Cash, Erik Estrada

Scénario : Stirling Silliphant, d’après le livre de Joseph Wambaugh The New Centurions

Photographie : Ralph Woolsey

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

De nouvelles recrues font leur entrée dans un commissariat de Los Angeles, parmi lesquelles Roy Fehler, étudiant en droit entré dans la police pour subvenir aux besoins de sa famille. Il fait équipe avec Andy Kilvinski, vieux briscard engagé dans la police depuis 23 ans, qui lui apprend toutes les ficelles du métier. Roy devient vite accro à la rue et à ses dangers, et délaisse peu à peu ses études et sa famille…

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Richard Fleischer (1916-2006) a déjà plus de trente longs métrages à son actif lorsqu’il réalise Les Flics ne dorment pas la nuitThe New Centurions en 1972. Le film est adapté du best-seller de Joseph Wambaugh, ancien membre de la police de Los Angeles, qui parallèlement à sa carrière écrivait en secret des récits policiers inspirés de son propre quotidien. Après avoir trouvé un éditeur et tout en continuant son travail dans la police, Joseph Wambaugh devient immédiatement un écrivain à succès. Dès sa publication, le livre The New Centurions est un immense succès et le monde du cinéma ne tarde pas à lui faire les yeux doux pour acquérir les droits. Les producteurs Robert Chartoff et Irwin Winkler (On achève bien les chevaux, Le Point de non-retour) se mettent d’accord avec Joseph Wambaugh et le scénario est confié au talentueux Stirling Silliphant (Nightfall, La Ronde du crime, Dans la chaleur de la nuit). Le cinéaste Richard Fleischer vient d’enchaîner trois films en 1971, L’Etrangleur de Rillington Place, Les Complices de la dernière chance et Terreur aveugle, quand il signe pour Les Flics ne dorment pas la nuit. Il retrouve George C. Scott après Les Complices de la dernière chance, qui donne la réplique à Stacy Keach, qui venait de tourner dans le superbe Fat City de John Huston.

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Les Flics ne dorment pas la nuit est une chronique qui plonge les spectateurs dans l’implacable quotidien d’une unité de police de Los Angeles. Le vétéran Andy Kilvinski (George C. Scott, immense) doit former Roy Fehler (Stacy Keach, superbe), lui apprendre les ficelles du métier, les patrouilles dans les rues mal famées et les réflexes. Le jeune homme, étudiant en droit, qui s’est engagé dans la police pour gagner de quoi faire vivre sa femme et sa petite fille, apprécie cette nouvelle vie. Grisé par l’adrénaline du monde de la nuit et de la rue, Roy délaisse peu à peu ses études, puis oublie parfois de rentrer chez lui. Il devient flic et il aime ça. Lassée de ne plus le voir, anxieuse de savoir sa vie en danger, sa femme le quitte et Roy sombre dans la dépression et l’alcool. De son côté, Kilvinski part à la retraite. Mais peut-on vraiment raccrocher quand on a été flic pendant un quart de siècle ?

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Redoutablement pessimiste, sombre, mais jamais désespéré ou morbide, Les Flics ne dorment pas la nuit dresse le portrait d’hommes attachants, des simples flics qui se donnent corps et âme à leur métier, que certains n’ont pas choisi ou d’autres qui au contraire sont nés avec cette vocation. Le danger et même la mort peuvent frapper à chaque coin de rue, ils sont conscients de cela, mais la passion prend souvent le pas, d’autant plus que la plupart des flics n’ont pas de vie en dehors de leur job. Ils ont souvent été largués par celle qu’ils aimaient ou n’ont tout simplement pas eu le temps de fonder une famille à cause de ce travail qui les accapare de jour comme de nuit. Après des années de fiers et loyaux services, la descente peut être brutale, voire fatale pour certains.

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Soutenu par le scénario en béton de Stirling Silliphant qui fonctionne de manière elliptique, Richard Fleischer met comme d’habitude un point d’honneur à être le plus réaliste possible avec une dimension toujours quasi-documentaire, en s’attachant aux petits détails qui cumulés font le quotidien de ces quelques officiers de police, entre moments légers (le ramassage des prostituées) et très violents (la séquence avec le bébé maltraité par une mère alcoolique). Des policiers, premiers témoins d’un monde au bord du gouffre dans lequel des actes terribles sont maintenant commis par des gens « normaux ».

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Filmé en décors naturels dans les rues de Los Angeles, principalement de nuit, The New Centurions est non seulement un sublime et passionnant objet de cinéma, grave, intelligent (le réalisateur refuse le spectaculaire), profond, mais sans nul doute un des plus grands films policiers, ou plutôt un drame policier mélancolique et crépusculaire, des années 1970. La musique de Quincy Jones, la photographie de Ralph Woolsey (L’Ultime randonnée de Sidney J. Furie), un montage toujours au cordeau, ici réalisé par Robert C. Jones (Love Story, Devine qui vient dîner ?, Un monde fou, fou, fou, fou), la virtuosité de Richard Fleischer et l’excellence de l’interprétation, tout contribue à faire des Flics ne dorment pas la nuit un saisissant chef d’oeuvre du genre.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray des Flics ne dorment pas la nuit, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

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Comme sur les Blu-ray de Terreur aveugle et de L’Etrangleur de Rillington Place, Les Flics ne dorment pas la nuit s’accompagne d’une préface (7′30) réalisée par le brillant réalisateur Nicolas Saada (Espion(s), Taj Mahal). Même si l’éditeur appelle ce segment une préface, ne la visionnez surtout pas avant Les Flics ne dorment pas la nuit puisque les propos de Nicolas Saada sont collés sur des images tirées du film et révèlent beaucoup d’éléments. Le cinéaste, grand admirateur et fasciné par le cinéma de Richard Fleischer, avoue d’emblée que c’est un film qu’il adore et qu’il s’agit pour lui d’un des très grands films américains des années 1970. Il croise ensuite le fond avec la forme, évoque le casting, le roman de Joseph Wambaugh, le côté visionnaire de cette œuvre qui traite entre autres des bavures policières. Une excellente présentation !

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Après Christophe Gans et Fabrice Du Welz, c’est au tour de l’excellent Nicolas Boukhrief (Le Convoyeur, Cortex, Gardiens de l’ordre, Made in France) de se pencher sur une œuvre de Richard Fleischer (25’). Grand admirateur du cinéaste, Nicolas Boukhrief commence cette intervention en indiquant que Richard Fleischer n’a malheureusement jamais eu la reconnaissance qu’il méritait de son vivant et même encore aujourd’hui. Selon lui, Fleischer fait partie de ces réalisateurs, comme Robert Wise ou Franklin J. Schaffner, qui n’étaient pas considérés comme des auteurs à part entière, qui ont toujours su s’adapter aux films que les studios leur proposaient, sans pour autant avoir le soutien qu’ils méritaient et ce malgré les grands succès à leur actif. Nicolas Boukhrief en vient ensuite au film qui nous intéresse, Les Flics ne dorment pas la nuit, titre français qu’il trouve d’ailleurs très poétique, qu’il a découvert il y a quelques années seulement. Le fond et la forme s’entrecroisent à travers un exposé brillant et passionné qui met en relief le caractère prophétique de cette œuvre sur la situation politique et sociale des Etats-Unis, mais aussi sur l’évolution du genre policier au cinéma ainsi qu’à la télévision.

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La pièce centrale de cette interactivité demeure le module intitulé Cop Stories (44’), qui croise les entretiens de Joseph Wambaugh (auteur du livre dont le film est l’adaptation), le comédien Stacy Keach, Richard Kalk (conseiller technique) et Ronald Vidor (assistant opérateur). En introduction, un carton indique que certains éléments majeurs de l’intrigue, y compris le dénouement du film sont dévoilés et analysés. A ne visionner qu’après avoir (re)vu le film donc. Joseph Wambaugh revient sur son parcours atypique, flic de la ville de Los Angeles devenu écrivain, qui est d’ailleurs resté dans les forces de l’ordre jusqu’en 1974 alors que son roman Les Nouveaux CenturionsThe News Centurions était devenu un best-seller en 1971. Dans un premier temps, Joseph Wambaugh évoque ses débuts dans l’écriture, ce qui a nourri son premier roman (son quotidien et les émeutes de Watts), la psychologie de ses trois personnages principaux (Sergio Duran, Gus Plebesly et Roy Fehler), le grand succès du livre et l’achat des droits pour le cinéma par les producteurs Robert Chartoff et Irwin Winkler. C’est là qu’intervient Richard Kalk, son confrère dans la police, qui devient alors le conseiller technique sur le film de Richard Fleischer. Puis, Stacy Keach et Ronald Vidor interviennent à tour de rôle pour raconter diverses anecdotes liées au tournage. Tout ce beau petit monde parle de la direction d’acteurs de Richard Fleischer, du casting, de l’entraînement des comédiens pendant quinze jours dans une Police Academy, des conditions des prises de vues (parfois dans des quartiers mal famés), du succès dans les salles. Un documentaire rétrospectif souvent passionnant et très bien réalisé.

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A une époque où la vidéo n’existait pas ou à peine dans les années 1960-1970, les studios américains proposaient pour voir chez soi et au format Super 8 ou 8mm, des extraits de leurs longs métrages ou le film entier condensé en une seule bobine ! Carlotta Films a mis la main sur un petit trésor singulier, le transfert du film Les Flics ne dorment pas la nuit condensé en 17 minutes et au format Super 8. Cet élément d’époque a été scanné en HD. La qualité et les imperfections sont évidemment dues au format original et les séquences sont en version originale sous-titrées en français.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le chef d’oeuvre de Richard Fleischer fait peau neuve chez Carlotta Films et en Blu-ray s’il vous plaît ! The New Centurions est un film dont l’action se déroule principalement de nuit. Ces scènes parfois sombres sont merveilleusement rendues avec ce master HD restauré en 2K et nettoyé de toutes défectuosités. Mis à part un générique un poil tremblant, les contrastes du chef opérateur Ralph Woolsey, retrouvent toute leur richesse et les ambiances froides épousent parfaitement les teintes plus ambrées des éclairages naturels. Certaines scènes s’accompagnent parfois d’un grain cinéma plus appuyé mais équilibré et fort attrayant. Les nombreux points forts de cette édition demeurent la beauté des gros plans, la propreté immaculée du master et le relief des scènes en extérieur jour avec des détails plus flagrants. Quelques fléchissements de la définition restent inhérents aux conditions de prises de vues originale, avec un aspect très documentaire, qui captent des instantanés de vie. Enfin, le film est proposé dans son format d’origine 2.35.

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Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0 sont propres, efficaces et distillent parfaitement la musique de Quincy Jones. La piste anglaise ne manque pas d’ardeur et s’avère la plus équilibrée du lot. Au jeu des différences, la version française se focalise trop sur les dialogues au détriment de certaines ambiances et effets annexes. Aucun souffle constaté sur les deux pistes. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

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LES FLICS NE DORMENT PAS LA NUIT © 1972, RENOUVELÉ 2000 COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. Tous droits réservés. / Captures du Blu-ray / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Everybody Wants Some !!, réalisé par Richard Linklater

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EVERYBODY WANTS SOME !! réalisé par Richard Linklater, disponible en Blu-ray et DVD le 20 août 2016 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Blake Jenner, Ryan Guzman, Tyler Hoechlin, Zoey Deutch, Glen Powell, Wyatt Russell, Will Brittain

Scénario : Richard Linklater

Photographie : Shane F. Kelly

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Dans les années 80, suivez les premières heures de Jake sur un campus universitaire. Avec ses nouveaux amis, étudiants comme lui, il va découvrir les libertés et les responsabilités de l’âge adulte. Il va surtout passer le meilleur week-end de sa vie…

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Richard Linklater est un des réalisateurs indépendants américains les plus prolifiques et éclectiques du cinéma contemporain. On lui doit notamment un des plus beaux triptyques de ces quinze dernières années Before SunriseBefore SunsetBefore Midnight (1995-2004-2013) et dernièrement Boyhood, oeuvre exceptionnelle tournée par intermittence sur une période de douze ans, de 2002 à 2013, avec la même distribution et la même équipe technique. Son nouveau film, Everybody Wants Some !! apparaît comme une suite spirituelle à Génération rebelle (Dazed and Confused, 1993) et à Boyhood, et pose les mêmes questions, à savoir qu’est-ce que grandir et comment devient-on un adulte ? Si le premier se déroulait le dernier jour de classe de l’année et si Boyhood suivait l’évolution et le parcours d’un adolescent depuis son enfance jusqu’à son entrée à l’université, Everybody Wants Some !! se focalise sur un groupe de jeunes sportifs et le film démarre trois jours avant leur entrée en faculté. Un long week-end durant lequel le spectateur est invité à faire connaissance avec toute une bande de joyeux drilles qui comptent bien profiter des dernières heures de l’été. En suivant ces personnages, tout interprétés par des comédiens peu connus voire non professionnels, Richard Linklater nous renvoie à notre propre vie, au temps qui passe, sujet alors récurrent chez le cinéaste.

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Le titre est tiré d’une chanson du groupe Van Halen. Everybody Wants Some !! compile une flopée de titres rock, disco, country, metal, punk, new-wave avec notamment The Knack, Sugar Hill Gang, Sniff ‘n’ The Tears, ZZ Top, Cheap Trick, Blondie, Jermaine Jackson, Kool & The Gang, Donna Summer, Queen, Dire Straits, The Cars et bien d’autres. Mais plutôt que d’illustrer cette chronique d’adolescents qui se déroule à la fin du mois d’août 1980, cette bande originale s’avère une composante du scénario à part entière puisque les jeunes (et les autres) écoutaient constamment ces tubes et allaient danser dessus dans les discothèques aux éclairages fluo. Pour Richard Linklater, le titre résume à lui seul l’état d’esprit du film, en grande partie inspiré de souvenirs autobiographiques, et de ses personnages : « La chanson exprime parfaitement le sens de l’humour et l’obsession pour le sexe des garçons de 18 ans. Quand on est jeune et fougueux, on veut tout, tout de suite. On considère qu’on y a droit parce que, quand on est jeune, on ne se pose pas de question ».

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Linklater filme l’âge où tout est possible. Un pied encore dans l’enfance, l’autre déjà en avant vers le monde adulte. Les personnages se raccrochent encore aux vannes potaches et se comportent encore souvent comme des lycéens voire des collégiens, en ne pensant qu’à draguer les filles, à boire des coups et à faire la fête. Mais Jake (Blake Jenner), fraîchement débarqué sur le campus, révèle une autre sensibilité. S’il ne manque pas l’occasion de s’amuser avec ses nouveaux potes de l’équipe de baseball, il est surtout intéressé par une fille en particulier, Beverly (la délicieuse Zoey Deutch), qu’il aborde avec douceur et romantisme. Ce qu’il y a d’agréable dans le monde cinématographique de Richard Linklater, ce sont ses personnages qui souvent ne jugent pas les autres malgré leurs différences. Ainsi, si Jake ne la joue pas rentre-dedans comme ses amis, ceux-ci ne se moquent pas, respectent, même s’ils ne manquent pas l’occasion d’envoyer quelques vannes bon-enfant. Mais il y a toujours le risque que le groupe éclate. Chacun doit y penser, mais préfère profiter du moment présent.

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Avec ses couleurs pétillantes et sa légèreté, Everybody Wants Some !! fait souvent penser à une bande dessinée avec des personnages bien spécifiques et dépeints, qui forment un groupe bien soudé, qui danse ensemble, qui se bastonne, qui drague et qui joue. Tout le monde est logé à la même enseigne car tous sont dans la même galère, avec les mêmes peurs, que la fiesta et les danses endiablées peuvent dissimuler, mais pour un temps limité seulement. Alors, comme la rentrée est proche pourquoi ne pas en profiter à fond ?

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Everybody Wants Some !! agit comme un véritable feel good movie généreux et chaleureux. La reconstitution des années 1980 est très soignée et participe à la grande réussite du film avec notamment sa garde-robe pas piquée des hannetons et ses moustaches duveteuses. Mais on retient surtout l’énergie contagieuse de tous les comédiens, excellents, drôles, complices, spontanés, merveilleusement dirigés. A l’instar du formidable The Myth of the American Sleepover de David Robert Mitchell (It Follows), Everybody Wants Some !! est la parfaite antithèse des teen-movies, loin des films graveleux (même si drôles) à la American Pie et autres films comparant les nanas à une tarte aux pommes tièdes. L’oeuvre de Richard Linklater peut paraître simple, mais comme toujours chez le cinéaste, la sensibilité et la nostalgie y sont universelles et la grande réussite est encore une fois au rendez-vous.

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LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Everybody Wants Some !!, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est étonnamment fixe et muet.

ewsTout d’abord, l’éditeur propose de visionner le film avec l’option Liner notes, qui donne quelques détails sur toutes les chansons de la bande-son au moment où elles sont entendues, à savoir le nom de l’interprète, le titre, son histoire… Cette option pop-up est disponible sur les deux langues. A noter que le chapitrage est également proposé à travers le titre de ces chansons réparties selon les jours de la semaine !

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everybody13Le style des années 80 (4′) : Un des points forts d’Everybody Wants Some !! est sa reconstitution des années 1980. Ce petit module se focalise sur la (re)création des costumes, le maquillage, les décors et les accessoires, en compagnie des comédiens du film sur le plateau où règne une ambiance très détendue.

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Les talents en vidéo (5′) : Pour organiser son casting, le réalisateur Richard Linklater a demandé aux personnes intéressées de filmer leur talent au baseball. Ce montage compile les vidéos tournées par les comédiens finalement retenus.

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Rickipedia (4′) : Ce segment réalisé au fil du tournage, montre Richard Linklater à l’oeuvre avec ses comédiens, qui les dirige et leur donne des conseils quant au comportement et au langage appropriés à utiliser puisque les jeunes acteurs n’étaient pas nés dans les années 1980 ! Une authenticité qui repose entre autres sur l’excellente mémoire du réalisateur, qui épate constamment l’ensemble du cast.

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Des trucs qui ne sont pas dans le film (25′) : Comme son titre l’indique, ce supplément est constitué de scènes ratées, prolongées ou coupées, d’improvisations des acteurs, de bêtisier et d’images du dernier jour, ou plutôt la dernière nuit de tournage.

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Les joueurs de baseball savent danser (7′) : De retour avec les jeunes comédiens d’Everybody Wants Some !! qui sont réunis cette fois pour prendre quelques cours de danse après leur entraînement au baseball. Entre le disco, la country et le funk, les acteurs ont fort à faire, mais ne reculent devant rien, d’autant plus qu’ils se trouvent ici en charmante compagnie. Mais les chorégraphes les surveillent de près !

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L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et des liens internet. 

L’image et le son

Le master HD restitue habilement les volontés artistiques du chef opérateur Shane F. Kelly (Boyhood). Point de grain vintage comme on pouvait s’y attendre, Richard Linklater a filmé son film entièrement en numérique via l’Arri Alexa. La patine est donc bien laquée, les couleurs chaudes et clinquantes, les contrastes léchés et le relief constamment palpable. Ces partis pris esthétiques bigarrés sont savamment pris en charge par une compression sans failles, la définition demeure exemplaire sur tous les plans et tout du long, sur les scènes sombres comme sur les lumineuses séquences diurnes. Les détails sont légion sur le cadre, le piqué aiguisé et la copie éclatante. C’est superbe.

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Everybody Wants Some !! n’est pas un film à effets et les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 ne font pas d’esbroufe inutile. L’essentiel de l’action est canalisé sur les enceintes avant, même si chacune des séquences en extérieur s’accompagne inévitablement de petites ambiances naturelles sur les latérales. Il en est de même pour l’incroyable bande-son, systématiquement mise en valeur par l’ensemble des enceintes, mais qui aurait pu être encore plus dynamique. Les voix demeurent claires, limpides, solidement délivrées par la centrale, bien que la version française (au doublage réussi) demeure moins ardente que son homologue et trop axée sur les voix.

everybody14everybody16Copyright Metropolitan FilmExport / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Etrangleur de Rillington Place, réalisé par Richard Fleischer

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L’ETRANGLEUR DE RILLINGTON PLACE (10 Rillington Place) réalisé par Richard Fleischer, disponible en Blu-ray et DVD le 9 novembre 2016 chez Carlotta Films

Acteurs : Richard Attenborough, Judy Geeson, John Hurt, Pat Heywood, Isobel Black, Miss Riley

Scénario : Clive Exton, d’après le livre de Ludovic Kennedy 10 Rillington Place

Photographie : Denys N. Coop

Musique : John Dankworth

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

A la fin des années 1940, Timothy et Beryl Evans emménagent avec leur petite fille au 10 Rillington Place, à Londres. Ils sympathisent rapidement avec leurs voisins du rez-de-chaussée, les Christie. Mais derrière ses airs courtois et respectables, John Reginald Christie est en réalité un meurtrier qui assassine et viole des femmes en se faisant passer pour un ancien médecin.

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Dès ses premiers films réalisés dans les années 1940, Bodyguard, Assassin sans visage, Le Pigeon d’argile, le cinéaste Richard Fleischer, sous contrat avec la RKO, s’intéressait au mal et aux recoins les plus sombres de l’âme humaine. En 1959, il signe Le Génie du mal, également connu sous son titre original Compulsion, qui allait devenir le premier volet d’une trilogie criminelle. Ayant un temps envisagé des études pour devenir psychiatre, Richard Fleischer s’est toujours penché sur les obsessions de ses personnages, d’un côté ou de l’autre de la justice. Dans Le Génie du mal, adapté du roman Crime (1956) de l’écrivain et journaliste Meyer Levin (1905-1981), le cinéaste s’inspire de l’affaire Leopold et Loeb, que Levin avait par ailleurs couvert pour le compte du Daily News en 1924 alors qu’il fréquentait la même Université que les deux criminels. Nathan Leopold (1904-1971) et Richard Loeb (1905-1936) étaient deux riches et brillants étudiants en droit de l’Université de Chicago, fascinés par la théorie du surhumain de Friedrich Nietzsche. Se sentant intellectuellement au-dessus du commun des mortels et donc des lois, les deux étudiants ont décidé de tuer un adolescent de 14 ans pour le seul plaisir de réaliser un crime parfait et d’éliminer un être inférieur, donc « inutile ». Les cinéphiles auront noté quelques ressemblances avec La Corde d’Alfred Hitchcock, réalisé dix années auparavant, adapté de la pièce de Patrick Hamilton inspirée par le même fait divers. Mais ici, contrairement au film d’Hitchcock qui s’ouvre sur le crime, celui du Génie du mal reste hors-champ, car ce qui intéresse Fleischer est ailleurs.

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Dans la première partie du Génie du mal, Richard Fleischer observe ses personnages avec une patience et l’oeil aiguisé d’un entomologiste. Bien avant De sang-froid de Truman Capote (publié en 1966) et adapté au cinéma par Richard Brooks l’année suivante, Fleischer réalise une étude sociologique, une analyse clinique du comportement criminel, un de ses sujets de prédilection (L’Etrangleur de Boston, nous y reviendrons) et se penche sur le rapport dominant-dominé à travers le portrait de ses deux personnages principaux. Judd Steiner (Dean Stockwell, qui avait créé ce rôle sur scène) est en état de dépendance affective et vraisemblablement amoureux de l’autre, Arthur A. Straus (Bradford Dillman) qui se sert de cette faiblesse pour l’entraîner vers l’irréparable. Un élément que nous retrouverons dans L’Etrangleur de Rillington Place. Malgré la « perfection » de ce crime, les deux étudiants sont trahis par un détail et se retrouvent sur le banc des accusés. Leur défense est confiée à un ténor du barreau, Jonathan Wilk, farouchement opposé à la peine de mort (thème que l’on retrouvera également dans L’Etrangleur de Rillinton Place, nous y reviendrons aussi) et payé à prix d’or par la famille des accusés. Dans Le Génie du mal il est interprété par Orson Welles.

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Sa plaidoirie reprenant mot pour mot – ou du moins une partie puisqu’elle aurait duré près de douze heures – celle véritablement proclamée lors du procès de Leopold et Loeb, est une des plus magistrales de toute l’histoire du cinéma. Véritablement transporté par son personnage et son texte, le comédien – que Richard Fleischer était souvent obligé de freiner dans son enthousiasme – laisse pantois d’admiration durant son monologue quand il s’adresse au juge et jurés. Le comédien, ainsi que Dean Stockwell et Bradford Dillman (parfaits de cynisme et d’orgueil démesuré) se partageront le Prix d’interprétation au Festival de Cannes en 1959.

Sur un rythme vif, avec un sens inouï du cadre, un montage au cordeau, une photo N&B magnifique signée William C. Mellor (Géant), et la partition jazzy de Lionel Newman, Le Génie du mal marque une étape dans la carrière de Richard Fleischer.

Richard Attenborough in the witness box in a scene from the film '10 Rillington Place', 1971. (Photo by Filmways Pictures/Getty Images)

En 1968, le cinéaste met en scène L’Etrangleur de BostonThe Boston Strangler, avec Tony Curtis dans un de ses plus grands rôles. Cette fois, Fleischer s’inspire des meurtres en série d’Albert de Salvo, un ouvrier plombier qui assassina une douzaine de femmes entre 1962 et 1964. Afin de refléter les troubles de la personnalité de son personnage, Richard Fleischer a recours à la technique du split screen, popularisée en 1966 par John Frankenheimer pour Grand Prix, puis réutilisée par le réalisateur Norman Jewison pour L’Affaire Thomas Crown.

Jamais gratuit, ce nouveau langage cinématographique permet à Richard Fleischer de recentrer l’attention du spectateur sur certains éléments synchrones tout en gardant le fil de son récit. Les spectateurs sont donc littéralement happés du début à la fin par ces actions multiples, qui plus est relevées par l’usage de la caméra portée Arriflex qui donne à L’Etrangleur de Boston un aspect réaliste et documentaire, surtout quand le cinéaste se penche sur le rôle et les responsabilités des politiques et des médias qui s’emparent de cette actualité.

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Sans concessions, Richard Fleischer plonge son audience autant dans les méandres d’un esprit malade que dans les coins plutôt oubliés du cinéma hollywoodien comme les bars gay, en montrant à l’écran des individus pervers et obsédés sexuels, sans tabous, sans détours, avec une rare audace formelle. Rétrospectivement, L’Etrangleur de Boston apparaît comme l’un des films matrice du grand cinéma américain des années 70, mais également comme la référence ultime du genre. Cependant, le maître du thriller et du film-noir hollywoodien abordera une fois de plus le thème du serial killer peu de temps après.

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Nous arrivons en 1971. Après le film de guerre Tora ! Tora ! Tora !, Richard Fleischer revient aux affaires criminelles avec L’Etrangleur de la Place Rillington, également connu sous le titre L’Etrangleur de Rillington Place, ou par son titre original 10 Rillington Place. Le cinéaste relate ici les événements liés à l’affaire John Christie, tueur en série qui sévit à Londres durant les années 1940 et 1950. Ce qui intéresse plus particulièrement Richard Fleischer ici, c’est le rapport qui s’instaure entre John Christie et Timothy Evans, qui vient s’installer avec sa femme Beryl et sa petite fille Geraldine au premier étage du 10 Rillington Place, au-dessus de l’appartement où vit John Christie et sa femme. Dès la première séquence où retentit une sirène, Fleischer instaure le lieu et la date de l’histoire qu’il va nous raconter. Nous sommes en 1944 dans un quartier pauvre de Londres. Un homme au crâne dégarni, pour ne pas dire bulbeux, lunettes rondes sur le nez et vêtu d’un uniforme de la police est suivi par une femme qu’il fait entrer chez lui. Très vite, il prépare une solution de son invention destinée à être inhalée par la personne qui attend fébrilement et qui est supposée l’aider à guérir d’une bronchite, puisque les médicaments sont rares et chers en cette période troublée. Alors qu’elle inhale le gaz, la femme commence à se débattre, mais l’homme la force en lui maintenant le dispositif, jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse. C’est alors qu’il l’étrangle. Son corps sera enterré dans l’arrière-cour de l’immeuble. Cinq ans plus tard, John Christie accueille la famille Evans. Ses pulsions criminelles vont alors reprendre.

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John Christie est interprété par Richard Attenborough, alors une des plus grandes stars du cinéma britannique et un des acteurs les plus populaires. Il livre ici une immense prestation, méconnaissable avec un faux crâne très réussi qui donne à sa tête un aspect inquiétant, renforcé par des lunettes aux verres ronds légèrement déformants.

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John Christie apparaît dès le premier plan comme un être répugnant, un prédateur qui assassine froidement les jeunes femmes en les étranglant, puis qui les viole après qu’elles aient rendu leur dernier souffle. Sa rencontre avec Timothy Evans, remarquablement interprété par John Hurt, bouleversant dans un de ses premiers films, va lui donner l’occasion de se laisser aller à ses penchants criminels, tout en manipulant et en faisant porter le chapeau à cet homme, peu éduqué, analphabète, habitué à écouter les « conseils » de ceux qui lui sont supérieurement intelligents. Christie va réduire en cendres la vie d’Evans en tuant son épouse Beryl (Judy Geeson) et sa petite fille. Rongé par la culpabilité puisque Christie lui a bien fait comprendre qu’il était le principal responsable de la mort de celles qu’il aimait – Christie avait réussi à convaincre Evans de ses connaissances en médecine pour pouvoir faire avorter sa femme – Evans se dénonce à la police. Mais Christie avait envisagé cette décision.

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Si Richard Attenborough et Richard Fleischer se sont engagés sur L’Etrangleur de Rillington Place, c’est pour livrer un combat direct contre la peine de mort. En effet, l’affaire John Christie / Timothy Evans, racontée dans le livre de Ludovic Kennedy, a mis en relief les erreurs judiciaires et les failles du recours à la peine de mort, qui sera finalement suspendue au milieu des années 1960, puisque Evans, jugé responsable de la mort de sa famille, a été condamné à mort par pendaison. Parallèlement, L’Etrangleur de Rillington Place demeure un des films les plus glaçants, réalistes et saisissants sur le thème du serial killer. Maître des espaces exigus, Richard Fleischer enferme littéralement le spectateur dans la bâtisse située au 10 Rillington Place. Avec ses appartements miteux aux murs suintants de crasse, son escalier étroit et son arrière-cour glauque, le décor est planté et participe au sentiment de claustrophobie distillé à travers la mise en scène stylisée et quasi-documentaire de Fleischer. Connu pour le soin apporté aux détails les plus infimes, le cinéaste livre une approche radicalement différente pour dresser le portrait de l’étrangleur de Rillington Place que pour celui de Boston, même si le film est tout autant prodigieux et oppressant avec une caméra souvent portée qui appuie le malaise des séquences de meurtres, dans un lieu isolé qui reflète l’extrême pauvreté de ses habitants. Par ailleurs, le réalisateur a mis un point d’honneur à tourner les séquences en extérieur sur les lieux-mêmes où se sont déroulés les faits et à faire écrire les dialogues à partir des témoignages d’époque et des transcriptions tirées des procès.

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Si le rythme est lent, il n’en demeure pas moins maîtrisé, créant même parfois une sensation hypnotique. 45 ans après sa réalisation, L’Etrangleur de Rillington Place n’a pas pris une seule ride et l’on reste toujours estomaqué par cette peinture de l’horreur montrée sous sa forme la plus banale, qui a ensuite largement inspiré Alfred Hitchcock pour Frenzy ou même Anthony Hopkins pour son incarnation d’Hannibal Lecter.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Etrangleur de Rillington Place, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

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A l’instar des Blu-ray de Terreur aveugle et des Flics ne dorment pas la nuit, Terreur aveugle s’accompagne d’une préface (7′30) réalisée par le brillant réalisateur Nicolas Saada (Espion(s), Taj Mahal). Même si l’éditeur appelle ce segment une préface, ne la visionnez surtout pas avant L’Etrangleur de Rillington Place puisque les propos de Nicolas Saada sont collés sur des images tirées du film qui révèlent beaucoup d’éléments. Le cinéaste, passionné par le cinéma de Richard Fleischer, aborde cette fois le traitement et l’approche du sujet par le réalisateur du Génie du mal, l’exploitation des lieux exigus (une spécialité de Fleischer). Nicolas Saada indique également qu’Alfred Hitchcock a vraisemblablement vu L’Etrangleur de Rillington Place et s’en est inspiré pour Frenzy réalisé un an après. Si la forme est abordée, le fond n’est pas oublié puisque Saada évoque également le fait divers à l’origine de cette histoire, ainsi que l’engagement de Richard Fleischer et de Richard Attenborough contre la peine de mort. Le casting est évidemment passé au peigne fin. De rares photos de tournage illustrent également cette présentation.

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S’ensuit une rencontre tout aussi indispensable avec le réalisateur Christophe Gans, intitulé Richard Fleischer, un auteur discret (24′). Cette formidable approche sur L’Etrangleur de Rillington Place évoque tour à tour la notion du cinéma d’auteur, la grande part de la carrière de Richard Fleischer consacrée au mal, ainsi qu’aux recoins et événements les plus sordides de la société. Visiblement fasciné par le cinéaste, Christophe Gans dissèque le fond et la forme de L’Etrangleur de Rillington Place en abordant notamment le caractère social du film et son contexte réaliste. Dans une seconde partie, Gans parle du casting, du fait divers et de l’affaire Christie, ainsi que du livre qui relate ces événements et qui allait jouer un rôle prépondérant dans l’abolition de la peine de mort en Angleterre. Gans clôt cet entretien en évoquant la modestie du réalisateur Fleischer, qui ne s’est jamais engagé de manière frontale dans ses films de commande, mais qui a pourtant toujours distillé des indices qui ne trompent pas sur ses engagements.

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Ne manquez pas la rencontre avec la comédienne Judy Geeson, qui interprète Beryl dans L‘Etrangleur de Rillington Place (22′). Révélée dans Les Anges aux poings fermés (1967) et aperçue dans Au service secret de Sa Majesté (1969) dans lequel elle jouait une patiente allergique recueillie au Piz Gloria, Judy Geeson est visiblement ravie de partager ses souvenirs liés au tournage de L’Etrangleur de Rillington Place. Elle revient sur son premier rôle de composition, sur son personnage, la collaboration avec Richard Fleischer, les partis pris et les intentions du film, les conditions de tournage sur les lieux mêmes du fait divers. Judy Geeson aborde ensuite l’affaire Christie, le livre de Ludovic Kennedy et son retentissement en Angleterre jusqu’à l’abolition de la peine de mort. La comédienne parle de l’écrivain, qui l’a beaucoup aidé pour préparer son personnage et qui était d’ailleurs consultant de Richard Fleischer sur le plateau. Enfin, Judy Geeson n’oublie pas de mentionner ses partenaires John Hurt et Richard Attenborough (avec quelques photos de la séance de maquillage de ce dernier), sans oublier la direction d’acteurs de Richard Fleischer, notamment lors de la scène du meurtre.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

L’Etrangleur de Rillington Place de Richard Fleischer renaît de ses cendres avec ce superbe master HD restauré à 4K ! Ce Blu-ray tient toutes ses promesses avec une superbe colorimétrie froide souvent désaturée, aux teintes brunes, des contrastes denses, des détails ciselés sur le cadre 1.66 respecté et un relief parfois étonnant. Si la définition fléchit légèrement – certaines séquences sombres en intérieur paraissent plus douces – le piqué est étonnant même s’il dépend des volontés artistiques originales et s’avère plus acéré sur les scènes tournées en extérieur. Le grain original se trouve heureusement respecté et conservé. Une élévation HD (1080p) élégante qui amplifie les partis pris esthétiques de la photographie signée Denys N. Coop. N’oublions pas de mentionner l’irréprochable propreté de la copie.

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Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0 instaurent un excellent confort acoustique. Les dialogues sont solidement délivrés, la propreté est de mise, les effets convaincants, sans aucun souffle sur les séquences sans musique. Les effets sonores, riches et très recherchés, jouissent également d’un écrin phonique somptueux. Au jeu des différences, la version originale l’emporte sur son homologue car plus aérée, naturelle et franche dans son rendu. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

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L’ÉTRANGLEUR DE RILLINGTON PLACE © 1970, RENOUVELÉ 1998 COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. Tous droits réservés. / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Mortelle randonnée, réalisé par Claude Miller

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MORTELLE RANDONNEE réalisé par Claude Miller, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 25 octobre 2016 chez TF1 Vidéo

Acteurs : Michel Serrault, Isabelle Adjani, Guy Marchand, Stéphane Audran, Macha Méril, Geneviève Page, Sami Frey, Patrick Bouchitey

Scénario : Jacques Audiard, Michel Audiard d’après le roman de Marc Behm

Photographie : Pierre Lhomme

Musique : Carla Bley

Durée : 1h58 (version cinéma), 1h36 (version TV)

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

L’Oeil, surnommé ainsi pour ses talents de fin limier, travaille pour l’agence de détectives de Madame Schmitt-Boulanger. Divorcé, il est hanté par le souvenir de sa fille Marie qu’il n’a plus revue depuis sa petite enfance, et cherche désespérément à savoir où elle se trouve sur la seule image qu’il possède d’elle, une photo de classe lorsqu’elle avait huit ans…

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Garde à vue ayant été un grand succès public et critique en 1981, Claude Miller a le vent en poupe et devient libre de choisir ses projets. Il jette son dévolu sur le roman Eye of the Beholder – Mortelle randonnée de Marc Behm et confie son adaptation à Michel Audiard et à son fils Jacques. Le réalisateur souhaite prendre le contrepied de son précédent film en voulant tourner aux quatre coins de l’Europe et en misant sur une esthétique sophistiquée. Il engage Pierre Lhomme, directeur de la photographie de Tout feu, tout flamme et Le Sauvage, et bénéficie d’un casting quatre étoiles avec Michel Serrault et Isabelle Adjani en tête d’affiche, accompagnés de Guy Marchand, Stéphane Audran, Macha Méril, Geneviève Page, Sami Frey, Geneviève Page, Patrick Bouchitey et la participation de Jean-Claude Brialy.

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Las, comme usé par la vie, Beauvoir (Michel Serrault), surnommé « l’Œil », travaille dans l’agence de détectives de Madame Schmitt-Boulanger (Geneviève Page). Des années auparavant, il avait une vie de famille et une petite fille prénommée Marie mais sa femme l’a quitté, emmenant avec elle leur fille qu’il n’a jamais revue et dont il ne conserve qu’une vieille photo de petite écolière, sans parvenir à se rappeler où elle s’y trouve. À l’occasion d’une enquête, il croise la route de Catherine Leiris (Isabelle Adjani), alias Lucie Brentano, alias Ève Granger, alias Dorothée Ortis, alias Ariane Chevalier, alias Charlotte Vincent, jeune femme instable d’une vingtaine d’années qui assassine et dévalise des hommes fortunés. Catherine change de peau après chaque meurtre. Plutôt que de la dénoncer, « l’Œil » décide de la protéger et il va la suivre dans son périple meurtrier, de Monte-Carlo à Biarritz, en passant par Bruxelles, Rome, Baden-Baden…jusqu’en Seine-Saint-Denis. Sur la route, il croisera un couple mal intentionné, L’Homme pâle (Guy Marchand) et La Dame en gris (Stéphane Audran, enlaidie), qui en veulent visiblement à Catherine.

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Mortelle randonnée demeure un film très étrange, qui peut laisser perplexes certains spectateurs à cause de sa complexité et de son intrigue bâtie autour de non-dits et de suppositions par ailleurs non résolues, mais qui ravit toujours autant par son côté inclassable et énigmatique sur lequel plane l’entêtante partition de Carla Bley. Michel et Jacques Audiard livrent un scénario très étrange, que Claude Miller prend à bras-le-corps, en espérant que les spectateurs comprennent tout ce qui se joue derrière cette apparente et banale filature. Mortelle randonnée est un film sur le deuil impossible d’un père pour sa fille décédée. Thème d’autant plus troublant que Michel Audiard et Michel Serrault ont tous les deux perdu un enfant dans un accident de la route. L’audience n’a pas suivi les symboles et les figures de style, certains spectateurs étant même persuadés que Catherine est la fille de L’Oeil. La plupart y ont vu un film long, voire interminable, filmé comme une publicité de parfum de luxe. Pourtant, Mortelle randonnée est peut-être et même sans doute un des plus beaux films français des années 1980 et la photo de Pierre Lhomme demeure sublime, renforçant l’aspect série noire parasitée par un conte macabre, mélancolique et onirique où Isabelle Adjani est magnifiée à chaque plan. Le résultat est fascinant.

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Après un tournage prolongé d’un mois et demi et l’explosion du budget initial dû entre autres aux prises de vue réalisées dans des décors naturels et prestigieux, suivi d’un montage chaotique qui finit par opposer Claude Miller et son monteur Albert Jurgenson qui trouvait le film beaucoup trop long, Mortelle randonnée sort sur les écrans le 9 mars 1983. Le film attire un peu plus de 900.000 spectateurs malgré des critiques plutôt froides et même certaines assassines. Mais Mortelle randonnée est considéré comme un échec. A l’occasion de sa première diffusion à la télévision sur Canal+ en 1989, la chaîne demande au producteur Charles Gassot de raccourcir le film d’au moins 25 minutes. Claude Miller confie la tâche à Albert Jurgenson. Ce nouveau montage d’1h35 est celui habituellement diffusé. En 1999, à l’instar de Garde à vue, Mortelle randonnée bénéficie d’un remake (Voyeur) par Stephen Elliott avec Ewan McGregor et Ashley Judd dans les rôles principaux.

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LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Mortelle randonnée, disponible chez TF1 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le disque est estampillé du H de la collection Héritage. Le menu principal est animé sur une des séquences du film. Le Blu-ray et le DVD de la version longue intégrale (sortie au cinéma) s’accompagne également du DVD du film en version remontée réalisée en 1989 pour la télévision, glissés dans un boîtier Digibook avec un livret retraçant l’histoire du film présenté par Olivier Curchod (52 pages).

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Comme sur le Blu-ray de Garde à vue, nous trouvons un documentaire rétrospectif de 32 minutes intitulé Sacrée Randonnée : l’épopée d’un film culte coréalisé par Olivier Curchod et Luc Béraud. Ce dernier, collaborateur et ami de Claude Miller, intervient également dans ce module. La réalisation est assez triste, mais les propos tenus ici valent largement le déplacement. Se succèdent à l’écran Nathan Miller (le fils de Claude Miller), le producteur Charles Gassot, Annie Miller (la femme du cinéaste), Nadine Muse (monteuse son), Jacques Audiard (coscénariste), Thierry Chabert (assistant du réalisateur), le directeur de la photographie Pierre Lhomme, et surtout Claude Miller lui-même (décédé en 2012). S’il apparaît à travers quelques images d’archives, l’émouvant entretien avec ce dernier a été réalisé par Jérôme Wybon, peu de temps avant son décès.

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Chacun revient sur la production houleuse et coûteuse de Mortelle randonnée, les retards et dépassements de budget, les difficultés de tourner aux quatre coins de l’Europe, sans oublier la phase du montage où Claude Miller et le monteur Albert Jurgenson s’opposent sur la durée du film et le résultat final.

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Le réalisateur Philippe Le Guay (Les Femmes du 6ème étage, Alceste à bicyclette) s’exprime à son tour sur Mortelle randonnée dans un module de six minutes. Le mot qui revient le plus dans cette présentation est « hypnotique », qui donne d’ailleurs son titre à ce segment. Philippe Le Guay, visiblement fasciné par le film, aborde l’esthétique du film de Claude Miller et le jeu des deux acteurs principaux.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Fort d’une promotion numérique et d’une remastérisation 2K, la version intégrale de Mortelle randonnée est enfin proposé dans un master HD de très haut niveau, qui permet d’apprécier enfin la magnifique photographie de Pierre Lhomme comme il se doit. Bien qu’elles demeurent froides et presque cotonneuses sur les séquences sombres, les scènes extérieures sont les mieux loties avec un relief plus probant, un piqué plus acéré et des détails plus nombreux. Les séquences nocturnes ne sont pas pour autant dédaignées avec une jolie restitution des matières, le grain cinéma est respecté, la copie affiche une stabilité jamais prise en défaut, la copie demeure impressionnante, la restauration est superbe (toutes les scories ont disparu) et les contrastes assurés avec des noirs solides.

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Le mixage DTS-HD Master Audio Mono permet à la composition de Carla Bley d’être délivrée avec un coffre inédit. Egalement restauré, le son a subi un dépoussiérage depuis la dernière sortie du film en DVD. Le confort acoustique est ici largement assuré, jamais entaché par un souffle quelconque. La musique, les effets annexes, les voix des comédiens, tout est ici mis en valeur avec fluidité probante.

Les sous-titres français pour sourds et malentendants sont également disponibles, ainsi qu’une piste en Audiodescription.

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Crédits images : © TF1 Vidéo / Captures Blu-ray et Bonus : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr