Test Blu-ray / Flash, saison 4

FLASH – SAISON 4, disponible en DVD et Blu-ray  le 28 novembre 2018 chez Warner Bros.

Acteurs : Grant Gustin, Candice Patton, Danielle Panabaker, Carlos Valdes, Tom Cavanagh, Jesse L. Martin, Keiynan Lonsdale, Neil Sandilands, Hartley Sawyer…

Musique : Blake Neely

Durée : 22 épisodes de 43 minutes + 4 épisodes du crossover Crisis on Earth-X (avec Supergirl, Arrow et DC’s Legends of Tomorrow)

Date de sortie initiale : 2017-2018

LA SAISON 4

Après avoir été libéré de la prison dans la Vitesse Pure par ses amis, Barry Allen reprend du service en tant que Flash en combattant les méta-humains. Il s’avère rapidement que son retour a été orchestré par son nouvel adversaire, Clifford DeVoe, qui possède une intelligence qui dépasse l’imagination.

Flash, quatrième ! Après trois saisons menées tambour battant et près de 70 épisodes, la série Flash se devait de placer la barre très haute pour sa fournée 2017-2018. Si cette saison 4 déçoit par le manque d’envergure et de charisme de son bad-guy DeVoe – The Thinker (Neil Sandilands), évoqué durant la saison 3 par Savitar, Flash reste incontestablement au-dessus du lot de toutes les séries DC grâce à ses formidables comédiens, des histoires originales, des personnages très attachants, des effets visuels spectaculaires, un rythme trépidant, des scènes d’action souvent dantesques et un humour bien dosé. Grant Gustin est toujours aussi impérial dans le rôle principal et ne tire jamais la couverture à ses camarades de jeu. D’ailleurs, la « famille » s’agrandit avec l’arrivée d’un nouveau personnage, Ralph Dibny alias Elongated Man, ou l’Homme-élastique, génialement interprété par Hartley Sawyer, véritable révélation. Loin d’Arrow qui à ce moment-là entamait péniblement sa sixième saison et qui ne cesse encore aujourd’hui de racler les fonds de tiroir pour subsister, Flash peut compter sur l’intelligence de vrais scénaristes, qui font la part belle à la fantaisie, tout en comblant les téléspectateurs avides de divertissements colorés et débridés.

Six mois après l’emprisonnement de Barry dans la Vitesse Pure, Wally et Cisco ont repris le flambeau. Ce sont les nouveaux défenseurs de Central City. Après avoir mis hors d’état de nuire Peak-a-Boo, le duo est confronté à Samouroïd, un nouveau super vilain qui lance un ultimatum à l’équipe : il veut détruire la ville si Flash ne lui est pas livré. L’équipe Flash doit trouver un moyen de le libérer de sa prison. Malgré le fait qu’Iris ne voit pas d’un très bon œil le fait de le sortir de la Vitesse Pure en mettant en danger la ville entière de Central City, le jeune scientifique poursuit son idée et va retrouver Caitlin qui désormais travaille comme barman dans un pub malfamé. Elle accepte de l’aider. Après avoir informé Wally et Joe, le duo fait une percée dans le ciel avec un canon de leur fabrication et un Flash apparaît. Barry est ramené au poste de police. Tous ses amis le retrouvent mais il a changé, il a vieilli et porte une barbe et a un comportement étrange : il ne cesse de gribouiller des signes et parle comme un dément. Samouroïd refait son apparition. Comme Barry n’est pas en état de se battre, Wally prend sa place dans le costume de Flash mais il est rapidement battu et blessé à la jambe droite. Iris décide de se livrer au robot ce qui a pour réflexe de sortir Barry de sa catatonie. Il reprend confiance et affronte le robot. Il sauve Iris et retrouve l’équipe à Star Labs.

Le mystérieux inventeur du robot fait son apparition dans son repaire high-tech, il s’agit du Penseur secondé par son assistante, The Mechanic. De son côté, Caitlin doit composer avec son double Killer Frost et parvient petit à petit à l’apprivoiser. Iris, qui dans l’équipe devient pour ainsi dire l’équivalent de Felicity dans Arrow, commence les préparations de son mariage avec Barry, tant attendu par les fans. Quant à Cisco, il se retrouve poursuivi pendant un délai de 24h par Breacher (Danny Trejo lui-même!), le père ultra-protecteur de la sexy Gypsy.

Après une troisième saison plus sombre durant laquelle Barry devait affronter son double maléfique Savitar, les showrunners ont décidé de revenir à une veine plus humoristique et les fonctionnalités du nouveau costume de Barry offrent à cette occasion quelques gags pour le moins inattendus et burlesques. Du coup, le début de la saison 4 peut sembler un poil longuet puisque les épisodes se suivent de façon plus ou moins indépendante, sans réelles connexions, même si le personnage du Penseur apparaît progressivement. Il faut véritablement attendre l’incroyable crossover en quatre parties, se déroulant sur Terre-X, avec respectivement les épisodes 8 de Supergirl-Saison 3, Arrow-Saison 6, Flash-Saison 4 et DC’s Legends of Tomorrow-Saison 3 pour que toute la mécanique se mette en marche. En attendant, nous faisons donc la connaissance de nouveaux méta-humains, « créés » par le Penseur, dans le but de s’approprier leurs pouvoirs, nécessaires dans sa quête finale. C’est le cas de Ralph Dibny. En cherchant parmi les passagers du bus touchés par la matière noire, Barry retrouve le nom de cet ancien policier corrompu devenu détective privé. L’homme est menacé mais s’en sort grâce à son corps devenu élastique à souhait. Dibny trouve refuge à Star-Labs. Barry va alors tenter de le former et de lui montrer ce que la vie de héros implique. L’ancien détective prend souvent les missions à la légère, négligeant les victimes pour arrêter une nouvelle méta-humaine, une descendante des Sioux capable d’animer les statues et mannequins humains.

Pour trouver DeVoe, Harry convoque les hologrammes de trois doubles dimensionnels de lui-même mais ils se révèlent vite incapables de s’entendre et de combiner leurs génies. Et ainsi de suite, de rebondissement en rebondissement avec notamment Iris qui se retrouve momentanément avec les pouvoirs de Barry ou bien ce dernier qui doit faire face à une explosion nucléaire et qui pour cela doit quasiment arrêter le temps grâce à un nouveau pouvoir acquis dans la Vitesse Pure. Un épisode 15 exceptionnel. A noter également la nouvelle participation de Kevin Smith qui réalise l’épisode 17, dans lequel il fait également une apparition dans la peau d’un agent de sécurité muet nommé Bob, aux côtés de son ami Jason Mewes, qui incarne son collègue Jay. Les cinéphiles apprécieront également les références explicites à Matrix Reloaded et Matrix Revolutions, quand Barry se retrouve face à une armée de clones de DeVoe au moment où il doit s’extraire de l’esprit du Penseur dans l’épisode final. Tout cela sans oublier le charme de Candice Patton et Danielle Panabaker, la folie comique de Tom Cavanagh qui s’en donne à coeur joie, l’ambiguïté de Kim Engelbrecht, la frappadingue Katee Sackhoff (Amunet Black) et l’apparition en pointillés de Jessica Parker Kennedy qui installe l’actuelle saison 5. Bref, cette saison 4 est du même acabit que les précédentes, une très grande réussite.

LE BLU-RAY

La quatrième saison de Flash en Blu-ray, disponible chez Warner Bros., se compose de quatre disques placés dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. La liste des épisodes apparaît au verso, tout comme celle des suppléments et des acteurs de la série. Le menu principal est identique sur les quatre Blu-ray, fixe et musical, qui reprend le visuel de la jaquette. Signalons que l’éditeur a eu la bonne idée de proposer l’intégralité de l’épisode crossover divisé sur les quatre séries DC. Cette édition se compose donc de 26 épisodes de 42 minutes.

Dispersées au fil des quatre disques, nous trouvons huit séquences coupées (9’) qui présentées ainsi n’ont forcément pas beaucoup d’intérêt. Nous retiendrons quand même une scène plus intimiste que d’habitude entre Barry et Iris, qui prennent le temps de faire un câlin le matin.

Un bêtisier amusant se trouve sur le premier disque (9’).

Le second Blu-ray contient un débat bien rythmé entre les producteurs des séries DC, qui répondent aux questions de l’animateur Hector Navarro (42’) sur la création de l’énorme crossover, Crisis on Earth-X, composé des épisodes 8 de Supergirl, Arrow, Flash et DC’s Legends of Tomorrow. C’est ici que vous apprendrez chacune des étapes ayant conduit à cette histoire de tentative d’invasion de la Terre par des soldats nazis issus d’un monde dystopique appelé Terre-X. Les spoilers sont évidemment au rendez-vous. Chacun aborde la difficulté d’écrire pour une vingtaine de personnages réunis à l’écran et sur les défis finalement relevés.

Le disque 3 propose un reportage sur la création du personnage Ralph Dibny aka Elongated Man, incarné à l’écran par Hartley Sawyer (10’), qui apparaît dans la saison 4 afin de donner une nouvelle énergie comique après une troisième saison plutôt sombre.

Même chose, la même galette dispose d’un commentaire audio/vidéo de la comédienne Katee Sackhoff, en compagnie du coproducteur exécutif et scénariste Eric Wallace et du scénariste Starling Gates (13’). L’actrice s’amuse derrière le micro et indique comment elle a créé le personnage d’Amuneth Black avec les costumiers et les maquilleurs.

L’éditeur joint également un module consacré au Thinker (16’), composé des propos des showrunners, qui reviennent à tour de rôle sur la psychologie du personnage et la raison pour laquelle Barry l’affronte dans cette saison en particulier.

L’interactivité se clôt sur un best-of du Comic-Con 2017 avec notamment un résumé des présentations des nouvelles saisons de Supergirl, Flash, Arrow, DC’s Legends of Tomorrow et Gotham (58’).

L’Image et le son

Les épisodes sont proposés au format HD (1080p, AVC). Les couleurs sont froides, toujours marquées par quelques touches bleutées. Le piqué est acéré, les contrastes au top et la profondeur de champ très appréciable. Les séquences diurnes sont éclatantes et les scènes de nuit sont aussi bien définies. Warner Bros. met la barre haute et prend soin de l’arrivée de cette nouvelle saison de Flash dans les salons avec même un léger et élégant grain typique du tournage avec la caméra Arri Alexa. Le résultat est superbe et la promotion HD indispensable.

Sans surprise, seule la version originale est livrée au format DTS-HD Master Audio 5.1. Privilégiez évidemment cette option qui instaure un confort acoustique digne des plus grands blockbusters avec une spatialisation tonitruante, des effets latéraux à foison, une percutante délivrance des dialogues et une balance frontale explosive. Mention également au caisson de basses très souvent sollicité dans les scènes d’action. Les réfractaires à la V.O. devront se contenter d’une toute petite VF Dolby Digital 2.0 Stéréo. Etrangement, les allemands disposent d’un mixage Dolby Digital 5.1.

Crédits images : © Warner Bros. / DC Comics / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Enfer mécanique, réalisé par Elliot Silverstein

ENFER MÉCANIQUE (The Car) réalisé par Elliot Silverstein, disponible en DVD et Blu-ray le 12 décembre 2018 chez Eléphant Films

Acteurs : James Brolin, Kathleen Lloyd, John Marley, R.G. Armstrong, John Rubinstein, Elizabeth Thompson…

Scénario : Michael Butler, Dennis Shryack, Lane Slate

Photographie : Gerald Hirschfeld

Musique : Leonard Rosenman

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Une énorme berline noire roule à tombeau ouvert sur la route du désert. Est-ce un fantôme, un démon ou le diable lui-même? Cette voiture commence à terroriser les habitants d’une petite ville du Nouveau-Mexique. Les policiers du comté, menés par le shérif Everett et le capitaine Wade Parent, commencent l’enquête. Le soir, Everett est à son tour fauché sur la grande rue du village.

Prenez un shaker. Mettez-y une bonne dose de Duel (1971) de Steven Spielberg. Pendant que vous y êtes, incorporez quelques grammes des Dents de la mer (1975). Bon d’accord, un requin ne peut se déplacer sur le bitume, alors par quoi peut-on le remplacer ? Hum. Une voiture fera l’affaire. Secouez tout cela et versez. Voici Enfer mécaniqueThe Car, grand classique de la fin des années 1970 qui surfait de façon opportuniste sur les deux hits de maître Spielberg qui venait de révolutionner le divertissement hollywoodien. Alors oui, la mise en scène du dénommé Elliot Silverstein (Cat Ballou) ne peut être comparée à celle de son confrère, mais Enfer mécanique tient bien la route, c’est le cas de le dire, et reste un excellent moment qui mine de rien annonce le roman Christine de Stephen King et son adaptation par John Carpenter écrit et réalisé 6 ans plus tard. James Brolin et sa moustache contre une voiture démoniaque, action !

L’histoire se déroule à Santa Ynez, communauté située dans les montagnes de l’État de l’Utah. Une voiture noire non-identifiée fonce sur le bitume qui traverse le désert. Elle frappe d’abord deux cyclistes dans les montagnes, puis un auto-stoppeur aux abords de la ville. La brigade du coin dirigée par le shérif Everett et le capitaine Wade Parent est appelée sur les lieux. Alors qu’il se prépare à rentrer chez lui, Everett est percutée par l’inquiétante voiture. Une vieille dame, témoin de l’incident, affirme aux policiers que la voiture était vide : il n’y avait personne à la place du chauffeur. Cette déclaration trouble profondément Parent. Le lendemain matin, la voiture s’attaque à un groupe d’enfants en train de pratiquer une fanfare. Les enfants et leurs professeurs parviennent à se réfugier dans le cimetière de l’endroit où il semble qu’elle n’ose pas pénétrer, malgré les insultes proférées par Lauren, l’une des institutrices et petite amie du capitaine Parent. La voiture repart vers le désert avec toute une escouade de voitures policières derrière elle. Elles sont toutes détruites et Wade est blessé dans l’affrontement. Celui-ci se réveille dans un hôpital et constate avec les policiers survivants qu’il semble s’agir d’une voiture ayant une origine démoniaque.

Quasi-remake de Jaws où James Brolin remplacerait Roy Scheider dans un rôle copier-coller sur le célèbre Chef Brody, Enfer mécanique vaut pour chacune des apparitions de la magnifique voiture infernale conçue par le célèbre George Barris, le créateur de la sublime Batmobile de la série télévisée Batman des années 1960. Cette berline Lincoln Continental Mark III 1971 vole littéralement la vedette aux vraies stars du film et le metteur en scène parvient à lui donner une véritable identité, ainsi qu’une âme méphistophélique en adoptant parfois son point de vue enflammé. Une fois le postulat de départ accepté, The Car embarque les spectateurs dans un néo-western tourné dans d’incroyables paysages sauvages de Glen Canyon et le parc national de Zion qui se prêtent à merveille pour ce rodéo inattendu entre des flics dépassés par les événements et une monture sauvage et déchaînée qu’ils n’arrivent pas à attraper au lasso, ou à l’assaut plutôt.

Les meurtres perpétrés par la berline sont particulièrement brutaux, à l’instar de celui des deux cyclistes qui ouvre le film, ainsi que la séquence surréaliste, mais particulièrement efficace où la bagnole fonce à travers la maison pour happer sa victime qui l’avait alors invectivé quelques heures auparavant, avant de repartir à fond les ballons sur l’asphalte à coups de klaxon dans le vent poussiéreux. La plupart du temps, les acteurs sont réduits au rang de marionnettes, conscients que leur sort importe peu aux spectateurs, qui attendent avec impatience la prochaine apparition de la berline. Toutefois, James Brolin et la clique, Kathleen Lloyd, John Marley, R.G. Armstrong, Ronny Cox, tous habitués à la rubrique “On ne sait jamais comment ils s’appellent”, assurent du début à la fin en apportant suffisamment de crédi-(dé)-bilité à l’entreprise. Les scénaristes Dennis Shryack et Michael Butler, auteurs de L’Epreuve de force et Pale Rider – Le cavalier solitaire de Clint Eastwood, regorgent d’imagination et parviennent à faire de leur prédateur blindé un « monstre » à part entière.

Le final dans le canyon est sans doute en dessous des espérances, mais Enfer mécanique contient son lot de scènes marquantes (celle du garage où la bagnole tente d’étouffer le héros avec ses gaz d’échappement) et son statut culte est mérité car cette série B a bien vieilli et se voit encore aujourd’hui avec plaisir comme un ersatz pas honteux de Jaws.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Enfer mécanique, disponible chez Elephant Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Nous ne sommes pas particulièrement fans du journaliste en culture pop Julien Comelli. Aussi énervant qu’un membre de jury d’un télé-crochet du style Jean-Marc Généreux (c’est dire), l’invité d’Elephant Films fait un sketch jamais drôle tout en donnant quelques informations sur la genèse, la production, le casting, la voiture et la sortie d’Enfer mécanique (23’). Ce supplément est aussi particulièrement mal réalisé et part un peu dans tous les sens.

L’interactivité se clôt sur des liens internet et un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Superbe ! Entièrement restauré, Enfer mécanique est enfin proposé dans une édition digne de ce nom, en Blu-ray au format 1080p. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce lifting lui sied à ravir. Tout d’abord, la copie affiche une propreté incontestable, aucune scorie n’a survécu à l’attention des restaurateurs, la clarté HD et la colorimétrie pimpante flattent les rétines sur les séquences en extérieur. Dès la fin du générique d’ouverture, marqué par un grain plus prononcé, les contrastes trouvent une fermeté inédite, le piqué est renforcé et les noirs plus denses, les détails sur les décors abondent, sans oublier la profondeur de champ. Certes, quelques plans peuvent paraître plus doux en matière de définition, mais jamais le film d’Elliot Silverstein n’avait jusqu’alors bénéficié d’un tel traitement de faveur.

Enfer mécanique est disponible en version originale et française DTS HD Master Audio 2.0. La première instaure un confort acoustique plaisant avec une délivrance suffisante des dialogues, des effets annexes convaincants et surtout une belle restitution de la musique. La piste française est du même acabit et le doublage est particulièrement réussi. Les deux options acoustiques sont propres et dynamiques.

Crédits images : © Universal Pictures / Elephant Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / La Maison qui tue, réalisé par Peter Duffell

LA MAISON QUI TUE (The House That Dripped Blood) réalisé par Peter Duffell, disponible en Édition Blu-ray + DVD + Livret le 4 décembre 2018 chez ESC Editions

Acteurs : Christopher Lee, Peter Cushing, Jon Pertwee, Joanna Lumley, Ingrid Pitt, Denholm Elliott, John Bennett, Tom Adams, Joss Ackland, Nyree Dawn Porter…

Scénario : Robert Bloch

Photographie : Ray Parslow

Musique : Michael Dress

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Un inspecteur de Scotland Yard enquête sur quatre cas de meurtres mystérieux qui se sont passés dans une maison inoccupée. Ce qui donne prétexte à un film à sketchs.

Nous en avons déjà parlé, mais petit rappel sur la Amicus, cette société de production cinématographique britannique née dans les années 1960, spécialisée dans les films d’horreur. Fondée par les américains Milton Subotsky et Max J.Rosenberg, la Amicus a voulu concurrencer la célèbre Hammer sur son propre territoire et dans le reste du monde. Dans cette optique, les pontes décident d’offrir quelque chose de différent aux spectateurs, notamment des histoires d’épouvante contemporaines. Pour La Maison qui tue The House That Dripped Blood (1971), pas de Freddie Francis à la barre cette fois ! Le réalisateur du Train des épouvantesDr. Terror’s House of Horrors, Histoire d’outre-tombeTales from the Crypt, Le Crâne maléfiqueThe Skull, Le Jardin des tortures Torture Garden et bien d’autres réjouissances laisse cette fois la place à un confrère inconnu venu de la télévision, Peter Duffell (1922-2017), qui a officié sur les séries L’Homme à la valise et Strange Report. La Maison qui tue est un film à sketches qui se compose de quatre segments reliés par un fil rouge, tous réalisés par le même metteur en scène. Aujourd’hui, cette House That Dripped Blood vaut surtout pour ses interprètes et son atmosphère toujours plaisante.

Un acteur a mystérieusement disparu sans laisser de trace. L’inspecteur Holloway, mandaté par Scotland Yard, se rend immédiatement sur place pour enquêter. Il rencontre des membres de la police locale, ainsi que l’agent immobilier mister Stoker (évidemment un clin d’oeil à Bram Stoker, auteur de Dracula) et entend de curieuses histoires sur les précédents occupants de la demeure : la première concerne un écrivain confronté à un étrangleur sorti de ses récits. La deuxième histoire met en scène deux hommes en visite dans un musée de cire qui sont obsédés par la statue d’une femme qui leur rappelle une ancienne maîtresse commune. La troisième parle d’un père veuf et de sa fillette mélancolique qui semble s’intéresser de très près à la sorcellerie. La quatrième revient sur le sort de l’acteur disparu (Jon Pertwee, le troisième Doctor Who de l’histoire), qui, vêtu d’une cape à l’occasion du tournage d’un film d’épouvante, a l’impression de se transformer réellement en vampire.

Quatre sketches forcément inégaux comme bien souvent dans ce genre de production, mais qui n’en restent pas moins élégants, souvent jubilatoires, bien rythmés, concis, même si prévisibles. S’ils apparaissent tous les deux au même générique de plus d’une vingtaine de films, les immenses Christopher Lee et Peter Cushing ne se donnent pas la réplique dans La Maison qui tue, chacun étant la vedette d’un segment disparate. Notre préférence se porte sur celui avec Christopher Lee, en prise avec un enfant démoniaque ! Si Peter Cushing est comme d’habitude excellent, son sketch vaut surtout pour ses éclairages baroques qui rappellent cette fois les gialli de Mario Bava et les chefs d’oeuvre de la Hammer quand son personnage se perd dans le musée de cire. Denholm Elliott, très classe, perd pied quand l’un de ses personnages créés sur le papier, semble lui apparaître et s’en prendre à son entourage, ainsi qu’à sa femme (Joanna Dunham). La dernière partie, qui s’inscrit plus dans le genre fantastique, permet d’admirer le charme et les courbes de la mythique Ingrid Pitt. L’épilogue est certes attendu, mais plutôt efficace.

Au-delà de son prestigieux générique, la qualité d’écriture de The House That Dripped Blood est indéniable. On doit ces récits au grand Robert Bloch (1917-1994), l’auteur du roman Psychose, mais aussi d’une quantité phénoménale de nouvelles. A l’adolescence, l’écrivain avait entretenu une correspondance avec Howard Phillips Lovecraft, qui l’encourageait à mettre son imagination débordante au profit de la littérature. L’ombre de Lovecraft plane sur La Maison qui tue, comme d’ailleurs moult écrits de Robert Bloch. Son style, son épure et sa radicalité avaient déjà fait le bonheur des spectateurs pour la série Alfred Hitchcock présente dans les années 1960. Puis, Robert Bloch entamait une collaboration fructueuse avec la Amicus. En plus des comédiens iconiques, le scénariste est comme qui dirait l’autre star de La Maison qui tue.

Même si la mise en scène n’a rien d’exceptionnel et n’a pas l’efficacité des travaux de Freddie Francis (pas de gouttes de sang ici, tout est suggéré), The House That Dripped Blood conserve encore un charme britannique inaltérable, l’humour noir fonctionne bien aussi bien que l’ironie mordante, les retournements de situations et les twists, tandis qu’on se délecte de passer d’un récit à l’autre.

LE BLU-RAY

La Maison qui tue intègre tout naturellement la collection « British Terrors » d’ESC Editions, qui comprend déjà les titres Le Caveau de la terreur, Le Train des épouvantes, Asylum, Les Contes aux limites de la folie et Histoires d’outre-tombe. Cette édition Mediabook se compose du DVD et du Blu-ray du film, ainsi que d’un livret de 16 pages rédigé par Marc Toullec. Le menu principal est animé et musical.

L’intervention de Laurent Aknin se déroule en deux temps. Dans le premier module, l’historien et critique de cinéma raconte l’histoire de la Amicus (5’). Sa création, les producteurs, les titres les plus célèbres de la firme, ses intentions et ses influences sur les réalisateurs des années 1980-90 sont donc abordés de façon concise et passionnante.

Le deuxième segment se focalise sur La Maison qui tue (17’). De la même manière que pour son exposé précédent, Laurent Aknin est toujours aussi attachant, enjoué et informatif sur la genèse du film de Peter Duffell, sur le casting et le scénariste Robert Bloch.

L’Image et le son

Hormis un générique aux légers fourmillements, le transfert est irréprochable, le master immaculé, stable et dépourvu de déchets résiduels. Les noirs sont concis, la colorimétrie est volontairement froide et fanée. La gestion des contrastes est également très solide. Ce master HD est également présenté dans son format d’origine 1.85. Le Blu-ray est au format 1080p.

Le film de Peter Duffell bénéficie d’un doublage français. Au jeu des comparaisons avec la version originale, la piste française au doublage réussi s’accompagne de quelques chuintements et les dialogues sont souvent mis trop en avant. La version anglaise DTS-HD Master Audio 2.0 est plus dynamique, propre et intelligible, homogène dans son rendu, notamment au niveau des effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Distribution /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Sans un bruit, réalisé par John Krasinski

SANS UN BRUIT (A Quiet Place) réalisé par John Krasinski, disponible en DVD, Blu-ray et 4K Ultra-HD le 30 octobre 2018 chez Paramount Pictures

Acteurs : Emily Blunt, John Krasinski, Millicent Simmonds, Noah Jupe, Cade Woodward, Leon Russom, Doris McCarthy…

Scénario : Bryan Woods, Scott Beck, John Krasinski

Photographie : Charlotte Bruus Christensen

Musique : Marco Beltrami

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Une famille tente de survivre sous la menace de mystérieuses créatures qui attaquent au moindre bruit. S’ils vous entendent, il est déjà trop tard.

Le comédien John Krasinski n’a jamais vraiment brillé au cinéma. Son charisme lisse et passe-partout a pourtant été vu dans Dr Kinsey et Dreamgirls de Bill Condon, Jarhead et Away We Go de Sam Mendes. C’est surtout à la télévision aux côtés de Steve Carell que les spectateurs l’auront remarqué au cours des neuf saisons de la série The Office. Prenant de la bouteille, John Krasinski fait partie de ces acteurs qui deviennent intéressants en arrivant à la quarantaine. Après une participation à Detroit, la dernière bombe de Kathryn Bigelow et Jack Ryan dans la série du même nom saluée par la critique, John Krasinski réalise son troisième long métrage après Brief Interviews with Hideous Men (2009) et La Famille Hollar (2016), inédits dans les salles françaises. Sans un bruitA Quiet Place lui permet non seulement de briller derrière la caméra où il fait preuve d’un réel talent de metteur en scène, mais aussi devant où il donne pour la première fois la réplique à son épouse, la magnifique Emily Blunt, tout en signant sa meilleure prestation à ce jour. Non seulement ça, Sans un bruit est rapidement devenu un phénomène aux Etats-Unis, en rapportant la bagatelle de 190 millions de dollars sur le sol américain pour une mise de départ de 17 millions. Un triomphe inattendu, mais mérité car A Quiet Place peut se targuer d’être l’un des meilleurs films de 2018 et assurément l’une des plus grandes expériences sensorielles vécues au cinéma cette année avec Hérédité d’Ari Aster.

2020. Dans un monde post-apocalyptique, les rares survivants vivent sous la menace de créatures très sensibles aux sons. Ils doivent ainsi demeurer dans le silence. Une famille du Midwest va devoir lutter pour survivre, avec une mère sur le point d’accoucher.

Alors oui Sans un bruit n’invente rien et ne révolutionne pas le genre. On pense à Alien de Ridley Scott, La Guerre des mondes de Steven Spielberg, Signes de M. Night Shyamalan et bien d’autres dont le récent 10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg. Mais tout de même, les références sont digérées et nous ne sommes pas ici dans le plagiat éhonté et encore moins l’ersatz. Sur un scénario co-écrit avec le tandem Scott Beck et Bryan Woods, John Krasinski est bien décidé à montrer ce qu’il a sous le capot en tant que réalisateur et s’en sort admirablement, à tel point que la maturité d’ensemble ne cesse d’étonner. Il est surtout très bien épaulé avec Charlotte Bruus Christensen à la photographie, grande cheffe opératrice danoise remarquée en 2012 avec ses partis pris glacials et charbonneux sur La Chasse de Thomas Vinterberg, ainsi que sur Life d’Anton Corbijn. Pour autant, John Krasinski ne cherche pas à épater la galerie gratuitement. Sans un bruit est un vrai film d’épouvante qui réserve son lot d’émotions fortes.

Malgré son économie de dialogues – à peu près 80 % du film repose sur le silence et le langage des signes – A Quiet Place reste passionnant du début à la fin. Les séquences d’affrontements – soulignées par une composition pour une fois « discrète » du bourrin Marco Beltrami – avec les créatures (dont l’origine restera inexpliquée) s’entrecroisent avec les scènes intimistes centrées sur la famille Abbott. Emily Blunt y enflamme l’écran. A la fois mère protectrice d’une douceur infinie avec ses enfants et bad-ass quand elle prend la pétoire, la comédienne britannique prouve une fois de plus qu’elle est et reste l’une des plus grandes actrices de ces quinze dernières années. John Krasinski a également eu la bonne idée de confier le rôle de Regan à la jeune et impressionnante Millicent Simmonds, magnétique et bouleversante actrice de 13 ans réellement atteinte de surdité, révélation du splendide Musée des Merveilles de Todd Haynes. Découvert dans Bienvenue à Suburbicon de George Clooney et dans Wonder de Stephen Chbosky, Noah Jupe est également très prometteur. La scène effrayante et étouffante du silo à grains où les deux jeunes têtes d’affiches se retrouvent enfermées reste l’un des grands moments de Sans un bruit.

Remarquable réussite, avec également un travail sur le son à se damner, ce troisième long métrage de John Krasinski a donc emporté tous les suffrages en récoltant 350 millions de dollars dans le monde et en attirant près de 650.000 français dans les salles. Une suite ou une préquelle, toujours produite par la société Platinum Dunes de Michael Bay, est en cours d’écriture. Nous serons au rendez-vous.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Sans un bruit, disponible chez Paramount Pictures, a été réalisé à partir d’un check disc. Le menu principal est fixe et…muet, forcément.

Le film de John Krasinski méritait mieux que trois petits documentaires consacrés à la genèse et à la production de Sans un bruit (15’), mais aussi à la création de l’environnement sonore (12’) et des effets visuels (7’30). Les comédiens, le réalisateur, les scénaristes, le décorateur, les producteurs, les créateurs d’ILM et les responsables du son interviennent à tour de rôle afin de partager leurs impressions de tournage. De multiples images de plateau viennent illustrer tous ces propos, par ailleurs très intéressants.

L’Image et le son

Sans un bruit est un film sombre et la Haute définition restitue habilement la magnifique photo de la cheffe opératrice Charlotte Bruus Christensen. Les volontés artistiques sont respectées mais entraînent quelques légers fléchissements de la définition dans quelques scènes moins éclairées. Néanmoins, cela reste anecdotique, car ce master HD demeure impressionnant de beauté, tant au niveau des détails que du piqué. Le cadre large n’est pas avare en détails, les contrastes affichent une densité remarquable (du vrai goudron en ce qui concerne les noirs) et la colorimétrie est optimale surtout sur les scènes en extérieur avec également de sublimes couchers de soleil. Le film a bénéficié de prises de vue en 35mm. Son léger grain très élégant est donc volontaire.

Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes de la piste anglaise Dolby Atmos (testée en 5.1) est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances sont efficaces (le grincement du bois, les craquements du parquet, les pieds nus dans le sable) et bénéficient d’un traitement de faveur avec une large ouverture, plongeant constamment le spectateur dans l’atmosphère, avec des silences angoissants dynamités ensuite par une ribambelle d’effets excellemment balancés de gauche à droite et des enceintes avant vers les arrières quand les créatures apparaissent. N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle ardemment à ce spectacle acoustique aux effets souvent étonnants sur les séquences opportunes, à l’instar de l’acte final. Totalement immersif. Est-il utile d’évoquer la petite Dolby Digital 5.1 ? Elle assure mais n’arrive pas à la cheville de la version originale.

Crédits images : © Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Détective Dee : La Légende des Rois Célestes, réalisé par Tsui Hark

DÉTECTIVE DEE, LA LÉGENDE DES ROIS CÉLESTES (Di Renjie zhi Sidatianwang) réalisé par Tsui Hark, disponible en DVD, Blu-ray et Combo Blu-ray 3D + Blu-ray + Copie digitale le 12 décembre chez M6 Vidéo

Acteurs :  Mark Chao, Carina Lau, Shaofeng Feng, Sichun Ma, Gengxin Lin…

Scénario : Chang Chia-lu

Photographie : Sung Fai Choi

Musique : Kenji Kawai

Durée : 2h12

Année de sortie : 2018

LE FILM

Une vague de crimes perpétrée par des guerriers masqués terrifie l’empire de la dynastie des Tang. Alors que l’impératrice Wu est placée sous protection, le détective Dee part sur les traces de ces mystérieux criminels. Sur le point de découvrir une conspiration sans précédent, Dee et ses compagnons vont se retrouver au cœur d’un conflit mortel où magie et complots s’allient pour faire tomber l’Empire…

Et de 3 ! Détective Dee : La Légende des Rois Célestes est le troisième volet de la franchise initiée en 2010 avec Détective Dee, Le Mystère de la flamme fantôme et Détective Dee 2 : La Légende du Dragon des mers en 2013. Le second était en réalité un prequel au premier dans lequel Mark Chao interprétait le personnage tenu par le mythique Andy Lau dans le premier, mais 25 ans plus jeune. Ce troisième épisode – qui peut se voir indépendamment des précédents – est la suite du second, donc Mark Chao reprend le rôle pour une nouvelle enquête. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Tsui Hark dispose de moyens impressionnants pour mettre en valeur les aventures de ce personnage historique rendu célèbre en 1946 par l’écrivain néerlandais Robert van Gulik, diplomate et sinologue, expert de la langue et de l’écriture chinoise. A la fin des années 40, l’auteur néerlandais traduit en anglais un roman policier chinois du XVIIIème siècle, le Dee Gong An, racontant trois enquêtes criminelles résolues par le juge Dee-Jen Djieh qui deviendra le Juge Ti en France. Les enquêtes du Détective Dee se déroulent durant l’époque Tang au VIIème siècle et se basent sur des éléments historiques.

Tsui Hark, cinéaste culte qui a déjà près de quarante ans de carrière derrière lui et des œuvres cultes comme Zu, les guerriers de la montagne magique, quatre volets de la saga Il était une fois en Chine, Le Festin Chinois, ainsi que deux Van Damme (Double Team et Piège à Hong Kong), 68 ans au compteur, n’est pas prêt de raccrocher les gants. Toutefois, comme pour les deux précédents volets, ce Détective Dee : La Légende des Rois Célestes aura à la fois ses détracteurs et ses ardents défenseurs. Si le premier épisode était très sympa, sa réussite reposait beaucoup sur la présence d’Andy Lau. Mark Chao incarne malheureusement un héros bien fade et finalement c’est surtout Tsui Hark lui-même qui devient la star ici.

Décidé à en mettre plein la vue, le cinéaste ne recule devant aucune extravagance et barbouille chaque séquence de couleurs, de costumes, de décors gigantesques, mais aussi d’images de synthèse absolument immondes qui donnent au film un malheureux cachet nanar de luxe. Nous ne remettrons sûrement pas en question la beauté des costumes et des décors. Mais contrairement au premier, qui avait nécessité deux ans de tournage, dix mois de travail sur les dessins préparatoires, 16 millions de dollars de budget, 6000 figurants, dix grandes scènes visuelles, un trucage toutes les 30 secondes, Détective Dee : La Légende des Rois Célestes apparaît presque « facile » dans le sens où l’image est constamment parasitée par des effets numériques hideux, qui font penser à certaines productions hollywoodiennes comme La Momie : la Tombe de l’Empereur Dragon de Rob Cohen avec ses créatures affreuses (ici un singe géant qui se la joue King Kong dans une scène où des dragons remplacent les avions), des fonds verts qui se voient comme le nez au milieu de la figure et un faux rythme constamment instauré par une hystérie collective.

Tsui Hark se prend pour Michael Bay avec un montage épileptique. Si les récits opaques des deux précédents opus pouvaient passer, surtout pour le premier avec ses superbes chorégraphies et ses combats virtuoses qui dépoussiéraient le wu xia pian (le film de sabre chinois), Détective Dee : La Légende des Rois Célestes ne parvient jamais à passionner. Le syndrome est le même que précédemment. On part confiant, attentif, curieux, concentré, afin de ne pas laisser passer tel ou tel élément dans ce blockbuster épique. Le premier quart d’heure est emballant. Puis, les personnages et les sous-intrigues se multiplient, l’intrigue s’éparpille, l’action – filmée en 3D native et HFR, High rame Rate 48 images par seconde – s’emballe, les effets spéciaux recouvrent l’écran avec des couleurs acidulées et explosives, les comédiens deviennent des pantins qui s’articulent et se confrontent devant des green-screen apparents.

Le cerveau se met alors en mode Off et le spectateur commence à regarder (subir ?) ce spectacle gloubi-blouguesque, jusqu’à l’indigestion. Et cela dure 2h10 ! Le tout prend alors la forme d’un mauvais Marvel Asiatique bourré de cholestérol ou un opus de l’horrible et interminable Hobbit de Peter Jackson, qui aurait eu sérieusement besoin d’un bon dégraissage. Demeure le personnage de la guerrière Shui Yue (Sichun Ma), bad-ass, mais c’est trop peu pour sauver ce film dont l’émotion et l’intention nous échappent encore.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Détective Dee : La Légende des Rois Célestes, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check disc. Le menu principal est animé et musical.

En plus de la bande-annonce, l’éditeur joint un entretien passionnant avec Tsui Hark (27’). Le réalisateur revient (en anglais) sur l’origine du personnage du Détective Dee, sa figure historique avant que la culture s’en empare pour en faire un personnage de roman, puis un héros populaire au cinéma. Cigare à la main, détendu, Tsui Hark aborde également la longue mise en route du premier volet et les partis pris. Il survole rapidement le second épisode avant d’en venir à Détective Dee : La Légende des Rois Célestes. Le cinéaste évoque rapidement un possible quatrième volet qui serait selon lui complètement différent puisqu’il serait centré sur les souffrances provoquées par les traumas de la vie du personnage principal. Enfin, Tsui Hark parle des scènes d’action et de la difficulté rencontrée par les cascadeurs Chinois de se renouveler.

L’Image et le son

M6 Video livre une splendide copie HD de Détective Dee : La Légende des Rois Célestes. La colorimétrie est magnifique, le relief des séquences diurnes ahurissant, la clarté aveuglante, les contrastes savamment tranchés, les noirs abyssaux et la profondeur de champ spectaculaire. En revanche, les effets spéciaux (les vues d’ensemble de la cité, les créatures en images de synthèse) ressemblent à des animatiques. Toutefois, cela n’entrave en rien l’éclat de l’image et ne perturbe aucunement le visionnage. La photo accorde les gammes froides et chatoyantes avec une extrême rigueur, tandis que le piqué demeure effilé y compris au cours des séquences d’action particulièrement remuantes. La définition soutenue par un solide encodage AVC permet d’apprécier chaque recoin des luxuriants décors et les étoffes des costumes, à tel point que l’on pourrait même distinguer la colle sur les fausses moustaches des comédiens en gros plan. Les apports de la HD sont donc innombrables et font de ce Blu ray un titre de démonstration de ce dernier trimestre 2018.

Votre home-cinéma sera mis à rude épreuve avec le film de Tsui Hark et nous vous conseillons de visionner le film en plein jour pour éviter tout tapage nocturne. En français comme en mandarin (sous-titré français), les pistes DTS HD Master Audio 5.1 s’en donnent à cœur joie et exploitent le moindre recoin de votre installation dans un tourbillon acoustique aussi retentissant que renversant. Toutes les enceintes distillent un lot d’effets en tous genres durant plus de deux heures, la musique est particulièrement servie par une éblouissante spatialisation et les dialogues ne manquent jamais de punch ni de fluidité sur la centrale. Les sous-titres français sont également disponibles.

Crédits images : © Les Bookmakers / The Jokers / M6 Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / La Nuit a dévoré le monde, réalisé par Dominique Rocher

LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE réalisé par Dominique Rocher, disponible en DVD le 15 octobre 2018 chez Blaq Out

Acteurs : Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant, Sigrid Bouaziz, David Kammenos, Jean-Yves Cylly, Nancy Murillo, Lina-Rose Djedje, Victor Van Der Woerd

Scénario : Guillaume Lemans, Jérémie Guez, Dominique Rocher d’après le roman “La Nuit a dévoré le monde” de Pit Agarmen

Photographie : Jordane Chouzenoux

Musique : David Gubitsch

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts-vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s’organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?

Chaque année, le cinéma réserve son lot de révélations. 2018 a été un très bon cru pour le cinéma français. Aux côtés de Xavier Legrand pour Jusqu’à la garde, Dominique Rocher se fait une belle place avec son premier long métrage, La Nuit a dévoré le monde. Sublime titre repris du roman éponyme de Pit Agarmen (pseudonyme et anagramme de l’écrivain Martin Page), publié en 2012, dont il s’agit de l’adaptation. Ce serait cliché de dire « Oui, il existe un cinéma de genre en France », puisque même Méliès abordait déjà le fantastique dans ses œuvres en lorgnant même sur l’épouvante afin d’effrayer les spectateurs avec ses démonstrations filmées. La Nuit a dévoré le monde s’inscrit dans le genre des films de zombies, tout en conservant une identité bien française. Un film fantastique est un film d’auteur et ça depuis les débuts du cinéma, donc là aussi, pas besoin de différencier les deux. La Nuit a dévoré le monde s’inscrit dans le genre avec une grande réussite doublée d’une étonnante et rare maturité pour une première œuvre.

Sur un rythme lent mais maîtrisé, Dominique Rocher, découvert entre autres avec son magnifique court-métrage La Vitesse du passé, démontre un talent fou de storyteller. Faisant la part belle au ressenti avec un énorme travail sur le son, le cadre, le montage, la photo, le cinéaste s’approprie les codes du film de genre pour livrer un film personnel, organique, passionnant, troublant. Cette transposition co-signée par le réalisateur avec les solides Jérémie Guez (Lukas avec Jean-Claude Van Damme, Carnivores des frères Rénier) et Guillaume Lemans (Pour elle de Fred Cavayé, Burn-Out de Yann Gozlan – autre nom à retenir de 2018 – et Dans la brume de Daniel Roby) est marquée par une grande et réelle envie de cinéma, d’allier le divertissement et la réflexion.

La Nuit a dévoré le monde est autant un film fantastique qu’un drame psychologique puisque le personnage principal apparaît déprimé au début du film des suites de sa séparation avec sa compagne et traverse lui-même l’appartement rempli de fêtards comme un être invisible. L’idée de génie de Dominique Rocher est d’avoir confié le rôle de Sam au magnétique comédien danois Anders Danielsen Lie, découvert en 2011 dans Oslo, 31 août de Joachim Trier et vu ensuite dans l’enivrant Fidelio, l’odyssée d’Alice de Lucie Borleteau, Ce sentiment de l’été de Mikhaël Hers et l’interprète de Rainer Maria Rilke dans Rodin de Jacques Doillon. Comme il l’a déjà démontré dans ses films précédents, l’acteur est parfait pour restituer les tourments qui agitent son personnage, visiblement solitaire. Alors que Sam connaît une période noire de sa vie et paraissait même déconnecté de ce qui passait autour de lui, il va devoir réapprendre à s’adapter dans un monde qui a changé en une seule nuit, sans transition, entouré de zombies avides de chair humaine et visiblement attirés par la cacophonie.

Le récit se déroule sur une année. Le spectateur suit Sam au fil des saisons, marquées par les vêtements du personnage, sa transformation physique (amaigri, les cheveux clairsemés et grisonnants) et le traitement des couleurs – de la directrice de la photographie Jordane Chouzenoux – qui deviennent de plus en plus froides. La survie passe par la mise en sécurité dans un appartement d’un immeuble haussmannien indépendant (Sam ne peut donc pas passer d’un bâtiment à l’autre), après que Sam ait constaté qu’il était bien le seul non contaminé dans les habitations voisines. N’attendez pas des attaques frontales, effets d’hémoglobine ou de tripes arrachées puis mangées. Ce qui importe ici, c’est le cheminement intérieur de Sam, qui sort peu à peu de sa dépression pour regarder la réalité en face. En tant que musicien, il trouve tout d’abord un peu de réconfort et de calme en écoutant un MP3 trouvé par hasard, avant de se constituer quelques instruments à l’aide d’ustensiles de cuisine. Jusqu’à ce qu’il mette la main sur une batterie sur laquelle passer ses nerfs, alors que les zombies, attirés par ce vacarme, s’agglutinent en bas de l’immeuble avec la bave aux lèvres.

La Nuit a dévoré le monde prend le genre au sérieux et l’aborde par un moyen détourné, à travers le récit initiatique d’un trentenaire alors au bout du rouleau, mis au pied du mur pour revenir à la vie et pour pouvoir survivre au quotidien, comme Robinson Crusoé sur son île déserte. D’ailleurs, le zombie coincé dans l’ascenseur interprété par Denis Lavant, auquel se confie Alex peut très bien se voir comme le célèbre Wilson du Seul au monde de Robert Zemeckis. Enfin, l’expérience ne serait pas complète sans l’hypnotique musique de David Gubitsch, qui instaure angoisse et suspense du début à la fin. S’il partage quelques points communs avec Dans la brume, écrit par le même scénariste Guillaume Lemans, La Nuit a dévoré le monde est pourtant complètement différent et se place définitivement dans le top des grandes découvertes de l’année.

LE DVD

Point d’édition Blu-ray pour La Nuit a dévoré le monde et c’est bien dommage. Toutefois, Blaq Out concocte un très bel objet pour la sortie en DVD du film de Dominique Rocher. Le slim Digipack est très beau, mais l’éditeur a préféré changer la couleur bleue originale de l’affiche pour la passer en couleur rouge sang, sans doute pour espérer attirer de nouveaux spectateurs. Le menu principal est fixe et musical.

Trois interviews réalisées sur le plateau se succèdent. Le réalisateur Dominique Rocher (6’), le co-scénariste Guillaume Lemans (6’30) et le responsable des maquillages Olivier Alfonso (5’30). Denses et pertinents, ces entretiens en disent long sur la genèse du projet, sur la psychologie du personnage principal, sur les partis et les intentions du metteur en scène. Dominique Rochet revient également sur les thèmes qu’il affectionne (l’isolement) et sur le casting. De son côté, Guillaume Lemans aborde le genre traité « à la française » et indique travailler avec Dominique Rocher sur un autre projet. Enfin, ce petit tour dans les ateliers de fabrication des maquillages de zombie est très intéressant.

Blaq Out a toujours défendu le format court-métrage. Et quel plaisir de découvrir le magnifique film de Dominique Rocher, La Vitesse du passé (2011-17’). Drame de science fiction ambitieux avec Mélanie Thierry, Nicolas Giraud et Alban Lenoir, ce court-métrage a été diffusé notamment sur Canal+ et dans les cinémas du réseau MK2 en avant-programme, ainsi que dans certains des plus grands festivals internationaux (Cannes, Toronto, Bermudes…). Lauréat du prix du meilleur film étranger au festival de Santa Monica, La Vitesse du passé a permis à Dominique Rocher de se faire remarquer et de se faire produire son premier long métrage. Margot et Joseph partent vivre loin de la ville, éloignés de tout, et retapent une vieille maison dans laquelle ils s’installent à peine. Un jour, la terre se met à trembler et le temps s’arrête, figeant Joseph dans sa chute depuis le toit de la maison. Il reste figé dans l’espace et le temps, mais continue malgré tout de descendre lentement vers le sol. Margot, elle, ne semble pas subir ce moment et continue de vivre, espérant que Joseph se remette à bouger à vitesse normale.

En guise de conclusion, l’éditeur permet d’écouter la superbe bande-originale de David Gubitsch.

L’Image et le son

Dommage de ne pas bénéficier de La Nuit a dévoré le monde en Haute-Définition. Malgré tout, cette édition SD en met souvent plein la vue. Blaq Out prend soin du film de Dominique Rocher et restitue les partis pris avec minutie, notamment le travail sur les couleurs qui indique le changement de saison et donc le temps qui s’écoule doucement pour Alex. Les détails sont précis, le piqué incisif, la clarté de mise sur les plans extérieurs. Un très beau master.

La piste Dolby Digital 5.1 permet à la composition de David Gubitsch de s’étendre (voir également la fête au début du film) et de créer une aura particulière qui berce doucement les spectateurs et qui s’agite durant le crescendo final. Les effets sont essentiellement frontaux. Vous pouvez donc sélectionner la Stéréo, qui s’en tire également très bien, avec une bonne dynamique et des effets percutants à l’instar des coups de fusil. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Haut et Court / Blaq Out / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Charlie (Firestarter), réalisé par Mark L. Lester

CHARLIE (Firestarter) réalisé par Mark L. Lester, disponible en DVD et Blu-ray le 9 octobre 2018 2018 chez ESC Editions

Acteurs : David Keith, Drew Barrymore, Freddie Jones, Heather Locklear, Martin Sheen, George C. Scott, Art Carney, Louise Fletcher, Moses Gunn, Antonio Fargas, Drew Snyder, Dick Warlock…

Scénario : Stanley Mann d’après le roman “Charlie” – “Firestarter” de Stephen King

Photographie : Giuseppe Ruzzolini

Musique : Tangerine Dream

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Ses parents ayant servi de cobayes à des expériences scientifiques confidentielles, Charlene McGee naît avec l’extraordinaire don de pouvoir, à distance et par la pensée, de manipuler le feu. Petite fille, elle attise désormais la convoitise de l’agence gouvernementale secrète responsable de son état. Une organisation puissante et prête à tout…

Depuis le succès mondial de Carrie au bal du diable de Brian De Palma, l’adaptation du premier roman de Stephen King, l’écrivain devenu le maître de l’horreur est très courtisé par le cinéma. Sorti en 1980 et malgré son rejet par Stephen King, Shining de Stanley Kubrick est un chef d’oeuvre instantané qui révolutionne le septième art. En 1982, Creepshow de George A. Romero, écrit par Stephen King, montre encore une fois l’engouement du public pour ses histoires d’épouvante. Cujo de Lewis Teague est également un succès en 1983. Le grand producteur Dino De Laurentiis acquiert les droits du roman Charlie aka Firestarter en version originale. John Carpenter est courtisé. Le réalisateur confie le scénario à son complice Bill Lancaster, qui vient d’écrire The Thing, qui est ensuite validé par Stephen King lui-même. Seulement voilà, The Thing se fait écraser au box-office par E.T, l’extra-terrestre de Steven Spielberg. Universal remercie purement et simplement John Carpenter. Ce dernier héritera néanmoins de l’adaptation de Christine, qu’il mettra en scène uniquement dans le but de pouvoir survivre au sein des studios. Alors qui pour s’occuper de la transposition de Charlie à l’écran ?

Finalement, Dino De Laurentiis jette son dévolu sur un nommé Mark L. Lester, remarqué avec son film Class 1984. Le scénario est confié à Stanley Mann, l’auteur de L’Obsédé de William Wyler (1965) et de Damien : la Malédiction 2 de Don Taylor (1978). Quant au rôle principal et éponyme, il est confié à Drew Barrymore, huit ans, qui venait d’exploser à l’écran dans…E.T., l’extra-terrestre. La boucle est bouclée.

Tourné en même temps que Christine de John Carpenter et Dead Zone de David Cronenberg, Charlie, une drôle de petite dame, n’a pas le même prestige que ses concurrents puisqu’il ne bénéficie pas d’un cinéaste de renom ou qui possède une griffe particulière. Ici, la star c’est Stephen King et cette entreprise mise tout sur la popularité et le succès du roman. Malgré tout, après un succès très modeste et des critiques globalement négatives à sa sortie, les années ont été plutôt clémentes avec Firestarter et mérite d’être (re)découvert.

Andy McGee et Victoria “Vicky” Tomlinson, sont soumis à une expérience commandée par le Dr. Joseph Wanless, dont le but est l’injection du “Lot 6”, une drogue qui stimule la glande pituitaire, qui permet au cobaye d’acquérir différents pouvoirs psychiques. Ce à quoi Andy et Vicky ne s’attendaient pas, c’était d’avoir une petite fille, Charlene surnommée “Charlie”, dotée d’une incroyable beauté, mais aussi d’un terrifiant pouvoir : la pyrokinésie. Ce pouvoir lui permet d’incendier n’importe quoi et n’importe qui par la pensée. Huit ans plus tard, Vicky est tuée par des agents d’une agence gouvernementale secrète, « Le Laboratoire », commandé par l’ambitieux Capitaine Hollister. C’est alors qu’apparaît John Rainbird, un homme impitoyable et sadique, dont le seul désir est d’avoir Charlene pour lui tout seul, pour pouvoir la tuer de ses propres mains.

Rien qu’à la lecture du résumé, le lecteur fan de Stephen King y reconnaîtra les grandes lignes du roman. Et c’est le cas. Charlie (Firestarter) est très fidèle au livre original. Trop sans doute. C’est ce qui en fait son point fort, au moins le lecteur ne se sentira pas trahi puisqu’il retrouvera vraiment ce qui lui aura plu dans ce roman par ailleurs sensationnel, mais c’est également son point faible. Car Charlie (Firestarter) manque d’âme. A l’instar des deux premiers Harry Potter réalisés par Chris Colombus, le spectateur aura l’impression de tourner les pages du livre en même temps qu’il découvre le film. Contrairement à Brian De Palma, John Carpenter, George A. Romero et David Cronenberg, Mark L. Lester n’a pas un style qui lui est propre. Excellent « faiseur », comme il le prouvera l’année suivante dans son chef d’oeuvre, Commando avec Arnold Schwarzenegger, Mark L. Lester dispose d’un solide bagage de technicien. Le boulot est bien fait, l’image Scope est soignée, la photo du chef opérateur Giuseppe Ruzzolini (collaborateur de Pier Paolo Pasolini, Mon nom est Personne de Tonino Valerii) est superbe, les acteurs sont excellents, très bien castés. Le final dantesque, qui n’est évidemment pas sans rappeler celui de Carrie au bal du diable, est explosif à souhait, dans tous les sens du terme avec une gigantesque démonstration d’effets pyrotechniques.

Aujourd’hui, il serait difficile d’imaginer une autre petite actrice que Drew Barrymore pour incarner le personnage principal. Charismatique en diable et tempérament de feu (oui bon, elle était facile), la très jeune comédienne étonne par sa sincérité et son investissement, autant dans les séquences dramatiques que lors des affrontements. A ses côtés, Martin Sheen (qui venait de jouer un autre salaud dans Dead Zone) et George C. Scott (Oscar du meilleur acteur pour Patton, L’Enfant du diable – The Changeling) se donnent la réplique et apportent au film une indéniable plus-value. Moins célèbre, David Keith (The Rose de Mark Rydell, Officier et Gentleman de Taylor Hackford) ne démérite pas moins dans le rôle du père de Charlie et s’avère même très émouvant dans ses scènes avec Drew Barrymore. Quant à la musique de l’immense groupe Tangerine Dream, elle reste très enivrante et souligne la dramaturgie de façon décalée. Rien d’étonnant à cela puisque la B.O. provient de morceaux déjà composés à l’avance et mis à la disposition de Mark L. Lester pour qu’il en fasse ce qu’il veut.

35 ans après, Charlie reste un bon et beau divertissement. S’il ne pourra jamais prétendre au prestige et à la reconnaissance des autres adaptations de Stephen King susmentionnées, cela n’a pas empêché le film de devenir culte auprès de très nombreux cinéphiles. Longtemps oublié et dissimulé derrière des œuvres et chefs d’oeuvres de grands maîtres, il est temps aujourd’hui de découvrir les qualités de ce petit film très attachant, bien rythmé et très plaisant à regarder.

LE BLU-RAY

Exit la version DVD MGM de Charlie (Firestarter) qui se revendait très cher sur le net ! Le film de Mark L. Lester jouit enfin d’une édition Haute-Définition sous la houlette d’ESC Editions. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur noire. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche originale. Le menu principal est animé sur la musique de Tangerine Dream.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent concernant les bonus. Seule une présentation (23’) du film et des adaptations de Stephen King au cinéma par Laurent Duroche de Mad Movies. Un peu plan-plan et filmé en plan fixe, le journaliste replace Charlie Firestarter) dans la carrière de l’écrivain et dans le courant cinématographique au début des années 1980. La production du film, son tournage et son accueil sont passés en revue, ainsi que le casting, la musique et les prochaines transpositions de Stephen King, notamment Marche ou crève que Laurent Duroche attend avec une grande impatience.

Cette section se clôt sur la bande-annonce de Charlie (Firestarter) et celle de Chucky – Jeu d’enfant.

L’Image et le son

ESC Editions livre un master HD qui frôle la perfection. Les très beaux partis-pris esthétiques du directeur de la photographie Giuseppe Ruzzolini trouvent en Blu-ray un nouvel écrin et se voient entièrement respectés. Point ou peu de réducteur de bruit à l’horizon, le grain est présent tout en étant discret (même sur les plans de vapeur ou de fumée difficiles à consolider), la photo parfois ouatée est savamment restituée, la colorimétrie retrouve un éclat inédit et le piqué est probant. Le format 2.35 est conservé, la profondeur de champ fort appréciable. A peine quelques plans flous et des visages légèrement rosés à déplorer. L’encodage AVC demeure solide, la gestion des noirs impeccable, la propreté exceptionnelle et le niveau de détails impressionnant. Charlie (Firestarter) qui affiche déjà plus de trente ans au compteur peut se targuer d’un lifting de premier ordre et d’un transfert d’une folle élégance.

Les versions originale et française sont proposées en DTS-HD Master Audio Mono 2.0, des pistes exemplaires et limpides, restituant les dialogues avec minutie – moins en version originale toutefois – ainsi que l’enivrante bande originale signée Tangerine Dream. Les effets sont solides, le confort acoustique largement assuré et nous découvrons même quelques ambiances inédites qui avaient pu échapper à nos oreilles jusqu’à maintenant. La piste française se focalise un peu trop sur les dialogues au détriment des effets annexes, plus saisissants en version anglaise. Le mixage français est certes moins riche mais contentera les habitués de cette version. Nous échappons heureusement à un remixage 5.1 inutile. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Orion Pictures / MGM / ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Blob – Danger planétaire, réalisé par Irvin S. Yeaworth Jr.

THE BLOB – DANGER PLANÉTAIRE (The Blob) réalisé par Irvin S. Yeaworth Jr., disponible en combo Blu-ray + DVD + Livret le 23 octobre 2018 chez ESC Editions

Acteurs : Steve McQueen, Aneta Corsaut, Earl Rowe, Olin Howland, Alden “Stephen” Chase, John Benson, George Karas, Lee Paton…

Scénario : Theodore Simonson, Kay Linaker d’après une histoire originale d’Irving H. Millgate

Photographie : Thomas E. Spalding

Musique : Ralph Carmichael

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Une météorite s’écrase à quelques kilomètres de la ville de Downingtown. Curieux de voir à quoi elle ressemble, Steve Andrews et Jane Martin accourent. S’ils trouvent un cratère encore fumant, ils se rendent vite à l’évidence que le rocher venu de l’espace contenait un monstre, une entité visqueuse et affamée dont la croissance rapide constitue bientôt une menace pour tous les habitants de la région.

Danger Planétaire (alias The Blob en version originale), production de type drive-in de la fin des années 50, est un pur produit de cinéma d’exploitation. Distribué sur le continent américain par Paramount, personne ne voyait venir le succès de ce petit film destiné à un public adolescent, qui n’a coûté que 240 000 dollars. Il a en effet rapporté près de 12 millions de dollars dans le monde alors que Steve McQueen avait refusé un cachet qui lui permettait de toucher 10% sur les recettes du film au profit d’un salaire fixe. Deuxième film du réalisateur Irvin S. Yeaworth Jr. (qui n’aura pas fait grand-chose d’ailleurs par la suite), The Blob est un film de science-fiction typique des années 50. Auparavant, Yeaworth Jr. avait réalisé The Flaming Teenage, film totalement oublié. The Blob n’a été tourné quasiment qu’avec des techniciens qu’il connaissait et qui venaient de Valley Forge Films, société qu’il dirigeait. Contrairement aux craintes de son producteur Jack Harris (Dark Star de John Carpenter, Schlock de John Landis), The Blob est un film qui a respecté ses délais de tournage, dû à un travail précis du réalisateur et de son équipe.

Ce n’était pourtant pas chose facile en raison de nombreux problèmes survenus sur le tournage. Outre des soucis d’éclairage rencontrés par le chef opérateur Thomas E. Spalding, c’est surtout la star Steve McQueen qui en causa le plus. En effet, il ne s’entendait pas avec grand monde, faisait ce qu’il voulait sur le plateau, et surtout, il ne croyait absolument pas au film. Lui qui n’avait fait jusqu’ici que quelques apparitions à l’écran pensait vraiment que ce film n’allait pas lancer sa carrière. Sur les conseils de son épouse, il parvient à s’imposer et à faire les choses à sa manière. La même année, il obtient le premier rôle de la série Au Nom De La Loi, et la suite, vous la connaissez.

Bien que le film soit une série B plutôt modeste, elle a inspiré un pan d’artistes et de cinéastes par la suite, ce qui en fait une œuvre majeure. Le film lui-même s’inspire de The Thing de Christian Niby (1951), qu’Howard Hawks aurait en fait réalisé, mais c’est une autre histoire. Outre Attention au Blob !, un remake ringard réalisé par Larry « J.R. » Hagman en 1972, on retiendra surtout celui mis en scène par Chuck Russell (The Mask) et co-écrit par Frank Darabont en 1988. La matière du Blob n’est pas sans rappeler une œuvre majeure de la pop-culture : le fameux symbiote, créé par Todd McFarlane pour les comics Spider-Man dans les années 80. D’ailleurs, la fameuse scène de Spider-Man 3 de Sam Raimi où le symbiote arrive sur Terre lorsque Mary Jane et Peter passent une soirée en amoureux sur la toile tissée par ce dernier, fait écho à la première scène du film d’Irvin Yeaworth Jr., où Aneta Corsaut fait les yeux doux à Steve McQueen durant l’arrivée du Blob…

Un film intéressant sur ses thématiques et son époque, qui malgré sa courte durée (1h23) nous embarque dans son récit.

LE BLU-RAY

ESC Edition est responsable de cette édition se présentant sous forme d’un boîtier noir, comprenant le Blu-ray et le DVD du film, accompagné d’un livret de 16 pages (non fourni pour ce test) écrit par le spécialiste ESC, Marc Toullec. Le menu principal est animé et reprend la musique décalée du générique de début.

Un unique supplément compose cette édition. Il s’agit d’une présentation de 16 minutes réalisée par Linda Tahir intitulée Le Blob Contre-Attaque. L’historien du cinéma Gilles Diment resitue le film dans son époque, dans son genre et dans la carrière de son réalisateur. Un document intéressant qui aurait mérité une plus longue intervention. Dommage également que la prise de son soit si légère.

L’Image et le son

Quasiment rien à dire sur le transfert HD de ce film. Ce transfert semble repris de l’édition Criterion qui présentait un master 4K flambant neuf. Outre un grain parfois trop appuyé et trop présent, les couleurs (des laboratoires Deluxe) sont volontairement kitsch et mettent en valeur tous les éléments au premier plan. Les noirs sont précis et la définition est agréable. Le film est présenté dans son format d’origine 1.66, dont l’encodage est en AVC pour une image en 1080p.

Pour le son, il y a de la VO et de la VF. Si la version originale en DTS-HD Master Audio Mono 2.0 est plus propre et plus claire, la version française DTS-HD Master Audio Mono 2.0 est un peu plus étouffée, mais reste tout à fait recommandable et de très bonne facture. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Editons / ESC Distribution / Paramount/ Critique du film & chronique du DVD : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Aux frontières de l’aube, réalisé par Kathryn Bigelow

AUX FRONTIÈRES DE L’AUBE (Near Dark) réalisé par Kathryn Bigelow, disponible en combo Blu-ray/DVD le 25 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Adrian Pasdar, Jenny Wright, Lance Henriksen, Bill Paxton, Jenette Goldstein, Tim Thomerson…

Scénario : Kathryn Bigelow, Eric Red

Photographie : Adam Greenberg

Musique : Tangerine Dream

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Dans une petite bourgade de l’Oklahoma, un soir, Caleb fait la rencontre d’une étrange fille, Mae, qui va bouleverser son existence. En effet, Mae est vampire. Caleb se retrouve alors parmi une redoutable « meute » de tueurs-vampires qui ne sévissent que la nuit car ils craignent les mortels rayons du soleil.

S’il n’a eu aucun succès dans les salles américaines à sa sortie en 1987 malgré son petit budget de 5 millions de dollars, Aux frontières de l’aubeNear Dark est pourtant devenu une œuvre culte, reconnue, une référence du genre fantastique, une étape fondamentale du film de vampires. Il s’agit également du premier long métrage mis en scène en solo par l’immense Kathryn Bigelow, six ans après The Loveless, qu’elle avait coréalisé avec Monty Montgomery. Si Aux frontières de l’aube est un chef d’oeuvre aujourd’hui cité et plagié, le film possède également la particularité de reprendre trois comédiens d’Aliens, le retour de James Cameron, Lance Henriksen, Bill Paxton et Jenette Goldstein, réalisé l’année précédente et dont le titre apparaît d’ailleurs sur la devanture d’un cinéma dans Near Dark. Quatre ans avant le succès mondial de Point Break, Kathryn Bigelow installe déjà les composantes de son cinéma, précipité de violence, d’adrénaline (la véritable drogue de tous les personnages chez la cinéaste), de testostérone et de fureur.

Une nuit, Caleb, un jeune fermier candide de l’Oklahoma, rencontre la belle Mae. Fasciné, il tente de la séduire et obtient d’elle un baiser qui devient une morsure. Ce contact va entraîner Caleb dans le monde des compagnons de Mae, des vampires. Il devra apprendre à tuer pour s’abreuver du sang de ses victimes.

Priez pour que l’aube arrive…

Il y a eu définitivement un an avant et un après Les Frontières de l’aube. Si le mot vampire n’est jamais utilisé durant le film, la troupe, on peut même parler de famille reconstituée, de Near Dark appartient bel et bien à ces créatures. S’ils se trouvent dépourvus de canines affûtées, ils se nourrissent quand même du sang de leurs victimes croisées sur les routes désertiques, dans quelques motels glauques qui jonchent les chemins poussiéreux de l’Amérique profonde ou dans quelques bars crasseux où leur dégaine ne passe pas inaperçue dans ces contrées reculées.

Le souhait original de Kathryn Bigelow et de son coscénariste Eric Red (l’auteur du mythique Hitcher de Robert Harmon) était de faire un véritable western, la réalisatrice étant une grande admiratrice du cinéma de Sam Peckinpah, en particulier de La Horde sauvage. Essuyant le refus des producteurs qui prétextaient alors que le genre était démodé et peu amène d’attirer les spectateurs dans les salles, les deux associés changent leur fusil d’épaule en combinant le western et le fantastique.

Western horrifique, Aux frontières de l’aube ne s’embarrasse pas de la mythologie originale. Pas de gousses d’ail ici, ni de crucifix, encore moins d’eau bénite et de cercueils. Demeure l’intolérance au soleil, qui reste fatal pour ces créatures pourtant immortelles. Si la figure du vampire a toujours été accompagnée d’un érotisme latent, Kathryn Bigelow et Eric Red narrent une véritable histoire d’amour, celle entre Caleb (Adrian Pasdar, vu dans Top Gun et dans L’Impasse) et Mae (Jenny Wright), à la dimension Shakespearienne, puisque les deux familles des intéressés vont s’interposer comme dans Roméo & Juliette.

La nuit a son prix…

Après leur mutation, ils représentent ce qu’il y a encore d’humain avec l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre, alors que ceux qui les entourent ne cessent de s’acharner sur leurs proies, dans le sang et la peur. A ce titre, celui qui tire indéniablement son épingle du jeu est le grand et regretté Bill Paxton. Complètement azimuté, explosif, déchaîné, bestial, son personnage Severen, sourire vicieux et sadique collé au visage, adore provoquer ses futures victimes, les pousser à bout, pour ensuite mieux se jeter sur elles et se repaître de leur hémoglobine. Plus « sage » en apparence, mais tout aussi monstrueux, impitoyable et machiavélique, Lance Henriksen campe une variation ténébreuse et sanguinaire de son Bishop d’Aliens, le retour. Son look de gourou des temps modernes, ancien soldat sudiste qui ne cesse d’évoquer sa « mort », est aussi inoubliable.

Réalisé à la fin des années 1980, Aux frontières de l’aube peut se voir comme une parabole sur l’épidémie mondiale du SIDA, avec la peur que la maladie entraîne chez ceux qui en ont « entendu parler » et qui repoussent ceux qui en seraient atteints. Au-delà de cette réinterprétation personnelle du film de vampires, Aux frontières de l’aube est un objet plastique crépusculaire fascinant. Dès sa sublime introduction, avec son montage percutant, la beauté de la photographie d’Adam Greenberg (Terminator, ouvertement cité lors de la scène du poids lourd dans le dernier acte) et la musique toujours enivrante de Tangerine Dream, Near Dark attrape le spectateur pour ne plus le lâcher. Tel un opéra-rock, le film enchaîne les morceaux de bravoure, sanglants ou furieusement romantiques avec une touche de mélancolie, doux et ultra-violents, jusqu’à l’époustouflant final.

Near Dark s’inspire lui-même du roman original d’Anne Rice, Entretien avec un vampire, publié à la fin des années 1970, pour ce qui touche au personnage d’Homer, adulte coincé dans un corps d’enfant. Mais, Aux frontières de l’aube donnera également naissance à d’autres films de genre réalisés dans les années 1990 avec bien évidemment Une nuit en enfer de Robert Rodriguez (1996) et surtout Vampires de John Carpenter (1998) dont certaines scènes renvoient directement au film de Kathryn Bigelow. Lauréat du Corbeau d’argent au Festival international du film fantastique de Bruxelles en 1988, Grand Prix et Licorne d’or pour Jenny Wright au Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction la même année, Aux frontières de l’aube est aujourd’hui unanimement reconnu comme un jalon important du genre. Du sang neuf dont se sont abreuvés les vampires à l’approche du XXIe siècle.

LE BLU-RAY

Aux frontières de l’aube est le numéro 2 de la collection Make my Day supervisée par l’un de nos meilleurs critiques cinéma, Jean-Baptiste Thoret. Comme pour Sans mobile apparent, Six femmes pour l’assassin, Max mon amour et La Mort a pondu un œuf, Studiocanal permet enfin de (re)découvrir Aux frontières de l’aube dans une édition digne de ce nom. Le film de Kathryn Bigelow est présenté ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

Jean-Baptiste Thoret présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (7’30). Comme il en a l’habitude, le critique replace de manière passionnante Aux frontières de l’aube dans son contexte, dans la filmographie et le parcours de Kathryn Bigelow. Il évoque également les conditions de tournage, la genèse et les thèmes du film, la musique de Tangerine Dream, mais également le casting. Tout cela est abordé sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

Cette édition comprend une interview de Kathryn Bigelow, réalisée pour l’émission française Rapido, diffusée sur Canal+ à l’occasion de la sortie française du film en 1988 (25’). Présenté sans coupes, l’entretien est parfois interrompu en raison d’un bruit parasite ou pour demander à la réalisatrice de se replacer face à la caméra. La cinéaste revient sur ses études, son expérience dans la peinture, les partis pris d’Aux frontières de l’aube (« rendre la nuit séduisante »), le travail avec le chef opérateur Adam Greenberg et son coscénariste Eric Red, les conditions de tournage (essentiellement de nuit pendant un mois et demi), les personnages et le casting. Kathryn Bigelow évoque également James Cameron (« Je suis une très grande fan de son cinéma »), ainsi que ses intentions, l’attrait de la violence au cinéma et ses aspirations pour les années à venir. Un document précieux à découvrir.

L’éditeur propose également un documentaire rétrospectif sur Aux frontières de l’aube, Living in Darkness, réalisé en 2002 et invitant une partie du casting, la réalisatrice, les producteurs et le chef opérateur Adam Greenberg (47’). Les anecdotes passionnantes s’enchaînent sur un rythme soutenu, ainsi que les souvenirs de tournage et les conditions des prises de vue. Chacun aborde également la psychologie des personnages et la relecture du mythe du vampire proposée par Near Dark. Des storyboards, ainsi que des photos de plateau illustrent ces propos.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Cette édition Haute-Définition d’Aux frontières de l’aube confortera à la fois les puristes, soucieux de retrouver la patine clairement indépendante de cette œuvre devenue culte, et les adeptes du support Blu-ray. Sans jamais dénaturer le grain original, parfois plus appuyé sur certaines séquences sombres, Studiocanal a trouvé le compromis entre le respect des volontés artistiques originales et l’upgrade numérique. Les contrastes sont au beau fixe (certains trouveront peut-être l’image trop sombre), les noirs denses, la copie stable et d’une propreté immaculée et les couleurs ravivées. Les scènes diurnes sont lumineuses et le piqué est inédit. Tourné avec un budget minuscule de 5 millions de dollars, Aux frontières de l’aube est un tout petit film et ses partis pris occasionnent quelques plans flous, qui apparaissent encore ainsi en HD. La restauration est donc éloquente, très plaisante et surtout très réussie, faisant oublier illico le DVD édité en 2010, au master aujourd’hui complètement obsolète.

La version originale aux sous-titres français imposés est proposée en DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. La première option se contente de spatialiser le score hypnotique de Tangerine Dream, ainsi que des ambiances dynamiques sur les scènes agitées du dernier acte notamment. Les voix auraient toutefois mérité d’être un peu plus relevées sur la centrale. La piste 2.0 est de fort bon acabit, sans doute plus homogène dans son rendu et souvent percutante. Plus anecdotique, la version française est parfois plus sourde, feutrée et couverte, notamment dans son rendu des dialogues (très mauvais doublage) et des bruitages.

Crédits images : © Near Dark Joint Venture / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Hérédité, réalisé par Ari Aster

HÉRÉDITÉ (Hereditary) réalisé par Ari Aster, disponible en DVD et Blu-ray le 15 octobre 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro, Ann Dowd, Mallory Bechtel, Brock McKinney, Austin R. Grant, Christy Summerhays, Morgan Lund…

Scénario : Ari Aster

Photographie : Pawel Pogorzelski

Musique : Colin Stetson

Durée : 2h08

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Quand Ellen, la matriarche de la famille Graham, décède, sa fille, Annie, retourne habiter dans la demeure familiale avec son mari et ses deux enfants, Peter et Charlie. Mais, rapidement, leur vie paisible est perturbée par des phénomènes étranges et inquiétants. La famille devra découvrir les terrifiants secrets de la matriarche défunte…

Hérédité est non seulement le plus grand film d’épouvante de l’année 2018, mais c’est aussi l’un des meilleurs films de genre de ces quinze dernières années et assurément l’un des plus flippants de tous les temps. Réalisateur d’une demi-douzaine de courts-métrages, Ari Aster écrit et met en scène son premier long métrage Hérédité et c’est un véritable coup de maître. En utilisant les codes du film d’horreur, le cinéaste dresse le portrait d’une famille au bord du gouffre et touchée par le deuil. Loin d’être un nouvel ersatz ou constitué d’hommages appuyés à quelques grands maîtres qui ont donné au film d’horreur ses lettres de noblesse, Hérédité innove constamment et repose sur des interprètes sensationnels, en particulier Toni Collette. Décidément trop rare, la comédienne australienne, déjà nommée aux Oscar pour Sixième Sens de M. Night Shyamalan, mériterait cet honneur une fois de plus puisqu’elle signe l’une de ses plus grandes prestations et donne le la de cet immense drame psychologique.

De l’aveu même d’Ari Aster, Hérédité s’inspire d’une succession de terribles drames qu’il a vécus dans sa propre famille pendant plusieurs années. Des épreuves difficiles et des disparitions de proches qui lui faisaient parfois penser que sa famille était « maudite ». L’art est cathartique et pour l’aider à sortir de cette spirale infernale, Ari Aster a imaginé une famille confrontée à la disparition de la matriarche, découvrant progressivement des secrets de plus en plus terrifiants sur la défunte et leur lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

Quelle claque ! Et l’impression reste la même après les multiples visionnages. Pour son premier long métrage, Ari Aster foudroie par la virtuosité de sa mise en scène, du montage en passant par la composition du cadre, la direction d’acteurs, sans oublier le travail de titan sur le son. Les scènes destinées à devenir cultes s’enchaînent sur un rythme lent, mais redoutablement maîtrisé. D’emblée, il y a quelque chose de foncièrement dérangeant dans cette famille. La mère Annie semble constamment plongée dans son travail en réalisant des miniatures (glaçantes et représentant leur quotidien) dans son atelier, le père Steve (superbe Gabriel Byrne), plus doux, psychiatre, devient le réceptacle du mal-être des autres, Peter le fils aîné (Alex Wolff, vu dans Jumanji: Welcome to the Jungle), fragile, semble en perte de repères et se réfugie dans le cannabis, tandis que la petite Charlie (troublante Milly Shapiro, révélation du film) paraît ailleurs, comme déconnectée et victime d’hallucinations puisqu’elle pense apercevoir sa grand-mère après son décès.

Véritable cauchemar éveillé, Hérédité s’impose comme une immense réussite, difficile d’accès peut-être, à tel point que certains trouveront le film opaque. Cette tragédie familiale et son épilogue complètement dingue rappellent The Witch de Robert Eggers. Les deux films, produits par la compagnie A24 (It Comes at Night, A Ghost Story), reposent sur un rythme languissant, effraient sans jamais avoir recours aux sempiternels jump-scares et rappellent les histoires qu’on aimait entendre caché sous les draps. Le final d’Hérédité renvoie à celui de The Witch quant à sa révélation, son déroulé, ses partis pris, comme s’il s’agissait du second volet d’une trilogie en devenir. Mais le film d’Ari Aster, retenez bien ce nom, redoutablement pessimiste et machiavélique, peut heureusement et surtout se voir comme une expérience unique et oserai-je dire inédite, tant le réalisateur parvient à renouveler un genre pourtant archi-rabattu, replié sur lui-même en usant habituellement des mêmes clichés.

Prenons le pari qu’Hérédité fera date et qu’il deviendra non seulement un grand classique de l’épouvante, mais aussi une nouvelle référence. Absolument effrayant.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Hérédité, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé et musical.

Le making of (20’) en dit un peu plus sur les thèmes, les intentions du réalisateur et les partis pris du film. Ari Aster, les comédiens principaux, ainsi que divers techniciens et chefs de départements partagent leur expérience et les conditions de tournage. Sans rentrer dans les détails, le cinéaste indique s’être inspiré de quelques drames vécus et donne quelques titres de films qui l’ont traumatisé comme Carrie au bal du diable de Brian De Palma et Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant de Peter Greenaway. De nombreuses photos de plateau viennent également illustrer l’ensemble.

Huit scènes coupées (17’) prolongent notamment la relation entre Steve et Peter.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photographies focalisées sur les très nombreuses maquettes du film, des bandes-annonces et des liens internet.

L’Image et le son

Hérédité est un film sombre et la Haute définition restitue habilement la photo du chef opérateur Pawel Pogorzelski. Les volontés artistiques sont donc respectées, sans aucune perte du piqué et des détails dans les scènes les moins éclairées. Ce master HD demeure impressionnant de beauté, le cadre est sublime, les contrastes affichent une densité remarquable (du vrai goudron en ce qui concerne les noirs) et la colorimétrie froide est optimale. Un vrai régal pour les yeux. Disque de démonstration.

Les deux versions DTS-HD Master Audio 5.1 font quasiment match nul en ce qui concerne la délivrance des ambiances sur les enceintes latérales, la restitution des dialogues et la balance frontale. Le spectateur est littéralement plongé dans ce quasi-huis clos, la spatialisation reste solide tout du long et le caisson de basses est utilisé à bon escient. Sans surprise, la version originale l’emporte de peu sur l’homogénéité et la fluidité acoustique, ainsi que sur le report des voix. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Metropolitan Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr