Test Blu-ray / Le Testament du Dr. Mabuse, réalisé par Fritz Lang

LE TESTAMENT DU DR. MABUSE (Das Testament des Dr. Mabuse) réalisé par Fritz Lang, disponible le 16 avril 2019 en combo DVD/Blu-ray chez Tamasa Diffusion

Acteurs : Rudolf Klein-Rogge, Otto Wernicke, Oscar Beregi Sr., Theodor Loos, Gustav Diess, lTheo Lingen…

Scénario : Fritz Lang, Thea von Harbou d’après le roman de Norbert Jacques

Photographie : Károly Vass, Fritz Arno Wagner

Musique : Hans Erdmann

Durée : 2h01

Année de sortie : 1933

LE FILM

Devenu fou, Mabuse, le célèbre criminel, est interné dans un hôpital psychiatrique. Grâce à l’hypnose, il tient en son pouvoir Baum, le directeur de l’asile. Ainsi, il parvient à remettre sur pied une inquiétante bande de malfaiteurs, qui sera confrontée au commissaire Lohmann…

« Quand les hommes seront dominés par la terreur, rendus fous d’épouvante, que le chaos sera la loi suprême, l’heure de l’empire du crime sera arrivée ».

Onze ans après Docteur Mabuse, le joueurDoktor Mabuse, der Spieler, Fritz Lang décide de donner suite à son film en deux épisodes sorti en 1922 avec Le Testament du docteur MabuseDas Testament des Dr. Mabuse. 1933. Année fatidique. Le réalisateur reprend son personnage pour évoquer la situation de l’Allemagne, en particulier la montée du nazisme durant la crise économique. Les mystères sombres de l’âme humaine manipulée par l’hypnose, la corruption de la société, la manipulation des masses, le soulèvement d’un nouveau pouvoir sont au coeur du Testament du docteur Mabuse, qui sera suivi d’un ultime épisode en 1960, Le Diabolique Docteur MabuseDie tausend Augen von Dr Mabuse, par ailleurs le dernier film de Fritz Lang. Le cinéaste, inquiet (euphémisme) devant l’avènement d’Adolf Hitler au pouvoir, tourne donc ce nouveau Mabuse à partir d’un scénario de Thea von Harbou, son épouse, qui soutient les idées nationalistes et conservatrices (avant de soutenir publiquement le projet nazi), pensé comme « une allégorie pour montrer les procédés terroristes d’Hitler » ainsi que le décrira le réalisateur. Notons que le tournage d’une version française signée René Sti avait été réalisé en parallèle de la mouture de Fritz Lang.

Le film raconte l’histoire du Dr Mabuse qui dirige, de l’asile psychiatrique où il est interné, un gang de malfaiteurs et le docteur Baum, directeur de l’établissement, grâce à ses pouvoirs hypnotiques, tandis que le commissaire Karl Lohmann et le bandit repenti Kent tentent de démanteler le réseau.

Le personnage du Dr Mabuse renvoie directement au Surhomme prôné par Hitler, ce qui introduit ici une dimension fantastique caractérisée par l’utilisation de quelques effets spéciaux, particulièrement réussis. Le Testament du docteur Mabuse est rétrospectivement le premier film intentionnellement anti-nazi de Fritz Lang, son deuxième parlant, d’autant plus que le cinéaste n’hésite pas à reprendre certains slogans et doctrines du nazisme, pour les mettre dans la bouche du personnage éponyme et d’autres criminels. La projection du film est évidemment interdite en Allemagne en 1933 et ne sortira qu’en 1951. Pourtant, à l’avènement du Troisième Reich, Joseph Goebbels, ministre de la propagande et de l’information du régime, grand admirateur des films de Fritz Lang (comme Hitler d’ailleurs), propose au cinéaste de prendre la tête du département cinématographique de son ministère, dans le but de réaliser les films à la gloire du parti nazi. Après cette annonce qu’il décline poliment, Fritz Lang divorce de Thea von Harbou et quitte l’Allemagne pour trouver refuge à Paris, avant de s’envoler pour Hollywood.

Si comme le premier film, Le Testament du docteur Mabuse est basé sur un roman de l’écrivain luxembourgeois Norbert Jacques, Fritz Lang s’empare d’un postulat de départ pour mieux se l’accaparer et tirer un signal d’alarme quant à l’avenir de son pays, de l’Europe et même du monde entier. A travers le personnage de Mabuse, toujours incarné par l’effrayant Rudolf Klein-Rogge, le cinéaste dévoile une logique de faits réalisée dans un but cohérent, développer le crime pour susciter l’inquiétude de la population, afin de mieux la manipuler puisque rendue incapable de réflexion, figée dans l’effroi. Cette mécanique impitoyable est ainsi dépeinte par un des plus grands auteurs et formaliste de l’histoire du cinéma. Non seulement Le Testament du docteur Mabuse, plus une suite à M le Maudit qu’a Docteur Mabuse le joueur dans ses thématiques (le lien étant fait avec le personnage de l’inspecteur Lohmann), est un film passionnant à analyser et à disséquer, mais c’est aussi un divertissement haut de gamme avec son intrigue policière à la serial, ainsi qu’un chef d’oeuvre absolu devant lequel le spectateur reste halluciné par la beauté des plans, la science du montage et son rythme effréné.

Aujourd’hui, Le Testament du Docteur Mabuse inspire toujours autant les cinéastes et écrivains contemporains, à commencer par M. Night Shyamalan dont le dernier film en date, Glass, rappelle parfois l’oeuvre de Fritz Lang, ainsi que Stephen King avec Fin de ronde, dernier opus de la trilogie Bill Hodges, dans lequel un criminel, pourtant immobile sur son lit d’hôpital, continue de semer la terreur en prenant possession de l’esprit d’un docteur. Inépuisable, intemporel, inaltérable.

LE BLU-RAY

Après une première édition en DVD chez Opening, le chef d’oeuvre de Fritz Lang fait son retour dans les bacs par la grande porte chez Tamasa Diffusion où il est particulièrement choyé. Ce Digipack très élégant se compose du DVD, du Blu-ray et d’un livret de 16 pages, proposant un retour sur Le Testament du docteur Mabuse, tiré d’un article publié dans La Revue du Cinéma (Hors-série, n°24). Le menu principal est fixe et bruité.

Pour accompagner Le Testament du Dr. Mabuse, Tamasa propose une intervention de Faruk Günaltay (19’). Le directeur du cinéma l’Odyssée de Strasbourg dissèque le fond et la forme du chef d’oeuvre de Fritz Lang. La production du film, le travail sur le son, le casting, la métaphore sur la nazisme, les effets de cadrage et tout un tas d’éléments sont abordés au cours de cette présentation passionnante – qui complète également les propos sur M le Maudit disponibles sur l’édition Blu-ray/DVD chez Tamasa – durant laquelle quelques séquences sont également analysées.

L’Image et le son

La restauration impressionne très souvent. Le master est issu d’un scan 2K mis entre les mains expertes des magiciens de L’Immagine Ritrovata de Bologne et le Blu-ray ici présent est au format 1080p. Le gros point fort de cette édition est la restitution des nombreux gros plans, surtout et essentiellement durant les scènes très éclairées. Le piqué est dingue, la propreté indéniable (même si quelques points blancs subsistent), les détails confondants. C’est forcément plus aléatoire sur les séquences sombres avec une définition sensiblement chancelante, mais la qualité reste au rendez-vous du début à la fin avec un grain cinéma tout ce qu’il y a de plus flatteur.

Comme sur M le Maudit, la bande-son allemande sous-titrée en français respecte l’idée originale de Fritz Lang avec des contrastes saisissants entre les scènes sonores et muettes. Un souffle chronique est inhérent à l’âge du film, mais ne dérange pas l’écoute. Le mixage est propre, équilibré, les bruitages précis, les dialogues sensiblement pincés, mais intelligibles.

Crédits images : © Nero-Film/Praesens – TDR – DVD / Tamasa Diffusion / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / M le Maudit, réalisé par Fritz Lang

M LE MAUDIT (M) réalisé par Fritz Lang, disponible le 16 avril 2019 en combo DVD/Blu-ray chez Tamasa Diffusion

Acteurs : Peter Lorre, Otto Wernicke, Gustaf Gründgens, Inge Landgut, Ellen Widmann, Theodor Loos…

Scénario : Fritz Lang, Thea von Harbou d’après un article d’Egon Jacobson

Photographie : Fritz Arno Wagner

Musique : Edvard Grieg

Durée : 1h51

Année de sortie : 1931

LE FILM

Toute la presse ne parle que de ça : le maniaque tueur d’enfants, qui terrorise la ville depuis huit mois vient de faire une nouvelle victime. Chargé de l’enquête, le commissaire Lohmann multiplie les rafles dans les bas-fonds. Gênée par toute cette agitation la pègre décide de retrouver elle-même le criminel.

Une sombre comptine chantée par des enfants qui s’amusent dans une cour. Des parents qui s’inquiètent de la disparition d’une dizaine de fillettes. C’est l’heure de la sortie de l’école, une mère de famille s’affaire à ses tâches quotidiennes, tout en préparant la table. Elle attend le retour d’Elsie, sa fille. De son côté, un agent de la circulation l’aide à traverser la route, quand une ombre l’aborde. Un sifflement reconnaissable, un leitmotiv (sifflé par Fritz Lang lui-même d’ailleurs), celui de Dans l’antre du roi de la montagne de Peer Gynt. En cinq minutes, le cadre, exceptionnel est posé par Fritz Lang. M le Maudit, ou tout simplement M en version originale est déjà le quinzième long métrage du réalisateur, ainsi que son premier film parlant. Immense chef d’oeuvre absolu de tous les temps, référence incontournable du genre policier, considéré d’ailleurs comme le premier thriller moderne, M le Maudit conserve son aura et son pouvoir d’attraction hypnotique. Près de 90 ans après sa sortie, ce drame anxiogène prend toujours aux tripes et l’on reste abasourdi par son audace scénaristique, sa beauté plastique, l’interprétation habitée de Peter Lorre et sa maîtrise formelle.

Après cette mise en place dans une cité ouvrière, le cadavre de la petite est découvert. La police intensifie ses efforts de recherche, en vain. Les habitants en viennent à se soupçonner les uns les autres. Les dénonciations anonymes font croître la tension et les policiers sont à bout de forces. Cependant, les rafles et les contrôles incessants dérangent les bandes criminelles dans leurs « affaires ». Aussi la pègre décide-t-elle, sous la direction de Schränker, de chercher elle-même le meurtrier et utilise dans ce but le réseau des mendiants. Alors que la police a identifié le meurtrier, celui-ci est reconnu par un vendeur de ballons aveugle grâce à la chanson que le tueur siffle. Un de ses « collègues » marque alors un « M » à la craie sur le manteau du meurtrier qui s’enfuit dans un bâtiment de bureaux cerné par les les bandes diverses. En se servant de leur attirail de cambriolage, ils fouillent l’immeuble, attrapent le meurtrier d’enfants et l’emmènent dans une distillerie abandonnée. Là, toute la pègre rassemblée lui fait un procès macabre.

Peter Lorre, dans son premier rôle au cinéma, entame alors l’une des plus grandes séquences de l’histoire du cinéma, quand son personnage, les yeux exorbités, le visage en sueur, la respiration saccadée, tente d’exprimer, de façon désespérée, son aliénation et son dédoublement intérieur. « Toujours, je dois aller par les rues, et toujours je sens qu’il y a quelqu’un derrière moi. Et c’est moi-même ! […] Quelquefois c’est pour moi comme si je courais moi-même derrière moi ! Je veux me fuir moi-même mais je n’y arrive pas ! Je ne peux pas m’échapper ! […] Quand je fais ça, je ne sais plus rien… Ensuite je me retrouve devant une affiche et je lis ce que j’ai fait, alors je me questionne : J’ai fait cela ? ». Fritz Lang met en parallèle les actions simultanées de la police quasi-impuissante, représentée par le commissaire Lohmann (qui reviendra dans Le Testament du Docteur Mabuse) et la pègre qui a alors une longueur d’avance sur les autorités. Tandis que les criminels se préparent à lyncher le meurtrier au cours d’une parodie de justice où un « avocat » de la défense tente d’expliquer que le tueur de fillettes doit être remis à la police, Lohmann apprend ce qui est sur le point d’arriver.

Tout subjugue dans M le Maudit. Le travail sur le son et le silence. Fritz Lang joue avec la nouvelle technologie mise à sa disposition. Le silence reflète la cacophonie ambiante, les ambiances ne sont jamais utilisées gratuitement, mais comme un véritable personnage à part entière. Le cinéaste, l’un des plus grands à avoir su conjuguer la grammaire cinématographique, évoque la traque d’une bête sauvage, aux abois. Ou quand les malfaiteurs s’associent pour mettre la main sur un assassin, un « outsider » qui gâche leurs affaires et les empêche de vaquer à leurs occupations. En raison de cette suite de meurtres, la police organise des rafles dans les quartiers louches, jusque dans les tripots clandestins où sont saisis les flingues, les portefeuilles, bijoux et fourrures volés. C’est la goutte d’eau pour la pègre, surtout après huit mois de recherches intensives qui n’ont donné aucun résultat en dépit du gigantesque dispositif déployé et des moyens conséquents mis à disposition de la police montrée incompétente, y compris les scientifiques avec leurs analyses d’empreintes. Seuls les cambrioleurs, les arnaqueurs, les tricheurs, les pickpockets, les prostituées, pourront faire quelque chose.

En montrant les habitants d’une grande ville allemande (jamais nommée, même si un journal indique Berlin, tout comme le plan de la ville accroché dans les bureaux de la police) jetés dans la terreur et l’hystérie, Fritz Lang, s’inspirant alors d’un fait divers réel, invite à réfléchir sur les réactions, le comportement et les actions d’une société traumatisée par les crimes commis. Héritier de l’Expressionnisme allemand, M le Maudit crée un genre, transcende les générations, foudroie autant les yeux devant tant de virtuosité, que l’estomac avec son récit tendu du début à la fin. Enfin, en montrant une société se liguer dans le but d’éradiquer un être jugé « nuisible », le réalisateur anticipe alors la Solution finale…Un chef d’oeuvre prophétique. Vingt ans plus tard, Joseph Losey en signera un très grand remake avec David Wayne, avec l’action du film transposée à Los Angeles.

LE BLU-RAY

Après une première édition en DVD chez Opening, puis chez Films sans frontières dans de louches éditions DVD et Blu-ray, le chef d’oeuvre de Fritz Lang fait son retour dans les bacs par la grande porte chez Tamasa Diffusion où il est particulièrement choyé. Ce Digipack très élégant se compose du DVD, du Blu-ray et d’un livret de 16 pages, proposant des extraits du dossier pédagogique rédigé par Mireille Kentzinger et comprenant un retour sur M le Maudit, avec une analyse de séquence, un gros plan sur le montage et diverses photographies. Le menu principal est fixe et bruité.

Pour accompagner M le Maudit, Tamasa propose une intervention de Faruk Günaltay (42’). Le directeur du cinéma l’Odyssée de Strasbourg dissèque le fond et la forme du chef d’oeuvre visionnaire de Fritz Lang. La production du film (à l’époque où il devait s’intituler Les Assassins sont parmi nous), le travail sur le son (premier long métrage parlant du réalisateur), le casting, la psychologie du personnage principal, les effets de cadrage, la critique de la République de Weimar, l’anticipation de la question de l’élimination « du corps en trop » et tout un tas d’éléments sont abordés au cours de cette présentation passionnante durant laquelle quelques séquences sont également analysées.

L’Image et le son

Depuis sa sortie en 1931, M le Maudit a été vu et revu dans de différentes versions et durées. Aucune ne correspondait à la version originale. Les montages français et britannique comprenaient même des scènes filmées ultérieurement. Fritz Lang n’avait aucun contrôle sur ces versions. En 1960, M le Maudit était ressorti dans un montage de 96 minutes, lui aussi très éloigné de l’original de 1931. Le format de l’image avait même été modifié et les têtes des comédiens tronquées. Sans oublier des ambiances sonores ajoutées sur des séquences muettes. Depuis, diverses tentatives avaient été réalisées pour reconstituer l’oeuvre originale de Fritz Lang. En 2001, l’image et le son de 1931 ont enfin été retrouvés sur des pellicules nitrates. 70 % des négatifs originaux survécurent. Pour cette restauration, une copie française du négatif fut réalisée à partir d’un tirage et servit à compléter les scènes tronquées. Pour la première fois, les instabilités récurrentes de l’image dues à des perforations et des erreurs de tirage furent en grande partie corrigées. La restauration numérique de l’image a demandé un soin minutieux pour respecter les partis pris originaux. Toutefois, le montage soumis à la censure allemande de 117 minutes, n’a jamais pu être reconstitué. Alors évidemment tous les défauts n’ont pu être corrigés sur cette version restaurée 2K par TLEFilms, AFF et Deutsche Kinematek, quelques rayures subsistent par exemple, mais il faut bien admettre que le confort de visionnage est total et que la tenue des contrastes est souvent ébouriffante. Divers effets de pompages demeurent également, mais le piqué ne cesse d’impressionner, même si plus émoussé sur les parties du film provenant des copies d’exploitation.

La bande-son respecte l’idée originale de Fritz Lang avec des contrastes saisissants entre les scènes sonores et muettes. Un souffle chronique est inhérent à l’âge du film, mais ne dérange pas l’écoute. Le mixage est propre, équilibré, les bruitages précis, les dialogues sensiblement pincés, mais intelligibles.


Crédits images : © Nero-Film/Praesens – TDR – DVD / Tamasa Diffusion / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Un crime dans la tête, réalisé par John Frankenheimer

UN CRIME DANS LA TÊTE (The Manchurian Candidate) réalisé par John Frankenheimer, disponible en DVD et Blu-ray le 20 novembre 2018 chez Rimini Editions

Acteurs : Frank Sinatra, Laurence Harvey, Janet Leigh, Angela Lansbury, Henry Silva, James Gregory, Leslie Parrish, John McGiver…

Scénario : George Axelrod d’après le roman de Richard Condon

Photographie : Lionel Lindon

Musique : David Amram

Durée : 2h07

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

A son retour de Corée, le Sergent Raymond Shaw est accueilli avec les honneurs dus à son statut de prisonnier de guerre. Le Capitaine Bennett Marco, qui commandait le bataillon auquel appartenait le Sergent, est hanté par des cauchemars récurrents. Ces cauchemars vont l’amener à enquêter sur Shaw.

Un Crime Dans La TêteThe Manchurian Candidate est un thriller paranoïaque se déroulant en pleine Guerre Froide, suivant une compagnie américaine capturée pendant la guerre de Corée, qui subit un lavage de cerveau avant de retourner aux États-Unis. Le film adopte le point de vue du Capitaine Bennett Marco, dont la psychologie torturée depuis la guerre, n’est pas sans rappeler un certain John Rambo…

Raymond Shaw est donc un médaillé de la Guerre de Corée pour faits d’armes. Cependant, Bennett Marco, commandant, à l’époque le peloton de Shaw, a des doutes sur ses exploits. De plus, il est assailli de visions troublantes qui vont l’amener à enquêter avec la CIA et le FBI sur Shaw. Qui est réellement celui-ci ? Adulé ou haï par ses hommes ? Héros de guerre ou agent communiste infiltré aux États-Unis ? Tueur de sang-froid ou psychopathe manipulé par une mère abusive ? Ou tout cela à la fois ?

Le scénario s’inspire du roman de Richard Condon (L’Honneur des Prizzi) paru à la fin des années 1950. L’intrigue de base peut parfois faire penser à quelques thrillers d’Alfred Hitchcock, mais le film repose en grande partie sur l’interaction entre les personnages principaux et secondaires, ainsi que sur leur psychologie. Les relations entre les différents protagonistes sont toujours sous haute tension jusqu’à certaines scènes explosives suivies de séquences dialoguées du plus bel effet. Ces conflits donnent au film son rythme, jusqu’à l’excellent et anthologique final.

Réalisé par un John Frankenheimer en pleine forme, tout droit sorti du Prisonnier D’Alcatraz avec Burt Lancaster, Un Crime Dans La Tête intéresse par son aspect politique (la fameuse Chasse aux sorcières apparaît nettement en filigrane) mais également par son aspect prophétique. En effet, plusieurs mois après sa sortie, le Président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy, est assassiné. Dans le film, la façon dont sont présentés les assassinats ne cesse d’interroger sur le conditionnement et l’endoctrinement des soldats. Ces scènes montrant la compagnie sous hypnose face aux dirigeants communistes reste un grand et troublant moment de cinéma.

Si le casting masculin est parfait, à commencer par un Frank Sinatra vraiment concerné par son rôle, un Laurence Harvey constamment en questionnement, et un Henry Silva attachant, ce sont les comédiennes qui impressionnent le plus. La prestation d’Angela Lansbury (la fameuse Jessica Fletcher de la série Arabesque), saluée par un Golden Globe et une nomination aux Oscars en 1963, est frappante de bout en bout, tant son personnage est inquiétant et possessif. La prestation de la sublime Janet Leigh – qui arrive cependant en plein milieu du film – est tout aussi parfaite et retient également toute notre attention. Le jeu, la voix suave et la présence de l’actrice monopolisent l’écran et ne fait que sublimer les scènes dans lesquelles elle apparaît, tout comme son personnage, énigmatique.

Le film embrasse plusieurs genres : le film d’espionnage, le thriller politique, mais également le film d’action, dans un contexte de film de guerre. L’oeuvre de John Frankenheimer n’ennuie jamais et les différentes intrigues entremêlées sont toutes passionnantes.

Théorie du complot ou pas, Un Crime Dans La Tête est un très bon thriller, qui inspirera à Hollywood un remake éponyme convainquant en 2004, réalisé par Jonathan Demme et porté par Denzel Washington et Meryl Streep.

LE BLU-RAY

Alors qu’un premier DVD était sorti en 2000 et uniquement en 4/3 chez MGM, Rimini Editions rattrape ceci aujourd’hui en proposant une nouvelle édition, techniquement réussie. Le Blu-ray se trouve dans un boîtier noir glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est animé et musical.

En plus de la bande-annonce du film (V.O.), nous trouvons un entretien avec l’essayiste de cinéma Bernard Benoliel (HD, 25’) qui revient sur la carrière de John Frankenheimer et replace Un Crime Dans La Tête dans l’oeuvre du réalisateur, mais aussi dans la filmographie des acteurs principaux. Dommage cependant que ses propos ne soient pas plus approfondis.

Le dernier bonus (non mentionné sur la jaquette) est un entretien se déroulant 26 ans après la sortie du film, intitulé Conversation à 3 (SD, 8’) où John Frankenheimer, le scénariste George Axelrod et Frank Sinatra partagent leurs souvenirs du film, avec en conclusion un hommage à Laurence Harvey. Pas inintéressant mais trop court.

L’Image et le son

L’image provient d’une restauration 4K effectuée par Criterion en 2016. Et la première chose qui impressionne est la pureté de l’image et la gestion du noir et blanc. Les niveaux de contraste sont bien équilibrés et il en résulte de très belles nuances. Malheureusement, un lissage beaucoup trop appliqué est présent, ce qui fait que le grain d’origine n’est quasiment plus présent.

VO et VF en LPCM 2.0 Mono. Si la VO est beaucoup plus frappante avec des frontales bien présentes, la VF est assez en retrait avec des voix particulièrement étouffées. Puis Janet Leigh ne s’écoute uniquement qu’en VO !

Crédits images : © Rimini Editions / MGM /  Critique du film, test technique et captures Blu-ray : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Terminal, réalisé par Vaughn Stein

TERMINAL réalisé par Vaughn Stein, disponible en DVD et Blu-ray le 26 septembre 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs :  Margot Robbie, Simon Pegg, Dexter Fletcher, Max Irons, Mike Myers, Katarina Čas, Nick Moran…

Scénario : Vaughn Stein

Photographie : Christopher Ross

Musique : Anthony Clarke, Rupert Gregson-Williams

Durée : 1h36

Année de sortie : 2018

LE FILM

Dans un terminal de gare comme coupé du monde où des assassins viennent chercher le contrat de leur prochaine mission débarque une femme fatale passée maître dans l’art du déguisement. Tueuse à gages, serveuse ou strip-teaseuse, la blonde létale use de tous les artifices pour se débarrasser de cette fourmilière du crime.

Etrange film que ce Terminal, premier long métrage de Vaughn Stein, ancien assistant et réalisateur de seconde équipe sur des films aussi variés que Pirates des Caraïbes: La fontaine de jouvence, Blanche-Neige et le chasseur, World War Z et Grimsby – Agent trop spécial. Tout ce « pot-pourri » d’influences a probablement nourri son désir de passer lui-même derrière la caméra. Scénariste et metteur en scène, Vaughn Stein livre donc Terminal, une œuvre atypique, qui lorgne sur Sin City de Frank Miller et Robert Rodriguez, mais aussi sur Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, Dark City d’Alex Proyas, Usual Suspects de Bryan Singer, tout en s’appropriant d’autres codes du film noir américain des années 1940-1950. On pense également à La Lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix avec ses personnages romanesques, son esthétique bigarrée et ses ruelles sombres, ici magnifiquement photographié par Christopher Ross (London to Brighton). Des références bien digérées. En dépit d’un manque de rythme et de dialogues abondants, on ne pourra pas reprocher à Terminal son originalité et surtout son incroyable maîtrise formelle qui comblera de nombreux cinéphiles.

Deux assassins professionnels sont engagés dans une mission suicide par un mystérieux employeur qui paye bien. Mais en route, le duo rencontre Annie, peut-être plus impliquée dans leur mission qu’elle ne le dit. Un scénario classique de film noir, mais ici bariolé avec des néons à profusion qui mettent en lumière les incroyables décors de cette œuvre qui s’inspire de la littérature et du cinéma dystopiques. Tourné en Bulgarie dans de véritables bâtiments laissés à l’abandon, Terminal foudroie d’emblée par son approche stylistique où chaque plan est savamment étudié. On plonge donc volontiers dans cet univers singulier, d’autant plus que l’on est invité à suivre la divine Margot Robbie, également productrice. Blonde platine, cigarette au bec, voix rauque, véritable femme fatale, la comédienne joue avec les clichés liés à son personnage, tout en y apportant une touche d’érotisme, pour ne pas dire de sexualité, qui font se damner les hommes qui croisent sa route.

Simon Pegg trouve l’un de ses rôles les plus ambigus, loin de sa gaudriole habituelle et prouve une fois de plus son immense talent. Outre la prestation vénéneuse de Dexter Fletcher (Arnaques, Crimes et Botanique, Kick-Ass) et celle de Max Irons (Les Âmes Vagabondes), jeune recrue au coeur qui saigne pour la blonde aux yeux verts, celui qui tire indéniablement son épingle du jeu est Mike Myers, dont la dernière apparition au cinéma remontait à 2009 dans Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Il est de retour ici dans un rôle à sa mesure, incroyablement grimé et métamorphosé. Seulement voilà, sans vraiment dévoiler l’épilogue, on se doute rapidement de la véritable nature de son personnage et le pseudo-climax ou twist tombe quelque peu à l’eau. Même chose, Vaughn Stein se perd malheureusement dans des dialogues bien trop explicatifs, là où il aurait gagné à laisser planer le mystère sur de nombreux points, comme l’identité de son personnage principal.

Mais bien qu’on se dise « finalement tout ça pour ça », Terminal est un coup d’essai très intéressant, d’autant plus que le réalisateur ne se laisse pas aller à la facilité, en perdant volontairement les spectateurs dans un récit kafkaïen. Pour résumer, Vaughn Stein a sans doute voulu mettre trop de choses dans son premier film. L’absence d’action et le manque de rythme pourront déstabiliser une audience en droit d’attendre que tout ce petit monde s’agite. Pour cela, il faut attendre une bonne heure, une fois que tous les éléments ont été mis en place comme des pièces sur un échiquier, pour que les protagonistes s’affrontent enfin. Les plus téméraires, ou tout simplement ceux qui auront été captivés par la beauté des images, seront alors bien récompensés puisque le dernier tiers réserve son lot de surprises et de règlements de comptes. Terminal dévoile un auteur et un réalisateur ambitieux, à surveiller de près.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Terminal, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal, légèrement animé et bruité, reprend le visuel de la jaquette.

Sur ce DTV, l’éditeur joint deux modules de six minutes chacun, consacrés aux décors du film, puis aux personnages. Les comédiens et le réalisateur, mais aussi le chef opérateur Christopher Ross et les décorateurs interviennent brièvement pour évoquer les intentions et les partis pris de Terminal. Les propos sont évidemment élogieux, tout le monde est en mode promo, tandis que diverses images dévoilent l’envers du décor.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Terminal a été intégralement tourné en numérique. L’édition Blu-ray est donc tout indiquée et même indispensable pour découvrir le film de Vaughn Stein, d’autant plus que cette édition HD est en tout point renversante de beauté. Les partis pris stylisés de la photographie signée Christopher Ross, sont magnifiquement restitués à travers ce transfert qui s’impose comme un disque de référence. Le cadre large fourmille de détails, les contrastes sont spectaculairement denses, le relief omniprésent, le piqué acéré comme la lame d’un scalpel et l’étalonnage spécifique des couleurs est conservé. Le codec AVC consolide tout cela avec une belle fermeté. Resplendissant. L’apport HD demeure omniprésent.

Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes des pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent de tous les côtés, la musique très présente bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, plongeant instantanément le spectateur dans l’action. Les dialogues, y compris les voix-off, ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale tandis que les effets ne cessent d’être balancés de gauche à droite, et des enceintes avant vers les arrières.

Crédits images : © Metropolitan Vidéo /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Proie, réalisé par Robert Siodmak

LA PROIE (Cry of the City) réalisé par Robert Siodmak, disponible en DVD et Blu-ray le 24 avril 2018 chez ESC Editions

Acteurs :  Richard Conte, Victor Mature, Fred Clark, Shelley Winters, Betty Garde, Berry Kroeger, Tommy Cook, Debra Paget…

Scénario :  Ben Hecht, Richard Murphy d’après le roman The Chair for Martin Rome de Henry Edward Helseth

Photographie : Lloyd Ahern Sr.

Musique : Alfred Newman

Durée : 1h35

Année de sortie : 1948

LE FILM

Au cours d’une rixe, Martin Rome est blessé. Retenu prisonnier dans un hôpital pénitentiaire, ce multirécidiviste est soupçonné par le Lieutenant Candella, son ami d’enfance, d’avoir participé au cambriolage et au meurtre crapuleux d’une riche New-Yorkaise. Innocent, le malfrat se voit proposer par Niles, un avocat véreux, de porter le chapeau. Refus net et catégorique. Mais, intrigué, Rome s’évade, se rend chez Niles et découvre des bijoux volés dans le coffre-fort de l’avocat, qu’il assassine. C’est le début d’un long et violent jeu du chat et de la souris entre Candella et Rome…

Coécrit par le prolifique Ben Hecht (La Maison du docteur Edwardes, Gilda, Les Enchaînés) et Richard Murphy (La Lance brisée, Le Génie du mal) d’après le roman The Chair for Martin Rome de Henry Edward Helseth, La ProieCry of the City, est un des films noirs les plus emblématiques du réalisateur, scénariste, producteur et acteur allemand Robert Siodmak (1900-1973). Né dans une famille d’origine polonaise juive à Dresde, Siodmak sent la montée du nazisme et fuit l’Allemagne au début des années 1930. Après une étape par Paris, il s’envole pour Hollywood. En 1941, il réalise West Point Widow, son premier film américain puis signe un contrat avec les studios Universal pour sept ans. Evidemment très influencé par l’expressionnisme allemand et le cinéma d’Orson Welles, il signe Le Fils de Dracula, son premier film pour les Universal Studios, et impose son style qui fera la marque de fabrique de ses plus polars les plus célèbres comme Les Tueurs avec Burt Lancaster et Ava Gardner en 1946 ou Pour toi j’ai tué (Criss Cross) en 1949. La Proie est donc mis en scène entre ces deux monuments, pour le compte de la 20th Century Fox de Darryl F. Zanuck. S’il reste moins connu, Cry of the City est pourtant un bijou noir, d’une incroyable sécheresse, magistralement réalisé et interprété.

Truand du Bronx new-yorkais, Martin Rome (Richard Conte) a abattu un policier : il était, affirme-t-il, en état de légitime défense. Grièvement blessé, il est interrogé sur son lit d’hôpital par les inspecteurs Collins (Fred Clark) et Candella (Victor Mature). Ce dernier, qui fut autrefois son ami, le soupçonne d’être également impliqué dans l’affaire De Grazia – une femme assassinée et dépouillée de ses bijoux. Un suspect est sous les verrous mais deux complices, un homme et une femme, sont en cavale : Rome, peut-être, et cette mystérieuse jeune fille qui est venue le voir à l’hôpital et dont personne ne connaît l’identité. Martin nie farouchement ce crime, mais il veut surtout éviter que l’inconnue – Teena Riconti (Debra Paget, dans sa première apparition au cinéma), sa bien-aimée – ne soit inquiétée. Succédant aux policiers, un avocat, Niles (Berry Kroeger), tente vainement de persuader Rome d’avouer sa culpabilité dans l’affaire De Grazia et ce, en échange d’une forte somme qui serait versée à sa mère. Quelques jours après, Rome parvient à s’évader. Par l’intermédiaire de Tony (Tommy Cook), son jeune frère, il cherche d’abord à prendre contact avec Teena, mais celle-ci a disparu.

La Proie confronte les deux côtés d’une même pièce. Les personnages principaux, le flic et le voyou sont italo-américains, se connaissent, ont visiblement grandi ensemble et chacun connaît la famille de l’autre. D’un côté, Victor Mature (La Poursuite infernale, Le Carrefour de la mort), colosse aux pieds d’argiles, de l’autre Richard Conte (Quelque part dans la nuit, L’Orchidée blanche), à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession. Deux anciens gosses de la rue, qui n’ont pas eu la même chance, mais qui ont décidé de s’en sortir. C’est cette confrontation qui fait le sel du film de Robert Siodmak, cinéaste qui a toujours été sensible à cette frontière sensible entre le bien et le mal.

Candella le flic, très attaché à ses origines, se lance alors aux trousses de Rome, accusé à tort d’un vol de bijoux, qui va tenter de son côté de prouver son innocence, tout en voulant protéger la femme qu’il aime. Malgré cela et en dépit de son charme souvent blagueur et attachant, Rome est un tueur de flic, un type violent, la rue fait partie de lui. Il ne sera pas remis en prison et n’hésitera pas à riposter si Candella le retrouve. Quant à ce dernier, malgré l’amitié et l’amour qu’il peut avoir pour Rome et sa famille, il restera inflexible, fermé et bien déterminé à aller jusqu’au bout.

Robert Siodmak tourne dans les rues du Bronx et celles du quartier de Little Italy, ajoutant à son film à une authenticité encore rare dans le cinéma hollywoodien qui privilégiait encore les confortables prises de vue en studio. Cela ajoute une dimension documentaire à La Proie, comme les parfums provenant des restaurants, d’un minestrone qui cuit à feu doux sur le gaz, mais aussi celui de la crasse et des bas-fonds dans lesquels les personnages se débattent. Les lumières de la ville sont là, à travers les néons et enseignes lumineuses, mais le rêve américain n’est qu’un mirage clinquant. Derrière, certains luttent pour survivre et les voies pour s’en sortir sont peu nombreuses. D’ailleurs, quel que soit le chemin emprunté, le résultat est le même pour les protagonistes. Policiers ou malfrats, ils sont tous fatigués de courir et le fruit de leur labeur se résume finalement à peu de choses.

Film riche et passionnant, soutenu par la musique d’Alfred Newman et la photo charbonneuse de Lloyd Ahern (Laura, La Folle ingénue), ainsi qu’un humour noir avec la présence de l’immense Hope Emerson dans le rôle d’une masseuse peu orthodoxe, La ProieCry of the City, souvent oublié dans la filmographie de Robert Siodmak, est absolument à réhabiliter, d’autant plus qu’il apparaît aujourd’hui comme étant l’une des grandes inspirations d’un certain Martin Scorsese.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Proie, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

La Proie, est présenté par Antoine Sire (31’). L’auteur de Hollywood, la cité des femmes (editions Institut Lumière / Acte Sud) propose une analyse brillante et éclairée du film de Robert Siodmak. Le fond et la forme sont croisés sur un rythme soutenu, le casting est passé au peigne fin. La carrière du cinéaste est également abordée et La Proie située dans sa filmographie. Fourmillant d’informations et d’anecdotes, Antoine Sire part un peu dans tous les sens et se répète parfois, mais on ne pourra pas lui reprocher la passion contagieuse avec laquelle il évoque ce polar urbain, déroutant et décalé. Composé d’extraits et de bandes-annonces, cet entretien s’avère riche, spontané et passionnant.

L’Image et le son

Un Blu-ray au format 1080p (AVC). Ce nouveau master restauré en HD au format respecté 1.33 de La Proie, qui était jusqu’alors disponible en DVD chez Carlotta, se révèle souvent pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés, de stabilité, de clarté et de relief. La nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans de Robert Siodmak, la photo signée Lloyd Ahern retrouve une nouvelle jeunesse doublée et le grain d’origine a heureusement été conservé. Notons quelques baisses de la définition avec des plans légèrement flous. La propreté de la copie est indéniable.

Seule la version originale, avec les sous-titres français non imposés, est disponible. Point de remixage superflu à l’horizon, l’écoute demeure fort appréciable avec une excellente restitution de la musique, des effets annexes et des voix très fluides et aérées. Pas de souffle constaté.

Crédits images : ©  Twentieh Century Fox Home Entretainment International Corporation / ESC Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Symphonie pour un massacre, réalisé par Jacques Deray

SYMPHONIE POUR UN MASSACRE réalisé par Jacques Deray, disponible en combo Blu-ray/DVD le 11 avril 2018 chez Pathé

Acteurs :  Jean Rochefort, Michèle Mercier, Charles Vanel, Michel Auclair, Claude Dauphin, José Giovanni, Daniela Rocca…

ScénarioJacques Deray, José Giovanni, Claude Sautet d’après le roman “Les Mystifiés” d’Alain Reynaud-Fourton

Photographie : Claude Renoir

Musique : Michel Magne

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

Cinq hommes, Paoli, Clavet, Valoti, Moreau et Jabeke sont associés dans le trafic de la drogue. Un arrivage vient précisément d’avoir lieu à Marseille : il y en a pour 500.000 dollars que doublera la revente en détail. Mais Serutti, le transitaire, exige que chacun des membres du gang verse cash une mise de fond de 100.000 dollars. Jabeke, qui a de grosses difficultés financières, doit réaliser pour pouvoir ” être à la hauteur de la situation “. Mais, dans son esprit, germe un plan qui, s’il réussit, lui permettra de s’approprier pour lui tout seul, non seulement la drogue, mais encore la mise des associés. Moreau a été chargé de convoyer les dollars à l’aller et la drogue au retour.

Quelle claque ! Symphonie pour un massacre est le troisième long métrage du réalisateur Jacques Deray (1929-2003). Après avoir fait ses débuts en tant que comédien, il devient assistant sur les tournages de Gilles Grangier, Luis Buñuel et Jules Dassin. En 1960, il écrit et réalise son premier film, Le Gigolo, drame psychologique interprété par Jean-Claude Brialy et Alida Valli. Ses deux films suivants, Rififi à Tokyo et Symphonie pour un massacre sortent la même année, en 1963, à quelques mois d’intervalle. Si le premier est un film policier intégralement tourné au Japon, le second, celui qui nous intéresse, est un polar dans la tradition du film noir américain, qui se déroule entre la France et la Belgique. Un fabuleux exercice de style, un chef d’oeuvre du genre complètement et malheureusement oublié aujourd’hui, qu’il est désormais temps de réhabiliter, d’autant plus que le cinéaste offre à Jean Rochefort son premier grand rôle dramatique. Il y est magnifique et accompagné d’acteurs tout aussi exceptionnels.

Paoli (Charles Vanel), Valotti (Claude Dauphin), Clavet (Michel Auclair) et Jabeke (Jean Rochefort) sont associés dans l’affaire d’un cercle de jeux, couverture d’activités illicites. Un caïd marseillais leur offre un important stock de drogue contre cinq cent mille dollars qui pourront leur rapporter le double. Une fois réunie, la somme est convoyée de Paris à Marseille par Moreau (José Giovanni), cinquième associé de l’opération, qui au retour devra ramener la drogue. Mais Jabeke a décidé de faire cavalier seul. Censé être à Bruxelles, il s’y installe ostensiblement dans un grand hôtel puis rentre discrètement à Paris et prend le même train de nuit que Moreau. Il surprend celui-ci dans son sommeil, le tue, dérobe la mallette de billets, descend à Lyon où il a préalablement laissé sa voiture et regagne Bruxelles juste à temps pour se faire livrer le petit-déjeuner dans sa chambre. À l’annonce par la presse de la découverte du corps, Paoli le doyen convoque ses troupes.

S’il est à la base inspiré par le roman Les Mystifiés d’Alain Reynaud-Fourton, publié en 1962 dans la collection Série Noire, le scénario écrit par Jacques Deray, José Giovanni et Claude Sautet rend compte du talent des trois compères, de leurs connaissances du « milieu » et de l’authenticité des dialogues. D’ailleurs, comme le récit adopte le point de vue du personnage de Jean Rochefort, qui prépare seul son coup monté, Jacques Deray ne s’encombre pas de voix-off superflue qui pourrait refléter et paraphraser les pensées et les actions du personnage de Jabeke. Une bonne partie du film, en gros la préparation de l’alibi et le vol, repose sur la mise en scène, le montage, la musique entêtante de Michel Magne, l’interprétation et le charisme de Jean Rochefort.

D’une part, cela permet à Jacques Deray de démontrer toute sa virtuosité et ses connaissances de la grammaire cinématographique, liées au genre du polar qu’il affectionne tout particulièrement. Il n’y a pas de « gras » dans Symphonie pour un massacre. Chaque plan est indispensable au déroulement de l’histoire et rien n’est laissé au hasard. D’autre part, Jean Rochefort, qui était jusqu’alors apparu au cinéma dans quelques films de cape et d’épée, Le Capitaine Fracasse de Pierre Gaspard-Huit, Cartouche de Philippe de Broca et Le Masque de fer d’Henri Decoin, accède ici en haut de l’affiche. Visage fermé, regard fuyant sous des paupières basses, bouche pincée, la présence du comédien dans un film noir est non seulement inattendue, mais aussi et surtout un coup de génie. Son éternel flegme britannique donne à son personnage un côté glaçant, impénétrable et imperturbable.

D’une précision d’orfèvre, le scénario enchaîne les rebondissements du début à la fin. Le réalisateur s’amuse à jouer avec les spectateurs en les laissant avoir un coup d’avance sur les personnages. A l’instar de Jean-Pierre Melville, l’audience est prise d’empathie pour des criminels. Du coup, on espère que Jabeke ne fasse pas de mauvais pas et si tel est le cas, qu’il parvienne à s’en sortir, même s’il lui faut se débarrasser de son adversaire pour cela. Loin d’être sacrifiés, les autres personnages campés par d’autres pointures du cinéma français, sont certes montrés comme des criminels, mais qui ont eux aussi du mal à faire tourner leur boutique. Et c’est par les ennuis d’argent d’un des complices de Jabeke qu’un premier rouage se mettra à grincer dans une machine jusque-là trop bien huilée.

Avec une édition restaurée en 2018 qui restitue tous ses contrastes à la photo N&B de l’illustre chef opérateur Claude Renoir, Symphonie pour un massacre est un must pour les amoureux du polar et du cinéma de Jacques Deray, qui allait devenir alors un de nos meilleurs metteurs en scène, mondialement reconnu cinq ans plus tard avec le triomphe international de La Piscine.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Symphonie pour un massacre, disponible chez Pathé, a été réalisé à partir d’un check-disc. Cette édition comporte également le DVD du film. Le menu principal est animé et musical.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent dans les bonus. Un seul module de 27 minutes, qui entrecroise les propos de Jean-Philippe Guérand, journaliste, biographe et auteur de Jean Rochefort, Prince sans rire, et ceux de François Guérif, auteur du Cinéma policier français et Le Film noir américain. Les arguments avancés se complètent sans être redondants. Symphonie pour un massacre est replacé dans la filmographie de Jacques Deray, la mise en scène analysée, tout comme le traitement des personnages. Le casting est également passé au peigne fin. Un documentaire classique, informatif, mais un peu court.

L’Image et le son

Le négatif original n’a pas pu être retrouvé. Un marron, autrement dit un élément de tirage intermédiaire a donc été utilisé, numérisé 4K puis restauré 2K. Il s’agissait alors du meilleur élément à ce jour. Après le travail de titan des Laboratoires Eclair, Symphonie pour un massacre peut enfin être redécouvert dans un nouveau master au format respecté 1.66. Ce Blu-ray au format 1080p (AVC) en met souvent plein les yeux, malgré un générique qui laisse d’abord perplexe avec un N&B léger et divers fourmillements. Heureusement, cela s’arrange immédiatement. La restauration est étincelante, les contrastes denses, la copie est stable, les gris riches, les blancs lumineux, la profondeur de champ évidente et le grain original heureusement préservé. Les séquences sombres sont tout aussi soignées que les scènes diurnes, le piqué est joliment acéré pour un film de 1963 et les détails étonnent parfois par leur précision, surtout sur nombreux les gros plans. Quelques flous et deux ou trois scènes plus douces, mais rien d’important.

La partie sonore a été restaurée numériquement par L.E. Diapason. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets. La musique de Michel Magne est joliment délivrée. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / En marge de l’enquête, réalisé par John Cromwell

EN MARGE DE L’ENQUÊTE (Dead Reckoning) réalisé par John Cromwell, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 6 mars 2018 chez Sidonis Calysta

Acteurs :  Humphrey Bogart, Lizabeth Scott, Morris Carnovsky, Charles Cane, William Prince, Marvin Miller, Wallace Ford, James Bell, George Chandler, William Forrest…

ScénarioOliver H.P. Garrett, Steve Fisher, Allen Rivkin d’après une histoire originale de Gerald Drayson Adams et Sidney Biddell

Photographie : Leo Tover

Musique : Marlin Skiles

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Le Capitaine Murdock et le sergent Johnny Drake sont deux parachutistes de retour de guerre pour recevoir une médaille d’honneur. Sur le quai de la gare de Washington Drake disparaît. Plus tard Rip’ Murdock apprend la mort de son ami, et il enquête sur l’accident de voiture. Il se rend alors au Santuary Club pour rencontrer sa femme Coral « Dusty’ Chandler » dite « douceur » (en français) avec un parfum de jasmin.

S’il demeure surtout connu pour avoir été l’une des victimes du maccarthysme et l’un des noms inscrits sur la tristement célèbre liste noire du cinéma entre 1951 et 1958, le cinéaste John Cromwell (1887-1979) compte pourtant de beaux succès dans sa filmographie. Parmi ses œuvres les plus célèbres figurent notamment Le Lien sacréMade for each other et L’AutreIn name Only, tous les deux réalisés en 1939 et portés par la fabuleuse Carole Lombard. Mis en scène en 1946 et sorti en 1947, En marge de l’enquêteDead Reckoning était l’un de ses films préférés. Rien d’étonnant puisqu’avec cette histoire de Gerald Drayson Adams (Armored Car Robbery de Richard Fleischer, Taza, fils de Cochise de Douglas Sirk) et Sidney Biddell (Escape to Glory de John Brahm), John Cromwell peut encore démontrer son habileté et son savoir-faire technique, mis au profit d’un véritable film noir, qui plus est interprété par LA star Humphrey Bogart.

En marge de l’enquête n’est sans doute pas le film le plus connu de l’interprète, mais dévoile une nouvelle facette du mythe. En effet, lassé par ce qu’on lui propose à la Warner, l’acteur fait des infidélités au studio (en attendant qu’on lui propose un contrat plus juteux) et arrive à la Columbia pour changer d’air. Dans Dead Reckoning, il y apparaît fatigué, usé, marqué, blafard et Bogey s’amuse à égratigner son image de cynique macho. L’intrigue d’En marge de l’enquête est classique du genre. Après la mystérieuse disparition de son ami et frère de combat Johnny Drake (William Prince), lors d’un voyage vers Washington pour une remise de décoration, suite à de brillants faits de guerre, Rip Murdock (Humphrey Bogart) mène son enquête et découvre que dans le passé, ce dernier a été accusé d’un meurtre. Il retrouve la petite amie de Johnny, la splendide Coral Chandler (Lizabeth Scott), acoquinée au responsable d’une maison de jeu, le fourbe Martinelli (Morris Carnovsky).

Thriller, film noir, drame psychologique, En marge de l’enquête s’inscrit dans le genre qui a révélé et fait d’Humphrey Bogart l’un des comédiens les plus populaires dans le monde et les plus demandés par les réalisateurs. Après avoir enchaîné Le Port de l’angoisseTo Have and Have Not (1944) et Le Grand SommeilThe Big Sleep (1946) d’Howard Hawks, l’acteur veut éviter le piège de rester enfermé dans le même type de rôle. La Columbia lui fait de l’oeil et Bogart y voit l’occasion d’égratigner son image. Dans En marge de l’enquête, même s’il campe un ancien héros de la Seconde Guerre mondiale, Bogart accepte d’être photographié différemment. Il apparaît tantôt dans l’ombre dans la première partie où son personnage se réfugie dans une église, tantôt filmé en gros plan dans une lumière surexposée qui creuse ses traits, ses cernes et fait ressortir sa célèbre cicatrice sur la lèvre. S’il ne se met pas « en danger », au moins Bogey apparaît ici plus fantomatique, fragile et plus vulnérable. Et il n’en mène pas large devant sa partenaire.

Injustement considérée comme une Lauren Bacall Bis, la sublime femme fatale Lizabeth Scott transcende le film de sa chevelure de feu noyée dans des volutes de fumée et de sa voix rauque, sans jamais copier celle à qui on l’a pourtant souvent comparé. Sa présence est aussi marquante, si ce n’est plus, que celle de Bogart et l’ambiguïté de son personnage fait le sel de la relation des deux protagonistes.

Finalement, l’enquête importe peu, même si John Cromwell parvient à conserver une tension du début à la fin grâce à de multiples rebondissements compréhensibles (pas comme l’hermétique Grand Sommeil) ponctués de meurtres, de flashbacks, de voix-off et de chantages, jusqu’à un dénouement d’une incroyable beauté. Certes, En marge de l’enquête n’a pas bénéficié du prestige et du succès d’autres films avec Humphrey Bogart, mais il n’en demeure pas moins une curiosité et le plaisir de le (re)découvrir 70 ans après sa sortie est indéniable.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’En marge de l’enquête, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. L’édition contient à la fois le DVD et l’édition HD. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Point de Bertrand Tavernier à l’horizon, mais François Guérif (9’) et Patrick Brion (10’) interviennent ici pour défendre En marge de l’enquête. Le premier insiste sur le côté fragile et vulnérable de Bogart à certains moments du film. François Guérif se souvient également avoir rencontré le comédien James Cromwell, fils du cinéaste John Cromwell, et lui avoir parlé de son affection pour En marge de l’enquête, ce qui l’avait beaucoup ému puisqu’il s’agissait d’un des films que son père avait préféré faire.

De son côté, Patrick Brion se penche plus sur ce qui fait d’En marge de l’enquête un vrai film noir, qui mérite selon lui d’être redécouvert. L’historien du cinéma passe ensuite le casting au peigne fin, en s’attardant notamment sur Lizabeth Scott.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Bilan mitigé pour ce master HD restauré, par ailleurs première mondiale pour le film de John Cromwell. Si la propreté et les contrastes sont satisfaisants, la gestion du grain reste aléatoire du début à la fin, les scènes sombres manquent de définition et moult rayures verticales subsistent, tout comme certains défauts de pellicule. Le master d’En Marge de l’enquête n’a clairement pas bénéficié du même traitement de faveur que d’autres opus plus prestigieux avec Humphrey Bogart comme dernièrement Plus fort que le diable et Bas les masques chez Rimini Editions, mais Sidonis a fait de son mieux pour offrir aux spectateurs les meilleures conditions possibles pour redécouvrir ce film noir.

La version anglaise (aux sous-titres français imposés) est proposée en DTS-HD Master Audio Stéréo. L’écoute demeure appréciable, claire, avec une excellente restitution de la musique, des effets annexes et des voix très fluides et aérées. En revanche, la piste française DTS-HD Master Audio Mono, s’avère plus chuintante et sourde. De plus, la version originale avait été amputée de près de 20 minutes pour sa sortie en France. Le doublage français s’apparente donc à gruyère.

Crédits images : © Columbia Pictures / Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr