Test Blu-ray / La Baie sanglante, réalisé par Mario Bava


LA BAIE SANGLANTE (Reazione a catena – Ecologia del delitto) réalisé par Mario Bava disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 5 mars 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Claudine Auger, Luigi Pistilli, Claudio Volonté, Laura Betti, Leopoldo Trieste, Franco Ventura, Anna Maria Rossati, Isa Miranda, Brigitte Skay, Paola Montenero, Roberto Bonanni, Guido Boccaccini, Nicoletta Elmi, Renato Cestiè…

Scénario : Filippo Ottoni, Mario Bava, Giuseppe Zaccariello d’après une histoire originale de Dardano Sacchetti et Franco Barberi

Photographie : Mario Bava

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

La vieille comtesse Frederica est brusquement arrachée à son fauteuil d’invalide et pendue par son mari qui à son tour meurt sous les coups de poignard d’un mystérieux assassin. Quatre jeunes gens venus se divertir pénètrent par effraction dans la villa. Pendant que l’une des filles se baigne nue dans la baie et se retrouve la gorge tranchée, un garçon et une fille désirant faire l’amour se retrouvent épinglés au lit par une lance…

La Baie sanglante est une œuvre tardive dans l’oeuvre de Mario Bava. Le cinéaste a 57 ans quand il entreprend ce film, considéré aujourd’hui comme l’une de ses plus grandes réussites, qui apparaît également comme une réponse au giallo, ce genre italien du film d’exploitation, cocktail de cinéma d’horreur, de film policier et d’érotisme soft. Un tueur ganté, masqué, qui assassine sauvagement (souvent en caméra subjective) à l’aide d’une arme blanche ou de ses propres mains en étranglant la plupart du temps une pauvre femme qui trépasse en hurlant, et qui rend son dernier souffle, figée dans un ultime appel au secours. Telles sont les composantes du giallo. Chantage, sexe, héros suspectés, meurtres sadiques, Mario Bava (1914-1980) ne sait pas encore qu’il vient de changer le cinéma de genre, italien, européen puis mondial avec Six femmes pour l’assassinSei Donne per l’assassino, ou bien encore Blood and Black Lace pour son titre international, qui sort sur les écrans en 1964. De cette œuvre matricielle, acte fondateur de tout un pan du septième art, Dario Argento s’en inspirera pour son propre cinéma. En février 1970, L’Oiseau au plumage de cristal connaît un succès mondial. Après le désistement du producteur Dino De Laurentiis qui voulait surfer sur la vague du giallo, Mario Bava décide d’aller plus loin et de remettre les pendules à l’heure quant au genre qu’il a lui-même créé.

Six scénaristes se refilent l’histoire de La Baie sanglante, qui déboule sur les écrans italiens en 1971. Et c’est du jamais vu. Les spectateurs se retrouvent face à une succession ou plutôt à une réaction en chaînes (traduction littérale du titre original) de meurtres (13 au total) très violents, crus, sanglants, comme s’ils étaient embarqués dans une spirale, dans une boucle constituée d’assassinats en perpétuel recommencement. Non seulement, Mario Bava a inventé le giallo, mais il crée ici un autre genre qui découle du premier, le slasher, et sera notamment la première grande influence du Vendredi 13 de Sean S. Cunningham (1981).

La Baie est un magnifique domaine, convoité par tous. La propriétaire, Federica Donati, une vieille comtesse paralytique, refuse de vendre la propriété à un architecte sans scrupule, car elle ne veut pas la voir se transformer en station balnéaire et lieu touristique. Un soir la comtesse est attaquée par son mari le comte Filippo Donati. Dans la foulée le comte est tué et son corps dissimulé dans la baie. Un mot désespéré étant retrouvé près du cadavre, la police conclut au suicide.

C’est une expérience inoubliable à laquelle nous convie Mario Bava. Presque un demi-siècle après sa sortie, La Baie sanglante, Reazione a catena (Ecologia del delitto) demeure l’un des plus grands films d’horreur, ou de terreur plutôt, de l’histoire du cinéma, probablement l’un des plus violents. Radical, mais également réflexion sur la représentation de la violence à l’écran et du rapport des spectateurs avec les films de genre, La Baie sanglante peut se targuer de flatter autant l’intellect du spectateur, que ses sens en le divertissant du début à la fin, en lui offrant ce qu’ils est venu chercher, au-delà même de ses espérances. Déçu par son Île de l’épouvante (1970), le maestro en reprend quelques motifs ici dans La Baie sanglante. Voulant retrouver une certaine forme de liberté créatrice et d’expression, Mario Bava a pour ainsi dire carte blanche. S’il a également participé au scénario sur cet opus, il y est également chef opérateur.

Bienvenue dans un monde où l’horreur peut vous surprendre n’importe où, dans le plus simple appareil, de jour comme de nuit. Véritable leçon de cinéma, du zoom au montage, en passant par la sécheresse des meurtres macabres, la beauté de la photographie, les effets spéciaux et les maquillages saisissants du grand Carlo Rambaldi (récompensés au Festival du film fantastique d’Avoriaz), La Baie sanglanteReazione a catena est un chef d’oeuvre absolu et intemporel, morbide, mais lyrique et surtout furieusement poétique.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Baie sanglante, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check disc. Le menu principal est animé et musical. Après plusieurs éditions chez TF1 Vidéo (2000), Evidis (2006) et Carlotta Films (2009), le che d’oeuvre de Mario Bava revient dans les bacs, plus beau que jamais !

Le journaliste Mathieu Macheret a décidément le vent en poupe puisque nous ne cessons de le retrouver sur les éditions de Rimini Editions et bien évidemment chez ESC Editions. Il propose ici une analyse de quelques séquences spécifiques de La Baie sanglante (20’). Une présentation assez pointue et pertinente, qui croise à la fois le fond et la forme.

Critique cinématographique et écrivain, Gérard Lenne a répondu présent pour présenter à son tour La Baie sanglante de Mario Bava (25’). Cette passionnante intervention donne moult informations sur la genèse et la production du film qui nous intéresse. Ecologia del delitto est replacé dans l’oeuvre du maître italien, les partis pris sont analysés (la violence des meurtres et la représentation de la violence), le casting passé au peigne fin, ainsi que les lieux de tournage, la sortie du film sur les écrans, les quelques récompenses à Sitges (une mention spéciale) et à Avoriaz (prix des effets spéciaux pour Carlo Rambaldi), ainsi que son influence sur le genre américain puisque La Baie sanglante allait donner naissance au slasher. Moult anecdotes sont également racontées au fil de ce rendez-vous vraiment très agréable.

Chez Homepopcorn.fr, on adore Nicolas Stanzick ! Alors, quel plaisir de retrouver l’auteur du livre Dans les griffes de la Hammer: la France livrée au cinéma d’épouvante ! Toujours débordant d’énergie et passionné, Nicolas Stanzick indique tout ce que le cinéphile souhaiterait savoir sur la production de La Baie sanglante (25’). S’il y a évidemment quelques échos avec ce qui a déjà été entendu précédemment, cette analyse complète parfaitement les modules passés en revue.

Nous trouvons également le montage alternatif italien de La Baie sanglante, d’une durée d’1h24’’54 contre 1h24’’24 pour le montage anglais. Selon Bruno Terrier, éminent expert de Mario Bava, les différences apparaissent au niveau de quelques dialogues et de contrechamps sensiblement plus étendus. Le film ayant été tourné en anglais, privilégiez évidemment l’autre montage, et surtout la version française très réussie.

L’Image et le son

Force est d’admettre que nous nous trouvons devant l’un des plus beaux Blu-ray disponibles chez ESC Editions. Le cadre, superbe, regorge de détails aux quatre coins et ce dès la première séquence. Si le générique est évidemment plus doux, la définition reste solide comme un roc, la stabilité est de mise et le grain original flatte constamment la rétine. La propreté de la copie (anglaise, comme l’indiquent les credits) est irréprochable, à part peut-être quelques pétouilles, mais ce serait vraiment chipoter. La palette chromatique profite de cet upgrade avec des teintes revigorées. Les séquences diurnes en extérieur bénéficient d’un piqué pointu et d’une luminosité inédite. Ajoutez à cela des noirs denses, une magnifique patine seventies, quelques éclairages luminescents et vous obtenez l’une des éditions indispensables de mars 2019.

Propre et dynamique, le mixage français DTS HD Master Audio Stéréo (à privilégier) ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la très belle partition Stelvio Cipriani. A titre de comparaison, elle demeure la plus dynamique et la plus riche du lot, puisque la version anglaise DTS-HD Master Audio Mono 2.0 paraît bien confinée, oubliant quelques ambiances naturelles pour se concentrer sur les voix. Notons également la présence d’une piste française 5.1 anecdotique, mais qui contient son lot d’effets, en dépit d’un léger souffle chronique.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Ibis rouge, réalisé par Jean-Pierre Mocky



L’IBIS ROUGE réalisé par Jean-Pierre Mocky disponible en DVD et Blu-ray le 5 mars 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Michel Simon, Michel Serrault, Michel Galabru, Jean Le Poulain, Evelyne Buyle, Karen Nielsen, Jean Cherlian, François Bouchex…

Scénario : Jean-Pierre Mocky, André Ruellan d’après la nouvelle de Fredric Brown “Knock Three One Two”

Photographie : Marcel Weiss

Musique : Eric Demarsan

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Raymond Villiers ne se doute pas que l’homme qui lui fait face dans l’ascenseur n’est autre que l’étrangleur qui défraie la chronique. Mais Raymond ne s’attarde pas, il abandonne ce personnage et se met en quête des trois millions qu’il a perdus au jeu et qu’il doit rembourser au plus tôt. Dès lors, une succession de quiproquos et de méprises vient bouleverser l’ordre naturel des événements.

Quand Jean-Paul Mokiejewski alias Jean-Pierre Mocky (né en 1933) fait son Grand Sommeil. Enfin, toutes proportions gardées. Néanmoins, L’Ibis rouge s’avère un vrai polar et film noir bourré d’humour tourné sur le Canal Saint-Martin, avec un trio d’acteurs au sommet, les trois Michel, Serrault, Galabru et Simon. Trois ans après Le Viager de Pierre Tchernia, Louis Martinet se retrouve face à Léon Galipeau, tandis que Michel Simon tire sa révérence dans sa dernière apparition à l’écran. Le comédien disparaîtra une semaine après la sortie de L’Ibis rouge au cinéma. Les fans de Jean-Pierre Mocky considèrent cet opus comme l’un de ses meilleurs, l’un de ses plus emblématiques et réussis. Ce qu’il est assurément puisqu’il contient toutes les obsessions, les références et donc l’univers de son auteur.

Traumatisé dans son enfance par la vue d’une mouche sur la gorge de son professeur de piano, Jérémie, modeste employé, étrangle des femmes seules à l’aide d’une écharpe brodée d’un ibis. Zizi, marchand de journaux acariâtre et raciste pourtant flanqué d’un enfant noir, rêve de notoriété. Il déclare à tous ses clients qu’il est le coupable des meurtres. Pendant ce temps, Raymond, ivrogne invétéré et représentant en liqueurs, doit rembourser une importante dette de jeu contractée auprès d’un ancien colonel infirme qui menace de le faire assassiner s’il ne paye pas. Il espère que sa femme, Evelyne, va le tirer d’affaire grâce à sa fortune personnelle…

L’Ibis rouge est une œuvre comme qui dirait foutraque. Jean-Pierre Mocky est généreux. Le cinéaste se fait plaisir, ainsi qu’à ses acteurs, tout en pensant constamment au divertissement des spectateurs. Il jette ici son dévolu sur une nouvelle de l’écrivain américain Fredric Brown, Knock Three One Two (« Ça ne se refuse pas »), qu’il adapte avec André Ruellan et l’arrange à la sauce française, en situant l’action dans le 10e arrondissement de Paris, le long du Canal Saint-Martin, principalement de nuit. Jean-Pierre Mocky filme ses personnages déambuler dans le Paris interlope, celui qu’il affectionne tout particulièrement, rarement représenté dans le paysage cinématographique français encore à cette époque. Autant dire que le réalisateur est dans son élément et qu’il se fait plaisir à travers une histoire rocambolesque où chaque protagoniste fait figure de monstre humain, tueur (Serrault, qui use de son écharpe pour étrangler les demoiselles à forte poitrine), représentant en vin (Galabru, imperméable et galurin à la Bogart), restaurateur grec (en fait auvergnat), vendeur de journaux limite clochard, tout le monde y passe et chacun en prend pour son grade.

Si le scénario est prétexte pour dresser le portrait acide de ses contemporains, Jean-Pierre Mocky ne se moque jamais et L’Ibis rouge est tout autant un hommage au cinéma hollywoodien des années 1940-50 qu’une étude ironique sur l’âme humaine. Le metteur en scène observe tout ce beau petit monde avec l’oeil d’un entomologiste. A l’instar de Raymond Chandler, l’histoire importe peu et part dans tous les sens et les personnages, leur psychologie, leur confrontation, leurs diatribes font avancer l’intrigue avec un rythme en dents de scie. Parfaite transition pour évoquer la composition d’Eric Demarsan réalisée à l’aide d’une scie musicale, que Jean-Pierre Mocky utilise du début à la fin, ce qui peut parfois porter sur les nerfs. Au trio vedette, s’ajoutent un Jean Le Poulain fielleux manipulateur et la superbe Evelyne Buyle, femme fatale à l’accent titi parisien.

Malgré son casting, la sauce n’a pas pris à l’époque et le film s’est soldé par un échec cuisant avec à peine 150.000 spectateurs dans les salles. Depuis, ce savoureux vaudeville bien français et nimbé de références américaines est devenu un vrai film culte.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Ibis rouge, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. Le film de Jean-Pierre Mocky avait connu une précédente édition en DVD chez Pathé en 2005.

L’éditeur est allé à la rencontre de Jean-Pierre Mocky lui-même pour nous livrer quelques infos et anecdotes sur L’Ibis rouge (8’). Le cinéaste évoque le travail avec les comédiens et le roman « fantastique » (dixit Mocky) de Fredric Brown, dont il adaptera un autre de ses livres en 2001 avec La Bête de miséricorde. Les personnages et la musique sont également abordés, ainsi que (toujours d’après le réalisateur) « l’énorme succès critique du film, qui a d’ailleurs fait le tour du monde et qui a cartonné dernièrement sur Arte avec plus de 1,7 million de téléspectateurs ».

L’Image et le son

La copie HD de L’Ibis rouge impressionne du début à la fin. L’image est dépoussiérée et aucune tâche et autres scories ne viennent parasiter le visionnage. La palette de couleurs est pimpante et on ne peut que saluer la définition remarquable de cette édition, notamment sur les très nombreuses séquences nocturnes. L’apport HD donne une nouvelle densité aux contrastes et surtout aux noirs. Le grain original est respecté, le relief palpable, la copie stable et le gros point fort de cette édition demeure la restitution des gros plans en tous point admirable. Un lifting minutieux.

Les dialogues sont parfois grinçants ou sourds et manquent d’intelligibilité. La musique est mieux servie et dynamique. Pas de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, étrange…

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Quand la terre s’entrouvrira, réalisé par Andrew Marton

QUAND LA TERRE S’ENTROUVRIRA (Crack in the World) réalisé par Andrew Marton disponible en DVD et Blu-ray le 19 février 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Dana Andrews, Janette Scott, Alexander Knox, Kieron Moore, Peter Damon, Jim Gillen, Gary Lasdun, Alfred Brown, Mike Steen…

Scénario : Jon Manchip White, Julian Zimet

Photographie : Manuel Berenguer

Musique : Johnny Douglas

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Le savant Stephan Sorensin espère atteindre le centre de la Terre pour y trouver une nouvelle source d’énergie. Ne pouvant percer la croûte qui entoure le noyau central, il projette d’utiliser une bombe atomique. Hélas, le plan ne se déroule pas comme prévu car l’explosion créé une importante fissure… Cet évènement incontrôlé pourrait bien séparer la terre en deux morceaux !

C’est une toute petite série B produite pour moins d’un million de dollars. Et pourtant, ce long métrage de science fiction vaut le détour puisqu’on y trouve pour ainsi dire tous les ingrédients qui seront réutilisés par Hollywood dans les films catastrophe des années 1970 du style Tremblement de terre, mais aussi et surtout par certains cinéastes du nom de Roland Emmerich (Le Jour d’après, 2012) et Michael Bay (Armageddon) dans leurs blockbusters dès les années 1990. Autant dire que l’industrie cinématographique n’a jamais innové en la matière, en dehors des effets spéciaux bien sûr, car Quand la terre s’entrouvriraCrack in the World, réalisé par Andrew Marton en 1964 condense à lui-seul tout un pan de l’entertainment américain.

Le docteur Stephen Sorensen est persuadé que le magma au centre de la Terre renferme une source d’énergie telle qu’elle permettrait aux humains de se constituer des réserves suffisantes pour longtemps. Pour atteindre son but, il doit faire éclater la croûte terrestre en profondeur, chose qu’il n’a pu faire jusqu’à présent. Il pourrait cependant venir à bout de cet obstacle s’il utilisait une bombe atomique. Ayant obtenu toutes les autorisations officielles, il envoie un missile au centre de la Terre, contre l’avis de son collaborateur, le géologue Ted Rampion, qui démissionne sur-le-champ. Selon lui, l’écorce terrestre a déjà été très affaiblie par les nombreux essais nucléaires souterrains et une nouvelle explosion, à cette profondeur, risque de mettre toute la planète en danger. Mais Sorenson, atteint d’un cancer, ne veut plus attendre et déclenche l’explosion de sa bombe. L’explosion, très puissante, provoque une suite de cataclysmes, tremblements de terre, coulées de lave. La terre commence à s’entrouvrir.

C’est un petit plaisir personnel de revoir ce genre de films qui renvoie parfois aux programmes de Noël sur Arte. On doit Quand la terre s’entrouvrira à Andrew Marton (1904-1992), réalisateur hongrois naturalisé américain. C’est sur les conseils d’Ernst Lubitsch qu’il tente sa chance à Hollywood au début des années 1920. Il revient en Europe quelques années plus tard et devient l’assistant de Max Linder, avant de passer lui-même derrière la caméra en 1929 et de repartir aux Etats-Unis en 1933 lors de l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Il devra attendre 1950 pour obtenir son premier grand succès avec Les Mines du roi Salomon avec Stewart Granger et Deborah Kerr. En 1964, Andrew Marton a déjà derrière lui près d’une vingtaine de longs métrages à son actif, dont une participation à la mise en scène sur Le Jour le plus long (1962) et Les 55 Jours de Pékin (1963). Quand la terre s’entrouvrira est pour ainsi dire son dernier vrai long métrage, puisque le cinéaste se consacrera ensuite à la télévision (Daktari, Flipper le dauphin) et au travail d’assistant-réalisateur, comme il l’avait d’ailleurs fait précédemment aux côtés de William Wyler (Ben Hur, on lui doit la célèbre course de chars), d’Anthony Mann (La Chute de l’Empire romain) et plus tard de Brian G. Hutton (De l’or pour les braves) et Fred Zinnemann (Chacal). Un beau palmarès méconnu, tout comme Quand la terre s’entrouvrira qui rend compte à la fois du professionnalisme d’Andrew Marton, mais aussi de celui d’Eugène Lourié, responsable des effets visuels, qui a travaillé autant chez Sacha Guitry que Jean Renoir, Samuel Fuller et Charles Chaplin, principalement en tant que décorateur.

Le spectateur avide de séries B rétro-vintage saura faire un bon accueil à Quand la terre s’entrouvrira, spectacle réjouissant, qui contient son lot de théories scientifiques alarmistes (les savants en prennent pour leur grade) où les techniciens préfèrent utiliser l’arme atomique pour contrecarrer les effets dévastateurs de…l’arme atomique. Beaucoup de dialogues dans la première partie certes, mais le soin apporté à la mise en scène, aux décors, à la musique (signée John Douglas, avec quelques notes rappelant les compositions de John Williams) et aux effets spéciaux est indéniable, malgré un budget limité. Si l’on se passera volontiers du triangle amoureux composé de Dana Andrews, Janette Scott et de Kieron Moore, Crack in the World conserve un charme désuet intact et poétique.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Quand la terre s’entrouvrira, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’excelleeeent Christophe Lemaire nous fait une brillante présentation de Quand la terre s’entrouvrira (25’). Un très bon moment durant lequel le journaliste de cinéma revient notamment sur le genre SF dans les années 1960 en donnant quelques titres de classiques et d’oeuvres moins connues. Il se souvient également de la diffusion du film qui nous intéresse dans le cadre de l’émission L’Avenir du futur sur TF1, avec Le Jour où la Terre prit feu de Val Guest en double-programme. Christophe Lemaire en vient ensuite au réalisateur Andrew Marton, au responsable des effets spéciaux Eugène Lourié, puis aux comédiens du film.

L’Image et le son

La copie est étonnamment lumineuse du début à la fin. Une clarté visible sur toutes les séquences en extérieur avec des couleurs pétillantes, surtout des teintes bleues omniprésentes. Des poussières, points noirs et griffures parsèment le générique, et s’amenuisent heureusement après, malgré quelques scories visibles ici et là. Le grain est évidemment respecté, plus accentué et grumeleux sur les scènes à effets spéciaux. Le détourage médiocre est d’époque et il n’est pas anodin de voir les comédiens entourés d’un halo bleuté. Divers fourmillements constatés sur les images composites. Dans l’ensemble, Quand la terre s’entrouvrira bénéficie d’un petit lifting très réussi, surtout pour un petit film de cet acabit, ce qui participe grandement à sa résurrection.

La version originale mono est largement supérieure à la piste française, qui demeure confinée au report des voix et accompagnée d’un bruit de fond persistant. Les ambiances sont très correctes en anglais, alors qu’elles disparaissent quasiment sur l’autre piste, essentiellement concentrée sur les dialogues. En revanche, le doublage français est très réussi, avec notamment l’immense Jean-Claude Michel qui prête sa voix légendaire à Kieron Moore.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Candyman, réalisé par Bernard Rose

CANDYMAN réalisé par Bernard Rose disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 19 février 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley, Kasi Lemmons, Vanessa Williams, DeJuan Guy, Marianna Elliott, Ted Raimi, Michael Culkin…

Scénario : Bernard Rose d’après la nouvelle de Clive Barker, The Forbidden

Photographie : Anthony B. Richmond

Musique : Philip Glass

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Helen Lyne, une étudiante, décide d’écrire sa thèse sur les mythes et légendes locales. C’est en visitant une partie de la ville inconnue qu’elle découvre la légende de Candyman, un homme effrayant qui apparaît lorsqu’on prononce cinq fois son nom en face d’un miroir. Helen, pragmatique, choisit de ne pas croire à l’existence de Candyman. Mais son univers bascule dans l’horreur quand une série de meurtres horribles commence…

Ecrivain, plasticien, dramaturge, sculpteur, scénariste, producteur, comédien et réalisateur, Clive Barker, né à Liverpool en 1952, est un touche-à-tout. 1984 est un tournant dans sa carrière puisque la même année sortent les trois premiers volumes de la série Livres de sang, recueils de nouvelles qui comprendront six tomes. C’est un triomphe immédiat. Les trois autres volets sortent l’année suivante, ainsi que le roman Le Jeu de la damnation. Echaudé par le traitement accordé à ses scénarios sur Transmutations et Rawhead Rex, le monstre de la lande, tous les deux mis en scène par George Pavlou en 1985 et 1986, Clive Barker décide de passer derrière la caméra afin d’adapter lui-même son roman (non publié) Hellraiser. Le reste appartient à la légende et le personnage de Pinhead devient une icône du film d’épouvante. Si Clive Barker a depuis continué sa carrière littéraire, le cinéaste est devenu rare. Son second long métrage Cabal (1990) s’est entre autres soldé par un échec commercial, d’autant plus que le film est remonté par la 20th Century Fox. Alors que la franchise Hellraiser en est déjà au troisième opus, un réalisateur du nom de Bernard Rose (né en 1960) décide d’adapter sa nouvelle intitulée Lieux InterditsThe Forbidden tirée du tome 5 des Livres de sang. Il lui cède les droits gratuitement en échange d’une participation à la production du film. Remarqué avec son magnifique Paperhouse (1988) et metteur en scène de trois autres longs métrages plus anecdotiques (Smart Money, Body Contact, Chicago Joe et la showgirl), Bernard Rose va alors s’approprier le récit original et créer l’un des plus célèbres boogeymen de l’histoire du cinéma avec Candyman, film d’épouvante, mais dans un contexte dramatique social.

Helen Lyle est étudiante à l’université d’Illinois à Chicago, mariée à Trevor, un professeur. Avec son amie Bernadette, elles rédigent une thèse sur les légendes urbaines et les croyances populaires. Au cours de ses investigations, elle est interpellée par une histoire récurrente, celle du mythique Candyman qui terrorise les habitants du quartier défavorisé de Cabrini Green depuis des décennies. Helen sentant qu’elle tient là l’occasion rêvée de pimenter son travail, convainc Bernadette d’aller enquêter sur les lieux mêmes des crimes, dans la cité sordide de Cabrini Green (le film a réellement été tournée sur place), un ghetto noir livré aux gangs et à la misère. Elles se rendent à l’appartement de la dernière victime en date, persuadées qu’en fait le fantôme, est un meurtrier qui s’introduit dans les appartements grâce à un défaut de conception permettant la communication entre les salles de bains par un passage situé derrière les miroirs. Sur place, Helen découvre un appartement laissé à l’abandon et recouvert de graffitis étranges et inquiétants. Plus tard, au cours d’un dîner en compagnie d’un éminent collègue de son mari qui travaille sur les mêmes sujets, elle apprend la véritable histoire de ce Candyman. Daniel Robitaille était un fils d’esclave dont le géniteur avait réussi à faire fortune grâce à une invention. Daniel fréquenta les meilleures écoles et reçut une très bonne éducation. Artiste, il commence à gagner sa vie en réalisant le portrait de riches commanditaires. En 1890 il est mandaté par un riche propriétaire terrien, qui lui commande une peinture de sa fille. Daniel et cette dernière tombent amoureux et la jeune héritière tombe enceinte. Le père furieux de cet affront (qui plus est commis par un noir) engage des brutes épaisses et avinées pour lyncher Daniel. Roué de coups, la main tranchée, Robitaille est ensuite recouvert de miel et livrer en pâture aux abeilles. Tué par les multiples piqûres, Robitaille est ensuite incinéré et ses cendres jetées sur les champs qui deviendront des années plus tard le ghetto de Cabrini Green. Depuis, toute personne qui récitera son nom à 5 reprises face à un miroir le verra réapparaître. C’est alors qu’Helen est confrontée au véritable Candyman, furieux du scepticisme dont elle fait preuve, et contraint selon lui à se montrer à nouveau pour relancer le mythe, afin que les gens croient en lui de nouveau.

Voilà la légende de Candyman. Ou comment perpétuer un mythe depuis un siècle. Tandis que résonne le magnifique thème principal composé par l’immense Philip Glass, la ville de Chicago (l’action de la nouvelle originale se déroule à Liverpool) et ses autoroutes sont montrées du ciel avec ses véhicules en mouvement, qui s’entremêlent, qui s’échappent et disparaissent. C’est comme qui dirait une métaphore d’une histoire qui se transmet par le bouche-à-oreille, qui mute et se transforme en passant d’une personne à l’autre. La légende urbaine de Candyman n’est pas que le fruit de l’imagination et si un individu peine à y croire, attention, le croque-mitaine pourrait bien lui apparaître pour chambouler son esprit cartésien.

Candyman, c’est la manifestation surnaturelle de la violence d’une nation, du racisme, de la haine des hommes. Mesurant près de 2 mètres, Tony Todd est l’incarnation parfaite de ce monstre ambigu, puisque conscient de sa dimension tragique. Digne héritier de Dracula, Candyman est un personnage romantique, victime de la xénophobie, dont l’âme brisée qui n’a jamais pu s’éteindre demeure dans la conscience collective au point de s’incarner quand on l’invoque. Gare à celle ou celui qui se trouvera à portée de son énorme crochet de boucher acéré et planté dans son moignon droit !

La “Mina Harker” de Candyman, Helen (It was always you Helen), est interprétée par la sublime et envoûtante Virginia Madsen. Révélée par David Lynch dans Dune (1984) dans lequel elle jouait la Princesse Irulan, la comédienne est également l’une des têtes d’affiche du bouillant Hot Spot de Dennis Hopper aux côtés de Jennifer Connelly. Après un détour par le fantastique (du moins dans son genre) Highlander, le retour (1991), elle trouve dans Candyman l’un de ses plus grands rôles. Magnétique, troublante, bouleversante, l’actrice, que le cinéaste hypnotisait afin d’obtenir un regard “perdu dans les limbes”, foudroie le coeur et l’âme des spectateurs du début à la fin.

De son côté, Bernard Rose enchaîne les séquences cultes, merveilleusement photographiées par Anthony B. Richmond (Ne vous retournez pas et L’homme qui venait d’ailleurs de Nicolas Roeg), tandis que la musique de Philip Glass se grave dans nos mémoires à jamais. Parallèlement à la sortie du film sur les écrans, Virginia Madsen est récompensée par le Saturn Award, ainsi que par le Prix du public de la meilleure actrice au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1993, où Philip Glass est également primé. Après le succès colossal de Candyman au cinéma avec 26 millions de dollars de recette (pour un budget de 8 millions) rien que sur le sol américain, une suite est envisagée. Bernard Rose écrit un premier scénario, finalement rejeté par les studios. Ce qui n’empêchera pas de voir débarquer un Candyman 2 dans les salles en 1995, produit par Clive Barker et réalisé par Bill Condon. En 1999, Candyman 3 sortira directement dans les bacs. Mais ceci est une autre légende urbaine. Il semblerait qu’un remake soit prévu par Jordan Peel, metteur en scène de Get Out. Sortie programmée en 2020. Candyman ne mourra jamais.

LE BLU-RAY

Candyman. Candyman. Candyman. Candyman. Can…non mais oh ça va pas non ? L’oeuvre de Bernard Rose réapparaît dans les bacs dans une magnifique édition Blu-ray + DVD + livret de 24 pages sous les couleurs d’ESC Editions. Vous pouvez donc oublier l’édition Blu-ray sortie chez Universal en 2012 car Candyman (zut une cinquième fois !) revient dans un nouveau master Haute-Définition avec plus de quatre heures de suppléments ! Le menu principal est animé sur la mythique partition de Philip Glass. Pas de chapitrage.

Si le menu indique seulement Bernard Rose au micro du commentaire audio (VOSTF), ses propos sont pourtant croisés avec ceux du producteur Alan Poul, de l’écrivain Clive Barker ainsi que des comédiens Virginia Madsen, Tony Todd et Kasi Lemmons ! La plupart du temps, l’intervenant indique lui-même son nom avant de s’exprimer sur Candyman. Certes, tous ces propos ont visiblement été enregistrés durant des interviews, mixés par la suite, mais ne passez surtout pas à côté de ce commentaire passionnant, qui revient sur la genèse du film, l’adaptation de la nouvelle originale, le casting (Sandra Bullock, encore inconnue, avait été pressentie pour le rôle d’Helen), la psychologie des personnages, les conditions et lieux de tournage (Virginia Madsen hypnotisée, le quartier défavorisé de Cabrini Green), les thèmes (les légendes urbaines notamment, la dimension sociale de Candyman), sans oublier la musique de Philip Glass.

Après le film, dirigez-vous vers l’intervention (34’) d’Alexandre Poncet (réalisateur du Complexe de Frankenstein) et de Laurent Duroche (journaliste chez Mad Movies). Les propos croisés et passionnés de ces messieurs se complètent sur un rythme soutenu. Chacun replace Candyman dans son contexte cinématographique au début des années 1990, avant d’en venir au personnage à sa mythologie, tout en abordant la genèse du film, les conditions de tournage et certaines scènes clés.

Place maintenant à Olivier Desbrosses, rédacteur en chef d’UnderScores (17’) qui nous propose de son côté une présentation très intéressante du compositeur Philip Glass. L’oeuvre du pionnier de la musique minimaliste est longuement abordée, à l’instar de ses travaux pour le cinéma, y compris bien sûr pour Candyman. Avec son timbre de voix qui rappelle celui de François Guérif, Olivier Desbrosses signe un module très intéressant, qui donne envie d’écouter les thèmes méconnus de Philip Glass.

Nous les avons déjà entendus dans le commentaire audio, mais c’est également très plaisant de les voir, Virginia Madsen (13’) et Tony Todd (10’) s’expriment sur Candyman. Certes, leurs propos renvoient directement à ceux déjà entendus dans le premier supplément (la création du personnage, son costume, le travail avec les abeilles, la préparation « physique » de Virginia Madsen que Bernard Rose voulait plus en chair, le recours à l’hypnose pour donner à l’actrice un regard envoûté), mais ne boudons pas notre plaisir, d’autant plus que les comédiens sont visiblement très heureux de reparler de ce film très important dans leurs carrières respectives.

Un module de huit minutes se concentre sur les effets spéciaux et maquillages du film, en compagnie des artistes Bob Keen, Mark Coulier et Gary J. Tunnicliffe, qui interviennent sur la création du crochet de Candyman, ainsi que la prothèse spéciale créée afin que Tony Todd puisse placer une poignée de véritables abeilles dans sa bouche.

Les intervenants du commentaire audio sont de retour dans un making of de 2004 (24’). Si vous êtes arrivés jusqu’ici en visionnant et en écoutant tous les bonus précédents, alors les propos tenus ici vous apparaîtront redondants puisqu’il s’agit des mêmes anecdotes glanées ici et là ! Quelques photos de tournage viennent illustrer ces anecdotes croisées.

N’oublions pas Clive Barker, qui bénéficie d’un module centré sur sa carrière, avec la participation de l’écrivain lui-même en 2004 (11’). Ce dernier remonte le fil de sa carrière et se souvient avec le sourire que son désir a toujours été de « foutre une trouille bleue aux gens en créant des trucs bizarres, un mec dont la profession est l’imagination ». L’auteur revient sur ses premières œuvres (films, peintures, écrits), ses références (Jean Cocteau notamment), sur ce qui a nourri son inspiration et sur tous ses longs métrages.

Les aficionados de Bernard Rose vont être aux anges puisque l’éditeur nous gratifie de trois de ses courts-métrages restaurés en HD ! A Bomb With No Name on It (3’, 1976), The Wreckers (5’) et Looking at Alice (30’, 1978). Expérimentaux, œuvres de jeunesse, émergence d’une sensibilité, d’un style, d’une voix, ces trois films sont animés par une fureur de (sur)vivre dans une Angleterre engluée dans d’anciennes traditions qui ne laissent aucune place à la jeunesse. Où la communication est impossible entre les générations et où le futur est non seulement incertain, mais aussi et surtout très pessimiste.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale, ainsi que sur quelques planches de storyboards mises en parallèle avec les scènes correspondantes (6’).

L’Image et le son

Ce nouveau master restauré 2K provient du nouveau scan 4K effectué à partir du négatif original, le tout supervisé et approuvé par Bernard Rose et le directeur de la photographie Anthony B. Richmond. La patine argentique est donc sacrément bien respecté avec un grain présent et surtout excellemment géré. Les couleurs sont très agréables, fraîches (voir les teintes rouges), les noirs denses, les contrastes solides comme un roc et les séquences diurnes lumineuses à souhait. Les détails sont également très appréciables, au niveau des décors (les graffitis dans l’antre de Candyman) et des gros plans sur les comédiens. Un Blu-ray au format 1080p (AVC) et une formidable ressortie enfin digne de ce nom que les fans de Candyman attendaient depuis des années. Voici la plus belle copie du film à ce jour.

La version française, puisque de nombreux spectateurs ont découvert puis revu le film ainsi, est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0. La piste est très propre, avec des dialogues très clairs et bien équilibrés, même si parfois poussés trop en avant. La version originale bénéficie d’un remixage DTS-HD Master Audio 5.1. Cela profite essentiellement à la composition de Philip Glass, bien présente sur l’ensemble des canaux (attention les frissons dès l’ouverture !), ainsi qu’à la voix caverneuse de Tony Todd. Plus homogène, cette version est également plus dynamique avec quelques effets de basses et latéraux très sympathiques. La Stéréo anglaise est également de fort bon acabit.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Universal pictures video / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Maximum Overdrive, réalisé par Stephen King

MAXIMUM OVERDRIVE réalisé par Stephen King, disponible en DVD et Blu-ray le 8 janvier 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Emilio Estevez, Pat Hingle, Laura Harrington, Christopher Murney, Yeardley Smith, J.C. Quinn, Holter Graham, Frankie Faison, Giancarlo Esposito, Marla Maples, Stephen King…

Scénario : Stephen King

Photographie : Armando Nannuzzi

Musique : AC/DC

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

En 1986, la comète Rhéa-M gravite autour de la Terre. Aussitôt, toutes les machines sur la surface du globe sont déréglées : un distributeur de billets insulte les clients, une enseigne lumineuse invite les passants à aller se faire voir… La situation devient tragique lorsqu’un pont mobile échappe à tout contrôle. Désormais, toutes les mécaniques sont autonomes et ne semblent poursuivre qu’un seul but : débarrasser la surface du globe de toute présence humaine…

Depuis la publication de son premier roman Carrie, mais surtout depuis son adaptation au cinéma par Brian De Palma en 1976, l’écrivain Stephen King devient un phénomène mondial. Suivent rapidement Salem, Shining, l’enfant lumière, Le Fléau, Dead Zone, Charlie, Cujo, Christine…que des best-sellers. Hollywood s’est donc très vite emparé des écrits de Stephen King. En 1980, l’immense Stanley Kubrick livre Shining, acclamé par la critique, succès commercial, mais rejeté par le romancier. Ce dernier retrousse ses manches et écrit le scénario de Creepshow, film à sketches composé des adaptations de ses nouvelles La Caisse et Mauvaise Herbe , ainsi que de trois parties originales, le tout réalisé par George A. Romero, qui devient un ami proche. C’est en 1983 que tout s’accélère avec Cujo (Lewis Teague) et Christine (John Carpenter). Le grand producteur italien Dino De Laurentiis est conscient de cet engouement et finance Dead Zone de David Cronenberg. Bien décidé à profiter de la popularité de Stephen King, le producteur prévoit alors coup sur coup les sorties dans les salles de Charlie (Mark L. Lester), Cat’s Eye (Lewis Teague) et Peur bleue (Daniel Attias). C’est alors que l’idée lui vient de proposer à Stephen King lui-même d’écrire et de mettre en scène la transposition de sa nouvelle Poids lourds, issue du recueil Danse macabre. Après quelques hésitations, l’écrivain accepte de relever le pari. Plus de trente ans après et malgré son relatif échec dans les salles, Maximum Overdrive est devenu un vrai film culte, un nanar de luxe, réalisé à la va comme je te pousse, mais animé par une envie de s’éclater, de se marrer et de faire rire les spectateurs. C’est sûrement pour cela que le film a su et pu traverser les années puisqu’il est aujourd’hui très prisé par les amateurs de mauvais films sympathiques. Et puis ce n’est pas tous les jours qu’un délire assumé repose également en grande partie sur une musique composée par AC/DC (l’album Who Made Who) , aujourd’hui dans toutes les mémoires, ce qui renforce encore plus cette idée d’attraction de fête foraine, pour toute la famille.

Dès la première séquence, Stephen King plante le décor à travers un panneau introductif, qui indique que tout ce qui va suivre n’est pas du tout sérieux. Alors qu’une comète passe près de la Terre (voir la planète entourée d’une sorte d’aurore boréale), des machines prennent soudainement vie. Tout commence par des incidents sans gravité : un distributeur de billets insulte les clients (dont Stephen King lui-même qui se fait traiter de connard), une enseigne lumineuse invite les passants à aller se faire foutre. La situation devient tragique lorsqu’un pont basculant se soulève pendant la circulation intense, ce qui fait que tous les véhicules alors sur le pont tombent dans la rivière ou entrent en collision. On pense alors au prologue d’un épisode de Destination finale. Le chaos s’installe alors que des machines de toutes sortes commencent à attaquer les humains. À un relais routier juste à l’extérieur de Wilmington, en Caroline du Nord, un employé, Duncan Keller, est aveuglé après qu’une pompe à essence lui a pulvérisé du diesel dans les yeux. Une serveuse est blessée par un couteau électrique, et un jeu d’arcade électrocute un homme. L’employé et ex-taulard Bill Robinson soupçonne que quelque chose ne va pas. Pendant ce temps, lors d’un match de Little League Baseball, un distributeur de boissons tue l’entraîneur en tirant des canettes à bout portant dans son crâne. Un rouleau compresseur écrase l’un des enfants en fuite, mais Deke Keller (le fils de Duncan) parvient à s’échapper. On passe alors à un couple de jeunes mariés, Connie et Curtis. Ce dernier s’arrête à une station-service, où un camion tente de l’écraser, mais lui et Connie s’échappent dans leur voiture. Deke se promène dans sa ville alors que des gens sont brutalement tués par des tondeuses à gazon, des tronçonneuses, des sèche-cheveux électriques, des radios de poche et des voitures télécommandées. Au relais routier, un camion Western Star arborant un masque géant du Green Goblin sur sa calandre tue le père de Deke et un vendeur de Bibles. Plus tard, plusieurs camions encerclent le relais routier. Tous les personnages parviennent alors à trouver refuge au relais. Mais les camions semblent bien déterminer à faire d’eux leurs esclaves.

On le voit, Stephen King ne manque pas d’imagination et son film regorge de trucs nawak en tous genres. Un camion BIC vient constamment faire son placement de produit, tandis que le grand Pat Hingle, qui incarne ici le boss Hendershot, sort quelques roquettes M72 LAW qu’il avait comme par hasard stockées dans un bunker caché sous son restaurant, pour affronter les nombreux camions. Les survivants tentent de trouver une sortie à l’insu des véhicules blindés, qui semblent suivre les directives du Green Goblin. Les comédiens sont chouettes et font le taf, tout en se doutant qu’ils ne sont pas en train de tourner le chef d’oeuvre du siècle. En première ligne, Emilio Estevez, qui sortait du carton d’Outsiders de Francis Ford Coppola et surtout de The Breakfast Club de John Hughes, assure en mode petit bad-ass qui roule des mécaniques, pris au dépourvu par celles des camions qui veulent sa peau. Dans le genre « nana qui hurle durant tout le film », Yeardley Smith s’impose comme une référence, la comédienne ayant été ensuite repéré par Matt Groening, qui allait lui confier la voix de Lisa Simpson, qu’elle interprète depuis maintenant plus de trente ans. Tout ce beau petit monde est bien obligé de se serrer les coudes et de trouver de nouvelles idées pour sortir de ce merdier, autour duquel les camions, bulldozers et autres véhicules militaires se rapprochent sans cesse.

Pendant ce temps, Stephen King s’amuse (aidé en cela par l’alcool et la cocaïne) avec les moyens mis à sa disposition par Dino De Laurentiis, près de dix millions de dollars donc, en multipliant quelques scènes d’horreur amusantes dans la première partie (mention spéciale à la scène du stade de baseball) et sa vision des rues dévastées annoncent quelque part celles de Derry dans Ça, qu’il était d’ailleurs en train d’écrire entre deux prises. En plus de cela, Maximum Overdrive a franchement de la gueule grâce à la photographie du chef opérateur italien Armando Nannuzzi, qui avait travaillé avec Luchino Visconti (Sandra), Luigi Comencini (L’Incompris), Mauro Bolognini (Le Bel Antonio), rien que ça ! A sa sortie, Stephen King est nommé pour le Razzie Award du pire réalisateur. Il dira durant la promotion qu’il s’agit d’un « film débile » et qu’il ne savait pas du tout ce qu’il faisait car toujours sous substance ou l’emprise de la bibine, ce qui n’a rien de mensonger. L’accueil est plutôt désastreux, mais l’entreprise est rentable commercialement.

Mine de rien, on prend un grand plaisir devant Maximum Overdrive, spectacle généreux de science-fiction vintage qui enchaîne les scènes de poursuites, les explosions, les effets sanglants, les répliques amusantes. En 1997, une autre version de la nouvelle de Stephen King voit le jour à la télévision, Trucks : Les Camions de l’enfer, mais Maximum Overdrive est restée une œuvre culte.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Maximum Overdrive, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Plus de quatre heures de suppléments ! QUATRE HEURES !!! Pour Maximum Overdrive, excusez du peu ! Assurément la grande édition du mois de janvier !

Julien Sévéon propose une brillante et passionnante analyse du film qui nous intéresse ici (29’). En toute honnêteté, cette présentation aurait largement suffit si l’éditeur n’avait disposé que de ce bonus. En effet, l’auteur de l’ouvrage George A. Romero : Révolutions, Zombies et Chevalerie (Popcorn, 2017) revient sur TOUS les aspects de Maximum Overdrive. La genèse du projet, la nouvelle Trucks, les précédentes adaptations de Stephen King, l’engagement de ce dernier au poste de réalisateur, les conditions de tournage, la musique d’AC/DC, la sortie et ce qui reste de Maximum Overdrive, tout y est abordé comme d’habitude avec une passion contagieuse.

Nous trouvons un commentaire audio (vostf) de l’acteur Jonah Ray et du producteur Ryan Turek. On se demande pourquoi ces deux types ont été invités pour parler de Maximum Overdrive. Le premier n’avait que quatre ans à la sortie du film et n’est apparu que dans des trucs que personne n’a jamais vus, tandis que le second, plus « en phase » avec le film, est producteur du génial Happy Birthdead, d’Action ou vérité et du Halloween version 2018. Comme ils le disent eux-mêmes « Je ne garantis pas que ce commentaire complète quoi que ce soit ! » « C’est clair, t’as pas tort ! ». En effet, durant près d’1h40, les deux hommes ont beau être complices et raconter des vannes, nous n’apprendrons rien ou presque sur Maximum Overdrive. Quand c’est le cas, il s’agit d’anecdotes glanées ici là au fil de cette interactivité. Pour autant, le commentaire n’est pas déplaisant, dans le sens où les deux intervenants, qui se demandent constamment ce qu’ils font derrière le micro, passent le temps en passant du coq à l’âne, la plupart du temps sans aucun rapport avec Maximum Overdrive.

L’éditeur propose ensuite plusieurs interviews des comédiens du film. Laura Harrington (10’), Yeardley Smith et John Short (18’) et Holter Graham (17’). La première revient sur son parcours et surtout sur son personnage dans Maximum Overdrive, tout en parlant du travail avec ses partenaires et Stephen King. Les effets spéciaux et les lieux de tournage sont également abordés. Au cours de leur interview croisée, Yeardley Smith et John Short évoquent comment ils ont été recrutés pour Maximum Overdrive et se penchent un peu plus sur le travail de Stephen King derrière la caméra. Chacun parle évidemment de l’alchimie avec son partenaire et l’on regrette que les deux acteurs n’aient pas été enregistrés ensemble. On apprend qu’Emilio Estevez recevait la visite de son pote Tom Cruise sur le plateau, ainsi que de sa petite-amie Demi Moore. Les souvenirs de tournage sont amusants et les deux comédiens, peu dupes quant au produit fini, s’étonnent que le film soit devenu culte trente ans après sa sortie. L’entretien avec Holter Graham, onze ans au moment du tournage, croise rapidement quelques images d’une de ses interviews à la sortie de Maximum Overdrive, avec celle réalisée à l’occasion de son édition en Haute-Définition. Holter Graham se souvient de son désir d’être acteur, de ses premières auditions (grâce au soutien de Sissy Spacek), dont celle pour le film de Stephen King, son premier rôle à l’écran. Même chose que ses anciens partenaires, il partage ses souvenirs et anecdotes sur le film.

Du point de vue technique, n’hésitez pas à écouter l’intervention de Dean Gates, responsable des maquillages sur Maximum Overdrive (16’30), le film de sa carrière dont on lui parle le plus. C’est là que l’on apprend que le film aurait pu être beaucoup plus gore et sanglant (notamment pour la scène du rouleau compresseur), si Stephen King ne s’était pas fait réprimander par la production ! Quelques photos de tournage prouvent tout cela, à l’instar du coach de baseball qui se fait fracasser la tête à coups de canettes. Les conditions de tournage, le travail avec Stephen King et bien d’autres sujets sont abordés au cours de cet entretien, l’un des meilleurs de cette interactivité.

Que les fans de hard rock soient rassurés, la musique de leur groupe préféré AC/DC est largement évoquée au cours de l’interview de Murray Engleheart, co-auteur du livre AC/DC: Maximum Rock & Roll (6’30). Ce dernier replace les diverses compositions du groupe pour Maximum Overdrive, au moment où leur carrière battait de l’aile. De là à dire que la B.O a eu plus de succès que le film, il n’y a qu’un pas.

Ceux qui ont gardé beaucoup d’affection pour Maximum Overdrive, se souviennent évidemment du Green Goblin qui orne la calandre d’un des camions principaux du film. Au fait, qu’est devenu ce personnage à part entière ? Le dénommé Tim Shokey explique comment il a pu récupérer la carcasse explosée du Green Goblin après le tournage pour décorer son vidéo-club, avant de le restaurer réellement en 2011 (deux ans de boulot) afin de pouvoir en faire profiter les fans du film lors des conventions.

En 1980, Martha De Laurentiis est cofondatrice de la société de production Dino De Laurentiis Company (DDLC) avec son partenaire puis mari, Dino De Laurentiis. Elle revient ici sur l’aventure Maximum Overdrive (16’). Les souvenirs et anecdotes entendus ici se recoupent avec tous les précédents témoignages et la productrice n’admettra jamais que son film est un nanar.

En fait, ce qui éclaire le plus sur l’envers du décor reste le module intitulé The Wilmington Factor (30’). N’attendez pas les témoignages des comédiens, mais des habitants de cette petite ville de Caroline du Nord qui avaient pu trouver un emploi dans les années 1980, grâce à l’installation des studios de Dino De Laurentiis, alors le troisième plus grand studio du pays. Un décorateur, un reporter du coin, un régisseur devenu finalement maquilleur sur le plateau et quelques autres participants au tournage de Maximum Overdrive expliquent comment Hollywood a su s’implanter dans leur petite bourgade et comment ils ont pu bénéficier de cette part de rêve. Jusqu’à ce que les Républicains arrivent à la tête de l’état et décident de fermer les studios en supprimant les subventions pour les tournages. Un impact que les habitants n’ont pas oublié, dont ils regrettent la frénésie, le tout agrémenté par des anecdotes de tournage. Chacun donne également son avis sur le film. Mention spéciale à l’un des témoins qui indique « Je suis très doué pour travailler sur des films très mauvais ».

Seul bonus non sous-titré, mais cela n’a pas d’importance puisque le son est quasiment étouffé, « Les Coulisses » (9’) donne un aperçu du tournage à travers quelques images filmées sur le plateau.

L’interactivité se clôt (ouf !) sur la bande-annonce (VF et VO) qui est un supplément à part entière puisque présentée par Stephen King lui-même ! N’oublions pas les spots TV.

Probablement l’édition la plus impressionnante consacrée à un nanar !

L’Image et le son

Voilà une édition chiadée de A à Z ! En effet, outre la tonne de suppléments, le Blu-ray de Maximum Overdrive ne déçoit pas et il est même dingue de (re)découvrir le film de Stephen King dans ces conditions techniques. La clarté est éloquente, tout comme la propreté et la stabilité de la copie, les contrastes affichent une vraie solidité, le piqué est agréable, le grain original respecté. Quelques scènes sont certes moins définies, surtout les séquences sombres ou nocturnes, mais le résultat est là, ce master HD tient ses promesses avec notamment des couleurs ravivées, comme le vert du Green Goblin.

La version française vaut son pesant et de ce point de vue-là la stéréo assure et fait son office avec un petit cachet nanar fort sympathique. La piste originale bénéficie elle à la fois d’une DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. La première instaure surtout une spatialisation musicale avec les compositions d’AC/DC délivrées sur toutes les enceintes. La Stéréo anglaise est un poil étouffée, mais se révèle suffisante pour ce spectacle.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Maison qui tue, réalisé par Peter Duffell

LA MAISON QUI TUE (The House That Dripped Blood) réalisé par Peter Duffell, disponible en Édition Blu-ray + DVD + Livret le 4 décembre 2018 chez ESC Editions

Acteurs : Christopher Lee, Peter Cushing, Jon Pertwee, Joanna Lumley, Ingrid Pitt, Denholm Elliott, John Bennett, Tom Adams, Joss Ackland, Nyree Dawn Porter…

Scénario : Robert Bloch

Photographie : Ray Parslow

Musique : Michael Dress

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Un inspecteur de Scotland Yard enquête sur quatre cas de meurtres mystérieux qui se sont passés dans une maison inoccupée. Ce qui donne prétexte à un film à sketchs.

Nous en avons déjà parlé, mais petit rappel sur la Amicus, cette société de production cinématographique britannique née dans les années 1960, spécialisée dans les films d’horreur. Fondée par les américains Milton Subotsky et Max J.Rosenberg, la Amicus a voulu concurrencer la célèbre Hammer sur son propre territoire et dans le reste du monde. Dans cette optique, les pontes décident d’offrir quelque chose de différent aux spectateurs, notamment des histoires d’épouvante contemporaines. Pour La Maison qui tue The House That Dripped Blood (1971), pas de Freddie Francis à la barre cette fois ! Le réalisateur du Train des épouvantesDr. Terror’s House of Horrors, Histoire d’outre-tombeTales from the Crypt, Le Crâne maléfiqueThe Skull, Le Jardin des tortures Torture Garden et bien d’autres réjouissances laisse cette fois la place à un confrère inconnu venu de la télévision, Peter Duffell (1922-2017), qui a officié sur les séries L’Homme à la valise et Strange Report. La Maison qui tue est un film à sketches qui se compose de quatre segments reliés par un fil rouge, tous réalisés par le même metteur en scène. Aujourd’hui, cette House That Dripped Blood vaut surtout pour ses interprètes et son atmosphère toujours plaisante.

Un acteur a mystérieusement disparu sans laisser de trace. L’inspecteur Holloway, mandaté par Scotland Yard, se rend immédiatement sur place pour enquêter. Il rencontre des membres de la police locale, ainsi que l’agent immobilier mister Stoker (évidemment un clin d’oeil à Bram Stoker, auteur de Dracula) et entend de curieuses histoires sur les précédents occupants de la demeure : la première concerne un écrivain confronté à un étrangleur sorti de ses récits. La deuxième histoire met en scène deux hommes en visite dans un musée de cire qui sont obsédés par la statue d’une femme qui leur rappelle une ancienne maîtresse commune. La troisième parle d’un père veuf et de sa fillette mélancolique qui semble s’intéresser de très près à la sorcellerie. La quatrième revient sur le sort de l’acteur disparu (Jon Pertwee, le troisième Doctor Who de l’histoire), qui, vêtu d’une cape à l’occasion du tournage d’un film d’épouvante, a l’impression de se transformer réellement en vampire.

Quatre sketches forcément inégaux comme bien souvent dans ce genre de production, mais qui n’en restent pas moins élégants, souvent jubilatoires, bien rythmés, concis, même si prévisibles. S’ils apparaissent tous les deux au même générique de plus d’une vingtaine de films, les immenses Christopher Lee et Peter Cushing ne se donnent pas la réplique dans La Maison qui tue, chacun étant la vedette d’un segment disparate. Notre préférence se porte sur celui avec Christopher Lee, en prise avec un enfant démoniaque ! Si Peter Cushing est comme d’habitude excellent, son sketch vaut surtout pour ses éclairages baroques qui rappellent cette fois les gialli de Mario Bava et les chefs d’oeuvre de la Hammer quand son personnage se perd dans le musée de cire. Denholm Elliott, très classe, perd pied quand l’un de ses personnages créés sur le papier, semble lui apparaître et s’en prendre à son entourage, ainsi qu’à sa femme (Joanna Dunham). La dernière partie, qui s’inscrit plus dans le genre fantastique, permet d’admirer le charme et les courbes de la mythique Ingrid Pitt. L’épilogue est certes attendu, mais plutôt efficace.

Au-delà de son prestigieux générique, la qualité d’écriture de The House That Dripped Blood est indéniable. On doit ces récits au grand Robert Bloch (1917-1994), l’auteur du roman Psychose, mais aussi d’une quantité phénoménale de nouvelles. A l’adolescence, l’écrivain avait entretenu une correspondance avec Howard Phillips Lovecraft, qui l’encourageait à mettre son imagination débordante au profit de la littérature. L’ombre de Lovecraft plane sur La Maison qui tue, comme d’ailleurs moult écrits de Robert Bloch. Son style, son épure et sa radicalité avaient déjà fait le bonheur des spectateurs pour la série Alfred Hitchcock présente dans les années 1960. Puis, Robert Bloch entamait une collaboration fructueuse avec la Amicus. En plus des comédiens iconiques, le scénariste est comme qui dirait l’autre star de La Maison qui tue.

Même si la mise en scène n’a rien d’exceptionnel et n’a pas l’efficacité des travaux de Freddie Francis (pas de gouttes de sang ici, tout est suggéré), The House That Dripped Blood conserve encore un charme britannique inaltérable, l’humour noir fonctionne bien aussi bien que l’ironie mordante, les retournements de situations et les twists, tandis qu’on se délecte de passer d’un récit à l’autre.

LE BLU-RAY

La Maison qui tue intègre tout naturellement la collection « British Terrors » d’ESC Editions, qui comprend déjà les titres Le Caveau de la terreur, Le Train des épouvantes, Asylum, Les Contes aux limites de la folie et Histoires d’outre-tombe. Cette édition Mediabook se compose du DVD et du Blu-ray du film, ainsi que d’un livret de 16 pages rédigé par Marc Toullec. Le menu principal est animé et musical.

L’intervention de Laurent Aknin se déroule en deux temps. Dans le premier module, l’historien et critique de cinéma raconte l’histoire de la Amicus (5’). Sa création, les producteurs, les titres les plus célèbres de la firme, ses intentions et ses influences sur les réalisateurs des années 1980-90 sont donc abordés de façon concise et passionnante.

Le deuxième segment se focalise sur La Maison qui tue (17’). De la même manière que pour son exposé précédent, Laurent Aknin est toujours aussi attachant, enjoué et informatif sur la genèse du film de Peter Duffell, sur le casting et le scénariste Robert Bloch.

L’Image et le son

Hormis un générique aux légers fourmillements, le transfert est irréprochable, le master immaculé, stable et dépourvu de déchets résiduels. Les noirs sont concis, la colorimétrie est volontairement froide et fanée. La gestion des contrastes est également très solide. Ce master HD est également présenté dans son format d’origine 1.85. Le Blu-ray est au format 1080p.

Le film de Peter Duffell bénéficie d’un doublage français. Au jeu des comparaisons avec la version originale, la piste française au doublage réussi s’accompagne de quelques chuintements et les dialogues sont souvent mis trop en avant. La version anglaise DTS-HD Master Audio 2.0 est plus dynamique, propre et intelligible, homogène dans son rendu, notamment au niveau des effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Distribution /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Charlie (Firestarter), réalisé par Mark L. Lester

CHARLIE (Firestarter) réalisé par Mark L. Lester, disponible en DVD et Blu-ray le 9 octobre 2018 2018 chez ESC Editions

Acteurs : David Keith, Drew Barrymore, Freddie Jones, Heather Locklear, Martin Sheen, George C. Scott, Art Carney, Louise Fletcher, Moses Gunn, Antonio Fargas, Drew Snyder, Dick Warlock…

Scénario : Stanley Mann d’après le roman “Charlie” – “Firestarter” de Stephen King

Photographie : Giuseppe Ruzzolini

Musique : Tangerine Dream

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Ses parents ayant servi de cobayes à des expériences scientifiques confidentielles, Charlene McGee naît avec l’extraordinaire don de pouvoir, à distance et par la pensée, de manipuler le feu. Petite fille, elle attise désormais la convoitise de l’agence gouvernementale secrète responsable de son état. Une organisation puissante et prête à tout…

Depuis le succès mondial de Carrie au bal du diable de Brian De Palma, l’adaptation du premier roman de Stephen King, l’écrivain devenu le maître de l’horreur est très courtisé par le cinéma. Sorti en 1980 et malgré son rejet par Stephen King, Shining de Stanley Kubrick est un chef d’oeuvre instantané qui révolutionne le septième art. En 1982, Creepshow de George A. Romero, écrit par Stephen King, montre encore une fois l’engouement du public pour ses histoires d’épouvante. Cujo de Lewis Teague est également un succès en 1983. Le grand producteur Dino De Laurentiis acquiert les droits du roman Charlie aka Firestarter en version originale. John Carpenter est courtisé. Le réalisateur confie le scénario à son complice Bill Lancaster, qui vient d’écrire The Thing, qui est ensuite validé par Stephen King lui-même. Seulement voilà, The Thing se fait écraser au box-office par E.T, l’extra-terrestre de Steven Spielberg. Universal remercie purement et simplement John Carpenter. Ce dernier héritera néanmoins de l’adaptation de Christine, qu’il mettra en scène uniquement dans le but de pouvoir survivre au sein des studios. Alors qui pour s’occuper de la transposition de Charlie à l’écran ?

Finalement, Dino De Laurentiis jette son dévolu sur un nommé Mark L. Lester, remarqué avec son film Class 1984. Le scénario est confié à Stanley Mann, l’auteur de L’Obsédé de William Wyler (1965) et de Damien : la Malédiction 2 de Don Taylor (1978). Quant au rôle principal et éponyme, il est confié à Drew Barrymore, huit ans, qui venait d’exploser à l’écran dans…E.T., l’extra-terrestre. La boucle est bouclée.

Tourné en même temps que Christine de John Carpenter et Dead Zone de David Cronenberg, Charlie, une drôle de petite dame, n’a pas le même prestige que ses concurrents puisqu’il ne bénéficie pas d’un cinéaste de renom ou qui possède une griffe particulière. Ici, la star c’est Stephen King et cette entreprise mise tout sur la popularité et le succès du roman. Malgré tout, après un succès très modeste et des critiques globalement négatives à sa sortie, les années ont été plutôt clémentes avec Firestarter et mérite d’être (re)découvert.

Andy McGee et Victoria “Vicky” Tomlinson, sont soumis à une expérience commandée par le Dr. Joseph Wanless, dont le but est l’injection du “Lot 6”, une drogue qui stimule la glande pituitaire, qui permet au cobaye d’acquérir différents pouvoirs psychiques. Ce à quoi Andy et Vicky ne s’attendaient pas, c’était d’avoir une petite fille, Charlene surnommée “Charlie”, dotée d’une incroyable beauté, mais aussi d’un terrifiant pouvoir : la pyrokinésie. Ce pouvoir lui permet d’incendier n’importe quoi et n’importe qui par la pensée. Huit ans plus tard, Vicky est tuée par des agents d’une agence gouvernementale secrète, « Le Laboratoire », commandé par l’ambitieux Capitaine Hollister. C’est alors qu’apparaît John Rainbird, un homme impitoyable et sadique, dont le seul désir est d’avoir Charlene pour lui tout seul, pour pouvoir la tuer de ses propres mains.

Rien qu’à la lecture du résumé, le lecteur fan de Stephen King y reconnaîtra les grandes lignes du roman. Et c’est le cas. Charlie (Firestarter) est très fidèle au livre original. Trop sans doute. C’est ce qui en fait son point fort, au moins le lecteur ne se sentira pas trahi puisqu’il retrouvera vraiment ce qui lui aura plu dans ce roman par ailleurs sensationnel, mais c’est également son point faible. Car Charlie (Firestarter) manque d’âme. A l’instar des deux premiers Harry Potter réalisés par Chris Colombus, le spectateur aura l’impression de tourner les pages du livre en même temps qu’il découvre le film. Contrairement à Brian De Palma, John Carpenter, George A. Romero et David Cronenberg, Mark L. Lester n’a pas un style qui lui est propre. Excellent « faiseur », comme il le prouvera l’année suivante dans son chef d’oeuvre, Commando avec Arnold Schwarzenegger, Mark L. Lester dispose d’un solide bagage de technicien. Le boulot est bien fait, l’image Scope est soignée, la photo du chef opérateur Giuseppe Ruzzolini (collaborateur de Pier Paolo Pasolini, Mon nom est Personne de Tonino Valerii) est superbe, les acteurs sont excellents, très bien castés. Le final dantesque, qui n’est évidemment pas sans rappeler celui de Carrie au bal du diable, est explosif à souhait, dans tous les sens du terme avec une gigantesque démonstration d’effets pyrotechniques.

Aujourd’hui, il serait difficile d’imaginer une autre petite actrice que Drew Barrymore pour incarner le personnage principal. Charismatique en diable et tempérament de feu (oui bon, elle était facile), la très jeune comédienne étonne par sa sincérité et son investissement, autant dans les séquences dramatiques que lors des affrontements. A ses côtés, Martin Sheen (qui venait de jouer un autre salaud dans Dead Zone) et George C. Scott (Oscar du meilleur acteur pour Patton, L’Enfant du diable – The Changeling) se donnent la réplique et apportent au film une indéniable plus-value. Moins célèbre, David Keith (The Rose de Mark Rydell, Officier et Gentleman de Taylor Hackford) ne démérite pas moins dans le rôle du père de Charlie et s’avère même très émouvant dans ses scènes avec Drew Barrymore. Quant à la musique de l’immense groupe Tangerine Dream, elle reste très enivrante et souligne la dramaturgie de façon décalée. Rien d’étonnant à cela puisque la B.O. provient de morceaux déjà composés à l’avance et mis à la disposition de Mark L. Lester pour qu’il en fasse ce qu’il veut.

35 ans après, Charlie reste un bon et beau divertissement. S’il ne pourra jamais prétendre au prestige et à la reconnaissance des autres adaptations de Stephen King susmentionnées, cela n’a pas empêché le film de devenir culte auprès de très nombreux cinéphiles. Longtemps oublié et dissimulé derrière des œuvres et chefs d’oeuvres de grands maîtres, il est temps aujourd’hui de découvrir les qualités de ce petit film très attachant, bien rythmé et très plaisant à regarder.

LE BLU-RAY

Exit la version DVD MGM de Charlie (Firestarter) qui se revendait très cher sur le net ! Le film de Mark L. Lester jouit enfin d’une édition Haute-Définition sous la houlette d’ESC Editions. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur noire. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche originale. Le menu principal est animé sur la musique de Tangerine Dream.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent concernant les bonus. Seule une présentation (23’) du film et des adaptations de Stephen King au cinéma par Laurent Duroche de Mad Movies. Un peu plan-plan et filmé en plan fixe, le journaliste replace Charlie Firestarter) dans la carrière de l’écrivain et dans le courant cinématographique au début des années 1980. La production du film, son tournage et son accueil sont passés en revue, ainsi que le casting, la musique et les prochaines transpositions de Stephen King, notamment Marche ou crève que Laurent Duroche attend avec une grande impatience.

Cette section se clôt sur la bande-annonce de Charlie (Firestarter) et celle de Chucky – Jeu d’enfant.

L’Image et le son

ESC Editions livre un master HD qui frôle la perfection. Les très beaux partis-pris esthétiques du directeur de la photographie Giuseppe Ruzzolini trouvent en Blu-ray un nouvel écrin et se voient entièrement respectés. Point ou peu de réducteur de bruit à l’horizon, le grain est présent tout en étant discret (même sur les plans de vapeur ou de fumée difficiles à consolider), la photo parfois ouatée est savamment restituée, la colorimétrie retrouve un éclat inédit et le piqué est probant. Le format 2.35 est conservé, la profondeur de champ fort appréciable. A peine quelques plans flous et des visages légèrement rosés à déplorer. L’encodage AVC demeure solide, la gestion des noirs impeccable, la propreté exceptionnelle et le niveau de détails impressionnant. Charlie (Firestarter) qui affiche déjà plus de trente ans au compteur peut se targuer d’un lifting de premier ordre et d’un transfert d’une folle élégance.

Les versions originale et française sont proposées en DTS-HD Master Audio Mono 2.0, des pistes exemplaires et limpides, restituant les dialogues avec minutie – moins en version originale toutefois – ainsi que l’enivrante bande originale signée Tangerine Dream. Les effets sont solides, le confort acoustique largement assuré et nous découvrons même quelques ambiances inédites qui avaient pu échapper à nos oreilles jusqu’à maintenant. La piste française se focalise un peu trop sur les dialogues au détriment des effets annexes, plus saisissants en version anglaise. Le mixage français est certes moins riche mais contentera les habitués de cette version. Nous échappons heureusement à un remixage 5.1 inutile. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Orion Pictures / MGM / ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Blob – Danger planétaire, réalisé par Irvin S. Yeaworth Jr.

THE BLOB – DANGER PLANÉTAIRE (The Blob) réalisé par Irvin S. Yeaworth Jr., disponible en combo Blu-ray + DVD + Livret le 23 octobre 2018 chez ESC Editions

Acteurs : Steve McQueen, Aneta Corsaut, Earl Rowe, Olin Howland, Alden “Stephen” Chase, John Benson, George Karas, Lee Paton…

Scénario : Theodore Simonson, Kay Linaker d’après une histoire originale d’Irving H. Millgate

Photographie : Thomas E. Spalding

Musique : Ralph Carmichael

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Une météorite s’écrase à quelques kilomètres de la ville de Downingtown. Curieux de voir à quoi elle ressemble, Steve Andrews et Jane Martin accourent. S’ils trouvent un cratère encore fumant, ils se rendent vite à l’évidence que le rocher venu de l’espace contenait un monstre, une entité visqueuse et affamée dont la croissance rapide constitue bientôt une menace pour tous les habitants de la région.

Danger Planétaire (alias The Blob en version originale), production de type drive-in de la fin des années 50, est un pur produit de cinéma d’exploitation. Distribué sur le continent américain par Paramount, personne ne voyait venir le succès de ce petit film destiné à un public adolescent, qui n’a coûté que 240 000 dollars. Il a en effet rapporté près de 12 millions de dollars dans le monde alors que Steve McQueen avait refusé un cachet qui lui permettait de toucher 10% sur les recettes du film au profit d’un salaire fixe. Deuxième film du réalisateur Irvin S. Yeaworth Jr. (qui n’aura pas fait grand-chose d’ailleurs par la suite), The Blob est un film de science-fiction typique des années 50. Auparavant, Yeaworth Jr. avait réalisé The Flaming Teenage, film totalement oublié. The Blob n’a été tourné quasiment qu’avec des techniciens qu’il connaissait et qui venaient de Valley Forge Films, société qu’il dirigeait. Contrairement aux craintes de son producteur Jack Harris (Dark Star de John Carpenter, Schlock de John Landis), The Blob est un film qui a respecté ses délais de tournage, dû à un travail précis du réalisateur et de son équipe.

Ce n’était pourtant pas chose facile en raison de nombreux problèmes survenus sur le tournage. Outre des soucis d’éclairage rencontrés par le chef opérateur Thomas E. Spalding, c’est surtout la star Steve McQueen qui en causa le plus. En effet, il ne s’entendait pas avec grand monde, faisait ce qu’il voulait sur le plateau, et surtout, il ne croyait absolument pas au film. Lui qui n’avait fait jusqu’ici que quelques apparitions à l’écran pensait vraiment que ce film n’allait pas lancer sa carrière. Sur les conseils de son épouse, il parvient à s’imposer et à faire les choses à sa manière. La même année, il obtient le premier rôle de la série Au Nom De La Loi, et la suite, vous la connaissez.

Bien que le film soit une série B plutôt modeste, elle a inspiré un pan d’artistes et de cinéastes par la suite, ce qui en fait une œuvre majeure. Le film lui-même s’inspire de The Thing de Christian Niby (1951), qu’Howard Hawks aurait en fait réalisé, mais c’est une autre histoire. Outre Attention au Blob !, un remake ringard réalisé par Larry « J.R. » Hagman en 1972, on retiendra surtout celui mis en scène par Chuck Russell (The Mask) et co-écrit par Frank Darabont en 1988. La matière du Blob n’est pas sans rappeler une œuvre majeure de la pop-culture : le fameux symbiote, créé par Todd McFarlane pour les comics Spider-Man dans les années 80. D’ailleurs, la fameuse scène de Spider-Man 3 de Sam Raimi où le symbiote arrive sur Terre lorsque Mary Jane et Peter passent une soirée en amoureux sur la toile tissée par ce dernier, fait écho à la première scène du film d’Irvin Yeaworth Jr., où Aneta Corsaut fait les yeux doux à Steve McQueen durant l’arrivée du Blob…

Un film intéressant sur ses thématiques et son époque, qui malgré sa courte durée (1h23) nous embarque dans son récit.

LE BLU-RAY

ESC Edition est responsable de cette édition se présentant sous forme d’un boîtier noir, comprenant le Blu-ray et le DVD du film, accompagné d’un livret de 16 pages (non fourni pour ce test) écrit par le spécialiste ESC, Marc Toullec. Le menu principal est animé et reprend la musique décalée du générique de début.

Un unique supplément compose cette édition. Il s’agit d’une présentation de 16 minutes réalisée par Linda Tahir intitulée Le Blob Contre-Attaque. L’historien du cinéma Gilles Diment resitue le film dans son époque, dans son genre et dans la carrière de son réalisateur. Un document intéressant qui aurait mérité une plus longue intervention. Dommage également que la prise de son soit si légère.

L’Image et le son

Quasiment rien à dire sur le transfert HD de ce film. Ce transfert semble repris de l’édition Criterion qui présentait un master 4K flambant neuf. Outre un grain parfois trop appuyé et trop présent, les couleurs (des laboratoires Deluxe) sont volontairement kitsch et mettent en valeur tous les éléments au premier plan. Les noirs sont précis et la définition est agréable. Le film est présenté dans son format d’origine 1.66, dont l’encodage est en AVC pour une image en 1080p.

Pour le son, il y a de la VO et de la VF. Si la version originale en DTS-HD Master Audio Mono 2.0 est plus propre et plus claire, la version française DTS-HD Master Audio Mono 2.0 est un peu plus étouffée, mais reste tout à fait recommandable et de très bonne facture. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Editons / ESC Distribution / Paramount/ Critique du film & chronique du DVD : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Histoires d’outre-tombe, réalisé par Freddie Francis

HISTOIRES D’OUTRE-TOMBE (Tales from the Crypt) réalisé par Freddie Francis, disponible en Édition Blu-ray + DVD + Livret le 18 septembre 2018 chez ESC Editions

Acteurs : Ralph Richardson, Joan Collins, Peter Cushing, Ian Hendry, Richard Greene, Nigel Patrick, Patrick Magee…

Scénario : Milton Subotsky d’après une histoire originale de Al Feldstein, Johnny Craig et William M. Gaines

Photographie : Norman Warwick

Musique : Douglas Gamley

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Dans les catacombes, cinq personnes entrent dans une pièce dont la porte se referme sur eux. Aux visiteurs, sachant que tous nourrissent de noirs desseins, le gardien de la crypte pose la question : « Quels sont vos projets d’avenir quand vous sortirez ? » Entre une meurtrière en prise avec un Père Noël psychopathe, le propriétaire puni par le fantôme du vieillard qu’il aura délogé, l’homme d’affaires piégé par trois vœux, un accidenté de la route appelé à revivre la même situation et le directeur d’un institut pour aveugles confronté à la colère de ses pensionnaires, chacun teste le monstre qui se cache en lui.

Entrez ! Entrez, âmes damnées ! Soyez les bienvenus chez Amicus, cette société de production cinématographique britannique née dans les années 1960, spécialisée dans les films d’horreur. Fondée par les américains Milton Subotsky et Max J.Rosenberg, la Amicus a voulu concurrencer la célèbre Hammer sur son propre territoire et dans le reste du monde. Dans cette optique, les pontes décident d’offrir quelque chose de différent aux spectateurs, notamment des histoires d’épouvante contemporaines. Un nom devient alors récurrent, celui du réalisateur Freddie Francis (1917-2007), à qui l’on doit déjà quelques fleurons de la Hammer comme Paranoïaque (1963), qui était à l’époque un chef opérateur très convoité. Il avait entre autres signé les images inoubliables des Innocents de Jack Clayton (1961) et avait auparavant travaillé Jack Cardiff sur Amants et filsSons and Lovers (1960), pour lequel il avait remporté l’Oscar de la meilleure photographie. Après cette récompense suprême, Freddie Francis décide de passer à la réalisation. Il signera L’Empreinte de Frankenstein, Dracula et les femmes et Meurtre par procuration, pour le compte de la Hammer. S’il mettra en scène d’autres films dans les années 1970-80, Freddie Francis réalisera également les inoubliables photographies d’Elephant Man, Dune et Une histoire vraie pour David Lynch, mais aussi celle du remake des Nerfs à vif par Martin Scorsese, ainsi que celle de Glory d’Edward Zwick, qui lui vaudra un second Oscar. Mais pour l’heure, Histoire d’outre-tombeTales from the Crypt démontre une fois de plus tout son savoir-faire derrière la caméra.

L’aventure de Freddie Francis avec la Amicus démarre en 1965 avec Le Train des épouvantesDr. Terror’s House of Horrors. Les autres séries B d’horreur s’enchaînent avec des titres aussi explicites que Le Crâne maléfiqueThe Skull (1965), Poupées de cendreThe Psychopath (1966), The Deadly Bees (1967), They Came from Beyond Space (167), Le Jardin des tortures Torture Garden (1967), puis le film qui nous intéresse, Histoires d’outre-tombe en 1972. Ce film à sketches se compose de cinq segments reliés par un fil rouge, tous réalisés par le même metteur en scène, avec le même directeur de la photographie, ce qui assure une véritable cohérence stylistique.

Le postulat de départ est simple : Au cours d’une visite dans des catacombes, cinq personnes, quatre hommes et une femme, soudainement isolées, se retrouvent en présence d’un moine étrange qui leur dévoile à chacun leur destin. Bien avant la célèbre série créée en 1989, le film s’inspire des bandes dessinées publiées par EC Comics au début des années 1950, Les Contes de la Crypte, et reprend cinq histoires disparates écrites par William Gaines et Al Feldstein. Cinq sketches forcément inégaux comme bien souvent dans ce genre de production – même les plus grands n’y échappaient pas comme en Italie où c’était devenu une spécialité (Les Monstres, Sept fois femme) – mais qui n’en restent pas moins élégants, souvent jubilatoires, bien rythmés, concis, même si prévisibles. Ce qui fait également le sel de ce genre de production c’est également le casting et de ce point de vue-là nous sommes gâtés ici. Le gardien de la crypte est interprété par le grand Ralph Richardson, puis interviennent tour à tour Joan Collins, Peter Cushing (sublime), Patric Magee, ainsi que des têtes parfaitement reconnaissables et symboliques de la rubrique « On ne sait jamais comment ils s’appellent ».

La mort est évidemment au centre de chaque segment, mais chacun reflète également la bassesse de l’être humain, prêt à tout pour son satisfaire son propre bonheur personnel et surtout sa réussite sociale. A sa sortie en France, le film passe totalement inaperçu. Pourtant, Histoires d’outre-tombe conserve encore un charme dingue malgré les années, la poésie macabre est au rendez-vous et on se délecte de passer d’un récit à l’autre, même si notre préférence se tourne vers les segments un (avec Joan Collins), trois (avec Peter Cushing) et cinq (avec Patrick Magee). Rétrospectivement, il s’agit également de la source d’inspiration de Creepshow (1982) de Stephen King et George A. Romero. Alors pourquoi hésiter plus longtemps ?

LE BLU-RAY

ESC Distribution ne manque décidément pas de nouveaux projets. Histoires d’outre-tombe inaugure une nouvelle collection de l’éditeur, la « British Terrors » qui comprendra entre autres Le Caveau de la terreur, Le Train des épouvantes, Asylum et Les Contes aux limites de la folie. Cette édition se compose du DVD et du Blu-ray du film, ainsi que d’un livret de 16 pages rédigé par Marc Toullec. Le menu principal est animé et musical.

L’intervention de Laurent Aknin se déroule en deux temps. Dans le premier module, l’historien et critique de cinéma raconte l’histoire de la Amicus (5’). Sa création, les producteurs, les titres les plus célèbres de la firme, ses intentions et ses influences sur les réalisateurs des années 1980-90 sont donc abordés de façon concise et passionnante.

Le deuxième segment se focalise sur Histoires d’outre-tombe (13’30). De la même manière que pour son exposé précédent, Laurent Aknin est toujours aussi attachant, enjoué et informatif sur la genèse du film de Freddie Francis, sur l’adaptation des célèbres Contes de la Crypte, sur le casting et les partis pris.

L’Image et le son

Le transfert est irréprochable, le master immaculé, stable et dépourvu de déchets résiduels. Les noirs sont concis, la colorimétrie est volontairement froide et fanée. Les décors dépouillés sont omniprésents et les personnages n’ont aucun mal à ressortir devant un fond uni, avec de très beaux gros plans. La gestion des contrastes est également très solide. Malgré un très léger voile apparent, ainsi que de menus changements chromatiques au cours d’une même séquence et un grain parfois trop lissé, ce master HD présenté dans son format d’origine 1.85 ne manque pas d’attraits. Le Blu-ray est au format 1080p.

Le film de Freddie Francis bénéficie d’un doublage français. Au jeu des comparaisons avec la version originale, la piste française au doublage réussi s’accompagne de quelques chuintements et les dialogues sont souvent mis trop en avant. La version anglaise DTS-HD Master Audio 1.0 est plus dynamique, propre et intelligible, homogène dans son rendu, notamment au niveau des effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Distribution /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Engrenages, réalisé par David Mamet

ENGRENAGES (House of Games) réalisé par David Mamet, disponible en DVD et Blu-ray le 4 septembre 2018 chez ESC Editions

Acteurs :  Lindsay Crouse, Joe Mantegna, Mike Nussbaum, Lilia Skala, J.T. Walsh, Willo Hausman, Karen Kohlhaas, Steven Goldstein, Jack Wallace, William H. Macy…

Scénario : David Mamet

Photographie : Juan Ruiz Anchía

Musique : Alaric Jans

Durée : 1h42

Année de sortie : 1987

LE FILM

Le docteur Margaret Ford, brillante psychanalyste, considérée comme trop froide par ses clients, est un jour poussée à bout par un de ses patients, Billy Haln, qui la menace de se suicider si elle ne l’aide pas à honorer ses dettes de jeu vis-à-vis d’un certain Mike. Margaret accepte. Elle se rend à la maison de jeux et découvre un univers qui la fascine. Mike et ses amis, après avoir tenté de la plumer, lui démontrent quelques-unes de leurs arnaques favorites. Pour Margaret, c’est l’engrenage et sa vie rigide va tout à coup être bouleversée par cette passion.

A la barre d’EngrenagesHouse of Games, il y a le dramaturge, producteur, réalisateur, scénariste et essayiste américain David Mamet. Né en 1947, lauréat du Prix Pulitzer en 1984 pour Glengarry Glen Ross, cet auteur de renom débute sa carrière à Hollywood en signant les scénarios du Facteur sonne toujours deux fois de Bob Rafelson (1981), Le Verdict de Sidney Lumet (1982) pour lequel il est nommé à l’Oscar et Les Incorruptibles de Brian de Palma (1987). Trois chefs d’oeuvre. Il décide de passer derrière la caméra avec Engrenages, son premier long métrage, dont il cosigne l’histoire avec le comédien et scénariste Jonathan Katz. Tout ce qui fera la renommée des films de David Mamet, à l’instar de La Prisonnière espagnole, se retrouve déjà dans ce coup d’essai. Radiographie de l’âme humaine, scénario empreint de psychologie, forme quasi-anachronique et inspirée du cinéma américain des années 1950, solide direction d’acteurs, élégance omniprésente, récit passionnant. Engrenages est un savoureux tour de force.

Margaret Ford est une psychanalyste solitaire qui bénéficie d’une certaine renommée, en particulier depuis la publication d’un livre intitulé Driven: Compulsion and Obsession in Everyday Life, dont les ventes lui assurent un revenu confortable. Lors d’une séance de psychanalyse, Billy, un joueur compulsif, lui confie qu’il doit la somme de 25 000 dollars à un criminel et qu’il sera probablement abattu s’il ne s’acquitte pas de sa dette. Le soir venu, Margaret décide de se rendre dans un bar appelé The House of Games pour y rencontrer l’homme dont Billy lui a parlé – un certain Mike, dont la jeune femme fait rapidement connaissance. Mike lui propose un deal : il efface l’ardoise de Billy, qui en réalité s’élève à seulement 700 dollars, si elle l’aide à gagner une partie de poker en observant les tics de son adversaire. Margaret accepte, et débute alors une expérience qui va peu à peu confronter les théories de la psychanalyste à une troublante réalité…

Engrenages est l’histoire d’une femme aux désirs refoulés qui se retrouve face à sa propre psyché, à la tentation et au passage à l’acte. Jusqu’alors, le personnage impeccablement interprété par Lindsay Crouse (La Castagne, Le Prince de New York) au regard glacial, se contentait de guérir et de soulager les maux de ses patients, sans penser une seconde à sa propre existence. Ne vivant que pour son métier et ses patients, Margaret commence à perdre le fil de ses pensées, en faisant notamment quelques lapsus révélateurs, en mentionnant « pressions » au lieu de « passions ». Suite à une affaire en cours, elle décide de sortir de sa zone de confort et plonge malgré elle dans le monde de la nuit peuplé d’escrocs, en rencontrant notamment un expert, Mike, incarné par le toujours classe Joe Mantegna (Le Parrain 3, la série Esprits criminels). Sa véritable nature va alors éclore au fur et à mesure que Margaret apprend les rudiments d’arnaques en tous genres. Mais de par son métier qui exige contrôle et dans un sens manipulation, Margaret acceptera t-elle de se retrouver face à plus fort qu’elle et surtout de devenir victime d’un jeu qu’elle pensait alors contrôler ? Lequel de ces deux professionnels parviendra à prendre le dessus sur l’autre ?

House of Games, c’est le lieu où se réunissent celles et ceux qui ont décidé de prendre l’ascendant sur ceux qu’ils ont désignés comme leurs proies, en les arnaquant et en profitant de leur crédulité. En pénétrant dans ce lieu, Margaret voit s’animer tout ce qu’elle dissimulait au plus profond d’elle-même, sous l’apparence d’une psy stricte, corsetée dans un tailleur droit, qui préfère passer ses soirées à peaufiner ses dossiers en cours, plutôt que de penser à elle. La rencontre avec Mike va non seulement réveiller en elle ses instincts dissimulés, ses envies compulsives, mais également sa sexualité.

Les films de David Mamet donnent toujours cette impression d’avoir été tournés en N&B. Engrenages ne fait pas exception. Avec ses angles de caméra insolites, sa musique jazzy, ses rues au bitume détrempé après la pluie, ses nombreux gros plans, le film prend la forme d’un polar made in fifties, mais en couleur. Sans en dévoiler davantage, disons que l’ombre de Pas de printemps pour Marnie d’Alfred Hitchcock (1964) plane constamment sur Engrenages. David Mamet signe un vrai coup de maître, jouant constamment avec les apparences et les faux-semblants, probablement encore plus passionnant aujourd’hui qu’à sa sortie.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Engrenages, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

ESC Editions fait décidément confiance à Mathieu Macheret, qui réalise une fois de plus une analyse du film qui nous intéresse (21’30). Le critique cinéma pour Le Monde présente tout d’abord le parcours et l’oeuvre de David Mamet, à travers ses thèmes récurrents, mais se trompe en avançant que ce premier long métrage est l’adaptation d’une des pièces de son auteur. Puis, Engrenages est abordé à la fois dans le fond, mais aussi sa forme. Si le journaliste paraphrase parfois l’histoire, tout en se gardant bien d’en dévoiler les principaux rebondissements, les arguments avancés sont souvent passionnants et mettent en valeur l’intelligence d’un scénario sur lequel repose entre autres la très grande réussite du film.

L’Image et le son

Merci à ESC Editions d’avoir exhumé ce titre tombé dans l’oubli, qui était sorti en DVD il y a près de quinze ans chez MGM / United Artists ! A cette occasion, la copie a été restaurée. Cela se voit, même si on dénombre encore quelques points blancs et pas mal de points noirs qui ont échappé au Biactol numérique, surtout lors du changement de bobine. Cela n’empêche pas la copie d’être lumineuse et stable. Les couleurs retrouvent un réel éclat (voir les bleus et les rouges), le grain argentique est heureusement conservé. Toutefois, la définition est parfois chancelante au cours d’une même séquence avec quelques flous sporadiques. Mais cela n’entame en rien le plaisir de (re)voir cet excellent premier long métrage de David Mamet.

Deux pistes DTS HD Master Audio 2.0 au programme. Evitez la version française, d’autant plus que les dialogues sont souvent sourds et mis trop en avant. La piste anglaise est plus naturelle et aérée, même si un léger souffle se fait entendre. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © MGM / United Artists / ORION / ESC EDITIONS / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr