Test Blu-ray / Les Loups de haute mer, réalisé par Andrew V. McLaglen

LES LOUPS DE HAUTE MER (North Sea Hijack) réalisé par Andrew V. McLaglen, disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD chez Elephant Films le 28 février 2019

Acteurs : Roger Moore, James Mason, Anthony Perkins, Michael Parks, David Hedison, Jack Watson…

Scénario : Jack Davies d’après son roman “Esther, Ruth and Jennifer

Photographie : Tony Imi

Musique : Michael J. Lewis

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Lou Kramer et son commando menacent de détruire plusieurs plates-formes pétrolières en pleine mer ! Pour éviter cela, le Conseil d’Urgence envoie ffolkes, le réputé commandant misogyne de la brigade antigang. Lui et ses hommes, surnommés les “loups de haute mer”, se lancent dans une bataille aquatique délicate et très dangereuse contre les pirates…

Si son nom n’est pas vraiment connu du grand public, le réalisateur anglo-américain Andrew V. McLaglen (1920-2014) a pourtant signé quelques pépites et classiques très prisés par les cinéphiles. Fils de Victor McLaglen, ancien boxeur poids lourd devenu comédien, Oscar du meilleur acteur pour Le Boxeur, chef d’oeuvre de John Ford dont il devient très proche, Andrew V. McLagen accompagne souvent son père sur les plateaux de cinéma et contracte très vite le virus du 7e art. Il grandit en côtoyant et en admirant John Ford et John Wayne, et décide très vite de devenir metteur en scène. Il est tout d’abord assistant-réalisateur, y compris sur L’Homme tranquille (1952) et passe enfin à la réalisation avec son premier long métrage, Légitime défenseGun the Man Down (1956), un western où il dirige James Arness et Angie Dickinson. Les séries télévisées Perry Mason et surtout Rawhide lui permettent de se perfectionner et de peaufiner son style. Il signe son retour au cinéma en 1963 avec le célèbre Le Grand McLintock avec John Wayne, Maureen O’Hara et Yvonne De Carlo. La consécration publique vient réellement en 1965 avec Les Prairies de l’honneurShenandoah et ce en dépit de critiques virulentes venues de la presse qui déclarent notamment que le réalisateur plagie le style de son modèle John Ford. Cela n’empêche pas le film d’être un grand succès (mérité), mais aussi de marquer le début d’une grande amitié et d’une collaboration fructueuse entre Andrew V. McLagen et le comédien James Stewart.

Dans les années 1970, le cinéaste persiste et signe dans le western avec Chisum, Le Dernier train pour Frisco, Rio Verde, Les Cordes de la potence et La Loi de la haine. Il se voit alors proposer Les Oies sauvagesThe Wild Geese, adapté de l’oeuvre de Daniel Carney par Reginald Rose, l’auteur de Douze hommes en colère, mais également scénariste de L’Homme de l’Ouest d’Anthony Mann en 1958. L’histoire est alors prétexte pour réunir quelques grands noms du cinéma pour un film d’aventures qui allait devenir alors une référence. Deux ans après, Andrew V. McLaglen retrouve Roger Moore pour Les Loups de haute merNorth Sea Hijack, ou bien encore ffolkes, du nom du personnage principal et Assault Force lors de sa diffusion à la télévision américaine. Thriller d’aventure et d’action, bourré d’humour et de bons mots, génialement interprété, Les Loups de haute mer est également devenu un petit classique chéri par les cinéphiles et amateurs de séries B.

Lou Kramer un terroriste et son commando armé menace de faire exploser des plateformes pétrolières. Pour contrer cet homme dangereux, le conseil d’urgences déploie une équipe de professionnels. À la tête de celle-ci figure Folks, homme bougon et solitaire qui préfère la compagnie des chats à celui des femmes. Mais lui et son équipe surnommés « les loups de haute mer » sont les seuls à pouvoir empêcher l’inévitable.

Rétrospectivement, sir Roger Moore trouve ici l’un de ses meilleurs rôles. Son personnage misanthrope, critiquant la gent féminine, porté sur la boisson et passionné par les chats lui va comme un gant et le comédien se délecte de chacune de ses répliques. La barbe bien coupée, l’oeil moqueur et avant tout expert dans son domaine, Rufus Excalibur ffolkes était l’homme tout désigné pour mettre fin aux agissements d’une bande de terroristes bien décidé à mettre la mer du Nord à feu et à sang. Les Loups de haute mer, à ne pas confondre avec The Sea Wolves’’, sorti la même année, également réalisé par Andrew V. McLaglen, avec aussi Roger Moore au générique, connu sous le titre français Le Commando de Sa Majesté, est l’adaptation du roman de Jack Davies, Esther, Ruth and Jennifer. L’écrivain, également l’auteur de l’extraordinaire Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines taille un rôle sur mesure pour l’acteur principal.

En dépit d’une affiche très « bondienne » sur laquelle Roger Moore arbore la célèbre pose de l’agent 007 et qui rappelle celle de Sean Connery sur celle d’Opération Tonnerre, point de gadgets ou cascades ici. Les Loups de haute mer est un « petit » thriller jubilatoire, au charme rétro toujours intact, dans lequel l’agent de sa Majesté, alors en permission entre les dossiers classifiés de Moonraker et Rien que pour vos yeux, s’amuse et rivalise de cabotinage (rien de péjoratif à dire cela) avec James Mason (la vieille école fatiguée) et Anthony Perkins (suintant et grimaçant à souhait), avec sa légendaire allure décontractée.

Près de quarante ans après sa sortie, Les Loups de haute mer est toujours aussi divertissant et reste emblématique d’un cinéma britannique aussi élégant que récréatif.

A mon père.

LE BLU-RAY

Nous le désirions depuis tant d’années ! C’est désormais chose faite ! Les Loups de haute mer apparaît en HD dans les bacs français sous la bannière d’Elephant Films ! Quel bonheur ! Le film d’ Andrew V. McLaglen est disponible en combo DVD/Blu-ray. Le menu principal est fixe et musical.

Le journaliste en culture pop Julien Comelli est de retour et le moins que l’on puisse dire, c’est que la sobriété lui va beaucoup mieux. Sa présentation des Loups de haute mer est impeccable (14’). Il commence tout d’abord par indiquer les différents titres du film, avant de préciser qui est Andrew V. McLaglen, puis de donner quelques titres de films du genre, dont un alléchant La Tour Eiffel en otage, réalisé par Claudio Guzmán en 1980. Quelques anecdotes de tournage sont également au programme, ainsi que des infos concernant la sortie mitigée des Loups de haute mer au cinéma.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos et un lot de bandes-annonces, dont celle du film qui nous intéresse (« Il n’a pas besoin de permis de tuer ! »), qui dévoile alors le dénouement !

L’Image et le son

La restauration n’est pas de première jeunesse et la réduction de bruit a le don d’irriter quelque peu. Néanmoins, vous pouvez mettre aux oubliettes le DVD Universal qui prenait la poussière depuis 2003 ! L’apport HD est éloquent sur les séquences diurnes et le renforcement des contrastes. Pourtant, le générique fait très peur avec une image très grumeleuse, des fourmillements à foison et diverses scories. Il faut accepter un teint plutôt cireux des visages, mais ce Blu-ray au format 1080p des Loups de haute mer permet de revoir ce bon classique dans de bonnes conditions. Le master trouve un équilibre, une stabilité suffisante, les couleurs sont ragaillardies, les détails sont plus riches, le piqué agréable.

Le doublage français est aux petits oignons, avec les grands Claude Bertrand (Roger Moore), Bernard Tiphaine (Anthony Perkins) et Jean-Claude Michel (George Baker) à la barre ! La Stéréo laisse place aux dialogues, au détriment des ambiances. L’ensemble est propre, sans souffle parasite. La piste anglaise est plus aérée et équilibrée, tandis que l’excellente partition de Michael J. Lewis semble également plus dynamique. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Elephant Films / Universal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Baie sanglante, réalisé par Mario Bava


LA BAIE SANGLANTE (Reazione a catena – Ecologia del delitto) réalisé par Mario Bava disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 5 mars 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Claudine Auger, Luigi Pistilli, Claudio Volonté, Laura Betti, Leopoldo Trieste, Franco Ventura, Anna Maria Rossati, Isa Miranda, Brigitte Skay, Paola Montenero, Roberto Bonanni, Guido Boccaccini, Nicoletta Elmi, Renato Cestiè…

Scénario : Filippo Ottoni, Mario Bava, Giuseppe Zaccariello d’après une histoire originale de Dardano Sacchetti et Franco Barberi

Photographie : Mario Bava

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

La vieille comtesse Frederica est brusquement arrachée à son fauteuil d’invalide et pendue par son mari qui à son tour meurt sous les coups de poignard d’un mystérieux assassin. Quatre jeunes gens venus se divertir pénètrent par effraction dans la villa. Pendant que l’une des filles se baigne nue dans la baie et se retrouve la gorge tranchée, un garçon et une fille désirant faire l’amour se retrouvent épinglés au lit par une lance…

La Baie sanglante est une œuvre tardive dans l’oeuvre de Mario Bava. Le cinéaste a 57 ans quand il entreprend ce film, considéré aujourd’hui comme l’une de ses plus grandes réussites, qui apparaît également comme une réponse au giallo, ce genre italien du film d’exploitation, cocktail de cinéma d’horreur, de film policier et d’érotisme soft. Un tueur ganté, masqué, qui assassine sauvagement (souvent en caméra subjective) à l’aide d’une arme blanche ou de ses propres mains en étranglant la plupart du temps une pauvre femme qui trépasse en hurlant, et qui rend son dernier souffle, figée dans un ultime appel au secours. Telles sont les composantes du giallo. Chantage, sexe, héros suspectés, meurtres sadiques, Mario Bava (1914-1980) ne sait pas encore qu’il vient de changer le cinéma de genre, italien, européen puis mondial avec Six femmes pour l’assassinSei Donne per l’assassino, ou bien encore Blood and Black Lace pour son titre international, qui sort sur les écrans en 1964. De cette œuvre matricielle, acte fondateur de tout un pan du septième art, Dario Argento s’en inspirera pour son propre cinéma. En février 1970, L’Oiseau au plumage de cristal connaît un succès mondial. Après le désistement du producteur Dino De Laurentiis qui voulait surfer sur la vague du giallo, Mario Bava décide d’aller plus loin et de remettre les pendules à l’heure quant au genre qu’il a lui-même créé.

Six scénaristes se refilent l’histoire de La Baie sanglante, qui déboule sur les écrans italiens en 1971. Et c’est du jamais vu. Les spectateurs se retrouvent face à une succession ou plutôt à une réaction en chaînes (traduction littérale du titre original) de meurtres (13 au total) très violents, crus, sanglants, comme s’ils étaient embarqués dans une spirale, dans une boucle constituée d’assassinats en perpétuel recommencement. Non seulement, Mario Bava a inventé le giallo, mais il crée ici un autre genre qui découle du premier, le slasher, et sera notamment la première grande influence du Vendredi 13 de Sean S. Cunningham (1981).

La Baie est un magnifique domaine, convoité par tous. La propriétaire, Federica Donati, une vieille comtesse paralytique, refuse de vendre la propriété à un architecte sans scrupule, car elle ne veut pas la voir se transformer en station balnéaire et lieu touristique. Un soir la comtesse est attaquée par son mari le comte Filippo Donati. Dans la foulée le comte est tué et son corps dissimulé dans la baie. Un mot désespéré étant retrouvé près du cadavre, la police conclut au suicide.

C’est une expérience inoubliable à laquelle nous convie Mario Bava. Presque un demi-siècle après sa sortie, La Baie sanglante, Reazione a catena (Ecologia del delitto) demeure l’un des plus grands films d’horreur, ou de terreur plutôt, de l’histoire du cinéma, probablement l’un des plus violents. Radical, mais également réflexion sur la représentation de la violence à l’écran et du rapport des spectateurs avec les films de genre, La Baie sanglante peut se targuer de flatter autant l’intellect du spectateur, que ses sens en le divertissant du début à la fin, en lui offrant ce qu’ils est venu chercher, au-delà même de ses espérances. Déçu par son Île de l’épouvante (1970), le maestro en reprend quelques motifs ici dans La Baie sanglante. Voulant retrouver une certaine forme de liberté créatrice et d’expression, Mario Bava a pour ainsi dire carte blanche. S’il a également participé au scénario sur cet opus, il y est également chef opérateur.

Bienvenue dans un monde où l’horreur peut vous surprendre n’importe où, dans le plus simple appareil, de jour comme de nuit. Véritable leçon de cinéma, du zoom au montage, en passant par la sécheresse des meurtres macabres, la beauté de la photographie, les effets spéciaux et les maquillages saisissants du grand Carlo Rambaldi (récompensés au Festival du film fantastique d’Avoriaz), La Baie sanglanteReazione a catena est un chef d’oeuvre absolu et intemporel, morbide, mais lyrique et surtout furieusement poétique.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Baie sanglante, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check disc. Le menu principal est animé et musical. Après plusieurs éditions chez TF1 Vidéo (2000), Evidis (2006) et Carlotta Films (2009), le che d’oeuvre de Mario Bava revient dans les bacs, plus beau que jamais !

Le journaliste Mathieu Macheret a décidément le vent en poupe puisque nous ne cessons de le retrouver sur les éditions de Rimini Editions et bien évidemment chez ESC Editions. Il propose ici une analyse de quelques séquences spécifiques de La Baie sanglante (20’). Une présentation assez pointue et pertinente, qui croise à la fois le fond et la forme.

Critique cinématographique et écrivain, Gérard Lenne a répondu présent pour présenter à son tour La Baie sanglante de Mario Bava (25’). Cette passionnante intervention donne moult informations sur la genèse et la production du film qui nous intéresse. Ecologia del delitto est replacé dans l’oeuvre du maître italien, les partis pris sont analysés (la violence des meurtres et la représentation de la violence), le casting passé au peigne fin, ainsi que les lieux de tournage, la sortie du film sur les écrans, les quelques récompenses à Sitges (une mention spéciale) et à Avoriaz (prix des effets spéciaux pour Carlo Rambaldi), ainsi que son influence sur le genre américain puisque La Baie sanglante allait donner naissance au slasher. Moult anecdotes sont également racontées au fil de ce rendez-vous vraiment très agréable.

Chez Homepopcorn.fr, on adore Nicolas Stanzick ! Alors, quel plaisir de retrouver l’auteur du livre Dans les griffes de la Hammer: la France livrée au cinéma d’épouvante ! Toujours débordant d’énergie et passionné, Nicolas Stanzick indique tout ce que le cinéphile souhaiterait savoir sur la production de La Baie sanglante (25’). S’il y a évidemment quelques échos avec ce qui a déjà été entendu précédemment, cette analyse complète parfaitement les modules passés en revue.

Nous trouvons également le montage alternatif italien de La Baie sanglante, d’une durée d’1h24’’54 contre 1h24’’24 pour le montage anglais. Selon Bruno Terrier, éminent expert de Mario Bava, les différences apparaissent au niveau de quelques dialogues et de contrechamps sensiblement plus étendus. Le film ayant été tourné en anglais, privilégiez évidemment l’autre montage, et surtout la version française très réussie.

L’Image et le son

Force est d’admettre que nous nous trouvons devant l’un des plus beaux Blu-ray disponibles chez ESC Editions. Le cadre, superbe, regorge de détails aux quatre coins et ce dès la première séquence. Si le générique est évidemment plus doux, la définition reste solide comme un roc, la stabilité est de mise et le grain original flatte constamment la rétine. La propreté de la copie (anglaise, comme l’indiquent les credits) est irréprochable, à part peut-être quelques pétouilles, mais ce serait vraiment chipoter. La palette chromatique profite de cet upgrade avec des teintes revigorées. Les séquences diurnes en extérieur bénéficient d’un piqué pointu et d’une luminosité inédite. Ajoutez à cela des noirs denses, une magnifique patine seventies, quelques éclairages luminescents et vous obtenez l’une des éditions indispensables de mars 2019.

Propre et dynamique, le mixage français DTS HD Master Audio Stéréo (à privilégier) ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la très belle partition Stelvio Cipriani. A titre de comparaison, elle demeure la plus dynamique et la plus riche du lot, puisque la version anglaise DTS-HD Master Audio Mono 2.0 paraît bien confinée, oubliant quelques ambiances naturelles pour se concentrer sur les voix. Notons également la présence d’une piste française 5.1 anecdotique, mais qui contient son lot d’effets, en dépit d’un léger souffle chronique.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Halloween, réalisé par David Gordon Green

HALLOWEEN réalisé par David Gordon Green disponible en DVD, Blu-ray et 4K Ultra-HD le 27 février 2019 chez Universal Pictures France

Acteurs : Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak, Haluk Bilginer, James Jude Courtney, Nick Castle, Will Patton, Rhian Rees…

Scénario : Jeff Fradley, Danny McBride, David Gordon Green

Photographie : Michael Simmonds

Musique : Cody Carpenter, John Carpenter, Daniel A. Davies

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Laurie Strode est de retour pour un affrontement final avec Michael Myers, le personnage masqué qui la hante depuis qu’elle a échappé de justesse à sa folie meurtrière le soir d’Halloween 40 ans plus tôt.

Frustrant. Voilà le mot qui résume le mieux cet Halloween, cuvée 2018. Non content de suivre/remaker/rebooter (rayez les mentions inutiles) la saga, ce nouvel opus peine à se démarquer des autres et n’hésite pas à repiquer des scènes de la franchise par-ci par-là sans aucun scrupule, à tenter de recréer la mythologie ou encore à ”singer” le film original réalisé par John Carpenter. Il faut par ailleurs signaler que ce premier épisode était assez pionnier dans le genre du slasher, sous-genre horrifique représentant un tueur masqué qui tue plusieurs individus à l’arme blanche. Il a entraîné par la suite la saga Vendredi 13 un an après, ou même Meurtres À La St-Valentin, pâle copie sans saveur de Halloween, reprenant le thème du meurtre lors d’un événement du calendrier grégorien. Mais au-delà des influences qu’Halloween a généré, il a connu lui-même sept suites, ainsi qu’un remake et sa suite.

C’est donc 9 ans après un très bon – en version Director’s Cut – Halloween II, réalisé par Rob Zombie, que Michael Myers ressurgit sur les écrans. Mis en par un spécialiste de la comédie (Délire Express, Votre Majesté), fraîchement tombé dans le drame (Joe, Stronger), David Gordon Green ressuscite l’un des croquemitaines les plus célèbres du 7ème Art. Pour ce faire, il s’entoure du comédien Danny McBride (Délire Express, C’est La Fin, Alien : Covenant) afin d’écrire ce qu’ils considèrent comme étant la suite directe du film de Carpenter , c’est-à-dire supprimer les 7 suites et faire comme si elles n’avaient jamais existé. C’est chose ratée tant le film comporte des séquences de meurtres pompées dans les autres films (y compris chez Rob Zombie), faisant de Michael Myers une brute épaisse et sans état d’âme (alors que la séquence pré-générique laissait présager le meilleur), largement copié sur Jason Voorhees de la saga Vendredi 13.

Là où le bât blesse, c’est qu’aucune scène – excepté la première et le générique de début, où la citrouille se reforme – n’est crédible. David Gordon Green n’hésite pas à recopier ce qu’il aimait chez Carpenter, notamment des plans iconiques, qui font ici office de parodie tant cela paraît exagéré. Le film ne mise même pas sur la peur, la frayeur, ou encore la psychologie de ses personnages comme le faisait le film original et même quelques-unes de ses suites et surtout le remake de Rob Zombie. Non, loin de là. Il ne fait qu’adapter à la lettre les débilités d’un scénario sans saveur reprenant les clichés et les codes du néo-slasher. Pire encore, les personnages les plus intéressants sont dirigés vers la sortie rapidement, ne laissant que les protagonistes s’engouffrer dans du grand n’importe quoi digne d’un téléfilm du jeudi soir de M6 des années 90. Sauf qu’ici, rien n’est assumé. On va passer sur les multiples rebondissements inutiles avec certains personnages, dont ce fameux remplaçant du Dr Loomis, une catastrophe scénaristique en tout point. Le film se raconte au premier degré et la formule ne prend pas. Entre un gros « je m’en fous, j’ai John Carpenter qui supervise » et « On va faire de Jamie Lee Curtis le pendant féminin (et féministe donc) de Clint Eastwood », Halloween ne respecte en rien la saga qui la rendait si authentique aux yeux des fans, que ce soit dans son traitement comme dans sa mise en images.

Et si revoir Jamie Lee Curtis dans le rôle d’une Laurie Strode vieillissante, avide de vengeance, doublement divorcée et en perpétuel conflit avec sa fille est un vrai plaisir, force est de constater que cette Laurie Strode n’a strictement rien à voir avec celle du film original telle que Big John l’a laissée aux côtés de Donald Pleasence. Aucune empathie ne se fait avec son personnage de vieille folle que personne ne croit. Au moins, la Laurie de Halloween : 20 Ans Après se questionnait sur l’héritage créé par le premier film. Ici, David Gordon Green s’en fiche royalement et ne mène son film qu’à un troisième acte attendu, mais tout de même réussi.

Il faut attendre 1h20 avant que le film démarre réellement. Un dernier acte permettant de retrouver trois générations de Strode (grand-mère, fille et petite-fille) affronter Michael Myers (dans une assez belle mise en scène), mais la suppression de la fraternité de Michael et Laurie nuit franchement à l’ensemble. Si l’idée est malmenée, le petit côté Western en huis clos et la confrontation finale entre Laurie et Michael fait tout de même son petit effet, tout comme le plan final, parsemant le doute sur l’héritage que nous laisse la saga à l’heure actuelle, mais également plusieurs questions métas sur l’industrie Hollywoodienne de nos jours…

Tantôt parodique, tantôt sérieux, Halloween ne doit réellement son succès qu’à la renaissance de Michael Myers, mais surtout à la musique de John Carpenter, toujours aussi parfaite, et à l’implication de Jamie Lee Curtis, superbe dans le rôle, qui lui, est écrit avec les pieds. On pourrait encore vous parler du film pendant des heures, parce que plusieurs sujets n’ont pas été évoqués, mais ce sentiment de frustration ne ferait que devenir un sentiment de dégoût. Et l’auteur de ces lignes aime beaucoup trop Michael Myers pour ça. Et est tout de même dégoûté que le producteur Jason Blum ait cette envie de faire une suite. On se demande même comment c’est envisageable. Ah oui, les billets verts, tout ça.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Halloween, disponible chez Universal Pictures France, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical avec le thème musical du film réarrangé.

Le Blu-ray contient 7 scènes coupées et en versions longues (HD, 13 minutes), qui est le gros morceau de ces bonus, mais aussi le plus intéressant de cette édition. En effet, certaines scènes sont assez jolies visuellement et tentent d’explorer les pensées de certains personnages.

De Retour À Haddonfield : Le Making Of D’Halloween (HD, 6 minutes) est plutôt une featurette où le réalisateur se confie sur son amour pour le film original et ce qui l’a motivé à en faire une suite 40 ans plus tard.

La Véritable Scream Queen (HD, 3 minutes) se concentre sur le retour de Jamie Lee Curtis et sur la comparaison entre le personnage qu’elle incarnait dans le film de John Carpenter avec celui qu’elle interprète dans le film de David Gordon Green.

Le Son De La Peur (HD, 3 minutes) s’intéresse au travail musical effectué par John Carpenter, Cody Carpenter et Daniel Davies pour le film et l’importance de ce que le thème original leur inspire.

Le Périple Du Masque (HD, 3 minutes) parle des origines du masque et de la peur qu’il provoque.

L’Héritage D’Halloween (HD, 4 minutes) est une table ronde bien trop courte donnant la parole à Jamie Lee Curtis, John Carpenter, David Gordon Green et Jason Blum sur le film original et ce qu’il a inspiré depuis, ainsi que sur la réalisation du film de 2018.

Des suppléments bien trop courts pour être véritablement intéressants. Frustrant.

L’Image et le son

L’image est d’excellente facture, permettant de déceler beaucoup de détails (dont la qualité du masque de Michael Myers). Les scènes de jour comme de nuit sont très bien retranscrites sur ce Blu-ray, encodé en AVC. Pour information, le film a été tourné en numérique.

L’écoute du film en VO est très agréable. Évidemment, la piste Anglaise en DTS: X est à privilégier. Les frontales mettent en valeur l’action du film tandis que les latérales se concentrent plus sur l’ambiance et la musique. Une expérience très agréable que la VF en DTS 5.1 ne parvient pas à rivaliser, et comporte aussi un doublage rendant le film ”nanardesque”.


Crédits images : © Universal Pictures Pictures /  Captures Blu-ray : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Candyman, réalisé par Bernard Rose

CANDYMAN réalisé par Bernard Rose disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 19 février 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley, Kasi Lemmons, Vanessa Williams, DeJuan Guy, Marianna Elliott, Ted Raimi, Michael Culkin…

Scénario : Bernard Rose d’après la nouvelle de Clive Barker, The Forbidden

Photographie : Anthony B. Richmond

Musique : Philip Glass

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Helen Lyne, une étudiante, décide d’écrire sa thèse sur les mythes et légendes locales. C’est en visitant une partie de la ville inconnue qu’elle découvre la légende de Candyman, un homme effrayant qui apparaît lorsqu’on prononce cinq fois son nom en face d’un miroir. Helen, pragmatique, choisit de ne pas croire à l’existence de Candyman. Mais son univers bascule dans l’horreur quand une série de meurtres horribles commence…

Ecrivain, plasticien, dramaturge, sculpteur, scénariste, producteur, comédien et réalisateur, Clive Barker, né à Liverpool en 1952, est un touche-à-tout. 1984 est un tournant dans sa carrière puisque la même année sortent les trois premiers volumes de la série Livres de sang, recueils de nouvelles qui comprendront six tomes. C’est un triomphe immédiat. Les trois autres volets sortent l’année suivante, ainsi que le roman Le Jeu de la damnation. Echaudé par le traitement accordé à ses scénarios sur Transmutations et Rawhead Rex, le monstre de la lande, tous les deux mis en scène par George Pavlou en 1985 et 1986, Clive Barker décide de passer derrière la caméra afin d’adapter lui-même son roman (non publié) Hellraiser. Le reste appartient à la légende et le personnage de Pinhead devient une icône du film d’épouvante. Si Clive Barker a depuis continué sa carrière littéraire, le cinéaste est devenu rare. Son second long métrage Cabal (1990) s’est entre autres soldé par un échec commercial, d’autant plus que le film est remonté par la 20th Century Fox. Alors que la franchise Hellraiser en est déjà au troisième opus, un réalisateur du nom de Bernard Rose (né en 1960) décide d’adapter sa nouvelle intitulée Lieux InterditsThe Forbidden tirée du tome 5 des Livres de sang. Il lui cède les droits gratuitement en échange d’une participation à la production du film. Remarqué avec son magnifique Paperhouse (1988) et metteur en scène de trois autres longs métrages plus anecdotiques (Smart Money, Body Contact, Chicago Joe et la showgirl), Bernard Rose va alors s’approprier le récit original et créer l’un des plus célèbres boogeymen de l’histoire du cinéma avec Candyman, film d’épouvante, mais dans un contexte dramatique social.

Helen Lyle est étudiante à l’université d’Illinois à Chicago, mariée à Trevor, un professeur. Avec son amie Bernadette, elles rédigent une thèse sur les légendes urbaines et les croyances populaires. Au cours de ses investigations, elle est interpellée par une histoire récurrente, celle du mythique Candyman qui terrorise les habitants du quartier défavorisé de Cabrini Green depuis des décennies. Helen sentant qu’elle tient là l’occasion rêvée de pimenter son travail, convainc Bernadette d’aller enquêter sur les lieux mêmes des crimes, dans la cité sordide de Cabrini Green (le film a réellement été tournée sur place), un ghetto noir livré aux gangs et à la misère. Elles se rendent à l’appartement de la dernière victime en date, persuadées qu’en fait le fantôme, est un meurtrier qui s’introduit dans les appartements grâce à un défaut de conception permettant la communication entre les salles de bains par un passage situé derrière les miroirs. Sur place, Helen découvre un appartement laissé à l’abandon et recouvert de graffitis étranges et inquiétants. Plus tard, au cours d’un dîner en compagnie d’un éminent collègue de son mari qui travaille sur les mêmes sujets, elle apprend la véritable histoire de ce Candyman. Daniel Robitaille était un fils d’esclave dont le géniteur avait réussi à faire fortune grâce à une invention. Daniel fréquenta les meilleures écoles et reçut une très bonne éducation. Artiste, il commence à gagner sa vie en réalisant le portrait de riches commanditaires. En 1890 il est mandaté par un riche propriétaire terrien, qui lui commande une peinture de sa fille. Daniel et cette dernière tombent amoureux et la jeune héritière tombe enceinte. Le père furieux de cet affront (qui plus est commis par un noir) engage des brutes épaisses et avinées pour lyncher Daniel. Roué de coups, la main tranchée, Robitaille est ensuite recouvert de miel et livrer en pâture aux abeilles. Tué par les multiples piqûres, Robitaille est ensuite incinéré et ses cendres jetées sur les champs qui deviendront des années plus tard le ghetto de Cabrini Green. Depuis, toute personne qui récitera son nom à 5 reprises face à un miroir le verra réapparaître. C’est alors qu’Helen est confrontée au véritable Candyman, furieux du scepticisme dont elle fait preuve, et contraint selon lui à se montrer à nouveau pour relancer le mythe, afin que les gens croient en lui de nouveau.

Voilà la légende de Candyman. Ou comment perpétuer un mythe depuis un siècle. Tandis que résonne le magnifique thème principal composé par l’immense Philip Glass, la ville de Chicago (l’action de la nouvelle originale se déroule à Liverpool) et ses autoroutes sont montrées du ciel avec ses véhicules en mouvement, qui s’entremêlent, qui s’échappent et disparaissent. C’est comme qui dirait une métaphore d’une histoire qui se transmet par le bouche-à-oreille, qui mute et se transforme en passant d’une personne à l’autre. La légende urbaine de Candyman n’est pas que le fruit de l’imagination et si un individu peine à y croire, attention, le croque-mitaine pourrait bien lui apparaître pour chambouler son esprit cartésien.

Candyman, c’est la manifestation surnaturelle de la violence d’une nation, du racisme, de la haine des hommes. Mesurant près de 2 mètres, Tony Todd est l’incarnation parfaite de ce monstre ambigu, puisque conscient de sa dimension tragique. Digne héritier de Dracula, Candyman est un personnage romantique, victime de la xénophobie, dont l’âme brisée qui n’a jamais pu s’éteindre demeure dans la conscience collective au point de s’incarner quand on l’invoque. Gare à celle ou celui qui se trouvera à portée de son énorme crochet de boucher acéré et planté dans son moignon droit !

La “Mina Harker” de Candyman, Helen (It was always you Helen), est interprétée par la sublime et envoûtante Virginia Madsen. Révélée par David Lynch dans Dune (1984) dans lequel elle jouait la Princesse Irulan, la comédienne est également l’une des têtes d’affiche du bouillant Hot Spot de Dennis Hopper aux côtés de Jennifer Connelly. Après un détour par le fantastique (du moins dans son genre) Highlander, le retour (1991), elle trouve dans Candyman l’un de ses plus grands rôles. Magnétique, troublante, bouleversante, l’actrice, que le cinéaste hypnotisait afin d’obtenir un regard “perdu dans les limbes”, foudroie le coeur et l’âme des spectateurs du début à la fin.

De son côté, Bernard Rose enchaîne les séquences cultes, merveilleusement photographiées par Anthony B. Richmond (Ne vous retournez pas et L’homme qui venait d’ailleurs de Nicolas Roeg), tandis que la musique de Philip Glass se grave dans nos mémoires à jamais. Parallèlement à la sortie du film sur les écrans, Virginia Madsen est récompensée par le Saturn Award, ainsi que par le Prix du public de la meilleure actrice au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1993, où Philip Glass est également primé. Après le succès colossal de Candyman au cinéma avec 26 millions de dollars de recette (pour un budget de 8 millions) rien que sur le sol américain, une suite est envisagée. Bernard Rose écrit un premier scénario, finalement rejeté par les studios. Ce qui n’empêchera pas de voir débarquer un Candyman 2 dans les salles en 1995, produit par Clive Barker et réalisé par Bill Condon. En 1999, Candyman 3 sortira directement dans les bacs. Mais ceci est une autre légende urbaine. Il semblerait qu’un remake soit prévu par Jordan Peel, metteur en scène de Get Out. Sortie programmée en 2020. Candyman ne mourra jamais.

LE BLU-RAY

Candyman. Candyman. Candyman. Candyman. Can…non mais oh ça va pas non ? L’oeuvre de Bernard Rose réapparaît dans les bacs dans une magnifique édition Blu-ray + DVD + livret de 24 pages sous les couleurs d’ESC Editions. Vous pouvez donc oublier l’édition Blu-ray sortie chez Universal en 2012 car Candyman (zut une cinquième fois !) revient dans un nouveau master Haute-Définition avec plus de quatre heures de suppléments ! Le menu principal est animé sur la mythique partition de Philip Glass. Pas de chapitrage.

Si le menu indique seulement Bernard Rose au micro du commentaire audio (VOSTF), ses propos sont pourtant croisés avec ceux du producteur Alan Poul, de l’écrivain Clive Barker ainsi que des comédiens Virginia Madsen, Tony Todd et Kasi Lemmons ! La plupart du temps, l’intervenant indique lui-même son nom avant de s’exprimer sur Candyman. Certes, tous ces propos ont visiblement été enregistrés durant des interviews, mixés par la suite, mais ne passez surtout pas à côté de ce commentaire passionnant, qui revient sur la genèse du film, l’adaptation de la nouvelle originale, le casting (Sandra Bullock, encore inconnue, avait été pressentie pour le rôle d’Helen), la psychologie des personnages, les conditions et lieux de tournage (Virginia Madsen hypnotisée, le quartier défavorisé de Cabrini Green), les thèmes (les légendes urbaines notamment, la dimension sociale de Candyman), sans oublier la musique de Philip Glass.

Après le film, dirigez-vous vers l’intervention (34’) d’Alexandre Poncet (réalisateur du Complexe de Frankenstein) et de Laurent Duroche (journaliste chez Mad Movies). Les propos croisés et passionnés de ces messieurs se complètent sur un rythme soutenu. Chacun replace Candyman dans son contexte cinématographique au début des années 1990, avant d’en venir au personnage à sa mythologie, tout en abordant la genèse du film, les conditions de tournage et certaines scènes clés.

Place maintenant à Olivier Desbrosses, rédacteur en chef d’UnderScores (17’) qui nous propose de son côté une présentation très intéressante du compositeur Philip Glass. L’oeuvre du pionnier de la musique minimaliste est longuement abordée, à l’instar de ses travaux pour le cinéma, y compris bien sûr pour Candyman. Avec son timbre de voix qui rappelle celui de François Guérif, Olivier Desbrosses signe un module très intéressant, qui donne envie d’écouter les thèmes méconnus de Philip Glass.

Nous les avons déjà entendus dans le commentaire audio, mais c’est également très plaisant de les voir, Virginia Madsen (13’) et Tony Todd (10’) s’expriment sur Candyman. Certes, leurs propos renvoient directement à ceux déjà entendus dans le premier supplément (la création du personnage, son costume, le travail avec les abeilles, la préparation « physique » de Virginia Madsen que Bernard Rose voulait plus en chair, le recours à l’hypnose pour donner à l’actrice un regard envoûté), mais ne boudons pas notre plaisir, d’autant plus que les comédiens sont visiblement très heureux de reparler de ce film très important dans leurs carrières respectives.

Un module de huit minutes se concentre sur les effets spéciaux et maquillages du film, en compagnie des artistes Bob Keen, Mark Coulier et Gary J. Tunnicliffe, qui interviennent sur la création du crochet de Candyman, ainsi que la prothèse spéciale créée afin que Tony Todd puisse placer une poignée de véritables abeilles dans sa bouche.

Les intervenants du commentaire audio sont de retour dans un making of de 2004 (24’). Si vous êtes arrivés jusqu’ici en visionnant et en écoutant tous les bonus précédents, alors les propos tenus ici vous apparaîtront redondants puisqu’il s’agit des mêmes anecdotes glanées ici et là ! Quelques photos de tournage viennent illustrer ces anecdotes croisées.

N’oublions pas Clive Barker, qui bénéficie d’un module centré sur sa carrière, avec la participation de l’écrivain lui-même en 2004 (11’). Ce dernier remonte le fil de sa carrière et se souvient avec le sourire que son désir a toujours été de « foutre une trouille bleue aux gens en créant des trucs bizarres, un mec dont la profession est l’imagination ». L’auteur revient sur ses premières œuvres (films, peintures, écrits), ses références (Jean Cocteau notamment), sur ce qui a nourri son inspiration et sur tous ses longs métrages.

Les aficionados de Bernard Rose vont être aux anges puisque l’éditeur nous gratifie de trois de ses courts-métrages restaurés en HD ! A Bomb With No Name on It (3’, 1976), The Wreckers (5’) et Looking at Alice (30’, 1978). Expérimentaux, œuvres de jeunesse, émergence d’une sensibilité, d’un style, d’une voix, ces trois films sont animés par une fureur de (sur)vivre dans une Angleterre engluée dans d’anciennes traditions qui ne laissent aucune place à la jeunesse. Où la communication est impossible entre les générations et où le futur est non seulement incertain, mais aussi et surtout très pessimiste.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale, ainsi que sur quelques planches de storyboards mises en parallèle avec les scènes correspondantes (6’).

L’Image et le son

Ce nouveau master restauré 2K provient du nouveau scan 4K effectué à partir du négatif original, le tout supervisé et approuvé par Bernard Rose et le directeur de la photographie Anthony B. Richmond. La patine argentique est donc sacrément bien respecté avec un grain présent et surtout excellemment géré. Les couleurs sont très agréables, fraîches (voir les teintes rouges), les noirs denses, les contrastes solides comme un roc et les séquences diurnes lumineuses à souhait. Les détails sont également très appréciables, au niveau des décors (les graffitis dans l’antre de Candyman) et des gros plans sur les comédiens. Un Blu-ray au format 1080p (AVC) et une formidable ressortie enfin digne de ce nom que les fans de Candyman attendaient depuis des années. Voici la plus belle copie du film à ce jour.

La version française, puisque de nombreux spectateurs ont découvert puis revu le film ainsi, est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0. La piste est très propre, avec des dialogues très clairs et bien équilibrés, même si parfois poussés trop en avant. La version originale bénéficie d’un remixage DTS-HD Master Audio 5.1. Cela profite essentiellement à la composition de Philip Glass, bien présente sur l’ensemble des canaux (attention les frissons dès l’ouverture !), ainsi qu’à la voix caverneuse de Tony Todd. Plus homogène, cette version est également plus dynamique avec quelques effets de basses et latéraux très sympathiques. La Stéréo anglaise est également de fort bon acabit.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Universal pictures video / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Ombre d’Emily, réalisé par Paul Feig

L’OMBRE D’EMILY (A Simple Favor) réalisé par Paul Feig, disponible en DVD et Blu-ray le 8 février 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Anna Kendrick, Blake Lively, Henry Golding, Andrew Rannells, Jean Smart, Bashir Salahuddin, Joshua Satine, Ian Ho, Kelly McCormack, Aparna Nancherla, Rupert Friend…

Scénario : Jessica Sharzer

Photographie : John Schwartzman

Musique : Theodore Shapiro

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Stephanie cherche à découvrir la vérité sur la soudaine disparition de sa meilleure amie Emily.

Oublions son remake-reboot-suite de SOS FantômesGhostbusters, même si son film ne méritait pas toutes ces insultes et cette volée de bois vert, Paul Feig est de retour aux affaires avec L’Ombre d’EmilyA Simple Favor. Si l’on retrouve son humour pince-sans-rire, le réalisateur aborde son film avec une ironie et un cynisme revigorants, à travers une histoire à la fois douce et surtout très amère, qui lui permet de s’amuser avec les codes du film noir hollywoodien des années 1940-50, en jouant avec le mélange des genres, tout en dirigeant deux formidables comédiennes, Blake Lively et Anna Kendrick. Une très belle réussite à inscrire au palmarès du metteur en scène de l’une des plus grandes comédies de ces quinze dernières années, Mes Meilleures amiesBridesmaids.

Warfield, Connecticut. Stephanie Smothers est la mère au foyer de banlieue parfaite : coquette, polie et aimante, elle participe aussi à toutes les activités de l’école de son fils qu’elle élève seule depuis la mort de son mari et anime un vlog d’astuces pour maman. Néanmoins, les autres parents se moquent d’elle, ce qui l’empêche de se faire des amis. Mais tout commence à changer quand elle fait la rencontre d’Emily Nelson, la mère d’un ami de son fils. Les deux femmes sont très différentes : Emily est mariée, travaille en ville, jure, boit et dispose d’une grande confiance en elle et d’une classe folle. Pourtant, un après-midi, elles commencent à échanger autour d’un martini. Ce petit rendez-vous devient alors une habitude, au point qu’elles deviennent amies. Un jour, Stephanie reçoit un appel d’Emily qui lui demande de récupérer son fils après les cours. Mais la soirée passe, puis un jour, puis un autre et aucun signe d’Emily. Désespérée, elle contacte le mari d’Emily qui est en déplacement pour lui faire part de la disparition de sa femme. Une enquête de police est ouverte, mais Stephanie ne peut s’empêcher de penser à son amie. Elle va alors commencer à découvrir les nombreux et sombres secrets d’Emily.

Nouveau virage dans la carrière de Paul Feig donc avec L’Ombre d’Emily. Après Les Flingueuses et Spy, qui mixait l’humour et les scènes d’action, sans oublier le fantastique avec SOS Fantômes donc, le réalisateur adapte le roman Disparue de Darcey Bell, sur un scénario de Jessica Sharzer, récurrente sur la série American Horror Story. S’il n’a pas sa férocité, Paul Feig rappelle Billy Wilder en égratignant le vernis de l’American Way of Life, avec un sourire carnassier. Autrement dit, si les petites bourgades américaines sont belles, colorées, fleuries, avec leurs habitants qui participent à la vie de la communauté, qui font des gâteaux pour les kermesses, qui s’entraident pour aller chercher les enfants à la sortie de l’école, tout n’est qu’apparence, décor et faux-semblants. N’importe qui peut dissimuler un passé trouble, un crime, un vol, le péché est partout. A l’instar de la géniale série Big Little Lies, L’Ombre d’Emily joue sur l’ambivalence des personnages, leur psyché perturbée et dissimulée, tout est convoitise, désir, envie. Chaque protagoniste est replié sur lui-même, tout en lorgnant chez le voisin chez qui l’herbe est toujours plus verte. A ce titre, les deux actrices principales trouvent ici l’un de leurs meilleurs rôles.

Anna Kendrick, girl next door du cinéma américain depuis la saga Twilight, révélée il y a dix ans dans In the Air de Jason Reitman et devenue depuis très bankable à Hollywood (la trilogie Pitch Perfect), a déjà démontré toute l’étendue de son talent dans le registre plus dramatique dans Sous surveillance de Robert Redford, End of Watch de David Ayer et l’excellent Mr. Wolff de Gavin O’Connor. Ambiguë et attachante, sexy et prude, inquiétante et empathique, la comédienne est quasiment de tous les plans et s’en acquitte à merveille. Souvent réduite à sa beauté diaphane, Blake Lively est pourtant devenue une actrice confirmée, qui n’a eu de cesse de faire des choix intéressants pour se débarrasser de ce carcan. De The Town de Ben Affleck, en passant par Savages de Oliver Stone, Adaline de Lee Toland Krieger et Café Society de Woody Allen, elle est impériale, magnétique et sensuelle dans L’Ombre d’Emily, vulgaire, castratrice, condescendante, manipulatrice, mauvaise mère, alcoolique, qui dissimule un passé perturbé. Au milieu des deux têtes d’affiche et donc des deux personnages principaux, Henry Golding parvient à tirer son épingle du jeu.

Paul Feig s’amuse des retournements de situation, des clichés inhérents au genre et des rebondissements dignes d’une série B, en se moquant de l’innocence et du puritanisme, sans jamais tomber dans la méchanceté gratuite. La mise en scène en solide, les décors soignés, la photographie léchée, les costumes très classes, tout ce qui se joue est cruel (dialogues très acides), tandis que résonne moult chansons françaises des années 60 (France Gall, Jacques Dutronc, Brigitte Bardot, Françoise Hardy), avec une petite touche d’Orelsan en guise de générique de fin et une faute de goût avec Les Passants de Zaz. Personne n’est parfait. Tiens, encore Billy Wilder. Tout cela pour dire que L’Ombre d’Emily est un film très réjouissant.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Ombre d’Emily, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très beau, animé et musical. Même chose pour les sous-menus, très élégants. Ça fait plaisir !

C’est l’une des grandes éditions du mois de février 2019 ! L’éditeur a concocté un Blu-ray remplit de suppléments, par ailleurs très bons. Cette section est présentée par Paul Feig, débordant d’énergie derrière son bureau.

Les sept premiers modules intitulés Martinis sur pierre tombale (20’), L’esthétique du film (12’30), Récit d’un réalisateur raffiné (10’30), Le triangle amoureux (6’), Le style selon Paul (5’), Dennis Nylon (5’) et A propos des enfants (4’30) donne un grand aperçu du tournage de L’Ombre d’Emily. Les comédiens, le réalisateur (toujours en costard trois-pièces), le directeur de la photographie, les responsables des costumes et des décors prennent la parole au fil des quarante jours de prises de vue. La psychologie et l’évolution des personnages sont intelligemment abordées, tout comme les thèmes du film. Attention aux nombreux spoilers puisque le dénouement y est ouvertement évoqué.

Le plus inattendu provient de l’épilogue rejeté lors des projections tests. Le réalisateur et sa scénariste avaient prévu de terminer le film sur un flash mob où Sean faisait une demande en mariage à Stéphanie dans la cour de l’école. Une séquence pour laquelle Henry Golding et d’autres comédiens s’étaient durement entraînés, qui a finalement été coupée au montage final. Heureusement, car même si la scène est amusante, elle aurait clairement donné au film un côté grotesque et inapproprié. Cela n’empêche pas Paul Feig de présenter cette scène (d’une durée de 5’), ainsi que son making of (5’) avec les répétitions des acteurs.

Nous trouvons ensuite 16 minutes de scènes coupées (anecdotiques), parmi lesquelles est intégré le flash mob vu précédemment. Cette fois encore, Paul Feig fait une petite intro sur cette section.

Trois commentaires audio (!) uniquement réservés aux anglophiles sont également au programme, sans sous-titres français. Le dénominateur commun est la présence de Paul Feig sur les trois pistes. Il est seul derrière le micro sur le premier, accompagné des acteurs Anna Kendrick, Blake Lively, Jean Smart et Bashir Salahuddin sur le second, et de la scénariste Jessica Sharzer, de la productrice Jessie Henderson, du chef opérateur John Schwartzman et de la costumière Renee Ehrlich Kalfus sur le dernier.

L’interactivité se clôt sur un montage de prises ratées (3’30) et des bandes-annonces.

L’Image et le son

Tout d’abord, c’est la clarté, le relief des séquences diurnes et en extérieur qui impressionnent et flattent la rétine, avec des couleurs bigarrées et chatoyantes. Le piqué est vigoureusement acéré (un peu plus lisse sur les scènes en intérieur), les noirs denses, les détails abondent aux quatre coins du cadre et les contrastes affichent une très belle densité. C’est très plaisant et l’ensemble tire habilement partie de l’apport HD. Un transfert très élégant qui met en avant la photo du chef opérateur John Schwartzman (Armageddon, Pearl Harbor, Jurassic World).

On ne s’attendait pas à ce service princier ! Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes des pistes anglaise DTS-HD Master Audio 7.1 est mis à contribution, ainsi que sur la version française DTS-HD Master Audio 5.1 au doublage réussi. Les ambiances sont très présentes, l’excellente musique de Theodore Shapiro bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, tout comme les tubes français des années 1960. Les dialogues ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport / LIONSGATE / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Peppermint, réalisé par Pierre Morel

PEPPERMINT réalisé par Pierre Morel, disponible en DVD et Blu-ray le 31 janvier 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Jennifer Garner, John Ortiz, John Gallagher Jr., Juan Pablo Raba, Annie Ilonzeh, Jeff Hephner, Pell James, Method Man, Johnny Ortiz…

Scénario : Chad St. John

Photographie : David Lanzenberg

Musique : Simon Franglen

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Riley North est une jeune mère de famille dont le mari et la petite fille viennent d’être assassinés par un gang. Face à un système judiciaire corrompu qui remet en liberté les meurtriers qu’elle avait pourtant formellement identifiés, Riley décide de prendre les armes pour faire payer tous ceux qui, de près ou de loin, sont impliqués.

Le grand retour de Jennifer Garner, inoubliable Sydney Bristow dans la série Alias créée par J.J. Abrams, ou encore Elektra Natchios dans les maudits Daredevil et Elektra, s’est effectué en 2018 au cinéma avec Peppermint, vigilante movie bien badass, mettant en avant la vengeance d’une femme qui n’a plus rien à perdre suite à la mort de son mari et de sa fille, et qui, bien évidemment, va sortir l’artillerie lourde.

Si le genre est assez actuel, vu et revu – Même Bruce Willis y a eu droit en 2018 avec Death Wish d’Eli Roth, qui à peu de choses près, ressemble beaucoup à ce Peppermint – on ne peut tout de même qu’apprécier Peppermint à sa juste valeur : divertissant, jamais lourd, plaisant, et fun. Si le scénario est assez bancal (on pense à Death Sentence de James Wan, Death Wish et John Wick), c’est du côté de la mise en scène que nous sommes servis. En effet, l’efficacité de Pierre Morel (metteur en scène de l’excellent Taken, mais aussi des ratés From Paris With Love et Gunman) se ressent derrière la caméra. Si le réalisateur semble beaucoup plus à l’aise pour filmer les scènes d’action, il l’est tout de même un peu moins dans les séquences d’émotion.

Le clou du spectacle, c’est évidemment Jennifer Garner, impliquée à 200% dans son rôle. Elle porte clairement le film sur ses épaules. Sa métamorphose est hallucinante. Sur 1h40, on la voit passer de mère de famille à tueuse sans pitié. C’est une actrice vraiment excellente qui mériterait beaucoup plus de rôle de cette qualité.

Le scénariste n’oublie pas la dimension sociale du film et fait de son héroïne un ange pour les personnes sans domicile fixe. Elle est leur guerrière, leur protectrice. Ce qui n’était qu’une histoire secondaire rejoint finalement l’histoire principale pour un dernier acte explosif.

Film d’action bien réalisé et très bien interprété, Peppermint ne révolutionne certes pas le genre, mais propose néanmoins de belles idées de mise en scène, un montage lisible et des scènes d’action qui font le boulot.

LE BLU-RAY

Peppermint est disponible chez Metropolitan Vidéo. Le menu principal est animé et musical. Le Blu-ray se trouve dans un beau boîtier Steelbook.

Le Blu-ray contient un commentaire audio en VO non sous-titré où le réalisateur revient sur son expérience sur le film et son implication.

L’entretien avec Pierre Morel (HD, 26 minutes) est un bonus exclusif où le réalisateur se livre en français sur son approche sur le film, sur la place de ce film dans sa propre carrière, sur l’implication de Jennifer Garner, sur le rôle de Los Angeles et la manière de filmer la ville, ainsi que sur la façon de chorégraphier et filmer les combats.

La featurette (HD, 2 minutes) ne dévoile rien et sert plutôt de teaser qu’autre chose.

Les traditionnelles bandes-annonces de l’éditeur (Peppermint, Knight Of Cups, Carnage Chez Les Puppets, Blindspotting, 22 Miles, L’Ombre D’Emily) viennent conclure la section Suppléments.

L’Image et le son

Le master HD de Peppermint, proposé en 1080p et encodé en AVC est flamboyant. Que ce soit de jour ou de nuit, la définition est très belle. Un peu de bruit de temps en temps mais vraiment rien d’important.


En VO comme en VF (toutes deux en DTS-HD Master Audio 7.1), les enceintes font du bruit et sont présentes jusqu’à la fin du film. De plus, ce qui est présenté hors-champ est bien audible à travers les enceintes.

Crédits images : © Metropolitan Films /  Critique, Interactivité, Test technique et captures Blu-ray : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Hell Fest, réalisé par Gregory Plotkin

HELL FEST réalisé par Gregory Plotkin, disponible en DVD et Blu-ray le 19 janvier 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Reign Edwards, Bex Taylor-Klaus, Tony Todd, Amy Forsyth, Michael Tourek, Courtney Dietz, Christian James, Matt Mercurio, Elle Graham…

Scénario : Seth M. Sherwood, Blair Butler, Akela Cooper

Photographie : José David Montero

Musique : Bear McCreary

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Natalie est lycéenne. Elle rend visite à sa meilleure amie Brooke et à son colocataire Taylor. Les trois amis décident alors de se rendre dans un parc d’attractions, Hell Fest. Mais, pour un des visiteurs, ce n’est pas une fête foraine mais un terrain de chasse…

Difficile de faire sa place au cinéma dans un genre d’exploitation sans doute éculé et qui repose aujourd’hui essentiellement sur moult références. Pourtant, Hell Fest de Gregory Plotkin est un slasher qui parvient à créer la surprise ! Prenant comme lieu d’action un parc d’attraction placé sous le signe de la terreur et de l’épouvante, le réalisateur réussit à faire de son film un vrai manège dans lequel le spectateur se laisse prendre au jeu durant 90 minutes. Préférant miser sur la forme, plutôt que sur les effets sanglants gratuits, il y en a d’ailleurs très peu, Gregory Plotkin suit le chemin balisé par Wes Craven (on pense beaucoup à Scream), John Carpenter (le récit se déroule durant Halloween) et Tobe Hooper (Massacre dans le train fantôme n’est évidemment pas loin) et son Hell Fest s’impose comme l’un des meilleurs thrillers-slashers vus depuis quelques mois.

Bienvenue au Hell Fest. Dans ce train fantôme géant à ciel ouvert, on vient pour se faire peur. Décors  angoissants, mises en scènes effrayantes, les visiteurs rivalisent d’invention pour se terroriser les uns et l’autres. Ca crie, ça hurle et ça se poignarde… pour de faux bien sûr ! Sauf qu’un tueur, bien réel lui, a décidé de faire du parc son terrain de chasse. Il prend pour cible un groupe d’amis venus fêter leurs retrouvailles… Comment convaincre les autorités qu’un serial killer sème la mort autour de lui quand la mort est l’attraction la plus festive du lieu ? Au Hell Fest, tout le monde vous entend crier, mais personne ne vous croira !

Les producteurs de la série The Walking Dead et le réalisateur de Paranormal Activity: Ghost Dimension livrent un ride jubilatoire, aux décors superbes et à la photographiée très travaillée. Egalement monteur de quatre épisodes de la franchise Paranormal Activity (Zzz Zzzz Zzz), du surestimé et oscarisé Get Out, mais aussi des formidables Happy Birthdead (vivement la suite prévue en 2019) et Game Night, Gregory Plotkin possède une solide expérience du genre. Dans Hell Fest, le metteur en scène se lâche et fait enfin preuve de ses acquis avec une virtuosité qu’on ne lui connaissait pas. Alors non, ce slasher ne révolutionne rien, mais sa beauté plastique l’emporte sur les partis pris souvent sans imagination des thrillers d’épouvante qui fleurissent chaque année. Le travail sur les couleurs du directeur de la photographie José David Montero (Seven Sisters) est très impressionnant du début à la fin. Les personnages baignent dans des teintes chromatiques qui émanent des néons omniprésents et donnent à Hell Fest une véritable identité. Non seulement ça, les décors macabres sont également très impressionnants et parviennent à rendre crédible un terrain de jeu pourtant improbable sur le papier.

A cela s’ajoute un casting également à la hauteur, porté par la ravissante Amy Forsyth et la déjantée Bex Taylor-Klaus (vue dans les séries Scream et Arrow), qui deviennent les proies de l’inquiétant The Other. Derrière le masque à la Michael Myers, se dissimule un serial-killer (le cascadeur Stephen Conroy) calme et réfléchi, qui chantonne un petit air avant d’éclater la tête d’un jeune homme à coup de masse, ou bien avant de décapiter une donzelle qui souhaitait juste avoir quelques sueurs froides. L’autre bonne idée du film, c’est que le tueur se fond dans le décor et que ses meurtres passent pour une mise en scène avec deux acteurs venus là pour assurer le spectacle.

On se perd donc volontiers dans ce plateau de jeu gigantesque et labyrinthique, où les victimes sont certes peu nombreuses, mais inattendues et exécutées brutalement. Le rythme est soutenu, le suspense s’installe progressivement après un prologue extrêmement efficace, les personnages sont attach(i)ants comme il se doit pour que l’on puisse frissonner pour et avec eux. Hell Fest est une indéniable réussite, à la fois moderne et vintage, qui aurait largement mérité d’être exploité dans nos salles.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Hell Fest, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical. Par ailleurs, mention spéciale à la création originale de ce menu qui propose le choix des langues sous l’appellation « Hurlements », suivi de « Screams » ou « Cris » ! N’oublions pas le chapitrage présenté à travers le plan du parc ! Un chapitrage plus « classique » s’y trouve également. En revanche, aucun menu pop-up disponible durant le visionnage.

Pour agrémenter le film, Metropolitan nous livre un making of (16’) très sympa, qui croise les interviews de l’équipe (producteurs, acteurs, réalisateur, décorateur, costumière) et les images de tournage. L’ensemble s’attarde sur l’alchimie des comédiens, visiblement très complices, le travail sur les décors, les effets visuels mécaniques (les prothèses notamment) et la figure de The Other. Attention aux nombreux spoilers !

A vous de trouver les quatre bonus cachés, deux bandes-annonces dont une « vintage », un montage de 7 minutes centré sur les acteurs qui s’amusent à se faire peur, ainsi qu’une featurette de deux minutes en compagnie de la productrice et du réalisateur, mais aussi les comédiens, qui présentent le film.

L’Image et le son

C’est une explosion de couleurs ! Tout d’abord, l’apport HD est aussi omniprésent qu’indispensable ! Hormis la présentation des personnages, Hell Fest se déroule uniquement de nuit et au sein du parc d’attractions. La photo fait la part belle aux néons verts, rouges, bleus, mauves, on en prend plein les yeux. Tout droit sorti de l’écurie Metropolitan avec son cheval ailé, ce Blu-ray est une très grande réussite technique. Le piqué est sans cesse aiguisé, les contrastes affichent une solidité jamais démentie avec des noirs d’une densité remarquable, les détails sont légion. En un mot, c’est superbe.

Que votre choix se soit porté sur la version française ou la version originale DTS-HD Master Audio 5.1., le confort acoustique est total et la piste anglaise l’emporte du point de vue homogénéité des voix et des effets annexes. Le pourvoir immersif des deux mixages est fort plaisant. Toutes les enceintes sont intelligemment mises à contribution, les effets sont souvent percutants. La balance frontale et latérale est constante et riche, le caisson de basses souligne efficacement les séquences du film les plus agitées, tandis que les dialogues et commentaires restent fluides et solides.

Crédits images : © Metropolitan / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / 22 Miles, réalisé par Peter Berg

22 MILES (Mile 22) réalisé par Peter Berg, disponible en DVD et Blu-ray le 2 janvier 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Mark Wahlberg, Lauren Cohan, Iko Uwais, John Malkovich, Ronda Rousey, Terry Kinney, Emily Skeggs, Sam Medina…

Scénario : Lea Carpenter

Photographie : Jacques Jouffret

Musique : Jeff Russo

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Un officier d’élite du renseignement américain tente d’exfiltrer un policier qui détient des informations compromettantes. Ils vont être traqués par une armée d’assassins tout au long des 22 miles les séparant de l’avion qui leur permettra de quitter le pays.

Peter Berg et Mark Wahlberg, quatrième ! Suite au succès de l’excellent Du sang et des larmes en 2014, le réalisateur et le comédien se sont ensuite retrouvés pour Deepwater (2016) et Traque à Boston (2017). Trois films inspirés d’évènements réels. Malgré deux succès d’estime dans les salles (le budget a été tout juste rentabilisé chaque fois), les deux hommes ont décidé de remettre le couvert, mais sans s’embarrasser de la mention « d’après une histoire vraie », en allant droit au but, avec 22 Miles, un pur divertissement d’action. Peter Berg, que l’on pourrait voir comme un frère de Michael Bay, un disciple en quelque sorte, privilégie le « réalisme » au détriment des effets visuels et des prises de vues multiples sur fonds verts. Son cinéma est brut, explosif, la chair y sent souvent le cochon grillé dans le sens où les acteurs jouent alors devant de véritables explosions et sont souvent dirigés comme des soldats. Les films de Peter Berg sont parcourus d’un patriotisme qui laisse très peu de place à l’humour, ce qui fait à la fois sa force (il s’en dégage un caractère très prononcé) et aussi son point faible (on rit souvent même si ce n’est pas volontaire). 22 Miles n’est certes pas la meilleure collaboration Berg/Wahlberg, mais confirme l’indéniable talent d’un metteur en scène qui n’a de cesse d’approfondir ses recherches formelles et qui le placent en digne héritier de Tony Scott.

James Silva est un homme très intelligent mais aux nombreux troubles émotionnels et comportementaux. Il est malgré tout devenu un agent expert et officier d’élite du renseignement américain, œuvrant principalement pour la CIA. Avec son équipe « Overwatch », il participe à une mission pour neutraliser des agents russes du FSB opérant sur le sol américain. La mission se solde par la perte d’un agent américain et par l’assassinat de tous les Russes présents. Seize mois plus tard, à Indocarr (pays du sud-est asiatique), James et son équipe sont chargés d’exfiltrer Li Noor, un officier de la police locale qui détient des informations sur l’emplacement de quantités de césium 137. Ils doivent parcourir les 22 miles qui les séparent de l’aéroport, où un avion américain les attendra à une heure précise et seulement quelques minutes. Très vite, ils se retrouvent à affronter de multiples assassins locaux qui tentent par tous les moyens de neutraliser Li Noor.

Acteur passé à la mise en scène en 1998 avec le désormais culte Very bad Things, Peter Berg a bénéficié en 2008 d’un succès planétaire, Hancock, avec Will Smith et Charlize Theron. Ce triomphe commercial lui aura permis ensuite de faire joujou à la bataille navale en vraie avec son Battleship, qui s’est quelque peu planté au box-office. Depuis, le réalisateur a préféré revenir à une veine plus réaliste, en ne cessant d’affiner son style et une méthode qui lui sont propres. Les œuvres de Peter Berg, qui a accéléré la cadence à raison d’un film par an depuis Deepwater, rappellent et fleurent bon le cinéma des années 1990 et début 2000. Avec 22 Miles, on pense à Ennemi d’État (1999) et Man on fire (2004) de Tony Scott, références évidentes dans la forme avec un montage très cut, mais néanmoins lisible (c’est ce qui le différencie de Michael Bay sur ce point), mais également sur le fond avec une certaine paranoïa qui a de nouveau gangrené le cinéma américain comme dans les années 1970, depuis l’effondrement du World Trade Center. Au-delà de sa condition d’artiste, Peter Berg est un homme qui a confiance dans les hommes qui servent son pays, mais aussi dans les héros de tous les jours. L’héroïsme, le patriotisme, les guns, la violence, le feu et le sang parcourent tous les films du cinéaste. 22 Miles ne fait pas exception à la règle.

Comme un James Bond, que Peter Berg rêve visiblement de mettre en scène, 22 Miles démarre par une séquence pré-générique percutante, du moins après les 90 secondes de logos de production. La tension monte jusqu’au carnage attendu. Les credits permettent d’en savoir plus sur la psychologie perturbée du personnage principal interprété par Mark Wahlberg, qui rappelle celui campé par Ben Affleck dans le très bon Mr Wolff de Gavin O’Connor. Malheureusement, ce dernier en fait des caisses, d’ailleurs les personnages le voient comme un « bipolaire, maniaco-dépressif, narcissique, dissociatif, bref, un connard ». Jamais les spectateurs ne parviennent à trouver un point d’ancrage nécessaire pour ressentir un petit peu d’empathie pour lui. Transparent, en totale roue libre, l’acteur signe une des pires prestations de sa carrière, qui en compte déjà un bon paquet. Il faut donc regarder à ses côtés. Lauren Cohan (The Walking Dead) est bad-ass à souhait et porte littéralement le film sur ses belles épaules en compagnie de l’incroyable Iko Uwais. L’acteur et artiste martial indonésien révélé en 2011 dans The Raid de Gareth Evans peut se targuer d’avoir les meilleures scènes de 22 Miles. Peter Berg ne s’en cache pas et soigne chacune de ses scènes d’action, très impressionnantes, avec des corps-à-corps particulièrement brutaux. Ajoutez à cela un John Malkovich moumouté (mais qui n’en reste pas moins très classe), dont le postiche demeure beaucoup plus charismatique que l’agaçante Ronda Rousey.

Le GROS problème de 22 Miles, c’est que le spectateur est obligé de se farcir quarante très longues minutes pour que l’action démarre bel et bien. Un gouffre entre le générique et l’incroyable baston d’Iko Uwais dans l’infirmerie, fait de dialogues qui n’ont aucun sens (et qu’est-ce que c’est bavard !), qui ennuient, qui lassent quand Berg essaye d’évoquer les relations familiales et autres sujets personnels de ses protagonistes. Tout cela pour montrer que les membres de cette unité paramilitaire au sein de la division des activités spéciales de la CIA sont des hommes et des femmes « comme les autres ». Et puis d’un coup, tout le monde se réveille. La course contre-la-montre démarre, Peter Berg utilise les rues de Bogota (lieu de tournage, l’action est supposée se dérouler en Asie) comme un jeu de pistes et s’inspire du jeu vidéo, comme si ses personnages devaient passer d’un niveau à l’autre, pour enfin arriver sur la dernière plateforme. Le compteur tourne, les bastos s’accumulent, les explosions aussi.

Si Peter Berg en fait parfois trop en multipliant les angles de prises de vue (tournage à 3 ou 4 caméras), sans compter les drones, les écrans de contrôle, on ne pourra pas dire que le réalisateur reste les mains dans les poches. Alors certes, 22 Miles peine (euphémisme) à éveiller l’attention des spectateurs, mais quand il se décide enfin à mi-chemin à les prendre par le colbac pour l’emmener sur le terrain de la guerre, ceux-ci en ont pour leur argent. D’autant plus que l’épilogue est particulièrement culotté, loin du happy-end attendu et amorce un second volet annoncé par Berg/Wahlberg qui envisagent alors une trilogie. Mais ce ne sera pas leur prochaine association, puisqu’ils ont déjà emballé Wonderland, prévu dans les salles cette année. 22 Miles n’ayant pas tellement cartonné au cinéma, les deux hommes sont peut-être passés à autre chose. Seul l’avenir nous le dira.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de 22 Miles, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Alors que Traque à Boston, également disponible en DVD et Blu-ray chez l’éditeur, comprenait plus d’1h30 de suppléments, 22 Miles doit se contenter de sept featurettes promotionnelles de 2 minutes en moyenne chacune ! Sous surveillance (1’30), Présentation d’Iko Uwais (1’40), Le combat d’Iko Uwais (1’40), Des femmes badass (1’40), La réalisation des cascades (1’50), Un style de combat moderne (1’50) et Le tournage en Colombie (3’40) sont des petits modules simples, qui enchaînent les propos de toute l’équipe, les répétitions (dont celle des scènes de combat) et les images de tournage très efficaces, placées sous le signe de l’authenticité. Le dernier segment fait penser à un spot promo pour Bogota, avec la présence de l’ancien président Juan Manuel Santos qui n’hésite pas à payer de sa personne en filmant une petite scène, caméra à l’épaule.

Un bonus caché donne également la parole à deux anciens agents de la CIA, qui en disent un peu plus sur les missions spécifiques de cette unité spéciale (1’40).

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Ce master HD (1080p, AVC) de 22 Miles ne déçoit pas et nous avons devant les yeux une nouvelle grande réussite signée Metropolitan. Le piqué et le relief sont acérés tout du long et permet d’apprécier les visages des comédiens, la clarté est de mise, le léger grain respecté, le cadre large offre un lot confondant de détails et la belle photographie de Jacques Jouffret (les trois premiers opus de la saga American Nightmare) est habilement restituée. Evidemment, la copie est d’une propreté immaculée, les contrastes sont denses, merveilleux. Les meilleures conditions techniques sont réunies et la définition est exemplaire. Le premier disque démo de l’année 2019. Dommage de ne pas bénéficier d’une édition 4K !

Attention, attention, les oreilles vont saigner ! Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 7.1 français et anglais, pétaradants, explosifs et frénétiques dans les quarante dernières minutes. Les scènes d’affrontements peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales, avec les balles qui environnent le spectateur, à tel point que l’on pourrait sentir le souffle des explosions. Les effets annexes sont très présents et dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des actions au moment opportun. Cette fois encore, vous pourrez utiliser ce Blu-ray pour épater la galerie avec votre installation. L’éditeur joint également les sous-titres français, destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Metropolitan / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Jackals, réalisé par Kevin Greutert

JACKALS réalisé par Kevin Greutert, disponible en DVD et Blu-ray le 2 janvier 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Stephen Dorff, Deborah Kara Unger, Johnathon Schaech, Chelsea Ricketts, Alyssa Julya Smith, Nick Roux, Jason Scott Jenkins, Cassie Hernandez…

Scénario : Jared Rivet

Photographie : Andrew Russo

Musique : Anton Sanko

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Dans les années 1980, Jimmy Levine est un psychologue spécialisé dans l’aide aux victimes de sectes. Il est engagé par une famille dont le fils est sous l’emprise d’un culte satanique pour sauver leur enfant. Levine parvient à le récupérer mais les membres du culte sont bien décidés à le reprendre. Pour cela, ils sont prêts à tout.

Jackals (« Quoi ? On dit des chacaux ? ») est le cinquième long métrage de Kevin Greutert. Ce nom ne vous dit sans doute rien, pourtant, ce dernier est un habitué du thriller d’épouvante puisqu’il s’agit du monteur des cinq premiers opus de la franchise Saw, de The Strangers, mais aussi le réalisateur des épisodes Saw VI et Saw VII (à prononcer en français, c’est plus amusant) aka Saw 3D le supposé « Chapitre final », pas franchement les meilleurs épisodes de la franchise Jigsaw (euphémisme). Egalement responsable de Jessabelle, tentative ratée de film de genre se déroulant les bayous de la Louisiane, avec Sarah Snook (révélation de l’incroyable Predestination des frères Spierig), Kevin Greutert aura également mis en scène un Visions, inédit dans les salles et sorti directement dans les bacs chez nous en 2015. Son nouveau bébé Jackals arrive une fois de plus dans nos contrées en DVD et Blu-ray. En dépit d’un casting peu enthousiasmant et mollement dirigé, ce thriller « réaliste » est probablement le meilleur film du réalisateur.

Mars 1983. Jimmy Levine est un spécialiste dans l’extraction de sectes, n’hésitant pas à recourir à la violence si nécessaire pour désendoctriner les « nouveaux adeptes ». La famille Powell fait appel à ses services pour enlever et déprogrammer leur fils Justin, sous l’emprise d’un culte satanique indéterminé et extrêmement violent. Levine tend un piège à Justin, le kidnappe et la ramène au bercail où le jeune homme est solidement attaché à une chaise. Justin a subi un lavage de cerveau et ne reconnaît pas les siens. Un affrontement psychologique démarre dans cette famille dysfonctionnelle. A la nuit tombée, les membres du culte encerclent le chalet des Powell, perdu au fond des bois. Leur but ? Délivrer Justin, devenu « Thanatos », par n’importe quel moyen et si possible sanglant. La nuit va être longue.

Après un début très prometteur filmé en caméra subjective et en plan-séquence, durant lequel un autre jeune membre de la secte des Jackals décime sa propre famille en pleine nuit, le film de Kevin Greutert prend son temps, sans doute trop et peine à instaurer un malaise quelconque ou même un semblant d’intérêt. La séquence de l’enlèvement étonne et perd les spectateurs, qui ne sont alors pas encore au fait des évènements. Puis, Jackals repose sur le face à face entre Justin (vénéneux Ben Sullivan) et le spécialiste des sectes Jimmy Levine (impeccable Stephen Dorff), ancien membre des Marines, qui utilise la manière forte pour chambouler les anciens membres de cultes obscurs afin de les ramener à la raison. Le premier acte est donc assez prenant. Le problème, c’est que le scénario de Jared Rivet, inspiré par une histoire vraie survenue en Californie, se perd ensuite dans les problèmes de la famille Powell avec un père volage et absent (Johnathon Schaech, grand habitué des nanars et des « numéro 2 de films à succès destinés au marché de la vidéo »), une mère devenue alcoolique (Deborah Kara Unger, défigurée par la chirurgie plastique), un fils aîné (Nick Roux) en manque d’amour (mais qui a été violent envers son cadet, sans doute par jalousie), ainsi que l’ex-compagne de Kevin (Chelsea Ricketts, une nana de 30 ans qui joue une ado de 17 ans) qui a donné naissance à leur petite fille après que ce dernier ait été embringué dans son groupe de déglingués.

Il faut donc se farcir des reproches, des non-dits, des larmes, des verres d’alcool, des coups de gueule, pendant que Levine essaye de remettre les méninges de Kevin à l’endroit. C’est alors qu’apparaissent les Jackals, qui ont de la gueule filmés dans la pénombre avec leurs masques et leurs costumes taillés sur mesure. Le film mute alors en home-invasion, ou plutôt en tentative puisque les Jackals, muets et qui économisent leurs actions, vont alors tout faire pour entrer dans le chalet. Le spectateur doit prendre son mal en patience et faire fi de personnages assez ridicules (mention spéciale à la belle-fille) puisque Jackals fait partie de ces films qui s’améliorent et deviennent intéressants au fur et à mesure du récit. La dernière partie est d’ailleurs particulièrement brutale, sèche, frontale et donc inattendue après un ventre mou d’une bonne demi-heure, soit un gros tiers du film.

Alors oui Jackals est une œuvre bancale, qui peut faire sourire devant le caractère souvent absurde de ses protagonistes, mais comme le film se déroule durant les années bénies du slasher, un agréable parfum vintage s’en dégage et parvient à sauver l’entreprise. Sans oublier un troisième acte malsain et prenant qui fait donc pencher Jackals, série B qui ne s’en cache pas, du bon côté de la balance.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Jackals, DTV disponible chez Metropolitan, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très légèrement animé et musical.

Le film de Kevin Greutert est accompagné de bandes-annonces, ainsi que d’un faux making of (20’) composé uniquement d’interventions du réalisateur, du producteur Tommy Alastra, des comédiens Stephen Dorff, Ben Sullivan, Nick Roux, Johnathon Schaech, Chelsea Ricketts, Deborah Kara Unger et du scénariste Jared Rivet. Durant la première moitié de ce supplément, les invités se contentent de raconter tout le film, avant de passer à la psychologie des personnages. Autant dire que ce supplément n’a malheureusement aucun intérêt.

L’Image et le son

On peut trouver des défauts à Jackals, plusieurs même, nombreux diront certains, mais la photographie du chef opérateur Andrew Russo est l’un des atouts de ce thriller. Les contrastes sont tranchés en Haute-Définition avec des noirs d’une densité jamais démentie, les jeux de lumière rappellent parfois ceux de Fog de John Carpenter et les détails ne manquent pas, y compris dans les séquences les plus sombres. D’ailleurs, étrangement, ces scènes s’en sortent mieux que celles tournées en plein jour où l’on pouvait attendre un piqué plus ciselé. Toutefois, le cadre large n’est pas avare en détails, surtout sur les gros plans des acteurs et à ce titre, ce qui nous fait le plus peur reste probablement le visage massacré de Deborah Kara Unger…

L’ensemble des enceintes des pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent sur les scènes d’affrontements, la musique bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, plongeant instantanément le spectateur dans l’ambiance. Les dialogues ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale. N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle ardemment à ce spectacle acoustique aux effets secs et percutants.

Crédits images : © Metropolitan / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Borsalino, réalisé par Jacques Deray

BORSALINO réalisé par Jacques Deray, disponible en DVD et Blu-ray le 5 décembre 2018 chez Paramount Pictures

Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Catherine Rouvel, Françoise Christophe, Corinne Marchand, Laura Adani, Nicole Calfan, Hélène Rémy, Odette Piquet…

Scénario : Jean-Claude Carrière, Jean Cau, Jacques Deray, Claude Sautet d’après le roman “Bandits à Marseille” d’Eugène Saccomano

Photographie : Jean-Jacques Tarbès

Musique : Claude Bolling

Durée : 2h04

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Quand Roch Siffredi sort de prison, c’est d’abord pour aller se mesurer, par la force du poing, à François Capella. Mais les deux gangsters vont très vite comprendre que l’union fait la force, et qu’en s’associant ils peuvent voir grand, très grand. Ils multiplient les arnaques et les coups d’éclat dans un Marseille alors aux mains des puissants chefs de clan Pauli et Marcello…

Superproduction ambitieuse et triomphale de 1970, Borsalino s’apparente à un Heat avant l’heure. Sur le tournage de La Piscine, Alain Delon découvre le recueil de nouvelles écrit par le journaliste Eugène Saccomano, Bandits à Marseille, notamment le passage consacré à Paul Carbone et François Spirito, deux figures du crime de Marseille dans les années 1930. Le comédien y voit l’argument pour s’associer à Jean-Paul Belmondo, son « rival », puisque les deux stars et artistes se disputent les faveurs des spectateurs français. Alain Delon en parle à Jacques Deray, immédiatement emballé par ce projet d’envergure puisque cela signifie que le film nécessitera une reconstitution historique et donc coûteuse. Le jeu en vaudra la chandelle puisque Borsalino, produit par Alain Delon via sa société Adel Productions, sera un succès monstre dans les salles avec plus de 4,7 millions d’entrées. Près d’un demi-siècle après sa sortie, ce polar bourré de classe fait toujours son effet. Le jeu des deux têtes d’affiche est aussi frais et jubilatoire qu’au premier jour, tandis que résonne encore et toujours la splendide composition de Claude Bolling qui s’inscrit définitivement dans toutes les mémoires.

Marseille, 1930. Roch Siffredi, un jeune voyou récemment libéré de prison, décide de retrouver sa compagne, Lola. Mais pendant qu’il purgeait sa peine, celle-ci s’est entichée d’un certain François Capella, truand lui aussi. Après une rencontre orageuse, les deux hommes deviennent amis et s’associent. Après avoir éliminé la concurrence sur le marché du poisson pour le compte de notables peu scrupuleux, ils se rendent compte qu’ils peuvent en faire plus et décident de conquérir la ville ensemble. Dénués de scrupules et imaginatifs, ils s’attaquent à un des deux parrains de Marseille nommé Poli, propriétaire d’un restaurant et de l’approvisionnement de Marseille en viande. À cause d’une fuite, l’opération de sabotage des entrepôts de viande appartenant à Poli est un échec et ils sont obligés de se retirer. Ils partent alors à la campagne pour se faire oublier, recruter de nouveaux membres dans leur bande, acheter de nouvelles armes et préparer leur vengeance.

Tout était réuni pour faire de Borsalino un immense succès populaire. Le huitième long métrage de Jacques Deray, nourri au cinéma de gangsters américains des années 1930, allie le grand cinéma populaire avec celui dit « d’auteur », au sens le plus noble du terme. La mise en scène est aussi discrète que clinquante et flamboyante (Jacques Deray était vraiment un grand cinéaste) avec cette photo sensiblement surannée du chef opérateur Jean-Jacques Tarbès, grand complice et fidèle collaborateur du réalisateur. Le soin tout particulier apporté aux décors, aux costumes, aux accessoires, aux automobiles est très impressionnant et l’argent, la production française la plus coûteuse à l’époque (14 millions de francs, en partenariat avec le studio américain Paramount Pictures), se voit à chaque plan. Mais le principal argument de vente reste bien évidemment la réunion à l’écran du duo/duel Belmondo/Delon et de ce point de vue-là tout le monde est gâté.

Sous pression du milieu marseillais et recevant quelques menaces de mort, Jacques Deray doit changer les noms de ses personnages. Carbone et Spirito deviennent ainsi Roch Siffredi (pseudo qu’utilisera le célèbre Rocco) et François Capella. Cette rivalité complice fait le charme inaltérable de Borsalino, chacun jouant sa partition sans empiéter sur celle de l’autre. Bebel avec son sourire en coin, toujours prêt à mettre une raclée à celui qui lui chercherait des noises, Delon au regard félin, d’une classe absolue, plus réfléchi que son partenaire, mais n’hésitant pas non plus à jouer du poing s’il ne peut pas faire autrement. A leurs côtés, la gent féminine se bouscule, certes reléguée au rang de damoiselles qui se pâment et se soumettent en leur présence, mais qui répondent au nom de Catherine Rouvel, Françoise Christophe, Corinne Marchand et Nicole Calfan. Des actrices qui ravissent autant les yeux que l’âme. Entre les deux félins, celui qui se taille la part du lion est l’immense Michel Bouquet dans le rôle de Maître Rinaldi.

A partir d’un premier traitement écrit par Jean Cau et Claude Sautet, Jean-Claude Carrière a su retranscrire la vie, l’atmosphère, les parfums de Marseille du début des années 1930 avec ses troquets, ses casinos clandestins, ses villas outrancières et ses politiciens véreux. L’audience se délecte de voir les acteurs mis en valeur dans leurs costumes cintrés, leur galurin sur la tête et la mitraillette Thompson à la main. L’histoire de deux petits voyous qui gagnent leur place parmi les notables de la ville et devenir les caïds de la pègre marseillaise avait évidemment tout pour remporter les suffrages des spectateurs.

En 1974, désireux de retrouver son personnage de Roch Siffredi, Alain Delon, demande à son ami Jacques Deray – ils tourneront neuf films de 1969 à 1994 – de mettre une suite en chantier. Même si Borsalino & Co. est loin d’avoir rencontré le même succès en attirant « que » 1,7 million de spectateurs, ce deuxième volet s’avère encore plus réussi. Moins bling-bling, ironique et insouciant, plus nerveux, rythmé et surtout beaucoup plus violent et sombre, Borsalino & Co. apparaît ni plus ni moins comme étant un des meilleurs films de Jacques Deray. Ce dernier semble ici plus à l’aise derrière la caméra et livre un véritable western en transformant Marseille en Far-West, enchaînant les morceaux de bravoure avec l’élégance qui a toujours caractérisé son cinéma. Mais ceci est une autre histoire.

LE BLU-RAY

Longtemps indisponible en raison de problèmes de droits, le film appartenant à Paramount Pictures, il aura fallu attendre 2009 pour que Borsalino fasse son apparition dans les bacs. Presque dix ans après son arrivée en DVD, le film de Jacques Deray dispose désormais d’une édition Blu-ray. Cette édition se compose de deux disques, le film sur galette bleue, tandis que tous les suppléments sont disponibles sur un DVD. Le menu principal est animé sur la musique de Claude Bolling.

La première partie de cette interactivité est consacrée aux archives rares de l’INA, en version intégrale inédite. Trois modules, Jacques Deray parle du film (2’15), France Roche s’entretient avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo (5’15) et Alain Delon et Jean-Paul Belmondo parlent de Borsalino lors de la sortie du film (9’). Dans le premier segment, le cinéaste évoque les conditions de tournage à Marseille, tandis qu’il tourne la séquence de la bagarre du début du film. Alain Delon intervient également en fin de partie.

Nous retrouvons ce dernier avec la journaliste Franche Roche, où il confie qu’il refuserait le rôle du Christ si on le lui proposait (« car il y a un Judas et que je connais la fin de l’histoire que je n’ai jamais aimée »). De son côté, Bebel revient sur la clause de son contrat qui n’a pas été respectée, qui mettait les deux comédiens à égalité sur l’affiche. En effet, le comédien s’était rendu compte que l’affiche stipulait « Alain Delon présente Jean-Paul Belmondo et Alain Delon dans Borsalino ». Les avocats des deux acteurs étaient ensuite tombés d’accord sur le fait de retirer la première mention du Alain Delon producteur, qui avait d’ailleurs refusé que son partenaire produise le film avec lui. Mais Bebel déclare alors ne pas vouloir participer à la première du film.

Le dernier segment dévoile quelques images de tournage du film Un homme qui me plaît de Claude Lelouch, avant de passer à celles de Borsalino dans les rues de Marseille. Jacques Deray et Alain Delon parlent des prises de vue et le comédien se met à rêver de films qui pourraient réunir quelques grands noms du cinéma international comme une association Belmondo/Steve McQueen.

L’éditeur propose ensuite un court extrait du film en version anglaise (1’).

S’ensuivent deux entretiens. Le premier avec l’auteur du roman Bandits à Marseille, Eugène Saccomano (10’). Le journaliste revient sur la genèse de son livre et le désir d’Alain Delon de l’adapter au cinéma. L’occasion pour l’écrivain d’évoquer les véritables Carbone et Spirito, leur mainmise sur Marseille, ainsi que le travail sur le scénario, jusqu’à la reconstitution des années 1930 et le triomphe du film au cinéma, en France, mais aussi au Japon et en Amérique du Sud.

Le meilleur rendez-vous de cette édition reste celui en compagnie de l’immense Jean-Claude Carrière (18’). C’est ici que vous en apprendrez le plus sur la genèse du projet, l’écriture du scénario (avec les menaces de la part de la pègre marseillaise), les problèmes de production, les conditions de tournage, l’entente entre les deux comédiens, le couac juridique à la sortie du film en raison de la double-apparition du nom d’Alain Delon sur l’affiche. Jean-Claude Carrière explique que trois semaines avant le début des prises de vue, le budget alors calculé en dollars est brutalement amputé de 17%, suite à une dévaluation de la monnaie. La production lui demande de retirer tout ce qui est possible du scénario, scène par scène. Le scénariste se résout à couper une grande séquence qui devait se dérouler dans un train d’époque. Charles Bluhdorn, alors le boss de la Paramount, vient en aide à Alain Delon, mais ce dernier doit alors lui céder tous les droits du film. Enfin Jean-Claude Carrière donne son avis sur ce film « fait de grâce, ensoleillé, léger », tout en revenant sur sa longue et profonde amitié avec Jacques Deray, « le meilleur cadreur que j’ai pu rencontrer dans le monde du cinéma ».

L’éditeur livre d’autres interviews, celles des comédiens du film, réalisées à l’occasion de la sortie en DVD de Borsalino en 2009 : Michel Bouquet (7’), Nicole Calfan (7’), Françoise Christophe (6’30), Corinne Marchand (4’30) et Catherine Rouvel (6’30). Chacun y va de ses souvenirs enjoués et émus, liés au tournage de Borsalino, ainsi que sur leur collaboration avec Jacques Deray, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Michel Bouquet se remémore celui “extraordinaire” de la lecture du scénario et de son plaisir d’interpréter ce rôle d’avocat qu’il considérait comme étant le plus beau du film. Il est visiblement ravi de parler de Jacques Deray, « un homme qui avait l’élégance du coeur, un être humain exceptionnel ». Nicole Calfan revient sur son casting (très drôle) et de ses allers-retours quotidiens entre Paris et Marseille pendant 12 jours, puisque la comédienne jouait à la Comédie-Française et ne pouvait obtenir un congé pour se rendre sur le tournage de Borsalino. Tout le monde se souvient d’un Alain Delon protecteur et généreux, et d’un Bebel gouailler, charmeur et très drôle avec toute l’équipe.

L’autre moment indispensable de cette édition est l’interview du grand compositeur Claude Bolling (21’), entrecoupée par des interventions du musicologue Stéphane Lerouge qui analyse le travail du maestro. Le premier, confortablement installé chez lui, aborde la création des différents thèmes de Borsalino, tout en se mettant au piano pour nous faire une petite démonstration. Quant à Stéphane Lerouge, il revient sur la fructueuse collaboration Bolling-Deray (9 longs métrages et téléfilms) et l’on apprend qu’une partie de la musique du film était diffusée sur le plateau afin de mettre les comédiens et le reste de l’équipe dans l’ambiance des années 1930.

Assis sur le sofa rouge de son émission Vivement dimanche, Michel Drucker intervient également sur cette édition (7’30). Le Highlander de la télévision française était encore reporter sportif au moment du tournage de Borsalino. Envoyé à Marseille pour couvrir un match de l’OM, Michel Drucker avait pu assister au tournage du film de Jacques Deray, qui l’intimidait beaucoup. Il partage ici ses anecdotes, notamment liées aux comédiens.

Veuve du cinéaste, Agnès Vincent-Deray propose un formidable portrait (15’30) de son époux, l’homme et le cinéaste, tout en parlant longuement et posément de la longue association du réalisateur avec Alain Delon, « une tendresse amoureuse, une complicité faite d’admiration réciproque ». Elle revient également sur les différentes étapes de la carrière de Jacques Deray, avant d’en venir plus précisément sur la genèse, la production (les costumes, les décors), le tournage, la fin alternative (avec quelques pages du scénario original à l’appui) et la sortie de Borsalino.

Enfin, nous terminons par un entretien (19’) avec le grand Alain Delon (il vous en prie), souriant, disponible et très heureux de partager moult anecdotes sur Borsalino. Certes, le comédien arrive en fin de partie et ses propos sont quelque peu redondants avec ce qui a déjà été dit à plusieurs reprises au cours des suppléments précédents, mais les entendre raconter par Alain Delon ça n’a pas de prix. Beaucoup s’amuseront une fois de plus à l’entendre parler de lui-même à la troisième personne, mais le monstre du cinéma français paraît spontané et détendu (en jean et pieds nus) quand il aborde les étapes de cette superproduction (le difficile montage financier est d’ailleurs évoqué), les conditions de tournage et son œil brille quand il évoque Jacques Deray.

L’Image et le son

Borsalino a été restauré en 4K par Paramount Pictures avec le concours de la succession de Jacques Deray, et de Crossing. Les travaux de restauration ont été menés par L’Image retrouvée. La séquence inaugurale et le générique font tout d’abord très peur avec des couleurs pâles, une succession de plans flous, des fourmillements. Il faut attendre la fin des credits pour que ce nouveau master restauré HD se révèle. Alors, si tout n’est pas parfait loin de loin, le Blu-ray de Borsalino tient ses promesses avec notamment une solide restitution des partis pris originaux de la luxueuse photographie de Jean-Jacques Tarbès. C’est brillant, la soie et le velours se font ressentir, le piqué est agréable, la texture argentique flatteuse et la profondeur de champ éloquente. Certaines séquences diurnes sont luminescentes (voir celle où les deux acteurs sortent de l’eau) et les teintes chromatiques brillent de mille feux, malgré quelques contrastes sans doute trop appuyés. N’oublions pas la propreté de la copie. Un grand bond en avant entre le DVD sorti en 2009 et cette édition HD.

Le célèbre ragtime de Claude Bolling n’a jamais été aussi agréable aux oreilles et dynamique qu’à travers cette piste DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Les dialogues sont propres et ardents, les effets percutants et le spectacle est garanti. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © Paramount Pictures France / Captures Blu-ray et DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr