Test Blu-ray / Bronco Apache, réalisé par Robert Aldrich

BRONCO APACHE (Apache) réalisé par Robert Aldrich, disponible en combo Blu-ray/DVD le 8 mars 2018 chez Sidonis Calysta

Acteurs :  Burt Lancaster, Jean Peters, John McIntire, Charles Bronson, John Dehner, Paul Guilfoyle, Walter Sande, Ian MacDonald…

Scénario :  James R. Webb d’après le roman “Bronco Apache” de Paul Wellman

Photographie : Ernest Laszlo

Musique : David Raksin

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1954

LE FILM

Avril 1866, les Apaches déposent les armes face aux colonisateurs blancs.  Leur chef Geronimo se rend. Seul l’un d’entre eux, Massaï, refuse cette reddition. Capturé comme ses semblables, il s’échappe du train qui le conduit vers les réserves de Floride. Un grand voyage l’attend pour retrouver sa terre et Nalinle, enceinte de lui. En chemin, il fait escale à St Louis où il découvre le mode de vie des colons et rencontre Dawson, un Cherokee chez qui il trouve refuge dans une réserve de l’Oklahoma…

Bronco Apache est le troisième long métrage de l’immense Robert Aldrich (1918-1983), son premier western ainsi que sa première collaboration avec Burt Lancaster, également producteur. C’est par ailleurs le comédien lui-même qui a choisi le réalisateur, après avoir remarqué l’efficacité de son second film, Alerte à Singapour en 1953. Si l’on compare Bronco Apache avec les films et chefs d’oeuvre du maître qui viendront plus tard, on est ici loin de la virtuosité qui apparaîtra déjà par petites touches dans Vera Cruz, mis en scène la même année. En revanche, la solide direction d’acteurs de Robert Aldrich est ici indéniable. Il fallait au moins cela pour rendre crédible la transformation de Burt Lancaster en Indien aux yeux bleus étincelants. Sa première apparition fait peur puisque l’acteur est recouvert de plusieurs couches de fond de teint et d’une perruque mal ajustée. Mais finalement, on oublie rapidement ce manque de goût grâce au jeu solide du comédien, en très grande forme, bondissant, courant dans tous les sens, brutal, déterminé, qui n’en fait jamais trop en adoptant une posture et une démarche différentes. On finit par croire à son personnage et à s’attacher à sa quête. Bronco Apache n’est sans doute pas l’un des grands films de Robert Aldrich, mais n’en demeure pas moins sympathique, surtout que le film adopte le point de vue et la cause des Indiens.

Le jour de la reddition de Geronimo (Monte Blue), Massai (Burt Lancaster), un jeune guerrier, refuse d’abandonner le combat contre l’armée américaine. Vite arrêté, il est conduit en train vers la réserve de Floride où seront gardés Geronimo et ses guerriers apaches. Mais Massai s’enfuit et se retrouve dans une grande ville de Blancs, St Louis. Il décide de regagner sa terre natale. Chemin faisant, il rencontre Dawson (Morris Ankrum), un Indien Cherokee “civilisé”, qui vit en paix avec les blancs, grâce à son savoir-faire de la culture du maïs, dont il donne quelques graines à Massaï. De retour chez lui au Nouveau-Mexique, Massai va voir Nalinle (Jean Peters), la femme qu’il aime. Mais Santos (Paul Guilfoyle), le père de celle-ci, dénonce Massai. Il est arrêté par le scout Al Sieber (John McIntire) et l’Apache renégat Hondo (Charles Buchinsky, pas encore Charles Bronson), à qui Santos a promis sa fille. Massai n’a pas dit son dernier mot. Se considérant comme le seul Apache au monde, il décide de mener son dernier combat contre les militaires qui le poursuivent, lui et sa femme, alors enceinte.

C’est donc sur Bronco Apache qu’allait naître l’association Aldrich-Lancaster, puisque les deux hommes referont équipe sur Vera Cruz (1954), Fureur Apache (1972) et L’Ultimatum des trois mercenaires (1977). L’intrigue de Bronco Apache n’est pas des plus passionnantes, mais ce n’est pas là le plus important du film. Ce qui compte dans Bronco Apache c’est sa spontanéité, son énergie et ses deux têtes d’affiche, Burt Lancaster et la ravissante Jean Peters (Capitaine de Castille, La Flibustière des Antilles, Viva Zapata !). Si le premier parvient donc à faire oublier le maquillage outrancier dont il est affublé, la seconde (également recouverte de cirage) n’est pas ménagée par son partenaire. Au-delà de sa performance physique car sans cesse malmenée, traînée par terre, ligotée, obligée de laper l’eau d’une rivière comme un animal, la comédienne, conserve son charme et c’est de son personnage que Massaï, souvent montré au bord de la folie, apprendra à tourner la page et à accepter son destin.

Le scénario de James R. Webb, futur auteur de Trapèze de Carol Reed, Les Grands espaces de William Wyler et Les Cheyennes de John Ford, est étonnamment épuré et le résultat à l’écran du même acabit. Son western pro-Indien est fort en symboles forts, comme le spectre de la déportation qui plane lors de la déportation des Indiens, obligés de monter dans un train qui les emmènera loin de leurs terres, ou bien encore dans cette quasi-relecture d’Adam et Eve, unis dans un paradis de sécheresse, de rochers et de poussière.

Sans doute moins marquant que La Flèche brisée de Delmer Daves et La Porte du diable d’Anthony Mann, tous deux sortis en 1950, Bronco Apache participe néanmoins à la démythification de la conquête de l’Ouest. En dépit d’une fin plus ou moins positive imposée par la United Artists, Bronco Apache, fuite en avant tragique et à l’issue inéluctable, ne manque pas d’attraits et d’intérêt.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Bronco Apache, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. Cette édition contient le DVD et le Blu-ray.

La section des suppléments s’ouvre sur un documentaire intitulé Burt Lancaster, un doux parfum de succès (50’). Ce module produit à la chaîne comme tant d’autres, n’a pas vraiment d’intérêt, si ce n’est compiler des extraits et des bandes-annonces des films les plus célèbres (et d’autres moins) du comédien. Quelques images d’archives et photos rares viennent illustrer les propos (doublés en français) des intervenants comme le biographe Gary Fishgall, les réalisateurs Sydney Pollack et Ted Post, la comédienne Terry Moore, le producteur James Hill et l’acteur Peter Riegert, qui reviennent sur l’enfance, les débuts et la carrière de la star. Franchement, ne perdez pas votre temps, vous n’apprendrez rien ici ou presque, surtout que la musique sirupeuse en fond a très vite raison de notre patience.

Bertrand Tavernier (26’) et Patrick Brion (13’) ont également répondu à l’appel de l’éditeur, afin de présenter Bronco Apache, avec le style qui leur est propre. Tout d’abord, le premier déclare avoir vu le film à sa sortie et se souvient du choc qui l’a immédiatement sensibilisé au cinéma de Robert Aldrich. Puis, Bertrand Tavernier en vient très vite au caractère pro-Indien de Bronco Apache, en fustigeant les critiques sur le choix de Burt Lancaster pour interpréter un Apache à l’écran. Le fond et la forme se croisent ensuite habilement, et l’on sent le réalisateur vraiment heureux de parler de ce film qu’il affectionne beaucoup. Le scénariste, le reste du casting et la fin imposée par la United Artists (que Tavernier apprécie quand même) sont également abordés.

De son côté, Patrick Brion peine à trouver des arguments inédits pour parler du film qui nous intéresse. Dommage que l’éditeur ne fasse pas se concerter ces historiens du cinéma en amont, cela éviterait des interventions redondantes. Néanmoins, cette présentation reste agréable à écouter.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Un carton en introduction indique que le master présenté ici a été restauré à partir du seul élément HD disponible aujourd’hui…recadré au format 1.77 au lieu du cadre 1.33 original ! Le Blu-ray est au format 1080i. L’image bénéficie d’une restauration indéniable (des raccords de montage et des poussières subsistent quand même), mais qui paraît avoir déjà quelques heures de vol. Soyons honnêtes, le résultat peine à convaincre quant à l’élévation en Haute définition. Les couleurs sont fanées, le générique d’ouverture semble le plus mal loti avec des fourmillements. Le codec AVC a souvent du mal à consolider certaines scènes sombres, la gestion du grain demeure aléatoire et le piqué n’est guère concluant. La compression n’est pas irréprochable et nous notons de capricieux manques de définition adoucissant les détails et les textures sur les plans rapprochés. Signalons que cette édition HD de Bronco Apache est une exclusivité mondiale.

L’éditeur ne propose pas un remixage inutile, mais encode la version originale en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française (également en DTH-HD MA) au doublage old-school très réussi, mais au rendu métallique des voix, qui restent bien trop étriquées, chuintantes et manquant d’ardeur. Elle n’est donc pas aussi fluide et homogène que la version originale. Dans les deux cas, aucun souffle n’est à déplorer, mais au jeu des comparaisons, la VO l’emporte aisément sur les séquences d’action, dynamiques et vives, tout comme le score de David Raksin qui profite d’une excellente exploitation des frontales. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale. Autre problème, la scène d’exposition possède un double sous-titrage, rendant la lecture difficile.

Crédits images : © Columbia / Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Pendez-les haut et court, réalisé par Ted Post

PENDEZ-LES HAUT ET COURT (Hang’Em High) réalisé par Ted Post, disponible en DVD et Blu-ray chez Movinside le 17 octobre 2017

Avec :  Clint Eastwood, Inger Stevens, Ed Begley, Pat Hingle, Ben Johnson, Charles McGraw, Ruth White, Bruce Dern, Dennis Hopper…

Scénario : Leonard Freeman, Mel Goldberg

Photographie : Richard H. Kline

Musique : Dominic Frontiere

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Sauvé de justesse après avoir été lynché par une bande d’aventuriers qui l’accusaient à tort de voler du bétail, Jed Cooper, reconnu innocent par le juge Fenton, devient marshal. Energique et habile, il remplit ses fonctions avec une redoutable efficacité et réussit à mettre sous les verrous les pires criminels de l’Oklahoma, espérant secrètement retrouver un jour les auteurs de sa pendaison manquée.

Rétrospectivement, Pendez-les haut et courtHang’Em High (1968) est le film du retour de Clint Eastwood sur la terre de l’Oncle Sam après son triomphe dans la trilogie de Sergio Leone Pour une poignée de dollars (1964) – Et pour quelques dollars de plus (1965) – Le Bon, la Brute et le Truand (1966). Auréolé de ces trois succès essentiellement européens, l’ancien comédien de la série Rawhide revient donc à Hollywood et lance sa maison de production Malpaso. Quelque peu réticent, il accepte tout de même la proposition – opportuniste – de la United Artists de retrouver le genre qui a fait de lui une star sur le Vieux Continent, en espérant ainsi surfer sur sa popularité. Libre de choisir le sujet de son choix, le réalisateur et le casting, Clint Eastwood propose alors à Sergio Leone de réaliser Pendez-les haut et court, sur un scénario de Mel Goldberg et Leonard Freeman, mais le cinéaste italien est pris sur Il était une fois dans l’Ouest. Clint Eastwood choisit alors Ted Post, ami et réalisateur qui l’avait dirigé sur Rawhide. Souvent oublié, Pendez-les haut et court est pourtant un film essentiel dans l’immense filmographie du comédien, mais aussi pour les futurs westerns qu’il réalisera lui-même.

En 1873, dans l’Oklahoma, sauvé de justesse par le marshal Dave Bliss, après avoir été lynché par une bande d’aventuriers qui l’accusaient à tort de voler du bétail, Jed Cooper, est reconnu innocent par le juge Fenton. Celui-ci le nomme marshal, afin de remplacer Bliss tué peu après en service commandé, mais aussi pour éviter que Jed ne se livre à des actes de vengeance personnelle contre les auteurs du méfait. Le juge le charge alors de ramener vivants les hommes responsables de son lynchage pour qu’ils soient jugés en bonne et due forme. Énergique et habile, Jed parcourt l’Oklahoma, et remplit ses fonctions avec une redoutable efficacité. Hormis l’un de ses accusateurs qu’il est contraint d’abattre, il réussit à les mettre presque tous sous les verrous ; seul le « chef » de la bande, le capitaine Wilson, court toujours. En parallèle, Jed se laisse prendre aux charmes d’une jeune et séduisante veuve qui examine chaque prisonnier avec une insistance qui l’intrigue. Elle lui apprend qu’elle cherche le bandit qui a tué son mari.

Alors que la trilogie de Sergio Leone était critiquée aux Etats-Unis, Pendez-les haut et court est étonnamment apprécié par la presse, notamment par le New York Post. Le film est également un gros succès au box-office et rentabilise son budget en moins de deux semaines. La légende de Clint Eastwood est définitivement lancée et ne s’éteindra jamais. Hang’Em High est une œuvre hybride, qui plagie ouvertement le style Leone à de très nombreuses reprises, tout en reprenant la figure de l’Homme sans nom que Clint Eastwood interprétait auparavant. Cependant, Ted Post et ses scénaristes mélangent cela au Nouvel Hollywood en y apportant une violence sèche et frontale, à l’instar des diverses pendaisons du film. De plus, le personnage principal est comme qui dirait le « préquel » de ceux que Clint Eastwood interprètera dans L’Homme des Hautes Plaines (1973), Josey Wales hors-la-loi (1976) et Pale Rider, le cavalier solitaire (1985), tous les trois mis en scène par Eastwood lui-même. Un cowboy accompagné d’une aura mystérieuse, au corps marqué de cicatrices (dont celle autour du cou qu’il dissimule sous un foulard), presque à la lisière du fantastique où le personnage revient souvent d’entre les morts pour assouvir une vengeance personnelle.

Alors oui, la réalisation de Ted Post ne se prive pas pour reprendre certains partis pris chers à Sergio Leone et même la composition de Dominic Frontiere rappelle furieusement les compositions d’Ennio Morricone, mais Pendez-les haut et court reste un excellent et étrange western. La première partie quasi-muette, où l’on suit le personnage principal qui revient littéralement des enfers, pour finalement sortir du Purgatoire armé et l’étoile épinglée est un vrai modèle du genre. Le nouveau marshal en quête de vengeance profite de son nouveau statut, on apprend même qu’il avait été un homme de loi avant de devenir éleveur, pour aller à la recherche de ceux qui l’ont pendu sans preuves et sans ménagement. De ce fait, quelle forme de justice adopter ? Vous pensez à L’Inspecteur Harry ? Le dernier acte est plus classique, avec d’un côté Cooper qui compte fleurette à la belle actrice suédoise Inger Stevens, et de l’autre Cooper qui règle ses comptes une bonne fois pour toutes dans un affrontement sans véritables surprises.

Néanmoins, la réalisation, la photographie de Richard H. Kline, le montage nerveux, la performance des comédiens, dont Pat Hingle, véritable tronche de juge du Far West qui allait retrouver Clint Eastwood sur L’Epreuve de force et Le Retour de l’Inspecteur Harry, sans oublier un Bruce Dern hargneux et un Dennis Hopper frappadingue, contribuent à faire de Pendez-les haut et court un savoureux western qui a bien vieilli et que l’on a plaisir à revoir.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Pendez-les haut et court, disponible chez Movinside dans sa collection Western, repose dans un élégant boîtier classique de couleur noire. Visuel très beau et attractif. Le menu principal est animé sur la musique du film.

L’éditeur joint une présentation et une analyse du film qui nous intéresse par Mathieu Macheret, critique cinéma pour Le Monde (28’). L’intervenant décortique habilement le film de Ted Post en le replaçant également et surtout dans la carrière de Clint Eastwood. Mathieu Macheret passe donc en revue, sur le fond comme sur la forme, ce western de transition et à la croisée des genres et des influences. Les points communs avec le cinéma de Sergio Leone sont évoqués, tout comme la position du film réalisé à l’aube du Nouvel Hollywood.

L’Image et le son

Si Pendez-les haut et court ne bénéficie pas du même prestige que d’autres westerns de Clint Eastwood, ce master HD permet aux spectateurs de revoir le film de Ted Post dans de très bonnes conditions techniques. Les volontés artistiques du grand chef opérateur Richard H. Kline (Le Mystère Andromede, L’Etrangleur de Boston, Le Flingueur), sont respectées, tout comme le grain original heureusement conservé et élégant. Les noirs sont concis, la clarté étonnante, le piqué vif et acéré (plus probant sur les gros plans), la restauration appréciable (même si datée), tout comme les détails. Les contrastes sont pointus, y compris sur les séquences en intérieur. Les gammes chatoyantes sont harmonieuses, certaines couleurs comme le rouge sont ravivées (voir les credits en ouverture). Un beau lifting. Signalons tout de même que la scène du pique-nique suivi de l’orage est plus abîmée avec des couleurs fanées, un aspect plus grumeleux, ainsi que des griffures et des points qui n’ont pas été supprimés.

Les versions anglaise et française sont disponibles en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française (au doublage sympathique) dont l’écoute demeure correcte, mais qui ne vaut évidemment pas la piste originale riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique de Dominic Frontiere bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français (qui étaient absents sur le DVD jusqu’alors dispo chez MGM !) ne sont pas imposés sur la version originale. Plus anecdotique, l’éditeur joint également un remixage 5.1 qui n’apporte rien ou pas grand-chose par rapport à la Stéréo, si ce n’est quelques ambiances extérieures.

Crédits images : © MGM / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

 

Test DVD / Le Cavalier du crépuscule, réalisé par Robert D. Webb

LE CAVALIER DU CRÉPUSCULE (Love Me Tender) réalisé par Robert D. Webb, disponible en DVD chez Sidonis Calysta le 1er décembre 2017

Acteurs :  Elvis Presley, Richard Egan, Debra Paget, Robert Middleton, William Campbell, Neville Brand, Mildred Dunnock, Bruce Bennett…

Scénario : Robert Buckner d’après une histoire originale de Maurice Geraghty

Photographie : Leo Tover

Musique : Lionel Newman

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Trois frères de l’armée des confédérés entreprennent de voler un trésor des Yankees, avant de découvrir que la guerre est terminée, et qu’ils sont maintenant considérés comme des hors-la-loi. Après s’être partagés le butin, ils rentrent chez eux, mais l’un d’eux, Vance, découvre que sa bien-aimée, Cathy, s’est mariée avec son jeune frère, Clint…

Introducing Elvis Presley

Le Cavalier du crépusculeLove me tender, marque les premiers pas d’Elvis Presley devant la caméra. Ayant toujours désiré être comédien comme ses idoles James Dean et Marlon Brando, celui qu’on allait appeler le King souhaite prouver à ses fans qu’il n’est pas seulement le chanteur à succès dont le culte et l’aura n’ont de cesse de s’étendre à travers le monde, mais qu’il possède bel et bien un vrai talent d’acteur. Toutefois, il doit se résoudre à chanter quatre chansons dans son premier film (une idée de son célèbre impresario le Colonel Parker), dont le titre original, The Reno Brothers a été modifié afin de mieux surfer commercialement sur le triomphe de son dernier tube, Love Me Tender, qu’il interprète d’ailleurs dans le film. Si cela le rend fou de rage, le jeune homme alors âgé de 21 ans a néanmoins signé un contrat de sept ans avec la Paramount Pictures et doit accepter les clauses qui l’obligent à chanter. S’il n’interprète qu’un rôle secondaire dans Le Cavalier du crépuscule, cas unique dans sa filmographie, ce petit film lui vaut sa postérité.

Alors que la guerre de Sécession touche à sa fin, un groupe de soldats sudistes, attaque une trésorerie yankee et file avec le butin. Parmi eux, trois frères : le lieutenant Vance Reno, Ray et Brett. Au lieu de remettre l’argent à l’armée sudiste en déroute, le groupe décide de se partager le butin. Ainsi chacun rentre chez eux. Puisque la guerre était terminée au moment du vol, ils sont, sans le savoir, considérés comme des hors-la-loi. Ce trésor de guerre va attirer bien des convoitises ainsi que des revirements de situations inattendues pour la famille Reno. À son retour Vance Reno, découvre que sa bien-aimée, Cathy, s’est mariée avec son jeune frère, Clint. Ce dernier ne connaissait pas la relation qu’avait entretenue sa femme avec Vance avant son départ pour la guerre. Le cœur brisé, Vance décide de partir pour épargner Cathy qui semble avoir encore des sentiments pour lui.

Etrange production qui montre bien l’ambition de ses producteurs, Le Cavalier du crépuscule est un western basique, sympathique et divertissant, qui se trouve parasité par le phénomène Elvis. Avec son déhanché anachronique (à la manière de Val Kilmer dans Top Secret !, chef d’oeuvre des ZAZ) réalisé devant des jeunes paysannes groupies (!), Presley entonne quelques-uns de ses tubes (Let Me, We’re Gonna Move, Poor Boy, Love Me Tender) et refait même une dernière apparition en surimpression, en reprenant le dernier couplet de Love Me Tender, gratifiant les spectateurs, et ses fans, d’un dernier sourire Ultra-Brite. Si l’on fait abstraction des chansons imposées par contrat au jeune chanteur, ce dernier fait preuve de charisme et s’en tire pas trop mal en tant que comédien. On a déjà vu pire du moins dans le genre chanteur qui s’improvise acteur. Mais les véritables stars de Love Me Tender sont Richard Egan (Barbe-Noire le pirate, Les Inconnus dans la ville, La Venus des mers chaudes), impeccable et élégant dans le rôle du frère aîné obligé de s’incliner devant son destin, ainsi que la sublime Debra Paget (La Maison des étrangers, La Flèche brisée, Les Dix Commandements), qui illumine le film de son talent et de sa beauté. Rappelons qu’avec Joseph L. Mankiewicz, Robert Siodmak, Delmer Daves, Henry Hathaway, Jacques Tourneur, Lewis Milestone, Cecil B. DeMille, Allan Dwan, William Dieterle, Fritz Lang (qui a pu oublier sa danse quasi-nue du Tombeau hindou ?) et Roger Corman à son palmarès, Debra Paget peut se targuer d’afficher l’une des plus belles et grandes filmographies hollywoodiennes.

Film rapide et bien mis en scène par Robert D. Webb (ancien assistant d’Henry King), Le Cavalier du crépuscule ne révolutionne certes pas le western, d’ailleurs il n’en a pas la prétention, mais vieillit bien, enchaîne les péripéties, les scènes dramatiques, les affrontements et les rebondissements avec suffisamment d’efficacité et dans un très beau CinemaScope. Bref, Love Me Tender, par ailleurs énorme succès à sa sortie avec son budget rentabilisé dès son premier week-end d’exploitation, vaut bien plus que pour la simple participation du King qui voit alors sa carrière cinématographique lancée.

LE DVD

Le test du DVD du Cavalier du crépuscule, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Une toute petite interactivité pour ce western, qui était disponible chez 20th Century Fox auparavant.

François Guérif (8’30) et Patrick Brion (6’) ont répondu à l’appel de l’éditeur, afin de présenter Le Cavalier du crépuscule. Le premier revient sur les débuts au cinéma d’Elvis Presley, en indiquant trouver l’attaque de la gare réussie et l’apprenti-comédien assez bon et touchant, malgré les faiblesses du film.

De son côté, Patrick Brion passe en revue les plus grands westerns de l’année 1956 au cinéma, avant d’en venir au réalisateur Robert D. Webb et bien entendu aux changements apportés au scénario original, suite à l’engagement d’Elvis Presley à la dernière minute, que l’historien-critique trouve d’ailleurs très bien et bon comédien.

Cette section se clôt sur une galerie de photos, ainsi que les bandes-annonces des trois films avec Elvis Presley, disponibles chez Sidonis Calysta, Le Cavalier du crépuscule, Les Rôdeurs de la plaine et Charro.

L’Image et le son

Si la restauration ne fait aucun doute, la quasi-absence de la patine argentique a de quoi énerver. Le grain a été bien trop lissé, ce qui rend l’image trop artificielle à notre goût. Bon, si l’on excepte cela, même si c’est difficile, le cadre large 2.35 est superbe, le N&B lumineux et dense, la gestion des contrastes solide et élégante. La propreté de la copie est indéniable, les détails éloquents et la profondeur de champ impressionnante. Malgré ses points forts, le rouleau compresseur du DNR fait beaucoup de mal aux puristes que nous sommes.

Point de version française à l’horizon, mais deux mixages anglais, Stéréo et Dolby Digital 5.1. Si l’on pouvait s’attendre à une éventuelle spatialisation sur les quatre chansons d’Elvis, sur les scènes d’affrontements et de poursuites, il n’en est rien. Les latérales restent quasiment au point-mort et seul un très léger écho se fait entendre sur la scène arrière. Privilégiez donc la piste Stéréo, de fort bon acabit, qui instaure un confort acoustique très plaisant et dynamique, sans aucun souffle. Les sous-titres français sont imposés sur un lecteur de salon.

Crédits images : © 20th Century Fox / Sidonis Calysta / All Rights Reserved / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Lucky Luke – Daisy Town, réalisé par Morris et René Goscinny

LUCKY LUKE – DAISY TOWN réalisé par Morris et René Goscinny, disponible en Blu-ray le 21 novembre 2017 chez Citel Vidéo

Acteurs :  Marcel Bozzuffi, Pierre Trabaud, Jacques Balutin, Jacques Jouanneau, Pierre Tornade, Jean Berger, Roger Carel, Jacques Fabbri, Jacques Legras, Claude Dasset, Jacques Bodoin, Georges Atlas, André Legal, Jacques Hilling, Rosy Varte, Denise Bosc…

ScénarioRené Goscinny, Morris, Pierre Tchernia

Photographie : François Léonard

Musique : Claude Bolling

Durée : 1h16

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Barman, un whisky bien frappé ! il faut fêter la naissance de Daisy Town ! Hélas, une jolie nouvelle ville attire toujours bandits et desperados, ces chevaliers de la violence et du vice. Seul Lucky Luke peut y ramener la paix et empêcher les braquages et vols de vaches… Les citoyens le choisissent donc comme shérif. Mais au moment où tout semble rentré dans l’ordre, les Dalton s’installent en ville et sèment la terreur chez les habitants. L’éternel combat qui les oppose au célèbre cow-boy reprend alors…

« Nous pensions vous présenter ce spectacle sur écran large. Mais exceptionnellement aujourd’hui, nous vous l’offrons sur super grand écran géant de luxe ! »

C’est une madeleine. Un grand classique de l’animation franco-belge, doublé d’un formidable hommage au western, genre chéri par Morris et René Goscinny, le dessinateur et scénariste de Lucky Luke, l’Homme qui tire plus vite que son ombre. Réalisé par les deux complices et épaulé par Pierre Tchernia au scénario, Lucky Luke (titre original), rebaptisé Daisy Town à la suite de sa transposition en bande dessinée en 1983 et titre utilisé lors de ses diffusions télévisuelles (vous vous rappelez quand vous l’avez découvert sur LaCinq comme l’auteur de ces mots ?) n’a rien perdu de son charme et les gags qui conservent toujours leur efficacité témoignent encore du génie immense de leurs auteurs.

Une caravane de pionniers s’arrête. Ils arrivent au bout de leur traversée et décident à la vue d’une pâquerette, qu’ils y poseront la première planche pour y construire leur ville. Daisy Town verra donc le jour. Mais une ville, surtout s’il s’agit d’une simple et charmante petite bourgade, attire les bandits et ces derniers rendent la vie impossible dans ce coin de paradis autrefois si calme. Arrive alors le seul homme de la situation pour remettre de l’ordre à Daisy Town, Lucky Luke, cow-boy courageux et honnête. Nommé Sherif par les notables de la cité, notre héros va débarrasser la ville de toute sa racaille, y chasser les Dalton et la défendre contre les indiens.

Quel plaisir que ce Lucky Luke – Daisy Town, réalisé en 1971 aux Studios Belvision ! Bourré de charme, d’inventivité, mené à un train d’enfer et multipliant les gags visuels, sonores, ainsi que les références au western (américain et italien), Daisy Town demeure une vraie référence. La fantastique musique de Claude Bolling (Borsalino) et la superbe photographie de François Léonard (Astérix le Gaulois, Astérix et Cléopâtre) d’après les dessins de Morris montrent l’ambition du studio, qui voulait évidemment divertir les spectateurs, tout en traitant son sujet avec sérieux, comme un véritable film. Au casting, les réalisateurs convient leurs amis. C’est Marcel Bozzuffi, inoubliable et indispensable second rôle du cinéma français (Le Deuxième souffle, Z, La Cage aux folles II) qui prête son timbre grave au cowboy solitaire, qui avait encore la clope au bec. A ses côtés, Rosy Varte (Lulu Carabine au dialogue), Nicolas Croisille (Lulu Carabine au chant), Pierre Trabaud, Jacques Balutin, Jacques Jouanneau et Pierre Tornade (Jo, William, Jack et Averell Dalton), ainsi que Jacques Legras (le guichetier de la banque), Roger Carel (le croque-mort, le vautour, le lieutenant de cavalerie), Jacques Fabbri (le maire), Jean Berger (Jolly Jumper), sans oublier Gérard Rinaldi, qui sous le pseudonyme de Gérard Dinal, entonne le très célèbre Quadrille lors des divers square dance organisés dans le saloon de Daisy Town. Ou comment transposer les fêtes bien françaises et leurs chansons à boire dans le Far West Américain.

En 1991, Terence Hill n’aura pas grand-chose à faire pour son Lucky Luke puisque le comédien-réalisateur reprendra non seulement le synopsis du film d’animation, mais également quelques gags et séquences cultes qu’il reproduira à l’identique. Nous ne parlerons pas de la qualité relative de cet essai (un Lucky Luke tout vêtu de blanc, sérieusement), mais ce Luke Luke reste bien plus fidèle à l’univers de Morris/Goscinny que l’horrible opus signé James Huth avec Jean Dujardin dans le rôle principal. Si Daisy Town est un énorme succès à sa sortie avec 2,7 millions d’entrées en France et 2 millions en Allemagne, il faudra attendre 1978 pour que le Poor Lonesome Cowboy reviennent au cinéma dans le chef d’oeuvre La Ballade des Dalton.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Lucky Luke – Daisy Town, disponible chez Citel Vidéo, repose dans un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette indique cette fois « Nouveau Master Haute Définition », même si le visuel aurait pu être plus attractif. Le menu principal est animé et musical.

Le must sur cette édition HD est bien entendu son image restaurée, mais pas ses suppléments qui se résument uniquement à la bande-annonce originale, ainsi qu’un comparatif avant/après la restauration.

L’Image et le son

Bienvenue à Lucky Luke – Daisy Town en Blu-ray (1080p) ! A cette occasion, l’image, présentée enfin dans son format original 1.37, a été entièrement restaurée à partir du négatif original 35mm, par Mediatoon Distribution aux laboratoires Eclair. Tout cela a été scanné en 4K avant de connaître une restauration très poussée en 2K. Pour sa sortie en Haute Définition, le film de Morris et Goscinny a subi un dépoussiérage de premier ordre, comme l’indique le comparatif dans les suppléments. Les couleurs bleues, jaunes et rouges retrouvent un éclat inespéré, le grain original est heureusement respecté, la clarté est évidente et les contrastes revus à la hausse. L’image est stable, propre comme elle n’a jamais été, sans griffures. Si l’on déplore encore quelques effets de pompages sur certains aplats, qui auraient été difficiles à équilibrer sans dénaturer les volontés artistiques, revoir Lucky Luke – Daisy Town dans une belle copie continue de nous émouvoir.

Il n’y a pas que l’image qui a bénéficié d’un lifting, par le désormais incontournable Studio L.E. Diapason, qui s’occupe entre autres de la restauration sonore sur les titres du patrimoine chez Pathé. L’unique piste DTS-HD Master Audio Mono 2.0 qui découle du mixage original disponible sur bandes magnétiques, demeure étriqué avec des échanges souvent aigus, une voix-off grinçante et une B.O. qui frôle la saturation (voir les séquences « Quadrille »). L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © DARGAUD Productions, René Goscinny Productions / Idéfix Studio /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Prairies de l’honneur, réalisé par Andrew V. McLaglen

LES PRAIRIES DE L’HONNEUR (Shenandoah) réalisé par Andrew V. McLaglen, disponible en DVD et Blu-ray le 29 août 2017 chez ESC Editions

Acteurs :  James Stewart, Doug McClure, Glenn Corbett, Patrick Wayne, Rosemary Forsyth, Phillip Alford, Katharine Ross, George Kennedy…

Scénario :  James Lee Barrett

Photographie : William H. Clothier

Musique : Frank Skinner

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Charlie Anderson, fermier de son état à Shenandoah, en Virginie, se retrouve impliqué dans la guerre civile. Il refuse de soutenir les Confédérés, car il s’oppose fermement à l’esclavage, mais ne soutient pas non plus l’Union car il est profondément contre la guerre. Lorsque son fils est fait prisonnier, Charlie part immédiatement à sa recherche. Il va rapidement être confronté aux horreurs de la guerre et va devoir choisir son camp.

« Les croque-morts gagnent la guerre. Les Hommes politiques se gargarisent de la gloire de la guerre, les vieillards disent que c’est nécessaire. Les soldats n’ont qu’un seul désir, rentrer chez eux. »

Si son nom n’est pas vraiment connu du grand public, le réalisateur anglo-américain Andrew V. McLaglen (1920-2014) a pourtant signé quelques pépites et classiques très prisés par les cinéphiles comme Chisum (1970), Les Oies sauvages (1978) et Les Loups de haute mer (1980). Fils de Victor McLaglen, ancien boxeur poids lourd devenu comédien, Oscar du meilleur acteur pour Le Boxeur, chef d’oeuvre de John Ford dont il devient très proche, Andrew V. McLagen accompagne souvent son père sur les plateaux de cinéma et contracte très vite le virus du 7e art. Il grandit en côtoyant et en admirant John Ford et John Wayne, et décide très vite de devenir metteur en scène. Il est tout d’abord assistant-réalisateur, y compris sur L’Homme tranquille (1952) et passe enfin à la réalisation avec son premier long métrage, Légitime défenseGun the Man Down (1956), un western où il dirige James Arness et Angie Dickinson. Les séries télévisées Perry Mason et surtout Rawhide lui permettent de se perfectionner et de peaufiner son style. Il signe son retour au cinéma en 1963 avec le célèbre Le Grand McLintock avec John Wayne, Maureen O’Hara et Yvonne De Carlo. La consécration publique vient réellement en 1965 avec Les Prairies de l’honneurShenandoah et ce en dépit de critiques virulentes venues de la presse qui déclarent notamment que le réalisateur plagie le style de son modèle John Ford. Cela n’empêche pas le film d’être un grand succès (mérité), mais aussi de marquer le début d’une grande amitié et d’une collaboration fructueuse entre Andrew V. McLagen et le comédien James Stewart puisque les deux hommes travailleront ensemble sur trois autres films, Rancho Bravo (1966), Bandolero ! (1968) et Le Rendez-vous des dupes (1971).

Si Les Prairies de l’honneur a été réalisé en 1965 alors que le western vivait ses dernières heures de gloire aux Etats-Unis et triomphait en Europe, le film d’Andrew V. McLagen s’avère un drame familial attachant, marqué par un sous-texte humaniste et ouvertement antiguerre, qui reflète alors l’enlisement de l’Oncle Sam au Viêt Nam. 1863. En Virginie, alors que la Guerre de Sécession fait rage, le fermier Charlie Anderson (James Stewart) refuse de prendre part au conflit et prétend qu’il ne se sent pas concerné tant que la guerre n’arrive pas sur ses terres. Veuf, père d’une fille sur le point de se marier et de six garçons dont le plus jeune vient d’avoir 16 ans, Anderson interdit à ses enfants de participer à cette guerre. Mais la guerre n’épargne personne, et Charlie ne pourra pas longtemps rester à l’écart, surtout que Boy, son benjamin, s’est fait arrêter par des soldats de l’Union. Les Prairies de l’honneur est un film superbe, qui séduit d’emblée par son apparente simplicité et ses personnages menés par un James Stewart aussi impérial que magnifique en patriarche, galurin vissé sur la tête et cigare au bec, qui aime ses enfants et qui s’en occupe seul depuis que sa femme est morte en couches il y a une quinzaine d’années. Alors qu’il vient de marier son unique fille Jennie (Rosemary Forsyth, nommée pour le Golden Globe du meilleur espoir féminin en 1966) à un soldat sudiste (Doug McClure) appelé sur le champ de bataille juste après la cérémonie, Anderson voit son terrier voler en éclats quand son jeune fils disparaît. Accompagné de ses fils, sauf de James (Patrick Wayne) et de sa femme Ann, interprétée par Katharine Ross (Le Lauréat), qui viennent d’avoir un bébé, Anderson se rend compte des horreurs de la guerre dont il ne voulait pas entendre parler.

A sa sortie, le message pacifiste et antimilitariste a été salué. Mais Shenandoah ne se résume pas qu’à cela. Andrew V. McLaglen signe également l’un de ses plus beaux films. Toujours soucieux du travail bien fait, le cinéaste a confié la photo au célèbre chef opérateur William H. Clothier, à qui l’on doit les images de cinq films de John Ford, dont Le Massacre de Fort Apache (1948) et L’Homme qui tua Liberty Valance (1962). L’immense compositeur Frank Skinner se voit confier la musique. Si le budget est confortable, Les Prairies de l’honneur ne bénéficie pas des moyens alloués aux grandes productions passées, surtout que le western apparaît déjà comme un genre en fin de vie, mais l’immense talent d’Andrew V. McLaglen parvient à donner au film un véritable standing. L’histoire ne manque pas d’humour, de tendresse et d’émotions, les séquences d’affrontements sont impressionnantes, la violence est montrée frontalement (comme le soldat qui reçoit une balle dans la tête) et James Stewart fait preuve d’une immense sensibilité dans la peau de ce père qui voue un amour sans limite pour ses enfants.

Après une première partie qui installe une atmosphère plutôt légère – dont une bagarre endiablée au ton quasi-burlesque – malgré la guerre qui se déroule hors-champ avec des coups de canon qui résonnent jusque dans la vallée, le récit devient plus grave et désenchanté au fur et à mesure qu’Anderson se rend compte non seulement de la mort qui n’a pas épargné les jeunes soldats, mais également que les Etats du Sud ont perdu la guerre. Alors peu importe que Les Prairies de l’honneur ait pu être considéré comme anachronique à sa sortie quand Sergio Leone et Sam Peckinpah renouvelaient le genre, car aujourd’hui le film d’Andrew V. McLaglen demeure un très grand divertissement, la mise en scène apparaît toujours aussi élégante, le scénario intelligent et son final bouleversant.

LE BLU-RAY

L’édition HD des Prairies de l’honneur est disponible chez ESC Editions. Le visuel est élégant, tout comme le menu principal, animé et musical.

L’éditeur joint une présentation et une analyse du film qui nous intéresse par Mathieu Macheret, critique cinéma pour Le Monde (28’). Point par point, le journaliste revient sur tous les aspects des Prairies de l’honneur (« peut-être le meilleur western du réalisateur » dit-il), en indiquant tout d’abord le caractère quasi-désuet et old-school du film, alors que le cinéma américain connaît ses premiers bouleversements qui conduiront au Nouvel Hollywood. Mathieu Macheret évoque ensuite le casting, l’évolution du western dans les années 1960, la carrière du cinéaste Andrew V. McLaglen et la façon avec laquelle ce dernier use du classicisme comme d’une forme de résistance afin de faire passer son message antimilitariste. Une métaphore caractérisée par le personnage interprété par James Stewart, qui représente un héros d’un autre temps, qui croit pouvoir vivre en vase clos avec les siens, avant de se rendre à l’évidence devant la violence qui l’entoure lui et ses fils.

L’interactivité se clôt sur une comparaison de l’image avant/après la restauration avec à gauche l’image source et l’image restaurée à droite de l’écran.

L’Image et le son

Les Prairies de l’honneur avait tout d’abord connu une édition DVD sortie en 2004 chez Universal, avant de ressortir en 2009 chez le même éditeur. Le film d’Andrew V. McLaglen fait désormais peau neuve chez ESC Editions dans un nouveau master restauré HD. Si la propreté est indéniable, la restauration ne semble pas récente et a du mal à rivaliser avec les scans HD plus contemporains. Néanmoins, le Blu-ray des Prairies de l’honneur présenté ici n’a vraiment rien de honteux. La définition est correcte, surtout sur les plans rapprochés où les détails s’avèrent plus pointus et très plaisants. Le bât blesse au niveau des plans larges où on espérait une profondeur de champ plus dense. Les couleurs deviennent plus fanées, les contours manquent de finesse et le grain original a été beaucoup trop lissé. En revanche, l’image affiche une stabilité à toute épreuve, aucun fourmillement ne vient perturber le visionnage et les contrastes s’avèrent plutôt bons.

Les versions anglaise et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage récent, qui dénature tout le charme original du film, avec des voix inappropriées. Si l’écoute demeure correcte, elle ne vaut évidemment pas le naturel de la piste originale plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Universal Pictures / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Brimstone, réalisé par Martin Koolhoven

BRIMSTONE réalisé par Martin Koolhoven, disponible en DVD et Blu-ray le 23 août 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : Guy Pearce, Dakota Fanning, Carice van Houten, Kit Harington, Emilia Jones, Ivy George…

Scénario : Martin Koolhoven

Photographie : Rogier Stoffers

Musique : Junkie XL

Durée : 2h29

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille. Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

Depuis dix ans, rares sont les westerns qui ont su en plus marquer les cinéphiles. Citons pêle-mêle L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik (2007), 3h10 pour Yuma de James Mangold (2008), Appaloosa d’Ed Harris (2008), Blackthoarn de Mateo Gil (2010), True Grit des frères Coen (2010), Shérif JacksonSweetwater des frères Miller (2013), Gold de Thomas Arslan (2013), The Salvation de Kristian Levring (2014) et Bone Tomahawk de S. Craig Zahler (2015). Le Django Unchained de Quentin Tarantino s’avérait plus une parodie qu’un véritable western pur et dur comme pouvait l’être Les Huit Salopards en 2016. Dans cette poignée de films, trois se démarquent par la nationalité de leurs réalisateurs et donc par leur interprétation singulière du mythe américain, entre l’espagnol Mateo Gil, l’allemand Thomas Arslan et le danois Kristian Levring. Il faudra désormais compter sur le néerlandais Martin Koolhoven qui signe et réalise avec Brimstone un très grand film, un western à la frontière de plusieurs genres, qui n’est pas sans rappeler La Nuit du Chasseur de Charles Laughton (1955).

Sélectionné en compétition officielle à la Mostra de Venise en 2016 et interdit en salles aux moins de 16 ans en France, Brimstone voit ses 150 minutes divisées en quatre chapitres, Revelation, Exodus, Genesis et Retribution (Châtiment), qui racontent l’histoire à rebours. En se servant du western comme support et repères, Martin Koolhoven déjoue les codes et livre en réalité une redoutable et admirable relecture du boogeyman, ici caractérisé par le personnage d’un pasteur fou à lier, qui a décidé d’épouser sa propre fille et d’avoir des enfants avec elle.

Brimstone est un véritable jeu de pistes dans lequel la jeune Liz se retrouve comme enfermée dans un labyrinthe avec un prédateur lancé à sa poursuite. Le prêcheur déviant et conforté dans ses noirs desseins par la religion, du moins par sa manière d’interpréter les textes sacrés, est incarné par Guy Pearce. Acteur caméléon, passant d’un registre à l’autre, la théâtralité de son jeu a souvent créé un décalage inquiétant comme dans Des hommes sans loi de John Hillcoat. Ridicule et pathétique, il est aussi et surtout immonde, terrifiant et angoissant dans Brimstone, avançant comme un monstre invulnérable, bien décidé à rattraper sa fille qui s’est échappée après la mort brutale de sa mère, interprétée ici par Carice Van Houten.

Liz est aussi le rôle d’une résurrection, celle de Dakota Fanning. Alors que sa sœur Elle enchaîne les projets, celle qui avait estomaqué la planète entière à travers ses prestations dans Man on fire de Tony Scott (2004) et La Guerre des mondes de Steven Spielberg (2005), se faisait plus rare sur les écrans. A part quelques apparitions dans la saga Twilight et une première tentative pour sortir du carcan de l’enfant-comédien dans Les Runaways de Floria Sigismondi, Dakota Fanning avait quelque peu disparu du devant de la scène. Elle crève à nouveau l’écran dans Brimstone dans un rôle quasi-muet. N’oublions pas la grande performance de la jeune Emilia Jones, qui interprète le même personnage enfant et au stade de l’adolescence. Seul bémol au tableau avec la participation du falot Kit Harington (plus connu sous le nom de Jon Snow dans la série événement Game of Thrones), qui promène son absence de charisme et une mauvaise imitation de Woody Harrelson dans quelques séquences.

Magnifiquement photographié par le chef opérateur Rogier Stoffers (Rock academy, Je te promets) et sans oublier la composition hypnotique de Junkie XL, ce western crépusculaire, quasi-fantastique, brutal et très violent – certaines scènes demeurent déconseillées aux spectateurs les plus sensibles – réalisé d’un point de vue féminin, récit initiatique, drame psychologique et fable sur le fanatisme religieux subjugue du début à la fin, s’avère aussi éprouvant que puissant et flamboyant.

LE BLU-RAY

L’édition HD de Brimstone a été réalisée à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Celles et ceux qui auraient été subjugués par Brimstone, devront se ruer sur les scènes coupées (14’). Ces séquences auraient pu tout à fait être intégrées au montage final et ont sûrement été mises de côté en raison de la durée déjà conséquente du film. Quelques scènes sont introduites par le clap et la voix du réalisateur Martin Koolhoven, notamment lors de la scène alternative du duel dans la rue. D’autres séquences appuient le caractère rebelle du beau-fils de Liz à son égard (il demande à son père qu’elle s’en aille de la maison), ou bien prolongent la pendaison de la prostituée où toutes ses amies lui rendent hommage à travers une prière.

Le meilleur de cette interactivité demeure l’interview de Martin Koolhoven (23’), qui posément évoque la genèse de Brimstone (né après son refus de réaliser une comedie-romantique !) et la longue et difficile gestation de son western qu’il voulait personnel et original. Il évoque également la forme du récit, le désir de jouer avec les genres, ses références (Il était une fois dans l’Ouest est le film qui lui a donné envie de faire du cinéma), la façon d’aborder la violence à l’écran, le casting et le travail avec les comédiens, les personnages et leur évolution et les lieux de tournage en Hongrie, en Espagne, en Allemagne et en Autriche.

L’éditeur propose également un document (36’) essentiellement destiné aux musiciens ainsi qu’aux passionnés de musiques de films. Junkie XL de son vrai nom Tom Holkenborg, est le compositeur de la musique de Brimstone. On lui doit également les musiques de Deadpool, La Tour Sombre, Batman v Superman: L’aube de la justice et Mad Max: Fury Road. Filmé par plusieurs caméras et entouré d’ordinateurs, Junkie XL s’adresse directement à ses confrères, aux débutants et tout simplement aux plus curieux, dans le but de détailler toutes les étapes qui ont mené à l’un des thèmes principaux du film de Martin Koolhoven. Si l’entreprise est à saluer, ce module est beaucoup trop long et des néophytes risquent de décrocher rapidement, d’autant plus que Junkie XL utilise un jargon réservé aux initiés.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie de photos du film et du tournage.

Signalons que l’édition 2 DVD contient en plus des entretiens avec Dakota Fanning, Guy Pearce et Kit Harington !

L’Image et le son

M6 Vidéo signe un sans-faute avec ce master HD immaculé de Brimstone. Tout d’abord, c’est la clarté et le relief des séquences diurnes qui impressionnent et flattent la rétine. Les couleurs sont chatoyantes puis deviennent de plus en plus froides jusqu’à la partie enneigée, le piqué est vigoureusement acéré, les détails abondent aux quatre coins du cadre large, restituant admirablement la beauté des paysages et les contrastes affichent une densité remarquable. Ajoutez à cela une profondeur de champ constante, des ambiances tamisées séduisantes et des teintes irrésistibles et vous obtenez le nec plus ultra de la Haute-Définition. Un transfert très élégant mais rien de très étonnant quand on sait que Brimstone a été tourné avec la caméra numérique Arri Alexa XT.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 se révèlent particulièrement riches et instaurent un large confort acoustique. En version originale, les dialogues auraient néanmoins mérité d’être un peu plus relevés sur la centrale, mais nous vous conseillons d’éviter l’horrible doublage français. Dans les deux cas, la spatialisation musicale demeure évidente, les latérales soutiennent l’ensemble comme il se doit, les ambiances naturelles ne manquent pas tandis que le caisson de basses intervient à bon escient. Deux DTS-HD Master Audio 2.0, forcément moins enveloppantes, sont également disponibles, ainsi que les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © The jokers / M6 Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / 40 fusils manquent à l’appel, réalisé par William Witney

40 FUSILS MANQUENT À L’APPEL (40 Guns to Apache Pass) réalisé par William Witney, disponible en DVD le 18 juillet 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Audie Murphy, Michael Burns, Kenneth Tobey, Laraine Stephens, Robert Brubaker, Michael Blodgett, Michael Keep…

Scénario : Willard W. Willingham, Mary Willingham

Photographie : Jacques R. Marquette

Musique : Richard LaSalle

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

1868. Cochise et ses guerriers apaches sont sur le sentier de la guerre, décidés à éliminer les Blancs. L’armée doit défendre les colons mais le capitaine Coburn doit récupérer une cargaison de fusils – quarante – volés par des soldats déserteurs. Ceux-ci, dirigés par le caporal Bodine veulent les vendre aux Apaches…

Avant d’être acteur, Audie Leon Murphy (1925-1971) fut l’un des soldats américains les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale. Bardé de toutes les médailles militaires internationales existantes, il est notamment connu pour avoir stoppé et bloqué seul pendant une heure l’assaut d’une troupe allemande en janvier 1945 dans la poche de Colmar. Ayant participé aux campagnes d’Italie et de France, sa maîtrise des armes est remarquée par quelques producteurs qui souhaitent alors surfer sur sa notoriété. Il entame alors une carrière à la télévision et au cinéma et joua dans une quarantaine de longs métrages, y compris dans l’adaptation cinématographique de son autobiographie L’Enfer des hommesTo Hell and Back, réalisé par Jesse Hibbs en 1955, dans lequel il interprète son propre rôle. Audie Murphy reste surtout connu par les amateurs de westerns, genre dans lequel il s’est ensuite principalement illustré. Citons quelques titres : La Parole est au Colt (1966), Représailles en Arizona (1965), La Fureur des Apaches (1964), La Patrouille de la violence (1964), Les Cavaliers de l’enfer (1961), Le Diable dans la peau (1960), Le Fort de la dernière chance (1957).

A l’époque de 40 fusils manquent à l’appel, 40 Guns to Apache Pass, réalisé par William Witney en 1966, le western américain est en fin de vie, John Ford et Raoul Walsh viennent d’ailleurs de signer leur dernier film du genre deux ans auparavant, alors qu’en Europe, le genre bat son plein avec Sergio Leone qui met une touche finale à sa trilogie du Dollars avec Le Bon, La Brute et le Truand. Rétrospectivement, 40 fusils manquent à l’appel apparaît comme un dernier baroud d’honneur pour Audie Murphy, qui tourne alors la même année El Texican de Lesley Selander. C’est son adieu au western, avant de faire une dernière apparition dans Qui tire le premier ? de Budd Boetticher, dans lequel il interprète Jesse James. Audie Murphy sera victime d’un accident d’avion en 1971, il allait avoir 46 ans.

40 fusils manquent à l’appel est un western qui se déroule en 1868, peu après la fin de la guerre de Sécession sur le territoire de l’Arizona , le chef apache Cochise et sa bande de guerriers menacent d’entrer en guerre. Le capitaine Bruce Coburn est envoyé avec un détachement dans la région afin de faire le tour des fermes isolées et de ramener les colons et leurs familles au fort avant qu’ils ne soient massacrés par les apaches. Mais certaines fermes sont très éloignées et la route est longue pour en revenir, d’autant que certains colons n’acceptent pas facilement de tout abandonner aux mains des indiens. Afin de faire face à leurs ennemis, les soldats attendent une cargaison de fusils. Mais la livraison tourne mal. Coburn demande à être accompagné de dix volontaires pour aller récupérer les 40 carabines à répétition sur le territoire des Apaches. Mais les plans du capitaine sont contrecarrés par un de ses hommes, le caporal Bodine, qui entraîne plusieurs soldats dans son sillage afin de marchander avec les indiens. Foncièrement patriotique (le drapeau flotte bien au vent) et donnant aux indiens le mauvais rôle en faisant d’eux des guerriers sanguinaires qui souhaitent empêcher l’oncle Sam de s’étendre sur leur territoire, 40 fusils manquent à l’appel n’est sûrement pas un western inoubliable qui s’attache à la vérité historique, mais qui arrange les faits à sa sauce avec les grands héros américains d’un côté et les très méchants indiens de l’autre. Néanmoins, cela ne l’empêche pas d’être bien divertissant et agréable, grâce au jeu solide d’Audie Murphy, charismatique et attachant, tenant le film sur ses épaules bardées de galons.

Vétéran du serial qui avait déjà dirigé Audie Murphy dans La Fureur des Apaches (1964) et Représailles en Arizona (1965), le réalisateur William Witney (1915-2002) fait le boulot et même si son histoire n’a rien à envier à celles que l’on imaginait enfant quand on jouait aux Playmobiles, son film est de bonne tenue, les acteurs sont bons, les décors naturels plaisants et les scènes d’action réussies. En revanche, le film est étrangement parasité par la voix-off inutile d’un narrateur qui ouvre l’histoire comme un conte, à travers l’ouverture d’un livre, et revient de façon chronique, tout au long de ces 90 minutes, sans raison, en paraphrasant le récit comme une piste Audiodescription. Les scénaristes ont-ils pensé que leur histoire était si alambiquée – ce qui n’est évidemment pas le cas – que chaque action méritait d’être expliquée aux spectateurs ? Il semblerait plutôt que cette voix-off ait été utilisée afin de donner un cachet « film sérieux » à une œuvre finalement banale, désuète et sans véritable surprise.

Toujours est-il que 40 fusils manquent à l’appel remplit son contrat et se voit aujourd’hui comme une série B curieuse doublée du chant du cygne d’un genre et de celui d’un comédien qui a su s’inscrire dans la légende.

LE DVD

Le DVD de 40 fusils manquent à l’appel, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Pas de Bertrand Tavernier à l’horizon pour ce petit western, même si Patrick Brion (7’) et François Guérif (8’) ont répondu à l’appel de leur côté. Les deux intervenants reviennent chacun à leur manière sur la carrière d’Audie Murphy, sur les très grandes libertés – euphémisme – prises avec la véritable histoire, notamment en ce qui concerne Cochise. François Guérif se penche un peu plus sur la dernière apparition en vedette du comédien dans le genre qui a fait de lui une star internationale, tandis que Patrick Brion nous donne une petite leçon sur l’histoire de la Winchester 73. Les qualités comme les défauts (la voix-off idiote et inutile) sont pointés par ces deux experts en la matière.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie de photos constituée d’affiches internationales.

L’Image et le son

Chez Sidonis, même les plus petits westerns sont souvent aussi bien logés que les grands classiques et chefs-d’oeuvre incontestés ! Entièrement restauré en Haute-Définition, le master de 40 fusils manquent à l’appel s’avère lumineux, stable (hormis le générique d’ouverture), d’une propreté jamais démentie et franchement plaisant pour les mirettes. Le cadre 1.33 open matte étonne par son lot de détails, le piqué est pointu, les contrastes sont fermes et les fondus enchaînés n’entraînent pas trop de décrochages. Seule la colorimétrie est parfois un peu délavée sur certaines séquences, mais le fait est que la copie demeure de haute tenue, surtout que le grain original est respecté et très bien géré.

Seule la version originale aux sous-titres français imposés est disponible sur cette édition. La restauration est également fort satisfaisante, aucun souffle à déplorer, l’écoute est frontale, riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré.

Crédits images : © Columbia Pictures / Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Souffle de la violence, réalisé par Rudolph Maté

LE SOUFFLE DE LA VIOLENCE (The Violent Men) réalisé par Rudolph Maté, disponible en DVD et Blu-ray le 9 mai 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Glenn Ford, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson, Dianne Foster, Brian Keith, May Wynn

Scénario : Harry Kleiner d’après le roman de Doland Hamilton

Photographie : W. Howard Greene, Burnett Guffey

Musique : Max Steiner

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Vétéran de la Guerre de Sécession, John Parrish met son ranch en vente acheté il y a trois ans afin de se remettre de ses blessures, bien décidé à s’installer avec sa fiancée dans l’Est des Etats-Unis. Si la puissante famille Wilkison lui fait une offre, il la refuse, l’estimant ridiculement basse. Mais les Wilkison ne sont pas des gens auxquels on dit « non ». Pour faire plier Parrish, ils emploient les grands moyens. Ce qu’ils vont bientôt regretter…

Avant de passer à la mise en scène, le polonais Rudolf Mayer, plus connu sous le nom de Rudolph Maté (1898-1964) avait fait ses classes en tant que directeur de la photographie en travaillant avec Carl Theodor Dreyer sur La Passion de Jeanne d’Arc, Louise Brooks sur Prix de beauté, Fritz Lang sur Liliom, Leo McCarey sur la première version de Elle et lui, sans oublier Alfred Hitchcock sur Correspondant 17, René Clair sur La Belle ensorceleuse, Ernst Lubitsch sur To Be or Not To Be, Charles Vidor sur Gilda, jusqu’à La Dame de Shanghai d’Orson Welles en 1947. Réalisé en 1955, Le Souffle de la violenceThe Violent Men, demeure un de ses films les plus célèbres.

Réunissant un casting prestigieux composé de Glenn Ford, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson, Dianne Foster, Brian Keith et Richard Jaeckel, ce western entre classicisme et film noir possède plusieurs atouts dans son jeu pour qu’on s’y attarde. En 1870, dans l’Ouest américain. Installé depuis 20 ans dans une vallée, un gros propriétaire terrien, Lew Wilkison, agrandit continuellement son domaine en ruinant les petits fermiers des environs et en leur rachetant leurs terres à des prix dérisoires. Ceux qui refusent de lui céder sont brutalisés et même abattus par ses hommes. Lew, resté infirme à la suite d’une blessure, est encouragé dans son orgueil et sa tyrannie par sa femme, Martha, ambitieuse et cupide. Il trouve un terrain d’entente avec John Parrish pour racheter son ranch mais quand l’ami de ce dernier, le shérif Martin Kenner, est tué par un homme de main de Wilkison, c’est le début d’une guerre entre ranchers.

Si le travail à la réalisation de Rudolph Maté est moins reconnu que sa période en tant que chef opérateur, il n’en demeure pas moins que Le Souffle de la violence s’avère une belle réussite. Glenn Ford demeure une des meilleures incarnations du cowboy à l’écran. Aussi à l’aise au maniement de la pétoire qu’à cheval, merveilleux comédien dramatique au charisme flamboyant, on ne regarde pas Glenn Ford, on l’admire. La magie opère une fois de plus dans Le Souffle de la violence, d’autant plus que son personnage, comme tous les autres, n’est au final pas si attachant que cela. Une gageure pour Maté de nous faire accepter un cowboy, ancien militaire donc, qui n’aspire qu’à être tranquille, au point de ne pas intervenir lorsqu’un shérif se fait tirer dans le dos devant lui. John Parrish se dévoile par strate et l’on comprend alors que l’homme a connu la violence extrême sur le front, qu’il en est revenu sain et sauf en apparence, mais que les combats résonnent encore dans sa tête et qu’il reste tourmenté. Alors quand ses projets de partir dans l’est se voient contrecarrés, Parrish ne va pas avoir d’autres choix que d’avoir recours à ses méthodes militaires – ancien stratège de la cavalerie sudiste – pour affronter ses adversaires. Un peu comme s’il s’agissait du grand-père de Liam Neeson dans Taken quoi. Mais face à lui se joue un double et trouble jeu.

Martha Wilkison est mariée à un riche propriétaire terrien paralysé. Malgré son visible dévouement et sa douceur, la jeune femme entretient une relation avec le frère de son époux. Ambitieux, ces deux derniers parviennent à manipuler le mari de Martha afin d’étendre la propriété, en vue de se l’accaparer ultérieurement. Martha parvient à monter son mari contre Parrish. Il y a du film noir dans Le Souffle de la violence, impression renforcée par le jeu moderne et même la figure de Barbara Stanwyck, sans oublier celle d’Edward G. Robinson. Dix ans auparavant, les deux comédiens tenaient l’affiche du mythique Assurance sur la mort de Billy Wilder. Le Souffle de la violence se pose à la croisée des genres.

Rudolph Maté ponctue son film de quelques fulgurances à l’instar du règlement de comptes entre Parrish et Wade Matlock (Jaeckel, venimeux à souhait) dans le saloon, ou bien encore l’exécution d’un des hommes de Parrish, écartelé au lasso par les sbires menés par Matlock, avant d’être froidement exécuté. L’homme est un loup pour l’homme et porte la violence en lui. Si elle parvient à s’atténuer, elle ressurgit à la moindre occasion.

Tournée dans les merveilleux décors naturels de l’Arizona et des Alabama Hills en Californie capturés par deux chefs opérateurs, W. Howard Greene (Une étoile est née, Le Livre de la jungle) et Burnett Guffey (Tant qu’il y aura des hommes), marquée par la partition inspirée du prolifique Max Steiner, cette adaptation du roman Smoky Valley de Donald Hamilton publié en 1954 est très plaisante, divertissante, aussi généreuse dans l’action sèche que dans ses inattendus affrontements psychologiques.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Le Souffle de la violence, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Pas moins de trois présentations au programme de cette édition !

On commence évidemment par la plus longue, la plus passionnée et passionnante, la plus complète, celle de Bertrand Tavernier (30′). Le cinéaste et historien du cinéma avoue d’emblée avoir réévalué Le Souffle de la violence avec un plaisir non dissimulé. S’il avait loué la qualité du scénario dans son ouvrage 50 ans de cinéma américain coécrit avec Jean-Pierre Coursodon, Bertrand Tavernier trouvait la mise en scène de Rudolph Maté très médiocre. Dans son mea culpa, l’historien évoque la beauté de la photographie, mais aussi celle du cadre, la violence sèche, les décors naturels, la musique de Max Steiner, la complexité des personnages, le casting, le décalage des archétypes. Encore une belle et grande leçon de cinéma.

Après cet entretien, les deux suivants font ce qu’ils peuvent pour apporter de nouveaux éléments qui pourraient intéresser les spectateurs. Comme d’habitude, Patrick Brion (9′), commence par réaliser un petit tour d’horizon du western l’année où le film qui nous intéresse est sorti sur les écrans. Cette manie commence à devenir bien redondante, d’autant plus que cette année avait déjà été passée en revue par l’intéressé sur d’autres titres, mais heureusement, nous arrivons à glaner quelques informations, notamment sur la psychologie des personnages. Comme bien souvent ces derniers temps, Patrick Brion évoque deux ou trois points “très intéressants” sans forcément les aborder et les approfondir, ce qui est un peu frustrant.

C’est ensuite au tour de François Guérif de présenter Le Souffle de la violence (9′). C’est sa spécialité, l’éditeur et critique de cinéma, directeur de la collection Rivages/Noir, nous parle tout d’abord du roman Smoky Valley et plus particulièrement de son auteur Donald Hamilton, créateur du personnage Matt Helm, plusieurs fois adapté au cinéma. Selon Guérif, ses westerns demeurent moins connus, malgré l’adaptation de The Big Country, Les Grands espaces par William Wyler. Cette analyse du film de Rudolph Maté est précise et complète bien celle de Bertrand Tavernier.

L’interactivité se clôt sur une galerie d’affiches.

L’Image et le son

Ce master HD s’avère de bonne qualité. Le générique reste cependant marqué par un grain beaucoup plus appuyé et des points blancs. La colorimétrie fait peur avec ses teintes délavées et ses fourmillements. Heureusement, cela s’arrange dès la fin des credits. Le piqué est soudain ferme, les détails appréciables sur le cadre large, les contrastes sont denses et le Technicolor retrouve une certaine vivacité. Seules les séquences sombres resteront moins définies avec quelques effets de pompage, des visages cireux et lisses. En dépit de décrochages sur les fondus enchaînés, du lissage parfois exagéré du grain original et d’une restauration qui semble datée, ce Blu-ray du Souffle de la violence tient ses promesses et de nombreuses scènes tirent profit de cette élévation HD. Signalons également que cette édition Blu-ray demeure pour l’instant une exclusivité mondiale !

L’éditeur ne propose pas un inutile remixage 5.1, mais encode la versions anglaise en DTS-HD Master Audio Stéréo et la piste française en Mono. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, mais dont les voix paraissent bien confinées et peu ardentes, sans parler de la pauvreté des effets annexes. Elle n’arrive pas à la cheville de la version originale, évidemment plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Columbia Pictures / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / La Levée des tomahawks, réalisé par Spencer Gordon Bennet

LA LEVÉE DES TOMAHAWKS (Brave Warrior) réalisé par Spencer Gordon Bennet, disponible en DVD le 23 mars 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Jon Hall, Christine Larsen, Jay Silverheels, Michael Ansara, Harry Cording, James Seay

Scénario : Robert E. Kent

Photographie : William V. Skall

Musique : Mischa Bakaleinikoff

Durée : 1h09

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

1812 dans l’Indiana. Un nouveau conflit menace de naître entre les Etats Unis et L’Angleterre. Un radeau américain destiné à ravitailler les tribus Shawnee en sel est attaqué par les Anglais, ceux-ci en massacrent les occupants et coulent la cargaison. Cet acte est commandité par Shayne Mac Grégor, riche commerçant en fourrures à Vincennes. Au camp Shawnnee, las des promesses non tenues la révolte gronde, la division éclate entre le chef Tecumseh et son frère surnommé “Le Prophète”. Ce dernier veut déterrer la hache de guerre contre les Américains. Le gouverneur de l’état William Henry Harrison, afin d’éviter une nouvelle guerre, engage Steve Rudell ami d’enfance de Tecumseh. Steve propose alors à Tecumseh de bâtir une ville nouvelle : ” Tippecanoe ” avec une école pour les enfants, ce qui permettra de rapprocher les contacts pacifiques entre blancs et indiens.
De son côté, Mac Grégor prépare avec l’aide du prophète et des Anglais, une embuscade destinée à anéantir les troupes américaines venues pour établir leur quartier général dans la ville de Vincennes.

Spencer Gordon Bennet (1983-1987) demeure un des plus grands spécialistes de la série B du cinéma américain. Prolifique et éclectique, on lui attribue plus de 120 films tournés entre 1921 et 1966. Habitué des serials, ce réalisateur était capable de livrer une demi-douzaine de films par an dans les années 1920 jusqu’à l’entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Dans sa filmographie, tous les genres y sont passés, en particulier les westerns, les films d’aventures et de science-fiction. Zorro, le vengeur masqué (1944), Superman (1948), Batman & Robin (1949), Le Sous-marin atomique (1959), restent ses œuvres les plus marquantes. Sur sa tombe, les studios lui ont rendu un dernier hommage en y faisant graver « King of Serial Directors, his final chapter ». La Levée des tomahawksBrave Warrior est un de ses cinq films tournés et sortis en 1952.

Ce petit western mis en scène avec peu de moyens, montre le savoir-faire du cinéaste pour emballer une aventure qui prend de très grandes libertés avec l’Histoire, afin de proposer aux spectateurs un récit aux personnages attachants, des archétypes où les gentils le sont vraiment, tout comme leurs adversaires que rien ne peut racheter, afin de ne pas compliquer les choses, pour aller à l’essentiel en à peine 70 minutes. Le lieu (la ville de Vincennes, Indiana), et le conflit en cours (les Anglais qui menacent les Américains, les Indiens Shawnees qui se retrouvent au milieu) sont exposés au moyen d’une carte dès le prologue. Spencer Gordon Bennet et son scénariste Robert E. Kent n’ont aucun scrupule pour remanier l’Histoire à leur guise et montrer de vrais héros américains, en paix avec les Indiens – ils leur fournissent même le sel nécessaire à la conservation de leur nourriture, afin de les remercier de leur avoir cédé leurs terres situées le long de la rivière Tippecanoe – jusqu’à ce que ces maudits Anglais essayent de contrecarrer leur expansion. Les Indiens Shawnees eux-mêmes vont se retrouver face à un dilemme puisque le guerrier surnommé « Le Prophète » (Michael Ansara) décide de se rebeller contre les Américains, tandis que son frère, le pacifiste Tecumseh (Jay Silverheels), qui admire la civilisation des Blancs et amoureux d’une Américaine, Laura (Christine Larsen), tente de ramener la paix dans la région. Mais les Anglais sont fourbes et vont user de stratagèmes, ainsi que de l’aide d’Américains qui ont rallié leur cause (dont le père de Laura), pour déclencher une guerre sur le sol de l’Oncle Sam, afin de mieux en récolter les fruits.

Comme il en a toujours eu l’habitude, Spencer Gordon Bennet soigne sa mise en scène, du moins autant que son budget restreint lui permettait de le faire, et se concentre avant tout sur les personnages et un beau Technicolor. De ce fait, les anachronismes, les décors carton-pâte, les costumes médiocres (les Indiens semblent affublés d’un pyjama) passent « mieux » à l’écran. Production modeste, La Levée des tomahawks repose sur un casting solide avec notamment Jon Hall, découvert dans quelques séries B d’aventures aux titres explicites Pago-Pago, île enchantée, Aloma, princesse des îles ou bien encore The Tuttles of Tahiti, avant de devenir une star avec les formidables La Vengeance de l’Homme Invisible et L’Agent invisible contre la gestapo.

La Levée des tomahawks se regarde comme on lit un roman d’aventures vintage à la couverture excitante, dont le contenu n’est sans doute pas à la hauteur des espérances, mais qui n’en demeure pas moins bourré de charme et extrêmement divertissant.

LE DVD

Le DVD de La Levée des tomahawks, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Point de Bertrand Tavernier à l’horizon, mais François Guérif a répondu présent à l’appel afin de présenter le film de Spencer Gordon Bennet. Pendant cinq petites minutes, le critique de cinéma, éditeur et directeur de la collection Rivages/Noir, rappelle qui est le réalisateur, avant d’évoquer tous les anachronismes et les grandes libertés (euphémisme) prises avec la véritable histoire et les personnages réels. S’il dit que La Levée des tomahawks demeure une curiosité, François Guérif insiste bien sur le fait que tous les événements évoqués dans le film sont faux.

De son côté, Parick Brion est plus magnanime avec le film (7’). On apprend que La Levée des tomahawks est un film inédit dans les salles françaises, mais qu’il a bénéficié d’une sortie en Belgique en double-programme. Après avoir rappelé quelques grands titres du western sortis en 1952, l’historien du cinéma parle du réalisateur Spencer Gordon Bennet, du casting du film et indique que La Levée des tomahawks est rare et s’estime très heureux de pouvoir le présenter aux spectateurs grâce à cette édition DVD.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos.

L’Image et le son

Le catalogue de Sidonis s’enrichit ainsi avec l’édition de La Levée des tomahawks, jusqu’alors inédit en France et se revêt d’un beau master (1.33, 16/9) restauré. La photo et les partis pris esthétiques originaux sont très bien conservés, les contrastes certes un peu légers et les couleurs parfois pastelles, mais le générique affiche d’emblée une stabilité bienvenue. La définition ne déçoit jamais, les poussières n’ont pas survécu au lifting numérique, hormis quelques points et tâches. Les scènes sombres et nocturnes sont logées à la même enseigne que les séquences diurnes, la profondeur de champ est appréciable, le grain cinéma est conservé même si certaines scènes apparaissent étrangement lisses et le piqué demeure vraiment agréable.

Que votre choix se porte sur la version originale (avec sous-titres français imposés) ou la version française, la restauration est également fort satisfaisante. Aucun souffle constaté sur les deux pistes, l’écoute est claire, frontale et riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont plus conséquents sur la version originale que sur la piste française, moins précise, mais le confort acoustique est assuré sur les deux options. Le changement de langue est verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Columbia Pictures / Captures du DVD :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Homme de nulle part, réalisé par Delmer Daves

L’HOMME DE NULLE PART (Jubal) réalisé par Delmer Daves, disponible en DVD et Blu-ray le 23 mars 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Glenn Ford, Ernest Borgnine, Rod Steiger, Valerie French, Felicia Farr, Basil Ruysdael, Charles Bronson, Jack Elam

Scénario : Russell S. Hughes, Delmer Daves

Photographie : Charles Lawton Jr.

Musique : David Raskin

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Sans monture, épuisé, Jubal Troop s’écroule sur un chemin. Il est recueilli par un rancher, Shep Horgan, qui lui propose bientôt de travailler pour lui. Shep se prend d’amitié pour Jubal qu’il nomme très vite régisseur de son domaine, au grand dam de Pinky, qui briguait le poste. Mae, la femme de Shep, se lasse de la vulgarité de son mari au contact de Jubal, dont la distinction et la réserve naturelle la séduisent. Lorsque des vagabonds s’installent sur les terres de Shep, Pinky tente de les chasser, mais Jubal leur permet de rester et s’éprend même de la fille de l’un d’eux, Naomi Hoktor…

C’est ce genre de film qui nous fait aimer le cinéma, qui nous passionne, nous donne chaud au coeur et nous évade loin du quotidien. L’Homme de nulle partJubal est un des chefs d’oeuvres réalisés par Delmer Daves (1904-1977), réalisateur souvent oublié et sous-estimé, qui a pourtant signé de nombreux classiques tels que Les Passagers de la nuit (1947) aka Dark Passage avec Humphrey Bogart, qui est resté célèbre pour son usage de la caméra subjective, La Flèche brisée (1950) le premier western pro-indien, et 3h10 pour Yuma (1957), superbe western adapté d’une nouvelle écrite par l’immense et prolifique écrivain Elmore Leonard parue en mars 1953. L’Homme de nulle part (1956), est la première des trois collaborations Delmer Daves – Glenn Ford.

Ce film placé sous haute-tension malgré sa quasi-absence d’action, repose sur la confrontation psychologique entre les comédiens, Glenn Ford donc, mais aussi Ernest Borgnine et Rod Steiger (tous deux venaient d’obtenir l’Oscar du meilleur acteur), le débutant Charles Bronson, sans oublier les rôles féminins tenus par Valerie French et Felicia Farr. Dans un magnifique Technicolor signé par le directeur de la photographie Charles Lawton Jr. (3h10 pour Yuma, La Dame de Shanghaï), sur un montage sec, une mise en scène d’une suprême élégance et son cadre léché, L’Homme de nulle part oscille entre le western proprement dit, le mélodrame, renforcé par la composition de David Raskin, et le film noir avec une vraie femme fatale placée au centre de l’intrigue, incarnée par la sublime Valerie French. Tourné dans les extraordinaires paysages du Wyoming filmés en Cinemascope, L’Homme de nulle part agit comme un étau qui resserre et enferme progressivement ses personnages au fil du récit.

A travers ce western flamboyant et intimiste, Delmer Daves évoque la solitude et les désirs frustrés avec les personnages de Mae, jeune femme aimée maladroitement et dégoûtée par Shep (Ernest Borgnine), homme bon, mais paillard et naïf, amoureux maladroit et balourd, également désirée par Pinky (Rod Steiger), homme violent et jaloux, qui voit d’un mauvais œil l’arrivée de Jubal (Glenn Ford) dans leur ranch. Ce dernier, petit garçon non désiré par sa mère, a été sauvé de la noyade par son père, ce dernier n’ayant pu en réchapper à son tour, happé par l’hélice d’un bateau. Tout cela devant les yeux d’une mère reprochant à Jubal de s’en être sorti indemne. Comme il le confie à Naomi (Felicia Farr), Jubal n’a depuis cessé de courir sans se retourner. C’est ainsi que le film s’ouvre, sur un homme à bout de forces, qui finit par s’écrouler, après un long marathon. D’où vient-il ? Où a-t-il appris à manier si habilement le revolver alors qu’il n’en porte pas sur lui ? A quoi essaye-t-il d’échapper ? Pourquoi dit-il être poursuivi par la malchance ? Nous n’en saurons que très peu sur ce personnage ambigu auquel on s’attache d’emblée grâce à l’intensité du jeu de Glenn Ford, monstre de charisme, qui trouve un des plus beaux rôles de sa longue et prolifique carrière.

Ce qui a toujours fait la force du cinéma de Delmer Daves, c’est son attachement aux personnages, masculins comme féminins, plutôt que le contexte et le genre, même s’il affectionnait tout particulièrement le western puisqu’il en a réalisé près d’une dizaine, y compris La Dernière Caravane et La Colline des potences. Oeuvre complexe, dramatique, psychologique, qui met en relief l’homme, ses contradictions, ses espoirs et la rédemption grâce à l’amour, L’Homme de nulle part est un vrai chef d’oeuvre intense et inaltérable.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de L’Homme de nulle part, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Pas moins de trois présentations au programme de cette édition !

On commence évidemment par la présentation la plus longue, la plus passionnée et passionnante, la plus complète, celle de Bertrand Tavernier (38′). Le cinéaste et historien du cinéma évoque la collaboration Glenn Ford – Delmer Daves sur trois films (qu’il compare à celle de James Stewart avec Anthony Mann), l’écriture de L’Homme de nulle part par Delmer Daves qui a rejeté la première mouture trop fidèle au roman de Paul Wellman. Les personnages et donc l’interprétation de chaque comédien sont passés en revue et Tavernier met en parallèle l’histoire de Jubal avec celle d’Othello de Shakespeare. On apprend également que Delmer Daves ne voulait pas de Rod Steiger dans le rôle de Pinky, mais Aldo Ray. Tavernier raconte ensuite quelques anecdotes de tournage, dont les difficultés de Delmer Daves face à la “méthode” chérie par Rod Steiger. Après avoir revu le film, notre interlocuteur avoue avoir reconsidéré Rod Steiger dans la peau de ce personnage. Le soin apporté par Delmer Daves aux petits détails, au décor, aux costumes, aux accessoires est ensuite loué par Bertrand Tavernier.

Après cet entretien, les deux suivants font ce qu’ils peuvent pour apporter de nouveaux éléments qui pourraient intéresser les spectateurs. Comme d’habitude, Patrick Brion (14′), commence par réaliser un petit tour d’horizon du western l’année où le film qui nous intéresse est sorti sur les écrans. Cette manie commence à devenir bien redondante, mais heureusement, nous arrivons à glaner quelques informations, notamment sur la fin de carrière de Delmer Daves, qui a consacré ses derniers films à des drames sur la jeunesse américaine. Comme bien souvent ces derniers temps, Patrick Brion évoque deux ou trois points “très intéressants” sans forcément les aborder et les approfondir, ce qui est un peu frustrant.

A l’instar de Bertrand Tavernier, Patrick Brion compare L’Homme de nulle part à Othello, argument que conteste François Guérif dans la troisième et dernière présentation du film de Delmer Daves (12′). En effet, pour lui, ce parallèle ne tient pas en raison du personnage de Mae, en contradiction avec celui de Desdémone. Mais François Guérif ne concentre pas son intervention sur cette comparaison et évoque également le jeu des comédiens (dont l’interprétation “décalée” de Rod Steiger), l’histoire du film et celle du roman original et explique que L’Homme de nulle part était l’un des films préférés de son auteur.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie d’affiches.

L’Image et le son

Sidonis Calysta édite L’Homme de nulle part en Blu-ray, dans une version restaurée. Dès le générique d’ouverture, la copie affiche une remarquable propreté. Si le grain est très prononcé sur certains arrière-plans qui s’accompagnent également de sensibles fourmillements, les couloirs ne déçoivent pas. Certaines séquences paraissent moins définies, mais le Technicolor est assez vif, la copie HD au format 1080p trouve un équilibre fort convenable jusqu’à la fin. Le piqué est appréciable, les contrastes bien gérés, même si quelques petits points subsistent. Le codec AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le cadre large n’est pas avare en détails. Hormis de menus décrochages sur les fondus enchaînés, L’Homme de nulle part n’a jamais paru aussi net et lumineux qu’à travers ce Blu-ray.

L’éditeur ne propose pas un inutile remixage 5.1, mais encode les versions anglaise et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, mais dont les voix paraissent bien confinées et peu ardentes, sans parler de la pauvreté des effets annexes. Elle n’arrive pas à la cheville de la version originale, évidemment plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr