Test Blu-ray / Légitime violence, réalisé par Serge Leroy

LÉGITIME VIOLENCE réalisé par Serge Leroy, disponible en DVD et Blu-ray le 21 mai 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Claude Brasseur, Véronique Genest, Thierry Lhermitte, Roger Planchon, Michel Aumont, Plastic Bertrand, Pierre Michaël, Francis Lemarque, Christian Bouillette, Christophe Lambert, Valérie Kaprisky, Eric Métayer…

Scénario : Patrick Laurent, Jean-Patrick Manchette, Pierre Fabre, Serge Leroy, Richard Morgiève d’après une histoire originale de Véra Belmont

Photographie : Ramón F. Suárez

Musique : Jean-Marie Sénia

Durée : 1h35

Année de sortie : 1982

LE FILM

Après un week-end comme tant d’autres, Martin Modot et sa famille vont prendre le train en gare de Deauville quand le destin les frappe. Au cours d’un hold-up, trois voyous tirent sur un homme qui riposte. Les voyous s’affolent et tirent aveuglément sur la foule. La femme, la fille et la mère de Martin Modot sont tués. Son père est grièvement blessé. Martin Modot ne vit plus alors que pour retrouver les coupables. Un soir, il est contacté par un certain Miller, président d’une association d’autodéfense, personnage fanatique qui ne parle que de vengeance. Déçu par la police inefficace et malgré son aversion pour ce genre d’association, Martin Modot finira par faire appel à Miller.

« Nous sommes des fascistes, des nazis…il semble que vous ignorez le sens des mots…mais non, c’est plus simple, nous sommes une association de braves hommes qui en ont assez des vols, des agressions à main armée, qui en ont marre que la justice s’en branle ! »

Devant l’affiche et le synopsis, on pouvait s’attendre à un film comme Le Vieux fusil (1975) de Robert Enrio, L’Agression (1975) de Gérard Pirès, Un justicier dans la ville (1974) de Michael Winner et même Rolling Thunder (1977) de John Flynn sorti en France sous le titre de…Légitime violence. Si le film de Serge Leroy, réalisateur du Mataf (1973), La Traque (1975), Les Passagers (1977) et Attention, les enfants regardent (1978), reprend le même titre que le thriller avec William Devane et Tommy Lee Jones, Légitime violence n’est pas un vigilante où le personnage principal décide de faire justice lui-même en supprimant ceux qui ont détruit sa vie, mais qui se voit pousser à le faire par une association d’autodéfense.

Légitime violence est avant tout un drame humain porté par un Claude Brasseur très émouvant, tandis que le récit interroge constamment sur le libre-arbitre et le passage à l’acte. Beaucoup plus intelligent que ne laissaient supposer certaines critiques, visiblement passées à côté d’un film qu’ils espéraient sans doute bourrin, Légitime violence n’épargne personne. Les hommes politiques comme les policiers sont aussi pourris que les truands et les assassins. De ce fait, comment un homme qui a tout perdu, peut-il avoir confiance dans les institutions de son pays ? Le dicton dit que la vengeance est un plat qui se mange froid. Et si elle ne se mangeait pas ?

Mitraillade en gare de Deauville. Un homme politique, amené là par une jeune femme, est abattu. Martin Modot, qui accompagnait sa famille à la gare, voit tomber sous ses yeux, sa mère, sa femme, sa fille. Son père est grièvement blessé. Martin seul est indemne. Sa raison de vivre sera désormais le châtiment des coupables. Mais la police ne montre guère de zèle pour mener l’enquête ! L’affaire et ses dessous politiques suscitent au contraire l’intérêt de Miller et du groupe d’auto-défense qu’il a constitué pour suppléer les insuffisances de la justice. Martin contacté, repousse les offres de soutien qui lui sont faites, puis finit par les accepter. Il retrouve ainsi la trace de la jeune femme qui accompagnait l’homme politique, objet du massacre. C’est la soeur de l’un des coupables. Martin Modot se trouve alors embarqué dans une aventure dramatique au terme de laquelle, il comprendra que les assassins ont été eux-mêmes manipulés, dans une affaire de basse politique.

Claude Brasseur est impeccable dans ce rôle torturé, qui parvient à laisser passer moult sentiments avec un visage quasi-imperturbable. Chose étonnante, le protagoniste ne tombe pas dans la solution « facile » de prendre la pétoire et de décimer ceux qui ont tué sa femme, sa mère et sa fille, mais cherche avant tout à comprendre. Si le film fait douloureusement écho avec l’actualité, Légitime violence s’inspire alors du style du poliziottesco, le néo-polar italien qui fleurissait dans les salles transalpines où la violence des rues était montrée de façon brutale avec leurs conséquences sur les petites gens. Néanmoins, le film de Serge Leroy, d’après un scénario Patrick Laurent (La Guerre des polices) et Jean-Patrick Manchette (L’Agression, Trois Hommes à Abattre, Pour la peau d’un flic) sur une idée de la grande productrice Véra Belmont, fait la part belle aux émotions.

Modot se retrouve entre ceux qui ont tué sa famille (dont Christophe Lambert, juste avant Greystoke, la légende de Tarzan), les flics qui viennent constamment lui demander s’il ne se souvient pas d’un nouvel élément qui pourrait les mettre sur une piste, une association d’extrême-droite qui le pousse à faire le boulot de la police, et une jeune femme (Véronique Genest, canon, si si), l’une des rares rescapées de la tuerie et qui était présente pour rendre service à son frère (Thierry Lhermitte). Le scénario dévoile alors que celui qui tient les fils n’est pas forcément celui que l’on croit et que les frontières séparant les deux côtés de la loi sont bien poreuses.

Enfin, Légitime violence repose également sur une très bonne mise en scène de Serge Leroy, aussi à l’aise dans les échanges burnés de ses personnages, que dans les séquences d’action, notamment lors d’une poursuite dans la rue qui se poursuit dans le métro, le tout en caméra portée très immersive. Rebondissements, action, personnages suintants, psychologie, apparition dénudée de la jeune Valérie Kaprisky, voilà un beau programme et Légitime violence reste un divertissement emblématique des années 1980 (avec Plastic Bertrand dans son propre rôle en plus) qui conserve un charme inaltérable.

LE BLU-RAY

Légitime violence était encore inédit en DVD. ESC Editions intègre désormais ce titre dans une collection Polar. Un Condé d’Yves Boisset viendra d’ailleurs rejoindre Légitime violence le 4 juin. Le menu principal est animé sur la séquence de poursuite dans le métro.

Un seul petit supplément est proposé ici. La productrice Véra Belmont (86 ans) intervient face caméra pour évoquer la genèse de Légitime violence, inspiré par un drame personnel. Franche et directe, elle déclare en parlant de l’individu qui les avait braquées elle et sa sœur « j’ai eu envie de tuer cette personne ». Partant de ce sentiment, Véra Belmont y voit une idée de film et se met à la recherche d’un budget. D’une durée de dix minutes, cet entretien donne quelques informations sur la production du film et le casting, mais manque de rythme (le montage laisse à désirer) et nous n’en retenons pas grand-chose à part que Véra Belmont est « pour » l’auto-justice.

La bande-annonce d’Un Condé est également incluse.

L’Image et le son

Quel plaisir de (re)découvrir le film de Serge Leroy en Haute-Définition ! Ce superbe master restauré fait la part belle aux couleurs (le rouge est éclatant) et les contrastes sont léchés du début à la fin. La copie est d’une stabilité à toutes épreuves, le piqué est acéré, le grain argentique respecté et les détails vraiment épatants.

Une piste DTS-HD Master Audio propre, sans souffle et suffisamment dynamique. En revanche, certains propos manquent parfois d’intelligibilité. Pas de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant…


Crédits images : © ESC Edtions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Kit Carson, réalisé par George B. Seitz

KIT CARSON réalisé par George B. Seitz, disponible le 9 avril 2019 en DVD et Blu-ray chez ESC Editions / Movinside

Acteurs : Jon Hall, Lynn Bari, Dana Andrews, Harold Huber, Ward Bond, Renie Riano, Clayton Moore, Rowena Cook…

Scénario : George Bruce, Evelyn Wells

Photographie : John J. Mescall, Robert Pittack

Musique : Edward Ward

Durée : 1h32

Année de sortie : 1940

LE FILM

Poursuivis par les indiens, le trappeur Kit Carson et ses amis Ape et Lopez se replient sur Fort Bridger, dont le capitaine, John Fremont, leur propose aussitôt d’escorter une caravane en direction de la Californie, sur la piste de l’Oregon. Manipulés par les autorités mexicaines qui voudraient annexer la région, les guerriers de la tribu Shoshone se dressent contre eux…

C’est un petit western dont nous n’attentions pas forcément grand-chose. Pourtant, Kit Carson, réalisé en 1940 par George B. Seitz ne cesse d’étonner. D’une part parce que le film tient encore très bien la route avec un rythme vif et enlevé du début à la fin, d’autre part pour ses personnages très attachants et la modernité du jeu des comédiens, dont Jon Hall, qui interprète le rôle-titre. Une chose est sûre, c’est que derrière son apparence rétro-vintage, Kit Carson ne fait sûrement pas son âge (près de 80 ans !) et demeure un divertissement haut de gamme doublé d’une analyse historique sur la naissance des Etats-Unis, basée sur un très bon scénario de George Bruce, auteur de L’Homme au masque de fer de James Whale (1939).

Kit Carson et ses hommes se joignent à John C. Fremont sur la route qui le conduit en Californie. En chemin, ils sont attaqués par des Indiens, les Shoshones, armés de fusils et envoyés par les autorités mexicaines, peu désireuses de les voir atteindre la Californie qui fait alors partie du Mexique. Frémont et Carson mènent ensuite une campagne, au nom des Etats-Unis, visant à annexer la Californie.

Christopher Houston Carson (1809-1868) alias Kit Carson, est une figure mythique de la construction des Etats-Unis. Eclaireur, militaire et agent des affaires indiennes, inscrit au panthéon du Far West et donc pionnier de la Conquête de l’Ouest américain, cet ancien fermier puis trappeur décide de partir à l’aventure à l’âge de 16 ans pour découvrir le continent. Son sens aiguisé de l’environnement lui vaut d’être repéré par l’armée où il devient Colonel durant la guerre américano-mexicaine, alors que le Gouverneur de Californie souhaite s’asseoir sur le trône des Aztèques et devenir empereur du Mexique.

Les péripéties, les affrontements, les scènes d’action, les embuscades s’enchaînent dans Kit Carson, sans oublier un triangle amoureux pour plaire aux dames. En dépit d’un budget modeste, ce western de série B a franchement de la gueule. La photographie du chef opérateur John J. Mescall, qui aura signé les sublimes images du Secret magnifique version 1935, mais aussi celles de L’Homme invisible et de La Fiancée de Frankenstein de James Whale, est vraiment superbe, tandis que le cadre de George B. Seitz- réalisateur du Dernier des Mohicans et du formidable Tarzan s’évade, même si non crédité au profit de Richard Thorpe, en 1936 – capture la magnificence des paysages naturels et de Monument Valley en particulier. Pas de format large certes (rappelons que nous sommes à la fin des années 1930), mais les scènes d’encerclement et de convois attaqués par les indiens témoignent d’un vrai sens de la mise en scène.

Complètement méconnu, Jon Hall prête ses traits à une icône américaine. Découvert dans Pago-Pago, île enchantée, il accède ici au rang de vedette à l’âge de 25 ans et son charisme très moderne étonne encore aujourd’hui. Par la suite, il tiendra l’affiche de quelques séries B d’aventures aux titres explicites Aloma, princesse des îles ou bien encore The Tuttles of Tahiti, avant d’être véritablement consacré avec les formidables La Vengeance de l’Homme Invisible et L’Agent invisible contre la gestapo. Un comédien fort sympathique et à reconsidérer, qui sort ici quelques punchlines du style « Maintenant je sais que la différence entre un soldat et une mule, c’est l’uniforme » avec une légèreté et un humour contagieux.

Kit Carson se regarde comme on lit un roman d’aventures à la couverture aussi excitante que son contenu, porté par une composition endiablée d’Edward Ward, qui a conservé beaucoup de charme.

LE DVD

Inédit dans nos contrées, Kit Carson atterrit dans les bacs sous la houlette d’ESC Editions/Movinside. Le test du DVD a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément de cette édition est avant tout réservé aux cinéphiles doublés de férus d’histoire. En effet, IAC, peintre en Art Western et romancier propose un portrait très complet et bourré d’informations sur le véritable Kit Carson (11’30). L’invité d’ESC n’évoque pas le film de George B. Seitz, mais situe le personnage dans son contexte historique, afin de mieux appréhender l’adaptation au cinéma en 1940.

Ensuite, le critique cinéma Vincent Jourdan, auteur de Voyage dans le cinéma de Sergio Corbucci (éditions LettMotif), propose quant à lui un vrai retour sur Kit Carson (24’30). La situation du western à la fin des années 1930, le casting du film, la carrière du producteur Edward Small, les thèmes, les intentions du réalisateur, le tournage à Monument Valley et bien d’autres sujets sont abordés au cours de ce segment très informatif.

L’Image et le son

L’image comporte de très nombreux défauts. C’est le moins qu’on puisse dire. Le master 1.33 est constellé de tâches, de points blancs, de rayures verticales, de fils en bord de cadre. Malgré cela, l’image est étonnamment stable. Cela rajoute un cachet « curiosité » (pour ne pas dire un aspect VHS – Cinéma de minuit) à Kit Carson, dont la copie reste lumineuse, sans doute trop parfois. Notons que l’ensemble est également trop lisse pour être honnête et que la gestion des contrastes est aléatoire.

La version originale est la seule piste disponible sur cette édition. Les dialogues, tout comme la musique, sont dynamiques et le confort acoustique très appréciable, même si un souffle se fait entendre du début à la fin. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Carmen Jones, réalisé par Otto Preminger

CARMEN JONES réalisé par Otto Preminger disponible en édition DVD et Blu-ray le 19 mars 2019 chez ESC Editions/Movinside

Acteurs : Dorothy Dandridge, Harry Belafonte, Olga James, Pearl Bailey, Joe Adams, Nick Stewart, Brock Peters, Roy Glenn…

Scénario : Harry Kleiner d’après le roman de Prosper Mérimée et l’opéra de Georges Bizet

Photographie : Sam Leavitt

Musique : Georges Bizet

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1954

LE FILM

Pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le Sud des Etats-Unis, au milieu d’un camp militaire, la jolie Carmen Jones aux mœurs légères fait tourner les têtes des soldats, provoquant des rivalités jalouses. Joe se laisse séduire, abandonne sa gentille fiancée pour la sulfureuse Carmen et devient déserteur. Il est mis en prison mais Carmen accepte d’attendre sa sortie pour qu’ils continuent de filer leur parfait amour…

Débarqué à Hollywood en 1935 grâce au président de la 20th Century Fox Joseph Schenck qui cherchait alors de nouveaux talents en Europe, le cinéaste autrichien Otto Ludwig Preminger (1905-1986) en est déjà à son sixième film américain quand il réalise Laura en 1945. Cette adaptation au cinéma du roman policier éponyme de Vera Caspary demeure une référence du film noir et psychologique. Après moult rebondissements durant la longue phase de production – de violents conflits avec le producteur Darryl F. Zanuck – qui a vu défiler de nombreux réalisateurs tels que John Brahm, Lewis Milestone, Rouben Mamoulian (remplacé après que les rushes aient été jugées catastrophiques par Zanuck), les rênes de Laura reviennent dans les mains d’Otto Preminger. Pour la première fois de sa carrière hollywoodienne, le metteur en scène impose enfin ses idées, reprend le tournage à zéro et met les plans tournés par Rouben Mamoulian au pilon. Le reste appartient à la légende. Otto Preminger enchaîne alors les projets, tournant parfois deux films par an. Suivront Scandale à la cour, La Dame au manteau d’hermine, L’Éventail de Lady Windermere, Mark Dixon, détective, Un si doux visage, La Lune était bleue et Rivière sans retour avec Robert Mitchum et Marilyn Monroe. Un palmarès exceptionnel. En 1954, le cinéaste décide de transposer à l’écran la comédie musicale Carmen Jones d’Oscar Hammerstein (La Mélodie du bonheur), immense succès de Broadway en 1943, qui reprend notamment l’opéra Carmen de Georges Bizet, lui-même inspiré par la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée. Carmen Jones, immense réussite du genre, déplace l’intrigue originale dans un contexte afro-américain. Par ailleurs, ce drame musical est aussi et surtout l’un des rares films de l’âge d’or d’Hollywood à n’être composé que de comédiens noirs, d’autant plus produit par un grand studio. Pour les très nombreux aficionados, il s’agit également du premier générique conçu par l’immense Saul Bass. Carmen Jones est depuis passé à la postérité, au même titre que l’adaptation de Francesco Rosi, qui inscrira l’opéra de Bizet dans un réalisme andalou en 1984.

Jacksonville durant la Seconde Guerre mondiale. Cindy Lou vient rendre visite à son fiancé Joe, caporal affecté à la base militaire de Jacksonville. Au réfectoire, la volcanique Carmen Jones, employée au pliage des parachutes dans une usine d’armement, provoque Joe, puis se bat avec une autre ouvrière. Joe est alors chargé de conduire Carmen Jones à la prison située loin de la base. Elle le séduit en route mais la jeep s’embourbe et le couple fait halte au village natal de Carmen…

Carmen Jones, c’est avant tout Dorothy Dandridge (1922-1965) qui embrase l’écran. Actrice et chanteuse américaine, elle demeure la première comédienne afro-américaine à s’être imposée à Hollywood. Depuis le début des années 1940, elle multiplie ses apparitions au cinéma. Vue entre autres dans Crépuscule de Henry Hathaway, elle donne la réplique à Harry Belafonte dans Bright Road de Gerald Mayer. Fort de ce succès et de l’osmose entre les deux partenaires, Otto Preminger décide de les réunir dans Carmen Jones. Grâce à ce film, à son incroyable et éblouissante prestation, Dorothy Dandrige devient une véritable star et obtient une nomination aux Oscars en 1955, même si, comme son partenaire, elle est entièrement doublée dans la partie chantée du film par la cantatrice Marilyn Horne. Malheureusement, sa carrière restera marquée par de multiples problèmes personnels et professionnels. Elle meurt à l’âge de 42 ans seulement.

Produit par Darryl F. Zanuck et la Fox, après le désistement des Artistes Associés, Carmen Jones, adaptation unique de l’opéra-comique en quatre actes de Bizet, sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, est symbolique de la rigueur du metteur en scène Otto Preminger, qui pour l’occasion adopte le format Cinémascope pour la seconde fois de sa carrière après Rivière sans retour et use d’un technicolor flamboyant. Le scénario d’Harry Kleiner, auteur du futur Bullitt, convoque l’âme et l’esprit du matériel de base, tout en s’inscrivant dans son époque, celle de l’Amérique de la Ségrégation. Si le film est un immense succès à sa sortie, il sera interdit en France jusqu’au début des années 1980 en raison d’un procès intenté (et remporté) par les héritiers des deux librettistes, qui accusaient la production d’avoir détourné l’oeuvre originale.

Carmen Jones est une œuvre provocante et très sexuelle, chose alors impensable en raison du tristement célèbre Code Hays, et animé par une énergie aussi rageuse que contagieuse encore aujourd’hui. Un chef d’oeuvre récompensé par le Léopard d’or au Festival de Locarno et l’Ours de bronze au Festival de Berlin.

LE BLU-RAY

La collection Hollywood Legends Premium s’agrandit chez ESC Editions / Movinside avec cette sortie tant attendue de Carmen Jones en Haute-Définition ! Le disque repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné du plus bel effet. Le menu principal est animé et musical.

Carmen Jones, est présenté par Antoine Sire (26’). L’auteur de Hollywood, la cité des femmes (éditions Institut Lumière / Acte Sud) propose une analyse brillante et éclairée du film d’Otto Preminger. Le fond et la forme sont croisés sur un rythme soutenu, le casting est passé au peigne fin. La carrière du cinéaste est également abordée et Carmen Jones située dans sa filmographie. Fourmillant d’informations et d’anecdotes de production, Antoine Sire part un peu dans tous les sens, mais on ne pourra pas lui reprocher la passion contagieuse avec laquelle il évoque ce chef d’oeuvre. Cet entretien s’avère riche, spontané et passionnant.

L’Image et le son

Film rare, Carmen Jones faisait partie des titres les plus attendus en Haute Définition et tous les espoirs sont comblés. Avec ce nouveau master HD, cette édition en Blu-ray du film d’Otto Preminger est un véritable feu d’artifice pour les yeux, surtout avec ce cadre incroyable 2,55/1, même si la jaquette indique 2,35/1. Ce qui frappe d’emblée, c’est la richesse de la colorimétrie, ses teintes chatoyantes, la densité des contrastes et des noirs, le maintien affermi des gammes chromatiques, la luminosité, le relief et la profondeur de champ. Les détails abondent, même si parfois adoucis voire flous en raisons du format CinémaScope (l’entrée de Lou au moment du match de boxe) , mais le piqué est étonnant. Ce transfert immaculé porté par une épatante compression AVC et le lifting numérique a encore fait des miracles (aucune poussière n’a survécu) tout en respectant les partis pris esthétiques d’origine et la photo suprêmement élégante du chef opérateur Sam Leavitt (La Chaîne, Le Kimono pourpre).

Deux mixages anglais au choix, LPCM 2.0 ou Dolby Digital 5.1. Quitte à choisir, sélectionnez la première option, plus homogène et détaillée, mais aussi fort convaincante sur les parties chantées. L’alternative DD 5.1 est beaucoup plus anecdotique, surtout sans HD, d’autant plus qu’elle n’évite pas certaines saturations. Certes, la spatialisation est convaincante et permet de jouer avec son installation acoustique, mais le mixage Stéréo est amplement suffisant. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © 20th Century Fox / ESC Editions / ESC Distribution / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Une hache pour la lune de miel, réalisé par Mario Bava

UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL (Il Rosso segno della follia) réalisé par Mario Bava disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 9 avril 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Stephen Forsyth, Dagman Lassander, Laura Betti, Femi Benussi, Jesús Puente, Luciano Pigozzi, Antonia Mas, Gérard Tichy, Verónica Llimerá…

Scénario : Santiago Moncada, Mario Musy, Mario Bava

Photographie : Mario Bava

Musique : Sante Maria Romitelli

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

En reprenant une maison de couture au bord de la faillite laissée par sa mère, John Harrington est à nouveau hanté par son pire cauchemar. Suite à un traumatisme lié à son enfance dont il n’a plus du tout le souvenir, il est désormais incapable de contrôler les pulsions qui le poussent à vouloir tuer des jeunes femmes vêtues de robes de mariée…

Une femme ne devrait vivre que jusqu’à sa nuit de noces…

Une hache pour la lune de mielIl Rosso segno della follia, également connu sous le titre français opportuniste et ridicule de La Baie sanglante 2 (alors que le premier sera tourné après) ou bien encore Meurtres à la hache pour son exploitation en VHS dans les années 1980, n’est pas l’oeuvre la plus célèbre ou la plus représentative du cinéma de Mario Bava. Pourtant, ce film apparaît comme un condensé de ses précédents longs métrages, tout en annonçant ceux qui suivront, puisqu’il est question ici de meurtres, de psychologie dérangée et de traumatisme. Le cinéaste s’auto-cite en diffusant un extrait de son segment des Trois visages de la peur, mais on pense également à Six femmes pour l’assassin pour le milieu que Mario Bava dépeint (celui de la couture), tout en s’inspirant du cinéma d’Alfred Hitchcock avec évidemment Psychose en ligne de mire. Le spectre de Norman Bates est bel et bien présent dans Une hache pour la lune de miel. Le maestro adopte le point de vue de son personnage principal, ce qui place le spectateur en tant que premier témoin de ses agissements. Véritable tour de force, Il Rosso segno della follia déroule son récit à travers les yeux du meurtrier, tout en plongeant l’audience dans une psyché perturbée où les repères se brouillent et s’effondrent jusqu’à l’implosion.

« Mon nom est John, j’ai 35 ans… Je suis paranoïaque. Non, en fait je suis complètement fou. J’ai tué 5 belles jeunes femmes, dont 3 sont enterrées dans la serre, et personne ne me suspecte d’être un dangereux meurtrier. Cela m’amuse… », annonce nonchalamment le jeune, beau et riche John Harrington. Ce dernier est le directeur d’une maison de couture spécialisée dans les robes de mariée. Schizophrène, hanté par le spectre de sa mère castratrice morte de sa nuit de noces, et ses pulsions meurtrières le poussent à tuer les jeunes mariées avec un hachoir. Marié à une femme qu’il exècre, Mildred (Laura Betti, qui reviendra dans La Baie sanglante), il tombe amoureux d’un nouveau mannequin, Helen, fraîchement arrivé dans son entreprise matrimoniale. Alors qu’il continue à assassiner, la police se rapproche doucement de lui.

A la fin des années 1960, Mario Bava est comme qui dirait à un tournant de sa carrière. Agé de 54 ans au moment où le producteur espagnol Manuel Caño lui propose le scénario de Une hache pour la lune de miel, le réalisateur qui sort alors du coûteux Danger : Diabolik ! souhaite retrouver un film au budget modeste et certains de ses thèmes de prédilection. Cependant, le film déjoue les attentes dans le sens où le sang et autres effets gore sont ici absents. Une hache pour la lune de miel privilégie l’angoisse et la violence, la plupart du temps hors-champ. Quand le personnage use de son hachoir, nul plan sur la lame pénétrant la chair, où de membres sectionnés. Mario Bava laisse l’imagination du spectateur faire son travail et le résultat est aussi efficace.

Une hache pour la lune de miel est une autopsie des pulsions qui poussent un homme bien sous tous rapports à commettre les actes les plus abominables. On pense alors au célèbre Patrick Bateman inventé par Bret Easton Ellis, personnage principal et le narrateur du roman American Psycho. A ce titre, l’acteur Stephen Forsyth, dont c’est ici la dernière apparition au cinéma avant de se consacrer à la musique, est un choix idéal. Son visage figé qui renvoie aux mannequins de plastique qui environnent John Harrington dans son antre secrète, dissimule en réalité un être complètement fou et instable.

Tourné entre Barcelone, Paris et Rome, Il Rosso segno della follia agit comme une ronde étourdissante qui fait perdre pied et qui donne le vertige. Mario Bava, également directeur de la, photographie, joue également sur les distorsions de l’image – entre anamorphoses et zooms – et les sons – excellente bande originale de Sante Maria Romitelli – qui s’imbriquent. Le cinéaste démontre qu’il pouvait donc créer l’effroi et l’épouvante (avec un humour noir à froid) sans avoir recours à l’hémoglobine, uniquement par le biais de sa mise en scène, toujours stylisée, en tout point saisissante.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Une hache pour la lune de miel, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check disc. Le menu principal est animé et musical. Le film de Mario Bava avait disposé d’une édition en DVD (aujourd’hui épuisée) chez One Plus One en 2002. Edition collector limitée à 2 500 exemplaires. Nous trouvons également un livret de 16 pages écrit par Marc Toullec.

Sur Homepopcorn.fr, nous sommes fans de monsieur Jean-François Rauger. C’est avec un immense plaisir que nous le retrouvons ici pour une présentation d’Une hache pour la lune de miel (25’). Le directeur de la programmation à la Cinémathèque Française replace le film qui nous intéresse dans la carrière de Mario Bava. Puis, Jean-François Rauger aborde tous les aspects de cette production méconnue du maître italien, en parlant du scénario, du casting, des influences, des thèmes du film, des motifs récurrents, des partis pris et des intentions du réalisateur. Une analyse complète et pertinente.

Du coup, l’intervention de Jean-Pierre Bouyxou apparaît bien redondante, même si très sympathique (8’). Le journaliste cinéma, critique et réalisateur français encense plutôt la splendeur visuelle d’Une hache pour la lune de miel et aborde les aspects formels de ce « film singulier, anti-gore et tout en retenue ».

L’Image et le son

La première et la dernière bobine sont les plus abîmées de ce nouveau master HD. Les points, griffures, poussières, fils en bord de cadre et tâches diverses sont légion et parsèment l’écran. Heureusement, cela s’apaise durant la quasi-intégralité du long métrage, même si certaines scories demeurent. Les couleurs – si importantes chez Mario Bava – retrouvent une certaine fraîcheur, tout comme les contrastes, étonnamment denses à plusieurs reprises. Le piqué est agréable, le relief des matières est palpable et les décors baroques ne manquent pas de détails, y compris sur les séquences sombres. La texture argentique est idéalement préservée et surtout excellemment gérée.

Trois mixages au choix ! Optez pour la version anglaise, langue officielle du tournage (même si tout a été repris en post-synchronisation), dont le confort acoustique est le plus équilibré du lot, en dépit d’un léger chuintement et de craquements parasites. La piste française est la plus faible avec des dialogues lointains, tandis que la version italienne paraît artificielle avec son rendu trop élevé des dialogues.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Crime à distance, réalisé par Ken Hughes

CRIME À DISTANCE (The Internecine Project) réalisé par Ken Hughes, disponible en DVD et Blu-ray le 19 mars 2019 chez Movinside / ESC Editions

Acteurs : James Coburn, Lee Grant, Harry Andrews, Ian Hendry, Michael Jayston, Christiane Krüger, Keenan Wynn, Terence Alexander…

Scénario : Barry Levinson, Jonathan Lynn d’après le roman Internecine de Mort W. Elkind

Photographie : Geoffrey Unsworth

Musique : Roy Budd

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Appelé à de hautes responsabilités à la Maison Blanche, l’ancien espion Robert Elliot n’entend pas quitter Londres sans avoir fait le ménage derrière lui. Son objectif : éliminer les quatre membres du réseau d’informateurs qui en savent long sur son encombrant passé et ses méthodes. Pour ça, quoi de mieux que de monter un plan machiavélique pour les pousser à s’entretuer en quelques heures.

Pour les cinéphiles, Ken Hughes (1922-2001) est le réalisateur du classique Chitty Chitty Bang Bang (1968), d’après le roman de Ian Fleming, co-écrit par l’immense Roald Dahl et le scénariste Richard Maibaum (auteur des James Bond du premier opus jusqu’à Permis de tuer), mais également produit par Albert R. Broccoli, le « père » des aventures de l’agent 007 à l’écran. Un an auparavant, Ken Hughes avait pourtant accepté de participer à la mise en scène houleuse de Casino Royale, à la suite de Val Guest, John Huston, Joseph McGrath et Robert Parrish. Un James Bond hors-série, indépendant, volontairement comique où l’on pouvait croiser aussi bien Woody Allen que Jean-Paul Belmondo, David Niven et Peter Sellers. S’il n’a jamais véritablement brillé au cinéma et que son nom reste encore aujourd’hui méconnu, Ken Hughes faisait partie de ces artisans solides très prisés par les studios. Crime à distance (The Internecine Project), également connu sous les titres plus explicites Le Manipulateur et La Main du pouvoir, est un film étrange, froid, pas aussi glacial qu’une adaptation de John le Carré, mais qui n’en demeure pas moins étonnant dans le portrait dressé de son personnage principal, ici campé par le grand James Coburn.

Ce dernier interprète un ancien agent secret, qui tient à asseoir son autorité dans le monde de la finance américaine. Mais quatre personnes sont témoins de ses activités douteuses. Il décide alors de toutes les supprimer en élaborant un plan démoniaque. Le scénario de Crime à distance est co-écrit par Barry Levinson (rien à voir avec le réalisateur de Rain Man et de Good Morning, Vietnam), également producteur, et Jonathan Lynn (réalisateur de l’adaptation Cluedo, Monsieur le député avec Eddie Murphy et Mon voisin le tueur avec Bruce Willis et Matthew Perry), d’après le roman de Mort W. Elkind. De par son atmosphère trouble et pesante, The Internecine Project rappelle parfois M15 demande protectionThe Deadly Affair (1966) réalisé par Sidney Lumet, qui annonçait la mutation du genre espionnage au cinéma. Ici, le film se double également d’une métaphore sur le travail de scénariste, puisque le protagoniste imagine une réaction en chaîne faite de meurtres et de manipulations, comme un scénario prêt à être mis en scène. Confortablement installé derrière un bureau, Robert Elliot, un verre ou un cigare à la main, se contente de souligner chacune des étapes de son stratagème criminel, heure par heure, attendant chaque coup de fil (le nombre de sonneries indique au personnage l’avancée des meurtres commis par ses “pantins”) en espérant évidemment que rien ne vienne contrecarrer ses plans. Cynique et impassible, minéral, James Coburn est à l’aise dans ce rôle peu aimable.

Sur un rythme languissant, Ken Hughes démontre son potentiel derrière la caméra, mais il peut également compter sur deux atouts de taille. L’immense chef opérateur Geoffrey Unwsorth (1914-1978) signe la magnétique photographie. Sa griffe inimitable qui aura transcendé des œuvres telles que 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, Cabaret de Bob Fosse, Zardoz de John Boorman et Superman de Richard Donner est un régal de chaque instant. Ses partis pris luminescents mettent en relief la beauté des ténèbres dans une ville de Londres sombre. A la musique, Roy Budd, compositeur du Soldat bleu de Ralph Nelson et de La Loi du milieu (Get Carter) de Mike Hodges participe également au côté inquiétant distillé au compte-gouttes, tandis que l’étau se resserre autour des futures victimes.

Il ne faut pas s’attendre à un film d’action, mais plutôt à une approche psychologique, mathématique pourrait-on dire, du meurtre, que le montage de John Shirley (Vivre et laisser mourir, L’Homme au pistolet d’or) instaure comme les faces d’un Rubik’s Cube où chacune dépend de l’autre. C’est là la belle réussite de cet étrange et hybride Crime à distance, qui flatte à la fois les spectateurs avides d’histoire d’espionnage et ceux plus intéressés par le cheminement mental des personnages.

LE BLU-RAY

ESC Editions/Distribution redonne vie à Movinside, qui pour l’occasion ressuscite ce film méconnu de Ken Hughes. Crime à distance est enfin disponible en DVD et Blu-ray. Ce dernier est contenu dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un sur-étui cartonné. Le visuel est très élégant. Menu principal animé et musical.

Pour nous présenter Crime à distance, ESC a misé sur Frédéric Albert Lévy, auteur de Bond, l’espion qu’on aimait (Broché). Durant 25 minutes souvent pertinentes, l’invité de l’éditeur analyse le fond du film qui nous intéresse, en le replaçant dans son contexte politique, économique et social. Le casting est également passé au peigne fin, tout comme l’équipe technique et la carrière du réalisateur John Hughes. Dans son excellente analyse, Frédéric Albert Lévy évoque également la sortie du film, ses différents titres français, et indique que Crime à distance reste un « parfait échantillon du cinéma anglais du début des années 1970 ». Attention, quelques spoilers, dont le dénouement, sont présents.

L’Image et le son

Un Blu-ray (au format 1080p) convaincant, sans se forcer. Le format original est respecté. Il en est de même pour le grain original, bien que très appuyé, surtout durant le premier quart d’heure. Si cela s’arrange quelque peu par la suite, la définition est ensuite aléatoire, la gestion des contrastes est honnête, les couleurs retrouvent un peu de fraîcheur. Quelques points et poussières sont encore présents, visibles notamment sur les nombreuses scènes en intérieur.

Les mixages anglais et français LPCM 2.0 distillent parfaitement la musique de Roy Budd. Néanmoins, la piste française se focalise sans doute trop sur le report des voix, parfois au détriment des ambiances annexes. La piste originale est très propre, sans souffle, dynamique et suffisamment riche pour instaurer un très bon confort acoustique. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Baie sanglante, réalisé par Mario Bava


LA BAIE SANGLANTE (Reazione a catena – Ecologia del delitto) réalisé par Mario Bava disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 5 mars 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Claudine Auger, Luigi Pistilli, Claudio Volonté, Laura Betti, Leopoldo Trieste, Franco Ventura, Anna Maria Rossati, Isa Miranda, Brigitte Skay, Paola Montenero, Roberto Bonanni, Guido Boccaccini, Nicoletta Elmi, Renato Cestiè…

Scénario : Filippo Ottoni, Mario Bava, Giuseppe Zaccariello d’après une histoire originale de Dardano Sacchetti et Franco Barberi

Photographie : Mario Bava

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

La vieille comtesse Frederica est brusquement arrachée à son fauteuil d’invalide et pendue par son mari qui à son tour meurt sous les coups de poignard d’un mystérieux assassin. Quatre jeunes gens venus se divertir pénètrent par effraction dans la villa. Pendant que l’une des filles se baigne nue dans la baie et se retrouve la gorge tranchée, un garçon et une fille désirant faire l’amour se retrouvent épinglés au lit par une lance…

La Baie sanglante est une œuvre tardive dans l’oeuvre de Mario Bava. Le cinéaste a 57 ans quand il entreprend ce film, considéré aujourd’hui comme l’une de ses plus grandes réussites, qui apparaît également comme une réponse au giallo, ce genre italien du film d’exploitation, cocktail de cinéma d’horreur, de film policier et d’érotisme soft. Un tueur ganté, masqué, qui assassine sauvagement (souvent en caméra subjective) à l’aide d’une arme blanche ou de ses propres mains en étranglant la plupart du temps une pauvre femme qui trépasse en hurlant, et qui rend son dernier souffle, figée dans un ultime appel au secours. Telles sont les composantes du giallo. Chantage, sexe, héros suspectés, meurtres sadiques, Mario Bava (1914-1980) ne sait pas encore qu’il vient de changer le cinéma de genre, italien, européen puis mondial avec Six femmes pour l’assassinSei Donne per l’assassino, ou bien encore Blood and Black Lace pour son titre international, qui sort sur les écrans en 1964. De cette œuvre matricielle, acte fondateur de tout un pan du septième art, Dario Argento s’en inspirera pour son propre cinéma. En février 1970, L’Oiseau au plumage de cristal connaît un succès mondial. Après le désistement du producteur Dino De Laurentiis qui voulait surfer sur la vague du giallo, Mario Bava décide d’aller plus loin et de remettre les pendules à l’heure quant au genre qu’il a lui-même créé.

Six scénaristes se refilent l’histoire de La Baie sanglante, qui déboule sur les écrans italiens en 1971. Et c’est du jamais vu. Les spectateurs se retrouvent face à une succession ou plutôt à une réaction en chaînes (traduction littérale du titre original) de meurtres (13 au total) très violents, crus, sanglants, comme s’ils étaient embarqués dans une spirale, dans une boucle constituée d’assassinats en perpétuel recommencement. Non seulement, Mario Bava a inventé le giallo, mais il crée ici un autre genre qui découle du premier, le slasher, et sera notamment la première grande influence du Vendredi 13 de Sean S. Cunningham (1981).

La Baie est un magnifique domaine, convoité par tous. La propriétaire, Federica Donati, une vieille comtesse paralytique, refuse de vendre la propriété à un architecte sans scrupule, car elle ne veut pas la voir se transformer en station balnéaire et lieu touristique. Un soir la comtesse est attaquée par son mari le comte Filippo Donati. Dans la foulée le comte est tué et son corps dissimulé dans la baie. Un mot désespéré étant retrouvé près du cadavre, la police conclut au suicide.

C’est une expérience inoubliable à laquelle nous convie Mario Bava. Presque un demi-siècle après sa sortie, La Baie sanglante, Reazione a catena (Ecologia del delitto) demeure l’un des plus grands films d’horreur, ou de terreur plutôt, de l’histoire du cinéma, probablement l’un des plus violents. Radical, mais également réflexion sur la représentation de la violence à l’écran et du rapport des spectateurs avec les films de genre, La Baie sanglante peut se targuer de flatter autant l’intellect du spectateur, que ses sens en le divertissant du début à la fin, en lui offrant ce qu’ils est venu chercher, au-delà même de ses espérances. Déçu par son Île de l’épouvante (1970), le maestro en reprend quelques motifs ici dans La Baie sanglante. Voulant retrouver une certaine forme de liberté créatrice et d’expression, Mario Bava a pour ainsi dire carte blanche. S’il a également participé au scénario sur cet opus, il y est également chef opérateur.

Bienvenue dans un monde où l’horreur peut vous surprendre n’importe où, dans le plus simple appareil, de jour comme de nuit. Véritable leçon de cinéma, du zoom au montage, en passant par la sécheresse des meurtres macabres, la beauté de la photographie, les effets spéciaux et les maquillages saisissants du grand Carlo Rambaldi (récompensés au Festival du film fantastique d’Avoriaz), La Baie sanglanteReazione a catena est un chef d’oeuvre absolu et intemporel, morbide, mais lyrique et surtout furieusement poétique.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Baie sanglante, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check disc. Le menu principal est animé et musical. Après plusieurs éditions chez TF1 Vidéo (2000), Evidis (2006) et Carlotta Films (2009), le che d’oeuvre de Mario Bava revient dans les bacs, plus beau que jamais !

Le journaliste Mathieu Macheret a décidément le vent en poupe puisque nous ne cessons de le retrouver sur les éditions de Rimini Editions et bien évidemment chez ESC Editions. Il propose ici une analyse de quelques séquences spécifiques de La Baie sanglante (20’). Une présentation assez pointue et pertinente, qui croise à la fois le fond et la forme.

Critique cinématographique et écrivain, Gérard Lenne a répondu présent pour présenter à son tour La Baie sanglante de Mario Bava (25’). Cette passionnante intervention donne moult informations sur la genèse et la production du film qui nous intéresse. Ecologia del delitto est replacé dans l’oeuvre du maître italien, les partis pris sont analysés (la violence des meurtres et la représentation de la violence), le casting passé au peigne fin, ainsi que les lieux de tournage, la sortie du film sur les écrans, les quelques récompenses à Sitges (une mention spéciale) et à Avoriaz (prix des effets spéciaux pour Carlo Rambaldi), ainsi que son influence sur le genre américain puisque La Baie sanglante allait donner naissance au slasher. Moult anecdotes sont également racontées au fil de ce rendez-vous vraiment très agréable.

Chez Homepopcorn.fr, on adore Nicolas Stanzick ! Alors, quel plaisir de retrouver l’auteur du livre Dans les griffes de la Hammer: la France livrée au cinéma d’épouvante ! Toujours débordant d’énergie et passionné, Nicolas Stanzick indique tout ce que le cinéphile souhaiterait savoir sur la production de La Baie sanglante (25’). S’il y a évidemment quelques échos avec ce qui a déjà été entendu précédemment, cette analyse complète parfaitement les modules passés en revue.

Nous trouvons également le montage alternatif italien de La Baie sanglante, d’une durée d’1h24’’54 contre 1h24’’24 pour le montage anglais. Selon Bruno Terrier, éminent expert de Mario Bava, les différences apparaissent au niveau de quelques dialogues et de contrechamps sensiblement plus étendus. Le film ayant été tourné en anglais, privilégiez évidemment l’autre montage, et surtout la version française très réussie.

L’Image et le son

Force est d’admettre que nous nous trouvons devant l’un des plus beaux Blu-ray disponibles chez ESC Editions. Le cadre, superbe, regorge de détails aux quatre coins et ce dès la première séquence. Si le générique est évidemment plus doux, la définition reste solide comme un roc, la stabilité est de mise et le grain original flatte constamment la rétine. La propreté de la copie (anglaise, comme l’indiquent les credits) est irréprochable, à part peut-être quelques pétouilles, mais ce serait vraiment chipoter. La palette chromatique profite de cet upgrade avec des teintes revigorées. Les séquences diurnes en extérieur bénéficient d’un piqué pointu et d’une luminosité inédite. Ajoutez à cela des noirs denses, une magnifique patine seventies, quelques éclairages luminescents et vous obtenez l’une des éditions indispensables de mars 2019.

Propre et dynamique, le mixage français DTS HD Master Audio Stéréo (à privilégier) ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la très belle partition Stelvio Cipriani. A titre de comparaison, elle demeure la plus dynamique et la plus riche du lot, puisque la version anglaise DTS-HD Master Audio Mono 2.0 paraît bien confinée, oubliant quelques ambiances naturelles pour se concentrer sur les voix. Notons également la présence d’une piste française 5.1 anecdotique, mais qui contient son lot d’effets, en dépit d’un léger souffle chronique.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Ibis rouge, réalisé par Jean-Pierre Mocky



L’IBIS ROUGE réalisé par Jean-Pierre Mocky disponible en DVD et Blu-ray le 5 mars 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Michel Simon, Michel Serrault, Michel Galabru, Jean Le Poulain, Evelyne Buyle, Karen Nielsen, Jean Cherlian, François Bouchex…

Scénario : Jean-Pierre Mocky, André Ruellan d’après la nouvelle de Fredric Brown “Knock Three One Two”

Photographie : Marcel Weiss

Musique : Eric Demarsan

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Raymond Villiers ne se doute pas que l’homme qui lui fait face dans l’ascenseur n’est autre que l’étrangleur qui défraie la chronique. Mais Raymond ne s’attarde pas, il abandonne ce personnage et se met en quête des trois millions qu’il a perdus au jeu et qu’il doit rembourser au plus tôt. Dès lors, une succession de quiproquos et de méprises vient bouleverser l’ordre naturel des événements.

Quand Jean-Paul Mokiejewski alias Jean-Pierre Mocky (né en 1933) fait son Grand Sommeil. Enfin, toutes proportions gardées. Néanmoins, L’Ibis rouge s’avère un vrai polar et film noir bourré d’humour tourné sur le Canal Saint-Martin, avec un trio d’acteurs au sommet, les trois Michel, Serrault, Galabru et Simon. Trois ans après Le Viager de Pierre Tchernia, Louis Martinet se retrouve face à Léon Galipeau, tandis que Michel Simon tire sa révérence dans sa dernière apparition à l’écran. Le comédien disparaîtra une semaine après la sortie de L’Ibis rouge au cinéma. Les fans de Jean-Pierre Mocky considèrent cet opus comme l’un de ses meilleurs, l’un de ses plus emblématiques et réussis. Ce qu’il est assurément puisqu’il contient toutes les obsessions, les références et donc l’univers de son auteur.

Traumatisé dans son enfance par la vue d’une mouche sur la gorge de son professeur de piano, Jérémie, modeste employé, étrangle des femmes seules à l’aide d’une écharpe brodée d’un ibis. Zizi, marchand de journaux acariâtre et raciste pourtant flanqué d’un enfant noir, rêve de notoriété. Il déclare à tous ses clients qu’il est le coupable des meurtres. Pendant ce temps, Raymond, ivrogne invétéré et représentant en liqueurs, doit rembourser une importante dette de jeu contractée auprès d’un ancien colonel infirme qui menace de le faire assassiner s’il ne paye pas. Il espère que sa femme, Evelyne, va le tirer d’affaire grâce à sa fortune personnelle…

L’Ibis rouge est une œuvre comme qui dirait foutraque. Jean-Pierre Mocky est généreux. Le cinéaste se fait plaisir, ainsi qu’à ses acteurs, tout en pensant constamment au divertissement des spectateurs. Il jette ici son dévolu sur une nouvelle de l’écrivain américain Fredric Brown, Knock Three One Two (« Ça ne se refuse pas »), qu’il adapte avec André Ruellan et l’arrange à la sauce française, en situant l’action dans le 10e arrondissement de Paris, le long du Canal Saint-Martin, principalement de nuit. Jean-Pierre Mocky filme ses personnages déambuler dans le Paris interlope, celui qu’il affectionne tout particulièrement, rarement représenté dans le paysage cinématographique français encore à cette époque. Autant dire que le réalisateur est dans son élément et qu’il se fait plaisir à travers une histoire rocambolesque où chaque protagoniste fait figure de monstre humain, tueur (Serrault, qui use de son écharpe pour étrangler les demoiselles à forte poitrine), représentant en vin (Galabru, imperméable et galurin à la Bogart), restaurateur grec (en fait auvergnat), vendeur de journaux limite clochard, tout le monde y passe et chacun en prend pour son grade.

Si le scénario est prétexte pour dresser le portrait acide de ses contemporains, Jean-Pierre Mocky ne se moque jamais et L’Ibis rouge est tout autant un hommage au cinéma hollywoodien des années 1940-50 qu’une étude ironique sur l’âme humaine. Le metteur en scène observe tout ce beau petit monde avec l’oeil d’un entomologiste. A l’instar de Raymond Chandler, l’histoire importe peu et part dans tous les sens et les personnages, leur psychologie, leur confrontation, leurs diatribes font avancer l’intrigue avec un rythme en dents de scie. Parfaite transition pour évoquer la composition d’Eric Demarsan réalisée à l’aide d’une scie musicale, que Jean-Pierre Mocky utilise du début à la fin, ce qui peut parfois porter sur les nerfs. Au trio vedette, s’ajoutent un Jean Le Poulain fielleux manipulateur et la superbe Evelyne Buyle, femme fatale à l’accent titi parisien.

Malgré son casting, la sauce n’a pas pris à l’époque et le film s’est soldé par un échec cuisant avec à peine 150.000 spectateurs dans les salles. Depuis, ce savoureux vaudeville bien français et nimbé de références américaines est devenu un vrai film culte.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Ibis rouge, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. Le film de Jean-Pierre Mocky avait connu une précédente édition en DVD chez Pathé en 2005.

L’éditeur est allé à la rencontre de Jean-Pierre Mocky lui-même pour nous livrer quelques infos et anecdotes sur L’Ibis rouge (8’). Le cinéaste évoque le travail avec les comédiens et le roman « fantastique » (dixit Mocky) de Fredric Brown, dont il adaptera un autre de ses livres en 2001 avec La Bête de miséricorde. Les personnages et la musique sont également abordés, ainsi que (toujours d’après le réalisateur) « l’énorme succès critique du film, qui a d’ailleurs fait le tour du monde et qui a cartonné dernièrement sur Arte avec plus de 1,7 million de téléspectateurs ».

L’Image et le son

La copie HD de L’Ibis rouge impressionne du début à la fin. L’image est dépoussiérée et aucune tâche et autres scories ne viennent parasiter le visionnage. La palette de couleurs est pimpante et on ne peut que saluer la définition remarquable de cette édition, notamment sur les très nombreuses séquences nocturnes. L’apport HD donne une nouvelle densité aux contrastes et surtout aux noirs. Le grain original est respecté, le relief palpable, la copie stable et le gros point fort de cette édition demeure la restitution des gros plans en tous point admirable. Un lifting minutieux.

Les dialogues sont parfois grinçants ou sourds et manquent d’intelligibilité. La musique est mieux servie et dynamique. Pas de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, étrange…

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Quand la terre s’entrouvrira, réalisé par Andrew Marton

QUAND LA TERRE S’ENTROUVRIRA (Crack in the World) réalisé par Andrew Marton disponible en DVD et Blu-ray le 19 février 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Dana Andrews, Janette Scott, Alexander Knox, Kieron Moore, Peter Damon, Jim Gillen, Gary Lasdun, Alfred Brown, Mike Steen…

Scénario : Jon Manchip White, Julian Zimet

Photographie : Manuel Berenguer

Musique : Johnny Douglas

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Le savant Stephan Sorensin espère atteindre le centre de la Terre pour y trouver une nouvelle source d’énergie. Ne pouvant percer la croûte qui entoure le noyau central, il projette d’utiliser une bombe atomique. Hélas, le plan ne se déroule pas comme prévu car l’explosion créé une importante fissure… Cet évènement incontrôlé pourrait bien séparer la terre en deux morceaux !

C’est une toute petite série B produite pour moins d’un million de dollars. Et pourtant, ce long métrage de science fiction vaut le détour puisqu’on y trouve pour ainsi dire tous les ingrédients qui seront réutilisés par Hollywood dans les films catastrophe des années 1970 du style Tremblement de terre, mais aussi et surtout par certains cinéastes du nom de Roland Emmerich (Le Jour d’après, 2012) et Michael Bay (Armageddon) dans leurs blockbusters dès les années 1990. Autant dire que l’industrie cinématographique n’a jamais innové en la matière, en dehors des effets spéciaux bien sûr, car Quand la terre s’entrouvriraCrack in the World, réalisé par Andrew Marton en 1964 condense à lui-seul tout un pan de l’entertainment américain.

Le docteur Stephen Sorensen est persuadé que le magma au centre de la Terre renferme une source d’énergie telle qu’elle permettrait aux humains de se constituer des réserves suffisantes pour longtemps. Pour atteindre son but, il doit faire éclater la croûte terrestre en profondeur, chose qu’il n’a pu faire jusqu’à présent. Il pourrait cependant venir à bout de cet obstacle s’il utilisait une bombe atomique. Ayant obtenu toutes les autorisations officielles, il envoie un missile au centre de la Terre, contre l’avis de son collaborateur, le géologue Ted Rampion, qui démissionne sur-le-champ. Selon lui, l’écorce terrestre a déjà été très affaiblie par les nombreux essais nucléaires souterrains et une nouvelle explosion, à cette profondeur, risque de mettre toute la planète en danger. Mais Sorenson, atteint d’un cancer, ne veut plus attendre et déclenche l’explosion de sa bombe. L’explosion, très puissante, provoque une suite de cataclysmes, tremblements de terre, coulées de lave. La terre commence à s’entrouvrir.

C’est un petit plaisir personnel de revoir ce genre de films qui renvoie parfois aux programmes de Noël sur Arte. On doit Quand la terre s’entrouvrira à Andrew Marton (1904-1992), réalisateur hongrois naturalisé américain. C’est sur les conseils d’Ernst Lubitsch qu’il tente sa chance à Hollywood au début des années 1920. Il revient en Europe quelques années plus tard et devient l’assistant de Max Linder, avant de passer lui-même derrière la caméra en 1929 et de repartir aux Etats-Unis en 1933 lors de l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Il devra attendre 1950 pour obtenir son premier grand succès avec Les Mines du roi Salomon avec Stewart Granger et Deborah Kerr. En 1964, Andrew Marton a déjà derrière lui près d’une vingtaine de longs métrages à son actif, dont une participation à la mise en scène sur Le Jour le plus long (1962) et Les 55 Jours de Pékin (1963). Quand la terre s’entrouvrira est pour ainsi dire son dernier vrai long métrage, puisque le cinéaste se consacrera ensuite à la télévision (Daktari, Flipper le dauphin) et au travail d’assistant-réalisateur, comme il l’avait d’ailleurs fait précédemment aux côtés de William Wyler (Ben Hur, on lui doit la célèbre course de chars), d’Anthony Mann (La Chute de l’Empire romain) et plus tard de Brian G. Hutton (De l’or pour les braves) et Fred Zinnemann (Chacal). Un beau palmarès méconnu, tout comme Quand la terre s’entrouvrira qui rend compte à la fois du professionnalisme d’Andrew Marton, mais aussi de celui d’Eugène Lourié, responsable des effets visuels, qui a travaillé autant chez Sacha Guitry que Jean Renoir, Samuel Fuller et Charles Chaplin, principalement en tant que décorateur.

Le spectateur avide de séries B rétro-vintage saura faire un bon accueil à Quand la terre s’entrouvrira, spectacle réjouissant, qui contient son lot de théories scientifiques alarmistes (les savants en prennent pour leur grade) où les techniciens préfèrent utiliser l’arme atomique pour contrecarrer les effets dévastateurs de…l’arme atomique. Beaucoup de dialogues dans la première partie certes, mais le soin apporté à la mise en scène, aux décors, à la musique (signée John Douglas, avec quelques notes rappelant les compositions de John Williams) et aux effets spéciaux est indéniable, malgré un budget limité. Si l’on se passera volontiers du triangle amoureux composé de Dana Andrews, Janette Scott et de Kieron Moore, Crack in the World conserve un charme désuet intact et poétique.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Quand la terre s’entrouvrira, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’excelleeeent Christophe Lemaire nous fait une brillante présentation de Quand la terre s’entrouvrira (25’). Un très bon moment durant lequel le journaliste de cinéma revient notamment sur le genre SF dans les années 1960 en donnant quelques titres de classiques et d’oeuvres moins connues. Il se souvient également de la diffusion du film qui nous intéresse dans le cadre de l’émission L’Avenir du futur sur TF1, avec Le Jour où la Terre prit feu de Val Guest en double-programme. Christophe Lemaire en vient ensuite au réalisateur Andrew Marton, au responsable des effets spéciaux Eugène Lourié, puis aux comédiens du film.

L’Image et le son

La copie est étonnamment lumineuse du début à la fin. Une clarté visible sur toutes les séquences en extérieur avec des couleurs pétillantes, surtout des teintes bleues omniprésentes. Des poussières, points noirs et griffures parsèment le générique, et s’amenuisent heureusement après, malgré quelques scories visibles ici et là. Le grain est évidemment respecté, plus accentué et grumeleux sur les scènes à effets spéciaux. Le détourage médiocre est d’époque et il n’est pas anodin de voir les comédiens entourés d’un halo bleuté. Divers fourmillements constatés sur les images composites. Dans l’ensemble, Quand la terre s’entrouvrira bénéficie d’un petit lifting très réussi, surtout pour un petit film de cet acabit, ce qui participe grandement à sa résurrection.

La version originale mono est largement supérieure à la piste française, qui demeure confinée au report des voix et accompagnée d’un bruit de fond persistant. Les ambiances sont très correctes en anglais, alors qu’elles disparaissent quasiment sur l’autre piste, essentiellement concentrée sur les dialogues. En revanche, le doublage français est très réussi, avec notamment l’immense Jean-Claude Michel qui prête sa voix légendaire à Kieron Moore.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Candyman, réalisé par Bernard Rose

CANDYMAN réalisé par Bernard Rose disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 19 février 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley, Kasi Lemmons, Vanessa Williams, DeJuan Guy, Marianna Elliott, Ted Raimi, Michael Culkin…

Scénario : Bernard Rose d’après la nouvelle de Clive Barker, The Forbidden

Photographie : Anthony B. Richmond

Musique : Philip Glass

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Helen Lyne, une étudiante, décide d’écrire sa thèse sur les mythes et légendes locales. C’est en visitant une partie de la ville inconnue qu’elle découvre la légende de Candyman, un homme effrayant qui apparaît lorsqu’on prononce cinq fois son nom en face d’un miroir. Helen, pragmatique, choisit de ne pas croire à l’existence de Candyman. Mais son univers bascule dans l’horreur quand une série de meurtres horribles commence…

Ecrivain, plasticien, dramaturge, sculpteur, scénariste, producteur, comédien et réalisateur, Clive Barker, né à Liverpool en 1952, est un touche-à-tout. 1984 est un tournant dans sa carrière puisque la même année sortent les trois premiers volumes de la série Livres de sang, recueils de nouvelles qui comprendront six tomes. C’est un triomphe immédiat. Les trois autres volets sortent l’année suivante, ainsi que le roman Le Jeu de la damnation. Echaudé par le traitement accordé à ses scénarios sur Transmutations et Rawhead Rex, le monstre de la lande, tous les deux mis en scène par George Pavlou en 1985 et 1986, Clive Barker décide de passer derrière la caméra afin d’adapter lui-même son roman (non publié) Hellraiser. Le reste appartient à la légende et le personnage de Pinhead devient une icône du film d’épouvante. Si Clive Barker a depuis continué sa carrière littéraire, le cinéaste est devenu rare. Son second long métrage Cabal (1990) s’est entre autres soldé par un échec commercial, d’autant plus que le film est remonté par la 20th Century Fox. Alors que la franchise Hellraiser en est déjà au troisième opus, un réalisateur du nom de Bernard Rose (né en 1960) décide d’adapter sa nouvelle intitulée Lieux InterditsThe Forbidden tirée du tome 5 des Livres de sang. Il lui cède les droits gratuitement en échange d’une participation à la production du film. Remarqué avec son magnifique Paperhouse (1988) et metteur en scène de trois autres longs métrages plus anecdotiques (Smart Money, Body Contact, Chicago Joe et la showgirl), Bernard Rose va alors s’approprier le récit original et créer l’un des plus célèbres boogeymen de l’histoire du cinéma avec Candyman, film d’épouvante, mais dans un contexte dramatique social.

Helen Lyle est étudiante à l’université d’Illinois à Chicago, mariée à Trevor, un professeur. Avec son amie Bernadette, elles rédigent une thèse sur les légendes urbaines et les croyances populaires. Au cours de ses investigations, elle est interpellée par une histoire récurrente, celle du mythique Candyman qui terrorise les habitants du quartier défavorisé de Cabrini Green depuis des décennies. Helen sentant qu’elle tient là l’occasion rêvée de pimenter son travail, convainc Bernadette d’aller enquêter sur les lieux mêmes des crimes, dans la cité sordide de Cabrini Green (le film a réellement été tournée sur place), un ghetto noir livré aux gangs et à la misère. Elles se rendent à l’appartement de la dernière victime en date, persuadées qu’en fait le fantôme, est un meurtrier qui s’introduit dans les appartements grâce à un défaut de conception permettant la communication entre les salles de bains par un passage situé derrière les miroirs. Sur place, Helen découvre un appartement laissé à l’abandon et recouvert de graffitis étranges et inquiétants. Plus tard, au cours d’un dîner en compagnie d’un éminent collègue de son mari qui travaille sur les mêmes sujets, elle apprend la véritable histoire de ce Candyman. Daniel Robitaille était un fils d’esclave dont le géniteur avait réussi à faire fortune grâce à une invention. Daniel fréquenta les meilleures écoles et reçut une très bonne éducation. Artiste, il commence à gagner sa vie en réalisant le portrait de riches commanditaires. En 1890 il est mandaté par un riche propriétaire terrien, qui lui commande une peinture de sa fille. Daniel et cette dernière tombent amoureux et la jeune héritière tombe enceinte. Le père furieux de cet affront (qui plus est commis par un noir) engage des brutes épaisses et avinées pour lyncher Daniel. Roué de coups, la main tranchée, Robitaille est ensuite recouvert de miel et livrer en pâture aux abeilles. Tué par les multiples piqûres, Robitaille est ensuite incinéré et ses cendres jetées sur les champs qui deviendront des années plus tard le ghetto de Cabrini Green. Depuis, toute personne qui récitera son nom à 5 reprises face à un miroir le verra réapparaître. C’est alors qu’Helen est confrontée au véritable Candyman, furieux du scepticisme dont elle fait preuve, et contraint selon lui à se montrer à nouveau pour relancer le mythe, afin que les gens croient en lui de nouveau.

Voilà la légende de Candyman. Ou comment perpétuer un mythe depuis un siècle. Tandis que résonne le magnifique thème principal composé par l’immense Philip Glass, la ville de Chicago (l’action de la nouvelle originale se déroule à Liverpool) et ses autoroutes sont montrées du ciel avec ses véhicules en mouvement, qui s’entremêlent, qui s’échappent et disparaissent. C’est comme qui dirait une métaphore d’une histoire qui se transmet par le bouche-à-oreille, qui mute et se transforme en passant d’une personne à l’autre. La légende urbaine de Candyman n’est pas que le fruit de l’imagination et si un individu peine à y croire, attention, le croque-mitaine pourrait bien lui apparaître pour chambouler son esprit cartésien.

Candyman, c’est la manifestation surnaturelle de la violence d’une nation, du racisme, de la haine des hommes. Mesurant près de 2 mètres, Tony Todd est l’incarnation parfaite de ce monstre ambigu, puisque conscient de sa dimension tragique. Digne héritier de Dracula, Candyman est un personnage romantique, victime de la xénophobie, dont l’âme brisée qui n’a jamais pu s’éteindre demeure dans la conscience collective au point de s’incarner quand on l’invoque. Gare à celle ou celui qui se trouvera à portée de son énorme crochet de boucher acéré et planté dans son moignon droit !

La “Mina Harker” de Candyman, Helen (It was always you Helen), est interprétée par la sublime et envoûtante Virginia Madsen. Révélée par David Lynch dans Dune (1984) dans lequel elle jouait la Princesse Irulan, la comédienne est également l’une des têtes d’affiche du bouillant Hot Spot de Dennis Hopper aux côtés de Jennifer Connelly. Après un détour par le fantastique (du moins dans son genre) Highlander, le retour (1991), elle trouve dans Candyman l’un de ses plus grands rôles. Magnétique, troublante, bouleversante, l’actrice, que le cinéaste hypnotisait afin d’obtenir un regard “perdu dans les limbes”, foudroie le coeur et l’âme des spectateurs du début à la fin.

De son côté, Bernard Rose enchaîne les séquences cultes, merveilleusement photographiées par Anthony B. Richmond (Ne vous retournez pas et L’homme qui venait d’ailleurs de Nicolas Roeg), tandis que la musique de Philip Glass se grave dans nos mémoires à jamais. Parallèlement à la sortie du film sur les écrans, Virginia Madsen est récompensée par le Saturn Award, ainsi que par le Prix du public de la meilleure actrice au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1993, où Philip Glass est également primé. Après le succès colossal de Candyman au cinéma avec 26 millions de dollars de recette (pour un budget de 8 millions) rien que sur le sol américain, une suite est envisagée. Bernard Rose écrit un premier scénario, finalement rejeté par les studios. Ce qui n’empêchera pas de voir débarquer un Candyman 2 dans les salles en 1995, produit par Clive Barker et réalisé par Bill Condon. En 1999, Candyman 3 sortira directement dans les bacs. Mais ceci est une autre légende urbaine. Il semblerait qu’un remake soit prévu par Jordan Peel, metteur en scène de Get Out. Sortie programmée en 2020. Candyman ne mourra jamais.

LE BLU-RAY

Candyman. Candyman. Candyman. Candyman. Can…non mais oh ça va pas non ? L’oeuvre de Bernard Rose réapparaît dans les bacs dans une magnifique édition Blu-ray + DVD + livret de 24 pages sous les couleurs d’ESC Editions. Vous pouvez donc oublier l’édition Blu-ray sortie chez Universal en 2012 car Candyman (zut une cinquième fois !) revient dans un nouveau master Haute-Définition avec plus de quatre heures de suppléments ! Le menu principal est animé sur la mythique partition de Philip Glass. Pas de chapitrage.

Si le menu indique seulement Bernard Rose au micro du commentaire audio (VOSTF), ses propos sont pourtant croisés avec ceux du producteur Alan Poul, de l’écrivain Clive Barker ainsi que des comédiens Virginia Madsen, Tony Todd et Kasi Lemmons ! La plupart du temps, l’intervenant indique lui-même son nom avant de s’exprimer sur Candyman. Certes, tous ces propos ont visiblement été enregistrés durant des interviews, mixés par la suite, mais ne passez surtout pas à côté de ce commentaire passionnant, qui revient sur la genèse du film, l’adaptation de la nouvelle originale, le casting (Sandra Bullock, encore inconnue, avait été pressentie pour le rôle d’Helen), la psychologie des personnages, les conditions et lieux de tournage (Virginia Madsen hypnotisée, le quartier défavorisé de Cabrini Green), les thèmes (les légendes urbaines notamment, la dimension sociale de Candyman), sans oublier la musique de Philip Glass.

Après le film, dirigez-vous vers l’intervention (34’) d’Alexandre Poncet (réalisateur du Complexe de Frankenstein) et de Laurent Duroche (journaliste chez Mad Movies). Les propos croisés et passionnés de ces messieurs se complètent sur un rythme soutenu. Chacun replace Candyman dans son contexte cinématographique au début des années 1990, avant d’en venir au personnage à sa mythologie, tout en abordant la genèse du film, les conditions de tournage et certaines scènes clés.

Place maintenant à Olivier Desbrosses, rédacteur en chef d’UnderScores (17’) qui nous propose de son côté une présentation très intéressante du compositeur Philip Glass. L’oeuvre du pionnier de la musique minimaliste est longuement abordée, à l’instar de ses travaux pour le cinéma, y compris bien sûr pour Candyman. Avec son timbre de voix qui rappelle celui de François Guérif, Olivier Desbrosses signe un module très intéressant, qui donne envie d’écouter les thèmes méconnus de Philip Glass.

Nous les avons déjà entendus dans le commentaire audio, mais c’est également très plaisant de les voir, Virginia Madsen (13’) et Tony Todd (10’) s’expriment sur Candyman. Certes, leurs propos renvoient directement à ceux déjà entendus dans le premier supplément (la création du personnage, son costume, le travail avec les abeilles, la préparation « physique » de Virginia Madsen que Bernard Rose voulait plus en chair, le recours à l’hypnose pour donner à l’actrice un regard envoûté), mais ne boudons pas notre plaisir, d’autant plus que les comédiens sont visiblement très heureux de reparler de ce film très important dans leurs carrières respectives.

Un module de huit minutes se concentre sur les effets spéciaux et maquillages du film, en compagnie des artistes Bob Keen, Mark Coulier et Gary J. Tunnicliffe, qui interviennent sur la création du crochet de Candyman, ainsi que la prothèse spéciale créée afin que Tony Todd puisse placer une poignée de véritables abeilles dans sa bouche.

Les intervenants du commentaire audio sont de retour dans un making of de 2004 (24’). Si vous êtes arrivés jusqu’ici en visionnant et en écoutant tous les bonus précédents, alors les propos tenus ici vous apparaîtront redondants puisqu’il s’agit des mêmes anecdotes glanées ici et là ! Quelques photos de tournage viennent illustrer ces anecdotes croisées.

N’oublions pas Clive Barker, qui bénéficie d’un module centré sur sa carrière, avec la participation de l’écrivain lui-même en 2004 (11’). Ce dernier remonte le fil de sa carrière et se souvient avec le sourire que son désir a toujours été de « foutre une trouille bleue aux gens en créant des trucs bizarres, un mec dont la profession est l’imagination ». L’auteur revient sur ses premières œuvres (films, peintures, écrits), ses références (Jean Cocteau notamment), sur ce qui a nourri son inspiration et sur tous ses longs métrages.

Les aficionados de Bernard Rose vont être aux anges puisque l’éditeur nous gratifie de trois de ses courts-métrages restaurés en HD ! A Bomb With No Name on It (3’, 1976), The Wreckers (5’) et Looking at Alice (30’, 1978). Expérimentaux, œuvres de jeunesse, émergence d’une sensibilité, d’un style, d’une voix, ces trois films sont animés par une fureur de (sur)vivre dans une Angleterre engluée dans d’anciennes traditions qui ne laissent aucune place à la jeunesse. Où la communication est impossible entre les générations et où le futur est non seulement incertain, mais aussi et surtout très pessimiste.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale, ainsi que sur quelques planches de storyboards mises en parallèle avec les scènes correspondantes (6’).

L’Image et le son

Ce nouveau master restauré 2K provient du nouveau scan 4K effectué à partir du négatif original, le tout supervisé et approuvé par Bernard Rose et le directeur de la photographie Anthony B. Richmond. La patine argentique est donc sacrément bien respecté avec un grain présent et surtout excellemment géré. Les couleurs sont très agréables, fraîches (voir les teintes rouges), les noirs denses, les contrastes solides comme un roc et les séquences diurnes lumineuses à souhait. Les détails sont également très appréciables, au niveau des décors (les graffitis dans l’antre de Candyman) et des gros plans sur les comédiens. Un Blu-ray au format 1080p (AVC) et une formidable ressortie enfin digne de ce nom que les fans de Candyman attendaient depuis des années. Voici la plus belle copie du film à ce jour.

La version française, puisque de nombreux spectateurs ont découvert puis revu le film ainsi, est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0. La piste est très propre, avec des dialogues très clairs et bien équilibrés, même si parfois poussés trop en avant. La version originale bénéficie d’un remixage DTS-HD Master Audio 5.1. Cela profite essentiellement à la composition de Philip Glass, bien présente sur l’ensemble des canaux (attention les frissons dès l’ouverture !), ainsi qu’à la voix caverneuse de Tony Todd. Plus homogène, cette version est également plus dynamique avec quelques effets de basses et latéraux très sympathiques. La Stéréo anglaise est également de fort bon acabit.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Universal pictures video / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Maximum Overdrive, réalisé par Stephen King

MAXIMUM OVERDRIVE réalisé par Stephen King, disponible en DVD et Blu-ray le 8 janvier 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Emilio Estevez, Pat Hingle, Laura Harrington, Christopher Murney, Yeardley Smith, J.C. Quinn, Holter Graham, Frankie Faison, Giancarlo Esposito, Marla Maples, Stephen King…

Scénario : Stephen King

Photographie : Armando Nannuzzi

Musique : AC/DC

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

En 1986, la comète Rhéa-M gravite autour de la Terre. Aussitôt, toutes les machines sur la surface du globe sont déréglées : un distributeur de billets insulte les clients, une enseigne lumineuse invite les passants à aller se faire voir… La situation devient tragique lorsqu’un pont mobile échappe à tout contrôle. Désormais, toutes les mécaniques sont autonomes et ne semblent poursuivre qu’un seul but : débarrasser la surface du globe de toute présence humaine…

Depuis la publication de son premier roman Carrie, mais surtout depuis son adaptation au cinéma par Brian De Palma en 1976, l’écrivain Stephen King devient un phénomène mondial. Suivent rapidement Salem, Shining, l’enfant lumière, Le Fléau, Dead Zone, Charlie, Cujo, Christine…que des best-sellers. Hollywood s’est donc très vite emparé des écrits de Stephen King. En 1980, l’immense Stanley Kubrick livre Shining, acclamé par la critique, succès commercial, mais rejeté par le romancier. Ce dernier retrousse ses manches et écrit le scénario de Creepshow, film à sketches composé des adaptations de ses nouvelles La Caisse et Mauvaise Herbe , ainsi que de trois parties originales, le tout réalisé par George A. Romero, qui devient un ami proche. C’est en 1983 que tout s’accélère avec Cujo (Lewis Teague) et Christine (John Carpenter). Le grand producteur italien Dino De Laurentiis est conscient de cet engouement et finance Dead Zone de David Cronenberg. Bien décidé à profiter de la popularité de Stephen King, le producteur prévoit alors coup sur coup les sorties dans les salles de Charlie (Mark L. Lester), Cat’s Eye (Lewis Teague) et Peur bleue (Daniel Attias). C’est alors que l’idée lui vient de proposer à Stephen King lui-même d’écrire et de mettre en scène la transposition de sa nouvelle Poids lourds, issue du recueil Danse macabre. Après quelques hésitations, l’écrivain accepte de relever le pari. Plus de trente ans après et malgré son relatif échec dans les salles, Maximum Overdrive est devenu un vrai film culte, un nanar de luxe, réalisé à la va comme je te pousse, mais animé par une envie de s’éclater, de se marrer et de faire rire les spectateurs. C’est sûrement pour cela que le film a su et pu traverser les années puisqu’il est aujourd’hui très prisé par les amateurs de mauvais films sympathiques. Et puis ce n’est pas tous les jours qu’un délire assumé repose également en grande partie sur une musique composée par AC/DC (l’album Who Made Who) , aujourd’hui dans toutes les mémoires, ce qui renforce encore plus cette idée d’attraction de fête foraine, pour toute la famille.

Dès la première séquence, Stephen King plante le décor à travers un panneau introductif, qui indique que tout ce qui va suivre n’est pas du tout sérieux. Alors qu’une comète passe près de la Terre (voir la planète entourée d’une sorte d’aurore boréale), des machines prennent soudainement vie. Tout commence par des incidents sans gravité : un distributeur de billets insulte les clients (dont Stephen King lui-même qui se fait traiter de connard), une enseigne lumineuse invite les passants à aller se faire foutre. La situation devient tragique lorsqu’un pont basculant se soulève pendant la circulation intense, ce qui fait que tous les véhicules alors sur le pont tombent dans la rivière ou entrent en collision. On pense alors au prologue d’un épisode de Destination finale. Le chaos s’installe alors que des machines de toutes sortes commencent à attaquer les humains. À un relais routier juste à l’extérieur de Wilmington, en Caroline du Nord, un employé, Duncan Keller, est aveuglé après qu’une pompe à essence lui a pulvérisé du diesel dans les yeux. Une serveuse est blessée par un couteau électrique, et un jeu d’arcade électrocute un homme. L’employé et ex-taulard Bill Robinson soupçonne que quelque chose ne va pas. Pendant ce temps, lors d’un match de Little League Baseball, un distributeur de boissons tue l’entraîneur en tirant des canettes à bout portant dans son crâne. Un rouleau compresseur écrase l’un des enfants en fuite, mais Deke Keller (le fils de Duncan) parvient à s’échapper. On passe alors à un couple de jeunes mariés, Connie et Curtis. Ce dernier s’arrête à une station-service, où un camion tente de l’écraser, mais lui et Connie s’échappent dans leur voiture. Deke se promène dans sa ville alors que des gens sont brutalement tués par des tondeuses à gazon, des tronçonneuses, des sèche-cheveux électriques, des radios de poche et des voitures télécommandées. Au relais routier, un camion Western Star arborant un masque géant du Green Goblin sur sa calandre tue le père de Deke et un vendeur de Bibles. Plus tard, plusieurs camions encerclent le relais routier. Tous les personnages parviennent alors à trouver refuge au relais. Mais les camions semblent bien déterminer à faire d’eux leurs esclaves.

On le voit, Stephen King ne manque pas d’imagination et son film regorge de trucs nawak en tous genres. Un camion BIC vient constamment faire son placement de produit, tandis que le grand Pat Hingle, qui incarne ici le boss Hendershot, sort quelques roquettes M72 LAW qu’il avait comme par hasard stockées dans un bunker caché sous son restaurant, pour affronter les nombreux camions. Les survivants tentent de trouver une sortie à l’insu des véhicules blindés, qui semblent suivre les directives du Green Goblin. Les comédiens sont chouettes et font le taf, tout en se doutant qu’ils ne sont pas en train de tourner le chef d’oeuvre du siècle. En première ligne, Emilio Estevez, qui sortait du carton d’Outsiders de Francis Ford Coppola et surtout de The Breakfast Club de John Hughes, assure en mode petit bad-ass qui roule des mécaniques, pris au dépourvu par celles des camions qui veulent sa peau. Dans le genre « nana qui hurle durant tout le film », Yeardley Smith s’impose comme une référence, la comédienne ayant été ensuite repéré par Matt Groening, qui allait lui confier la voix de Lisa Simpson, qu’elle interprète depuis maintenant plus de trente ans. Tout ce beau petit monde est bien obligé de se serrer les coudes et de trouver de nouvelles idées pour sortir de ce merdier, autour duquel les camions, bulldozers et autres véhicules militaires se rapprochent sans cesse.

Pendant ce temps, Stephen King s’amuse (aidé en cela par l’alcool et la cocaïne) avec les moyens mis à sa disposition par Dino De Laurentiis, près de dix millions de dollars donc, en multipliant quelques scènes d’horreur amusantes dans la première partie (mention spéciale à la scène du stade de baseball) et sa vision des rues dévastées annoncent quelque part celles de Derry dans Ça, qu’il était d’ailleurs en train d’écrire entre deux prises. En plus de cela, Maximum Overdrive a franchement de la gueule grâce à la photographie du chef opérateur italien Armando Nannuzzi, qui avait travaillé avec Luchino Visconti (Sandra), Luigi Comencini (L’Incompris), Mauro Bolognini (Le Bel Antonio), rien que ça ! A sa sortie, Stephen King est nommé pour le Razzie Award du pire réalisateur. Il dira durant la promotion qu’il s’agit d’un « film débile » et qu’il ne savait pas du tout ce qu’il faisait car toujours sous substance ou l’emprise de la bibine, ce qui n’a rien de mensonger. L’accueil est plutôt désastreux, mais l’entreprise est rentable commercialement.

Mine de rien, on prend un grand plaisir devant Maximum Overdrive, spectacle généreux de science-fiction vintage qui enchaîne les scènes de poursuites, les explosions, les effets sanglants, les répliques amusantes. En 1997, une autre version de la nouvelle de Stephen King voit le jour à la télévision, Trucks : Les Camions de l’enfer, mais Maximum Overdrive est restée une œuvre culte.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Maximum Overdrive, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Plus de quatre heures de suppléments ! QUATRE HEURES !!! Pour Maximum Overdrive, excusez du peu ! Assurément la grande édition du mois de janvier !

Julien Sévéon propose une brillante et passionnante analyse du film qui nous intéresse ici (29’). En toute honnêteté, cette présentation aurait largement suffit si l’éditeur n’avait disposé que de ce bonus. En effet, l’auteur de l’ouvrage George A. Romero : Révolutions, Zombies et Chevalerie (Popcorn, 2017) revient sur TOUS les aspects de Maximum Overdrive. La genèse du projet, la nouvelle Trucks, les précédentes adaptations de Stephen King, l’engagement de ce dernier au poste de réalisateur, les conditions de tournage, la musique d’AC/DC, la sortie et ce qui reste de Maximum Overdrive, tout y est abordé comme d’habitude avec une passion contagieuse.

Nous trouvons un commentaire audio (vostf) de l’acteur Jonah Ray et du producteur Ryan Turek. On se demande pourquoi ces deux types ont été invités pour parler de Maximum Overdrive. Le premier n’avait que quatre ans à la sortie du film et n’est apparu que dans des trucs que personne n’a jamais vus, tandis que le second, plus « en phase » avec le film, est producteur du génial Happy Birthdead, d’Action ou vérité et du Halloween version 2018. Comme ils le disent eux-mêmes « Je ne garantis pas que ce commentaire complète quoi que ce soit ! » « C’est clair, t’as pas tort ! ». En effet, durant près d’1h40, les deux hommes ont beau être complices et raconter des vannes, nous n’apprendrons rien ou presque sur Maximum Overdrive. Quand c’est le cas, il s’agit d’anecdotes glanées ici là au fil de cette interactivité. Pour autant, le commentaire n’est pas déplaisant, dans le sens où les deux intervenants, qui se demandent constamment ce qu’ils font derrière le micro, passent le temps en passant du coq à l’âne, la plupart du temps sans aucun rapport avec Maximum Overdrive.

L’éditeur propose ensuite plusieurs interviews des comédiens du film. Laura Harrington (10’), Yeardley Smith et John Short (18’) et Holter Graham (17’). La première revient sur son parcours et surtout sur son personnage dans Maximum Overdrive, tout en parlant du travail avec ses partenaires et Stephen King. Les effets spéciaux et les lieux de tournage sont également abordés. Au cours de leur interview croisée, Yeardley Smith et John Short évoquent comment ils ont été recrutés pour Maximum Overdrive et se penchent un peu plus sur le travail de Stephen King derrière la caméra. Chacun parle évidemment de l’alchimie avec son partenaire et l’on regrette que les deux acteurs n’aient pas été enregistrés ensemble. On apprend qu’Emilio Estevez recevait la visite de son pote Tom Cruise sur le plateau, ainsi que de sa petite-amie Demi Moore. Les souvenirs de tournage sont amusants et les deux comédiens, peu dupes quant au produit fini, s’étonnent que le film soit devenu culte trente ans après sa sortie. L’entretien avec Holter Graham, onze ans au moment du tournage, croise rapidement quelques images d’une de ses interviews à la sortie de Maximum Overdrive, avec celle réalisée à l’occasion de son édition en Haute-Définition. Holter Graham se souvient de son désir d’être acteur, de ses premières auditions (grâce au soutien de Sissy Spacek), dont celle pour le film de Stephen King, son premier rôle à l’écran. Même chose que ses anciens partenaires, il partage ses souvenirs et anecdotes sur le film.

Du point de vue technique, n’hésitez pas à écouter l’intervention de Dean Gates, responsable des maquillages sur Maximum Overdrive (16’30), le film de sa carrière dont on lui parle le plus. C’est là que l’on apprend que le film aurait pu être beaucoup plus gore et sanglant (notamment pour la scène du rouleau compresseur), si Stephen King ne s’était pas fait réprimander par la production ! Quelques photos de tournage prouvent tout cela, à l’instar du coach de baseball qui se fait fracasser la tête à coups de canettes. Les conditions de tournage, le travail avec Stephen King et bien d’autres sujets sont abordés au cours de cet entretien, l’un des meilleurs de cette interactivité.

Que les fans de hard rock soient rassurés, la musique de leur groupe préféré AC/DC est largement évoquée au cours de l’interview de Murray Engleheart, co-auteur du livre AC/DC: Maximum Rock & Roll (6’30). Ce dernier replace les diverses compositions du groupe pour Maximum Overdrive, au moment où leur carrière battait de l’aile. De là à dire que la B.O a eu plus de succès que le film, il n’y a qu’un pas.

Ceux qui ont gardé beaucoup d’affection pour Maximum Overdrive, se souviennent évidemment du Green Goblin qui orne la calandre d’un des camions principaux du film. Au fait, qu’est devenu ce personnage à part entière ? Le dénommé Tim Shokey explique comment il a pu récupérer la carcasse explosée du Green Goblin après le tournage pour décorer son vidéo-club, avant de le restaurer réellement en 2011 (deux ans de boulot) afin de pouvoir en faire profiter les fans du film lors des conventions.

En 1980, Martha De Laurentiis est cofondatrice de la société de production Dino De Laurentiis Company (DDLC) avec son partenaire puis mari, Dino De Laurentiis. Elle revient ici sur l’aventure Maximum Overdrive (16’). Les souvenirs et anecdotes entendus ici se recoupent avec tous les précédents témoignages et la productrice n’admettra jamais que son film est un nanar.

En fait, ce qui éclaire le plus sur l’envers du décor reste le module intitulé The Wilmington Factor (30’). N’attendez pas les témoignages des comédiens, mais des habitants de cette petite ville de Caroline du Nord qui avaient pu trouver un emploi dans les années 1980, grâce à l’installation des studios de Dino De Laurentiis, alors le troisième plus grand studio du pays. Un décorateur, un reporter du coin, un régisseur devenu finalement maquilleur sur le plateau et quelques autres participants au tournage de Maximum Overdrive expliquent comment Hollywood a su s’implanter dans leur petite bourgade et comment ils ont pu bénéficier de cette part de rêve. Jusqu’à ce que les Républicains arrivent à la tête de l’état et décident de fermer les studios en supprimant les subventions pour les tournages. Un impact que les habitants n’ont pas oublié, dont ils regrettent la frénésie, le tout agrémenté par des anecdotes de tournage. Chacun donne également son avis sur le film. Mention spéciale à l’un des témoins qui indique « Je suis très doué pour travailler sur des films très mauvais ».

Seul bonus non sous-titré, mais cela n’a pas d’importance puisque le son est quasiment étouffé, « Les Coulisses » (9’) donne un aperçu du tournage à travers quelques images filmées sur le plateau.

L’interactivité se clôt (ouf !) sur la bande-annonce (VF et VO) qui est un supplément à part entière puisque présentée par Stephen King lui-même ! N’oublions pas les spots TV.

Probablement l’édition la plus impressionnante consacrée à un nanar !

L’Image et le son

Voilà une édition chiadée de A à Z ! En effet, outre la tonne de suppléments, le Blu-ray de Maximum Overdrive ne déçoit pas et il est même dingue de (re)découvrir le film de Stephen King dans ces conditions techniques. La clarté est éloquente, tout comme la propreté et la stabilité de la copie, les contrastes affichent une vraie solidité, le piqué est agréable, le grain original respecté. Quelques scènes sont certes moins définies, surtout les séquences sombres ou nocturnes, mais le résultat est là, ce master HD tient ses promesses avec notamment des couleurs ravivées, comme le vert du Green Goblin.

La version française vaut son pesant et de ce point de vue-là la stéréo assure et fait son office avec un petit cachet nanar fort sympathique. La piste originale bénéficie elle à la fois d’une DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. La première instaure surtout une spatialisation musicale avec les compositions d’AC/DC délivrées sur toutes les enceintes. La Stéréo anglaise est un poil étouffée, mais se révèle suffisante pour ce spectacle.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr