Test Blu-ray / I Wish – Faites un voeu, réalisé par John R. Leonetti

I WISH – FAITES UN VOEU (Wish Upon) réalisé par John R. Leonetti, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 28 novembre 2017

Avec :  Joey King, Ryan Phillippe, Ki Hong Lee, Mitchell Slaggert, Shannon Purser, Sydney Park, Kevin Hanchard, Sherilyn Fenn…

Scénario : Barbara Marshall

Photographie : Michael Galbraith

Musique : tomandandy

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Pas facile de survivre à l’enfer du lycée, Clare Shannon et ses copines en savent quelque chose. Du coup, quand son père lui offre une ancienne boîte à musique dont les inscriptions promettent d’exaucer tous ses vœux, Clare tente sa chance. Et ça marche ! Argent, popularité, petit ami, tout semble parfait. Mais le rêve a un prix : au fur et à mesure de ses souhaits, des personnes de son entourage meurent dans des conditions particulièrement atroces. Clare le sait : elle doit se débarrasser de la boîte pour sauver sa vie et celle de ses proches avant de faire le voeu de trop.

Qui dit excellent directeur de la photographie, ne veut pas forcément dire bon réalisateur. C’est le cas de John R. Leonetti, chef opérateur sur Chucky 3, Hot Shots ! 2, The Mask, Mortal Kombat, qui a connu un second souffle grâce aux films de James Wan, Dead Silence, Death Sentence, Insidious et sa première suite, sans oublier Conjuring : Les Dossiers Warren. Une belle carte de visite. En 1997, John R. Leonetti signe son premier long métrage, Mortal Kombat : Destruction finale, considéré – à juste titre – comme l’une des pires suites de l’histoire du cinéma. Ses autres coups d’essai ne sont pas plus fameux avec un Effet papillon 2 en 2006 et le soporifique Annabelle en 2014, spin-off de la franchise Conjuring centré sur la poupée maléfique. Si en 2016, Wolves at the Door est resté inédit en France, I Wish – Faites un vœu ou Wish Upon en version originale, a connu une exploitation dans nos salles l’été 2017 où il a attiré plus de 300.000 spectateurs fans de cinéma fantastique. Rien ne distingue ce film de genre du tout venant contemporain. Mollement réalisé, interprété par des jeunes comédiens sans aucun charisme, mal écrit, I Wish – Faites un vœu fait penser à un mauvais épisode de La Quatrième Dimension.

Clare Shannon, âgée de 17 ans, est hantée par le souvenir du suicide de sa mère. Son père Jonathan, un ancien musicien et collectionneur compulsif qui passe son temps à fouiller dans les bennes à ordures, trouve une boîte à musique chinoise et la lui donne comme cadeau d’anniversaire. Sympa le padre. Comme par hasard, Clare étudie le chinois au lycée et parvient à traduire l’une des nombreuses inscriptions sur la boîte : “Sept souhaits”. Subissant les moqueries et les brimades d’une dénommée Darcie, Clare fait sans trop y croire le vœu que sa rivale se mette à pourrir. Carrément. Le lendemain, cette dernière se lève et constate que sa peau ressemble à du charbon qui s’effrite. Le même jour, Clare retrouve Max son chien mort, dévoré par des rats dans l’espace souterrain de sa maison. Clare se rend compte que la boîte octroie des vœux, mais ne réalise pas encore que ses souhaits ont des conséquences. Elle fait néanmoins un second souhait, celui que Paul, le garçon le plus prisé du lycée tombe “désespérément” amoureux d’elle. Et ainsi de suite, Clare va pouvoir se faire plein de tune, emballer le mec de ses rêves, faire en sorte que son père arrête de faire les poubelles et surtout devenir la fille la plus populaire de son bahut. Bon en contrepartie, son oncle, son chien, sa voisine préférée meurent tous dans des conditions étranges, mais c’est pas grave, Clare peut se payer plein de jupes et du mascara pour souligner son strabisme.

I Wish – Faites un vœu ne fait rien ou pas grand-chose pour donner un peu d’originalité à son histoire qui ne se gêne pas pour piller ses idées sur l’excellente saga Destination Finale ou sur Wishcraft de Richard Wenk (2002). Du coup, les passages à trépas sont attendus en plus d’être vus et revus. On serait méchant, on pourrait dire qu’avec ses acteurs en carton, son scénario en carton et sa mise en scène en carton que I Wish – Faites un vœu est un film Linda de Suza.

Du haut de ses 18 ans, l’actrice principale Joey King compte déjà de nombreuses apparitions au cinéma, principalement dans des productions fantastiques (World Invasion: Battle Los Angeles, The Dark Knight Rises, Le Monde fantastique d’Oz, Independence Day: Resurgence) ou d’horreur (En quarantaine, Conjuring : Les Dossiers Warren). Si son charisme rappelle celui d’une Barbra Streisand juvénile, la jeune comédienne en fait souvent des tonnes avec ses yeux écarquillés, sa moue boudeuse et ses bras qui moulinent quand elle se met à courir. Une tête à claques jamais attachante. Elle n’est guère aidée par ses partenaires, qui se contentent du minimum syndical, en particulier le revenant des années 1990 Ryan Phillippe, cantonné au rôle du père qui ne se rend pas compte dans quelles catastrophes s’est embarquée sa fille. Notons tout de même l’apparition de Sherilyn Fenn, la merveilleuse Audrey de la série Twin Peaks.

Si l’on a déjà vu bien pire, I Wish – Faites un vœu est représentatif du cinéma fantastique d’aujourd’hui, fait à la chaîne pour les adolescents, une malbouffe hollywoodienne réalisée par des types soucieux de faire plaisir à leurs sponsors, de vendre des tonnes de popcorn et des litres de soda à l’entrée du cinéma. Il n’est pas interdit de se faire uniquement plaisir au cinéma, surtout pas, c’est même la base du septième art, c’est juste qu’il y a un minimum syndical à respecter quant à la gueule du produit finit proposé à une jeune audience qui n’est même plus capable de distinguer le bon du mauvais cinéma de genre.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de I Wish – Faites un vœu, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Minimum syndical pour cette édition HD puisque TF1 Studio ne livre que cinq petites featurettes (11 minutes au total), composées d’interviews de l’équipe (acteurs, réalisateur, producteurs) et d’images de plateau. Promotionnels à fond, ces modules se focalisent notamment sur le tournage de la scène du grenier.

L’Image et le son

I Wish – Faites un voeu est un film sombre et la Haute définition restitue habilement la photo du chef opérateur Michael Galbraith. Les volontés artistiques sont donc respectées mais entraînent quelques pertes occasionnelles du piqué et des détails dans les scènes les moins éclairées. Néanmoins, ce master HD demeure impressionnant de beauté, tant au niveau des détails que du piqué. Le cadre n’est pas avare en détails, les contrastes affichent une densité remarquable (du vrai goudron en ce qui concerne les noirs) et la colorimétrie froide est optimale.

Que votre choix se soit porté sur la version française ou la version originale DTS-HD Master Audio 5.1., le confort acoustique est total et la piste anglaise l’emporte du point de vue homogénéité des voix et des effets annexes. Le pourvoir immersif des deux mixages est fort plaisant. Toutes les enceintes sont intelligemment mises à contribution, les effets sont souvent percutants. La balance frontale et latérale est constante et riche, le caisson de basses souligne efficacement les séquences du film les plus agitées, tandis que les dialogues et commentaires restent fluides et solides. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Broad Green Pictures / Steve Wilkie / Paramount Pictures / TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / À voix haute – La force de la parole, réalisé par Stéphane De Freitas et Ladj Ly

À VOIX HAUTE – LA FORCE DE LA PAROLE réalisé par Stéphane De Freitas et Ladj Ly, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 7 novembre 2017

Avec :  Yacine Ait Khelifa, Leïla Alaouf, Ouanissa Bachraoui, Franck Bikpo, Houda Chnabri, Thomas Dedessus Le Moutier, Jeremy Diaz, Hanane El Mokhtar, Camélia Kheiredine, Thomas Luquet, Souleïla Mahiddin, Kristina Marcovic, Eddy Moniot, Kiss Sainte-Rose, Elhadj Touré, Johan Youtchou…

Photographie : Timothée Hilst, Ladj Ly

Musique : Superpoze

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours “Eloquentia”, qui vise à élire « le meilleur orateur du 93 ». Des étudiants de cette université issus de tout cursus, décident d’y participer et s’y préparent grâce à des professionnels qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. Au fil des semaines, ils vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, et vont s’affirmer, se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes. Munis de ces armes, Leïla, Elhadj, Eddy et les autres, s’affrontent et tentent de remporter ce concours pour devenir « le meilleur orateur du 93 ».

« C’est cool de parler en fait ! », « Ça peut changer ma vie ! », les étudiants passent à tour de rôle devant les autres, ainsi que devant Bertrand Périer, avocat et surtout formateur ici, bien décidé à leur faire prendre confiance en eux dans un délai de six semaines. Prendre la parole et donner de la voix pour changer de vie, c’est le sens du concours Eloquentia, créé en 2013, auxquels participent chaque année jeunes femmes et des jeunes hommes de l’Université de Saint-Denis, tous d’univers, de parcours et de nationalités divers et variés. L’objectif est de devenir le meilleur orateur du département. Aidés par des avocats, des metteurs en scène ou encore des slameurs et des poètes, les participants se préparent tout en apprenant autant sur eux-mêmes que sur les ressorts de la langue française. Portrait d’une jeunesse bien dans ses baskets, qui refuse de se laisser enfermer et combat la fatalité par les mots tout en prenant de l’assurance face à leur(s) interlocuteur(s).

Réalisé par Stéphane de Freitas, né en 1986, À voix haute – La force de la parole a tout d’abord connu une première diffusion en novembre 2016 dans l’émission Infrarouge sur France 2, dans une version courte de 76 minutes. Devant le succès d’audience de ce documentaire (560.000 téléspectateurs), une version longue d’1h35 a donc connu une exploitation dans les salles en avril 2017. Porté par l’engouement des spectateurs et de la critique, À voix haute – La force de la parole aura attiré pas loin de 200.000 spectateurs. Artiste, réalisateur et entrepreneur social, Stéphane de Freitas est également le concepteur du programme de prise de parole Eloquentia et explique pourquoi il a voulu entreprendre ce film militant « Ces jeunes, qu’on stigmatise trop souvent, ont des ressources insoupçonnées. Tous ont des choses passionnantes à dire et à faire. Il était important de garder une trace de leur travail et j’y voyais aussi l’occasion de faire mes débuts à la réalisation d’un long métrage ».

Etant lui-même à l’origine du concours Eloquentia, Stéphane de Freitas, aidé à la réalisation par Ladj Ly, convie le spectateur à faire la rencontre de cette trentaine de jeunes bourrés de talents, charismatiques, immédiatement attachants. Des natures différentes, mais qui se complètent parfaitement et qui font le charme instantané de ce documentaire bourré d’énergie et d’optimisme, qui présente quelques protagonistes en particulier, chez eux, avec leur famille, à mesure que la finale approche. Alors certes, par son dispositif À voix haute – La force de la parole peut faire parfois penser à un radio-crochet, du stand-up ou plus exactement à une émission de téléréalité du style Star Academy où un seul parmi les candidats sera désigné comme étant le grand orateur de l’année. Mais point de voyeurisme ici, encore moins de clichés. La sincérité de Yacine, Leïla, Ouanissa, Franck, Houda, Thomas, Jeremy, Hanane, Camélia, Thomas, Souleïla, Kristina, Eddy (qui allait remporter cette session), Kiss, Elhadj et Johan, leurs sourires, leurs larmes, leurs regards, reflètent déjà un passé, une histoire, un héritage, une force qui leur ont déjà donné des racines bien ancrées dans le monde réel. Et comme tout le monde ils ont la tête pleine de rêves et d’espoirs, et désirent faire entendre ce qu’ils pensent, ce que leurs parents ont vécu ou ce qu’ils ont eux-mêmes connu et fait d’eux les jeunes adultes qu’ils sont aujourd’hui.

Eloquentia est une opportunité pour eux et même s’ils n’atteindront pas la demi-finale, ou même les quarts, au moins leur parole aura été entendue et le dialogue de s’installer en bout de course. A ce titre, il n’y a aucun perdant ici et c’est tant mieux.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray d’À voix haute – La force de la parole, disponible chez TF1 Studio, est disposé dans un boîtier classique de couleur bleue. Le visuel reprend celui de l’affiche du film. Le menu principal est animé sur quelques séquences.

Afin de prolonger le film, l’éditeur propose trois petits modules. Le premier suit Leïla qui se rend à l’université de Californie à Berkeley (3’30), près de San Francisco. L’occasion pour la jeune femme de s’exprimer en anglais lors de la sixième conférence annuelle sur l’islamophobie.

Le second bonus propose une improvisation de Kiss devant les autres étudiants (1’).

Enfin, le dernier supplément propose les interventions de quelques étudiants au Palais de Justice (9’30), dans leur intégralité.

L’Image et le son

Tourné en numérique, À voix haute – La force de la parole bénéficie d’une édition HD, qui parvient à restituer les volontés artistiques, un tournage vif afin de capter la spontanéité des intervenants, avec une belle précision. Le cadre est beau, la colorimétrie scintillante et le relief omniprésent. L’encodage AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le piqué est acéré.

La piste 5.1. est anecdotique et le soutien des latérales n’est palpable que sur les rares séquences tournées en extérieur. Les scènes demeurent essentiellement axées sur les frontales, les latérales se contentant d’un écho très lointain. Pour cause de tournage brut, l’enregistrement sonore varie selon les conditions des prises de vue. Pour une meilleure homogénéité, la stéréo se révèle parfaite, percutante à souhait, cette piste donne finalement plus de corps à l’ensemble. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont au programme.

Crédits images : © Mars Films / TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Kidnap, réalisé par Luis Prieto

KIDNAP réalisé par Luis Prieto, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studios le 7 novembre 2017

Acteurs :  Halle Berry, Sage Correa, Chris McGinn, Lew Temple, Jason Winston George, Christopher Berryn…

Scénario : Knate Lee

Photographie : Flavio Martínez Labiano

Musique : Federico Jusid

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Karla, profite d’un après-midi dans un parc d’attractions en compagnie de son fils lorsque celui-ci disparaît subitement. En alerte, elle repère finalement des inconnus le faire monter de force dans leur voiture.  Karla réalise à cet instant que sans réaction de sa part, elle pourrait ne jamais revoir son enfant.
Pas le temps d’hésiter, elle se lance à la poursuite des ravisseurs et ne reculera devant rien pour le sauver.

Moins présente sur les écrans (de cinéma) depuis quelques années, Halle Berry, Oscar de la meilleure actrice en 2002 pour À l’ombre de la haine, refait quelques fois surface en tant que second rôle comme dernièrement dans Kingsman : Le Cercle d’or de Matthew Vaughn et X-Men: Days of Future Past de Bryan Singer. Son dernier succès personnel remonte à 2013 avec The Call de Brad Anderson. Pour son retour sur le devant de la scène, la comédienne produit et interprète le rôle principal de Kidnap, thriller qui reprend quasiment la même recette que The Call justement, sauf que cette fois la comédienne n’est pas plantée devant son bureau pendant 1h30, mais se trouve lancée à plus 120 kilomètres à l’heure sur l’autoroute, à la poursuite des kidnappeurs de son fils de six ans. Série B invraisemblable, qui s’enfonce progressivement dans le nawak, Kidnap n’est pas déplaisant en-soi et sait divertir, c’est juste qu’on ne croit malheureusement pas une seule seconde à cette histoire.

Halle Berry est Karla McCoy, serveuse d’une quarantaine d’années, divorcée, qui mène une vie paisible avec son fils Frankie. Un jour, alors qu’ils passent une journée dans un parc d’attractions, Frankie est enlevé par une femme. Karla arrive à repérer la voiture dans laquelle son enfant a été embarqué et s’engage dans une course-poursuite. Dans la panique, elle perd son téléphone portable, et malgré ses efforts durant la poursuite automobile, ne parvient pas à obtenir une aide de la police.

Réalisé par Luis Prieto, metteur en scène espagnol d’un remake de Pusher en 2012, Kidnap repose essentiellement sur le charisme, le talent et l’investissement de sa comédienne principale. Quasiment de tous les plans, filmée sous tous les angles, Halle Berry livre une solide prestation et le film ne vaut d’ailleurs que pour elle. Son charisme est intact, son jeu n’a jamais été aussi bon et on la sent véritablement impliquée du début à la fin. Heureusement d’ailleurs, car le récit, les péripéties et les rebondissements ne sont jamais crédibles. Si Kidnap démarre bien, pour ne pas dire sur les chapeaux de roues, l’histoire fait rapidement du surplace malgré ses bolides lancés à toute vitesse sur l’autoroute.

Ecrit par le scénariste Knate Lee, qui travaillait auparavant sur la série Jackass, producteur de Bad Grandpa et qui vient d’écrire le prochain X-Men intitulé The New Mutants, Kidnap n’est absolument pas réaliste et peine alors à créer l’empathie avec le personnage principal, malgré toute la hargne d’Halle Berry et le rythme soutenu qui font qu’on ne s’ennuie pas. Le gros problème de Kidnap est donc de faire un quasi copier-coller de The Call, sur le fond, sur la forme, y compris lors de l’acte final. Une impression de déjà-vu très maladroite.

A l’origine prévu dans les salles en octobre 2015, puis programmé février 2016 en raison de difficultés financières de la société de production Relativity, pour finalement arriver en août 2016 aux Etats-Unis et le mois suivant en VOD dans nos contrées, Kidnap a connu un succès d’estime, sans pour autant casser la baraque. S’il est toujours plaisant de voir Halle Berry dans de ce genre de divertissement, on aimerait cependant la retrouver désormais dans un film plus ambitieux, qui saurait prendre en compte la nouvelle maturité de son jeu.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Kidnap, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une des séquences du film en version française.

Un seul supplément au programme de cette édition, un making of de 14 minutes, entièrement promotionnel et composé d’interviews dithyrambiques des comédiens, du cinéaste et du coordinateur des cascades – réalisateur de la seconde équipe. Les acteurs sont en mode « j’ai appris mon texte par coeur », les propos sont redondants, récités et dévoilent toute l’histoire. Quelques images de tournage montrent Halle Berry prendre le volant lors des séquences agitées sur la route. Heureusement que sa voiture était en réalité conduite par un cascadeur positionné sur le toit du véhicule.

L’Image et le son

Voici un transfert solide et une édition HD qui frôle la perfection. La luminosité est omniprésente, les détails confondants sur les gros plans, surtout sur la superbe Halle Berry, filmée sous tous les angles (et merci au cadre large !), le piqué est aiguisé comme un scalpel, la colorimétrie est étincelante et les contrastes ne cessent d’impressionner. La mise en scène agitée de Luis Prieto entraine quelques baisses de la définition, mais rien de rédhibitoire. Apport HD non négligeable pour ce titre.

Attention les oreilles ! Les courses-poursuites entraînent une très bonne utilisation du caisson de basses, qui rugit à de multiples reprises. Toutes les enceintes plongent le spectateur au milieu de la circulation, avec ses coups de frein et ses klaxons en tous genres, ses sirènes de police, ses vrombissements sur l’asphalte. La musique est délivrée sur chaque baffle avec fracas, les voix des comédiens demeurent claires et jamais noyées sous le brouhaha, en français comme en anglais, grâce aux mixages DTS-HD Master Audio 5.1. Accrochez votre ceinture. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / It Comes at Night, réalisé par Trey Edward Shults

IT COMES AT NIGHT réalisé par Trey Edward Shults, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studios le 7 novembre 2017

Acteurs :  Joel Edgerton, Christopher Abbott, Carmen Ejogo, Riley Keough, Kelvin Harrison Jr., Griffin Robert Faulkner, David Pendleton…

Scénario : Trey Edward Shults

Photographie : Drew Daniels

Musique : Brian McOmber

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé.

Etrange film que cet It Comes at Night, deuxième long métrage du jeune réalisateur, scénariste et producteur américain Trey Edward Shults, né en 1988, remarqué en 2016 avec Trisha, Prix de la critique à Deauville en 2015. Ayant fait ses classes auprès d’un certain Terrence Malick sur le tournage de The Tree of Life en tant qu’assistant cameraman, il s’inspire pour son second film de la mort de son père, qui l’a profondément affecté. It Comes at Night est né de ces questions sur la fin de vie, sur ses propres peurs, sur la transmission. Moins un film d’horreur qu’un drame intimiste et thriller psychologique, It Comes at Night déstabilise souvent et ne manque pas d’attraits, même si tout est loin d’être parfait.

Toujours affublé d’un masque à gaz, Paul vit reclus et isolé, avec femme et enfant, dans une maison en bois au milieu de la forêt. Il se voit dans l’obligation d’accueillir une famille chez lui, alors qu’un virus semble avoir mis à mal la civilisation telle qu’on la connaît. Il essaie d’instaurer certaines règles : il faut toujours sortir à deux, passer par la même porte et ne surtout pas s’aventurer dans le bois. Mais ces beaux principes sont mis à mal quand d’étranges événements se produisent.

« Lorsque tombe la nuit » comme nos amis québécois ont intitulé le film, ne révolutionne pas le genre. Voilà ça c’est dit. Il n’en a pas la prétention d’ailleurs. Mais son approche de la peur, celle liée à ses cauchemars, à l’inconnu, au noir et à ce qu’il renferme interpelle bel et bien. Si le rythme est souvent très (trop) lent, Trey Edward Shults a incontestablement le sens du cadre et de la grammaire cinématographique. Sur un postulat simple et bénéficiant d’un budget minuscule de 2,5 millions de dollars, le metteur en scène parvient à tirer profit de son décor limité, une cahute plantée au milieu de nulle part, de son intrigue serrée sur une demi-douzaine de personnages réunis dans la même habitation. Il peut également compter sur de très bons comédiens parmi lesquels se démarquent l’australien Joel Edgerton (Midnight Special, Bright), dont la présence inquiétante et ambigüe met souvent mal à l’aise, ainsi que Riley Keough (Mad Max: Fury Road, Logan Lucky), petite-fille d’Elvis Presley, qui commence à faire sa place à Hollywood.

Trey Edward Shults sait filmer et rendre menaçant une simple forêt en jouant sur les effets suggérés. La menace, puisque menace il y a, vient de l’extérieur et profite souvent de la nuit pour s’engouffrer dans le refuge de la famille principale. Aucun effet gratuit ni tape à l’oeil, la peur et l’angoisse des personnages sont contagieuses, surtout lorsque le réalisateur adopte le point de vue de l’adolescent de la famille, en prise avec ses visions d’horreur et ses premiers émois qu’il est obligé de réfréner. La « routine » de la famille de Paul est ainsi troublée par l’intervention d’un autre couple et de leur enfant. Comment réapprendre à faire confiance quand on a appris à se méfier de tout et de tout le monde ? Où s’arrête l’humanité et où commence l’animalité ? Les sens s’aiguisent dans cet espace fermé, les sentiments contradictoires se déploient et se confrontent, l’instinct de survie prime sur le reste, quitte à réaliser de mauvais choix que l’on pourra sans doute regretter après.

Avec sa photo ténébreuse signée Drew Daniels, ses changements de formats qui soulignent la détresse anxiogène des personnages, sa sécheresse qui rappelle parfois The Witch de Robert Eggers, par ailleurs produit par le même studio A24, It Comes at Night est un film post-apocalyptique maîtrisé, ambitieux, qui peut laisser froid et de marbre certains spectateurs, mais qui n’en demeure pas moins intéressant, au point qu’il n’a de cesse de mûrir encore bien après, et qui révèle surtout un jeune auteur prometteur.

LE DVD

Le DVD d’It Comes at Night, disponible chez TF1 Studio, repose dans un boîtier classique transparent. Changement de visuel par rapport à l’affiche originale, pour la sortie du film dans les bacs. Le menu principal est animé et musical.

Cette édition comprend un seul supplément, un making of de 28 minutes. Sans surprise, ce documentaire se compose d’interviews du réalisateur et des comédiens, ainsi que d’images de tournage. Trey Edward Shults intervient sur la genèse de son second long métrage, ses intentions et partis pris (le cadre, le son, le montage), tandis que les acteurs abordent les thèmes du film. Attention tout de même aux nombreux spoilers. Notons que le metteur en scène indique avoir enregistré un commentaire audio, non disponible sur le DVD français.

L’Image et le son

Pour la photo léchée de son film, Trey Edward Shults a demandé à son chef opérateur Drew Daniels de jouer avec les formats et les ambiances très sombres. Tourné en numérique avec la caméra numérique Arri Alexa XT, prenant comme partis-pris de restreindre le champ visuel, en usant des bords noirs comme dans une toile du Caravage dans les séquences de nuit, le directeur de la photographie plonge ainsi les personnages dans une pénombre froide et angoissante, en passant du format 2.35 au 2.55, jusqu’au format 3.00. Si nous devons vous donner un conseil, c’est de visionner It Comes at Night dans une pièce sans aucune luminosité, afin de mieux plonger dans l’ambiance. Le DVD édité par TF1 Studio restitue habilement la profondeur des contrastes, même si le résultat est forcément moins probant qu’en HD. Par ailleurs, certaines séquences apparaissent plus poreuses et l’on perd parfois en détails. Malgré ces menus défauts, le piqué reste ferme, les fourmillements limités. Ce master SD s’en tire avec les honneurs et contentera ceux qui ne seraient pas passés à la Haute Définition.

Les versions anglaise et française disposent d’un mixage Dolby Digital 5.1 et Stéréo. La spatialisation satisfait amplement et fait sursauter aux moments opportuns grâce à ses effets latéraux et frontaux particulièrement fins. Le caisson de basses participe à cette immersion, les dialogues sont exsudés avec force sur la centrale et les ambiances naturelles et dérangeantes ne manquent pas. La piste anglaise s’en tire le mieux du point de vue richesse acoustique et ardeur, surtout du point de vue musical. Les versions Stéréo sont évidemment moins enveloppantes, mais de fort bonne facture. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français, destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Mars Films / TF1 Studios / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Et les mistrals gagnants, réalisé par Anne-Dauphine Julliand

ET LES MISTRALS GAGNANTS réalisé par Anne-Dauphine Julliand, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 2 novembre 2017

Production : Edouard de Vésinne

Photographie : Katell Djian, Isabelle Razavet, Laurent Brunet, Alexis Kavyrchine, Matthieu Fabbri

Musique : Rob

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 2017

LE DOCUMENTAIRE

Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual ont entre 6 et 9 ans. Malgré la maladie, ils continuent à rire, jouer, se disputer, rêver. A aimer la vie. Ambre, qui souffre d’hypertension artérielle pulmonaire, se passionne pour le théâtre et les garçons affrontent leur mal avec courage et humour…

Exceptionnel documentaire réalisé par Anne-Dauphine Julliand (auteure de Deux petits pas dans le sable mouillé en 2011 et Une journée particulière en 2013), probablement le plus beau de cette année 2017 et qui nous l’espérons se verra remettre le César en 2018, Et les mistrals gagnants est bouleversant, mais aussi drôle, animé par une immense sensibilité, solaire, positif, durant lequel le spectateur est invité à suivre le quotidien d’une poignée d’enfants atteints de neuroblastome, d’épidermolyse bulleuse, d’insuffisance rénale sévère…Des mots qui font aussi peur que la maladie qu’ils désignent, et pourtant, ces bouts de choux gardent un sourire extraordinaire, s’expriment sur la vie qu’ils croquent à pleines dents, car “être malade, ça n’empêche pas d’être heureux, rien n’empêche d’être heureux” comme le dit l’un des héros (car c’est ce qu’ils sont) de ce film chaudement recommandé.

Ambre souffre d’hypertension artérielle pulmonaire, mais joue du badminton et adore le théâtre. Malgré son neuroblastome, un cancer, Camille (aujourd’hui décédé) a une personnalité énergique et animé par un appétit de vivre très contagieuse. Charles est atteint d’une douloureuse épidermolyse bulleuse, une maladie génétique qui met à vif la moindre parcelle de son épiderme s’il n’est pas protégé. « Ma peau est aussi fragile que les ailes d’un papillon, comme du papier crépon » dit-il. Venu d’Algérie où sa vie était condamnée par la médecine, Imad, atteint de situs inversus (les organes inversés) et d’insuffisance rénale, attend une greffe de rein depuis deux ans. Tugdual, également atteint de neuroblastome, est un peu plus réservé que les autres héros de cette histoire, mais se livre doucement quand il s’épanouit dans son jardin, dont il prend soin avec délicatesse. Ils ont tous entre six et neuf ans et par-dessus tout, vivent dans l’instant, sans se soucier du lendemain.

Avec humour et surtout l’énergie de l’enfance, ils nous prennent par la main, nous invitent à entrer dans leur monde où ils nous font partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves, leurs soins. Sans utiliser de voix-off superflue et envahissante, Anne-Dauphine Julliand, qui a connu la perte de deux de ses enfants des suites d’une maladie orpheline, place la caméra à hauteur de ses gigantesques héros et leur donne la parole. Ce sont eux qui mènent la danse, qui imposent leur rythme aux prises de vues. Et les mistrals gagnants (titre en référence à la chanson Mistral gagnant de Renaud, que l’on entend dans le film) capture ces instants de vies, qui malgré l’adversité, continuent d’éclore. Les pathologies sont diverses, chacun réside dans un endroit différent en France, mais les portraits croisés témoignent de leur envie commune de s’amuser, de jouer, de rire avec leurs copains et leurs familles. Ces moments sont là, précieux. Et quand Anne-Dauphine Julliand filme ensuite ces enfants durant leurs soins intensifs, ils en ressortent grandis, donnant ainsi une vraie leçon de courage aux spectateurs adultes que nous sommes.

On les regarde, on les écoute, fascinés par autant de maturité et de lucidité face à leur maladie. D’une certaine façon, tous nous conseillent de retrouver cette innocence liée à l’enfance, afin de pouvoir vivre intensément l’instant présent. Si les parents et le personnel médical apparaissent parfois dans le cadre, la caméra ne quitte jamais nos protagonistes et reste focalisée sur eux, en s’attachant à de petits détails sensibles, un petit pied qui se balance, une main serrée, en se laissant guider par leur spontanéité. Il aura fallu un an de tournage, chaque enfant ayant été filmé séparément et pendant une dizaine de jours (non consécutifs) au total, à l’aide d’une seule caméra afin de ne pas perturber leur environnement. Sur 110 heures de rushes, Anne-Dauphine Julliand n’en a gardé qu’1h20. Mais ces 80 minutes sont précieuses et s’inscrivent parmi les plus belles vues au cinéma en 2017.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Et les mistrals gagnants, disponible chez TF1 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Si vous avez aimé le film, nous vous conseillons de prolonger cette expérience en visionnant les suppléments présents sur ce Blu-ray.

Commencez par la formidable interview d’Anne-Dauphine Julliand (32’). Lumineuse et élégante, la réalisatrice aborde chaque étape qui l’ont mené à son premier documentaire, mais aussi et surtout sur les conditions de tournage. Avec des mots percutants et une immense sensibilité, Anne-Dauphine Julliand évoque les thèmes d’Et les mistrals gagnants, son propre vécu (elle a malheureusement perdu deux enfants atteints d’une maladie orpheline), la rencontre avec le producteur Edouard de Vésinne, le financement du film (un budget en grande partie couvert par près de 1 800 donateurs dans le cadre d’un financement participatif sur internet), les partis pris et ses intentions. Elle aborde également la rencontre avec les jeunes protagonistes, ses doutes (la peur de filmer frontalement certaines scènes du quotidien, comme le bain spécial du petit Charles), le rapport de confiance qui s’est instauré immédiatement avec les enfants et leur naturel face à la caméra. Enfin, Anne-Dauphine Julliand parle du titre, extrait des paroles de la chanson de Renaud, Mistral gagnant. Contactés, l’interprète et sa maison de disques ont alors tout fait pour lui faciliter l’utilisation du titre et de la chanson. Très émue, la réalisatrice clôt cet entretien en revenant sur l’accueil chaleureux des spectateurs.

C’est ensuite au tour du producteur Edouard de Vésinne de revenir sur Et les mistrals gagnants (16’). Si quelques propos font inévitablement redondance avec ce qui a été entendu précédemment, cette interview parvient malgré tout à la compléter. Nous retiendrons également la délicatesse du producteur, qui se souvient de sa rencontre avec Anne-Dauphine Julliand et comment cette dernière a su le convaincre de plonger avec elle dans cette aventure, alors qu’il n’avait jamais produit de documentaire. Les conditions de production et des prises de vue, les thèmes, les intentions de la réalisatrice, Edouard de Vésinne revient posément sur ces sujets, en indiquant qu’il s’agit d’une des expériences les plus intenses de sa carrière.

La bouille du petit Imad reste en tête après avoir vu le film. Nous le retrouvons ici dans une interview (10’) réalisée par Thierry Demaizière pour l’émission Sept à Huit, diffusée le 22 janvier 2017. Une introduction rappelle qu’Imad était en phase terminale en Algérie, avant que le petit garçon soit sauvé grâce à une campagne participative, qui a permis de recueillir des fonds, afin de l’envoyer se faire soigner en France. Drôle, franc, spontané, Imad répond aux questions du journaliste avec un naturel aussi éclatant que dans Et les mistrals gagnants. Une nouvelle leçon de sagesse, d’optimisme et de courage (« Dans la vie faut jamais se plaindre !  Vous pouvez quand même pleurer parfois car ça fait du bien ! »), durant laquelle Imad explique quelle est sa maladie.

L’interactivité se clôt sur trois modules vidéo (5’ au total) qui compilent les réactions de spectateurs à la sortie du cinéma (à Paris, Nîmes et des lycéens), la bande-annonce et un montage de projets d’affiches.

L’Image et le son

Tourné en numérique, Et les mistrals gagnants bénéficie d’une édition HD, qui parvient à restituer les volontés artistiques, un tournage vif à hauteur d’enfant afin de capter leur spontanéité, avec une belle précision. Le cadre est beau, la colorimétrie scintillante et le relief omniprésent. L’encodage AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le piqué est acéré, les ambiances chaudes et les contrastes denses.

La piste 5.1. est anecdotique et le soutien des latérales n’est palpable que sur les rares séquences tournées en extérieur, ainsi que lors de l’utilisation de la chanson de Renaud. Les scènes demeurent essentiellement axées sur les frontales, les latérales se contentant d’un écho très lointain. Pour cause de tournage brut, l’enregistrement sonore varie selon les conditions des prises de vue. Pour une meilleure homogénéité, la stéréo se révèle parfaite, percutante à souhait, cette piste donne finalement plus de corps à l’ensemble. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont au programme.

Crédits images : © Nour FilmsCaptures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / HHhH, réalisé par Cédric Jimenez

HHhH réalisé par Cédric Jimenez, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 10 octobre 2017

Acteurs :  Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell, Jack Reynor, Mia Wasikowska, Stephen Graham, Céline Sallette, Gilles Lellouche…

Scénario : David Farr, Audrey Diwan, Cédric Jimenez, d’après le roman HHhH de Laurent Binet

Photographie : Laurent Tangy

Musique : Guillaume Roussel

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, l’un des hommes les plus dangereux du régime. Lorsque Hitler le nomme à Prague pour diriger la Bohême-Moravie et élaborer un plan d’extermination définitif, deux jeunes soldats de la résistance, Jan Kubis et Jozef Gabcik se dressent face à lui. Leur mission : éliminer Heydrich.

HHhH, acronyme – jamais expliqué dans le film – pour Himmlers Hirn heißt Heydrich, qui signifie en allemand le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich, est l’adaptation du roman historique homonyme de Laurent Binet, publié en 2010 aux éditions Grasset, prix Goncourt du premier roman et traduit en vingt langues, relatant le véritable récit de l’Opération Anthropoid, durant laquelle deux résistants tchécoslovaques furent envoyés pour assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo et des services secrets nazis. Le cinéaste français Cédric Jimenez (Aux yeux de tous, La French), s’empare de cette histoire romanesque à part entière et convoque un casting international pour son premier long métrage en langue anglaise.

Au début des années 1930, Reinhard Heydrich, militaire déchu renvoyé de la Reichsmarine, rejoint le nazisme sur la suggestion de sa femme Lina. Il devient alors le bras droit du chef de la SS naissante, Heinrich Himmler. Celui-ci le nomme en 1939 à la tête du RSHA, l’organe principal de police secrète et judiciaire du Reich, dont l’une des sections est la célèbre Gestapo. Principal adjoint de Himmler, il est l’un des hommes les plus puissants du régime. En septembre 1941, Hitler lui donne en complément les attributions de vice-gouverneur de Bohême-Moravie, la partie occupée de la Tchécoslovaquie : pour cela, il a des bureaux à Prague où il règne en maître, car le gouverneur en titre Konstantin von Neurath est vieillissant et malade. Comme Heydrich est resté chef du RSHA, il a aussi pour mission de mener à son terme le plan déjà entamé d’extermination des Juifs d’Europe : la « solution finale de la question juive ». Par ailleurs, ayant quitté la Tchécoslovaquie en 1939, le Tchèque Jan Kubiš et le Slovaque Jozef Gabčík sont engagés depuis 1940 aux côtés de la Résistance pour lutter contre l’occupation allemande. Après un entraînement prolongé en Grande-Bretagne, les deux jeunes soldats se portent volontaires pour une mission secrète aussi importante que risquée : éliminer le général de la police SS Heydrich. La veille de la Saint-Sylvestre 1941, ils sont parachutés à proximité de Prague et, pendant plusieurs mois, sont hébergés par des familles pragoises, dont les Moravec et les Novak. Jan fait ainsi la connaissance d’Anna Novak, mais il sait que sa mission doit passer avant l’amour.

A l’instar de ses deux précédents films, Cédric Jimenez fait preuve d’un véritable savoir-faire derrière la caméra. Sa mise en scène spectaculaire démontre un vrai sens visuel. Comme pour Aux yeux de tous et pour La French, la forme l’emporte malheureusement sur le fond et demeure glacial. L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina est un sujet en or, mais HHhH apparaît finalement plus comme une démonstration technique, impressionnante certes, mais qui laisse quelque peu le spectateur en dehors. L’assassinat de Reinhard Heydrich avait déjà inspiré le cinéma, à l’instar de Fritz Lang avec son formidable Les Bourreaux meurent aussi, réalisé juste après la mort du Reich Protektor, ou bien encore Douglas Sirk pour Hitler’s Madman, également sorti en 1943 et même encore dernièrement Sean Ellis avec son Opération Anthropoid sorti en 2016, avec Jamie Dornan, Cillian Murphy et Charlotte Le Bon. Disposant d’un budget de près de 30 millions d’euros, Cédric Jimenez soigne chaque plan et semble finalement plus intéressé par ses effets de style (ralentis, atmosphère vaporeuse), que par l’histoire, ou plutôt les deux récits entrecroisés qu’il raconte.

Rien à redire sur les comédiens. Jason Clarke (Zero Dark Thirty, La Planète des Singes : L’Affrontement, Terminator: Genisys) joue admirablement de son regard polaire et de son terrifiant visage anguleux, tout en laissant transparaître l’homme derrière le monstre. Même chose pour Rosamund Pike avec son élégance ambigüe, dont on regrette le sacrifice du personnage à mi-temps, même si l’aura du couple principal plane sur le reste du film. Jack O’Connell (l’une des grandes révélations du cinéma britannique depuis dix ans), Jack Reynor (vu dans Detroit et Sing Street), la lumineuse Mia Wasikowska, sans oublier la participation des français Gilles Lellouche et Céline Salette, déjà présents dans La French, complètent un casting exceptionnel.

Si HHhH manque d’âme et croule sous la musique – pourtant belle – de Guillaume Roussel, l’histoire ne laisse pas indifférent, même si la seconde partie, celle consacrée aux résistants, n’a pas autant d’impact que celle centrée sur Heidrich. On se laisse finalement emporter par ce flux d’images et par des séquences d’action et d’affrontements efficaces et divertissantes.

LE BLU-RAY

Le test de l’édition Haute-Définition de HHhH, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

On commence les suppléments par un making of (22’) essentiellement constitué d’entretiens avec le réalisateur Cédric Jimenez (in english « in ze text »), les comédiens Jason Clarke, Rosamund Pike et Jack Reynor, mais aussi de quelques images de tournage. Le metteur en scène revient sur sa découverte du roman de Laurent Binet et sur la proposition du producteur Ilan Goldman de le transposer au cinéma. Plus basiques, les acteurs interviennent sur les personnages et leurs motivations.

A cela s’ajoute un formidable et passionnant entretien (46’) de Johann Chapoutot, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne. Ce spécialiste du nazisme explore la vie, la personnalité, la carrière, l’ascension, la mort et ses conséquences de Reinhard Heydrich, les étapes successives (montrées ou non dans le film de Cédric Jimenez) et circonstances sociales et politiques qui l’ont conduit à rejoindre la SS. Si divers extraits de HHhH illustrent parfois trop longuement cette présentation, ce module très informatif est exposé brillamment. Dans la dernière partie, Johann Chapoutot évoque l’apparition du personnage d’Heydrich au cinéma et dans le domaine littéraire. Il donne également son avis sur le livre (qu’il encense) et le film HHhH, affirmant que ce dernier est digne du livre dont il est tiré.

L’Image et le son

TF1 Studio prend soin du service après-vente du film de Cédric Jimenez. Voici donc un très beau master HD. Respectueuse des volontés artistiques originales concoctées par Laurent Tangy, qui avait précédemment signé la photographie de La French, Radiostars et 20 ans d’écart, la copie de HHhH se révèle un petit bijou technique avec des teintes vives et malgré tout réalistes, un grain argentique palpable (tournage réalisé en 35mm), le tout soutenu par un encodage AVC solide. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, les arrière-plans sont magnifiquement détaillés, le relief omniprésent et les détails foisonnants sur le cadre large. Malgré tout, signalons que les séquences en basse lumière manquent de définition par rapport au reste, mais rien de rédhibitoire. Le Blu-ray était l’écrin tout désigné pour découvrir ce film qui mérite une seconde chance après un résultat décevant dans les salles.

L’éditeur a également soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais, aussi probants dans les scènes d’action et de fusillades que dans les séquences plus calmes. Les pics de violence peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales. Les effets annexes sont omniprésents et dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des séquences au moment opportun. La spatialisation musicale est luxuriante avec un net avantage pour la version originale. L’éditeur joint également une piste Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée. 

Crédits images : © TF1 Studio / Mars Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Le Chanteur de Gaza, réalisé par Hany Abu-Assad

LE CHANTEUR DE GAZA (Ya tayr el tayer) réalisé par Hany Abu-Assad, disponible en DVD chez TF1 Studio le 12 septembre 2017

Acteurs :  Tawfeek Barhom, Kais Attalah, Hiba Attalah, Ahmed Al Rokh, Abdel Kareem Barakeh, Nadine Labaki…

Scénario : Hany Abu-Assad, Sameh Zoabi

Photographie : Ehab Assal

Musique : Hani Asfari

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2015

LE FILM

Un jeune Palestinien prend son destin en main pour réaliser son plus grand rêve : chanter.

Bon alors, même si Le Chanteur de Gaza demeure un film honnête et attachant, on pouvait s’attendre à mieux et surtout à plus ambitieux de la part du réalisateur néerlando-palestinien Hany Abu-Assad né à Nazareth en 1961. S’il fait aujourd’hui partie des réalisateurs contemporains importants de la Palestine, on se souvient notamment de son film le plus célèbre et controversé Paradise Now (2005) qui narrait l’histoire fictive de deux kamikazes palestiniens, depuis leurs recrutements jusqu’à l’attentat suicide à Tel Aviv, Hany Abu-Assad revient avec un film (trop) modeste sur la forme. Centré sur le véritable récit de Mohammad Assaf, chanteur palestinien qui à 23 ans a remporté le premier titre de la deuxième saison du programme de téléréalité Arab Idol en 2013, Le Chanteur de Gaza ne laisse évidemment pas indifférent par son sujet, mais déçoit par sa mise en scène scolaire et son montage franchement rudimentaire, même s’il s’agit du premier film tourné – limité à deux jours de tournage par les autorités israéliennes – dans la bande de Gaza depuis plus de 20 ans.

Elevé dans un camp de réfugiés à Gaza, le jeune Mohammed Assaf est passionné par le charme de la musique depuis son enfance lorsqu’il chantait déjà dans les mariages ou autres réceptions privées. Mais aujourd’hui âgé de vingt-cinq ans, le jeune homme ambitieux souhaite plus que tout réussir à concrétiser son plus grand rêve : devenir un grand chanteur. Aussi décide-t-il de voyager de la bande de Gaza jusqu’en Egypte afin de participer à l’émission télévisée « Arab Idol ». Sans passeport, il parvient à passer la frontière au cours d’un dangereux périple et à atteindre l’hôtel où se déroulent les auditions.

Paradise Now était le premier film palestinien à remporter le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère, ainsi que le premier film représentant la Palestine à être nommé à l’Oscar dans la même catégorie. Autant dire que Le Chanteur de Gaza ne joue pas dans la même catégorie et que le metteur en scène Hany Abu-Assad semble ici peu inspiré, probablement confiant dans un sujet qu’il sait fort, engagé et à portée universelle. Largement inspiré par le Slumdog Millionaire de Danny Boyle et Loveleen Tandan, sans la frénésie et la virtuosité, ce film se contente la plupart du temps d’enchaîner les « passages obligés » d’un biopic, autrement dit l’enfance de Mohammad Assaf aux côtés de sa fratrie dans un camp de réfugiés, ses premiers cours de chant et prestations lors de mariages, ses progrès, le trauma qui sera à l’origine de son envie de chanter devant le monde entier (la perte de sa petite sœur), ses doutes, son succès, son triomphe international. Une aura importante qui lui permettra d’être nommé ambassadeur de bonne volonté pour la paix par l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, ainsi qu’ambassadeur de la culture et des arts par le gouvernement palestinien.

Le Chanteur de Gaza est un « joli » film, mais il est dommage d’avoir confié le rôle de Mohammad Assaf (dans sa partie jeune adulte) au jeune comédien Tawfeek Barhom, peu convaincant, et que cette success story courageuse et optimiste tire un peu trop sur la corde sensible, ce dont elle pouvait aisément se passer.

LE DVD

Le test du DVD du Chanteur de Gaza, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément sur cette édition et pas d’édition HD pour ce titre.

L’Image et le son

Hany Abu-Assad peut compter sur TF1 Studio pour le service après-vente du Chanteur de Gaza. En effet, l’éditeur livre un très beau master aux contrastes solides et à la luminosité constante. Le piqué est fort agréable, les ambiances diurnes chatoyantes, la colorimétrie est vive et saturée, et le relief probant aux quatre coins du cadre large. Seuls quelques petits fourmillements sur les arrière-plans viennent ternir quelque peu le visionnage, mais rien de bien méchant.

Seule la version originale est disponible en Stéréo et DD 5.1. Cette dernière piste aurait mérité d’être un peu plus dynamique, mais les latérales distillent quelques petites ambiances musicales et naturelles avec suffisamment de punch. Les dialogues sont précis, dynamiques, la balance frontale équilibrée et le caisson de basses accompagne doucement l’ensemble. La version Stéréo remplit aisément son contrat grâce à une réelle homogénéité entre les dialogues, la musique et les effets annexes. Les sous-titres sont incrustés directement sur l’image.

Crédits images : © La Belle CompanyCaptures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Le Salaire de la peur, réalisé par Henri-Georges Clouzot

LE SALAIRE DE LA PEUR réalisé par Henri-Georges Clouzot, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 24 octobre 2017 chez TF1 Studio

Acteurs :  Yves Montand, Charles Vanel, Peter van Eyck, Folco Lulli, Véra Clouzot, Dario Moreno, William Tubbs, Jo Dest, Antonio Centa, Darling Légitimus…

ScénarioHenri-Georges Clouzot, Jérôme Géronimi, d’après le roman de Georges Arnaud – Le Salaire de la peur

Photographie : Armand Thirard

Musique : Georges Auric

Durée : 2h32

Date de sortie initiale : 1953

LE FILM

En Amérique Centrale, une compagnie pétrolière propose une grosse somme d’argent à qui acceptera de conduire deux camions chargés de nitroglycérine sur 500 kilomètres de pistes afin d’éteindre un incendie dans un puits de pétrole. Quatre aventuriers sont choisis et entament un voyage long et très dangereux…

Suite à la déconvenue de Miquette et sa mère (1950), son unique comédie, Henri-Georges Clouzot revient à son genre de prédilection, le drame sombre et osons le dire désespéré sur la nature humaine, avec l’un de ses plus grands chefs d’oeuvre, Le Salaire de la peur. En se basant sur le postulat de départ du roman de Georges Arnaud (publié en 1950), le cinéaste trouve matière pour livrer une nouvelle étude du comportement des hommes mis face à une situation extrême. Oeuvre centrale dans la filmographie de son auteur, Le Salaire de la peur a secoué le cinéma mondial, au point de devenir une référence à laquelle moult réalisateurs se réfèrent encore aujourd’hui, à l’instar de William Friedkin qui en signera d’ailleurs un extraordinaire remake en 1977, Le Convoi de la peurSorcerer, ou bien encore Steven Spielberg qui a toujours évoqué le film comme l’un des plus grands chocs de sa vie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Le Salaire de la peur, énorme production dont le tournage s’est étalé sur une année entière en raison de problèmes météorologiques, n’a pas pris une ride plus de 65 ans après sa sortie et laisse le spectateur toujours aussi sonné.

L’action se déroule à Las Piedras, un village d’Amérique centrale. Quelques aventuriers européens, échoués là, attendent de gagner l’argent nécessaire pour repartir. Alors qu’un incendie ravage un puits de pétrole exploité par une société américaine situé à quelques centaines de kilomètres, la compagnie recherche quatre hommes pour transporter une cargaison de nitroglycérine, répartie en deux camions, afin d’éteindre le gigantesque brasier. Les Français Jo et Mario, ainsi que l’Italien Luigi et l’Allemand Bimba, sont embauchés. Contre une importante rémunération (2000 dollars par tête de pipe), ils s’engagent alors sur les routes dévastées du pays avec leur cargaison explosive.

Henri-Georges Clouzot se focalise sur une poignée d’hommes qui en fuyant leur passé, se retrouvent à croupir au milieu de nulle part, au milieu de la corruption, de la misère et de l’ennui, en attendant une illusoire échappatoire. Jusqu’à ce qu’une situation inespérée s’offre à eux et peu importe s’ils doivent mettre leur vie en péril, puisqu’ils n’ont absolument plus rien à perdre. Déjà condamnés, les personnages, merveilleusement interprétés par Yves Montand (l’une de ses meilleures incarnations), Charles Vanel, Peter ban Eyck, Folco Lulli et Véra Clouzot dans sa première apparition au cinéma, s’agrippent tout de même à cette dernière chance. Le cinéaste filme son paysage comme un enfer, la petite bourgade imaginaire de Las Piedras comme un résidu de Pandémonium, où les habitants et âmes en transit grillent sous un soleil ardent, en attendant que le temps passe ou qu’un petit boulot se libère. Henri-Georges Clouzot a toujours regardé ses congénères avec l’oeil d’un entomologiste. Pas étonnant que le film démarre par un gros plan sur des insectes, avant de présenter l’artère principale du village où tous les protagonistes vont nous être présentés un par un, avant leur inévitable confrontation.

Certes, l’exposition est longue (une heure), mais finalement ce rythme languissant ne fait qu’appuyer l’expérience physique des protagonistes, dont les corps fatigués, usés par le soleil, ne demandent qu’à se mouvoir, pour pouvoir enfin déguerpir de ce trou à rat. Film de terre et de feu, de poussière, où le pétrole, unique source locale de richesses, semble remplacer l’eau, Le Salaire de la peur est un road-movie existentiel (souvent un pléonasme) où des âmes damnées et déracinées bénéficient d’une dernière chance pour ressusciter et s’enfuir des Enfers. Clouzot filme le parcours de ses personnages comme un chemin de croix, au sens propre comme au figuré d’ailleurs puisque certains anciens ouvriers qui ont perdu la vie durant la construction de dangereux tronçons, ont été ensevelis le long de la voie empruntée. Les épreuves et péripéties se succèdent, certains perdent leur sang-froid, d’autres au contraire se révèlent beaucoup plus téméraires qu’ils ne le laissaient paraître.

Cinéaste fataliste, dont la noirceur n’a d’égale que celle du pétrole, Henri-Georges Clouzot crée une tension de chaque instant par l’intermédiaire du cadre savamment étudié, par un montage nerveux, la sécheresse des paysages (d’autant plus incroyable que le film a été intégralement tourné en extérieur en France, en Camargue plus précisément) par la photo incandescente d’Armand Thirard qui brûle les rétines et par l’absence quasi-totale de musique qui ne fait que renforcer l’aspect parfois documentaire de sa mise en scène. Une fois lancés dans cette aventure de la dernière chance, les personnages ne peuvent plus revenir en arrière, ou alors uniquement pour reprendre un élan qui leur permettra de traverser quelques chemins escarpés, presque en volant comme Icare au-dessus de la route « en tôle ondulée ». Mais ces ailes seront éphémères, brûlées même, puisque le destin n’aura de cesse de les rattraper, jusqu’à les ensevelir sous une nappe de pétrole, qui contrairement à un bain baptismal, se révélera en fait être leur extrême-onction.

Immense succès international à sa sortie (7 millions d’entrées en France), Le Salaire de la peur est récompensé par le BAFTA du Meilleur film en 1955, l’Ours d’or au Festival de Berlin en 1953, le prix d’interprétation masculine pour Charles Vanel et le Grand Prix (équivalent de la Palme d’Or qui n’était pas encore créée à l’époque) du Festival de Cannes la même année.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Salaire de la peur est disponible chez TF1 Studio (collection Héritage), dans une édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret. Le livret retraçant l’histoire du film et présenté par Pascal Mérigeau (52 pages), ne nous a pas été envoyé.

Le premier supplément de cette édition est une rencontre (19’) entre le journaliste Samuel Blumenfeld (Le Monde) et Jean Ollé-Laprune (historien du cinéma). Les deux hommes reviennent sur la genèse du Salaire de la peur, replacent ce chef d’oeuvre dans la filmographie d’Henri-Georges Clouzot (après son film documentaire avorté sur le Brésil), la rencontre du cinéaste avec Véra Clouzot (sur laquelle les deux compères reviendront plus en détails sur l’édition HD des Diaboliques), le roman « très ampoulé, grotesque et qui a très mal vieilli » de Georges Arnaud qui a servi de point de départ pour le réalisateur. L’épopée du tournage en extérieur est ensuite longuement abordée avec la reconstitution de l’Amérique du Sud en Camargue, le tout ponctué par quelques anecdotes de production (les prises de vue ont été interrompues pendant sept mois), ou en mentionnant le retard sur le plan de travail dû à des pluies diluviennes. Ensuite, Samuel Blumenfeld et Jean Ollé-Laprune se penchent un peu plus sur le fond, notamment à partir de la scène emblématique du film, celle du passage du camion dans la nappe de pétrole. Le remake de William Friedkin, que le journaliste adore, au contraire de l’historien du cinéma, est évidemment évoqué, tout comme le méconnu Violent Road de Howard W. Koch, réalisé en 1958, qui s’inspire également du film de Clouzot.

Ne manquez pas l’intervention du brillant réalisateur-scénariste Xavier Giannoli (21’). Posément, le metteur en scène de Quand j’étais chanteur, A l’origine et Marguerite revient sur sa découverte du cinéma d’Henri-Georges Clouzot, avant de disséquer son style, ses personnages et ses thèmes de prédilection, pour ne pas dire ses obsessions. Se dessinent alors les formidables portraits d’un homme complexe et d’un artiste aussi ambitieux que perfectionniste.

Xavier Giannoli laisse ensuite sa place à l’un de ses confrères, le cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho (17’). Le réalisateur de Memories of Murder, The Host ou bien encore Snowpiercer, le Transperceneige et Okja, aborde cet entretien en indiquant que Le Salaire de la peur est l’une de ses plus grandes influences, tout en se remémorant la première fois qu’il a vu le film à l’âge de 10 ans. Un traumatisme toujours présent, intact, « une expérience primitive » à laquelle il se réfère constamment. Ensuite, longuement, le réalisateur s’exprime sur la séquence du camion dans la nappe de pétrole et de la jambe broyée du personnage interprété par Charles Vanel. Une scène qu’il revit tout en en parlant. Bong Joon-ho compare Henri-Georges Clouzot au cinéaste japonais Shōhei Imamura, dans leur sens commun d’observation sur les êtres humains, tels des entomologistes, tout en indiquant trouver Clouzot « vraiment cruel, mais d’une cruauté attirante ».

Faisons maintenant un petit tour du côté du laboratoire Hiventy, spécialisé dans la restauration de films, en compagnie de Benjamin Alimi, directeur commercial. Ce dernier nous propose une visite de leurs locaux, tout en abordant chacune des étapes de la restauration du Salaire de la peur. Au total, 500 heures de restauration, à la main, plan par plan, image par image, auront été nécessaires afin de redonner à l’image son éclat original, tout en préservant sa nature argentique et en équilibrant l’étalonnage, les contrastes et la densité du N&B, sous la supervision du chef opérateur Guillaume Schiffman, grand admirateur et connaisseur du travail d’Armand Thirard, directeur de la photographie du chef d’oeuvre d’Henri-Georges Clouzot.

TF1 Studio a également mis la main sur deux documents d’archives (1970 et 1988), dans lesquels Yves Montand s’exprime sur Le Salaire de la peur (3’).

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le Salaire de la peur a été restauré en 4K, à partir du négatif original nitrate, scanné en immersion. L’étalonnage a été supervisé par le chef opérateur Guillaume Schiffman (The Artist, les deux opus d’OSS 117), mandaté par TF1 Studio. Le Salaire de la peur renaît littéralement devant nos yeux ébahis, malgré certains contrastes légers et un N&B qui aurait pu être encore plus affirmé, malgré des blancs luminescents. Seul le générique apparaît peut-être moins aiguisé, mais le reste affiche une stabilité exemplaire ! Les arrière-plans sont bien gérés, le grain original est respecté, le piqué est souvent dingue et les détails regorgent sur les visages des comédiens (voir la scène de l’immersion dans le pétrole). La restauration du film est ébouriffante. Aucune rayure, déchirure, aucun éclat de gélatine, scratch, rien ne parasite l’écran. Tout a été éradiqué par le scalpel numérique, l’encodage AVC consolide l’ensemble avec brio du début à la fin, les séquences nocturnes sont certes plus légères, surtout sur les séquences tournées en transparence, mais le relief des matières reste palpable. La photo du chef opérateur Armand Thirard n’a jamais été aussi resplendissante et le cadre au format respecté 1.37, brille de mille feux.

Egalement restaurée à partir d’un contretype sonore, la piste DTS-HD Dual Mono instaure un haut confort acoustique avec des dialogues percutants (peu de répliques chuintantes ou sourdes à déplorer) et une très belle restitution des ambiances annexes. Aucun souffle sporadique ni aucune saturation à l’horizon. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Les Diaboliques, réalisé par Henri-Georges Clouzot

LES DIABOLIQUES réalisé par Henri-Georges Clouzot, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 24 octobre 2017 chez TF1 Studio

Acteurs :  Simone Signoret, Véra Clouzot, Noël Roquevert, Paul Meurisse, Charles Vanel, Jean Brochard, Thérèse Dorny, Michel Serrault, Robert Dalban, Jean Lefebvre…

ScénarioHenri-Georges Clouzot, Jérôme Géronimi, René Masson, Frédéric Grendel, d’après le romans de Pierre Boileau et Thomas Narcejac – Celle qui n’était plus

Photographie : Armand Thirard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Christina mène une existence malheureuse auprès de son mari, le tyrannique Michel Delasalle, directeur du pensionnat pour garçons dont elle est propriétaire. Elle sait qu’une des institutrices, Nicole Horner, est sa maîtresse, mais cela n’a pas empêché les deux femmes de se rapprocher l’une de l’autre. Christina voit en effet en Nicole une compagne d’infortune, partageant avec elle sa haine envers Michel. Lorsque Nicole demande à Christina de l’aider à tuer Michel, celle-ci accepte.

Difficile d’aborder Les Diaboliques, l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Oeuvre centrale dans le domaine du thriller et de l’épouvante, qui allait inspirer moult cinéastes, à l’instar d’Alfred Hitchcock pour Psychose, le septième long métrage d’Henri-Georges Clouzot demeure une des références du genre plus de soixante ans après.

Nicole, une institutrice, est devenue la maîtresse de Michel Delasalle, le directeur d’un minable pensionnat de jeunes garçons, à Saint-Cloud. Despotique et cruel, tyrannique et méprisant, Delasalle s’amuse à maltraiter et à terroriser Christina, son épouse, cardiaque et fragile, également propriétaire de l’établissement. Il ne ménage pas pour autant la sensibilité de Nicole. Aussi les deux femmes, pourtant rivales, sont-elles devenues amies. A elles deux, poussées à bout, elles décident de se débarrasser de Michel. Drogué puis noyé dans une baignoire, l’odieux personnage finit sa course au fond de la piscine du pensionnat. Quelque temps après, le cadavre disparaît et d’étranges phénomènes se produisent, qui effraient la faible Christina et attirent l’attention du commissaire Fichet. Les évènements inexpliqués ne cessent alors de rappeler aux deux criminelles la présence obsédante de Michel.

Quel film ! Bien que la plupart des cinéphiles connaissent aujourd’hui son extraordinaire dénouement, Les Diaboliques, (vaguement) basé sur le roman Celle qui n’était plus du tandem Boileau-Narcejac, n’a rien perdu de son intensité et de sa force hypnotique, sentiments renforcés par l’absence quasi-totale de musique (2 minutes au total sur les deux heures du long métrage), qui instaure quelques silences particulièrement glaçants. Avec une atmosphère angoissante qui étouffe le spectateur du début à la fin, le cinéaste plonge son audience dans un récit qui triture autant les méninges que l’estomac et parvient à ancrer le fantastique dans une histoire réaliste, qui continue aujourd’hui d’inspirer les réalisateurs du monde entier. Tourné dans le secret le plus absolu, Les Diaboliques repose également sur une interprétation tendue et exceptionnelle, en particulier celle de Simone Signoret, sublime, vénéneuse et démoniaque à souhait, à mille lieues de son rôle dans Casque d’or de Jacques Becker, qui avait fait d’elle une vedette trois ans auparavant. Une beauté froide et d’une cinglante cruauté que n’aurait pas reniée Alfred Hitchcock, qui par ailleurs était intéressé par le livre de Boileau-Narcejac, qui écriront spécialement pour lui leur roman D’entre les morts, qui deviendra au cinéma Sueurs froidesVertigo. Pour Psychose, Hitchcock reprendra également le même principe des portes fermées aux spectateurs dès le commencement de la séance, voulu par Clouzot pour Les Diaboliques, afin de préserver les effets et intriguer les spectateurs.

Longtemps critiquée pour son talent limité de comédienne, Véra Clouzot, d’origine brésilienne, tourne pour la seconde fois avec son mari et contrairement au Salaire de la peur, sorti deux ans avant, obtient ici le rôle principal aux côtés de sa partenaire. Rétrospectivement, il est troublant de voir à quel point ce personnage était finalement proche de l’actrice, elle-même cardiaque, et décédée en décembre 1960 à l’âge prématuré de 46 ans, suite à un infarctus. Même s’il est indéniable que Véra Clouzot manque cruellement d’expérience (elle ne tournera que trois films, ceux de son époux), sa fragilité, son charisme, son hésitation et sa spontanéité servent à merveille l’histoire. Quant à Paul Meurisse, monstre du cinéma français, capable de passer de la gaudriole au drame en un regard, il est ici tout simplement abject et repoussant, magnifique donc et d’ailleurs excellemment épaulé par d’autres camarades de jeu tout aussi bons, comme Michel Serrault, Noël Roquevert, Charles Vanel, Pierre Larquey.

Lauréat du Prix Louis Delluc en 1954, Les Diaboliques sort sur les écrans le 26 janvier 1955. Les spectateurs hurlent d’angoisse devant la violence sèche, souvent verbale, et les rebondissements alors avant-gardistes, au point d’être vraiment sonnés en sortant de la salle. Le bouche-à-oreille fait rapidement son œuvre. Heureusement, la plupart des spectateurs respectent le carton final qui apparaît en guise d’épilogue « Ne soyez pas DIABOLIQUES ! Ne détruisez pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu. Merci pour eux ». En dépit d’une interdiction aux moins de 16 ans, Les Diaboliques réalisera 3,7 millions d’entrées. Et non, nous n’évoquerons pas le piteux remake de Jeremiah S. Chechik avec Sharon Stone, Isabelle Adjani, Chazz Palminteri et Kathy Bates, non.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray des Diaboliques est disponible chez TF1 Studio (collection Héritage), dans une édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret. Les deux disques disposent des mêmes suppléments et le livret retraçant l’histoire du film et présenté par Pascal Mérigeau (44 pages), ne nous a pas été envoyé.

Les bonus de cette édition française Haute-Définition sont quelque peu décevants.

On commence par le témoignage peu passionnant de Bernard Stora (20’). Le cinéaste et scénariste, qui a fait ses débuts comme stagiaire et assistant-réalisateur d’Henri-Georges Clouzot sur L’Enfer, partage ses souvenirs liés à cette association, tout en revenant sur les conditions de tournage du film qui nous intéresse. Bernard Stora semble avoir du mal à trouver les mots pour évoquer Clouzot et ses oeuvres (« j’aime beaucoup ses films, pas tous… »), et ce qui est finalement le plus intéressant dans cet entretien est le portrait de l’homme et du cinéaste. L’intervenant aborde la forte personnalité du réalisateur, « un homme qui pouvait être attachant et gentil, malgré sa réputation […] qui était très impressionnant », avant de se pencher sur Les Diaboliques. Bernard Stora n’hésite pas à dire que ce film représente bien son « cinéma très carré, écrit et même corseté […] qui contient tous ses motifs, même s’il pâtit peut-être de son côté mécanique, sec et peut-être moins crédible […] qui a peut-être moins de fond, bien qu’admirablement filmé et interprété ». Dans la dernière partie, Stora aborde le cas Véra Clouzot, que « Simone Signoret a porté car sa partenaire n’était pas très bonne actrice ».

S’ensuit une rencontre (23’) entre le journaliste Samuel Blumenfeld (Le Monde) et Jean Ollé-Laprune (historien du cinéma). Leurs propos se complètent et s’avèrent plutôt intéressants, même si nous pouvions espérer plus pour un film de cette envergure. Les Diaboliques est replacé dans la filmographie de Clouzot, la genèse, l’adaptation du roman de Boileau-Narcejac, les houleuses conditions de tournage (avec quelques anecdotes), la faiblesse du jeu de Véra Clouzot (qui n’est vraiment pas épargnée ici), le perfectionnisme de Clouzot, ainsi que le remake américain (« exécrable ») – l’occasion pour Ollé-Laprune de dire que Sorcerer de William Friedkin est « pas mal sans plus », vous avez le droit de vous indigner – sont analysés sans temps mort.

En plus de la bande-annonce originale, l’éditeur joint également un montage de 3 minutes, constitué de propos enregistrés en 1969 et 1985, des écrivains Pierre Louis Boileau et Thomas Narcejac, sur l’adaptation cinématographique de leur roman, sur le travail de Clouzot et ses partis pris.

L’Image et le son

Les Diaboliques a été restauré en 4K à partir du négatif original. Les travaux numériques et photochimiques ont été réalisés et supervisés en 2017 par le laboratoire L21. Force est de constater que nous n’avions jamais vu le film d’Henri-Georges Clouzot dans de telles conditions. Les contrastes sont très appréciables, les noirs sont profonds. Seule la palette de gris n’est pas aussi riche que nous pouvions l’espérer, mais en même temps, la photo a toujours été plutôt blanche. Seul le générique apparaît peut-être moins aiguisé, mais le reste affiche une stabilité exemplaire ! Les arrière-plans sont bien gérés, le grain original est respecté, le piqué est souvent dingue et les détails regorgent sur les visages des comédiens. Avec tout ça, on oublierait presque de parler de la restauration. Celle-ci se révèle extraordinaire, aucune scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’encodage AVC consolide l’ensemble du début à la fin. Ce master très élégant permet de redécouvrir ce chef d’oeuvre dans une qualité technique admirable.

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations et chuintements demeurent inévitables, l’écoute se révèle fluide, équilibrée, limpide. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises. Si certains échanges manquent de punch et se révèlent moins précis (la voix de Véra Clouzot a souvent un rendu métallique), les dialogues sont dans l’ensemble clairs, sans souffle parasite. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Et Dieu… créa la femme, réalisé par Roger Vadim

ET DIEU…CRÉA LA FEMME réalisé par Roger Vadim, disponible en DVD et Blu-ray le 5 septembre 2017 chez TF1 Studio

Acteurs :  Brigitte Bardot, Curd Jürgens, Jean-Louis Trintignant, Jeanne Marken, Jean Tissier, Christian Marquand, Marie Glory…

ScénarioRoger Vadim, Raoul Lévy

Photographie : Armand Thirard

Musique : Paul Misraki

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Juliette, une jeune femme d’une beauté redoutable, n’attire que convoitises autour de sa personne. Trois hommes se disputent son coeur indécis.

En 1956, une jeune femme du nom de Brigitte Bardot devient une star, l’emblème de l’émancipation féminine, un mythe vivant et un sex-symbol international. Âgée de 22 ans, elle a déjà plus d’une quinzaine de films à son actif. Remarquée dès son premier long métrage, l’excellente comédie Le Trou normand (1952) de Jean Boyer, dans lequel elle faisait tourner la tête à Bourvil, Brigitte Bardot enchaîne alors les petites apparitions chez Sacha Guitry (Si Versailles m’était conté…), Marc Allégret (Futures vedettes, En effeuillant la marguerite), René Clair (Les Grandes manœuvres), avant d’être propulsée au firmament des mythes grâce à son compagnon Roger Vadim, dans Et Dieu… créa la femme.

Elle y interprète Juliette, sublime de beauté et de sensualité, qui fait chavirer les cœurs dans le petit port traditionnel de Saint-Tropez. Trois hommes, un entrepreneur d’âge mûr (Curd Jürgens) et deux frères ouvriers, Michel (Jean-Louis Trintignant) et Antoine (Christian Marquand), se disputent l’amour de cette jeune orpheline dont la soif de liberté est très grande et qui redoute les lendemains. Juliette, c’est l’incarnation de la femme moderne. Celle qui décide de partir sur un coup de tête, parce qu’elle a le courage de faire ce qui lui plaît, quand ça lui plaît. Alors que la gent féminine la scrute d’un mauvais œil et la considère comme une simple dévergondée, mal élevée et paresseuse, les hommes lui tournent autour et ne cessent de la convoiter. « Cette fille-là est faite pour faire perdre les hommes… » dit d’ailleurs Eric Carradine, cet homme aisé et habitué à obtenir tout ce qu’il désire, qui va voir pour la première fois ses espoirs déçus.

Juliette n’est pas une femme que l’on appâte avec l’argent, Juliette a besoin de plus. Alors quand elle se retrouve face à tous ces prétendants, elle choisit celui qui apparaît le plus effacé, Michel, délicatement interprété par Jean-Louis Trintignant dans sa première apparition à l’écran. Brigitte Bardot enflamme les coeurs et la pellicule, tandis que son caractère insaisissable ne la rend que plus désirable. Conscient de la sexualité innocente (ou non) de sa compagne à l’écran, Roger Vadim la filme sous toutes les coutures. Tous les cinéphiles, même ceux qui n’ont pas vu le film, savent que cette scène où BB, couchée nue derrière un drap étendu, libre au vent, profitant de l’instant, est tirée de Et Dieu…créa la femme.

Ce premier long métrage de Roger Vadim est aussi un dernier cadeau pour la femme qu’il a aimée, puisque Brigitte Bardot tombe alors amoureuse de son partenaire Jean-Louis Trintignant. Le cinéaste et sa première épouse divorceront peu de temps après la sortie triomphale du film, accompagnée d’une interdiction aux moins de 16 ans en France et d’un parfum de scandale. Si Et Dieu…créa la femme paraît aujourd’hui « gentillet », il n’en demeure pas moins bourré de charme, bien réalisé (très beau CinemaScope) dans des décors soignés (aah ce petit village de Saint-Tropez !), représentatif d’une époque en plein bouleversement et surtout porté par des jeunes comédiens au charisme qui détonnait alors dans le panorama cinématographique français.

Certes, Jean-Louis Trintignant s’imposait déjà par sa sensibilité empathique et son phrasé si reconnaissable, mais nous n’avons d’yeux que pour Brigitte Bardot, dont le naturel à l’écran, ses répliques capricieuses, sa moue boudeuse et un corps qui transpire le sexe – le mambo lascif ! – font encore beaucoup d’effets soixante ans après ! A noter que Roger Vadim réalisera lui-même le remake américain de son propre film en 1988, And God Created Woman, avec Rebecca De Mornay et Frank Langella.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Et Dieu… créa la femme, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une des séquences du film.

Pour accompagner le film, l’éditeur propose un documentaire sur le cinéaste, scénariste, acteur, romancier et poète Roger Vadim, intitulé Vadim, Mister Cool (57’), narré par le comédien Gaspard Ulliel, réalisé par Olivier Nicklaus en 2016 et déjà diffusé sur Arte. Constitué d’archives exceptionnelles (les premiers pas de BB devant la caméra, la première interview de Catherine Deneuve), d’images de tournage souvent inédites (sur Barbarella, Et Dieu… créa la femme), d’interviews, vous saurez tout sur Roger Vladimir Plémiannikov (né Roger Vadim Ardilouze), né le 26 janvier 1928 et mort le 11 février 2000, son enfance, les fêtes à Saint-Germain-des-Prés, ses verres au Café de Flore, ses débuts dans le cinéma.

Ses films sont passés au peigne fin, tout comme la vie privée (et donc publique) du réalisateur, puisque le documentaire se plaît à revenir sur chacune des histoires d’amour de Roger Vadim avec Brigitte Bardot, Annette Stroyberg, Catherine Deneuve, Jane Fonda et Marie-Christine Barrault. Très bien réalisé, le film d’Olivier Nicklaus dévoile également des scènes coupées de Et Dieu…créa la femme, notamment une scène suggérée du personnage de Jean-Louis Trintignant faisant un cunnilingus à Brigitte Bardot. Pas étonnant que la censure ait vu rouge.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette édition HD ressuscite le flamboyant Eastmancolor de Et Dieu créa la femme…, qui bénéficie d’une restauration en 4K réalisée à partir du négatif image par Hiventy. Uune véritable splendeur ! Ce Blu-ray ne déçoit pas et profite de l’apport de la Haute-Définition. D’emblée, le générique d’ouverture illumine les rétines. Les teintes rouge, verte, bleue, jaune explosent à l’écran comme un feu d’artifice. Le codec AVC stabilise l’image à la perfection, le grain original est respecté sans utilisation outrancière de réducteur de bruit, la profondeur de champ est évidente et le cadre large est réhabilité et n’est pas avare en détails. La propreté demeure impressionnante tout du long, le piqué est joliment acéré, la copie demeure flatteuse et stable, la luminosité des séquences en extérieur est superbe. Malgré de légers décrochages sur les fondus enchaînés, ainsi que deux ou trois plans plus troubles et aux teintes fanées (les plans éthérés sur Trintignant durant le mambo de Juliette), l’ensemble reste d’un haut niveau et l’on redécouvre avec bonheur le film de Roger Vadim.

La musique jazzy de Paul Misraki donne le la. La bande-son a été restaurée de fond en comble, et le mixage DTS-HD Master Audio 2.0 mono s’en donne à coeur joie. Les dialogues n’ont jamais été aussi intelligibles et les effets annexes jouissent d’un coffre inédit. Aucun souffle constaté. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audioscription.

Crédits images : © TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr