Test Blu-ray / M15 demande protection – The Deadly Affair, réalisé par Sidney Lumet

M15 DEMANDE PROTECTION (The Deadly Affair) réalisé par Sidney Lumet, disponible en DVD et Blu-ray le 10 octobre 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs :  James Mason, Simone Signoret, Maximilian Schell, Harriet Andersson, Harry Andrews, Kenneth Haigh, Roy Kinnear…

Scénario :  Paul Dehn d’après le roman “L’Appel du mort” (Call for the Dead) de John le Carré

Photographie : Freddie Young

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

L’agent Charles Dodds enquête sur Samuel Fennan, soupçonné de sympathie envers le régime communiste. Après un interrogatoire où Fennan dément toute implication envers le communisme, il est retrouvé mort. L’agent Dodds va devoir prouver qu’il s’agit d’un meurtre…

Le romancier John le Carré (né en 1931) a travaillé pour les services secrets britanniques dans les années 50 et 60. L’auteur de L’Espion qui venait du froid, adapté dès 1965 par Martin Ritt avec Richard Burton, est certes le mieux placé pour décrire le monde des agents qu’il a côtoyés mais, une chose est certaine, c’est que ses histoires sont loin d’être aussi « explosives » qu’un James Bond. Pourtant, moult cinéastes se sont essayés à la transposition de cet univers glacial. Martin Ritt donc, Frank Pierson avec Le Miroir aux espions (1969), George Roy Hill avec La Petite Fille au tambour (1984), Fred Schepisi avec La Maison Russie (1990) porté par Sean Connery et Michelle Pfeiffer. Il faudra attendre les années 2000 pour que les scénaristes jettent à nouveau leur dévolu sur les romans de John le Carré. John Boorman avec Le Tailleur de Panama (2001), Fernando Meirelles avec The Constant Gardener (2005), probablement la plus belle et intense transposition à l’écran de le Carré, Tomas Alfredson avec La Taupe (2011), largement surestimé et d’un ennui mortel, sans oublier le talentueux Anton Corbijn avec le passionnant Un homme très recherché (2013), avec le regretté Philip Seymour Hoffman, dans sa dernière très grande prestation. Dernière transposition en date, Un traître idéal, adapté du roman Un traître à notre goût, publié en 2011, un honnête thriller. Mais l’exemple type du passage à l’écran d’une œuvre de John le Carré demeure M15 demande protection, titre français absurde de The Deadly Affair, réalisé par le géant Sidney Lumet en 1966.

Comme la plupart des autres adaptations de le Carré au cinéma, l’intrigue de The Deadly Affair, adaptée du roman L’Appel du mort, part dans tous les sens et l’action est absente, mais Sidney Lumet et son scénariste Paul Dehn (Goldfinger, L’Espion qui venait du froid) privilégient une approche intimiste originale. Pendant la Guerre froide, en Angleterre, Samuel Fennan, un employé du ministère des Affaires Etrangères accusé d’amitiés communistes, est retrouvé mort. Tout pousse à croire à un suicide mais Charles Dobbs, officier au Secret Intelligence Service, MI5 (pour Military Intelligence, section 5), en charge de l’enquête pour le ministère de l’Intérieur et qui a rencontré Fennan la veille de sa disparition, ne croit pas qu’il se soit ôté la vie. Ses supérieurs veulent rapidement classer l’affaire mais Dobbs insiste et finit par démissionner afin d’avoir les mains libres pour mener son enquête. Il rend alors visite à la veuve de Fennan, qui lui impute la responsabilité de la mort de son mari. Au même moment, un vieil ami et compagnon de guerre réapparaît dans sa vie.

M15 demande protection permet à Sidney Lumet de se livrer à quelques expériences. Comme il s’agit d’un film sur le désenchantement et la désillusion, le cinéaste a demandé à son chef opérateur Freddie Young (Lawrence d’Arabie, Le Docteur Jivago) de créer une palette de couleurs « sans couleur », d’atténuer les teintes, de les éteindre, afin d’appuyer l’atmosphère grisâtre de John le Carré, qui reflète un espionnage plus quotidien, neutre, peuplé de personnages qui ne savent pas où ils mettent les pieds, qui naviguent continuellement en eaux troubles, sur des terrains peu sûrs, où la réalité n’est jamais ce qu’elle paraît être. Loin de l’agent 007, les agents sont ici des bureaucrates, très rarement armés, qui déambulent dans des quartiers sales, glauques, sordides, où tout le monde soupçonne tout le monde et où la Realpolitik a eu raison des sentiments positifs. Plus que l’histoire d’espionnage elle-même, Sidney Lumet s’intéresse au drame psychologique vécu par les personnages, mais également aux ambiances et aux sensations.

The Deadly Affair est un film qui sent le feutre, le velours, l’encre, le sexe et la mort. La trahison est omniprésente, étatique et conjugale puisque la femme de Dodds est nymphomane et n’a de cesse de le tromper. Lumet et son scénariste se concentrent sur l’histoire personnelle de leur personnage principal, merveilleusement incarné par James Mason. Si la Paramount était détentrice du copyright du nom George Smiley depuis L’Espion qui venait du froid, le comédien britannique interprète ce même personnage rebaptisé ici Charles Dodds. Le regard tombant, la démarche fatiguée, le corps usé, le héros est ici malin, mais pas invulnérable et même tragique. Sidney Lumet instaure un climat sombre et pluvieux où tous les protagonistes semblent avoir quelque chose à se reprocher. En bénéficiant d’un casting européen, le cinéaste joue avec la musicalité des accents, entre la française Simone Signoret, l’allemand Maximilian Schell, la suédoise Harriet Andersson. Cette confrontation des langues appuie les tensions et surtout les suspicions des agents britanniques, dont le détective privé merveilleux incarné par Harry Andrews.

Afin de lui conférer un cachet intemporel, Quincy Jones compose une bande-originale décalée et bossa nova, qui contraste et qui pourtant s’intègre parfaitement à la complexité du récit et de ses personnages. Ce contrepied mélancolique aux aventures fantaisistes de 007 se cristallise lors du climax sensationnel où tous les protagonistes se retrouvent au théâtre, devant une représentation d’Edouard II, pièce sur la trahison, interprétée par David Warner. Les jeux de regards s’entrecroisent, les traitres se révèlent, les estomacs se retournent. C’est ici l’art du montage, du cadre et de la direction d’acteurs. C’est aussi virtuose qu’anthologique. Considéré comme un Lumet « mineur », M15 demande protectionThe Deadly Affair contient pourtant une des plus grandes séquences de toute l’immense carrière du réalisateur et rien que pour ça (mais pas seulement), le film mérite d’être reconsidéré.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de The Deadly Affair, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Trois présentations du film de Sidney Lumet pour le prix d’une ! Si elles se recroisent forcément à travers certains arguments identiques, ces trois interviews parviennent heureusement à se compléter suffisamment. Notre préférence se tourne vers celle de Bertrand Tavernier (25’30). Notre interlocuteur se moque gentiment du titre français (M15 et non pas MI5 !), évoque le roman L’Appel du mort de John Le Carré et revient en détails sur tous les éléments qui font pour lui la grande réussite du film : les décors, la photographie du chef opérateur Freddie Young, les thèmes sombres qui contrastent avec l’exotisme des James Bond qui triomphent dans le monde entier. Bertrand Tavernier examine le casting et déclare avoir de grandes réserves sur le jeu de l’actrice suédoise Harriet Andersson, tandis qu’il encense la prestation d’Harry Andrews et celle de Simone Signoret. S’il parle de deux ou trois éléments qu’il juge inappropriés, inutiles ou maladroits (deux plans en ouverture, l’esthétique quelque peu datée), Bertrand Tavernier fait l’éloge de la séquence finale quand les personnages se retrouvent au théâtre.

L’historien du cinéma Patrick Brion prend ensuite le relais (9’). Plus concis, ce dernier aborde tout d’abord la photo de Freddie Young et les volontés artistiques. Le travail sur la pellicule, les partis pris, les décors sont ensuite passés au peigne fin. L’adaptation de John le Carré est ensuite comparée à celle de L’Espion qui venait du froid, film réalisé par Martin Ritt et sorti l’année précédente. Pour Patrick Brion, The Deadly Affair est peut-être la plus belle transposition d’un des romans de l’écrivain au cinéma. Il s’attarde également sur le casting.

Dans le dernier entretien de cette édition, François Guérif (6’) parle tout d’abord du roman de John le Carré, avant d’analyser lui aussi les thèmes et les partis pris de M15 demande protection, titre français qui le fait encore rire comme son camarade Bertrand Tavernier avec qui il partage le même avis négatif sur Harriet Andersson. Il s’agit probablement du module le plus facultatif en raison de ses arguments quelque peu redondants, même si François Guérif demeure le plus critique sur le film de Sidney Lumet.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie d’affiches.

L’Image et le son

Très beau Blu-ray que celui édité par Sidonis Calysta ! Le disque est au format 1080p (AVC). Le master restauré par Sony respecte les magnifiques partis pris esthétiques du mythique chef opérateur Freddie Young avec cette palette de couleurs spécifique, volontairement fanées avec une prédominance de teintes brunes. Le grain est respecté, parfois peut-être un peu lissés ou au contraire trop duvêteux sur certaines scènes sombres, mais les détails ne manquent pas à l’instar de l’éclat des yeux bleus de Simone Signoret ou sur les nombreux gros plans. Hormis quelques séquences plus douces, la définition est impressionnante et l’image affiche une indéniable propreté.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 distillent parfaitement la musique de Quincy Jones. Néanmoins, la piste française se focalise sans doute trop sur le report des voix, au détriment des ambiances annexes. La piste originale est très propre, sans souffle, dynamique et suffisamment riche pour instaurer un très bon confort acoustique. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue impossible à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Alpagueur, réalisé par Philippe Labro

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L’ALPAGUEUR réalisé par Philippe Labro, disponible en Blu-ray le 5 septembre chez Studiocanal

Acteurs :  Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer, Jean Négroni, Patrick Fierry, Jean-Pierre Jorris…

Scénario :  Philippe Labro, Jacques Lanzmann

Photographie : Jean Penzer

Musique : Michel Colombier

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1976

LE FILM

L’Alpagueur, ex-traqueur de fauves, est devenu un chasseur de primes et oeuvre dans l’ombre au-dessus des lois, pour le compte de la police, qui l’emploie sur des missions dangereuses et délicates. Un jour, après s’être occupé d’un commissaire corrompu, il décide de s’attaquer à l’ennemi public numéro 1…

Café, pousse-café, cigare !

Dans les années 1970, Jean-Paul Belmondo tournera une quinzaine de longs métrages et alternera les polars et les comédies avec le même talent. De Borsalino aux Mariés de l’an II, du Casse à Docteur Popaul, de La Scoumoune au Magnifique, de Peur sur la ville à L’Incorrigible. Un film se démarque quelque peu du lot, L’Héritier de Philippe Labro. Avec 2 millions d’entrées, ce drame policier démontre que Bebel n’a pas besoin de faire le clown ou d’avoir la pétoire à la main pour plaire aux spectateurs. Conforté une fois de plus par son aura auprès du public avec les 2,5 millions d’entrées de L’Incorrigible, Jean-Paul Belmondo retrouve une fois de plus Philippe Labro pour L’Alpagueur, d’après un scénario original de ce dernier, adapté avec Jacques Lanzmann, qui signe également les dialogues. Malgré ses indéniables qualités, L’Alpagueur est encore aujourd’hui plutôt méconnu et même sous-estimé dans l’immense filmographie de Bebel. C’est du moins l’un de ses films auxquels on pense le moins quand on évoque la carrière du comédien. Sans doute parce que sa prestation tout en retenue, sobre, parfois sombre ne repose pas sur un numéro bien rodé (rien de péjoratif à dire cela), d’autant plus que le film ne comporte aucune cascade (à part une impressionnante poursuite à pied de Bebel) et repose autant sur les silences (hérités du cinéma de Jean-Pierre Melville) que sur certaines séquences à la violence sèche et brutale.

Chasseur de primes des temps modernes, Roger Pilar dit l’Alpagueur remplit avec succès et en secret les délicates missions que le gouvernement français lui confie. A peine a-t-il démantelé un vaste réseau de drogue implanté à Rotterdam qu’il fait tomber quelques proxénètes. Il est ensuite chargé de démasquer l’Epervier. Ce tueur impitoyable, sadique et sans états d’âme se fait volontiers aider par de jeunes voyous, quitte à les abattre une fois l’opération terminée. Costa Valdes, l’un de ces malheureux complices, a toutefois survécu. Mais, placé derrière les barreaux, il reste muet lors des multiples interrogatoires qu’on lui fait subir. L’Alpagueur, sous une fausse identité, rejoint le délinquant dans sa cellule, gagne sa confiance et lui tire petit à petit les vers du nez.

Bon voyage Coco…

L’un des grands points forts de ce film aussi efficace qu’un roman de la collection Série noire est la présence au générique de Bruno Cremer. L’Alpagueur est l’un des rares cas où Jean-Paul Belmondo (également producteur) se fait littéralement voler la vedette, même si son partenaire apparaît finalement peu à l’écran. Glacial et glaçant, sensationnel, le comédien campe un assassin qui tue ses jeunes victimes (et ceux qui se mettent en travers de son chemin) à bout portant après s’être servi d’elles le temps d’un hold-up. Ses tirades, souvent ponctuées d’un « Coco » sont aussi tranchantes qu’une guillotine et signent d’ailleurs les dernières secondes de ceux qui l’entendent. De son côté, Jean-Paul Belmondo, visage fermé, incarne un fauve à la recherche d’autres animaux sauvages (Labro voulait d’ailleurs intituler son film « Des animaux dans la jungle »), ce qui lui permet de vivre et d’économiser pour pouvoir plus tard se retirer sur une île déserte qu’il a déjà achetée, jusqu’au jour où il rencontre Costa Valdes au cours de sa mission pour mettre la main sur L’Epervier. L’Alpagueur, habituellement solitaire, va prendre le jeune délinquant sous son aile et se prendre d’affection pour lui, tandis que ce dernier le verra comme un père de substitution et se mettra même à rêver de l’accompagner sur son île. Mais L’Alpagueur est une œuvre sombre et dérangeante où le destin n’a de cesse de s’acharner et de contrecarrer les rêves et les espoirs de chacun.

Très inspiré par Guet-Apens de Sam Peckinpah (1972) au point qu’il en reprendra la scène centrale du règlement de comptes au fusil à pompe, Philippe Labro livre un polar noir et pessimiste à la mise en scène carrée avec une excellente utilisation des décors naturels et urbains. Si le récit met un peu de temps à démarrer et peine à éveiller l’intérêt avec l’enquête sur les proxénètes durant le premier acte, L’Alpagueur s’avère ensuite attachant dans la relation Bebel-Patrick Fierry et chacune des apparitions de Bruno Cremer est marquante. La dernière partie est sans aucun doute la plus réussie avec un suspense bien maintenu et surtout le duel final anthologique visiblement très influencé par le cinéma de Sergio Leone, sur une composition magistrale de Michel Colombier aux accents par ailleurs morriconniens.

Avec 1,5 million d’entrées au cinéma en mars 1976, L’Alpagueur est considéré comme un demi-échec commercial, le public étant quelque peu dérouté par la noirceur du film. Même s’il ne bénéficie pas du même statut que les deux Verneuil tournés au même moment, Peur sur la ville et Le Corps de mon ennemi, qui profitaient entre autres de quelques soupapes d’humour grâce aux répliques de Francis Veber d’un côté et Michel Audiard de l’autre, L’Alpagueur demeure néanmoins un film prisé par de nombreux fans de l’éternel Bebel.

LE BLU-RAY

L’édition HD de L’Alpagueur est disponible chez Studiocanal. Le DVD du film restauré en Haute-Définition était d’ailleurs déjà disponible chez le même éditeur depuis 2001 et avait été réédité avec une jaquette différente en 2007. Le menu principal est fixe et muet, triste…

A l’occasion de cette sortie en Blu-ray, l’éditeur propose une interview de Philippe Labro (22’30) réalisée récemment alors que la première édition DVD comprenait également un entretien avec le réalisateur filmé en décembre 2000, d’une durée à peu près identique et qui comprenait pour ainsi dire les mêmes informations. Le journaliste, écrivain, scénariste et metteur en scène revient sur la genèse de L’Alpagueur et de sa mise en route, notamment la façon dont Jean-Paul Belmondo s’est accaparé le projet en tant qu’unique producteur via sa compagnie Cerito Films, alors que le film devait être produit par Jacques-Éric Strauss à qui Bebel avait racheté les droits. Philippe Labro évoque ce qui a « changé la donne » une fois que son comédien est finalement devenu son « patron ». Une collaboration qui s’est bien passée, si ce n’est une « colère d’acteur » de Belmondo qui a débarqué un jour sur le plateau en passant sa rage (inexpliquée selon Labro) sur les éléments du décor. Le réalisateur donne d’autres informations sur le tournage de son cinquième long métrage, à l’instar de ses références (Sam Peckinpah et de Guet-Apens en particulier), le titre envisagé (Des animaux dans la jungle), les partis pris, le casting (surtout Bruno Cremer en fait), la partition de Michel Colombier (qui lui avait été recommandé par Jean-Pierre Melville), l’accueil réservé à la sortie du film, qui a su depuis traverser les années et devenir un petit film culte.

L’Image et le son

L’élévation HD pour L’Alpagueur est aussi frappante que pour les très beaux Blu-ray de Peur sur la ville et du Corps de mon ennemi sortis chez le même éditeur. Fort d’un master au format respecté et d’une compression AVC qui consolide l’ensemble, ce Blu-ray n’est peut-être pas aussi net et précis que les deux autres titres mentionnés plus haut, mais la restauration est de haut niveau avec des contrastes appréciables, une copie propre, le grain argentique préservé, un piqué élégant et des détails qui étonnent souvent par leur précision, en particulier les gros plans. La photo hivernale, grisâtre, sombre du chef opérateur Jean Penzer (Le Diable par la queue, Sans mobile apparent, L’Incorrigible) donne parfois du fil à retordre à l’encodage avec son brouillard environnant et ses teintes fanées, mais le résultat est là, l’image affiche une indéniable stabilité et certaines séquences tirent leur épingle du jeu.

Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Michel Colombier dispose d’un très bel écrin. Mauvais point en revanche pour l’absence de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, tout comme celle d’une piste Audiodescription qui manque à l’appel.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Hit : le tueur était presque parfait, réalisé par Stephen Frears

THE HIT : LE TUEUR ÉTAIT PRESQUE PARFAIT (The Hit) réalisé par Stephen Frears, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : John Hurt, Tim Roth, Terence Stamp, Jim Broadbent, Laura del Sol, Bill Hunter, Fernando Rey

Scénario : Peter Prince

Photographie : Mike Molloy

Musique : Paco de Lucía, Eric Clapton, Roger Waters

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Willie Parker, un truand anglais, dénonce ses complices en échange de la liberté. Il vit incognito en Espagne, sous la surveillance d’un policier du coin. Dix ans plus tard, ses ex-complices sortent de prison ; ils engagent deux « professionnels », Braddock, le vétéran, et Myron, dont c’est la première mission. Ceux-ci enlèvent Parker et traversent l’Espagne en direction de Paris, poursuivis par la police. Parker, qui s’est préparé depuis dix ans à ce dénouement, reste d’un calme olympien et s’amuse à pousser ses ravisseurs à l’erreur.

Avant d’être révélé en 1985 par My Beautiful Laundrette, le réalisateur britannique Stephen Frears avait déjà mis en scène deux longs métrages, Gumshoe avec Albert Finney (1971) et The Hit (1984). Ce dernier, sorti en France sous le titre The Hit : Le Tueur était presque parfait, est un formidable road-movie existentiel, teinté d’humour noir et marqué par une violence sèche. Méconnu, The Hit ne manque pourtant pas de qualités, loin de là.

Devant un tribunal londonien, Willie Parker (Terence Stamp) témoigne contre ses complices dans un hold-up. En quittant la salle d’audience, il sait qu’au bout des dix ans d’incarcération dont ils ont écopé à cause de sa trahison, la vengeance sera terrible. Dix ans plus tard, deux tueurs à gages retrouvent sa trace en Espagne, où Parker, pensant ainsi leur échapper, s’était exilé. Ses bourreaux ont les traits de Braddock (John Hurt), un tueur chevronné et taciturne, et de Myron (Tim Roth), son jeune acolyte nerveux et impulsif. Une longue traversée de la péninsule ibérique commence en Mercedes Euro W111 blanche, car la mission des deux hommes consiste à rapatrier Willie en France. Le repenti attend, le sourire aux lèvres, une fin qu’il sait inéluctable.

Quel étrange film que The Hit ! Mais c’est justement cette singularité dans la filmographie dense et éclectique de Stephen Frears qui en fait sa rareté. Le casting quatre étoiles emporte déjà l’adhésion. A l’écran, Terence Stamp est aussi impérial que magnifique, John Hurt flippant dans le rôle du tueur quasi-mutique, Tim Roth, tout juste révélé par l’exceptionnel Made in Britain d’Alan Clarke, crève l’écran en petite frappe pas si éloignée de son rôle précédent (qui avait été proposé à Joe Strummer de The Clash), sans oublier la présence de la pulpeuse Laura del Sol dans le rôle de Maggie, otage récupéré sur la route et qui va se battre pour rester en vie, et celle de Fernando Rey, l’inspecteur qui mène l’enquête sur l’enlèvement de Parker, et dont nous n’entendrons jamais la voix. Présenté au Festival de Cannes en 1984 dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, The Hit foudroie par la virtuosité de la mise en scène (jeux à foison sur la profondeur, les focales, les angles), l’élégance de la photographie et par ses partis pris. Atypique, le film s’avère une profonde réflexion sur la mort, sur la façon dont l’individu l’appréhende et l’affronte le moment venu. Ainsi, Parker agace ses ravisseurs à cause de sa nonchalance et du sourire qu’il affiche sur le chemin qui le mène vers son exécution programmée. Derrière ses lunettes de soleil, Braddock semble déstabilisé par l’attitude de Parker, tandis que Myron, jeune chien fou, perd son sang-froid et s’exprime par la violence.

Pendant une dizaine d’années, Stephen Frears a essentiellement oeuvré à la BBC. Pourtant sa mise en scène est exceptionnelle et le cinéaste semble lui-même trouver sa propre voie en réalisant The Hit. Les mouvements de caméra sont sublimes et sophistiqués, et donnent un côté aérien à cette histoire pourtant terrible avec ces hommes qui tentent de mourir de la meilleure façon possible. Stephen Frears ne s’en cache pas, pour lui The Hit est une véritable comédie humaine, où tout le monde est logé à la même enseigne puisque personne n’échappera à la mort. Aux hommes de se préparer à l’inévitable. Comme il l’indique lui-même, Parker a eu une dizaine d’années pour se faire à l’idée, sachant que ses anciens complices feraient tout pour le retrouver et lui rendre la monnaie de sa pièce. Dans un sens, ses airs décontractés bouleversent Myron et Braddock qui ont fait du crime leur métier. Tout d’abord impitoyables, les deux tueurs vont peu à peu dévoiler quelques fissures. S’ils ne peuvent plus inspirer la peur, alors c’est toute leur raison d’être qui est remise en question.

Outre ce scénario intelligent écrit par le dramaturge et romancier Peter Prince et cette virtuosité formelle, n’oublions pas la musique traditionnelle de Paco de Lucía et sa guitare flamenco, y compris le générique signé Eric Clapton et Roger Waters, ainsi que la photo aride et lumineuse de Mike Molloy (Le Cri du sorcier) qui donne aux paysages espagnols un aspect désolé proche du western. Mystérieux, presque inclassable, passionnant, métaphysique, languissant, The Hit est loin d’être un simple polar et s’avère une immense réussite, une de plus, dans l’oeuvre de Stephen Frears.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de The Hit est édité chez Movinside qui pour l’occasion inaugure une nouvelle collection Suspense/Polar avec également les titres Don Angelo est mort de Richard Fleischer et Le Flic se rebiffe de Burt Lancaster et Roland Kibbee (déjà chroniqués). La jaquette reprend un des visuels originaux du film et s’avère très élégante. Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage et aucun supplément malheureusement.

L’Image et le son

Nous ne sommes pas déçus ! C’est avec un plaisir immense que nous découvrons ce film de Stephen Frears dans de pareilles conditions ! La colorimétrie s’impose par sa luminosité, le relief est très appréciable. Malgré un piqué émoussé, ainsi qu’un grain aléatoire et plus prononcé sur les séquences sombres, la photo riche et ouatée du chef-opérateur Mike Molloy est souvent excellemment restituée. La profondeur de champ est indéniable, certains gros plans étonnent par leur précision, la clarté est de mise, les contrastes probants, la copie stable (merci au codec AVC), sans oublier la restauration impeccable. Le master est débarrassé de toutes les scories possibles et imaginables. Ce Blu-ray est en format 1080p.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 instaurent un confort acoustique satisfaisant. Malgré des dialogues clairs et ardents, la piste française manque d’ampleur et en oublie parfois certaines ambiances annexes. C’est un peu mieux pour la version originale, plus homogène et équilibrée, même si les dialogues auraient mérité d’être revus à la hausse. Dans les deux cas, la propreté est là et aucun souffle n’a été constaté. L’éditeur joint également une piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 complètement anecdotique, avec une spatialisation décevante et des effets latéraux quasi-inexistants.

Crédits images : © Universal Pictures / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Flic se rebiffe, réalisé par Burt Lancaster et Roland Kibbee

LE FLIC SE REBIFFE (The Midnight Man) réalisé par Burt Lancaster et Roland Kibbee, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : Burt Lancaster, Susan Clark, Cameron Mitchell, Morgan Woodward, Harris Yulin, Robert Quarry, Joan Lorring, Ed Lauter

Scénario : Burt Lancaster, Roland Kibbee d’après le roman The Midnight Lady and the Mourning Man de David Anthony

Photographie : Jack Priestley

Musique : Dave Grusin

Durée : 1h59

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Après un séjour en prison pour avoir assassiné l’amant de sa femme, Slade, un ancien policier, trouve un petit boulot de gardien de nuit sur un campus universitaire. Il tente de mener à nouveau une vie normale et Linda, sa contrôleuse judiciaire, s’éprend même de lui. Malheureusement, une série de meurtres se produit dans l’université… Slade décide d’enquêter.

En 1954, bien qu’il ne soit pas crédité, Burt Lancaster cosigne la mise en scène du Roi des îles aux côtés de Byron Haskin. L’année suivante, il réalise officiellement son premier long métrage, L’Homme du Kentucky, western dans lequel il donne la réplique à Dianne Foster et Diana Lynn. Burt Lancaster attendra quasiment vingt ans pour repasser une dernière fois derrière la caméra. Le Flic se rebiffe, titre français à côté de la plaque pour le titre autrement plus beau et poétique en version originale The Midnight Man, est comme qui dirait un dernier baroud d’honneur pour la star vieillissante. S’il lui restait encore de fabuleuses aventures cinématographiques à venir, Violence et passion de Luchino Visconti, 1900 de Bernardo Bertolucci, L’Ultimatum des trois mercenaires de Robert Aldrich pour ne citer que ceux-là, Burt Lancaster a déjà l’essentiel de sa carrière derrière-lui, trente ans de métier, une quantité impressionnante de films et de chefs d’oeuvres tournés aux quatre coins du monde. Rétrospectivement, Le Flic se rebiffe, d’après la nouvelle The Midnight Lady and the Mourning Man de David Anthony, peut se voir comme le portrait d’un acteur quelque peu usé, paumé dans une décennie bouleversée, qui déambule dans un milieu où il n’a plus de repères et où il apparaît presque comme un anachronisme.

The Swimmer, immense chef d’oeuvre de Frank Perry, jouait déjà avec la mythologie Lancaster, le passage du temps, avec de nombreuses références aux films les plus célèbres du comédien. Ici, Burt Lancaster erre presque comme un spectre, dans un monde qui a perdu le sens des valeurs, même s’il souhaite démontrer qu’il en a encore sous le capot et qu’il n’est pas prêt à être envoyé à la casse. C’est ainsi que son personnage, Slade, ancien flic de la criminelle, mis au rebut après avoir tué l’amant de sa femme trouvé dans son propre lit, débarque dans une petite ville universitaire de la Caroline du Sud. Libéré sur parole, il a accepté un travail de gardien de nuit sur le campus, où il s’occupe de la tranche minuit-8h du matin. Il est recueilli chez un de ses meilleurs amis, Quartz, également ancien flic, joyeux drille et pince-sans-rire. Mais ce dernier est blessé au cours d’une arrestation qui tourne mal. La jambe dans le plâtre, il est alité. Slade commence à prendre ses nouvelles marques et rencontre Linda Thorpe (Susan Clarke et ses beaux yeux bleus), qui travaille étroitement avec la police et notamment le shérif Casey (l’excellent Harris Yulin, spécialiste de la rubrique « On ne sait jamais comment ils s’appellent »), non loin de l’université. Un matin, la fille du sénateur Clayborde (Morgan Woodward), étudiante sur le campus, est retrouvée assassinée. S’il n’a plus son insigne, Slade a conservé son instinct de flic et commence à recueillir quelques indices en parallèle de l’enquête de police. Il ne sait pas qu’il vient de mettre les pieds dans une affaire où il n’aurait pas dû intervenir. Toujours est-il qu’il n’hésitera pas à répondre à la violence par la violence s’il le faut.

Si Le Flic se rebiffe ne brille pas par sa mise en scène, également signée Roland Kibbee (scénariste de Vera Cruz), qui s’apparente plus à un téléfilm, The Midnight Man se regarde comme on lit un bon vieux polar à la couverture froissée et aux pages jaunies, un dimanche après-midi pluvieux, une tasse de thé à portée de main. Il y a tout d’abord le charme propre aux productions des années 1970 avec ce grain particulier, ses couleurs automnales, ses petites bourgades chichement éclairées, ses bars enfumés où les hommes seuls viennent noyer leur chagrin dans un verre de bière. Ensuite, il y a le pincement au coeur de voir l’une des plus grandes stars hollywoodiennes vieillir devant la caméra. Les yeux sont toujours brillants, mais le visage est marqué par la rosacée et les mains tachetées ne trompent pas sur les années qui ont passé.

Le Flic se rebiffe est un petit film bourré de charme, empreint d’une nostalgie qui émeut souvent, qui parvient à contenter les amoureux des histoires policières du style roman de gare avec un étonnant dénouement à tiroirs qui possède vraiment l’esprit d’une série noire. Heureusement, The Midnight Man, avec une mélancolie sous-jacente, la photographie duveteuse de Jack Priestley, la douce partition de Dave Grusin et la versatilité de ses personnages, parvient sans mal à se faire une place dans le coeur et même dans l’esprit des spectateurs.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Flic se rebiffe est édité chez Movinside qui pour l’occasion inaugure une nouvelle collection Suspense/Polar avec également les titres Don Angelo est mort de Richard Fleischer (déjà chroniqué) et The Hit de Stephen Frears. La jaquette reprend un des visuels originaux du film et s’avère très élégante. Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage et aucun supplément malheureusement.

L’Image et le son

Le film de Burt Lancaster et de Roland Kibbee n’était disponible qu’en import allemand. C’est donc une vraie rareté proposée par Movinside, d’autant plus que l’éditeur propose ce titre en Blu-ray. Malgré un grain aléatoire, heureusement conservé ceci dit, les scènes diurnes et nocturnes sont logées à la même enseigne et formidablement rendues avec ce master HD nettoyé de toutes défectuosités. Mis à part un générique un poil tremblant, les contrastes du chef opérateur Jack Priestley (Né pour vaincre), retrouvent une nouvelle densité. Les nombreux points forts de cette édition demeurent la beauté des gros plans, la propreté du master (hormis quelques points blancs), les couleurs ravivées, les noirs profonds et le relief des scènes en extérieur jour avec des détails plus flagrants. Quelques fléchissements de la définition, mais rien de rédhibitoire. Enfin, le film est proposé dans son format d’origine 1.85.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 sont propres, efficaces et distillent parfaitement la musique de Dave Grusin. La piste anglaise ne manque pas d’ardeur et s’avère la plus équilibrée du lot. Au jeu des différences, la version française, beaucoup moins dynamique, se focalise trop sur les dialogues au détriment de certaines ambiances et effets annexes. Aucun souffle constaté sur les deux pistes. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Universal / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr


Test Blu-ray / Don Angelo est mort, réalisé par Richard Fleischer

DON ANGELO EST MORT (The Don is Dead) réalisé par Richard Fleischer, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : Anthony Quinn, Frederic Forrest, Robert Forster, Al Lettieri, Angel Tompkins, Charles Cioffi

Scénario : Christopher Trumbo, Michael Butler d’après le roman The Don is Dead de Marvin H. Albert

Photographie : Richard H. Kline

Musique : Jerry Goldsmith

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Après le décès de Don Paolo, le chef de la mafia new-yorkaise, un Conseil réunissant les plus grandes familles du Milieu se réunit et désigne Don Angelo comme leur nouveau chef. Ce dernier prend sous sa protection Frank, le fils de Don Paolo et le désigne comme son héritier. Cet arrangement ne convient pas à Orlando, l’avocat d’un chef de famille rival et met tout en œuvre pour qu’une guerre éclate entre Don Angelo et Frank, guerre qui sera très sanglante…

L’immense Richard Fleischer (1916-2006) a déjà plus de trente longs métrages à son actif lorsqu’il réalise Don Angelo est mort – The Don is Dead en 1973. Alors qu’il s’attachait à décrire le quotidien professionnel et personnel d’une poignée de flic dans son film précédent, le merveilleux Les Flics ne dorment pas la nuit, le réalisateur de L’Etrangleur de Rillington Place et de Terreur aveugle, se penche ici sur l’autre côté de la loi, le monde de la mafia italo-américaine.

En (re)découvrant cet opus souvent oublié dans l’incroyable, prolifique et éclectique filmographie de Richard Fleischer, il est évident de constater que Don Angelo est mort découle tout naturellement du Parrain, sorti en 1971. De nombreuses séquences font d’ailleurs étrangement écho avec le chef d’oeuvre de Francis Ford Coppola, à tel point que cela en devient même troublant comme cette explosion de violence près des étals d’oranges ou bien encore un règlement de comptes chez le barbier. Mais Richard Fleischer est bien trop malin pour livrer un simple ersatz, ce qui lui a permis de survivre artistiquement dans cette décennie bousculée du 7e art.

Don Angelo (Anthony Quinn) règne en parrain vieillissant sur une puissante famille de la mafia. Son empire fait des envieux. Des rivaux montrent les dents. Le plus acharné de tous est Frank Regabulto (Robert Forster). Angelo et lui ont plus d’un compte à régler, en particulier en ce qui concerne une femme, Ruby, maîtresse de Frank et que Don Angelo a voulu aider pour lancer sa carrière de chanteuse. Devenu fou de jalousie, Frank s’en prend à Ruby, la frappe et l’envoie à l’hôpital. Attisée par la haine, la guerre se déchaîne entre les deux clans. Frank charge ses deux tueurs à gages, les frères Fargo, pour liquider le vieux Don. Mais Angelo, étroitement protégé par ses hommes, n’entend pas se laisser abattre facilement. Ses fidèles rendent coup pour coup. L’exécution du contrat se révèle meurtrière pour Frank et ses hommes.

Avant d’entamer le tournage de Soleil vert, un de ses plus grands et célèbres films, Richard Fleischer démontre une fois de plus son don et sa virtuosité pour passer d’un genre à l’autre. Sur un scénario de Christopher Trumbo et Michael Butler, d’après le roman The Don is Dead de Marvin H. Albert, le cinéaste dépeint un univers en s’attachant au moindre détail, ce qui a toujours fait sa renommée, avec parfois une dimension quasi-documentaire quand sa caméra portée s’immisce au cours d’une transaction drogue/argent, créant ainsi une tension permanente. A l’instar des Flics ne dorment pas la nuit et malgré la présence d’Anthony Quinn en haut de l’affiche dont le personnage donne son nom au titre du film, il n’y a pas de personnage principal dans Angelo est mort. Richard Fleischer passe de l’un à l’autre, jouant avec l’empathie du spectateur qui ne sait pas à quel protagoniste se raccrocher. Ainsi le metteur en scène présente tout d’abord Frank et ses portes flingues, les frères Fargo, Tony (Frederic Forrest) et Vince (Al Lettieri, qui sortait justement du Parrain), avant de passer à la séquence où les trois clans sont réunis pour désigner qui va prendre la succession du chef de la mafia. Le cinéma de Richard Fleischer est fait d’archétypes. Après cette introduction quasi-muette, le réalisateur présente donc chacun des personnages : Don Angelo DiMorra, Tony, Vince, Frank, Luigi, Mitch, Joe…ils sont tous là et leur fonction est désignée. Il y a les chefs, les hommes de main, les consiglieri. Ce procédé permet à Richard Fleischer de pouvoir commencer à peindre les portraits de tous ces acteurs, quel que soit leur rôle dans les diverses organisations.

Ces hommes, pères de famille, mari, amants, fils de, font partie du monde du crime. Certains espèrent devenir calife à la place du calife, à l’instar de Frank qui souhaiterait prendre la suite de son père récemment décédé, sans avoir le charisme ou l’expérience nécessaires, tandis que Tony – proche cousin de Michael Corleone – voudrait lui prendre ses distances avec l’organisation. Mais comme bien souvent dans ce milieu, un homme ambitieux que personne ne soupçonne prépare un coup en faisant en sorte que toutes ces organisations s’affrontent, afin de mieux en récolter les fruits. Et quoi de mieux que d’utiliser une femme pour déclencher une guerre interne.

Richard Fleischer suit le schéma du Parrain. Si ces hommes tentent de parler avant d’agir, les désirs refoulés prennent le dessus sans crier gare et engendrent une réaction en chaine d’actes violents et irréparables. Les scènes en famille tournées avec une vraie douceur contrastent avec la vendetta impitoyable à laquelle se livrent les personnages à l’instar de ce passage à tabac à coup de batte de baseball au milieu du désert, scène qui a sûrement inspiré Martin Scorsese pour le lynchage de Joe Pesci dans Casino. Le tournage en studio, qui a été très critiqué à la sortie du film, rajoute pourtant une touche au monde à part dans lequel déambulent les personnages, comme un Disneyland pour criminels.

Tout le monde est logé à la même enseigne dans Don Angelo est mort, véritable film choral à la mise en scène impeccable et élégante, interprétée par des acteurs aux tronches inoubliables. Techniquement irréprochable avec Richard H. Kline à la photographie et Jerry Goldsmith à la musique, The Don is Dead est un polar bien carré, une série B assumée et dissimulée dans l’ombre d’autres oeuvres majestueuses, pas une fresque mais plusieurs tranches de vies entremêlées. Comme il n’y a pas de « petits » Richard Fleischer – non, je ne parlerai pas de Conan le destructeur ni de Kalidor – la légende du talismanDon Angelo est mort est donc à connaître absolument.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Don Angelo est mort est édité chez Movinside qui pour l’occasion inaugure une nouvelle collection Suspense/Polar. La jaquette reprend un des visuels originaux du film et s’avère très élégant. Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage et aucun supplément malheureusement. Mais la sortie d’un film de Richard Fleischer – en Haute-Définition qui plus est – est déjà un cadeau à part entière.

L’Image et le son

La qualité de ce nouveau master restauré HD convainc et redonne un certain panache à Don Angelo est mort, qui n’était alors disponible qu’en import. Les contrastes affichent une belle densité, la copie restaurée est propre et stable, même si les séquences en basse lumière perdent en détails. Le piqué est satisfaisant et de nombreux éléments jouissent de l’élévation HD (Blu-ray au format 1080p) sur les plans diurnes en extérieur. Alors certes, tout n’est pas parfait, quelques flous sporadiques font leur apparition, une ou deux séquences sont plus altérées et la définition a tendance à flancher, mais ces menus accrocs restent anecdotiques compte tenu de la clarté, du grain cinéma respecté, des couleurs pimpantes, des noirs denses et du relief parfois inattendu. Enfin, l’ensemble est consolidé par une compression AVC de haute tenue.

La version originale bénéficie d’un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 nettement plus performant que la piste française encodée de la même façon. Pour la première option acoustique, l’espace phonique se révèle probant, la composition de Jerry Goldsmith jouit d’une belle ouverture, le confort est concret, et les dialogues, malgré certaines saturations, demeurent clairs et nets. De son côté, la version française apparaît beaucoup plus feutrée avec des voix sourdes et des effets annexes très pauvres. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre.

Crédits images : © Universal / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Gang Anderson, réalisé par Sidney Lumet

LE GANG ANDERSON (The Anderson Tapes) réalisé par Sidney Lumet, disponible en DVD et Blu-ray 13 juin 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Sean Connery, Dyan Cannon, Martin Balsam, Ralph Meeker, Alan King, Christopher Walken

Scénario : Frank R. Pierson d’après le roman de Lawrence Sanders

Photographie : Arthur J. Ornitz

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

A sa sortie d’une peine de dix ans de prison, le cambrioleur Duke Anderson retrouve sa maîtresse dans un hôtel de luxe. Reformant un gang avec l’aide d’un homme d’affaires baignant dans la mafia, il organise la mise à sac de l’immeuble et de ses richissimes occupants. Malheureusement, Duke est suivi par plusieurs équipes de surveillance qui en veulent aux personnages qu’il engage pour ce braquage de grande envergure…

Même les plus grands ont besoin d’une récréation ! C’est le cas du Dossier Anderson (titre français) aka Le Gang Anderson (titre belge) aka The Anderson Tapes (titre original), réalisé en 1971 par le grand, par le maître Sidney Lumet (1924-2011), sur un scénario de Frank Pierson (Luke la main froide, Un après-midi de chien) d’après le roman de Lawrence Sanders publié en 1969. Depuis 12 hommes en colère, son premier long métrage et coup d’essai-coup de maître en 1957, le cinéaste a quasiment signé un film par an, ce qu’il fera d’ailleurs durant toute sa carrière. Il rencontre Sean Connery en 1965 pour La Colline des hommes perdus et c’est un coup de foudre artistique réciproque entre les deux hommes. Sidney Lumet est le premier à vouloir emmener le comédien loin du personnage de James Bond, ce que désire Sean Connery qui commence à se demander si sa carrière pourra survivre après avoir rendu le Walther PPK.

Sous contrat avec la United Artists depuis James Bond contre Dr No, Sean Connery se tourne vers sa société de distribution qui lui propose alors un marché. Suite aux chiffres décevants du dernier opus Au service secret de sa Majesté (avec son remplaçant George Lazenby), la United Artists demande à Sean Connery de reprendre sa panoplie de super agent pour Les Diamants sont éternels, en échange de quoi elle s’engage à lui laisser carte-blanche pour deux films indépendants de son choix. Un salaire d’1,250,000 $ est alors posé sur la table plus un pourcentage sur les recettes de cet « ultime » épisode pour le comédien rentrant par ailleurs dans le Livre des records. Sean Connery accepte bon gré mal gré et emmène son smoking au pressing. Parallèlement, Sidney Lumet souhaite retrouver l’acteur écossais pour son nouveau film, Le Gang Anderson (nous utiliserons ce titre pour coller avec l’actualité DVD-Blu-ray) dans lequel il interprète un homme, Duke Anderson donc, libéré de prison après avoir purgé une peine de dix ans. Il retrouve sa maîtresse, Ingrid (Dyan Cannon, vraiment canon d’ailleurs), qui habite un luxueux appartement new-yorkais, dans un immeuble de grand standing. L’idée germe, dans l’esprit de Duke, voleur professionnel, d’un coup fabuleux qui devrait lui rapporter dix millions de dollars : piller la totalité de l’immeuble, trois étages, six appartements. Il commence à recruter ses hommes, pour la plupart ses anciens camarades de cellule : Tommy (Martin Balsam, formidable), un antiquaire homosexuel, chargé de se rendre sur place pour évaluer le mobilier de chacun des locataires, le Kid (Christopher Walken dans son premier vrai rôle au cinéma), expert en électricité, et Spencer (Dick Anthony Williams, la classe décontractée), conducteur chevronné et activiste des Black Panthers. Mais pendant la captivité de Duke, les technologies ont évolué. Le gangster commence les préparatifs sans se douter qu’il est épié – malgré lui – par un système de vidéo-surveillance omniprésent. Les caméras et les systèmes d’écoute enregistrent tous ses déplacements et ses conversations. Le plus ironique, c’est que cet espionnage est illégal et que les institutions (les stupéfiants, la brigade des fraudes fiscales…) qui en sont à l’origine se demandent même pourquoi elles enregistrent cela.

Comme nous le disions en début de critique, Le Gang Anderson est un film qui peut paraître plus léger dans l’immense, prolifique et éclectique filmographie de Sidney Lumet, surtout quand on le compare à d’autres opus comme Serpico ou bien encore le méconnu Equus. Toutefois, il serait faux de penser que Le Gang Anderson est un film où Sidney Lumet se laisse aller, car même si les personnages sont effectivement moins esquissés que d’habitude, le montage (virtuose, qui joue sur la temporalité des événements), la photographie, le cadre (les rues de New York vues par Lumet !), la direction d’acteurs, la mise en scène, tout y est exemplaire. D’un côté Sidney Lumet livre un film très distrayant. Il rend immédiatement attachant cette bande qui sort de prison et qui décide de « remettre ça » en peaufinant un coup financé par la mafia locale. Mais le réalisateur en profite pour dénoncer l’omniprésence des moyens de surveillance et l’espionnage au quotidien.

Oeuvre hybride, film de casse et à la fois film expérimental, Le Gang Anderson montre un réalisateur soucieux de distraire ses spectateurs, tout en l’informant et en le questionnant sur un fléau qui n’en était pourtant qu’à ses balbutiements. Au cadre parfois étrange, pour ne pas dire déroutant, se lie la musique funky-électro signée Quincy Jones, qui renforce le côté technologique de l’entreprise. Bien qu’il ne bénéficie pas du prestige d’autres films de son auteur, Le Gang Anderson n’a jamais été autant d’actualité qu’au XXIe siècle avec les révélations d’Edward Snowden et s’avérait même prophétique, puisque le scandale du Watergate éclatait quelques mois après la sortie du film. Sidney Lumet et Sean Connery se retrouveront l’année suivante pour leur chef d’oeuvre en commun, l’ambitieux et radical The Offfence, que la France ne découvrira que 35 ans après…

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Gang Anderson, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Trois présentations du film de Sidney Lumet pour le prix d’une ! Si elles se recroisent forcément à travers certains arguments identiques, ces trois interviews parviennent heureusement à se compléter suffisamment. Notre préférence se tourne vers celle de Bertrand Tavernier (20’), qui loue la brillante réussite du Gang Anderson, même si le film n’a pas la même profondeur psychologique que les autres opus de Sidney Lumet et que l’action prime sur le développement des personnages. Bertrand Tavernier indique que le film est sans doute encore meilleur aujourd’hui qu’à sa sortie, critique par erreur le choix de faire incarner un américain à Sean Connery (alors qu’une réplique montre bien que le personnage est britannique), tout en analysant la façon dont le cinéaste traite du thème de la surveillance et son caractère prophétique, un an avant le Watergate. Bertrand Tavernier se penche sur le casting et les personnages, et clôt cet entretien en disant avec le sourire que « c’est un film que devrait voir Christian Estrosi et dont la ressortie en DVD était nécessaire ».

L’historien du cinéma Patrick Brion prend ensuite le relais (7’). Plus concis, ce dernier aborde tout d’abord les thèmes du Gang des Anderson. Puis Patrick Brion se rappelle avoir été bluffé par le sujet et le montage à la sortie du film, avant d’avouer avoir été un peu déçu en le revoyant à l’occasion de cette sortie en DVD-Blu-ray. Notre interlocuteur pointe notamment des effets qui ont selon lui vieilli. Soucieux de l’effet que pourrait causer son avis auprès des spectateurs, Patrick Brion évoque ensuite quelques sommets de la carrière de Sidney Lumet, dont Point limiteFail Safe (1964) qu’il souhaite réhabiliter et qui n’avait pas fait grand bruit à sa sortie.

Dans le dernier entretien de cette édition, François Guérif (6’) parle tout d’abord du roman de Lawrence Sanders, publié en 1969, avant d’analyser lui aussi les thèmes du Gang des Anderson. Il s’agit probablement du module le plus facultatif en raison de ses arguments quelque peu redondants.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie d’affiches.

L’Image et le son

Le Gang Anderson était jusqu’alors disponible dans une édition DVD sortie en 2002 chez Sony Pictures, aujourd’hui épuisée. Les nombreux aficionados du film de Sidney Lumet vont être ravis d’apprendre que Le Gang Anderson fait désormais peau neuve en Haute-Définition (Blu-ray au format 1080p) chez Sidonis Calysta ! Avouons le d’emblée, le transfert n’est pas irréprochable, même si le master paraît très propre et même dépourvu de déchets résiduels. En revanche, le grain original a parfois été trop lissé à notre goût et les visages s’avèrent étrangement rosés, pour ne pas dire franchement saumonés à plusieurs reprises, surtout sur les séquences en intérieur. Heureusement, les détails ne manquent pas, le piqué est ciselé et la clarté est plaisante. Alors même si la restauration ne semble pas récente, la promotion HD sied à merveille à toutes les scènes en extérieur, plus équilibrées et mieux contrastées, à l’instar de l’assaut final.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 distillent parfaitement la musique de Quincy Jones et les étranges effets sonores. Néanmoins, la piste française se focalise sans doute trop sur le report des voix, au détriment des ambiances annexes. La piste originale est très propre, sans souffle, dynamique et suffisamment riche pour instaurer un très bon confort acoustique. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue impossible à la volée.

Crédits images : © Columbia Pictures / Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Tuez Charley Varrick !, réalisé par Don Siegel

TUEZ CHARLEY VARRICK ! (Charley Varrick) réalisé par Don Siegel, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre le 28 juin 2017 chez Wild Sild Vidéo.

Acteurs : Walter Matthau, Joe Don Baker, Felicia Farr, Andrew Robinson, Sheree North, Norman Fell, Jacqueline Scott

Scénario : Howard Rodman, Dean Riesner d’après le roman de John Reese, Les Pillards (The Looters)

Photographie : Michael C. Butler

Musique : Lalo Schifrin

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Au Nouveau Mexique. Charley Varrick, sa femme et deux complices braquent une petite banque locale. Le hold-up tourne mal et des coups de feu sont échangés entre les bandits et la police. Réalisant qu’ils ont dérobé une somme colossale, disproportionnée par rapport à la modestie de l’établissement, Charley Varrick soupçonne aussitôt l’argent d’appartenir à la mafia…

C’est un film qui n’avait pas fait grand bruit à sa sortie en 1973 et qui est aujourd’hui devenu très prisé par les cinéphiles. Tuez Charley Varrick !Charley Varrick en version originale et un temps envisagé sous le titre The Last of the Independents, renvoyant au slogan de l’entreprise du personnage principal (et finalement utilisé comme tagline de l’affiche principale), est réalisé par Don Siegel (1912-1991) après le triomphe international de L’Inspecteur Harry. Polar violent, drôle et émouvant, Tuez Charley Varrick ! offre à Walter Matthau un de ses rôles emblématiques, même si très éloigné des comédies qui ont fait sa renommée aux côtés de son comparse Jack Lemmon. Loin d’être un contre-emploi puisque l’acteur avait déjà participé à quelques drames et films sombres, le personnage de Charley Varrick n’est pas immédiatement attachant, mais la bonhommie naturelle et le visage buriné de Walter Matthau emportent l’adhésion par petites touches.

Antihéros comme les affectionnait Don Siegel, Charley Varrick n’est qu’un bonhomme dans la foule qui a décidé d’en venir au braquage pour s’en sortir. Ancien cascadeur de métier avec sa femme Nadine, devenu un modeste chef d’entreprise d’épandage d’insecticides, il décide d’attaquer une petite banque au Nouveau-Mexique avec l’aide de plusieurs complices, dont Harman, un jeune homme nerveux et porté sur la bouteille. Mais l’opération tourne au désastre : Nadine est tuée, ainsi qu’un autre de la bande. Les rescapés prennent la fuite. A leur grande surprise, Charley et Harman découvrent que le magot empoché va bien au-delà des quelques milliers de dollars envisagés. Le total se porte à 750.000 dollars, en réalité dérobés à la pègre qui utilisait la banque comme tirelire. L’organisation criminelle lance à leurs trousses une impitoyable brute, Molly. Pour sauver sa peau, Varrick se met en tête de restituer l’argent, ce qui ne plaît évidemment pas à Harman.

Tuez Charley Varrick ! est une course contre la montre menée à cent à l’heure, du moins dans sa première partie, véritable leçon de mise en scène, de montage, de cadrage et de rythme. Du générique, superbe, estampillé « A Siegel Film », montrant la petite vie qui s’anime à l’aube, dans une petite bourgade, en passant à l’introduction des personnages, la tension qui monte, le braquage, la poursuite, l’adieu à Nadine, les spectateurs en prennent plein les yeux. Après, Tuez Charley Varrick ! adopte un rythme plus apaisé, malgré une tension maintenue. Sous ses airs patauds, taiseux et détachés, la bouche ruminant sans cesse un chewing-gum, Varrick renferme une volonté de s’en sortir et s’avère même un froid calculateur, n’hésitant pas à se servir de son dernier acolyte comme appât (excellent Andrew Robinson, le mythique Scorpio de L’Inspecteur Harry), afin d’attirer le mercenaire Molly, campé par un Joe Don Baker (Luke la main froide, Demain ne meurt jamais) complètement allumé, vicieux et glaçant, avec sa pipe vissée à la bouche et le stetson sur la tête. Tuez Charley Varrick ! prend ensuite la forme d’une succession de rencontres, donnant au film un aspect documentaire de la vie rurale. Chaque personne vers qui se tourne Charley Varrick, s’avère ambitieuse, attirée par le fric, prête à dénoncer s’il y a quelques dollars à se faire. C’est le cas du vieil armurier handicapé ou encore de la photographe sexy qui fabrique à l’occasion des faux papiers. Pris au dépourvu par le magot emporté, Charley Varrick va être obligé d’improviser. C’est là le génie de Don Siegel d’avoir confié le rôle à Walter Matthau, dont la trogne ne laisse rien passer en apparence, mais dont on ne doute jamais du bouillonnement intérieur.

En fait, Don Siegel parvient à faire perdre ses repères aux spectateurs en adoptant un rythme plus posé, tout en renforçant la menace qui pèse sur Varrick et son complice avec le personnage de Molly qui se rapproche petit à petit de leur caravane, grâce aux appels passés à la mafia par ceux qui ont croisés la route du braqueur. On ne comprend pas ce que Varrick prépare ou même s’il possède une porte de sortie. Il faut pour cela attendre le dernier acte hallucinant de la poursuite entre une voiture et un biplan pulvérisateur dans le décor d’une casse de bagnoles. Don Siegel agrippe alors le spectateur et parvient à renverser la vapeur en découpant son film de façon plus brutale, tandis que la partition de l’immense Lalo Schifrin s’emballe et se décompose même en deux temps. Jusqu’au dénouement complètement inattendu et qui boucle la boucle en se terminant sur la même image qui ouvrait alors le film, tandis que le dernier des indépendants perd définitivement son identité pour pouvoir survivre. Chaque élément du scénario, du plan de Varrick donc, était à sa place.

Rollercoaster cinématographique et Rolls-Royce de la série B, souvent cachée dans l’ombre de L’Inspecteur Harry, Tuez Charley Varrick ! est une œuvre riche, captivante et intelligente, qu’on a beau connaître par coeur, mais qu’on a de cesse de redécouvrir avec toujours autant de plaisir.

LE BLU-RAY

Le test a été réalisé sur un check-disc. Cette édition de Tuez Charley Varrick ! se compose du Blu-ray et du DVD du film, ainsi que d’un livre exclusif de 180 pages, spécialement écrit par Doug Headline (co-fondateur de la revue Starfix), illustré de photos d’archives rares. Le menu principal est animé et musical.

Pour accompagner le film, l’éditeur propose un formidable documentaire rétrospectif intitulé Le Dernier des indépendants (2014, 72’), qui croise les interventions du compositeur Lalo Schifrin, Kristoffer Tabori (fils de Don Siegel), Howard A. Rodman (fils du coscénariste Howard Rodman), des comédiens Andrew Robinson (Harman) et Jacqueline Scott (Nadine), ainsi que du cascadeur Craig R. Baxley. Ces témoignages passionnants permettent d’en savoir évidemment plus sur les conditions de tournage et de production de Tuez Charley Varrick !, mais aussi sur la méthode de Don Siegel. Un portrait franc et nuancé du cinéaste se dessine tout au long de ces 72 minutes, bien illustré par quelques photos de plateau et portraits. Chaque intervenant s’exprime sur leur collaboration avec Don Siegel et Walter Matthau, la mise en scène, les thèmes du film, et bien d’autres éléments qui devraient ravir les cinéphiles.

Que ceux qui possèdent l’ancienne (et très bonne) édition DVD sortie chez Bac Films la conservent, puisque nous ne retrouvons pas l’excellente analyse du film par le regretté Alain Corneau sur ce Blu-ray.

L’Image et le son

Ce nouveau master restauré HD de Tuez Charley Varrick ! brille souvent de mille feux et s’impose comme une grande réussite technique à ajouter au palmarès de l’éditeur. Le cadre offre une profondeur de champ très plaisante, le piqué est acéré, la stabilité jamais démentie, les contrastes soignés. Si les noirs manquent parfois de stabilité et la définition vacille quelque peu sur les séquences sombres, la colorimétrie retrouve un éclat et une chaleur bienvenus sur les scènes diurnes. Les gros plans sont souvent épatants (les traits creusés de Walter Matthau entre autres), les détails abondent et la gestion du grain est épatante. C’est beau, c’est carré, c’est élégant.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 Surround sont propres et distillent parfaitement la musique de Lalo Schifrin. La piste anglaise (avec les sous-titres français imposés) est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages. Au jeu des différences, la version française s’avère plus chuintante et couverte, avec certaines ambiances et d’autres effets annexes qui peinent à se faire entendre quand on compare avec la piste anglaise. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel.

Crédits images : © Wild Side / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Port de la drogue, réalisé par Samuel Fuller

LE PORT DE LA DROGUE (Pickup on South Street) réalisé par Samuel Fuller, disponible en DVD et Blu-ray le 9 mai 2017 chez ESC Editions

Acteurs : Richard Widmark, Jean Peters, Thelma Ritter, Murvyn Vye, Richard Kiley, Willis Bouchey

Scénario : Samuel Fuller d’après une histoire originale de Dwight Taylor

Photographie : Joseph MacDonald

Musique : Leigh Harline

Durée : 1h17

Date de sortie initiale : 1953

LE FILM

Dans le métro, Candy se fait voler son portefeuille par Skip Mc Coy, un pickpocket aguerri. Des policiers qui suivaient la jeune femme soupçonnée d’être une agent de liaison communiste, assistent à la scène sans pouvoir intervenir. De retour chez lui, Mc Coy découvre que le portefeuille contient un microfilm. Policiers et communistes vont essayer de le récupérer.

Chef d’oeuvre absolu et inoubliable de l’histoire du cinéma et du film noir, Le Port de la droguePickup on South Street est réalisé par Samuel Fuller (1912-1997) en 1953, qui signe ici son sixième long métrage. Si les cinéphiles qui visionneront le film pour la première fois en version originale se demandent d’où provient la signification du titre français alors que l’intrigue ne mentionne jamais de trafic de stupéfiant, la réponse est politique. La version française du film ne parle plus de vilains espions communistes (alors à la mode dans le genre), mais de trafiquants de drogue. A l’époque, le Parti Communiste français représentait un électorat très important, qu’il ne fallait pas effaroucher. D’où cette adaptation qui a également eu lieu en Allemagne. Concentrons-nous alors sur Pickup on South Street plutôt que sur “Le Port de la drogue”.

Le film plonge immédiatement le spectateur dans le métro bondé et étouffant de New York à l’heure de pointe. Un pickpocket vole le portefeuille de Candy – scène à l’érotisme trouble, sans aucun dialogue, une pure leçon de cadre et de montage – une jeune femme soupçonnée par la police de faire partie d’un réseau d’agents communistes. Candy, affolée, se précipite dans une cabine téléphonique pour prévenir son patron, Joey. Elle apprend que le portefeuille contient un microfilm, dont les informations, ultra-secrètes, sont de première importance. Joey donne à Candy l’adresse d’une indicatrice, Moe Williams, qui connaît bien la pègre new-yorkaise. De son côté, la police tente de récupérer le document et d’identifier le voleur à la tire. Il s’agit d’un certain Skip McCoy.

Tourné en trois semaines, Pickup on South Street, inspiré d’une intrigue de Dwight Taylor, est sans doute le plus grand, le plus beau, le plus intense (on peut continuer longtemps comme ça) des films de Samuel Fuller. La mise en scène virtuose et lyrique, les dialogues percutants, la splendide photographie de Joe MacDonald, la musique jazzy et syncopée de Leigh Harline, son rythme effréné et nerveux (77 minutes sans aucun temps mort) et bien sûr l’immense interprétation subjuguent du début à la fin. L’insolent personnage de Skip McCoy, c’est bien évidemment le grand Richard Widmark, galurin vissé sur la tête, sourire en coin et moqueur, qui crève ici l’écran. Découvert en 1947 dans Le Carrefour de la mortKiss of death de Henry Hathaway, Richard Widmark a ensuite très vite enchaîné avec La Ville abandonnée de William Wellman, La Furie des tropiques d’André De Toth, Okinawa de Lewis Milestone, La Porte s’ouvre de Joseph L. Mankiewicz, Panique dans la rue d’Elia Kazan. Il a également retrouvé Henry Hathway deux fois (Les Marins de l’Orgueilleux et La Sarabande des pantins) avant de se voir offrir le premier rôle dans Pickup on South Street. Sa démarche décontractée, sa facilité à jouer des poings (même avec les femmes), son répondant mordant, contrastent avec la personnalité en réalité complexe de son personnage Skip McCoy. Comme les autres protagonistes du film, Skip n’aspire qu’à survivre et pour lui, le seul moyen d’y parvenir est de détrousser celles et ceux qu’il croise dans les transports en commun. Déjà condamné trois fois, il sait qu’il risque gros s’il est à nouveau arrêté. Autant dire que son dernier larcin qui pouvait paraître “innocent” au premier abord va le conduire là où il était loin de l’imaginer.

Loin d’être “une oeuvre de propagande” – ce que la critique américaine lui a reproché – et plutôt que de se focaliser sur un seul personnage, Samuel Fuller passe de protagoniste en protagoniste, pour finalement dresser le portrait de marginaux et de laissés pour compte dans un quartier pauvre de New York où la violence est omniprésente. Ancien journaliste qui a largement écumé les bas fonds de la Grosse Pomme, le réalisateur prend tout autant de soin pour montrer les rues crasseuses – en s’inspirant ouvertement du néoréalisme de Rome ville ouverte de Roberto Rossellini – que pour décrire le quotidien de Skip McCoy dans sa cahute minable au bord de la rivière, qui lorgne sur le réalisme poétique. Même chose pour Candy, sensuelle Jean Peters, dont on aimerait également caresser l’ovale du visage, prostituée en quête d’indépendance et pour Moe, merveilleusement interprétée par Thelma Ritter, très justement nommée pour l’oscar du meilleur second rôle. Cette femme d’un certain âge, si elle n’a pas réussi sa vie en vendant quelques cravates, souhaite réussir sa mort. Grâce aux indices qu’elle donne à la police, elle se constitue une petite épargne – le coût de ses renseignements suit l’inflation – pour pouvoir se payer un caveau de luxe où elle pourra reposer en paix. Mais au-delà des destins individuels, la solidarité entre démunis et le sens de l’honneur existent. Alors quand quelque chose arrive à Moe, McCoy change de ton.

C’est là l’immense réussite de Pickup on South Street. Une histoire d’espionnage avec des personnages ambigus, on ne peut plus humains, sans jamais omettre l’émotion, l’humour (grinçant) et l’étude sociale, tout cela en faisant battre le coeur des cinéphiles désarmés devant tant de beauté, d’invention et de modernité. La perfection.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Port de la drogue, disponible chez ESC Editions, repose dans un très élégant boîtier classique de couleur noire. La jaquette estampillée « Hollywood Legends » ne manque pas de classe. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur joint une présentation et une analyse du film qui nous intéresse par Mathieu Macheret, critique cinéma pour Le Monde (21’). S’il n’évite pas quelques redondances, l’intervenant décortique habilement le chef d’oeuvre de Samuel Fuller. Mathieu Macheret replace le film dans la carrière du cinéaste (le troisième pour la Fox), évoque la raison de l’adaptation française, avant de se focaliser sur la forme et les personnages. Notre interlocuteur ne manque pas de qualificatifs – sensuel, magnifique, incroyable, dynamique, inventif, percutant, violent – et d’arguments, même s’il paraphrase parfois certaines séquences clés, pour défendre une œuvre qui lui tient particulièrement à coeur. On le comprend !

L’Image et le son

Le Port de la drogue avait bénéficié d’une édition DVD chez Carlotta Films en 2004, avant de ressurgir dans le même format chez ESC Editions en novembre 2015. Le même éditeur propose cette fois le film en Haute-Définition avec un Blu-ray au format 1080p. Sublime ! Ce master restauré 4K par la Fox est présenté au format respecté 1.33 est on ne peut plus flatteur pour les mirettes. Tout d’abord, le splendide N&B de Joseph MacDonald (La Poursuite infernale, Niagara, La Lance brisée, La Maison de bambou) retrouve une densité inespérée dès l’ouverture. La restauration est indéniable, aucune poussière ou scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’image est d’une stabilité à toutes épreuves. Les contrastes sont fabuleux et le piqué n’a jamais été aussi tranchant. Le grain original est présent, sans lissage excessif, ce qui devrait rassurer les puristes. Hormis quelques plans plus flous, le cadre fourmille de détails, les fondus enchaînés n’entraînent pas de décrochages et cette superbe copie participe à la redécouverte de ce chef d’oeuvre de Samuel Fuller. Une des éditions incontournables de l’année 2017 !

L’éditeur nous propose les versions anglaise et française du Port de la drogue, disponibles en DTS HD Master Audio 2.0. Passons rapidement sur cette dernière, beaucoup moins dynamique, plus étouffée, qui a semble-t-il été sauvée et proposée en guise de curiosité pour les cinéphiles. Un panneau en introduction indique d’ailleurs que la qualité demeure médiocre. La version originale, évidemment plus homogène et naturelle, très propre, est disponible sans souffle parasite et le confort acoustique est largement assuré. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Twentieth Century Fox Film Corporation / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Cynique, l’Infâme et le Violent, réalisé par Umberto Lenzi

LE CYNIQUE, L’INFÂME, LE VIOLENT (Il Cinico, l’infame, il violento) réalisé par Umberto Lenzi, disponible en combo DVD/Blu-ray le 18 mars 2017 chez The Ecstasy of Films

Acteurs : Maurizio Merli, Tomás Milián, John Saxon, Renzo Palmer, Gabriella Lepori, Claudio Undari, Bruno Corazzari

Scénario : Ernesto Gastaldi, Dardano Sacchetti, Umberto Lenzi d’après une histoire originale de Sauro Scavolini

Photographie : Federico Zanni

Musique : Franco Micalizzi

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Luigi Maietto, dit  ”le Chinois” , jeune truand cynique et ambitieux, vient de s’évader de prison. Son premier souhait est de faire mordre la poussière au responsable de sa condamnation à vie, l’ex-commissaire de police Leonardo Tanzi, en lui envoyant deux tueurs. En dépit de graves blessures, il se fait passer pour mort et se cache à Rome pour y donner la chasse à son persécuteur. Le Chinois, qui se croit débarrassé, a repris son activité au sein de la pègre organisée, en s’associant au « boss » italo-américain Frank Di Maggio pour mieux régner en maître sur la Mafia romaine. Tanzi monte un plan machiavélique pour anéantir Le Chinois en l’opposant à Di Maggio. Une guerre sans merci va débuter.

Au cours des années 70, l’Italie subit les revendications politiques des Brigades Rouges et vit ce que l’on appellera plus tard ses « années de plomb » . Reflet social, le cinéma va exprimer cette violence dans une vague de polars urbains âpres et cruels. Fortement inspirés par des films comme L’inspecteur Harry (1971), Un justicier dans la ville (1974) ou encore French Connection (1971), les réalisateurs Enzo G. Castellari, Fernando Di Léo, Umberto Lenzi, et bien d’autres, vont faire mettre en images violence, vengeance et justice. Franco Nero, Tomás Milián, Fabio Testi, ou Maurizio Merli, vont camper les flics, voyous, mafieux, escrocs ou justiciers, pour le plus grand bonheur des spectateurs.

Celui qui nous intéresse ici est Le Cynique, l’Infâme et le Violent Il cinico, l’infame, il violento (et même The Cynic, the Rat and the Fist en anglais !) réalisé par le prolifique Umberto Lenzi (Maciste contre Zorro, Kriminal, Le tueur à l’orchidée) avec le mythique Tomás Milián, comédien cubain qui alternait les séries B lucratives et les films d’auteur chez Mauro Bolognini, Alberto Lattuada, Valerio Zurlini, Liliana Cavani, Bernardo Bertolucci, Michelangelo Antonioni. A l’heure où certaines villes italiennes sont ratissées par certains gangs organisés et les petits commerçants pillés de toutes parts, Le Cynique, l’Infâme et le Violent agit comme un véritable défouloir dans les salles de cinéma en 1977.

Triomphe public, ce thriller violent n’a sans doute pas l’audace de Big Racket d’Enzo G. Castellari, mais n’en demeure pas moins un reflet de l’Italie d’alors et n’a rien perdu de sa férocité aujourd’hui. Porté par le charisme animal de Tomás Milián d’un côté, de Maurizio Merli de l’autre et du comédien italo-américain John Saxon entre les deux, Le Cynique, l’Infâme et le Violent est un véritable festival de bastons aux bruitages à la Terence Hill / Bud Spencer, de répliques cinglantes (en version originale tout du moins), de règlements de comptes (on y casse des jambes avec un cric, on jette de l’acide au visage d’une femme, on défonce la tête d’un homme à l’aide de balles de golf avant de le donner à bouffer à des dogues allemands), ça défouraille sévère. Le tout en gardant l’air décontracté, la chemise au col pelle à tarte bien ouvert sur le torse poilu où brillent les chaînes en or.

Après La rançon de la peurMilano odia : la polizia non può sparare, Bracelets de sangIl giustiziere sfida la città, Opération casseur Napoli violenta, Le Cave sort de sa planqueIl trucido e lo sbirro, Le Clan des pourrisIl trucido e lo sbirro et surtout Brigade spécialeRoma a mano armata dont il s’agit d’une suite (mais contrairement à Merli, Milian n’incarne pas le même personnage), Umberto Lenzi réunit ses précédentes têtes d’affiche pour Le Cynique, l’Infâme et le Violent, même si Tomás Milián et Maurizio Merli, qui ne se supportaient plus au point d’en venir aux mains, n’apparaissent jamais dans le même plan, y compris lors de l’affrontement final, grâce à un montage malin et très découpé.

Maurizio Merli traverse le film en singeant Franco Nero, au point d’y ressembler de façon troublante sur certains plans, comme si rien ne pouvait l’atteindre, en mettant un coup de poing d’abord et en discutant après. L’intrigue est typique du néo-polar italien aka poliziesco, avec quelques ingrédients directement issus du western et même de Mission Impossible lors d’un casse réalisé à l’aide de quelques gadgets (dont des lunettes à infrarouges pour passer à travers des lasers), et l’on suit avec délectation ces trois intrigues en parallèle, jusqu’à ce que le destin réunisse les trois personnages principaux sur la même scène.

Quarante ans après, Le Cynique, l’Infâme et le Violent demeure un savoureux divertissement, un pur plaisir de cinéma Bis, un petit bijou de l’Eurocrime fait évidemment pour remplir le tiroir-caisse, mais avec une redoutable efficacité doublé d’un vrai sens du spectacle populaire.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray et le DVD du Cynique, l’Infâme et le Violent, disponible chez The Ecstasy of Films, repose dans un élégant boîtier classique de couleur noire. L’élégante jaquette (réversible) saura immédiatement taper dans l’oeil des cinéphiles passionnés de cinéma Bis, et des autres, puisqu’elle reprend l’un des visuels originaux. Le menu principal est animé et musical. La tranche de la jaquette indique que ce titre est le numéro 1 de la collection Eurocrime et la sérigraphie du disque arbore les couleurs du drapeau italien.

Pour cette édition limitée, The Ecstasy of Films propose 1h45 de suppléments ! Autant dire que les fans vont être ravis !

On commence par l’entretien avec le réalisateur Umberto Lenzi (22’). Né en 1931, le cinéaste revient tout d’abord sur son amour du film noir américain, ses études au Centro Sperimentale di Cinematografia, ses débuts au cinéma dans le péplum et dans les films de pirates. Puis, Lenzi aborde son travail dans le giallo et le polizieco avec quelques-uns de ses plus grands succès. Le metteur en scène est visiblement heureux de partager ses souvenirs et de revenir sur la période la plus glorieuse de sa carrière. Evidemment, il n’oublie pas de mentionner les acteurs qu’il a fait tourné à plusieurs reprises, Maurizio Merli et Tomás Milián (« qui avait besoin de se charger avant de tourner »), en insistant sur le fait que les deux comédiens, qui ne pouvaient pas se supporter, ne se sont pas croisés une seule fois sur le plateau du Cynique, l’Infâme et le Violent. Le titre original du film « Insieme per una grande rapina » (Ensemble pour un grand casse), utilisé sur le plateau et même pour la bande-annonce, est gentiment moqué de la part de Lenzi puisque cette idée des producteurs ne correspondait pas du tout au film qu’il était en train de tourner. C’est le réalisateur lui-même qui a ensuite trouvé le titre définitif en s’inspirant bien sûr de Sergio Leone. Ne manquez pas ce rendez-vous bourré d’anecdotes intéressantes.

Réalisée peu de temps avant sa disparition, l’interview de Tomás Milián (13’) est également au programme. Aux côtés d’un chat tranquillement endormi, le comédien passe pas mal de temps à parler (en anglais) de son statut d’immense star en Italie, sur ses collaborations avec les plus grands et son triomphe dans les séries B. Milián s’attarde surtout sur ses diverses collaborations avec Umberto Lenzi, « un réalisateur qui avait besoin de travailler avec moi, car il était sûr de gagner de l’argent ». L’acteur se penche notamment sur sa relation avec le cinéaste, « un rapport amour-haine, car je refusais de faire ce qui ne me plaisait pas ». Dans la dernière partie de cet entretien, Tomás Milián aborde le côté défouloir d’incarner des salauds à l’écran, « cela permet de vider son sac et c’est donc plutôt relaxant », ainsi que sa participation aux dialogues pour ses personnages, en indiquant que chacune de ses trouvailles faisait le bonheur des spectateurs.

C’est avec une grande joie que nous découvrons ensuite un entretien avec le grand John Saxon (16’). Visiblement réalisée pour la télévision allemande, cette interview est étrangement présentée, mais les propos n’en demeurent pas moins spontanés, drôles et toujours intéressants. Tenant toujours la forme à 80 ans, le comédien évoque sa collaboration avec Tomás Milián (« avec qui cela s’est très bien passé »), Maurizio Merli (« qui parlait de lui à la troisième personne  et qui était très satisfait de lui-même […] une grande star, mais qui planait un peu »), Umberto Lenzi (« qui criait beaucoup et qui maudissait tout ce qu’il pouvait »). John Saxon se dit surpris par le regain d’intérêt pour le sous-genre polizieco, dont il savait le succès colossal dans les salles, mais qu’il n’allait pas voir au cinéma, préférant les films d’auteurs dans les petites salles souvent éloignées de la ville. Le comédien revient également sur sa carrière en Italie (dont son premier film La Fille qui en savait trop de Mario Bava en 1963) et son attachement pour le pays et sa culture, étant lui-même d’origine italienne.

Le plus long supplément de cette interactivité s’avère l’entretien avec Franco Micalizzi (36’). Le compositeur à qui l’on doit les thèmes de On l’appelle Trinita, Brigade spéciale, Le Cynique, l’Infâme, le Violent, Quand faut y aller, faut y aller et Attention les dégâts revient ici sur l’ensemble de sa carrière et ses rencontres déterminantes. Sa passion pour la musique, ses débuts, ses influences, sa passion pour le jazz, son travail à la maison de disques R.C.A., son arrivée dans l’industrie du cinéma, tous ces sujets sont abordés avec passion par Franco Micalizzi.

Le dernier bonus est une présentation du Cynique, l’Infâme et le Violent par Mike Malloy (11’). S’il recoupe l’essentiel des modules précédents, notre interlocuteur ne manque pas d’imagination pour parler du film qui nous intéresse avec notamment l’apparition d’un fan de Tomás Milián qui tente d’imposer le portrait de son comédien favori au moment où Malloy évoque Merli et Saxon.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale.

L’Image et le son

Alors là, chapeau ! Jusqu’alors inédit en DVD et Blu-ray, Le Cynique, l’Infâme et le Violent déboule en version restaurée et Haute-Définition chez The Ecstasy of Films. Dès le générique d’ouverture (en français), l’image, au format respecté 2.35, affiche une propreté remarquable et une stabilité jamais prise en défaut, la clarté est de mise, les couleurs sont restituées pimpantes, le grain cinéma bien géré, les contrastes riches, le piqué agréable. La définition flatte les mirettes, la compression demeure discrète. C’est superbe ! Le Blu-ray est au format 1080p.

Propre et dynamique, le mixage italien DTS HD Master Audio Mono ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la musique de Franco Micalizzi . Elle demeure la plus dynamique du lot, mais également la plus virulente et la plus frontale dans ses dialogues par rapport à son homologue à l’adaptation plus « légère ». La version française DTS HD Master Audio Mono pousse un peu trop les dialogues, légèrement chuintants, au détriment des effets annexes. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © OB Films / The Ecstasy of Films / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Tchao Pantin, réalisé par Claude Berri

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TCHAO PANTIN réalisé par Claude Berri, disponible en Combo Collector Blu-ray + DVD le 7 décembre 2016 chez Pathé

Acteurs : Coluche, Richard Anconina, Agnès Soral, Philippe Léotard, Mahmoud Zemmouri, Ahmed Ben Ismaël

Scénario : Claude Berri et Alain Page, d’après le roman d’Alain Page Tchao Pantin

Photographie : Bruno Nuytten

Musique : Charlélie Couture

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Lambert, le regard fatigué et l’oeil rougi par l’alcool, traine sa solitude dans un garage parisien. Il est pompiste de nuit. Bensoussan, jeune dealer, fuit la police et se réfugie dans la station. Ils deviennent amis. Un jour, Bensoussan est assassiné…

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Tchao Pantin est un film culte. Pourtant, qui aurait pu parier sur le succès, voire le triomphe de l’oeuvre de Claude Berri réalisée en 1983 ? En 1970, le producteur-réalisateur avait offert à Coluche, alors inconnu du grand public, son premier rôle au cinéma dans Le Pistonné. Les deux hommes se retrouveront onze ans plus tard pour Le Maître d’école, grand succès de l’année 1981 avec 3 millions d’entrées. Au début des années 1980, Coluche est au sommet du box-office et vient d’enchaîner les triomphes commerciaux avec Inspecteur la bavure, Deux heures moins le quart avant J.C., Banzaï et La Femme de mon pote, tous produits par Claude Berri. En revanche, la vie personnelle du comédien part à vau-l’eau. Sa femme vient de le quitter en emmenant les enfants, son meilleur ami Patrick Dewaere met fin à ses jours en juillet 1982 en utilisant l’arme que Coluche lui avait offert et les dettes s’accumulent. Il se perd dans la drogue.

tchao-pantintchao-pantinagnesC’est alors que Christian Spillemaecker, secrétaire particulier et ami de Coluche, découvre le roman Tchao Pantin d’Alain Page. Alors que Claude Berri est sur le point de prendre l’avion pour rejoindre le tournage de L’Africain de Philippe de Broca dont il est le producteur, Spillemaecker lui conseille de découvrir ce livre en imaginant Coluche dans le rôle principal pour une possible adaptation. Claude Berri a le coup de foudre et décide de transposer lui-même ce roman dont il achète les droits pour le cinéma. Le tournage est prévu pour l’été 1983, en décors naturels dans le XVIIIe arrondissement. Halluciné par la transformation physique et la performance de Coluche devant sa propre caméra, Claude Berri parvient à faire avancer la sortie du film à décembre 1983, persuadé que le comédien obtiendra le César du meilleur acteur. Effectivement, Coluche obtiendra la compression lors de la cérémonie en mars 1984.

tchao-pantin2tchao-pantin5Il faut dire qu’il est exceptionnel dans la peau de Lambert, le pompiste alcoolique aux yeux tombants qui trompe son ennui la nuit en enchaînant les verres d’alcool. Le comédien incarne ce personnage avec une vérité époustouflante. Une nuit pluvieuse, Youseff Bensoussan (Richard Anconina), qui semble suivi par une voiture de police, parvient à s’abriter dans la station-service de Lambert. Il prétend vouloir remplacer la bougie de sa mobylette, mais Lambert n’est pas dupe. Ils engagent la conversation. Le jeune homme juif-arabe lui tient compagnie jusqu’à l’aube et les deux prennent un café. Lambert, homme solitaire, s’attache très vite à Bensoussan. Mais le jeune homme est en réalité plongé dans un trafic de drogue. Il deale la nuit pour le compte du propriétaire d’un bar du quartier de Belleville. Après s’être fait voler sa marchandise, Bensoussan est poursuivi par deux motards et assassiné dans la station-service de Lambert, devant ses yeux. On apprend que ce dernier est un ancien inspecteur de police, qui suite au décès de son fils à la suite d’une overdose, a sombré dans la dépression après que sa femme l’ait quitté. Lambert, qui voyait en Bensoussan comme un fils de substitution, décide de mener son enquête afin de retrouver les commanditaires de son assassinat.

tchao-pantin3tchao-pantin4Il rencontre Lola (Agnès Soral, superbe), une jeune punk dont Bensoussan était amoureux. Elle assiste à un règlement de comptes durant lequel Lambert tue un des responsables de la mort de Bensoussan. Si Lola représente une lueur d’espoir dans ce qui lui reste de vie, et si un officier de police (Philippe Léotard) suspecte le pompiste de vouloir mettre son nez là où il ne devrait pas, Lambert est bien décidé à aller jusqu’au bout de sa vengeance, même s’il doit y laisser la vie.

tchao-pantin6tchao-pantin10Chef d’oeuvre absolu de noirceur et de mélancolie, filmé près du métro aérien dans le quartier crasseux et glauque de la Chapelle à Paris (avant sa rénovation et sa réhabilitation), Tchao Pantin fascine toujours autant plus de trente ans après sa sortie. Epaulé par la photo – césarisée – du chef opérateur Bruno Nuytten, qui donne un aspect spectral à la station-service (éclairée aux néons froids) et la composition aussi marquante qu’inquiétante de Charlélie Couture (dont la chanson Les nuits sont trop longues), Claude Berri signe un de ses plus beaux films. Magistralement réalisé, Tchao Pantin doit également sa réussite à son ton parfois très réaliste qui fait froid dans le dos. Le personnage de Lambert collera tellement à la peau de Coluche, que le comédien gardera son costume tout du long, même en dehors du tournage. Une façon pour lui d’exorciser tout ce qui n’allait pas dans sa vie. De son côté, Richard Anconina trouve également un de ses rôles les plus marquants, pour lequel il sera récompensé par deux César, le premier pour le meilleur espoir masculin, le deuxième pour le meilleur second rôle. Tchao Pantin est un triomphe et attire plus de 3,8 millions de spectateurs en décembre 1983.

Zur ARTE-Sendung Am Rande der Nacht 3: Mit Hilfe der jungen Punkerin Lola (Agns Soral) macht sich der Ex-Polizist und Tankwart Lambert (Coluche) auf die Suche nach den Mšrdern seines Freundes Bensoussan Ð ein tšdliches UnterfangenÉ © PathŽ Renn Productions Foto: ARTE France Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wšlk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Tchao Pantin a été réalisé à partir d’un check-disc. Le Blu-ray et le DVD reposent dans un Digipack dans la collection Version restaurée par Pathé, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est très élégant, animé sur un montage de séquences tirées du film.

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Près de deux heures de suppléments sont proposées, principalement repris de l’édition DVD Prestige sortie en 2006, même s’il manque l’interview de Coluche par France Roche !

Le principal bonus est le documentaire rétrospectif Il était une fois Tchao Pantin (51’), réalisé par Fabrice Ferrari et conçu par Serge July en 2003, composé d’entretiens de Christian Spillemaecker (producteur associé), Claude Berri (réalisateur et scénariste), Alain Page (romancier et dialoguiste), Fred Romano (compagne de Coluche), Paul Lederman (impresario-producteur qui a lancé Coluche), Didier Lavergne (maquilleur), Richard Anconina (« Bensoussan »), Mahmoud Zemmouri (« Rachid »), Agnès Soral (« Lola »), Bruno Nuytten (directeur de la photographie), Patrick Bordier (régisseur), Jacques Attali (conseiller politique) et Pierre Benichou (journaliste). A noter que le documentaire, jusqu’alors scindé en plusieurs modules sur le DVD Collector et en version tronquée, est ici présenté dans sa version intégrale.

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Malgré quelques légères digressions (sur la présentation de Coluche à l’élection présidentielle de 1981), vous y découvrirez tout ce qu’il faut savoir sur la genèse de Tchao Pantin, l’adaptation du roman d’Alain Page, le pari de confier le rôle principal à Coluche (qui traversait l’une des pires périodes de sa vie et sous l’emprise de la drogue), la préparation des comédiens (Agnès Soral qui a vécu avec des punks dans quelques squats), les partis pris esthétiques (la station-service éclairée aux néons), les conditions de tournage la nuit, durant deux mois, au milieu de véritables trafiquants de drogue et en décors naturels. Au-delà de l’aspect informatif, on apprécie le portrait de l’homme complexe qu’était Coluche, dressé au fil de ce documentaire.

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L’interview croisée de Richard Anconina et d’Agnès Soral (2003-29’) reprend peu ou prou les mêmes souvenirs de tournage racontés dans le documentaire précédent. Même s’ils sont assis l’un à côté de l’autre, les deux comédiens n’apparaissent étrangement jamais ensemble à l’écran. Agnès Soral revient sur la façon dont Claude Berri l’a engagée et lui a demandé de se préparer pour son personnage, tandis que Richard Anconina, explique comment il a obtenu le rôle grâce à son ami Coluche, qui lui a conseillé de mentir sur son âge et de dire qu’il avait 22 ans (alors qu’il en avait 31). Les deux comédiens évoquent également le travail avec Coluche et Claude Berri, le triomphe du film, celui aux César et l’après-Tchao Pantin.

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A l’instar de l’entretien précédent, l’éditeur reprend également celui de Claude Berri (10’) réalisé en 2003. Les propos tenus ici sont une fois de plus redondants avec ce qui a pu être entendu dans le film de Serge July ou lors de l’interview des deux acteurs. Une fois de plus, ce bonus revient sur l’adaptation du livre d’Alain Page, les personnages, le choix de Coluche pour incarner Lambert, les partis pris de la photo de Bruno Nuytten, la musique de Charlélie Couture. Seul argument inédit, Claude Berri évoque un remake qu’aurait dû réaliser et interpréter Al Pacino.

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Seul élément inédit, l’interview de Xavier Castano (18′), réalisée par Jérôme Wybon. L’assistant-réalisateur donne beaucoup d’éléments nouveaux sur le tournage de Tchao Pantin. Notre interlocuteur revient notamment sur une des premières fois où le film a été abordé avec Coluche (qui avait déjà trouvé la tête de son personnage), ainsi que sur la situation personnelle du comédien (« à un carrefour de sa vie ») et sur ce qui a pu le motiver pour se lancer dans ce projet après le tournage difficile de La Femme de mon pote et surtout la mort de Patrick Dewaere son meilleur ami. Quelques images de tournage inédites viennent illustrer cet excellent entretien, qui indique aussi comment se déroulaient les prises de vue, les partis pris de la photo de Bruno Nuytten et le fait que Claude Berri lui-même ne croyait pas au succès du film en raison de sa noirceur et du contre-emploi de Coluche.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale (qui insiste sur la performance dramatique de Coluche et que l’on compare à Raimu, Fernandel et Bourvil), ainsi que sur le célèbre extrait (raccourci malheureusement) de la cérémonie des Césars en 1984 (3’).

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L’Image et le son

Tchao Pantin rejoint le plan de restauration du catalogue Pathé. La copie en 4K du film de Claude Berri est livrée dans un écrin Blu-ray au format 1080p. La photo signée par le grand chef opérateur Bruno Nuytten, qui a d’ailleurs supervisé la restauration en 2014 par les laboratoires Eclair, est ici respectée avec des couleurs très froides (aux teintes bleutées), volontairement délavées et une patine argentique très appréciable. L’image (1.66, 16/9 compatible 4/3) a été savamment nettoyée, la copie est vraiment très propre, l’ensemble est stable, le cadre ne manque pas de détails. Le piqué doux demeure agréable pour les mirettes, les contrastes sont élégants, bien que Tchao Pantin se déroule essentiellement de nuit et que certaines séquences s’avèrent très sombres. Si les noirs manquent légèrement de concision et tirent également sur le bleu, l’édition HD de Tchao Pantin demeure très soignée.

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L’éditeur propose un mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Comme pour l’image, le son a également subi un dépoussiérage par L.E. Diapason. La piste est propre, mais les dialogues sont parfois sensiblement étouffés, pour ne pas dire plats. Toutefois, l’écoute reste supérieure à celle des anciennes diffusions télévisées, certains effets se distinguent (la pluie au début du film) et la musique de Charlélie Couture possède même un coffre inédit. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles. Nous trouvons également une piste Audiovision.

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Crédits images : © Pathé / Captures du Blu-ray et des suppléments : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr