Test Blu-ray / I Wish – Faites un voeu, réalisé par John R. Leonetti

I WISH – FAITES UN VOEU (Wish Upon) réalisé par John R. Leonetti, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 28 novembre 2017

Avec :  Joey King, Ryan Phillippe, Ki Hong Lee, Mitchell Slaggert, Shannon Purser, Sydney Park, Kevin Hanchard, Sherilyn Fenn…

Photographie : Michael Galbraith

Musique : tomandandy

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Pas facile de survivre à l’enfer du lycée, Clare Shannon et ses copines en savent quelque chose. Du coup, quand son père lui offre une ancienne boîte à musique dont les inscriptions promettent d’exaucer tous ses vœux, Clare tente sa chance. Et ça marche ! Argent, popularité, petit ami, tout semble parfait. Mais le rêve a un prix : au fur et à mesure de ses souhaits, des personnes de son entourage meurent dans des conditions particulièrement atroces. Clare le sait : elle doit se débarrasser de la boîte pour sauver sa vie et celle de ses proches avant de faire le voeu de trop.

Qui dit excellent directeur de la photographie, ne veut pas forcément dire bon réalisateur. C’est le cas de John R. Leonetti, chef opérateur sur Chucky 3, Hot Shots ! 2, The Mask, Mortal Kombat, qui a connu un second souffle grâce aux films de James Wan, Dead Silence, Death Sentence, Insidious et sa première suite, sans oublier Conjuring : Les Dossiers Warren. Une belle carte de visite. En 1997, John R. Leonetti signe son premier long métrage, Mortal Kombat : Destruction finale, considéré – à juste titre – comme l’une des pires suites de l’histoire du cinéma. Ses autres coups d’essai ne sont pas plus fameux avec un Effet papillon 2 en 2006 et le soporifique Annabelle en 2014, spin-off de la franchise Conjuring centré sur la poupée maléfique. Si en 2016, Wolves at the Door est resté inédit en France, I Wish – Faites un vœu ou Wish Upon en version originale, a connu une exploitation dans nos salles l’été 2017 où il a attiré plus de 300.000 spectateurs fans de cinéma fantastique. Rien ne distingue ce film de genre du tout venant contemporain. Mollement réalisé, interprété par des jeunes comédiens sans aucun charisme, mal écrit, I Wish – Faites un vœu fait penser à un mauvais épisode de La Quatrième Dimension.

Clare Shannon, âgée de 17 ans, est hantée par le souvenir du suicide de sa mère. Son père Jonathan, un ancien musicien et collectionneur compulsif qui passe son temps à fouiller dans les bennes à ordures, trouve une boîte à musique chinoise et la lui donne comme cadeau d’anniversaire. Sympa le padre. Comme par hasard, Clare étudie le chinois au lycée et parvient à traduire l’une des nombreuses inscriptions sur la boîte : “Sept souhaits”. Subissant les moqueries et les brimades d’une dénommée Darcie, Clare fait sans trop y croire le vœu que sa rivale se mette à pourrir. Carrément. Le lendemain, cette dernière se lève et constate que sa peau ressemble à du charbon qui s’effrite. Le même jour, Clare retrouve Max son chien mort, dévoré par des rats dans l’espace souterrain de sa maison. Clare se rend compte que la boîte octroie des vœux, mais ne réalise pas encore que ses souhaits ont des conséquences. Elle fait néanmoins un second souhait, celui que Paul, le garçon le plus prisé du lycée tombe “désespérément” amoureux d’elle. Et ainsi de suite, Clare va pouvoir se faire plein de tune, emballer le mec de ses rêves, faire en sorte que son père arrête de faire les poubelles et surtout devenir la fille la plus populaire de son bahut. Bon en contrepartie, son oncle, son chien, sa voisine préférée meurent tous dans des conditions étranges, mais c’est pas grave, Clare peut se payer plein de jupes et du mascara pour souligner son strabisme.

I Wish – Faites un vœu ne fait rien ou pas grand-chose pour donner un peu d’originalité à son histoire qui ne se gêne pas pour piller ses idées sur l’excellente saga Destination Finale ou sur Wishcraft de Richard Wenk (2002). Du coup, les passages à trépas sont attendus en plus d’être vus et revus. On serait méchant, on pourrait dire qu’avec ses acteurs en carton, son scénario en carton et sa mise en scène en carton que I Wish – Faites un vœu est un film Linda de Suza.

Du haut de ses 18 ans, l’actrice principale Joey King compte déjà de nombreuses apparitions au cinéma, principalement dans des productions fantastiques (World Invasion: Battle Los Angeles, The Dark Knight Rises, Le Monde fantastique d’Oz, Independence Day: Resurgence) ou d’horreur (En quarantaine, Conjuring : Les Dossiers Warren). Si son charisme rappelle celui d’une Barbra Streisand juvénile, la jeune comédienne en fait souvent des tonnes avec ses yeux écarquillés, sa moue boudeuse et ses bras qui moulinent quand elle se met à courir. Une tête à claques jamais attachante. Elle n’est guère aidée par ses partenaires, qui se contentent du minimum syndical, en particulier le revenant des années 1990 Ryan Phillippe, cantonné au rôle du père qui ne se rend pas compte dans quelles catastrophes s’est embarquée sa fille. Notons tout de même l’apparition de Sherilyn Fenn, la merveilleuse Audrey de la série Twin Peaks.

Si l’on a déjà vu bien pire, I Wish – Faites un vœu est représentatif du cinéma fantastique d’aujourd’hui, fait à la chaîne pour les adolescents, une malbouffe hollywoodienne réalisée par des types soucieux de faire plaisir à leurs sponsors, de vendre des tonnes de popcorn et des litres de soda à l’entrée du cinéma. Il n’est pas interdit de se faire uniquement plaisir au cinéma, surtout pas, c’est même la base du septième art, c’est juste qu’il y a un minimum syndical à respecter quant à la gueule du produit finit proposé à une jeune audience qui n’est même plus capable de distinguer le bon du mauvais cinéma de genre.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de I Wish – Faites un vœu, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Minimum syndical pour cette édition HD puisque TF1 Studio ne livre que cinq petites featurettes (11 minutes au total), composées d’interviews de l’équipe (acteurs, réalisateur, producteurs) et d’images de plateau. Promotionnels à fond, ces modules se focalisent notamment sur le tournage de la scène du grenier.

L’Image et le son

I Wish – Faites un voeu est un film sombre et la Haute définition restitue habilement la photo du chef opérateur Michael Galbraith. Les volontés artistiques sont donc respectées mais entraînent quelques pertes occasionnelles du piqué et des détails dans les scènes les moins éclairées. Néanmoins, ce master HD demeure impressionnant de beauté, tant au niveau des détails que du piqué. Le cadre n’est pas avare en détails, les contrastes affichent une densité remarquable (du vrai goudron en ce qui concerne les noirs) et la colorimétrie froide est optimale.

Que votre choix se soit porté sur la version française ou la version originale DTS-HD Master Audio 5.1., le confort acoustique est total et la piste anglaise l’emporte du point de vue homogénéité des voix et des effets annexes. Le pourvoir immersif des deux mixages est fort plaisant. Toutes les enceintes sont intelligemment mises à contribution, les effets sont souvent percutants. La balance frontale et latérale est constante et riche, le caisson de basses souligne efficacement les séquences du film les plus agitées, tandis que les dialogues et commentaires restent fluides et solides. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Broad Green Pictures / Steve Wilkie / Paramount Pictures / TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / It Comes at Night, réalisé par Trey Edward Shults

IT COMES AT NIGHT réalisé par Trey Edward Shults, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studios le 7 novembre 2017

Acteurs :  Joel Edgerton, Christopher Abbott, Carmen Ejogo, Riley Keough, Kelvin Harrison Jr., Griffin Robert Faulkner, David Pendleton…

Scénario : Trey Edward Shults

Photographie : Drew Daniels

Musique : Brian McOmber

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé.

Etrange film que cet It Comes at Night, deuxième long métrage du jeune réalisateur, scénariste et producteur américain Trey Edward Shults, né en 1988, remarqué en 2016 avec Trisha, Prix de la critique à Deauville en 2015. Ayant fait ses classes auprès d’un certain Terrence Malick sur le tournage de The Tree of Life en tant qu’assistant cameraman, il s’inspire pour son second film de la mort de son père, qui l’a profondément affecté. It Comes at Night est né de ces questions sur la fin de vie, sur ses propres peurs, sur la transmission. Moins un film d’horreur qu’un drame intimiste et thriller psychologique, It Comes at Night déstabilise souvent et ne manque pas d’attraits, même si tout est loin d’être parfait.

Toujours affublé d’un masque à gaz, Paul vit reclus et isolé, avec femme et enfant, dans une maison en bois au milieu de la forêt. Il se voit dans l’obligation d’accueillir une famille chez lui, alors qu’un virus semble avoir mis à mal la civilisation telle qu’on la connaît. Il essaie d’instaurer certaines règles : il faut toujours sortir à deux, passer par la même porte et ne surtout pas s’aventurer dans le bois. Mais ces beaux principes sont mis à mal quand d’étranges événements se produisent.

« Lorsque tombe la nuit » comme nos amis québécois ont intitulé le film, ne révolutionne pas le genre. Voilà ça c’est dit. Il n’en a pas la prétention d’ailleurs. Mais son approche de la peur, celle liée à ses cauchemars, à l’inconnu, au noir et à ce qu’il renferme interpelle bel et bien. Si le rythme est souvent très (trop) lent, Trey Edward Shults a incontestablement le sens du cadre et de la grammaire cinématographique. Sur un postulat simple et bénéficiant d’un budget minuscule de 2,5 millions de dollars, le metteur en scène parvient à tirer profit de son décor limité, une cahute plantée au milieu de nulle part, de son intrigue serrée sur une demi-douzaine de personnages réunis dans la même habitation. Il peut également compter sur de très bons comédiens parmi lesquels se démarquent l’australien Joel Edgerton (Midnight Special, Bright), dont la présence inquiétante et ambigüe met souvent mal à l’aise, ainsi que Riley Keough (Mad Max: Fury Road, Logan Lucky), petite-fille d’Elvis Presley, qui commence à faire sa place à Hollywood.

Trey Edward Shults sait filmer et rendre menaçant une simple forêt en jouant sur les effets suggérés. La menace, puisque menace il y a, vient de l’extérieur et profite souvent de la nuit pour s’engouffrer dans le refuge de la famille principale. Aucun effet gratuit ni tape à l’oeil, la peur et l’angoisse des personnages sont contagieuses, surtout lorsque le réalisateur adopte le point de vue de l’adolescent de la famille, en prise avec ses visions d’horreur et ses premiers émois qu’il est obligé de réfréner. La « routine » de la famille de Paul est ainsi troublée par l’intervention d’un autre couple et de leur enfant. Comment réapprendre à faire confiance quand on a appris à se méfier de tout et de tout le monde ? Où s’arrête l’humanité et où commence l’animalité ? Les sens s’aiguisent dans cet espace fermé, les sentiments contradictoires se déploient et se confrontent, l’instinct de survie prime sur le reste, quitte à réaliser de mauvais choix que l’on pourra sans doute regretter après.

Avec sa photo ténébreuse signée Drew Daniels, ses changements de formats qui soulignent la détresse anxiogène des personnages, sa sécheresse qui rappelle parfois The Witch de Robert Eggers, par ailleurs produit par le même studio A24, It Comes at Night est un film post-apocalyptique maîtrisé, ambitieux, qui peut laisser froid et de marbre certains spectateurs, mais qui n’en demeure pas moins intéressant, au point qu’il n’a de cesse de mûrir encore bien après, et qui révèle surtout un jeune auteur prometteur.

LE DVD

Le DVD d’It Comes at Night, disponible chez TF1 Studio, repose dans un boîtier classique transparent. Changement de visuel par rapport à l’affiche originale, pour la sortie du film dans les bacs. Le menu principal est animé et musical.

Cette édition comprend un seul supplément, un making of de 28 minutes. Sans surprise, ce documentaire se compose d’interviews du réalisateur et des comédiens, ainsi que d’images de tournage. Trey Edward Shults intervient sur la genèse de son second long métrage, ses intentions et partis pris (le cadre, le son, le montage), tandis que les acteurs abordent les thèmes du film. Attention tout de même aux nombreux spoilers. Notons que le metteur en scène indique avoir enregistré un commentaire audio, non disponible sur le DVD français.

L’Image et le son

Pour la photo léchée de son film, Trey Edward Shults a demandé à son chef opérateur Drew Daniels de jouer avec les formats et les ambiances très sombres. Tourné en numérique avec la caméra numérique Arri Alexa XT, prenant comme partis-pris de restreindre le champ visuel, en usant des bords noirs comme dans une toile du Caravage dans les séquences de nuit, le directeur de la photographie plonge ainsi les personnages dans une pénombre froide et angoissante, en passant du format 2.35 au 2.55, jusqu’au format 3.00. Si nous devons vous donner un conseil, c’est de visionner It Comes at Night dans une pièce sans aucune luminosité, afin de mieux plonger dans l’ambiance. Le DVD édité par TF1 Studio restitue habilement la profondeur des contrastes, même si le résultat est forcément moins probant qu’en HD. Par ailleurs, certaines séquences apparaissent plus poreuses et l’on perd parfois en détails. Malgré ces menus défauts, le piqué reste ferme, les fourmillements limités. Ce master SD s’en tire avec les honneurs et contentera ceux qui ne seraient pas passés à la Haute Définition.

Les versions anglaise et française disposent d’un mixage Dolby Digital 5.1 et Stéréo. La spatialisation satisfait amplement et fait sursauter aux moments opportuns grâce à ses effets latéraux et frontaux particulièrement fins. Le caisson de basses participe à cette immersion, les dialogues sont exsudés avec force sur la centrale et les ambiances naturelles et dérangeantes ne manquent pas. La piste anglaise s’en tire le mieux du point de vue richesse acoustique et ardeur, surtout du point de vue musical. Les versions Stéréo sont évidemment moins enveloppantes, mais de fort bonne facture. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français, destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Mars Films / TF1 Studios / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Leatherface, réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo

LEATHERFACE réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo, disponible en DVD et Blu-ray chez Métropolitan Vidéo le 2 janvier 2018

Acteurs :  Stephen Dorff, Lili Taylor, Sam Strike, Vanessa Grasse, Finn Jones, Sam Coleman, Jessica Madsen, James Bloor, Christopher Adamson…

Scénario : Seth M. Sherwood

Photographie : Antoine Sanier

Musique : John Frizzell

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

La famille Sawyer sème la terreur au Texas. Leur plus jeune enfant est envoyé en hôpital psychiatrique après avoir reçu comme cadeau d’anniversaire une tronçonneuse qu’il essaya dès l’ouverture du paquet sur une des proies de la famille. Des années plus tard, le garçon s’échappe de l’hôpital psychiatrique où il était interné avec quelques patients déviants et une infirmière prise en otage. Semant la terreur sur les routes, ils sont poursuivis par un shérif dont la fille a été victime de la famille tronçonneuse. Qui parmi les criminels deviendra le terrifiant « Leatherface » ?

Alors c’est ça le fameux Leatherface ? Huitième film de la franchise initiée par Tobe Hooper en 1974 avec le cultissime Massacre à la tronçonneuse, qui comprend trois suites (inégales), Massacre à la tronçonneuse 2 (Tobe Hooper, 1986), Massacre à la tronçonneuse 3 : Leatherface (Jeff Burr, 1990), Massacre à la tronçonneuse 4 : La Nouvelle Génération (Kim Henkel, 1994), un remake éponyme du film original, réalisé par Marcus Nispel en 2003, une préquelle de ce dernier, Massacre à la tronçonneuse : Le Commencement (Jonathan Liebesman, 2006), sans oublier une autre suite tardive qui s’immisce entre le premier et le second volet, Texas Chainsaw 3D, mis en scène par John Luessenhop en 2013. Pour réaliser ce nouvel opus de la saga, les cinéastes français Julien Maury et Alexandre Bustillo, metteurs en scène d’A l’intérieur (2007), Livide (2011) et Aux yeux des vivants (2014) ont été choisis par la société Millenium Films. Si le film vaut bien mieux que le précédent volet, Leatherface souffre néanmoins d’un manque d’intérêt flagrant et pâtit de sa reprise en main par le studio qui l’a taillé dans le vif en lui retirant sa moelle épinière, préférant se focaliser sur l’aspect horrifique. Privé d’une sortie dans les salles en France, c’est ici qu’apparaît l’importance de découvrir Leatherface en Blu-ray et DVD, qui proposent près d’une demi-heure de séquences coupées, qui contiennent la sève du film original de Maury/Bustillo, à savoir l’émotion, la motivation des personnages, ainsi qu’une séquence finale bien plus ambitieuse, tordue et percutante que celle finalement imposée par la production.

Alors que la terrifiante famille Sawyer est soupçonnée d’avoir assassiné la fille du shérif Hartman, le fils cadet est enlevé à sa mère et placé en asile psychiatrique. Devenu adolescent, ce dernier profite d’une mutinerie pour s’échapper de l’asile avec trois autres psychopathes qui prennent en otage une jeune infirmière. La petite bande s’engage alors dans une balade sauvage, semant la mort partout où ils passent. Le Shérif Hartman, assoiffé de vengeance, se lance à leur poursuite. De cette chasse à l’homme sanglante émergera le tueur à la tronçonneuse et au masque de cuir.

Puisqu’il faut juger le résultat final, autrement dit le film officiel présenté au public, autrement dit en DTV chez nous, alors Leatherface n’est pas un bon film. Et en même temps, il n’est pas mauvais, du moins pas autant de ce qu’on a pu entendre depuis les premiers retours. Leatherface est un film malade, dans le sens où la griffe des deux réalisateurs se ressent, mais apparaît étrangement émoussée et de façon involontaire. Si l’on pourra reprocher certains choix esthétiques, comme cette photo jaune dispensable, le cadre est soigné, la direction d’acteurs irréprochable et certaines séquences font leur effet. Néanmoins, s’il était prometteur sur le papier de découvrir les origines du tueur de Massacre à la tronçonneuse, Leatherface ne tient pas ses promesses. Mais encore une fois, tout n’est pas à jeter.

En dehors d’un générique qui faisait habilement le lien avec Massacre à la tronçonneuse premier du nom, un caméo sympatoche de Marilyn Burns et de Gunnar Hansen, il n’y avait pas grand-chose à retenir de Texas Chainsaw 3D, slasher classique qui surfait de façon opportuniste sur la vague relief initiée par Avatar de James Cameron. Les comédiens étaient plutôt mauvais (même si Alexandra Daddario était certes plaisante à regarder), les personnages dépourvus d’intérêt, et l’on piétinait d’impatience de les voir se faire massacrer par un Leatherface pataud, finalement plus drôle qu’inquiétant. Pas de ça chez Maury/Bustillo. Quelque chose de malsain parcourt leur film et c’est tout en leur honneur. Ici, pas de comédiennes maquillées comme des pandas, affublées de wonderbras et de jean-slim qui les empêchent de courir (en moulinant des bras), d’acteurs au look de Ken, semi-rictus et dents blanches éclatantes, chemise ouverte, qui se la pètent et qui finalement se réfugient derrière leur nana quand ils ont peur. Pas d’actrices filmées à hauteur des fesses, qui trébuchent dans les marches, qui rentrent le ventre et qui se cachent derrière un ficus pour échapper au texan frappadingue. Maury/Bustillo s’intéressent à leurs personnages et jouent à une partie de Qui est-ce ? dans le sens où un jeu s’installe avec les spectateurs pour lui faire deviner lequel des personnages sera celui que l’on nommera Leatherface. Certes, on devine assez vite la réponse, mais les deux cinéastes s’amusent autant qu’ils rendent hommage au film original, ainsi qu’à divers films qui les ont inspirés, comme American History X, Tueurs Nés et Hannibal, en faisant de leur mieux avec un budget serré et un tournage…en Bulgarie !

Le gros problème de Leatherface est d’adopter le ton d’un road-movie avec un rythme en dents de scie (électrique), après un épisode de mutinerie qui rappelle involontairement La Carapate de Gérard Oury. On peut trouver le temps long et si quelques effets gores sont particulièrement sympathiques et efficaces, l’intrigue, écrite par Seth M. Sherwood (l’auteur du nanar sympathique La Chute de Londres) s’essouffle très vite et n’installe rien, ou pas assez, pas grand-chose. Néanmoins, l’interprétation vaut le déplacement, notamment Stephen Dorff, excellent Texas Ranger, dont le rôle a néanmoins souffert de coupes au montage, ainsi que Lili Taylor, particulièrement glaçante dans le rôle de Verna Sawyer, la « môman » de Leatherface himself. En tant que tel, Leatherface n’est pas repoussant et contentera celles et ceux qui voudront s’installer avec des potes devant un spectacle divertissant, pour une soirée film-pizza-bière. C’est juste une œuvre frustrante, car si l’on sent le feu qui anime Maury/Bustillo à quelques reprises, il n’en demeure finalement que quelques braises et pas assez d’éléments pour distinguer cette œuvre du tout-venant du genre. Pas un nanar, pas un navet, juste un film d’horreur banal comme il en sort à la pelle chaque année. 

LE BLU-RAY

Le test de l’édition Haute-Définition de Leatherface, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’interactivité de ce Blu-ray s’ouvre sur une interview de Julien Maury et Alexandre Bustillo (26’). Installés au premier rang d’une salle de cinéma, les deux réalisateurs expliquent avec franchise et humilité, comment ils ont été dépossédés de leur film. Car, comme ils le disent posément, les producteurs exécutifs ont le final cut aux Etats-Unis et peuvent reprendre entièrement le film si les deux montages présentés par le metteur en scène ne leur conviennent pas. C’est ce qui s’est passé pour Leatherface, dont la fin originale a notamment été jugée trop déviante. Pourtant, Maury et Bustillo paraissent sereins et reviennent sur chaque étape du tournage et de sa production, ainsi que sur les premiers retours des spectateurs. Les deux réalisateurs déclarent avoir essayé d’apporter ce qu’ils aiment dans le genre à cette franchise qu’ils affectionnent tout particulièrement, en reprenant le scénario qui leur était proposé et qu’ils trouvaient à l’origine trop violent. On sent également que Maury et Bustillo ont le respect des spectateurs, qu’ils espèrent les surprendre le plus possible (ce qui est le plus difficile à faire aujourd’hui), quitte à les emmener là où ils ne s’y attendaient pas. Ils passent en revue les thèmes du film, le casting, les conditions de tournage, soit quatre semaines et demi en Bulgarie (assez libres dans leurs intentions, avec le soutien du casting et de l’équipe technique majoritairement européenne), en indiquant avoir traité le film à leur manière en prenant comme référence La Balade sauvage de Terrence Malick et…Virgin Suicides de Sofia Coppola ! Enfin, Maury et Bustillo s’expriment sur les décisions des producteurs et les changements apportés à leur travail. Au final, les deux réalisateurs estiment que cette expérience américaine est positive malgré tout, estimant qu’ils savaient d’entrée de jeu qu’ils pouvaient perdre le contrôle de leur film. La disparition de Tobe Hooper (producteur exécutif ici), que les deux cinéastes n’ont finalement pas pu rencontrer, le lendemain de la première du film à Londres, est également abordée.

Le making of (13’) ne laisse rien apparaître des problèmes en postproduction. Entièrement promotionnel, les producteurs, le scénariste, les réalisateurs, le chef opérateur et les comédiens se livrent à l’exercice face caméra, dans un module destiné à vendre Leatherface, ses enjeux et sa place dans la saga initiée par Tobe Hooper. Le casting, les personnages, les effets visuels, les partis pris esthétiques sont passés au peigne fin.

L’un des gros morceaux de cette section est bien évidemment celui consacré aux séquences coupées (25’), brutes et non étalonnées. Huit scènes au total, dont une ouverture et une fin alternatives. Sans trop dévoiler ce que vous trouverez ici, sachez tout de même que le final original tourné par Maury et Bustillo, est absolument sensationnel, étouffant (car tout se déroulait dans la maison et non dans les bois) et couillu. On comprend d’ailleurs pourquoi les producteurs ont pris peur en la voyant.

Mais c’est aussi devant tout ce matériel laissé sur le banc de montage qu’on se rend compte du vrai boulot des cinéastes, qui s’intéressaient aussi et avant tout à la psychologique des personnages, en particulier celui du Texas Ranger interprété par l’excellent Stephen Dorff. Dans une scène coupée, Hal Hartman s’entretient avec son fils (qui deviendra également Texas Ranger dans Texas Chainsaw 3D) en rentrant chez lui pour prendre une carabine. Ils prennent une bière ensemble sur le perron, le fils indiquant à son père qu’il souhaite également l’aider dans sa quête de vengeance. Son père refuse. Une autre séquence montrait Hartman venir se recueillir sur la tombe de sa fille, avant de se mettre à pleurer.

Même chose pour le personnage de Jackson, dont les troubles de la personnalité sont nettement plus marqués, notamment quand le jeune homme dit à Lizzy qu’il ne se rappelle plus de ses actes violents et qu’une partie de lui disparaît chaque fois que cela arrive. Refusant de plonger dans cet état, Jackson demande à Lizzy de ne pas le laisser faire de mal.

Pas étonnant que les studios aient vu rouge devant ces séquences qui « osaient » s’intéresser aux personnages, puisque les producteurs voulaient se concentrer avant tout sur l’aspect horrifique de l’histoire. Dommage pour eux, dommage pour nous, mais heureusement que le Blu-ray est là pour donner un bel aperçu de la vision des réalisateurs.

Julien Maury et Alexandre Bustillo sont de retour dans leur salle de projection privée, afin de commenter l’ouverture et la fin alternatives, ainsi que les deux séquences coupées avec Stephen Dorff (13’30). L’occasion pour les deux réalisateurs de se pencher un peu plus sur leurs intentions et partis pris, qui n’ont malheureusement pas convaincu les producteurs.

L’interactivité se clôt sur un artbook défilant (3’), 118 pages de storyboard illustrant dix séquences spécifiques du film, ainsi que les bandes annonces censurée/non censurée de Leatherface.

Et n’oubliez pas le petit bonus caché amusant (placez le curseur sur la tronçonneuse en bas à droite de la page des suppléments, puis validez), dans lequel Maury et Bustillo se retrouvent face à une tronçonneuse mise à leur disposition, avec pour enjeu de la mettre en route !

L’Image et le son

Leatherface débarque donc directement dans les bacs. Heureusement, le titre atterrit dans l’escarcelle de Metropolitan Vidéo. A cette occasion, l’éditeur semble repousser une fois de plus les limites de la HD avec cette superbe édition Blu-ray. La patine est délicate et léchée durant 1h30, les partis pris merveilleusement rendus. C’est un quasi-sans-faute technique : relief, colorimétrie (jaune-orangée), piqué (acéré), contrastes (impressionnants), densité des noirs, on en prend plein les yeux, autant dans les scènes de nuit (très nombreuses) que les séquences diurnes. Chaque détail aux quatre coins du cadre large est aussi saisissant qu’étourdissant. Ce transfert immaculé soutenu par une compression AVC solide comme un roc laisse souvent pantois, en particulier sur les gros plans des comédiens.

Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes des pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution. Les ambiances fusent, la musique bénéficie d’un traitement de faveur avec une belle ouverture, plongeant le spectateur dans l’ambiance. Seuls les dialogues sur la version originale manquent d’ardeur sur la centrale par rapport à la piste française qui de son côté délivre les voix avec plus de peps. Les effets sont très bien spatialisés. A ce titre, c’est la tronçonneuse qui prédomine dans la dernière partie, ce qui risque de décontenancer votre voisinage si vous visionnez le film le soir… N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle à ce spectacle acoustique, y compris dans la séquence de mutinerie.

Crédits images : © Metropolitan Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Retour des morts-vivants, réalisé par Dan O’Bannon

LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS (The Return of the Living Dead ) réalisé par Dan O’Bannon, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume le 20 novembre 2017

Acteurs :  Clu Gulager, James Karen, Don Calfa, Thom Mathews, Beverly Randolph, John Philbin, Jewel Shepard, Miguel A. Núñez Jr., Brian Peck, Linnea Quigley, Mark Venturini, Jonathan Terry…

Scénario : Dan O’Bannon, d’après une histoire de Rudy Ricci, John A. Russo et Russell Streiner

Photographie : Jules Brenner

Musique : Matt Clifford

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Le jour de son embauche dans un entrepôt médical, le jeune Freddy et son oncle, découvrent de vieux containers abandonnés par l’armée. En s’en approchant d’un peu trop près, les deux compères libèrent par erreur un gaz toxique ayant la particularité de ramener les morts à la vie. Rapidement le gaz se propage vers un cimetière voisin…

Les évènements décrits dans ce film ont eu lieu. Les noms sont ceux de personnes et d’entreprises réelles.

En 1985, Le Retour des morts-vivantsThe Return of the Living Dead sort quelques semaines avant Le Jour des morts-vivantsDay of the Dead de George A. Romero. Réalisé par Dan O’Bannon, scénariste de Dark Star de John Carpenter (1974), d’Alien, le huitième passager de Ridley Scott (1979), de Tonnerre de feu de John Badham (1983) et plus tard de Lifeforce (1985) et de L’Invasion vient de Mars (1986) de Tobe Hooper, sans oublier Total Recall de Paul Verhoeven (1990) et Planète hurlante de Christian Duguay (1995), ce « Retour » mise avant tout sur l’humour, mais n’oublie pas d’effrayer (gentiment) les spectateurs qui sont venus avant tout pour se distraire, avoir peur et s’amuser. Mission accomplie puisque non seulement Le Retour des morts-vivants sera un bien plus grand succès que Le Jour des morts-vivants en rapportant le double de dollars au box-office, mais il est aussi devenu instantanément culte.

Un vendredi soir, Frank et son neveu Freddy qui démarre dans l’entreprise UNEEDA, société de fournitures médicales, font l’inventaire de l’entrepôt. Accidentellement, ils libèrent un gaz toxique d’un conteneur militaire stocké dans la cave de l’entreprise depuis la fin des années soixante. Ce baril provient d’une livraison mal expédiée de l’armée et contient un zombie endormi, à l’origine du film La Nuit des morts-vivants. Pendant ce temps, Tina, la petite amie de Freddy, décide de l’attendre dans un cimetière voisin avec ses amis punks. Malheureusement pour eux, la maladresse de Frank et Freddy va déclencher une invasion de morts-vivants et transformer cette nuit en cauchemar.

En 1968, La Nuit des morts-vivants, coécrit par George A. Romero et John A. Russo, sort sur les écrans. Tourné avec un petit budget, c’est un immense succès, au point que le film demeure aujourd’hui l’une des productions indépendantes les plus rentables de l’histoire du cinéma. Les deux scénaristes se brouillent. En 1978, George A. Romero écrit seul et met en scène Zombie, également un très grand succès. De son côté, John A. Russo compte également revenir aux morts-vivants et écrit The Return of the Living dead. Revendu à un producteur indépendant, le scénario envisagé comme une suite logique à La Nuit des morts-vivants est proposé à Tobe Hooper et même John A. Russo pense le mettre en scène. C’est finalement le scénariste Dan O’Bannon, qui remanie le script et qui éloigne l’histoire originale jugée trop proche de l’univers de George A. Romero dont Le Jour des morts-vivants est annoncé en concurrence directe avec le leur. Dan O’Bannon est finalement choisi pour réaliser Le Retour des morts-vivants.

Si l’histoire contient quelques références à La Nuit des morts-vivants de Romero, le film de Dan O’Bannon privilégie l’humour, à la limite de la parodie, bien que le matériel de base soit respecté, tout en apportant quelques éléments inédits à l’instar des zombies qui parlent, courent et dont le cerveau détruit ne parvient pas à les exterminer. C’est ce qui fait la grande réussite du Retour des morts-vivants puisqu’il s’agit d’un véritable film de genre et de zombies, même si bourré de second degré. Dan O’Bannon n’a pas la prétention de dissimuler le côté série B d’épouvante et fantastique de son film. Sa mise en scène n’en est pas moins soignée, élégante, soutenue par un montage alerte, des effets spéciaux et maquillages réussis (mention spéciale à l’homme-goudron et à la femme-tronc), une bande originale explosive (The Cramps, 45 Grave, T.S.O.L., The Flesh Eaters, Roky Erickson, The Damned, SSQ…) et surtout un casting au diapason où tous les comédiens (Clu Gulager, Don Calfa, James Karen, Thom Matthews, Beverly Randolph, Jewel Shepard, Brian Peck…) prennent visiblement beaucoup de plaisir à se donner la tordante réplique.

Résultat, toute cette énergie est furieusement contagieuse, on rit énormément, les scènes d’action sont rudement menées, les scènes anthologiques s’enchaînent comme des perles sur un collier. N’oublions pas la touche sexy apportée par la participation de la scream queen Linnea Quigley (Trash), dont le striptease sur la pierre tombale a marqué les spectateurs, au point de devenir l’élément central de l’affiche du film dans certains pays, y compris dans nos contrées.

Référence du film de genre mêlant humour et gore, qui n’aura de cesse d’inspirer moult cinéastes (Edgar Wright pour Shaun of the Dead, Bienvenue à Zombieland de Ruben Fleischer), graphique, cartoonesque et au final aussi expédié que pessimiste, Le Retour des morts-vivants a donc tout à fait sa place aux côtés des opus mythiques du genre.

LE BLU-RAY

Le nouveau bébé du Chat qui fume est arrivé dans les bacs ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’éditeur continue sur sa lancée. Le Retour des morts-vivants débarque chez nous grâce au Chat noir de Stéphane Bouyer, dans une superbe édition combo Blu-ray/Double DVD, qui prend la forme d’un sublime Digipack à trois volets. La sérigraphie des disques est attrayante (surtout celle du DVD Bonus avec Linnea Quigley topless), tandis que le verso reprend les visuels américain, français (censuré) et italien. Le Digipack est glissé dans un surétui cartonné au visuel français cette fois non censuré. ÉDITION LIMITÉE A 2000 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS. Les menus principaux sont animés sur la formidable partition de Matt Clifford.

Et c’est parti pour 3h30 de suppléments !

Le premier module est un documentaire rétrospectif réalisé en 2011 par Bill Philputt, d’une durée de 2 heures et intitulé More brains ! A return to the living dead ! Essentiellement constitué d’interventions souvent drôles et enjouées du scénariste John A. Russo, du décorateur William Stout, du maquilleur Tony Gardner, du chef opérateur Jules Brenner, des comédiens Brian Peck, Linnea Quigley, Jewel Shepard, Allan Trautman, Don Calfa, Clu Gulager, Miguel A. Núñez Jr. et bien d’autres invités, ce module revient sur tous les aspects de la production du Retour des morts-vivants.

Sans langue de bois, les protagonistes abordent les conditions d’un tournage difficile (« une zone de combat » disent certains) avec un réalisateur parfois autoritaire qui pouvait malmener ses comédiens. Les soucis juridiques avec le projet concurrent de George A. Romero, le casting, les effets visuels, les maquillages, la bande originale, les scènes anthologiques, sans oublier la sortie, le très grand succès et le culte du film sont longuement évoqués à travers ce documentaire qui ravira les fans de base et les plus curieux des cinéphiles. Tout ce lot d’anecdotes se clôt sur l’apparition du cinéaste Dan O’Bannon (1946-2009), dans une interview visiblement réalisée peu de temps avant sa mort.

On passe ensuite à un entretien (2016-15’) avec le scénariste John A. Russo, qui avait coécrit La Nuit des morts-vivants avec George A. Romero en 1968, et qui est ici à l’origine du Retour des morts-vivants de Dan O’Bannon. Certes, la plupart des arguments avancés ont déjà entendu lors du documentaire rétrospectif, mais les propos de John A. Russo sont ici plus étayés, notamment en ce qui concerne son travail et sa relation avec Romero. S’il déclare ne s’être jamais disputé avec son ancien associé, le scénariste n’est pas peu fier d’avoir pris l’ascendant lors de la sortie quasi-simultanée de leurs films en 1985.

Après le scénariste, place aux responsables des effets spéciaux (2016-33’). William Stout (décorateur), le superviseur des effets visuels Gene Warren Jr., le comédien Brian Peck et les maquilleurs, avec d’un côté Bill Munns, de l’autre Kenny Myers et Craig Caton, abordent leur collaboration avec le réalisateur Dan O’Bannon, qui désirait s’éloigner du style de George A. Romero, avec des zombies rapides. Des photos de production, des storyboards et des dessins préparatoires illustrent des propos toujours francs, notamment lorsque Bill Munns explique que le metteur en scène l’a renvoyé à la moitié du tournage pour son travail jugé insuffisant et médiocre. Bill Munns s’explique en disant que le manque de temps et surtout d’argent ne lui permettait pas de réaliser son travail comme il le souhaitait, à l’instar du zombie jaune à la tête coupée. La production l’a ensuite remplacé par ses deux collègues également présents dans ce segment. Vous saurez tout sur la création de l’homme-goudron, le squelette qui sort de terre, la prothèse sexuelle de Linnea Quigley, la femme-tronc et les autres zombies.

Le Retour des morts-vivants fait la part belle à une bande-son punk-rock, alors peu en vogue dans le cinéma de genre à l’époque et qui aujourd’hui participe également à la réussite du film. Le bonus Party Times (2016-30’) convoque certains chanteurs et musiciens (Dinah Cancer, Greg Hetson…) dont les morceaux sont utilisés dans le film de Dan O’Bannon. The Cramps, 45 Grave, T.S.O.L., The Flesh Eaters, Roky Erickson, The Damned, SSQ, tous ces noms vont raviver beaucoup de souvenirs à certains fans, tandis que les consultants en musique Budd Carr et Steve Pross racontent comment tous ces groupes ont été rassemblés pour composer la B.O.

Les scènes inédites (12’) sont plus anecdotiques, puisque comme l’indique un carton en introduction, les séquences proviennet d’une version workprint, un premier montage qui servait de référence. Lors du montage final, Dan O’Bannon a préféré couper des débuts et des fins de scènes, afin de rendre son film plus dynamique. Certains dialogues ont également été coupés. A travers un montage réalisé à cette occasion, ces « morceaux » ont été replacés là où ils apparaissaient à l’origine.

On termine sur un document rare de cinq minutes, compilant des images de tournage (mises en musique) tournées en 8mm !

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce, le teaser (« Ils reviennent…et ils ne sont pas végétariens ! »), le film (VF, 1h27) en mode open matte (1.33 plein cadre, format dans lequel Dan O’Bannon a tourné Le Retour des morts-vivants), les bandes-annonces d’Opera, Sanctuaire et Lord of Illusions.

L’Image et le son

Le Retour des morts-vivants arrive dans les bacs français dans une superbe édition HD (1080p) entièrement restaurée. Le travail est impressionnant et l’image est très propre, débarrassée de toutes scories, poussières, griffures et autres résidus imaginables. Un soin particulier a été apporté afin que la texture originale du film, les détails, la structure du grain ne soient pas affectés par le traitement numérique. Ce nouveau transfert Haute Définition permet de redécouvrir le film de Dan O’Bannon sous toutes ses coutures avec une magnifique patine argentique. Cette élévation HD offre à la colorimétrie un nouveau lifting, qui retrouve un nouvel éclat. La gestion des contrastes demeure solide, y compris sur les très nombreuses scènes sombres. Pas de réduction de bruit à l’horizon et le piqué est très élégant. N’oublions pas la stabilité de la copie soutenue par un codec AVC exigeant.

En anglais comme en français, les deux mixages DTS-HD Master Audio 2.0 contenteront les puristes. Ces deux options acoustiques s’avèrent dynamiques et limpides, avec une belle restitution des dialogues et de la tonitruante musique du film. Les effets sont solides et le confort assuré. Pas de souffle constaté. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Elephant Films / Metro-Goldwyn-Meyer Studios Inc/ All Rights Reserved / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Le Baiser du vampire, réalisé par Don Sharp

LE BAISER DU VAMPIRE (The Kiss of the Vampire) réalisé par Don Sharp, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 9 novembre 2017 chez Elephant Films

Acteurs :  Janette Scott, Oliver Reed, Sheila Burrell, Maurice Denham, Alexander Davion, Liliane Brousse…

Scénario :  Anthony Hinds

Photographie : Alan Hume

Musique : James Bernard

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

Lors de leur voyage de noces, un jeune couple perdu dans un petit village d’Europe centrale accepte l’invitation du mystérieux docteur Ravna dans son château. Ils vont découvrir, lors d’un mémorable bal masqué, que la lugubre demeure abrite une secte vampirique.

La Hammer a toujours eu de la suite dans les idées, surtout après des triomphes comme ceux du Cauchemar de Dracula (1958) et Les Maîtresses de Dracula (1960) réalisés par Terence Fisher. Seulement voilà, Christopher Lee refuse de rempiler, il avait d’ailleurs déjà décliné le deuxième volet et même Peter Cushing décide d’aller voir ailleurs. Ne voulant pas laisser mourir sa franchise consacrée aux vampires, la Hammer doit changer son fusil d’épaule. Pas de Dracula ici encore une fois, point de Docteur Van Helsing non plus, le scénariste John Elder (La Nuit du Loup-Garou, Le Fascinant Capitaine Clegg, Le Fantôme de l’opéra), pseudo d’Anthony Hinds, fils de William Hinds, le fondateur de la Hammer films, revoit sa copie et emmène le spectateur à la rencontre de nouveaux personnages. Ce troisième épisode, c’est Le Baiser du vampire, The Kiss of the Vampire, mis en scène non pas par Terence Fisher, qui n’a pas voulu revenir lui non plus, mais par le méconnu Don Sharp (1921-2011), cinéaste australien qui réalisera plus tard Les Pirates du diable (1964), La Malédiction de la mouche (1965), Le Masque de Fu-Manchu (1965) et Les Treize Fiancées de Fu Manchu (1966).

En voyage de noces en Europe centrale, un couple de jeunes mariés, Gerald (Edward de Souza) et Marianne Harcourt (Jennifer Daniel), tombent en panne de voiture. Ils vont trouver refuge à l’hôtel le plus proche, où ils s’aperçoivent qu’ils en sont les seuls clients. Le soir, venu, ils reçoivent une invitation à dîner du docteur Ravna (Noel Willman), qui habite le château voisin. L’hôtelier (Peter Madden) leur conseille d’accepter et ils s’y rendent donc. Ravna leur présente son fils Carl (Barry Warren) et sa fille Sabena (Jacquie Wallis) mais ne leur parle pas d’une jeune fille en robe rouge, Tania (Isobel Black), qui sort peu après du château et se rend au cimetière où elle incite une fille vampire à sortir de son cercueil. Celle-ci était la fille du professeur Zimmer (Clifford Evans), qui l’a mise hors d’état de nuire en lui plantant un pieu dans le cœur lors de l’enterrement.

Ce n’est pas que Le Baiser du vampire soit une déception, car le film demeure divertissant encore aujourd’hui, c’est juste qu’il n’apporte pas grand-chose au mythe du vampire et qu’il demeure anecdotique. Certes, passer après l’immense travail de Terence Fisher n’était pas chose aisée, mais Don Sharp s’acquitte honorablement de sa tâche derrière la caméra. Le point faible du film reste son casting, peu charismatique, en dehors de la belle Isobel Black que l’on laisserait volontiers mordre tout ce qu’elle désire, ainsi que Clifford Evans (vu dans La Nuit du Loup-Garou) qui campe le professeur Zimmer, ersatz de Van Helsing. Si Le Baiser du vampire a su traverser les décennies, c’est aussi en raison de sa séquence de bal masqué qui inspirera à Roman Polanski son cultissime Bal des vampires en 1967, tout comme Le Cauchemar de Dracula et Les Maîtresses de Dracula l’influenceront également.

La photo d’Alan Hume (Un poisson nommé Wanda, Runaway Train, Dangereusement vôtre) est plutôt quelconque, loin d’égaler le travail d’Arthur Grant et surtout de Jack Asher, qui participaient à la réussite des films sur lesquels ils officiaient. Néanmoins, le soin apporté aux décors et aux costumes est indéniable, tandis que certaines scènes ont su marquer les esprits à l’instar de l’attaque des chauves-souris dans un final pensé à l’origine pour Les Maîtresses de Dracula. Dommage que l’atmosphère ne prenne pas vraiment, la faute à une mise en scène certes efficace, mais finalement conventionnelle.

LE BLU-RAY

Le Baiser du vampire est disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD chez Elephant Films. Cette édition contient également un livret collector de 20 pages, ainsi qu’une jaquette réversible avec choix entre facings « moderne » ou « vintage ». Le boîtier Blu-ray est glissé dans un fourreau. Le menu principal est animé et musical.

Bravo à Elephant Films qui nous livre ici l’une de ses meilleures présentations. On doit cette grande réussite à Nicolas Stanzick, auteur du livre Dans les griffes de la Hammer : la France livrée au cinéma d’épouvante. Dans un premier module de 10 minutes, ce dernier nous raconte l’histoire du mythique studio Hammer Film Productions. Comment le studio a-t-il fait sa place dans l’Histoire du cinéma, comment le studio a-t-il réussi l’exploit de susciter un véritable culte sur son seul nom et surtout en produisant de vrais auteurs ? Comment les créateurs du studio ont-ils pu ranimer l’intérêt des spectateurs pour des mythes alors tombés en désuétude ou parfois même devenus objets de comédies ? Nicolas Stanzick, érudit, passionnant, passe en revue les grands noms (Terence Fisher bien évidemment, Christopher Lee, Peter Cushing) qui ont fait le triomphe de la Hammer dans le monde entier, mais aussi les grandes étapes qui ont conduit le studio vers les films d’épouvante qui ont fait sa renommée. Voilà une formidable introduction !

Retrouvons ensuite Nicolas Stanzick pour la présentation du Baiser du vampire (21’). Evidemment, ce module est à visionner après avoir vu ou revu le film puisque les scènes clés sont abordées. Comme lors de sa présentation de la Hammer, Nicolas Stanzick, toujours débordant d’énergie et à la passion contagieuse, indique tout ce que le cinéphile souhaiterait savoir sur la production du Baiser du vampire. Le journaliste replace donc ce film dans l’histoire de la Hammer Films, au moment où le studio souhaitait lancer un troisième volet de la saga Dracula, même si Les Maîtresses de Dracula avait trompé les spectateurs puisque le Comte n’y figurait pas. Après le refus de Christopher Lee, Peter Cushing et même d’Oliver Reed d’apparaître dans un nouveau volet de Dracula, Nicolas Stanzick explique comment la Hammer a finalement renoncé à un Dracula 3, pour se diriger vers une histoire de vampire originale. Le choix du réalisateur Don Sharp, le casting, les effets visuels, la scène finale qui rappelle Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock (même si le film de Don sharp a été tourné avant) sont abordés avec intelligence et spontanéité, tandis que Nicolas Stanzick défend Le Baiser du vampire en indiquant comment le film préfigure ce que le genre allait devenir. Il clôt cet entretien en parlant de l’influence que Le Baiser du vampire aura sur Roman Polanski pour son Bal des vampires.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et une galerie de photos.

L’Image et le son

La qualité de ce master Haute-Définition n’égale pas celle des précédents titres de la Hammer testés par nos soins. Quelques effets de pompages se font ressentir, les fonds enchaînés entraînent divers décrochages, des fourmillements sont parfois visibles, certains plans s’avèrent moins nets ou plus abîmés (les plans sur le château). Néanmoins, la copie est très propre, les couleurs automnales sont flatteuses, le grain original est respecté et bien géré, le relief de certains détails est appréciable à l’instar des costumes et des décors.

Le film est disponible en version originale ainsi qu’en version française DTS HD Master Audio mono d’origine. Sans surprise, la piste anglaise l’emporte haut la main sur son homologue, surtout du point de vue homogénéité entre les voix des comédiens, la musique et les effets sonores. La piste française est tantôt sourde, tantôt criarde, au détriment des ambiances annexes. Dans les deux cas, point de souffle à déplorer, ni aucun craquement. Le changement de langue est possible à la volée et les sous-titres français non imposés.

Crédits images : © Elephant Films / Universal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Le Fantôme de l’Opéra, réalisé par Terence Fisher

LE FANTÔME DE L’OPÉRA (The Phantom of the Opera) réalisé par Terence Fisher, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 7 novembre 2017 chez Elephant Films

Acteurs :  Herbert Lom, Heather Sears, Edward de Souza, Thorley Walters, Michael Gough, Harold Goodwin, Michael Ripper…

ScénarioAnthony Hinds

Photographie : Arthur Grant

Musique : Edwin Astley

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

1900. Une malédiction semble frapper l’Opéra de Londres. Alors que les tragédies se succèdent, la rumeur de la présence d’un mystérieux fantôme orchestrant en coulisse les accidents enfle de plus en plus. Lors d’une première prestigieuse, son existence ne fait plus de doute quand Christine Charles, l’étoile montante de l’Opéra, est enlevée par le fantôme. Elle va découvrir les terribles secrets cachés sous le masque couvrant son terrifiant visage.

Le roman fantastique de Gaston Leroux (1868-1927), Le Fantôme de l’Opéra, publié en feuilleton dans Le Gaulois en 1910, a connu moult adaptations au cinéma, de 1925 par Rupert Julian à celle de Joel Schumacher en 2004, la dernière à ce jour. Une dizaine de transpositions parmi lesquelles se distinguent la toute première, interprétée par l’illustre Lon Chaney, mais aussi et surtout celle de maître Terence Fisher, l’homme qui avait déjà revisité Dracula, le monstre de Frankenstein, la Momie et le Loup-Garou pour le compte de la Hammer Films. Rétrospectivement, Le Fantôme de l’OpéraThe Phantom of the Opera version Fisher, est l’un des opus les plus ambitieux du mythique studio, qui désirait livrer sa version du mythe depuis 1958, mais qui n’avait de cesse de le reporter, faute de moyens suffisants. Quand Cary Grant indique un jour qu’il voudrait s’associer avec la Hammer pour un film, il n’en fallait pas plus pour que le studio mette en route ce long métrage tant désiré. Si cette rencontre Grant-Hammer n’aura finalement jamais lieu, au moins ce fantasme aura-t-il permis la réalisation d’un des plus grands films du studio.

L’histoire se déroule en 1900 à Londres. Le London Opera House est, dit-on, hanté par un fantôme depuis que Lord Ambrose D’Arcy tente d’y présenter un nouvel opéra. Lors de la première, le spectacle est gâché par le corps d’un pendu qui apparaît en se balançant au bout d’une corde au-dessus de la scène. La chanteuse engagée refuse d’y jouer de nouveau. Le directeur artistique, Harry Cobtree auditionne de nouvelles chanteuses et tombe sur Christina Charles, qui semble beaucoup promettre. Elle est engagée et présentée à D’Arcy. Celui-ci tente de la séduire mais elle se refuse à lui. Elle est sauvée par Harry. En colère, D’Arcy les met tous les deux à la porte. Lorsque Harry visite Christina à sa pension de famille, il trouve des manuscrits sur lesquels est écrite une ébauche de l’opéra supposément composé par D’Arcy. La patronne, Mme Tucker, lui avoue que ces papiers ont appartenu à un ancien pensionnaire, le professeur Petrie, qui a été tué lors de l’incendie d’une maison d’imprimerie. Son corps n’a jamais été retrouvé. Il procède à une rapide enquête qui lui apprend que Petrie n’est pas mort dans l’incendie mais que son visage a en réalité été éclaboussé par de l’acide nitrique au moment où il tentait d’éteindre l’incendie. Christina est alors enlevée et emmenée dans les bas-fonds de l’Opéra où un homme hideux portant un masque et jouant de l’orgue lui déclare qu’il lui apprendra à chanter.

La Hammer dispose d’un budget beaucoup plus conséquent que pour ses films d’épouvante, grâce à un partenariat avec Universal, qui en contrepartie demande au studio d’y aller mollo sur les effets sanguinolents, sur la violence et l’érotisme, ceci afin d’attirer un public plus familial, en espérant ainsi rembourser la mise investie. Si effectivement Le Fantôme de l’Opéra demeure un opus plus « traditionnel », cela n’empêche pas le film d’être une nouvelle merveille concoctée par Terence Fisher. Bridé par les producteurs, le cinéaste s’approprie néanmoins le roman de Gaston Leroux. Sa mise en scène lyrique, sa solide direction d’acteurs (très bons Edward de Souza et Heather Sears), la beauté des décors – dont le Royal Opera House de Covent Garden par ailleurs sublimés par la photo du chef opérateur Arthur Grant, son rythme enlevé et l’émotion qui émane de sa nouvelle « créature », qui n’a jamais été autant humaine et donc empathique, ne cessent d’émerveiller les spectateurs.

L’art et la virtuosité de Terence Fisher imprègnent chaque plan et chaque séquence, la dualité chère au cinéaste est ici explicite avec le Fantôme – magnifique Herbert Lom – tiraillé entre le bien et le mal, tout comme son visage dissimulé par un masque, où seul un œil demeure visible. Le véritable monstre du film n’est évidemment pas celui que l’on croit puisque celui-ci agit à visage découvert, et quel visage puisqu’il s’agit du célèbre Michael Gough, prolifique comédien britannique, qui interprétait entre autres Alfred Pennyworth du Batman de Tim Burton au Batman & Robin de Joel Schumacher. Particulièrement abject, sadique et repoussant, il est bel et bien l’être inhumain du Fantôme de l’Opéra.

A sa sortie, Le Fantôme de l’Opera n’a pas rencontré le succès espéré. Heureusement, le temps a fait son office et les cinéphiles en ont fait un film aujourd’hui très prisé.

LE BLU-RAY

Le Fantôme de l’Opéra est disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD chez Elephant Films. Cette édition contient également un livret collector de 20 pages, ainsi qu’une jaquette réversible avec choix entre facings « moderne » ou « vintage ». Le boîtier Blu-ray est glissé dans un fourreau. Le menu principal est animé et musical.

Bravo à Elephant Films qui nous livre ici l’une de ses meilleures présentations. On doit cette grande réussite à Nicolas Stanzick, auteur du livre Dans les griffes de la Hammer: la France livrée au cinéma d’épouvante. Dans un premier module de 10 minutes, ce dernier nous raconte l’histoire du mythique studio Hammer Film Productions. Comment le studio a-t-il fait sa place dans l’Histoire du cinéma, comment le studio a-t-il réussi l’exploit de susciter un véritable culte sur son seul nom et surtout en produisant de véritables auteurs ? Comment les créateurs du studio ont-ils pu ranimer l’intérêt des spectateurs pour des mythes alors tombés en désuétude ou parfois même devenus objets de comédies ? Nicolas Stanzick, véritable érudit, passionnant, passe en revue les grands noms (Terence Fisher bien évidemment, Christopher Lee, Peter Cushing) qui ont fait le triomphe de la Hammer dans le monde entier, mais aussi les grandes étapes qui ont conduit le studio vers les films d’épouvante qui ont fait sa renommée. Voilà une formidable introduction !

Retrouvons ensuite Nicolas Stanzick pour la présentation du Fantôme de l’Opéra (23’). Evidemment, ce module est à visionner après avoir vu ou revu le film puisque les scènes clés sont abordées. Comme lors de sa présentation de la Hammer, Nicolas Stanzick, toujours débordant d’énergie et à la passion contagieuse, indique tout ce que le cinéphile souhaiterait savoir sur la production du Fantôme de l’Opéra. Le journaliste considère ce film comme l’un des plus personnels de Terence Fisher, le chaînon manquant entre la version avec Lon Chaney et Phantom of the Paradise de Brian De Palma, comme la clé de voûte méconnue de toute la filmographie du réalisateur. Il replace ensuite Le Fantôme de l’Opéra dans l’histoire de la Hammer Films, qui souhaitait reprendre le mythe adapté de Gaston Leroux depuis 1958, mais dont le projet n’avait de cesse d’être repoussé en raison du manque de moyens. La genèse du film, la transposition et les différences avec le roman original, le casting, mais aussi et surtout le fond comme la forme sont abordés avec intelligence et spontanéité.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et une galerie de photos.

L’Image et le son

Oubliez le DVD sorti chez Bach Films il y a dix ans et précipitez-vous sur ce master Haute-Définition royalement offert par Elephant Films ! Car en dehors de quelques points blancs et de décrochages chromatiques sur les fondus enchaînés, la copie présentée tient toutes ses promesses. Les teintes rouges, jaunes et bleues sont éclatantes, les contrastes sont à l’avenant, les détails élégants sur le cadre large et le piqué pointu. Quel plaisir de (re)découvrir les films de la Hammer dans ces conditions !

Le film est disponible en version originale ainsi qu’en version française DTS HD Master Audio mono d’origine. Sans surprise, la piste anglaise l’emporte haut la main sur son homologue, surtout du point de vue homogénéité entre les voix des comédiens, la musique et les effets sonores. Le doublage de la piste française est soigné, avec notamment la présence au générique des immenses Claude Bertrand et Jean-Claude Michel. Dans les deux cas, point de souffle à déplorer, ni aucun craquement. Le changement de langue est possible à la volée et les sous-titres français non imposés.

Crédits images : © Elephant Films / Unversal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / La Nuit du Loup-Garou, réalisé par Terence Fisher

LA NUIT DU LOUP-GAROU (The Curse of the Werewolf) réalisé par Terence Fisher, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 7 novembre 2017 chez Elephant Films

Acteurs :  Oliver Reed, Clifford Evans, Yvonne Romain, Catherine Feller, Anthony Dawson, Josephine Llewellyn, Richard Wordsworth…

ScénarioAnthony Hinds, d’après le roman Le Loup-garou de Paris (The Werewolf of Paris) de Guy Endore

Photographie : Arthur Grant

Musique : Benjamin Frankel

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Espagne. XVIIIème siècle. Fils d’un mendiant emprisonné qui avait perdu son humanité et de la servante sourde et muette dont il a abusé, Leon est adopté par un vieux professeur, Alfredo Carido. Mais en grandissant, le jeune homme a de plus en plus de mal à refréner ses pulsions meurtrières, qui le poussent à commettre des atrocités, au point de se transformer les nuits de pleine lune…

Quand la bête pleure…

Suite aux succès « monstres » de leurs réadaptations de la créature de Frankenstein avec Frankenstein s’est échappé (1957) et La Revanche de Frankenstein (1958) réalisés par Terence Fisher, puis Dracula avec Le Cauchemar de Dracula (1958) et Les Maîtresses de Dracula (1960) également mis en scène par Terence Fisher, et enfin la Momie avec La Malédiction des pharaons (1959) mis en scène par, ah bah tiens Terence Fisher encore, la Hammer Films Production se réapproprie l’autre grand mythe des Studios Universal, à savoir le Loup-Garou. Et qui de mieux qu’un certain, comment s’appelle-t-il déjà, Terence Fisher pour ressusciter le lycanthrope ? Une fois de plus, cette résurrection est un miracle cinématographique et La Nuit du Loup-GarouThe Curse of the Werewolf est un autre chef d’oeuvre du réalisateur britannique.

En Espagne, au XVIIIe siècle, le cruel marquis Siniestro humilie un mendiant pendant son repas de noces et le fait jeter au cachot. Il y est rejoint des années plus tard par une servante sourde-muette, qui a eu le tort de repousser les avances du marquis. Rendu fou par la captivité, l’homme se jette sur la malheureuse et la viole. La jeune infirme parvient un jour à s’enfuir et meurt en donnant le jour à un fils, Leon, qui est adopté par un vieux professeur, don Alfredo Carido. De sa conception bestiale, Leon garde en lui une malédiction. L’enfant se transforme en loup-garou quand vient la pleine lune et égorge des chèvres. L’amour de ses beaux-parents parvient à retenir ses envies de sang. Des années après, Leon quitte le domicile familial pour gagner sa vie.

La Nuit du Loup-Garou est divisé en trois actes bien distincts. Les origines de Leon / L’émancipation de Leon / La damnation de Leon. Terence Fisher prend le temps d’installer les conditions sociales de l’Espagne du XVIIIe siècle. A l’origine, le scénario devait suivre le roman Le Loup-Garou de Paris de Guy Endore, mais suite à l’arrêt brutal de la production d’un film que devait mettre en scène James Carreras et qui devait se dérouler en Espagne sous l’Inquisition, le scénariste Anthony Hinds, fils de William Hinds, le fondateur de la Hammer films, est obligé de revoir entièrement sa copie afin d’ancrer le comeback du Loup-Garou au pays des pesetas. Ceci afin d’utiliser les décors déjà construits pour le film avorté de James Carreras, lui-même le fils d’Enrique Carreras, l’autre fondateur du studio. Si l’intrigue est déplacée, le propos reste le même et c’est encore une fois la preuve de tout le génie de la Hammer et de Terence Fisher puisque La Nuit du Loup-Garou est une fable sociale déguisée en film d’épouvante et fantastique, qui aurait pu tout aussi bien se dérouler dans l’Angleterre victorienne.

Leon est interprété par l’illustre Oliver Reed, que Terence Fisher venait de diriger dans Les Deux Visages du Docteur Jekyll. Le comédien porte magnifiquement la tragédie de son personnage, dont le destin était d’ores et déjà scellé par les conditions de sa venue au monde. Fruit d’un viol d’une servante sourde-muette, sa mère, interprétée par la pulpeuse Yvonne Romain, par un mendiant retombé à l’état sauvage à cause du sadisme d’un marquis (le vrai monstre du film), qui a lui-même voulu profiter des charmes de la domestique, Leon est à jamais marqué du sceau de la marginalité, image même de l’être différent et écarté de la société. Seul l’amour, le fait d’aimer et d’être aimé, semble repousser l’envie irrépressible de se repaître de chair et de sang. Jusqu’à ce que les conventions sociales s’en mêlent et annihilent tout espoir de rédemption pour Leon, qui doit alors lutter contre ses envies bestiales. Jusqu’au point de non-retour.

Jack Asher n’étant pas disponible, ou tout simplement trop cher pour les studios, le chef opérateur Arthur Grant signe la photo de The Curse of the Werewolf. Attaché à la Hammer (Le Spectre du chat, et plus tard Le Fascinant capitaine Clegg ou bien encore Le Fantôme de l’opéra), le directeur de la photographie apporte au film une esthétique plus réaliste et moins baroque que son célèbre confrère, notamment dans le dernier acte entre ombre et lumière.

Référence du film de genre, sur le fond comme sur la forme (extraordinaire maquillage de Roy Ashton, inspiré par celui de la Bête du film de Jean Cocteau), La Nuit du Loup-Garou est un film unique au sein des nombreux longs métrages centrés sur un lycanthrope, beau, passionnant, drame violent (le viol hors-champ est vraiment troublant), intelligent, d’autant plus rare qu’il s’agit du seul film de loup-garou produit par la Hammer Films Productions.

LE BLU-RAY

La Nuit du Loup-Garou est disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD chez Elephant Films. Cette édition contient également un livret collector de 20 pages, ainsi qu’une jaquette réversible avec choix entre facings « moderne » ou « vintage ». Le boîtier Blu-ray est glissé dans un fourreau. Le menu principal est animé et musical.

Bravo à Elephant Films qui nous livre ici l’une de ses meilleures présentations. On doit cette grande réussite à Nicolas Stanzick, auteur du livre Dans les griffes de la Hammer: la France livrée au cinéma d’épouvante. Dans un premier module de 10 minutes, ce dernier nous raconte l’histoire du mythique studio Hammer Film Productions. Comment le studio a-t-il fait sa place dans l’Histoire du cinéma, comment le studio a-t-il réussi l’exploit de susciter un véritable culte sur son seul nom et surtout en produisant de véritables auteurs ? Comment les créateurs du studio ont-ils pu ranimer l’intérêt des spectateurs pour des mythes alors tombés en désuétude ou parfois même devenus objets de comédies ? Nicolas Stanzick, véritable érudit, passionnant, passe en revue les grands noms (Terence Fisher bien évidemment, Christopher Lee, Peter Cushing) qui ont fait le triomphe de la Hammer dans le monde entier, mais aussi les grandes étapes qui ont conduit le studio vers les films d’épouvante qui ont fait sa renommée. Voilà une formidable introduction !

Retrouvons ensuite Nicolas Stanzick pour la présentation de La Nuit du Loup-Garou (24’30). Evidemment, ce module est à visionner après avoir vu ou revu le film puisque les scènes clés sont abordées. Comme lors de sa présentation de la Hammer, Nicolas Stanzick, toujours débordant d’énergie et à la passion contagieuse, indique tout ce que le cinéphile souhaiterait savoir sur la production de La Nuit du Loup-Garou. Le journaliste replace donc le film de Terence Fisher dans l’histoire de la Hammer Films, qui souhaitait aborder le célèbre lycanthrope après avoir ressuscité les autres monstres autrefois rendus célèbres par les studios Universal. Le casting, mais aussi et surtout le fond (la dimension sociale du film) comme la forme (le maquillage de Roy Ashton, la photographie d’Arthur Grant, la mise en scène de Terence Fisher) sont abordés avec intelligence et spontanéité.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et une galerie de photos.

L’Image et le son

Le film est présenté dans son format respecté et en 16/9. En dépit d’un grain parfois trop prononcé sur chaque plan montrant le ciel, qui entraînent inévitablement de sensibles fourmillements, ainsi que des noirs qui tirent sur le bleu et des décrochages sur les fondus enchaînés, l’image de La Nuit du Loup-Garou a été excellemment restaurée. La définition est souvent exemplaire, la propreté indéniable (à part de petits points noirs), la superbe photo d’Arthur Grant flatte constamment les rétines, la stabilité est de mise et même le piqué est à l’avenant sur certaines séquences, y compris sur les scènes en intérieur où l’on peut apprécier chaque détail des décors. Les couleurs sont claires et vraiment très belles, les contrastes très appréciables. L’apport HD pour ce titre est vraiment indispensable. Un très beau lifting.

Le film est disponible en version originale ainsi qu’en version française DTS HD Master Audio mono d’origine. Sans surprise, la piste anglaise l’emporte haut la main sur son homologue, surtout du point de vue homogénéité entre les voix des comédiens, la musique et les effets sonores. La piste française est tantôt sourde, tantôt criarde, au détriment des ambiances annexes et de la partition de Benjamin Frankel. Dans les deux cas, point de souffle à déplorer, ni aucun craquement. Le changement de langue est possible à la volée et les sous-titres français non imposés.

Crédits images : © Elephant Films / Unversal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Maîtresses de Dracula, réalisé par Terence Fisher

LES MAÎTRESSES DE DRACULA (The Brides of Dracula) réalisé par Terence Fisher, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 7 novembre 2017 chez Elephant Films

Acteurs :  Peter Cushing, Martita Hunt, Yvonne Monlaur, Freda Jackson, David Peel, Miles Malleson, Henry Oscar, Mona Washbourne, Michael Ripper…

ScénarioJimmy Sangster, Peter Bryan, Edward Percy

Photographie : Jack Asher

Musique : Malcolm Williamson

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Marianne a accepté un poste d’institutrice dans un pensionnat pour jeune fille. Alors qu’elle traverse la Transylvanie, son cocher l’abandonne dans un village, où elle trouve refuge dans une auberge. Malgré les mises en garde du propriétaire des lieux, elle accepte l’invitation de la baronne Meinster à passer la nuit dans son château. Heureusement pour elle, Van Helsing, docteur en philosophie, théologie et professeur de métaphysique, poursuit dans la région sa chasse aux vampires.

Les Maîtresses de DraculaThe Brides of Dracula est et demeure l’un des opus emblématiques de la mythique Hammer. Si le titre est quelque peu mensonger puisque le célèbre Comte n’apparaît pas une seconde à l’écran (pas de Christopher Lee ici) mais laisse sa place à l’un de ses disciples, ce film fantastique, dans tous les sens du terme, reste l’un des plus grands films de vampires, réalisé par l’expert en la matière (mais pas que), le maître Terrence Fisher. Le cinéaste britannique (1904-1980), qui avait auparavant signé Frankenstein s’est échappé (1957), Le Cauchemar de Dracula (1958), La Revanche de Frankenstein (1958), Le Chien des Baskerville (1959) et La Malédiction des pharaons (1959), retrouve à nouveau l’immense Peter Cushing, qui revêt le costume du professeur Van Helsing pour la seconde fois de sa carrière – il l’incarnera au total cinq fois, du Cauchemar de Dracula (1958) à La Légende des sept vampires d’or (1974), dernier film de la saga – dans lequel il crève l’écran une fois de plus, au point de devenir le véritable héros de ce nouvel épisode, pour ne pas dire de la franchise.

L’histoire se passe en Transylvanie. Marianne Danielle (Yvonne Monlaur), une jeune institutrice en route pour occuper un emploi dans un pensionnat pour jeunes filles, est abandonnée dans un village par son cocher. À l’auberge où elle se réfugie, elle ne tient pas compte des avertissements des propriétaires du lieu et accepte l’offre de la baronne Meinster (Martita Hunt) de passer la nuit dans sa demeure. Au château, de la fenêtre de sa chambre, elle aperçoit le fils de la baronne (David Peel). Celle-ci lui déclare qu’il est fou et qu’elle doit le garder prisonnier dans sa chambre. Plus tard, Marianne le rencontre et celui-ci lui déclare que sa mère a usurpé ses terres par jalousie. La jeune fille le croit et décide de l’aider. Elle vole la clé de la chaîne qui le tient prisonnier et la lui donne. La baronne apprend horrifiée ce qui s’est passé. Son fils, délivré, apparaît et lui ordonne de la suivre. Marianne entend les cris hystériques de la servante Greta (Freda Jackson) qui la force à regarder le corps assassiné de la baronne et les marques de perforation sur sa gorge. Marianne s’enfuit dans la nuit. Le lendemain, elle est recueillie par le docteur Van Helsing (Peter Cushing), toujours à la poursuite des non-morts.

Les Maîtresses de Dracula est une référence du genre. Premièrement par ses partis pris stylisés et sophistiqués. La photographie du chef opérateur Jack Asher, complice de Terence Fisher, a su marquer les esprits avec l’utilisation de couleurs baroques, à dominante rose. Une esthétique qui inspirera moult cinéastes à l’instar de Dario Argento pour ses œuvres les plus célèbres. D’autre part, la mise en scène de Terence Fisher, sans cesse inventive, traverse les années sans prendre de rides. Le cadre et le découpage sont constamment au service du récit, ou plutôt du « conte de fées pour adultes » comme aimait le dire le réalisateur. Enfin, le casting est au diapason. Si Peter Cushing, monstre de charisme et de talent, vole toutes les scènes à chaque apparition, Les Maîtresses de Dracula donne également la vedette à la belle Yvonne Monlaur. La comédienne française, révélée dans Le Cirque des horreurs (1960) de Sidney Hayers, est considérée comme l’une des plus grandes Hammer Girls. Son magnétisme et son érotisme innocent ne sont pas pour rien dans la très grande réussite du film. Il en est de même pour le méconnu David Peel, qui interprète ici le fameux Baron Meinster, créature aux dents longues, enchaîné par sa mère, jusqu’à ce que cette dernière se faire mordre par sa progéniture. Il fallait vraiment oser parler de complexe d’Oedipe dans ce contexte !

Terence Fisher utilise la sexualité de son acteur, gay revendiqué, pour apporter sa pierre à l’édifice du genre. Le vampire a toujours été associé au sexe, par l’excitation que la créature exerce souvent auprès des femmes, mais le cinéaste attaque ici frontalement cette facette. Personnage à la fois asexué et pourtant sexuel, beau et repoussant, qui se repaît aussi bien du sang des femmes que des hommes, le Baron Meinster envoûte son entourage, pour mieux les appâter. De son côté, en prenant les choses en main, Van Helsing devient celui qui non seulement s’oppose au vampire, mais également celui qui va traverser toutes les épreuves, y compris celle de revenir quasiment d’entre les morts par son seul courage et son intelligence, pour sauver la jeune femme et débarrasser la planète d’un des non-morts qu’il poursuit sans relâche.

Le final dans le moulin – magnifique décor gothique – éclairé par les rayons de la Lune est anthologique, tout comme le duel final, où la ruse du professeur l’emporte sur l’affrontement physique, en retournant les forces du mal contre le démon. Ou quand les ailes d’un moulin deviennent un crucifix géant ! C’est grand, c’est virtuose, c’est Terence Fisher, qui reviendra au célèbre vampire en 1966 avec Dracula, prince des ténèbres, avec le retour de Christopher Lee dans le rôle-titre.

LE BLU-RAY

Les Maîtresses de Dracula est disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD chez Elephant Films. Cette édition contient également un livret collector de 20 pages, ainsi qu’une jaquette réversible avec choix entre facings « moderne » ou « vintage ». Le boîtier Blu-ray est glissé dans un fourreau. Le menu principal est animé et musical.

Bravo à Elephant Films qui nous livre ici l’une de ses meilleures présentations. On doit cette grande réussite à Nicolas Stanzick, auteur du livre Dans les griffes de la Hammer: la France livrée au cinéma d’épouvante. Dans un premier module de 10 minutes, ce dernier nous raconte l’histoire du mythique studio Hammer Film Productions. Comment le studio a-t-il fait sa place dans l’Histoire du cinéma, comment le studio a-t-il réussi l’exploit de susciter un véritable culte sur son seul nom et surtout en produisant de véritables auteurs ? Comment les créateurs du studio ont-ils pu ranimer l’intérêt des spectateurs pour des mythes alors tombés en désuétude ou parfois même devenus objets de comédies ? Nicolas Stanzick, véritable érudit, passionnant, passe en revue les grands noms (Terence Fisher bien évidemment, Christopher Lee, Peter Cushing) qui ont fait le triomphe de la Hammer dans le monde entier, mais aussi les grandes étapes qui ont conduit le studio vers les films d’épouvante qui ont fait sa renommée. Voilà une formidable introduction !

Nous trouvons ensuite une très émouvante et délicate interview de la comédienne Yvonne Monlaur, Marianne Danielle dans Les Maîtresses de Dracula, qui revient avec visiblement beaucoup de plaisir sur son travail avec Terence Fisher (« tellement gentil, cool et relax ! »), Peter Cushing et David Peel (12’). Très élégante, belle et douce, Yvonne Monlaur partage ses souvenirs de tournage, évoque son personnage, les prises de vue aux studios Bray (près de Londres) et se souvient avec émotion de la présentation du film lors d’une rétrospective de la Hammer au musée Orsay en 2011, où elle avait rencontré les fans français. Un carton indique qu’Yvonne Monlaur est décédée le 18 avril 2017, visiblement peu de temps après cet entretien.

Retrouvons ensuite Nicolas Stanzick pour la présentation des Maîtresses de Dracula (26’). Evidemment, ce module est à visionner après avoir vu ou revu le film puisque les scènes clés sont abordées. Comme lors de sa présentation de la Hammer, Nicolas Stanzick, toujours débordant d’énergie et à la passion contagieuse, indique tout ce que le cinéphile souhaiterait savoir sur la production des Maîtresses de Dracula. Autrement dit la genèse compliquée du film en raison de nombreuses réécritures (trois scénaristes crédités), l’évolution de l’histoire, les éléments non retenus mais repris trois ans après dans Le Baiser du vampire de Don Sharp, le casting, les conditions de tournage. Nicolas Stanzick indique que Terence Fisher a su faire fi des incohérences et zones d’ombre du scénario, héritées des réécritures multiples, pour en faire à l’écran des éléments mystérieux et surtout un des plus grands films gothiques de l’époque. Le journaliste abord ensuite le mythe du vampire dans l’oeuvre de Terence Fisher, notamment dans sa trilogie constituée du Cauchemar de DraculaLes Maîtresses de DraculaDracula, prince des ténèbres, ainsi que la place de plus en plus prépondérante de Van Helsing face aux créatures qu’il combat.

Pour finir, Yvonne Monlaur lit une critique des Maîtresses de Dracula, écrite par Michel Caen et publiée dans la revue de cinéma Midi-Minuit à la sortie du film (2’).

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et une galerie de photos.

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p (AVC) et le film présenté dans son format respecté. L’image des Maîtresses de Dracula a été excellemment restaurée. Le grain est présent mais très bien géré, la définition est souvent exemplaire, la propreté indéniable, aucune scorie à l’horizon à part quelques points noirs, la superbe photo de Jack Asher flatte constamment les rétines, la stabilité est de mise et même le piqué est à l’avenant sur certaines séquences, y compris sur les scènes en intérieur. Les couleurs sont claires et vraiment très belles, les contrastes denses. L’apport HD pour ce titre est vraiment indispensable. Un très beau lifting qui enterre définitivement l’édition DVD éditée par Bach Films en 2007.

Le film est disponible en version originale ainsi qu’en version française DTS HD Master Audio mono d’origine. Sans surprise, la piste anglaise l’emporte haut la main sur son homologue, surtout du point de vue homogénéité entre les voix des comédiens, la musique et les effets sonores. La piste française mise un peu trop sur les dialogues, au détriment des ambiances annexes et de l’habillage musical. Dans les deux cas, point de souffle à déplorer. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.


Crédits images : © Elephant Films / Unversal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Phantasm V : Ravager, réalisé par David Hartman

PHANTASM V : RAVAGER réalisé par David Hartman, disponible en DVD et Blu-ray en coffret Intégrale Collector le 31 octobre 2017 chez ESC Editions et Sidonis Calysta

Acteurs :  A. Michael Baldwin, Reggie Bannister, Angus Scrimm, Bill Thornbury, Kathy Lester, Daniel Roebuck, Dawn Cody, Gloria Lynne Henry, Stephen Jutras…

ScénarioDon Coscarelli

Photographie : David Hartman

Musique : Christopher L. Stone

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Reggie, désormais vieilli et mal en point, se trouve dans un institut médicalisé.
Il raconte son histoire à son meilleur ami Mike, avec qui il a traversé tant de périples face à L’Homme en Noir… mais qui semble ne pas le croire et qui annonce à Reggie qu’il a été déclaré dément !

Il aura fallu attendre presque vingt ans pour avoir des nouvelles de Reggie, de Mike, de Jody et bien sûr du Tall Man ! Le cinquième volet de la franchise Phantasm était inespéré. C’est peu dire que les fans attendaient ce grand retour de Don Coscarelli, de son boogeyman et de ses sphères perceuses de crânes ! Si Phantasm : Ravager n’est pas mis en scène par le cinéaste, qui laisse sa place à un dénommé David Hartman, touche à tout oeuvrant principalement pour la télévision, Don Coscarelli reste coscénariste et coproducteur. Tout le monde a bien évidemment pris de l’âge et de la bedaine depuis Phantasm IV : Aux sources de la Terreur (1998), et Phantasm : Ravager a visiblement bénéficié d’un budget anémique. Cependant, même si le film oscille souvent entre le navet fauché et le nanar sympathique, ce cinquième épisode demeure souvent attachant dans sa façon de se la jouer « plus grand » qu’il l’est en réalité, et surtout parce qu’il s’agit contre toute attente de l’opus le plus émouvant.

Si Reggie parvient, au terme d’une longue errance, à s’évader de la Vallée de la Mort, c’est pour découvrir que le monde a désormais plongé dans le chaos, contrôle par le Tall Man et une armée de sphères géantes. Seule une poignée de résistants poursuivent la lutte, menés par Mike. Si commencer le nouveau chapitre à partir de la fin du précédent pouvait jusque là passer avec beaucoup d’indulgence, c’est ici difficile d’accepter le fait que Reggie sorte du désert 18 ans après. Mais cela fait partie du truc « Phantasm » puisque les spectateurs sont au fait depuis le premier volet que ce qui est raconté peut-être de l’ordre du rêve, du fantasme, du cauchemar. Malin, Don Coscarelli, profite du vieillissement de ses acteurs, et donc de ses personnages, pour appuyer une nouvelle théorie : et si tout ce qui se déroulait depuis Phantasm n’était autre que le fruit de l’imagination de Reggie ? Le créateur de la saga nous le montre cloué sur un fauteuil, dans un institut psychiatrique, se perdant continuellement entre plusieurs dimensions, dont l’une qui lorgne sur Matrix, avec le héros branché malgré-lui sur une machine qui semble lui insuffler de faux souvenirs.

Difficile à résumer tant Don Coscarelli et David Hartman s’amusent à paumer les spectateurs, Phantasm : Ravager n’est pas avare en nouvelles idées, mais le film est souvent rattrapé par son manque d’argent. David Hartman tente de chiader l’image comme il le peut, mais le tournage en numérique trahit ses ambitions, la photographie est laide, les effets spéciaux du même acabit. On a souvent l’impression de visionner un film d’étudiant ou même un truc d’amateur – vous avez dit fan-made ? – filmé entre potes dans le jardin du caméraman, avec de la peinture à l’eau rouge en guise de faux sang. Mais après tout, le premier avait tourné dans des conditions à peu près similaires !

Angus Scrimm, 89 ans au moment du tournage, n’est plus que l’ombre de lui-même et fait beaucoup de peine à voir. Il s’agit d’ailleurs de son dernier tour de piste dans le costume sombre du Tall Man, puisque le comédien est décédé le 9 janvier 2016, après les prises de vue. Le film lui est évidemment dédié. Don Coscarelli et David Hartman resserrent l’histoire sur le but ultime du Tall Man, à savoir annihiler le monde grâce à ses sphères, qui ont ici pour certaines la taille d’une montgolfière capable de raser un building. L’apocalypse arrive ! Rempli de références aux quatre précédents chapitres, y compris dans l’apparition de certains personnages croisés autrefois, Phantasm V, qui n’a de « Ravager » que le titre, prend également parfois des allures de jeu vidéo dans quelques séquences réalisées en CGI au rabais, tandis que Reggie (Bannister) et Mike (A. Michael Baldwin) se la jouent soldats armés jusqu’aux dents.

Mais tout ceci n’est pas sérieux, rien n’est vraiment crédible et malgré toute l’affection que l’on peut avoir pour la mythologie Phantasm et toute la bonne volonté de l’équipe, ce cinquième épisode déçoit. Seuls les fans hardcore (ou les Phans devrait-on dire) apprécieront et pardonneront les nombreux défauts de cette ultime (?) aventure.

 

LE BLU-RAY

Phantasm: Ravager est donc disponible en Blu-ray, mais pour l’instant uniquement en coffret intégrale (5 films) édité par ESC Editions. Aujourd’hui, nous ne sommes pas en mesure de dire si ce titre sera édité à l’unité, mais puisque les deux premiers le sont déjà, il n’y a pas de raison d’en douter. Le menu principal est animé sur le célèbre thème du film, mis au goût du jour ici.

En ce qui concerne les suppléments présents sur ce disque, ils se résument à un documentaire sur le tournage du film (10’), constitué d’images du plateau et de propos de l’équipe, y compris de Don Coscarelli, jamais très loin de David Hartman. Ce making of dément donc les dires de certains fans déçus, comme quoi le créateur de la franchise n’aurait pas pris part à Phantasm: Ravager ! Mention spéciale au système D des effets spéciaux, notamment des sphères perceuses et du sang qui gicle partout !

En plus d’une vidéo amusante réalisée par David Hartman pour appâter les fans quant à la mise en route du cinquième volet (1’), nous trouvons également le teaser, la bande-annonce, un bêtisier (8’30) et une galerie de photos.

Ce coffret collector intégrale propose également un DVD Bonus, sans oublier un livre inédit de 152 pages par Marc Toullec sur la genèse et la réalisation de la saga. C’est donc enfin l’occasion de se pencher sur les suppléments présents sur la galette supplémentaire.

Le documentaire rétrospectif Phantasmagoria (98’), réalisé en 2005, propose un retour sur les quatre volets de la franchise, en compagnie des comédiens principaux, du réalisateur-scénariste Don Coscarelli, du coproducteur Paul Pepperman et des créateurs des effets visuels. De nombreuses images d’archives dévoilent l’envers du décor sur les quatre films, sur la préparation des scènes clés de chaque épisode, le tout ponctué par quelques savoureuses anecdotes de tournage.

Tout ce beau petit monde revient sur ce qui a fait le succès du premier film, mais aussi ce qui a créé l’attachement et la fidélité des spectateurs d’un opus à l’autre. Les clés de la mythologie sont passées en revue, ainsi que les influences de Don Coscarelli (Un chien andalou de Luis Buñuel) et même quelques fins alternatives sont rapidement montrées !

Le module Phantasmagorical Mystery Tour (2005-13′), s’apparente à un petit trip touristique sur les lieux de tournage du premier film, en compagnie de Reggie Bannister ! Une visite guidée fort sympathique, durant laquelle Don Coscarelli apparaît pour parler du tournage auprès de son ami.

L’interactivité se clôt sur des scènes coupées anecdotiques du premier épisode (3’).

L’Image et le son

Phantasm: Ravager bénéficie d’un master HD 1080p qui remplit son cahier des charges sans se forcer, mais avec efficacité. Le piqué est probant même si pas aussi acéré qu’espéré, les effets numériques paraissaient bien artificiels et passent difficilement le cap du plus petit écran et ressemblent à des animatiques figés et risibles. Les séquences en extérieur sont mieux définies avec une profondeur de champ palpable, une luminosité plaisante, des contrastes assurés et une colorimétrie riche. La photo paraît parfois vaporeuse, certaines pertes de la définition sont constatables sur quelques gros plans et séquences trop agitées. Ce Blu-ray n’est pas mauvais mais l’apport HD est finalement souvent limité.

Le mixage anglais DTS-HD Master Audio 5.1 crée un espace d’écoute suffisamment plaisant en faisant la part belle à la musique, aux passages des sphères et aux scènes d’affrontements. Quelques ambiances naturelles, explosions et déflagrations percent les enceintes latérales sans se forcer mais avec une efficacité chronique, tandis que le caisson de basses distille ses effets avec ardeur. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © ESC Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Opéra, réalisé par Dario Argento

OPÉRA (Opera) réalisé par Dario Argento, disponible en combo Blu-ray+DVD le 20 octobre 2017 chez Le Chat qui fume

Acteurs :  Cristina Marsillach, Ian Charleson, Urbano Barberini, Daria Nicolodi, Coralina Cataldi-Tassoni, Antonella Vitale, William McNamara, Barbara Cupisti …

ScénarioDario Argento, Franco Ferrini

Photographie : Ronnie Taylor

Musique : Claudio Simonetti

Durée : 1h47 – version intégrale

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Une grande cantatrice doit interpréter Lady Macbeth dans une originale adaptation de la pièce d’opéra de Verdi. Or elle n’apprécie pas les choix artistiques de Marco, le metteur en scène. Elle part furieuse des répétitions et se fait renverser par une voiture. Pour la remplacer est choisie la jeune Betty, qui fait un triomphe. Malheureusement, son succès rappelle de sombres souvenirs à un fan dérangé qui va aller la rejoindre…

De l’avis général, Opéra, réalisé deux ans après Phenomena, est le dernier grand film de l’immense cinéaste Dario Argento. Si le film n’a pas bénéficié d’une exploitation dans les salles françaises, il sera plus tard distribué en VHS dans les années 1990 sous le titre Terreur à l’opéra. Le tournage de ce dixième long métrage a été exténuant pour le maestro et n’a malheureusement connu aucun succès dans les salles italiennes en décembre 1987. Il est aujourd’hui – et avec raison – considéré comme l’ultime chef d’oeuvre de son auteur. De l’avis même du réalisateur, Opéra est le film dans lequel il a placé toutes ses connaissances cinématographiques, en voulant mettre une idée différente dans chaque plan durant 1h45. Si la censure, qu’il combattait depuis ses années de critique cinéma au quotidien romain Paese Sera, a été très sévère avec le cinéaste sur ce film en particulier, y compris lors de son exploitation en VHS où tout le final en Suisse a été purement et simplement coupé, Opéra reste et demeure un immense film ambitieux, cher (7 millions de dollars de budget), dont la virtuosité ininterrompue laisse pantois d’admiration.

Suite à l’accident de la cantatrice principale, une jeune chanteuse lyrique, Betty (la comédienne espagnole Cristina Marsillach), est choisie pour interpréter le rôle de Lady Macbeth dans l’opéra de Verdi, œuvre ayant la réputation de porter malheur. Commence une série de meurtres dans l’entourage de la jeune femme qui se voit poursuivie par un mystérieux fan possessif. Avec l’aide du metteur en scène, Marco (Ian Charleson), Betty cherche à comprendre si elle n’est pas liée à l’assassin qui parsème l’opéra de corps mutilés. Jusqu’où la malédiction de Macbeth frappera-t-elle ? Sublime giallo, mais aussi véritable hommage au gigantisme de l’opéra, le film de Dario Argento foudroie d’emblée par beauté et sa technique envoûtante. En quelques plans et avec l’aide de la caméra subjective, le réalisateur se place aux quatre coins de son incroyable théâtre (sur scène, dans la fosse, dans les coulisses), lieu principal où vont se dérouler les principaux meurtres d’Opéra. Si l’on parvient finalement très vite à deviner, du moins à suspecter qui est l’auteur de ces crimes particulièrement sanglants, on ne peut être qu’ébahis par le soin extrême apporté à chaque plan et cette maîtrise qui surpasse encore et de loin la plupart des supposés maîtres de l’horreur d’aujourd’hui.

En plaçant sa caméra là où personne n’aurait pu l’imaginer, à l’instar de ce plan de deux secondes d’une balle traversant le judas d’une porte pour aller se loger dans l’oeil d’une femme un peu trop curieuse, pour continuer sa course jusqu’au fond du couloir, nul doute que le metteur en scène continue d’inspirer ses confrères, comme David Fincher qui a toujours utilisé les effets spéciaux numériques pour immiscer sa caméra là où il lui est impossible d’aller. Les ciseaux, couteaux, gants en cuir, mais aussi les épingles collées aux paupières et les armes à feu sont bien présents dans Opéra, véritable film de genre.

Dario Argento se sert de l’emphase de l’opéra, pour appuyer le côté graphique des crimes à l’écran, tandis que la musique, Macbeth de Giuseppe Verdi, mais aussi la composition originale de Claudio Simonetti du groupe Goblin et quelques morceaux hard-rock au moment des scènes violentes, reste toujours ou presque audible en fond sonore. Qui dit Argento dit également jeux de lumières – photo du chef opérateur britannique Ronnie Taylor, oscarisé pour Gandhi de Richard Attenborough – et le maître tire encore une fois profit des ambiances chromatiques, ici plus particulièrement la couleur bleue et froide qui revient de manière récurrente. Ces partis pris appuient et reflètent l’absence des relations, amoureuses ou sexuelles. D’ailleurs le seul acte visible dans le film est aussitôt avorté puisque Betty, que l’on devine frigide, n’arrive pas à s’offrir au jeune homme qui partage son lit pour un soir. Dario Argento ne cherche finalement pas à créer d’empathie avec son personnage principal, ce qui a pu rebuter une bonne partie des spectateurs. La tension est ailleurs, dans l’acte de se donner sur scène, comme si les protagonistes restaient concentrés et que the show must go on en dépit de l’horreur. L’épilogue en Suisse, souvent décriée, n’est qu’une cerise sur le gâteau, comme une sorte de rappel après le spectacle et si Dario Argento interpellait le spectateur en leur disant « Vous en voulez encore ? ».

Point de véritable enquête dans Opéra, puisque le récit se focalise presque uniquement sur Betty, qui assiste passive et bien sûr contre sa volonté, aux meurtres atroces commis devant ses yeux écarquillés, qui doivent d’ailleurs rester ouverts sous peine de voir ses paupières transpercées par des pointes bien placées par son tortionnaire. L’oeil est par ailleurs le motif récurrent dans Opéra, comme il l’est dans d’autres films de Dario Argento. Le film démarre par un plan sur la rétine d’un corbeau qui reflète le théâtre. Cet oiseau et ses congénères, tiennent la même place importante dans la mise en scène de Macbeth que dans l’histoire contée en parallèle par Dario Argento. S’ils apparaissent sporadiquement, ils deviennent les véritables stars, pour ne pas dire les héros du dernier acte, dans une scène aérienne époustouflante, vertigineuse, magistrale et foudroyante, qui serait aujourd’hui encore inconcevable même avec le drone le plus perfectionné.

Devant Opéra, on pense aux plus grands films de Brian De Palma, de par son thème, le voyeurisme, la ressemblance de l’actrice principale avec la Geneviève Bujold d’Obsession, mais également par cette démonstration technique et fulgurante qui n’a pourtant rien de tape à l’oeil (sans jeux de mots), mais qui se fond totalement dans le récit comme l’utilisation de la steadicam qui se place dans la tête du tueur. Le metteur en scène va même au-delà comme lorsque les images montrent le cerveau en ébullition du criminel, comme s’il était passé aux rayons X. Dario Argento livre ici son ultime précipité réussi entre le macabre et le sublime, qu’il est temps de réhabiliter.

LE BLU-RAY

Nous commençons à manquer d’arguments, mais cette fois encore, Le Chat qui fume a sorti les griffes pour son édition Blu-ray/DVD d’Opéra de Dario Argento ! Voici une fois de plus un objet de collection à ranger auprès des éditions de La Longue nuit de l’exorcisme, A la recherche du plaisir, Tropique du cancer, La Soeur d’Ursula et tous les autres chatons de l’éditeur qui caresse décidément les cinéphiles dans le sens du poil. Le combo Digipack à trois volets de ce nouveau titre « Exploitation italienne », renferme à la fois le DVD du film (ainsi qu’une partie des suppléments), le Blu-ray du film (avec l’intégralité des bonus) et le DVD (avec la suite et fin des suppléments). Sur le verso des volets, nous trouvons l’un des célèbres visuels du film, celui de Cristina Marsillach bâillonnée et les yeux écarquillés et menacés par des aiguilles collées sur sa paupière inférieure. L’ensemble se glisse dans un fourreau cartonné du plus bel effet, au visuel superbe et liseré rouge sang. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Quatre heures de suppléments ! Oui, vous avez bien lu, 240 minutes réparties en une dizaine de modules et d’interviews diverses, variées et passionnantes.

On démarre si vous le voulez bien par le making of d’époque d’une durée de 45 minutes. Ces images incroyables et brutes, proposées sans sous-titres, mais peu importe puisqu’il s’agit essentiellement de regarder plus que d’écouter (le son est d’ailleurs de qualité moyenne), permettent d’admirer il maestro al lavoro. Dario Argento est partout, omniprésent, la caméra le suit aux quatre coins de son incroyable décor (naturel) en train de mettre en place son prochain plan. La vidéo se concentre essentiellement sur le tournage de la séquence finale avec l’attaque des corbeaux (donc à ne visionner qu’une fois après avoir vu le film), mais aussi les prises de vue – en langue anglaise – des différents meurtres (à travers le judas, le couteau dans la gorge). On y voit entre autres le cinéaste « assassiner » lui-même ses acteurs, vêtu du pardessus et des gants du tueur. Entre la préparation des effets visuels directs (les faux corbeaux, le dressage des vrais, le maquillage des comédiens), un coup de sang de Dario Argento (les yeux exorbités) envers sa comédienne principale, un incendie qui a du mal à être maîtrisé, ce précieux document vaut le détour pour les admirateurs du maître !

D’ailleurs, en parlant de Dario Argento, enchaînez directement avec l’interview réalisée de ce dernier en 2017 (23’). Posément, le réalisateur revient sur ce film qu’il adore et considère comme étant l’un de ses plus réussis et « dans lequel il a placé toutes ses connaissances et son savoir, aussi bien cinématographique que musical ». Dario Argento évoque la genèse du film (un rendez-vous manqué pour mettre en scène un véritable opéra), le choix de Macbeth alors réputé pour porter malheur, le tournage au Teatro Regio di Parma après que la Scala de Milan ait refusé d’accueillir l’équipe, le travail avec les comédiens et les effets spéciaux. Le réalisateur n’est pas avare en anecdotes de tournage (un corbeau qui lui a donné un coup de bec dans la bouche, la scène du judas, sa relation houleuse avec Cristina Marsillach, « une actrice capricieuse […] nous ne nous parlions plus à la fin du tournage »), revient sur sa collaboration avec le chef opérateur britannique Ronnie Taylor, sa recherche sur le cadre, l’utilisation de la musique, les thèmes abordés tout en dévoilant comment les scènes clés du film ont été mises en scène, les propos étant illustrés par les images tirées du making of précédent.

Dario Argento laisse ensuite sa place Daria Nicolodi (17’). Comédienne (Les Frissons de l’angoisse, Ténèbres, Phenomena) et scénariste (Suspiria, Inferno), également ex-compagne du cinéaste et aussi mère d’Asia Argento, Daria Nicolodi passe en revue toutes ses collaborations avec Dario Argento, devant la caméra, mais aussi sur les scénarios pour lesquels elle n’est pas créditée. Après avoir raconté sa rencontre et son histoire personnelle avec le maître, Daria Nicolodi partage ses souvenirs sur leur manière de travailler ensemble, la façon dont elle a été virée sèchement de Suspiria (dont elle aurait dû tenir le haut de l’affiche après l’avoir coécrit) par la production, avant de se pencher un peu plus sur le tournage de la célèbre séquence du judas dans Opéra, ainsi que de la représentation de la violence au cinéma.

Passions maintenant à l’entretien de Franco Ferrini (37’). Dans le segment intitulé L’Identité du killer, le coscénariste d’Opéra propose un large tour d’horizon de ses diverses collaborations avec Dario Argento. Né en 1944, Franco Ferrini parle tout d’abord de sa rencontre, puis de son travail avec le cinéaste, de Phenomena (1984) à Opéra (1987). Ils collaboreront également sur Deux yeux maléfiques (1990), Trauma (1993), Le Syndrome de Stendhal (1996), Le Sang des innocents (2001), Card Player (2004) et le téléfilm Aimez-vous Hitchcock ? (2005). Si Marco Ferrini se concentre essentiellement sur leurs premières associations, ce module en dit un peu plus sur le processus créatif de Dario Argento, continuellement à la recherche de plans inédits. Grand passionné de cinéma, il cite à plusieurs reprises quelques chefs d’oeuvre américains qui ont pu l’inspirer, Franco Ferrini évoque les idées avortées sur Opéra et les conditions de tournage.

Bon, passons à la musique du film à présent (31’). Le compositeur Claudio Simonetti passe en revue sa carrière, notamment en tant que claviériste du groupe de rock progressif Goblin (qu’il a créé), jusqu’à sa première dissolution en 1979. Ayant poursuivi sa carrière en solo, Claudio Simonetti s’est ensuite spécialisé dans la musique électronique. Parallèlement, il est aussi le créateur des célèbres thèmes de nombreux films de Dario Argento, entre autres Les Frissons de l’angoisse (1975), Suspiria (1977) et Opéra (1987) et même de Dracula 3D (2012), mais aussi de Zombie de George A. Romero (1978). D’où de nombreuses anecdotes liées à la création de toutes ces compositions et surtout des différents thèmes d’Opéra. Claudio Simonetti clôt cette interview en donnant son top Argento, avec par ordre de préférence Les Frissons de l’angoisse, Suspiria, Opéra et Phenomena.

Place à Enrico Lucherini ! L’attaché de presse aux 800 longs métrages parle à son tour de sa longue collaboration avec Dario Argento (38’), dont il s’est occupé de quasiment tous les films. Autant dire qu’il connaît bien le cinéaste et qu’il l’a vu évoluer, en rappelant au passage que Dario Argento était l’un des critiques cinéma (pour le Paese Sera) les plus importants du pays avant de passer à l’écriture de films (Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone), puis lui-même derrière la caméra en 1970 avec L’Oiseau au plumage de cristal. Enrico Lucherini en vient au tournage compliqué (et cher !) d’Opéra, aux inventions de Dario Argento sur le tournage, à la légende de Macbeth, au retard lié à la difficulté de tourner avec les corbeaux.

L’un des éléments que l’on retient après avoir vu Opéra, ce sont les corbeaux, qui tiennent un rôle primordial dans l’histoire. Si le tournage a nécessité de véritables oiseaux, il a fallu avoir également recours à quelques effets spéciaux directs. C’est donc là qu’intervient le spécialiste Sergio Stivaletti (16’), qui s’est occupé des corbeaux réalisés en animatroniques pour les plans et séquences violentes ou impossibles à réaliser avec de véritables volatiles. Le responsable de ces effets ne garde pas un très bon souvenir d’Opéra en raison du manque de temps qui ne lui a pas permis de peaufiner ses créations comme il le désirait. Il considère d’ailleurs Opéra comme un film maudit, même s’il en garde finalement un bon souvenir.

Placez votre curseur sur Panique à l’opéra (26’30). Vous y trouverez un Q&A réalisé le 27 avril 2006 au cinéma Farnese de Rome, en compagnie de Dario Argento, du scénariste Franco Ferrini et du réalisateur/scénariste Lamberto Bava, fils de Mario Bava. Dario Argento monopolise évidemment l’attention en évoquant le tournage d’Opéra. Les propos tenus ici reprennent en gros ce qu’il dévoile dans son interview en début de programme. Nous retenons entre autres que le cinéaste était épuisé à la fin du tournage et que se voyant entré en dépression, avait décidé de partir seul en voyage en Inde, loin de tout. Dario Argento mentionne également une version non censurée d’Opéra (la censure avait été très sévère sur les scènes violentes) qui circulait en VHS sous le manteau aux Etats-Unis. Assistant-réalisateur de Dario Argento sur Inferno et Ténèbres, mais aussi lui-même metteur en scène de Démons et Démons 2 (coécrits avec Dario Argento) Lamberto Bava prend ensuite le micro pour parler de leurs diverses associations. Même chose pour Franco Ferrini, qui se concentre sur le processus créatif de Dario Argento et notamment son attachement aux personnages féminins.

On termine les interviews, par le bonus « facultatif » de cette édition, dans le sens où l’entretien avec le critique de cinéma Fabrizio Spurio (38’), résume tout ce qui a pu être vu et entendu à travers les suppléments précédents, sans apporter aucun élément inédit. Une redite pendant près de 40 minutes, dont vous pouvez finalement vous passer si vous avez été attentifs aux propos des intervenants depuis près de 3h30 maintenant.

Bon, c’est pas tout ça, mais l’interactivité se clôt sur deux clips vidéo de Claudio Simonetti, forcément très kitsch, sans oublier quatre films-annonces, Opéra, La Longue nuit de l’exorcisme, Lord of illusions et Le Retour des morts-vivants.

Merci infiniment au Chat qui fume de nous avoir permis de réaliser cette longue chronique et surtout d’avoir pu (re)découvrir le film dans les meilleures conditions possibles.

L’Image et le son

Le Chat qui fume propose Opéra de Dario Argento en version intégrale. Quelle beauté ! Le Blu-ray au format 1080p (AVC) restitue toutes les merveilleuses volontés artistiques du cinéaste et du chef opérateur Ronnie Taylor (Tommy de Ken Russell, oscarisé pour Gandhi de Richard Attenborough) avec une large palette chromatique à dominante bleue. Les contrastes sont denses, la texture argentique heureusement préservée, la copie stable et d’une propreté absolue. Les détails sont riches aux quatre coins du cadre large et la profondeur de champ ne cesse d’impressionner. Alors même si l’éditeur a choisi de préserver les quelques pertes de la définition originales et liées aux conditions de tournage (voir les séquences de vues subjectives des corbeaux), l’apport Haute-Définition s’avère aussi omniprésent que primordial. Vous ne pouvez pas passer à côté de cet incroyable master restauré.

Qui dit version intégrale, dit forcément scènes non doublées. Celles-ci sont donc présentées en anglais, langue de tournage du film. Comme l’indique l’éditeur, la piste italienne est différente et présente la voix de Dario Argento à 1h23 pendant une courte scène, ainsi qu’en guise de conclusion. Deux versions anglaises sont présentées, celle qui a accompagné le film lors de sa présentation au marché du film à Cannes (finalement non retenue pour son exploitation), ainsi que celle réalisée pour la sortie internationale d’Opéra dans les salles. A première vue, on serait tenté de sélectionner tout de suite la piste italienne, mais comme le film a été tourné en anglais, autant le visionner ainsi une première fois. Mais quelle piste choisir du coup ? Les deux pistes sont bien nettoyées, propres et de même acabit, avec quelques légers craquements et un souffle palpable sur les quelques plages de silence. Mais le doublage cannois est bien moins réussi et manque sérieusement de naturel avec des voix parfois inappropriées. Notre préférence va à la version italienne, bien plus convaincante. La piste française est étonnamment la plus dynamique du lot avec un rendu souvent plus élevé des dialogues, de la musique et des effets. Les sous-titres français sont imposés en italien et en anglais et toutes les options acoustiques proposées en DTS-HD Master Audio Mono.

Crédits images : © Le Chat qui fume / 1987 ADC Srl / Cecchi Gori Group Tiger Cinematographica Srl . Mediaset S.p.A. Tous droits réservés / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr