Test Blu-ray / Les Prairies de l’honneur, réalisé par Andrew V. McLaglen

LES PRAIRIES DE L’HONNEUR (Shenandoah) réalisé par Andrew V. McLaglen, disponible en DVD et Blu-ray le 29 août 2017 chez ESC Editions

Acteurs :  James Stewart, Doug McClure, Glenn Corbett, Patrick Wayne, Rosemary Forsyth, Phillip Alford, Katharine Ross, George Kennedy…

Scénario :  James Lee Barrett

Photographie : William H. Clothier

Musique : Frank Skinner

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Charlie Anderson, fermier de son état à Shenandoah, en Virginie, se retrouve impliqué dans la guerre civile. Il refuse de soutenir les Confédérés, car il s’oppose fermement à l’esclavage, mais ne soutient pas non plus l’Union car il est profondément contre la guerre. Lorsque son fils est fait prisonnier, Charlie part immédiatement à sa recherche. Il va rapidement être confronté aux horreurs de la guerre et va devoir choisir son camp.

« Les croque-morts gagnent la guerre. Les Hommes politiques se gargarisent de la gloire de la guerre, les vieillards disent que c’est nécessaire. Les soldats n’ont qu’un seul désir, rentrer chez eux. »

Si son nom n’est pas vraiment connu du grand public, le réalisateur anglo-américain Andrew V. McLaglen (1920-2014) a pourtant signé quelques pépites et classiques très prisés par les cinéphiles comme Chisum (1970), Les Oies sauvages (1978) et Les Loups de haute mer (1980). Fils de Victor McLaglen, ancien boxeur poids lourd devenu comédien, Oscar du meilleur acteur pour Le Boxeur, chef d’oeuvre de John Ford dont il devient très proche, Andrew V. McLagen accompagne souvent son père sur les plateaux de cinéma et contracte très vite le virus du 7e art. Il grandit en côtoyant et en admirant John Ford et John Wayne, et décide très vite de devenir metteur en scène. Il est tout d’abord assistant-réalisateur, y compris sur L’Homme tranquille (1952) et passe enfin à la réalisation avec son premier long métrage, Légitime défenseGun the Man Down (1956), un western où il dirige James Arness et Angie Dickinson. Les séries télévisées Perry Mason et surtout Rawhide lui permettent de se perfectionner et de peaufiner son style. Il signe son retour au cinéma en 1963 avec le célèbre Le Grand McLintock avec John Wayne, Maureen O’Hara et Yvonne De Carlo. La consécration publique vient réellement en 1965 avec Les Prairies de l’honneurShenandoah et ce en dépit de critiques virulentes venues de la presse qui déclarent notamment que le réalisateur plagie le style de son modèle John Ford. Cela n’empêche pas le film d’être un grand succès (mérité), mais aussi de marquer le début d’une grande amitié et d’une collaboration fructueuse entre Andrew V. McLagen et le comédien James Stewart puisque les deux hommes travailleront ensemble sur trois autres films, Rancho Bravo (1966), Bandolero ! (1968) et Le Rendez-vous des dupes (1971).

Si Les Prairies de l’honneur a été réalisé en 1965 alors que le western vivait ses dernières heures de gloire aux Etats-Unis et triomphait en Europe, le film d’Andrew V. McLagen s’avère un drame familial attachant, marqué par un sous-texte humaniste et ouvertement antiguerre, qui reflète alors l’enlisement de l’Oncle Sam au Viêt Nam. 1863. En Virginie, alors que la Guerre de Sécession fait rage, le fermier Charlie Anderson (James Stewart) refuse de prendre part au conflit et prétend qu’il ne se sent pas concerné tant que la guerre n’arrive pas sur ses terres. Veuf, père d’une fille sur le point de se marier et de six garçons dont le plus jeune vient d’avoir 16 ans, Anderson interdit à ses enfants de participer à cette guerre. Mais la guerre n’épargne personne, et Charlie ne pourra pas longtemps rester à l’écart, surtout que Boy, son benjamin, s’est fait arrêter par des soldats de l’Union. Les Prairies de l’honneur est un film superbe, qui séduit d’emblée par son apparente simplicité et ses personnages menés par un James Stewart aussi impérial que magnifique en patriarche, galurin vissé sur la tête et cigare au bec, qui aime ses enfants et qui s’en occupe seul depuis que sa femme est morte en couches il y a une quinzaine d’années. Alors qu’il vient de marier son unique fille Jennie (Rosemary Forsyth, nommée pour le Golden Globe du meilleur espoir féminin en 1966) à un soldat sudiste (Doug McClure) appelé sur le champ de bataille juste après la cérémonie, Anderson voit son terrier voler en éclats quand son jeune fils disparaît. Accompagné de ses fils, sauf de James (Patrick Wayne) et de sa femme Ann, interprétée par Katharine Ross (Le Lauréat), qui viennent d’avoir un bébé, Anderson se rend compte des horreurs de la guerre dont il ne voulait pas entendre parler.

A sa sortie, le message pacifiste et antimilitariste a été salué. Mais Shenandoah ne se résume pas qu’à cela. Andrew V. McLaglen signe également l’un de ses plus beaux films. Toujours soucieux du travail bien fait, le cinéaste a confié la photo au célèbre chef opérateur William H. Clothier, à qui l’on doit les images de cinq films de John Ford, dont Le Massacre de Fort Apache (1948) et L’Homme qui tua Liberty Valance (1962). L’immense compositeur Frank Skinner se voit confier la musique. Si le budget est confortable, Les Prairies de l’honneur ne bénéficie pas des moyens alloués aux grandes productions passées, surtout que le western apparaît déjà comme un genre en fin de vie, mais l’immense talent d’Andrew V. McLaglen parvient à donner au film un véritable standing. L’histoire ne manque pas d’humour, de tendresse et d’émotions, les séquences d’affrontements sont impressionnantes, la violence est montrée frontalement (comme le soldat qui reçoit une balle dans la tête) et James Stewart fait preuve d’une immense sensibilité dans la peau de ce père qui voue un amour sans limite pour ses enfants.

Après une première partie qui installe une atmosphère plutôt légère – dont une bagarre endiablée au ton quasi-burlesque – malgré la guerre qui se déroule hors-champ avec des coups de canon qui résonnent jusque dans la vallée, le récit devient plus grave et désenchanté au fur et à mesure qu’Anderson se rend compte non seulement de la mort qui n’a pas épargné les jeunes soldats, mais également que les Etats du Sud ont perdu la guerre. Alors peu importe que Les Prairies de l’honneur ait pu être considéré comme anachronique à sa sortie quand Sergio Leone et Sam Peckinpah renouvelaient le genre, car aujourd’hui le film d’Andrew V. McLaglen demeure un très grand divertissement, la mise en scène apparaît toujours aussi élégante, le scénario intelligent et son final bouleversant.

LE BLU-RAY

L’édition HD des Prairies de l’honneur est disponible chez ESC Editions. Le visuel est élégant, tout comme le menu principal, animé et musical.

L’éditeur joint une présentation et une analyse du film qui nous intéresse par Mathieu Macheret, critique cinéma pour Le Monde (28’). Point par point, le journaliste revient sur tous les aspects des Prairies de l’honneur (« peut-être le meilleur western du réalisateur » dit-il), en indiquant tout d’abord le caractère quasi-désuet et old-school du film, alors que le cinéma américain connaît ses premiers bouleversements qui conduiront au Nouvel Hollywood. Mathieu Macheret évoque ensuite le casting, l’évolution du western dans les années 1960, la carrière du cinéaste Andrew V. McLaglen et la façon avec laquelle ce dernier use du classicisme comme d’une forme de résistance afin de faire passer son message antimilitariste. Une métaphore caractérisée par le personnage interprété par James Stewart, qui représente un héros d’un autre temps, qui croit pouvoir vivre en vase clos avec les siens, avant de se rendre à l’évidence devant la violence qui l’entoure lui et ses fils.

L’interactivité se clôt sur une comparaison de l’image avant/après la restauration avec à gauche l’image source et l’image restaurée à droite de l’écran.

L’Image et le son

Les Prairies de l’honneur avait tout d’abord connu une édition DVD sortie en 2004 chez Universal, avant de ressortir en 2009 chez le même éditeur. Le film d’Andrew V. McLaglen fait désormais peau neuve chez ESC Editions dans un nouveau master restauré HD. Si la propreté est indéniable, la restauration ne semble pas récente et a du mal à rivaliser avec les scans HD plus contemporains. Néanmoins, le Blu-ray des Prairies de l’honneur présenté ici n’a vraiment rien de honteux. La définition est correcte, surtout sur les plans rapprochés où les détails s’avèrent plus pointus et très plaisants. Le bât blesse au niveau des plans larges où on espérait une profondeur de champ plus dense. Les couleurs deviennent plus fanées, les contours manquent de finesse et le grain original a été beaucoup trop lissé. En revanche, l’image affiche une stabilité à toute épreuve, aucun fourmillement ne vient perturber le visionnage et les contrastes s’avèrent plutôt bons.

Les versions anglaise et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage récent, qui dénature tout le charme original du film, avec des voix inappropriées. Si l’écoute demeure correcte, elle ne vaut évidemment pas le naturel de la piste originale plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Universal Pictures / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Brimstone, réalisé par Martin Koolhoven

BRIMSTONE réalisé par Martin Koolhoven, disponible en DVD et Blu-ray le 23 août 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : Guy Pearce, Dakota Fanning, Carice van Houten, Kit Harington, Emilia Jones, Ivy George…

Scénario : Martin Koolhoven

Photographie : Rogier Stoffers

Musique : Junkie XL

Durée : 2h29

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille. Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

Depuis dix ans, rares sont les westerns qui ont su en plus marquer les cinéphiles. Citons pêle-mêle L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik (2007), 3h10 pour Yuma de James Mangold (2008), Appaloosa d’Ed Harris (2008), Blackthoarn de Mateo Gil (2010), True Grit des frères Coen (2010), Shérif JacksonSweetwater des frères Miller (2013), Gold de Thomas Arslan (2013), The Salvation de Kristian Levring (2014) et Bone Tomahawk de S. Craig Zahler (2015). Le Django Unchained de Quentin Tarantino s’avérait plus une parodie qu’un véritable western pur et dur comme pouvait l’être Les Huit Salopards en 2016. Dans cette poignée de films, trois se démarquent par la nationalité de leurs réalisateurs et donc par leur interprétation singulière du mythe américain, entre l’espagnol Mateo Gil, l’allemand Thomas Arslan et le danois Kristian Levring. Il faudra désormais compter sur le néerlandais Martin Koolhoven qui signe et réalise avec Brimstone un très grand film, un western à la frontière de plusieurs genres, qui n’est pas sans rappeler La Nuit du Chasseur de Charles Laughton (1955).

Sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise en 2016 et interdit en salles aux moins de 16 ans en France, Brimstone voit ses 150 minutes divisées en quatre chapitres, Revelation, Exodus, Genesis et Retribution (Châtiment), qui racontent l’histoire à rebours. En se servant du western comme support et repères, Martin Koolhoven déjoue les codes et livre en réalité une redoutable et admirable relecture du boogeyman, ici caractérisé par le personnage d’un pasteur fou à lier, qui a décidé d’épouser sa propre fille et d’avoir des enfants avec elle.

Brimstone est un véritable jeu de pistes dans lequel la jeune Liz se retrouve comme enfermée dans un labyrinthe avec un prédateur lancé à sa poursuite. Le prêcheur déviant et conforté dans ses noirs desseins par la religion, du moins par sa manière d’interpréter les textes sacrés, est incarné par Guy Pearce. Acteur caméléon, passant d’un registre à l’autre, la théâtralité de son jeu a souvent créé un décalage inquiétant comme dans Des hommes sans loi de John Hillcoat. Ridicule et pathétique, il est aussi et surtout immonde, terrifiant et angoissant dans Brimstone, avançant comme un monstre invulnérable, bien décidé à rattraper sa fille qui s’est échappée après la mort brutale de sa mère, interprétée ici par Carice Van Houten.

Liz est aussi le rôle d’une résurrection, celle de Dakota Fanning. Alors que sa sœur Elle enchaîne les projets, celle qui avait estomaqué la planète entière à travers ses prestations dans Man on fire de Tony Scott (2004) et La Guerre des mondes de Steven Spielberg (2005), se faisait plus rare sur les écrans. A part quelques apparitions dans la saga Twilight et une première tentative pour sortir du carcan de l’enfant-comédien dans Les Runaways de Floria Sigismondi, Dakota Fanning avait quelque peu disparu du devant de la scène. Elle crève à nouveau l’écran dans Brimstone dans un rôle quasi-muet. N’oublions pas la grande performance de la jeune Emilia Jones, qui interprète le même personnage enfant et au stade de l’adolescence. Seul bémol au tableau avec la participation du falot Kit Harington (plus connu sous le nom de Jon Snow dans la série événement Game of Thrones), qui promène son absence de charisme et une mauvaise imitation de Woody Harrelson dans quelques séquences.

Magnifiquement photographié par le chef opérateur Rogier Stoffers (Rock academy, Je te promets) et sans oublier la composition hypnotique de Junkie XL, ce western crépusculaire, quasi-fantastique, brutal et très violent – certaines scènes demeurent déconseillées aux spectateurs les plus sensibles – réalisé d’un point de vue féminin, récit initiatique, drame psychologique et fable sur le fanatisme religieux subjugue du début à la fin, s’avère aussi éprouvant que puissant et flamboyant.

LE BLU-RAY

L’édition HD de Brimstone a été réalisée à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Celles et ceux qui auraient été subjugués par Brimstone, devront se ruer sur les scènes coupées (14’). Ces séquences auraient pu tout à fait être intégrées au montage final et ont sûrement été mises de côté en raison de la durée déjà conséquente du film. Quelques scènes sont introduites par le clap et la voix du réalisateur Martin Koolhoven, notamment lors de la scène alternative du duel dans la rue. D’autres séquences appuient le caractère rebelle du beau-fils de Liz à son égard (il demande à son père qu’elle s’en aille de la maison), ou bien prolongent la pendaison de la prostituée où toutes ses amies lui rendent hommage à travers une prière.

Le meilleur de cette interactivité demeure l’interview de Martin Koolhoven (23’), qui posément évoque la genèse de Brimstone (né après son refus de réaliser une comedie-romantique !) et la longue et difficile gestation de son western qu’il voulait personnel et original. Il évoque également la forme du récit, le désir de jouer avec les genres, ses références (Il était une fois dans l’Ouest est le film qui lui a donné envie de faire du cinéma), la façon d’aborder la violence à l’écran, le casting et le travail avec les comédiens, les personnages et leur évolution et les lieux de tournage en Hongrie, en Espagne, en Allemagne et en Autriche.

L’éditeur propose également un document (36’) essentiellement destiné aux musiciens ainsi qu’aux passionnés de musiques de films. Junkie XL de son vrai nom Tom Holkenborg, est le compositeur de la musique de Brimstone. On lui doit également les musiques de Deadpool, La Tour Sombre, Batman v Superman: L’aube de la justice et Mad Max: Fury Road. Filmé par plusieurs caméras et entouré d’ordinateurs, Junkie XL s’adresse directement à ses confrères, aux débutants et tout simplement aux plus curieux, dans le but de détailler toutes les étapes qui ont mené à l’un des thèmes principaux du film de Martin Koolhoven. Si l’entreprise est à saluer, ce module est beaucoup trop long et des néophytes risquent de décrocher rapidement, d’autant plus que Junkie XL utilise un jargon réservé aux initiés.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie de photos du film et du tournage.

Signalons que l’édition 2 DVD contient en plus des entretiens avec Dakota Fanning, Guy Pearce et Kit Harington !

L’Image et le son

M6 Vidéo signe un sans-faute avec ce master HD immaculé de Brimstone. Tout d’abord, c’est la clarté et le relief des séquences diurnes qui impressionnent et flattent la rétine. Les couleurs sont chatoyantes puis deviennent de plus en plus froides jusqu’à la partie enneigée, le piqué est vigoureusement acéré, les détails abondent aux quatre coins du cadre large, restituant admirablement la beauté des paysages et les contrastes affichent une densité remarquable. Ajoutez à cela une profondeur de champ constante, des ambiances tamisées séduisantes et des teintes irrésistibles et vous obtenez le nec plus ultra de la Haute-Définition. Un transfert très élégant mais rien de très étonnant quand on sait que Brimstone a été tourné avec la caméra numérique Arri Alexa XT.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 se révèlent particulièrement riches et instaurent un large confort acoustique. En version originale, les dialogues auraient néanmoins mérité d’être un peu plus relevés sur la centrale, mais nous vous conseillons d’éviter l’horrible doublage français. Dans les deux cas, la spatialisation musicale demeure évidente, les latérales soutiennent l’ensemble comme il se doit, les ambiances naturelles ne manquent pas tandis que le caisson de basses intervient à bon escient. Deux DTS-HD Master Audio 2.0, forcément moins enveloppantes, sont également disponibles, ainsi que les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © The jokers / M6 Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / 40 fusils manquent à l’appel, réalisé par William Witney

40 FUSILS MANQUENT À L’APPEL (40 Guns to Apache Pass) réalisé par William Witney, disponible en DVD le 18 juillet 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Audie Murphy, Michael Burns, Kenneth Tobey, Laraine Stephens, Robert Brubaker, Michael Blodgett, Michael Keep…

Scénario : Willard W. Willingham, Mary Willingham

Photographie : Jacques R. Marquette

Musique : Richard LaSalle

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

1868. Cochise et ses guerriers apaches sont sur le sentier de la guerre, décidés à éliminer les Blancs. L’armée doit défendre les colons mais le capitaine Coburn doit récupérer une cargaison de fusils – quarante – volés par des soldats déserteurs. Ceux-ci, dirigés par le caporal Bodine veulent les vendre aux Apaches…

Avant d’être acteur, Audie Leon Murphy (1925-1971) fut l’un des soldats américains les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale. Bardé de toutes les médailles militaires internationales existantes, il est notamment connu pour avoir stoppé et bloqué seul pendant une heure l’assaut d’une troupe allemande en janvier 1945 dans la poche de Colmar. Ayant participé aux campagnes d’Italie et de France, sa maîtrise des armes est remarquée par quelques producteurs qui souhaitent alors surfer sur sa notoriété. Il entame alors une carrière à la télévision et au cinéma et joua dans une quarantaine de longs métrages, y compris dans l’adaptation cinématographique de son autobiographie L’Enfer des hommesTo Hell and Back, réalisé par Jesse Hibbs en 1955, dans lequel il interprète son propre rôle. Audie Murphy reste surtout connu par les amateurs de westerns, genre dans lequel il s’est ensuite principalement illustré. Citons quelques titres : La Parole est au Colt (1966), Représailles en Arizona (1965), La Fureur des Apaches (1964), La Patrouille de la violence (1964), Les Cavaliers de l’enfer (1961), Le Diable dans la peau (1960), Le Fort de la dernière chance (1957).

A l’époque de 40 fusils manquent à l’appel, 40 Guns to Apache Pass, réalisé par William Witney en 1966, le western américain est en fin de vie, John Ford et Raoul Walsh viennent d’ailleurs de signer leur dernier film du genre deux ans auparavant, alors qu’en Europe, le genre bat son plein avec Sergio Leone qui met une touche finale à sa trilogie du Dollars avec Le Bon, La Brute et le Truand. Rétrospectivement, 40 fusils manquent à l’appel apparaît comme un dernier baroud d’honneur pour Audie Murphy, qui tourne alors la même année El Texican de Lesley Selander. C’est son adieu au western, avant de faire une dernière apparition dans Qui tire le premier ? de Budd Boetticher, dans lequel il interprète Jesse James. Audie Murphy sera victime d’un accident d’avion en 1971, il allait avoir 46 ans.

40 fusils manquent à l’appel est un western qui se déroule en 1868, peu après la fin de la guerre de Sécession sur le territoire de l’Arizona , le chef apache Cochise et sa bande de guerriers menacent d’entrer en guerre. Le capitaine Bruce Coburn est envoyé avec un détachement dans la région afin de faire le tour des fermes isolées et de ramener les colons et leurs familles au fort avant qu’ils ne soient massacrés par les apaches. Mais certaines fermes sont très éloignées et la route est longue pour en revenir, d’autant que certains colons n’acceptent pas facilement de tout abandonner aux mains des indiens. Afin de faire face à leurs ennemis, les soldats attendent une cargaison de fusils. Mais la livraison tourne mal. Coburn demande à être accompagné de dix volontaires pour aller récupérer les 40 carabines à répétition sur le territoire des Apaches. Mais les plans du capitaine sont contrecarrés par un de ses hommes, le caporal Bodine, qui entraîne plusieurs soldats dans son sillage afin de marchander avec les indiens. Foncièrement patriotique (le drapeau flotte bien au vent) et donnant aux indiens le mauvais rôle en faisant d’eux des guerriers sanguinaires qui souhaitent empêcher l’oncle Sam de s’étendre sur leur territoire, 40 fusils manquent à l’appel n’est sûrement pas un western inoubliable qui s’attache à la vérité historique, mais qui arrange les faits à sa sauce avec les grands héros américains d’un côté et les très méchants indiens de l’autre. Néanmoins, cela ne l’empêche pas d’être bien divertissant et agréable, grâce au jeu solide d’Audie Murphy, charismatique et attachant, tenant le film sur ses épaules bardées de galons.

Vétéran du serial qui avait déjà dirigé Audie Murphy dans La Fureur des Apaches (1964) et Représailles en Arizona (1965), le réalisateur William Witney (1915-2002) fait le boulot et même si son histoire n’a rien à envier à celles que l’on imaginait enfant quand on jouait aux Playmobiles, son film est de bonne tenue, les acteurs sont bons, les décors naturels plaisants et les scènes d’action réussies. En revanche, le film est étrangement parasité par la voix-off inutile d’un narrateur qui ouvre l’histoire comme un conte, à travers l’ouverture d’un livre, et revient de façon chronique, tout au long de ces 90 minutes, sans raison, en paraphrasant le récit comme une piste Audiodescription. Les scénaristes ont-ils pensé que leur histoire était si alambiquée – ce qui n’est évidemment pas le cas – que chaque action méritait d’être expliquée aux spectateurs ? Il semblerait plutôt que cette voix-off ait été utilisée afin de donner un cachet « film sérieux » à une œuvre finalement banale, désuète et sans véritable surprise.

Toujours est-il que 40 fusils manquent à l’appel remplit son contrat et se voit aujourd’hui comme une série B curieuse doublée du chant du cygne d’un genre et de celui d’un comédien qui a su s’inscrire dans la légende.

LE DVD

Le DVD de 40 fusils manquent à l’appel, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Pas de Bertrand Tavernier à l’horizon pour ce petit western, même si Patrick Brion (7’) et François Guérif (8’) ont répondu à l’appel de leur côté. Les deux intervenants reviennent chacun à leur manière sur la carrière d’Audie Murphy, sur les très grandes libertés – euphémisme – prises avec la véritable histoire, notamment en ce qui concerne Cochise. François Guérif se penche un peu plus sur la dernière apparition en vedette du comédien dans le genre qui a fait de lui une star internationale, tandis que Patrick Brion nous donne une petite leçon sur l’histoire de la Winchester 73. Les qualités comme les défauts (la voix-off idiote et inutile) sont pointés par ces deux experts en la matière.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie de photos constituée d’affiches internationales.

L’Image et le son

Chez Sidonis, même les plus petits westerns sont souvent aussi bien logés que les grands classiques et chefs-d’oeuvre incontestés ! Entièrement restauré en Haute-Définition, le master de 40 fusils manquent à l’appel s’avère lumineux, stable (hormis le générique d’ouverture), d’une propreté jamais démentie et franchement plaisant pour les mirettes. Le cadre 1.33 open matte étonne par son lot de détails, le piqué est pointu, les contrastes sont fermes et les fondus enchaînés n’entraînent pas trop de décrochages. Seule la colorimétrie est parfois un peu délavée sur certaines séquences, mais le fait est que la copie demeure de haute tenue, surtout que le grain original est respecté et très bien géré.

Seule la version originale aux sous-titres français imposés est disponible sur cette édition. La restauration est également fort satisfaisante, aucun souffle à déplorer, l’écoute est frontale, riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré.

Crédits images : © Columbia Pictures / Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Souffle de la violence, réalisé par Rudolph Maté

LE SOUFFLE DE LA VIOLENCE (The Violent Men) réalisé par Rudolph Maté, disponible en DVD et Blu-ray le 9 mai 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Glenn Ford, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson, Dianne Foster, Brian Keith, May Wynn

Scénario : Harry Kleiner d’après le roman de Doland Hamilton

Photographie : W. Howard Greene, Burnett Guffey

Musique : Max Steiner

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Vétéran de la Guerre de Sécession, John Parrish met son ranch en vente acheté il y a trois ans afin de se remettre de ses blessures, bien décidé à s’installer avec sa fiancée dans l’Est des Etats-Unis. Si la puissante famille Wilkison lui fait une offre, il la refuse, l’estimant ridiculement basse. Mais les Wilkison ne sont pas des gens auxquels on dit « non ». Pour faire plier Parrish, ils emploient les grands moyens. Ce qu’ils vont bientôt regretter…

Avant de passer à la mise en scène, le polonais Rudolf Mayer, plus connu sous le nom de Rudolph Maté (1898-1964) avait fait ses classes en tant que directeur de la photographie en travaillant avec Carl Theodor Dreyer sur La Passion de Jeanne d’Arc, Louise Brooks sur Prix de beauté, Fritz Lang sur Liliom, Leo McCarey sur la première version de Elle et lui, sans oublier Alfred Hitchcock sur Correspondant 17, René Clair sur La Belle ensorceleuse, Ernst Lubitsch sur To Be or Not To Be, Charles Vidor sur Gilda, jusqu’à La Dame de Shanghai d’Orson Welles en 1947. Réalisé en 1955, Le Souffle de la violenceThe Violent Men, demeure un de ses films les plus célèbres.

Réunissant un casting prestigieux composé de Glenn Ford, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson, Dianne Foster, Brian Keith et Richard Jaeckel, ce western entre classicisme et film noir possède plusieurs atouts dans son jeu pour qu’on s’y attarde. En 1870, dans l’Ouest américain. Installé depuis 20 ans dans une vallée, un gros propriétaire terrien, Lew Wilkison, agrandit continuellement son domaine en ruinant les petits fermiers des environs et en leur rachetant leurs terres à des prix dérisoires. Ceux qui refusent de lui céder sont brutalisés et même abattus par ses hommes. Lew, resté infirme à la suite d’une blessure, est encouragé dans son orgueil et sa tyrannie par sa femme, Martha, ambitieuse et cupide. Il trouve un terrain d’entente avec John Parrish pour racheter son ranch mais quand l’ami de ce dernier, le shérif Martin Kenner, est tué par un homme de main de Wilkison, c’est le début d’une guerre entre ranchers.

Si le travail à la réalisation de Rudolph Maté est moins reconnu que sa période en tant que chef opérateur, il n’en demeure pas moins que Le Souffle de la violence s’avère une belle réussite. Glenn Ford demeure une des meilleures incarnations du cowboy à l’écran. Aussi à l’aise au maniement de la pétoire qu’à cheval, merveilleux comédien dramatique au charisme flamboyant, on ne regarde pas Glenn Ford, on l’admire. La magie opère une fois de plus dans Le Souffle de la violence, d’autant plus que son personnage, comme tous les autres, n’est au final pas si attachant que cela. Une gageure pour Maté de nous faire accepter un cowboy, ancien militaire donc, qui n’aspire qu’à être tranquille, au point de ne pas intervenir lorsqu’un shérif se fait tirer dans le dos devant lui. John Parrish se dévoile par strate et l’on comprend alors que l’homme a connu la violence extrême sur le front, qu’il en est revenu sain et sauf en apparence, mais que les combats résonnent encore dans sa tête et qu’il reste tourmenté. Alors quand ses projets de partir dans l’est se voient contrecarrés, Parrish ne va pas avoir d’autres choix que d’avoir recours à ses méthodes militaires – ancien stratège de la cavalerie sudiste – pour affronter ses adversaires. Un peu comme s’il s’agissait du grand-père de Liam Neeson dans Taken quoi. Mais face à lui se joue un double et trouble jeu.

Martha Wilkison est mariée à un riche propriétaire terrien paralysé. Malgré son visible dévouement et sa douceur, la jeune femme entretient une relation avec le frère de son époux. Ambitieux, ces deux derniers parviennent à manipuler le mari de Martha afin d’étendre la propriété, en vue de se l’accaparer ultérieurement. Martha parvient à monter son mari contre Parrish. Il y a du film noir dans Le Souffle de la violence, impression renforcée par le jeu moderne et même la figure de Barbara Stanwyck, sans oublier celle d’Edward G. Robinson. Dix ans auparavant, les deux comédiens tenaient l’affiche du mythique Assurance sur la mort de Billy Wilder. Le Souffle de la violence se pose à la croisée des genres.

Rudolph Maté ponctue son film de quelques fulgurances à l’instar du règlement de comptes entre Parrish et Wade Matlock (Jaeckel, venimeux à souhait) dans le saloon, ou bien encore l’exécution d’un des hommes de Parrish, écartelé au lasso par les sbires menés par Matlock, avant d’être froidement exécuté. L’homme est un loup pour l’homme et porte la violence en lui. Si elle parvient à s’atténuer, elle ressurgit à la moindre occasion.

Tournée dans les merveilleux décors naturels de l’Arizona et des Alabama Hills en Californie capturés par deux chefs opérateurs, W. Howard Greene (Une étoile est née, Le Livre de la jungle) et Burnett Guffey (Tant qu’il y aura des hommes), marquée par la partition inspirée du prolifique Max Steiner, cette adaptation du roman Smoky Valley de Donald Hamilton publié en 1954 est très plaisante, divertissante, aussi généreuse dans l’action sèche que dans ses inattendus affrontements psychologiques.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Le Souffle de la violence, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Pas moins de trois présentations au programme de cette édition !

On commence évidemment par la plus longue, la plus passionnée et passionnante, la plus complète, celle de Bertrand Tavernier (30′). Le cinéaste et historien du cinéma avoue d’emblée avoir réévalué Le Souffle de la violence avec un plaisir non dissimulé. S’il avait loué la qualité du scénario dans son ouvrage 50 ans de cinéma américain coécrit avec Jean-Pierre Coursodon, Bertrand Tavernier trouvait la mise en scène de Rudolph Maté très médiocre. Dans son mea culpa, l’historien évoque la beauté de la photographie, mais aussi celle du cadre, la violence sèche, les décors naturels, la musique de Max Steiner, la complexité des personnages, le casting, le décalage des archétypes. Encore une belle et grande leçon de cinéma.

Après cet entretien, les deux suivants font ce qu’ils peuvent pour apporter de nouveaux éléments qui pourraient intéresser les spectateurs. Comme d’habitude, Patrick Brion (9′), commence par réaliser un petit tour d’horizon du western l’année où le film qui nous intéresse est sorti sur les écrans. Cette manie commence à devenir bien redondante, d’autant plus que cette année avait déjà été passée en revue par l’intéressé sur d’autres titres, mais heureusement, nous arrivons à glaner quelques informations, notamment sur la psychologie des personnages. Comme bien souvent ces derniers temps, Patrick Brion évoque deux ou trois points “très intéressants” sans forcément les aborder et les approfondir, ce qui est un peu frustrant.

C’est ensuite au tour de François Guérif de présenter Le Souffle de la violence (9′). C’est sa spécialité, l’éditeur et critique de cinéma, directeur de la collection Rivages/Noir, nous parle tout d’abord du roman Smoky Valley et plus particulièrement de son auteur Donald Hamilton, créateur du personnage Matt Helm, plusieurs fois adapté au cinéma. Selon Guérif, ses westerns demeurent moins connus, malgré l’adaptation de The Big Country, Les Grands espaces par William Wyler. Cette analyse du film de Rudolph Maté est précise et complète bien celle de Bertrand Tavernier.

L’interactivité se clôt sur une galerie d’affiches.

L’Image et le son

Ce master HD s’avère de bonne qualité. Le générique reste cependant marqué par un grain beaucoup plus appuyé et des points blancs. La colorimétrie fait peur avec ses teintes délavées et ses fourmillements. Heureusement, cela s’arrange dès la fin des credits. Le piqué est soudain ferme, les détails appréciables sur le cadre large, les contrastes sont denses et le Technicolor retrouve une certaine vivacité. Seules les séquences sombres resteront moins définies avec quelques effets de pompage, des visages cireux et lisses. En dépit de décrochages sur les fondus enchaînés, du lissage parfois exagéré du grain original et d’une restauration qui semble datée, ce Blu-ray du Souffle de la violence tient ses promesses et de nombreuses scènes tirent profit de cette élévation HD. Signalons également que cette édition Blu-ray demeure pour l’instant une exclusivité mondiale !

L’éditeur ne propose pas un inutile remixage 5.1, mais encode la versions anglaise en DTS-HD Master Audio Stéréo et la piste française en Mono. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, mais dont les voix paraissent bien confinées et peu ardentes, sans parler de la pauvreté des effets annexes. Elle n’arrive pas à la cheville de la version originale, évidemment plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Columbia Pictures / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / La Levée des tomahawks, réalisé par Spencer Gordon Bennet

LA LEVÉE DES TOMAHAWKS (Brave Warrior) réalisé par Spencer Gordon Bennet, disponible en DVD le 23 mars 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Jon Hall, Christine Larsen, Jay Silverheels, Michael Ansara, Harry Cording, James Seay

Scénario : Robert E. Kent

Photographie : William V. Skall

Musique : Mischa Bakaleinikoff

Durée : 1h09

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

1812 dans l’Indiana. Un nouveau conflit menace de naître entre les Etats Unis et L’Angleterre. Un radeau américain destiné à ravitailler les tribus Shawnee en sel est attaqué par les Anglais, ceux-ci en massacrent les occupants et coulent la cargaison. Cet acte est commandité par Shayne Mac Grégor, riche commerçant en fourrures à Vincennes. Au camp Shawnnee, las des promesses non tenues la révolte gronde, la division éclate entre le chef Tecumseh et son frère surnommé “Le Prophète”. Ce dernier veut déterrer la hache de guerre contre les Américains. Le gouverneur de l’état William Henry Harrison, afin d’éviter une nouvelle guerre, engage Steve Rudell ami d’enfance de Tecumseh. Steve propose alors à Tecumseh de bâtir une ville nouvelle : ” Tippecanoe ” avec une école pour les enfants, ce qui permettra de rapprocher les contacts pacifiques entre blancs et indiens.
De son côté, Mac Grégor prépare avec l’aide du prophète et des Anglais, une embuscade destinée à anéantir les troupes américaines venues pour établir leur quartier général dans la ville de Vincennes.

Spencer Gordon Bennet (1983-1987) demeure un des plus grands spécialistes de la série B du cinéma américain. Prolifique et éclectique, on lui attribue plus de 120 films tournés entre 1921 et 1966. Habitué des serials, ce réalisateur était capable de livrer une demi-douzaine de films par an dans les années 1920 jusqu’à l’entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Dans sa filmographie, tous les genres y sont passés, en particulier les westerns, les films d’aventures et de science-fiction. Zorro, le vengeur masqué (1944), Superman (1948), Batman & Robin (1949), Le Sous-marin atomique (1959), restent ses œuvres les plus marquantes. Sur sa tombe, les studios lui ont rendu un dernier hommage en y faisant graver « King of Serial Directors, his final chapter ». La Levée des tomahawksBrave Warrior est un de ses cinq films tournés et sortis en 1952.

Ce petit western mis en scène avec peu de moyens, montre le savoir-faire du cinéaste pour emballer une aventure qui prend de très grandes libertés avec l’Histoire, afin de proposer aux spectateurs un récit aux personnages attachants, des archétypes où les gentils le sont vraiment, tout comme leurs adversaires que rien ne peut racheter, afin de ne pas compliquer les choses, pour aller à l’essentiel en à peine 70 minutes. Le lieu (la ville de Vincennes, Indiana), et le conflit en cours (les Anglais qui menacent les Américains, les Indiens Shawnees qui se retrouvent au milieu) sont exposés au moyen d’une carte dès le prologue. Spencer Gordon Bennet et son scénariste Robert E. Kent n’ont aucun scrupule pour remanier l’Histoire à leur guise et montrer de vrais héros américains, en paix avec les Indiens – ils leur fournissent même le sel nécessaire à la conservation de leur nourriture, afin de les remercier de leur avoir cédé leurs terres situées le long de la rivière Tippecanoe – jusqu’à ce que ces maudits Anglais essayent de contrecarrer leur expansion. Les Indiens Shawnees eux-mêmes vont se retrouver face à un dilemme puisque le guerrier surnommé « Le Prophète » (Michael Ansara) décide de se rebeller contre les Américains, tandis que son frère, le pacifiste Tecumseh (Jay Silverheels), qui admire la civilisation des Blancs et amoureux d’une Américaine, Laura (Christine Larsen), tente de ramener la paix dans la région. Mais les Anglais sont fourbes et vont user de stratagèmes, ainsi que de l’aide d’Américains qui ont rallié leur cause (dont le père de Laura), pour déclencher une guerre sur le sol de l’Oncle Sam, afin de mieux en récolter les fruits.

Comme il en a toujours eu l’habitude, Spencer Gordon Bennet soigne sa mise en scène, du moins autant que son budget restreint lui permettait de le faire, et se concentre avant tout sur les personnages et un beau Technicolor. De ce fait, les anachronismes, les décors carton-pâte, les costumes médiocres (les Indiens semblent affublés d’un pyjama) passent « mieux » à l’écran. Production modeste, La Levée des tomahawks repose sur un casting solide avec notamment Jon Hall, découvert dans quelques séries B d’aventures aux titres explicites Pago-Pago, île enchantée, Aloma, princesse des îles ou bien encore The Tuttles of Tahiti, avant de devenir une star avec les formidables La Vengeance de l’Homme Invisible et L’Agent invisible contre la gestapo.

La Levée des tomahawks se regarde comme on lit un roman d’aventures vintage à la couverture excitante, dont le contenu n’est sans doute pas à la hauteur des espérances, mais qui n’en demeure pas moins bourré de charme et extrêmement divertissant.

LE DVD

Le DVD de La Levée des tomahawks, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Point de Bertrand Tavernier à l’horizon, mais François Guérif a répondu présent à l’appel afin de présenter le film de Spencer Gordon Bennet. Pendant cinq petites minutes, le critique de cinéma, éditeur et directeur de la collection Rivages/Noir, rappelle qui est le réalisateur, avant d’évoquer tous les anachronismes et les grandes libertés (euphémisme) prises avec la véritable histoire et les personnages réels. S’il dit que La Levée des tomahawks demeure une curiosité, François Guérif insiste bien sur le fait que tous les événements évoqués dans le film sont faux.

De son côté, Parick Brion est plus magnanime avec le film (7’). On apprend que La Levée des tomahawks est un film inédit dans les salles françaises, mais qu’il a bénéficié d’une sortie en Belgique en double-programme. Après avoir rappelé quelques grands titres du western sortis en 1952, l’historien du cinéma parle du réalisateur Spencer Gordon Bennet, du casting du film et indique que La Levée des tomahawks est rare et s’estime très heureux de pouvoir le présenter aux spectateurs grâce à cette édition DVD.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos.

L’Image et le son

Le catalogue de Sidonis s’enrichit ainsi avec l’édition de La Levée des tomahawks, jusqu’alors inédit en France et se revêt d’un beau master (1.33, 16/9) restauré. La photo et les partis pris esthétiques originaux sont très bien conservés, les contrastes certes un peu légers et les couleurs parfois pastelles, mais le générique affiche d’emblée une stabilité bienvenue. La définition ne déçoit jamais, les poussières n’ont pas survécu au lifting numérique, hormis quelques points et tâches. Les scènes sombres et nocturnes sont logées à la même enseigne que les séquences diurnes, la profondeur de champ est appréciable, le grain cinéma est conservé même si certaines scènes apparaissent étrangement lisses et le piqué demeure vraiment agréable.

Que votre choix se porte sur la version originale (avec sous-titres français imposés) ou la version française, la restauration est également fort satisfaisante. Aucun souffle constaté sur les deux pistes, l’écoute est claire, frontale et riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont plus conséquents sur la version originale que sur la piste française, moins précise, mais le confort acoustique est assuré sur les deux options. Le changement de langue est verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Columbia Pictures / Captures du DVD :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Homme de nulle part, réalisé par Delmer Daves

L’HOMME DE NULLE PART (Jubal) réalisé par Delmer Daves, disponible en DVD et Blu-ray le 23 mars 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Glenn Ford, Ernest Borgnine, Rod Steiger, Valerie French, Felicia Farr, Basil Ruysdael, Charles Bronson, Jack Elam

Scénario : Russell S. Hughes, Delmer Daves

Photographie : Charles Lawton Jr.

Musique : David Raskin

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Sans monture, épuisé, Jubal Troop s’écroule sur un chemin. Il est recueilli par un rancher, Shep Horgan, qui lui propose bientôt de travailler pour lui. Shep se prend d’amitié pour Jubal qu’il nomme très vite régisseur de son domaine, au grand dam de Pinky, qui briguait le poste. Mae, la femme de Shep, se lasse de la vulgarité de son mari au contact de Jubal, dont la distinction et la réserve naturelle la séduisent. Lorsque des vagabonds s’installent sur les terres de Shep, Pinky tente de les chasser, mais Jubal leur permet de rester et s’éprend même de la fille de l’un d’eux, Naomi Hoktor…

C’est ce genre de film qui nous fait aimer le cinéma, qui nous passionne, nous donne chaud au coeur et nous évade loin du quotidien. L’Homme de nulle partJubal est un des chefs d’oeuvres réalisés par Delmer Daves (1904-1977), réalisateur souvent oublié et sous-estimé, qui a pourtant signé de nombreux classiques tels que Les Passagers de la nuit (1947) aka Dark Passage avec Humphrey Bogart, qui est resté célèbre pour son usage de la caméra subjective, La Flèche brisée (1950) le premier western pro-indien, et 3h10 pour Yuma (1957), superbe western adapté d’une nouvelle écrite par l’immense et prolifique écrivain Elmore Leonard parue en mars 1953. L’Homme de nulle part (1956), est la première des trois collaborations Delmer Daves – Glenn Ford.

Ce film placé sous haute-tension malgré sa quasi-absence d’action, repose sur la confrontation psychologique entre les comédiens, Glenn Ford donc, mais aussi Ernest Borgnine et Rod Steiger (tous deux venaient d’obtenir l’Oscar du meilleur acteur), le débutant Charles Bronson, sans oublier les rôles féminins tenus par Valerie French et Felicia Farr. Dans un magnifique Technicolor signé par le directeur de la photographie Charles Lawton Jr. (3h10 pour Yuma, La Dame de Shanghaï), sur un montage sec, une mise en scène d’une suprême élégance et son cadre léché, L’Homme de nulle part oscille entre le western proprement dit, le mélodrame, renforcé par la composition de David Raskin, et le film noir avec une vraie femme fatale placée au centre de l’intrigue, incarnée par la sublime Valerie French. Tourné dans les extraordinaires paysages du Wyoming filmés en Cinemascope, L’Homme de nulle part agit comme un étau qui resserre et enferme progressivement ses personnages au fil du récit.

A travers ce western flamboyant et intimiste, Delmer Daves évoque la solitude et les désirs frustrés avec les personnages de Mae, jeune femme aimée maladroitement et dégoûtée par Shep (Ernest Borgnine), homme bon, mais paillard et naïf, amoureux maladroit et balourd, également désirée par Pinky (Rod Steiger), homme violent et jaloux, qui voit d’un mauvais œil l’arrivée de Jubal (Glenn Ford) dans leur ranch. Ce dernier, petit garçon non désiré par sa mère, a été sauvé de la noyade par son père, ce dernier n’ayant pu en réchapper à son tour, happé par l’hélice d’un bateau. Tout cela devant les yeux d’une mère reprochant à Jubal de s’en être sorti indemne. Comme il le confie à Naomi (Felicia Farr), Jubal n’a depuis cessé de courir sans se retourner. C’est ainsi que le film s’ouvre, sur un homme à bout de forces, qui finit par s’écrouler, après un long marathon. D’où vient-il ? Où a-t-il appris à manier si habilement le revolver alors qu’il n’en porte pas sur lui ? A quoi essaye-t-il d’échapper ? Pourquoi dit-il être poursuivi par la malchance ? Nous n’en saurons que très peu sur ce personnage ambigu auquel on s’attache d’emblée grâce à l’intensité du jeu de Glenn Ford, monstre de charisme, qui trouve un des plus beaux rôles de sa longue et prolifique carrière.

Ce qui a toujours fait la force du cinéma de Delmer Daves, c’est son attachement aux personnages, masculins comme féminins, plutôt que le contexte et le genre, même s’il affectionnait tout particulièrement le western puisqu’il en a réalisé près d’une dizaine, y compris La Dernière Caravane et La Colline des potences. Oeuvre complexe, dramatique, psychologique, qui met en relief l’homme, ses contradictions, ses espoirs et la rédemption grâce à l’amour, L’Homme de nulle part est un vrai chef d’oeuvre intense et inaltérable.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de L’Homme de nulle part, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Pas moins de trois présentations au programme de cette édition !

On commence évidemment par la présentation la plus longue, la plus passionnée et passionnante, la plus complète, celle de Bertrand Tavernier (38′). Le cinéaste et historien du cinéma évoque la collaboration Glenn Ford – Delmer Daves sur trois films (qu’il compare à celle de James Stewart avec Anthony Mann), l’écriture de L’Homme de nulle part par Delmer Daves qui a rejeté la première mouture trop fidèle au roman de Paul Wellman. Les personnages et donc l’interprétation de chaque comédien sont passés en revue et Tavernier met en parallèle l’histoire de Jubal avec celle d’Othello de Shakespeare. On apprend également que Delmer Daves ne voulait pas de Rod Steiger dans le rôle de Pinky, mais Aldo Ray. Tavernier raconte ensuite quelques anecdotes de tournage, dont les difficultés de Delmer Daves face à la “méthode” chérie par Rod Steiger. Après avoir revu le film, notre interlocuteur avoue avoir reconsidéré Rod Steiger dans la peau de ce personnage. Le soin apporté par Delmer Daves aux petits détails, au décor, aux costumes, aux accessoires est ensuite loué par Bertrand Tavernier.

Après cet entretien, les deux suivants font ce qu’ils peuvent pour apporter de nouveaux éléments qui pourraient intéresser les spectateurs. Comme d’habitude, Patrick Brion (14′), commence par réaliser un petit tour d’horizon du western l’année où le film qui nous intéresse est sorti sur les écrans. Cette manie commence à devenir bien redondante, mais heureusement, nous arrivons à glaner quelques informations, notamment sur la fin de carrière de Delmer Daves, qui a consacré ses derniers films à des drames sur la jeunesse américaine. Comme bien souvent ces derniers temps, Patrick Brion évoque deux ou trois points “très intéressants” sans forcément les aborder et les approfondir, ce qui est un peu frustrant.

A l’instar de Bertrand Tavernier, Patrick Brion compare L’Homme de nulle part à Othello, argument que conteste François Guérif dans la troisième et dernière présentation du film de Delmer Daves (12′). En effet, pour lui, ce parallèle ne tient pas en raison du personnage de Mae, en contradiction avec celui de Desdémone. Mais François Guérif ne concentre pas son intervention sur cette comparaison et évoque également le jeu des comédiens (dont l’interprétation “décalée” de Rod Steiger), l’histoire du film et celle du roman original et explique que L’Homme de nulle part était l’un des films préférés de son auteur.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie d’affiches.

L’Image et le son

Sidonis Calysta édite L’Homme de nulle part en Blu-ray, dans une version restaurée. Dès le générique d’ouverture, la copie affiche une remarquable propreté. Si le grain est très prononcé sur certains arrière-plans qui s’accompagnent également de sensibles fourmillements, les couloirs ne déçoivent pas. Certaines séquences paraissent moins définies, mais le Technicolor est assez vif, la copie HD au format 1080p trouve un équilibre fort convenable jusqu’à la fin. Le piqué est appréciable, les contrastes bien gérés, même si quelques petits points subsistent. Le codec AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le cadre large n’est pas avare en détails. Hormis de menus décrochages sur les fondus enchaînés, L’Homme de nulle part n’a jamais paru aussi net et lumineux qu’à travers ce Blu-ray.

L’éditeur ne propose pas un inutile remixage 5.1, mais encode les versions anglaise et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, mais dont les voix paraissent bien confinées et peu ardentes, sans parler de la pauvreté des effets annexes. Elle n’arrive pas à la cheville de la version originale, évidemment plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Ecumeurs des Monts Apaches, réalisé par Ralph Murphy

LES ECUMEURS DES MONTS APACHES (Stage to Tucson) réalisé par Ralph Murphy, disponible en DVD le 23 janvier 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Rod Cameron, Wayne Morris, Kay Buckley, Sally Eilers, Carl Benton Reid, Roy Roberts

Scénario : Robert Creighton Williams, Frank Burt, Robert Libott d’après le roman Lost Stage Valley de Frank Bonham

Photographie : Charles Lawton Jr.

Musique : Paul Sawtell

Durée : 1h18

Date de sortie initiale : 1950

LE FILM

A la veille de la Guerre de Sécession, deux compagnies de diligences s’affrontent dans une petite ville. Grif Holbrook appartient à l’une d’elles, de conviction nordiste, alors que la seconde est aux mains de Sudistes fanatiques. Grif et Barney Broderick aiment la même femme. Grif veut l’épouser mais il comprend que la jeune femme, Kay Buckley, aime en réalité Broderick. Il s’efface alors devant son rival. Mais les partisans sudistes s’emparent des diligences de la ligne nordiste en faisant attaquer les convois par une diligence fantôme, noire et blindée. La guerre est finalement déclarée…

C’est un tout petit western typique de la Columbia, qui enchaînait alors les films d’une durée de 60 à 75 minutes afin de les proposer en double-programme dans les cinémas. Les Ecumeurs des Monts Apaches est réalisé en 1950 par Ralph Murphy (1895-1967), spécialiste des séries B des années 1930 au début des années 1950, avant de consacrer le reste de sa carrière à la télévision. Si le film a été conçu dans le seul but d’attirer le plus de spectateurs possible dans les salles, Les Ecumeurs des Monts ApachesStage to Tucson ne manque pas d’attraits et d’idées, sans doute pas exploitées comme elles auraient pu l’être, mais qui valent le déplacement.

C’est le cas notamment de cette étrange diligence noire qui semble tout droit sortie de l’enfer. Blindée, lancée sur les routes poussiéreuses de la Californie, le convoi de huit chevaux semble être dépourvu de cocher et tous les convois de la Butterfield Stagecoach qui croisent sa route entre St. Louis et San Francisco via Tucson se retrouvent dépouillés et finissent même par se volatiliser ! Après vingt ans de bons et loyaux services en tant que convoyeur, Grif Holbrook (Rod Cameron, vu dans Les Tuniques écarlates, Le Justicier de la Sierra, La Taverne du cheval rouge) souhaite raccrocher et s’offrir un ranch en Californie. Mais son patron, qui a vu dix de ses diligences attaquées au cours du dernier mois, souhaite que cela cesse et parvient à engager de nouveau Grif, son homme le plus expérimenté, pour une dernière mission : débusquer les auteurs de ces vols avec l’aide de Barney, un autre agent nordiste. C’est que Butterfield est l’ami de Lincoln, montré de dos, avachi dans un fauteuil avec les pieds sur le bureau, deux mois avant d’entrer dans l’exercice de ses fonctions de président des Etats-Unis. Pendant ce temps, la guerre de Sécession est sur le point d’être déclarée et chacun se demande quel camp soutenir.

Joliment mis en scène, photographié en Technicolor par le maître Charles Lawton Jr (L’Homme de nulle part, 3h10 pour Yuma, Cow-boy) et bien interprété, Les Ecumeurs des Monts Apaches n’a certes pas la prétention de jouer dans la cour des grands, mais demeure un divertissement fort sympathique. Tout ce que le spectateur attend d’un western traditionnel est réuni ici, poursuites dans de très beaux et même singuliers décors (les pistes parsemées de rochers), amourette contrariée, gunfights, quelques pincées d’humour, deux bandes qui s’affrontent. A ce titre, les deux compagnies de diligences rivales reflètent l’opposition entre les Nordistes et les Sudistes. Les tensions s’exacerbent jusqu’à l’éclatement de la guerre civile dans la dernière bobine où nos héros partent sur le terrain, habillés en uniforme. Les Ecumeurs des Monts Apaches n’a donc rien d’exceptionnel, mais s’avère particulièrement attachant, le rythme est soutenu, les poursuites bien menées et les péripéties s’enchaînent du début à la fin.

LE DVD

Le DVD des Ecumeurs des Monts Apaches, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Dans cette nouvelle salve de westerns, Patrick Brion est souvent seul en scène pour présenter les films. C’est encore le cas pour Les Ecumeurs des Monts Apaches. Mais honnêtement, ce n’est pas en cinq petites minutes que vous en apprendrez beaucoup sur ce film de la Columbia, d’autant plus que l’historien du cinéma peine à trouver quelques anecdotes et arguments. Il se contente de passer en revue les westerns sortis la même année que le film de Ralph Murphy et d’évoquer l’apparition de Lincoln au début du récit.

L’interactivité se clôt sur une petite galerie d’affiches et de photos d’exploitation.

L’Image et le son

Les Ecumeurs des Monts Apaches a été photographié en Technicolor par le grand chef opérateur Charles Lawton Jr. Les teintes chaudes (plus froides sur les séquences nocturnes) et la luminosité sont très appréciables, tout comme les contrastes qui s’avèrent bien gérés. Pourtant, le début fait peur avec une ligne verticale rouge qui sépare l’écran en deux durant le générique, mais qui disparaît heureusement après. La propreté est de mise, malgré divers raccords de montage et d’autres scories, la copie 1.33 (16/9) est stable, que demander de plus pour (re)découvrir ce petit film ?

L’éditeur nous propose les version anglaise et française. Passons rapidement sur cette dernière, nettoyée, mais parfois étouffée et qui peine à délivrer les ambiances annexes. Evidemment, notre préférence va pour la version originale, plus homogène et naturelle, très propre, sans souffle parasite. Le confort acoustique est largement assuré. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Alvarez Kelly, réalisé par Edward Dmytryk

ALVAREZ KELLY réalisé par Edward Dmytryk, disponible en DVD et Blu-ray le 23 janvier 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : William Holden, Richard Widmark, Janice Rule, Patrick O’Neil, Victoria Shaw, Roger C. Carmel, Richard Rust

Scénario : Franklin Coen, Elliott Arnold, Franklin Coen

Photographie : Joseph MacDonald

Musique : Johnny Green

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

1864. L’éleveur mexicano-irlandais Alvarez Kelly est chargé de livrer à l’armée nordiste un troupeau de 2500 têtes mais les Sudistes qui manquent eux aussi de vivres sont décidés à s’emparer du troupeau. Grâce à Charity Warwick, une belle Sudiste, Kelly tombe dans un piège et se retrouve prisonnier du colonel Rossiter. Ce dernier lui conseille de changer de camp et de voler le troupeau pour le compte des Sudistes. Kelly étant réticent, Rossiter lui promet de lui amputer un doigt pour chaque jour de retard. Kelly est donc obligé d’accepter.

Un bandeau déroulant à l’écran annonce « Dans chaque guerre, à chaque époque, l’arme oubliée est la nourriture car pour tuer les soldats doivent manger, et pour vivre ils doivent manger. Un troupeau de vaches est aussi vital qu’une batterie de canons ». Là-dessus démarre la chanson des Brother Four « Alvarez Kelly rode over the rise, With a heart full of blarney and a gleam in his eyes, And wherever he stopped the gals kept droppin’ like flies, Till a lady from Richmond cut him down to size ». Formidable western réalisé par Edward Dmytryk (1908-1999) en 1966, Alvarez Kelly demeure un des plus grands films du cinéaste américain dont la carrière reste ponctuée par de nombreuses pépites comme Ouragan sur le Caine (1954), La Lance brisée (1954), La Main gauche du Seigneur (1955) et La Rue chaude (1962).

Edward Dmytryk, sympathisant de la gauche politique américaine, adhérant au parti communiste américain, figure parmi les célèbres Dix d’Hollywood. Convoqué par la Commission des Activités Anti-Américaines, il est condamné à six mois de prison, 500 dollars d’amende, puis s’exile en Grande-Bretagne à la fin des années 1940. Il revient peu de temps après aux USA, purge sa peine de prison et à l’instar d’Elia Kazan dénonce finalement certains acteurs, réalisateurs et scénaristes afin de s’affranchir des soupçons qui pèsent sur lui. C’est un scandale, sa carrière ne s’en remettra jamais totalement. Néanmoins, le cinéaste n’aura jamais arrêté de tourner jusqu’à la fin des années 1970. Alvarez Kelly est un divertissement élégant, qui repose à la fois sur le jeu et l’immense talent de ses deux têtes d’affiche, William Holden et Richard Widmark, qui rivalisent de charisme, mais aussi sur la beauté des paysages et des décors naturels de la Louisiane, où le film a été tourné intégralement.

A la fois western et film de guerre, Alvarez Kelly s’attache à un personnage qui ne fait pas de politique et qui vend ses services de spécialiste réputé dans la conduite du bétail, à celui qui saura lui offrir la plus grosse somme d’argent. C’est qu’en temps de guerre, l’approvisionnement en nourriture des troupes est un élément important et stratégique pour la victoire, ainsi qu’un aspect finalement peu traité au cinéma. A l’instar d’un mercenaire, Alvarez Kelly (William Holden) est un pro dans son boulot et ne se pose pas de question quant à celui qui l’embauche. Ainsi, il conduit depuis le Texas un important troupeau de bétail aux abords d’une plantation située près de Richmond (capitale des Sudistes), pendant la guerre de Sécession en 1864, pour le compte des Nordistes où sont implantés le Major Stedman (Patrick O’Neal) et ses troupes. Mais les Confédérés sont aux aguets et décident de s’emparer de cet approvisionnement pour leur compte. Leur armée se fait nécessiteuse, cette nourriture en abondance devient un enjeu important mais il leur faut aussi l’homme qui a les qualifications nécessaires pour convoyer le troupeau. Alvarez Kelly est enlevé par le colonel Tom Rossiter (Richard Widmark), borgne et hargneux. Ce dernier lui ordonne de détourner le troupeau au profit des Sudistes. Devant les hésitations de Kelly, Rossiter menace de lui sectionner un doigt pour chaque jour de retard, s’il n’accepte pas de former ses hommes.

William Holden se délecte dans la peau de ce profiteur de guerre, qui n’hésite pas à s’enrichir grâce à ce conflit qui s’enlise et qui affame les soldats dans les deux camps. Et si quelques dames croisent son chemin, c’est un petit plus non négligeable. Excellent technicien, Edward Dmytryk réalise ici son troisième western après La Lance brisée et L’Homme aux colts d’or, les deux films déjà interprétés par Richard Widmark. Le sujet, fondé sur des faits réels, est aussi passionnant que remarquablement traité, à la fois grand spectacle et drame intimiste, marqué par des dialogues souvent cinglants. De plus, la photo somptueuse et le cadre large participent également à la grande réussite de cette étrange chevauchée, dont l’impressionnante dernière séquence, celle de la ruée de bétail sur les troupes nordistes, reste dans toutes les mémoires.

Le western a changé en 1966 et Alvarez Kelly peut se targuer d’être un opus flamboyant, drôle, mélancolique, bourré d’aventures, remarquablement interprété et mis en scène.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray d’Alvarez Kelly, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Dans sa présentation (10’), Patrick Brion avoue avoir toujours été déçu par le film d’Edward Dmytryk. L’historien du cinéma commence tout d’abord par faire un tour d’horizon du western en cette année 1966, marquée notamment par l’hégémonie du genre en Italie, qu’affectionne également peu Patrick Brion. Ce dernier évoque les westerns réalisés par Edward Dmytryk, avant d’expliquer pour il trouve Alvarez Kelly peu réussi malgré un sujet formidable. Néanmoins, le critique loue cette édition Blu-ray qui permet de revoir le film dans de superbes conditions techniques, ce qui selon lui n’est pas sans redonner un intérêt à Alvarez Kelly.

Sidonis Calysta a réussi à mettre la main sur un documentaire d’une heure consacré à la vie et la carrière de William Holden. Intitulé William Holden : The Golden Boy, ce module réalisé en 1989, compile les témoignages de comédiens et réalisateurs prestigieux, tels que Robert Mitchum, Glenn Ford, Blake Edwards, Robert Wagner, Sidney Lumet, Robert Wise, Cliff Robertson, posés sur de nombreux extraits des films les plus célèbres de William Holden, sans oublier les archives personnelles commentées par Scott Holden, l’un des fils du comédien. De facture classique, ce documentaire oublie de nombreux films, y compris le magnifique Breezy de Clint Eastwood. Il n’en demeure pas moins informatif.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie de photos et d’affiches.

L’Image et le son

Quelle restauration ! Ce master HD (1080p) permet aux spectateurs de redécouvrir Alvarez Kelly dans de superbes et inédites conditions techniques, même si les puristes risquent de rechigner devant le lissage parfois excessif du grain original. Les volontés artistiques du mythique chef opérateur Joseph MacDonald (La Poursuite infernale, Niagara, La canonnière du Yang-Tsé) sont néanmoins respectées et nous avons l’impression de redécouvrir complètement ce western d’Edward Dmytryk. La copie est souvent sidérante de beauté et de stabilité, le nouvel éclat des couleurs est saisissant. Les noirs sont concis, le piqué vif et acéré, la propreté impressionnante, les détails sur le cadre large sont légion et les contrastes pointus, y compris sur les séquences en intérieur. Les gammes chatoyantes sont harmonieuses et le relief omniprésent. Signalons tout de même quelques plans où le grain semble plus appuyé, visiblement sur des stock-shots, tout comme de sensibles fourmillements durant les scènes où les comédiens ont tourné devant une transparence.

Malgré la réussite du doublage français, privilégiez évidemment la version originale, plus dynamique et équilibrée que son homologue, notamment en ce qui concerne la délivrance des dialogues. La piste française place les voix trop en avant, au détriment des effets annexes et de la musique. L’éditeur a quand même mis le paquet en proposant deux pistes DTS-HD Master audio bien nettoyées, bien que l’ensemble puisse paraître « trop » propre et artificiel. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Charge des Tuniques Bleues, réalisé par Anthony Mann

LA CHARGE DES TUNIQUES BLEUES (The Last Frontier) réalisé par Anthony Mann, disponible en DVD et Blu-ray le 21 novembre 2016 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Victor Mature, Guy Madison, Robert Preston, James Whitmore, Anne Bancroft, Russell Collins

Scénario : Philip Yordan, Russell S. Hughes

Photographie : William C. Mellor

Musique : Leigh Harline

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Jed Cooper est un trappeur brutal et isolé de la civilisation. Il s’engage dans l’armée avec ses deux partenaires mais, décidé à s’installer, cherche à séduire la très belle femme du colonel Marston. Entretemps, les soldats, jeunes et peu expérimentés, sont chargés de lancer une attaque contre les Indiens pour venir en aide à un fort voisin…

D’origine autrichienne et allemande, de son vrai nom Emil Anton Bundsmann, Anthony Mann (1906-1967) demeure l’un des plus grands réalisateurs américains de l’histoire du cinéma, spécialisé notamment dans le western, à l’instar de ses confrères Howard Hawks, Henry Hathaway et John Ford. Ancien comédien, régisseur de théâtre, il fonde une troupe de théâtre dans les années 1930 où officie également un certain James Stewart. Il commence dans le cinéma en supervisant les essais des acteurs et actrices pour le compte de la Selznick International Pictures. Puis, c’est aux côtés de Preston Sturges qu’il fait ses premiers pas en tant qu’assistant à la Paramount, avant de passer lui-même derrière la caméra en 1942 avec Dr. Broadway. Il se fait la main sur quelques séries B, en passant d’un genre à l’autre. Mais c’est en 1950 qu’il connaît son premier grand succès avec La Porte du diable.

Anthony Mann, parvient à mettre en scène un film progressiste en jouant avec la censure, même si l’industrie hollywoodienne est alors menacée par la fameuse chasse aux sorcières. Oeuvre engagée, le metteur en scène y prend ouvertement la défense des indiens. Sans cesse oublié et évincé au profit de La Flèche brisée, film également pro-indien de Delmer Daves, La Porte du diable demeure un chef d’oeuvre du genre, noir (certains cadrages sont dignes d’un thriller), âpre, pessimiste sur la condition humaine, magnifiquement réalisé et photographié. Suivront Winchester ‘73 (1950), Les Affameurs (1952), L’Appât (1953), Je suis un aventurier (1954), L’Homme de la plaine (1955), dernier des cinq westerns qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart. Au milieu des années 1950, le western est un genre en mutation. Le cinéaste enchaîne immédiatement avec La Charge des Tuniques Bleues (1955), The Last Frontier.

S’il n’a pas la force de ses œuvres précédentes, La Charge des Tuniques Bleues n’en est pas moins très réussi. Ce qui frappe d’emblée c’est d’abord la magnificence du CinemaScope, même si Anthony Mann ne fait pas ici la part belle aux grands espaces en confinant principalement son action au sein d’une enceinte militaire. Nous sommes en 1860, en plein Oregon. La Guerre de Sécession est à ses balbutiements et les soldats américains ont été réquisitionnés. Arrivent trois trappeurs, Jed Cooper (Victor Mature), oui le même nom que Clint Eastwood dans Pendez-les haut et court de Ted Post, Gus (James Whitmore) et l’indien Mongo (Pat Hogan). Ils viennent de passer un an dans la montagne à braconner et ont réussi à faire le plein de fourrures qu’ils espèrent bientôt revendre. Subitement, ils se retrouvent encerclés par les Sioux menés par Nuage Rouge, qui proteste contre l’installation militaire sur leur territoire. S’ils font mine de ne pas les apercevoir, les trappeurs sont ensuite obligés de leur laisser leurs armes, leurs chevaux ainsi que le fruit de leur travail. Détroussés, ils parviennent à Fort Shallan, où ils sont accueillis par le Capitaine Riordan (Guy Madison), qui parvient à les faire s’engager en tant qu’éclaireurs civils. Les troupes de soldats sont dirigées par le colonel Marston (Robert Preston). Obsédé par le déshonneur qu’il a subi durant la guerre civile, cet officier autoritaire et vaniteux pense pouvoir redorer son blason grâce à une victoire contre les indiens et leur chef Nuage Rouge. Seul Cooper ose s’opposer au colonel pour l’empêcher de commettre cette folie.

La Charge des Tuniques Bleues repose en grande partie sur le charisme animal de Victor Mature, qui fait penser à Sylvester Stallone et Dean Martin. Le comédien est souvent très émouvant dans le rôle de Jed, trappeur buriné, attiré malgré lui par l’uniforme de la Cavalerie et pensant à fonder une famille en se rangeant de sa vie d’aventurier. Il tombe amoureux de Corrina (Anne Bancroft), la femme délaissée du colonel Marston. Bien qu’une idylle naisse entre les deux, Corrina ne peut quitter son mari et refuse sa demande en mariage. Jed sombre dans l’alcool, tandis que Marston, ivre de revanche, souhaite mobiliser toutes ses troupes pour éradiquer Nuage Rouge et ses hommes.

Point de « sensationnalisme » ni véritablement d’action, à part dans la toute dernière partie à travers un affrontement noyé dans la poussière, La Charge des Tuniques Bleues est avant tout un drame humaniste porté par des acteurs exceptionnels qui campent des personnages complexes, torturés et très attachants, comme souvent chez Anthony Mann en quête de rachat et de reconnaissance d’eux-mêmes. La Charge des Tuniques Bleues n’est sans doute pas l’oeuvre la plus réputée du cinéaste et malgré ses quelques défauts, dont un happy end imposé par la Columbia, reste un grand, dense et passionnant western à connaître absolument.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Charge des Tuniques Bleues, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Une fois de plus, Patrick Brion a répondu à l’appel de l’éditeur pour nous présenter ce film d’Anthony Mann (13’). Après avoir fait un tour d’horizon du western en 1955, l’historien du cinéma se penche sur ce film singulier et ses personnages particuliers, notamment celui du trappeur interprété ici par Victore Mature. Cela donne l’occasion à Patrick Brion d’aborder le casting, puis de croiser habilement le fond et la forme, avec une passion toujours aussi contagieuse.

L’un des gros plus de cette édition est l’entretien avec Anthony Mann (17’), réalisé par la BBC au moment du tournage à Londres de Maldonne pour un espion (images à l’appui du cinéaste à l’oeuvre), film qu’il n’aura pas le temps de terminer et qui sera repris par Laurence Harvey après son décès. Anthony Mann évoque son rapport avec les spectateurs, la mise en scène des séquences d’action, ses débuts en tant qu’acteur, ses influences (Murnau notamment), la dimension shakespearienne de ses westerns, la nouvelle figure du héros dans ses films, l’authenticité des tournages en extérieur, la représentation de la violence à l’écran. Une interview riche et rare !

L’interactivité se clôt sur une galerie d’affiches et de photos d’exploitation.

L’Image et le son

Le sublime cadre large est évidemment respecté et demeure le point fort de cette édition HD. Sinon le master est propre, en dépit de quelques poussières et points blancs demeurent encore notables et certains contrastes manquent de densité. La gestion du grain est aléatoire avec des séquences plus ou moins marquées selon la luminosité. Même chose pour les scènes sombres avec des noirs pas aussi concis que nous pouvions l’espérer, tout comme le piqué peu aiguisé. Des effets de pompage sont également constatés et la colorimétrie s’avère parfois terne, pour ne pas dire fanée, avec les visages des comédiens un peu trop rosés à notre goût. La copie est cependant très stable.

Que votre choix se porte sur la version originale (avec sous-titres français imposés) ou la version française, la restauration est satisfaisante. Aucun souffle constaté sur les deux pistes, l’écoute est frontale et riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont plus conséquents sur la version originale que sur la piste française, moins précise, plus étouffée, mais le confort acoustique est assuré sur les deux options. Le changement de langue est verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Tire encore si tu peux (version intégrale non censurée), réalisé par Giulio Questi

TIRE ENCORE SI TU PEUX (Se sei vivo, spara) réalisé par Giulio Questi, disponible en DVD et Blu-ray le 23 novembre 2016 chez Rimini Editions

Acteurs : Tomás Milián, Ray Lovelock, Piero Lulli, Milo Quesada, Roberto Camardiel, Miguel Serrano, Angel Silva, Sancho Gracia, Marilù Tolo

Scénario : Franco Arcalli, María del Carmen Martínez Román, Giulio Questi, Benedetto Benedetti

Musique : Ivan Vandor

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

Un métis, parfois surnommé L’Etranger, fait partie d’une bande de voleurs qui s’empare d’une importante cargaison d’or après l’attaque d’un convoi de la Wells Fargo. Au moment du partage, les mexicains du gang sont abattus un à un par leurs collègues américains. Laissé pour mort, L’Etranger est sauvé par deux Indiens. Il se lance alors à la poursuite de ses anciens complices, et découvre qu’ils ont été tués par les habitants d’un petit village. Qu’est devenu l’or ?

La réputation de Tire encore si tu peuxSe sei vivo, spara n’est pas usurpée. Il s’agit bel et bien d’un des plus grands westerns italiens jamais réalisés. Mis en scène par Giulio Questi (1924-2014) en 1967, ce chef d’oeuvre joue avec les genres et même parfois avec les codes du giallo, ce qui lui a valu de nombreux déboires avec la censure à sa sortie, au point d’être interdit trois jours seulement après son arrivée sur les écrans. Egalement connu sous le titre anglais Django, Kill … If You Live, Shoot! – « Django » n’apparaissant pas dans ce film – ou également Oro hondo, Tire encore si tu peux est ensuite ressorti en 1975 dans une version tronquée avec notamment l’absence de séquences très gore dans lesquelles des individus s’acharnent sur le corps criblé de balles en or d’un mourant, désireux de s’emparer de ce butin inattendu. Même chose pour la scène où un indien se fait scalper en gros plan. Au total, plus de quinze minutes du film ont été coupées. C’est donc un événement et un vrai choc de découvrir le montage du réalisateur.

D’emblée, le spectateur est happé par cette main qui surgit de la terre comme dans un film de zombies. Un homme (Tomás Milián) recouvert de poussière, avait visiblement été enterré vivant. En réalité, il venait de participer à un braquage, mais ses complices (américains) ont décidé de le doubler lui et les autres mexicains ayant participé à ce vol, pour s’enfuir avec l’or. Ces derniers se font abattre dans le désert après avoir creusé leur propre tombe. Seul survivant de ce massacre, l’homme est sauvé in extremis par deux mystérieux indiens. Déterminé à se venger, il parcourt l’Ouest et apprend que des villageois ont tué et lynché les hors-la-loi, sans savoir ce qui est advenu du butin. Des bandits apprennent pour l’argent et kidnappent le fils d’un homme qui saurait où l’argent se trouve. L’Etranger sauve l’adolescent, mais malheureusement peu après qu’il se soit fait violer par les pistoleros homosexuels vêtus de chemises noires. Qui a dit fascisme ?

C’est là l’immense réussite de Tire encore si tu peux, western qui s’avère également un vrai film d’horreur surréaliste teinté de fantastique. L’Etranger survit malgré les balles et grâce à la magie des deux indiens. Giulio Questi filme une ville hostile et cauchemardesque, comme une cité perdue peuplée de monstres violents et sanguinaires, paumés dans un univers post-apocalyptique. Les salauds de l’histoire ne sont pas ceux que l’on croyait dans les premières séquences, puisque les traitres vont rapidement se faire trucider par les habitants de la ville où ils croyaient pouvoir se réfugier avant de pouvoir profiter de l’or. L’Etranger, campé par un formidable Tomás Milián, sera plongé au milieu des balles, qui visiblement ne l’atteignent pas ou plus, et tentera de reprendre sa part du butin. Seulement l’or est convoité de toutes parts et la partie est loin d’être gagnée. A la fin, L’Etranger partira au galop, dégoûté par ce qu’il aura vu, notamment ce qui restait du butin fondre littéralement sur le visage d’un adversaire. Une des séquences les plus marquantes du film.

Chef d’oeuvre baroque et redoutablement pessimiste sur la nature humaine, Tire encore si tu peux agit comme une séance d’hypnose angoissante et glaçante. Alors qu’il désirait à la base mettre en scène un thriller violent, Giulio Questi réalise l’oeuvre de sa vie, dans laquelle il désirait combattre ses démons après avoir été traumatisé pendant la Seconde Guerre mondiale. Virtuose, maîtrisé du début à la fin, audacieux, sans cesse inventif, déjanté, limite expérimental (y compris sur la bande-son), Se sei vivo, spara n’est pas un film à mettre devant tous les yeux, mais n’aura de cesse de faire de nouveaux adeptes auprès des cinéphiles et passionnés de cinéma déviant. Tire encore si tu peux reste et restera une véritable et fascinante curiosité.

LE BLU-RAY

Jusqu’alors inédit en Haute-Définition en France, Tire encore si tu peux est enfin disponible en Blu-ray dans nos contrées et ressort également en DVD, plus de dix ans après la copie Seven7 Editions. C’est à l’éditeur Rimini Editions que l’on doit cette sortie attendue par les amateurs de westerns italiens. Le Blu-ray repose dans un boîtier classique de couleur noire. Le menu principal est animé sur la musique du film.

L’éditeur a mis la main sur un entretien inédit du cinéaste Giulio Questi (45’), réalisé à son domicile en mars 2009. Si la réalisation de cette interview laisse franchement à désirer et si le journaliste rebondit peu aux propos du metteur en scène, Giulio Questi se livre sur son art et revient sur les grandes étapes de sa carrière. Ses films sont passés au crible, notamment Tire encore si tu peux, tout comme La Mort a pondu un œuf (La morte ha fatto l’uovo) réalisé en 1968. Le réalisateur évoque sa passion pour le cinéma français des années 1920, son travail dans le monde du documentaire, l’évolution du cinéma, le travail avec Tomás Milián, le genre du western, ses rencontres déterminantes, sa passion pour le cinéma de Woody Allen et de Pedro Almodóvar dont il ne ratait aucun film dans les salles.

Fidèle à Rimini Editions, l’historien du cinéma Christophe Champclaux nous propose ensuite un portrait du comédien Tomás Milián (8’). Si cette présentation est sans doute trop rapide, l’ensemble ne manque pas d’informations, d’anecdotes et surtout de titres qui donnent furieusement envie de voir ou revoir les westerns, mais aussi les drames de Mauro Bolognini, Alberto Lattuada, Valerio Zurlini, Liliana Cavani, Bernardo Bertolucci, Michelangelo Antonioni et bien d’autres, dans lesquels le comédien, né à Cuba en 1933, a su briller et devenir un acteur culte auprès des spectateurs.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce américaine de « Django, Kill … If You Live, Shoot! » et la bande-annonce allemande.

L’Image et le son

Rimini livre un master HD au format 1080p (très important à signaler) qui permet aux spectateurs de redécouvrir Tire encore si tu peux dans de très belles conditions techniques, malgré quelques tâches et fils en bord de cadre qui n’ont pas pu être éradiqués. Les volontés artistiques sont respectées, tout comme le grain cinéma, le confort de visionnage est omniprésent avec ses couleurs ravivées. Le piqué est flagrant, l’apport HD non négligeable sur plans larges, les séquences sombres sont aussi bien définies que le reste, les noirs sont concis, les détails fort appréciables, notamment sur les nombreux gros plans. N’oublions pas le relief des textures, la profondeur de champ inédite, la stabilité et la restauration très impressionnante.

Les pistes italienne et française (au doublage réussi) DTS-HD Master Audio 2.0 sont de même acabit. Les deux versions délivrent leurs dialogues avec suffisamment d’ardeur et les ambiances annexes sont dynamiques. S’il fallait vraiment les différencier, la piste italienne s’avère plus modérée, les voix des comédiens apparaissent plus fluides et les ambiances plus naturelles et homogènes. Dans les deux cas, aucun souffle intempestif n’est à déplorer, la propreté est de mise et la partition du compositeur Ivan Vandor est très bien restituée. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement impossible à la volée. Comme il s’agit de la version intégrale non censurée, certaines séquences jamais doublées passent automatiquement en italien sous-titré en français.

Crédits images : © Rimini Editions / Captures Bonus : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr