Test DVD / La Maison rouge, réalisé par Delmer Daves

LA MAISON ROUGE (The Red House) réalisé par Delmer Daves, disponible en DVD le 11 juillet 2017 chez Rimini Editions

Acteurs : Edward G. Robinson, Lon McCallister, Judith Anderson, Rory Calhoun, Allene Roberts, Julie London, Ona Munson…

Scénario : Delmer Daves d’après le roman de George Agnew Chamberlain

Photographie : Bert Glennon

Musique : Miklós Rózsa

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Pete vit dans une ferme isolée avec sa sœur Ellen et sa fille adoptive Meg. Les parents de Meg ont disparu il y a quelques années dans des conditions mystérieuses. Il embauche comme aide de ferme Nath, un jeune homme qui tombe bientôt amoureux de Meg. Nath et Meg tentent de savoir quel secret se cache derrière la maison rouge, une demeure enfouie dans la forêt. Mais Pete leur interdit formellement de s’y rendre, en leur expliquant que cette maison est hantée…

La Maison rougeThe Red House (1947) n’est que le cinquième long métrage de Delmer Daves (1904-1977), réalisateur souvent oublié et sous-estimé, qui a pourtant signé de nombreux classiques tels que Les Passagers de la nuit (1947) aka Dark Passage avec Humphrey Bogart, qui est resté célèbre pour son usage de la caméra subjective, La Flèche brisée (1950) le premier western pro-indien, et 3h10 pour Yuma (1957), superbe western adapté d’une nouvelle écrite par l’immense et prolifique écrivain Elmore Leonard parue en mars 1953. Adapté du roman de George Agnew Chamberlain, La Maison rouge demeure méconnu dans la grande filmographie de Delmer Daves qui compte une trentaine de longs métrages réalisés entre 1973 et 1965. Quatre ans après ses débuts derrière la caméra avec Destination Tokyo, Delmer Daves livre un film dramatique teinté de fantastique.

La Maison rouge est une oeuvre à part dans la carrière du réalisateur, même si l’on retrouve ce qui a toujours fait la force de son cinéma, son attachement aux personnages, masculins comme féminins, plutôt que le contexte et le genre, même s’il affectionnait tout particulièrement le western puisqu’il en a réalisé près d’une dizaine. Remarquablement photographié par Bert Glennon (La Chevauchée fantastique, Sur la piste des Mohawks) qui s’inspire de l’expressionnisme allemand, et souligné par la partition toujours inspirée de Miklós Rózsa (L’Espion noir, Le Voleur de Bagdad, Assurance sur la mort), La Maison rouge plonge le spectateur dans une atmosphère trouble. Le malaise s’installe rapidement après une ouverture pourtant lumineuse, qui présente le décor bucolique et quelques jeunes étudiants qui respirent la jeunesse et l’insouciance. Après ce prologue, nous rencontrons alors Pete Morgan, austère et invalide, qui vit dans une ferme située à l’écart de la ville et bordée d’une épaisse forêt, avec sa soeur Ellen (Judith Anderson, la gouvernante Mrs Denvers de Rebecca d’Alfred Hitchcock) et sa fille adoptive Meg dont les parents ont mystérieusement disparu quinze ans auparavant. Pour l’aider dans les tâches quotidiennes, le vieil homme loue les services d’un aide de ferme, Nath Storm (Lon McCallister), camarade de classe de Meg, et le met vivement en garde de ne pas aller fouiner dans les bois situés aux alentours, et surtout pas aux abords de la maison rouge qu’il prétend maudite. Mais la curiosité du jeune homme est trop forte, et accompagné de Meg, il s’aventure dans les bois pour découvrir quel horrible secret entoure cette maison rouge.

La Maison rouge joue avec les genres pour mieux déstabiliser les spectateurs. Ce drame psychologique et angoissant, mais également thriller sentimental et récit d’émancipation (!) traite à la fois du sentiment de culpabilité, de la folie amoureuse et surtout de la perte de la virginité ainsi que de l’éveil sexuel. Qui a peur du Grand Méchant Loup ? Si l’on devine rapidement ce qui s’est déroulé dans cette forêt interdite quinze ans avant, ce lieu est aussi avant tout une métaphore sur le premier rapport sexuel, un chemin que l’on convoite, que l’on redoute, que l’on souhaite franchir malgré les interdits. C’est ainsi que la douce et innocente Meg, superbe et lumineuse Allene Roberts, qui contraste avec la sulfureuse et plantureuse Tibby (Julie London), la copine de Nath, se sent de plus en plus « attirée » par cette étrange maison rouge, comme si elle « en faisait partie ». Elle décide de s’y rendre et désobéit donc pour la première fois à son père adoptif, Edward G. Robinson qui prouve une fois de plus qu’il reste l’un des plus grands acteurs de l’histoire du cinéma, qui de son côté commence sérieusement à perdre les pédales, en appelant Meg par le prénom Jeannie.

Difficile d’évoquer l’histoire plus longuement sans en révéler davantage. Mieux vaut en savoir le moins possible sur La Maison rouge, drame intense et anxiogène magnifiquement réalisé, écrit et interprété, qui rappelle parfois La Féline et Vaudou de Jacques Tourneur, et qui s’avère un véritable trésor caché pour qui s’intéresse – avec raison – au cinéma de Delmer Daves.

LE DVD

Le DVD de La Maison rouge, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur noire. La jaquette saura attirer les fans de films noirs et classiques. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Juste avant le film, l’historien du cinéma Christophe Champclaux, fidèle à Rimini Editions, nous propose une introduction très rapide (30 secondes) de La Maison rouge en indiquant notamment que Martin Scorsese en rappelait l’existence dans son Voyage avec à travers le cinéma américain (1995). Christophe Champclaux explique également que le négatif original ayant été perdu, ce film méconnu ne circulait que dans une copie fortement dégradée. Celle proposée par Rimini Editions est un nouveau master Haute-Définition entièrement restauré.

Nous retrouvons l’historien pour un retour plus complet sur le film et sur son réalisateur dans un module de sept minutes. Sur quelques bandes-annonces et photographies, Christophe Champclaux propose une rapide mais pertinente analyse de La Maison rouge, en croisant habilement le fond avec la forme.

L’interactivité se clôt sur un montage qui présente l’image avant/après la restauration.

L’Image et le son

La Maison rouge avait bénéficié d’une édition DVD chez Bach Films en 2005. Le master était alors horrible, fait uniquement de scratchs, de rayures, de points et même d’images manquantes avec des sous-titres qui apparaissaient sur un écran noir. Autant dire que Rimini Editions propose une image diamétralement opposée avec ce nouveau master Haute-Définition. On ne s’attendait pas à un rendu aussi lisse pour un film qui fête cette année ses soixante-dix ans. Alors certes, quelques puristes risquent de crier au scandale devant la quasi-absence du grain original mais force est de constater que ce master 1.33 renaît littéralement de ses cendres. La copie est étincelante, stable, les noirs denses côtoient des blancs immaculés et la palette de gris est largement étendue, restituant ainsi les contrastes du directeur de la photographie Bert Glennon, sans la patine argentique malheureusement. La restauration a sans doute été trop poussée, aucune scorie n’a survécu au nettoyage numérique et le piqué est acceptable. Certes, il faut accepter des noirs bouchés et un aspect quelque peu artificiel, mais ce nouveau master surpasse celui de Bach en tout point, sans aucune commune mesure.

L’éditeur ne propose que la version originale de La Maison rouge. Dynamique, nettoyée, homogène et naturelle, sans souffle parasite, cette piste offre un confort acoustique solide et restitue admirablement la musique de Miklós Rózsa et les effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / In Hell, réalisé par Ringo Lam

IN HELL réalisé par Ringo Lam, disponible en DVD et Blu-ray le 8 juillet 2017 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Jean-Claude Van Damme, Lawrence Taylor, Marnie Alton, Malakai Davidson, Billy Rieck, Lloyd Battista, Carlos Gómez, Manol Manolov, Chris Moir

Scénario : Eric James Virgets, Jorge Alvarez

Photographie : John B. Aronson

Musique : Alexander Bubenheim

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2003

LE FILM

Kyle LeBlanc est un travailleur américain émigré en Russie. Après un coup de téléphone de sa femme, visiblement agressée, il se précipite chez lui, mais arrive trop tard. La loi niant l’évidence, il décide de se faire justice lui-même, et tue le meurtrier de sa femme. Il est alors envoyé dans une des plus dures prisons de Russie. La seule occupation des détenus est l’organisation de combats…

Ceux qui prétendent que Jean-Claude Van Damme n’est pas un bon comédien, n’ont sûrement pas vu les bons films. Et dans la filmographie de l’acteur belge il y a surtout un réalisateur qui a su tirer le maximum des capacités de JCVD, Ringo Lam. Né à Hong Kong, mais ayant fait ses études de cinéma à l’Université York à Toronto, le cinéaste aura tourné trois films avec Jean-Claude Van Damme, Risque maximum (1996), Replicant (2001) et In Hell (2003). Trois films prisés par les fans du comédien. Pourtant, si les deux premiers restent très célèbres, la troisième et à ce jour dernière association JCVD/Ringo Lam est tout aussi réussie et s’avère même un des meilleurs films de Van Damme des années 2000. Contrairement aux deux précédents, In Hell n’a pas bénéficié d’une sortie dans les salles françaises et a débarqué directement dans les bacs en 2004.

Dans la prison la plus corrompue et impitoyable de toute l’Europe de l’est, les prisonniers se battent les uns contre les autres lors de combats très violents organisés par le directeur et ses gardes. Kyle LeBlanc, condamné depuis peu pour avoir tué l’assassin de sa femme, devient, dans l’enceinte de la prison, un sauvage assoiffé de sang, une bête de combats déshumanisée. In Hell contient évidemment son lot de bastons, extrêmement brutales et chorégraphiées par David Leitch. Célèbre cascadeur et coordinateur, ce dernier a participé à la création des combats de Fight Club, de Matrix Reloaded / Matrix Revolutions, de 300, de La Vengeance dans la peau, tout en assistant le réalisateur ou même en dirigeant la seconde équipe sur Le Flingueur de Simon West, Wolverine : Le Combat de l’immortel de James Mangold, ou bien encore Captain America: Civil War d’Anthony et Joe Russo. Dernièrement, il était le coréalisateur du chef d’oeuvre John Wick, aux côtés de Chad Stahelski. Dans In Hell, ses chorégraphies sèches, réalistes, percutantes et ultra-violentes participent à la grande réussite du film, mais pas seulement.

JCVD signe une de ses meilleures prestations. En Russie, Kyle LeBlanc, un franco-américain expatrié voit sa femme violée et assassinée. L’assassin est arrêté, jugé, mais de bonne famille et le juge ayant été soudoyé, l’homme est acquitté. En sortant du tribunal, LeBlanc sort une arme et descend le meurtrier. La suite est racontée un peu plus haut. Jean-Claude Van Damme ne joue pas avec ses muscles dans le film de Ringo Lam, il s’en prend d’ailleurs plein la tronche à plusieurs reprises. In Hell est bien plus un drame qu’un véritable film d’action. Il n’est donc pas étonnant que certains aient pu être déroutés par la tournure que prend le film, puisque Van Damme, s’il joue effectivement des poings (mais jamais des pieds) dans la deuxième partie du film, passe la première à observer, le regard usé d’un homme abattu, la démarche lente et les épaules voutées. Il est absolument formidable, brillant, épatant du début à la fin, d’une sobriété exemplaire. Les séquences où son personnage se retrouve seul dans son cachot dégueulasse où l’eau des chiottes coule à côté de lui, sont incroyables, puisque le réalisateur crée de vrais instants poétiques et émouvants, comme lorsque Kyle retrouve la force de vivre grâce à un papillon de nuit.

De son côté, Ringo Lam instaure un climat oppressant, étouffant et sa prison glauque et paumée au milieu de nulle part en Russie – très bon décor – fait vraiment son effet. Certes, le film n’évite pas certains écueils liés au film de prison, comme le jeune prisonnier qui sert de chair fraîche aux plus déments, mais In Hell parvient sans mal à contourner les clichés grâce à un scénario très intelligent, une solide direction d’acteurs et une mise en scène toujours inspirée. Ainsi, aux côtés de JCVD, se démarque Lawrence Taylor, ancien joueur de football américain, 1m91, qui en impose dans le rôle du détenu 451. Présenté comme une bête féroce, qui arrache la langue de ses co-détenus à l’aide d’une pince, sous prétexte qu’ils sont trop bavards et qu’ils perturbent sa concentration pendant qu’il lit des ouvrages de philosophie, 451 se dévoile au fur et à mesure du film jusqu’à devenir un des personnages principaux, au même titre que JCVD.

In Hell n’est donc pas un remake de Coups pour Coups (Death Warrant) comme on pouvait le penser au départ, mais un film d’action divertissant, un thriller sombre et tendu, mais aussi un vrai drame qui démontre comment les conditions d’incarcération peuvent déshumaniser les êtres humains. In Hell est un des plus grands films avec Jean-Claude Van Damme, au même titre que Replicant.

LE BLU-RAY

In Hell fait partie d’un combo Blu-ray spécial Van Damme / Ringo Lam, aux côtés de l’édition HD de Replicant, qui sera chroniqué dans un second temps. A l’instar des éditions combo Black Eagle – L’arme absolue + Full Contact et The Order + Le Grand tournoi sorties en 2016, et comme celle récemment consacrée au cinéaste Albert Pyun, Mean Guns + Nemesis, Metropolian Video fait ainsi le bonheur des fans de la star belge. Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. Une fois le disque inséré, le spectateur est invité à sélectionner le film de son choix. Dans les deux cas, le menu principal est fixe et muet, minimaliste, sans chapitrage. Seuls l’envoi du film, la sélection de la langue et le choix des suppléments sont proposés.

L’historien du cinéma et expert en cinéma d’arts martiaux, sujet auquel il a consacré quelques ouvrages, l’excellent Christophe Champclaux présente In Hell en avant-programme (3’). S’il déclare que le scénario n’est sans doute pas aussi original ou travaillé que celui de Replicant, Christophe Champclaux ne tarit pas d’éloges sur In Hell, « un film formidable, très bien écrit et à la brutalité inouïe ». Notre interlocuteur donne quelques informations intéressantes sur la production du film qui nous intéresse, notamment en ce qui concerne la chorégraphie des combats et la mise en scène de Ringo Lam.

S’ensuit un making of d’époque (16’), mal réalisé, marqué par une musique irritante et constante. Heureusement, quelques propos des comédiens sur les personnages, du coordinateur des cascades et des combats, du producteur sur les conditions de tournage et du directeur de la photographie sur la photogénie de Jean-Claude Van Damme, sans oublier des images du plateau et de la conception des effets visuels (le papillon de nuit) donnent un véritable intérêt à ce module promotionnel dans lequel JCVD indique que « ce film va cartonner et devenir culte […] ce sera mon meilleur film ».

L’Image et le son

Malgré un léger manque de concision sur certains plans, le master HD de In Hell (1080p, AVC) dépasse toutes les espérances. Les contrastes sont denses et très beaux, les ambiances nocturnes soignées, les teintes froides excellemment restituées, sans oublier les séquences en extérieur lumineuses. La propreté est évidente, les détails précis et riches, la colorimétrie respecte les partis pris esthétiques originaux, tout comme le léger grain heureusement conservé lors du transfert, mais plus appuyé sur les scènes sombres, qui entraînent un léger bruit vidéo. Enfin, n’oublions pas la profondeur de champ toujours appréciable, un relief omniprésent sur les séquences diurnes (aiguisées) ainsi qu’un piqué acéré.

In Hell bénéficie de pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1. Dans les deux cas, la spatialisation s’avère agréable, les enceintes latérales délivrent un lot fort appréciable d’ambiances naturelles (l’orage en début de film), d’effets palpables, sans oublier la musique en soutien. Les bruitages lors des combats sont exsudés avec force par la centrale, la balance frontales-latérales est intelligemment équilibrée, l’ensemble est toujours dynamique et les basses interviennent à bon escient avec quelques pics remarquables. Dans les deux cas, aucun souffle n’est à déplorer, l’écoute demeure franche, puissante et limpide.

Crédits images : © Millenium / Metropolitan Filmexport / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / A la recherche du plaisir, réalisé par Silvio Amadio

A LA RECHERCHE DU PLAISIR (Alla ricerca del piacere) réalisé par Silvio Amadio, disponible en Édition Collector limité (1000ex) Blu-ray + DVD + CD le 15 juin 2017 chez Le Chat qui fume

Acteurs : Barbara Bouchet, Farley Granger, Rosalba Neri, Nino Segurini, Dino Mele, Umberto Raho, Patrizia Viotti

Scénario : Silvio Amadio

Photographie : Aldo Giordani

Musique : Teo Usuelli

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Greta Franklin s’établit sur une île près de Venise et entre en contact avec Richard Stuart, qui vit dans une magnifique maison en compagnie de son épouse Elonora. Elle est engagée comme nouvelle secrétaire par Richard, la précédente ayant disparu dans d’étranges circonstances. Richard et Eleonora ignorent que Greta a une bonne raison d’accepter ce job : elle connaissait personnellement Sally…

L’oeuvre éclectique du réalisateur italien Silvio Amadio (1926-1995) n’est pas restée dans la mémoire des cinéphiles. Il faut dire que ses derniers films aux titres fleuris et explicites comme Comment faire cocu les maris jaloux, Les Polissonnes excitées, Si douce, si perverse ou bien encore La Lycéenne a grandi ont souvent éclipsé d’autres opus nettement plus intéressants. C’est le cas d’A la recherche du plaisir Alla ricerca del piacere (1972), également connu sous le titre américain Amuck ! ou bien encore Maniac Mansion, superbe variation du giallo, qui s’avère avant tout un drame-thriller psychologique et érotique brillant et passionnant. La sublime Barbara Bouchet, au sommet de sa carrière (la même année que La Longue nuit de l’exorcisme de Lucio Fulci) et de sa beauté, qui enchaînait alors les tournages en Italie depuis la fin des années 1960, porte le film sur ses belles épaules – et quelle chute de reins mamma mia ! – et inspire Silvio Amadio.

Greta Franklin (Barbara Bouchet) part en Italie suite à son embauche comme secrétaire auprès de l’écrivain notoire Richard Stuart (Farley Granger), qui possède un vaste domaine isolé sur une île aux alentours de Venise. Mais son but premier est de retrouver Sally, son amie, son amante, disparue alors qu’elle occupait le même poste. Eleonora (Rosalba Neri), la femme de Stuart, bisexuelle, lui fait bientôt des avances, puis la drogue pour assouvir ses désirs. Lors d’une soirée décadente, Stuart diffuse un petit film amateur dans lequel Greta reconnaît Sally. Décidée à enquêter sur ce couple sulfureux, elle ne s’aperçoit pas qu’elle tombe dans le piège qu’il lui tend. Un piège dangereux, peut-être même mortel.

A la recherche du plaisir n’est pas un énième film de genre, bâclé et réalisé à la va-vite. Certes, nous sommes en plein cinéma d’exploitation, mais Silvio Amadio soigne chaque plan, instaure une atmosphère trouble et troublante du début à la fin, pour ne pas dire jusqu’à la toute dernière seconde. Dès le générique, le cinéaste transporte le spectateur à Venise, avec Barbara Bouchet qui découvre la ville. Puis, le personnage s’en éloigne pour finalement débarquer sur une petite île près de la Sérénissime, dans une grande demeure. En quelques minutes, le réalisateur a donc dressé le tableau et isole cette jeune secrétaire. A la recherche du plaisir s’avère un véritable jeu de pistes, reposant sur la mise en scène (toute l’investigation de Greta est vraiment une référence), l’étrangeté et la beauté des décors, sans oublier la peur distillée par celles et ceux qui gravitent autour de Greta.

Découvert chez Alfred Hitchcock dans La Corde (1948) et L’Inconnu du Nord-Express (1951), premier rôle chez Luchino Visconti dans Senso en 1954, Farley Granger sort de quinze ans d’apparitions à la télévision, avant d’être à nouveau appelé par le cinéma italien au début des années 1970. Il apporte à Amuck ! son charme venimeux, suintant et semble se délecter de ce personnage ambigu et machiavélique. N’oublions pas la sensuelle Rosalba Neri (La Polak dans la saga Angélique, Lady Frankenstein, cette obsédée sexuelle, Les Vierges de la pleine Lune) et son regard troublant, peu avare de ses charmes, dont la scène saphique avec Barbara Bouchet, tournée au ralenti sur une musique envoûtante de Teo Usuelli (Le Lit conjugal, Dilinger est mort) reste probablement la plus célèbre du film.

A la recherche du plaisir combine de façon assez virtuose le film d’enquête et l’histoire d’amour, en jouant avec les codes du giallo sans pour autant entrer dans cette catégorie puisqu’il n’y a ici aucun tueur ganté, ni crime à l’arme blanche réalisé en caméra subjective, juste une brute épaisse au cerveau en compote qui utilise ses mains pendant une partie de jambes en l’air qui tourne mal. Ce qui n’empêche pas A la recherche du plaisir d’être une immense réussite, anxiogène, culte auprès des amateurs, aussi rare que précieux, d’autant plus que le film n’est jamais sorti en France.

LE BLU-RAY

Que dire si ce n’est que Le Chat qui fume nous offre une nouvelle fois un magnifique objet qui devrait intégrer la DVD-Bluraythèque de tout cinéphile qui se respecte ! Le combo Digipack à trois volets de ce nouveau titre « Exploitation italienne », renferme à la fois le DVD du film, le Blu-ray et également le CD de la bande originale de Teo Usuelli, que l’auteur de ces mots écoute d’ailleurs en fond pendant qu’il écrit cette chronique. Sur le verso des volets, nous trouvons l’affiche américaine du film (Amuck !), ainsi que deux visuels provenant de l’exploitation italienne. L’ensemble se glisse dans un fourreau cartonné du plus bel effet, au visuel superbe, jaune « giallo » et attractif. Cette édition collector est limitée à 1000 exemplaires. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Après avoir écouté ces 52 minutes de musique enivrante, regardons ce que le Chat nous propose en guise de suppléments.

On commence par l’excellente interview de la comédienne Rosalba Neri (16’). Visiblement heureuse et émue de partager ses souvenirs liés à A la recherche du plaisir, l’actrice évoque le tournage à Venise et dans ses environs, y compris dans la villa de la styliste Roberta di Camerino. Rosalba Neri en vient ensuite à sa collaboration avec le réalisateur Silvio Amadio, « un homme et cinéaste très dur, qui inspirait la crainte », parle de son personnage et de ses partenaires, sans oublier les conditions des prises de vues de la célèbre séquence saphique avec Barbara Bouchet.

Cette dernière prend ensuite la parole dans un entretien (19′) plus détaché que celui de Rosalba Neri, comme si la comédienne gardait un souvenir amer de « jouer à peu près toujours le même personnage » et qu’elle voulait être mieux considérée que pour sa participation aux films d’exploitation. En italien, la comédienne indique que l’année 1972 fut pourtant la plus intense de sa carrière – « Souvent, je ne savais même pas dans quel film j’étais en train de jouer ! » – avec plus de 8 films tournés quasi-simultanément. Barbara Bouchet ne parvient pas à réaliser que « ce genre de film » ait pu traverser les décennies et déclare que c’est à Quentin Tarantino – qui avait voulu la rencontrer lors de sa venue au Festival de Venise – que l’on doit entre autres ce regain de popularité. Contrairement à sa partenaire, l’actrice décrit Silvio Amadio comme un homme assez calme et doux, qui ne s’agitait jamais, toujours très gentil et aimable, dont elle garde un très bon souvenir. Barbara Bouchet parle ensuite du travail du réalisateur, du tournage à Venise et des scènes érotiques, de ses partenaires.

Nous passons à l’entretien avec Stefano Amadio (22’), fils du réalisateur Silvio Amadio, qui propose un portrait de son père et un panorama de sa carrière. Son enfance, ses débuts dans le cinéma grâce à son beau-frère Massimo Girotti et à Luchino Visconti, ses premières mises en scène, ses succès et les genres abordés (péplum, western, policier, comédie) sont évoqués. Puis Stefano Amadio aborde A la recherche du plaisir à travers des anecdotes amusantes (celle sur Barbara Bouchet nue sur le plateau, devant le regard médusé des techniciens) et souvenirs divers. Quand on lui demande quelle empreinte  a laissé son père dans le cinéma italien, Stefano Amadio répond « une petite empreinte, mais son sérieux et son professionnalisme demeurent auprès de ceux qui ont travaillé avec lui ».

Le supplément qui suit donne la parole à l’excellent Philippe Chouvel, journaliste chez Psychovision, qui propose une présentation d’A la recherche du plaisir (« pas un des meilleurs gialli, mais un thriller de bonne facture qui possède de nombreuses qualités »), tout en revenant sur l’ensemble de la carrière de Silvio Amadio (24’). Ce bonus complète parfaitement ce qui a déjà été entendu précédemment et propose de nombreux éléments pertinents, d’autant plus que l’énumération des films du cinéaste (dont les quatre comédies grivoises avec Gloria Guida) donne sérieusement envie de redécouvrir cette oeuvre. Philippe Chouvel s’extasie – on le comprend – sur la scène saphique entre Barbara Bouchet et Rosalba Neri et se dit ravi que le film soit enfin disponible dans les meilleures conditions possibles.

Le dernier bonus de cette section est désormais le rendez-vous incontournable où l’éditeur demande à un invité de donner ses trois gialli préférés. C’est au tour du directeur de la Cinémathèque Jean-François Rauger de s’y coller (12’), d’expliquer sa vision du giallo et de parler de l’évolution du genre. L’intéressé donne plus que trois titres, à savoir Les Frissons de l’angoisseProfondo Rosso de Dario Argento (dont il défend la version courte), Six femmes pour l’assassinSei donne per l’assassino, Cinq filles dans une nuit chaude d’été5 bambole per la luna d’agosto et La Baie sanglanteReazione a catena de Mario Bava, L’Emmurée vivanteSette note in nero de Lucio Fulci, Les Rendez-vous de SatanPerché quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer ? de Giuliano Carnimeo.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces de films disponibles ou prochainement prévus chez Le Chat qui fume. Par ailleurs, le trailer d’A la recherche du plaisir vaut le coup d’oeil pour son (faux ?) micro-trottoir de spectateurs (« Ceux qui ont fait ce film devraient être arrêtés ! », « Je n’ai jamais vu autant de sexe et de nudité dans un film ! ») réalisé après une projection du film de Silvio Amadio. Certains jubilent, d’autres sont choqués. La bande-annonce insiste bien sur le caractère sexuel du film pour appâter, tandis qu’une voix annonce que des coupes ont dû être faites (malgré un aperçu de la scène saphique), mais que le film sera bien présenté dans sa version intégrale dans les salles. « Un film si réaliste et troublant, que vous aurez envie de quitter la salle, mais vous n’en serez pas capable ! ».

L’Image et le son

L’élévation HD (1080p) magnifie les partis pris esthétiques de la photographie signée Aldo Giordani, chef opérateur culte à qui l’on doit les images de On l’appelle Trinita et de sa suite, ou bien encore Dommage que tu sois une canaille et Moi, moi, moi et les autres d’Alessandro Blasetti. La photo éthérée d’A la recherche du plaisir baigne dans des teintes brunes du plus bel effet. Le piqué dépend des volontés artistiques originales et s’avère plus incisif sur toutes les lumineuses séquences tournées en extérieur. La copie est très propre, la restauration est superbe, aucune poussière n’est à signaler, les contrastes sont concis, les noirs souvent denses, les couleurs éclatantes. La gestion du grain original est équilibrée mais tend à être plus appuyé sur les scènes sombres et nocturnes. Mais le codec AVC consolide l’ensemble avec brio, les arrière-plans sont stables, la profondeur de champ est indéniable et les détails d’une richesse incontestée sur le magnifique cadre large. Un très beau Blu-ray qui permet de (re)découvrir totalement le film, présenté en version intégrale, de Silvio Amadio !

Comme pour l’image, le son a également été restauré. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage italien DTS-HD Master Audio Mono, pas même un souffle parasite. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets, même si les voix des comédiens, enregistrées en postsynchronisation, peuvent parfois saturer ou apparaître en très léger décalage avec le mouvement des lèvres. La composition de Teo Usuelli est excellemment délivrée. Notons que les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Tuez Charley Varrick !, réalisé par Don Siegel

TUEZ CHARLEY VARRICK ! (Charley Varrick) réalisé par Don Siegel, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre le 28 juin 2017 chez Wild Sild Vidéo.

Acteurs : Walter Matthau, Joe Don Baker, Felicia Farr, Andrew Robinson, Sheree North, Norman Fell, Jacqueline Scott

Scénario : Howard Rodman, Dean Riesner d’après le roman de John Reese, Les Pillards (The Looters)

Photographie : Michael C. Butler

Musique : Lalo Schifrin

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Au Nouveau Mexique. Charley Varrick, sa femme et deux complices braquent une petite banque locale. Le hold-up tourne mal et des coups de feu sont échangés entre les bandits et la police. Réalisant qu’ils ont dérobé une somme colossale, disproportionnée par rapport à la modestie de l’établissement, Charley Varrick soupçonne aussitôt l’argent d’appartenir à la mafia…

C’est un film qui n’avait pas fait grand bruit à sa sortie en 1973 et qui est aujourd’hui devenu très prisé par les cinéphiles. Tuez Charley Varrick !Charley Varrick en version originale et un temps envisagé sous le titre The Last of the Independents, renvoyant au slogan de l’entreprise du personnage principal (et finalement utilisé comme tagline de l’affiche principale), est réalisé par Don Siegel (1912-1991) après le triomphe international de L’Inspecteur Harry. Polar violent, drôle et émouvant, Tuez Charley Varrick ! offre à Walter Matthau un de ses rôles emblématiques, même si très éloigné des comédies qui ont fait sa renommée aux côtés de son comparse Jack Lemmon. Loin d’être un contre-emploi puisque l’acteur avait déjà participé à quelques drames et films sombres, le personnage de Charley Varrick n’est pas immédiatement attachant, mais la bonhommie naturelle et le visage buriné de Walter Matthau emportent l’adhésion par petites touches.

Antihéros comme les affectionnait Don Siegel, Charley Varrick n’est qu’un bonhomme dans la foule qui a décidé d’en venir au braquage pour s’en sortir. Ancien cascadeur de métier avec sa femme Nadine, devenu un modeste chef d’entreprise d’épandage d’insecticides, il décide d’attaquer une petite banque au Nouveau-Mexique avec l’aide de plusieurs complices, dont Harman, un jeune homme nerveux et porté sur la bouteille. Mais l’opération tourne au désastre : Nadine est tuée, ainsi qu’un autre de la bande. Les rescapés prennent la fuite. A leur grande surprise, Charley et Harman découvrent que le magot empoché va bien au-delà des quelques milliers de dollars envisagés. Le total se porte à 750.000 dollars, en réalité dérobés à la pègre qui utilisait la banque comme tirelire. L’organisation criminelle lance à leurs trousses une impitoyable brute, Molly. Pour sauver sa peau, Varrick se met en tête de restituer l’argent, ce qui ne plaît évidemment pas à Harman.

Tuez Charley Varrick ! est une course contre la montre menée à cent à l’heure, du moins dans sa première partie, véritable leçon de mise en scène, de montage, de cadrage et de rythme. Du générique, superbe, estampillé « A Siegel Film », montrant la petite vie qui s’anime à l’aube, dans une petite bourgade, en passant à l’introduction des personnages, la tension qui monte, le braquage, la poursuite, l’adieu à Nadine, les spectateurs en prennent plein les yeux. Après, Tuez Charley Varrick ! adopte un rythme plus apaisé, malgré une tension maintenue. Sous ses airs patauds, taiseux et détachés, la bouche ruminant sans cesse un chewing-gum, Varrick renferme une volonté de s’en sortir et s’avère même un froid calculateur, n’hésitant pas à se servir de son dernier acolyte comme appât (excellent Andrew Robinson, le mythique Scorpio de L’Inspecteur Harry), afin d’attirer le mercenaire Molly, campé par un Joe Don Baker (Luke la main froide, Demain ne meurt jamais) complètement allumé, vicieux et glaçant, avec sa pipe vissée à la bouche et le stetson sur la tête. Tuez Charley Varrick ! prend ensuite la forme d’une succession de rencontres, donnant au film un aspect documentaire de la vie rurale. Chaque personne vers qui se tourne Charley Varrick, s’avère ambitieuse, attirée par le fric, prête à dénoncer s’il y a quelques dollars à se faire. C’est le cas du vieil armurier handicapé ou encore de la photographe sexy qui fabrique à l’occasion des faux papiers. Pris au dépourvu par le magot emporté, Charley Varrick va être obligé d’improviser. C’est là le génie de Don Siegel d’avoir confié le rôle à Walter Matthau, dont la trogne ne laisse rien passer en apparence, mais dont on ne doute jamais du bouillonnement intérieur.

En fait, Don Siegel parvient à faire perdre ses repères aux spectateurs en adoptant un rythme plus posé, tout en renforçant la menace qui pèse sur Varrick et son complice avec le personnage de Molly qui se rapproche petit à petit de leur caravane, grâce aux appels passés à la mafia par ceux qui ont croisés la route du braqueur. On ne comprend pas ce que Varrick prépare ou même s’il possède une porte de sortie. Il faut pour cela attendre le dernier acte hallucinant de la poursuite entre une voiture et un biplan pulvérisateur dans le décor d’une casse de bagnoles. Don Siegel agrippe alors le spectateur et parvient à renverser la vapeur en découpant son film de façon plus brutale, tandis que la partition de l’immense Lalo Schifrin s’emballe et se décompose même en deux temps. Jusqu’au dénouement complètement inattendu et qui boucle la boucle en se terminant sur la même image qui ouvrait alors le film, tandis que le dernier des indépendants perd définitivement son identité pour pouvoir survivre. Chaque élément du scénario, du plan de Varrick donc, était à sa place.

Rollercoaster cinématographique et Rolls-Royce de la série B, souvent cachée dans l’ombre de L’Inspecteur Harry, Tuez Charley Varrick ! est une œuvre riche, captivante et intelligente, qu’on a beau connaître par coeur, mais qu’on a de cesse de redécouvrir avec toujours autant de plaisir.

LE BLU-RAY

Le test a été réalisé sur un check-disc. Cette édition de Tuez Charley Varrick ! se compose du Blu-ray et du DVD du film, ainsi que d’un livre exclusif de 180 pages, spécialement écrit par Doug Headline (co-fondateur de la revue Starfix), illustré de photos d’archives rares. Le menu principal est animé et musical.

Pour accompagner le film, l’éditeur propose un formidable documentaire rétrospectif intitulé Le Dernier des indépendants (2014, 72’), qui croise les interventions du compositeur Lalo Schifrin, Kristoffer Tabori (fils de Don Siegel), Howard A. Rodman (fils du coscénariste Howard Rodman), des comédiens Andrew Robinson (Harman) et Jacqueline Scott (Nadine), ainsi que du cascadeur Craig R. Baxley. Ces témoignages passionnants permettent d’en savoir évidemment plus sur les conditions de tournage et de production de Tuez Charley Varrick !, mais aussi sur la méthode de Don Siegel. Un portrait franc et nuancé du cinéaste se dessine tout au long de ces 72 minutes, bien illustré par quelques photos de plateau et portraits. Chaque intervenant s’exprime sur leur collaboration avec Don Siegel et Walter Matthau, la mise en scène, les thèmes du film, et bien d’autres éléments qui devraient ravir les cinéphiles.

Que ceux qui possèdent l’ancienne (et très bonne) édition DVD sortie chez Bac Films la conservent, puisque nous ne retrouvons pas l’excellente analyse du film par le regretté Alain Corneau sur ce Blu-ray.

L’Image et le son

Ce nouveau master restauré HD de Tuez Charley Varrick ! brille souvent de mille feux et s’impose comme une grande réussite technique à ajouter au palmarès de l’éditeur. Le cadre offre une profondeur de champ très plaisante, le piqué est acéré, la stabilité jamais démentie, les contrastes soignés. Si les noirs manquent parfois de stabilité et la définition vacille quelque peu sur les séquences sombres, la colorimétrie retrouve un éclat et une chaleur bienvenus sur les scènes diurnes. Les gros plans sont souvent épatants (les traits creusés de Walter Matthau entre autres), les détails abondent et la gestion du grain est épatante. C’est beau, c’est carré, c’est élégant.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 Surround sont propres et distillent parfaitement la musique de Lalo Schifrin. La piste anglaise (avec les sous-titres français imposés) est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages. Au jeu des différences, la version française s’avère plus chuintante et couverte, avec certaines ambiances et d’autres effets annexes qui peinent à se faire entendre quand on compare avec la piste anglaise. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel.

Crédits images : © Wild Side / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / John Wick 2, réalisé par Chad Stahelski

JOHN WICK 2 (John Wick : Chapter 2) réalisé par Chad Stahelski, disponible en DVD et Blu-ray le 22 juin 2017 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Keanu Reeves, Common, Laurence Fishburne, Riccardo Scamarcio, John Leguizamo, Franco Nero, Ruby Rose, Bridget Moynahan, Ian McShane, Peter Stormare, Claudia Gerini

Scénario : Derek Kolstad

Photographie : Dan Laustsen

Musique : Tyler Bates, Joel J. Richard

Durée : 2h03

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

John Wick est forcé de sortir de sa retraite volontaire par un de ses ex-associés qui cherche à prendre le contrôle d’une mystérieuse confrérie de tueurs internationaux. Parce qu’il est lié à cet homme par un serment, John se rend à Rome, où il va devoir affronter certains des tueurs les plus dangereux du monde.

John Wick premier du nom, avait créé la surprise en 2014. Tourné pour un budget de 20 millions de dollars, le film, parfaite synthèse du cinéma, du roman-graphique et du jeu vidéo, en rapporte 106 millions dans le monde et attire même plus de 400.000 spectateurs dans les salles françaises. Galvanisés par ce succès, Keanu Reeves et le réalisateur Chad Stahelski remettent le couvert trois ans après pour une suite démentielle, encore plus fun, encore mieux réalisée, encore plus « tout ». Si deux ans se sont écoulés entre les deux tournages, l’intrigue de ce second opus, ou “chapitre deux” comme l’indique le titre original, reprend là où le premier s’était arrêté, après l’implacable vengeance de l’ancien tueur à gages contre les mafieux russes qui avaient tué son chien et volé sa voiture.

John Wick compte profiter de sa retraite. Mais il est contacté par Santino D’Antonio, un gangster italien qui a besoin de ses services. Il souhaite prendre la place de sa soeur dans son organisation mafieuse. Wick est obligé d’accepter en raison d’une dette importante envers D’Antonio. A Rome, il approche Gianna, la soeur de Santino, dans une boîte de nuit. Se sentant prise au piège, la jeune femme préfère se suicider plutôt qu’être abattue. Mais Cassian, son garde du corps, jure alors de la venger.

Toutes les qualités professionnelles de l’ancien assassin explosent littéralement dans ce deuxième épisode, comme si le premier, pourtant très généreux, n’avait été qu’une mise en bouche. Parallèlement aux fusillades, bastons, règlements de comptes en tous genres et poursuites à pied ou en voiture, le metteur en scène, le comédien principal et le scénariste Derek Kolstad créent une vraie mythologie à partir de ce qui avait été annoncé dans le premier. Le monde souterrain de John Wick s’étend, prend une ampleur inespérée, répondant à tous les fantasmes et espoirs des fans, suite à l’excellent bouche-à-oreille qui a largement contribué au succès critique et commercial du premier chapitre.

Ancien cascadeur et coordinateur, assistant réalisateur, Chad Stahelski commence sa carrière en doublant Brandon Lee après l’accident qui a coûté la vie au jeune comédien sur le tournage de The Crow. Après avoir oeuvré sur Los Angeles 2013, Alien, la résurrection, il fait la rencontre de Keanu Reeves en 1999 sur Matrix, où il officie comme doublure officielle de la star. Ils se retrouveront sur les deux autres volets de la trilogie. Ce triomphe international fait de Chad Stahelski un des cascadeurs les plus demandés par Hollywood (Van Helsing, Spider-Man 2, 300, Die Hard 4: Retour en enfer, les deux premiers Expendables) jusqu’à ce qu’il décide de passer lui-même derrière la caméra pour John Wick, avec l’aide de David Leitch, co-réalisateur non crédité. Le succès ayant été au rendez-vous, la suite de John Wick est lancée en même temps qu’une trilogie est annoncée. Chad Stahelski se retrouve cette fois seul aux commandes.

John Wick 2 est un vrai torrent d’action et de violence chorégraphiée, ponctué par un humour noir percutant. Du point de vue visuel, le film est absolument remarquable. La photographie stylisée de Dan Laustsen (Silent Hill, Crimson Peak) ainsi que la mise en scène virtuose et le montage toujours lisible, subjuguent et mettent en valeur chaque affrontement, tout comme le soin apporté aux décors et aux costumes. Keanu Reeves assure le show. Spectaculaire, très investi, charismatique, il trouve à plus de cinquante ans un des rôles qui marqueront sa carrière, au même titre que celui de Neo dans la trilogie Matrix. Par ailleurs, John Wick 2 joue avec le spectre des films des Wachowski, dans la rigueur des combats, mais aussi dans son atmosphère et ses partis pris. On a même souvent l’impression que les personnages s’avèrent reliés à une matrice. Le lien méta se fait encore plus évident avec l’apparition de Laurence Fishburne, dans un rôle pas si éloigné de celui de Morpheus qu’il tenait dans la trilogie. N’oublions pas la participation de Riccardo Scamarcio (classe et venimeux), Ian McShane (impérial), l’incroyable Ruby Rose, Common, John Leguizamo et même Franco « Django » Nero qui complètent ce casting idéal. Les fans apprécieront.

D’une suprême élégance, John Wick 2 – qui a plus que doublé le score du premier au box-office américain – repousse donc toutes les limites et peut se targuer d’être une des meilleures suites jamais proposées au cinéma. C’est peu dire que nous attendons le troisième avec impatience, surtout après ce que le fascinant et ambitieux épilogue met en place.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de John Wick 2, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est dynamique, animé et musical.

Attention, grande édition ! Assurément l’un des Blu-ray de l’année pour Metropolitan. Voilà ce que réserve la section des suppléments.

On commence par un commentaire audio en version originale sous-titrée en français de Chad Stahelski et de Keanu Reeves. Les deux complices ne sont pas avares en anecdotes, s’avèrent à l’aise dans l’exercice et parviennent à maintenir l’intérêt pendant les 123 minutes du long métrage. Le comédien relance sans arrêt le réalisateur sur la fabrication de telle ou telle scène, le casting est passé au peigne fin, tout comme la préparation des acteurs, le tournage des cascades, les répétitions, sans oublier l’écriture du scénario, les éléments apportés pour ce second volet et les bases posées pour le troisième. Tous les sujets abordés durant ce commentaire sont illustrés en images dans les bonus suivants, mais ne manquez pas ce moment très sympa.

L’éditeur présente ensuite près d’1h15 de featurettes promotionnelles, de scènes coupées et même une bande-annonce parodique.

Les séquences laissées sur le banc de montage (8’), montées mais non mixées, montrent l’introduction originale de Santino D’Antonio (Riccardo Scamarcio), qui vient tout d’abord s’en prendre de manière violente à Aurelio (John Leguizamo) avec ses sbires, pour savoir où se trouve la voiture de John Wick. Une autre scène se focalise sur D’Antonio, prenant un peu trop ses aises à l’hôtel Continental devant un Winston (Ian McShane) outré. La dernière séquence montre John Wick qui se présente face à un cardinal.

Les modules suivants, Retro Wick : le succès surprise de John Wick (4 min 30), L’entraînement (12’), Prévisualisations des scènes d’action (5’), Keanu & Chad (10’), Le monde souterrain (5’), En voiture ! (5’), La conception d’une scène (10’), Les outils de John (8’) dissèquent chaque scène d’action à travers de très nombreuses images de Keanu Reeves à l’entraînement, des répétitions, de tournage, le tout largement commenté par les comédiens, le réalisateur, les responsables des cascades, des producteurs, et de tout ce petit monde visiblement heureux de faire partie du projet.

Ces segments insistent sur la performance physique de Keanu Reeves. L’acteur est montré pendant ses semaines d’immersion auprès des frères Machado qui lui ont enseigné leur forme de jiu-jitsu brésilien. On y voit Keanu Reeves, déjà rompu à de nombreux styles d’arts martiaux, transpirant à grosses gouttes dans son kimono, mais toujours le sourire aux lèvres avec une visible soif d’apprendre et de se perfectionner. Sa formation intensive, y compris le maniement des armes – à balles réelles – auprès de Taran Butler, véritable tireur d’élite, aura duré 5 mois à raison de cinq heures par jour. Très impressionnant.

Le tournage à Rome au sein des Thermes de Caracalla, l’engouement suscité par le premier volet, l’investissement des comédiens, les armes du personnage, les costumes et bien d’autres éléments sont abordés au fil de ces suppléments absolument passionnants.

L’interactivité se clôt sur un montage compilant toutes les victimes de John Wick dans ce second volet (on vous dit le résultat : 116), ainsi qu’une bande-annonce parodique de John Wick premier du nom, intitulée Dog Wick, dans laquelle le chien venge la mort de son maître en prenant les armes et en piégeant sa niche. Oui. D’autres bandes-annonces, présentant les films disponibles chez Metropolitan Vidéo, sont disponibles en fin de parcours.

L’Image et le son

John Wick 2 a été intégralement tourné en numérique et cela se voit. L’édition Blu-ray est donc tout indiquée et même indispensable pour (re)découvrir le film de Chad Stahelski, d’autant plus que cette édition HD est en tout point renversante de beauté. Les partis pris stylisés de la photographie signée Dan Laustsen, chef opérateur danois qui a marqué les cinéphiles pour son travail sur Le Veilleur de nuit (et son remake) d’Ole Bornedal, ou bien encore Le Pacte des loups et Silent Hill de Christophe Gans, sont magnifiquement restitués à travers ce transfert qui s’impose comme un disque de référence. Le cadre large fourmille de détails, les contrastes sont spectaculairement denses, le relief omniprésent, le piqué acéré comme la lame d’un scalpel (ou la mine d’un crayon) et l’étalonnage spécifique des couleurs est conservé. Le codec AVC consolide tout cela avec une belle fermeté y compris sur les nombreuses séquences agitées ou sombres. Resplendissant.

Attention les oreilles ! John Wick 2 va mettre à mal votre installation ainsi que vos murs, votre sol et vos rapports avec vos voisins. On espère que vos murs sont bien insonorisés ! Passés les logos des maisons de production, les enceintes explosent littéralement et rien ne s’arrêtera plus jusqu’au générique de fin. Les déflagrations, crépitations, désintégrations et d’autres mots en « tions » sont ardemment réparties aux quatre coins cardinaux grâce à l’ébouriffant mixage anglais Dolby Atmos et au DTS-HD Master Audio 5.1 français, avec un net avantage dans la langue de Shakespeare. La musique de Tyler Bates et Joel J. Richard souligne l’ensemble avec fracas et le caisson de basses se déplace tout seul sur le sol. Ex-plo-sif !

Crédits images : © Niko Tavernise – Metropolitan FilmExport / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Arsenal, réalisé par Steven C. Miller

ARSENAL réalisé par Steven C. Miller, disponible en DVD et Blu-ray le 14 juin 2017 chez Marco Polo Production

Acteurs : Nicolas Cage, John Cusack, Adrian Grenier, Johnathon Schaech, Lydia Hull, Heather Johansen

Scénario : Jason Mosberg

Photographie : Brandon Cox

Musique : Ryan Franks, Scott Nickoley

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Quand Mikey, toujours fourré dans les mauvais plans, disparaît et qu’une grosse rançon est demandée, tout le monde pense qu’il a lui-même monté le coup pour récupérer l’argent… surtout qu’il a déjà travaillé dans le passé pour le mafieux Eddie King. Seul JP, son frère, reste persuadé qu’il est réellement en danger et abandonne alors tous ses principes pour tenter de le sauver.

Depuis les grandes réussites de Joe et de Suspect, Nicolas Cage a encore plus accéléré la cadence déjà folle de ses tournages. Depuis ces deux excellents crus, le comédien qui tourne plus vite que son ombre a joué dans 18 films. Dans cette liste, nous sauverons La Sentinelle de Paul Schrader, même si le cinéaste l’a renié pour cause de différends avec le studio LionsGate, The Runner d’Austin Stark, Le Casse des frères Brewer, Dog Eat Dog également de Paul Schrader, Snowden d’Oliver Stone dans lequel le comédien fait une petite participation, USS Indianapolis de Mario Van Peebles. A l’heure où cet article est rédigé, Nicolas Cage a déjà emballé quatre autres longs métrages actuellement en post-production, dont le très attendu Mom and Dad de Brian Taylor. Autant dire que l’acteur n’a pas chômé, en raison de grands problèmes d’argent, de problèmes avec le fisc, d’un comptable véreux, d’un divorce difficile, anyway, Nicolas Cage est obligé de tourner et dans le lot, forcément, certains films s’avèrent particulièrement mauvais. Toutefois, Arsenal parvient à échapper à cette catégorie, même si le film est avant tout une série B.

Dans Arsenal, il n’y joue qu’un rôle secondaire, mais alors quel personnage ! Prothèse nasale, lunette de soleil, peau grêlée, moustache épaisse, moumoute improbable, il y est absolument remarquable et disons-le, on ne voit que lui. Arsenal est un petit thriller bien emballé par Steven C. Miller, réalisateur né en 1981, devenu un spécialiste des films d’action à petit budget. On lui doit un The Aggression Scale avec Ray Wise, Silent Night – sorti en France sous le titre Bloody Christmas – avec Malcolm McDowell et Jaime King, Extraction, First Kill et Marauders avec Bruce Willis. Il vient tout juste de terminer la suite d’Evasion, intitulée Escape Plan 2 : Hades, avec Sylvester Stallone, Dave Bautista, Jaime King et 50 Cent. Autant dire que le metteur en scène ne fait pas dans la dentelle, mais que son efficacité a été remarquée. C’est le cas pour Arsenal.

Sur une trame archi-rabattue, Steven C. Miller soigne sa photographie et sa mise en scène avec des couleurs cramées inspirées des films de Michael Bay et des ralentis stylisés parfois proches du bullet-time. On ne s’ennuie pas devant Arsenal, grâce à ses acteurs, en particulier Nicolas Cage comme nous le disions précédemment dans le rôle d’Eddie King. Survolté, enflammé, le comédien joue ici un immonde salopard cocaïné et psychotique. Extrêmement violent – le film a d’ailleurs été interdit aux moins de 17 ans aux Etats-Unis – son personnage de boss de la pègre nous est présenté en train de passer à tabac une pauvre victime à coups de batte de baseball, en lui fracassant les dents, devant les yeux d’un gamin. Bien que peu présent à l’écran durant la première heure, Nicolas Cage porte le troisième acte de manière percutante, notamment lors d’une baston sanglante avec son frère, interprété par un certain Christopher Coppola…le propre frangin de l’acteur ! A voir pour le croire et surtout pour se rendre compte encore une fois à quel point Nicolas Cage est toujours immense. D’ailleurs, Arsenal apparaît comme une suite non officielle de Deadfall, réalisé par Christopher Coppola en 1993, dans lequel Nicolas Cage arborait déjà le même look et interprétait le personnage d’Eddie !

Au générique, John Cusack, également spécialiste des DTV entre deux belles performances au cinéma (Love & Mercy, Maps to the Stars), qui est ici plus discret et moins présent à l’écran. Contrairement à l’excellent Suspect, il ne donne pas la réplique à Nicolas Cage ici et se contente de jouer le flic de service en apportant son nom porteur au projet. Arsenal est surtout porté par Adrian Grenier, connu pour avoir joué le boyfriend d’Anne Hathway dans Le Diable s’habille en Prada et surtout Vince dans la série Entourage, ainsi que par Johnathon Schaech, le Jonah Hex de la série DC : Legends of Tomorrow. Tout ce beau petit monde cohabite, fait le job, conscient de ne pas participer au film du siècle, mais au service d’un réalisateur qui fait du bon boulot en s’inspirant parfois de l’univers du roman graphique et qui possède donc un atout majeur avec la présence d’un Nicolas Cage inspiré et explosif dans le rôle du badguy. Sa prestation, qui rappelle à quel point le bougre est sublime dans les rôles de pourris, vaut bien qu’on accorde 1h35 à Arsenal !

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Arsenal, disponible chez Marco Polo Production, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et muet. Le visuel de la jaquette fait la part belle aux deux têtes d’affiche les plus célèbres, entourant ici Adrian Grenier. Dommage que l’éditeur n’ait pas repris l’affiche originale. Aucun supplément, ni de chapitrage d’ailleurs.

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p – AVC. L’éditeur prend soin du thriller de Steven C. Miller et livre un master HD très convaincant et au transfert soigné. Respectueux des volontés artistiques originales, la copie se révèle solide, probablement une des plus belles éditions HD de Marco Polo Production, alliant des teintes chaudes, ambrées et dorées (des filtres jaunes-orangés pour résumer) avec les bleus électriques du ciel. Le piqué est parfois doux en raison des partis pris esthétiques, les blancs sont cramés, les arrière-plans manquent de profondeur, mais ces légers bémols n’entravent en rien les conditions de visionnage. Les contrastes sont tranchants, la colorimétrie joliment laquée, le relief omniprésent et les visages, en particulier la trogne de Nicolas Cage avec son faux nez, sont détaillés à souhait.

Du côté acoustique, les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 créent un espace d’écoute suffisamment plaisant en faisant la part belle à la musique et à quelques effets latéraux. Des ambiances naturelles percent les enceintes arrière sans se forcer mais avec une efficacité chronique. Sans grande surprise, la version originale se révèle plus naturelle et riche que la piste française. C’est assez rare pour qu’on le signale, Nicolas Cage n’est pas doublé en français par l’excellent Dominique Collignon-Maurin. Autant vous dire que la surprise est de taille… mauvaise même. A éviter donc. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale, et le changement impossible à la volée.

Crédits images : © Marco Polo Production / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Revenger, réalisé par Walter Hill

REVENGER (The Assignment) réalisé par Walter Hill, disponible en DVD et Blu-ray le 6 juin 2017 chez TF1 Vidéo

Acteurs : Michelle Rodriguez, Sigourney Weaver, Tony Shalhoub, Caitlin Gerard, Terry Chen, Anthony LaPaglia

Scénario : Walter Hill, Denis Hamill

Photographie : James Liston

Musique : Giorgio Moroder, Raney Shockne

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Une chirurgienne brillante et manipulatrice décide de se venger du meurtre de son frère. Elle est prête à tout pour retrouver le tueur et lui faire payer son crime….au-delà de l’imaginable.
Frank Kitchen est un tueur sans pitié qui pourchasse ses proies et les abat froidement pour éxécuter ses contrats. Mais cette fois ci, le contrat, c’est lui. Un contrat motivé par un puissant désir de vengeance qui doit le mener sur le chemin de la rédemption. Après s’être fait kidnapper, Frank se réveille avec un nouveau visage…
Comprenant qu’il est l’objet d’une terrible manipulation, c’est à son tour de mettre en œuvre sa vengeance : elle sera redoutable !

Si Du plomb dans la tête avait marqué le retour de Walter Hill derrière la caméra dix ans après Un seul deviendra invincible, le cinéaste n’aura pas attendu aussi longtemps pour livrer son nouveau film Revenger, The Assignment en version originale. Comme pour son précédent long métrage, Walter Hill adapte une bande dessinée, publiée en France sous le titre Corps et Ame (chez Rue de Sèvres), cosignée par le réalisateur lui-même avec Matz et Jef. Revenger reprend la même intrigue. Frank n’est pas un type bien. Des hommes, il en a descendus des dizaines, proprement, sans histoires, un vrai pro. Pourtant, il aurait pu se douter que cette affaire payée le double était louche. Mais le réveil est bien plus rude que tout ce qu’il pouvait imaginer : si son âme est toujours homme, son corps, lui, est devenu femme. Une vengeance pour un crime passé. Sa vengeance à lui commence, et elle ne laissera personne indemne. Walter Hill ne le cache pas, Revenger, dont le script initial – sous le titre Tomboy – remonte aux années 1970, est une pure série B tournée avec un budget très restreint (on parle de 2,5 millions de dollars) et une intrigue réduite au plus simple.

Le plus amusant du film car le plus improbable, c’est bien évidemment la performance de Michelle Rodriguez, qui n’est certes pas la plus sobre des comédiennes, mais qui a l’air de s’amuser à jouer un tueur à gages, avec la barbe qui n’a d’égale que la perruque de Christophe Lambert dans Vercingétorix : la légende du druide roi et le service trois-pièces en latex, qui subit une vaginoplastie comme représailles après un contrat qui a mal tourné. Autant dire que le réveil est difficile pour ce mec macho qui lève des nanas dans les bars éclairés aux néons. Mais s’il doit dorénavant prendre des hormones et « accepter » sa nouvelle situation, il, ou elle désormais, est bien décidée à retrouver celle qui est responsable de cette nouvelle identité, tout en flinguant les sbires qui se mettront sur sa route. Michelle Rodriguez en fait des tonnes, fronçant les yeux et en faisant la moue, pétoires à la main et démarche de camionneuse. Ça défouraille pas mal, mais malheureusement le récit ne suit pas une seconde.

Revenger qui se complaît dans une esthétique craspec avec une nonchalance assumée, tout en plagiant l’idée centrale du chef d’oeuvre de Pedro Almodóvar, La Piel que habito, avec un zest de Sin City avec cette voix-off omniprésente. Entre Michelle Rodriguez d’un côté en mode bulldozer, et Sigourney Weaver sanglée dans une camisole de force qui tape la discute avec son toubib Tony Shalhoub, Revenger est un film qui adopte un rythme de croisière avec le frein à main serré, tandis que le spectateur attend toujours la scène d’action qui viendra un peu remuer tout ça. Peine perdue.

Revenger est un thriller pulp, mâtiné de plans directement issus de la BD avec des arrêts sur image « comics » qui tentent de donner une identité à l’ensemble. Ce n’est pas déplaisant, surtout avec ce personnage principal qui tente de renouer avec son identité, ce qui vaut quelques réflexions sur le genre, mais Revenger est tellement lent, lambda et déjà-vu, qu’il ne se distingue jamais du tout-venant. Et qu’est-ce que c’est bavard ! C’est vraiment dommage, surtout que Walter Hill avait prouvé avec le réjouissant Du plomb dans la tête, buddy movie renvoyant directement à ceux réalisés dans les années 80, qu’il en avait encore sous le capot.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Revenger, disponible chez TF1 Vidéo après un passage en VOD, a été réalisé à partir d’un check disc. Le menu principal est animé et musical.

Edition minimaliste pour Revenger puisque l’éditeur ne livre qu’un petit entretien de Walter Hill et de Michelle Rodriguez (12’), visiblement réalisé à l’occasion de la promotion du film par le journaliste Didier Allouch. Dans un premier temps, le réalisateur monopolise la parole tandis que la comédienne se contente d’acquiescer et de renifler dans le micro Studiocanal. Walter Hill revient sur la genèse de Revenger, sur le budget restreint et le fait de réaliser une série B, sur les partis pris et la BD à l’origine du film. Michelle Rodriguez sort ensuite de sa torpeur et de son rhume pour indiquer à quel point elle s’est sentie femme en incarnant un homme. Merci Michelle.

L’Image et le son

Le master HD (1080p) français de Revenger édité par TF1 Vidéo restitue habilement les volontés artistiques du chef opérateur James Liston (Lost Identity) en conservant un très léger grain cinéma, des couleurs à la fois chaudes et froides, des contrastes léchés ainsi qu’un relief constamment palpable. La compression AVC consolide l’ensemble avec brio, les détails sont légion sur le cadre large et les visages des comédiens, le piqué est aiguisé, les noirs denses, les blancs cramés et la copie éclatante. Les très nombreuses séquences nocturnes jouissent également d’une belle définition, même si les détails se perdent quelque peu.

Pour un film de ce genre, nous nous attendions à un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 plus ardent. En français comme en anglais, la scène latérale distille ses effets avec une étonnante parcimonie et il faut véritablement attendre les quelques séquences d’action pour que la spatialisation se fasse enfin concrète et que le caisson de basses se réveille. Sans grande surprise, la version originale se révèle plus naturelle et riche que la piste française. Les dialogues manquent de punch et d’intelligibilité sous la percutante balance frontale.

Crédits images : © TF1 Vidéo / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

 

Test Blu-ray / Le Cynique, l’Infâme et le Violent, réalisé par Umberto Lenzi

LE CYNIQUE, L’INFÂME, LE VIOLENT (Il Cinico, l’infame, il violento) réalisé par Umberto Lenzi, disponible en combo DVD/Blu-ray le 18 mars 2017 chez The Ecstasy of Films

Acteurs : Maurizio Merli, Tomás Milián, John Saxon, Renzo Palmer, Gabriella Lepori, Claudio Undari, Bruno Corazzari

Scénario : Ernesto Gastaldi, Dardano Sacchetti, Umberto Lenzi d’après une histoire originale de Sauro Scavolini

Photographie : Federico Zanni

Musique : Franco Micalizzi

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Luigi Maietto, dit  ”le Chinois” , jeune truand cynique et ambitieux, vient de s’évader de prison. Son premier souhait est de faire mordre la poussière au responsable de sa condamnation à vie, l’ex-commissaire de police Leonardo Tanzi, en lui envoyant deux tueurs. En dépit de graves blessures, il se fait passer pour mort et se cache à Rome pour y donner la chasse à son persécuteur. Le Chinois, qui se croit débarrassé, a repris son activité au sein de la pègre organisée, en s’associant au « boss » italo-américain Frank Di Maggio pour mieux régner en maître sur la Mafia romaine. Tanzi monte un plan machiavélique pour anéantir Le Chinois en l’opposant à Di Maggio. Une guerre sans merci va débuter.

Au cours des années 70, l’Italie subit les revendications politiques des Brigades Rouges et vit ce que l’on appellera plus tard ses « années de plomb » . Reflet social, le cinéma va exprimer cette violence dans une vague de polars urbains âpres et cruels. Fortement inspirés par des films comme L’inspecteur Harry (1971), Un justicier dans la ville (1974) ou encore French Connection (1971), les réalisateurs Enzo G. Castellari, Fernando Di Léo, Umberto Lenzi, et bien d’autres, vont faire mettre en images violence, vengeance et justice. Franco Nero, Tomás Milián, Fabio Testi, ou Maurizio Merli, vont camper les flics, voyous, mafieux, escrocs ou justiciers, pour le plus grand bonheur des spectateurs.

Celui qui nous intéresse ici est Le Cynique, l’Infâme et le Violent Il cinico, l’infame, il violento (et même The Cynic, the Rat and the Fist en anglais !) réalisé par le prolifique Umberto Lenzi (Maciste contre Zorro, Kriminal, Le tueur à l’orchidée) avec le mythique Tomás Milián, comédien cubain qui alternait les séries B lucratives et les films d’auteur chez Mauro Bolognini, Alberto Lattuada, Valerio Zurlini, Liliana Cavani, Bernardo Bertolucci, Michelangelo Antonioni. A l’heure où certaines villes italiennes sont ratissées par certains gangs organisés et les petits commerçants pillés de toutes parts, Le Cynique, l’Infâme et le Violent agit comme un véritable défouloir dans les salles de cinéma en 1977.

Triomphe public, ce thriller violent n’a sans doute pas l’audace de Big Racket d’Enzo G. Castellari, mais n’en demeure pas moins un reflet de l’Italie d’alors et n’a rien perdu de sa férocité aujourd’hui. Porté par le charisme animal de Tomás Milián d’un côté, de Maurizio Merli de l’autre et du comédien italo-américain John Saxon entre les deux, Le Cynique, l’Infâme et le Violent est un véritable festival de bastons aux bruitages à la Terence Hill / Bud Spencer, de répliques cinglantes (en version originale tout du moins), de règlements de comptes (on y casse des jambes avec un cric, on jette de l’acide au visage d’une femme, on défonce la tête d’un homme à l’aide de balles de golf avant de le donner à bouffer à des dogues allemands), ça défouraille sévère. Le tout en gardant l’air décontracté, la chemise au col pelle à tarte bien ouvert sur le torse poilu où brillent les chaînes en or.

Après La rançon de la peurMilano odia : la polizia non può sparare, Bracelets de sangIl giustiziere sfida la città, Opération casseur Napoli violenta, Le Cave sort de sa planqueIl trucido e lo sbirro, Le Clan des pourrisIl trucido e lo sbirro et surtout Brigade spécialeRoma a mano armata dont il s’agit d’une suite (mais contrairement à Merli, Milian n’incarne pas le même personnage), Umberto Lenzi réunit ses précédentes têtes d’affiche pour Le Cynique, l’Infâme et le Violent, même si Tomás Milián et Maurizio Merli, qui ne se supportaient plus au point d’en venir aux mains, n’apparaissent jamais dans le même plan, y compris lors de l’affrontement final, grâce à un montage malin et très découpé.

Maurizio Merli traverse le film en singeant Franco Nero, au point d’y ressembler de façon troublante sur certains plans, comme si rien ne pouvait l’atteindre, en mettant un coup de poing d’abord et en discutant après. L’intrigue est typique du néo-polar italien aka poliziesco, avec quelques ingrédients directement issus du western et même de Mission Impossible lors d’un casse réalisé à l’aide de quelques gadgets (dont des lunettes à infrarouges pour passer à travers des lasers), et l’on suit avec délectation ces trois intrigues en parallèle, jusqu’à ce que le destin réunisse les trois personnages principaux sur la même scène.

Quarante ans après, Le Cynique, l’Infâme et le Violent demeure un savoureux divertissement, un pur plaisir de cinéma Bis, un petit bijou de l’Eurocrime fait évidemment pour remplir le tiroir-caisse, mais avec une redoutable efficacité doublé d’un vrai sens du spectacle populaire.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray et le DVD du Cynique, l’Infâme et le Violent, disponible chez The Ecstasy of Films, repose dans un élégant boîtier classique de couleur noire. L’élégante jaquette (réversible) saura immédiatement taper dans l’oeil des cinéphiles passionnés de cinéma Bis, et des autres, puisqu’elle reprend l’un des visuels originaux. Le menu principal est animé et musical. La tranche de la jaquette indique que ce titre est le numéro 1 de la collection Eurocrime et la sérigraphie du disque arbore les couleurs du drapeau italien.

Pour cette édition limitée, The Ecstasy of Films propose 1h45 de suppléments ! Autant dire que les fans vont être ravis !

On commence par l’entretien avec le réalisateur Umberto Lenzi (22’). Né en 1931, le cinéaste revient tout d’abord sur son amour du film noir américain, ses études au Centro Sperimentale di Cinematografia, ses débuts au cinéma dans le péplum et dans les films de pirates. Puis, Lenzi aborde son travail dans le giallo et le polizieco avec quelques-uns de ses plus grands succès. Le metteur en scène est visiblement heureux de partager ses souvenirs et de revenir sur la période la plus glorieuse de sa carrière. Evidemment, il n’oublie pas de mentionner les acteurs qu’il a fait tourné à plusieurs reprises, Maurizio Merli et Tomás Milián (« qui avait besoin de se charger avant de tourner »), en insistant sur le fait que les deux comédiens, qui ne pouvaient pas se supporter, ne se sont pas croisés une seule fois sur le plateau du Cynique, l’Infâme et le Violent. Le titre original du film « Insieme per una grande rapina » (Ensemble pour un grand casse), utilisé sur le plateau et même pour la bande-annonce, est gentiment moqué de la part de Lenzi puisque cette idée des producteurs ne correspondait pas du tout au film qu’il était en train de tourner. C’est le réalisateur lui-même qui a ensuite trouvé le titre définitif en s’inspirant bien sûr de Sergio Leone. Ne manquez pas ce rendez-vous bourré d’anecdotes intéressantes.

Réalisée peu de temps avant sa disparition, l’interview de Tomás Milián (13’) est également au programme. Aux côtés d’un chat tranquillement endormi, le comédien passe pas mal de temps à parler (en anglais) de son statut d’immense star en Italie, sur ses collaborations avec les plus grands et son triomphe dans les séries B. Milián s’attarde surtout sur ses diverses collaborations avec Umberto Lenzi, « un réalisateur qui avait besoin de travailler avec moi, car il était sûr de gagner de l’argent ». L’acteur se penche notamment sur sa relation avec le cinéaste, « un rapport amour-haine, car je refusais de faire ce qui ne me plaisait pas ». Dans la dernière partie de cet entretien, Tomás Milián aborde le côté défouloir d’incarner des salauds à l’écran, « cela permet de vider son sac et c’est donc plutôt relaxant », ainsi que sa participation aux dialogues pour ses personnages, en indiquant que chacune de ses trouvailles faisait le bonheur des spectateurs.

C’est avec une grande joie que nous découvrons ensuite un entretien avec le grand John Saxon (16’). Visiblement réalisée pour la télévision allemande, cette interview est étrangement présentée, mais les propos n’en demeurent pas moins spontanés, drôles et toujours intéressants. Tenant toujours la forme à 80 ans, le comédien évoque sa collaboration avec Tomás Milián (« avec qui cela s’est très bien passé »), Maurizio Merli (« qui parlait de lui à la troisième personne  et qui était très satisfait de lui-même […] une grande star, mais qui planait un peu »), Umberto Lenzi (« qui criait beaucoup et qui maudissait tout ce qu’il pouvait »). John Saxon se dit surpris par le regain d’intérêt pour le sous-genre polizieco, dont il savait le succès colossal dans les salles, mais qu’il n’allait pas voir au cinéma, préférant les films d’auteurs dans les petites salles souvent éloignées de la ville. Le comédien revient également sur sa carrière en Italie (dont son premier film La Fille qui en savait trop de Mario Bava en 1963) et son attachement pour le pays et sa culture, étant lui-même d’origine italienne.

Le plus long supplément de cette interactivité s’avère l’entretien avec Franco Micalizzi (36’). Le compositeur à qui l’on doit les thèmes de On l’appelle Trinita, Brigade spéciale, Le Cynique, l’Infâme, le Violent, Quand faut y aller, faut y aller et Attention les dégâts revient ici sur l’ensemble de sa carrière et ses rencontres déterminantes. Sa passion pour la musique, ses débuts, ses influences, sa passion pour le jazz, son travail à la maison de disques R.C.A., son arrivée dans l’industrie du cinéma, tous ces sujets sont abordés avec passion par Franco Micalizzi.

Le dernier bonus est une présentation du Cynique, l’Infâme et le Violent par Mike Malloy (11’). S’il recoupe l’essentiel des modules précédents, notre interlocuteur ne manque pas d’imagination pour parler du film qui nous intéresse avec notamment l’apparition d’un fan de Tomás Milián qui tente d’imposer le portrait de son comédien favori au moment où Malloy évoque Merli et Saxon.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale.

L’Image et le son

Alors là, chapeau ! Jusqu’alors inédit en DVD et Blu-ray, Le Cynique, l’Infâme et le Violent déboule en version restaurée et Haute-Définition chez The Ecstasy of Films. Dès le générique d’ouverture (en français), l’image, au format respecté 2.35, affiche une propreté remarquable et une stabilité jamais prise en défaut, la clarté est de mise, les couleurs sont restituées pimpantes, le grain cinéma bien géré, les contrastes riches, le piqué agréable. La définition flatte les mirettes, la compression demeure discrète. C’est superbe ! Le Blu-ray est au format 1080p.

Propre et dynamique, le mixage italien DTS HD Master Audio Mono ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la musique de Franco Micalizzi . Elle demeure la plus dynamique du lot, mais également la plus virulente et la plus frontale dans ses dialogues par rapport à son homologue à l’adaptation plus « légère ». La version française DTS HD Master Audio Mono pousse un peu trop les dialogues, légèrement chuintants, au détriment des effets annexes. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © OB Films / The Ecstasy of Films / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Tropique du Cancer, réalisé par Edoardo Mulargia et Giampaolo Lomi

TROPIQUE DU CANCER (Al Tropico del Cancro) réalisé par Edoardo Mulargia et Giampaolo Lomi, disponible en combo DVD/Blu-ray le 1er avril 2017 chez Le Chat qui fume

Acteurs : Anthony Steffen, Anita Strindberg, Gabriele Tinti, Umberto Raho, Stelio Candelli, Gordon Felio, Kathryn Witt

Scénario : Anthony Steffen, Giampaolo Lomi, Edoardo Mulargia

Photographie : Marcello Masciocchi

Musique : Piero Umiliani

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Vivant depuis de nombreuses années à Port-au-Prince, le Docteur Williams traîne une réputation de fabricant de drogue. Sa dernière création est un puissant hallucinogène permettant de plonger dans un univers érotique ouvrant sur ses désirs les plus secrets. Peacock, énorme fortune de l’île, pédophile notoire, convoite la formule, tout comme un certain Murdock, fraîchement arrivé en ville. Après avoir caché son invention, Williams voit débarquer un vieil ami, Fred Wright et son épouse Grace. Commence alors une série de règlements de comptes de plus en plus violents, tandis que Grace, au son des tambours vaudous, découvre ses désirs enfouis.

Tropique du CancerAl Tropico del Cancro (1972), est un giallo à part. Alors que les films du genre se déroulent habituellement dans une ville (européenne), de nuit, éclairée froidement ou au contraire avec moult jeux de couleurs baroques, le film coréalisé – enfin c’est à voir, comme cela est expliqué dans les suppléments du Blu-ray – par Edoardo Mularcia (Creuse ta fosse, j’aurai ta peau, El Puro, la rançon est pour toi) et Giampaolo Lomi (assistant sur Les Négriers de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, déjà tourné à Haïti) se déroule sous la chaleur moite et le soleil éclatant d’Haïti. En plus de cette approche singulière et exotique, le giallo est lui-même parasité par un autre genre d’exploitation alors lancé depuis dix ans, le mondo. Ce qui caractérise le mondo est une approche semi-documentaire, proposant des images souvent très crues, destinées avant tout à choquer les spectateurs. Comme qui dirait l’ancêtre du found-footage, puisqu’il s’agit avant tout de renforcer l’immersion de l’audience. C’est donc à la lisière de ces deux genres qu’apparaît Tropique du Cancer.

Le Docteur Williams (Anthony Steffen aka Antonio De Teffè, également coscénariste) vit à Port-au-Prince depuis plusieurs années et semble se consacrer à son travail à l’hôpital. En réalité, Williams s’adonne à des recherches et même à la fabrication de substances illicites. Le scientifique solitaire et misanthrope a mis au point un puissant hallucinogène à haute teneur érotique, ayant pour conséquence de rendre réaliste les fantasmes de celui ou celle qui le respire. La découverte de Williams, aidé dans ses travaux par deux assistants, est parvenue jusqu’aux oreilles d’individus peu scrupuleux, qui souhaitent acquérir la formule par tous les moyens possibles. C’est alors que débarquent Fred (Gabriele Tinti, le « vrai » Don Cesar de La Folie des grandeurs) et son épouse Grace (Anita Strindberg), visiblement pour essayer de relancer leur couple en crise. Tandis que cette dernière tombe immédiatement sous le charme de l’île et de ses habitants, un en particulier, la visite de Fred, ancien ami de Williams, ne semble pas innocente. Pendant ce temps, les deux assistants du docteur se font assassiner. Se pourrait-il que le meurtrier soit le dénommé Peacock, un obèse pédophile qui a la mainmise sur l’île grâce à son argent ? Ou bien encore un certain Murdock, qui vient tout juste d’arriver dans la capitale accompagné d’un homme de main ? Malgré les tensions, Williams ne souhaite pas vendre son invention et l’a dissimulée. Mais les menaces se multiplient.

Tropique du Cancer est plus un film d’ambiances et d’atmosphère qu’un véritable thriller proprement dit, même si les meurtres réalisés par un tueur aux gants de cuir s’enchaînent – en caméra subjective bien entendu – et s’avèrent de plus en plus sauvages. En situant le récit à Port-au-Prince, dans un climat étouffant et anxiogène, les deux réalisateurs créent un malaise constant et inquiétant, d’autant plus qu’ils marquent le film de brisures documentaires, notamment quelques transes, rituels et pratiques vaudou organisés pour les moyens du tournage, mais bel et bien réels, non mis en scène, y compris le sacrifice d’un taureau dont on recueille le sang après égorgement, comme plus tard lors d’une visite d’abattoirs. Sous ce climat lourd et suffocant, nous suivons la course à un aphrodisiaque puissant et révolutionnaire. Là encore, c’est moins cet aspect “espionnage” – à la résolution très décevante il faut bien l’avouer – que le réveil du désir d’une femme qui s’avère le plus intéressant, d’autant plus quand celle-ci est interprétée par la sublime actrice suédoise Anita Strindberg !

Dès l’arrivée de Grace sur le sol de Port-au-Prince, la jeune femme remarque un des employés de l’hôtel où elle a posé ses valises. On sent Grace bouleversée par ce qui lui arrive et cet habitant, lui-même peu indifférent, semble réveiller chez elle quelques fantasmes sexuels jusqu’alors refoulés. Sentiments qui conduisent à la séquence la plus célèbre du film, quand Grace, sous le charme de l’aphrodisiaque distillé à son insu, plonge dans un rêve peuplé de jeunes éphèbes noirs, nus, qui tentent de l’agripper dans un couloir couleur rouge-sang, jusqu’à ce qu’elle tombe dans les bras de celui sur qui elle fantasme depuis son arrivée, le tout bercé par la superbe partition de Piero Umiliani. Magnifique scène graphique qui n’est évidemment pas sans rappeler l’ouverture du Venin de la peur de Lucio Fulci, également interprété par Anita Strindberg.

Film pluriel, à la croisée des genres, à la lisière du fantastique, Tropique du Cancer est finalement un film inclassable et sensuel, curieux, atypique et ambitieux, à la fois divertissant et réflexion sur la sexualité féminine. De grandes qualités qui font oublier les quelques facilités et l’aspect parfois décousu du scénario.

LE BLU-RAY

Le Chat qui fume a mis le turbo depuis la sortie en Blu-ray du Venin de la peur en octobre 2015 ! Après les sublimes éditions HD La Nuit des diables, Exorcisme tragique, La Soeur d’Ursula et Terreur sur la lagune, le félin sort les griffes à nouveau ! C’est au tour de Tropique du Cancer d’arriver dans l’escarcelle – ou la gamelle – du Chat noir. L’objet est magnifique.

Le combo Digipack à trois volets de ce nouveau titre « Exploitation italienne », renferme à la fois le DVD du film, celui alloué aux suppléments et le Blu-ray qui reprend le tout. Sur le verso des volets, nous trouvons trois affiches originales du film. L’ensemble se glisse dans un étui cartonné du plus bel effet, au visuel superbe et attractif. Cette édition limitée à 1000 exemplaires s’avère un véritable objet de collection. Le menu principal est animé et musical. Un service princier.

Comme d’habitude pour ses éditions HD, Le Chat qui fume a mis le paquet concernant les suppléments avec plus d’1h45 de bonus à se mettre sous la dent !

On commence par l’entretien avec le coréalisateur Giampaolo Lomi (32’). Né en 1930 et ne comptant que deux films à son actif en tant que metteur en scène, Tropique du Cancer en 1972 et I Baroni en 1975, Giampaolo Lomi explique que l’idée d’Al Tropico del Cancro vient de lui et de son désir de retravailler en Haïti, où il a vécu 1 an et demi et où il a surtout servi d’assistant-réalisateur sur Les Négriers de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi. Dans un deuxième temps, Lomi insiste sur le fait qu’on lui ait imposé de réaliser Tropique du Cancer en binôme avec Edoardo Mulargia en raison de son manque d’expérience dans le domaine de la fiction. Mais l’argument est aussitôt démenti par l’intéressé qui indique que Mulargia, qui était chargé à la base de superviser le tournage, préférait aller à la plage en lui faisant confiance. Lomi s’accapare donc l’entière paternité du film, sur lequel il revient ensuite plus longuement, les conditions de tournage – en Arriflex 9mm – des scènes de vaudou, le travail avec les comédiens, Anthony Steffen qu’il qualifie de voleur de gros plans et qui s’est imposé pour écrire également le scénario, sans oublier Anita Strindberg, dont il se souvient surtout de la poitrine refaite qu’il a essayé de dissimuler à l’image. Après être revenu sur les personnages et la représentation de l’homme de couleur dans Tropique du Cancer, Lomi aborde un sujet épineux, ses rencontres avec le dictateur François Duvalier ou Papa Doc, qu’il considère comme l’un des chefs d’état les moins cruels « dans le genre » et tente de démontrer ce qu’il a fait pour Haïti, en permettant à la population d’avoir accès à la nourriture. Damn !

Tout ce qui est dit par Lomi est en quelque sorte démenti par le second réalisateur de Tropique du Cancer dans le supplément suivant. Contrairement au module précédent, le document présenté est composé d’entretiens audio avec Edoardo Mulargia (décédé en 2005), ainsi que des propos face caméra du journaliste Davide Pulci, du réalisateur Roger A. Fratter et des comédiens Robert Woods et Marc Fiorini (18’). Dans son interview à l’enregistrement grinçant, Edoardo Mulargia annonce de son côté être l’auteur du film en avançant que Giampaolo Lomi « s’est uniquement occupé de tourner quelques scènes secondaires, mais pas grand-chose […] il n’a pas grand-chose à y voir, même si le film est sorti sous nos deux noms ». Ce sur quoi les autres intervenants réagissent en allant dans ce sens, en expliquant que Lomi s’est probablement occupé de la partie « documentaire » du film, à savoir les scènes de vaudou, alors que Mulargia s’est chargé de tout le reste, autrement dit de la partie fictive et du travail avec les acteurs. Tropique du cancer est ensuite un peu abordé sur la forme et sur le fond, même si ce module s’égare ensuite sur le travail d’acteur de Anthony Steffen avec les interventions de deux comédiens qui lui ont donné la réplique. Dans la dernière partie de ce documentaire, l’intérêt se recentre sur la fin de carrière de Mulargia, placée sous le signe de films érotiques, ce que l’intéressé dément dans son entretien. Plus critique, Davide Pulci indique que Mulargia « était un réalisateur qui n’avait pas vraiment de style notable et ses films sans particularité artistique ou technique ».

C’est ensuite au tour du journaliste Francis Barbier du site DeVilDead.com de prendre la parole pour une analyse indispensable de Tropique du Cancer (27’). Comme il l’indique d’entrée de jeu, ce module contient des spoilers et n’est donc à visionner qu’après avoir vu le film. Outre son attachement pour la belle Anita Strindberg (« avec son corps qui capte le soleil… ») et sa pique sur « cette espèce de vieux con d’Eastwood » quand il aborde le thème du racisme, Francis Barbier croise habilement le fond et la forme du film qui nous intéresse en revenant sur son caractère singulier et transgenre, entre giallo et mondo, sans oublier une touche de blaxploitation. La scène d’hallucination est passée au crible, tout comme le travail des deux réalisateurs, le cadre, l’espace et l’homme de couleur dans le cinéma italien.

Dernier entretien de cette interactivité avec celui du scénariste Fathi Beddiar (25) qui nous présente ses trois gialli préférés. Visiblement peu habitué à l’exercice, l’intéressé s’embrouille quelque peu dans ses propos qui manquent de construction, même si l’ensemble est malgré tout sympathique et intéressant. L’auteur du très bon Colt 45, qu’il a néanmoins renié avec le réalisateur Fabrice Du Welz en raison d’une production catastrophique, essaye tout d’abord de donner sa propre définition du giallo, avant de livrer son top constitué de Gente di rispetto de Luigi Zampa (1975), Le Corps et le Fouet et 6 Femmes pour l’assassin de Mario Bava (1963 et 1964), ainsi que Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento (1975). Si Fathi Beddiar s’égare quelque peu, au moins l’intéressé fait preuve de grandes connaissances du giallo (et du cinéma en général) et son intervention ne manque pas d’attraits.

Egalement au programme, à la fois sur le DVD consacré aux bonus et sur cette édition HD, nous trouvons Tropique du Cancer proposé en mode VHS, en version française et encodé en 1080i sur le Blu-ray. Outre la fibre nostalgique titillée, c’est aussi l’occasion de voir tout le travail effectué du point de vue de la restauration !

Cette section se clôt sur un lot de bandes-annonces de films, celle de Tropique du Cancer, mais aussi celles de films prochainement disponibles chez Le Chat qui fume dont La Longue nuit de l’exorcisme de Lucio Fulci !

Une des éditions indispensables et incontournables de ce premier semestre 2017 sur laquelle devraient se ruer tous les cinéphiles !

L’Image et le son

Une fois passé le générique grumeleux et marqué par quelques rayures verticales, la Haute-Définition prend son envol devant nos yeux sans cesse flattés. Le Blu-ray édité par Le Chat qui fume restitue habilement les volontés artistiques originales en conservant heureusement le précieux grain cinéma ainsi que les couleurs chaudes et clinquantes (voir les carrosseries rutilantes des voitures). Les contrastes sont léchés et le relief étonnamment palpable, tandis que le piqué demeure acéré. Ces partis pris entraînent certes une image parfois plus douce, une sensible perte de la définition sur les nombreux zooms, mais la compression AVC consolide l’ensemble avec brio, les détails sont légion sur le cadre large, les noirs denses et la copie éclatante. Quant à la restauration, elle est souvent sidérante.

Propre et dynamique, le mixage italien DTS HD Master Audio Mono 2.0 ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la musique de Piero Umiliani (Le Pigeon, A cheval sur le tigre). A titre de comparaison, elle demeure la plus dynamique et la plus riche du lot, à tel point que l’on parvient à entendre les maracas jouées par un musicien au fond de l’image. La version française DTS-HD Master Audio Mono 2.0, au doublage particulièrement raté (donc amusant), apparaît plus grinçante, même si comme son homologue, elle apparaît dépourvue de souffle parasite. Le changement de langue est verrouillée à la volée et les sous-titres français imposés sur la version originale.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Invasion des profanateurs, réalisé par Philip Kaufman

L’INVASION DES PROFANATEURS (Invasion of the body snatchers) réalisé par Philip Kaufman, disponible en DVD et Blu-ray le 25 avril 2017 chez Rimini Editions

Acteurs : Donald Sutherland, Brooke Adams, Leonard Nimoy, Jeff Goldblum, Veronica Cartwright, Art Hindle, Kevin McCarthy, Don Siegel, Tom Luddy

Scénario : W.D. Richter d’après le roman de Jack Finney

Photographie : Michael Chapman

Musique : Denny Zeitlin

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Elizabeth s’aperçoit un jour du comportement étrange de son ami. Puis, peu à peu, d’autres personnes se transforment ainsi bizarrement. Pendant leur sommeil, une plante fabrique leur double parfait, tandis que l’original disparaît.

L’Invasion des profanateursInvasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman est bien plus qu’un simple remake du film culte réalisé par Don Siegel en 1956. C’est une fabuleuse relecture du livre original de Jack Finney paru en 1955 (mais publié en 1977 en France sous le titre Graines d’épouvante) qui s’inscrit dans le cinéma hollywoodien des années 1970 placé sous le signe de la paranoïa. De mystérieuses particules venues de l’espace arrivent sur la Terre. A San Francisco, Elizabeth Driscoll (Brooke Adams) cueille une fleur étrange sur un arbre de son quartier et tente de l’identifier, en vain. Intriguée, elle s’en ouvre à son compagnon, sans réussir à éveiller son intérêt. De plus en plus inquiète, Elizabeth se confie à Matthew Bennell (Donald Sutherland), son collègue de bureau au ministère de la Santé. Plus tard, lors d’une réception, Jack (Jeff Goldblum), un ami de Matthew, décide de rentrer chez lui se reposer. Quelques heures après, son épouse constate avec un légitime effroi qu’il s’est transformé en une énorme «cosse», semblable à un embryon.

Près de 40 ans après sa sortie, L’Invasion des profanateurs demeure une référence de la science-fiction. Anxiogène, sombre, le film malmène son audience du début à la fin. Le dénouement aura traumatisé plus d’un spectateur et fait toujours son effet, y compris sur celles et ceux qui connaissent pourtant l’épilogue du film. En transposant ce récit à San Francisco, le réalisateur Philip Kaufman, qui avait auparavant signé en 1972 La Légende de Jesse James avec Cliff Robertson et Robert Duvall (qui fait ici un étrange caméo au début du film dans le rôle du prêtre sur la balançoire), ainsi que le scénario de Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood en 1976, étend la folie et le danger de son invasion éponyme. Paradoxalement, cela renforce l’enfermement des personnages qui tentent de s’échapper. Cette ville extraordinaire et l’une des plus belles filmées au cinéma, s’apparente alors à un terrain de jeu dangereux, où les derniers êtres humains doivent fuir dans des rues souvent désertées. La tension est maintenue tout du long, l’attachement envers les personnages est trouble puisque chacun peut avoir été « répliqué » à un moment ou à un autre.

Le scénario de W.D. Richter, futur réalisateur des Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension (1984) et scénariste des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin de John Carpenter (1986) est un bijou et réserve son lot de surprises. Du point de vue technique, outre la virtuosité de Philip Kaufman et la grande réussite des effets visuels, la photographie de Michael Chapman, l’un des plus grands chefs opérateurs de l’histoire du cinéma (Taxi Driver, Raging Bull, Le Fugitif), renforce cette impression de claustration qui se resserre à mesure que les personnages se voient obliger de courir sans cesse pour échapper aux griffes des envahisseurs. N’oublions pas la partition de Denny Zeitlin, la seule incursion au cinéma du compositeur, qui donne des frissons et envoûte toujours les spectateurs. Evidemment, nous retenons aussi et surtout la performance de comédiens immenses, dominés par un Donald Sutherland en état de grâce et qui passait de grands films en grands rôles, de M*A*S*H de Robert Altman, en passant par Klute d’Alan J. Pakula, Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg, 1900 de Bernardo Bertolucci ou bien encore Le Casanova de Fellini de Federico Fellini. Cependant, sa prestation n’éclipse jamais celle de ses partenaires, notamment une Brooke Adams intrigante et débarquant des Moissons du ciel de Terrence Malick, un Jeff Goldblum âgé de 25 ans et déjà pince-sans-rire, une Veronica Cartwright affrontait déjà des aliens avant celui de Ridley Scott, et surtout un Leonard Nimoy froid comme la glace, qui impressionne à chaque regard ou réplique. Deux apparitions de premier choix sont également au programme, celle de Don Siegel en personne, dans le rôle d’un chauffeur de taxi ambigu, et celle de Kevin McCarthy, premier rôle du film original, qui fait ici le lien avec L’Invasion des profanateurs de sépultures.

A la fois thriller, film d’horreur et de science-fiction, L’Invasion des profanateurs est aussi un film politique angoissant et redoutablement pessimiste, parfait reflet d’une Amérique post-Watergate, en manque de repère et livrée à elle-même, alors que le Siegel reflétait plutôt la peur héritée du maccarthysme. Les derniers êtres humains sont ici les derniers représentants de l’individualité et du libre-arbitre, qui doivent lutter pour préserver ce qu’il leur reste de plus cher, pour ne pas être dupliqué et remplacé par un être programmé, sans haine et sans amour, né dans une cosse, métaphore de la standardisation. Après cette fabuleuse adaptation, Abel Ferrara y reviendra en 1993 avec Body Snatchers, ainsi qu’Oliver Hirschbiegel en 2007 avec Daniel Craig et Nicole Kidman dans Invasion. Les profanateurs feront sûrement leur retour un jour ou l’autre…

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de L’Invasion des profanateurs, disponible chez Rimini Editions, repose dans boîtier classique de couleur noire. Le visuel de la jaquette est très élégant, jouant sur la duplicité du personnage joué par Donald Sutherland. Le menu principal est animé et musical. L’éditeur joint également un livret de 12 pages rédigé par Pascal Montéville et intitulé Invasion(s), que nous retrouvons au cours d’un des suppléments détaillés ci-dessous.

Nous commençons cette large interactivité par l’entretien avec Brooke Adams (9’-2016). Chaleureuse, drôle et visiblement ravie de partager ses souvenirs liés au tournage de L’Invasion des profanateurs, la comédienne entame cette interview en indiquant qu’elle ne connaissait pas le film de Don Siegel. La rencontre et le travail avec Philip Kaufman, la scène de nu, la psychologie des personnages, la collaboration avec ses partenaires de jeu, la photographie de Michael Chapman, Brooke Adams aborde tous ces sujets, sans oublier de nous refaire son « truc avec les yeux » qui a marqué tant de spectateurs.

Dans un module réalisé en 2007, le scénariste W.D. Richter, le réalisateur Philip Kaufman, le directeur de la photographie Michael Chapman, les comédiens Donald Sutherland et Veronica Cartwright reviennent à leur tour sur leur adaptation du livre de Jack Finney (15’). Ces intervenants mentionnent les thèmes du film, les partis pris, les différences avec le film de Don Siegel, le tournage à San Francisco et la surprise de la scène finale.

Ne manquez pas le segment intitulé Une invasion signée Jack Finney (28’), qui donne la parole à Pascal Montéville, enseignant en Sciences Politiques à School Year Abroad de Rennes et qui propose un formidable comparatif entre les films de Don Siegel et Philip Kaufman, mais également des films avec le roman original de Jack Finney, tout en évoquant rapidement les deux adaptations suivantes. Notre interlocuteur passe en revue les thèmes du livre et la façon dont les réalisateurs ont su chacun refléter le climat politique et social de leur époque. Vous en saurez beaucoup plus sur la publication de ce roman qui a su marquer l’histoire de la science-fiction des années 1950. Enfin, Pascal Montéville donne également son point de vue sur le film qui nous intéresse.

Les suppléments suivants sont uniquement disponibles sur l’édition Blu-ray :

On passe à l’interview du comédien canadien Art Hindle, l’interprète du Dr. Geoffrey Howell dans L’Invasion des profanateurs (25’). Aujourd’hui paumé dans les séries B et Z au cinéma et à la télévision, Art Hindle ne cache pas son enthousiasme à évoquer sa participation au film de Philip Kaufman, tout en rappelant qu’il avait également participé au classique Black Christmas (1974) de Bob Clark puis juste après dans Chromosome 3 de David Cronenberg (1979). Très attachant l’acteur parle de son amour pour la science-fiction depuis son enfance et se souvient également que sa mère cinéphile l’avait emmené voir la version de Don Siegel au cinéma. A son tour, Art Hindle aborde le travail avec Philip Kaufman, sa découverte du scénario, les partis pris, le travail du chef opérateur, son personnage, ses partenaires (avec un « Leonard Nimoy merveilleux », une « Brooke Adams formidable» et un « Donald Sutherland froid, distant et un peu dédaigneux »), tout en avouant que L’Invasion des profanateurs est le film sur lequel il a préféré travailler.

C’est ensuite au tour du scénariste W.D. Richter de se pencher sur son travail (16’). Comment transposer le roman original, sans copier le travail déjà effectué par Don Siegel dans sa version du livre de Jack Finney ? Comment le tournage s’est-il déroulé ? W.D. Richter répond à ces questions, tout en avouant que le script était modifié en permanence. Les thèmes, mais aussi les effets visuels, le choix des comédiens, l’apparition de Don Siegel et de Kevin McCarthy, ainsi que la fin tenue secrète jusqu’au dernier moment, y compris pour les acteurs, sont également passés au peigne fin.

Dernier bonus tout aussi indispensable de cette édition HD, celui de la rencontre avec le compositeur Denny Zeitlin (15’). Chose rare dans l’histoire du cinéma, notre interlocuteur, enseignant en psychanalyse n’a composé qu’une seule partition, celle de L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman ! L’intéressé explique comment il est arrivé sur ce projet et comment il a relevé le défi d’écrire la musique du film qui nous intéresse. S’il se dit toujours très fier d’avoir participé à L’Invasion des profanateurs, Denny Zeitlin revient sur la difficulté de cette tâche à laquelle il consacrait entre 18 à 22 heures par jour pendant 10 semaines. Ce documentaire se clôt sur une petite démo au piano, tandis que Denny Zeitlin indique avoir reçu de nombreuses propositions à la sortie du film, mais qu’il a poliment décliné pour se consacrer à sa véritable vie professionnelle.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce. Un très grand merci à Rimini Editions !

L’Image et le son

L’éditeur nous permet de redécouvrir L’Invasion des profanateurs dans de belles conditions techniques, même si les partis pris esthétiques du chef opérateur Michael Chapman, donnent constamment du fil à retordre au codec AVC. Quelques séquences nocturnes demeurent altérées avec des noirs poreux virant au bleu, une baisse de la définition avec des plans flous, un grain plus hasardeux et une gestion des contrastes déséquilibrée. En dépit de diverses scènes à la définition aléatoire et de sensibles fourmillements, la propreté est indéniable et le dépoussiérage conséquent, la copie demeure très appréciable, et l’apport HD (1080p) est loin d’être négligeable. Les séquences diurnes lumineuses sont bien restituées avec parfois un halo de lumière vaporeux fort plaisant. On découvre aussi un lot de détails inédits qui flatte la rétine, d’autant que le cadre est stable et superbement exploité.

Malgré ce qui est mentionné sur la jaquette, point de piste anglaise en 5.1 ! La version originale bénéficie d’un mixage Stéréo qui instaure un confort acoustique convaincant. Cette option séduisante permet à la composition enivrante de Denny Zeitlin de s’étendre convenablement afin de mieux plonger le spectateur dans l’atmosphère du film. Les effets annexes ne tombent jamais dans la gratuité ni dans l’artificialité. De plus, les dialogues ne sont jamais noyés, bien qu’ils auraient pu être un poil plus relevés. Même chose pour la balance frontale, qui assure correctement le spectacle, même si l’on pouvait cependant espérer un ensemble plus riche et dynamique. Les fans de la version française devront se contenter d’une piste mono qui fait ce qu’elle peut pour imposer ses ambiances, les dialogues et la musique. Dommage que les sous-titres français soient imposés sur la version originale. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel. Dans les deux cas, aucun souffle constaté.

Crédits images : © Rimini Editions / MGM / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr