Test Blu-ray / Le Puits et le Pendule, réalisé par Stuart Gordon

LE PUITS ET LE PENDULE (The Pit and the Pendulum) réalisé par Stuart Gordon, disponible en DVD et Blu-ray le 26 septembre 2017 chez Movinside

Acteurs :  Lance Henriksen, Jeffrey Combs, Oliver Reed, Stephen Lee, William J. Norris, Mark Margolis, Carolyn Purdy-Gordon…

ScénarioDennis Paoli d’après la nouvelle “Le Puits et le Pendule” d’Edgar Allan Poe

Photographie : Adolfo Bartoli

Musique : Richard Band

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

Machiavélique, cruel, Torquemada règne sur la très catholique Espagne par l’intermédiaire de l’Inquisition, doctrine religieuse dont il fait un instrument de promotion personnelle. Ainsi, lorsque la très belle Maria se refuse à lui, Torquemada fait torturer son mari, un boulanger. A l’objet de sa convoitise, le Grand Inquisiteur inflige ensuite l’accusation de sorcellerie, soupçon qui ne peut que la conduire au bûcher…

Né en 1947, le réalisateur américain Stuart Gordon connaît le succès dès son premier long métrage, Re-Animator (1985), adapté d’une nouvelle de H.P. Lovecraft. Les films – aujourd’hui devenus cultes – s’enchaînent, From BeyondAux portes de l’au-delà (1986) autre adaptation de Lovecraft, Les PoupéesDolls (1987) et plus tard Fortress (1993) avec notre Christophe(r) – Hin Hin Hin – Lambert national. Mis en scène en 1991, Le Puits et le PenduleThe Pit and the Pendulum, directement sorti en VHS en France, est la transposition d’une nouvelle écrite par Edgar Allan Poe, publiée pour la première fois en 1842 dans la revue littéraire annuelle The Gift : A Christmas and New Year’s Present et en France dans le recueil Nouvelles histoires extraordinaires. Avant Stuart Gordon, cinq autres metteurs en scène avaient adapté ce court récit, la première en 1909 par Henri Desfontaines, en passant par le film La Chambre des tortures (1961) de Roger Corman, librement inspiré de la nouvelle de Poe et l’adaptation d’Alexandre Astruc avec Maurice Ronet, moyen métrage de 1964 considéré comme étant la plus respectueuse de l’oeuvre originale. A l’instar du film de Roger Corman, la scène de torture qui donne son titre à la nouvelle et au film de Stuart Gordon, n’apparaît que dans le dernier quart d’heure du film qui nous intéresse. Il fallait donc broder un scénario autour de cet élément central.

Nous voilà donc plongés en Espagne, en 1492. L’Inquisition a instauré un sanglant règne de terreur, tortures et meurtres au nom de la religion. Prise dans la tourmente, Maria, la femme du boulanger Antonio, est accusée de sorcellerie. Elle comparaît nue devant le grand inquisiteur Torquemada. Subjugué par sa beauté, au point d’en être troublé “physiquement”, Maria devient le jouet des tortures sadiques de Torquemada. De son côté, Antonio va tout tenter pour libérer celle qu’il aime. Ce qui intéresse Stuart Gordon ici, ce n’est pas tant de mettre en scène les supplices endurés par les prisonniers hérétiques lors de l’Inquisition espagnole, que raconter une histoire d’amour. Certes, le réalisateur n’y va pas de mainmorte en filmant des coups de fouet, des strangulations en gros plan, des cilices qui trouent la peau, des membres écartelés, des langues coupées, des sorcières qui explosent, mais Stuart Gordon montre aussi et avant tout le lien qui unit un homme et une femme, plus fort que toutes les tortures endurées.

Peu importe si Poe déformait la réalité historique, le scénariste Dennis Paoli (Re-Animator, Le Dentiste) parvient à trouver cet équilibre entre l’émotion et l’horreur. Toutefois, il est vrai que Le Puits et le Pendule vaut essentiellement pour ses séquences qui lorgnent sur le sous-genre du torture porn, qui rappelle le cinéma d’exploitation des années 70. Pure série B horrifique, étrange et anachronique dans le monde cinématographique du début des années 1990, Le Puits et le Pendule est une bizarrerie très plaisante où trône un Lance Henriksen complètement allumé, en transe et donc inquiétant dans son personnage de grand inquisiteur dégénéré. N’oublions pas la participation de Jeffrey Combs et même une apparition d’Oliver Reed. Rien à redire du point de vue technique. Les décors (bien que cheap) comme la photo et les costumes sont aussi soignés que possible en dépit d’un budget limité et parviennent à nous plonger dans un monde étouffant et poisseux, mais aussi outrancier et carnavalesque avec des personnages fardés, qui s’esclaffent à la vue du sang ou devant le corps nu d’une demoiselle aux belles miches (elle est boulangère rappelons-le) et qui s’amusent à fouetter des squelettes pour blasphème.

Le rythme est plutôt bien soutenu et on s’amuse souvent du jeu parfois exagéré de certains comédiens, tout comme devant certains partis pris gore ou au contraire naïfs (“l’évasion” des sorcières près d’une fontaine) qui font le charme indéniable et plus que sympathique de ce Puits et le Pendule.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Puits et le Pendule, disponible chez Movinside dans une collection dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy, repose dans un boîtier classique et élégant de couleur noire. La jaquette saura immédiatement taper dans l’oeil des cinéphiles passionnés de fantastique, et des autres, puisqu’elle reprend l’un des visuels originaux. Le menu principal est tout aussi classe, animé et musical.

L’éditeur propose la bande-annonce originale et une présentation de ce bon vieux Marc Toullec (9’). Toujours installé dans son canapé, le journaliste a visiblement enchaîné les introductions disponibles sur le DVD de Bates Motel et le Blu-ray/DVD de La Nuit de la grande chaleur puisqu’on le retrouve dans la même position, le visage tourné vers son écran. Même principe que pour les deux autres présentations, Marc Toullec semble découvrir son texte pour la première fois, butte sur certains noms, se reprend et bafouille. La technique est tellement pauvre – avec un nombre conséquent de coupes – qu’elle prend le pas sur ce qui est raconté sur la production du film et le casting. Marc Toullec revient également sur les diverses adaptations de la nouvelle de Poe. On espère sincèrement que l’éditeur veillera à la qualité des suppléments sur ses prochaines sorties.

L’Image et le son

Comme pour La Nuit de la grande chaleur, le Blu-ray du Puits et le Pendule est au format 1080i. Toutefois, le master est plus qu’honorable, très propre, avec des contrastes denses et des couleurs plaisantes. Jusqu’alors inédit en DVD dans nos contrées, le film de Stuart Gordon tire profit de cette élévation Haute-Définition avec une stabilité jamais prise en défaut, un piqué pointu et une restitution élégante des partis pris esthétiques originaux avec son grain respecté. Seuls les arrière-plans sombres s’accompagnent de fourmillements.

Point de remixage à l’horizon, mais pas de Haute-Définition non plus en ce qui concerne le son ! Les pistes anglaise et française sont présentées en LPCM 2.0 et instaurent toutes deux un bon confort acoustique, même si la piste française surpasse son homologue sur la délivrance des dialogues. L’excellente partition de Richard Band bénéficie d’une belle ouverture des canaux, le doublage français est amusant et les effets annexes riches. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © FULL MOON FEATURES. ALL RIGHTS RESERVED / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Bates Motel, réalisé par Richard Rothstein

BATES MOTEL réalisé par Richard Rothstein, disponible en DVD le 26 septembre 2017 chez Movinside

Acteurs :  Bud Cort, Lori Petty, Moses Gunn, Gregg Henry, Jason Bateman, Khrystyne Haje, Kerrie Keane, Robert Picardo…

ScénarioRichard Rothstein

Photographie : Bill Butler

Musique : J. Peter Robinson

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1987

LE DVD

Alex West a été le compagnon de chambrée et d’infortune de Norman Bates à l’asile de fous pendant près de 20 ans. A la mort de ce dernier, Alex hérite du sinistre, et désormais délabré, Bates Motel. Avec l’aide de Willie, une adolescente sans attaches, il décide de rouvrir l’hôtel. Mais bien vite l’étrange refait surface…

En 1987, sous la houlette d’Universal, le scénariste et réalisateur Richard Rothstein (producteur de la série Le Voyageur et créateur d’Universal Soldier en 1992) écrit et met en scène Bates Motel, un téléfilm supposé devenir le pilote d’une série télévisée évidemment basée sur le chef d’oeuvre d’Alfred Hitchcock, Psychose (1960). Le principe est d’éluder Psychose 2, grand succès de l’année 1983 qui montrait un Norman Bates guéri retourner au Bates Motel, ainsi que Psychose 3, suite directe réalisée et interprétée par Anthony Perkins lui-même quatre ans plus tard, qui se solde cette fois par un échec commercial grave. Pour la série envisagée Bates Motel, le personnage de Norman Bates n’est plus au centre du récit, même s’il sert de point de départ.

En 1960, suite à son procès, le tueur en série Norman Bates est envoyé dans un asile psychiatrique. Là, il fait la connaissance du jeune Alex, interné pour avoir tué son beau-père qui le maltraitait. Norman tient vite un rôle de père de substitution pour Alex qui lui voue une véritable admiration. Au décès de Bates et conformément à son testament, Alex hérite du motel familial, lieu où ont été perpétrés les crimes de Norman, laissé à l’abandon depuis l’arrestation de l’ancien propriétaire. Avec l’aide de Willie, une jeune femme en fugue, il décide de remettre la propriété sur pied, et part habiter (avec sous le bras l’urne funéraire contenant les cendres de Norman) dans l’ancienne maison de la famille Bates. Tandis qu’Alex s’installe et s’adapte à la vie, des événements étranges se produisent.

La diffusion de ce téléfilm en juillet 1987 sur NBC a été suivie de critiques incendiaires, y compris de la part d’Anthony Perkins, qui avait refusé d’y apparaître, laissant la place à sa doublure Kurt Paul pour le prologue. Ajoutez à cela des audiences catastrophiques et il n’en fallait pas plus pour que la série meurt dans l’oeuf. Soyons honnêtes, nous étions loin d’imaginer un tel téléfilm nanardesque, interminable et qui s’apparente dans sa dernière partie à un épisode de Scooby-Doo ! Après une introduction en N&B qui montre Norman Bates à la sortie de son procès se diriger vers l’asile d’aliénés où il finira sa vie (exit Psychose 2 et Psychose 3 donc), l’histoire se focalise sur le personnage d’Alex interprété par l’étrange Bud Cort. Découvert dans M.A.S.H. de Robert Altman en 1970, il tient le rôle-titre dans le célèbre Harold et Maude d’Hal Ashby réalisé l’année suivante. Prometteur, nommé pour les prix les plus prestigieux du cinéma et même honoré à la Cinémathèque française à l’âge de 25 ans, il est victime d’un très grave accident de voiture en 1979. Tous ses membres sont brisés et son visage défiguré. C’est le début de la fin pour le comédien de 31 ans, aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle. A l’instar de Montgomery Clift, Bud Cort connaît de très nombreuses opérations de chirurgie réparatrices et plastiques, ainsi que des séances multiples de rééducation. Entre un procès perdu et les studios qui l’oublient rapidement, Bud Cort tente de reprendre sa carrière en main, sans succès. En 1987, il est relativement confiant dans le projet Bates Motel qui pourrait lui assurer un rôle récurrent à la télévision. Il va très vite déchanter.

Bates Motel est un téléfilm pauvrement écrit, sinistre dans sa mise en scène et au rythme lent. Si Bud Cort promène son charisme particulier en écarquillant continuellement les yeux, il est malgré tout attachant. Il donne la réplique à la piquante Lori Petty, vue dernièrement dans la série Orange Is the New Black (Lolly), qui fait ici ses débuts devant la caméra et dont le film le plus célèbre demeure Point Break – Extrême limite de Kathryn Bigelow (1991) dans lequel elle interprète Tyler. Le surjeu nerveux de la comédienne agace plus qu’autre chose, mais rajoute au côté nanar de l’entreprise. Il ne se passe pas grand-chose dans Bates Motel, que l’on pourrait considérer comme un spin-off au film original. Si revoir le motel en question et surtout la célèbre maison des Bates fait toujours son petit effet, l’histoire fait du surplace et il faut vraiment attendre le dernier quart d’heure pour que les enjeux du téléfilm (et donc de la série) soient enfin exposés, avec notamment l’apparition du jeune Jason Bateman.

En faisant de ce lieu maudit une sorte de brèche entre deux mondes (en gros des fantômes apparaissent), l’intention était plutôt originale, mais l’approche reste bien trop paresseuse. Bates Motel reste malgré tout une vraie curiosité teintée d’humour noire. Par la suite, Anthony Perkins reviendra une dernière fois dans la peau de Norman Bates dans Psychose 4, téléfilm préquelle réalisé par Mick Garris en 1990. Outre le remake plan par plan (ou presque) de Psychose par Gus Van Sant en 1998, le Bates Motel renaîtra vraiment de ses cendres à travers une série éponyme, cinq saisons réalisées de 2013 à 2017, centrée sur la jeunesse tourmentée du jeune Norman Bates auprès de sa mère Norma, avec Freddie Highmore et Vera Farmiga.

LE DVD

Le DVD de Bates Motel, disponible chez Movinside, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette est très élégante et attractive. Cette collection « Trésors du fantastique », est dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

Comme bonus, Marc Toullec présente Bates Motel (8’). Installé dans son canapé, de biais, le regard scotché à un texte qu’il a l’air de découvrir en même temps qu’il le récite comme une dictée, le journaliste peine à éveiller l’attention. Ce supplément donne vraiment la sensation qu’il a été réalisé dans l’urgence, sans aucun moyen (mention à la musique diffusée en boucle à côté de Toullec), au montage médiocre (que de coupes) et au procédé fatiguant. Marc Toullec bafouille, raconte parfois l’histoire, se reprend et échoue à donner un semblant de naturel à sa lecture. L’interactivité propose aussi le teaser original.

L’Image et le son

L’image ne peut cacher la facture télévisuelle de Bates Motel. Des points blancs, scratchs, griffures et tâches montrent que la restauration n’est pas récente, le N&B du prologue paraît bleuté et métallique. Les couleurs semblent fanées et brunâtres, la définition reste moyenne, l’image est floue et des moirages s’invitent à la partie. Ne cherchons pas de gestion des contrastes ici, elle est inexistante, tout comme le piqué émoussé. Le master est brut, marqué par ses trente ans d’âge et seule la stabilité est de rigueur ici.

Bien que le film ait été exploité en France en VHS sous l’égide de CIC Vidéo, nous ne trouvons pas de version française sur cette édition DVD. Le mixage anglais Dolby Digital 2.0 Mono instaure un bon confort acoustique avec des dialogues délivrés avec efficacité et clarté. La propreté est de mise, sans aucun souffle et les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © UNIVERSAL CITY STUDIOS.INC. ALL RIGHTS RESERVED / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / La Nuit de la grande chaleur, réalisé par Terence Fisher

LA NUIT DE LA GRANDE CHALEUR (Night of the Big Heat) réalisé par Terence Fisher, disponible en DVD et Blu-ray le 26 septembre 2017 chez Movinside

Acteurs :  Christopher Lee, Peter Cushing, Patrick Allen, Percy Herbert, Jane Merrow, Sarah Lawson, William Lucas, Kenneth Cope…

Scénario :  Ronald Liles d’après le roman de John Lymington

Photographie : Reginald H. Wyer

Musique : Malcolm Lockyer

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

Une invraisemblable vague de chaleur touche en plein hiver l’île britannique de Fara. À l’auberge du “Cygne Blanc”, la tension monte en même temps que la température. Le mystérieux client Hanson finira par dévoiler la cause de cet étrange microclimat : des extraterrestres se préparent à envahir la Terre et la chaleur intense leur est indispensable pour survivre…

La Nuit de la grande chaleur, Night of the Big Heat en version originale et même Island of the Burning Damned pour son exploitation aux Etats-Unis, est l’un des derniers longs métrages du célèbre réalisateur Britannique Terence Fisher (1904-1980), grande figure de la Hammer Film Productions et metteur en scène de Frankenstein s’est échappé (1957), Le Cauchemar de Dracula (1958), La Revanche de Frankenstein (1958) et Le Chien des Baskerville (1959). Après avoir remis au goût du jour (et en couleur) les monstres qui avaient fait les belles heures des Studios Universal dans les années 1930-40, ainsi que Sherlock Holmes dans l’une des plus grandes adaptations de Sir Arthur Conan Doyle, le cinéaste s’engage pour deux films auprès de la Planet Film. Ce sera L’Île de la terreurIsland of Terror en 1966 et La Nuit de la grande chaleur (1967), d’après un roman de John Lymington. Disposant d’un budget restreint (euphémisme), Terence Fisher peut néanmoins compter sur la participation de deux monstres du genre, deux comédiens qu’il a très souvent fait tourner, Christopher Lee et surtout Peter Cushing qui collaborera près d’une quinzaine de fois avec le réalisateur. Malgré ce casting plus qu’attractif, La Nuit de la grande chaleur déçoit, ennuie souvent et le talent du cinéaste ne parvient pas à donner un souffle à son histoire limitée qui s’apparente souvent à du théâtre filmé.

Au mois de novembre, l’île de Fara située au large de l’Ecosse, est habituellement battue par les vents et la température y est hivernale. Cette année-là, il n’en est rien : une vague de chaleur inaccoutumée sévit sur la zone, perturbant animaux, végétaux et les habitants. Jeff Callum, un écrivain, propriétaire d’un hôtel, s’interroge sur les causes de ce bouleversement climatique. Il est également intrigué par le comportement d’un de ses clients, Godfrey Hanson. En forçant sa porte, il découvre dans sa chambre un véritable laboratoire. Hanson lui explique que des extraterrestres sont la cause directe de l’insupportable canicule. Malgré un excellent postulat de départ, une installation prenante et des effets paranormaux inquiétants, La Nuit de la grande chaleur ne tient pas longtemps la route. Si les comédiens sont évidemment excellents et font tout ce dont ils sont capables pour paraître inquiets et angoissés, le dispositif réduit le film à un quasi-huis clos, en réunissant les personnages principaux dans une auberge.

Terence Fisher distille une atmosphère moite très réussie. Le cinéaste y ajoute une touche sexy par la présence de la sensuelle Jane Merrow, dont le corps souvent exposé, caressé avec des glaçons ou tout simplement moulé dans un bikini du plus bel effet, fait tourner à la fois la tête du personnage interprété par Patrick Allen, mais aussi des spectateurs. Cette troisième tentative de science-fiction de Terence Fisher, après The Earth Dies Screaming (1965) et LÎle de la Terreur est plutôt banale et très bavarde. Le film emprunte beaucoup aux séries B de science-fiction qui envahissaient les cinémas américains dans les années 1950 et seules quelques scènes parviennent à vraiment à éveiller l’intérêt après la formidable exposition qui n’est pas sans rappeler l’album de Tintin, L’Étoile mystérieuse publié en 1942.

Terence Fisher parvient à restreindre les effets visuels en privilégiant le hors champ et les effets sonores à base d’acouphènes (très réussis par ailleurs), mais doit se résoudre à dévoiler les envahisseurs dans un final raté, involontairement drôle (quoique) et désuet. Profitant du titre « hot », le distributeur Empire Distribution, peu confiant sur la qualité du film, décide d’intégrer des scènes érotiques et de remanier le montage original, en misant uniquement sur le nom des deux actrices principales. Une arnaque qui a quand même attiré un demi-million de spectateurs dans les salles françaises en 1975 !

Revoir La Nuit de la grande chaleur dans son vrai montage n’apporte pas grand-chose, si ce n’est d’admirer le talent de deux grands comédiens, qui donnaient le meilleur d’eux-mêmes même dans les productions les plus fauchées. Pas désagréable, mais dispensable.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Nuit de la grande chaleur, disponible chez Movinside dans une collection dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy, repose dans un boîtier classique et élégant de couleur noire. La jaquette saura immédiatement taper dans l’oeil des cinéphiles passionnés de fantastique, et des autres, puisqu’elle reprend l’un des visuels originaux. Le menu principal est tout aussi classe, animé et musical.

Cette nouvelle vague Trésors du fantastique pèche par les présentations de Marc Toullec. S’il répond à l’appel, son introduction (7’) s’avère d’une pauvreté plutôt déconcertante. De biais, lisant un texte (sur un PC ?), bafouillant, se reprenant plusieurs fois, Marc Toullec se contente quasiment de faire une dictée, sans donner la moindre intonation à son texte, en se contentant d’énumérer des anecdotes de tournage, la sortie du film (dont la version agrémentée de scènes érotiques) et le casting de façon robotique. De plus, il semble que pour faire des économies en postproduction, Marc Toullec ait tout simplement mis une musique horripilante en fond pendant qu’il déclame son texte. A ce train-là, l’ancien co-rédacteur en chef de Mad Movies sera de dos lors de ses prochaines apparitions !

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080i. A cette bizarrerie s’ajoute un master défraîchi, aux couleurs complètement fanées à tendance jaunâtre. Le générique effraie quelque peu puisque l’image est constellée de points, de tâches et d’autres scories en tous genres. Si cela s’améliore après, la propreté n’est certainement pas le point fort de cette édition. D’ailleurs, l’ensemble demeure médiocre avec un piqué émoussé, un grain aléatoire et des contrastes du même acabit. La copie est néanmoins stable et diverses séquences tirent néanmoins leur épingle du jeu, même si la promotion HD n’est guère palpable sur ce titre.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage PCM 2.0. Pas de HD ici donc. Cependant, le confort acoustique est malgré tout assuré dans les deux cas. L’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont clairs, nets, précis, même si l’ensemble manque de vivacité sur la piste française. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © EUROLONDON FILMS LTD. ALL RIGHTS RESERVED / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Scandaleuse de Berlin, réalisé par Billy Wilder

LA SCANDALEUSE DE BERLIN (A Foreign Affair) réalisé par Billy Wilder, disponible en DVD et Blu-ray le 29 août 2017 chez Movinside

Acteurs :   Marlene Dietrich, Jean Arthur, John Lund, Millard Mitchell, Peter von Zerneck, Stanley Prager…

Scénario :   Robert Harari, Charles Brackett, Richard L. Breen, Billy Wilder d’après une histoire originale de David Shaw

Photographie : Charles Lang

Musique : Friedrich Hollaender

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1948

LE FILM

La très austère Phoebe Frost est envoyée à Berlin en 1946 pour enquêter sur la moralité des troupes américaines d’occupation. Elle ne découvre que marché noir et relations amoureuses entre soldats et jeunes Allemandes. Pis, une chanteuse de cabaret, au passé nazi, est protégée par un officier américain, celui-là même qu’elle avait chargé de l’enquête au départ…

Avant de s’exiler à Hollywood suite à l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, Samuel Wilder dit Billy Wilder (1906-2002), scénariste austro-hongrois débarque à Paris où il tourne son premier long métrage en 1934, Mauvaise graine, avec Danielle Darrieux. Arrivé sur la terre de l’Oncle Sam et ne parlant quasiment pas anglais, il parvient tout de même à se faire engager à la Paramount Pictures comme scénariste et script-doctor. Il est très vite remarqué par Ernst Lubitsch, pour lequel Billy Wilder écrit La Huitième femme de Barbe-Bleue et Ninotchka. En 1942, il passe derrière la caméra pour Uniformes et jupons courtsThe Major and the Minor, comédie sur fond de guerre qu’il écrit avec son complice Charles Brackett. C’est un succès et la carrière de réalisateur de Billy Wilder est lancée. Mis en scène en 1948, La Scandaleuse de BerlinA Foreign Affair est déjà le huitième film de Billy Wilder (en comptant son documentaire Death Mills, sur la découverte des camps de concentration nazis par les Alliés en 1945) et fait suite au film noir Assurance sur la mortDouble Indemnity (1944) et le drame Le Poison (1945), récompensé par la Palme d’or au festival de Cannes, mais aussi par quatre Oscars, ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur acteur pour Ray Milland et du meilleur scénario adapté. Billy Wilder s’octroie ensuite une récréation avec la comédie musicale La Valse de l’empereur avec Bing Crosby et Joan Fontaine, avant de se consacrer à La Scandaleuse de Berlin.

C’est sans doute une phrase toute faite, mais tout Billy Wilder se trouve déjà dans A Foreign Affair : dialogues cocasses et tordants, comédie tendre, mélancolique et cynique sur l’amour, affrontements des sexes, le politiquement incorrect, la critique du puritanisme hypocrite, le mensonge, les faux-semblants, la complicité du réalisateur avec le spectateur alors en avance sur les personnages, qui renforce ainsi l’émotion et les éléments comiques. La mécanique Wilder fonctionne à plein régime, le ton insolent présent depuis Uniformes et jupons courts est encore plus féroce et même parfois grivois.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une commission parlementaire américaine arrive à Berlin pour enquêter sur les moeurs et les conditions de vie des 12.000 GI en Allemagne. Phoebe Frost, membre de la commission, puritaine et intransigeante, représentante républicaine de l’Iowa, découvre les dessous de la réalité berlinoise, le marché noir et la prostitution. Elle apprend notamment qu’une chanteuse de cabaret et ancienne membre du parti nazi, Erika von Schluetow, bénéficie de la protection d’un officier américain, le capitaine John Pringle. Celui-ci feint de tomber amoureux de la rigide Phoebe afin de l’amadouer. Tout d’abord scandalisée par la dépravation qu’elle découvre sur place, Phoebe est rapidement conquise et abandonne peu à peu sa cuirasse, tout en se laissant séduire.

La Scandaleuse de Berlin demeure encore aujourd’hui l’un des films de Billy Wilder les plus appréciés par les cinéphiles. Certes, les motifs et thèmes récurrents du maître incontesté de la comédie américaine explosent littéralement à l’écran, mais A Foreign Affair est également un modèle du genre du point de vue rythme, montage, cadre, mise en scène et direction d’acteurs. Redoutablement efficace, La Scandaleuse de Berlin possède encore cette Lubitsch’s touch, mais Billy Wilder s’émancipe bel et bien de son modèle, et livre une comédie sophistiquée plongée pourtant dans un décor réaliste et impressionnant, celui de Berlin en ruine (un spectaculaire plan aérien ouvre le film) suite aux 75.000 tonnes de bombes lâchées par les alliés. Seulement trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Billy Wilder plante son récit comique au milieu des bâtiments écroulés, qui contrastent avec la joie de vivre des soldats américains, qui ne pensent qu’à faire la fête en compagnie de jolies demoiselles allemandes qu’ils appâtent avec des barres de chocolat. C’est cet optimisme qui apparaît dès les premières scènes, qui irrigue le film du début à la fin et qui lui donne son rythme endiablé, comme un coeur qui bat à cent à l’heure et que l’horreur nazie n’a su arrêter.

Merveilleusement écrit, ce chef d’oeuvre comporte quelques répliques à se damner « Berlin, on dirait un vieux morceau de roquefort rongé par les rats ! », « Donner du pain à celui qui a faim, c’est de la démocratie. Mais le faire avec ostentation, c’est de l’impérialisme. », « Voici le balcon duquel Hitler a parié que son Reich durerait 1000 ans. Ça a fait mal aux bookmakers. », « Je me demande comment tient cette robe ! » « Avec la volonté allemande ! », « Allons chez moi, c’est à quelques ruines d’ici ! ». Billy Wilder « ose » jouer avec le décor de Berlin réduit alors à un tas de pierres et de cendres. Pourtant, parmi ces gravas (reconstitués en partie à Hollywood), les hommes et les femmes retrouvent le goût de vivre, de s’amuser, de boire et de chanter. Divinement interprété, La Scandaleuse de Berlin reste un des rares films emblématiques de Marlene Dietrich en dehors de sa longue collaboration avec Josef von Sternberg. Si la comédienne avait tout d’abord refusé ce rôle en raison de ses positions anti-nazies, Marlene Dietrich, qui avait été pourchassée par l’état-major allemand pour espionnage et qui avait ensuite soutenu le moral des troupes américaines en allant chanter sur le front, accepte surtout par amitié pour Billy Wilder. Malgré ses réticences, elle est une fois de plus formidable et semble même s’amuser à jouer un personnage alors à l’encontre de ses valeurs, tout en interprétant trois chansons restées célèbres, Black Market, Illusions, et Ruins of Berlin. Elle tournera à nouveau devant la caméra de Billy Wilder en 1957 pour Témoin à charge.

Mais la véritable star du film est bel et bien la méconnue et pourtant pétillante Jean Arthur (1900-1991). Après ses débuts dans le cinéma muet, on peut d’ailleurs l’apercevoir dans Les Fiancées en folieSeven Chances (1925) de Buster Keaton, cette ancienne mannequin devenue actrice a plus tard tourné pour Howard Hawks (L’Extravagant Mr. Deeds, Seuls les anges ont des ailes) et Frank Capra (Vous ne l’emporterez pas avec vous, Monsieur Smith au Sénat). La Scandaleuse de Berlin est son avant-dernier film. La comédienne fera ses adieux au cinéma cinq ans plus tard dans L’Homme des vallées perdues de Georges Stevens. Elle est tout simplement immense dans La Scandaleuse de Berlin et sa tonique prestation parvient même à éclipser celle de sa partenaire. A ses côtés, outre de fabuleux seconds rôles qui ont toujours fait la marque de Billy Wilder, le méconnu John Lund, dont la Paramount tentait de faire une star, fait pâle figure avec un manque de charisme certain, mais ses relations avec Marlene Dietrich d’un côté et Jean Arthur de l’autre, fonctionnent parfaitement bien, l’acteur étant bien sûr aidé par l’énergie et le charme contagieux des deux actrices.

Rétrospectivement, La Scandaleuse de Berlin reste un des films les plus audacieux et intelligents de Billy Wilder, ainsi que l’un de ses innombrables chefs d’oeuvre.

LE BLU-RAY

L’édition HD de La Scandaleuse de Berlin est disponible chez Movinside. Le disque repose dans un élégant boîtier classique de couleur noire. La jaquette est très belle et reprend l’un des visuels de la sortie du film. Le menu principal est animé et musical.

Cette édition HD ne contient qu’un seul supplément, une présentation du film par le journaliste Marc Toullec (13’). L’ancien co-rédacteur en chef de Mad Movies ne manque pas d’inspiration et d’arguments pour défendre ce bijou qu’il situe dans son contexte. Toullec évoque la carrière, le style, le génie de Billy Wilder et rappelle que ce dernier considérait La Scandaleuse de Berlin comme l’un de ses films les plus réussis. La genèse, l’écriture du scénario, le casting, le tournage, tout y est abordé posément.

L’Image et le son

Le transfert HD (1080p, AVC) répond à toutes les exigences même si tout n’est pas parfait. Le N&B affiche une nouvelle jeunesse, les blancs sont lumineux et les noirs rutilants, le piqué n’a jamais été aussi affiné mais quelques séquences liées à la photo vaporeuse du chef opérateur Charles Lang (Certains l’aiment chaud, Les 7 mercenaires, Charade), apparaissent beaucoup plus douces et lisses. La définition n’est pas optimale, le grain tend à s’accentuer sur les scènes sombres, les gros plans manquent parfois de détails, cependant la profondeur du plein cadre est plaisante. La propreté est aléatoire, avec certaines bobines qui demeurent abîmées et marquées par de nombreuses rayures verticales, des points et tâches. L’image est stable et les contrastes soignés.

Les mixages anglais et français sont proposés en DTS-HD Master Audio Mono. La piste originale, est souvent exemplaire et limpide, contrairement à la version française qui s’accompagne d’un souffle qui tend à s’accentuer sur les trois chansons de Marlene Dietrich. Le niveau des dialogues est hasardeux sur cette piste, certains échanges sont un peu pincés et le mixage manque souvent d’harmonie. La version originale est évidemment à privilégier, notamment pour bénéficier de la « musicalité » des dialogues chers à Wilder, mais également du timbre particulier de Jean Arthur. C’est entre autres l’option acoustique la plus confortable avec un report des voix et des effets annexes plus solides. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Paramount Pictures / Universal Studios / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Chiens, à vous de créver !, réalisé par Frank Wisbar

CHIENS, À VOUS DE CREVER ! (Hunde, wollt ihr ewig leben) réalisé par Frank Wisbar, disponible en DVD le 11 juillet 2017 chez Movinside

Acteurs : Joachim Hansen, Peter Carsten, Wolfgang Preiss, Horst Frank, Wilhelm Borchert, Carl Lange, Richard Münch, Günter Pfitzmann…

Scénario : Frank Wisbar, Frank Dimen, Fritz Wöss, Heinz Schröter

Photographie : Helmuth Ashley

Musique : Herbert Windt

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1959

LE FILM

Octobre 1942. Le général Friedrich Paulus qui commande la 6ème Armée obéit aveuglement à Hitler qui exige, coûte qui coûte, qu’il tienne Stalingrad et résiste par tous les moyens à l’encerclement des troupes soviétiques. Dans les rangs allemands, les soldats privés d’armes et de vivres commencent à prendre conscience de la folie mégalomane du Führer. Parmi eux, le lieutenant Wisse, le sergent Böse, le caporal Krämer et un aumônier, redécouvrent des valeurs humaines que la guerre avait annihilé.

Hormis le film soviétique Stalingradskaja Bitva (The Battle of Stalingrad) réalisé en 1949 de Vladimir Petrov, restauré il y a une dizaine d’années par l’International Historique Films, Chiens, à vous de crever !Hunde, wollt ihr ewig leben ! de Frank Wisbar est le premier long métrage allemand à parler de la débâcle allemande lors de la bataille de Stalingrad. De son vrai nom Frank Wysbar (1899-1967), le cinéaste né à Tilsit alors en Prusse-Orientale livre un très grand film de guerre malheureusement et injustement oublié aujourd’hui. Il est donc grand temps de réhabiliter Chiens, à vous de crever ! qui aborde frontalement et avec objectivité l’une des batailles les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale, qui a opposé l’armée soviétique à l’armée allemande de juillet 1942 à février 1943.

Le film adopte le point de vue de l’armée allemande et montre comment les soldats et leurs supérieurs ont été tout simplement abandonnés par Adolf Hitler, qui promettait alors de les ravitailler en nourriture, en armes et en hommes. L’histoire s’attache à une poignée de personnages livrés à eux-mêmes, affamés, démunis, rongés par le froid (on brûle les photos encadrées du Führer pour se réchauffer) et la maladie, tandis que les cadavres s’amoncellent sur leur chemin, avant de se retrouver encerclés dans la ville de Stalingrad alors à feu et à sang. Dès la première séquence, Frank Wisbar montre une armée triomphante qui défile sous les yeux brillants du Führer, tandis qu’une voix-off vient couper court à cette parade en commentant des images du front dévasté, des soldats allemands morts au combat : « Jusqu’à ce que la neige et le vent recouvrent les cadavres et fassent oublier l’entrée triomphale. Le soldat mort n’a que faire de l’issue victorieuse ou non de la guerre ». Sur un montage percutant et fluide, Chiens, à vous de crever ! intègre d’incroyables et impressionnants stockshots, parfois très difficiles et violents, qui rend compte des tensions et des divisions au sein de la 6e armée envoyée sur le front de l’Est.

Avec des moyens plutôt conséquents, Frank Wisbar rend compte de la situation sur le front qui n’a de cesse de se dégrader (un soldat allemand meurt toutes les 7 secondes), tandis que les russes mieux équipés, resserrent leurs unités jusqu’à étouffer littéralement leurs adversaires. Adolf Hitler apparaît de dos principalement, tandis que sa voix exprime clairement son désintérêt pour ces hommes qui seraient très vite remplacés s’ils devaient tous tomber. De leur côté, Goebbels déclare déjà la victoire allemande sur Stalingrad et Göring s’époumone à la radio pour célébrer le dixième anniversaire de la prise du pouvoir. Jusqu’à la reddition des troupes allemandes après plus de six mois de combats, plus de 800.000 pertes soviétiques (civils et soldats) et 400 000 militaires allemands, roumains, italiens, hongrois et croates.

S’il démarre comme un documentaire, Chiens, à vous de crever ! s’avère un film maîtrisé et épatant, aussi passionnant sur le fond que sur la forme, porté par de remarquables comédiens et qui s’avère un témoignage sans concession ni faux héroïsme, qui colle au plus près de la vérité. C’est le cas de la séquence où durant une courte trêve demandée entre les deux armées afin d’aller récupérer leurs soldats décédés sur le front, un officier allemand trouve un piano dans les décombres recouvertes de neige et commence à jouer une sonate de Beethoven.

Sorti en France en 1960, le film de Frank Wisbar attire plus d’1,2 million de spectateurs dans les salles, et se voit récompenser par de nombreux prix en Allemagne, dont le meilleur réalisateur et le Deuxième meilleur film aux Prix du film allemand. Il faudra attendre 1989 et le film russe Stalingrad de Youri Ozerov pour que le cinéma s’intéresse à nouveau à cet épisode clé de la Seconde Guerre mondiale.

LE DVD

Chiens, à vous de crever ! intègre la collection Grands films de guerre disponible chez Movinside. Aucun supplément ni de chapitrage, le menu principal, animé et musical, ne propose que le choix des langues avant le lancement du film. Si l’éditeur aurait pu proposer une présentation de Chiens, à vous de crever ! par un historien du cinéma, la grande rareté du film l’emporte sur l’absence des suppléments.

L’Image et le son

La restauration est impressionnante ! Movinside a pu mettre la main sur un master qui permet de (re)découvrir Chiens, à vous de crever ! dans de très bonnes conditions. Certes, les stockshots n’ont évidemment pas été restaurés et détonnent avec les images filmées par Frank Wisbar, mais la copie s’avère propre, stable, les contrastes sont bien gérés, les noirs sont denses et certaines séquences s’avèrent lumineuses. Quelques points blancs et rayures verticales ont pu échapper au nettoyage, mais dans l’ensemble l’image est de fort bon acabit.

La version originale est proposée dans son intégralité avec des sous-titres français non imposés. La piste est étonnamment propre, ne serait-ce que deux ou trois craquements, sans souffle parasite et sans bruits de fond. Le confort acoustique est donc assuré. Une piste française est également au programme, un peu plus sourde, mais qui ne démérite pas.

Crédits images : © BETA FILM. / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Chiens sont lâchés, réalisé par Falk Harnack

LES CHIENS SONT LÂCHÉS (Unruhige Nacht) réalisé par Falk Harnack, disponible en DVD le 11 juillet 2017 chez Movinside

Acteurs : Bernhard Wicki, Ulla Jacobsson, Hansjörg Felmy, Anneli Sauli, Erik Schumann, Werner Hinz, Richard Münch…

Scénario : Horst Budjuhn, Albrecht Goes

Photographie : Friedl Behn-Grund

Musique : Hans-Martin Majewski

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

En Russie, pendant la Deuxième Guerre mondiale, un pasteur est désigné pour assister un soldat condamné à mort pour désertion. Ce soldat est un très jeune homme, presque encore un adolescent, tendre, doux et buté… Il doit être exécuté le lendemain matin. Le pasteur, en possession du dossier de Boranovski, compte passer la nuit à l’étudier, ignorant encore qu’il ne sera pas seul dans sa chambre d’auberge : un jeune capitaine. Von Arnim, doit la partager avec lui. Celui-ci lui dit qu’il vient d’être désigné pour Stalingrad, d’où on ne revient pas, et qu’il a demandé à sa fiancée, infirmière, de venir passer avec lui cette nuit-là, qui sera bien vraisemblablement leur première et aussi leur dernière nuit…

Grand succès du box-office allemand, Les Chiens sont lâchésUnruhige Nacht est l’oeuvre du réalisateur Falk Harnack (1913-1991), qui fut très actif dans la résistance allemande durant la période nazie. Il est issu d’une famille de savants, d’artistes et de scientifiques, dont plusieurs ont payé de leur vie leur résistance antinazie. En 1943, il déserte pour rejoindre la Grèce où il s’allie au Greek People’s Liberation Army, avant de cofonder plus tard et de diriger le “comité antifasciste pour une Allemagne libre”. Les Chiens sont lâchés, réalisé en 1958, est symbolique de son combat et de son cinéma. Poignant, ce drame de guerre est une véritable révélation. Falk Harnack met en scène une poignée de soldats allemands, plongés en plein coeur de la Seconde Guerre mondiale, au cours de la bataille de Stalingrad. Un pasteur militaire parcourt le dossier d’un soldat allemand condamné à mort pour désertion après être tombé amoureux d’une jeune ukrainienne.

L’aumônier Brunner est interprété par le grand acteur allemand Bernhard Wicki, vu dans La Nuit de Michelangelo Antonioni et Paris, Texas de Wim Wenders. Il est également réalisateur et on lui doit entre autres les parties allemandes du Jour le plus long ou bien encore le célèbre film Le Pont, mis en scène en 1959. Dans Les Chiens sont lâchés, sa prestation tout en colère rentrée et immense délicatesse foudroie le spectateur. Son empathie et son amour pour ce jeune homme prénommé Fedor Boranovski (Hansjörg Felmy), dont le recours en grâce a été rejeté une dernière fois, sont traités avec finesse et intelligence. Malgré l’apparente austérité des décors et la sécheresse du montage, la mise en scène est très inspirée (très beaux mouvements de caméra) et l’émotion affleure progressivement, au fur et à mesure que le pasteur découvre l’histoire de celui qu’il doit informer de son exécution, en essayant de lui apporter une tranquillité d’esprit. L’aumônier arrive sur place en fin d’après-midi et découvre que Boranovski, accusé d’avoir déserté (plus de 200.000 jeunes soldats allemands avaient déserté) en ayant profité de la confusion d’une attaque aérienne, doit se faire fusiller le lendemain matin à l’aube.

Durant la nuit, alors qu’il partage sa chambre avec un capitaine sur le point d’être envoyé sur le champ de bataille à Stalingrad et sa fiancée Melanie, Brunner découvre l’histoire de Boranovski. Falk Harnack use alors de récents flashbacks qui dressent le portrait d’un jeune homme qui n’inspirait qu’à vivre comme n’importe quel être humain, qui a rencontré l’amour auprès d’une jeune mère et veuve ukrainienne. Un petit homme moustachu à frange en a décidé autrement. Par ailleurs, ce dernier apparaît seulement en fond sonore pendant un discours, comme si sa présence, ou plutôt son omniprésence était tellement devenue banale qu’on ne faisait même plus attention à lui. Tandis qu’il s’époumone sur la victoire qu’il sent “imminente”, les soldats vaquent à leurs occupations, laissant ce chien aboyer dans le vide. Falk Harnack livre un film pacifiste, antimilitariste et antinazi, fortement engagé, beau et très attachant.

LE DVD

Les Chiens sont lâchés intègre la collection Grands films de guerre disponible chez Movinside. Aucun supplément ni de chapitrage, le menu principal, animé et musical, ne propose que le choix des langues (version originale avec ou sans sous-titres français) avant le lancement du film. Si l’éditeur aurait pu proposer une présentation des Chiens sont lâchés par un historien du cinéma, la grande rareté du film l’emporte sur l’absence des suppléments.

L’Image et le son

Movinside propose Les Chiens sont lâchés dans son format original 1.33 (4/3). Le grain original a été lissé quasiment entièrement, la copie a subi un certain dépoussiérage, même si des rayures verticales, points noirs, tâches et raccords de montages demeurent visibles. L’image est stable, divers moirages sont constatés, notamment sur les galons des officiers, sans oublier les décrochages sur les fondus enchaînés. Le N&B est lumineux, la gestion des contrastes équilibrée. Malgré les défauts énumérés, découvrir le film de Falk Harnack est une chance inespérée et nous ne pouvons que saluer l’éditeur pour cette ambitieuse sortie dans les bacs.

Seule la version originale est proposée avec des sous-titres français non imposés. La piste est étonnamment propre, ne serait-ce que deux ou trois craquements, sans souffle parasite et sans bruits de fond. Le confort acoustique est donc assuré.

Crédits images : © BETA FILM. / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Hit : le tueur était presque parfait, réalisé par Stephen Frears

THE HIT : LE TUEUR ÉTAIT PRESQUE PARFAIT (The Hit) réalisé par Stephen Frears, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : John Hurt, Tim Roth, Terence Stamp, Jim Broadbent, Laura del Sol, Bill Hunter, Fernando Rey

Scénario : Peter Prince

Photographie : Mike Molloy

Musique : Paco de Lucía, Eric Clapton, Roger Waters

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Willie Parker, un truand anglais, dénonce ses complices en échange de la liberté. Il vit incognito en Espagne, sous la surveillance d’un policier du coin. Dix ans plus tard, ses ex-complices sortent de prison ; ils engagent deux « professionnels », Braddock, le vétéran, et Myron, dont c’est la première mission. Ceux-ci enlèvent Parker et traversent l’Espagne en direction de Paris, poursuivis par la police. Parker, qui s’est préparé depuis dix ans à ce dénouement, reste d’un calme olympien et s’amuse à pousser ses ravisseurs à l’erreur.

Avant d’être révélé en 1985 par My Beautiful Laundrette, le réalisateur britannique Stephen Frears avait déjà mis en scène deux longs métrages, Gumshoe avec Albert Finney (1971) et The Hit (1984). Ce dernier, sorti en France sous le titre The Hit : Le Tueur était presque parfait, est un formidable road-movie existentiel, teinté d’humour noir et marqué par une violence sèche. Méconnu, The Hit ne manque pourtant pas de qualités, loin de là.

Devant un tribunal londonien, Willie Parker (Terence Stamp) témoigne contre ses complices dans un hold-up. En quittant la salle d’audience, il sait qu’au bout des dix ans d’incarcération dont ils ont écopé à cause de sa trahison, la vengeance sera terrible. Dix ans plus tard, deux tueurs à gages retrouvent sa trace en Espagne, où Parker, pensant ainsi leur échapper, s’était exilé. Ses bourreaux ont les traits de Braddock (John Hurt), un tueur chevronné et taciturne, et de Myron (Tim Roth), son jeune acolyte nerveux et impulsif. Une longue traversée de la péninsule ibérique commence en Mercedes Euro W111 blanche, car la mission des deux hommes consiste à rapatrier Willie en France. Le repenti attend, le sourire aux lèvres, une fin qu’il sait inéluctable.

Quel étrange film que The Hit ! Mais c’est justement cette singularité dans la filmographie dense et éclectique de Stephen Frears qui en fait sa rareté. Le casting quatre étoiles emporte déjà l’adhésion. A l’écran, Terence Stamp est aussi impérial que magnifique, John Hurt flippant dans le rôle du tueur quasi-mutique, Tim Roth, tout juste révélé par l’exceptionnel Made in Britain d’Alan Clarke, crève l’écran en petite frappe pas si éloignée de son rôle précédent (qui avait été proposé à Joe Strummer de The Clash), sans oublier la présence de la pulpeuse Laura del Sol dans le rôle de Maggie, otage récupéré sur la route et qui va se battre pour rester en vie, et celle de Fernando Rey, l’inspecteur qui mène l’enquête sur l’enlèvement de Parker, et dont nous n’entendrons jamais la voix. Présenté au Festival de Cannes en 1984 dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, The Hit foudroie par la virtuosité de la mise en scène (jeux à foison sur la profondeur, les focales, les angles), l’élégance de la photographie et par ses partis pris. Atypique, le film s’avère une profonde réflexion sur la mort, sur la façon dont l’individu l’appréhende et l’affronte le moment venu. Ainsi, Parker agace ses ravisseurs à cause de sa nonchalance et du sourire qu’il affiche sur le chemin qui le mène vers son exécution programmée. Derrière ses lunettes de soleil, Braddock semble déstabilisé par l’attitude de Parker, tandis que Myron, jeune chien fou, perd son sang-froid et s’exprime par la violence.

Pendant une dizaine d’années, Stephen Frears a essentiellement oeuvré à la BBC. Pourtant sa mise en scène est exceptionnelle et le cinéaste semble lui-même trouver sa propre voie en réalisant The Hit. Les mouvements de caméra sont sublimes et sophistiqués, et donnent un côté aérien à cette histoire pourtant terrible avec ces hommes qui tentent de mourir de la meilleure façon possible. Stephen Frears ne s’en cache pas, pour lui The Hit est une véritable comédie humaine, où tout le monde est logé à la même enseigne puisque personne n’échappera à la mort. Aux hommes de se préparer à l’inévitable. Comme il l’indique lui-même, Parker a eu une dizaine d’années pour se faire à l’idée, sachant que ses anciens complices feraient tout pour le retrouver et lui rendre la monnaie de sa pièce. Dans un sens, ses airs décontractés bouleversent Myron et Braddock qui ont fait du crime leur métier. Tout d’abord impitoyables, les deux tueurs vont peu à peu dévoiler quelques fissures. S’ils ne peuvent plus inspirer la peur, alors c’est toute leur raison d’être qui est remise en question.

Outre ce scénario intelligent écrit par le dramaturge et romancier Peter Prince et cette virtuosité formelle, n’oublions pas la musique traditionnelle de Paco de Lucía et sa guitare flamenco, y compris le générique signé Eric Clapton et Roger Waters, ainsi que la photo aride et lumineuse de Mike Molloy (Le Cri du sorcier) qui donne aux paysages espagnols un aspect désolé proche du western. Mystérieux, presque inclassable, passionnant, métaphysique, languissant, The Hit est loin d’être un simple polar et s’avère une immense réussite, une de plus, dans l’oeuvre de Stephen Frears.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de The Hit est édité chez Movinside qui pour l’occasion inaugure une nouvelle collection Suspense/Polar avec également les titres Don Angelo est mort de Richard Fleischer et Le Flic se rebiffe de Burt Lancaster et Roland Kibbee (déjà chroniqués). La jaquette reprend un des visuels originaux du film et s’avère très élégante. Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage et aucun supplément malheureusement.

L’Image et le son

Nous ne sommes pas déçus ! C’est avec un plaisir immense que nous découvrons ce film de Stephen Frears dans de pareilles conditions ! La colorimétrie s’impose par sa luminosité, le relief est très appréciable. Malgré un piqué émoussé, ainsi qu’un grain aléatoire et plus prononcé sur les séquences sombres, la photo riche et ouatée du chef-opérateur Mike Molloy est souvent excellemment restituée. La profondeur de champ est indéniable, certains gros plans étonnent par leur précision, la clarté est de mise, les contrastes probants, la copie stable (merci au codec AVC), sans oublier la restauration impeccable. Le master est débarrassé de toutes les scories possibles et imaginables. Ce Blu-ray est en format 1080p.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 instaurent un confort acoustique satisfaisant. Malgré des dialogues clairs et ardents, la piste française manque d’ampleur et en oublie parfois certaines ambiances annexes. C’est un peu mieux pour la version originale, plus homogène et équilibrée, même si les dialogues auraient mérité d’être revus à la hausse. Dans les deux cas, la propreté est là et aucun souffle n’a été constaté. L’éditeur joint également une piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 complètement anecdotique, avec une spatialisation décevante et des effets latéraux quasi-inexistants.

Crédits images : © Universal Pictures / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Flic se rebiffe, réalisé par Burt Lancaster et Roland Kibbee

LE FLIC SE REBIFFE (The Midnight Man) réalisé par Burt Lancaster et Roland Kibbee, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : Burt Lancaster, Susan Clark, Cameron Mitchell, Morgan Woodward, Harris Yulin, Robert Quarry, Joan Lorring, Ed Lauter

Scénario : Burt Lancaster, Roland Kibbee d’après le roman The Midnight Lady and the Mourning Man de David Anthony

Photographie : Jack Priestley

Musique : Dave Grusin

Durée : 1h59

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Après un séjour en prison pour avoir assassiné l’amant de sa femme, Slade, un ancien policier, trouve un petit boulot de gardien de nuit sur un campus universitaire. Il tente de mener à nouveau une vie normale et Linda, sa contrôleuse judiciaire, s’éprend même de lui. Malheureusement, une série de meurtres se produit dans l’université… Slade décide d’enquêter.

En 1954, bien qu’il ne soit pas crédité, Burt Lancaster cosigne la mise en scène du Roi des îles aux côtés de Byron Haskin. L’année suivante, il réalise officiellement son premier long métrage, L’Homme du Kentucky, western dans lequel il donne la réplique à Dianne Foster et Diana Lynn. Burt Lancaster attendra quasiment vingt ans pour repasser une dernière fois derrière la caméra. Le Flic se rebiffe, titre français à côté de la plaque pour le titre autrement plus beau et poétique en version originale The Midnight Man, est comme qui dirait un dernier baroud d’honneur pour la star vieillissante. S’il lui restait encore de fabuleuses aventures cinématographiques à venir, Violence et passion de Luchino Visconti, 1900 de Bernardo Bertolucci, L’Ultimatum des trois mercenaires de Robert Aldrich pour ne citer que ceux-là, Burt Lancaster a déjà l’essentiel de sa carrière derrière-lui, trente ans de métier, une quantité impressionnante de films et de chefs d’oeuvres tournés aux quatre coins du monde. Rétrospectivement, Le Flic se rebiffe, d’après la nouvelle The Midnight Lady and the Mourning Man de David Anthony, peut se voir comme le portrait d’un acteur quelque peu usé, paumé dans une décennie bouleversée, qui déambule dans un milieu où il n’a plus de repères et où il apparaît presque comme un anachronisme.

The Swimmer, immense chef d’oeuvre de Frank Perry, jouait déjà avec la mythologie Lancaster, le passage du temps, avec de nombreuses références aux films les plus célèbres du comédien. Ici, Burt Lancaster erre presque comme un spectre, dans un monde qui a perdu le sens des valeurs, même s’il souhaite démontrer qu’il en a encore sous le capot et qu’il n’est pas prêt à être envoyé à la casse. C’est ainsi que son personnage, Slade, ancien flic de la criminelle, mis au rebut après avoir tué l’amant de sa femme trouvé dans son propre lit, débarque dans une petite ville universitaire de la Caroline du Sud. Libéré sur parole, il a accepté un travail de gardien de nuit sur le campus, où il s’occupe de la tranche minuit-8h du matin. Il est recueilli chez un de ses meilleurs amis, Quartz, également ancien flic, joyeux drille et pince-sans-rire. Mais ce dernier est blessé au cours d’une arrestation qui tourne mal. La jambe dans le plâtre, il est alité. Slade commence à prendre ses nouvelles marques et rencontre Linda Thorpe (Susan Clarke et ses beaux yeux bleus), qui travaille étroitement avec la police et notamment le shérif Casey (l’excellent Harris Yulin, spécialiste de la rubrique « On ne sait jamais comment ils s’appellent »), non loin de l’université. Un matin, la fille du sénateur Clayborde (Morgan Woodward), étudiante sur le campus, est retrouvée assassinée. S’il n’a plus son insigne, Slade a conservé son instinct de flic et commence à recueillir quelques indices en parallèle de l’enquête de police. Il ne sait pas qu’il vient de mettre les pieds dans une affaire où il n’aurait pas dû intervenir. Toujours est-il qu’il n’hésitera pas à répondre à la violence par la violence s’il le faut.

Si Le Flic se rebiffe ne brille pas par sa mise en scène, également signée Roland Kibbee (scénariste de Vera Cruz), qui s’apparente plus à un téléfilm, The Midnight Man se regarde comme on lit un bon vieux polar à la couverture froissée et aux pages jaunies, un dimanche après-midi pluvieux, une tasse de thé à portée de main. Il y a tout d’abord le charme propre aux productions des années 1970 avec ce grain particulier, ses couleurs automnales, ses petites bourgades chichement éclairées, ses bars enfumés où les hommes seuls viennent noyer leur chagrin dans un verre de bière. Ensuite, il y a le pincement au coeur de voir l’une des plus grandes stars hollywoodiennes vieillir devant la caméra. Les yeux sont toujours brillants, mais le visage est marqué par la rosacée et les mains tachetées ne trompent pas sur les années qui ont passé.

Le Flic se rebiffe est un petit film bourré de charme, empreint d’une nostalgie qui émeut souvent, qui parvient à contenter les amoureux des histoires policières du style roman de gare avec un étonnant dénouement à tiroirs qui possède vraiment l’esprit d’une série noire. Heureusement, The Midnight Man, avec une mélancolie sous-jacente, la photographie duveteuse de Jack Priestley, la douce partition de Dave Grusin et la versatilité de ses personnages, parvient sans mal à se faire une place dans le coeur et même dans l’esprit des spectateurs.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Flic se rebiffe est édité chez Movinside qui pour l’occasion inaugure une nouvelle collection Suspense/Polar avec également les titres Don Angelo est mort de Richard Fleischer (déjà chroniqué) et The Hit de Stephen Frears. La jaquette reprend un des visuels originaux du film et s’avère très élégante. Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage et aucun supplément malheureusement.

L’Image et le son

Le film de Burt Lancaster et de Roland Kibbee n’était disponible qu’en import allemand. C’est donc une vraie rareté proposée par Movinside, d’autant plus que l’éditeur propose ce titre en Blu-ray. Malgré un grain aléatoire, heureusement conservé ceci dit, les scènes diurnes et nocturnes sont logées à la même enseigne et formidablement rendues avec ce master HD nettoyé de toutes défectuosités. Mis à part un générique un poil tremblant, les contrastes du chef opérateur Jack Priestley (Né pour vaincre), retrouvent une nouvelle densité. Les nombreux points forts de cette édition demeurent la beauté des gros plans, la propreté du master (hormis quelques points blancs), les couleurs ravivées, les noirs profonds et le relief des scènes en extérieur jour avec des détails plus flagrants. Quelques fléchissements de la définition, mais rien de rédhibitoire. Enfin, le film est proposé dans son format d’origine 1.85.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 sont propres, efficaces et distillent parfaitement la musique de Dave Grusin. La piste anglaise ne manque pas d’ardeur et s’avère la plus équilibrée du lot. Au jeu des différences, la version française, beaucoup moins dynamique, se focalise trop sur les dialogues au détriment de certaines ambiances et effets annexes. Aucun souffle constaté sur les deux pistes. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Universal / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr


Test Blu-ray / Don Angelo est mort, réalisé par Richard Fleischer

DON ANGELO EST MORT (The Don is Dead) réalisé par Richard Fleischer, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : Anthony Quinn, Frederic Forrest, Robert Forster, Al Lettieri, Angel Tompkins, Charles Cioffi

Scénario : Christopher Trumbo, Michael Butler d’après le roman The Don is Dead de Marvin H. Albert

Photographie : Richard H. Kline

Musique : Jerry Goldsmith

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Après le décès de Don Paolo, le chef de la mafia new-yorkaise, un Conseil réunissant les plus grandes familles du Milieu se réunit et désigne Don Angelo comme leur nouveau chef. Ce dernier prend sous sa protection Frank, le fils de Don Paolo et le désigne comme son héritier. Cet arrangement ne convient pas à Orlando, l’avocat d’un chef de famille rival et met tout en œuvre pour qu’une guerre éclate entre Don Angelo et Frank, guerre qui sera très sanglante…

L’immense Richard Fleischer (1916-2006) a déjà plus de trente longs métrages à son actif lorsqu’il réalise Don Angelo est mort – The Don is Dead en 1973. Alors qu’il s’attachait à décrire le quotidien professionnel et personnel d’une poignée de flic dans son film précédent, le merveilleux Les Flics ne dorment pas la nuit, le réalisateur de L’Etrangleur de Rillington Place et de Terreur aveugle, se penche ici sur l’autre côté de la loi, le monde de la mafia italo-américaine.

En (re)découvrant cet opus souvent oublié dans l’incroyable, prolifique et éclectique filmographie de Richard Fleischer, il est évident de constater que Don Angelo est mort découle tout naturellement du Parrain, sorti en 1971. De nombreuses séquences font d’ailleurs étrangement écho avec le chef d’oeuvre de Francis Ford Coppola, à tel point que cela en devient même troublant comme cette explosion de violence près des étals d’oranges ou bien encore un règlement de comptes chez le barbier. Mais Richard Fleischer est bien trop malin pour livrer un simple ersatz, ce qui lui a permis de survivre artistiquement dans cette décennie bousculée du 7e art.

Don Angelo (Anthony Quinn) règne en parrain vieillissant sur une puissante famille de la mafia. Son empire fait des envieux. Des rivaux montrent les dents. Le plus acharné de tous est Frank Regabulto (Robert Forster). Angelo et lui ont plus d’un compte à régler, en particulier en ce qui concerne une femme, Ruby, maîtresse de Frank et que Don Angelo a voulu aider pour lancer sa carrière de chanteuse. Devenu fou de jalousie, Frank s’en prend à Ruby, la frappe et l’envoie à l’hôpital. Attisée par la haine, la guerre se déchaîne entre les deux clans. Frank charge ses deux tueurs à gages, les frères Fargo, pour liquider le vieux Don. Mais Angelo, étroitement protégé par ses hommes, n’entend pas se laisser abattre facilement. Ses fidèles rendent coup pour coup. L’exécution du contrat se révèle meurtrière pour Frank et ses hommes.

Avant d’entamer le tournage de Soleil vert, un de ses plus grands et célèbres films, Richard Fleischer démontre une fois de plus son don et sa virtuosité pour passer d’un genre à l’autre. Sur un scénario de Christopher Trumbo et Michael Butler, d’après le roman The Don is Dead de Marvin H. Albert, le cinéaste dépeint un univers en s’attachant au moindre détail, ce qui a toujours fait sa renommée, avec parfois une dimension quasi-documentaire quand sa caméra portée s’immisce au cours d’une transaction drogue/argent, créant ainsi une tension permanente. A l’instar des Flics ne dorment pas la nuit et malgré la présence d’Anthony Quinn en haut de l’affiche dont le personnage donne son nom au titre du film, il n’y a pas de personnage principal dans Angelo est mort. Richard Fleischer passe de l’un à l’autre, jouant avec l’empathie du spectateur qui ne sait pas à quel protagoniste se raccrocher. Ainsi le metteur en scène présente tout d’abord Frank et ses portes flingues, les frères Fargo, Tony (Frederic Forrest) et Vince (Al Lettieri, qui sortait justement du Parrain), avant de passer à la séquence où les trois clans sont réunis pour désigner qui va prendre la succession du chef de la mafia. Le cinéma de Richard Fleischer est fait d’archétypes. Après cette introduction quasi-muette, le réalisateur présente donc chacun des personnages : Don Angelo DiMorra, Tony, Vince, Frank, Luigi, Mitch, Joe…ils sont tous là et leur fonction est désignée. Il y a les chefs, les hommes de main, les consiglieri. Ce procédé permet à Richard Fleischer de pouvoir commencer à peindre les portraits de tous ces acteurs, quel que soit leur rôle dans les diverses organisations.

Ces hommes, pères de famille, mari, amants, fils de, font partie du monde du crime. Certains espèrent devenir calife à la place du calife, à l’instar de Frank qui souhaiterait prendre la suite de son père récemment décédé, sans avoir le charisme ou l’expérience nécessaires, tandis que Tony – proche cousin de Michael Corleone – voudrait lui prendre ses distances avec l’organisation. Mais comme bien souvent dans ce milieu, un homme ambitieux que personne ne soupçonne prépare un coup en faisant en sorte que toutes ces organisations s’affrontent, afin de mieux en récolter les fruits. Et quoi de mieux que d’utiliser une femme pour déclencher une guerre interne.

Richard Fleischer suit le schéma du Parrain. Si ces hommes tentent de parler avant d’agir, les désirs refoulés prennent le dessus sans crier gare et engendrent une réaction en chaine d’actes violents et irréparables. Les scènes en famille tournées avec une vraie douceur contrastent avec la vendetta impitoyable à laquelle se livrent les personnages à l’instar de ce passage à tabac à coup de batte de baseball au milieu du désert, scène qui a sûrement inspiré Martin Scorsese pour le lynchage de Joe Pesci dans Casino. Le tournage en studio, qui a été très critiqué à la sortie du film, rajoute pourtant une touche au monde à part dans lequel déambulent les personnages, comme un Disneyland pour criminels.

Tout le monde est logé à la même enseigne dans Don Angelo est mort, véritable film choral à la mise en scène impeccable et élégante, interprétée par des acteurs aux tronches inoubliables. Techniquement irréprochable avec Richard H. Kline à la photographie et Jerry Goldsmith à la musique, The Don is Dead est un polar bien carré, une série B assumée et dissimulée dans l’ombre d’autres oeuvres majestueuses, pas une fresque mais plusieurs tranches de vies entremêlées. Comme il n’y a pas de « petits » Richard Fleischer – non, je ne parlerai pas de Conan le destructeur ni de Kalidor – la légende du talismanDon Angelo est mort est donc à connaître absolument.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Don Angelo est mort est édité chez Movinside qui pour l’occasion inaugure une nouvelle collection Suspense/Polar. La jaquette reprend un des visuels originaux du film et s’avère très élégant. Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage et aucun supplément malheureusement. Mais la sortie d’un film de Richard Fleischer – en Haute-Définition qui plus est – est déjà un cadeau à part entière.

L’Image et le son

La qualité de ce nouveau master restauré HD convainc et redonne un certain panache à Don Angelo est mort, qui n’était alors disponible qu’en import. Les contrastes affichent une belle densité, la copie restaurée est propre et stable, même si les séquences en basse lumière perdent en détails. Le piqué est satisfaisant et de nombreux éléments jouissent de l’élévation HD (Blu-ray au format 1080p) sur les plans diurnes en extérieur. Alors certes, tout n’est pas parfait, quelques flous sporadiques font leur apparition, une ou deux séquences sont plus altérées et la définition a tendance à flancher, mais ces menus accrocs restent anecdotiques compte tenu de la clarté, du grain cinéma respecté, des couleurs pimpantes, des noirs denses et du relief parfois inattendu. Enfin, l’ensemble est consolidé par une compression AVC de haute tenue.

La version originale bénéficie d’un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 nettement plus performant que la piste française encodée de la même façon. Pour la première option acoustique, l’espace phonique se révèle probant, la composition de Jerry Goldsmith jouit d’une belle ouverture, le confort est concret, et les dialogues, malgré certaines saturations, demeurent clairs et nets. De son côté, la version française apparaît beaucoup plus feutrée avec des voix sourdes et des effets annexes très pauvres. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre.

Crédits images : © Universal / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Bourreaux meurent aussi, réalisé par Fritz Lang

LES BOURREAUX MEURENT AUSSI (Hangmen Also Die!) réalisé par Fritz Lang, disponible en DVD et Blu-ray 13 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : Brian Donlevy, Anna Lee, Walter Brennan, Hans Heinrich von Twardowski, Nana Bryant, Margaret Wycherly

Scénario : John Wexley, Bertolt Brecht, Fritz Lang

Photographie : James Wong Howe

Musique : Hanns Eisler

Durée : Version intégrale (2h15), Version française (2h)

Date de sortie initiale : 1943

LE FILM

Dans Prague occupée par les Nazis. Le 27 mai 1942, le Reich Protektor Heydrich est grièvement blessé par une bombe (il meurt une semaine plus tard). L’auteur de l’attentat, le professeur Svoboda, se réfugie par hasard chez le professeur Novotny. Celui-ci est arrêté comme otage par la Gestapo. Marcia, la fille du professeur se rend à la Gestapo. Elle a l’intention de dénoncer Svoboda pour faire libérer son père. Mais Svoboda, devenu héros national, est aidé par les résistants tchèques. Elle se tait mais attire l’attention des S.S. qui la font suivre par l’Inspecteur Grüber. Svoboda feint d’être l’amant de Marcia, pour détourner les soupçons de Grüber qui les suit dans la chambre où se cache le chef de la résistance, blessé. Jan Horek, le fiancé de Marcia, se rend compte du subterfuge et joue également la comédie à Grüber. Par la suite, il rejoint Svoboda à temps et ils tuent Grüber…

Grand amateur du travail de Sigmund Freud, Fritz Lang n’aura de cesse au cours de sa longue et prolifique carrière, de se pencher sur la question du meurtre, des assassins, de la culpabilité. En 1933, Joseph Goebbels propose au cinéaste le poste de directeur du département cinématographique de son ministère, celui de la propagande. Fritz Lang refuse. La légende dit que le réalisateur aurait déclaré à Goebbels que sa mère était juive. Il s’enfuit en France avant de s’installer aux Etats-Unis. Furie, son premier film américain et réquisitoire contre le lynchage, montre l’engagement du réalisateur. Suivront J’ai le droit de vivre (1937), Casier judiciaire (1938), Le Retour de Frank James (1940), Les Pionniers de la Western Union (1941) puis Chasse à l’homme la même année. Avec ce film, Fritz Lang entame une tétralogie antinazie avec Les Bourreaux meurent aussi, Espion sur la Tamise (1944) et Cape et Poignard (1946).

Après Chasse à l’homme, la carrière américaine de Fritz Lang patine et ses projets n’aboutissent pas. Le cinéaste milite pour aider ses compatriotes intellectuels à venir se réfugier aux Etats-Unis. Au même moment, Reinherd Heydrich, protecteur adjoint du Reich en Bohême-Moravie, adjoint d’Himmler, surnommé “le Bourreau”, meurt dans un attentat organisé par la résistance tchèque le 4 juin 1942. Fritz Lang décide d’en faire le sujet de son prochain film et de rendre ainsi un vibrant hommage à la résistance. Les Bourreaux meurent aussiHangmen Also Die!, longtemps envisagé sous le titre Never Surrender ou tout simplement No Surrender (repris dans la dernière séquence du film avec le célèbre “NOT THE END” dans le montage intégral) est réalisé en 1943 sur un scénario écrit par John Wexley et surtout l’immense dramaturge Bertolt Brecht, également allemand exilé aux Etats-Unis, dont il s’agit de l’unique collaboration avec Hollywood. Toutefois, il n’est pas mentionné en tant que scénariste au générique suite à une décision du syndicat des scénaristes américains.

L’action se déroule en mai 1942. Dans Prague occupé par la Wehrmacht, le docteur Franticek Svoboda (Brian Donlevy) tue Reinhard Heydrich, alias le Bourreau, un nazi fanatique. Traqué par la Gestapo, il bénéficie aussitôt de l’aide de Mascha Novotny (Anne Lee) qui, orientant ses poursuivants dans une mauvaise direction, l’accueille dans sa famille. Un geste lourd de conséquences car, peu après, la police du Reich arrête son père (Walter Brennan) et plusieurs de ses étudiants. Un communiqué est diffusé dans la ville selon lequel des otages seront fusillés tous les jours tant que le meurtrier de Heydrich ne sera pas retrouvé. Parallèlement, le réseau de Résistance auquel appartient Svoboda (qui signifie « liberté » en tchèque) est noyauté par un riche brasseur, Emil Czaka (Gene Lockhart). Grâce à une série complexe d’événements et la complicité active de nombreux pragois, la Résistance parvient à faire croire que c’est Czaka qui a assassiné Heydrich, mais pas avant que les nazis n’aient exécuté un grand nombre des otages.

Si les faits réels ont été adaptés pour la fiction, Reinhard Heydrich a en fait été tué par trois parachutistes tchécoslovaques, les nazis ayant ensuite massacré toute la population du village de Lidice en guise de représailles avant de le rayer de la carte (sujet du film Hitler’s Madman de Douglas Sirk, sorti également en 1943), Fritz Lang signe un film percutant et une référence du cinéma de propagande. En France, les spectateurs ne bénéficieront que d’une version tronquée de vingt minutes en août 1947. Le film de Fritz Lang est alors perdu au milieu de tout un tas de films américains suspendus durant la guerre. Ce montage circulera en France durant de nombreuses années, jusqu’à ce que le cut original soit présenté pour la première fois en 1963 avec l’aval de Fritz Lang. Pourtant, même si le septième film américain de Fritz Lang n’est pas non plus son plus réussi, la version intégrale US des Bourreaux meurent aussi est un trésor incontestable et s’avère tout aussi indispensable que le reste de la filmographie du cinéaste allemand. Plus ample et fluide, rarissime, le film est encore plus passionnant que ce montage français malmené.

Les coupes interviennent notamment sur les quatre intrigues entrelacées et certaines scènes suggérées dans la version française prennent tout leur sens dans le montage intégral. Les scènes supplémentaires mettent notamment en valeur la résistance des femmes (dont une qui crache au visage du personnage de Czaka interprété par Gene Lockhart), pour ainsi dire inexistantes dans la version française. Le récit s’attarde également sur le quotidien et l’organisation de la Résistance, les exécutions et les passages à tabac. Les dialogues y sont également plus crus et la violence explicite, à l’instar du suicide du chauffeur de Svoboda, arrêté par la Gestapo, qui se défenestre dans la version intégrale et dont le geste fatal est juste évoqué en version française. Autre exemple de scène coupée. Après l’annonce de la mort d’Heydrich dans une salle de cinéma, le corps de l’allemand est montré sur un lit d’hôpital. Dans la version longue, l’assistance applaudie dans la salle de cinéma à l’annonce de l’attentat, un agent de la Gestapo placé au fond de la salle demande qu’on rallume la lumière et à chacun de lui présenter ses papiers. Personne ne l’écoute et l’agent reçoit même un poing dans la figure. Les spectateurs sortent tranquillement de la salle puis un fondu enchaîne avec le corps d’Heydrich à l’hôpital.

Compromis entre réalité historique et divertissement hollywoodien, le film de Fritz Lang traite de la traque de l’assassin de Reinhard Heydrich sous forme d’une fiction prétexte à mettre en valeur le courage de chaque homme, femme et enfant, tous unis contre le Troisième Reich. Fritz Lang instaure une atmosphère oppressante, où la résistance s’organise à chaque coin de rue. Reposant sur un casting exceptionnel où trône le génial et caméléonesque Walter Brennan (le Stumpy de Rio Bravo), Les Bourreaux meurent aussi est une œuvre captivante et formidable, noire et âpre, au suspense haletant, à la frontière de l’expressionnisme et du cinéma hollywoodien classique, mais profondément européenne dans l’âme.

LE BLU-RAY

Le superbe digibook des Bourreaux meurent aussi édité par Movinside dans la collection Les Films de ma vie, renferme le Blu-ray du film. Le petit livret de 32 pages richement illustré délivre quelques notes de production signées Marc Toullec. Le menu principal de cette édition est animé et musical.

Aucun supplément vidéo.

L’Image et le son

En 2008, Carlotta Films éditait en DVD les deux versions des Bourreaux meurent aussi. Mais contrairement à l’édition Movinside proposée ici, il s’agissait bien de la version vue dans les salles françaises, avec le générique dans la langue de Molière, tout comme les inserts (les télégrammes entre autres) réalisés exprès pour cette version, ainsi que le dernier plan qui indiquait un banal « Fin » alors que la version intégrale se terminait sur « NOT » qui emplissait l’écran, suivi de « THE END ». Pour cette sortie en Haute-Définition, Movinside propose certes les deux montages du film, mais il s’agit du même master qui a été tout simplement calé sur le mixage français existant. Exit donc les génériques en français, les inserts et tout simplement la copie qui circulait en 1943. Non seulement ce montage tronqué déséquilibrait le film, mais la copie était également fortement abîmée, tout comme l’était d’ailleurs celle de la version intégrale qui contenait encore de très nombreuses poussières, griffures rayures et autres scories. Le master proposé ici a été restauré en 2012 par la Restoration Department des Studios Pinewood à partir des meilleurs éléments existants dont quelques éléments originaux nitrate. Ce Blu-ray au format 1080p (AVC) propose Les Bourreaux meurent aussi dans son format respecté 1.33 et rend caduque celui édité par Carlotta Films il y a presque dix ans. Le master se révèle souvent pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés, de clarté (l’éclat des yeux des comédiens) et de relief. La propreté de la copie est évidente, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans de Fritz Lang, la photo entre ombre et lumière signée James Wong Howe (Le Grand chantage, L’Adorable voisine) retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Seuls petits accrocs constatés : des petits points noirs et blancs, des contrastes peut-être un peu trop poussés sur certaines séquences, de légers tremblements, des effets de pompage. Mais les fondus enchaînés sont plus ou moins stables et toutes les séquences en extérieur profitent de cette nouvelle promotion en Haute-Définition. Il s’agit sans nul doute de la plus belle copie des Bourreaux meurent aussi disponible à ce jour, même si la véritable version française demeure celle disponible en DVD chez Carlotta Films.

Il ne faut pas trop en demander concernant les mixages…La version d’origine est disponible en français et en anglais, tandis que le montage américain intégral est uniquement présenté dans la langue de Shakespeare. Dans les deux cas, l’écoute demeure souvent confinée, sourde, couverte, même si le mixage de la version intégrale s’en sort globalement mieux en dépit d’un souffle chronique. Mais pour les deux versions, les dialogues demeurent souvent étouffés, la bande-son craque, les voix des comédiens saturent quelque peu. Néanmoins, la restauration de la langue anglaise (et allemande dans ce cas précis) est plus évidente. Les crépitations ne sont pas rares pour la langue de Molière, y compris une présence musicale aléatoire, généralement médiocre.

Crédits images : © Arnold Productions / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr