Test Blu-ray / Terminal, réalisé par Vaughn Stein

TERMINAL réalisé par Vaughn Stein, disponible en DVD et Blu-ray le 26 septembre 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs :  Margot Robbie, Simon Pegg, Dexter Fletcher, Max Irons, Mike Myers, Katarina Čas, Nick Moran…

Scénario : Vaughn Stein

Photographie : Christopher Ross

Musique : Anthony Clarke, Rupert Gregson-Williams

Durée : 1h36

Année de sortie : 2018

LE FILM

Dans un terminal de gare comme coupé du monde où des assassins viennent chercher le contrat de leur prochaine mission débarque une femme fatale passée maître dans l’art du déguisement. Tueuse à gages, serveuse ou strip-teaseuse, la blonde létale use de tous les artifices pour se débarrasser de cette fourmilière du crime.

Etrange film que ce Terminal, premier long métrage de Vaughn Stein, ancien assistant et réalisateur de seconde équipe sur des films aussi variés que Pirates des Caraïbes: La fontaine de jouvence, Blanche-Neige et le chasseur, World War Z et Grimsby – Agent trop spécial. Tout ce « pot-pourri » d’influences a probablement nourri son désir de passer lui-même derrière la caméra. Scénariste et metteur en scène, Vaughn Stein livre donc Terminal, une œuvre atypique, qui lorgne sur Sin City de Frank Miller et Robert Rodriguez, mais aussi sur Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, Dark City d’Alex Proyas, Usual Suspects de Bryan Singer, tout en s’appropriant d’autres codes du film noir américain des années 1940-1950. On pense également à La Lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix avec ses personnages romanesques, son esthétique bigarrée et ses ruelles sombres, ici magnifiquement photographié par Christopher Ross (London to Brighton). Des références bien digérées. En dépit d’un manque de rythme et de dialogues abondants, on ne pourra pas reprocher à Terminal son originalité et surtout son incroyable maîtrise formelle qui comblera de nombreux cinéphiles.

Deux assassins professionnels sont engagés dans une mission suicide par un mystérieux employeur qui paye bien. Mais en route, le duo rencontre Annie, peut-être plus impliquée dans leur mission qu’elle ne le dit. Un scénario classique de film noir, mais ici bariolé avec des néons à profusion qui mettent en lumière les incroyables décors de cette œuvre qui s’inspire de la littérature et du cinéma dystopiques. Tourné en Bulgarie dans de véritables bâtiments laissés à l’abandon, Terminal foudroie d’emblée par son approche stylistique où chaque plan est savamment étudié. On plonge donc volontiers dans cet univers singulier, d’autant plus que l’on est invité à suivre la divine Margot Robbie, également productrice. Blonde platine, cigarette au bec, voix rauque, véritable femme fatale, la comédienne joue avec les clichés liés à son personnage, tout en y apportant une touche d’érotisme, pour ne pas dire de sexualité, qui font se damner les hommes qui croisent sa route.

Simon Pegg trouve l’un de ses rôles les plus ambigus, loin de sa gaudriole habituelle et prouve une fois de plus son immense talent. Outre la prestation vénéneuse de Dexter Fletcher (Arnaques, Crimes et Botanique, Kick-Ass) et celle de Max Irons (Les Âmes Vagabondes), jeune recrue au coeur qui saigne pour la blonde aux yeux verts, celui qui tire indéniablement son épingle du jeu est Mike Myers, dont la dernière apparition au cinéma remontait à 2009 dans Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Il est de retour ici dans un rôle à sa mesure, incroyablement grimé et métamorphosé. Seulement voilà, sans vraiment dévoiler l’épilogue, on se doute rapidement de la véritable nature de son personnage et le pseudo-climax ou twist tombe quelque peu à l’eau. Même chose, Vaughn Stein se perd malheureusement dans des dialogues bien trop explicatifs, là où il aurait gagné à laisser planer le mystère sur de nombreux points, comme l’identité de son personnage principal.

Mais bien qu’on se dise « finalement tout ça pour ça », Terminal est un coup d’essai très intéressant, d’autant plus que le réalisateur ne se laisse pas aller à la facilité, en perdant volontairement les spectateurs dans un récit kafkaïen. Pour résumer, Vaughn Stein a sans doute voulu mettre trop de choses dans son premier film. L’absence d’action et le manque de rythme pourront déstabiliser une audience en droit d’attendre que tout ce petit monde s’agite. Pour cela, il faut attendre une bonne heure, une fois que tous les éléments ont été mis en place comme des pièces sur un échiquier, pour que les protagonistes s’affrontent enfin. Les plus téméraires, ou tout simplement ceux qui auront été captivés par la beauté des images, seront alors bien récompensés puisque le dernier tiers réserve son lot de surprises et de règlements de comptes. Terminal dévoile un auteur et un réalisateur ambitieux, à surveiller de près.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Terminal, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal, légèrement animé et bruité, reprend le visuel de la jaquette.

Sur ce DTV, l’éditeur joint deux modules de six minutes chacun, consacrés aux décors du film, puis aux personnages. Les comédiens et le réalisateur, mais aussi le chef opérateur Christopher Ross et les décorateurs interviennent brièvement pour évoquer les intentions et les partis pris de Terminal. Les propos sont évidemment élogieux, tout le monde est en mode promo, tandis que diverses images dévoilent l’envers du décor.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Terminal a été intégralement tourné en numérique. L’édition Blu-ray est donc tout indiquée et même indispensable pour découvrir le film de Vaughn Stein, d’autant plus que cette édition HD est en tout point renversante de beauté. Les partis pris stylisés de la photographie signée Christopher Ross, sont magnifiquement restitués à travers ce transfert qui s’impose comme un disque de référence. Le cadre large fourmille de détails, les contrastes sont spectaculairement denses, le relief omniprésent, le piqué acéré comme la lame d’un scalpel et l’étalonnage spécifique des couleurs est conservé. Le codec AVC consolide tout cela avec une belle fermeté. Resplendissant. L’apport HD demeure omniprésent.

Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes des pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent de tous les côtés, la musique très présente bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, plongeant instantanément le spectateur dans l’action. Les dialogues, y compris les voix-off, ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale tandis que les effets ne cessent d’être balancés de gauche à droite, et des enceintes avant vers les arrières.

Crédits images : © Metropolitan Vidéo /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / First Kill, réalisé par Steven C. Miller

FIRST KILL réalisé par Steven C. Miller, disponible en DVD et Blu-ray le 4 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Bruce Willis, Hayden Christensen, Ty Shelton, Megan Leonard, Gethin Anthony, William DeMeo…

Scénario : Nick Gordon

Photographie : Brandon Cox

Musique : Ryan Franks, Scott Nickoley

Durée : 1h42

Année de sortie : 2017

LE FILM

Will et son fils Danny sont les témoins d’un règlement de comptes. Après avoir été forcé d’aider l’un des braqueurs, Will assiste impuissant à l’enlèvement de son fils. Pour espérer revoir ce dernier vivant, il va devoir coopérer avec les gangsters… à l’insu d’Howell, le chef de la police, qui mène l’enquête.

Décidément, on ne lâche plus le réalisateur Steven C. Miller. Alors que son nous venions de chroniquer le mauvais Evasion 2 : Le Labyrinthe d’Hadès avec Sylvester Stallone, le bougre annonçait déjà son retour avec un nouveau DTV, First Kill. Ce thriller est la troisième collaboration du metteur en scène avec Bruce Willis. Trois DTV en trois ans ! Ainsi donc, après Extraction et Marauders, débarque First Kill, dans lequel le comédien joue une fois de plus de sa moue boudeuse et de son regard de Droopy fatigué. Toutefois, le premier rôle échoue à l’ancien Anakin Skywalker (ne riez pas) Hayden Christensen, à qui la maturité sied bien. Nettement moins endive qu’à ses débuts, l’acteur de 37 ans fait preuve d’une crédibilité qu’on ne lui connaissait guère. Mais malgré toute la bonne volonté du monde, First Kill est un film raté. On ne croit pas une seconde à cette histoire, par ailleurs mal fagotée, bourrée de clichés, sans véritable rythme, même si l’on pourra apprécier les quelques hommages rendus au chef d’oeuvre de Clint Eastwood, Un monde parfait.

Hayden Christensen incarne Will, courtier à Wall Street, sa compagne Laura (Megan Leonard, zéro charisme, transparente) et leur fils Danny (Ty Shelton, qui s’en sort bien mieux que le reste du casting) passent quelques jours dans une maison de campagne, où il a vécu une partie de son enfance. Le jeune père souhaite en profiter pour recréer un lien avec son enfant au cours d’une partie de chasse. Mais les choses tournent mal quand les garçons sont les témoins d’une tentative de meurtre. Will décide de porter secours à l’homme blessé, sans savoir qu’il s’agit d’un dangereux braqueur. Une fois soigné, celui-ci – un dénommé Levi (Gethin Anthony, très bon) – enlève Danny et demande à Will de l’aider à mettre la main sur son butin.

Rien de bien original donc, et l’on a souvent beaucoup de mal à excuser toutes les fautes de (très) mauvais goût, notamment tout ce qui concerne ce rituel du passage à l’âge adulte à travers la chasse. Cette fascination pour les armes à feu est d’ailleurs très gênante, comme si un gamin américain ne pouvait pas devenir responsable et grandir normalement sans avoir fait ses preuves à la gâchette. Mais bon, passons…après il faut voir First Kill pour ce qu’il est. Une série B techniquement soignée, du moins autant que faire se peut (Les séquences tournées à l’aide d’un drone frôlent l’amateurisme), par un réalisateur abonné aux productions médiocres portées par quelques anciennes stars du box-office. Bruce Willis, Nicolas Cage, Sylvester Stallone, John Cusack, sont ainsi passés devant la caméra de Steven C. Miller. Mais celui qui s’en sort le mieux ici est incontestablement Gethin Anthony, Renly Baratheon de Game of Thrones et le Charles Manson de la série Aquarius. Si son rôle rappelle bien évidemment celui de Kevin Costner dans A Perfect World, le comédien tire son épingle du jeu et s’impose avec une belle sensibilité et un charisme qui écrase celui de ses partenaires. L’ami Bruce sort un peu de sa zone de confort, même si tout ce qui concerne son personnage est finalement sans surprise.

First Kill est un petit thriller honnête, pas détestable, divertissant, que l’on peut mettre en fond tout en faisant quelque chose d’autre et sans jamais perdre le fil.

LE FILM

Quelques semaines après Acts of Violence, le nouveau DTV de Bruce Willis déboule en DVD et Blu-ray dans les bacs. Le visuel de la jaquette fait évidemment la part belle à celui qui fût John McClane il y a très longtemps, ce qui attirera sûrement le chaland. Le menu principal est fixe et musical.

Aucun supplément.

L’Image et le son

« Bien, mais pas top » comme la mention du Commissaire Bialès lors de son entrée à l’école de police de Nice dans La Cité de la peur. Ce master HD de First Kill assure au niveau des gros plans, comme le crâne luisant de Bruce Willis, mais l’image saccade souvent et nous constatons également divers moirages. Même chose au niveau de la colorimétrie avec des teintes vertes qui bavent et qui ne flattent guère les mirettes. Sinon le piqué est à l’avenant, la clarté de mise et toutes les scènes tournées en forêt possèdent un relief évident.

Les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 créent un espace d’écoute suffisamment plaisant en faisant la part belle à la musique. Quelques ambiances naturelles (la pluie) et déflagrations percent les enceintes latérales sans se forcer mais avec une efficacité chronique, tandis que le caisson de basses distille ses effets avec ardeur comme lors de la poursuite. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue s’effectue via le menu contextuel.

Crédits images : ©GEORGIA FILM FUND 49, LLC / Studiocanal /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Hangman, réalisé par Johnny Martin

HANGMAN réalisé par Johnny Martin, disponible en DVD et Blu-ray le 5 septembre 2018 chez AB Vidéo

Acteurs :  Al Pacino, Karl Urban, Brittany Snow, Joe Anderson, Sarah Shahi, Sloane Warren, Chelle Ramos, Steve Coulter…

Scénario : Michael Caissie, Charles Huttinger

Photographie : Larry Blanford

Musique : Frederik Wiedmann

Durée : 1h38

Année de sortie : 2017

LE FILM

Un vétéran de la police, Ray Archer, et un jeune profiler, Will Ruiney, traquent ensemble un tueur en série qui s’inspire du jeu du Pendu pour tuer ses victimes et terroriser la population. Une journaliste, Christi Davies, les seconde dans leur traque.

En attendant un possible revival dans The Irishman de Martin Scorsese dans lequel il tiendra le rôle de Jimmy Hoffa, et dans Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino, on ne peut pas dire que les années 2000-2010 soient véritablement ambitieuses pour Al Pacino. Depuis près de quinze ans, la légende vivante se repose bien sur ses lauriers en enchaînant les films sans intérêt : La Recrue de Roger Donaldson, Two for the Money de D. J. Caruso, 88 minutes et La Loi et l’ordre de Jon Avnet, et bien d’autres. A part quelques sursauts comme les sympathiques Les Derniers Affranchis de Fisher Stevens et Manglehorn de David Gordon Green, sans oublier La Vérité sur Jack (You Don’t Know Jack) de Barry Levinson pour la télévision, Al Pacino a tendance à se la couler douce. Ce n’est pas Hangman qui va déroger à la règle. Ce thriller mou du genou essaye de retrouver l’ambiance des films de genre des années 1990, Se7en de David Fincher notamment ou Copycat de Jon Amiel, mais sans jamais y parvenir. Platement réalisé, Hangman se contente d’enchaîner les scènes à la va-comme-je-te-pousse, en se reposant sur un trio d’acteurs qui assure le minimum syndical.

Al Pacino, coiffé comme un dessous-de-bras, mais au charisme toujours intact, donne la (mauvaise) réplique à un Karl Urban qui plisse les yeux pour montrer que son personnage réfléchit. Entre les deux, s’immisce une belle journaliste du New York Times, interprété par la pétillante Brittany Snow, révélation de Hairspray version 2007, vue depuis dans la trilogie Pitch Perfect. Cette dernière souhaite suivre le quotidien des forces de l’ordre et choisit comme par hasard le type chargé de l’affaire du siècle. Un serial killer (un quoi ?) semble vouloir s’amuser à jouer au Pendu grandeur nature et surtout pour de vrai en semant des victimes accrochées n’importe où. Sur chaque corps, une lettre est retrouvée gravée sur l’abdomen. Pour l’aider dans son enquête, Will Ruinet (Karl Urban donc), fait appel Ray Archer, à un ancien flic déglingué, qui préfère faire le plancton devant une boutique à traquer les voleurs à la tire, plutôt que d’aller taquiner le goujon. Alors forcément, quand un mec décide d’assassiner tous les soirs à 23h, Ray n’hésite pas à venir donner un coup de main.

En apparence en fait, car durant près d’1h40, on a franchement l’impression qu’Al Pacino ne fait rien, à part observer ce qui se passe autour de lui, en ouvrant la bouche et en écarquillant les yeux. C’est malheureux à dire, mais rien ne fonctionne dans Hangman et l’on se demande constamment ce qui a pu attirer une star de cette envergure dans ce genre de production. S’il n’égale pas son complice Robert de Niro dans le genre « je me vautre dans la mélasse pour payer mes impôts », le sieur Pacino semble lui-même trouver le temps long ici et on le comprend. Les raccourcis sont impressionnants puisque toutes les pistes suivies par les protagonistes se font quasiment au cours d’un dialogue. « Tiens j’ai lu le rapport de la morgue… », « Au fait, on a retrouvé des traces de… », dialogue principalement suivi d’un « OK, on y va ! ». Et ainsi de suite jusqu’à la confrontation finale, complètement ratée.

Réalisé par un certain Johnny Martin, qui a oeuvré comme cascadeur sur plus de 160 films et en tant que responsable de la deuxième équipe (notamment sur Hell Driver, Tokarev et USS Indianapolis), puis metteur en scène du fort médiocre Vengeance avec notre Nicolas Cage adoré et Don Johnson, Hangman n’est pas « déplaisant », c’est juste qu’il est complètement anecdotique, cliché, et qu’on a déjà vu ça des centaines de fois. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Hangman, disponible chez AB Vidéo, repose dans un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette est attractive et élégante. Le menu principal est animé et musical.

Outre la bande-annonce en version française, nous trouvons une mini-featurette (6’) composée d’interviews de l’équipe du film. Débrouillez-vous pour savoir qui intervient puisque les noms n’apparaissent pas à l’écran. Si l’on reconnaît évidemment les têtes d’affiche, bonne chance pour les autres ! Les comédiens sont en mode promo, racontent l’histoire et présentent les personnages.

L’Image et le son

A défaut d’être irréprochable, le master HD de Hangman demeure tout de même de haut niveau. La photo de Larry Blanford (Les 4 fantastiques et le Surfer d’argent) aux teintes froides et bleutées trouve ici un joli écrin respectueux, le relief est parfois appréciable et les noirs sont concis. En revanche, le piqué manque parfois de mordant, les séquences sombres se révèlent moins pointues et détaillées, les détails se perdant quelque peu sur le cadre large.

Du côté acoustique, les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 créent un espace d’écoute suffisamment plaisant en faisant la part belle à la musique et à quelques effets latéraux. Des ambiances naturelles percent les enceintes arrière sans se forcer mais avec une efficacité chronique. Le doublage français est convaincant et que les fans soient rassurés, José Luccioni prête sa voix cette fois encore à Al Pacino et ce depuis Heat en 1995. Les sous-titres français sont imposés et le changement de langue impossible pendant le visionnage nécessite le recours au menu pop-up. L’éditeur joint également deux pistes Stéréo qui assurent le spectacle.

Crédits images : ©2017 HANGMAN PRODUCTIONS, LLC / AB Vidéo /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Strangers : Prey at Night, réalisé par Johannes Roberts

THE STRANGERS : PREY AT NIGHT réalisé par Johannes Roberts, disponible en DVD et Blu-ray le 21 août 2018 chez TF1 Studios

Acteurs :  Christina Hendricks, Martin Henderson, Bailee Madison, Lewis Pullman, Damian Maffei, Emma Bellomy…

Scénario : Bryan Bertino

Photographie : Ryan Samul

Musique : Adrian Johnston

Durée : 1h25

Année de sortie : 2018

LE FILM

Une famille s’arrête pour la nuit dans un parc de mobile home isolé qui semble complètement désert. Une jeune femme étrange frappe à leur porte…. C’est le début d’une terrible nuit d’horreur : pris pour cible et poursuivis sans relâche par trois tueurs masqués, chacun devra lutter pour sauver sa peau dans un jeu de cache-cache impitoyable.

The Strangers : Prey at Night est la suite de The Strangers de Bryan Bertino (ici scénariste et producteur), grand succès critique et commercial de l’année 2008 (82 millions de dollars de recette pour un budget de 10 millions), même si le film était resté inédit dans les salles françaises. Dix ans plus tard, les producteurs décident de faire revenir leurs psychopathes masqués, qui s’en prennent cette fois-ci à toute une famille, deux parents et leurs deux enfants étudiants, dans une unité de lieu (un parc isolé) et de temps (une nuit). Pour ce nouvel opus au budget plus conséquent, la mise en scène a été confiée au réalisateur Johannes Roberts, remarqué en 2012 avec Storage 24 et son film à requins 47 Meters Down en 2017. S’il ne révolutionne rien dans le genre, The Strangers : Prey at Night ne se fout pas de la tronche des spectateurs et réserve son lot de séquences impressionnantes, violentes et graphiques, qui le placent bien au-dessus de la moyenne des productions du même acabit qui pullulent dans les salles au sol jonché de popcorn.

Inspiré de faits réels…

Johannes Roberts revendique ses influences, en particulier John Carpenter. Christine et Halloween : La Nuit des masques notamment, mais avec également une touche de Scream de Wes Craven et du premier Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. A l’instar de David Robert Mitchell pour son incroyable It Follows, le cinéaste parvient à digérer ses références, à se les approprier, sans les singer. Grâce à sa maîtrise formelle, Johannes Roberts réussit à nous faire accepter le comportement souvent invraisemblable des personnages, qui aurait pu rendre ridicule toute l’entreprise de ce slasher et survival. The Strangers : Prey at Night est constamment ponctué par des scènes marquantes avec une subtile utilisation de la profondeur de champ, du cadre, de la photographie très contrastée et du décalage constant avec la bande-originale très eighties qui convoque à la fois Kim Wilde (Kids in America en intro, Cambodia), Air Supply et Bonnie Tyler. Par ailleurs, la séquence de la piscine (comme It Follows) où l’un des protagonistes affronte le tueur masqué, sur fond du cultissime Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler est l’un des grands moments du film, celui dont parlent tous les spectateurs à la fin, probablement le passage qui restera. Du point de vue interprétation, les comédiens font le boulot sans se forcer, mais cela reste très plaisant de revoir Christina Hendricks, éternelle Joan de la série Mad Men.

« Pourquoi faites-vous ça ? »

« Pourquoi pas ? »

Le fait de réduire les protagonistes et victimes potentielles à quatre, entraîne une plus grande empathie des spectateurs pour les personnages. Contrairement à la plupart des films du même acabit, nous n’attendons pas avec impatience comment un tel va être trucidé, mais plutôt comment l’individu en danger pourrait s’en sortir, en espérant qu’il y arrive. Les assassins masqués quasi-mutiques sont menaçants à souhait, notamment les deux nanas, alias Dollface et la Pin-up, les sursauts sont fréquents sans que le réalisateur ait recours au sempiternel jump scare gratuit. N’oublions pas l’excellente utilisation du décor, un parc de mobile homes déserté, qui devient un terrifiant plateau de jeu géant, où se retrouvent pourchassés les personnages par des tueurs qui semblent n’avoir aucune autre motivation que de les massacrer les uns après les autres. The Strangers : Prey at Night est au final un film d’horreur fort sympathique, divertissant, élégant, en un mot réussi.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de The Strangers : Prey at Night, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé musical.

L’interactivité démarre par un vidéoclip de Tiffany, intitulé I Think We’re Alone Now. Tourné en caméra subjective, nous suivons deux des tueurs du film se préparer avant d’aller terroriser leurs victimes (2’30).

S’ensuit un module consacré à la bande-originale du film (2’45) au cours duquel le réalisateur Johannes Roberts évoque son admiration pour John Carpenter et l’utilisation des chansons des années 1980 afin de créer le malaise avec ce qui déroule à l’écran.

L’interactivité se clôt sur un court segment (3’45) constitué d’interviews de l’équipe, qui se contente principalement de présenter les enjeux de cette suite et les personnages.

L’Image et le son

On frôle l’excellence : relief, piqué, contrastes (impressionnants), densité des noirs, on en prend plein les yeux. Les teintes froides s’allient avec les gammes chatoyantes et chaque détail aux quatre coins du cadre large est saisissant. Ce transfert immaculé soutenu par un encodage AVC solide comme un roc laisse pantois. Le master HD permet de se plonger dans le film dans les meilleures conditions possibles. La majeure partie du film se déroulant dans le noir, nous vous conseillons de le visionner dans une pièce très sombre.

Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes des pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent, la musique bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, plongeant instantanément le spectateur dans l’ambiance. Les dialogues ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale. N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle ardemment à ce spectacle acoustique aux effets percutants. Les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont également disponibles.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Engrenages, réalisé par David Mamet

ENGRENAGES (House of Games) réalisé par David Mamet, disponible en DVD et Blu-ray le 4 septembre 2018 chez ESC Editions

Acteurs :  Lindsay Crouse, Joe Mantegna, Mike Nussbaum, Lilia Skala, J.T. Walsh, Willo Hausman, Karen Kohlhaas, Steven Goldstein, Jack Wallace, William H. Macy…

Scénario : David Mamet

Photographie : Juan Ruiz Anchía

Musique : Alaric Jans

Durée : 1h42

Année de sortie : 1987

LE FILM

Le docteur Margaret Ford, brillante psychanalyste, considérée comme trop froide par ses clients, est un jour poussée à bout par un de ses patients, Billy Haln, qui la menace de se suicider si elle ne l’aide pas à honorer ses dettes de jeu vis-à-vis d’un certain Mike. Margaret accepte. Elle se rend à la maison de jeux et découvre un univers qui la fascine. Mike et ses amis, après avoir tenté de la plumer, lui démontrent quelques-unes de leurs arnaques favorites. Pour Margaret, c’est l’engrenage et sa vie rigide va tout à coup être bouleversée par cette passion.

A la barre d’EngrenagesHouse of Games, il y a le dramaturge, producteur, réalisateur, scénariste et essayiste américain David Mamet. Né en 1947, lauréat du Prix Pulitzer en 1984 pour Glengarry Glen Ross, cet auteur de renom débute sa carrière à Hollywood en signant les scénarios du Facteur sonne toujours deux fois de Bob Rafelson (1981), Le Verdict de Sidney Lumet (1982) pour lequel il est nommé à l’Oscar et Les Incorruptibles de Brian de Palma (1987). Trois chefs d’oeuvre. Il décide de passer derrière la caméra avec Engrenages, son premier long métrage, dont il cosigne l’histoire avec le comédien et scénariste Jonathan Katz. Tout ce qui fera la renommée des films de David Mamet, à l’instar de La Prisonnière espagnole, se retrouve déjà dans ce coup d’essai. Radiographie de l’âme humaine, scénario empreint de psychologie, forme quasi-anachronique et inspirée du cinéma américain des années 1950, solide direction d’acteurs, élégance omniprésente, récit passionnant. Engrenages est un savoureux tour de force.

Margaret Ford est une psychanalyste solitaire qui bénéficie d’une certaine renommée, en particulier depuis la publication d’un livre intitulé Driven: Compulsion and Obsession in Everyday Life, dont les ventes lui assurent un revenu confortable. Lors d’une séance de psychanalyse, Billy, un joueur compulsif, lui confie qu’il doit la somme de 25 000 dollars à un criminel et qu’il sera probablement abattu s’il ne s’acquitte pas de sa dette. Le soir venu, Margaret décide de se rendre dans un bar appelé The House of Games pour y rencontrer l’homme dont Billy lui a parlé – un certain Mike, dont la jeune femme fait rapidement connaissance. Mike lui propose un deal : il efface l’ardoise de Billy, qui en réalité s’élève à seulement 700 dollars, si elle l’aide à gagner une partie de poker en observant les tics de son adversaire. Margaret accepte, et débute alors une expérience qui va peu à peu confronter les théories de la psychanalyste à une troublante réalité…

Engrenages est l’histoire d’une femme aux désirs refoulés qui se retrouve face à sa propre psyché, à la tentation et au passage à l’acte. Jusqu’alors, le personnage impeccablement interprété par Lindsay Crouse (La Castagne, Le Prince de New York) au regard glacial, se contentait de guérir et de soulager les maux de ses patients, sans penser une seconde à sa propre existence. Ne vivant que pour son métier et ses patients, Margaret commence à perdre le fil de ses pensées, en faisant notamment quelques lapsus révélateurs, en mentionnant « pressions » au lieu de « passions ». Suite à une affaire en cours, elle décide de sortir de sa zone de confort et plonge malgré elle dans le monde de la nuit peuplé d’escrocs, en rencontrant notamment un expert, Mike, incarné par le toujours classe Joe Mantegna (Le Parrain 3, la série Esprits criminels). Sa véritable nature va alors éclore au fur et à mesure que Margaret apprend les rudiments d’arnaques en tous genres. Mais de par son métier qui exige contrôle et dans un sens manipulation, Margaret acceptera t-elle de se retrouver face à plus fort qu’elle et surtout de devenir victime d’un jeu qu’elle pensait alors contrôler ? Lequel de ces deux professionnels parviendra à prendre le dessus sur l’autre ?

House of Games, c’est le lieu où se réunissent celles et ceux qui ont décidé de prendre l’ascendant sur ceux qu’ils ont désignés comme leurs proies, en les arnaquant et en profitant de leur crédulité. En pénétrant dans ce lieu, Margaret voit s’animer tout ce qu’elle dissimulait au plus profond d’elle-même, sous l’apparence d’une psy stricte, corsetée dans un tailleur droit, qui préfère passer ses soirées à peaufiner ses dossiers en cours, plutôt que de penser à elle. La rencontre avec Mike va non seulement réveiller en elle ses instincts dissimulés, ses envies compulsives, mais également sa sexualité.

Les films de David Mamet donnent toujours cette impression d’avoir été tournés en N&B. Engrenages ne fait pas exception. Avec ses angles de caméra insolites, sa musique jazzy, ses rues au bitume détrempé après la pluie, ses nombreux gros plans, le film prend la forme d’un polar made in fifties, mais en couleur. Sans en dévoiler davantage, disons que l’ombre de Pas de printemps pour Marnie d’Alfred Hitchcock (1964) plane constamment sur Engrenages. David Mamet signe un vrai coup de maître, jouant constamment avec les apparences et les faux-semblants, probablement encore plus passionnant aujourd’hui qu’à sa sortie.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Engrenages, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

ESC Editions fait décidément confiance à Mathieu Macheret, qui réalise une fois de plus une analyse du film qui nous intéresse (21’30). Le critique cinéma pour Le Monde présente tout d’abord le parcours et l’oeuvre de David Mamet, à travers ses thèmes récurrents, mais se trompe en avançant que ce premier long métrage est l’adaptation d’une des pièces de son auteur. Puis, Engrenages est abordé à la fois dans le fond, mais aussi sa forme. Si le journaliste paraphrase parfois l’histoire, tout en se gardant bien d’en dévoiler les principaux rebondissements, les arguments avancés sont souvent passionnants et mettent en valeur l’intelligence d’un scénario sur lequel repose entre autres la très grande réussite du film.

L’Image et le son

Merci à ESC Editions d’avoir exhumé ce titre tombé dans l’oubli, qui était sorti en DVD il y a près de quinze ans chez MGM / United Artists ! A cette occasion, la copie a été restaurée. Cela se voit, même si on dénombre encore quelques points blancs et pas mal de points noirs qui ont échappé au Biactol numérique, surtout lors du changement de bobine. Cela n’empêche pas la copie d’être lumineuse et stable. Les couleurs retrouvent un réel éclat (voir les bleus et les rouges), le grain argentique est heureusement conservé. Toutefois, la définition est parfois chancelante au cours d’une même séquence avec quelques flous sporadiques. Mais cela n’entame en rien le plaisir de (re)voir cet excellent premier long métrage de David Mamet.

Deux pistes DTS HD Master Audio 2.0 au programme. Evitez la version française, d’autant plus que les dialogues sont souvent sourds et mis trop en avant. La piste anglaise est plus naturelle et aérée, même si un léger souffle se fait entendre. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © MGM / United Artists / ORION / ESC EDITIONS / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Scorpio, réalisé par Michael Winner

SCORPIO réalisé par Michael Winner, disponible en DVD et Blu-ray le 21 août 2018 chez ESC Editions

Acteurs : Burt Lancaster, Alain Delon, Paul Scofield, John Colicos, Gayle Hunnicutt, J.D. Cannon, Joanne Linville, James Sikking…

Scénario : David W. Rintels, Gerald Wilson

Photographie : Robert Paynter

Musique : Jerry Fielding

Durée : 1h55

Année de sortie : 1973

LE FILM

Cross, un agent confirmé de la CIA, a autrefois pris sous son aile Laurier, une nouvelle recrue, et lui a tout appris au sujet de l’espionnage. Aujourd’hui coéquipiers, le vétéran ressent que ses supérieurs se montrent distants à son égard et il ne se trompe pas. En effet, ils ont chargé son ancien élève de l’éliminer ! Cross s’enfuit alors à Vienne pour retrouver un ami travaillant pour les services secrets soviétiques…

Installé aux Etats-Unis depuis le début des années 1970 après le succès des Collines de la terreurChato’s land, le cinéaste britannique Michael Winner (1935-2013) vient de connaître son premier triomphe à Hollywood avec L’Homme de la loiLawman avec Burt Lancaster. Il a alors le vent en poupe et enchaîne avec Le CorrupteurThe Nightcomers (1971) avec Marlon Brando, puis surtout Le FlingueurThe Mechanic (1972) et Le Cercle noirThe Stone killer (1973) qui installent le mythe Charles Bronson. Juste avant l’explosion d’Un justicier dans la ville, Michael Winner collabore à nouveau avec Burt Lancaster pour Scorpio, thriller d’espionnage dans lequel la star retrouve son partenaire du Guépard, Alain Delon, dix ans après l’adaptation de Giuseppe Tomasi di Lampedusa par Luchino Visconti. Scorpio est l’antithèse des épisodes de James Bond qui fleurissaient alors depuis 1962. Michael Winner refuse l’action spectaculaire au profit d’une étude psychologique de ses personnages, prisonniers malgré-eux de la conjoncture politique internationale et du changement du fonctionnement de leur institution. S’il n’est pas aussi connu que ses autres films, Michael Winner signe pourtant une de ses œuvres les plus riches et complexes.

Gerald Cross est un ancien agent expérimenté de la CIA, ayant tué durant sa carrière d’espion, qui a pris sous sa coupe le jeune Jean Laurier surnommé Scorpio, afin de le former et éventuellement le remplacer. Cross enseigne à son poulain à se protéger autant de ceux qui l’emploient que de ses adversaires. La CIA, en la personne de McLeod, soupçonne Cross de trahison, comme agent-double, au profit de l’Union Soviétique. L’occasion de se servir de Laurier, accusé de trafic de stupéfiant par un montage, permet de suivre la trace de Cross parti en Europe à la recherche de son épouse Sarah. Laurier, ambitieux, qui aimerait justement être enrôlé à la CIA, accepte de trahir son ex-mentor. Cependant, en agent expérimenté, Cross réussit à déjouer les multiples pièges tendus par Laurier et son équipe, et parvient à se réfugier à Vienne. Il découvre alors que sa femme a été assassinée.

Ça ne rigole pas dans Scorpio ! Beaucoup plus proche des romans (et de leurs transpositions au cinéma) des œuvres de John le Carré que de celles de Ian Fleming, le film de Michael Winner ne craint pas de développer ses personnages là où les spectateurs attendaient peut-être des scènes d’action et des règlements de comptes. Ce qui attire évidemment en premier lieu dans Scorpio, c’est la confrontation, mais aussi le passage de témoin entre les deux têtes d’affiche. La complicité des deux personnages (et des acteurs) est évidente dans la première partie, celle où Cross, vieux briscard sur le point de mettre un terme à ses activités, enseigne tout ce qu’il sait à son jeune protégé Laurier, alias Scorpio, sobriquet qui lui vient de sa capacité à se mouvoir très vite et à se sortir des mauvaises situations. Tout irait pour le mieux pour ces deux hommes qui ont un profond respect l’un envers l’autre, jusqu’à ce que cet organisme indépendant et tentaculaire, pour ne pas dire criminel et même mafieux qu’est la CIA les dresse au rang d’adversaires.

Parallèlement, ce sont deux écoles de cinéma, deux générations qui s’affrontent à l’écran. Agé de 60 ans au moment du tournage, Burt Lancaster démontre qu’il en a encore sérieusement sous le capot et qu’il n’est pas prêt à se laisser bouffer par le jeune loup Delon. Ce dernier, ami de Burt Lancaster dans la vie, est de son côté prêt à tout pour s’élever au rang de son aîné et apporte avec lui son bagage « melvillien ». Impossible de ne pas penser au Samouraï quand le comédien apparaît avec son imperméable, les mains dans les poches. C’est ce rapport quasi-méta qui s’installe dans Scorpio et ce qui en fait sa qualité principale.

Certains spectateurs pourront trouver le temps long, car le film est assez bavard quand il détaille les méthodes des bureaucrates et des technocrates, ainsi que leur stratégie à adopter pour mettre la main sur Cross, mais Michael Winner, en pleine possession de ses moyens, parvient à maintenir un rythme, certes languissant, mais en maintenant l’intérêt. Un jeu du chat (les félins sont d’ailleurs bien présents) et de la souris s’instaure entre Paris, Washington DC et Vienne où plane l’ombre du Troisième homme de Carol Reed, avec comme point d’orgue une phénoménale course-poursuite entre les deux personnages principaux, dans le décor du chantier du métro viennois en construction. Une longue scène d’action menée à cent à l’heure sur la sublime composition de Jerry Fielding, où les comédiens effectuent leurs impressionnantes cascades sans être doublés.

Profondément pessimiste, Scorpio est un film d’espionnage ambigu et crépusculaire, qui mérite d’être sérieusement reconsidéré.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Scorpio, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Le premier module disponible dans la section des suppléments, est une brillante analyse de Scorpio par Olivier Père (23’). Le journaliste, critique de cinéma, directeur général d’Arte France cinéma et directeur cinéma à Arte France replace tout d’abord le film qui nous intéresse dans l’oeuvre de Michael Winner, ainsi que le parcours de ce dernier, ses succès, notamment sa collaboration avec Charles Bronson. Puis, Olivier Père revient de manière plus approfondie sur les thèmes de Scorpio, ses personnages, leurs liens, tout en évoquant le contexte historique du film, les Etats-Unis plongés en pleine paranoïa après l’assassinat de JFK et l’Affaire du Watergate. Olivier Père défend le cinéma de Michael Winner, dresse quelques parallèles entre Scorpio et Le Flingueur, sans oublier de parler des partis pris du metteur en scène.

Le second bonus donne la parole à Jean-Claude Messiaen (20’). Critique et réalisateur, ce dernier raconte qu’il était attaché de presse au début des années 1970 pour le compte des Artistes Associés. De ce fait, il avait réussi à se faire engager sur le tournage du film de Michael Winner, encore intitulé à l’époque «Danger Field », pour suivre le réalisateur à Paris, avec lequel il entretenait jusqu’à présent qu’une correspondance écrite. Jean-Claude Messiaen évoque surtout la méthode du cinéaste, sa rencontre avec Burt Lancaster, ainsi que les thèmes de Scorpio qu’il résume par “la fin des idéologies”.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

En France, le film de Michael Winner n’était disponible qu’en DVD chez MGM dans une version non restaurée. C’est donc avec un très grand plaisir que nous redécouvrons Scorpio en Haute-Définition grâce aux bons soins d’ESC Editions. Malgré un grain aléatoire, heureusement conservé ceci dit, les scènes diurnes et nocturnes sont logées à la même enseigne et formidablement rendues avec ce master nettoyé de presque toutes défectuosités. Mis à part un générique vacillant et très grumeleux, les contrastes du chef opérateur Robert Paynter (Superman II, Série noire pour une nuit blanche), retrouvent une nouvelle densité. Les nombreux points forts de cette édition demeurent la beauté des gros plans (voir les yeux bleus des deux comédiens principaux), la propreté du master (hormis quelques points blancs), les couleurs souvent ravivées et le relief des scènes en extérieur jour avec des détails plus flagrants. Quelques fléchissements de la définition, mais rien de rédhibitoire. Enfin, le film est proposé dans son format d’origine 1.85.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0 sont propres, efficaces et distillent parfaitement la musique de Jerry Fielding. La piste anglaise ne manque pas d’ardeur et s’avère la plus équilibrée du lot. Au jeu des différences, la version française apparaît plus sourde. Aucun souffle constaté sur les deux pistes.

Crédits images : © MGM / Les Artistes Associés / ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Le Fidèle, réalisé par Michaël R. Roskam

LE FIDÈLE réalisé par Michaël R. Roskam, disponible en DVD le 2 juillet 2018 chez Pathé

Acteurs : Matthias Schoenaerts, Adèle Exarchopoulos, Jean-Benoît Ugeux, Eric De Staercke, Nabil Missoumi, Thomas Coumans, Nathalie Van Tongelen, Fabien Magry…

Scénario : Thomas Bidegain, Noé Debré, Michaël R. Roskam

Photographie : Nicolas Karakatsanis

Musique : Raf Keunen

Durée : 2h04

Année de sortie : 2018

LE FILM

Lorsque Gino rencontre Bénédicte, c’est la passion. Totale. Incandescente. Mais Gino a un secret. De ceux qui mettent votre vie et votre entourage en danger. Alors Gino et Bénédicte vont devoir se battre envers et contre tous, contre la raison et contre leurs propres failles pour pouvoir rester fidèles à leur amour.

Dès Bullhead, Michael R. Roskam (de son vrai nom Michaël Reynders) a toujours livré des films hybrides, ce qui en fait à la fois leur force, mais aussi et surtout leur faiblesse. Son premier long métrage était à la fois un drame puissant et un thriller ennuyeux. Même chose pour son deuxième film, Quand vient la nuit, drame et polar adapté d’un roman de Dennis Lehane, qui avait souvent le cul entre deux chaises. Aucune surprise donc pour Le Fidèle, mélange de romance passionnelle et de film noir. Le problème, c’est que rien, absolument rien ne fonctionne cette fois. Si Quand vient la nuit la meilleure œuvre de Michael R. Roskam à ce jour – fonctionnait, c’était grâce à l’environnement typiquement américain, la langue anglaise aussi probablement, avec au final un exercice de style réussi et bien interprété, y compris par Tom Hardy, pour une fois supportable. Dans Le Fidèle, projet mûri depuis l’écriture de Bullhead, le gros problème provient à la fois de ses deux têtes d’affiche, Matthias Schoenaerts et Adèle Exarchopoulos, irritants et qui ne dégagent absolument rien à l’écran, mais aussi de son mix de genres que le réalisateur belge ne maîtrise absolument pas.

Si’ l’on pouvait sauver certaines choses dans Bullhead (nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère), notamment l’intense interprétation de Matthias Schoenaerts qui crevait littéralement l’écran, ainsi que dans Quand vient la nuit avec le jeu toujours inspiré de Noomi Rapace et ses fulgurances dans la violence, Le Fidèle ne parvient jamais à retenir l’attention. Tout d’abord, Adèle Exarchopoulos. On pourrait presque s’arrêter là en fait. Incapable de la moindre émotion, sauf quand elle pleure par le nez, la comédienne révélée par Abdellatif Kechiche dans La Vie d’Adèle (Palme d’or 2013), passe le film la bouche ouverte, les yeux à moitié fermés, déclamant ses dialogues d’une voix de bourrin, sans jamais être juste une seule fois. A part peut-être dans les rapides scènes de sexe, probable clause immuable de ses contrats. Elle n’est guère soutenue par son partenaire, Matthias Schoenaerts, décidément « fidèle » au cinéaste, peu en forme et qui passe le film aussi monocorde que monolithique. A croire que Schoenaerts ne serait en fait qu’un canular de ce farceur de François Damiens. Autant dire que la confrontation des deux crée un vrai trou noir dont on se désintéresse rapidement.

De son côté, Michael R. Roskam croit pourtant à fond à son récit romanesque, mais il semble être le seul. S’il soigne sa mise en scène le temps d’un braquage réalisé sur une autoroute en plan séquence et caméra à l’épaule, les partis pris guère reluisants, pour ne pas dire laids il faut bien l’admettre, n’aident en rien pour se laisser porter par l’histoire qu’il désire nous raconter. On ne croit pas une seconde à Adèle Exarchopoulos en pilote de course, la lumière orangée donne aux comédiens un teint que ne renierait pas Donatella Versace, et il y a toujours quelque chose de crade et de repoussant dans le cinéma de Michael R. Roskam qui ne rend jamais ses personnages empathiques (les chiens y sont toujours mieux lotis, comme c’est le cas ici) et auxquels on ne peut adhérer. Finalement, on en vient tellement à rire devant le surjeu (ou le non-jeu c’est selon) des comédiens, que l’on s’ennuie encore plus quand ils ne sont pas à l’écran et que le réalisateur s’égare dans une sempiternelle histoire de rédemption par l’amour, de mafia albanaise, de fausse couche. Ce qui situe Roskam entre Claude Lelouch et Olivier Marchal, deux pointures en mauvais films quoi, avec une touche de Plus belle la vie dans le dernier acte où l’un des personnages principaux tombe gravement malade, avec crane et sourcils rasés, sur fond de musique dégoulinante.

A croire que Bullhead, déjà largement surestimé à sa sortie, n’était qu’un feu de paille, en tout cas Le Fidèle est un film très prétentieux, invraisemblable, boursouflé, bourré de tics, mal joué et photographié au gloubi-boulga. Un ratage sur toute la ligne.

LE DVD

Avec 39.000 entrées au compteur dans les salles françaises, Pathé s’est dit que Le Fidèle ne serait exploité qu’en DVD sur notre territoire. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Comme suppléments, nous bénéficions de trois entretiens réalisés à l’occasion de la sortie du Fidèle. Michael R. Roskam (17’), Adèle Exarchopoulos (5’30) et Matthias Schoenaerts (15’) répondent aux mêmes questions (très peu inspirées) avec conviction, ce qui nous donnerait presque envie de revoir le film. La genèse du film, le titre, les thèmes, les partis pris, le casting, l’évolution des personnages sont abordés ici.

L’Image et le son

On ne change pas une équipe qui gagne (ou pas), puisque Michael R. Roskam a de nouveau fait appel au chef opérateur Nicolas Karakatsanis, qui avait déjà signé les photos de Bullhead et de Quand vient la nuit. Egalement directeur de la photographie de l’excellent Triple 9 de John Hillcat, Nicolas Karakatsanis y va à fond dans les éclairages dorés, ambrés et les couleurs pastel. Tout cela aurait pu trouver un équilibre en Haute-Définition, ce qui n’est absolument pas le cas en DVD. La définition est tantôt passable, tantôt catastrophique, les teintes bavent, certains plans sont flous, des fourmillements s’invitent. Aucun piqué digne de ce nom, les scènes sombres ou nocturnes sont les plus mal loties avec un effondrement des détails. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu un aussi mauvais master devant les yeux.

Le mixage Dolby Digital 5.1 se révèle riche et dynamique sur les enceintes frontales mais peine à instaurer une spatialisation convaincante, surtout que les dialogues manquent également de clarté. Heureusement, la musique permet aux enceintes arrière de se réveiller, la balance des avant parvient à plonger le spectateur suffisamment dans l’ambiance grâce à une solide délivrance de la musique et du vrombissement des moteurs bien rendus par le caisson de basses. L’éditeur joint également une piste Stéréo, les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé FilmsMaarten Vanden Abeele / Pathé Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Acts of Violence, réalisé par Brett Donowho

ACTS OF VIOLENCE réalisé par Brett Donowho, disponible en DVD et Blu-ray le 24 avril 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Bruce Willis, Cole Hauser, Shawn Ashmore, Ashton Holmes, Melissa Bolona, Sean Brosnan, Sophia Bush, Mike Epps

Scénario : Nicolas Aaron Mezzanatto

Photographie : Edd Lukas

Musique : James T. Sale

Durée : 1h26

Année de sortie : 2018

LE FILM

Mia, la fiancée de Roman MacGregor est enlevée par des trafiquants d’êtres humains. Dès lors, Roman et ses frères Brandon et Deklan n’ont qu’une idée en tête : la retrouver saine et sauve. Ils sont aidés dans leur quête par Avery, le policier en charge de l’affaire. Derrière cet enlèvement se cache Maxwell Livingston, un businessman véreux qui, sous couvert de ses activités, développe un réseau de proxénétisme forcé. Le temps est compté. Réussiront-ils à sauver Mia ?

Au fait, il va comment Bruce Willis ? Parce-qu’en dehors de Death Wish, on ne peut pas dire qu’on l’ait vu beaucoup au cinéma ces dernières années ! Pourtant, à 63 ans, le comédien tourne – presque – autant qu’un Nicolas Cage et ses derniers films sont arrivés directement dans les bacs ou en VOD en France. En dehors d’un caméo dans Split (et pour cause) de M. Night Shyamalan et du remake d’Un justicier dans la ville d’Eli Roth susmentionné, sa dernière véritable apparition sur le grand écran remonte à Sin City : J’ai tué pour elle de Frank Miller et Robert Rodriguez. Depuis, Bruce Willis enchaîne les séries B et Z comme des perles sur un collier dans des œuvres aux titres inconnus, Sans compromis, Fire with Fire : Vengeance par le feu, The Prince, Vice, Extraction, Braqueurs, Precious Cargo, Marauders, First Kill, L.A. Rush, en affichant sur les visuels la même moue et les yeux plissés. Parfois, l’acteur semble se souvenir de son métier et qu’il peut être très bon – on croise les doigts pour Glass –  quand il s’en donne la peine. Mais ce n’est pas le cas pour Acts of Violence, dans lequel il ne fait d’ailleurs qu’une banale apparition.

Minuscule production, le film réalisé par un dénommé Brett Donowho, venu du film d’horreur, a été tourné en une quinzaine de jours. De son côté, l’ami Bruce aura emballé ses scènes en une seule journée. Vous voyez le genre. La morale du film est souvent douteuse, puisqu’on y célèbre d’anciens soldats médaillés et élevés en héros après avoir fait l’Afghanistan, qui n’hésitent pas à prendre la pétoire afin de faire justice eux-mêmes, dans le but de retrouver leur amie, petite sœur et fiancée. Quant à Bruce Willis, son apparition en pointillés ne trompe pas sur son aller-retour sur le plateau. En dehors d’une scène d’affrontement dans un entrepôt au début du film, le comédien ne fait rien le reste du temps. Il regarde (en s’endormant) un tableau sur lequel sont affichés les lieux de disparition de jeunes femmes (en gros toute la ville a été ratissée, bonjour les forces de l’ordre), il boit son mauvais alcool frelaté acheté au Proxy du coin de la rue, il engueule (en murmurant) les anciens soldats en leur disant que ce qu’ils font n’est pas correct (même s’il pense le contraire), puis le metteur en scène lui laisse le dernier mot de l’histoire. Autrement, Acts of Violence n’a absolument rien d’original et serait tombé dans le fond d’un catalogue s’il n’y avait pas la trogne de mister Willis mis au centre de la jaquette de ce DTV.

Les acteurs Ashton Holmes, Cole Hauser et Shawn Ashmore sont les véritables héros de cette (mauvaise) histoire. Patriotes, d’ailleurs ils semblent galvanisés par le score héroïque du film, ils ne réfléchissent pas longtemps pour sortir leur arsenal qui prenait la poussière sous leur lit et faire le boulot que la police semble peu décidé à réaliser. Si le film est court (1h25), le mauvais montage, l’absence de rebondissements, l’interprétation quelque peu neurasthénique et surtout le gros manque d’intérêt de l’ensemble a rapidement raison de notre patience. Malin, le réalisateur espère sortir le spectateur de sa léthargie en balançant une scène avec Bruce Willis, qui ne sert tout bonnement à rien, en espérant que l’audience pense qu’il va enfin se décider à passer à l’action. Ce qui n’arrivera jamais. Finalement, ce sont surtout les rôles féminins qui s’en sortent le mieux avec Sophia Bush (Brooke de la série Les Frères Scott) et Melissa Bona, vue dernièrement dans l’inénarrable Hurricane de Rob Cohen.

Mais non, Acts of Violence ne propose rien et ne se donne même pas la peine de se donner un genre pour faire croire le contraire. Dialogues ineptes, scénario basique, neutre, mise en scène transparente, du cinéma jetable qui ne se recycle même pas.

LE DVD

Le DVD et le Blu-ray d’Acts of Violence sont disponibles chez Studiocanal. Evidemment, Bruce Willis est mis au centre du visuel pour attirer le chaland, même si son nom n’apparaît qu’en second. Le menu principal est fixe et musical.

Aucun supplément sur cette édition que l’on peut qualifier de sortie technique.

L’Image et le son

Nous n’avons pas eu l’édition HD entre les mains, mais heureusement la qualité de ce DVD est là. Les couleurs alternent à la fois le chaud et le froid, le piqué est suffisamment affûté, la clarté de mise et les contrastes élégants. En revanche les détails manquent parfois à l’appel et la définition baisse sur certaines séquences nocturnes ou se déroulant en intérieur.

Vous pouvez compter sur les mixages Dolby Digital 5.1 anglais et français pour vous plonger délicatement mais sûrement dans l’ambiance du film, bien que l’action demeure souvent réduite. La bande originale est la mieux lotie. Toutes les enceintes sont exploitées, les voix sont très imposantes sur la centrale et se lient à merveille avec la balance frontale, riche et dense, ainsi que les enceintes latérales qui distillent quelques effets naturels. Le caisson de basses se mêle également à la partie. Notons que la version originale l’emporte sur la piste française, se révèle plus naturelle et homogène, y compris du point de vue de la spatialisation musicale.

Crédits images : © Georgia Film Fund 54 / Brian Douglas Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Évasion 2 : Le Labyrinthe d’Hadès, réalisé par Steven C. Miller

EVASION 2 : LE LABYRINTHE D’HADES (Escape Plan 2: Hades) réalisé par Steven C. Miller, disponible en DVD et Blu-ray le 20 août 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Sylvester Stallone, Dave Bautista, Xiaoming Huang, Jesse Metcalfe, 50 Cent, Wes Chatham, Chen Tang, Titus Welliver

Scénario : Miles Chapman

Photographie : Brandon Cox

Musique : The Newton Brothers

Durée : 1h36

Année de sortie : 2018

LE FILM

Ray Breslin, le spécialiste des systèmes de sécurité inviolables a désormais monté sa propre équipe d’experts en protection. Un de ses associés est kidnappé par une mystérieuse organisation et envoyé dans une prison secrète High-Tech, HADES où d’autres maîtres de l’évasion sont également enfermés. Ray décide de lui porter secours mais le défi est d’autant plus grand que cette fois-ci, avant de sortir de la forteresse inviolable, il faudra réussir à la pénétrer.

En 2013, sort sur les écrans ÉvasionEscape Plan. En dehors de quelques clins d’oeil dans Jumeaux, Last Action Hero, Demolition Man et les apparitions de l’ancien gouverneur de Californie dans les deux premiers Expendables, Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger n’avaient jamais tenu le haut de l’affiche ensemble, malgré de nombreux projets envisagés. Après trente ans d’attente, c’était donc la grande attraction d’Évasion, réalisé par le cinéaste suédois Mikael Håfström, metteur en scène de Chambre 1408 et Le Rite. S’il est vrai que nous attendions beaucoup plus de cette confrontation, Évasion était un savoureux divertissement, qui privilégiait la matière grise et les dialogues au détriment de l’action. Du moins durant les 90 premières minutes, essentiellement marquées par des bastons entre les prisonniers en guise de scènes agitées. Il fallait alors attendre le dernier tiers pour que les deux anciens rivaux et poids lourds du film d’action des années 1980-1990 se réveillent quelque peu et prennent la pétoire.

24 ans après le génial Haute sécurité de John Flynn, Sylvester Stallone retournait ainsi derrière les barreaux. Mais dans Évasion, il s’agissait de son job puisqu’il incarnait un expert dans l’art de s’évader, quitte à rester enfermer quelques semaines voire quelques mois afin de démontrer les failles dans la technologie sécuritaire mise en place dans diverses prisons. Jusqu’au jour où il se retrouve plongé dans une sorte de Guantanamo du futur. De son côté, Arnold Schwarzenegger interprétait un détenu prêt à l’aider dans sa nouvelle tentative d’évasion… ce qui lui permettrait également d’aller respirer le bon air. On sentait un véritable plaisir contagieux des deux acteurs bodybuildés à se donner la réplique. La trame en elle-même n’était pas très originale et lorgnait souvent du côté de Volte/Face de John Woo et son intrigue autour de la prison high-tech. La tension était maintenue, quelques punchlines faisaient gentiment leur effet, Jim Caviezel incarnait parfaitement le directeur de prison sadique. Évasion n’était pas un grand film et n’avait d’ailleurs pas la prétention de l’être. Il s’agissait surtout de faire plaisir aux millions de fans des deux stars. Alors si le choc des titans annoncé ne s’avérait pas aussi explosif que prévu, l’alchimie était là, la nostalgie et donc notre adhésion aussi. Alors…pourquoi Évasion 2 ?

Tout simplement parce que le marché chinois avait largement contribué à faire du premier volet un succès commercial. Doté d’un budget confortable de 70 millions de dollars, Évasion avait remporté près du double grâce au marché international avec près de 115 millions de dollars, alors que le film plafonnait à 25 millions sur le sol américain. Ce n’est pas une suite, mais deux nouveaux épisodes qui ont été annoncés. Exit Arnold Schwarzenegger, tandis que Sly reprend son rôle de Ray Breslin. Cependant, Évasion 2 ou Escape Plan 2: Hades, se révèle être une suite opportuniste puisque Sylvester Stallone apparaît surtout en tant que guest-star de luxe, tout comme Dave Bautista. Ce dernier, pratiquant de combat libre et catcheur américain, plus connu pour son rôle de Drax dans Les Gardiens de la Galaxie, ne fait quasiment rien du film, se contente de taper à l’ordinateur et se décide enfin à flinguer des sbires dans la dernière scène. Non, la star est surtout ici le comédien chinois Huang Xiaoming, vu dans The Crossing de John Woo. Puisque tout le projet a été conçu en visant essentiellement le marché chinois, Évasion 2 apparaît un peu, voire beaucoup, comme une arnaque puisque le matériel publicitaire est centré sur Sylvester Stallone et Dave Bautista.

Mikael Håfström n’a pas été rappelé derrière la caméra. Il est remplacé ici par Steven C. Miller, habitué des séries B qui tâchent, comme dernièrement Arsenal dans lequel Nicolas Cage jouait un rôle de caïd complètement azimuté. Le réalisateur est habitué à avoir des pointures dans ses délires comme Ray Wise dans The Aggression Scale, Malcolm McDowell dans Silent Night et même Bruce Willis dans trois films, Extraction, First Kill et Marauders. Pour Évasion 2, Steven C. Miller a voulu se faire plaisir et rendre hommage à Ridley Scott, en s’inspirant de l’univers visuel d’Alien et de Blade Runner. Bon cela partait d’un bon sentiment, mais le metteur en scène n’est pas aidé par un budget très limité, un scénario anémique, un casting d’endives, une musique bourrin, un montage haché, des effets spéciaux rudimentaires et…on continue ?

Des années après s’être échappé d’une prison high-tech surnommée « La tombe », Ray Breslin dirige désormais une équipe d’élites spécialisée pour faire sortir les gens des prisons les plus impénétrables du monde. Quand son meilleur agent, Shu Ren, est emprisonné dans un labyrinthe techno-terroriste informatisé connu sous le nom d’Hadès, où les prisonniers se battent dans des luttes mortelles, Breslin décide de s’incarcérer à l’intérieur de cette prison révolutionnaire pour le sauver.

Voilà pour le pitch. Alors oui Sly est là. Désormais septuagénaire avec des sourcils en forme de guillemets et des cheveux Playmobil, il incarne désormais la force tranquille, le sage taillé comme une armoire à glace. On attend donc patiemment qu’il donne du poing ici. Son apparition est épisodique pendant une heure, durant laquelle on entend principalement sa voix quand Shu tente de se rappeler chaque leçon que Breslin lui a inculquée en cas d’emprisonnement. Comme si Sly révisait sa liste de courses avant d’aller chez Mr Bricolage. Quand mister Stallone prend un flingue ou quand il déploie ses directs du droit, pas de doute, il reste bad-ass à fond et un monstre de charisme. Dave Bautista en revanche, qui a bien du mal à déplacer sa carcasse, fait la grimace et attend que ça se passe. Le reste du casting, en dehors de Huang Xiaoming convoque des tronches cassées (Curtis « 50 Cent » Jackson) et des comédiens lisses (Jesse Metcalfe, Wes Chatham).

Steven C. Miller fait donc son maximum avec les moyens du bord. Si la photo possède effectivement quelques qualités et que le cadre large capture assez bien la trogne de notre bon vieux Sly, Évasion 2 : Le Labyrinthe d’Hadès (son vrai titre) déçoit évidemment à plus d’un titre et peine sérieusement à divertir, d’autant plus qu’il n’y a ici aucun humour, sauf involontaire. Ou comment glisser doucement de la série B assumée à la série Z…Le syndrome Fortress et Fortress 2 : Réincarcération. Malgré le demi-million d’entrées d’Évasion en France, cette suite ne connaîtra pas de sorties dans nos salles et débarque en DVD et Blu-ray. Le tournage d’Évasion 3, annoncé à la fin du second volet dans un fin ouverte, est déjà terminé depuis bientôt un an. Stallone sera donc de retour une dernière fois dans le rôle (qu’on espère cette fois plus conséquent) de Ray Breslin et a retrouvé pour l’occasion John Herzfeld, qui l’avait dirigé en 2014 dans Bad Luck (Reach Me). Mais nous en parlerons lors de sa (probable) sortie immédiate dans les bacs.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Évasion 2, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est cheap, très légèrement animé et musical. La jaquette n’est pas mieux lotie…

Le making de 10 minutes présent en début de section se focalise essentiellement sur la présentation de l’histoire et des personnages par les comédiens, le réalisateur et le chef opérateur. Stallone n’est visible que quelques secondes sur le plateau, d’ailleurs il n’a pas dû rester bien longtemps, tandis que le metteur en scène Steven C. Miller tente de vendre son beurre comme il le peut. Quelques images de tournage, des propos ronflants (« Amazing », « Terrific », « Great », « The best ») et le tour est joué.

Un autre module (3’30) se concentre sur l’esthétique du film avec les mêmes intervenants, auxquels s’ajoute la chef décoratrice Niko Vilaivongs. Chacun y va de son petit mot sur les partis pris et les intentions du réalisateur, qui a voulu rendre hommage au cinéma de Ridley Scott, notamment Blade Runner. Arrêtez de rire !

Le dernier supplément (4’) est consacré au robot, que l’on aperçoit à peine dans Évasion 2. Place aux créateurs des effets visuels qui expliquent pourquoi ils ont voulu limiter les images de synthèse au profit d’un véritable robot articulé.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Le master HD (1080p) d’Évasion 2 restitue habilement les volontés artistiques du chef opérateur Brandon Cox (Arsenal, Bus 657) en conservant un très léger grain, des couleurs à la fois chaudes et froides, des contrastes léchés ainsi qu’un relief constamment palpable. La compression AVC consolide l’ensemble, les détails sont légion sur le cadre large et les visages des comédiens, le piqué est aiguisé, les noirs denses et la copie éclatante. Les très nombreuses séquences sombres jouissent également d’une belle définition, même si les détails se perdent quelque peu.

Honnêtement, il serait difficile voire impossible de faire mieux. Non pas qu’Évasion 2 regorge de scènes d’action pendant 1h35, mais toutes les séquences, y compris les nombreux échanges entre les personnages, sont constamment mises en valeur par des effets et ambiances puissantes, mettant à contribution chaque parcelle de votre installation acoustique (sans oublier le caisson de basses), dès l’apparition du cheval ailé Metropolitan. En anglais comme en français (avec le doublage d’Alain Dorval), les mixages DTS-HD Master Audio 5.1 créent une immersion constante, dynamique et souvent fracassante, avec un net avantage pour la version originale. Chaque coup de feu, chaque baston est prétexte à une déferlante frontale et latérale.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Le Secret des Marrowbone, réalisé par Sergio G. Sánchez

LE SECRET DES MARROWBONE (El Secreto de Marrowbone ou Marrowbone) réalisé par Sergio G. Sánchez, disponible en DVD et Blu-ray le 18 juillet 2018 chez Metropolian Vidéo

Acteurs :  George MacKay, Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton, Mia Goth, Matthew Stagg, Kyle Soller, Nicola Harrison, Tom Fisher…

Scénario : Sergio G. Sánchez

Photographie : Xavi Giménez

Musique : Fernando Velázquez

Durée : 1h51

Année de sortie : 2018

LE FILM

Pour ne pas être séparés, Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes, décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevait seule. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale isolée, mais bientôt, d’étranges phénomènes indiqueraient qu’une présence malveillante hante leur unique refuge…

Alors oui, bien sûr, on a déjà sûrement vu ça plusieurs fois au cinéma ces quinze dernières années, mais Le Secret des MarrowboneEl Secreto de Marrowbone ou tout simplement Marrowbone (titre international) est un film très prometteur. Même si le tournage s’est fait en langue anglaise, le titre espagnol renvoie à ses décors naturels (tout le film y a été tourné), mais aussi et surtout à son cinéaste et scénariste Sergio G. Sánchez. Né en 1973, il signe ici son premier long métrage en tant que réalisateur, après avoir écrit les deux premiers films de J.A. Bayona, L’Orphelinat (2007) et The Impossible (2012). D’ailleurs l’oeuvre de ce dernier, jusque dans la musique composée par Fernando Velázquez (Quelques minutes après minuit), imprègne chaque plan et même l’histoire du Secret des Marrowbone. C’est même ce qui en fait sûrement son relatif point faible, puisque le spectateur un tant soit peu intéressé par le cinéma de genre, surtout ibérique, parviendra à anticiper les rebondissements et le twist à la M. Night Shyamalan. Toutefois, la mise en scène, la beauté de la photographie et l’excellence de ses interprètes valent largement le déplacement.

Lorsque leur mère décède, Jack, ses deux frères et leur sœur se réfugient à Marrowbone, une ferme isolée abandonnée depuis des années et qui appartenait à leur grand-tante. Par peur d’être séparés et placés dans des foyers différents, ils décident d’enterrer le cadavre de leur mère dans le jardin et continuent à faire croire qu’elle est toujours vivante. Un jour, alors qu’ils sont isolés du monde extérieur, un notaire débarque chez eux pour demander à leur mère de signer un testament. La demeure est également hantée et renferme un secret dans le grenier…

En fait, raconter l’histoire du Secret des Marrowbone en dit déjà presque trop. Sans « singer » le cinéma de celui qui lui a donné sa chance dans le milieu, qui apparaît ici en tant que producteur et avec lequel il a fait ses premières armes sur des films importants, Sergio G. Sánchez démontre surtout ici un don pour le storytelling, pour la direction d’acteurs et pour instaurer une ambiance inquiétante, tout en privilégiant l’émotion et les liens entre les personnages. Pas étonnant que le metteur en scène se soit vu remettre le Prix Goya du meilleur nouveau réalisateur en 2018. En fait ce que l’on retient avant tout du Secret des Marrowbone, également influencé par les incontournables du genre (Les Innocents de Jack Clayton, Rebecca d’Alfred Hitchcock, Les Autres d’Alejandro Amenábar), c’est avant tout les comédiens.

Le rôle principal est tenu par le britannique George MacKay, l’une des révélations du magnifique Captain Fantastic de Matt Ross (2016), vu également dans la série 22.11.63 adaptée de l’oeuvre de Stephen King. Magnétique et à fleur de peau, George MacKay est assurément l’un des grands acteurs en devenir et porte admirablement le film de Sergio G. Sánchez. C’est aussi le cas de la désormais incontournable Anya Taylor-Joy. Après The Witch de Robert Eggers, Morgan de Luke Scott et Split de M. Night Shyamalan (bientôt dans Glass), la comédienne confirme son aura, son charisme et l’art d’inspirer les réalisateurs de genre. Le reste du casting est du même acabit avec Charlie Heaton (Stranger Things), Mia Goth (A Cure for Life) et Kyle Soller (la série Poldark), tous vraiment épatants.

Le Secret des Marrowbone a du mal à se sortir d’un certain cahier des charges. On sent le nouveau réalisateur appliqué, chaque plan étant particulièrement soigné, également soutenu par le travail du chef opérateur Xavi Giménez, ancien collaborateur de Jaume Balagueró sur La Secte sans nom ou de Brad Anderson sur The Machinist. Une pléthore de talents réunis à la fois devant et derrière la caméra. Si au final ce conte émeut bien plus qu’il donne les frissons, Le Secret des Marrowbone, présenté en ouverture de Gérardmer en 2018, qui mélange allègrement thriller, horreur, fantastique et histoire d’amour, n’est en aucun cas déplaisant et mérite l’attention des spectateurs et des cinéphiles.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Secret des Maroowbone, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Point de making-of à l’horizon, ni d’interviews, mais une grande quantité de scènes coupées (28’). Ces séquences prolongeaient notamment la relation entre Jack et Allie, ainsi que d’autres moments clés du film. Mais la plupart des scènes laissées sur le banc de montage dévoilaient également trop le twist final et l’on comprend aisément pourquoi le réalisateur les a écartées. On se demande également pourquoi elles avaient été écrites tant celles-ci paraissaient trop explicites. Une fin alternative, très jolie, est également disponible.

L’interactivité comporte également une bande-démo avant/après l’incrustation des effets visuels, ainsi que des bandes-annonces et des liens internet.

L’Image et le son

Metropolitan est synonyme d’excellence : relief, colorimétrie, piqué (acéré), contrastes (impressionnants), densité des noirs, on en prend plein les yeux. Les teintes sont chatoyantes et chaque détail aux quatre coins de l’écran est aussi saisissant qu’étourdissant. Ce transfert immaculé soutenu par un encodage AVC solide comme un roc laisse pantois d’admiration. Heureusement, les scènes sombres sont logées à la même enseigne. Ce master HD du Secret des Marrowbone permet de découvrir le film dans de superbes conditions. Le léger grain inhérent à la photo d’origine est respecté.

Le spectateur est littéralement plongé dans l’atmosphère du film grâce aux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 anglais et français. La composition de Fernando Velázquez est distillée par l’ensemble des enceintes. Nous sommes en plein conte et les latérales, ainsi que les frontales et le caisson de basses remplissent parfaitement leur fonction, à savoir distiller un lot conséquent d’effets qui font sursauter, même à bas volume. Les conditions acoustiques sont donc soignées, amples, précises, les voix des comédiens jamais noyées. Une piste Audiodescription est également disponible, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr