Test Blu-ray / La Tulipe Noire, réalisé par Christian-Jaque

LA TULIPE NOIRE réalisé par Christian-Jaque, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 12 décembre 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Alain Delon, Virna Lisi, Adolfo Marsillach, Dawn Addams, Akim Tamiroff, Robert Manuel, Francis Blanche, Laura Valenzuela, Georges Rigaud…

Scénario : Paul Andréota, Christian-Jaque, Henri Jeanson d’après le roman “La Tulipe Noire” d’Alexandre Dumas père

Photographie : Henri Decaë

Musique : Gérard Calvi

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Juin 1789, quelques jours avant la prise de la Bastille, les nobles sont attaqués par un mystérieux cavalier qui signe ses exploits en laissant derrière lui une tulipe noire. Ce justicier masqué n’est autre que Julien de Saint Preux, jeune, ardent et passionné qui sacrifierait sa vie pour que triomphent ses idées de liberté…

Jeune premier dans Christine (1958) de Pierre Gaspard-Huit aux côtés de Romy Schneider, ainsi que dans Faibles femmes et Le Chemin des écoliers mis en scène par Michel Boisrond en 1959, Alain Delon explose aux yeux du monde dans Plein soleil de René Clément en 1960. Plus rien ne s’arrêtera après pour le comédien âgé seulement de 25 ans. Très vite repéré par les maîtres italiens du cinéma, Alain Delon enchaîne coup sur coup Rocco et ses frères de Luchino Visconti et L’Eclipse de Michelangelo Antonioni. En 1963, les triomphes publics de Mélodie en sous-sol d’Henri Verneuil et Le Guépard de Visconti consolident sa place convoitée au box-office et dans le coeur des spectateurs. Un autre triomphe populaire arrive pour Alain Delon en février 1964, celui de La Tulipe Noire, réalisé par Christian-Jaque. Grand champion des rediffusions télévisées, il a d’ailleurs détenu le record jusqu’en 2013, ce film de cape et d’épée – qui n’emprunte au roman éponyme d’Alexandre Dumas père que son titre – vaut autant pour le spectacle toujours garanti et d’une immense beauté plastique, que pour le jeu virevoltant d’Alain Delon dans un double-rôle.

À la veille de la Révolution française, dans le Roussillon, le chef de la police La Mouche traque son insaisissable adversaire, sans parvenir à l’arrêter. Masqué d’un ruban et surnommé “la Tulipe noire”, un jeune aristocrate s’en prend aux nobles de la région en les dépouillant de leur fortune. Lors d’une altercation avec la police, il est marqué au visage d’un coup d’épée. Ne pouvant plus assurer son anonymat, il demande à son frère jumeau Julien, son parfait sosie, de prendre le relais.

Plus d’une vingtaine de diffusions sur le petit écran, cela veut bien dire que les français restent attachés à La Tulipe Noire, l’un des rares films où Alain Delon fait réellement preuve de fantaisie, capable de se battre à l’épée avec son ennemi tout en souriant à la caméra et en attirant la magnifique Virna Lisi vers lui pour l’embrasser. Certes, le comédien n’a pas le panache d’un Jean Marais ou d’un Errol Flynn, mais il s’en sort très bien et se révèle particulièrement à l’aise dans le maniement des armes blanches, ainsi que dans les cascades. De l’autre côté de la caméra, on trouve le prolifique – 59 longs métrages à son actif de 1932 à 1977 – Christian Maudet alias Christian-Jaque (1904-1994). Sur un scénario coécrit avec le mythique Henri Jeanson, le cinéaste signe ici l’un de ses films les plus aboutis sur la forme. La Tulipe Noire est par ailleurs le premier long métrage français (une coproduction franco-italiano-espagnole en fait) tourné au format 65mm (ratio 2,20:1) et projeté en 70mm dans les salles équipées. Le cadre large et la photographie en Eastmancolor du chef opérateur Henri Decaë sont dingues de beauté, tout comme celle des costumes et des décors naturels espagnols. Qui plus est, les effets spéciaux permettant de dédoubler Alain Delon à l’écran sont incroyablement réussis pour l’époque, notamment les plans où Guillaume passe derrière Julien alors assis sur une chaise. Même si l’on imagine très bien comment cette prouesse technique a été réalisée, le résultat à l’écran est franchement bluffant.

Mais soyons honnêtes, La Tulipe Noire n’atteint jamais la réussite de Fanfan la Tulipe, autre très grand succès du même réalisateur sorti en 1952, avec Gérard Philipe dans le rôle-titre. Si les dialogues sont parfois très amusants et modernes, la légèreté d’ensemble prend le pas sur tout le reste, y compris sur la tension des scènes pourtant violentes et dramatiques. C’est le cas par exemple de la pendaison dans la dernière partie, dont on se moque ouvertement en raison de son ton décalé, alors qu’il s’agit bel et bien de la mise à mort d’un des personnages principaux ! Les séquences s’enchaînent sur un rythme soutenu, les images sont soignées, les acteurs s’amusent, Francis Blanche évidemment, mais également Alain Delon lui-même lorsqu’il campe Julien, le frère de La Tulipe Noire, avec ingéniosité, tout le contraire de Guillaume, brigand, cynique et anarchiste. Nous ne sommes pas loin de sa composition du Don Diego de la Vega efféminé dans le génial Zorro réalisé par Duccio Tessari en 1975 !

Voir Alain Delon loin de sa « crispation » habituelle vaut donc le déplacement et La Tulipe Noire a su conserver un charme pétillant, comme la composition du grand Gérard Calvi, qui traverse les années sans véritable dommage.

LE BLU-RAY

La Tulipe Noire était auparavant disponible chez René Chateau en édition double DVD. Désormais chez TF1 Studio, le film de Christian-Jaque arrive en Blu-ray. Ce combo contient l’édition HD et le DVD. Le menu principal est animé et musical.

Afin de remettre La Tulipe Noire dans son contexte et dans la carrière d’Alain Delon, TF1 Studio a fait appel à l’excellent Olivier Rajchman (journaliste, auteur de l’ouvrage Delon/Belmondo : L’Etoffe des héros, Broché, 2010) et Denise Morlot (scripte du film). Ce document de 18 minutes propose un retour complet sur la genèse de La Tulipe Noire, sur les étapes de la carrière du réalisateur, sur le scénario d’Henri Jeanson, ainsi que sur la coproduction entre la France, l’Espagne et l’Italie. La Tulipe Noire était en effet un film très cher, tourné en 70mm, nécessitant un budget conséquent pour les costumes et les décors. Le casting est passé au peigne fin, tout comme la chorégraphie des combats à l’épée et les effets spéciaux qui permettaient de dédoubler Alain Delon à l’écran.

Le module Autour de La Tulipe Noire (31’), compile les propos (enregistrés en 2004) de Michel Wyn, assistant de Christian-Jaque sur le film, et du célèbre maître d’armes et responsable des cascades Claude Carliez (disparu en 2015 à l’âge de 90 ans). Blindé d’anecdotes de tournage (y compris sur les effets spéciaux), ne manquez pas ces entretiens drôles et passionnants sur la production de La Tulipe Noire. Vous y apprendrez entre autres pourquoi Alain Delon et Francis Blanche ont été mis en prison en Espagne !

Cette section se clôt sur un descriptif exhaustif de la restauration de La Tulipe Noire par le laboratoire Ariane en ce qui concerne l’image, et L.E. Diapason pour le son (5’).

L’Image et le son

La Tulipe Noire est le premier film français tourné en 65mm selon le procédé Super panorama 70 avec la caméra MCS 70 (Modern Cinema System) sur pellicule Eastmancolor. Le négatif original était donc en 65mm à 5 perforations (le 35mm traditionnel en possède quatre) pour un format image original de 2.20. La restauration a commencé par de traditionnels travaux mécaniques, avec chaque bobine déroulée sur une table 65mm afin d’analyser les défauts physiques et de procéder aux réparations nécessaires (collures, amorces, perforations abîmées) avant le passage sur scan. Un essuyage minutieux a été réalisé sur une « essuyeuse » 65mm à ultra-sons. Cette opération permet de supprimer toutes les petites poussières physiquement déposées sur la pellicule. Les bandes courtes d’étalonnage conservées (rares pour un film de cette époque) ont permis de travailler sur la totalité des plans du film (scan, cadrage, pré-étalonnage) tout en préservant le négatif original. Le négatif 65mm a ensuite été scanné en 6,5K 16 bits, avec un étalonnage et une restauration effectués en 4K par le laboratoire Ariane. Le filtrage automatique a permis de traiter les rayures et les défauts habituels, les tâches et les éclats de gélatine, nettoyés manuellement. La restauration a ensuite été validée par Michel Wyn, assistant de Christian-Jaque. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le master HD de La Tulipe Noire s’inscrit parmi les plus grandes réussites de l’éditeur. Sublime dès l’introduction avec son ciel bleu lumineux, tout comme les yeux de notre cher Alain Delon, l’image laisse pantois. Le piqué est incisif, les contrastes d’une densité inédite, la texture argentique flatteuse et le rendu des matières palpable. Les gros plans sont somptueux et la profondeur de champ impressionnante.

En ce qui concerne le son, le film avait été enregistré selon le procédé Western Electric Sound System et mixé en 6 pistes, avec 5 pistes avant et une arrière. Il s’agissait à l’époque de la plus grande qualité acoustique. Les bandes matrices magnétiques originales du mixage 6 pistes étaient encore accessibles lors de cette restauration. Cependant, plus du tiers de la matière sonore contenue sur les bobines était rendu inutilisable. Les sons manquants proviennent de plusieurs copies d’exploitation 70mm dans des états de conservation divers. Les travaux ont été réalisés par L.E. Diapason. La piste DTS HD Master Audio 5.0 tente de recréer les conditions originales d’exploitation et parvient à spatialiser le spectacle concocté par Christian-Jaque et surtout le travail de son compositeur Gérard Calvi dont la partition est particulièrement endiablée. La spatialisation profite donc essentiellement à la musique, tandis que l’action reste essentiellement frontale. La piste 2.0 est tout autant dynamique avec des dialogues clairs, sans bruit de fond. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Extraordinaire voyage du Fakir, réalisé par Ken Scott

L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR réalisé par Ken Scott, disponible en DVD et Blu-ray le 2 octobre 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Dhanush, Bérénice Bejo, Erin Moriarty, Barkhad Abdi, Gérard Jugnot, Ben Miller, Abel Jafri, Sarah-Jeanne Labrosse…

Scénario : Luc Bossi, Romain Puértolas, Ken Scott, Jon Goldman d’après le roman “L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa” de Romain Puértolas

Photographie : Vincent Mathias

Musique : Nicolas Errera

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Aja, un jeune arnaqueur de Mumbai entame, à la mort de sa mère, un extraordinaire voyage sur les traces du père qu’il n’a jamais connu. Il rencontre l’amour à Paris dans un magasin de meubles suédois, le danger en compagnie de migrants somaliens en Angleterre, la célébrité sur une piste de danse à Rome, l’aventure dans une montgolfière au-dessus de la Méditerranée, et comprend finalement ce qu’est la vraie richesse et qui il souhaite devenir.

En 2012, Starbuck de Ken Scott est comme qui dirait le sleeper de l’été 2012 en France. Cette géniale comédie québécoise emporte tout sur son passage et attire près d’un demi-million de spectateurs dans son sillage. Suivront un remake aux Etats-Unis, Delivery Man, mis en scène par Ken Scott lui-même avec Vince Vaughn, Chris Pratt et Cobie Smulders, un autre en France sous le titre Fonzy avec José Garcia, et un dernier en Inde, Vicky Donor. Le réalisateur s’associe à nouveau avec Vince Vaughn pour un film beaucoup moins convaincant, Jet Lag. Le cinéaste essaye de revenir par la grande porte avec une production destinée au marché international, L’Extraordinaire Voyage du fakir, adapté du roman de Romain Puértolas, L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, best-seller de l’année 2013, traduit dans une trentaine de pays. Pour sa transposition au cinéma, le titre du livre perd la marque de la célèbre entreprise suédoise, bien qu’elle apparaisse évidemment dans une scène centrale du film. Malgré son envie de toucher un large public, le soin apporté aux couleurs et aux décors, L’Extraordinaire Voyage du fakir manque sérieusement d’âme et d’intérêt. Cela n’empêche pas de constater que Ken Scott est un cinéaste solide, capable de porter un film au budget conséquent puisque malgré ses très nombreux points faibles, l’argent se voit à l’écran du début à la fin.

Ajatashatru est fakir. Un jour, il quitte New Delhi pour la France. Il y rencontre rapidement une américaine, dont il tombe amoureux. Mais Ajatashatru est accidentellement expulsé avec des clandestins africains. Envoyé aux quatre coins de l’Europe, il va tenter de retrouver celle qu’il aime.

Le premier acte est gênant puisque L’Extraordinaire Voyage du fakir rappelle furieusement Slumdog Millionnaire de Danny Boyle dans son traitement des couleurs, ses partis pris, sa mise en scène, le jeu des comédiens, cette succession de vignettes à la Marjane Satrapi, par ailleurs envisagée un temps à la réalisation. Le film pâtira de cette comparaison jusqu’au dénouement. Véritable star du cinéma tamoul et parfait inconnu du public français, le comédien – mais aussi chanteur, réalisateur et producteur – Dhanush est très attachant, drôle et émouvant. C’est grâce à lui que l’on tient jusqu’au bout du récit. L’ensemble prend la forme d’une fable qui rappelle parfois le cinéma de Costa-Gavras, notamment Eden à l’ouest avec Riccardo Scamarcio. L’histoire joue avec les clichés, parfois trop, puisque l’arrivée en France d’Ajatashatru s’accompagne d’un air d’accordéon. Débarque alors un Gérard Jugnot en anglais dans le texte, dans le rôle d’un chauffeur de taxi qui arnaque bien évidemment les passagers étrangers. Comme il y a plus quarante ans dans La Coccinelle à Monte-Carlo dans lequel il faisait une apparition en serveur parigo, Gérard Jugnot représente ici le franchouillard gouailleur et colérique, qui n’apparaît que quelques minutes à l’écran. Bérénice Bejo, dans un rôle envisagé pour Uma Thurman, est mieux servie et se débrouille mieux en anglais. Sa scène de danse à la Bollywood arrive certes comme un cheveu sur la soupe, mais reste probablement la meilleure du film et ses trois heures d’entraînement par jour pendant un mois sont gratifiantes.

L’Extraordinaire Voyage du fakir est constamment ponctué de petits moments sympathiques et fantaisistes de ce genre, à l’instar de l’instant comédie-musicale où des officiers de police, dont le génial Ben Miller, se mettent à chanter et à danser en parlant de l’émigration, des réfugiés et des sans-papiers. En fait, le film parle de problèmes de société, mais le fond n’est jamais convaincant, tout comme cette pseudo-romance bourrée de clichés. Finalement, ce qui importe le plus est le voyage d’Aja, qui se révélera initiatique malgré-lui. C’est ce côté Jules Verne, à mi-chemin entre Les Tribulations d’un Chinois en Chine et Le Tour du monde en 80 jours qui retient l’attention. Mais c’est malheureusement trop peu et ce feel good movie déçoit sévèrement, même si l’on garde confiance en Ken Scott.

LE BLU-RAY

Malgré son échec cinglant, L’Extraordinaire Voyage du fakir dispose d’une édition HD. Le test du Blu-ray disponible chez TF1 Studio a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé, lumineux et musical.

Un seul supplément au programme avec un making of (22’) très plaisant, animé et blindé d’images de tournage. Le réalisateur, les acteurs, le directeur de la photographie, la costumière, le compositeur et bien d’autres interviennent afin de parler des personnages, des conditions de prises de vues, des lieux de tournage et du roman original.

L’Image et le son

Le master HD restitue solidement les volontés artistiques du chef opérateur Vincent Mathias, césarisé pour Au revoir là-haut. Ken Scott a filmé son film entièrement en numérique via la caméra RED Weapon DRAGON 6K. La patine est donc bien laquée, les couleurs vives, chaudes et clinquantes, les contrastes léchés et le relief constamment palpable. Ces partis pris esthétiques bigarrés sont savamment pris en charge par une compression sans failles, la définition demeure exemplaire sur tous les plans et tout du long, sur les scènes sombres comme sur les lumineuses séquences diurnes. Les détails sont légion sur le cadre, le piqué aiguisé et la copie éclatante. C’est superbe.

L’Extraordinaire Voyage du fakir n’est pas un film à effets et les mixages français et multilingue DTS-HD Master Audio 5.1 ne font pas d’esbroufe inutile. L’essentiel de l’action est canalisé sur les enceintes avant, même si chacune des séquences en extérieur entraînent inévitablement des ambiances naturelles sur les latérales. Il en est de même pour la bande-son souvent explosive, systématiquement mise en valeur par l’ensemble des enceintes comme lors de la séquence « Bollywood ». Les voix demeurent claires, limpides, solidement délivrées par la centrale, tandis que le caisson de basses accompagne joyeusement les scènes appropriées. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © BrioFilms@Sébastien Bossi / TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Tulip Fever, réalisé par Justin Chadwick

TULIP FEVER réalisé par Justin Chadwick, disponible en DVD et Blu-ray le 4 septembre 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Alicia Vikander, Dane DeHaan, Christoph Waltz, Judi Dench, Holliday Grainger, Zach Galifianakis, Cara Delevingne, Jack O’Connell…

Scénario : Deborah Moggach, Tom Stoppard d’après le roman “Le Peintre des vanités” – “Tulip Fever” de Deborah Moggachd

Photographie : Eigil Bryld

Musique : Danny Elfman

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Amsterdam – 1636.
La ville est plongée dans une fièvre spéculative autour du commerce de la tulipe.
Un riche marchand décide d’engager un célèbre portraitiste pour immortaliser la beauté de sa jeune femme. Au premier coup de pinceau, une passion dévorante débute entre la jeune Sophia et le séduisant peintre.
Alors qu’une liaison torride et fougueuse s’installe, les jeunes amants cherchent à se débarrasser du mari envahissant et à s’enfuir. Une soif de liberté qui aura un prix, aussi précieux que celui d’une tulipe..

Tulip Fever est un film qui revient de loin. Il aura fallu près de dix ans pour que cette adaptation du roman Le Peintre des vanitésTulip Fever de Deborah Moggach (1999) puisse voir le jour dans les salles ou en e-cinéma. A l’origine prévue avec Jude Law et Keira Knightley sous la direction de John Madden (Shakespeare in love, Miss Sloane), cette romance historico-dramatique aura connu moult déboires et notamment des changements de règles fiscales dans la production de film au Royaume-Uni. Résultat, cette histoire est restée dans les tiroirs jusqu’au jour où le réalisateur Justin Chadwick (Deux sœurs pour un roi, Mandela : Un long chemin vers la liberté) mette la main dessus et parvienne à réunir les fonds nécessaires. Tous deux oscarisés, la sylphide Alicia Vikander (pour Danish Girl) et Christoph Waltz (pour Inglourious Basterds et Django Unchainded) héritent des deux rôles principaux, tandis que Dane Dehaan interprète le jeune peintre qui va troubler l’existence de Sophia. Le film est tourné en 2014, mais restera bloqué jusqu’en 2017.

Metteur en scène du mal aimé et pourtant très réussi Deux sœurs pour un roi, qui réunissait Scarlett Johansson et Natalie Portman, Justin Chadwick prouve une fois de plus que la reconstitution historique lui sied à ravir avec une direction artistique solide, des décors et des costumes soignés, ainsi qu’une photo rappelant certaines œuvres de Rembrandt et de Vermeer. Tulip Fever peut paraître académique, mais on croit et l’on plonge volontiers dans cette ville d’Amsterdam du XVIIe siècle, marquée par la folie du commerce des tulipes, qui se revend à prix d’or, surtout lorsque l’une d’entre elles est marquée par une anomalie chromatique, comme la tant convoitée tulipe marbrée. Tel un bulbe en pleine éclosion, Sophia, délicatement incarnée par la sublime Alicia Vikander donc, va commencer à s’épanouir quand elle rencontre un artiste venu lui tirer le portrait avec son époux (Christoph Waltz), fortuné, d’âge mûr, veuf. Sans enfant, décédé lors de l’accouchement de son épouse, qui n’a également pas survécu, Cornelis Sandvoort « achète » Sophia, orpheline, pour qu’elle lui donne un héritier. Mais les mois passent et la jeune femme ne tombe pas enceinte. C’est alors que le film prend une tournure digne d’un boulevard avec la servante des Sandvoort (Holliday Grainger), enceinte des œuvres du poissonnier, qui par peur d’être renvoyée va finalement accepter la proposition de Sophia.

Cette dernière ayant une liaison avec l’artiste Jan Van Loos, s’est fait remarquée par la servante Maria. En échange de son silence, Sophia décide de faire semblant d’être enceinte, tandis que Maria devra dissimuler sa grossesse. A la naissance du bébé, Sophia adoptera l’enfant et Maria, dont le fiancé demeure mystérieusement introuvable, conservera son travail. Justin Chadwick joue avec les genres, avec les tons et l’empathie des spectateurs pour les personnages. Si Cornelis Sandvoort est d’abord présenté comme un négociant en épices riche et froid, l’homme se révélera attentionné, amoureux de sa femme, voulant à tout prix être père. Christoph Waltz domine la distribution du début à la fin. Alicia Vikander, tour à tour ingénue et stratège, crève l’écran une fois de plus par sa beauté diaphane, sa fragilité et sa sensualité. Seule ombre au tableau, Dane DeHaan reste bien fade face à ses partenaires, semblant constamment avoir été tiré du lit juste avant de tourner. Mais bon, nous n’aurions rien gagné au change puisque le monolithique Matthias Schoenaerts avait un temps été envisagé.

Finalement, l’aspect romantique l’emporte moins que la psychologie du personnage formidablement interprété par Christoph Waltz, de loin son meilleur rôle depuis longtemps. Alors certes, Tulip Fever part un peu dans tous les sens, ne sait pas quelle position adoptée et a souvent du mal à trouver une identité propre, mais ses petites imperfections (multiplication des rebondissements, fin expédiée) sont attachantes et les comédiens formidables (dont Zack Galifianakis et Dame Judi Dench) emportent facilement l’adhésion.

LE DVD

Après un détour par la case e-cinéma, Tulip Fever est arrivé dans les bacs en DVD et Blu-ray. Le test de l’édition SD dispinible chez TF1 Studio a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur accompagne le film de Justin Chadwick d’un making of (15’). De facture classique, ce documentaire se compose d’images de tournage, mais surtout des propos des comédiens et du réalisateur. Les intervenants ne font jamais mention de très longue gestation du film (dix ans en raison de problèmes financiers) et font surtout l’éloge de toute l’équipe, tout en parlant des personnages et du contexte social à Amsterdam au XVIIe siècle.

L’Image et le son

L’éditeur ne nous a pas fourni l’édition HD et c’est bien dommage. Nous aurions bien voulu découvrir les partis pris du directeur de la photographie danois Eigil Bryld (Bons baisers de Bruges) dans les meilleures conditions possibles. Il faudra se contenter d’un DVD très moyen, à la compression souvent hasardeuse et aux couleurs fanées. La définition est parfois médiocre, les contrastes limités, les flous occasionnels et le visage des comédiens paraît trop cireux pour être honnête.

Bien qu’elle soit essentiellement musicale, la spatialisation instaure un réel confort acoustique. Par ailleurs, les quelques effets glanés ici et là sur les enceintes arrière permettent de plonger le spectateur dans l’atmosphère du film comme sur les canaux bondés de marchands ou lors des transactions enflammées. Les voix sont solidement plantées sur la centrale en anglais comme en français avec un net avantage pour la première piste. L’éditeur joint également deux pistes Stéréo, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © TF1 Studio / The Weinstein Company / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Midnight Sun, réalisé par Scott Speer

MIDNIGHT SUN réalisé par Scott Speer, disponible en DVD et Blu-ray le 16 octobre 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Bella Thorne, Patrick Schwarzenegger, Rob Riggle, Quinn Shephard, Ken Tremblett, Suleka Mathew, Jennifer Griffin, Nicholas Coombe…

Scénario : Eric Kirsten d’après le film Taiyô no uta de Kenji Bando

Photographie : Karsten Gopinath

Musique : Ethan Dorr, Morgan Dorr, Nate Walcott

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Katie Price est une adolescente comme les autres, ou presque. Elle ne peut en aucun cas être exposée à la lumière du jour, sous peine d’en mourir. La journée, elle compose et joue de la guitare, et observe le monde depuis sa chambre, notamment Charlie Reed, son voisin. À la nuit tombée, ses rêves prennent vie ! Elle sort chanter dans la gare près de chez elle. Un soir, elle se retrouve face à Charlie. Lui est instantanément sous le charme et se met en tête de la revoir… Pourront-ils s’aimer au grand jour ?

Le cinéma a toujours aimé les histoires contrariées par la maladie ou un grave accident de l’un des deux protagonistes. Citons pêle-mêle Love Story d’Arthur Hiller, Nos étoiles contraires avec Shailene Woodley, Le Temps d’un automne d’Adam Shankman, Le Choix d’aimer avec Julia Roberts, Si je reste avec Chloë Grace Moretz, Un automne à New York avec Richard Gere et Winona Ryder, Restless de Gus Van Sant, Moulin Rouge de Baz Luhrmann. Midnight Sun est le remake américain du film japonais Taiyō no Uta (2006) de Norihiro Koizumi. Toutefois, on pense également au film La Permission de minuit de Delphine Gleize, sorti en 2011, dont le jeune héros était comme le personnage de Katie dans Midnight Sun, atteint de Xeroderma pigmentosum, une maladie génétique extrêmement rare – celle des « enfants de la Lune » qui touche un individu sur un million aux Etats-Unis – qui contraint la personne à rester à l’abri de la lumière du jour en raison des rayons ultraviolets qui provoquent des dommages à l’ADN que ses cellules ne peuvent naturellement réparer, entraînant irrémédiablement des cancers cutanés multiples. Un sujet fait pour le cinéma quoi.

Ce qui attire également le spectateur ici, c’est la présence de Patrick Schwarzenegger, 25 ans, fils de qui vous savez, qui se retrouve pour la première fois en haut de l’affiche et qui forme un joli couple avec Bella Thorne, comédienne et chanteuse, ancienne égérie de la chaîne Disney Channel. L’un et l’autre ne manquent pas de charisme ni de talent et font passer la pilule de cette bluette somme toute banale et qui ne manquera pas de faire pleurer dans les chaumières.

Katie, 17 ans, est atteinte d’une maladie orpheline appelée xeroderma pigmentosum : elle ne peut exposer sa peau aux rayons du soleil sous peine d’être gravement brûlée. Alors, depuis qu’elle est toute petite, elle reste enfermée à la maison, avec pour seule compagnie son père, Jack. Une fois la nuit tombée, Katie s’aventure à l’extérieur. Elle se rend à la gare locale la plus proche et joue de la guitare pour les voyageurs de passage. Un soir, Katie fait la connaissance de Charlie, une ancienne gloire sportive du lycée qu’elle admire en secret depuis sa plus tendre enfance. Elle lui cache la vérité à propos de sa maladie. Katie et Charlie ne tardent pas à tomber amoureux.

Alors oui, on sait d’avance comment tout cela va se terminer. Mais ça fonctionne. Il faudrait vraiment avoir un coeur de pierre pour ne pas être ému par cette histoire, très bien interprétée par deux jeunes acteurs charismatiques, complices et au sourire contagieux. Bella Thorne s’impose sans mal avec sa beauté qui n’est pas sans rappeler celle d’une Julianne Moore juvénile ou bien encore celle de notre Ana Girardot nationale. Aussi à l’aise devant la caméra que derrière un micro – le film contient quelques chansons assez entraînantes – Bella Thorne est un nom à garder en tête. A ses côtés, Patrick Schwarzenegger est tout aussi chouette et la ressemblance avec son père est parfois assez troublante. Habitué des comédies et des rôles frappadingues dans Ricky Bobby : Roi du circuit, Frangins malgré eux, 21 Jump Street, Rob Riggle trouve ici un très beau contre-emploi dans le rôle du père de Katie, veuf, qui a sacrifié sa vie pour s’occuper de sa fille.

Du point de vue mise en scène, Scott Speer, spécialiste du clip vidéo et réalisateur d’un Sexy Dance 4, s’en sort pas trop mal, d’une part en mettant en valeur les vocalises de Bella Thorne, sans pour autant tomber dans le cliché clipesque, d’autre part en insufflant un rythme et en composant de belles images. Si beaucoup trouveront le film naïf, un brin désuet, Midnight Sun évite pourtant les niaiseries à la Twilight et consorts, et saura séduire les adolescents auxquels il est clairement destiné.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Midnight Sun, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Du côté des bonus, quasiment rien à signaler, si ce n’est une mini-featurette de deux minutes. Si l’on pense tout d’abord être en présence de la bande-annonce, quelques rapides propos de l’équipe et des images de tournage viennent remplir ces quelques secondes dispensables.

L’Image et le son

Le master HD édité par TF1 Studio restitue habilement la photo du film en conservant des couleurs à la fois froides et chaudes, des contrastes denses ainsi qu’un relief constamment palpable. Ces volontés artistiques entraînent certes une image parfois plus douce, une légère perte de la définition sur les séquences nocturnes, mais ce serait vraiment chipoter car la compression AVC consolide l’ensemble, les détails sont légion, le piqué aiguisé et la copie éclatante.

Le spectacle est largement assuré par les mixages DTS-HD Master Audio 5.1, en anglais comme en français. La spatialisation musicale bénéficie d’une large ouverture de l’ensemble des enceintes, les dialogues sont solidement plantés sur la centrale, même si l’action latérale demeure finalement limitée. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale.

Crédits images : © TF1 Studio / Paramount Pictures France / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Adieu Bonaparte, réalisé par Youssef Chahine

ADIEU BONAPARTE réalisé par Youssef Chahine, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 28 août 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Michel Piccoli, Mohsen Mohieddin, Patrice Chéreau, Mohsena Tewfik, Christian Patey, Gamil Ratib, Claude Cernay, Taheya Cariocca, Mohamad Dardiri…

Scénario : Youssef Chahine, Yousry Nasrallah

Photographie : Mohsen Nasr

Musique : Gabriel Yared

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

1798. Le général Bonaparte est envoyé en Égypte par le Directoire. Une soixantaine de chercheurs l’accompagnent dont le général Caffarelli. Astronome, inventeur, celui-ci sait que cette expédition va lui permettre de découvrir une prestigieuse civilisation. Infirme et solitaire, il se lie d’amitié avec deux jeunes égyptiens pendant que les troupes de Bonaparte répandent le sang et la terreur à travers le pays.

Difficile de juger un film comme Adieu Bonaparte. Réalisée par Youssef Chahine (1926-2008), cette fresque historique peut souvent laisser le spectateur sur le bas-côté en raison de son propos quelque peu hermétique, y compris par son flagrant manque de rythme, mais interpelle en même temps par sa dimension cinématographique d’envergure. Le cinéaste égyptien, auteur de plus de 40 films et documentaires, soigne la forme de son 28e opus à travers les décors grandioses, les costumes et les milliers de figurants. Toutefois, le souffle ne prend pas, on se désintéresse de certains enjeux et trop de personnages s’entrecroisent pour devenir réellement attachants.

Avide de puissance et de gloire, la flotte française, menée par Bonaparte, envahit l’Égypte en 1798, Alexandrie d’abord, puis le Caire, dans le but de libérer le peuple asservi par les mamelouks. Caffarelli, l’un de ses généraux, scientifique et humaniste, découvre la civilisation égyptienne. Envouté par l’âme de ce pays et son peuple, cet homme extravagant et unijambiste se lie d’amitié avec deux frères Aly et Yehia. Réfugiés dans la capitale, les jeunes hommes, avides de connaissances, sont fascinés par ce militaire savant, passionné et original. Alors que les résistants s’organisent face à l’oppression sanglante, Caffarelli, loin des préoccupations guerrières, s’oppose lui aussi à Bonaparte, qui se pose alors en libérateur face à l’oppression turque, et à ses conquêtes destructrices.

Adieu Bonaparte vaut une fois de plus pour ses comédiens, en particulier le grand, le monstre, Michel Piccoli. A fleur de peau, il compose un général Caffarelli bouleversant et ambigu. On le suit se mêlant à la population des rues du Caire, où il rencontre Ali (Mohen Mohieddin), épris de poésie et de philosophie, puis son jeune frère Yehia, encore impressionnable, tous deux réfugiés dans la capitale avec leur famille depuis l’arrivée des Français. Membres de la résistance locale, ceux-ci acceptent néanmoins cette relation trouble avec Caffarelli, militaire sensible et spirituel, qui leur enseigne, en humaniste, quelques rudiments de chimie et d’astronomie, tout en dénonçant cette guerre d’occupation en s’opposant à un Bonaparte austère et ambitieux. Aux côtés de Michel Piccoli, celui qui tire son épingle du jeu est Patrice Chéreau, dans l’une de ses rares prestations en tant qu’acteur. Deux ans après Danton d’Andrzej Wajda dans lequel il jouait Camille Desmoulins, le grand metteur en scène de théâtre interprète ici Napoléon Bonaparte, une des meilleures incarnations de celui qui était encore général. Son regard, sa prestance, son charisme, son phrasé ne s’oublient pas.

Au-delà de la dimension historique du film, peu aisée à cerner donc, Adieu Bonaparte est une œuvre qui se laisse agréablement suivre, en dépit de ses défauts et maladresses. L’empathie manque à l’appel, Youssef Chahine multiplie les points de vue et les protagonistes pour finalement laisser le spectateur se faire sa propre opinion sur les évènements, les décisions et les agissements de chacun, sans jamais prendre parti. En résulte une coproduction franco-égyptienne (avec Humbert Balsan à la barre) quelque peu foutraque, un film brouillon, bavard, trop écrit sans doute, mais excessivement généreux, humaniste et animé par une envie gigantesque de cinéma, de toucher une audience large et internationale. Malheureusement, le film sera éreinté lors de sa présentation en compétition au Festival de Cannes et connaîtra un bide retentissant à sa sortie en 1985. Le temps a depuis fait son office et Adieu Bonaparte est aujourd’hui largement reconsidéré.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Adieu Bonaparte, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le disque est estampillé du H de la collection Héritage. Le menu principal est animé sur une des séquences du film. Le Blu-ray s’accompagne également du DVD du film, glissés dans un boîtier Digibook avec un livret de 40 pages.

Nous trouvons à la fois la bande-annonce d’époque et un making of rare de trente minutes. Ce documentaire s’accompagne d’images de tournage, d’interviews séparées du réalisateur Youssef Chahine, des comédiens Michel Piccoli et Patrice Chéreau. Le premier évoque le fait de vouloir créer le débat puisque selon lui le dialogue n’existe quasiment plus. Les acteurs abordent le travail avec le cinéaste, les personnages et louent la qualité humaniste de Youssef Chahine.

L’Image et le son

Adieu Bonaparte a été entièrement restauré 4K  à partir du négatif image (scanné en immersion), grâce aux bons soins financiers de la Cinémathèque Française, Misr International Films et TF1 Studio, et bien sûr techniques des Laboratoires Eclair Ymagis de Vanves. Un superbe lifting qui permet d’apprécier la composition des plans de Youseh Chahine, en particulier sur les scènes de batailles avec plusieurs centaines de figurants. L’image est très propre (aucune poussière, griffure ou déchirure) et stable, les couleurs sont lumineuses, entre ocre et bleu cyan, le piqué est pointu, les détails impressionnants (y compris sur les gros plans et le rendu des matières des costumes) et la profondeur de champ éloquente. N’oublions pas le grain argentique, précieusement préservé.

Les versions française et originale (arabe + français) sont proposées en DTS-HD Master Audio Stéréo. Les deux versions s’avèrent propres, naturelle pour la piste multilingue, dynamique (même si certains échanges auraient pu être relevés) et évidemment plus « artificielle » pour l’autre. La musique de Gabriel Yared est joliment mise en valeur. Les sous-titres français sont imposés sur la version multilingue. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription. La restauration a été réalisée grâce aux bandes magnétiques originales, par L.E. Diapason.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Les Dames du Bois de Boulogne, réalisé par Robert Bresson

LES DAMES DU BOIS DE BOULOGNE réalisé par Robert Bresson, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 25 septembre 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Paul Bernard, María Casares, Élina Labourdette, Lucienne Bogaert, Jean Marchat, Yvette Etiévant…

Scénario : Robert Bresson d’après le roman Jacques le fataliste et son maître de Denis Diderot

Photographie : Philippe Agostini

Musique : Jean-Jacques Grünenwald

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1945

LE FILM

Hélène a juré de se venger de Jean, son amant qui la délaisse. Elle retrouve une de ses amies qui loue sa jeune fille à de riches fêtards. Hélène s’arrange alors pour que Jean rencontre la jeune Agnès. Mais celui-ci tombe amoureux d’Agnès et décide de l’épouser.

Les Dames du Bois de Boulogne n’est pas un film sur les femmes de petite vertu. Loin de là. Le second long métrage de Robert Bresson (1901-1999) est un drame sombre et impitoyable qui a connu un tournage chaotique à la fin de l’Occupation Allemande, avec de longs arrêts en raison de la Libération de Paris, des prises de vue durant une saison rude, des pannes d’électricité, des alertes aux bombardements, une pellicule limitée, des tensions entre le réalisateur et Maria Casarès. Le film s’inspire librement de l’histoire de Mme de la Pommeraye dans Jacques le fataliste et son maître, de Denis Diderot, qui vient d’ailleurs d’être adaptée par Emmanuel Mouret avec Mademoiselle de Joncquières. Sorti en 1945, ce deuxième essai est un coup de maître, qui cependant ne connaîtra pas le succès critique et commercial des Anges du péché (1943). Sur des dialogues signés Jean Cocteau, même si ce dernier aura toujours déclaré n’avoir participé que de façon amicale, Les Dames du Bois de Boulogne permet à son auteur de trouver et d’imposer son style, notamment à travers un immense travail sur le son.

Hélène a la désagréable impression que son amant, Jean, lui échappe. Pour vérifier ses suppositions et faciliter de pénibles aveux, elle prêche le faux et apprend à son grand désarroi que Jean ne l’aime plus. Blessée, Hélène décide de se venger et monte un plan minutieux. Elle s’arrange pour que Jean rencontre Agnès, une danseuse de cabaret fort séduisante qu’elle a prise sous sa protection. Comme Hélène l’avait prévu, le plan fonctionne à merveille et Jean tombe immédiatement amoureux de la jeune femme. Consciente de ses écarts passés, Agnès manque de faire échouer la combinaison d’Hélène en révélant dans une lettre écrite à son fiancé qu’elle n’est qu’une fille perdue. Mais Jean refuse de lire la missive…

S’il n’atteint pas les sommets comme pourront le faire plus tard Un condamné à mort s’est échappé (1956) et Pickpocket (1959), Les Dames du Bois de Boulogne ne cesse d’épater par sa maîtrise formelle, encore plus lorsque sont connues les conditions des prises de vues. Il n’est ainsi pas rare de voir de la buée sortir de la bouche des comédiens, puisque le chauffage n’était pas disponible sur le plateau. Au-delà de cette situation particulière, Les Dames du Bois de Boulogne foudroie surtout par son histoire de vengeance échafaudée par la vénéneuse Hélène, interprétée par l’incroyable Maria Casarès, révélation des Enfants du Paradis de Marcel Carné. Drapée de noir, en deuil de ses illusions amoureuses, le regard froid et déterminé, la comédienne ne cesse d’étonner encore aujourd’hui par la modernité de son jeu. Cela contraste totalement avec celui parfois ampoulé du stoïque et falot Paul Bernard (après les défections d’Alain Cuny et de Jean Marais), vu dans Lumière d’été (1943) de Jean Grémillon et Le Bossu (1944) de Jean Delannoy.

Pour se venger d’être délaissée, Hélène jouera les bonnes âmes en installant deux anciennes connaissances, Madame D. et sa fille Agnès (la belle Élina Labourdette), endettées, dans un appartement près du Bois de Boulogne. En réalité, Hélène, connaissant le passé « sulfureux » d’Agnès, fait tout pour la jeter dans les bras du mondain Jean, pour ensuite tout révéler et ruiner la réputation de son ancien amant et l’humilier en public. Avec ses décors dépouillés signés Max Douy, la fulgurance des dialogues (la patte de Cocteau est évidente), la photo N&B sèche de Philippe Agostini et son montage percutant où le cinéaste expérimente sur le son, Les Dames du Bois de Boulogne est un drame qui vaut surtout pour le jeu intense de Maria Casarès. Pourtant, Robert Bresson, trouvant le jeu de sa comédienne souvent excessif et reniant même le film, décidera de ne plus faire appel qu’à des acteurs non professionnels, ses célèbres « modèles ».

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray des Dames du Bois de Boulogne, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le disque est estampillé du H de la collection Héritage. Le menu principal est animé sur une des séquences du film. Le Blu-ray s’accompagne également du DVD du film, glissés dans un boîtier Digibook avec un livret.

Outre la bande-annonce originale, l’éditeur joint un entretien complet et passionnant de l’historien du cinéma français, Jean-Ollé Laprune (27’). Ce dernier revient longuement sur les débuts de la carrière de Robert Bresson, puis détaille le contexte particulier et difficile du tournage des Dames du Bois de Boulogne. Jean-Ollé Laprune évoque également le producteur Raoul Ploquin, l’adaptation de l’oeuvre de Denis Diderot, la participation de Jean Cocteau aux dialogues, le casting, la mise en scène de Robert Bresson, l’utilisation du son à des fins dramatiques et l’accueil frileux du film.

L’Image et le son

Les Dames du Bois de Boulogne a été restauré 4K par les laboratoires Hiventy, à partir des négatifs image et son nitrate. En dehors de quelques fils en bord de cadre, d’une poignée de points blancs et des rayures verticales, la propreté est ahurissante, les contrastes fermes, la stabilité indéniable et les partis pris du chef opérateur Philippe Agostini sont respectés avec un N&B étonnant de détails. Le grain argentique, bien géré, est heureusement respecté, tout comme le format original. Superbe Blu-ray.

La piste DTS-HD Master Audio Mono instaure un haut confort acoustique avec des dialogues percutants et une très belle restitution des effets annexes, très importants chez le cinéaste. Un très léger souffle, mais rien d’alarmant, tout comme les chuintements occasionnels. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Ceux qui m’aiment prendront le train, réalisé par Patrice Chéreau

CEUX QUI M’AIMENT PRENDRONT LE TRAIN réalisé par Patrice Chéreau, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 28 août 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Charles Berling, Pascal Greggory, Valeria Bruni Tedeschi, Bruno Todeschini, Sylvain Jacques, Roschdy Zem, Dominique Blanc, Olivier Gourmet, Jean-Louis Trintignant…

Scénario : Danièle Thompson, Patrice Chéreau, Pierre Trividic

Photographie : Eric Gautier

Durée : 2h02

Date de sortie initiale : 1998

LE FILM

Le peintre Jean-Baptiste Emmerich avait déclaré avant de mourir: “Ceux qui m’aiment prendront le train”. Et ils ont pris le train pour Limoges. Les amis, les vrais, les autres : les faux-jetons, les héritiers, la famille naturelle et non naturelle. Il y a des familles qui ne se réunissent qu’aux enterrements.

Quatre ans après La Reine Margot, son plus gros hit au box-office, Patrice Chéreau (1944-2013) s’associe à nouveau avec la scénariste Danièle Thompson pour son nouveau film, Ceux qui m’aiment prendront le train. Le projet est né d’une phrase – qui donne son titre au film de Patrice Chéreau donc – dite par le cinéaste François Reichenbach, qui avant ses obsèques avait déclaré vouloir se faire enterrer à Limoges, lui qui avait alors toute sa famille et ses amis à Paris. Danièle Thompson faisait partie du convoi en 1993. Mètre-étalon du film choral à la française, Ceux qui m’aiment prendront le train est rétrospectivement le troisième plus gros succès du cinéaste sur ses dix longs métrages. Porté par une critique dithyrambique à sa sortie en 1998, ce drame est devenu instantanément culte et reste emblématique de l’univers de Patrice Chéreau.

A 70 ans, Jean-Baptiste Emmerich, né à Limoges, artiste peintre, homosexuel, scandaleux et tyrannique, veut qu’on l’enterre à Limoges au cimetière de Louyat, berceau de sa famille. C’est par cette phrase qu’il règle ses dernières volontés, lui qui voyait arriver la mort et ne voulait pas partir en laissant les autres en paix. Dans un train, ses amis et ses amants se retrouvent pour un dernier hommage à l’artiste. Sous couvert d’enterrement, ce film dissèque une journée d’une quinzaine de personnages en crise, rassemblés autour d’un mort, dont la présence et le regard les faisait exister, qui ont perdu tout repère et se retrouvent obligés de se confronter les uns aux autres. Cet homme, en quittant ces vivants qu’il avait si fort influencés, les laisse face à des questions que sa présence faisait oublier.

Dès le départ en gare d’Austerlitz, et durant tout le trajet, des relations particulières se dévoilent ou se tissent : tandis que le couple de Claire et Jean-Marie s’effiloche, un coup de foudre réunit Louis et Bruno. Alors que tous se rassemblent autour du cercueil, de vieilles rancoeurs resurgissent. La caméra de Patrice Chéreau est sans cesse en mouvement, sur le quai d’une gare, dans un train bondé en direction de Limoges, dans la demeure du frère du défunt. Les êtres se rentrent dedans, s’observent, s’insultent, se confrontent. Les non-dits dévoilent beaucoup, les injures dissimulent encore plus. Les plus discrets ne sont pas forcément les plus innocents, les plus froids et distants révèlent une immense sensibilité et des blessures insoupçonnées.

Si les dialogues sont souvent abondants, pour ne pas dire trop écrits, Patrice Chéreau dirige ses comédiens (exceptionnels) d’une main de maître, en transformant le train en théâtre de la vie. Jean-Louis Trintignant, Charles Berling, Valeria Bruni Tedeschi, Vincent Pérez, Dominique Blanc, Roschdy Zem, Pascal Greggory, Bruno Todeschini, Olivier Gourmet, Thierry de Peretti, Guillaume Canet et Nicolas Maury et bien d’autres entrent en scène, certains sont plus furtifs que d’autres devant l’oeil du metteur en scène, mais chacun apporte sa note à la partition tenue par le chef d’orchestre. Parmi la troupe, si Jean-Louis Trintignant crève l’écran à chaque apparition, Vincent Perez reste inoubliable dans le rôle de Viviane, transsexuel en cours de traitement hormonal. Tout le reste des comédiens est au diapason, Valeria Bruni Tedeschi est explosive, Pascal Greggory glacial, Bruno Todeschini fragile comme le cristal.

Certains compareront Ceux qui m’aiment prendront le train au cinéma de Claude Lelouch. Il y a un lien effectivement, mais contrairement à l’emphase souvent irritante du premier, Patrice Chéreau imprègne chacune de ses scènes d’une âme, d’une volonté de vivre et de profiter de chaque instant, en mettant en valeur ses acteurs, plutôt que de vouloir se mettre à l’avant-plan constamment. En dépit de la bonne impression générale et de l’expérience à part entière qu’il représente, le film peut sembler inégal, parfois convenu et l’intérêt relatif, avec une B.O. qui confère à l’ensemble un aspect clipesque. Après un résultat mitigé dans les salles avec un peu plus d’un demi-million d’entrées dans les salles, Ceux qui m’aiment prendront le train est sélectionné au 51e Festival de Cannes, obtient onze nominations aux César en 1999 et se voit récompenser par les compressions des meilleurs réalisateur, second rôle féminin (Dominique Blanc) et photo (Eric Gautier).

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Ceux qui m’aiment prendront le train, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le disque est estampillé du H de la collection Héritage. Le menu principal est animé sur une des séquences du film. Le Blu-ray s’accompagne également du DVD du film, glissés dans un boîtier Digibook avec un livret.

Etrange, nous ne trouvons qu’un seul supplément sur cette édition. Il s’agit d’un entretien avec Patrice Chéreau (18’30) réalisé à l’occasion de la sortie de Ceux qui m’aiment prendront le train dans les salles. Installé dans un fauteuil SNCF disposé devant la gare de Limoges, le cinéaste, visiblement épanoui, revient sur la genèse, les conditions de tournage, les personnages et les thèmes de son long métrage qui avait été présenté sur la Croisette quelques jours auparavant. Des images de tournage illustrent également ce bonus, avec une intervention de Jean-Louis Trintignant.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Ceux qui m’aiment prendront le train a été restaurée 4K par les laboratoires L21 à partir du négatif original, tandis que l’étalonnage a été supervisé par le chef opérateur Eric Gautier. Le rendu est pointilleux avec un piqué acéré et des détails éloquents, y compris sur les très nombreuses séquences « heurtées » capturées caméra à l’épaule. Les couleurs retrouvent une clarté évidente, la copie est très propre, la luminosité est constante et le grain original respecté. Les scènes sombres sont peut-être un peu moins définies, mais ce lifting sied bien au classique de Patrice Chéreau.

L’unique piste DTS-HD Master Audio 5.1 parvient à équilibrer les dialogues, les ambiances et la bande-originale du film de façon naturelle, sans en faire trop et en respectant le mixage originale. Les voix des comédiens sont solidement plantées sur la centrale, tandis que la musique environne joliment les spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Strangers : Prey at Night, réalisé par Johannes Roberts

THE STRANGERS : PREY AT NIGHT réalisé par Johannes Roberts, disponible en DVD et Blu-ray le 21 août 2018 chez TF1 Studios

Acteurs :  Christina Hendricks, Martin Henderson, Bailee Madison, Lewis Pullman, Damian Maffei, Emma Bellomy…

Scénario : Bryan Bertino

Photographie : Ryan Samul

Musique : Adrian Johnston

Durée : 1h25

Année de sortie : 2018

LE FILM

Une famille s’arrête pour la nuit dans un parc de mobile home isolé qui semble complètement désert. Une jeune femme étrange frappe à leur porte…. C’est le début d’une terrible nuit d’horreur : pris pour cible et poursuivis sans relâche par trois tueurs masqués, chacun devra lutter pour sauver sa peau dans un jeu de cache-cache impitoyable.

The Strangers : Prey at Night est la suite de The Strangers de Bryan Bertino (ici scénariste et producteur), grand succès critique et commercial de l’année 2008 (82 millions de dollars de recette pour un budget de 10 millions), même si le film était resté inédit dans les salles françaises. Dix ans plus tard, les producteurs décident de faire revenir leurs psychopathes masqués, qui s’en prennent cette fois-ci à toute une famille, deux parents et leurs deux enfants étudiants, dans une unité de lieu (un parc isolé) et de temps (une nuit). Pour ce nouvel opus au budget plus conséquent, la mise en scène a été confiée au réalisateur Johannes Roberts, remarqué en 2012 avec Storage 24 et son film à requins 47 Meters Down en 2017. S’il ne révolutionne rien dans le genre, The Strangers : Prey at Night ne se fout pas de la tronche des spectateurs et réserve son lot de séquences impressionnantes, violentes et graphiques, qui le placent bien au-dessus de la moyenne des productions du même acabit qui pullulent dans les salles au sol jonché de popcorn.

Inspiré de faits réels…

Johannes Roberts revendique ses influences, en particulier John Carpenter. Christine et Halloween : La Nuit des masques notamment, mais avec également une touche de Scream de Wes Craven et du premier Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. A l’instar de David Robert Mitchell pour son incroyable It Follows, le cinéaste parvient à digérer ses références, à se les approprier, sans les singer. Grâce à sa maîtrise formelle, Johannes Roberts réussit à nous faire accepter le comportement souvent invraisemblable des personnages, qui aurait pu rendre ridicule toute l’entreprise de ce slasher et survival. The Strangers : Prey at Night est constamment ponctué par des scènes marquantes avec une subtile utilisation de la profondeur de champ, du cadre, de la photographie très contrastée et du décalage constant avec la bande-originale très eighties qui convoque à la fois Kim Wilde (Kids in America en intro, Cambodia), Air Supply et Bonnie Tyler. Par ailleurs, la séquence de la piscine (comme It Follows) où l’un des protagonistes affronte le tueur masqué, sur fond du cultissime Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler est l’un des grands moments du film, celui dont parlent tous les spectateurs à la fin, probablement le passage qui restera. Du point de vue interprétation, les comédiens font le boulot sans se forcer, mais cela reste très plaisant de revoir Christina Hendricks, éternelle Joan de la série Mad Men.

« Pourquoi faites-vous ça ? »

« Pourquoi pas ? »

Le fait de réduire les protagonistes et victimes potentielles à quatre, entraîne une plus grande empathie des spectateurs pour les personnages. Contrairement à la plupart des films du même acabit, nous n’attendons pas avec impatience comment un tel va être trucidé, mais plutôt comment l’individu en danger pourrait s’en sortir, en espérant qu’il y arrive. Les assassins masqués quasi-mutiques sont menaçants à souhait, notamment les deux nanas, alias Dollface et la Pin-up, les sursauts sont fréquents sans que le réalisateur ait recours au sempiternel jump scare gratuit. N’oublions pas l’excellente utilisation du décor, un parc de mobile homes déserté, qui devient un terrifiant plateau de jeu géant, où se retrouvent pourchassés les personnages par des tueurs qui semblent n’avoir aucune autre motivation que de les massacrer les uns après les autres. The Strangers : Prey at Night est au final un film d’horreur fort sympathique, divertissant, élégant, en un mot réussi.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de The Strangers : Prey at Night, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé musical.

L’interactivité démarre par un vidéoclip de Tiffany, intitulé I Think We’re Alone Now. Tourné en caméra subjective, nous suivons deux des tueurs du film se préparer avant d’aller terroriser leurs victimes (2’30).

S’ensuit un module consacré à la bande-originale du film (2’45) au cours duquel le réalisateur Johannes Roberts évoque son admiration pour John Carpenter et l’utilisation des chansons des années 1980 afin de créer le malaise avec ce qui déroule à l’écran.

L’interactivité se clôt sur un court segment (3’45) constitué d’interviews de l’équipe, qui se contente principalement de présenter les enjeux de cette suite et les personnages.

L’Image et le son

On frôle l’excellence : relief, piqué, contrastes (impressionnants), densité des noirs, on en prend plein les yeux. Les teintes froides s’allient avec les gammes chatoyantes et chaque détail aux quatre coins du cadre large est saisissant. Ce transfert immaculé soutenu par un encodage AVC solide comme un roc laisse pantois. Le master HD permet de se plonger dans le film dans les meilleures conditions possibles. La majeure partie du film se déroulant dans le noir, nous vous conseillons de le visionner dans une pièce très sombre.

Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes des pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent, la musique bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, plongeant instantanément le spectateur dans l’ambiance. Les dialogues ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale. N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle ardemment à ce spectacle acoustique aux effets percutants. Les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont également disponibles.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Madame Hyde, réalisé par Serge Bozon

MADAME HYDE réalisé par Serge Bozon, disponible en DVD le 31 juillet 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia, Adda Senani, Guillaume Verdier, Patricia Barzyk, Pierre Léon, Roxane Arnal…

Scénario : Serge Bozon, Axelle Ropert d’après le roman de Robert Louis Stevenson “L’Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde” (“The Strange Case of Dr. Jekyll and Mister Hyde“)

Photographie : Céline Bozon

Musique : Benjamin Esdraffo

Durée : 1h31

Année de sortie : 2018

LE FILM

Mme Géquil, timide et maladroite professeure de physique dans un lycée professionnel de banlieue, est méprisée par ses élèves et ses collègues. Un jour, elle est foudroyée et sent en elle une énergie nouvelle, mystérieuse et dangereuse…

Comme dirait le héros du nanar Jaguar Force, « Mais pourquoi ? Pourquoooooooi ??!! ». C’est ce qu’on se dit durant les interminables 90 minutes de Madame Hyde, le nouveau supplice concocté par Serge Bozon (L’Amitié, Mods, La France), de retour derrière la caméra (ah bon?) cinq ans après l’abominable Tip Top. Pour son nouvel opus, il signe à nouveau le scénario avec Axelle Ropert, ce qui d’emblée n’est franchement pas rassurant. Madame Hyde se présente donc comme une libre adaptation contemporaine de l’oeuvre de Robert Louis Stevenson, L’Etrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886). Pure arnaque, ce « film », puisqu’il faut bien le qualifier ainsi s’inscrit directement dans le top des plus mauvais de l’année et l’on se demande encore comment la grande Isabelle Huppert a pu se fourvoyer là-dedans pour la deuxième fois consécutive.

Madame Hyde est représentatif d’un cinéma élitiste, qui pense faire de l’art en se filmant le nombril et en usant de blagues pas drôles qui font se gausser les producteurs en manque de notoriété. Réalisateur, critique de cinéma aux Cahiers et comédien, Serge Bozon pense faire de l’humour, mais ne comprend rien au slapstick, ni même à la mise en scène, encore moins à la direction d’acteurs. Le pauvre José Garcia en fait les frais dans le rôle ingrat de monsieur Géquil, homme au foyer, qui se contente de faire la popote et de prendre soin de sa femme. Rien, absolument rien ne fonctionne dans Madame Hyde. A part peut-être la prestation de Romain Duris, qui a visiblement l’air de se demander ce qu’il fout là-dedans, mais qui du coup s’amuse à composer un personnage infect, un proviseur arrogant tiré à quatre épingles, très précieux avec la mèche Auteuil-Neuilly-Passy. Il est de loin la seule raison valable de se taper le film jusqu’au bout. Sans lui, visionner Madame Hyde serait vraiment une épreuve insoutenable.

La photo est laide, le rythme jamais maîtrisé, les comédiens neurasthéniques, l’ensemble sans intérêt. Le pire, c’est que le film se donne des airs pour finalement ne rien raconter. La mise en scène est impersonnelle, sans âme. On suit donc difficilement (euphémisme) les aventures de cette prof fatiguée, qui ne parvient pas à se faire respecter malgré les années d’enseignement. Suite à une expérience scientifique qui tourne mal, elle se retrouve dotée de pouvoirs et se transforme quand vient la Lune Rousse. Elle devient alors incandescente et s’en va faire respecter la loi dans la cité où s’affrontent quelques jeunes chanteurs de rap. Sinon, Serge Bozon semble se foutre de tout, de son scénario, de ses acteurs. Tout part en sucette dès les premières minutes et finalement Madame Hyde s’apparente à un épisode de l’émission E=M6 qui aurait été déprogrammé car jugé trop ennuyeux pour les spectateurs. Quand le personnage d’Isabelle Huppert entreprend d’expliquer un problème de mathématiques à l’un de ses élèves en difficulté, le réalisateur croit bon de nous faire un cours particulier en plan fixe, qui dure, et qui dure encore, et qui nous renvoie aux cours de madame Baillet au Collège Alfred de Musset de Patay. Franchement, pourquoi ?

Le hic, c’est que des trucs du même genre et aussi bavards fleurissent encore et toujours dans les salles, qu’ils squattent les cinémas et surtout des salles vides puisque même les cinéphiles les plus avertis n’hésitent plus à fuir devant l’ignominie de ce qu’on leur propose. Cinéma d’auteur d’accord, liberté de ton OK, humour loufoque soit, mais il faudrait peut-être arrêter de prendre les spectateurs pour des cons et de penser que l’on peut tenir un discours vieux de plus de vingt ans (ici sur l’éducation, la banlieue, la transmission, le racisme) sous couvert de fausse originalité. Autant revoir Le Plus beau métier du monde de Gérard Lauzier avec un immense Gérard Depardieu ou bien encore De bruit et de fureur de Jean-Claude Brisseau.

LE DVD

Le test du DVD de Madame Hyde, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément sur cette édition.

L’Image et le son

Ce master (1.66) offre des conditions de visionnage banales et sans esbroufe. La colorimétrie est plutôt bien agencée, aux teintes pastel, mais la définition demeure passable, même sur les quelques plans rapprochés avec des visages très blafards. La clarté est de mise, les contrastes corrects, cependant le piqué manque de précision et certaines séquences apparaissent plus ternes que d’autres.

Madame Hyde n’est pas à proprement parler d’un film à effets, mais la piste Dolby Digital 5.1 parvient à distiller ici et là quelques ambiances. La plupart des séquences reposent sur les dialogues et le mixage se concentre souvent sur les enceintes avant. La spatialisation est essentiellement musicale, les effets latéraux sont rares. Même chose pour la piste Stéréo, amplement suffisante pour un film de cet acabit. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également au programme, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Haut et Court / TF1 Studios / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / La Malédiction Winchester, réalisé par Michael Spierig et Peter Spierig

LA MALÉDICTION WINCHESTER (Winchester : The House that Ghosts Built) réalisé par Michael & Peter Spierig, disponible en DVD et Blu-ray le 3 juillet 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Helen Mirren, Jason Clarke, Sarah Snook, Eamon Farren, Angus Sampson, Tyler Coppin, Laura Brent, Finn Scicluna-O’Prey…

Scénario : Tom Vaughan, Michael Spierig, Peter Spierig

Photographie : Ben Nott

Musique : Peter Spierig

Durée : 1h40

Année de sortie : 2018

LE FILM

Proche de San Francisco se situe la maison la plus hantée au monde : construite par Sarah Winchester, riche héritière de l’entreprise d’armes Winchester, elle est en perpétuelle construction et contient des centaines de pièces. Sarah y construit une prison, un asile pour les centaines d’esprits vengeurs tués par ses armes, et le plus terrifiant d’entre eux veut en découdre avec sa famille…

Les frères jumeaux Spierig (nés en 1976), Michael et Peter, n’ont décidément pas de chance. Chef d’oeuvre absolu, leur troisième long métrage Prédestination (2014) n’a connu qu’une exploitation en DVD et Blu-ray en France. Laissons le temps faire son œuvre pour que ce film incroyable trouve enfin son public et soit considéré à sa juste valeur. Après avoir repris en main la franchise Saw avec le dernier opus en date Jigsaw, retour à la case e-cinema et DTV pour leur nouveau bébé, La Malédiction WinchesterWinchester : The House that Ghosts Built. Cette fois encore, dommage de ne découvrir ce film autrement qu’au cinéma où il aurait dû avoir sa place, surtout lorsque l’on regarde la qualité des trois quarts des productions de genre qui squattent continuellement les écrans.

La Malédiction Winchester est un excellent film fantastique inspiré de la vie de Sarah Winchester, épouse et veuve de William Wirt Winchester, fils d’Oliver Fischer Winchester, ingénieur et inventeur des fusils qui portent son nom, devenus le symbole de la Conquête de l’Ouest. A la mort de son époux et de leur fille, Sarah Winchester hérite de ses biens et de 50 % des parts de la Winchester Repeating Arms Company. Tombée dans une profonde dépression, convaincue que des esprits allaient la tuer, Sarah Winchester utilise sa fortune pour poursuivre de manière ininterrompue, 24 heures sur 24, la construction de son immense demeure pendant 38 ans. Depuis sa mort, la très étendue Mystérieuse Maison Winchester est devenue un monument historique national et une attraction touristique, connue pour ses nombreux escaliers et couloirs ne menant nulle part, ainsi que ses 160 pièces, 40 chambres, 17 cheminées, placards sans fond. Les frères Spierig et leur coscénariste Tom Vaughan partent de ce postulat pour imaginer une histoire de maison hantée, en jouant sur l’extraordinaire et hallucinante architecture de la bâtisse située en Californie à San José. Un merveilleux terrain de jeu idéalement exploité par les cinéastes, qui prouvent une fois de plus leur talent pour instaurer un climat angoissant, tout en livrant un objet plastiquement très recherché.

Le film démarre par le sempiternel panneau « Inspiré de faits réels » et repose en effet sur le sort qui semblait s’acharner sur Sarah et sa famille, mais aussi sur cette maison étrange bâtie dans le but d’enfermer tous les esprits des personnes tuées par la carabine qui a fait la fortune des Winchester. Les travaux continueront de jour comme de nuit, selon les plans établis par Sarah, retirée dans son salon privé, comme si certaines apparitions la guidaient pour établir les futures extensions. Ce qui frappe d’emblée dans La Malédiction Winchester, c’est la beauté de la photographie de Ben Nott, chef opérateur et fidèle collaborateur des frères Spierig qui happe les spectateurs. A cela s’ajoutent les incroyables décors et dédales dans lesquels on se perd volontiers et mis en valeur par les réalisateurs australiens qui instaurent une ambiance réaliste à leur récit, sans avoir recours gratuitement aux jump-scares.

La malédiction Winchester n’est pas un film d’horreur, mais un drame et thriller fantastique qui comporte un message intelligent sur l’usage abusif des armes aux Etats-Unis, ainsi que sur leurs répercussions. Ou comment user du folklore pour en tirer une histoire divertissante et excellemment interprétée par Helen Mirren, parfaite Sarah Winchester, Jason Clarke, vecteur du public pour le faire entrer dans ce labyrinthe hanté, sans oublier Sarah Snook, révélation de Prédestination. Tous ces talents sont réunis pour un divertissement de haute qualité, parfaitement mis en scène (malgré un budget très limité de 3,5 millions de dollars), flatteur pour les mirettes et qui réserve son lot d’émotions fortes, tout en interrogeant sur le sang versé par les armes à feu. Une très grande réussite.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Malédiction Winchester, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très légèrement animé et musical.

Cette édition s’accompagne d’un seul supplément, un making of (22’) classique, mais assez complet, revenant sur tous les aspects du tournage. La véritable histoire de Sarah Winchester est évidemment au centre de ce documentaire. Tous les comédiens, les réalisateurs, les producteurs, les responsables des départements costumes, décors (très impressionnants) et maquillages, interviennent à tour de rôle, tandis que des images du plateau viennent illustrer l’ensemble.

L’Image et le son

TF1 Studio soigne son master HD. Les contrastes sont d’une densité rarement démentie, y compris sur les très nombreuses séquences sombres, avec une image sans cesse affûtée. Le piqué est acéré, les gros plans riches, les contrastes denses et la colorimétrie reste chatoyante. Les détails sont légion aux quatre coins du cadre large et la copie restitue les volontés artistiques du chef opérateur Ben Nott. Ce Blu-ray offre d’excellentes conditions pour revoir le film des frères Spierig et profiter de la superbe photographie. L’apport HD sur ce titre est évidemment indispensable.

Les deux versions DTS-HD Master Audio 5.1 font quasiment match nul en ce qui concerne la délivrance des ambiances sur les enceintes latérales, la restitution des dialogues et la balance frontale. Le spectateur est littéralement plongé dans ce quasi- huis clos, la spatialisation reste solide tout du long et le caisson de basses est utilisé à bon escient comme lors du tremblement de terre. Sans surprise, la version originale l’emporte de peu sur l’homogénéité et la fluidité acoustique, tandis que la piste française a tendance à mettre les voix un peu trop en avant. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Splendid Film / Vértice Cine / TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr