Test Blu-ray / 3615 Code Père Noël, réalisé par René Manzor

3615 CODE PÈRE NOËL réalisé par René Manzor, disponible en combo Blu-ray+DVD chez Le Chat qui fume le 12 décembre 2017

Avec :  Brigitte Fossey, Louis Ducreux, Patrick Floersheim, Alain Musy-Lalanne, François-Eric Gendron, Stéphane Legros, Franck Capillery, Nicole Raucher, Gédéon, Mousse…

Scénario : René Manzor

Photographie : Michel Gaffier

Musique : Jean-Félix Lalanne

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Il a 9 ans. Il s’appelle Thomas. Il croit au Père Noël. Il a 2 passions : l’informatique et les super-héros. Le 24 décembre, caché sous la table de la salle à manger, Thomas attend l’arrivée du Père Noël, bien décidé à le capturer. Mais, ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est sur le point de vivre la nuit la plus terrifiante de toute sa vie. Un duel sans merci va l’opposer à un psychopathe.

C’est un film qui revient de loin. Pourtant, ceux qui ont eu la chance de découvrir 3615 Code Père Noël, en ouverture du Festival international du Film Fantastique d’Avoriaz le 13 janvier 1990, durant sa courte exploitation au cinéma ou lors d’une diffusion sur Canal+, ne l’ont jamais oublié. Et pour cause, puisque le second long métrage de René Manzor (né en 1959) est un chef d’oeuvre, une immense référence du cinéma de genre français qui n’a pourtant connu aucun succès dans les salles et longtemps resté incompris. Virtuose, captivant, 3615 Code Père Noël est un véritable conte qui invite le spectateur à entrer dans un univers foisonnant, immédiatement attachant, chaleureux, qui vire ensuite au survival et à l’épouvante, avec une maîtrise exceptionnelle.

Thomas, 9 ans, vit avec sa mère, patronne d’un grand magasin de la capitale et son grand-père, vieil homme quasi-aveugle et atteint de diabète, dans le château familial situé en région parisienne. Ce qu’il préfère faire pour passer ses journées ? Se déguiser comme Arnold Schwarzenegger dans Commando (ou Sylvester Stallone dans Rambo, choisissez) et jouer à la guerre, en poursuivant son chien dans les couloirs de l’immense bâtisse, tout en utilisant des passages-secrets et trappes dissimulées. Il aime aussi les gadgets électroniques, se débrouille comme un as en informatique et sait se servir du Minitel. Le soir du réveillon, un homme solitaire travaille comme père Noël pour le magasin de la mère de Thomas. Suite à une altercation avec une petite fille, il se fait renvoyer et souhaite alors se venger. Il se cache dans une fourgonnette chargée de cadeaux destinés au fils de son ex-patronne. De son côté, bien décidé à prouver à son meilleur ami que le Père Noël existe, Thomas prépare des caméras de surveillance et attend patiemment l’arrivée de la houppelande rouge, devant la cheminée. A minuit pile, Thomas se retrouve nez à nez avec un psychopathe à la barbe blanche. Le duel peut alors commencer.

Révélé par Le Passage avec Alain Delon, deux millions d’entrées en France à sa sortie en décembre 1986, René Manzor signe un véritable coup de maître après son premier coup d’essai déjà très impressionnant. 3615 Code Père Noël n’est pas un film fantastique, mais joue avec les codes du genre pour plonger l’audience dans un univers sombre et même parfois gothique, dont les partis pris – photo de Michel Gaffier – convoquent les films de la Hammer, mais fait aujourd’hui curieusement écho à Edward aux mains d’argent de Tim Burton qui n’était pas encore sorti et d’ailleurs même pas encore tourné. C’est dire l’immense réussite de ce deuxième film !

Adieu au monde de l’enfance, récit initiatique, drame sur le dysfonctionnement familial, thriller d’aventure et psychologique, 3615 Code Père Noël est un film riche, composé de diverses strates qui pourraient s’opposer et former un gloubi-boulga sans consistance, mais c’était sans compter sur l’immense talent de René Manzor, qui fait fi d’un budget limité et entièrement produit par son frère Francis Lalanne, grâce aux recettes du Passage où il officiait en tant que coproducteur avec Alain Delon. Bourré d’imagination, le cinéaste déploie toute sa maestria visuelle au service d’un scénario original. Chaque plan contient une idée (minimum) de mise en scène, chaque plan est étudié (à l’avance avec un storyboard), chaque plan en met plein les yeux.

Si le film est évidemment représentatif de son époque avec la coupe mulet du jeune héros, son clip vidéo intégral de la chanson Merry Christmas de Bonnie Tyler intégré à la narration, son esthétique eighties avec ses ambiances monochromes et voilées, sans oublier ses cadres obliques, 3615 Code Père Noël échappe pourtant aux moqueries qui accompagnent souvent ces réminiscences. D’une part parce que René Manzor croit à son histoire et qu’il la raconte divinement bien. D’autre part, il peut également compter sur l’investissement de ses comédiens, en particulier sur l’interprétation incroyable de son propre fils, Alain Musy (de son vrai nom Alain Lalanne), qui interprétait le fils d’Alain Delon dans Le Passage. Aussi à l’aise dans les scènes intimistes, quand il donne la réplique à la sublime Brigitte Fossey ou au touchant Louis Ducreux, que dans les scènes très physiques de la seconde partie où il n’est vraiment pas ménagé, Alain Musy, incroyable de charisme, foudroie le spectateur, lequel s’attache immédiatement à ce petit garçon sans père, seul, qui parvient à « s’évader » grâce à son immense imagination d’enfant, par ailleurs surdoué.

Quant au fameux Père Noël en question, il est incarné par l’immense Patrick Floersheim, acteur polymorphe vu dans French Connection 2 de John Frankenheimer, Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, Frantic de Roman Polanski, mais plus connu pour avoir prêté sa sublime voix à Michael Douglas, Jeff Bridges, Ed Harris, Robin Williams, Christopher Walken, Willem Dafoe, Dennis Hopper. Un monstre du doublage, un très grand comédien. Il est parfait dans ce rôle ambigu, sorte de grand enfant resté bloqué au temps de l’innocence, gamin dans un corps d’adulte qui souhaite avant tout s’amuser. Tour à tour effrayant, sympathique et même drôle avec un humour noir contagieux, ce Père Noël atypique devient un ogre une fois minuit passé. Mais ce qu’il n’avait pas prévu, ce sont tous les pièges astucieux tendus par Thomas, qui redouble d’inventivité pour contrer son adversaire, quitte à utiliser le feu. Non seulement Thomas doit penser à se protéger lui-même, mais il doit également s’occuper de son grand-père, qui au départ prend cela pour un nouveau délire de son petit-fils. Il va alors très vite déchanter.

René Manzor filme les moindres recoins de son incroyable décor et ses personnages lâchés dans un vrai labyrinthe comme des souris poursuivis par un chat sauvage. Un face à face également soutenu par la partition très inspirée du troisième frère Lalanne, Jean-Félix, composante essentielle de la narration. Difficile de ne pas penser à Maman, j’ai raté l’avion Home Alone de Chris Columbus, sorti sur les écrans in 1990. Il est évident que John Hughes, alors scénariste, a su puiser de nombreux éléments dans le film de René Manzor, tant quelques rebondissements et la débrouillardise de son jeune héros rappellent 3615 Code Père Noël. Les années et le travail de l’éditeur indépendant Le Chat qui fume permettent enfin de réhabiliter ce désormais grand classique, un film culte et audacieux, un bijou poétique, un chef d’oeuvre méconnu et sous-estimé du cinéma français.

LE BLU-RAY

Mais où s’arrêtera-t-il ? Ou plutôt non, prions pour qu’il ne s’arrête jamais ! Le Chat qui fume a encore frappé en proposant sa plus grande, sa plus dingue, sa plus complète édition à ce jour ! Anciennement disponible en VHS et LaserDisc, mais inédit en DVD, 3615 Code Père Noël est ENFIN là, dans les bacs (mais pas à litière), dans nos mains, dans un magnifique combo Blu-ray/Double DVD ! Immense travail éditorial. Les disques – un Blu-ray, deux DVDs – reposent dans un Digipack à trois volets avec au recto un visuel tiré de la séquence de la confrontation dans le garage, et au verso un portrait de Patrick Floersheim en Père Noël vénère. Une fois replié, ce Digipack est glissé dans un surétui cartonné liseré orange, reprenant le visuel mythique de l’affiche originale. Les menus principaux sont animés, bruités et musicaux. Attention, édition tirée à 2000 exemplaires ! Alors, si ce n’est pas déjà fait, précipitez-vous dessus !

La hotte du Père-Noël est pleine à craquer ! 4H30 de suppléments les enfants ! Il y en aura pour tout le monde ! Et chose incroyable, aucun bonus redondant à signaler, tous se complètent et se prolongent parfaitement.

On commence les festivités par un commentaire audio de René Manzor. Calmement, posément, le réalisateur aborde les conditions de production de 3615 Code Père Noël, en indiquant que certains éléments sont abordés ou plus approfondis dans son interview disponible également dans les bonus. Du coup, c’est comme si nous visionnions le film en compagnie de son auteur, qui revient sur chaque séquence, sur tous les aspects du tournage, sur les partis pris et son travail avec les comédiens. René Manzor rend un bel hommage à Patrick Floersheim, décédé en 2016, à qui le Blu-ray est dédié, comme un carton l’indique en avant-programme. Véritable production familiale avec un père derrière la caméra, son fils devant, l’un de ses frères à la production et l’autre à la musique, 3615 Code Père Noël est disséqué pour le grand plaisir de ses fans.

Vous pensiez que René Manzor vous avait tout dit sur son deuxième long métrage ? Erreur ! N’hésitez surtout pas à sélectionner son interview (1h29 !) qui donne de très nombreuses informations sur la genèse de 3615 Code Père Noël, sa rencontre avec Patrick Floersheim, sur les lieux de tournage (trois mois dans d’anciens hangars frigorifiques devenus les studios d’Arpajon, situés le long d’une voie de chemins de fer), le casting, le travail avec son fils Alain, les conditions des prises de vues, les effets visuels (maquettes, matte painting), la sortie du film, les ressemblances “troublantes” avec Home AloneMaman, j’ai raté l’avion, les décors, ses influences (Marcel Carné, Jean Delannoy, Steven Spielberg, Brian De Palma), les héros des années 80, la musique de Jean-Félix Lalanne, la chanson de Bonnie Tyler, l’investissement personnel de Francis Lalanne en tant qu’unique producteur, ses intentions et les thèmes abordés. Le cinéaste aborde également le cinéma de genre en France, alors inexistant au début des années 90, le succès du Passage qui paradoxalement l’a empêché de tourner et conduit à monter des bandes-annonces pendant trois ans pour pouvoir gagner sa vie. Cette immanquable interview, blindée d’anecdotes de tournage et liée à la production, est illustrée par des extraits du making of d’époque, disponible un peu plus loin dans les suppléments.

Et le petit Alain Musy, de son vrai nom Alain Lalanne ? Qu’est-il donc devenu ? L’éditeur est allé à la rencontre du petit garçon qui a marqué tant de spectateurs dans Le Passage (1986) et 3615 Code Père Noël. Né en 1978, Alain Musy est devenu producteur dans le domaine des effets spéciaux à Hollywood. Il a notamment collaboré à des superproductions de renom comme Avatar, The Dark Knight, Gravity, Edge of Tomorrow, San Andreas et Le Revenant. Dans son entretien (41’), Alain Musy évoque ses débuts devant la caméra de son père dans Le Passage, puis deux ans plus tard (le film a été tourné en 1988) dans 3615 Code Père Noël. Les « Je me souviens » et « J’ai souvenir » s’enchaînent avec émotion, humilité et un naturel très attachants. Alain Musy revient sur cette expérience qui était « juste un jeu que je faisais avec ma famille », sur la genèse de 3615 Code Père Noël, donne son point de vue sur les thèmes du film, ses partenaires à l’écran et même sur sa coupe de cheveux ! Il clôt cette interview en se souvenant de la sortie de 3615 Code Père Noël, de son prix d’interprétation au Festival de Rome, que lui avait remis Christopher Lee, qu’il avait recroisé quelques années plus tard, lui rappelant cet événement et l’invitation à dîner du comédien qui s’ensuivit.

Passons à un module qui croise les interventions d’Alain Schlockoff, rédacteur-en-chef de l’Ecran Fantastique et de Jérôme Pham Van Bouvier, podcasteur (PODSAC) (19’). Si le premier ne peut s’empêcher de tomber dans ses travers habituels (« C’est moi qui », « Moi je… ») sur un rythme très lent, le second s’avère beaucoup plus pertinent et dynamique, tandis que sa passion et son admiration pour le travail de René Manzor se révèlent extrêmement contagieuses. Les propos des deux intervenants se complètent et donnent de nombreuses indications sur le cinéma de genre en France dans les années 1980-90, sur l’énorme contribution de René Manzor au genre fantastique hexagonal. Le fond et la forme de 3615 Code Père Noël sont également analysés, tout comme la mauvaise distribution du film à sa sortie, ce qui agace particulièrement Jérôme Pham Van Bouvier (« On est toujours à côté de la plaque ! ») qui n’hésite pas à balancer certains critiques français qui ont pour habitude de dénigrer le cinéma de genre. Merci Jérôme !

Nous trouvons ensuite le making of d’époque (9’), constitué d’images du plateau, du tournage et d’interviews d’Alain Musy, de Patrick Floersheim, du chef décorateur Eric Moulard, du producteur Francis Lalanne et du réalisateur René Manzor. C’est ici l’occasion d’avoir un réel aperçu des conditions de tournage, de la concentration et de l’étonnante maturité d’Alain Musy qui s’exprime sur son personnage (« il aime trop la guerre… »), tandis que René Manzor s’exprime sur sa façon de collaborer avec son fils. Chose amusante, la version de la chanson Merry Christmas diffusée sur le plateau au moment des prises de vue, est celle chantée par Francis Lalanne lui-même, imitant la voix de Bonnie Tyler !

Les amateurs de cinéma d’animation auront plaisir à trouver le court-métrage Synapses, réalisé en 1981 par René Manzor (5’). Grand prix du festival d’Hyères, Synapses est un petit film étonnant, dans lequel un clochard, qui s’est immiscé dans une pellicule de cinéma, s’assoit sur une chaise électrique, « filmée » par René Manzor qui apparaît brièvement face à sa création, et tente de construire un mur en plein désert.

On enchaîne rapidement sur le clip vidéo Merry Christmas de Bonnie Tyler réalisé par René Manzor (3’), un comparatif film/storyboard (7’), les bandes-annonces française, italienne et anglaise , ainsi que le teaser.

L’interactivité se clôt sur un module explicatif sur la réalisation du teaser (3’), ainsi qu’une large galerie de photos de tournage (18’), les deux suppléments étant commentés par le cinéaste lui-même.

L’Image et le son

Le Chat qui fume se devait d’offrir un Blu-ray soigné pour la sortie dans les bacs de ce film tant attendu et quasiment inédit depuis 30 ans. Et le résultat est exceptionnel. L’éditeur prend soin du film de René Manzor et livre un sublime master HD au format 1080p. Respectueuse des volontés artistiques originales concoctées par Michel Gaffier, la copie de 3615 Code Père Noël affiche une propreté ahurissante, restaurée 2K à partir du négatif original. Le film tire constamment et agréablement partie de la Haute-Définition (une vraie cure de jouvence) avec des teintes froides, glacées, une palette chromatique spécifique qui contraste avec la première partie plus chaleureuse, aux ambiances diffuses et ouatées, le tout soutenu par un encodage de haute volée. Le piqué est souvent tranchant, les arrière-plans sont détaillés, le relief plaisant, les noirs denses et les détails foisonnants. Cette édition Blu-ray offre à 3615 Code Père Noël la grande sortie dont il avait été injustement privé en 1990. Tout finit par arriver.

Point de remixage superflu à l’horizon, l’unique piste française DTS-HD Master Audio 2.0 – également restaurée – instaure un très large confort acoustique. La musique de Jean-Félix Lalanne, à redécouvrir absolument, bénéficie d’une large ouverture des canaux, les effets annexes sont riches et le report des voix très dynamique.Les sous-titres anglais sont également disponibles.

Crédits images : © René Manzor / Le Chat qui fume /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Hangover Square, réalisé par John Brahm

HANGOVER SQUARE réalisé par John Brahm, disponible en DVD et Blu-ray chez Rimini Editions le 3 janvier 2018

Acteurs :  Laird Cregar, Linda Darnell, George Sanders, Glenn Langan, Faye Marlowe, Alan Napier…

Scénario : Barré Lyndon d’après le roman Hangover Square de Patrick Hamilton

Photographie : Joseph LaShelle

Musique : Bernard Herrmann

Durée : 1h17

Date de sortie initiale : 1945

LE FILM

Le cinéaste allemand John Brahm (1893-1982) fuit l’Allemagne à l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir. Il arrive à Hollywood et signe son premier long métrage Le Lys brisé en 1936, sous le nom d’Hans Brahm. Eclectique, John Brahm passe facilement du drame à la comédie, d’une Prison centrale à un Pensionnat de jeunes filles, quand la consécration arrive avec son thriller Laissez-nous vivre (1939) avec Henry Fonda et Maureen O’Sullivan. En 1942, The Undying Monster est un tournant dans sa carrière. Pour le compte de la Fox, John Brahm suit le genre fantastique initié par les studios Universal, à travers une histoire de loup-garou mise en scène avec une esthétique expressionniste saluée de la part de la critique. Le cinéaste récidive dans le genre épouvante avec Jack l’EventreurThe Lodger en version originale, troisième adaptation du roman de Marie Belloc Lowndes. Un an après, John Brahm, les comédiens Laird Cregar et George Sanders se retrouvent pour Hangover Square, le plus beau, le plus grand film du cinéaste.

Londres, 1899. George Bone, pianiste et compositeur classique renommé, est surmené par son travail d’écriture d’un concerto pour piano. Le compositeur est victime de fréquentes crises de pertes de mémoire qui sont provoquées à chaque fois qu’il entend des sons discordants. Pourtant un brave homme dans la vie, il se transforme en un meurtrier sadique lors de ses crises dont il ne garde aucun souvenir. Pourtant, Bone s’interroge quand il retrouve une dague ensanglantée dans sa poche et qu’il lit dans un journal le meurtre sauvage d’un antiquaire. Troublé, et sur les conseils de son ami mécène Sir Henry Chapman et de sa fille Barbara, il se rend chez un spécialiste, le Dr Allan Middleton (Georges Sanders, la classe). Ce dernier le rassure et lui conseille de réduire son travail et de se détendre. Lors d’une soirée dans un pub, il va rencontrer une chanteuse de cabaret, Netta, dont il tombe amoureux. Se rendant compte de ses qualités de compositeur, Netta va profiter de la naïveté de Bone pour l’utiliser. Elle le détourne de son travail pour qu’il lui compose des chansons, lui emprunte de l’argent et profite de ses connaissances pour l’aider dans sa carrière de chanteuse. Plus tard, Bone apprend le futur mariage de Netta avec Eddie Carstairs, un producteur de théâtre. La folie s’empare de lui.

Hangover Square reprend et transcende tout ce qui faisait déjà la très grande réussite de Jack l’Eventreur. Comme pour ce dernier film, John Brahm met en scène un scénario de Barré Lyndon (Crépuscule de Henry Hathaway), et adapte très librement le roman de Patrick Hamilton (La Corde, Hantise). Hangover Square est le dernier film du comédien Laird Cregar (Le Cygne noir de Henry King, Le ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch), qui venait de triompher dans le précédent film de John Brahm. Décédé à l’âge prématuré de 31 ans des suites de complications post-opératoires (il avait entamé un régime draconien), Laird Cregar s’impose sans difficulté – surtout quand il est filmé en contre-plongée – avec son mètre 91, même si sa silhouette avait déjà beaucoup diminué. Mais c’est surtout son immense sensibilité qui transparaît à l’écran et qui contraste avec ses crises de folie quand son personnage se retrouve en transe après avoir entendu quelques sons stridents.

De par ses partis pris gothiques et même parfois expressionnistes concoctés par le directeur de la photographie Joseph LaShelle, Hangover Square fait penser à une relecture de Docteur Jekyll et M. Hyde. On s’attache très vite à George Bone, compositeur solitaire qui vit par et pour la musique, aimé par une jeune femme qui l’inspire, mais qui se trouve également hypnotisé par une artiste de bastringue sensuelle, ambitieuse et au charme vénéneux, Netta, incarnée par la vamp Linda Darnell (Le Signe de Zorro, L’Aveu, Chaînes conjugales). Moulée dans ses costumes, Netta inspire la tentation et signera la perte de George.

Drame psychologique et film noir à la frontière du fantastique, Hangover Square joue avec les genres pour mieux déstabiliser les spectateurs. Son héros tragique, colosse aux pieds d’argile, victime d’un dédoublement de la personnalité qu’il ne peut contrôler et qui ne se souvient de rien en reprenant conscience, devient pour ainsi dire un Fantôme de l’Opéra, qui préférera terminer son concerto, l’oeuvre de toute une vie – composé par l’immense Bernard Herrmann (Concerto Macabre for piano and orchestra) pour l’une de ses premières partitions réalisées pour le cinéma – en étant caressé puis finalement emporté par les flammes. Un dernier acte virtuose qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de L’Homme qui en savait trop d’Alfred Hitchcock (1934) avec ses actions simultanées se déroulant durant le concert.

Merveilleusement interprété, réalisé et photographié, Hangover Square, film-miroir à Jack l’Eventreur du même cinéaste, est un chef d’oeuvre absolu de romantisme noir. L’année suivante, John Brahm réitèrera le même exploit pour la troisième fois consécutive avec Le MédaillonThe Locket, porté par l’immense Robert Mitchum.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Hangover Square, disponible chez Rimini Editions, repose dans boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui liseré bleu. Le visuel de la jaquette est très beau, élégant et attractif. Le menu principal est animé et musical. L’éditeur joint également un livret de 32 pages rédigé par Marc Toullec, ancien rédacteur en chef de Mad Movies, intitulé John Brahm, l’illustre inconnu d’Hollywood.

En ce qui concerne les bonus, l’éditeur est allé à la rencontre de la journaliste cinéma Guillemette Odicino (17’30). Nous ne nous étendrons pas sur cette présentation sans intérêt ni argument, qui se contente de réciter les fiches Wikipédia du réalisateur John Brahm et des comédiens. Plus chroniqueuse people que journaliste, elle a en effet l’habitude de s’attarder plus sur les abdos d’un comédien que sur sa performance, Guillemette Odicino évoque ce drame gothique comme si elle parlait de l’épisode final des Teletubbies. Passez votre chemin et sélectionnez immédiatement le supplément suivant.

L’entretien autour de la musique de Bernard Herrmann (27’30) en compagnie du musicien et compositeur (Les Liens du sang de Jacques Maillot) Stephan Oliva, est indispensable pour tous les amoureux de la musique de cinéma. Assis devant son piano, l’improvisateur et musicien de jazz présente les étapes de la carrière de Bernard Hermann (1911-1975), l’évolution de son style, son travail pour la couleur ou le N&B et son influence majeure dans le monde du cinéma, en jouant quelques-uns de ses plus grands thèmes composés pour Laura, Citizen Kane, L’Aventure de mme Muir, Psychose, Sueurs froides, Hangover Square, Les Nerfs à vif, Taxi Driver, Obsession. Absolument passionnant et un délice pour les oreilles.

On termine par une rencontre avec l’incontournable François Guérif (14’). Le critique de cinéma, éditeur et directeur de la collection Rivages/Noir se penche bien évidemment sur la vie et l’oeuvre de Patrick Hamilton, dont le roman Hangover Square a été très librement transposé au cinéma par John Brahm sur un scénario de Barré Lyndon. François Guérif confronte le film avec le livre original, en précisant que le roman était à la base inadaptable, puisqu’il ne fait que raconter des beuveries du personnage principal, d’où le titre de l’ouvrage.

L’Image et le son

La copie HD proposée est très impressionnante. La restauration effectuée est absolument sidérante de beauté et aucune scorie n’a survécu au lifting numérique. Les noirs sont denses, les blancs éclatants, la gestion des contrastes magnifique et le piqué affiche une précision hallucinante. Le codec AVC consolide l’ensemble avec brio, les fondus enchaînés sont fluides et n’occasionnent aucun décrochage et un léger grain demeure flatteur, sans lissage excessif. Il y a certes peu de séquences tournées en extérieur, mais toutes les scènes arborent un relief et une restitution des matière fort étonnants. Un master 4K éblouissant, stable, proposé au format 1.37, qui restitue les partis pris du chef opérateur Joseph LaShelle (La Garçonnière, Laura).

L’unique version anglaise est proposée en DTS-HD Master Audio Mono. L’écoute demeure appréciable en version originale (avec ou sans sous-titres français), avec une bonne délivrance de la musique de Bernard Herrmann, des effets annexes et des voix très fluides et aérées, sans aucun souffle. Si elle manque parfois de coffre, l’acoustique demeure suffisante.

Crédits images : © Twentieth Century Fox Home Entertainment / Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Kidnap, réalisé par Luis Prieto

KIDNAP réalisé par Luis Prieto, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studios le 7 novembre 2017

Acteurs :  Halle Berry, Sage Correa, Chris McGinn, Lew Temple, Jason Winston George, Christopher Berryn…

Scénario : Knate Lee

Photographie : Flavio Martínez Labiano

Musique : Federico Jusid

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Karla, profite d’un après-midi dans un parc d’attractions en compagnie de son fils lorsque celui-ci disparaît subitement. En alerte, elle repère finalement des inconnus le faire monter de force dans leur voiture.  Karla réalise à cet instant que sans réaction de sa part, elle pourrait ne jamais revoir son enfant.
Pas le temps d’hésiter, elle se lance à la poursuite des ravisseurs et ne reculera devant rien pour le sauver.

Moins présente sur les écrans (de cinéma) depuis quelques années, Halle Berry, Oscar de la meilleure actrice en 2002 pour À l’ombre de la haine, refait quelques fois surface en tant que second rôle comme dernièrement dans Kingsman : Le Cercle d’or de Matthew Vaughn et X-Men: Days of Future Past de Bryan Singer. Son dernier succès personnel remonte à 2013 avec The Call de Brad Anderson. Pour son retour sur le devant de la scène, la comédienne produit et interprète le rôle principal de Kidnap, thriller qui reprend quasiment la même recette que The Call justement, sauf que cette fois la comédienne n’est pas plantée devant son bureau pendant 1h30, mais se trouve lancée à plus 120 kilomètres à l’heure sur l’autoroute, à la poursuite des kidnappeurs de son fils de six ans. Série B invraisemblable, qui s’enfonce progressivement dans le nawak, Kidnap n’est pas déplaisant en-soi et sait divertir, c’est juste qu’on ne croit malheureusement pas une seule seconde à cette histoire.

Halle Berry est Karla McCoy, serveuse d’une quarantaine d’années, divorcée, qui mène une vie paisible avec son fils Frankie. Un jour, alors qu’ils passent une journée dans un parc d’attractions, Frankie est enlevé par une femme. Karla arrive à repérer la voiture dans laquelle son enfant a été embarqué et s’engage dans une course-poursuite. Dans la panique, elle perd son téléphone portable, et malgré ses efforts durant la poursuite automobile, ne parvient pas à obtenir une aide de la police.

Réalisé par Luis Prieto, metteur en scène espagnol d’un remake de Pusher en 2012, Kidnap repose essentiellement sur le charisme, le talent et l’investissement de sa comédienne principale. Quasiment de tous les plans, filmée sous tous les angles, Halle Berry livre une solide prestation et le film ne vaut d’ailleurs que pour elle. Son charisme est intact, son jeu n’a jamais été aussi bon et on la sent véritablement impliquée du début à la fin. Heureusement d’ailleurs, car le récit, les péripéties et les rebondissements ne sont jamais crédibles. Si Kidnap démarre bien, pour ne pas dire sur les chapeaux de roues, l’histoire fait rapidement du surplace malgré ses bolides lancés à toute vitesse sur l’autoroute.

Ecrit par le scénariste Knate Lee, qui travaillait auparavant sur la série Jackass, producteur de Bad Grandpa et qui vient d’écrire le prochain X-Men intitulé The New Mutants, Kidnap n’est absolument pas réaliste et peine alors à créer l’empathie avec le personnage principal, malgré toute la hargne d’Halle Berry et le rythme soutenu qui font qu’on ne s’ennuie pas. Le gros problème de Kidnap est donc de faire un quasi copier-coller de The Call, sur le fond, sur la forme, y compris lors de l’acte final. Une impression de déjà-vu très maladroite.

A l’origine prévu dans les salles en octobre 2015, puis programmé février 2016 en raison de difficultés financières de la société de production Relativity, pour finalement arriver en août 2016 aux Etats-Unis et le mois suivant en VOD dans nos contrées, Kidnap a connu un succès d’estime, sans pour autant casser la baraque. S’il est toujours plaisant de voir Halle Berry dans de ce genre de divertissement, on aimerait cependant la retrouver désormais dans un film plus ambitieux, qui saurait prendre en compte la nouvelle maturité de son jeu.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Kidnap, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une des séquences du film en version française.

Un seul supplément au programme de cette édition, un making of de 14 minutes, entièrement promotionnel et composé d’interviews dithyrambiques des comédiens, du cinéaste et du coordinateur des cascades – réalisateur de la seconde équipe. Les acteurs sont en mode « j’ai appris mon texte par coeur », les propos sont redondants, récités et dévoilent toute l’histoire. Quelques images de tournage montrent Halle Berry prendre le volant lors des séquences agitées sur la route. Heureusement que sa voiture était en réalité conduite par un cascadeur positionné sur le toit du véhicule.

L’Image et le son

Voici un transfert solide et une édition HD qui frôle la perfection. La luminosité est omniprésente, les détails confondants sur les gros plans, surtout sur la superbe Halle Berry, filmée sous tous les angles (et merci au cadre large !), le piqué est aiguisé comme un scalpel, la colorimétrie est étincelante et les contrastes ne cessent d’impressionner. La mise en scène agitée de Luis Prieto entraine quelques baisses de la définition, mais rien de rédhibitoire. Apport HD non négligeable pour ce titre.

Attention les oreilles ! Les courses-poursuites entraînent une très bonne utilisation du caisson de basses, qui rugit à de multiples reprises. Toutes les enceintes plongent le spectateur au milieu de la circulation, avec ses coups de frein et ses klaxons en tous genres, ses sirènes de police, ses vrombissements sur l’asphalte. La musique est délivrée sur chaque baffle avec fracas, les voix des comédiens demeurent claires et jamais noyées sous le brouhaha, en français comme en anglais, grâce aux mixages DTS-HD Master Audio 5.1. Accrochez votre ceinture. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / It Comes at Night, réalisé par Trey Edward Shults

IT COMES AT NIGHT réalisé par Trey Edward Shults, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studios le 7 novembre 2017

Acteurs :  Joel Edgerton, Christopher Abbott, Carmen Ejogo, Riley Keough, Kelvin Harrison Jr., Griffin Robert Faulkner, David Pendleton…

Scénario : Trey Edward Shults

Photographie : Drew Daniels

Musique : Brian McOmber

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé.

Etrange film que cet It Comes at Night, deuxième long métrage du jeune réalisateur, scénariste et producteur américain Trey Edward Shults, né en 1988, remarqué en 2016 avec Trisha, Prix de la critique à Deauville en 2015. Ayant fait ses classes auprès d’un certain Terrence Malick sur le tournage de The Tree of Life en tant qu’assistant cameraman, il s’inspire pour son second film de la mort de son père, qui l’a profondément affecté. It Comes at Night est né de ces questions sur la fin de vie, sur ses propres peurs, sur la transmission. Moins un film d’horreur qu’un drame intimiste et thriller psychologique, It Comes at Night déstabilise souvent et ne manque pas d’attraits, même si tout est loin d’être parfait.

Toujours affublé d’un masque à gaz, Paul vit reclus et isolé, avec femme et enfant, dans une maison en bois au milieu de la forêt. Il se voit dans l’obligation d’accueillir une famille chez lui, alors qu’un virus semble avoir mis à mal la civilisation telle qu’on la connaît. Il essaie d’instaurer certaines règles : il faut toujours sortir à deux, passer par la même porte et ne surtout pas s’aventurer dans le bois. Mais ces beaux principes sont mis à mal quand d’étranges événements se produisent.

« Lorsque tombe la nuit » comme nos amis québécois ont intitulé le film, ne révolutionne pas le genre. Voilà ça c’est dit. Il n’en a pas la prétention d’ailleurs. Mais son approche de la peur, celle liée à ses cauchemars, à l’inconnu, au noir et à ce qu’il renferme interpelle bel et bien. Si le rythme est souvent très (trop) lent, Trey Edward Shults a incontestablement le sens du cadre et de la grammaire cinématographique. Sur un postulat simple et bénéficiant d’un budget minuscule de 2,5 millions de dollars, le metteur en scène parvient à tirer profit de son décor limité, une cahute plantée au milieu de nulle part, de son intrigue serrée sur une demi-douzaine de personnages réunis dans la même habitation. Il peut également compter sur de très bons comédiens parmi lesquels se démarquent l’australien Joel Edgerton (Midnight Special, Bright), dont la présence inquiétante et ambigüe met souvent mal à l’aise, ainsi que Riley Keough (Mad Max: Fury Road, Logan Lucky), petite-fille d’Elvis Presley, qui commence à faire sa place à Hollywood.

Trey Edward Shults sait filmer et rendre menaçant une simple forêt en jouant sur les effets suggérés. La menace, puisque menace il y a, vient de l’extérieur et profite souvent de la nuit pour s’engouffrer dans le refuge de la famille principale. Aucun effet gratuit ni tape à l’oeil, la peur et l’angoisse des personnages sont contagieuses, surtout lorsque le réalisateur adopte le point de vue de l’adolescent de la famille, en prise avec ses visions d’horreur et ses premiers émois qu’il est obligé de réfréner. La « routine » de la famille de Paul est ainsi troublée par l’intervention d’un autre couple et de leur enfant. Comment réapprendre à faire confiance quand on a appris à se méfier de tout et de tout le monde ? Où s’arrête l’humanité et où commence l’animalité ? Les sens s’aiguisent dans cet espace fermé, les sentiments contradictoires se déploient et se confrontent, l’instinct de survie prime sur le reste, quitte à réaliser de mauvais choix que l’on pourra sans doute regretter après.

Avec sa photo ténébreuse signée Drew Daniels, ses changements de formats qui soulignent la détresse anxiogène des personnages, sa sécheresse qui rappelle parfois The Witch de Robert Eggers, par ailleurs produit par le même studio A24, It Comes at Night est un film post-apocalyptique maîtrisé, ambitieux, qui peut laisser froid et de marbre certains spectateurs, mais qui n’en demeure pas moins intéressant, au point qu’il n’a de cesse de mûrir encore bien après, et qui révèle surtout un jeune auteur prometteur.

LE DVD

Le DVD d’It Comes at Night, disponible chez TF1 Studio, repose dans un boîtier classique transparent. Changement de visuel par rapport à l’affiche originale, pour la sortie du film dans les bacs. Le menu principal est animé et musical.

Cette édition comprend un seul supplément, un making of de 28 minutes. Sans surprise, ce documentaire se compose d’interviews du réalisateur et des comédiens, ainsi que d’images de tournage. Trey Edward Shults intervient sur la genèse de son second long métrage, ses intentions et partis pris (le cadre, le son, le montage), tandis que les acteurs abordent les thèmes du film. Attention tout de même aux nombreux spoilers. Notons que le metteur en scène indique avoir enregistré un commentaire audio, non disponible sur le DVD français.

L’Image et le son

Pour la photo léchée de son film, Trey Edward Shults a demandé à son chef opérateur Drew Daniels de jouer avec les formats et les ambiances très sombres. Tourné en numérique avec la caméra numérique Arri Alexa XT, prenant comme partis-pris de restreindre le champ visuel, en usant des bords noirs comme dans une toile du Caravage dans les séquences de nuit, le directeur de la photographie plonge ainsi les personnages dans une pénombre froide et angoissante, en passant du format 2.35 au 2.55, jusqu’au format 3.00. Si nous devons vous donner un conseil, c’est de visionner It Comes at Night dans une pièce sans aucune luminosité, afin de mieux plonger dans l’ambiance. Le DVD édité par TF1 Studio restitue habilement la profondeur des contrastes, même si le résultat est forcément moins probant qu’en HD. Par ailleurs, certaines séquences apparaissent plus poreuses et l’on perd parfois en détails. Malgré ces menus défauts, le piqué reste ferme, les fourmillements limités. Ce master SD s’en tire avec les honneurs et contentera ceux qui ne seraient pas passés à la Haute Définition.

Les versions anglaise et française disposent d’un mixage Dolby Digital 5.1 et Stéréo. La spatialisation satisfait amplement et fait sursauter aux moments opportuns grâce à ses effets latéraux et frontaux particulièrement fins. Le caisson de basses participe à cette immersion, les dialogues sont exsudés avec force sur la centrale et les ambiances naturelles et dérangeantes ne manquent pas. La piste anglaise s’en tire le mieux du point de vue richesse acoustique et ardeur, surtout du point de vue musical. Les versions Stéréo sont évidemment moins enveloppantes, mais de fort bonne facture. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français, destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Mars Films / TF1 Studios / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Diaboliques, réalisé par Henri-Georges Clouzot

LES DIABOLIQUES réalisé par Henri-Georges Clouzot, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 24 octobre 2017 chez TF1 Studio

Acteurs :  Simone Signoret, Véra Clouzot, Noël Roquevert, Paul Meurisse, Charles Vanel, Jean Brochard, Thérèse Dorny, Michel Serrault, Robert Dalban, Jean Lefebvre…

ScénarioHenri-Georges Clouzot, Jérôme Géronimi, René Masson, Frédéric Grendel, d’après le romans de Pierre Boileau et Thomas Narcejac – Celle qui n’était plus

Photographie : Armand Thirard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Christina mène une existence malheureuse auprès de son mari, le tyrannique Michel Delasalle, directeur du pensionnat pour garçons dont elle est propriétaire. Elle sait qu’une des institutrices, Nicole Horner, est sa maîtresse, mais cela n’a pas empêché les deux femmes de se rapprocher l’une de l’autre. Christina voit en effet en Nicole une compagne d’infortune, partageant avec elle sa haine envers Michel. Lorsque Nicole demande à Christina de l’aider à tuer Michel, celle-ci accepte.

Difficile d’aborder Les Diaboliques, l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Oeuvre centrale dans le domaine du thriller et de l’épouvante, qui allait inspirer moult cinéastes, à l’instar d’Alfred Hitchcock pour Psychose, le septième long métrage d’Henri-Georges Clouzot demeure une des références du genre plus de soixante ans après.

Nicole, une institutrice, est devenue la maîtresse de Michel Delasalle, le directeur d’un minable pensionnat de jeunes garçons, à Saint-Cloud. Despotique et cruel, tyrannique et méprisant, Delasalle s’amuse à maltraiter et à terroriser Christina, son épouse, cardiaque et fragile, également propriétaire de l’établissement. Il ne ménage pas pour autant la sensibilité de Nicole. Aussi les deux femmes, pourtant rivales, sont-elles devenues amies. A elles deux, poussées à bout, elles décident de se débarrasser de Michel. Drogué puis noyé dans une baignoire, l’odieux personnage finit sa course au fond de la piscine du pensionnat. Quelque temps après, le cadavre disparaît et d’étranges phénomènes se produisent, qui effraient la faible Christina et attirent l’attention du commissaire Fichet. Les évènements inexpliqués ne cessent alors de rappeler aux deux criminelles la présence obsédante de Michel.

Quel film ! Bien que la plupart des cinéphiles connaissent aujourd’hui son extraordinaire dénouement, Les Diaboliques, (vaguement) basé sur le roman Celle qui n’était plus du tandem Boileau-Narcejac, n’a rien perdu de son intensité et de sa force hypnotique, sentiments renforcés par l’absence quasi-totale de musique (2 minutes au total sur les deux heures du long métrage), qui instaure quelques silences particulièrement glaçants. Avec une atmosphère angoissante qui étouffe le spectateur du début à la fin, le cinéaste plonge son audience dans un récit qui triture autant les méninges que l’estomac et parvient à ancrer le fantastique dans une histoire réaliste, qui continue aujourd’hui d’inspirer les réalisateurs du monde entier. Tourné dans le secret le plus absolu, Les Diaboliques repose également sur une interprétation tendue et exceptionnelle, en particulier celle de Simone Signoret, sublime, vénéneuse et démoniaque à souhait, à mille lieues de son rôle dans Casque d’or de Jacques Becker, qui avait fait d’elle une vedette trois ans auparavant. Une beauté froide et d’une cinglante cruauté que n’aurait pas reniée Alfred Hitchcock, qui par ailleurs était intéressé par le livre de Boileau-Narcejac, qui écriront spécialement pour lui leur roman D’entre les morts, qui deviendra au cinéma Sueurs froidesVertigo. Pour Psychose, Hitchcock reprendra également le même principe des portes fermées aux spectateurs dès le commencement de la séance, voulu par Clouzot pour Les Diaboliques, afin de préserver les effets et intriguer les spectateurs.

Longtemps critiquée pour son talent limité de comédienne, Véra Clouzot, d’origine brésilienne, tourne pour la seconde fois avec son mari et contrairement au Salaire de la peur, sorti deux ans avant, obtient ici le rôle principal aux côtés de sa partenaire. Rétrospectivement, il est troublant de voir à quel point ce personnage était finalement proche de l’actrice, elle-même cardiaque, et décédée en décembre 1960 à l’âge prématuré de 46 ans, suite à un infarctus. Même s’il est indéniable que Véra Clouzot manque cruellement d’expérience (elle ne tournera que trois films, ceux de son époux), sa fragilité, son charisme, son hésitation et sa spontanéité servent à merveille l’histoire. Quant à Paul Meurisse, monstre du cinéma français, capable de passer de la gaudriole au drame en un regard, il est ici tout simplement abject et repoussant, magnifique donc et d’ailleurs excellemment épaulé par d’autres camarades de jeu tout aussi bons, comme Michel Serrault, Noël Roquevert, Charles Vanel, Pierre Larquey.

Lauréat du Prix Louis Delluc en 1954, Les Diaboliques sort sur les écrans le 26 janvier 1955. Les spectateurs hurlent d’angoisse devant la violence sèche, souvent verbale, et les rebondissements alors avant-gardistes, au point d’être vraiment sonnés en sortant de la salle. Le bouche-à-oreille fait rapidement son œuvre. Heureusement, la plupart des spectateurs respectent le carton final qui apparaît en guise d’épilogue « Ne soyez pas DIABOLIQUES ! Ne détruisez pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu. Merci pour eux ». En dépit d’une interdiction aux moins de 16 ans, Les Diaboliques réalisera 3,7 millions d’entrées. Et non, nous n’évoquerons pas le piteux remake de Jeremiah S. Chechik avec Sharon Stone, Isabelle Adjani, Chazz Palminteri et Kathy Bates, non.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray des Diaboliques est disponible chez TF1 Studio (collection Héritage), dans une édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret. Les deux disques disposent des mêmes suppléments et le livret retraçant l’histoire du film et présenté par Pascal Mérigeau (44 pages), ne nous a pas été envoyé.

Les bonus de cette édition française Haute-Définition sont quelque peu décevants.

On commence par le témoignage peu passionnant de Bernard Stora (20’). Le cinéaste et scénariste, qui a fait ses débuts comme stagiaire et assistant-réalisateur d’Henri-Georges Clouzot sur L’Enfer, partage ses souvenirs liés à cette association, tout en revenant sur les conditions de tournage du film qui nous intéresse. Bernard Stora semble avoir du mal à trouver les mots pour évoquer Clouzot et ses oeuvres (« j’aime beaucoup ses films, pas tous… »), et ce qui est finalement le plus intéressant dans cet entretien est le portrait de l’homme et du cinéaste. L’intervenant aborde la forte personnalité du réalisateur, « un homme qui pouvait être attachant et gentil, malgré sa réputation […] qui était très impressionnant », avant de se pencher sur Les Diaboliques. Bernard Stora n’hésite pas à dire que ce film représente bien son « cinéma très carré, écrit et même corseté […] qui contient tous ses motifs, même s’il pâtit peut-être de son côté mécanique, sec et peut-être moins crédible […] qui a peut-être moins de fond, bien qu’admirablement filmé et interprété ». Dans la dernière partie, Stora aborde le cas Véra Clouzot, que « Simone Signoret a porté car sa partenaire n’était pas très bonne actrice ».

S’ensuit une rencontre (23’) entre le journaliste Samuel Blumenfeld (Le Monde) et Jean Ollé-Laprune (historien du cinéma). Leurs propos se complètent et s’avèrent plutôt intéressants, même si nous pouvions espérer plus pour un film de cette envergure. Les Diaboliques est replacé dans la filmographie de Clouzot, la genèse, l’adaptation du roman de Boileau-Narcejac, les houleuses conditions de tournage (avec quelques anecdotes), la faiblesse du jeu de Véra Clouzot (qui n’est vraiment pas épargnée ici), le perfectionnisme de Clouzot, ainsi que le remake américain (« exécrable ») – l’occasion pour Ollé-Laprune de dire que Sorcerer de William Friedkin est « pas mal sans plus », vous avez le droit de vous indigner – sont analysés sans temps mort.

En plus de la bande-annonce originale, l’éditeur joint également un montage de 3 minutes, constitué de propos enregistrés en 1969 et 1985, des écrivains Pierre Louis Boileau et Thomas Narcejac, sur l’adaptation cinématographique de leur roman, sur le travail de Clouzot et ses partis pris.

L’Image et le son

Les Diaboliques a été restauré en 4K à partir du négatif original. Les travaux numériques et photochimiques ont été réalisés et supervisés en 2017 par le laboratoire L21. Force est de constater que nous n’avions jamais vu le film d’Henri-Georges Clouzot dans de telles conditions. Les contrastes sont très appréciables, les noirs sont profonds. Seule la palette de gris n’est pas aussi riche que nous pouvions l’espérer, mais en même temps, la photo a toujours été plutôt blanche. Seul le générique apparaît peut-être moins aiguisé, mais le reste affiche une stabilité exemplaire ! Les arrière-plans sont bien gérés, le grain original est respecté, le piqué est souvent dingue et les détails regorgent sur les visages des comédiens. Avec tout ça, on oublierait presque de parler de la restauration. Celle-ci se révèle extraordinaire, aucune scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’encodage AVC consolide l’ensemble du début à la fin. Ce master très élégant permet de redécouvrir ce chef d’oeuvre dans une qualité technique admirable.

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations et chuintements demeurent inévitables, l’écoute se révèle fluide, équilibrée, limpide. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises. Si certains échanges manquent de punch et se révèlent moins précis (la voix de Véra Clouzot a souvent un rendu métallique), les dialogues sont dans l’ensemble clairs, sans souffle parasite. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Le Flingueur, réalisé par Michael Winner

LE FLINGUEUR (The Mechanic) réalisé par Michael Winner, disponible en édition Blu-ray + DVD + Livret DVD et Blu-ray le 15 novembre 2017 chez Wild Side Video

Acteurs :  Charles Bronson, Jan-Michael Vincent, Keenan Wynn, Jill Ireland, Frank De Kova, Lindsay Crosby…

ScénarioLewis John Carlino

Photographie : Richard H. Kline, Robert Paynter

Musique : Jerry Fielding

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Arthur Bishop est un tueur à gages pour le compte de la mafia. Sa rapidité, son professionnalisme et son perfectionnisme lui ont valu d’être surnommé « le flingueur ». Mais Bishop vieillit, et ne semble plus être en mesure d’assurer seul ses contrats. Il décide de prendre sous son aile Steve McKenna, un jeune chien fou  sûr de lui, et de lui apprendre ce qu’il sait du métier…

Le FlingueurThe Mechanic pour les puristes, réalisé par Michael Winner en 1972, est en quelque sorte le Charles Bronson Begins, du moins aux Etats-Unis. Né le 3 novembre 1921, Charles Dennis Buchinsky, d’origine lituanienne, a déjà vingt ans de cinéma derrière lui quand il devient une star sur la terre de l’Oncle Sam. Longtemps cantonné aux seconds rôles, les spectateurs et la critique repèrent néanmoins très vite ce comédien au visage taillé à la serpe, dans Bronco Apache, Vera Cruz et Les 12 Salopards de Robert Aldrich (1954 pour les deux premiers et 1967 pour le troisième), L’Aigle solitaire et L’Homme de nulle part de Delmer Daves (1954 et 1956), La Proie des vautours, Les 7 Mercenaires et La Grande évasion de John Sturges (1959, 1960 et 1963). C’est en Europe que viendra la première consécration quand Sergio Leone confie à Charles Bronson le rôle de L’Homme à l’harmonica dans Il était une fois dans l’Ouest (1968). Les cinéastes René Clément (Le Passager de la pluie) et Terence Young (De la part des copains, Soleil rouge) le font ensuite rapidement tourner, mais la rencontre avec le réalisateur Michael Winner (1935-2013) sera déterminante pour la carrière américaine et même internationale du comédien.

Emballé par la rapidité d’exécution du metteur en scène sur La Colline de la terreurChato’s Land, Charles Bronson souhaite retourner immédiatement avec Michael Winner. Ce dernier jette son dévolu sur un scénario de Lewis John Carlino, passé entre les mains de nombreux confrères (Martin Ritt, Monte Hellman) et acteurs (Kirk Douglas, Burt Lancaster, Cliff Robertson, Jeff Bridges, George C. Scott). Conscient du charisme et de l’aura de son acteur, Michael Winner construit son film sur le mutisme du personnage principal, Arthur Bishop, un tueur à gages méticuleux, attachant un soin particulier à préparer chacun de ses « contrats ». Lorsque son organisation criminelle lui demande de tuer l’un des leurs, Bishop l’exécute en camouflant son assassinat en une banale crise cardiaque. C’est alors que Steve, le fils de la victime, playboy arrogant, s’intéresse de près à Bishop et lui demande de le prendre sous son aile afin d’en faire à son tour un tueur.

Thriller, mais aussi film dramatique sur le temps qui passe, sur la solitude des êtres dans les grandes villes américaines, sur le passage de relais, sur la succession et la rédemption, Le Flingueur est un film beaucoup plus riche qu’il en a l’air au premier abord. Si Michael Winner a effacé l’homosexualité latente entre les deux personnages principaux, qui aurait été rejetée par Charles Bronson, l’ambiguïté demeure et le cinéaste parvient à suggérer le trouble qui s’empare de son Flingueur lorsqu’il rencontre le jeune Steve McKenna. Le premier quart d’heure, virtuose, sans aucun dialogue, installe toute la méticulosité de Bishop, qui a fait de son métier un art, mais aussi la psychologie du « Mechanic », ainsi que son mode de vie, immoral, mais obéissant à un code d’honneur. Calme, posé, le geste précis, le Flingueur est visiblement en mission, même si le spectateur ne comprend pas ce qu’il est en train de réaliser sur une cuisinière à gaz ou la raison pour laquelle Bishop place une substance gluante dans un ouvrage sélectionné dans une bibliothèque. Quelques minutes plus tard, l’appartement dans lequel il s’affairait explose, en tuant également son occupant scruté par Bishop quelques heures auparavant. Extraordinaire introduction.

Ensuite, Bishop est montré chez lui, vivant replié sur lui-même dans sa villa à l’intérieur rococo, robe de chambre flamboyante et aussi rouge que sa voiture de luxe, un verre de vin à la main, découvrant de l’autre un dossier lui apprenant quelle sera sa prochaine cible. Impassible, seule une boule de cire blanche qu’il malaxe sans arrêt montre son anxiété. Si la suite du film se révélera plus classique, Le Flingueur demeure un formidable thriller typique du Nouvel Hollywood alors en pleine explosion, porté le magnétisme de Charles Bronson. Si Jan-Michael Vincent (Hawke dans la série Supercopter), que son partenaire détestait (et qui avait déjà refusé Richard Dreyfuss), n’est guère convaincant et s’avère bien lisse, le duo fonctionne plutôt bien à l’écran, même s’il est vrai que nous n’avons d’yeux que pour Charles Bronson.

Contre toute attente, c’est bel et bien la relation ou plutôt la confrontation de deux générations qui fait l’intérêt du Flingueur, plutôt que les scènes d’action, même si elles s’avèrent très efficaces à l’instar de la poursuite à moto, par ailleurs bien soutenues par la composition de Jerry Fielding. C’est sec, c’est nerveux, c’est malin, teinté d’humour noir et le final inattendu est aussi anthologique que le prologue. Suite à ce grand succès, Michael Winner et Charles Bronson enchaîneront directement avec le polar urbain Un justicier dans la ville, triomphe sans précédent. Les deux hommes collaboreront sur six films au total, dont le dernier en 1985, le nanar Le Justicier de New York. En 2011, Le Flingueur a fait son comeback dans un remake éponyme réalisé par Simon West, avec Jason Statham dans le rôle-titre et Ben Foster à ses côtés, qui a d’ailleurs connu une suite en 2016.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Flingueur, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Cette édition se compose du Blu-ray et du DVD du film, ainsi que d’un livret exclusif de 86 pages, spécialement écrit par Samuel Blumenfield (journaliste et critique de cinéma au Monde), illustré de photos d’archives. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément de cette édition est un excellent entretien de Dwayne Epstein, historien du cinéma et biographe de Charles Bronson (30’). En une demi-heure, Dwayne Epstein replace Le Flingueur dans la carrière du comédien. Comme l’indique un carton en ouverture, attention aux spoilers puisque les scènes principales du film sont abordées, y compris son épilogue. L’historien du cinéma évoque la fructueuse collaboration entre Charles Bronson et le réalisateur Michael Winner, la naissance du mythe Bronson à partir du Flingueur, mais qui explosera véritablement l’année suivante avec Le Justicier dans la ville. La psychologie des personnages est longuement abordée, tout comme le jeu de Charles Bronson, et d’autres anecdotes liées à la production du Flingueur (comment le comédien a imposé sa compagne Jill Ireland), le tout joliment illustré par de multiples photos de tournage.

Le module intitulé Hired Hand : L’Homme de main (11’), donne la parole au cinéaste Monte Hellman, qui dans un entretien audio datant de décembre 2015, explique qu’il a failli réaliser Le Flingueur. Au cours de cette interview composée de photos d’archives diverses, Monte Hellman, quelque peu amer et même triste quand il évoque quelques-uns de la soixantaine de projets sur lesquels il a travaillé, et dont une douzaine seulement auront abouti, revient sur son projet avorté du Flingueur. La Columbia devait alors distribuer le film, avant que les droits soient finalement rachetés par la United Artists, sans retenir le travail – non rémunéré – de Monte Hellman.

L’Image et le son

Un Blu-ray moyennement convaincant. Le format 1.85 est respecté. Il en est de même pour le grain original, bien que très appuyé, surtout durant le premier quart d’heure. Si cela s’arrange quelque peu par la suite, la définition chancelle à plusieurs reprises, la gestion des contrastes est honnête, les couleurs retrouvent un peu de fraîcheur, mais demeurent globalement assez fanées. Les nombreux zooms occasionnent des plans flous ainsi que des fourmillements. Certes, malgré quelques points et poussières encore présents la copie est propre, mais par rapport aux précédentes éditions HD de Wild Side, le résultat est plutôt décevant.

L’éditeur ne propose pas un remixage inutile, mais encode les pistes originale et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, qui se concentre essentiellement sur le report des voix parfois au détriment de certains effets annexes. L’écoute demeure propre et nette. Elle n’est pas en revanche aussi fluide et homogène que la version originale, même si le report des dialogues aurait pu être plus ardent. Dans les deux cas, aucun souffle n’est à déplorer, les séquences d’action sont restituées avec un beau fracas, tandis que le score de Jerry Fielding, profite d’une excellente exploitation des frontales. Les sous-titres sont imposés sur la version originale.

Crédits images : © United Artists / Wild Side Vide / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Opéra, réalisé par Dario Argento

OPÉRA (Opera) réalisé par Dario Argento, disponible en combo Blu-ray+DVD le 20 octobre 2017 chez Le Chat qui fume

Acteurs :  Cristina Marsillach, Ian Charleson, Urbano Barberini, Daria Nicolodi, Coralina Cataldi-Tassoni, Antonella Vitale, William McNamara, Barbara Cupisti …

ScénarioDario Argento, Franco Ferrini

Photographie : Ronnie Taylor

Musique : Claudio Simonetti

Durée : 1h47 – version intégrale

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Une grande cantatrice doit interpréter Lady Macbeth dans une originale adaptation de la pièce d’opéra de Verdi. Or elle n’apprécie pas les choix artistiques de Marco, le metteur en scène. Elle part furieuse des répétitions et se fait renverser par une voiture. Pour la remplacer est choisie la jeune Betty, qui fait un triomphe. Malheureusement, son succès rappelle de sombres souvenirs à un fan dérangé qui va aller la rejoindre…

De l’avis général, Opéra, réalisé deux ans après Phenomena, est le dernier grand film de l’immense cinéaste Dario Argento. Si le film n’a pas bénéficié d’une exploitation dans les salles françaises, il sera plus tard distribué en VHS dans les années 1990 sous le titre Terreur à l’opéra. Le tournage de ce dixième long métrage a été exténuant pour le maestro et n’a malheureusement connu aucun succès dans les salles italiennes en décembre 1987. Il est aujourd’hui – et avec raison – considéré comme l’ultime chef d’oeuvre de son auteur. De l’avis même du réalisateur, Opéra est le film dans lequel il a placé toutes ses connaissances cinématographiques, en voulant mettre une idée différente dans chaque plan durant 1h45. Si la censure, qu’il combattait depuis ses années de critique cinéma au quotidien romain Paese Sera, a été très sévère avec le cinéaste sur ce film en particulier, y compris lors de son exploitation en VHS où tout le final en Suisse a été purement et simplement coupé, Opéra reste et demeure un immense film ambitieux, cher (7 millions de dollars de budget), dont la virtuosité ininterrompue laisse pantois d’admiration.

Suite à l’accident de la cantatrice principale, une jeune chanteuse lyrique, Betty (la comédienne espagnole Cristina Marsillach), est choisie pour interpréter le rôle de Lady Macbeth dans l’opéra de Verdi, œuvre ayant la réputation de porter malheur. Commence une série de meurtres dans l’entourage de la jeune femme qui se voit poursuivie par un mystérieux fan possessif. Avec l’aide du metteur en scène, Marco (Ian Charleson), Betty cherche à comprendre si elle n’est pas liée à l’assassin qui parsème l’opéra de corps mutilés. Jusqu’où la malédiction de Macbeth frappera-t-elle ? Sublime giallo, mais aussi véritable hommage au gigantisme de l’opéra, le film de Dario Argento foudroie d’emblée par beauté et sa technique envoûtante. En quelques plans et avec l’aide de la caméra subjective, le réalisateur se place aux quatre coins de son incroyable théâtre (sur scène, dans la fosse, dans les coulisses), lieu principal où vont se dérouler les principaux meurtres d’Opéra. Si l’on parvient finalement très vite à deviner, du moins à suspecter qui est l’auteur de ces crimes particulièrement sanglants, on ne peut être qu’ébahis par le soin extrême apporté à chaque plan et cette maîtrise qui surpasse encore et de loin la plupart des supposés maîtres de l’horreur d’aujourd’hui.

En plaçant sa caméra là où personne n’aurait pu l’imaginer, à l’instar de ce plan de deux secondes d’une balle traversant le judas d’une porte pour aller se loger dans l’oeil d’une femme un peu trop curieuse, pour continuer sa course jusqu’au fond du couloir, nul doute que le metteur en scène continue d’inspirer ses confrères, comme David Fincher qui a toujours utilisé les effets spéciaux numériques pour immiscer sa caméra là où il lui est impossible d’aller. Les ciseaux, couteaux, gants en cuir, mais aussi les épingles collées aux paupières et les armes à feu sont bien présents dans Opéra, véritable film de genre.

Dario Argento se sert de l’emphase de l’opéra, pour appuyer le côté graphique des crimes à l’écran, tandis que la musique, Macbeth de Giuseppe Verdi, mais aussi la composition originale de Claudio Simonetti du groupe Goblin et quelques morceaux hard-rock au moment des scènes violentes, reste toujours ou presque audible en fond sonore. Qui dit Argento dit également jeux de lumières – photo du chef opérateur britannique Ronnie Taylor, oscarisé pour Gandhi de Richard Attenborough – et le maître tire encore une fois profit des ambiances chromatiques, ici plus particulièrement la couleur bleue et froide qui revient de manière récurrente. Ces partis pris appuient et reflètent l’absence des relations, amoureuses ou sexuelles. D’ailleurs le seul acte visible dans le film est aussitôt avorté puisque Betty, que l’on devine frigide, n’arrive pas à s’offrir au jeune homme qui partage son lit pour un soir. Dario Argento ne cherche finalement pas à créer d’empathie avec son personnage principal, ce qui a pu rebuter une bonne partie des spectateurs. La tension est ailleurs, dans l’acte de se donner sur scène, comme si les protagonistes restaient concentrés et que the show must go on en dépit de l’horreur. L’épilogue en Suisse, souvent décriée, n’est qu’une cerise sur le gâteau, comme une sorte de rappel après le spectacle et si Dario Argento interpellait le spectateur en leur disant « Vous en voulez encore ? ».

Point de véritable enquête dans Opéra, puisque le récit se focalise presque uniquement sur Betty, qui assiste passive et bien sûr contre sa volonté, aux meurtres atroces commis devant ses yeux écarquillés, qui doivent d’ailleurs rester ouverts sous peine de voir ses paupières transpercées par des pointes bien placées par son tortionnaire. L’oeil est par ailleurs le motif récurrent dans Opéra, comme il l’est dans d’autres films de Dario Argento. Le film démarre par un plan sur la rétine d’un corbeau qui reflète le théâtre. Cet oiseau et ses congénères, tiennent la même place importante dans la mise en scène de Macbeth que dans l’histoire contée en parallèle par Dario Argento. S’ils apparaissent sporadiquement, ils deviennent les véritables stars, pour ne pas dire les héros du dernier acte, dans une scène aérienne époustouflante, vertigineuse, magistrale et foudroyante, qui serait aujourd’hui encore inconcevable même avec le drone le plus perfectionné.

Devant Opéra, on pense aux plus grands films de Brian De Palma, de par son thème, le voyeurisme, la ressemblance de l’actrice principale avec la Geneviève Bujold d’Obsession, mais également par cette démonstration technique et fulgurante qui n’a pourtant rien de tape à l’oeil (sans jeux de mots), mais qui se fond totalement dans le récit comme l’utilisation de la steadicam qui se place dans la tête du tueur. Le metteur en scène va même au-delà comme lorsque les images montrent le cerveau en ébullition du criminel, comme s’il était passé aux rayons X. Dario Argento livre ici son ultime précipité réussi entre le macabre et le sublime, qu’il est temps de réhabiliter.

LE BLU-RAY

Nous commençons à manquer d’arguments, mais cette fois encore, Le Chat qui fume a sorti les griffes pour son édition Blu-ray/DVD d’Opéra de Dario Argento ! Voici une fois de plus un objet de collection à ranger auprès des éditions de La Longue nuit de l’exorcisme, A la recherche du plaisir, Tropique du cancer, La Soeur d’Ursula et tous les autres chatons de l’éditeur qui caresse décidément les cinéphiles dans le sens du poil. Le combo Digipack à trois volets de ce nouveau titre « Exploitation italienne », renferme à la fois le DVD du film (ainsi qu’une partie des suppléments), le Blu-ray du film (avec l’intégralité des bonus) et le DVD (avec la suite et fin des suppléments). Sur le verso des volets, nous trouvons l’un des célèbres visuels du film, celui de Cristina Marsillach bâillonnée et les yeux écarquillés et menacés par des aiguilles collées sur sa paupière inférieure. L’ensemble se glisse dans un fourreau cartonné du plus bel effet, au visuel superbe et liseré rouge sang. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Quatre heures de suppléments ! Oui, vous avez bien lu, 240 minutes réparties en une dizaine de modules et d’interviews diverses, variées et passionnantes.

On démarre si vous le voulez bien par le making of d’époque d’une durée de 45 minutes. Ces images incroyables et brutes, proposées sans sous-titres, mais peu importe puisqu’il s’agit essentiellement de regarder plus que d’écouter (le son est d’ailleurs de qualité moyenne), permettent d’admirer il maestro al lavoro. Dario Argento est partout, omniprésent, la caméra le suit aux quatre coins de son incroyable décor (naturel) en train de mettre en place son prochain plan. La vidéo se concentre essentiellement sur le tournage de la séquence finale avec l’attaque des corbeaux (donc à ne visionner qu’une fois après avoir vu le film), mais aussi les prises de vue – en langue anglaise – des différents meurtres (à travers le judas, le couteau dans la gorge). On y voit entre autres le cinéaste « assassiner » lui-même ses acteurs, vêtu du pardessus et des gants du tueur. Entre la préparation des effets visuels directs (les faux corbeaux, le dressage des vrais, le maquillage des comédiens), un coup de sang de Dario Argento (les yeux exorbités) envers sa comédienne principale, un incendie qui a du mal à être maîtrisé, ce précieux document vaut le détour pour les admirateurs du maître !

D’ailleurs, en parlant de Dario Argento, enchaînez directement avec l’interview réalisée de ce dernier en 2017 (23’). Posément, le réalisateur revient sur ce film qu’il adore et considère comme étant l’un de ses plus réussis et « dans lequel il a placé toutes ses connaissances et son savoir, aussi bien cinématographique que musical ». Dario Argento évoque la genèse du film (un rendez-vous manqué pour mettre en scène un véritable opéra), le choix de Macbeth alors réputé pour porter malheur, le tournage au Teatro Regio di Parma après que la Scala de Milan ait refusé d’accueillir l’équipe, le travail avec les comédiens et les effets spéciaux. Le réalisateur n’est pas avare en anecdotes de tournage (un corbeau qui lui a donné un coup de bec dans la bouche, la scène du judas, sa relation houleuse avec Cristina Marsillach, « une actrice capricieuse […] nous ne nous parlions plus à la fin du tournage »), revient sur sa collaboration avec le chef opérateur britannique Ronnie Taylor, sa recherche sur le cadre, l’utilisation de la musique, les thèmes abordés tout en dévoilant comment les scènes clés du film ont été mises en scène, les propos étant illustrés par les images tirées du making of précédent.

Dario Argento laisse ensuite sa place Daria Nicolodi (17’). Comédienne (Les Frissons de l’angoisse, Ténèbres, Phenomena) et scénariste (Suspiria, Inferno), également ex-compagne du cinéaste et aussi mère d’Asia Argento, Daria Nicolodi passe en revue toutes ses collaborations avec Dario Argento, devant la caméra, mais aussi sur les scénarios pour lesquels elle n’est pas créditée. Après avoir raconté sa rencontre et son histoire personnelle avec le maître, Daria Nicolodi partage ses souvenirs sur leur manière de travailler ensemble, la façon dont elle a été virée sèchement de Suspiria (dont elle aurait dû tenir le haut de l’affiche après l’avoir coécrit) par la production, avant de se pencher un peu plus sur le tournage de la célèbre séquence du judas dans Opéra, ainsi que de la représentation de la violence au cinéma.

Passions maintenant à l’entretien de Franco Ferrini (37’). Dans le segment intitulé L’Identité du killer, le coscénariste d’Opéra propose un large tour d’horizon de ses diverses collaborations avec Dario Argento. Né en 1944, Franco Ferrini parle tout d’abord de sa rencontre, puis de son travail avec le cinéaste, de Phenomena (1984) à Opéra (1987). Ils collaboreront également sur Deux yeux maléfiques (1990), Trauma (1993), Le Syndrome de Stendhal (1996), Le Sang des innocents (2001), Card Player (2004) et le téléfilm Aimez-vous Hitchcock ? (2005). Si Marco Ferrini se concentre essentiellement sur leurs premières associations, ce module en dit un peu plus sur le processus créatif de Dario Argento, continuellement à la recherche de plans inédits. Grand passionné de cinéma, il cite à plusieurs reprises quelques chefs d’oeuvre américains qui ont pu l’inspirer, Franco Ferrini évoque les idées avortées sur Opéra et les conditions de tournage.

Bon, passons à la musique du film à présent (31’). Le compositeur Claudio Simonetti passe en revue sa carrière, notamment en tant que claviériste du groupe de rock progressif Goblin (qu’il a créé), jusqu’à sa première dissolution en 1979. Ayant poursuivi sa carrière en solo, Claudio Simonetti s’est ensuite spécialisé dans la musique électronique. Parallèlement, il est aussi le créateur des célèbres thèmes de nombreux films de Dario Argento, entre autres Les Frissons de l’angoisse (1975), Suspiria (1977) et Opéra (1987) et même de Dracula 3D (2012), mais aussi de Zombie de George A. Romero (1978). D’où de nombreuses anecdotes liées à la création de toutes ces compositions et surtout des différents thèmes d’Opéra. Claudio Simonetti clôt cette interview en donnant son top Argento, avec par ordre de préférence Les Frissons de l’angoisse, Suspiria, Opéra et Phenomena.

Place à Enrico Lucherini ! L’attaché de presse aux 800 longs métrages parle à son tour de sa longue collaboration avec Dario Argento (38’), dont il s’est occupé de quasiment tous les films. Autant dire qu’il connaît bien le cinéaste et qu’il l’a vu évoluer, en rappelant au passage que Dario Argento était l’un des critiques cinéma (pour le Paese Sera) les plus importants du pays avant de passer à l’écriture de films (Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone), puis lui-même derrière la caméra en 1970 avec L’Oiseau au plumage de cristal. Enrico Lucherini en vient au tournage compliqué (et cher !) d’Opéra, aux inventions de Dario Argento sur le tournage, à la légende de Macbeth, au retard lié à la difficulté de tourner avec les corbeaux.

L’un des éléments que l’on retient après avoir vu Opéra, ce sont les corbeaux, qui tiennent un rôle primordial dans l’histoire. Si le tournage a nécessité de véritables oiseaux, il a fallu avoir également recours à quelques effets spéciaux directs. C’est donc là qu’intervient le spécialiste Sergio Stivaletti (16’), qui s’est occupé des corbeaux réalisés en animatroniques pour les plans et séquences violentes ou impossibles à réaliser avec de véritables volatiles. Le responsable de ces effets ne garde pas un très bon souvenir d’Opéra en raison du manque de temps qui ne lui a pas permis de peaufiner ses créations comme il le désirait. Il considère d’ailleurs Opéra comme un film maudit, même s’il en garde finalement un bon souvenir.

Placez votre curseur sur Panique à l’opéra (26’30). Vous y trouverez un Q&A réalisé le 27 avril 2006 au cinéma Farnese de Rome, en compagnie de Dario Argento, du scénariste Franco Ferrini et du réalisateur/scénariste Lamberto Bava, fils de Mario Bava. Dario Argento monopolise évidemment l’attention en évoquant le tournage d’Opéra. Les propos tenus ici reprennent en gros ce qu’il dévoile dans son interview en début de programme. Nous retenons entre autres que le cinéaste était épuisé à la fin du tournage et que se voyant entré en dépression, avait décidé de partir seul en voyage en Inde, loin de tout. Dario Argento mentionne également une version non censurée d’Opéra (la censure avait été très sévère sur les scènes violentes) qui circulait en VHS sous le manteau aux Etats-Unis. Assistant-réalisateur de Dario Argento sur Inferno et Ténèbres, mais aussi lui-même metteur en scène de Démons et Démons 2 (coécrits avec Dario Argento) Lamberto Bava prend ensuite le micro pour parler de leurs diverses associations. Même chose pour Franco Ferrini, qui se concentre sur le processus créatif de Dario Argento et notamment son attachement aux personnages féminins.

On termine les interviews, par le bonus « facultatif » de cette édition, dans le sens où l’entretien avec le critique de cinéma Fabrizio Spurio (38’), résume tout ce qui a pu être vu et entendu à travers les suppléments précédents, sans apporter aucun élément inédit. Une redite pendant près de 40 minutes, dont vous pouvez finalement vous passer si vous avez été attentifs aux propos des intervenants depuis près de 3h30 maintenant.

Bon, c’est pas tout ça, mais l’interactivité se clôt sur deux clips vidéo de Claudio Simonetti, forcément très kitsch, sans oublier quatre films-annonces, Opéra, La Longue nuit de l’exorcisme, Lord of illusions et Le Retour des morts-vivants.

Merci infiniment au Chat qui fume de nous avoir permis de réaliser cette longue chronique et surtout d’avoir pu (re)découvrir le film dans les meilleures conditions possibles.

L’Image et le son

Le Chat qui fume propose Opéra de Dario Argento en version intégrale. Quelle beauté ! Le Blu-ray au format 1080p (AVC) restitue toutes les merveilleuses volontés artistiques du cinéaste et du chef opérateur Ronnie Taylor (Tommy de Ken Russell, oscarisé pour Gandhi de Richard Attenborough) avec une large palette chromatique à dominante bleue. Les contrastes sont denses, la texture argentique heureusement préservée, la copie stable et d’une propreté absolue. Les détails sont riches aux quatre coins du cadre large et la profondeur de champ ne cesse d’impressionner. Alors même si l’éditeur a choisi de préserver les quelques pertes de la définition originales et liées aux conditions de tournage (voir les séquences de vues subjectives des corbeaux), l’apport Haute-Définition s’avère aussi omniprésent que primordial. Vous ne pouvez pas passer à côté de cet incroyable master restauré.

Qui dit version intégrale, dit forcément scènes non doublées. Celles-ci sont donc présentées en anglais, langue de tournage du film. Comme l’indique l’éditeur, la piste italienne est différente et présente la voix de Dario Argento à 1h23 pendant une courte scène, ainsi qu’en guise de conclusion. Deux versions anglaises sont présentées, celle qui a accompagné le film lors de sa présentation au marché du film à Cannes (finalement non retenue pour son exploitation), ainsi que celle réalisée pour la sortie internationale d’Opéra dans les salles. A première vue, on serait tenté de sélectionner tout de suite la piste italienne, mais comme le film a été tourné en anglais, autant le visionner ainsi une première fois. Mais quelle piste choisir du coup ? Les deux pistes sont bien nettoyées, propres et de même acabit, avec quelques légers craquements et un souffle palpable sur les quelques plages de silence. Mais le doublage cannois est bien moins réussi et manque sérieusement de naturel avec des voix parfois inappropriées. Notre préférence va à la version italienne, bien plus convaincante. La piste française est étonnamment la plus dynamique du lot avec un rendu souvent plus élevé des dialogues, de la musique et des effets. Les sous-titres français sont imposés en italien et en anglais et toutes les options acoustiques proposées en DTS-HD Master Audio Mono.

Crédits images : © Le Chat qui fume / 1987 ADC Srl / Cecchi Gori Group Tiger Cinematographica Srl . Mediaset S.p.A. Tous droits réservés / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Security, réalisé par Alain Desrochers

SECURITY réalisé par Alain Desrochers, disponible en DVD et Blu-ray le 17 octobre 2017 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs :  Antonio Banderas, Ben Kingsley, Liam McIntyre, Gabriella Wright, Chad Lindberg, Cung Le, Yana Marinova, Mark Rhino Smith…

ScénarioJohn Sullivan, Tony Mosher

Photographie : Anton Bakarski

Musique : FM Le Sieur

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Une fillette doit témoigner contre la mafia qui envoie un commando attaquer le fourgon où elle se trouve pour la tuer. Mais l’opération tourne mal et la fillette trouve refuge la nuit dans un centre commercial. Cinq vigiles surveillent le lieu. L’un d’entre eux est un ancien militaire expérimenté. L’affrontement peut commencer !

Antonio Banderas n’a jamais arrêté de tourner. Le comédien espagnol n’aura eu de cesse d’alterner les apparitions chez des pointures (Brian De Palma, Woody Allen, Pedro Almodóvar, Jean-Jacques Annaud, Steven Soderbergh, Terrence Malick), tout en restant fidèle à Robert Rodriguez (6 films ensemble depuis Spy Kids) et en prêtant sa voix au Chat Potté sur 4 longs et 4 courts métrages. Le reste du temps, l’ancien Zorro et Desperado passe d’une production destinée au marché de la vidéo à l’autre, dans le but évident de payer sa villa à Los Angeles. Toujours est-il qu’en dehors d’une participation ratée dans le troisième (et mauvais) Expendables de Patrick Hughes, l’acteur né à Málaga a toujours su rester pro et n’a que très rarement déçu depuis ses débuts. Après Autómata de Gabe Ibáñez en 2014, très bonne proposition de science-fiction malheureusement passée inaperçue puisque le film n’a été distribué qu’en DVD et Blu-ray, Antonio Banderas revient à l’action avec Security, petite production, mais également petite surprise fort bien accueillie à sa sortie dans les bacs grâce à un excellent bouche-à-oreille.

Eddie, vétéran des forces spéciales souffrant de stress post-traumatique accepte un poste de vigile dans un centre commercial. Durant sa première nuit de travail, il ouvre les portes à une jeune fille muette de peur qui cherche un refuge. Un homme élégant et raffiné se présente alors et offre un million de dollars en échange de l’adolescente tandis qu’un groupe de mercenaires encercle le bâtiment. Eddie refuse, ce qui signe son arrêt de mort, ainsi que celui de ses collègues (Liam McIntyre, Chad Lindberg, Gabriella Wright) et de la petite fille (Katherine le la Rocha). L’ancien militaire va alors organiser la résistance au sein du magasin, en usant de talkie-walkie pour enfants (les téléphones portables sont HS), d’une voiture télécommandée, de quelques armes dont ils disposent (un taser), d’un peu de courage et surtout de système D. Et c’est parti pour 90 minutes de pur divertissement !

Le cinéaste et scénariste québécois Alain Desrochers a fait ses classes dans le domaine du clip vidéo puis dans la publicité avec une centaine de spots à son actif. Il se fait également la main à la télévision pour quelques séries dont The Hunger, produite par Ridley et Tony Scott, avant de signer son premier long métrage en 2000, La Bouteille. Depuis, Alain Desrochers partage sa carrière entre le cinéma et la télévision. Security est sa première production américaine, même si le film a entièrement été tourné…en Bulgarie, spécialité des gars de Millennium Films. Même si l’on imagine que le budget ne devait pas être faramineux, Alain Desrochers fait preuve d’un réel savoir-faire et Security s’avère une bonne série B, solidement réalisée et interprétée. Antonio Banderas fait le boulot comme au bon vieux temps (celui des années 80-90 pour les plus jeunes), bourru mais tendre avec la gamine, qui déclame ses tirades en mangeant sa barbe (on parle bien d’Antonio hein), avec ses deux flingues en main. Son rival n’est autre que Sir Ben Kingsley. L’acteur britannique campe un mafieux bien décidé à flinguer tous ceux qui pourraient lui causer des ennuis, peu importe s’il s’agit d’une petite fille en détresse.

Le décor (très artificiel) offre un terrain de jeu sympathique, bien exploité par le réalisateur, ça canarde, ça explose, ça saigne, ça se bastonne, le contrat est rempli, sans pour autant prendre les spectateurs pour des abrutis grâce à une histoire certes standard, mais qui tient la route grâce à un rythme soutenu. Security est un film fun, bourré de références (Les Ailes de l’enfer, Assaut) et on aimerait voir d’autres thrillers du même acabit aussi réussis.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Security, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal paraît fauché, puisque fixe et muet. Mention spéciale à la jaquette qui indique « Ben Kingsley, inoubliable interprète de Gandhi, qui abandonne la non-violence » !

Petite sortie technique, Security ne dispose que d’un making of minuscule (8’) en guise de supplément. Promotionnel, ce module donne la parole aux producteurs, au réalisateur et aux comédiens, qui ne font que présenter l’histoire et les personnages. Quelques images de tournage entre deux interviews redonnent un peu d’intérêt à l’ensemble.

L’interactivité se clôt sur des bandes-annonces et des liens internet.

L’Image et le son

Le Blu-ray de Security est au format 1080p. Cette édition s’avère très soignée avec une propreté assurée, des couleurs sombres puisque le film ne se déroule essentiellement que de nuit dans le centre commercial aux lumières éteintes. La photo froide est soignée et les partis pris bien restitués. Le piqué est aléatoire, mais s’en tire honorablement, la gestion des contrastes est solide, même si nous pouvions attendre plus de détails sur le cadre large. Heureusement, l’encodage AVC consolide l’ensemble avec brio et toutes les séquences tournées en extérieur sont très belles. Un DTV bien choyé et à la définition riche.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 assurent pour instaurer un confort acoustique ample et plaisant. La musique composée par FM Le Sieur (pas d’erreurs) est systématiquement spatialisée grâce au soutien énergique des latérales. Si les dialogues auraient mérité d’être un peu plus relevés sur la centrale en version originale, ils sont heureusement toujours nets et précis, la balance frontale est puissante et le caisson de basses utilisé à bon escient à l’instar de l’attaque durant la tempête, l’accident et bien sûr tous les affrontements dans le centre commercial. A titre de comparaison, la piste française se révèle quand même moins riche et naturelle que son homologue.

Crédits images : © Security Productions, inc. Tous droits réservés. / Metropolitan Filmexport / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Héritier, réalisé par Philippe Labro

L’HÉRITIER réalisé par Philippe Labro, disponible en Blu-ray le 5 septembre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Jean-Paul Belmondo, Carla Gravina, Jean Rochefort, Charles Denner, Maureen Kerwin, Jean Desailly, Jean Martin, François Chaumette, Maurice Garrel…

ScénarioJacques Lanzmann, Philippe Labro

Photographie : Jean Penzer

Musique : Michel Colombier

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Fils à papa et playboy renommé, Bart Cordell se retrouve à la tête d’un véritable empire à la mort de son père. Pas vraiment préparé pour être un homme d’affaires, Cordell va devoir faire ses preuves, tout en prouvant que l’accident d’avion de son père a été provoqué…

« Montrez-moi un héros et je vous écrirai une tragédie. » Francis Scott Fitzgerald

A la fin des années 1960 – début 1970, Jean-Paul Belmondo est l’un des comédiens qui règnent sur le cinéma français. Le comédien oscille alors entre comédies populaires et films d’auteurs. Bebel passe allègrement d’un genre à l’autre, de Gérard Oury à François Truffaut, en passant par Louis Malle, Robert Enrico, Claude Lelouch, Jacques Deray, Jean-Paul Rappeneau, Claude Chabrol, Henri Verneuil et José Giovanni. Tout cela en l’espace de cinq ans. En allant rendre visite à sa compagne, la magnifique Laura Antonelli, sur le tournage de Sans mobile apparent, Jean-Paul Belmondo observe la méthode Labro. Conforté par son complice de toujours Jean-Pierre Marielle, qui joue également dans le film, sur le professionnalisme du metteur en scène, Bebel fait part à Philippe Labro qu’il souhaiterait collaborer avec lui. Il n’en fallait pas plus à ce dernier et à son coscénariste Jacques Lanzmann pour lui écrire un thriller dramatique sur mesure. Ce sera donc L’Héritier.

Hugo Cordell, grand patron de la presse et de l’industrie, trouve la mort dans l’explosion de son avion, entre Genève et Paris. L’examen des débris de l’appareil ne permet pas d’établir avec certitude les causes de l’accident. À Paris, les dirigeants de Globe, l’hebdomadaire français du groupe Cordell, attendent avec anxiété l’arrivée de Barthelemy, dit Bart, l’héritier de l’empire Cordell (vous avez dit Largo Winch ?), qui a émis le désir de prendre connaissance du dernier numéro avant son impression. Dans l’avion qui le ramène des États-Unis, Bart flirte avec la séduisante Lauren, qui glisse dans sa poche un ticket de bagage. À l’aéroport, Bart est accueilli par le staff directorial du Globe et des reporters de la télévision. Le ticket de bagage trouvé par un douanier correspond à une mallette remplie de drogue et on accuse Bart de se livrer à un trafic de stupéfiants. Il comprend alors que son arrivée à la tête de l’empire Cordell qui pèse 150 millions de dollars, n’est pas du goût de tout le monde. Aidé de son fidèle ami, David, il décide de mener son enquête.

« Je ne cherche pas à me faire aimer, je cherche à me faire comprendre. »

La carrière cinématographique de Philippe Labro a toujours été influencée par le polar américain, son genre de prédilection. L’Héritier ne fait pas entorse à la règle puisqu’on y retrouve l’atmosphère, le cadre et les décors propres au thriller US. A la limite de l’expérimental, le cinéaste joue avec le montage et notamment les ruptures. Ces intentions et partis pris n’ont pas eu que du bon pour la postérité de L’Héritier, qui a pris pas mal de rides, contrairement à la partition toujours inspirée de Michel Colombier. Dépourvu d’humour, froid, le troisième long métrage de Philippe Labro offre néanmoins à Jean-Paul Belmondo un rôle atypique, peu attachant et qui ne fait d’ailleurs rien pour créer une once d’empathie en faisant la tronche et en plissant le front pendant près de deux heures, mais qui demeure au final curieux du début à la fin.

Grand succès public en mars 1973 avec plus de 2 millions d’entrées, L’Héritier se voit aujourd’hui comme une curiosité dans la filmographie de Bebel, ainsi que pour son casting quatre étoiles puisque la divine Carla Gravina (L’Antéchrist d’Alberto De Martino), Jean Rochefort, Charles Denner, Jean Desailly, Michel Beaune, François Chaumette, Maurice Garrel, Jean Martin gravitent autour du comédien principal, droit comme un i et corseté dans des costumes trois-pièces. Philippe Labro parle du monde impitoyable et cynique de la presse, le sien, par ailleurs le personnage de Liza Rocquencourt, interprété par Carla Gravina, n’est pas sans rappeler Françoise Giroud, mais également de celui de l’entreprise, où les concurrents sont prêts à tout pour devenir le leader européen. Récit initiatique, polar, drame, L’Héritier touche à tout, c’est sans doute ce qui fait sa faiblesse puisque le récit part dans tous les sens et sans gestion du rythme, mais c’est aussi ce qui fait aussi sa force puisque Labro ne donne pas toutes les clés de ses personnages et son film paraît même parfois quasi-inclassable. Son épilogue inoubliable pour les fans de Bebel a largement contribué à conférer à L’Héritier un statut culte.

LE BLU-RAY

L’édition HD de L’Héritier est disponible chez Studiocanal. Le DVD du film était déjà disponible chez le même éditeur depuis 2007. Le menu principal est fixe et muet, triste…

Comme pour l’édition HD de L’Alpagueur, Philippe Labro présente L’Héritier (29’) à travers un entretien souvent passionnant. Le réalisateur s’attarde sur la genèse de son troisième long métrage et troisième collaboration avec Jacques Lanzmann, sur l’écriture du scénario, les thèmes abordés, ses intentions et ses inspirations (l’ascension et l’assassinat de JFK, le cinéma de Jean-Pierre Melville, Bas les masques de Richard Brooks), sa collaboration avec Jean-Paul Belmondo (qui se demandait si les spectateurs allaient l’accepter dans la peau de ce personnage), l’épilogue (tourné à 5 caméras et inspiré de l’assassinat de Lee Harvey Oswald par Jack Ruby), l’accueil et la postérité de son film. S’il s’égare parfois en parlant longuement de son amitié avec Jean-Pierre Melville, qui l’a beaucoup conseillé pour le tournage de Sans mobile apparent (qui au passage n’est jamais sorti en DVD et qu’on attend toujours !), Philippe Labro replace brillamment L’Héritier dans sa filmographie et dans son contexte politico-financier, le tout agrémenté d’anecdotes de tournage.

L’Image et le son

L’apport HD pour L’Héritier est ici moins flagrant que pour L’Alpagueur. Le générique est marqué par un grain très imposant et le reste du film restera du même acabit avec un piqué émoussé et un manque de définition récurrent. La gestion des contrastes est correcte, la copie affiche une solide stabilité et la propreté de la copie est indéniable. Quelques plans sombres et flous semblent inhérents aux conditions de tournage, tandis que les partis pris esthétiques froids du chef opérateur Jean Penzer (Le Diable par la queue de Philippe de Broca, Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier) sont ici respectés dans la mesure du possible.

Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un honnête confort acoustique, même si certains échanges paraissent parfois étouffés et sourds. La propreté est de mise, les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Michel Colombier est quant à elle la mieux lotie. Mauvais point en revanche pour l’absence de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, tout comme celle d’une piste Audiodescription qui manque à l’appel.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Plus dure sera la chute, réalisé par Mark Robson

PLUS DURE SERA LA CHUTE (The Harder They Fall) réalisé par Mark Robson, disponible en DVD et Blu-ray le 10 octobre 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs :  Humphrey Bogart, Rod Steiger, Jan Sterling, Mike Lane, Max Baer, Jersey Joe Walcott, Edward Andrews…

Scénario :  Philip Yordan d’après le roman d’après le roman “Plus dure sera la chute” (The Harder They Fall) de Budd Schulberg

Photographie : Burnett Guffey

Musique : Hugo Friedhofer

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Eddie Willis, journaliste sportif au chômage, accepte l’offre de Benko, un manager de boxe corrompu, pour monter une combine qui les rendra riches. Ils profitent de la naïveté de Toro Moreno, un boxeur lourd et pataud, pour abuser du public auquel ils le présentent comme une force de la nature. Match après match, Toro écrase ses adversaires et gagne la sympathie du public qui, comme lui, ignore que chaque rencontre est truquée. Après avoir accepté toutes les compromissions, Eddie finira par écrire un article sur le racket dans le milieu de la boxe.

Plus dure sera la chuteThe Harder They Fall est le dernier long métrage tourné par le mythique Humphrey Bogart. Agé de 56 ans, le comédien était alors souffrant depuis plusieurs mois et se savait condamné par un cancer de l’oesophage. La maladie l’emportera en janvier 1957. Depuis 1951, Humphrey Bogart souhaite se diriger vers des rôles qui diffèrent de ceux qui l’ont rendu célèbre. Le tournant arrive en 1951 avec African Queen de John Huston, pour lequel il obtient l’Oscar du meilleur acteur. Après Bas les masques de Richard Brooks, Sabrina de Billy Wilder et La Comtesse aux pieds nus de Joseph L. Mankiewicz, Humphrey Bogart retrouve le réalisateur Edward Dmytryk, qui l’avait dirigé dans Ouragan sur le Caine, pour La Main gauche du Seigneur, The Left Hand of God. Si le film n’est pas un chef-d’oeuvre, il vaut encore largement le coup pour admirer les comédiens, notamment la magnifique Gene Tierney. Bogart tourne ensuite La Maison des otages sous la direction de l’immense William Wyler, avant de s’engager sur Plus dure sera la chute. Une œuvre quasi-testamentaire.

Mis en scène par le canadien Mark Robson (1913-1978), ancien monteur de Jacques Tourneur sur La Féline et Vaudou, mais aussi d’Orson Welles sur La Splendeur des Amberson, Plus dure sera la chute offre à Bogey l’un de ses plus beaux rôles. Eclectique, mais aussi inégal, on doit à Mark Robson Le Champion avec Kirk Douglas (1949), déjà un film sur le milieu de la boxe, Le Procès avec Glenn Ford (1955), ainsi que deux films de guerre très célèbres, L’Express du colonel Von Ryan avec Frank Sinatra (1965) et Les Centurions avec Anthony Quinn et Alain Delon (1966). L’un de ses derniers films, Tremblement de terre (1974) demeure l’un des fleurons du genre catastrophe. Bon technicien, il signe avec Plus dure sera la chute un de ses meilleurs films, peut-être même son chef d’oeuvre.

Humphrey Bogart incarne Eddie Willis, journaliste sportif en quête d’un scoop, contacté par le manager et chef du «syndicat» de la boxe, Nick Benko (Rod Steiger, monumental), qui lui propose de contribuer à la promotion d’un jeune boxeur argentin, Toro Moreno. Espérant découvrir un futur champion, Willis accepte l’offre. Il ne tarde pas à déchanter. En effet, bien qu’impressionnant à première vue, Moreno boxe à peine mieux qu’un débutant. Willis comprend vite que ses combats sont truqués. Pour son dernier baroud d’honneur, Humphrey Bogart ne pouvait espérer plus beau personnage. Critique virulente du milieu sportif, Plus dure sera la chute montre un monde pourri, régi par des salopards véreux qui ne pensent qu’à l’argent et qui traitent les hommes comme des animaux, comme s’ils dirigeaient des combats de coqs, en ayant recours à des combines infâmes, tout en convoitant le pactole. S’il est étrange, pour ne pas dire invraisemblable, que le personnage incarné par Bogey paraisse crédule au début du film et semble ne pas se douter autant des agissements que des desseins de Benko, le comédien lui apporte une impressionnante ambiguïté qui fait passer la pilule. Ou quand le jeu sobre et tout en retenue de Bogart (impérial) contraste merveilleusement avec celui de la méthode de Rod Steiger, déchaîné, qui ne tient pas en place, qui vocifère et jure en se retenant continuellement de taper du poing sur la table.

Face à ce manager corrompu et magouilleur, Eddie Willis devra faire un choix entre préserver son intégrité ou s’enrichir au détriment de toutes déontologies. Se prenant d’affection pour ce grand colosse aux pieds d’argile qu’il est supposé vendre à la presse comme étant le futur champion du monde, Eddie doit bien admettre que Toro (inspiré du boxeur Primo Carnera, 1,97 m pour 122 kg, champion du monde des poids lourds en 1933) ne sait pas se battre et que seule sa taille hors normes impressionne le milieu et les lecteurs de ses articles. Jusqu’à ce que Benko et ses hommes aillent trop loin en envoyant Toro à l’abattoir dans un match final violent et d’une rare brutalité, remarquablement filmé caméra à l’épaule, dans un N&B charbonneux (sublime photo de Burnett Guffey, chef opérateur de Tant qu’il y aura des hommes et Bonnie et Clyde) et qui inspirera plus tard Martin Scorsese pour Raging Bull. Eddie est bien décidé à sauver la peau de Toro, malgré les menaces de Benko à son égard, avant que le supposé boxeur ne finisse dans le caniveau, la cervelle en bouillie, comme le montre cette séquence hallucinante de l’interview de l’ancien « champion » de boxe, devenu clochard, édenté et handicapé.

Divertissement passionnant doublé d’un pamphlet acide écrit par Philip Yordan, du moins ce que crédite le générique puisque Yordan a longtemps servi de prête-nom pour des auteurs victimes du Maccarthysme, d’après le roman éponyme de Budd Schulberg publié en 1947, Plus dure sera la chute rejoint ainsi les grandes réussites du genre sportif aux côtés de Nous avons gagné ce soir (1949) et Marqué par la haine (1956), tous deux réalisés par Robert Wise.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Plus dure sera la chute, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Une fois n’est pas coutume, pas de Patrick Brion sur cette édition ! En revanche, Bertrand Tavernier et François Guérif ont répondu présent. Durant son intervention de 28 minutes, le premier indique d’emblée qu’il s’agit d’un des meilleurs films de Mark Robson et qu’il a eu un très grand plaisir à réévaluer. Après une rapide présentation du réalisateur et de ses films les plus célèbres, Bertrand Tavernier se penche longuement sur le cas du scénariste Philip Yordan.

Fils d’émigrants polonais, ce dernier demeure un mystère pour les spécialistes du cinéma puisque le scénariste en apparence « prolifique » a longtemps fait travailler d’autres écrivains à sa place et certains scénaristes inscrits sur la tristement célèbre liste noire lors du Maccarthysme. Un prête-nom avoué certes, mais Philip Yordan n’hésitait pas non plus à s’attribuer certains succès qu’il n’avait pas écrits. Pour Bertrand Tavernier, qui avait interviewé Philip Yordan (« j’ai rarement entendu autant de bobards de ma vie » dit d’ailleurs le réalisateur) c’est le cas pour Plus dure sera la chute, dont il attribue la paternité au romancier Budd Schulberg, qui avait adapté lui-même son livre en 1947, qui devait ensuite être mis en scène par Edward Dmytryk.

Le projet tombe à l’eau, mais la Columbia rachète le scénario à la RKO, qui atterrit ensuite sur le bureau de Philip Yordan. Bertrand Tavernier suppose que le scénario original a dû n’être que très légèrement retouché, Yordan y couchant ensuite sa signature. Bertrand Tavernier en vient au casting en revenant sur la dernière apparition d’Humphrey Bogart à l’écran, ainsi que sur le jeu de Rod Steiger, qui avait quelque peu décontenancé Bogey. L’historien du cinéma évoque deux points du récit qui le laissent quelque peu perplexe, mais loue la grande réussite de Plus dure sera la chute, encense la photo du chef opérateur Burnett Guffey, la mise en scène et le montage rapide, l’utilisation des décors et l’attention aux petits détails. Voilà une remarquable présentation !

De son côté, François Guérif peine évidemment à nous donner quelques indications supplémentaires, surtout en huit minutes. L’éditeur et passionné de film noir se concentre surtout sur le roman de Budd Schulberg et sa représentation du monde sportif dans Plus dure sera la chute où tous les personnages sont pourris et seulement intéressés par l’appât du gain.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos.

L’Image et le son

Ce master restauré au format respecté de Plus dure sera la chute, jusqu’alors inédit en France et présenté ici pour la première fois au monde en Haute-Définition, est on ne peut plus flatteur pour les mirettes. Tout d’abord, le splendide N&B de Burnett Guffey (Les Désemparés, Désirs humains) retrouve une densité inespérée dès l’ouverture. La restauration est indéniable, aucune poussière ou scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’image est d’une stabilité à toutes épreuves. Les contrastes sont fabuleux et le piqué n’a jamais été aussi tranchant. Le grain original est présent, sans lissage excessif, ce qui devrait rassurer les puristes. Le cadre fourmille de détails, les fondus enchaînés n’entraînent pas de décrochages et cette très belle copie participe à la redécouverte de ce grand classique.

L’éditeur nous propose les versions anglaise et française de Plus dure sera la chute. Passons rapidement sur cette dernière, moins dynamique, qui a toutefois bénéficié d’un nettoyage aussi complet que son homologue. Evidemment, notre préférence va pour la version originale, plus homogène et naturelle, tout aussi propre, sans souffle parasite. Le confort acoustique est largement assuré. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé.

Crédits images : © Columbia / Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr