Test Blu-ray / L’Invasion des profanateurs, réalisé par Philip Kaufman

L’INVASION DES PROFANATEURS (Invasion of the body snatchers) réalisé par Philip Kaufman, disponible en DVD et Blu-ray le 25 avril 2017 chez Rimini Editions

Acteurs : Donald Sutherland, Brooke Adams, Leonard Nimoy, Jeff Goldblum, Veronica Cartwright, Art Hindle, Kevin McCarthy, Don Siegel, Tom Luddy

Scénario : W.D. Richter d’après le roman de Jack Finney

Photographie : Michael Chapman

Musique : Denny Zeitlin

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Elizabeth s’aperçoit un jour du comportement étrange de son ami. Puis, peu à peu, d’autres personnes se transforment ainsi bizarrement. Pendant leur sommeil, une plante fabrique leur double parfait, tandis que l’original disparaît.

L’Invasion des profanateursInvasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman est bien plus qu’un simple remake du film culte réalisé par Don Siegel en 1956. C’est une fabuleuse relecture du livre original de Jack Finney paru en 1955 (mais publié en 1977 en France sous le titre Graines d’épouvante) qui s’inscrit dans le cinéma hollywoodien des années 1970 placé sous le signe de la paranoïa. De mystérieuses particules venues de l’espace arrivent sur la Terre. A San Francisco, Elizabeth Driscoll (Brooke Adams) cueille une fleur étrange sur un arbre de son quartier et tente de l’identifier, en vain. Intriguée, elle s’en ouvre à son compagnon, sans réussir à éveiller son intérêt. De plus en plus inquiète, Elizabeth se confie à Matthew Bennell (Donald Sutherland), son collègue de bureau au ministère de la Santé. Plus tard, lors d’une réception, Jack (Jeff Goldblum), un ami de Matthew, décide de rentrer chez lui se reposer. Quelques heures après, son épouse constate avec un légitime effroi qu’il s’est transformé en une énorme «cosse», semblable à un embryon.

Près de 40 ans après sa sortie, L’Invasion des profanateurs demeure une référence de la science-fiction. Anxiogène, sombre, le film malmène son audience du début à la fin. Le dénouement aura traumatisé plus d’un spectateur et fait toujours son effet, y compris sur celles et ceux qui connaissent pourtant l’épilogue du film. En transposant ce récit à San Francisco, le réalisateur Philip Kaufman, qui avait auparavant signé en 1972 La Légende de Jesse James avec Cliff Robertson et Robert Duvall (qui fait ici un étrange caméo au début du film dans le rôle du prêtre sur la balançoire), ainsi que le scénario de Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood en 1976, étend la folie et le danger de son invasion éponyme. Paradoxalement, cela renforce l’enfermement des personnages qui tentent de s’échapper. Cette ville extraordinaire et l’une des plus belles filmées au cinéma, s’apparente alors à un terrain de jeu dangereux, où les derniers êtres humains doivent fuir dans des rues souvent désertées. La tension est maintenue tout du long, l’attachement envers les personnages est trouble puisque chacun peut avoir été « répliqué » à un moment ou à un autre.

Le scénario de W.D. Richter, futur réalisateur des Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension (1984) et scénariste des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin de John Carpenter (1986) est un bijou et réserve son lot de surprises. Du point de vue technique, outre la virtuosité de Philip Kaufman et la grande réussite des effets visuels, la photographie de Michael Chapman, l’un des plus grands chefs opérateurs de l’histoire du cinéma (Taxi Driver, Raging Bull, Le Fugitif), renforce cette impression de claustration qui se resserre à mesure que les personnages se voient obliger de courir sans cesse pour échapper aux griffes des envahisseurs. N’oublions pas la partition de Denny Zeitlin, la seule incursion au cinéma du compositeur, qui donne des frissons et envoûte toujours les spectateurs. Evidemment, nous retenons aussi et surtout la performance de comédiens immenses, dominés par un Donald Sutherland en état de grâce et qui passait de grands films en grands rôles, de M*A*S*H de Robert Altman, en passant par Klute d’Alan J. Pakula, Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg, 1900 de Bernardo Bertolucci ou bien encore Le Casanova de Fellini de Federico Fellini. Cependant, sa prestation n’éclipse jamais celle de ses partenaires, notamment une Brooke Adams intrigante et débarquant des Moissons du ciel de Terrence Malick, un Jeff Goldblum âgé de 25 ans et déjà pince-sans-rire, une Veronica Cartwright affrontait déjà des aliens avant celui de Ridley Scott, et surtout un Leonard Nimoy froid comme la glace, qui impressionne à chaque regard ou réplique. Deux apparitions de premier choix sont également au programme, celle de Don Siegel en personne, dans le rôle d’un chauffeur de taxi ambigu, et celle de Kevin McCarthy, premier rôle du film original, qui fait ici le lien avec L’Invasion des profanateurs de sépultures.

A la fois thriller, film d’horreur et de science-fiction, L’Invasion des profanateurs est aussi un film politique angoissant et redoutablement pessimiste, parfait reflet d’une Amérique post-Watergate, en manque de repère et livrée à elle-même, alors que le Siegel reflétait plutôt la peur héritée du maccarthysme. Les derniers êtres humains sont ici les derniers représentants de l’individualité et du libre-arbitre, qui doivent lutter pour préserver ce qu’il leur reste de plus cher, pour ne pas être dupliqué et remplacé par un être programmé, sans haine et sans amour, né dans une cosse, métaphore de la standardisation. Après cette fabuleuse adaptation, Abel Ferrara y reviendra en 1993 avec Body Snatchers, ainsi qu’Oliver Hirschbiegel en 2007 avec Daniel Craig et Nicole Kidman dans Invasion. Les profanateurs feront sûrement leur retour un jour ou l’autre…

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de L’Invasion des profanateurs, disponible chez Rimini Editions, repose dans boîtier classique de couleur noire. Le visuel de la jaquette est très élégant, jouant sur la duplicité du personnage joué par Donald Sutherland. Le menu principal est animé et musical. L’éditeur joint également un livret de 12 pages rédigé par Pascal Montéville et intitulé Invasion(s), que nous retrouvons au cours d’un des suppléments détaillés ci-dessous.

Nous commençons cette large interactivité par l’entretien avec Brooke Adams (9’-2016). Chaleureuse, drôle et visiblement ravie de partager ses souvenirs liés au tournage de L’Invasion des profanateurs, la comédienne entame cette interview en indiquant qu’elle ne connaissait pas le film de Don Siegel. La rencontre et le travail avec Philip Kaufman, la scène de nu, la psychologie des personnages, la collaboration avec ses partenaires de jeu, la photographie de Michael Chapman, Brooke Adams aborde tous ces sujets, sans oublier de nous refaire son « truc avec les yeux » qui a marqué tant de spectateurs.

Dans un module réalisé en 2007, le scénariste W.D. Richter, le réalisateur Philip Kaufman, le directeur de la photographie Michael Chapman, les comédiens Donald Sutherland et Veronica Cartwright reviennent à leur tour sur leur adaptation du livre de Jack Finney (15’). Ces intervenants mentionnent les thèmes du film, les partis pris, les différences avec le film de Don Siegel, le tournage à San Francisco et la surprise de la scène finale.

Ne manquez pas le segment intitulé Une invasion signée Jack Finney (28’), qui donne la parole à Pascal Montéville, enseignant en Sciences Politiques à School Year Abroad de Rennes et qui propose un formidable comparatif entre les films de Don Siegel et Philip Kaufman, mais également des films avec le roman original de Jack Finney, tout en évoquant rapidement les deux adaptations suivantes. Notre interlocuteur passe en revue les thèmes du livre et la façon dont les réalisateurs ont su chacun refléter le climat politique et social de leur époque. Vous en saurez beaucoup plus sur la publication de ce roman qui a su marquer l’histoire de la science-fiction des années 1950. Enfin, Pascal Montéville donne également son point de vue sur le film qui nous intéresse.

Les suppléments suivants sont uniquement disponibles sur l’édition Blu-ray :

On passe à l’interview du comédien canadien Art Hindle, l’interprète du Dr. Geoffrey Howell dans L’Invasion des profanateurs (25’). Aujourd’hui paumé dans les séries B et Z au cinéma et à la télévision, Art Hindle ne cache pas son enthousiasme à évoquer sa participation au film de Philip Kaufman, tout en rappelant qu’il avait également participé au classique Black Christmas (1974) de Bob Clark puis juste après dans Chromosome 3 de David Cronenberg (1979). Très attachant l’acteur parle de son amour pour la science-fiction depuis son enfance et se souvient également que sa mère cinéphile l’avait emmené voir la version de Don Siegel au cinéma. A son tour, Art Hindle aborde le travail avec Philip Kaufman, sa découverte du scénario, les partis pris, le travail du chef opérateur, son personnage, ses partenaires (avec un « Leonard Nimoy merveilleux », une « Brooke Adams formidable» et un « Donald Sutherland froid, distant et un peu dédaigneux »), tout en avouant que L’Invasion des profanateurs est le film sur lequel il a préféré travailler.

C’est ensuite au tour du scénariste W.D. Richter de se pencher sur son travail (16’). Comment transposer le roman original, sans copier le travail déjà effectué par Don Siegel dans sa version du livre de Jack Finney ? Comment le tournage s’est-il déroulé ? W.D. Richter répond à ces questions, tout en avouant que le script était modifié en permanence. Les thèmes, mais aussi les effets visuels, le choix des comédiens, l’apparition de Don Siegel et de Kevin McCarthy, ainsi que la fin tenue secrète jusqu’au dernier moment, y compris pour les acteurs, sont également passés au peigne fin.

Dernier bonus tout aussi indispensable de cette édition HD, celui de la rencontre avec le compositeur Denny Zeitlin (15’). Chose rare dans l’histoire du cinéma, notre interlocuteur, enseignant en psychanalyse n’a composé qu’une seule partition, celle de L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman ! L’intéressé explique comment il est arrivé sur ce projet et comment il a relevé le défi d’écrire la musique du film qui nous intéresse. S’il se dit toujours très fier d’avoir participé à L’Invasion des profanateurs, Denny Zeitlin revient sur la difficulté de cette tâche à laquelle il consacrait entre 18 à 22 heures par jour pendant 10 semaines. Ce documentaire se clôt sur une petite démo au piano, tandis que Denny Zeitlin indique avoir reçu de nombreuses propositions à la sortie du film, mais qu’il a poliment décliné pour se consacrer à sa véritable vie professionnelle.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce. Un très grand merci à Rimini Editions !

L’Image et le son

L’éditeur nous permet de redécouvrir L’Invasion des profanateurs dans de belles conditions techniques, même si les partis pris esthétiques du chef opérateur Michael Chapman, donnent constamment du fil à retordre au codec AVC. Quelques séquences nocturnes demeurent altérées avec des noirs poreux virant au bleu, une baisse de la définition avec des plans flous, un grain plus hasardeux et une gestion des contrastes déséquilibrée. En dépit de diverses scènes à la définition aléatoire et de sensibles fourmillements, la propreté est indéniable et le dépoussiérage conséquent, la copie demeure très appréciable, et l’apport HD (1080p) est loin d’être négligeable. Les séquences diurnes lumineuses sont bien restituées avec parfois un halo de lumière vaporeux fort plaisant. On découvre aussi un lot de détails inédits qui flatte la rétine, d’autant que le cadre est stable et superbement exploité.

Malgré ce qui est mentionné sur la jaquette, point de piste anglaise en 5.1 ! La version originale bénéficie d’un mixage Stéréo qui instaure un confort acoustique convaincant. Cette option séduisante permet à la composition enivrante de Denny Zeitlin de s’étendre convenablement afin de mieux plonger le spectateur dans l’atmosphère du film. Les effets annexes ne tombent jamais dans la gratuité ni dans l’artificialité. De plus, les dialogues ne sont jamais noyés, bien qu’ils auraient pu être un poil plus relevés. Même chose pour la balance frontale, qui assure correctement le spectacle, même si l’on pouvait cependant espérer un ensemble plus riche et dynamique. Les fans de la version française devront se contenter d’une piste mono qui fait ce qu’elle peut pour imposer ses ambiances, les dialogues et la musique. Dommage que les sous-titres français soient imposés sur la version originale. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel. Dans les deux cas, aucun souffle constaté.

Crédits images : © Rimini Editions / MGM / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Mécanique de l’ombre, réalisé par Thomas Kruithof

LA MÉCANIQUE DE L’OMBRE réalisé par Thomas Kruithof, disponible en DVD et Blu-ray le 17 mai 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila, Simon Abkarian, Alba Rohrwacher, Philippe Resimont

Scénario : Thomas Kruithof, Yann Gozlan

Photographie : Alex Lamarque

Musique : Grégoire Auger

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Deux ans après un burn-out, Duval, au chômage, se voit contacter par un mystérieux employeur pour retranscrire des écoutes téléphoniques. Aux abois financièrement, il accepte sans poser de questions sur la finalité de cette organisation. Ce travail simple, s’il lui permet de reprendre pied dans sa vie, va néanmoins le placer très vite au cœur d’un complot politique et le plonger malgré lui dans le monde impitoyable des services secrets.

Comme chaque année ou presque, le nouveau François Cluzet arrive dans les salles. Et c’est un peu comme le Beaujolais nouveau. On sait quelle couleur ça a, que ça n’a jamais le goût de vin, que c’est parfois amer en bouche ou au contraire trop doux, que ça peut donner des brûlures d’estomac à force d’en abuser, mais on y goûte quand même pour voir la qualité de ce nouveau cru. C’est encore une fois pareil pour La Mécanique de l’ombre, premier long métrage de Thomas Kruithof après un court intitulé Rétention. Il y a de bonnes choses dans ce film, notamment un Denis Podalydès froid comme la glace et qu’on a rarement vu comme ça. Mais il y a aussi de mauvais points, qui finissent par peser dans la balance.

Duval sort de deux ans d’inactivité. Après une grosse dépression, l’homme s’est retrouvé au chômage, sans parvenir à sortir la tête de l’eau. Aussi, quand il est contacté par un mystérieux homme d’affaires, accepte-t-il immédiatement sa proposition : retranscrire, contre une belle rémunération, des écoutes téléphoniques. Mais Duval, qui ne s’était pas posé beaucoup de questions sur la finalité de sa mission, comprend bientôt que celle-ci le place au cœur d’un inquiétant complot politique. La Mécanique de l’ombre, c’est le croisement entre Conversation secrète de Francis Ford Coppola et l’univers de John le Carré. Ce thriller s’inspire librement de plusieurs crises ou complots, avérés ou supposés, qui ont eu lieu en France ces trente dernières années : la crise des otages du Liban dans les années 80, les carnets de Ziad Takieddine ou encore le soupçon d’instrumentalisation des services secrets à des fins politiques qui flotte dans l’actualité du pays. Sur la thématique de la paranoïa, Thomas Kruithof emprunte également aux films d’espionnage, notamment ceux dont les récits se situent durant la Guerre Froide.

Si son film est réussi sur la forme avec une photographie quasi-monochrome du chef opérateur Alex Lamarque (Sheitan, Les Seigneurs), le fond reste malheureusement creux et l’interprétation figée, neurasthénique, avec un François Cluzet complètement éteint qui murmure ses répliques. On a même parfois l’impression qu’il s’endort au milieu d’une phrase. Sami Bouajila traverse le film les mains dans les poches et la mâchoire serrée, Simon Abkarian s’en sort bien, tandis que la géniale Alba Rohrwacher ne sert à rien, tout juste de remplissage entre deux scènes où Cluzet tape à la machine à écrire ou sur sa cafetière pour faire du café, tout en gardant la même expression fermée du début à la fin, sans jamais inspirer l’empathie. Thomas Kruithof compose de jolis cadres et l’esthétique est léchée, mais pour rien. On s’ennuie, beaucoup, dès le premier acte et rien ne rattrapera le coup. On ne croit pas une seule seconde aux rebondissements ou à cette histoire d’homme ordinaire plongé malgré lui dans une histoire extraordinaire, au sein même des coulisses du pouvoir politique et des services secrets. Aucune tension, la mécanique du titre tourne à vide et a finalement raison de notre patience, surtout que le film ne va pas en s’arrangeant, jusqu’à un dénouement complètement raté. Un pétard mouillé, une camomille coupée au Lexomil.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Mécanique de l’ombre, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé, sobre et musical.

Si le film laisse perplexe, l’entretien avec le réalisateur Thomas Kruithof s’avère absolument passionnant (34’). Ce dernier ne manque pas d’arguments pour présenter et défendre son film sous tous les angles. Nous nous en étions rendu compte avant d’écouter cette interview, Conversation secrète de Francis Ford Coppola est son film de chevet. Thomas Kruithof aborde ensuite la genèse de La Mécanique de l’ombre, les thèmes du film (la lutte d’un homme contre le système), l’évolution du scénario, les références littéraires (John le Carré, Ian Fleming), le casting, le travail avec les comédiens, les partis pris (les couleurs, les décors, la photographie) et ses intentions, sans oublier la collaboration avec le compositeur Grégoire Auger. En toute honnêteté cette présentation nous donne envie de revoir le film pour, peut-être, le reconsidérer.

M6 Vidéo nous permet également de découvrir le court-métrage Rétention, réalisé par Thomas Kruithof en 2012 (15’). Un centre de rétention en France. Mathilde (Anne Azoulay) bataille chaque jour pour défendre les droits d’étrangers qui y sont enfermés. Arrive Yuri (Miglen Mirtchev), ukrainien sans papiers. Commence alors une course contre la montre pour Mathilde, qui va tenter d’empêcher son expulsion. Un film tendu, quasi-documentaire et coup de poing.

L’Image et le son

Bien que le film soit passé relativement inaperçu dans les salles, M6 Vidéo prend soin du thriller de Thomas Kruithof et livre un master HD au format 1080p, irréprochable et au transfert immaculé. Respectueux des volontés artistiques originales, la copie se révèle un petit bijou technique alliant des teintes chaudes, ambrées et dorées (les scènes dans le bar et chez Clément), puis plus monochrome et métallique le reste du temps, le tout étant soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, la colorimétrie est joliment laquée, le relief omniprésent et les détails foisonnants sur le cadre large. Un service après-vente remarquable.

Le spectateur a le choix entre les pistes DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. Notre préférence va pour la première qui instaure un confort acoustique percutant, une spatialisation musicale convaincante et des effets latéraux probants. Les ambiances naturelles sont présentes, la balance frontale est toujours dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. La piste stéréo est évidemment plus plate, mais riche et remarquablement équilibrée.

L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Océan Films / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Incarnate, réalisé par Brad Peyton

INCARNATE réalisé par Brad Peyton, disponible en DVD et Blu-ray le 26 avril 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Aaron Eckhart, Carice van Houten, Catalina Sandino Moreno, David Mazouz, Keir O’Donnell, Matt Nable

Scénario : Ronnie Christensen

Photographie : Dana Gonzales

Musique : Andrew Lockington

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Lindsay, mère célibataire, est le témoin de très inquiétants phénomènes entourant son fils de 11 ans Cameron. Persuadée qu’il s’agit d’un cas de possession démoniaque, Lindsay et une envoyée du Vatican font appel au scientifique Seth Ember pour s’en débarrasser. Cloué dans une chaise roulante après la disparition tragique de sa famille, il est capable de s’introduire dans le subconscient de la personne possédée. En pénétrant celui du jeune Cameron, Ember se retrouve confronté à un démon de son passé…

Agé d’à peine 50 ans, Jason Blum a déjà produit plus de 115 films en passant allègrement d’un genre à l’autre comme à la bonne époque de la Cannon, du petit film de genre fauché au film indépendant. S’il a commencé sa carrière en 1995, c’est en 2009 que Blumhouse Productions prend son envol avec le triomphe inattendu de Paranormal Activity. Produit pour 13.500 dollars, le film en rapporte près de 200 millions dans le monde ! Depuis, Jason Blum n’aura de cesse de reprendre la même recette. Un budget souvent dérisoire, la plupart du temps autour de 5 millions de dollars, afin de maximiser le retour de billets verts à travers le monde, tout en créant des franchises avec des épisodes récurrents tombant à point nommé pour Halloween. A côté des cinq épisodes Paranormal Activity, Jason Blum a également produit en vrac The Reader de Stephen Daldry (Oscar de la meilleure actrice pour Kate Winslet), les deux Sinister, la trilogie Insidious, Des hommes sans loi de John Hillcoat, The Lords of Salem de Rob Zombie, The Bay de Barry Levinson, Whiplash de Damien Chazelle, la trilogie American Nightmare, The Green Inferno d’Eli Roth, sans oublier The Visit et Split de M. Night Shyamalan ! Si Jason Blum a de la suite dans les idées, dans tous les sens du terme avec un quatrième épisode pour American Nightmare et Insidious, le producteur prolifique et inclassable a su également attirer des acteurs de renom dans ses derniers films. L’un des derniers en date est Incarnate.

A la barre de ce petit film d’épouvante au budget modeste, on trouve le réalisateur Brad Peyton, un « faiseur » honnête qui compte quelques succès commerciaux à son actif comme les sympathiques Comme chiens et chats: La revanche de Kitty Galore, Voyage au centre de la Terre 2: L’île mystérieuse et dernièrement San Andreas avec Dwayne Johnson et Alexandra Daddario. Il bénéficie également de têtes d’affiche prestigieuses avec Aaron Eckhart, Carice van Houten et Catalina Sandino Moreno. Malheureusement, le scénario est signé Ronnie Christensen, coupable de grosses séries B, ou plutôt de séries Z du style Instinct mortel – Menace terroriste, Le Mur du secret avec Nicole Eggert, le très mauvais Les Passagers de Rodrigo García avec Anne Hathaway et Patrick Wilson ou le « fameux » Dark Tide avec Halle Berry et Olivier Martinez. Le scénariste ne se gêne pas pour piller ses idées à droite à gauche, sur Constantine de Francis Lawrence, Inception de Christopher Nolan, qui s’était déjà bien servi sur Le Monde sur le fil de Fassbinder, mais aussi directement dans les productions Bloom, notamment Insidious.

Rien, absolument rien ne fonctionne dans Incarnate, thriller horrifique de bas étage, resucée sans imagination de tous les films de genre sortis depuis plus de dix ans. Aaron Eckhart semble être le seul à croire à cette sempiternelle histoire de gamin possédé par un être diabolique. Son personnage Seth Ember est cloué dans une chaise roulante suite à la mort de sa famille. Scientifique aidé par deux comparses, il est appelé par le Vatican pour exorciser un petit garçon. Le docteur est un « Incarné », capable de s’introduire dans le subconscient des personnes possédées pour chasser leurs démons. Il découvre que l’enfant (David Mazouz, le jeune Bruce Wayne de la série Gotham) qu’il doit exorciser est habité par le démon (qu’il doit « expulser ») responsable de la mort de sa femme et de son enfant quelques années auparavant. L’affaire devient alors personnelle et Ember est cette fois prêt à y laisser sa vie pour ramener le garçon à la raison, mais surtout à chasser et tuer définitivement l’entité maléfique.

Sur la forme, Incarnate est correct. Le film – tourné en trois semaines – se passe principalement de nuit, la photographie de Dana Gonzales (les séries Legion et Fargo) est soignée et la mise en scène passe-partout est correcte, même si Peyton ne fait rien pour insuffler du suspense ou une réelle tension. Ce qui coince c’est au niveau du scénario qui cumule les poncifs du genre, tout est usé et archi-usé, prévisible, sans aucune surprise, y compris le twist final qui peut même se deviner dès le début du film. La talentueuse et divine Carice van Houten n’a rien à défendre dans le rôle de la mère dépassée par les événements et se contente de rouler des yeux en regardant son fils assis en tailleur, en train de psalmodier, sur les images provenant des caméras de surveillance. Aaron Eckhart qui s’est fait la tronche de Sean Bean fait le boulot dans le rôle de Leonardo DiCaprio et de Keanu Reeves ce mec porté sur la bibine, mais qui reste professionnel pour entrer dans les rêves des gens, surtout qu’il y apparaît beaucoup plus classe et sur ses deux jambes. Mais cela ne sauve en rien Incarnate du marasme.

On ne sait pas si Bloom tient ici une nouvelle franchise, on espère que non, toujours est-il qu’il semble désormais pourvu lui aussi du désormais célèbre générateur de scénarios aléatoires de Luc Besson version Mozinor.

LE BLU-RAY

Incarnate est un DTV disponible chez Wild Side Video. Le test du Blu-ray a été effectué à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’interactivité ne va pas aider à relever le niveau du film puisque l’éditeur ne fournit qu’un lot de bandes-annonces et les credits du disque.

L’Image et le son

Comme pour ses sorties traditionnelles, Wild Side Video soigne autant le transfert de ce Direct-to-Video qu’un blockbuster. Ce master HD (1080p, AVC) d’Incarnate ne déçoit pas et se révèle même superbe. Le piqué et le relief sont acérés tout du long et permet d’apprécier les visages des comédiens, le cadre large offre un lot confondant de détails y compris sur les très nombreuses scènes sombres et la belle photographie de Dana Gonzales marquée par des teintes alliant le chaud et le froid est habilement restituée. Evidemment, la copie est d’une propreté immaculée, les contrastes sont denses. Les meilleures conditions techniques sont réunies et la définition est exemplaire.

Vous pouvez compter sur les mixages DTS-HD Master Audio 5.1 anglais et français pour vous plonger dans l’ambiance du film, bien que l’action demeure souvent réduite. La bande originale est la mieux lotie. Toutes les enceintes sont exploitées, les voix sont très imposantes sur la centrale et se lient à merveille avec la balance frontale, riche et dense, ainsi que les enceintes latérales qui distillent quelques effets étonnants qui vous feront sursauter. Le caisson de basses se mêle également à la partie, notamment lors de l’affrontement final. Notons que la version originale l’emporte sur la piste française, se révèle plus naturelle et homogène, y compris du point de vue de la spatialisation musicale. Les sous-titres français sont imposés sur la piste anglaise et le changement de langue impossible à la volée.

Crédits images : © Wild Side / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Vengeance, réalisé par Johnny Martin

VENGEANCE (Vengeance : A Love Story) réalisé par Johnny Martin, disponible en DVD et Blu-ray le 26 avril 2017 chez Marco Polo production

Acteurs : Nicolas Cage, Don Johnson, Deborah Kara Unger, Anna Hutchison, Emily Sandifer, Talitha Bateman

Scénario : John Mankiewicz, Scott Windhauser, d’après le roman de Joyce Carol Oates, Rape: A Love Story

Photographie : David Stragmeister

Musique : Frederik Wiedmann

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Un soir de fête nationale, après une soirée chez des amis, Teena et sa fille Bethie traversent le parc pour rentrer chez elles. Quatre hommes drogués les agressent, Bethie parvient à se cacher mais entend sa mère se faire agresser. Teena laissée pour morte, la fillette s’enfuit et croise l’inspecteur Dromoor et son coéquipier. Reconnus par Bethie, les agresseurs sont arrêtés puis jugés. Mais lors du procès, un avocat véreux, payé par la famille des malfrats, obtient leur libération en salissant la réputation de Teena. Pour Dromoor, justice n’est pas encore faite…

Lors de l’hommage qui lui était rendu au Festival du cinéma américain de Deauville en 2013, Nicolas Cage avait promis qu’on ne le reprendrait plus à jouer dans des films de seconde zone. Malheureusement, les grandes réussites de Joe et de Suspect n’étaient que la partie émergée de l’iceberg qui se profilait à l’horizon. Depuis ces deux excellents crus, le comédien qui tourne plus vite que son ombre a joué dans 18 films. Oui, c’est sans doute incroyable mais c’est vrai. Dans cette liste, nous sauverons La Sentinelle de Paul Schrader, même si le cinéaste l’a renié pour cause de différends avec le studio LionsGate, The Runner d’Austin Stark, Le Casse des frères Brewer, Dog Eat Dog également de Paul Schrader, Snowden d’Oliver Stone dans lequel le comédien fait une petite participation, USS Indianapolis de Mario Van Peebles. A l’heure où cet article est rédigé, Nicolas Cage a déjà tourné sept autres longs métrages dont cinq ne sont pas encore sortis. Autant dire que l’acteur n’a pas chômé, en raison de grands problèmes d’argent, de problèmes avec le fisc, d’un comptable véreux, d’un divorce difficile, anyway, Nicolas Cage est obligé de tourner et dans le lot, forcément, certains films s’avèrent particulièrement mauvais.

Nous ne reviendrons pas sur Tokarev et Le Chaos, qui marquent vraiment le fond du gouffre de la filmographie de Nicolas Cage, qui compte bientôt 100 films, mais malheureusement, l’oeuvre qui nous intéresse ici, Vengeance : A Love Story, rebaptisé Vengeance dans nos contrées pour sa sortie dans les bacs (sans passage par la case cinéma) est complètement anecdotique. Réalisé par un certain Johnny Martin, qui a oeuvré comme cascadeur sur plus de 160 films et en tant que responsable de la deuxième équipe (notamment sur Hell Driver, Tokarev et USS Indianapolis), Vengeance rappelle quelques films de la Cannon qui avait fait un pont d’or à Charles Bronson avec Un justicier dans la ville 2 (1982) avant les pires suites (mais merveilleux nanars) à venir. Vengeance est l’adaptation du roman de Joyce Carol Oates, Rape : A Love Story, publié en 2003 en France sous le titre Viol : une histoire d’amour.

Dans Vengeance, Nicolas Cage interprète un flic (bah voyons), veuf, fatigué, héros de sa petite bourgade, qui n’a plus que son boulot depuis que sa femme est morte. Vétéran de la Guerre du Golfe, ses exploits publiés dans les journaux sont affichés au comptoir du bar qu’il fréquente tous les soirs. Alors qu’il vient de perdre son coéquipier au cours d’une arrestation qui a mal tourné, ce flic prénommé John, rencontre Teena, une jeune femme avec qui le courant passe très bien. Mais quelque temps après, Teena est victime d’une agression par quatre mecs bourrés, qui la frappent et la violent devant les yeux de sa fille Bethie. Alors que Teena gît inconsciente, Bethie parvient à s’échapper et à prévenir la police. John arrive sur les lieux du drame. Teena s’en sort miraculeusement. De son côté, Bethie identifie les agresseurs qui sont rapidement arrêtés. Le procès démarre, les quatre désignés coupables sont défendus par un ténor du barreau, maître Jay Kirkpatrick (Don Johnson, la classe), visiblement ami du juge chargé de l’affaire. Tout est organisé pour que Teena n’obtienne pas de gain de cause. Excédé par cette parodie de justice, John décide de régler cette histoire à sa façon. Il va éliminer un par un les quatre responsables de l’agression de Teena et n’hésitera pas à violer la loi qu’il a toujours tenu à faire respecter.

Résumer ainsi Vengeance pourrait faire croire que le personnage de Nicolas Cage est omniprésent, ce qui n’est pas le cas. En réalité, le comédien fait comme qui dirait une participation et revient de manière sporadique après un début plutôt sympa et old-school. Après, l’histoire se focalise surtout sur les personnages de Teena et de sa fille Bethie, bien interprétées par Anna Hutchison (La Cabane dans les bois) et Talitha Bateman (La 5ème vague), sans oublier Deborah Kara Unger, défigurée par la chirurgie plastique, qui interprète le rôle de la mère de Teena, et qui paraît presque plus jeune que la comédienne qui joue sa fille. Nicolas Cage n’oublie de faire quelques apparitions, heureusement d’ailleurs, mais il faut vraiment attendre le dernier tiers pour le voir passer à l’action, prendre la pétoire pour jouer les justiciers, sans sourciller ni être décoiffé. Heureusement, Vengeance, écrit par John Mankiewicz, créateur de la série House of Cards, produit par Harold Becker (Mélodie pour un meurtre) n’est pas aussi mauvais que Tokarev, c’est juste que l’ensemble fait penser à un téléfilm de deuxième partie de soirée.

Nicolas Cage, longtemps pressenti pour réaliser également le film, traverse cette histoire en ayant l’air de penser au salaire qu’il touchera à la fin du tournage pour pouvoir payer ses dettes. Ce qui ne l’empêche pas de se montrer très bon dans deux ou trois scènes dramatiques, d’autant plus que son personnage s’exprime peu. Mais cela ne sauve malheureusement pas Vengeance de l’ennui.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Vengeance, disponible chez Marco Polo Production, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et muet. Le visuel de la jaquette se concentre sur Nicolas Cage et saura attirer l’oeil de ses admirateurs les plus fervents. Il y en a encore. Aucun supplément.

L’Image et le son

Ce DTV est proposé en HD dans un format 1080p. Si l’on est d’abord séduit par le rendu de la colorimétrie, force est de constater que la définition chancelle à plusieurs reprises, malgré une luminosité plaisante et un piqué somme toute mordant et acéré. Les détails sont agréables, le rendu des visages impressionne. C’est d’ailleurs là qu’on se rend compte à quel point Nicolas Cage paraît bouffi et l’image est parfois si précise que nous parvenons à distinguer les raccords capillaires du comédien. Le codec AVC tente de consolider certains plans caméra à l’épaule, surtout sur les séquences plus agitées, avec parfois un peu de difficulté. La profondeur de champ est souvent décevante, quelques sensibles fourmillements s’invitent à la partie, la gestion des contrastes étant au final aléatoire. Toutefois, certains plans sortent aisément du lot avec un relief et une texture indéniables.

Du côté acoustique, les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 créent un espace d’écoute suffisamment plaisant en faisant la part belle à la musique et à quelques effets latéraux. Des ambiances naturelles percent les enceintes arrière sans se forcer mais avec une efficacité chronique. Le doublage français est convaincant et que les fans soient rassurés, Dominique Collignon-Maurin prête sa voix cette fois encore à Nicolas Cage, tout comme Patrick Poivey qui double Don Johnson. Les sous-titres français sont imposés et le changement de langue impossible pendant le visionnage nécessite le recours au menu pop-up.

Crédits images : © Marco Polo Production / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Dog Eat Dog, réalisé par Paul Schrader

DOG EAT DOG réalisé par Paul Schrader, disponible en DVD et Blu-ray le 21 avril 2017 chez Métropolitan Vidéo

Acteurs : Nicolas Cage, Willem Dafoe, Christopher Matthew Cook, Omar J. Dorsey, Louisa Krause, Melissa Bolona, Reynaldo Gallegos

Scénario : Matthew Wilder, d’après le roman d’ Edward Bunker Les Hommes de proie (Dog Eat Dog)

Photographie : Alexander Dynan

Musique : Deantoni Parks

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Lorsque trois ex-détenus désespérés se voient offrir un boulot par un chef de la mafia mexicaine, ils savent qu’ils feraient mieux de refuser, mais l’appât du gain les empêche de tourner les talons.
Tout ce qu’ils ont à faire est de kidnapper l’enfant d’un homme qui cherche à mettre le chef de la mafia sur la touche. Le rapt tourne mal lorsque les ravisseurs sont forcés de tuer un intrus inattendu et aussi dangereux mort que vif.
Désormais indésirables dans le milieu, les trois ex-détenus deviennent les fugitifs les plus recherchés.
Chacun d’eux s’est juré de ne jamais retourner en prison et pour ça ils sont prêts à tout.

Même si le film était réussi et que le montage que nous avions découvert en 2015 ne nous paraissait pas “charcuté”, La Sentinelle, réalisé par Paul Schrader, avec Nicolas Cage et Anton Yelchin avait été renié par le cinéaste. En octobre 2014, quelques semaines avant la sortie du film, Paul Schrader, ses deux comédiens principaux ainsi que le producteur Nicolas Winding Refn appelaient tout simplement au boycott de La Sentinelle. Pour quel motif ? Le Studio Lionsgate a purement et simplement retiré le film des mains du réalisateur, le montage original a été dénaturé du début à la fin, mis en musique et mixé sans demander l’avis de Paul Schrader. Depuis cette mésaventure, ce dernier cherchait une nouvelle histoire afin de retravailler avec Nicolas Cage, tout en bénéficiant cette foisci du final cut.

Voulant renouer avec le thriller, Paul Schrader a jeté son dévolu sur un roman du célèbre écrivain Edward Bunker, ancien taulard et plus jeune détenu de la prison de Saint Quentin aux Etats-Unis, qui s’est spécialisé dans les romans policiers. Ses oeuvres Aucune bête aussi féroce et La Bête contre les murs ont été adaptées au cinéma, le premier en 1978 par Ulu Grosbard, avec Dustin Hoffman et Theresa Russell, le second en 2000 par Steve Buscemi, avec Willem Dafoe, Edward Furlong et Danny Trejo. Dog Eat Dog est la transposition du roman éponyme, publié en France en 2000 sous le titre Les Hommes de proie. Le récit se concentre sur trois ex-détenus fauchés, Troy (Nicolas Cage), Mad Dog (Willem Dafoe) et Diesel (Christopher Matthew Cook) qui viennent de sortir de prison et qui se voient offrir un job par un chef mafieux mexicain, El Greco (Paul Schrader lui-même). Bien qu’ils sachent qu’ils devraient mieux décliner la proposition, ils cèdent à l’appât du gain. Ils doivent kidnapper l’enfant de l’homme voulant arrêter le chef de la mafia sur la touche. Mais cela tourne mal lorsqu’ils tuent quelqu’un. Ils deviennent alors les fugitifs les plus recherchés. Ils sont par ailleurs déterminés à ne jamais retourner en prison.

Nous sommes en pleine série B de luxe. Dog Eat Dog a été tourné dans le but d’oublier la mauvaise expérience de La Sentinelle et on sent Paul Schrader heureux de pouvoir faire enfin ce dont il a envie. Il faut dire qu’il est épaulé par trois acteurs en très grande forme, qui prennent visiblement beaucoup de plaisir à se donner la réplique, en particulier Willem Dafoe et Nicolas Cage, tous les deux géniaux, le premier incarnant un tueur psychopathe à la recherche d’affection, le second qui s’imagine être Bogart dans un film noir des années 1940. Le troisième larron est sans doute moins bon, mais impose sans mal son gabarit. Dog Eat Dog est l’histoire classique d’anciens criminels qui ont passé quelques années en prison, mais qui replongent immédiatement qu’ils ont mis le nez dehors. Sur cette trame usée, Paul Schrader, l’auteur de Yakuza, Taxi Driver, Obsession, American Gigolo, Raging Bull, Affliction et A tombeau ouvert, s’en sort en vieux briscard du cinéma grâce à un savoir-faire indéniable derrière la caméra et la superbe photographie du chef opérateur Alexander Dynan.

Dog Eat Dog s’ouvre sur une scène très violente qui a fait grincer des dents lors de la présentation du film au Festival de Cannes en 2016, en clôture de la Quinzaine des Réalisateurs. Après cette exposition sanglante, le film adopte un rythme de croisière ponctué de longs tunnels de dialogues à la Tarantino qui peinent à éveiller l’intérêt, de scènes agitées particulièrement jouissives jusqu’à un final onirique durant lequel Nicolas Cage adopte même le phrasé spécifique de Bogey. Nous ne vous dévoilerons évidemment pas la teneur de cet épilogue, mais cette dernière séquence vaut largement le déplacement. L’intrigue part un peu dans tous les sens et s’avère prétexte à un dernier baroud d’honneur pour nos trois tragiques Pieds Nickelés.

L’essentiel du film repose sur la véritable alchimie des comédiens, tous survoltés et prenant un pied contagieux à se balancer des vannes, notamment celle qui n’a pas laissé Cannes de marbre : Nicolas Cage : « Where’s the thing you put in the baby’s mouth? What’s it called? » Willem Dafoe « A dick ? ». Malgré cet humour noir, l’émotion et même une certaine mélancolie se dégagent également de ce thriller étrange, sombre et nocturne, qui fonctionne bien et qui mérite amplement d’être découvert.

LE BLU-RAY

A l’instar de La Sentinelle et Le Casse, Dog Eat Dog est un autre DTV avec Nicolas Cage qui arrive dans l’escarcelle de Métropolitan Vidéo. Le test de l’édition HD a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

Réalisés à l’occasion de la présentation de Dog Eat Dog au Festival de Cannes en 2016, ces entretiens avec d’un côté Paul Schrader et de l’autre Nicolas Cage et Willem Dafoe s’avèrent très plaisants. Le réalisateur s’exprime sur son envie de retravailler avec Nicolas Cage, sur le roman d’Edward Bunker, sur les thèmes et références de son film. Même chose pour les deux comédiens, qui reviennent sur les personnages jusqu’à ce que le journaliste Nicolas Rioult leur donne son point de vue. Grand moment de flottement où les acteurs écoutent patiemment, Willem Dafoe avec un grand sourire sincère, Nicolas Cage qui a l’air de se demander ce qui se passe (l’éditeur a d’ailleurs placé une petite musique amusante en fond à ce moment-là). Ces interviews donnent quelques indications très intéressantes sur les conditions de tournage et les partis pris.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et les credits.

L’Image et le son

Comme pour ses sorties traditionnelles, Metropolitan soigne autant le transfert de ce Direct-to-Video qu’un blockbuster. Ce master HD de Dog Eat Dog ne déçoit pas. Le piqué et le relief sont acérés tout du long et permet d’apprécier la tronche taillée à la serpe de Willem Dafoe, la clarté est de mise, le cadre large offre un lot confondant de détails y compris sur les scènes sombres et la colorimétrie marquée par des teintes ambrées est habilement restituée, tout comme les séquences tournées en N&B. Evidemment, la copie est d’une propreté immaculée, les contrastes sont denses. Les meilleures conditions techniques sont réunies et la définition est exemplaire.

Vous pouvez compter sur les mixages DTS-HD Master Audio 5.1 anglais et français pour vous plonger délicatement mais sûrement dans l’ambiance du film, bien que l’action demeure souvent réduite. La bande originale est la mieux lotie. Toutes les enceintes sont exploitées, les voix sont très imposantes sur la centrale et se lient à merveille avec la balance frontale, riche et dense, ainsi que les enceintes latérales qui distillent quelques effets naturels. Le caisson de basses se mêle également à la partie lors de la séquence de poursuite ou lors de l’affrontement final. Notons que la version originale l’emporte sur la piste française, se révèle plus naturelle et homogène, y compris du point de vue de la spatialisation musicale. Que les amateurs de VF soient rassurés, Nicolas Cage est bien doublé par l’excellent Dominique Collignon-Maurin.

Crédits images : © LionsGate / Metropolitan / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Iris, réalisé par Jalil Lespert

IRIS réalisé par Jalil Lespert, disponible en DVD et Blu-ray le 21 mars 2017 chez Universal Pictures France

Acteurs : Romain Duris, Charlotte Le Bon, Jalil Lespert, Camille Cottin, Adel Bencherif, Sophie Verbeeck

Scénario : Jalil Lespert, Jérémie Guez

Photographie : Pierre-Yves Bastard

Musique : Dustin O’Halloran, Adam Wiltzie

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Iris, la femme d’Antoine Doriot, un riche banquier, disparaît en plein Paris. Max, un jeune mécanicien endetté, pourrait bien être lié à son enlèvement. Mais les enquêteurs sont encore loin d’imaginer la vérité sur l’affaire qui se déroule sous leurs yeux.

Comédien rare à la présence souvent magnétique (Ressources humaines, Le Petit Lieutenant), Jalil Lespert est également un metteur en scène appliqué qui a su imposer dès son premier long métrage en tant que réalisateur, 24 mesures (2007), un vrai tempérament de cinéaste. Après Des vents contraires, adapté d’un roman d’Olivier Adam et son biopic Yves Saint Laurent (2014), qui a valu à Pierre Niney le César du meilleur acteur, Jalil Lespert revient derrière la caméra pour Iris, librement inspiré du film japonais KaosuChaos de Hideo Nakata, réalisé en 1999, mais sorti en France dix ans après en DVD ! Iris reprend exactement le même canevas. Un homme, ici un petit garagiste et ancien taulard, se retrouve complice d’un faux enlèvement, celui de la femme d’un riche banquier qu’elle met elle-même en scène. Elle se laisse cloîtrer dans sa maison tandis qu’il envoie la demande de rançon. Mais lorsqu’il rentre chez lui, il retrouve la femme morte, son cadavre allongé sur le sol.

Pour la première fois, Jalil Lespert joue dans un film qu’il réalise et s’octroie le rôle de l’homme d’affaires. Il confie les deux rôles principaux à Romain Duris et Charlotte Le Bon, eux-mêmes soutenus par Camille Cottin (la « Connasse » de Canal+) dans un contre-emploi étonnant, Adel Bencherif (vu dans Frontière(s) de Xavier Gens et Un prophète de Jacques Audiard). C’est dire si l’affiche était prometteuse, mais il faut bien se rendre à l’évidence, Iris est un sacré fiasco. Après un prologue pourtant excellent, inquiétant, excellemment réalisé et photographié par Pierre-Yves Bastard (JCVD, Le Vilain) qui montre un Paris particulièrement sombre, humide et glacial, Jalil Lespert se perd dans une démonstration technique complètement gratuite, un montage alambiqué qui dévoile le pot aux roses trop rapidement en croyant pourtant brouiller les pistes pour mieux perdre les spectateurs. Du coup, tout ce qui faisait le charme du film dans les premières minutes, s’estompe au profit d’un festival de grimaces de la part de Romain Duris (sourcils froncés et lèvres retroussées sur des canines pour montrer l’agacement de son rustre personnage), tandis que Charlotte Le Bon fait la moue en trémoussant son corps de rêve moulé dans du vinyle, dans une boite SM. Au moins, les yeux ont de quoi se rassasier. De son côté, Camille Cottin déclame des dialogues souvent vulgaires en tirant la tronche, Jalil Lespert prend l’air malheureux en se disant qu’il aurait mieux fait de se concentrer uniquement sur sa mise en scène.

Iris est un thriller de manipulation teinté d’érotisme à l’esthétique laquée et goudronneuse, mais qui s’avère en réalité une vraie mélasse. Les comédiens s’embourbent littéralement dans une intrigue limitée et prévisible, tandis que Jalil Lespert tente de bien faire les choses en s’inspirant parfois (trop) de Brian de Palma et d’Alfred Hitchcock, avec Body Double d’un côté et VertigoSueurs froides de l’autre, sans oublier un soupçon de Gone Girl de David Fincher. Mais malgré ces solides références, Iris ne décolle jamais et ennuie l’audience, encore plus si le spectateur est déjà un grand habitué des codes du genre avec ses trahisons et ses intrigues à tiroirs. Et quand on se dit au final que toute cette histoire arrive parce-qu’un type prend son pied quand on lui donne la fessée, cela n’arrange rien à l’affaire. Si tous les ingrédients étaient réunis pour que la sauce prenne, Iris ne parvient pas à convaincre.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Iris, disponible chez Universal Pictures France, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical et la jaquette reprend le visuel de l’affiche du film.

Hum…pas grand-chose à se mettre sous la dent ! En plus de la bande-annonce, l’éditeur joint deux mini-featurettes de 3 minutes, qui font office de making of. Quelques images de tournage et des propos de l’équipe donnent un aperçu des prises de vues et des intentions du réalisateur Jalil lespert. Ce dernier revient sur ses références et sur l’écriture du scénario.

L’Image et le son

Ce master HD d’Iris est en tous points sublimes et s’inscrit directement comme un Blu-ray de démonstration. Les premiers plans donnent le ton : les noirs sont d’une densité inégalée, le piqué est tranchant comme une lame de rasoir aux quatre coins du cadre large, les teintes froides peuvent compter sur un encodage AVC de haute volée et les détails du cadre large s’impriment sur les rétines. Les contrastes sont pénétrants, la texture de la photo signée Pierre-Yves Bastard est constamment palpable et bénéficie d’un relief extraordinaire, sur les scènes en extérieur comme sur les intérieurs tamisés. N’oublions pas la colorimétrie, sombre, parfaitement restituée.

La piste DTS-HD Master Audio 5.1 est d’une qualité technique ébouriffante. Comme pour l’image, le spectateur est immédiatement happé dès la première séquence. D’emblée, les frontales, les latérales et le caisson de basses créent un environnement percutant, qui ne se relâche jamais. Rien n’est laissé au hasard dans ce mixage, les ambiances naturelles se déploient au point où l’on parvient à distinguer la rumeur des passants dans la rue. La musique ponctue constamment le visionnage, les voix demeurent saisissantes sur la centrale, tandis que la balance des enceintes avant n’en finit pas de rivaliser d’effets en tous genres. Avec une piste Stéréo de très haut niveau, l’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Thibault Grabherr / Universal Pictures France/ Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Le Masque arraché, réalisé par David Miller

LE MASQUE ARRACHÉ (Sudden Fear) réalisé par David Miller, disponible en DVD le 14 février 2017 chez Rimini Éditions

Acteurs : Joan Crawford, Jack Palance, Gloria Grahame, Bruce Bennett, Virginia Huston, Mike Connors

Scénario : Lenore J. Coffee, Robert Smith d’après le roman “Ils ne m’auront pas” d’Edna Sherry

Photographie : Charles Lang

Musique : Elmer Bernstein

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

Alors qu’elle supervise les auditions de sa prochaine pièce, la dramaturge Myra Hudson rejette la candidature du jeune acteur Lester Blaine. Elle le retrouve peu après dans le train qui la ramène à San Francisco, en tombe amoureuse et l’épouse rapidement. Mais Lester renoue avec Irène, sa précédente petite amie : ils décident d’éliminer Myra.

Voilà un thriller-film noir oublié qu’il est temps de réhabiliter ! Réalisé en 1952, Le Masque arrachéSudden Fear réunit à l’écran Joan Crawford, qui entamait la deuxième partie de son immense carrière après avoir été longtemps l’égérie des studios Warner et MGM, et Jack Palance dans un de ses premiers rôles au cinéma. Avant d’exploser véritablement avec Le Grand CouteauThe Big Knife de Robert Aldrich (1955), le comédien d’origine ukrainienne, né Volodymyr Palahniuk, avait fait ses débuts chez Elia Kazan (Panique dans la rue, 1950), Lewis Milestone (Okinawa, 1950), puis chez George Stevens (L’Homme des vallées perdues, 1953), Douglas Sirk (Le Signe du païen, 1954). Ces films ont immortalisé son visage anguleux et émacié, que l’on retrouvera d’ailleurs plus tard chez Jean-Luc Godard dans Le Mépris et même dans le Batman de Tim Burton. Dans Le Masque arraché, il trouve un rôle venimeux, qui deviendra sa spécialité.

L’acteur Lester Blaine (Jack Palance) épouse une riche et célèbre dramaturge à succès, Myra Hudson (Joan Crawford), sans avoir pour autant rompu avec sa petite amie, Irene Nest (Gloria Grahame). Quelque temps plus tard, il apprend que le nouveau testament de sa femme lui assure une rente annuelle de dix mille dollars, à la seule et unique condition qu’il ne se remarie pas. Irene, qui n’apprécie pas du tout cette clause, incite Lester à éliminer Myra avant que son testament n’entre en vigueur. Les amants ignorent que le magnétophone de Myra enregistre leur conversation. Réalisateur, producteur et scénariste, David Miller (1909-1992) est un cinéaste méconnu qui a pourtant quelques pépites à son palmarès, dont le célèbre Seuls sont les indomptés avec Kirk Douglas et Complot à Dallas avec Burt Lancaster. Le Masque arraché est assurément une de ses plus grandes réussites et un vrai bijou de film noir.

Sudden Fear joue avec la notion de direction d’acteur et de mise en scène à travers le personnage d’une dramaturge à succès, qui découvre la manipulation dont elle est victime et qui risque de lui coûter la vie. Afin de contrer cette menace, elle décide d’utiliser son don pour la mise en scène en complotant de son côté et en préparant sa vengeance, heure par heure, dans un lieu précis. Le deuxième acte peut commencer, la dramaturge manipulée reprend ses droits et dirige à nouveau sa vie pour éviter d’être assassinée. Deux ans avant Johnny Guitare de Nicholas Ray, Joan Crawford (également productrice exécutive et scénariste non créditée) se délecte de ce rôle dense et charismatique, même si ses nombreux détracteurs trouveront encore à redire sur l’emphase de son jeu, parfois limite c’est vrai, tout comme ses « grimaces » – héritées de sa période muette – successives quand son personnage découvre que son époux souhaite se débarrasser d’elle pour toucher l’argent de l’assurance-vie. Avec son sens du cadre qui sied à merveille aux rues en pente luisantes de pluie de San Francisco (surtout lors de la poursuite finale), David Miller livre un thriller qui distille son poison au compte-gouttes, aidé pour cela par la sublime photo contrastée signée Charles Lang (Certains l’aiment chaud, Sabrina, Les 7 Mercenaires), sans oublier la composition de l’immense Elmer Bernstein.

Sur un scénario machiavélique et riche en rebondissements, adapté du roman Ils ne m’auront pas d’Edna Sherry, David Miller compose un face à face percutant, qui n’a rien à envier aux films noirs plus célébrés des années 1940-50 et mérite amplement d’être réévalué à sa juste valeur, autrement dit un chef d’oeuvre du genre. L’intrigue est épurée et comme le disait François Truffaut dans sa première critique écrite pour Les Cahiers du cinéma en mars 1953 « Pas un plan dans ce film qui ne soit nécessaire à la progression dramatique. Pas un plan non plus qui ne soit passionnant et ne nous donne à penser qu’il est le clou du film ». Outre Joan Crawford et Jack Palance, vraiment superbes dans le rôle du chat et de la souris dont les rôles finissent par s’inverser, Gloria Grahame tire son épingle du jeu dans le rôle d’une jeune escroc, qui entretient une relation amoureuse et brutale avec Lester.

Quelle merveilleuse surprise donc que ce Masque arraché, thriller angoissant qui fait penser au Soupçons d’Alfred Hitchcock (dont la présence d’un verre de lait), qui se clôt dans un dernier acte quasi-dépourvu de dialogues, reposant uniquement sur la mise en scène virtuose et l’intensité de l’interprétation de Joan Crawford. Immanquable !

LE DVD

Le DVD du Masque arrac, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un élégant surétui cartonné. La jaquette saura attirer les fans de films noirs. Le menu principal est élégant, animé et musical. Notons la faute sur le nom de l’actrice Gloria Grahame, corrigée sur l’exemplaire disponible à la vente.

Le Masque arraché / Sudden Fear, est présenté par Antoine Sire (39’). l’auteur de Hollywood, la cité des femmes (editions Institut Lumière / Acte Sud) propose un portrait brillant de la comédienne Joan Crawford, mais aussi de son partenaire Jack Palance (après le refus de Clark Gable et de Marlon Brando) et du cinéaste David Miller. Fourmillant d’informations et d’anecdotes, Antoine Sire part un peu dans tous les sens et se répète parfois, mais on ne pourra pas lui reprocher la passion contagieuse avec laquelle il évoque Le Masque arraché et tout ce qui l’entoure. Composé d’extraits et de bandes-annonces, cet entretien s’avère riche, spontané et passionnant.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce anglaise de la sortie DVD du Masque arraché.

L’Image et le son

Ce master restauré (en 2K par Cohen Media Group) au format respecté 1.33 (16/9) du Masque arraché, jusqu’alors inédit en France, est on ne peut plus flatteur pour les mirettes. Tout d’abord, le splendide N&B de Charles Lang retrouve une densité inespérée dès l’ouverture. La restauration est indéniable, aucune poussière ou scorie ne sautent aux yeux, l’image est d’une stabilité à toutes épreuves. Les contrastes sont fabuleux et le piqué n’a jamais été aussi tranchant. Le grain original est présent, même si certaines séquences paraissent étonnamment plus lisses, ce qui fera tiquer quelque peu les puristes. Le cadre fourmille de détails, les fondus enchaînés n’entraînent pas de décrochages et cette très belle copie participe à la redécouverte de ce diamant noir. Dommage de ne pas trouver Le Masque arraché en Haute-Définition !

L’éditeur ne propose que la version originale du Masque arraché. Dynamique, nettoyée, homogène et naturelle, sans souffle parasite, cette piste offre un confort acoustique solide et restitue admirablement la musique d’Elmer Bernstein et les effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Joseph Kaufman Productions, Inc. / Captures du DVD :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

 

 

Test Blu-ray / Don’t breathe – La Maison des ténèbres, réalisé par Fede Alvarez

DON’T BREATHE – LA MAISON DES TENEBRES (Don’t Breathe) réalisé par Fede Alvarez, disponible en DVD et Blu-ray le 15 février 2017 chez Sony Pictures

Acteurs : Stephen Lang, Jane Levy, Dylan Minnette, Daniel Zovatto, Emma Bercovici, Franciska Töröcsik

Scénario : Fede Alvarez, Rodo Sayagues

Photographie : Mark Patten

Musique : Pedro Luque

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup. Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient…

Encouragés par le succès du remake d’Evil Dead en 2013, le réalisateur uruguayen Fede Alvarez, le scénariste Rodolfo Sayagues, les producteurs Sam Raimi et Rob Tapert, le compositeur Roque Baños et la comédienne Jane Levy sont à nouveau réunis pour un film de genre, La Maison des ténèbres – Don’t Breathe. Pure série B, tout est réuni ici pour faire de ce petit thriller d’épouvante un futur classique du genre avec son intrigue resserrée et prétexte à donner les frissons aux spectateurs pendant 85 minutes non-stop, son boogeyman impitoyable, ici un homme d’âge mûr, ancien soldat revenu aveugle de la guerre en Irak, qui vit seul cltré chez lui, dans un quartier déserté de la ville de Detroit laissée à l’abandon. Après l’accident qui a coûté la vie à sa fille, renversée par une voiture conduite par une jeune femme de bonne famille, que la justice a déclarée non-coupable, cet homme atteint de cécité s’est vu offrir une somme importante de la part de la famille de la partie adverse. Trois jeunes, Rocky, Alex et Money, spécialisés dans les petits casses, décident de passer aux choses sérieuses en rentrant par effraction, désireux de mettre la main sur le magot pour pouvoir se barrer au plus vite de cette ville fantôme. Mais c’était sans compter sur les redoutables réflexes de leur adversaire.

Don’t Breathe s’avère un habile tour de force, immersif et intense. Rien n’est réaliste, le réalisateur n’a d’ailleurs pas cette prétention, mais tout est fait pour offrir aux spectateurs un savoureux tour de rollercoaster, génialement mis en scène et très bien photographié avec des partis pris stylisés et élégants. Fede Alvarez joue avec les codes du genre ainsi que la géographie de la maison. Une fois entrés dans l’antre de l’homme aveugle, les trois jeunes deviennent de vrais rats lâchés et affolés dans un labyrinthe et deviennent eux-mêmes la proie de celui qu’ils comptaient dépouillés, sans oublier le rottweiler furieux de celui-ci, prêt à leur sauter à la gorge. Cet homme inquiétant et troublant est interprété par l’excellent Stephen Lang (Avatar, Public Enemies), grand habitué des seconds rôles du cinéma américain, qui a peu à faire pour s’imposer et surtout pour rendre son personnage charismatique, inquiétant et ambigu. Fede Alvarez s’amuse à renverser l’empathie de son audience envers les personnages, en inversant les rôles, les jeunes passant du statut de criminels à celui de victimes. Et ça fonctionne, très bien même, à condition de laisser son raisonnement logique pour mieux se laisser embarquer dans ce jeu de cache-cache mortel qui dissimule en plus un secret dans son sous-sol.

Par ailleurs, en parlant de sous-sol, les habitués du genre penseront au Sous-sol de la peur de Wes Craven, visible source d’inspiration du home-invasion ingénieux et généreux de Fede Alvarez. Tourné à Detroit (pour les extérieurs), ce qui fait parfois penser au sublime It Follows, mais aussi et surtout à Budapest pour un budget dérisoire d’à peine 10 millions de dollars, Don’t Breathe a cumulé près de 90 millions de dollars de recette sur le sol américain et plus de 60 millions dans le reste du monde. Un triomphe commercial qui impose définitivement Fede Alvarez dans le cercle des nouveaux réalisateurs prometteurs.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Maison des ténèbres – Don’t Breathe, disponible chez Sony Pictures, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

Ne manquez pas le commentaire audio (vostf) du réalisateur Fede Alvarez, du scénariste Rodolfo Sayagues et du comédien Stephen Lang. Posément, les trois collaborateurs dissèquent le film, avant sa sortie au cinéma comme nous l’apprenons en cours de route, avec complicité et visiblement heureux du travail fini. Le metteur en scène donne sa vision du thriller et de la peur au cinéma, le rapport des spectateurs avec ce genre de film, tandis que le scénariste revient sur l’évolution de l’histoire et Stephen Lang sur son approche du personnage. Les conditions de tournage entre Budapest et Detroit sont passées au peigne fin, les anecdotes s’enchaînent sur un rythme soutenu (Alvarez rêvait de réaliser ce film en N&B), pour un commentaire au final divertissant et toujours intéressant.

S’ensuivent cinq modules de courte durée, consacrées à l’esthétique du film, aux personnages, au décor principal et à la musique. Ces suppléments d’environ 3 minutes chacun, compilent rapidement les images de tournage et les interviews de l’équipe.

L’éditeur joint également un petit quart d’heure de scènes coupées, également disponibles avec les commentaires audio de Fede Alvarez. Ces séquences valent le détour, notamment une confrontation d’Alex avec son père, durant laquelle on apprend que l’adolescent souhaiterait faire du droit pour devenir avocat, ambition tuée dans l’oeuf par son père, agent de sécurité, qui lui conseille de s’engager dans la police puisqu’il n’a pas les moyens de lui financer ses études. C’est pourquoi Alex accepte finalement le casse chez l’homme aveugle. Une scène de baiser entre Rocky et Alex est également disponible.

L’Image et le son

Don’t Breathe est un film sombre et la Haute définition restitue habilement la photo du chef opérateur Pedro Luque. Les volontés artistiques sont donc respectées, sans aucune perte du piqué et des détails dans les scènes les moins éclairées. Ce master HD demeure impressionnant de beauté, le cadre est sublime, les contrastes affichent une densité remarquable (du vrai goudron en ce qui concerne les noirs) et la colorimétrie froide est optimale. Bien que tourné en numérique avec la caméra Arri Alexa Plus, un léger et très beau grain donne une patine élégante à l’image du début à la fin. Un vrai régal pour les yeux.

Les deux versions DTS-HD Master Audio 5.1 font quasiment match nul en ce qui concerne la délivrance des ambiances sur les enceintes latérales, la restitution des dialogues et la balance frontale. Le spectateur est littéralement plongé dans ce huis clos, la spatialisation reste solide tout du long et le caisson de basses est utilisé à bon escient. Sans surprise, la version originale l’emporte de peu sur l’homogénéité et la fluidité acoustique, ainsi que sur le report des voix.

Crédits images : © Sony Pictures / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / La Soeur d’Ursula, réalisé par Enzo Milioni

LA SOEUR D’URSULA (La Sorella di Ursula) réalisé par Enzo Milioni, disponible en combo Blu-ray/DVD et Blu-ray le 2 novembre 2016 chez Le Chat qui fume

Acteurs : Barbara Magnolfi, Marc Porel, Stefania D’Amario, Anna Zinnemann, Antiniska Nemour, Yvonne Harlow, Vanni Materassi

Scénario : Enzo Milioni

Photographie : Vittorio Berninni

Musique : Mimi Uva

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Ursula et Dagmar Beyne, deux sœurs ayant récemment hérité, vont passer des vacances en Italie dans un magnifique hôtel sur la côte. Elles cachent un sombre passé : abandonnées par leur mère, elles ont vu leur père sombrer dans la dépression et se suicider. Tombée dans la névrose, Ursula fuit le contact des hommes et vit recluse dans sa chambre, tandis que sa sœur s’adonne à une libido effrénée. Parmi ses courtisans : Roberto Delleri, le directeur de l’hôtel, et Filippo Andrei, un loubard cocaïnomane au comportement étrange. Les vacances des deux sœurs ne seront pas de tout repos puisqu’on découvre bientôt, aux abords de l’hôtel, le cadavre mutilé d’une prostituée, puis les corps d’un jeune couple…

Réalisé en 1978, La Soeur d’UrsulaLa Sorella di Ursula est le premier long métrage du réalisateur Enzo Milioni, jusqu’alors scénariste du film au titre fleuri Non… je suis encore vierge ! (1971). Jouant avec les codes du giallo, La Soeur d’Ursula tire sur la corde en proposant surtout une histoire érotique et en compilant les scènes de sexe, toujours soulignées par le même thème musical, à l’instar des téléfilms diffusés sur M6 après Sexy Zap le dimanche soir dans les années 1990. Vous vous rappelez coquins ? Néanmoins, La Sorella di Ursula demeure typique du cinéma d’exploitation transalpin de l’époque avec une belle photographie vaporeuse, des comédiennes peu avares de leurs charmes et qui se déshabillent toutes les dix minutes, quelques meurtres violents et sanglants (toujours hors champ), visiblement commis par un homme au sexe surdimensionné.

Soyons honnêtes, avec son intrigue qui part dans tous les sens, ce petit giallo vaut essentiellement pour la beauté surréelle de Barbara Magnolfi (Olga dans Suspiria de Dario Argento), dont le regard vert subjugue et foudroie. Ce sont ces yeux fantastiques qui font surtout l’intérêt de La Soeur d’Ursula, ainsi que le charme vintage qui agit du début, il ne faut pas attendre trois minutes pour déjà apprécier le premier full frontal, jusqu’à la fin nawak et improbable, mais qui fonctionne malgré tout auprès d’une audience déjà conquise et donc indulgente. Aux côtés de Barbara Magnolfi, Stefania D’Amario (Les Déportées de la section spéciale SS, L’Enfer des zombies) et Marc Porel (Le Clan des Siciliens, La Horse, La Longue nuit de l’exorcisme) portent également le film vers le haut du Bis par leur charisme et leur indéniable talent, sans oublier la beauté des décors naturels de la côte Amalfitaine, au bord de la mer tyrrhénienne.

Le giallo est déjà mort, mais certains réalisateurs s’amusent encore avec ses cendres, tout en lorgnant sur un autre genre de cinéma Bis qui attire de nouveaux spectateurs, surtout depuis le triomphe international d’Emmanuelle en 1974. De l’aveu de Barbara Magnolfi, le résultat final ne correspond pas au scénario ambitieux initialement prévu, puisque selon elle les producteurs auraient imposé les scènes de sexe, très nombreuses et totalement gratuites au final, au metteur en scène Enzo Milioni, histoire de pimenter une intrigue policière teintée de fantastique qu’ils pensaient idiote et éculée. Ou comment couvrir ses arrières en découvrant ses actrices. Seulement voilà, les producteurs tendaient la carotte au réalisateur en lui promettant de lui financer son prochain long métrage, un projet personnel et vrai film d’auteur, qui ne verra jamais le jour.

Visionner La Soeur d’Ursulaqui d’ailleurs n’avait pas connu d’exploitation dans les salles françaises – de nos jours, c’est se retrouver face à un échantillon d’un cinéma désuet et disparu, mais agréable, parfois excitant et toujours divertissant, qui rend compte du revirement soudain des producteurs afin de mieux répondre aux attentes et au goût des spectateurs.

LE BLU-RAY

Si le film peut laisser quelque peu indifférent, cette édition combo Blu-ray/DVD concoctée par notre Chat noir à la clope est à tomber. L’élégant digipack se compose de trois volets, superbement illustrés, qui accueillent les deux disques. L’ensemble est glissé dans un étui cartonné du plus bel effet. Le menu principal, animé et musical, est identique sur le DVD et le Blu-ray. Petite erreur sur le verso de l’étui qui annonce que le supplément avec le réalisateur s’intitule « Ursula c’est moi ». Le film est proposé dans sa version intégrale.

Le Chat qui fume n’est pas venu les mains vides et nous livre quelques entretiens particulièrement généreux.

On commence par celui du réalisateur Enzo Milioni réalisé en 2008 (38’). Longuement, posément, le metteur en scène de La Soeur d’Ursula revient sur la genèse chaotique de son premier long métrage, une commande qui devait en réalité lui permettre de financer un film beaucoup plus personnel, dans lequel la comédienne Valentina Cortese devait tenir le premier rôle. Malgré la réussite commerciale de La Soeur d’Ursula, les producteurs qui lui avaient imposé de tourner des scènes érotiques non prévues, n’ont pas tenu leur parole pour son second long métrage. Ensuite, le cinéaste passe en revue le casting de son film et s’attarde sur chaque comédien. Il évoque ainsi le regard de Barbara Magnolfi, les problèmes de drogue de Marc Porel et comment il s’était mis d’accord avec l’acteur quand ce dernier voulait aller « à la chasse aux papillons ». Enzo Milioni évoque ensuite le bon accueil ainsi que la version du film qui circulait sous la manteau et qui comprenait des inserts pornographiques.

C’est avec un grand plaisir que nous retrouvons Barbara Magnolfi dans le supplément suivant. La comédienne née en France, d’un père italien et d’une mère française, parle parfaitement la langue de Molière et se livre avec franchise sur La Soeur d’Ursula. Franchise parce qu’elle se rappelle avoir été dupée sur le produit fini étant donné que le scénario sur lequel elle s’était engagée ne comportait aucune scène de sexe ! Tout d’abord, elle parle de son enfance avec une mère qui la délaissait, puis de ses débuts dans le cinéma avec notamment la rencontre avec Dario Argento qui l’engage pour Suspiria alors qu’elle n’a que 21 ans. Vient ensuite la rencontre avec l’acteur Marc Porel, qui sera son compagnon de 1977 à la mort prématurée de celui-ci en 1983 des suites d’une méningite consécutive à ses graves problèmes de drogue. Barbara Magnolfi déclare ne pas vouloir être associée au genre de film comme La Soeur d’Ursula puisque les scènes dénudées ont toutes été filmées à l’insu des comédiens. Estimant avoir été trahie, elle n’en veut pas au réalisateur, mais aux producteurs. L’actrice clôt cet entretien en parlant de sa vie aux Etats-Unis.

Plus anecdotique, Le Chat qui fume est allé demander à Philippe Chouvel, journaliste chez Psychovision, quels étaient ses trois gialli (mineurs) préférés (6’30). Ce dernier répond La Casa dalle finestre che ridono (Pupi Avati), L’Occhio nel Labirinto (Mario Caiano) et La Corrupción (Chris Miller). L’interviewé présente rapidement ces trois films et évoque le genre qu’il affectionne tout particulièrement, un « cinéma qui s’écoutait autant qu’il se regardait ».

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces, dont celle de La Soeur d’Ursula, uniquement axée sur les scènes érotiques.

L’Image et le son

Peu importe si La Soeur d’Ursula est un film mineur, Le Chat qui fume déroule le tapis rouge au film d’Enzo Milioni avec un superbe master Haute-Définition (1080p, AVC). Ce traitement royal permet même de revoir à la hausse ce giallo érotique. Dès le générique, la propreté s’avère sidérante, la copie est stable, le piqué aiguisé et la photo légèrement ouatée du chef opérateur Vittorio Bernini (Une suédoise sans culotte, La Nipote) est respectée et n’a vraisemblablement jamais été aussi resplendissante. Les quelques poussières et griffures qui ont pu échapper au scalpel numérique demeurent subliminales, la restauration subjugue du début à la fin, tout comme la luminosité, les couleurs et l’élégante tenue des contrastes.

Point de version française ici puisque La Soeur d’Ursula n’a pas été exploitée dans nos salles, même celles qui proposaient les films les plus coquins. Le mixage italien DTS HD Master Audio Mono aux sous-titres français respecte les partis pris d’époque, à savoir un doublage réalisé en postproduction, qui occasionne par moments un très léger décalage entre les dialogues et le mouvement des lèvres des comédiens. En dehors de cela, l’écoute demeure très propre avec parfois quelques sensibles saturations dans les aigus, mais rien de bien méchant.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Blood Father, réalisé par Jean-François Richet

BLOOD FATHER réalisé par Jean-François Richet, disponible en DVD et Blu-ray le 23 janvier 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : Mel Gibson, Erin Moriarty, Diego Luna, Michael Parks, William H. Macy, Miguel Sandoval

Scénario : Peter Craig, Andrea Berloff d’après le roman de Peter Craig

Photographie : Robert Gantz

Musique : Sven Faulconer

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

John Link n’a rien d’un tendre : ex-motard, ex-alcoolique, ex-taulard, il a pourtant laissé tomber ses mauvaises habitudes et vit reclus dans sa caravane, loin de toute tentation.
C’est l’appel inattendu de sa fille Lydia, 17 ans, qui va lui faire revoir ses plans de se tenir tranquille…
Celle-ci débarque chez lui après des années d’absence, poursuivie par des narcotrafiquants suite à un braquage qui a mal tourné.
Lorsque les membres du cartel viennent frapper à la porte de John, ils sont loin de se douter à qui ils ont affaire…

Il serait faux de dire que Blood Father signe « le retour » de Mel Gibson. En effet, si le comédien ne tourne plus autant que dans les années 1980-90, il n’a pour ainsi dire jamais arrêté d’un côté ou de l’autre de la caméra. Après le thriller Hors de contrôle (Martin Campbell) et le drame Le Complexe du castor (Jodie Foster), Mel Gibson a ensuite fait place à l’action avec le jouissif Kill the Gringo (Adrian Grunberg), la séquelle Machete Kills (Robert Rodriguez) et le décevant Expendables 3 (Patrick Hughes) dans lequel il incarne le bad guy que doivent affronter Sylvester Stallone et sa clique. Alors que se profilait à l’horizon la sortie de son nouveau film en tant que réalisateur, le formidable Tu ne tueras point, Mel Gibson a eu le temps de jouer les papas protecteurs dans Blood Father de Jean-François Richet.

L’écrivain Peter Craig adapte lui-même son propre roman. Capable du meilleur (The Town) comme du pire (les deux derniers volets de la saga Hunger Games), Peter Craig livre à notre cinéaste national un scénario de pure série B. Cela faisait plus de dix ans que Jean-François Richet n’avait pas tourné pour un studio américain, après sa première et très réussie incursion avec le remake d’Assaut de John Carpenter. Suite au succès international du diptyque (bancal) consacré à Jacques Mesrine, Richet attendait une proposition alléchante. Emballé par l’histoire de Blood Father, il propose le premier rôle à Mel Gibson et lui envoie les Blu-ray des Mesrine. Le comédien accepte immédiatement la proposition. Et il faut dire que sans lui Blood Father n’aurait pas grand intérêt. A maintenant 60 ans, Mel Gibson est encore plus charismatique et magnétique qu’avant avec son visage creusé par les rides et sa barbe hirsute grisonnante. Son jeu est toujours aussi intense, ses yeux brillent de la même flamme que dans le premier volet de la franchise L’Arme fatale, bref Mel Gibson est devenu un monstre d’Hollywood.

Intégralement tourné dans les décors naturels du Nouveau Mexique, Blood Father n’a aucune autre prétention que de divertir les spectateurs. Jean-François Richet signe un thriller basique, mais solidement réalisé, brutal, carré, bien photographié, non dénué d’humour et d’émotions, et de très bons numéros d’acteurs, surtout entre Mel Gibson et William H. Macy, qui font oublier l’erreur de casting avec le fade Diego Luna en petite frappe pathétique. La jeune actrice Erin Moriarty s’en sort bien dans le rôle de la fille fugueuse et dopée, qui a fait une grosse bêtise et qui vient se réfugier auprès de son père buriné, ancien taulard et alcoolique, qui tient maintenant un petit salon de tatouage dans sa roulotte. Mais ceux qui en ont après sa fille ne s’attendaient pas à ce que son papounet sorte la pétoire.

Pas besoin d’en savoir plus sur les personnages, puisque Mel Gibson apporte avec lui près de 40 ans de cinéma et de personnages emblématiques, dont John Link serait en fait une sorte de synthèse. On pense à Mad Max, L’Arme fatale, Comme un oiseau sur la branche, Payback et plus récemment au susnommé Kill the Gringo. Mel Gibson est et restera un immense acteur. Blood Father remplit son contrat, sans se forcer, mais avec un atout de premier choix et qui se place nettement au-dessus du lot des quinqua-sexa-justiciers comme dans l’improbable trilogie Taken ou récemment de The Revenge avec un Travolta moumouté.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Blood Father, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. La jaquette reprend le visuel de l’affiche française, excepté le Steelbook qui arbore celui du visuel US.

En plus de la bande-annonce en version française, l’éditeur livre une interview (10’) de Jean-François Richet et Mel Gibson enregistrés au Festival de Cannes en 2016, entrecoupée par d’autres propos – en français cette fois – du réalisateur seul en scène. Les deux collaborateurs sont en pleine promo et reviennent sur la genèse du projet, sur la motivation des personnages, sur les thèmes du film. Dans son entretien individuel, Richet parle de Mel Gibson et du travail avec le comédien. On aurait aimé beaucoup plus de suppléments et notamment retrouver le making of diffusé sur Canal+.

L’Image et le son

La photographie de Blood Father est signée Robert Gantz, chef opérateur complice de Jean-François Richet depuis Assaut sur le central 13. Ce master HD est à la hauteur des espérances et restitue les partis pris esthétiques originaux à travers des contrastes riches et léchés, une colorimétrie vive et scintillante, des noirs denses, une luminosité de tous les instants, un piqué aux petits oignons, un léger grain et une profondeur de champ appréciable. Le plus impressionnant s’avère la restitution des gros plans, en particulier sur Mel Gibson. Le codec AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le relief des matières est élégant et ne cesse de flatter la rétine.

Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais, efficaces autant dans les scènes d’affrontements secs que dans les séquences plus calmes. Les quelques pics de violence, poursuites et fusillades peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales, avec les balles qui environnent le spectateur. Les effets annexes sont très présents et dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des actions au moment opportun. La spatialisation est en parfaite adéquation avec le ton du film. A titre de comparaison, la version originale l’emporte sur son homologue du point de vue délivrance des dialogues et richesse des effets. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale. L’éditeur joint également deux pistes Stéréo, qui s’en sortent admirablement malgré le seul usage des enceintes avant, ainsi qu’une piste en Audiodescription et des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. Le changement de langue est verrouillé à la volée et nécessite le retour au menu contextuel. Que les puristes soient rassurés, le grand Jacques Frantz assure toujours le doublage français de Mel Gibson.

Crédits images : © SND / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr