Test Blu-ray / Knock, réalisé par Lorraine Lévy

KNOCK réalisé par Lorraine Lévy, disponible en DVD et Blu-ray le 20 février 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Omar Sy, Alex Lutz, Ana Girardot, Sabine Azéma, Pascal Elbé, Audrey Dana, Michel Vuillermoz, Christian Hecq, Hélène Vincent, Andréa Ferréol, Rufus…

ScénarioLorraine Lévy, d’après la pièce de théâtre de Jules Romains

Photographie : Emmanuel Soyer

Musique : Cyrille Aufort

Durée : 1h54

Année de sortie : 2017

LE FILM

Le Docteur Knock est un ancien voyou devenu médecin qui débarque dans le petit village de Saint-Maurice afin d’y faire fortune selon une méthode particulière. Suivant son adage « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore. », il va ainsi faire croire aux villageois en les manipulant astucieusement, qu’ils ne sont pas aussi bien portants qu’ils pourraient le penser. C’est ainsi qu’il trouvera chez chacun un symptôme, imaginaire le plus souvent, et de ce fait pourra exercer lucrativement sa profession. Sous ses airs de séducteur et après avoir acquis la confiance du village, Knock est sur le point de parvenir à ses fins. Mais son passé le rattrape et une ancienne connaissance vient perturber les plans du docteur.

Bon, comment dire, était-ce bien nécessaire ? Si la réalisatrice Lorraine Lévy se défend d’avoir voulu « faire un coup » en proposant le rôle de Knock à un acteur noir, sa relecture (la quatrième au cinéma) de la pièce de théâtre Knock ou le Triomphe de la médecine (1923) de Jules Romains n’a pour ainsi dire aucun intérêt. Pourtant, le casting est alléchant, mais la mise en scène reste d’une platitude confondante et ne parvient jamais à donner du corps au texte original. Par ailleurs, Omar Sy semble lui-même gêné et impressionné par les mots qui lui ont été confiés. Alors oui la photo est belle et solaire, mais Knock version 2017, transposé dans la France des années 1950, est un film figé et même si l’adaptation de Guy Lefranc, immortalisée par Louis Jouvet dans le rôle-titre – et qui l’avait déjà interprété sur scène et dans la seconde transposition en 1933 par Roger Goupillières – a pris pas mal de rides, elle lui reste bien supérieure.

L’affiche est impressionnante : Omar Sy, Ana Girardot, Alex Lutz, Sabrine Azéma, Audrey Dana, Pascal Elbé, Christian Hecq, Hélène Vincent, Andréa Ferréol, Rufus, Michel Vuillermoz, Nicolas Marié et bien d’autres sont visiblement ravis de se donner la (succulente) réplique de Jules Romains. Le problème, c’est que Lorraine Lévy n’a jamais été une bonne réalisatrice. Scénariste de Ma Meilleure amie d’Elisabeth Rappeneau en 2004, elle écrit et réalise son premier long métrage la même année, La Première Fois que j’ai eu 20 ans. S’ensuit Mes amis, mes amours (2008), adapté du roman de son frère, le célèbre écrivain Marc Lévy, avec Vincent Lindon et Pascal Elbé. Son meilleur film à ce jour, Le Fils de l’autre (2012) était – malgré une certaine naïveté – une oeuvre humaniste, un plaidoyer sans pathos pour la paix, universel et émouvant, tourné au pied du mur de séparation entre l’Israël et la Palestine. Après quelques téléfilms et l’écriture de plusieurs épisodes de la série Joséphine, ange gardien (si si), elle revient avec Knock, un projet qui lui tenait à coeur depuis huit ans et son film le plus ambitieux.

Avec un budget confortable de près de 13 millions d’euros, Lorraine Lévy mise tout sur la reconstitution, les décors, les accessoires. Le résultat est honnête, l’image est clinquante, c’est moelleux pourrait-on dire. Seulement Omar Sy, sur lequel s’est monté le projet, apparaît immobile du début à la fin. Engoncé dans son costume, le comédien césarisé pour Intouchables n’est guère à l’aise avec le texte de Romains, d’autant plus que le rôle lui demande de rester sobre, sans avoir recours à quelques pirouettes qui ont contribué à faire son succès au cinéma. A ce titre, il est bien plus à son affaire lors du prologue qui le montre en train d’échapper à quelques voyous notoires, pour ne pas avoir réglé une dette de jeu. Omar Sy peut alors se permettre de rire et d’utiliser son corps de plus d’1m90. Mais c’est autre chose quand son personnage débarque dans un petit village dans le but d’exercer la médecine. Le comédien se tient droit comme un i, déclame ses tirades sans y croire et de façon monocorde.

L’ensemble prend alors la forme d’un film à sketches, avec une succession de rencontres plus ou moins inspirées. Knock face au pharmacien, Knock face au facteur, Knock face à la femme du pharmacien, sans parvenir à instaurer un rythme de croisière, de façon mécanique. Ce n’est pas que l’on s’ennuie, mais le film n’est jamais émouvant, n’interpelle jamais, ne fait pas rire non plus. On sourit, mais grâce au charme d’Ana Girardot, l’abattage d’une Audrey Dana chaude comme la braise qui se déshabille et demande à Omar Sy « Comment trouvez-vous mes seins ? », qui lui répond alors « Je ne les trouve pas, je ne les cherche même pas ! ». Lorraine Lévy est capable de faire preuve de retenue, tout comme de se vautrer dans la scatologie comme dans cette scène où Pascal Elbé, pris de coliques, repeint littéralement les murs de sa chambre, sur fond de bruitages de pets repris directement de la bande-son de La Soupe aux choux. Voilà, c’était Knock. Cela ne gratouille pas, ça ne chatouille pas, mais ça irrite souvent il faut bien le dire.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Knock, disponible chez Studiocanal, repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette reprend le visuel de l’affiche du film. Le menu principal est animé et musical.

Comme si elle avait besoin de se justifier sur son nouveau film, Lorraine Lévy prend le micro et commente Knock. C’est par ailleurs le seul bonus sur cette édition. Sans se présenter, la réalisatrice attaque bille en tête en indiquant « au risque de choquer » que le film de Guy Lefranc n’est pas un chef d’oeuvre, que la réalisation se contente de champs-contrechamps tournés dans un N&B standard. S’il y a évidemment du vrai dans ses propos, on sent que Lorraine Lévy a été très touchée par les nombreuses mauvaises critiques à la sortie de Knock. L’écoute n’est pas désagréable. La réalisatrice revient également sur les partis pris, sur la libre adaptation de la pièce de théâtre de Jules Romains, sur le casting, la photographie et la musique. Notons tout de même quelques longs silences.

L’Image et le son

Le master HD du Knock tient toutes ses promesses et offre au spectateur un très bon confort de visionnage. Le relief est omniprésent, les contrastes fermes et la luminosité constante. Le piqué est très agréable, les détails sont précis et le cadre large bien exploité. La photo est douce et ambrée, les noirs denses, les teintes chatoyantes, et les séquences nocturnes bien gérées.

Un seul choix disponible, une piste DTS-HD Master Audio 5.1 créant d’entrée de jeu une large et puissante spatialisation musicale. La balance frontales-latérales est très dynamique, les voix solidement plantées sur la centrale. Toutes les enceintes sont mises à contribution, certains effets naturels tirent leur épingle du jeu. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont disponibles, tout comme une piste Audiodescription pour les spectateurs aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Studiocanal / Curiosa Films – Moana Films – Versus Production – France 2 Cinéma – France 3 Cinéma – Solo Films – Korokoro – Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma/ Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Detroit, réalisé par Kathryn Bigelow

DETROIT réalisé par Kathryn Bigelow, disponible en DVD et Blu-ray le 20 février 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Jacob Latimore, Jason Mitchell, Hannah Murray, Jack Reynor…

ScénarioMark Boal

Photographie : Barry Ackroyd

Musique : James Newton Howard

Durée : 2h23

Année de sortie : 2017

LE FILM

Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

La grande, l’immense réalisatrice Kathryn Bigelow est de retour au cinéma avec un film choc, coup de poing, un uppercut, un fantastique drame historique qui revient sur les émeutes survenues à Détroit en 1967, avec comme point d’orgue les tristes événements de l’Algiers Motel. Dixième long métrage et presque autant de claques depuis The loveless, son premier film en 1982 coréalisé avec Monty Montgomery, Detroit démontre une fois de plus que Kathryn Bigelow, à ce jour la seule femme récompensée aux Oscar (pour Démineurs en 2009, 6 statuettes), possède non seulement une place particulière au sein de l’industrie hollywoodienne, mais qu’elle demeure l’une des plus importantes cinéastes contemporaines. D’une brûlante actualité, passionnant, viscéral, sans concessions et frontal, Detroit est un nouveau chef d’oeuvre à inscrire à son palmarès.

Dans la nuit du 25 au 26 juillet 1967, d’importantes émeutes ont lieu à Détroit dans le Michigan, pour protester contre la ségrégation raciale aux États-Unis et la guerre du Viêt Nam. L’armée vient prêter main-forte à la police, qui reçoit des plaintes à propos de pillages, d’incendies et de tirs d’armes à feu. 8000 gardes nationaux, 4700 soldats, 360 policiers sont mobilisés. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir des détonations. Dans ce chaos, Melvin Dismukes, un agent de sécurité privé afro-américain, tente de survivre tout en protégeant ses semblables. Malheureusement, trois adolescents noirs sont battus et tués par des policiers. Neuf autres personnes, deux jeunes femmes blanches et sept hommes noirs, sont sévèrement battus puis humiliés. Des plaintes pour agressions criminelles, conspirations, meurtres et conspirations d’abus de droits civils ont été déposées contre trois policiers et un gardien de sécurité. Après un procès, tous les inculpés ont été déclarés non coupables.

Kathryn Bigelow réunit des comédiens exceptionnels, parmi lesquels se distinguent John Boyega (la nouvelle trilogie Star Wars), John Krasinski et Anthony Mackie. Mais celui qui s’impose une fois de plus, dans le rôle de l’ogre, du monstre suintant, est sans conteste le jeune Will Poulter. Apparu au cinéma en 2010 dans Le Monde de Narnia : L’Odyssée du Passeur d’Aurore de Michael Apted, il explose trois ans plus tard dans Les Miller, une famille en herbe de Rawson Marshall Thurber dans le rôle du naïf Kenny qui se faisait mordre par une tarentule à un endroit sensible de l’anatomie. Le comédien de 25 ans fait ensuite partie de la trilogie Le Labyrinthe. Très courtisé par les cinéastes, Will Poulter passe ensuite devant la caméra d’Alejandro G. Iñárritu pour The Revenant et celle de David Michôd pour War Machine, exclusivité Netflix. Mais son rôle de Philip Krauss dans Detroit le propulse encore plus loin. Avec ses traits uniques, il est incontestablement LE monstre raciste, sadique et terrifiant de Detroit, le personnage qu’on n’oublie pas et celui à travers lequel se cristallise tout le récit. Toute cette longue séquence d’horreur et de huis clos dans le motel mettra mal à l’aise même le spectateur le plus préparé.

Pendant le tournage, Detroit commençait à susciter la controverse, notamment concernant la légitimité de Kathryn Bigelow à traiter de ce sujet central dans l’histoire afro-américaine. La cinéaste et son fidèle scénariste Mark Boal (Démineurs, Zero Dark Thirty) ont donc usé de leur talent d’écriture et de metteur en scène comme d’une arme pour raconter et rappeler au monde entier l’exactitude des faits, ainsi que la répression sanglante survenus cinquante ans auparavant et leurs conséquences (43 morts, 1189 blessés, 7231 arrestations), qui trouvent encore aujourd’hui une troublante résonance dans l’actualité.

On reste également ébahis par la perfection stylistique, cette énergie insufflée à chaque plan, Kathryn Bigelow n’hésitant pas à avoir recours à 3 ou 4 caméras tournant simultanément autour des comédiens pour pouvoir capter l’effervescence de la situation, le chaos intérieur et extérieur, les regards, les larmes et l’angoisse des personnages, parfois à la frontière du documentaire avec l’utilisation d’images d’archives. On ressort exténués de Detroit, véritable, terrible, indispensable, immense expérience cinématographique et sensorielle, doublée d’une glaçante et essentielle réflexion politique.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Detroit, disponible chez Studiocanal, repose dans un boîtier classique de couleur bleue glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est légèrement animé et musical.

Le gros point faible de cette édition provient de son interactivité. 12 minutes de bonus divisées en huit featurettes promotionnelles ! Autant dire que nous n’apprenons pas grand-chose, mais c’est ici l’occasion de voir les véritables témoins et rescapés des événements racontés dans le film. Leurs témoignages sont croisés avec ceux des comédiens, de journalistes, de la réalisatrice et de son scénariste.

L’Image et le son

Pour la superbe photo de son film, Kathryn Bigelow s’est octroyé les talents du grand chef-opérateur Barry Ackroyd (Capitaine Phillips, Démineurs, Vol 93). Comme le directeur de la photographie plonge les personnages dans une pénombre angoissante, nous vous conseillons de visionner Detroit dans une pièce très sombre afin de jouir des volontés artistiques originales et surtout afin de mieux plonger dans l’ambiance des séquences nocturnes. Le Blu-ray immaculé édité par Studiocanal restitue habilement la profondeur des contrastes et les éclairages, en profitant à fond de la HD. La copie est d’une stabilité à toutes épreuves, le léger grain flatte les rétines et la mise en scène souvent agitée de la réalisatrice n’occasionne jamais de pertes de la définition. Ce Blu-ray (1080p) est superbe.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 restituent merveilleusement les dialogues, les affrontements et les ambiances. La balance frontale est joliment équilibrée, les latérales interviennent évidemment sur toutes les séquences en extérieur, tandis que le caisson de basses ne se gêne pas pour souligner chaque séquence agitée. Le confort acoustique est assuré. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste en Audiodescription.

Crédits images : © Mars Films / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Epouse-moi mon pote, réalisé par Tarek Boudali

ÉPOUSE-MOI MON POTE réalisé par Tarek Boudali, disponible en DVD et Blu-ray le 6 mars 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Charlotte Gabris, Andy Rowski, David Marsais, Julien Arruti, Baya Belal, Philippe Duquesne…

ScénarioKhaled Amara, Tarek Boudali, Pierre Dudan, Nadia Lakhdar

Photographie : Antoine Marteau

Musique : Maxime Desprez, Michaël Tordjman

Durée : 1h32

Année de sortie : 2017

LE FILM

Yassine, jeune étudiant marocain vient à Paris faire ses études d’architecture avec un visa étudiant. Suite à un événement malencontreux, il rate son examen, perd son visa et se retrouve en France en situation irrégulière. Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami. Alors qu’il pense que tout est réglé, un inspecteur tenace se met sur leur dos pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mariage blanc…

Non mais là, stop ! S’il vous plaît, arrêtez tout ! Les deux trublions de l’’ancienne Bande à Fifi du Grand Journal sur Canal+ sont de retour, pour le pire…et pour le pire. Succès surprise de 2014, Babysitting avait attiré 2,4 millions de spectateurs et 3,2 millions pour sa suite sortie en décembre 2015 ! Puis, Alibi.com avait confirmé l’aura de la troupe auprès du jeune public en attirant plus de 3,5 millions de spectateurs ! Pour Epouse-moi mon pote, Philippe Lacheau a laissé sa place derrière la caméra (rires) à son partenaire et ami Tarek Boudali. Ecrite et réalisée (encore des rires) par ce dernier, cette comédie est encore plus irresponsable et ratée que les opus précédents de la bande. Misogyne, homophobe, tout y est puant, has-been, laid et immature. Tout ça au service du rire. Vive la France !

Evidemment, Philippe Lacheau est quand même de la partie pour « jouer » dans le film de Tarek Boudali. S’il n’a pas eu le même succès que les deux derniers opus de la bande, Epouse-moi mon pote a quand même totalisé près de 2,5 millions d’entrées. Impressionnant. Il n’y a aucune explication pour ce phénomène, d’autant plus que les comédiens, en particulier Philippe Lacheau, ne sont jamais crédibles, que leur jeu d’acteur laisse franchement à désirer (on se croirait dans Oui-Oui), tout autant que leur charisme lisse. Pas une seule de leurs répliques ne tombe juste. L’exploit d’Epouse-moi mon pote est d’être encore plus exécrable qu’Alibi.com avec des seconds rôles qui ont constamment l’air de se demander ce qu’ils font là. Tarek Boudali et Philippe Lacheau s’en moquent bien, ça marche, ça cartonne et le box-office s’enflamme. Si Nathalie Baye et Didier Bourdon parvenaient à sauver quelques scènes dans Alibi.com, rien ne permet à Epouse-moi mon pote de sortir de la mélasse et de la crasse, à part peut-être l’apparition du génial David Marsais, membre du Palmashow, qui montre que l’on peut faire rire tout en restant sobre.

C’est bien simple, nous n’avions pas vu une telle accumulation de clichés sur la communauté gay depuis, bah en fait jamais et voir un tel ramassis de gags éculés, vieux-jeu, vulgaires en 2017 est en soi un exploit à part entière. Il faut voir comment les deux têtes d’affiche, dans le but de faire rire, essayent de s’intégrer dans la « faune » du quartier du Marais, terme utilisé car la scène s’apparente à un safari, en tortillant du croupion et en s’habillant de façon identique (avec une marinière et un jean troué donc), en tenant un petit chien dans les bras et en mangeant des pâtisseries en forme de phallus. Quelques éléments comiques renvoient à ceux chers à Franck Gastambide, mais contrairement à ce dernier, il n’y a aucune affection pour les vieux, les gros, les gays, les femmes chez Boudali/Lacheau. Tout est gênant là-dedans.

A l’instar d’Alibi.com, Epouse-moi mon pote n’est ni plus ni moins qu’un très mauvais vaudeville aux blagues grasses basées sur des mensonges, des quiproquos pouët-pouët, des vannes rouillées et blagues molles qui se terminent presque par un “Ba Dum Tss!”. Une succession de sketchs improbables, jamais inspirés, usés jusqu’à la moelle, comme un remake du formidable Green Card de Peter Weir sur fond de mariage pour tous. Les comédies de Tarek Boudali/Philippe Lacheau sont du même acabit que celles d’un Fabien Onteniente (People à côté c’est du Billy Wilder) ou de Philippe de Chauveron puisque Epouse-moi mon pote n’a rien à envier à l’exécrable et nauséabond A bras ouverts. Poussif, fatigant, sans rythme, sans aucun effort de mise en scène.

Le mystère reste donc entier quant au triomphe de ce genre de comédies ringardes dans les salles. D’accord, on peut rire de tout, encore faut-il que ça ne soit pas dégradant et condescendant. De l’humour Cyril Hanouna quoi. En attendant l’adaptation live de…Nicky Larson écrit, réalisé et interprété par Philippe Lacheau, qui sortira en 2019. Que Dieu ait pitié de nous.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Epouse-moi mon pote, disponible chez Studiocanal, repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné qui reprend le visuel de l’affiche originale. Le menu principal est animé et musical.

En plus de la bande-annonce, l’éditeur joint un making of classique (20’), qui donne la parole à l’ensemble de l’équipe et propose des images de tournage, ainsi que de prises ratées assez drôles, contrairement au film. L’essentiel de ce documentaire est aussi focalisé sur les blagues lourdingues de Philippe Lacheau sur le plateau. Et mention spéciale à Tarek Boudali qui clôt ce making of en déclarant « On m’a demandé si j’avais kiffé de réaliser. Et en fait si tu veux j’étais tellement dans le coup, dans l’taf, que tu te rends pas compte en fait que t’es réalisateur. T’as pas l’temps de te dire putain t’es réalisateur. En fait c’est vraiment à la fin du tournage, j’me suis dit putain j’ai fait mon premier film. Une fois qu’tu finis, tu t’dis putain j’ai envie d’y r’tourner », alors que le module montre un « superviseur de la mise en scène », David Diane, derrière son combo qui s’occupe de tout et qui n’est pas mentionné en tant que réalisateur à part entière.

L’Image et le son

Le chef opérateur Antoine Marteau (Les Kaïra, Bienvenue au Gondwana) ne s’encombre pas de partis pris esthétiques extraordinaires et livre une photo passe-partout, dont le transfert HD renforce les contrastes et la luminosité des séquences en extérieur, dès le générique d’ouverture. La colorimétrie est riche et chatoyante, le piqué probant. Seules certaines séquences en intérieur ne sont pas autant définies, sans pour autant que les détails s’en trouvent amoindris aux quatre coins du cadre large. Studiocanal prend autant soin de l’apport HD pour ses comédies que pour un blockbuster, ce qui n’est pas le cas chez les autres éditeurs.

Epouse-moi mon pote n’est pas un film à effets mais la piste française DTS-HD Master Audio 5.1 parvient à distiller ici et là quelques ambiances latérales plaisantes, comme les séquences de fiesta ou celle de la danse finale. Certes, la plupart des scènes se déroulent en intérieur et les mixages se concentrent sur les enceintes avant, mais dès que la caméra met le nez dehors, quelques atmosphères parviennent sans mal à environner le spectateur. Les dialogues sont excellemment délivrés par la centrale, la balance frontale est savamment dosée et la spatialisation musicale est systématique. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste française Audiodescription.

Crédits images : © Axel Films Production / Hassen Brahiti / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Jalouse, réalisé par David et Stéphane Foenkinos

JALOUSE réalisé par David et Stéphane Foenkinos, disponible en DVD et Blu-ray le 16 mars 2018 chezStudiocanal

Acteurs :  Karin Viard, Dara Tombroff, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Bruno Todeschini, Marie-Julie Baup, Corentin Fila, Anaïs Demoustier…

ScénarioDavid Foenkinos, Stéphane Foenkinos

Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Paul-Marie Barbier, Julien Grunberg

Durée : 1h49

Année de sortie : 2017

LE FILM

Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage…

Lauréat de dix prix littéraires et vendu à plus de 800.000 exemplaires depuis sa publication, La Délicatesse de David Foenkinos a très vite été envisagé au cinéma. Avec l’aide de son frère Stéphane, l’écrivain en avait profité pour passer derrière la caméra, afin d’adapter lui-même son best-seller. Coup d’essai et petit coup de maître, La Délicatesse était un vrai moment de poésie, d’humour, de tendresse burlesque, magnifiquement interprété par Audrey Tautou et François Damiens. Six ans plus tard, les deux frères se retrouvent pour leur second long métrage en commun, Jalouse, dans lequel on retrouve volontiers leur ironie, à travers le portrait d’une femme aux portes de la cinquantaine. Et qui mieux que Karin Viard, pour qui le rôle a été écrit, pouvait à la fois se permettre d’être parfois odieuse et cynique, tout en restant « attachiante » et charismatique ?

Le Karin Viard Movie est presque devenu un genre à part entière, un Cinematic Universe. Après presque trente ans de carrière, deux César (Haut les coeurs ! et Les Randonneurs) pour neuf nominations et plus de soixante films à son actif, la comédienne dispose aujourd’hui d’une place très enviée au sein du cinéma français. Alternant les films d’auteur (Sólveig Anspach, les frères Larrieu, Anne Villacèque) et le cinéma populaire (Dany Boon, Eric Lartigau, Jean-Marie Poiré), Karin Viard peut choisir aujourd’hui les rôles qu’elle souhaite, en étant sûre d’attirer quasi-systématiquement les spectateurs dans les salles. Loin de se reposer sur ses lauriers, elle trouve dans Jalouse l’occasion d’aborder un personnage en apparence moins accessible, une mère de famille divorcée, qui commence à voir apparaître certains signes de la ménopause, qui devient petit à petit aigrie avec sa fille de 17 ans, dont elle envie la jeunesse, le bonheur, la réussite et la vie amoureuse. Même chose envers une nouvelle et rayonnante collègue de travail (Anaïs Demoustier) et son entourage. Sa jalousie empiète également sur la vie de son ex-mari (Thibault de Montalembert) désormais en couple avec Isabelle (la lumineuse Marie-Julie Baup), une femme pétillante et plus jeune.

Comme dans la comédie italienne, ce portrait de « monstre » permet aux frères Foenkinos et donc à Karin Viard, de mettre en relief les contradictions et l’ambiguïté de l’âme humaine, ainsi que les doutes d’un personnage de tous les jours, mi-ange mi-démon, que l’on ne peut s’empêcher d’aimer en dépit de ses nombreux défauts. En incarnant cette femme au bord de la crise de nerfs, la comédienne se délecte de ses répliques vachardes et savoureuses, capable de dire à sa meilleure amie Sophie (la superbe actrice canadienne Anne Dorval) qu’elle ne doit pas avoir de soucis à se faire avec sa fille « moche », ou bien d’envoyer balader son prétendant (Bruno Todeschini, élégant et sensible) sous prétexte qu’il aurait regardé sa fille Mathilde (Dara Tombroff, jolie révélation) avec l’oeil d’un prédateur.

Récit initiatique, Jalouse possède ce charme qui nous avait tant séduits dans La Délicatesse, mais se révèle plus réaliste, moins conte de fée, donc plus terrien, grinçant, grave et plus rustre, en laissant également une belle part à l’émotion. Le film des frères Foenkinos s’élève bien au-dessus du cinéma français, grâce à un œil aiguisé et une étude psychologique complexe aussi intelligente qu’aboutie.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Jalouse, disponible chez Studiocanal, repose dans un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette reprend le visuel de l’affiche du film. Le menu principal est fixe et musical.

Le making of (35’) compile quelques instantanés de tournage, des repérages des décors principaux, jusqu’au clap final. Divers propos des comédiens et des réalisateurs sont illustrés par des images tirées des répétitions et des prises de vue. L’ambiance a l’air détendue, chaleureuse et les comédiens prennent visiblement beaucoup de plaisir sur le plateau, surtout en voyant les frères Foenkinos devenir spectateurs de leur propre film.

L’interactivité se clôt sur le clip Jealous (3’).

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p-AVC. Studiocanal soigne le master HD de Jalouse, qui se révèle exemplaire. Les contrastes sont d’une densité rarement démentie, à part peut-être durant les séquences tamisées où l’image paraît plus douce et moins affûtée, mais cela demeure franchement anecdotique. La clarté demeure frappante, le piqué est affûté, les gros plans détaillés, les contrastes denses et la colorimétrie reste chatoyante, riche et bigarrée.

Le spectateur a le choix entre les pistes DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. Notre préférence va pour la première qui instaure un confort acoustique très plaisant, une spatialisation musicale convaincante et des effets latéraux probants. Les ambiances naturelles sont présentes, la balance frontale est toujours dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. La piste stéréo est évidemment plus plate, mais riche et remarquablement équilibrée. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Mandarin production / Studio Canal / France 2 Cinéma / Séverine Brigeot / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test DVD / D’après une histoire vraie, réalisé par Roman Polanski

D’APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE réalisé par Roman Polanski, disponible en DVD et Blu-ray le 6 mars 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez, Camille Chamoux, Dominique Pinon, Josée Dayan…

ScénarioOlivier Assayas, Roman Polanski d’après le roman “D’après une histoire vraie” de Delphine De Vigan

Photographie : Pawel Edelman

Musique : Alexandre Desplat

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère devenu best-seller. Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir livré sa famille en pâture au public. La romancière est en panne, tétanisée à l’idée de devoir se remettre à écrire. Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Elle comprend Delphine mieux que personne. Delphine s’attache à Elle, se confie, s’abandonne. Alors qu’Elle s’installe à demeure chez la romancière, leur amitié prend une tournure inquiétante. Est-elle venue combler un vide ou lui voler sa vie ?

Mais qu’est-il arrivé à Roman Polanski ? Nous ne parlons pas des histoires dans lesquelles il est impliqué, mais bel et bien de son dernier opus, D’après une histoire vraie, adapté du roman éponyme de Delphine de Vigan, Prix Renaudot et du prix Goncourt des lycéens en 2015. Soyons honnêtes, depuis l’incroyable The Ghost Writer en 2010, le cinéaste n’a jamais su retrouver l’étincelle, l’inspiration et sa virtuosité. Carnage (2011) et La Vénus à la fourrure (2013) ont laissé un piètre souvenir et ont plus agacé que réellement convaincu. Mais alors là, nous étions loin de penser que Roman Polanski tomberait aussi bas.

Ce thriller s’apparente à un téléfilm fauché, réalisé pour être diffusé sur France 3 un samedi soir. Si Emmanuelle Seigner parvient à tirer son épingle du jeu, sa partenaire Eva Green porte le film jusqu’aux confins du nanar en livrant sa plus mauvaise interprétation à ce jour. A croire que la langue française ne lui porte pas bonheur. De son côté, Roman Polanski évoque une fois de plus la panne d’inspiration et le processus créatif, dans une variation féminine de The Ghost Writer, mais mâtiné ici de Misery puisque la romancière à succès est confrontée à une admiratrice envahissante.

Une association au scénario de Roman Polanski avec Olivier Assayas pouvait laisser espérer une intrigue solide. C’est dire si le résultat final étonne par son amateurisme, tant sur le fond que sur la forme. Par ailleurs, le réalisateur manque la première apparition du personnage d’Elle, en dévoilant sa véritable nature. S’ensuivent des séquences sans intérêt et surtout très mal jouées par Eva Green que nous étions loin d’imaginer aussi mauvaise il faut bien l’avouer. C’est bien simple, aucune de ses répliques ne tombe juste et son jeu se résume à des froncements de sourcils permanents, une bouche pincée, tandis que la comédienne enchaîne ses dialogues de façon monocorde. Même son éternel sex-appeal semble éteint en raison d’une photographie laide et froide signée Pawel Edelman.

Bien que certaines séquences aient été tournées en extérieur, à Paris notamment, D’après une histoire vraie est étouffant. Non pas dans le sens où le thriller voudrait nous emmener en voulant instaurer un suspense, qui ne fonctionne d’ailleurs jamais, mais en raison de la platitude de la mise en scène qui comme ses personnages reste figée, lourde, en léthargie. Aux pauvres décors s’ajoutent un montage approximatif, qui non seulement ne parvient jamais à instaurer de rythme, mais qui semble aller à vau-l’eau à mesure que le métrage avance péniblement. Dès le début, on reste éberlué par cette succession de plans sans âme. Si l’on est tout d’abord convaincu de se retrouver face à un navet, on ne peut s’empêcher de jubiler (malgré-nous) en voyant jusqu’où la catastrophe peut aller.

S’il y a une chose à sauver, une seule, c’est pourtant la musique d’Alexandre Desplat, qui parvient à donner au film une certaine ironie, comme si le compositeur se rendait compte de l’ineptie qu’il devait illustrer à l’écran. Pourtant, du beau monde défile  avec successivement Vincent Perez (dans le rôle de …François Busnel), Brigitte Roüan, Noémie Lvovsky, Dominique Pinon, Camille Chamoux, comme si ces derniers avaient tout fait pour apparaître au générique d’un Polanski. Ils n’ont malheureusement rien à défendre, si ce n’est combler les nombreux trous d’air du récit.

Présenté hors-compétition au Festival de Cannes en 2017, D’après une histoire vraie aura plus fait parler de lui lors du photocall en raison du baiser échangé entre les deux têtes d’affiche. Les huées et les critiques négatives ont très vite suivi, ainsi que l’énorme échec commercial du film dans les salles quelques mois après, présenté dans une nouvelle mouture amputée de dix minutes. On ne sait pas si Roman Polanski parviendra à faire aboutir son projet sur l’affaire Dreyfus, mais on espère sincèrement que son prochain long métrage fera oublier cet immense faux-pas et thriller psychologique de pacotille. Si vous voulez revoir du bon Roman Polanski, redonnez une chance au Mother! de Darren Aronofsky, bien plus polanskien que cette soupe indigeste et gênante.

LE DVD

Pour sa sortie dans les bacs, l’éditeur a changé le visuel de l’affiche originale du film de Roman Polanski, en se focalisant cette fois sur les deux comédiennes principales. Mais tout cela est un peu triste. Comme le menu principal, fixe et musical.

Aucun supplément sur le DVD.

L’Image et le son

Roman Polanski et son chef opérateur Pawel Edelman (Le Pianiste, The Ghost Writer, Ray) ont opté pour des prises de vue réalisées grâce à la caméra numérique Arri Alexa XT. Si nous n’avons pas pu avoir le Blu-ray entre les mains, le master SD se révèle impeccable et révèle une gestion solide des contrastes. Certes, quelques sensibles fourmillements s’invitent sur les scènes sombres ou tamisées et le piqué manque parfois de mordant, mais la réussite technique est au rendez-vous, la colorimétrie est froide et les détails appréciables sur le cadre large.

Le seul élément que l’on retient de D’après une histoire vraie, c’est la belle musique d’Alexandre Desplat. Autant dire que nous ne sommes pas déçus par le mixage Dolby Digital 5.1 qui crée une remarquable spatialisation, d’autant plus que la musique est quasiment omniprésente. Les dialogues ne sont jamais noyés par les ambiances et les effets annexes, la balance frontale est riche et les latérales ne sont pas en reste. L’éditeur joint également une piste Stéréo très dynamique, une version Audiodescription, ainsi que des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Carole Bethuel / Studiocanal / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test 4K Ultra HD / Terminator 2 : Le Jugement dernier, réalisé par James Cameron

TERMINATOR 2 : LE JUGEMENT DERNIER (Terminator 2: Judgment Day) réalisé par James Cameron, disponible en DVD, Blu-ray et 4K Ultra HD chez Studiocanal le 5 décembre 2017

Avec :  Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton, Edward Furlong, Robert Patrick, Joe Morton, Earl Boen, Jenette Goldstein, Xander Berkeley…

Scénario : James Cameron, William Wisher

Photographie : Adam Greenberg

Musique : Brad Fiedel

Durée : 2h17 (version cinéma), 2h34 (version director’s cut), 2h36 (version longue)

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

La guerre du jugement dernier a fait 3 milliards de morts. Mais bientôt une autre guerre lui succède. Les rares survivants humains doivent désormais affronter des machines. Skynet, l’ordinateur qui contrôle ces robots, a envoyé un T-1000 remonter le temps. Sa mission : éliminer le futur chef de la Résistance Humaine, l’adolescent John Connor. C’est compter sans le Terminator envoyé par la Résistance pour le protéger…

Jalon essentiel de l’histoire du cinéma, film culte, indémodable, inégalable, Terminator 2 : Le Jugement dernier est le film de tous les superlatifs et n’a pas bougé d’un pouce depuis sa sortie triomphale en 1991. Sept ans après le premier volet, James Cameron, Arnold Schwarzenegger et Linda Hamilton reviennent pour un deuxième épisode qui a marqué plusieurs générations de spectateurs. Premier blockbuster au budget dépassant les cent millions de dollars (dont 6 millions pour le réalisateur, 14 millions pour Arnold Schwarzenegger et seulement un million pour Linda Hamilton), Terminator 2 : Le Jugement dernier a fait son retour dans les salles de cinéma en 2017 dans une version restaurée 4K et convertie en 3D. A croire que le meilleur film de l’année dernière était bel et bien un film sorti en 1991, d’autant plus que la conversion 3D était également très réussie. Aujourd’hui, le chef d’oeuvre de James Cameron est découvert par de plus jeunes spectateurs et cinéphiles, souvent abasourdis par sa virtuosité, sa fluidité narrative, sa puissance visuelle et son casting phénoménal.

Au lendemain de l’holocauste nucléaire du 29 août 1997, les survivants humains entrent en résistance contre la dictature des machines, ce qui les mène à la victoire en 2029. L’ordinateur qui contrôle les machines, Skynet, avait déjà envoyé un Terminator, un cyborg tueur recouvert de tissus et de peau humains en 1984, afin d’éliminer une jeune femme nommée Sarah Connor, avant qu’elle n’ait mis au monde son fils, John Connor, appelé dans le futur à devenir le chef de la résistance humaine contre les machines. Ce plan ayant échoué, Skynet décide de programmer un nouveau Terminator, le T-1000, pour retourner dans le passé et éliminer John Connor. Ce dernier programme un autre cyborg, le T-800, et l’envoie également en 1995 pour le protéger. Une seule question déterminera le sort de l’humanité : laquelle des deux machines trouvera John la première ?

Si la surprise a finalement été de courte durée, quelques spectateurs avaient été pris au dépourvu en voyant Arnold Schwarzenneger devenir le protecteur de John Connor dans cette suite. L’acteur le premier était alors convaincu que cela ne fonctionnerait pas et avait même fait part de ses doutes (euphémisme) à James Cameron. Mais entre le premier film (1984) et le tournage du second, six ans s’étaient écoulés et Arnold Schwarzenegger était devenu une star internationale grâce aux succès de Commando, Predator, Running Man, Total Recall et venait de jouer dans deux comédies familiales, Jumeaux et Un flic à la maternelle. Le Chêne Autrichien est donc passé de gamins en culottes courtes, à l’affrontement avec le sensationnel Robert Patrick, mythique T-1000, adversaire du T-800 dans Terminator 2 : Le Jugement dernier. De son côté, Linda Hamilton livre une prestation hors-normes, très investie dans son personnage de Sarah Connor, métamorphosée (musculation + entraînement intensif au tir), devenue une véritable machine à tuer qui a « malgré elle » sombré dans la folie en raison des événements survenus sept ans auparavant. James Cameron s’amuse d’ailleurs à inverser les rôles et Sarah Connor apparaît comme étant la véritable Terminator de cet épisode, tandis que le T-800 s’humanise aux côtés de John Connor. Ce dernier est interprété par le jeune Edward Furlong, repéré au cours d’un casting sauvage, sous-alimenté, en train de zoner, vivant de petits larcins. Son charisme et son naturel éclatent au grand jour. Chaque enfant d’une dizaine d’années, dont l’auteur de ces mots à la sortie du film, a forcément rêvé d’être à sa place aux côtés du Terminator, montagne de chair et d’acier d’1m88.

Au fil des années, Terminator 2 : Le Jugement dernier se voit et se redécouvre selon l’expérience de chacun, de ses connaissances en matière de cinéphilie et de technique. Récit fiévreux, ambitieux et même avant-gardiste qui n’omet pas l’émotion du début à la fin, film d’action aux effets spéciaux numériques révolutionnaires qui n’ont pas pris une ride en un quart de siècle et surtout qui servent l’histoire, récit(s) initiatique(s), c’est également une fable pessimiste sur le désir de contrôle de l’être humain et sa propension à se prendre pour Dieu. Cela n’empêche pas James Cameron, d’ailleurs cela lui sera toujours reproché, de croire encore et toujours en l’humanité qui triomphera finalement de ce qu’elle a de plus mauvais en elle. Certains trouveront cela naïf, les autres se rangeront à l’avis du cinéaste et c’est tant mieux.

Terminator 2 : Le Jugement dernier, c’est 2h15 de scènes cultes et anthologiques (l’entrée du T-800 dans le bar à bikers, la poursuite dans le canal de Los Angeles, l’explosion nucléaire, toutes les scènes avec le T-1000, l’évasion de l’institut psychiatrique, la fonderie), de répliques entrées dans le langage courant (« Hasta la vista Baby », « Easy Money ! », « I’ll be back », « No fate but what we make »…), l’oeuvre d’un des plus grands conteurs et magiciens du septième art que l’on regarde toujours avec le même sourire jusqu’aux oreilles dès que retentit le thème musical de Brad Fiedel.

Terminator 2 : Le Jugement dernier devient le plus gros succès au cinéma en 1991. Toutefois, s’il attire plus de six millions de spectateurs en France, le film doit se contenter de la seconde place du box office cette année-là, derrière Danse avec les loups de Kevin Costner. Après ce triomphe international, Terminator 2 : Le Jugement dernier remporte quatre Oscars : Meilleurs maquillage, mixage sonore, son et effets spéciaux. En 1993, pour une nouvelle exploitation du film en VHS et laserdisc, James Cameron intègre 16 minutes de scènes coupées au montage cinéma, dont l’apparition de Michael Biehn dans un délire de Sarah à l’asile, ainsi qu’une séquence où Sarah et John ouvrent la boîte crânienne du T-800 pour accéder à la puce principale qui le contrôle, afin de le réinitialiser. Quant à la fameuse séquence du sourire, elle refera son apparition dans le décrié Terminator Genisys sorti en 2015. Mais ça, c’est une autre histoire. En attendant une prochaine trilogie Terminator annoncée par James Cameron lui-même.

LE DISQUE 4K Ultra HD

Le test de l’édition 4K Ultra HD de Terminator 2 : Le Jugement dernier, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur le cultissime thème de Brad Fiedel. La version cinéma (2h17), le Director’s Cut (2h33) et la Version Longue (2h36) sont disponibles uniquement sur le Blu-ray 1080p, tandis que le disque 4K ne propose que la version cinéma. Terminator 2 : Le Jugement dernier inaugure le catalogue 4K Ultra HD de Studiocanal. 

Tous les suppléments sont disponibles sur le Blu-ray du film. Le disque comprenant l’édition 4K Ultra HD est vierge de tout supplément.

Cette édition reprend les deux commentaires audio (vostf) déjà disponibles sur les diverses éditions du chef d’oeuvre de James Cameron. Possibilité d’écoute sur les trois montages du film, même s’ils ont été réalisés sur la version Director’s cut. Si vous avez sélectionné la version longue, un commentaire audio de Robert Patrick s’incruste pour la scène en plus du T-1000 qui fouille la chambre de John Connor, tandis qu’un montage audio mixant les propos de Stan Winston, Linda Hamilton et James Cameron illustre l’épilogue alternatif. A noter que les commentaires de ces deux séquences supplémentaires sont disponibles à part dans la section des suppléments.

Le premier commentaire, enregistré en 1993 (un quart de siècle déjà) convie 26 intervenants dispersés au fil des 2h33 de la Director’s Cut. Directeur artistique et producteur, Van Ling présente ce commentaire et introduit chaque témoignage, tout en donnant lui-même quelques souvenirs ou éléments liés à la production de Terminator 2 : Le Jugement dernier. Interviennent pêle-mêle : James Cameron, Gary Rydstrom (ingénieur du son), Brad Fiedel (compositeur), Mali Finn (directrice du casting), Robert Patrick, Linda Hamilton, Michael Biehn, Joe Morton, Edward Furlong, Dennis Muren (superviseur des effets spéciaux), Arnold Schwarzenegger, et bien d’autres, venus notamment des départements artistiques. Evidemment, tout cela peut paraître désordonné, mais revoir le film en compagnie de celles et de ceux qui ont apporté leur contribution à l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma n’est finalement pas désagréable. A écouter comme une masterclass où toute l’équipe du film aurait été réunie.

Le commentaire suivant, également à écouter sur le montage Director’s cut, est réalisé par James Cameron, accompagné de son co-scénariste William Wisher. Enregistré dix ans après le commentaire précédent, celui-ci se focalise plus sur la genèse du film, les conditions de tournage, le travail avec les comédiens, l’évolution des effets visuels, les thèmes. Les fans y découvriront également le clin d’oeil du réalisateur à Abyss et même à Outland de Peter Hyams, ami de James Cameron. Pas ou peu de redondance avec le premier commentaire, l’écoute demeure agréable, rythmée, drôle et blindée en anecdotes. Les fans seront ravis, mais sans doute l’ont-ils écouté depuis belle lurette.

Après ces cinq heures de commentaires audio, passons aux documentaires.

Le module intitulé Terminator 2 : Reprogramming the Terminator (2017-54’) est comme qui dirait l’illustration en images du premier commentaire puisqu’on y retrouve une très grande partie des intervenants. Document rétrospectif composé d’images de tournage, d’interviews, des coulisses, ce supplément revient une fois de plus sur la genèse du film, la réalisation des effets spéciaux, l’entraînement de Linda Hamilton durant trois mois auprès d’un ancien commando des forces armées israéliennes, le casting (avec le screen-test d’Edward Furlong et de Robert Patrick), les partis pris, les intentions du réalisateur. Chaque séquence est analysée et disséquée dans l’ordre chronologique du film et cette fois encore, si certains éléments font inévitablement redondance avec ce qui a déjà pu être entendu précédemment, la plupart des arguments avancés ici complètent finalement l’ensemble.

Place ensuite au making of d’époque (31’). S’il a évidemment vieilli dans sa forme, ce documentaire assez complet revient sur l’ensemble des aspects du tournage et dévoilent de nouvelles, rares ou inédites images des coulisses. Mention spéciale à Arnold Schwarzenegger qui n’arrête pas de faire le pitre avec l’équipe, y compris lors des interminables séances de maquillage.

Comme nous le disions en début de chronique, les deux séquences ajoutées au montage Director’s Cut pour le montage dit « Version longue » (qui n’est en aucun cas un montage approuvé par le réalisateur), la recherche du T-1000 (1’30) et la Séquence du futur (1’50), sont disponibles à part, avec le commentaire audio de Robert Patrick et James Cameron pour la première scène, et avec Stan Winson, James Cameron et Linda Hamilton pour la seconde.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce de la ressortie 3D-4K du film en 2017, les deux bandes-annonces de 1991 et le premier teaser diffusé six mois avant la sortie du film, destiné à expliquer aux spectateurs comment Arnold Schwarzenegger pouvait revenir dans la suite de Terminator, alors qu’il « mourrait » dans le premier volet.

L’Image et le son

Si le résultat sur grand écran était assez dingue, le bilan de cette édition 4K Ultra HD (2160p, HEVC) de Terminator 2 : Le Jugement dernier est plus mitigé. Tout d’abord, rien à redire sur la propreté de la copie. Aucune poussière, aucune griffure, aucune scorie, tout est nickel. L’impression de relief est omniprésente, les séquences diurnes sont éblouissantes, les couleurs sont riches (avec des teintes bleues-vertes), les détails abondent aux quatre coins du cadre large, les contrastes sont denses et le piqué est chirurgical. Maintenant, ce qui est plus regrettable, c’est l’utilisation massive du réducteur de bruit (DNR). En effet, le sublime grain original 35mm a été totalement lissé et a complètement disparu des radars ! Du coup, le teint des comédiens apparaît cireux, comme s’ils avaient abusé du fond de teint. Les plans sur le visage écorché du T-800 apparaissent bien artificiels, pour ne pas dire laids. Cette restauration 4K, effectuée image par image à partir des négatifs originaux, pourtant approuvée par mister James Cameron en personne s’est faite au détriment d’une composante fondamentale de l’extraordinaire photo originale du chef opérateur polonais Adam Greenberg (Ghost, Sister Act, L’Effaceur), sa texture argentique. Ajoutons à cela un nouvel étalonnage qui accentue fondamentalement certains éclairages bleus, à tel point que l’on pense parfois à l’utilisation de filtres ! Cela gâche un peu la fête et les puristes réfléchiront à deux fois avant d’acquérir cette édition. Signalons que le cinéaste en a profité pour réaliser quelques retouches numériques, en remplaçant notamment le visage de la doublure d’Arnold Schwarzenegger par celui de l’acteur lors du saut à moto du T-800 dans le canal.

En ce qui concerne le Blu-ray également présent dans cette édition, le grand changement est situé au niveau de l’encodage. Adios le médiocre codec VC-1, place au codec AVC qui donne un sérieux boost à l’ensemble, même si le master proposé provient également de la version restaurée 4K et que les scènes de jour sont moins rutilantes. C’est là qu’on se rend compte que personne ne sera satisfait.  Seul le montage cinéma a bénéficié d’une restauration 4K. Ne vous étonnez donc pas de la qualité plus aléatoire sur les séquences ajoutées sur la Special Edition et celles de la version longue !

Voici deux mixages qui ne font pas dans la demi-mesure, surtout en ce qui concerne la piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 (pas de Dolby Atmos, désolé) qui se révèle fracassante. L’ouverture donne le la avec les scènes de guerre qui opposent les humains et les machines, jusqu’à l’apparition des credits sur le thème principal de Brad Fiedel. Le caisson de basses est pour ainsi dire sollicité constamment. Les dialogues sont ardents sur la centrale, tandis que les frontales et les latérales n’ont de cesse de s’affronter lors des séquences d’action, de poursuites et de fusillades, sans oublier les explosions. A ce titre, le spectateur est littéralement absorbé et en ressort complètement étourdi. C’est riche (le moteur qui gronde de la Harley, le T-1000 qui tombe en morceaux après le Hasta la vista Baby), ça décoiffe, on en redemande. L’excellent doublage français bénéficie également d’un mixage qui ravira les inconditionnels, même si l’acoustique pousse un peu trop les dialogues à l’avant et a même tendance à en faire trop, surtout sur les graves. Les scènes ajoutées sur la Special Edition et la version longue sont uniquement disponibles en version originale sous-titrée.Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Studiocanal Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Hommes du feu, réalisé par Pierre Jolivet

LES HOMMES DU FEU réalisé par Pierre Jolivet, disponible en DVD chez Studiocanal le 7 novembre 2017

Acteurs :  Roschdy Zem, Émilie Dequenne, Michael Abiteboul, Grégoire Isvarine, Guillaume Labbé, Guillaume Douat…

Scénario : Pierre Jolivet

Photographie : Jérôme Alméras

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Philippe, 45 ans, dirige une caserne dans le Sud de la France. L’été est chaud. Les feux partent de partout et il se pourrait qu’ils soient l’oeuvre d’un pyromane. Arrive Bénédicte, adjudant-chef, même grade que Xavier, un quadra aguerri : tension sur le terrain, tensions aussi au sein de la brigade… Plongée dans la vie de ces grands héros : courageux face au feu, mais aussi en 1ère ligne de notre quotidien.

Les Hommes du feu est le seizième long métrage de Pierre Jolivet, réalisé en 32 ans de carrière. Même s’il n’a jamais connu les cimes du box-office, le réalisateur a pu compter sur quelques succès d’estime à l’instar de Ma petite entreprise (1999) et Je crois que je l’aime (2007), tous les deux avoisinant les 850.000 entrées. Nombreux de ses films ont également été boudés par le public, mais Pierre Jolivet a toujours persisté dans ses portraits de petites gens confrontés aux aléas de la vie (Fred, La Très très grande entreprise, Jamais de la vie) et surtout trouvé des financements envers et contre tous. Les Hommes du feu est une nouvelle chronique sociale. Attachant, mais bancal, très bien interprété, le nouvel opus de Pierre Jolivet ne manque pas d’atouts, mais pèche par sa facture télévisuelle et son approche semi-documentaire qui l’emporte sur la fiction.

Bénédicte, adjudant-chef, intègre une caserne de pompiers dans le sud de la France, dirigée par Philippe. Une région ravagée par de nombreux incendies, criminels ou non. Lors d’une mission pour un accident de la route, Bénédicte ne voit pas une victime qui reste dans le coma à l’hôpital. Touchée, elle pense à quitter la brigade alors que Philippe tente de la convaincre de rester.

Le projet des Hommes du feu remonte à 2012, des suites d’un fait divers survenu dans les Bouches-du-Rhône, au Plan d’Orgon, où un adolescent de 14 ans avait mis le feu à 400 hectares. Marqué par cet événement, ainsi que par un autre incendie qui s’était déclaré dans un village du Club Med où il résidait, Pierre Jolivet a ensuite entrepris des recherches auprès de psychologues, pour essayer de comprendre ce qui pouvait pousser un individu à déclencher volontairement un incendie. Ces études l’ont amené à rencontrer de nombreux pompiers, qui lui ont parlé de leur quotidien. Les Hommes du feu découle de ces cinq années de travaux réalisés en parallèle de ses derniers films. Malgré l’ambition du cinéaste, le film pèche par un récit mécanique qui aligne les interventions des pompiers, filmées comme un documentaire avec une caméra au plus près des personnages, avec les quelques moments de repos où les soldats du feu tentent d’avoir une vie « normale », puisqu’ils sont également mari, épouse, père ou mère.

Rien à redire sur les comédiens, qui tous convaincants. Roschdy Zem est impeccable dans la peau du capitaine de la caserne et signe par ailleurs sa sixième collaboration avec Pierre Jolivet. Dommage cependant que la quête de rédemption du personnage soit finalement prétexte, clichée et entraîne la scène la plus ratée – car trop écrite et au verbe pompier oh oh – du film dans le dernier acte. La toujours lumineuse Emilie Dequenne s’en tire également haut la main dans le rôle de Bénédicte, la nouvelle adjudant-chef, qui va devoir lutter pour s’imposer auprès de certains subalternes afin de se faire respecter. C’est le cas de Xavier, interprété par l’excellent Michaël Abiteboul, qui va se montrer froid et cynique, surtout après une erreur professionnelle de Bénédicte qui a failli coûter la vie à un accidenté, tout en mettant également en doute les compétences et l’avenir de la caserne.

Le quotidien est bien rendu, tout comme les interventions sur les accidents et incendies, spectaculaires, authentiques et évidemment supervisés par de véritables soldats du feu et capturés caméra à l’épaule. Le film est loin d’être désagréable et d’en-Jolivet (oh oh bis) la réalité, c’est juste qu’il est finalement assez (trop ?) commun, redondant et manque d’enjeux pour retenir l’attention sur 1h30. Si L.627 de Bertrand Tavernier lui servait de modèle pour l’immersion désirée, Pierre Jolivet se trouve quelque peu prisonnier de son dispositif et de ses intentions, au point où on finit par l’imaginer cocher chaque case du guide du « parfait pompier dans l’exercice de ses fonctions ». La solution aurait été de suivre de véritables pompiers pour un documentaire, plutôt que d’hésiter constamment, ce qui se ressent et donc ce qui en fait la faiblesse des Hommes du feu.

LE DVD

Un tout petit DVD pour Les Hommes du feu, disponible chez Studiocanal, qui ne bénéficie même pas d’une édition HD en raison de son échec dans les salles. Un menu fixe et muet d’un autre temps accueille le spectateur.

Heureusement, l’éditeur a quand même intégré un supplément, même s’il ne s’agit que d’un making of de 10 minutes. Classique, composé d’images de tournage et d’interventions de l’équipe, y compris des pompiers qui ont accueilli et conseillé le réalisateur et les comédiens, ce module s’attarde notamment sur la préparation des acteurs et le désir d’authenticité du réalisateur.

L’Image et le son

Même si Studiocanal a préféré faire l’impasse sur une édition Blu-ray, l’éditeur prend soin du film de Pierre Jolivet et livre un service après-vente tout ce qu’il y a de plus solide. Les partis-pris esthétiques du chef opérateur Jérôme Alméras (Retour à Montauk, Un homme à la hauteur) sont respectés et la colorimétrie habilement restituée. La clarté est de mise, tout comme des contrastes fermes et des noirs denses, un joli piqué et des détails appréciables sur l’ensemble des séquences en extérieur et du cadre large en général, y compris sur les gros plans des comédiens. Notons de sensibles pertes de la définition et des plans un peu flous, qui n’altèrent cependant en rien le visionnage. Un master SD élégant, propre et clair.

Studiocanal joint une piste Dolby Digital 5.1 qui instaure une spatialisation musicale indéniable, même si les basses manquent à l’appel. En dehors de cela, les ambiances naturelles et les effets annexes sont convaincants, surtout lors des séquences d’interventions, avec une très bonne balance frontales-latérales. De ce point de vue il n’y a rien à redire, les enceintes assurent tout du long, les dialogues étant quant à eux exsudés avec force par la centrale. La Stéréo n’a souvent rien à envier à la DD 5.1. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également de la partie, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © 2.4.7. Films / Roger Arpajou / Studiocanal / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Quai des Orfèvres, réalisé par Henri-Georges Clouzot

QUAI DES ORFÈVRES réalisé par Henri-Georges Clouzot, disponible en Blu-ray chez Studiocanal le 17 octobre 2017

Acteurs :  Louis Jouvet, Suzy Delair, Simone Renant, Bernard Blier, Pierre Larquey, Jeanne Fusier-Gir…

Scénario : Henri-Georges Clouzot, Jean Ferry, d’après le roman Légitime défense de Stanislas-André Steeman

Photographie : Armand Thirard

Musique : Francis Lopez

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

L’inspecteur Antoine est chargé de l’enquête sur l’assassinat du vieux Brignon, retrouvé mort chez lui un soir de Noël. Son travail le mène dans les milieux du music-hall et des photographes où il rencontre Jenny Lamour, une petite chanteuse et Maurice, son mari très jaloux. Jenny venait d’accepter un rendez-vous à dîner avec Brignon, qui devait lui procurer un rôle…

A la Libération, Henri-Georges Clouzot est condamné par le tribunal d’épuration à ne plus jamais exercer son métier de réalisateur, en raison du Corbeau, jugé anti-français. Défendu par ses pairs, réalisateurs, écrivains et autres artistes, la sentence est finalement (et heureusement) levée deux ans après. Le cinéaste prépare alors son retour sur le devant de la scène et décide pour cela d’adapter pour la troisième fois de sa carrière, un roman policier de l’écrivain belge Stanislas-André Steeman. Après Le Dernier des six (1941), réalisé par Georges Lacombe, pour lequel il avait signé les dialogues, puis sa suite L’Assassin habite au 21 (1942), qui marquait alors les premiers pas d’Henri-Georges Clouzot derrière la caméra, ce dernier jette son dévolu sur le livre Légitime défense, publié en 1942. Le réalisateur ne voit qu’un seul homme capable d’incarner l’inspecteur chargé de l’enquête principale, Louis Jouvet. Non seulement le comédien trouve ici l’un de ses plus grands rôles, mais il livre également une extraordinaire composition. Son personnage reste encore aujourd’hui l’un des plus beaux et emblématiques personnages de policier de l’histoire du cinéma.

Dans le Paris de l’après-guerre, la jeune chanteuse Jenny Lamour ne manque pas d’ambitions et use parfois de ses charmes — notamment auprès d’un vieillard libidineux influent, Brignon — pour se faire une place dans le milieu du music-hall. Un soir, elle accepte son invitation à dîner, espérant que cet homme riche et puissant l’aide dans sa carrière. Son mari, Maurice Martineau — un brave garçon, modeste pianiste évoluant lui aussi dans le spectacle, profère par jalousie des menaces de mort envers le septuagénaire. Se croyant trompé, Maurice se précipite chez Brignon, pour découvrir son rival assassiné. Pris de panique, Maurice s’enfuit. L’inspecteur Antoine, un flic désabusé, cynique et humain du Quai des Orfèvres, est chargé de l’enquête.

Il aura donc fallu attendre quatre années pour qu’Henri-Georges Clouzot fasse son comeback après les immondes accusations de collaboration avec l’ennemi pendant la Seconde Guerre mondiale. Tourné pour la firme allemande Continental, Le Corbeau avait été perçu comme une œuvre de propagande anti-française. Après jugement, le cinéaste avait mis sur la liste noire et exclu des studios. Pour son retour, Clouzot adapte lui-même le roman de Steeman, en prenant de grandes libertés avec l’oeuvre originale, afin de se l’approprier véritablement. Comme il le fera pour Le Salaire de la peur et Les Diaboliques, le cinéaste se sert surtout d’un postulat de départ, pour en faire un film qui lui ressemble à part entière. Quai des Orfèvres est un film charnière dans la carrière de son auteur, un immense chef d’oeuvre, un monument du cinéma français, une référence internationale.

En évoquant le troisième long métrage d’Henri-Georges Clouzot, le cinéphile pense immédiatement à Louis Jouvet. Sa voix, sa dégaine, son phrasé, ses regards, il est absolument fascinant. La modernité de son jeu laisse pantois d’admiration. Son personnage, l’Inspecteur Antoine, de la Brigade criminelle de la préfecture de police de Paris est également un ancien sous-officier de l’Infanterie coloniale qui vit seul avec son petit garçon métis. Clouzot montre Antoine très attentionné et doux avec son fils, dont la couleur de peau choquait alors encore une grande partie de l’audience en 1947. S’il n’avait pas la réputation d’être particulièrement tendre avec ses acteurs, Clouzot les dirigeait merveilleusement et savait s’entourer des meilleurs sur le plateau. Louis Jouvet (qui n’apparaît qu’à la 40e minute du film) donne ainsi la merveilleuse réplique teintée d’humour noir à Bernard Blier (qui n’a jamais été aussi à fleur de peau), Suzy Delair (la gouaille aguicheuse avec son petit tralala), Simone Renant (sensuelle photographe), Charles Dullin (génial pervers pas pépère), et toute une ribambelle d’admirables seconds couteaux tels que Pierre Larquey et Jeanne Fusier-Gil (récurrents chez Clouzot), Robert Dalban, Raymond Bussières et bien d’autres.

Loin de laisser sa caméra fixe au milieu des décors, souvent encrassés, humides et poisseux (sublime photographie à la patte expressionniste d’Armand Thirard), Clouzot compose des plans en mouvements, qui détonnent dans le cinéma français, qui préère habituellement laisser tourner la caméra, sans prendre de risques. La mise en scène s’avère tout aussi moderne que le jeu de son acteur principal. Pas étonnant donc que Quai des Orfèvres n’ait aujourd’hui pas pris de rides et demeure l’un des mètres étalons du genre, où la psychologie des personnages est passionnante et prévaut même sur l’enquête elle-même avec ses faux témoignages et fausses pistes.

Projeté à la Mostra de Venise en version française non sous-titrée, Quai des Orfèvres reçoit le Prix de la mise en scène. Pourtant, Clouzot repart mitigé d’Italie. Persuadé que son film, triomphe critique et public, aurait pu gagner d’autres prix plus prestigieux s’il avait été moins « bavard », le cinéaste décide de se renouveler, en réfléchissant à une nouvelle façon de mettre en scène, en privilégiant le cadre et le montage, au détriment des dialogues. S’il enchaîne très vite avec Manon (1949) et Miquette et sa mère (1950), Le Salaire de la peur (1953) sera la résultante de ces années de réflexion.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Quai des Orfèvres, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé sur quelques séquences du film.

Comme sur l’édition HD du Corbeau, nous ne trouvons sur cette édition qu’un seul documentaire rétrospectif, heureusement complet et intéressant (31’), constitué des interventions de Noël Herpe (commissaire de l’exposition Le Mystère Clouzot à la Cinémathèque Française), Chloé Folens (auteur de Les Métamorphoses d’Henri-Georges Clouzot), Marc Godin (co-auteur de Clouzot cinéaste), José-Louis Bocquet (co-auteur de Clouzot cinéaste) et des cinéastes Xavier Giannoli et Bertrand Blier.

On reprend là où nous en étions restés à la fin du module sur Le Corbeau, autrement dit après le jugement rendu par le tribunal d’épuration à la Libération, qui avait interdit à Henri-Georges Clouzot d’exercer son métier de réalisateur jusqu’à la fin de ses jours. Les (nouveaux) intervenants reprennent le train en marche en situant Quai des Orfèvres dans la vie et la carrière de son auteur. Le fond comme la forme sont finalement analysés, la préparation de Clouzot est abordée (trois semaines passées au Quai des Orfèvres pour observer les policiers dans l’exercice de leurs fonctions), tout comme la psychologie des personnages, les thèmes du film, le tout agrémenté de nombreuses anecdotes de tournage.

L’Image et le son

La restauration numérique de Quai des orfèvres est encore plus impressionnante que celle du Corbeau. Le nouveau master HD (codec AVC) au format respecté se révèle extrêmement pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés, de clarté et de relief. La propreté de la copie est souvent sidérante, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans d’Henri-Georges Clouzot, la photo signée par le grand Armand Thirard (Les Diaboliques, Le Salaire de la peur) retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé.

Comme pour l’image, le son a également un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono, pas même un souffle parasite sur les quelques plages de silences. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets. Les sous-titres anglais et français pour le public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Corbeau, réalisé par Henri-Georges Clouzot

LE CORBEAU réalisé par Henri-Georges Clouzot, disponible Blu-ray le 17 octobre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Pierre Fresnay, Pierre Larquey, Micheline Francey, Ginette Leclerc, Noël Roquevert, Héléna Manson…

Scénario : Henri-Georges Clouzot, Louis Chavance

Photographie : Nicolas Hayer

Musique : Tony Aubin

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1943

LE FILM

Médecin d’un petit village du cœur de la France , le docteur Rémy Germain est la victime d’un corbeau, qui l’accuse d’adultère et de pratique illégale de l’avortement. Rapidement, les lettres infamantes se multiplient et personne dans le village n’est épargné par les ragots qui engendreront alors cabales, drames et règlements de comptes. Seul contre tous, le docteur Germain va mener son enquête et découvrir, en même temps que le coupable, les bassesses et la mesquinerie dont peuvent être capables ses concitoyens.

« Vous êtes formidable, vous croyez que les gens sont tout bon ou tout mauvais, vous croyez que le bien c’est la lumière et que l’ombre c’est le mal. Mais où est l’ombre ? Où est la lumière ? Où est la frontière du mal ? Savez-vous si vous êtes du bon ou du mauvais côté ? »

Henri-Georges Clouzot rencontre le succès dès son premier long métrage, L’Assassin habite au 21, d’après le roman de Stanislas-André Steeman. Il enchaîne directement avec Le Corbeau, sur un scénario de Louis Chavance, d’après un fait divers authentique qui s’est déroulé à Tulle de 1917 à 1922, période durant laquelle 110 lettres anonymes avaient été envoyées à l’ensemble de la population. Tourné pour la société de production Continental-Films, active durant l’Occupation, et financée par des capitaux allemands, créée en 1940 par Joseph Goebbels dans un but de propagande et cependant dirigée par le francophile Alfred Greven qui tiendra peu compte des ordres politiques reçus de Berlin, Le Corbeau s’accompagne d’un parfum sulfureux et demeure la plus grande radiographie de la société française de l’époque.

Les notables de Saint-Robin, petite ville de province, commencent à recevoir des lettres anonymes signées « Le Corbeau », dont le contenu est calomnieux. Ces calomnies se portent régulièrement sur le docteur Rémi Germain, ainsi que sur d’autres personnes de la ville. Les choses se gâtent lorsque l’un des patients du docteur Germain se suicide, une lettre lui ayant révélé qu’il ne survivrait pas à sa maladie. Le docteur Germain enquête pour découvrir l’identité du mystérieux « Corbeau ». Tour à tour, plusieurs personnes sont soupçonnées et les lettres infamantes se multiplient.

Comme ce sera le cas dans l’ensemble de ses films, Henri-Georges Clouzot n’épargne personne dans Le Corbeau, et surtout pas les bourgeois. Ici, tout le village est touché. En 1943 (l’Occupation n’est pas mentionnée et d’ailleurs rien n’indique la date à laquelle se déroule le récit), il en faut peu pour que le fragile équilibre se délite. La suspicion règne et l’on passe facilement de victime à coupable suite aux commérages qui prolifèrent.

Le Corbeau rend compte de l’atmosphère irrespirable où tout le monde en venait à s’espionner, se craindre, au rythme des courriers qui se multiplient comme un virus contagieux qui se répand d’une maison à l’autre. Clouzot s’amuse avec un humour noir à regarder ses concitoyens avec l’oeil d’un entomologiste. Plongez des êtres humains dans une situation inexpliquée avec quelques informations diffamatoires, secouez un peu le tout, laissez agir puis analysez le précipité qui en découle. L’hystérie collective n’est pas loin. Ne reste plus qu’à Clouzot qu’à brosser le portrait de personnages, tout autant d’électrons qui s’agitent autour du noyau central interprété par l’immense Pierre Fresnay, tous remarquablement incarnés par une ribambelle de comédiens épatants tels Ginette Leclerc et son regard langoureux, Pierre Larquey, Micheline Francey, Noël Roquevert, Jeanne Fusier-Gir, qui pour la plupart reviendront d’un film à l’autre de Clouzot.

Résolument sombre et violent (même une petite fille tente de se suicider), Le Corbeau est le premier vrai tour de force d’Henri-Georges Clouzot, qui peint un portrait corrosif de la France, l’acide sulfurique remplaçant alors la gouache. À cela s’ajoute une photo très contrastée de Nicolas Hayer, Clouzot ayant été très souvent inspiré par l’expressionnisme allemand. Si le film est un triomphe à sa sortie, Henri-Georges Clouzot connaît la période la plus troublée de sa vie. A la Libération, le film est perçu par la résistance et par la presse communiste de l’époque comme antifrançais, comme si les patriotes pouvaient s’adonner à la délation, ce qui est inconcevable enfin ! Du pain béni pour les détracteurs de Clouzot qui n’hésitaient pas à déclarer que le réalisateur servait ainsi la propagande nazie. Accusé de dénigrer le peuple français, le cinéaste est littéralement banni à vie du métier de metteur en scène en France et le film est interdit. Ces deux interdictions seront heureusement levées dès 1947, après que Clouzot ait été soutenu par quelques grands noms du cinéma (Jacques Becker, Henri Jeanson). Son film peut enfin être redécouvert.

Le Corbeau est le premier chef d’oeuvre incontesté d’Henri-Georges Clouzot, référence du Whodunit et entraînera même un remake aux Etats-Unis, La Treizième LettreThe Thirteenth Letter, réalisé par Otto Preminger en 1951, avec Charles Boyer.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Corbeau, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé sur quelques séquences du film.

L’éditeur joint un seul documentaire sur ce Blu-ray. Le Chef d’oeuvre maudit d’Henri-Georges Clouzot (26’), donne la parole à Pierre-Henri Gibert (réalisateur du Scandale Clouzot) et Claude Gauteur (historien, auteur de Henri-Georges Clouzot, l’oeuvre fantôme, chez LettMotif). Dans ces entretiens croisés, les intervenants dissèquent à la fois le fond (« un témoignage passionnant de la situation de la France durant l’ Occupation », le scénario inspiré d’un fait divers) et la forme, replacent Le Corbeau dans l’oeuvre du cinéaste (première fois qu’il détient les pleins pouvoirs sur un film), mais évoquent aussi et surtout les conditions de production (la Continental), sans oublier l’interdiction du film à la Libération et la sanction envers Clouzot qui à la base devait ne plus avoir le droit d’exercer son métier à vie ! Si ce module remplit bien son contrat, il est dommage que Studiocanal n’ait pas pu reprendre la présentation du Corbeau par Bertrand Tavernier et Jacques Siclier, disponible sur l’édition DVD sortie en 2003.

L’Image et le son

Le premier chef d’oeuvre d’Henri-Georges Clouzot nous apparaît en édition HD restaurée en 4K par le laboratoire Eclair, à partir du négatif original. Et voilà un Blu-ray qui en met souvent plein les yeux avec une définition qui laisse pantois. Le nouveau master HD au format 1080p/AVC ne cherche jamais à atténuer les partis pris esthétiques originaux. La copie se révèle souvent étincelante et pointilleuse en terme de piqué (les scènes en extérieur), de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux, richesse des gris), de détails ciselés et de relief. La propreté de la copie est sidérante, la stabilité est de mise, la photo retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Les fondus enchaînés sont vraiment les seuls moments où la définition décroche quelque peu, mais cela ne dure que quelques secondes. L’ensemble reste fluide et réellement plaisant. Il serait difficile de faire mieux sans que cela dénature les volontés artistiques.

L’éditeur est aux petits soins avec le film d’Henri-Georges Clouzot puisque la piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations et chuintements demeurent inévitables, ainsi qu’un très léger souffle, l’écoute se révèle équilibrée. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises. Si certains échanges manquent de punch et se révèlent moins précis, les dialogues sont dans l’ensemble clairs, dynamiques. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Roseaux sauvages, réalisé par André Téchiné

LES ROSEAUX SAUVAGES réalisé par André Téchiné, disponible en Blu-ray le 5 septembre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Élodie Bouchez, Gaël Morel, Stéphane Rideau, Frédéric Gorny, Michèle Moretti, Jacques Nolot…

ScénarioAndré Téchiné, Gilles Taurand, Olivier Massart

Photographie : Jeanne Lapoirie

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1994

LE FILM

En 1962, en pleine guerre d’Algérie, alors que les attentats OAS se multiplient, l’intrusion d’un garçon pied-noir exilé va bouleverser la vie paisible de l’internat du lycée où il est accueilli.

Les Roseaux sauvages est probablement l’oeuvre centrale de toute la filmographie d’André Téchiné. Pourtant, à l’origine, cette chronique douce-amère et mélancolique sur la jeunesse française au début des années 1960 était uniquement destinée à la télévision dans un format d’une heure, dans le cadre d’un projet pour la télévision. Aujourd’hui, Les Roseaux sauvages demeure pour beaucoup de cinéphiles leur film préféré d’André Téchiné, celui qui regroupe tous ses thèmes de prédilection.

La guerre d’Algérie touche à sa fin. Dans le Sud-Ouest de la France, le frère de Serge, soldat, fils de paysans italiens, épouse la première venue pour obtenir une semaine de permission. Le jeune marié songe à déserter et compte sur madame Alvarez, la mère de Maïté, professeur et militante communiste, pour l’aider. Mais il repart en Algérie et se fait tuer dans le djebel. Des lycéens du village sont témoins de ces événements tragiques. Henri, un jeune pied-noir, vient passer son bac en métropole. L’oreille collée à un transistor, il suit minute par minute le dénouement du conflit. Un soir, à l’internat, François, le petit ami de Maïté, découvre son homosexualité dans les bras de Serge. Derrière la valse et les flonflons de cette année 1962, certains jeunes terminent laborieusement leurs études au lycée, dans l’espoir d’obtenir leur baccalauréat, même s’ils ont d’autres idées en tête en étant bouleversés par leurs sentiments et leurs désirs.

André Téchiné demeure l’un des rares cinéastes français à avoir su dépeindre les émois propres à l’adolescence, mais également la révélation du libre-arbitre, de la conscience politique, l’éveil sexuel, la sensualité, en d’autres termes, l’adieu à l’enfance et l’entrée dans le monde responsable des adultes. Plus de vingt ans après sa sortie, François, Maïté, Madame Alvarez et Serge sont des personnages qui restent dans la conscience des cinéphiles. Même si Maïté et François ressentent beaucoup de choses l’un pour l’autre, le jeune homme ressent encore plus d’attirances pour Serge, ce qui le déconcerte beaucoup dans un premier temps, tandis que Maïté doit accepter cette situation. Il y a aussi le pied-noir Henri, compagnon de chambre de Serge, qui a quitté l’Algérie où son père est décédé. Le jour où Serge apprend que son frère est mort en Algérie, le lycéen est alors animé par une rage ardente envers Henri, tandis que la mère de Maïté, professeur de français et communiste, rongée de culpabilité pour ne pas avoir pu le frère de Serge, part en cure de sommeil. Son remplaçant, Monsieur Morelli, cherche à aider Henri à avoir le bac. Mais ce dernier, révolté par les décisions de de Gaulle et le retrait de la France en Algérie, décide de quitter la ville.

Les Roseaux sauvages dresse le portrait d’une jeunesse qui se voulait insouciante, mais qui se trouve très vite rattrapée par l’Histoire. André Téchiné confie les rôles principaux à une poignée de jeunes comédiens inexpérimentés, mais néanmoins charismatiques et très attachants. C’est le cas d’Elodie Bouchez, qui avait fait ses débuts au cinéma dans Stan the Flasher de Serge Gainsbourg (1989), qui après une apparition dans Tango de Patrice Levonte (1993) et Le Péril jeune de Cédric Klapisch (1994), explose à l’écran dans Les Roseaux sauvages, pour lequel elle obtient le César dans la catégorie meilleur espoir féminin. Au générique, se démarque également Gaël Morel, dans le rôle de François, adolescent introverti et tourmenté, sans doute le personnage le plus proche d’André Téchiné. Apparu ensuite dans Le Plus bel âge et Zonzon, Gaël Morel deviendra ensuite un précieux réalisateur, à qui l’on doit entre autres Le Clan (2004) et Après lui (2007).

A l’origine des Roseaux sauvages, il y a la collection commandée par Arte intitulée Tous les garçons et les filles de leur âge. Après Ma saison préférée en 1993, André Téchiné accepte de rejoindre ce projet collectif avec un téléfilm intitulé Le Chêne et le roseau, d’après la fable éponyme de Jean de La Fontaine, dont Les Roseaux sauvages deviendra finalement la version longue. Cette collection regroupe neuf téléfilms français, totalement indépendants entre eux, seulement reliés par le thème de l’adolescence et diffusés sur Arte au dernier trimestre 1994. André Téchiné, mais aussi Chantal Akerman, Claire Denis, Olivier Assayas, Laurence Ferreira Barbosa, Patricia Mazuy, Emilie Deleuze, Cédrick Kahn et Olivier Dahan relèvent le défi. Comme ses confrères, André Téchiné dispose alors d’un budget modeste et doit répondre à une liste de contraintes (la durée d’une heure, le thème principal, intégrer une scène de fête, une durée de tournage de 20 jours en moyenne, des prises de vue en Super 16), malgré une grande liberté créatrice laissée aux cinéastes, comme le choix de situer le récit entre les années 1960 et 1990. Chaque réalisateur doit utiliser la musique rock, filmer de jeunes comédiens peu ou alors pas connus. André Téchiné reconnaîtra lui-même la grande liberté qui leur avait été accordée, sans contrainte ni l’obstacle lié au box-office.

Trois de ces téléfilms connaîtront les honneurs d’une version allongée, qui sera exploitée dans les salles. Les Roseaux sauvages donc, mais aussi Trop de bonheur de Cédric Kahn et L’Eau froide d’Olivier Assayas, présentés par ailleurs au Festival de Cannes. Le Chêne et le roseau, qui durait à l’origine 56 minutes, devient alors Les Roseaux sauvages, vrai film de cinéma d’1h55, placé sous le sceau de l’authenticité, qui n’épargne pas ses jeunes protagonistes, rattrapés par la dure réalité de la vie qui s’ouvre devant eux. André Téchiné réalise ici l’un de ses chefs d’oeuvre, en état d’apesanteur, trouvant l’équilibre délicat et parfait entre récits initiatiques – pour la première fois, il y parle ouvertement de l’homosexualité – et rendez-vous avec la grande Histoire, avec pudeur, une immense sensibilité et une justesse confondante, sous un soleil ardent et des couleurs estivales.

Largement inspirée par les propres souvenirs liés à l’adolescence du cinéaste, Les Roseaux sauvages est une œuvre qui marque définitivement la mémoire des cinéphiles. Le film a été récompensé par le prix Louis-Delluc en 1994 et par quatre César en 1995, Meilleurs film, réalisateur, scénario original et espoir féminin.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray des Roseaux sauvages, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal, fixe et muet, reprend une partie du visuel de l’affiche originale.

A l’instar de l’édition HD de J’embrasse pas, l’éditeur reprend l’interview d’André Téchiné (20’), réalisée à l’occasion de la sortie des Roseaux sauvages en DVD en 2004. Cependant, contrairement à l’autre entretien mentionné, le réalisateur semble presque gêné de parler du film qui nous intéresse. De manière succincte, le cinéaste revient sur la genèse du projet alors qu’il s’agissait encore d’un téléfilm intitulé Le Chêne et le roseau. André Téchiné indique que c’est surtout l’envie d’évoquer la guerre d’Algérie, plus que de réaliser un film sur les adolescents, qui l’a surtout convaincu de mettre en scène ce qui allait devenir Les Roseaux sauvages. Brièvement et de manière saccadée, le module est par ailleurs trop souvent entrecoupé par des extraits du film, le cinéaste aborde les thèmes, les personnages, le casting, les conditions de tournage, ainsi que les éléments autobiographiques qui ont inspiré le scénario.

L’Image et le son

Tourné en 16 mm, Les Roseaux sauvages a ensuite été gonflé pour une exploitation dans les salles. Evidemment, nous sommes loin du clinquant CinemaScope, format habituellement utilisé par André Téchiné, mais cette édition Haute-Définition s’en sort avec les honneurs. Certes, les couleurs restent sensiblement délavées, notamment les teintes vertes très présentes, mais la clarté est de mise, le piqué agréable, la copie très propre, en dehors d’un fil en bord de cadre lors de la scène de l’enterrement. Les séquences sombres s’avèrent moins définies, avec un grain plus hasardeux et une perte des détails. Toutefois, ce Blu-ray des Roseaux sauvages, permet au film d’André Téchiné de bénéficier d’une petite cure de jouvence bienvenue.

Le mixage DTS-HD Master Audio Stéréo instaure un très bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. Dommage que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant soient indisponibles.

Crédits images : © Studiocanal /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr