Test Blu-ray / Aux frontières de l’aube, réalisé par Kathryn Bigelow

AUX FRONTIÈRES DE L’AUBE (Near Dark) réalisé par Kathryn Bigelow, disponible en combo Blu-ray/DVD le 25 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Adrian Pasdar, Jenny Wright, Lance Henriksen, Bill Paxton, Jenette Goldstein, Tim Thomerson…

Scénario : Kathryn Bigelow, Eric Red

Photographie : Adam Greenberg

Musique : Tangerine Dream

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Dans une petite bourgade de l’Oklahoma, un soir, Caleb fait la rencontre d’une étrange fille, Mae, qui va bouleverser son existence. En effet, Mae est vampire. Caleb se retrouve alors parmi une redoutable « meute » de tueurs-vampires qui ne sévissent que la nuit car ils craignent les mortels rayons du soleil.

S’il n’a eu aucun succès dans les salles américaines à sa sortie en 1987 malgré son petit budget de 5 millions de dollars, Aux frontières de l’aubeNear Dark est pourtant devenu une œuvre culte, reconnue, une référence du genre fantastique, une étape fondamentale du film de vampires. Il s’agit également du premier long métrage mis en scène en solo par l’immense Kathryn Bigelow, six ans après The Loveless, qu’elle avait coréalisé avec Monty Montgomery. Si Aux frontières de l’aube est un chef d’oeuvre aujourd’hui cité et plagié, le film possède également la particularité de reprendre trois comédiens d’Aliens, le retour de James Cameron, Lance Henriksen, Bill Paxton et Jenette Goldstein, réalisé l’année précédente et dont le titre apparaît d’ailleurs sur la devanture d’un cinéma dans Near Dark. Quatre ans avant le succès mondial de Point Break, Kathryn Bigelow installe déjà les composantes de son cinéma, précipité de violence, d’adrénaline (la véritable drogue de tous les personnages chez la cinéaste), de testostérone et de fureur.

Une nuit, Caleb, un jeune fermier candide de l’Oklahoma, rencontre la belle Mae. Fasciné, il tente de la séduire et obtient d’elle un baiser qui devient une morsure. Ce contact va entraîner Caleb dans le monde des compagnons de Mae, des vampires. Il devra apprendre à tuer pour s’abreuver du sang de ses victimes.

Priez pour que l’aube arrive…

Il y a eu définitivement un an avant et un après Les Frontières de l’aube. Si le mot vampire n’est jamais utilisé durant le film, la troupe, on peut même parler de famille reconstituée, de Near Dark appartient bel et bien à ces créatures. S’ils se trouvent dépourvus de canines affûtées, ils se nourrissent quand même du sang de leurs victimes croisées sur les routes désertiques, dans quelques motels glauques qui jonchent les chemins poussiéreux de l’Amérique profonde ou dans quelques bars crasseux où leur dégaine ne passe pas inaperçue dans ces contrées reculées.

Le souhait original de Kathryn Bigelow et de son coscénariste Eric Red (l’auteur du mythique Hitcher de Robert Harmon) était de faire un véritable western, la réalisatrice étant une grande admiratrice du cinéma de Sam Peckinpah, en particulier de La Horde sauvage. Essuyant le refus des producteurs qui prétextaient alors que le genre était démodé et peu amène d’attirer les spectateurs dans les salles, les deux associés changent leur fusil d’épaule en combinant le western et le fantastique.

Western horrifique, Aux frontières de l’aube ne s’embarrasse pas de la mythologie originale. Pas de gousses d’ail ici, ni de crucifix, encore moins d’eau bénite et de cercueils. Demeure l’intolérance au soleil, qui reste fatal pour ces créatures pourtant immortelles. Si la figure du vampire a toujours été accompagnée d’un érotisme latent, Kathryn Bigelow et Eric Red narrent une véritable histoire d’amour, celle entre Caleb (Adrian Pasdar, vu dans Top Gun et dans L’Impasse) et Mae (Jenny Wright), à la dimension Shakespearienne, puisque les deux familles des intéressés vont s’interposer comme dans Roméo & Juliette.

La nuit a son prix…

Après leur mutation, ils représentent ce qu’il y a encore d’humain avec l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre, alors que ceux qui les entourent ne cessent de s’acharner sur leurs proies, dans le sang et la peur. A ce titre, celui qui tire indéniablement son épingle du jeu est le grand et regretté Bill Paxton. Complètement azimuté, explosif, déchaîné, bestial, son personnage Severen, sourire vicieux et sadique collé au visage, adore provoquer ses futures victimes, les pousser à bout, pour ensuite mieux se jeter sur elles et se repaître de leur hémoglobine. Plus « sage » en apparence, mais tout aussi monstrueux, impitoyable et machiavélique, Lance Henriksen campe une variation ténébreuse et sanguinaire de son Bishop d’Aliens, le retour. Son look de gourou des temps modernes, ancien soldat sudiste qui ne cesse d’évoquer sa « mort », est aussi inoubliable.

Réalisé à la fin des années 1980, Aux frontières de l’aube peut se voir comme une parabole sur l’épidémie mondiale du SIDA, avec la peur que la maladie entraîne chez ceux qui en ont « entendu parler » et qui repoussent ceux qui en seraient atteints. Au-delà de cette réinterprétation personnelle du film de vampires, Aux frontières de l’aube est un objet plastique crépusculaire fascinant. Dès sa sublime introduction, avec son montage percutant, la beauté de la photographie d’Adam Greenberg (Terminator, ouvertement cité lors de la scène du poids lourd dans le dernier acte) et la musique toujours enivrante de Tangerine Dream, Near Dark attrape le spectateur pour ne plus le lâcher. Tel un opéra-rock, le film enchaîne les morceaux de bravoure, sanglants ou furieusement romantiques avec une touche de mélancolie, doux et ultra-violents, jusqu’à l’époustouflant final.

Near Dark s’inspire lui-même du roman original d’Anne Rice, Entretien avec un vampire, publié à la fin des années 1970, pour ce qui touche au personnage d’Homer, adulte coincé dans un corps d’enfant. Mais, Aux frontières de l’aube donnera également naissance à d’autres films de genre réalisés dans les années 1990 avec bien évidemment Une nuit en enfer de Robert Rodriguez (1996) et surtout Vampires de John Carpenter (1998) dont certaines scènes renvoient directement au film de Kathryn Bigelow. Lauréat du Corbeau d’argent au Festival international du film fantastique de Bruxelles en 1988, Grand Prix et Licorne d’or pour Jenny Wright au Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction la même année, Aux frontières de l’aube est aujourd’hui unanimement reconnu comme un jalon important du genre. Du sang neuf dont se sont abreuvés les vampires à l’approche du XXIe siècle.

LE BLU-RAY

Aux frontières de l’aube est le numéro 2 de la collection Make my Day supervisée par l’un de nos meilleurs critiques cinéma, Jean-Baptiste Thoret. Comme pour Sans mobile apparent, Six femmes pour l’assassin, Max mon amour et La Mort a pondu un œuf, Studiocanal permet enfin de (re)découvrir Aux frontières de l’aube dans une édition digne de ce nom. Le film de Kathryn Bigelow est présenté ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

Jean-Baptiste Thoret présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (7’30). Comme il en a l’habitude, le critique replace de manière passionnante Aux frontières de l’aube dans son contexte, dans la filmographie et le parcours de Kathryn Bigelow. Il évoque également les conditions de tournage, la genèse et les thèmes du film, la musique de Tangerine Dream, mais également le casting. Tout cela est abordé sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

Cette édition comprend une interview de Kathryn Bigelow, réalisée pour l’émission française Rapido, diffusée sur Canal+ à l’occasion de la sortie française du film en 1988 (25’). Présenté sans coupes, l’entretien est parfois interrompu en raison d’un bruit parasite ou pour demander à la réalisatrice de se replacer face à la caméra. La cinéaste revient sur ses études, son expérience dans la peinture, les partis pris d’Aux frontières de l’aube (« rendre la nuit séduisante »), le travail avec le chef opérateur Adam Greenberg et son coscénariste Eric Red, les conditions de tournage (essentiellement de nuit pendant un mois et demi), les personnages et le casting. Kathryn Bigelow évoque également James Cameron (« Je suis une très grande fan de son cinéma »), ainsi que ses intentions, l’attrait de la violence au cinéma et ses aspirations pour les années à venir. Un document précieux à découvrir.

L’éditeur propose également un documentaire rétrospectif sur Aux frontières de l’aube, Living in Darkness, réalisé en 2002 et invitant une partie du casting, la réalisatrice, les producteurs et le chef opérateur Adam Greenberg (47’). Les anecdotes passionnantes s’enchaînent sur un rythme soutenu, ainsi que les souvenirs de tournage et les conditions des prises de vue. Chacun aborde également la psychologie des personnages et la relecture du mythe du vampire proposée par Near Dark. Des storyboards, ainsi que des photos de plateau illustrent ces propos.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Cette édition Haute-Définition d’Aux frontières de l’aube confortera à la fois les puristes, soucieux de retrouver la patine clairement indépendante de cette œuvre devenue culte, et les adeptes du support Blu-ray. Sans jamais dénaturer le grain original, parfois plus appuyé sur certaines séquences sombres, Studiocanal a trouvé le compromis entre le respect des volontés artistiques originales et l’upgrade numérique. Les contrastes sont au beau fixe (certains trouveront peut-être l’image trop sombre), les noirs denses, la copie stable et d’une propreté immaculée et les couleurs ravivées. Les scènes diurnes sont lumineuses et le piqué est inédit. Tourné avec un budget minuscule de 5 millions de dollars, Aux frontières de l’aube est un tout petit film et ses partis pris occasionnent quelques plans flous, qui apparaissent encore ainsi en HD. La restauration est donc éloquente, très plaisante et surtout très réussie, faisant oublier illico le DVD édité en 2010, au master aujourd’hui complètement obsolète.

La version originale aux sous-titres français imposés est proposée en DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. La première option se contente de spatialiser le score hypnotique de Tangerine Dream, ainsi que des ambiances dynamiques sur les scènes agitées du dernier acte notamment. Les voix auraient toutefois mérité d’être un peu plus relevées sur la centrale. La piste 2.0 est de fort bon acabit, sans doute plus homogène dans son rendu et souvent percutante. Plus anecdotique, la version française est parfois plus sourde, feutrée et couverte, notamment dans son rendu des dialogues (très mauvais doublage) et des bruitages.

Crédits images : © Near Dark Joint Venture / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Hérédité, réalisé par Ari Aster

HÉRÉDITÉ (Hereditary) réalisé par Ari Aster, disponible en DVD et Blu-ray le 15 octobre 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro, Ann Dowd, Mallory Bechtel, Brock McKinney, Austin R. Grant, Christy Summerhays, Morgan Lund…

Scénario : Ari Aster

Photographie : Pawel Pogorzelski

Musique : Colin Stetson

Durée : 2h08

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Quand Ellen, la matriarche de la famille Graham, décède, sa fille, Annie, retourne habiter dans la demeure familiale avec son mari et ses deux enfants, Peter et Charlie. Mais, rapidement, leur vie paisible est perturbée par des phénomènes étranges et inquiétants. La famille devra découvrir les terrifiants secrets de la matriarche défunte…

Hérédité est non seulement le plus grand film d’épouvante de l’année 2018, mais c’est aussi l’un des meilleurs films de genre de ces quinze dernières années et assurément l’un des plus flippants de tous les temps. Réalisateur d’une demi-douzaine de courts-métrages, Ari Aster écrit et met en scène son premier long métrage Hérédité et c’est un véritable coup de maître. En utilisant les codes du film d’horreur, le cinéaste dresse le portrait d’une famille au bord du gouffre et touchée par le deuil. Loin d’être un nouvel ersatz ou constitué d’hommages appuyés à quelques grands maîtres qui ont donné au film d’horreur ses lettres de noblesse, Hérédité innove constamment et repose sur des interprètes sensationnels, en particulier Toni Collette. Décidément trop rare, la comédienne australienne, déjà nommée aux Oscar pour Sixième Sens de M. Night Shyamalan, mériterait cet honneur une fois de plus puisqu’elle signe l’une de ses plus grandes prestations et donne le la de cet immense drame psychologique.

De l’aveu même d’Ari Aster, Hérédité s’inspire d’une succession de terribles drames qu’il a vécus dans sa propre famille pendant plusieurs années. Des épreuves difficiles et des disparitions de proches qui lui faisaient parfois penser que sa famille était « maudite ». L’art est cathartique et pour l’aider à sortir de cette spirale infernale, Ari Aster a imaginé une famille confrontée à la disparition de la matriarche, découvrant progressivement des secrets de plus en plus terrifiants sur la défunte et leur lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

Quelle claque ! Et l’impression reste la même après les multiples visionnages. Pour son premier long métrage, Ari Aster foudroie par la virtuosité de sa mise en scène, du montage en passant par la composition du cadre, la direction d’acteurs, sans oublier le travail de titan sur le son. Les scènes destinées à devenir cultes s’enchaînent sur un rythme lent, mais redoutablement maîtrisé. D’emblée, il y a quelque chose de foncièrement dérangeant dans cette famille. La mère Annie semble constamment plongée dans son travail en réalisant des miniatures (glaçantes et représentant leur quotidien) dans son atelier, le père Steve (superbe Gabriel Byrne), plus doux, psychiatre, devient le réceptacle du mal-être des autres, Peter le fils aîné (Alex Wolff, vu dans Jumanji: Welcome to the Jungle), fragile, semble en perte de repères et se réfugie dans le cannabis, tandis que la petite Charlie (troublante Milly Shapiro, révélation du film) paraît ailleurs, comme déconnectée et victime d’hallucinations puisqu’elle pense apercevoir sa grand-mère après son décès.

Véritable cauchemar éveillé, Hérédité s’impose comme une immense réussite, difficile d’accès peut-être, à tel point que certains trouveront le film opaque. Cette tragédie familiale et son épilogue complètement dingue rappellent The Witch de Robert Eggers. Les deux films, produits par la compagnie A24 (It Comes at Night, A Ghost Story), reposent sur un rythme languissant, effraient sans jamais avoir recours aux sempiternels jump-scares et rappellent les histoires qu’on aimait entendre caché sous les draps. Le final d’Hérédité renvoie à celui de The Witch quant à sa révélation, son déroulé, ses partis pris, comme s’il s’agissait du second volet d’une trilogie en devenir. Mais le film d’Ari Aster, retenez bien ce nom, redoutablement pessimiste et machiavélique, peut heureusement et surtout se voir comme une expérience unique et oserai-je dire inédite, tant le réalisateur parvient à renouveler un genre pourtant archi-rabattu, replié sur lui-même en usant habituellement des mêmes clichés.

Prenons le pari qu’Hérédité fera date et qu’il deviendra non seulement un grand classique de l’épouvante, mais aussi une nouvelle référence. Absolument effrayant.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Hérédité, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé et musical.

Le making of (20’) en dit un peu plus sur les thèmes, les intentions du réalisateur et les partis pris du film. Ari Aster, les comédiens principaux, ainsi que divers techniciens et chefs de départements partagent leur expérience et les conditions de tournage. Sans rentrer dans les détails, le cinéaste indique s’être inspiré de quelques drames vécus et donne quelques titres de films qui l’ont traumatisé comme Carrie au bal du diable de Brian De Palma et Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant de Peter Greenaway. De nombreuses photos de plateau viennent également illustrer l’ensemble.

Huit scènes coupées (17’) prolongent notamment la relation entre Steve et Peter.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photographies focalisées sur les très nombreuses maquettes du film, des bandes-annonces et des liens internet.

L’Image et le son

Hérédité est un film sombre et la Haute définition restitue habilement la photo du chef opérateur Pawel Pogorzelski. Les volontés artistiques sont donc respectées, sans aucune perte du piqué et des détails dans les scènes les moins éclairées. Ce master HD demeure impressionnant de beauté, le cadre est sublime, les contrastes affichent une densité remarquable (du vrai goudron en ce qui concerne les noirs) et la colorimétrie froide est optimale. Un vrai régal pour les yeux. Disque de démonstration.

Les deux versions DTS-HD Master Audio 5.1 font quasiment match nul en ce qui concerne la délivrance des ambiances sur les enceintes latérales, la restitution des dialogues et la balance frontale. Le spectateur est littéralement plongé dans ce quasi-huis clos, la spatialisation reste solide tout du long et le caisson de basses est utilisé à bon escient. Sans surprise, la version originale l’emporte de peu sur l’homogénéité et la fluidité acoustique, ainsi que sur le report des voix. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Metropolitan Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Histoires d’outre-tombe, réalisé par Freddie Francis

HISTOIRES D’OUTRE-TOMBE (Tales from the Crypt) réalisé par Freddie Francis, disponible en Édition Blu-ray + DVD + Livret le 18 septembre 2018 chez ESC Editions

Acteurs : Ralph Richardson, Joan Collins, Peter Cushing, Ian Hendry, Richard Greene, Nigel Patrick, Patrick Magee…

Scénario : Milton Subotsky d’après une histoire originale de Al Feldstein, Johnny Craig et William M. Gaines

Photographie : Norman Warwick

Musique : Douglas Gamley

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Dans les catacombes, cinq personnes entrent dans une pièce dont la porte se referme sur eux. Aux visiteurs, sachant que tous nourrissent de noirs desseins, le gardien de la crypte pose la question : « Quels sont vos projets d’avenir quand vous sortirez ? » Entre une meurtrière en prise avec un Père Noël psychopathe, le propriétaire puni par le fantôme du vieillard qu’il aura délogé, l’homme d’affaires piégé par trois vœux, un accidenté de la route appelé à revivre la même situation et le directeur d’un institut pour aveugles confronté à la colère de ses pensionnaires, chacun teste le monstre qui se cache en lui.

Entrez ! Entrez, âmes damnées ! Soyez les bienvenus chez Amicus, cette société de production cinématographique britannique née dans les années 1960, spécialisée dans les films d’horreur. Fondée par les américains Milton Subotsky et Max J.Rosenberg, la Amicus a voulu concurrencer la célèbre Hammer sur son propre territoire et dans le reste du monde. Dans cette optique, les pontes décident d’offrir quelque chose de différent aux spectateurs, notamment des histoires d’épouvante contemporaines. Un nom devient alors récurrent, celui du réalisateur Freddie Francis (1917-2007), à qui l’on doit déjà quelques fleurons de la Hammer comme Paranoïaque (1963), qui était à l’époque un chef opérateur très convoité. Il avait entre autres signé les images inoubliables des Innocents de Jack Clayton (1961) et avait auparavant travaillé Jack Cardiff sur Amants et filsSons and Lovers (1960), pour lequel il avait remporté l’Oscar de la meilleure photographie. Après cette récompense suprême, Freddie Francis décide de passer à la réalisation. Il signera L’Empreinte de Frankenstein, Dracula et les femmes et Meurtre par procuration, pour le compte de la Hammer. S’il mettra en scène d’autres films dans les années 1970-80, Freddie Francis réalisera également les inoubliables photographies d’Elephant Man, Dune et Une histoire vraie pour David Lynch, mais aussi celle du remake des Nerfs à vif par Martin Scorsese, ainsi que celle de Glory d’Edward Zwick, qui lui vaudra un second Oscar. Mais pour l’heure, Histoire d’outre-tombeTales from the Crypt démontre une fois de plus tout son savoir-faire derrière la caméra.

L’aventure de Freddie Francis avec la Amicus démarre en 1965 avec Le Train des épouvantesDr. Terror’s House of Horrors. Les autres séries B d’horreur s’enchaînent avec des titres aussi explicites que Le Crâne maléfiqueThe Skull (1965), Poupées de cendreThe Psychopath (1966), The Deadly Bees (1967), They Came from Beyond Space (167), Le Jardin des tortures Torture Garden (1967), puis le film qui nous intéresse, Histoires d’outre-tombe en 1972. Ce film à sketches se compose de cinq segments reliés par un fil rouge, tous réalisés par le même metteur en scène, avec le même directeur de la photographie, ce qui assure une véritable cohérence stylistique.

Le postulat de départ est simple : Au cours d’une visite dans des catacombes, cinq personnes, quatre hommes et une femme, soudainement isolées, se retrouvent en présence d’un moine étrange qui leur dévoile à chacun leur destin. Bien avant la célèbre série créée en 1989, le film s’inspire des bandes dessinées publiées par EC Comics au début des années 1950, Les Contes de la Crypte, et reprend cinq histoires disparates écrites par William Gaines et Al Feldstein. Cinq sketches forcément inégaux comme bien souvent dans ce genre de production – même les plus grands n’y échappaient pas comme en Italie où c’était devenu une spécialité (Les Monstres, Sept fois femme) – mais qui n’en restent pas moins élégants, souvent jubilatoires, bien rythmés, concis, même si prévisibles. Ce qui fait également le sel de ce genre de production c’est également le casting et de ce point de vue-là nous sommes gâtés ici. Le gardien de la crypte est interprété par le grand Ralph Richardson, puis interviennent tour à tour Joan Collins, Peter Cushing (sublime), Patric Magee, ainsi que des têtes parfaitement reconnaissables et symboliques de la rubrique « On ne sait jamais comment ils s’appellent ».

La mort est évidemment au centre de chaque segment, mais chacun reflète également la bassesse de l’être humain, prêt à tout pour son satisfaire son propre bonheur personnel et surtout sa réussite sociale. A sa sortie en France, le film passe totalement inaperçu. Pourtant, Histoires d’outre-tombe conserve encore un charme dingue malgré les années, la poésie macabre est au rendez-vous et on se délecte de passer d’un récit à l’autre, même si notre préférence se tourne vers les segments un (avec Joan Collins), trois (avec Peter Cushing) et cinq (avec Patrick Magee). Rétrospectivement, il s’agit également de la source d’inspiration de Creepshow (1982) de Stephen King et George A. Romero. Alors pourquoi hésiter plus longtemps ?

LE BLU-RAY

ESC Distribution ne manque décidément pas de nouveaux projets. Histoires d’outre-tombe inaugure une nouvelle collection de l’éditeur, la « British Terrors » qui comprendra entre autres Le Caveau de la terreur, Le Train des épouvantes, Asylum et Les Contes aux limites de la folie. Cette édition se compose du DVD et du Blu-ray du film, ainsi que d’un livret de 16 pages rédigé par Marc Toullec. Le menu principal est animé et musical.

L’intervention de Laurent Aknin se déroule en deux temps. Dans le premier module, l’historien et critique de cinéma raconte l’histoire de la Amicus (5’). Sa création, les producteurs, les titres les plus célèbres de la firme, ses intentions et ses influences sur les réalisateurs des années 1980-90 sont donc abordés de façon concise et passionnante.

Le deuxième segment se focalise sur Histoires d’outre-tombe (13’30). De la même manière que pour son exposé précédent, Laurent Aknin est toujours aussi attachant, enjoué et informatif sur la genèse du film de Freddie Francis, sur l’adaptation des célèbres Contes de la Crypte, sur le casting et les partis pris.

L’Image et le son

Le transfert est irréprochable, le master immaculé, stable et dépourvu de déchets résiduels. Les noirs sont concis, la colorimétrie est volontairement froide et fanée. Les décors dépouillés sont omniprésents et les personnages n’ont aucun mal à ressortir devant un fond uni, avec de très beaux gros plans. La gestion des contrastes est également très solide. Malgré un très léger voile apparent, ainsi que de menus changements chromatiques au cours d’une même séquence et un grain parfois trop lissé, ce master HD présenté dans son format d’origine 1.85 ne manque pas d’attraits. Le Blu-ray est au format 1080p.

Le film de Freddie Francis bénéficie d’un doublage français. Au jeu des comparaisons avec la version originale, la piste française au doublage réussi s’accompagne de quelques chuintements et les dialogues sont souvent mis trop en avant. La version anglaise DTS-HD Master Audio 1.0 est plus dynamique, propre et intelligible, homogène dans son rendu, notamment au niveau des effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Distribution /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / The Strangers : Prey at Night, réalisé par Johannes Roberts

THE STRANGERS : PREY AT NIGHT réalisé par Johannes Roberts, disponible en DVD et Blu-ray le 21 août 2018 chez TF1 Studios

Acteurs :  Christina Hendricks, Martin Henderson, Bailee Madison, Lewis Pullman, Damian Maffei, Emma Bellomy…

Scénario : Bryan Bertino

Photographie : Ryan Samul

Musique : Adrian Johnston

Durée : 1h25

Année de sortie : 2018

LE FILM

Une famille s’arrête pour la nuit dans un parc de mobile home isolé qui semble complètement désert. Une jeune femme étrange frappe à leur porte…. C’est le début d’une terrible nuit d’horreur : pris pour cible et poursuivis sans relâche par trois tueurs masqués, chacun devra lutter pour sauver sa peau dans un jeu de cache-cache impitoyable.

The Strangers : Prey at Night est la suite de The Strangers de Bryan Bertino (ici scénariste et producteur), grand succès critique et commercial de l’année 2008 (82 millions de dollars de recette pour un budget de 10 millions), même si le film était resté inédit dans les salles françaises. Dix ans plus tard, les producteurs décident de faire revenir leurs psychopathes masqués, qui s’en prennent cette fois-ci à toute une famille, deux parents et leurs deux enfants étudiants, dans une unité de lieu (un parc isolé) et de temps (une nuit). Pour ce nouvel opus au budget plus conséquent, la mise en scène a été confiée au réalisateur Johannes Roberts, remarqué en 2012 avec Storage 24 et son film à requins 47 Meters Down en 2017. S’il ne révolutionne rien dans le genre, The Strangers : Prey at Night ne se fout pas de la tronche des spectateurs et réserve son lot de séquences impressionnantes, violentes et graphiques, qui le placent bien au-dessus de la moyenne des productions du même acabit qui pullulent dans les salles au sol jonché de popcorn.

Inspiré de faits réels…

Johannes Roberts revendique ses influences, en particulier John Carpenter. Christine et Halloween : La Nuit des masques notamment, mais avec également une touche de Scream de Wes Craven et du premier Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. A l’instar de David Robert Mitchell pour son incroyable It Follows, le cinéaste parvient à digérer ses références, à se les approprier, sans les singer. Grâce à sa maîtrise formelle, Johannes Roberts réussit à nous faire accepter le comportement souvent invraisemblable des personnages, qui aurait pu rendre ridicule toute l’entreprise de ce slasher et survival. The Strangers : Prey at Night est constamment ponctué par des scènes marquantes avec une subtile utilisation de la profondeur de champ, du cadre, de la photographie très contrastée et du décalage constant avec la bande-originale très eighties qui convoque à la fois Kim Wilde (Kids in America en intro, Cambodia), Air Supply et Bonnie Tyler. Par ailleurs, la séquence de la piscine (comme It Follows) où l’un des protagonistes affronte le tueur masqué, sur fond du cultissime Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler est l’un des grands moments du film, celui dont parlent tous les spectateurs à la fin, probablement le passage qui restera. Du point de vue interprétation, les comédiens font le boulot sans se forcer, mais cela reste très plaisant de revoir Christina Hendricks, éternelle Joan de la série Mad Men.

« Pourquoi faites-vous ça ? »

« Pourquoi pas ? »

Le fait de réduire les protagonistes et victimes potentielles à quatre, entraîne une plus grande empathie des spectateurs pour les personnages. Contrairement à la plupart des films du même acabit, nous n’attendons pas avec impatience comment un tel va être trucidé, mais plutôt comment l’individu en danger pourrait s’en sortir, en espérant qu’il y arrive. Les assassins masqués quasi-mutiques sont menaçants à souhait, notamment les deux nanas, alias Dollface et la Pin-up, les sursauts sont fréquents sans que le réalisateur ait recours au sempiternel jump scare gratuit. N’oublions pas l’excellente utilisation du décor, un parc de mobile homes déserté, qui devient un terrifiant plateau de jeu géant, où se retrouvent pourchassés les personnages par des tueurs qui semblent n’avoir aucune autre motivation que de les massacrer les uns après les autres. The Strangers : Prey at Night est au final un film d’horreur fort sympathique, divertissant, élégant, en un mot réussi.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de The Strangers : Prey at Night, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé musical.

L’interactivité démarre par un vidéoclip de Tiffany, intitulé I Think We’re Alone Now. Tourné en caméra subjective, nous suivons deux des tueurs du film se préparer avant d’aller terroriser leurs victimes (2’30).

S’ensuit un module consacré à la bande-originale du film (2’45) au cours duquel le réalisateur Johannes Roberts évoque son admiration pour John Carpenter et l’utilisation des chansons des années 1980 afin de créer le malaise avec ce qui déroule à l’écran.

L’interactivité se clôt sur un court segment (3’45) constitué d’interviews de l’équipe, qui se contente principalement de présenter les enjeux de cette suite et les personnages.

L’Image et le son

On frôle l’excellence : relief, piqué, contrastes (impressionnants), densité des noirs, on en prend plein les yeux. Les teintes froides s’allient avec les gammes chatoyantes et chaque détail aux quatre coins du cadre large est saisissant. Ce transfert immaculé soutenu par un encodage AVC solide comme un roc laisse pantois. Le master HD permet de se plonger dans le film dans les meilleures conditions possibles. La majeure partie du film se déroulant dans le noir, nous vous conseillons de le visionner dans une pièce très sombre.

Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes des pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent, la musique bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, plongeant instantanément le spectateur dans l’ambiance. Les dialogues ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale. N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle ardemment à ce spectacle acoustique aux effets percutants. Les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont également disponibles.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Au-delà, réalisé par Lucio Fulci

L’AU-DELÀ (L’aldilà… E tu vivrai nel terrore !) réalisé par Lucio Fulci, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs :  Catriona MacColl, David Warbeck, Cinzia Monreale, Antoine Saint-John, Veronica Lazar, Larry Ray, Giovanni De Nava, Al Cliver…

ScénarioDardano Sacchetti, Lucio Fulci, Giorgio Mariuzzo

Photographie : Sergio Salvati

Musique : Fabio Frizzi

Durée : 1h27

Année de sortie : 1981

LE FILM

La Nouvelle-Orléans en 1927, le peintre Schweick se fait lyncher, dans un hôtel, par la population, pour avoir peint une fresque représentant l’Enfer. Quelques cinquante ans plus tard, Liza Merril hérite de cet hôtel et entreprend de le rénover. Mais, très vite, des événements tragiques succèdent les uns aux autres, et les ouvriers meurent dans des circonstances mystérieuses. Puis, Liza fait la connaissance d’Emily, une jeune aveugle, qui la met en garde contre ce lieu maudit : l’hôtel abriterait une des sept portes de l’Enfer dont le peintre martyr serait le gardien.

Pour faire le point sur la carrière de Lucio Fulci, nous vous invitons à (re)lire nos chroniques consacrées à La Longue nuit de l’exorcisme http://homepopcorn.fr/test-blu-ray-la-longue-nuit-de-lexorcisme-realise-par-lucio-fulci/ et L’Enfer des zombies http://homepopcorn.fr/test-blu-ray-lenfer-des-zombies-realise-par-lucio-fulci/. Pour la plupart des cinéphiles, les amateurs de films de genre et la critique, L’Au-delà, ou bien L’aldilà… E tu vivrai nel terrore ! en version originale, est le chef d’oeuvre de Lucio Fulci. Réalisé en 1981 entre Le Chat noir et La Maison près du cimetière, L’Au-delà est un film somme, baroque et onirique, mais aussi celui où le cinéaste, alors au sommet de sa carrière et de sa popularité, y met tout son talent, sa science du montage, son art de créer une véritable expérience immersive qui n’a absolument rien perdu de son pouvoir hypnotique plus de trente-cinq après sa sortie.

Résumer l’intrigue de L’Au-delà n’est pas vraiment difficile. En fait, Lucio Fulci part d’un postulat plus que d’un simple scénario classique, pour laisser libre cours à son imagination. De l’aveu-même du réalisateur, le film est volontairement épuré, principalement construit autour de visions, de sensations et de cauchemars qui s’enchaînent sur une partition étonnante de Fabio Frizzi (4 de l’apocalypse, L’Emmurée vivante) constituée de choeurs qui instaurent d’emblée un malaise palpable. Dans le prologue de 1927 (année de naissance du cinéaste au passage) aux teintes sépia, incroyablement violent et qui rappelle le lynchage de Florinda Bolkan dans La Longue nuit de l’exorcisme, suivi d’une scène de crucifixion où le sang s’écoule du corps telle une fontaine, Lucio Fulci installe le décor (une maison en Louisiane), le ton (premier degré), l’atmosphère (poisseuse, suintante) et la prophétie qui entoure tout ce beau monde.

On arrive donc en 1981 face à cette même maison où l’exécution s’est déroulée plus de cinquante ans auparavant. Très vite, le metteur en scène enchaîne les apparitions de zombies, fantômes, momies, difficile de mettre un terme exact sur les créatures qui apparaissent à l’écran. Liza, le personnage joué par la toujours divine Catriona MacColl se retrouve face aux disparitions mystérieuses de ceux qui l’entourent et se rend compte que tout est lié à cette étrange bâtisse. Elle fait alors la rencontre d’Emily (Cinzia Warbeck), aveugle, qui paraît perdue entre le monde des vivants et celui des morts. Aidée du docteur John McCabe (David Warbeck), Liza doit alors affronter les créatures qui l’entourent et qui semblent vouloir l’attirer vers les enfers.

Tourné entre La Nouvelle-Orléans et Rome, L’Au-delà se passerait bien de tous ces mots en fait puisqu’il s’agit avant tout d’une véritable immersion concoctée par l’un des plus grands spécialistes en la matière. Lucio Fulci parvient à nous faire perdre nos repères avec une économie de dialogues, en se focalisant sur les ambiances, la sublime photographie de Sergio Salvati (Les Guerriers du Bronx), les décors (ce pont suspendu au milieu de nulle-part), tout en jouant avec les genres. Référence ultime du film d’horreur et fantastique, L’Au-delà enchaîne les séquences macabres d’anthologie comme des perles sur un collier, tout en flattant les amateurs de gore avec des exécutions crues et frontales. Des visages recouverts de chaux bouillante, des tarentules voraces, des énucléations, des crânes explosés, des gorges dévorées, Lucio Fulci se lâche complètement dans les meurtres très graphiques. Et tel un jeu de pistes, les deux personnages principaux passent de niveau en niveau, combattent quelques macchabées (au maquillage très réussi) à la démarche lente et qui souhaitent leur bouffer le cerveau, pour finalement atteindre l’une des portes de l’Enfer.

Ce qui nous conduit enfin à la dernière séquence, absolument effrayante, indélébile, crépusculaire, souvent copiée et jamais égalée, redoutablement pessimiste et malgré tout extraordinaire et furieusement poétique.

LE BLU-RAY

Nous disions en mai dernier que le magnifique et luxueux Mediabook de L’Enfer des zombies, estampillé « Collection Lucio Fulci » était l’un des plus beaux objets que vous trouveriez sur le marché en 2018. C’est évidemment la même chose pour ce Mediabook de L’Au-delà. Artus Films a cette fois encore concocté un visuel clinquant et en plus doux au toucher. Cette édition se compose du Blu-ray et du DVD glissés dans des compartiments cartonnés, ainsi que d’un incroyable livre de 80 pages (La Louisiane : de Lucio Fulci à Neil Jordan, exploration d’un territoire des morts) rédigé par Lionel Grenier (rédacteur en chef du site luciofulci.fr), Gilles Vannier (Psychovision), Larry Ray (comédien et assistant), le tout supervisé par le premier. Vous y trouverez de fabuleux visuels, photos et affiches, des extraits d’entretiens, des souvenirs de tournage, un essai passionnant sur les films tournés à la Nouvelle-Orléans. Artus Films livre un vrai et grand travail éditorial et a mis toute sa passion pour le genre dans ce Mediabook, sans oublier l’incroyable beauté de la copie HD.

Spécialiste et auteur de Lucio Fulci – le poète du macabre, écrit avec Jean-François Rauger, mais aussi rédacteur en chef du site luciofulci.fr, Lionel Grenier nous propose une formidable présentation, analyse et critique de L’Au-delà (19’). Il replace le film dans la carrière du maître, évoque sa genèse, l’équipe technique, le casting, les conditions de tournage à la Nouvelle-Orléans. Dans un second temps, il se penche davantage sur le fond et les partis pris du film, en dressant un parallèle entre L’Au-delà et Le Carnaval des âmes de Herk Harvey http://homepopcorn.fr/test-dvd-le-carnaval-des-ames-realise-par-herk-harvey/.

Place à la superbe comédienne Cinzia Monreale (16’) qui interprète l’étrange Emily dans L’Au-delà. Créditée au générique sous le nom de Sarah Keller, l’actrice se souvient de sa rencontre avec Lucio Fulci à l’occasion du casting du western Sella d’argento en 1978. A l’instar des autres intervenants, elle aborde entre autres le caractère bien trempé du cinéaste, ainsi que sa direction d’acteurs. Elle se penche également sur les difficiles conditions de tournage de L’Au-delà, liées à son maquillage qui comprenait une paire de lentilles douloureuses, destinées à la faire passer pour une aveugle.

Le module suivant donne la parole à l’acteur Michele Mirabella (27’). Homme de théâtre et de radio, le comédien aborde tout d’abord les débuts de sa carrière et comment Lucio Fulci l’a repéré puis demandé de participer à L’Au-delà. La célèbre séquence des tarentules est analysée sous toutes les coutures. Michele Mirabella explique que l’équipe des effets spéciaux avait rembourré son costume de papier journal, afin de le protéger de possibles piqûres, tandis que son visage était lui séparé des bestioles par une plaque en plexiglas.

Le dernier entretien de cette interactivité est celui que l’on attendait avec impatience. La comédienne Catriona MacColl revient avec détails et sensibilité sur son travail avec Lucio Fulci (21’). Pas seulement sur L’Au-delà, mais également sur ses autres collaborations avec le maître, même si elle avoue que le film qui nous intéresse reste son préféré. Catriona MacColl passe en revue le travail avec ses partenaires, l’équipe technique, les difficultés liées au tournage de la séquence finale, et clôt cette interview par un très bel hommage à Lucio Fulci.

L’Au-delà s’ouvre sur un prologue en 1927. Lucio Fulci et son chef opérateur Sergio Salvati l’ont pensé et conçu en teintes jaunes orangées. La séquence a été tournée en couleur, au cas où les distributeurs étrangers auraient été rebutés par ces partis pris. La majorité des pays importateurs ont suivi la volonté de l’équipe artistique. Mais pas en Allemagne, qui a exploité le film avec son prologue en couleurs. Artus Films propose de découvrir cette scène dans ces conditions (8’34). Même chose, l’éditeur livre également le prologue dans sa version N&B (7’).

L’interactivité se clôt sur les bandes-annonces de la collection Lucio Fulci, ainsi qu’un diaporama d’affiches et de photos.

L’Image et le son

Artus Films nous livre la tant attendue édition HD française 2K de L’Au-delà ! Avec son magnifique grain argentique, force est de constater que le chef d’oeuvre de Lucio Fulci renaît bel et bien de ses cendres avec une édition digne de ce nom. La propreté du master est ébouriffante. Toutes les scories, poussières, griffures ont été purement et simplement éradiquées. Ce Blu-ray au format 1080p (AVC) s’avère tout autant saisissant dans son rendu des scènes diurnes que pour les séquences sombres, l’image est souvent éclatante avec un piqué inédit, une profondeur de champ impressionnante et un relief des textures que nous n’attendions pas. Les couleurs retrouvent une deuxième jeunesse, à tel point que l’on pourrait même distinguer les couches de maquillage sur les zombies. L’élévation HD pour L’Au-delà est indispensable et le lifting de premier ordre. Enfin, le film est proposé dans sa version intégrale non censurée.

Point de remixage à l’horizon, mais pas de Haute-Définition non plus en ce qui concerne le son ! Les pistes italienne (à privilégier) et française sont présentées en LPCM 2.0 et instaurent toutes deux un bon confort acoustique, sans souffle, propre, avec une très bonne délivrance des dialogues. L’excellente partition de Fabio Frizzi bénéficie d’une belle ouverture des canaux, le doublage français est réussi et les effets annexes riches. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Euro Immobilfin Srl – Rome, Italy. Licenced by Variety Communications Srl – Rome, Italy. All Rights reserved. / Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Secte, réalisé par Michele Soavi

LA SECTE (La Setta) réalisé par Michele Soavi, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs : Kelly Curtis, Herbert Lom, Mariangela Giordano, Michel Adatte, Carla Cassola, Angelika Maria Boeck, Giovanni Lombardo Radice, Niels Gullov, Tomas Arana, Dario Casalini, Paolo Pranzo, Yasmine Ussani, Erica Sinisi

Scénario : Michele Soavi, Dario Argento, Gianni Romoli

Photographie : Raffaele Mertes

Musique : Pino Donaggio

Durée : 1h57

Année de sortie : 1991

LE FILM

1970, Californie. Une communauté hippie est massacrée par Damon et les membres de sa secte. Vingt-et-un ans plus tard, Francfort. Tandis que des crimes rituels attribués à la secte des Sans-Visage ponctuent l’actualité, Miriam Kreisl, jeune institutrice, manque de renverser un vieillard au comportement étrange. S’il refuse de se faire soigner, il accepte en revanche de se reposer quelques heures chez elle. Curieusement, Moebius semble connaître la maison et fait part à Miriam d’une mystérieuse destinée. Bientôt, des faits étranges et sanglants se produisent dans l’entourage de la jeune femme.

Auréolé du succès de Sanctuaire, son second long métrage, le réalisateur Michele Soavi s’associe à nouveau deux ans plus tard avec le producteur Dario Argento. Ce dernier cosigne également le scénario avec le metteur en scène, mais aussi Gianni Romoli, futur auteur de la mini-série culte La Caverne de la Rose d’or. Ecrit durant la période “ésotérique” du cinéaste, La SecteLa Setta manque cruellement de rythme et les années ne lui ont pas été profitables. Pourtant, Michele Soavi ne manque pas d’imagination, son style visuel est souvent percutant et l’interprétation est solide, mais le récit est à la traîne en raison d’un intérêt relatif.

1970, Californie. Une communauté hippie accueille dans son camp un voyageur, Damon, sans se douter qu’il est un fanatique. La nuit tombée, ce dernier, accompagné d’autres membres de sa secte, la massacre entièrement. 1991, Francfort. L’actualité allemande est ponctuée de crimes rituels sataniques. Un homme, Martin Romero, traque une femme, Mary Crane, dans les rues de la ville avant de l’assassiner chez elle. Face à la police, avant qu’il ne se suicide, il affirme qu’il était obligé de la tuer. Pendant ce temps, une institutrice, Miriam Kreisl, renverse un vieillard, Moebius Kelly, en voiture. Sans se douter de lui, qui refuse de se faire soigner à l’hôpital, elle accepte de l’accueillir chez elle pour le soigner. Le vieil homme étrange semble reconnaître sa maison et fait part à Miriam d’une étrange destinée. Alors qu’elle dort, il lâche un scarabée sur son corps et l’insecte pénètre son nez. Réveillée par un cauchemar, elle trouve Moebius en train de suffoquer.

La Secte est un film fourre-tout. La ravissante Kelly Curtis, tout aussi sexy que sa sœur de Jamie Lee, doit affronter un scarabée, un lapin qui zappe à la télé, un suaire maléfique, des arracheurs de visages, un docteur amoureux, le tout sur une musique au synthé de Pino Donaggio. Comme s’ils étaient eux-mêmes conscients que le genre arrivait à sa fin, ce qui sera alors le cas avec Dellamorte Dellamore, le film suivant de Michele Soavi, les auteurs peinent à se renouveler et donc décident de créer le chaos dans la vie jusqu’alors calme et bien réglée d’une simple institutrice, qui comme dans Rosemary’s Baby se retrouve à devoir enfanter l’Antéchrist.

Le premier acte est interminable. Les scènes s’étirent en longueur, les séquences s’enchaînent à la va-comme-je-te-pousse et la photo de Raffaele Mertes n’est guère enthousiasmante. Arrive alors Kelly Curtis, certes moins célèbre que son illustre sœur, mais qui n’en possède pas moins une belle présence face à la caméra et dont la ressemblance parfois troublante avec sa cadette rappelle parfois Laurie Strode en prise avec Michael Myers. Heureusement, La Secte va en s’améliorant. Le deuxième acte, celui où bascule l’histoire contient son lot d’émotions fortes, notamment tout ce qui concerne le puits et le suaire qui étouffe ses victimes. Divers effets gores font leur effet, surtout celui du rituel consistant à arracher le visage d’une femme innocente à l’aide de crochets « sacrés », pour ensuite le greffer sur celui du grand gourou (qui ne s’appelle pas Skippy) interprété par Herbert Lom (la franchise La Panthère Rose) et le ramener ainsi à la vie.

Michele Soavi se lâche alors dans un dernier acte beaucoup plus intéressant. Le rythme s’emballe, tout comme la mise en scène. Les angles improbables se suivent pour refléter la folie dans laquelle se retrouve plongée Miriam, le chef opérateur s’amuse avec les filtres et les spots de couleurs, l’oeuvre de Roman Polanski plane tout du long sur le final, à l’instar du récent Mother ! de Darren Aronofsky qui se révèle finalement plus proche, jusque dans son dénouement, de La Secte que de Rosemary’s Baby. C’est donc un résultat en demi-teinte pour La Secte, surtout après la grande réussite de Sanctuaire, pris entre un délire visuel et pictural inspiré et une histoire de satanisme peu convaincante.

LE BLU-RAY

La Secte est disponible dans les bacs grâce aux bons soins de ce cher Chat qui fume. Un sublime combo Blu-ray/DVD, trois disques, un Digipack trois volets quadri avec un étui cartonné du plus bel effet et au visuel intrigant. Les menus principaux sont animés sur la musique du film.

Attention, nous disposons ici d’encore plus de suppléments que pour Sanctuaire ! Près de 2h30 de bonus qui font de cette édition l’une des plus complètes de l’éditeur à ce jour.

La première partie de l’entretien avec Michele Soavi (20’) reprend les mêmes propos que celui disponible sur l’édition de Sanctuaire. Le réalisateur se remémore sa rencontre Dario Argento, dont le cinéma lui a donné la passion pour le genre quand il avait 12 ans. Le destin a finalement réuni les deux hommes qui sont rapidement devenus amis, jusqu’à ce que Dario Argento lui propose d’être son assistant sur Ténèbres (1982). Ce dernier a ensuite produit son second long métrage en tant que metteur en scène, Sanctuaire. Michele Soavi en vient ensuite plus précisément sur La Secte. La genèse (une adaptation avortée du Golem de Gustav Meyrink), les conditions des prises de vues (Soavi a tourné lui-même 90 % du film en tant que caméraman), ses inspirations (la culture celte, l’ésotérisme, Rosemary’s Baby, The Wicker Man), le casting, les symboles (l’eau notamment), la bande originale et l’accueil (frileux) du public. Michele Soavi clôt cet entretien sur une note nostalgique, en se remémorant l’époque où il était alors totalement libre derrière la caméra.

Comme pour Michele Soavi, l’intervention du chef décorateur Massimo Antonello Geleng démarre de la même façon que pour celle de Sanctuaire (23’). Après avoir évoqué sa rencontre avec le réalisateur, notre interlocuteur aborde son travail sur La Secte, un film réalisé dans de meilleures conditions que pour Sanctuaire et à 70 % dans des studios italiens. Le focus est surtout fait sur les séquences du puits, mais Massimo Antonello Geleng parle également du casting et du travail de Michele Soavi. Cet entretien se termine également sur la même conclusion que pour Sanctuaire.

Place au comédien Giovanni Lombardo Radice, qui interprète Martin Romero dans La Secte (12’). Ce n’est pas une surprise, cette interview reprend également certains propos entendus pour Sanctuaire. L’acteur revient surtout sur son amitié avec Michele Soavi, sur Dario Argento à la production, sur le fait qu’il n’aime pas les films d’horreur et n’a d’ailleurs jamais vu La Secte.

Place à un module plus inédit en la présence de Raffaele Mertes (28’). Le directeur de la photographie aborde les partis pris et les conditions de tournage de La Secte. Le travail à la steadycam, avec l’Innovision, cet objectif spécial permettant de s’incruster dans les moindres recoins (comme dans un tuyau de lavabo) sont passés en revue, tout comme le casting, l’investissement de Kelly Curtis dans les scènes difficiles et mouvementées.

Voici maintenant l’entretien indispensable de cette édition. Gianni Romoli, scénariste aux côtés de Dario Argento et Michele Soavi revient avec détails sur la genèse, le tournage et la sortie de La Secte (35’). On apprend entre autres que le projet original s’intitulait Catacombes et liait l’Italie contemporaine avec l’antiquité, où l’on suivait l’histoire horrifique d’une secte. Devant le refus de Dario Argento de produire cette histoire qu’il n’aimait pas, l’histoire est alors remaniée en conservant ce qui concerne la secte. Gianni Romoli explique ensuite ce qui a nourri le scénario et comment La Secte est finalement devenu une analyse consciente de l’évolution du genre. Diverses anecdotes liées au tournage s’enchaînent alors sur un rythme vif. Cette interview se termine sur une note assez amère, Gianni Romoli indiquant que Dario Argento les a éjecté lui et le coscénariste Franco Ferrini après avoir bien avancé sur Trauma (1993). Il indique également regretter le fait que Michele Soavi ait préféré suivre la voie du film d’auteur, plutôt que de persévérer dans la veine horrifique.

Oublié sur la liste des bonus sur le Digipack, l’immense compositeur Pino Donaggio intervient également pour parler de son travail sur La Secte (13’). Il se souvient tout d’abord de sa rencontre avec Dario Argento pour son segment de Deux yeux maléfiques, coréalisé avec George A. Romero en 1990. Puis Pino Donaggio aborde ses expérimentations au synthétiseur électronique pour La Secte, film qu’il apprécie d’ailleurs toujours autant, bien qu’il ait uniquement collaboré avec Dario Argento, alors producteur, et non pas Michele Soavi.

Tout cela se termine par l’intervention plus analytique de La Secte, par l’historien du cinéma Fabrizio Spurio (25’). C’est ici que les passionnés des critiques détaillées se dirigeront pour en savoir plus sur les intentions du réalisateur Michele Soavi, sur ses partis pris et sur les symboles (présence des insectes et des animaux, l’eau comme vecteur du mal) disséminés dans son film. Le fond et la forme sont donc habilement croisés, tandis que Fabrizio Spuro se rappelle avoir été invité à venir sur le plateau grâce au créateur des effets spéciaux Rosario Prestopino, décédé en 2008 et auquel un hommage est rendu à la fin du module. ce dernier lui avait offert un des “visages arrachés” en souvenir, que Fabrizio Spuro présente ici à la caméra.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces des films bientôt disponibles chez Le Chat qui fume.

L’Image et le son

Que voilà un superbe master ! Présenté dans son format original 1.85 respecté (16/9 compatible 4/3), La Secte brille de mille feux. La colorimétrie est riche, le piqué étonnamment aiguisé, les noirs denses, le grain argentique plaisant, les contrastes au beau fixe et la propreté irréprochable. L’apport HD est non négligeable et profite aux partis paris du chef opérateur Raffaele Mertes (Trauma) qui fait la part belle aux teintes bleutées. Le confort est donc total pour (re)découvrir La Secte et peut-être lui redonner une seconde chance.

Trois versions DTS-HD Master Audio 2.0 disponibles sur cette édition ! Quitte à choisir, sélectionnez la piste anglaise (le film a d’ailleurs été tourné dans cette langue), plus dynamique, aérée, percutante que les versions française et italienne. Cette dernière s’en tire néanmoins avec les honneurs, du moins bien mieux que la langue de Molière au spectre réduit. Les sous-titres français sont imposés et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Le Chat qui fume, 1994 Mario et Vittorio Cecchi Gori – Silvio Berlusconi Communications Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Chucky – Jeu d’enfant, réalisé par Tom Holland

CHUCKY – JEU D’ENFANT (Child’s Play) réalisé par Tom Holland, disponible en DVD et Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 3 juillet 2018 chez ESC Edition

Acteurs : Catherine Hicks, Chris Sarandon, Alex Vincent, Brad Dourif, Dinah Manoff, Tommy Swerdlow, Jack Colvin, Neil Giuntoli

Scénario : Don Mancini, John Lafia, Tom Holland

Photographie : Bill Butler

Musique : Joe Renzetti

Durée : 1H27

Année de sortie : 1989

LE FILM

Abattu par la police et sur le point de rendre son dernier souffle, le serial killer Charles Lee Ray transfère, grâce au vaudou, son esprit dans une poupée Brave Gars, le dernier jouet à la mode. Si, baptisée Chucky, elle fait le bonheur du petit Andy, six ans, la poupée révèle bientôt sa nature maléfique, multipliant les victimes. Prisonnier de son enveloppe de plastique, Charles Lee Ray n’attend plus qu’une chose : changer au plus vite de corps. Et Andy lui semble tout indiqué comme donneur involontaire…

Commençons cette critique par un étrange fait divers : En 1876, la famille Otto emménage dans une grande maison en Californie dans la ville de Key West. La famille est aisée et dispose de plusieurs employés. Un jour, le patriarche se dispute violemment avec une des domestiques qui quittera le domicile par la suite. Mais avant de partir, elle offrira au petit Robert Eugene Otto, âgé de 6 ans, un poupon que l’enfant nommera comme lui : Robert. Robert est ensuite devenu une des attractions les plus insolites de la Californie. Après avoir vraisemblablement semé la terreur auprès de ses multiples propriétaires, il est maintenant exposé dans le musée de sa ville natale, Key West. Don Mancini et Tom Holland s’inspireront de cette étrange histoire pour écrire le script du chef-d’oeuvre en devenir, Child’s Play ou Jeu d’enfant, plus connu dans nos contrées sous le titre Chucky.

Magistral tour de force visuel et scénaristique, ce premier opus entraînera une franchise qui a force de suites s’est embourbée dans un humour autrefois subtil, mais rapidement devenu poussif. Jeu d’enfant est un véritable film d’horreur. Une ambiance générale très premier degré, une mise en scène millimétrée et astucieuse accompagne à merveille cette histoire de poupée psychopathe qui va bien plus loin que son simple concept de base. Chucky n’est pas un simple jouet, c’est un tueur cruel piégé dans un corps en plastique, qui sévit dans une famille déjà fragilisée. Sa soif de sang va s’animer dans l’appartement de l’enfant innocent qui l’a « adopté »,  Andy Barclay (Alex Vincent), qui va alors devoir affronter cette entité aussi grotesque qu’effroyablement dangereuse. Seuls sa mère, interprétée par Catherine Hicks (Sept à la maison) et le lieutenant Norris qu’incarne un Chris Sarandon (visiblement dépassé par les événements), viendront en aide à l’enfant menacé.

Tom Holland, fraîchement sorti du sympathique Vampire, vous avez dit vampire ? (1985), met comme à son habitude la pédale douce sur la violence outrancière et préfère employer une multitude d’astuces que n’aurait pas renié Alfred Hitchcock, en laissant son décor, les ombres et le hors-champ créer la peur chez le spectateur. La caméra, utilisée de manière subjective de manière à se mettre dans la peau du nabot démoniaque, a été inspiré à Tom Holland par le biais du téléfilm Trilogy of Terror. Un téléfilm a sketches en trois parties, diffusé en mars 1975 et dont le troisième acte (écrit par Richard Matheson), La Poupée de la terreur, raconte l’histoire d’une poupée vaudou cherchant à assassiner sa propriétaire. Traumatisé par ce petit film, Tom Holland aura nourri son imaginaire au fil des ans, en repensant inlassablement à ce minuscule poupon qui l’avait tant effrayé.

Et le réalisateur semble avoir rarement été aussi à l’aise, il est même surprenant de l’entendre parler de restriction artistique, ainsi que du tournage rapidement devenu complexe, en raison des marionnettes utilisées dont les dispositifs étaient à l’époque révolutionnaires. Les mouvements de Chucky s’avèrent pourtant d’une remarquable fluidité, encore aujourd’hui.

Porté par la voix désincarnée du génial Brad Dourif, Chucky tue, frappe, insulte, mord, poignarde, grâce au génie des créateurs des effets visuels, dont les prouesses techniques effectuées directement face à la caméra restent particulièrement bluffantes.

Jeu d’Enfant est un bijou, qui plus est, soulignée par une très belle bande originale signée Joe Renzett.

LE BLU-RAY

Jeu d’Enfant est disponible dans les bacs grâce aux bons soins d’ESC Editions. En DVD, mais aussi et surtout dans un superbe combo Blu-ray/DVD épais, Un mediabook visuellement très beau et élégant. Le boîtier contient également un livret de 24 pages écrit par Marc Toullec.

Le menu principal est animé, fluide et accompagné par le thème du film.

 

 

Pour ce qui est des suppléments, les fans de la poupée psychopathe pourront se repaître de trois entretiens tous très intéressants.

Les poupées maléfiques, une projection enfantine effrayante (17’), par Laurent Aknin. l’historien et critique de cinéma revient sur l’utilisation de la poupée ou du pantin au cinéma, des oeuvres d’épouvante des années 50 aux productions Blumhouse.

Jeu d’enfant, l’origine d’une saga familiale (16’), par Caroline Vié. La romancière et critique de cinéma revient sur les origines du célèbre poupon. De ses inspirations à la continuité de la saga, soulignant les qualités et défauts des six films, ainsi que la carrière du scénariste Don Mancini.

Entretien avec Tom Holland (20’) Cela faisait un bon bout de temps que ce bon vieux Tom Holland n’avait pas montré sa bouille devant une caméra. Il revient donc afin de présenter son film et aussi pour livrer quelques anecdotes croustillantes sur Jeu d’Enfant. Soucis de production, souvenirs d’enfance, le cinéaste se livre avec honnêteté et modestie dans cet entretien passionnant.

N’oublions pas la présentation du cinéaste (20 secondes), disponible en introduction du film !

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Jeu d’Enfant – Chucky arrive dans les bacs français dans une très belle édition HD (1080p) entièrement restaurée 4K. Le travail est impressionnant et l’image est très propre, débarrassée de la majeure partie des poussières, griffures et autres résidus qui ont dû être minutieusement enlevés image par image. Tout au long du processus de restauration, un soin particulier a été apporté afin que la texture originale du film, les détails, la structure du grain ne soient pas affectés par le traitement numérique. Ce nouveau transfert Haute Définition permet de redécouvrir Jeu d’Enfant – Chucky sous toutes ses coutures avec une magnifique patine argentique. Cette élévation HD offre à la colorimétrie un nouveau lifting et retrouve pour l’occasion une nouvelle vivacité. La gestion du grain et des contrastes demeure solide du début à la fin, y compris sur les séquences sombres, sans aucune réduction de bruit. Les détails et le piqué sont assez impressionnants, les plans flous sont d’origine. N’oublions pas la stabilité de la copie soutenue par un codec AVC exigeant.

La version originale bénéficie d’un remixage DTS-HD Master Audio 5.1. Au premier abord on pouvait craindre le pire. Il n’en est rien, bien au contraire. Cette option acoustique séduisante permet à la composition de Joe Renzetti (Frankenhooker) d’environner le spectateur pour mieux le plonger dans l’ambiance du film. Les effets latéraux ajoutés ne tombent jamais dans la gratuité ni dans l’artificialité. De plus, les dialogues ne sont jamais noyés et demeurent solides, la balance frontale assurant de son côté le spectacle acoustique, riche et dynamique. Les fans de l’excellente version française devront se contenter d’une piste DTS-HD Master Audio 2.0. Cette version se révèle assez percutante et propre, mais certains dialogues s’avèrent sensiblement couverts. Aucun souffle constaté.

Test Blu-ray / Sanctuaire, réalisé par Michele Soavi

SANCTUAIRE (La Chiesa) réalisé par Michele Soavi, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs :  Hugh Quarshie, Tomas Arana, Fedor Chaliapine Jr., Barbara Cupisti, Giovanni Lombardo Radice, Asia Argento, Roberto Caruso, Roberto Corbiletto, Alina De Simone, John Karlsen

Scénario : Franco Ferrini, Michele Soavi

Photographie : Renato Tafuri

Musique : Keith Emerson, Fabio Pignatelli, Philip Glass

Durée : 1h42

Année de sortie : 1989

LE FILM

Moyen Âge. Accusés de servir le Diable, les habitants d’un village sont massacrés par des chevaliers. Afin d’enrayer la propagation du mal, une église est érigée sur le charnier. De nos jours, lors des travaux de restauration qu’elle dirige, Lisa découvre un parchemin dissimulé dans la paroi des sous-sols de l’église. Elle s’empresse d’en faire part à Ewald, le nouveau bibliothécaire. Imprégné des théories de l’alchimiste Fulcanelli, Ewald, bien résolu à percer le secret du parchemin, va, bien malgré lui, réveiller des forces obscures et malveillantes… qui bientôt vont se déchaîner en se propageant à tous ceux présents dans l’édifice.

Né en 1957, Michele Soavi débute au cinéma en tant qu’assistant-réalisateur de Dario Argento sur Ténèbres (1982), Phenomena (1985) et Opéra (1987). Il seconde également Lamberto Bava sur Démons (1985), coécrit et produit par le même Dario Argento. Il fait ses premiers pas derrière la caméra avec Bloody Bird, slasher, giallo, film d’horreur qui remporte un vrai succès et se voit même primé au Festival d’Avoriaz. Alors qu’un troisième volet de la franchise Démons (au succès international) est abandonné durant l’écriture du film, Michele Soavi reprend le travail des scénaristes Franco Ferrini, Lamberto Bava, Dardano Sacchetti et Dario Argento pour le remanier, afin d’en faire son second long métrage en tant que réalisateur. Ce travail donnera naissance à SanctuaireLa Chiesa, aka The Church dans les pays anglo-saxons, formidable film d’épouvante et fantastique qui contient son lot d’émotions fortes, tout en offrant à la jeune Asia Argento, âgée de 13 ans, son premier vrai rôle au cinéma.

Durant le Moyen-Age, des chevaliers teutoniques éliminent tout un village accusé d’hérésie et de sorcellerie. Pour purifier le lieu, une cathédrale est bâtie sur les cadavres de ces villageois considérés comme possédés et soupçonnés d’être des partisans de Satan. Cette construction est censée enterrer les forces du Mal pour l’éternité. Des siècles plus tard, alors que des travaux de rénovation sont engagés dans l’édifice, une jeune femme, Lisa, fait la découverte d’un parchemin dissimulé dans une fissure du bâtiment et contacte un jeune bibliothécaire, Evan, pour qu’il le déchiffre. Ce dernier tente de le décrypter mais il délivre, sans le savoir, des esprits maléfiques. Alors que le bâtiment religieux enferme un groupe de visiteurs à cause d’un mécanisme accidentellement déclenché par Evan, autrefois pensé par l’architecte de la cathédrale, les démons s’échappent du charnier pour prendre le contrôle de leurs corps et les poussent à commettre des atrocités entre eux.

Passionné par la peinture et les grands maîtres, Michele Soavi imprègne Sanctuaire de références picturales (Jérôme Bosch notamment) et concocte de vrais tableaux gothiques absolument remarquables. Du point de vue visuel, on en prend plein les mirettes durant 1h40. Sa mise en scène étonnamment virtuose pour un deuxième film, ses décors impressionnants et la photo riche et contrastée de Renato Tafuri, font de Sanctuaire l’un des films de genre italiens des années 1980 les plus recherchés sur la forme. Le prologue médiéval étonne par sa violence graphique qui peut faire penser à quelques séquences de la série Game of Thrones avant l’heure, toutes proportions gardées bien sûr. Si certains trouveront à redire sur un dernier acte qui part un peu dans tous les sens dans le but sans doute d’épater la galerie, Sanctuaire est une œuvre très généreuse, qui reflète l’amour du cinéaste pour le genre, soucieux d’offrir aux spectateurs un spectacle riche en émotions fortes et en hémoglobine.

Du point de vue interprétation, hormis le plaisir de suivre les premiers pas d’Asia Argento devant la caméra, nous retiendrons surtout la tronche incroyable de Fedor Chaliapine Jr. (Le nom de la rose) qui campe un évêque qui ne semble pas très catholique, la beauté de Barbara Cupisti (L’éventreur de New York) et l’excellent Hugh Quarshie. Sur un rythme plutôt lent, mais très maîtrisé, Sanctuaire enchaîne les morceaux de bravoure (un coït avec un démon), entre effets gores très réussis (un suicide au marteau piqueur), huis clos dégénéré (coucou [REC] !) possessions démoniaques, humour noir (les vieux qui fêtent leur anniversaire de mariage), dans une recherche formelle, baroque, constante et omniprésente, avec en fond les compositions de Keith Emerson, Philip Glass et le groupe incontournable Goblin.

Tous ces ingrédients en apparence hétérogènes, contribuent à la singularité et surtout à la belle réussite de Sanctuaire.

LE BLU-RAY

Sanctuaire est disponible dans les bacs grâce aux bons soins de ce cher Chat qui fume. Un sublime combo Blu-ray/DVD, trois disques, un Digipack trois volets quadri avec un étui cartonné du plus bel effet et au visuel intrigant. Les menus principaux sont animés sur la musique du film.

C’est devenu une habitude, mais nous ne pouvons que saluer une fois de plus le travail acharné de l’éditeur griffu qui ne vient pas les pattes vides, puisque près de 90 minutes de suppléments accompagnent le film de Michele Soavi !

Et c’est Asia Argento qui ouvre le bal de cette interactivité, à travers une interview (8’30) au cours de laquelle la comédienne se souvient du tournage de l’un de ses premiers films. Un module un peu trop court, mais être en compagnie d’Asia ne se refuse évidemment pas.

Ensuite, c’est au tour de Michele Soavi de prendre la parole (20’). le réalisateur se remémore sa rencontre Dario Argento, dont le cinéma lui a donné la passion pour le genre quand il avait 12 ans. Le destin a finalement réuni les deux hommes qui sont rapidement devenus amis, jusqu’à ce que Dario Argento lui propose d’être son assistant sur Ténèbres (1982). Ce dernier a ensuite produit son second long métrage en tant que metteur en scène, Sanctuaire. Michele Soavi en vient ensuite plus précisément sur le film qui nous intéresse. La genèse, les conditions des prises de vues, ses inspirations (les peintures de Jérôme Bosch), le casting, la bande originale et l’accueil du public.

Passons maintenant à l’entretien avec Franco Casagni (10’). Le créateur des maquillages et effets spéciaux aborde les débuts de sa carrière dans Les Barbarians (1987) puis sa collaboration avec Dario Argento sur Opéra (1987), qui l’a conduit à travailler pour Michele Soavi sur Sanctuaire. Cette fois encore, diverses anecdotes de tournage s’enchaînent pour notre plus grand plaisir.

Place au comédien Giovanni Lombardo Radice, qui interprète le Révérend dans Sanctuaire (14’30). Le « Père Giovanni » revient surtout sur son amitié avec Michele Soavi, sur Dario Argento à la production, sur ses partenaires à l’écran, sur son personnage et le tournage à Budapest.

L’intervention la plus dense et la plus complète de cette édition reste celle du chef décorateur Massimo Antonello Geleng (21’). D’emblée, ce dernier indique être très heureux d’évoquer Sanctuaire, pour lequel il a toujours une grande affection. L’association avec Michele Soavi qui lui a permis de travailler également sur La Secte et Dellamorte Dellamore du même metteur en scène, mais également sur divers films de Dario Argento dont Le syndrome de Stendhal (1996) et Le Fantôme de l’Opéra (1998). Massimo Antonello Geleng mentionne également les difficultés rencontrées pour éclairer le plateau, notamment en raison des vitraux de la cathédrale qui servait alors de décor à Budapest.

Le dernier invité de cette édition n’est autre que Franco Ferrini (13’), scénariste de Sanctuaire, Phenomena de Dario Argento, mais aussi des deux Démons, réalisés par Lamberto Bava en 1985 et 1986. Alors que les producteurs désiraient surfer sur les succès de ces deux précédents films, Lamberto Bava décline finalement cette proposition. Dario Argento et Franco Ferrini ayant déjà bien avancé le script pour un troisième volet de Démons, l’histoire est ensuite reprise pour aboutir finalement à ce que deviendra Sanctuaire. Le casting est également passé au peigne fin.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce (anglaise) du film et d’autres trailers de films prévus chez l’éditeur.

L’Image et le son

Nous ne sommes pas déçus ! C’est avec un plaisir immense que nous découvrons ce film de Michele Soavi dans de pareilles conditions ! D’emblée, la colorimétrie s’impose par sa tenue, le relief est très appréciable et le piqué est souvent tranchant pour un film qui a déjà près de trente ans. Le chef-opérateur Renato Tafuri (Bloody Bird), voit sa photo – légèrement ouatée dans son prologue médiéval et plus contrastée par la suite – restituée et offre un lot de détails conséquents. Si la profondeur de champ n’est guère exploitée, certains gros plans étonnent par leur précision, la clarté est de mise sur quelques scènes, la copie stable (merci au codec AVC), le grain bien géré et les noirs denses. N’oublions pas non plus la vertueuse restauration et la propreté de la copie, débarrassée de toutes les scories possibles et imaginables. Ce Blu-ray est en format 1080p et l’apport HD loin d’être négligeable.

Trois versions DTS-HD Master Audio 2.0 disponibles sur cette édition ! Quitte à choisir, sélectionnez la piste anglaise, plus dynamique, aérée, percutante que les versions française et italienne. Cette dernière s’en tire néanmoins avec les honneurs, du moins bien mieux que la langue de Molière au spectre réduit. Les sous-titres français sont imposés.

Crédits images : © Le Chat qui fume, 1994 Mario et Vittorio Cecchi Gori – Silvio Berlusconi Communications Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Secret des Marrowbone, réalisé par Sergio G. Sánchez

LE SECRET DES MARROWBONE (El Secreto de Marrowbone ou Marrowbone) réalisé par Sergio G. Sánchez, disponible en DVD et Blu-ray le 18 juillet 2018 chez Metropolian Vidéo

Acteurs :  George MacKay, Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton, Mia Goth, Matthew Stagg, Kyle Soller, Nicola Harrison, Tom Fisher…

Scénario : Sergio G. Sánchez

Photographie : Xavi Giménez

Musique : Fernando Velázquez

Durée : 1h51

Année de sortie : 2018

LE FILM

Pour ne pas être séparés, Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes, décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevait seule. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale isolée, mais bientôt, d’étranges phénomènes indiqueraient qu’une présence malveillante hante leur unique refuge…

Alors oui, bien sûr, on a déjà sûrement vu ça plusieurs fois au cinéma ces quinze dernières années, mais Le Secret des MarrowboneEl Secreto de Marrowbone ou tout simplement Marrowbone (titre international) est un film très prometteur. Même si le tournage s’est fait en langue anglaise, le titre espagnol renvoie à ses décors naturels (tout le film y a été tourné), mais aussi et surtout à son cinéaste et scénariste Sergio G. Sánchez. Né en 1973, il signe ici son premier long métrage en tant que réalisateur, après avoir écrit les deux premiers films de J.A. Bayona, L’Orphelinat (2007) et The Impossible (2012). D’ailleurs l’oeuvre de ce dernier, jusque dans la musique composée par Fernando Velázquez (Quelques minutes après minuit), imprègne chaque plan et même l’histoire du Secret des Marrowbone. C’est même ce qui en fait sûrement son relatif point faible, puisque le spectateur un tant soit peu intéressé par le cinéma de genre, surtout ibérique, parviendra à anticiper les rebondissements et le twist à la M. Night Shyamalan. Toutefois, la mise en scène, la beauté de la photographie et l’excellence de ses interprètes valent largement le déplacement.

Lorsque leur mère décède, Jack, ses deux frères et leur sœur se réfugient à Marrowbone, une ferme isolée abandonnée depuis des années et qui appartenait à leur grand-tante. Par peur d’être séparés et placés dans des foyers différents, ils décident d’enterrer le cadavre de leur mère dans le jardin et continuent à faire croire qu’elle est toujours vivante. Un jour, alors qu’ils sont isolés du monde extérieur, un notaire débarque chez eux pour demander à leur mère de signer un testament. La demeure est également hantée et renferme un secret dans le grenier…

En fait, raconter l’histoire du Secret des Marrowbone en dit déjà presque trop. Sans « singer » le cinéma de celui qui lui a donné sa chance dans le milieu, qui apparaît ici en tant que producteur et avec lequel il a fait ses premières armes sur des films importants, Sergio G. Sánchez démontre surtout ici un don pour le storytelling, pour la direction d’acteurs et pour instaurer une ambiance inquiétante, tout en privilégiant l’émotion et les liens entre les personnages. Pas étonnant que le metteur en scène se soit vu remettre le Prix Goya du meilleur nouveau réalisateur en 2018. En fait ce que l’on retient avant tout du Secret des Marrowbone, également influencé par les incontournables du genre (Les Innocents de Jack Clayton, Rebecca d’Alfred Hitchcock, Les Autres d’Alejandro Amenábar), c’est avant tout les comédiens.

Le rôle principal est tenu par le britannique George MacKay, l’une des révélations du magnifique Captain Fantastic de Matt Ross (2016), vu également dans la série 22.11.63 adaptée de l’oeuvre de Stephen King. Magnétique et à fleur de peau, George MacKay est assurément l’un des grands acteurs en devenir et porte admirablement le film de Sergio G. Sánchez. C’est aussi le cas de la désormais incontournable Anya Taylor-Joy. Après The Witch de Robert Eggers, Morgan de Luke Scott et Split de M. Night Shyamalan (bientôt dans Glass), la comédienne confirme son aura, son charisme et l’art d’inspirer les réalisateurs de genre. Le reste du casting est du même acabit avec Charlie Heaton (Stranger Things), Mia Goth (A Cure for Life) et Kyle Soller (la série Poldark), tous vraiment épatants.

Le Secret des Marrowbone a du mal à se sortir d’un certain cahier des charges. On sent le nouveau réalisateur appliqué, chaque plan étant particulièrement soigné, également soutenu par le travail du chef opérateur Xavi Giménez, ancien collaborateur de Jaume Balagueró sur La Secte sans nom ou de Brad Anderson sur The Machinist. Une pléthore de talents réunis à la fois devant et derrière la caméra. Si au final ce conte émeut bien plus qu’il donne les frissons, Le Secret des Marrowbone, présenté en ouverture de Gérardmer en 2018, qui mélange allègrement thriller, horreur, fantastique et histoire d’amour, n’est en aucun cas déplaisant et mérite l’attention des spectateurs et des cinéphiles.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Secret des Maroowbone, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Point de making-of à l’horizon, ni d’interviews, mais une grande quantité de scènes coupées (28’). Ces séquences prolongeaient notamment la relation entre Jack et Allie, ainsi que d’autres moments clés du film. Mais la plupart des scènes laissées sur le banc de montage dévoilaient également trop le twist final et l’on comprend aisément pourquoi le réalisateur les a écartées. On se demande également pourquoi elles avaient été écrites tant celles-ci paraissaient trop explicites. Une fin alternative, très jolie, est également disponible.

L’interactivité comporte également une bande-démo avant/après l’incrustation des effets visuels, ainsi que des bandes-annonces et des liens internet.

L’Image et le son

Metropolitan est synonyme d’excellence : relief, colorimétrie, piqué (acéré), contrastes (impressionnants), densité des noirs, on en prend plein les yeux. Les teintes sont chatoyantes et chaque détail aux quatre coins de l’écran est aussi saisissant qu’étourdissant. Ce transfert immaculé soutenu par un encodage AVC solide comme un roc laisse pantois d’admiration. Heureusement, les scènes sombres sont logées à la même enseigne. Ce master HD du Secret des Marrowbone permet de découvrir le film dans de superbes conditions. Le léger grain inhérent à la photo d’origine est respecté.

Le spectateur est littéralement plongé dans l’atmosphère du film grâce aux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 anglais et français. La composition de Fernando Velázquez est distillée par l’ensemble des enceintes. Nous sommes en plein conte et les latérales, ainsi que les frontales et le caisson de basses remplissent parfaitement leur fonction, à savoir distiller un lot conséquent d’effets qui font sursauter, même à bas volume. Les conditions acoustiques sont donc soignées, amples, précises, les voix des comédiens jamais noyées. Une piste Audiodescription est également disponible, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Fille de Dracula, réalisé par Jess Franco

LA FILLE DE DRACULA réalisé par Jess Franco, disponible en combo DVD/Blu-ray le 5 juin 2018 chez Artus Films

Acteurs :  Carmen Yazalde, Anne Libert, Alberto Dalbés, Howard Vernon, Daniel White, Jesús Franco, Fernando Bilbao, Carmen Carbonell

Scénario :   Jess Franco

Photographie : José Climent

Musique : René Sylviano, Daniel White

Durée : 1h22

Année de sortie : 1972

LE FILM

Louisa se rend dans le manoir familial où l’attend sa grand-mère, la baronne Karlstein. Celle-ci, mourante, lui dévoile la malédiction qui pèse sur leur famille depuis des générations. En effet, dans la crypte, repose leur ancêtre, Dracula, qui a toujours besoin de sang de jeunes femmes.

Ancien assistant d’Orson Welles sur Falstaff, Jesús Franco Manera dit Jess Franco (1930-2013) a réalisé près de 200 films, depuis son premier succès L’horrible docteur Orloff (1961). Agrémentant ses films d’horreur d’un érotisme aussi esthétique que sulfureux, il va enchaîner les films à un rythme infernal, adaptant Sade, Masoch, Mirbeau. Sa muse, Soledad Miranda, disparue, il trouve en Lina Romay sa nouvelle et ultime égérie, qu’il magnifiera de films en film. Bien plus qu’un simple artisan boulimique de pellicules, Jess Franco, également connu sous les pseudonymes de Clifford Brown, Adolf M. Frank, J.P. Johnson, David Khune et Jess Frank, restera un véritable auteur, un cinéaste doué et prolifique. Les titres de ses films restent très explicites : Le Sadique Baron Von Klaus (1962), Le Diabolique docteur Z (1966), Sumuru, la cité sans hommes (1969), Les Inassouvies (1970), Le Journal intime d’une nymphomane (1972), Les Expériences érotiques de Frankenstein (1973) et bien d’autres.

Production franco-portugaise sortie en 1972, La Fille de Dracula n’est clairement pas l’un de ses meilleurs opus et décontenancera même les amateurs de petits films d’horreur, puisque ce qui intéresse une fois de plus Jess Franco c’est de mettre toutes ses comédiennes à poil dès qu’il en a l’occasion. Soyons honnêtes, cet opus n’apporte absolument rien au mythe et cette variation ennuie souvent pendant ses 82 minutes.

Une jeune fille, Luisa, rend visite à sa grand-mère mourante, la baronne Karlstein, dans sa demeure. Avant de mourir, elle lui dévoile la malédiction qui pèse sur leur lignée familiale depuis des générations. La crypte dans le sous-sol de sa maison renferme l’ancêtre Karlstein, connu sous le nom de Dracula, et l’on doit s’assurer qu’il ne boira plus jamais de sang. Mais ce dernier, toujours avide de chair fraîche, sort de sa tombe et oblige Luisa, en la plongeant dans une transe sexuelle, à séduire de jeunes filles pour ensuite les ramener à lui pour qu’il suce leur sang. Mais Luisa, vampirisée par ce dernier, y prend également goût…

Bon, La Fille de Dracula n’est pas non plus mauvais hein, c’est juste que Jess Franco passe un peu trop de temps à filmer les corps nus, certes désirables et sensuels, de ses comédiennes, en jouant avec le zoom sur les poitrines tendues vers la caméra ou sur les pubis généreux. Tout cela pendant qu’un piano de bastringue s’emporte pour essayer de donner du rythme à cette succession de cadres redondants. On en viendrait même à oublier que le film est tout d’abord pensé comme une relecture d’une des grandes figures du cinéma d’horreur. Heureusement, quelques gros plans sur des incisives aiguisées, des cous recouverts de ketchup (ou de tabasco) et un cercueil qui s’ouvre sur le célèbre comte Dracula, « interprété » par un Howard Vernon fardé qui passe son peu de temps à l’écran allongé ou à se relever légèrement pour s’étirer, nous sortent un peu de la léthargie.

A côté de cela, les séquences saphiques sont plutôt jolies à regarder et Jess Franco parvient à plonger les spectateurs dans une sorte de transe chaleureuse et agréable. Sur un rythme en dents de (vampires) scie, le réalisateur espagnol compile les séquences très réussies à l’instar de la première scène de « voyeurisme » très giallesque, qui alterne les gros plans sur un oeil écarquillé et ceux sur la jeune femme épiée en prenant son bain, avec d’autres beaucoup plus anecdotiques liées à l’enquête policière. La Fille de Dracula, un des neuf films que Jess Franco mettra en scène en 1972, comblera donc les fans de belles poupées dénudées, surtout la troublante Britt Nichols qui ne laisse pas du tout indifférent, mais risque de frustrer celles et ceux qui s’attendaient à un véritable film d’épouvante.

LE BLU-RAY

La Fille de Dracula est disponible chez Artus Films, dans un très beau combo DVD/Blu-ray. La jaquette au visuel soigné est glissée dans un boîtier de couleur noire. Le menu principal est fixe et muet.

En plus d’un diaporama, l’éditeur propose une intervention de Jean-François Rauger (19’), disponible dans une qualité fort médiocre, comme si le directeur de la programmation de la Cinémathèque avait été enregistré via sa webcam. Toujours est-il que cet entretien est comme d’habitude passionnant, riche en anecdotes sur la carrière de Jess Franco, auquel Jean-François Rauger semble très attaché. La Fille de Dracula est replacé dans la filmographie du cinéaste. Notre interlocuteur évoque également les intentions, mais surtout l’approche du mythe de l’épouvante par le réalisateur, et n’hésite pas à comparer Jess Franco à Jean-Luc Godard dans ses partis pris de déconstruction du cinéma classique.

L’Image et le son

Qui aurait pu croire qu’une œuvre de Jess Franco serait choyée de la sorte ? Si certains points blancs restent visibles sur les très nombreux zooms, la copie restaurée est très élégante et l’apport HD n’est pas sans donner un nouvel intérêt à La Fille de Dracula. Le piqué est éloquent, la patine argentique heureusement conservée, les couleurs très appréciables et les détails indéniables sur les décors. Très beau lifting.

Seule la version française est disponible. Le confort acoustique est assuré, l’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont clairs, nets, précis. Aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre.

Crédits images : © Artus FilmsCaptures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr