Test Blu-ray / La Fille sur la balançoire, réalisé par Richard Fleischer

LA FILLE SUR LA BALANÇOIRE (The Girl in the Red Velvet Swing) réalisé par Richard Fleischer, disponible en DVD et Blu-ray le 2 octobre 2018 chez Rimini Editions

Acteurs : Ray Milland, Joan Collins, Farley Granger, Luther Adler, Cornelia Otis Skinner, Glenda Farrell, Frances Fuller, Phillip Reed…

Scénario : Walter Reisch, Charles Brackett

Photographie : Milton R. Krasner

Musique : Leigh Harline

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Dans l’Amérique des années 1900, Stanford White, célèbre architecte new-yorkais, marié mais séducteur réputé âgé de 47 ans, remarque dans une troupe de danseuses de cabaret Evelyn Nesbit, qui n’a que 16 ans. Cette dernière tombe sous son charme, mais celui-ci, torturé par sa conscience, cherche à éloigner la jeune femme, dont il est tombé amoureux. La jeune fille est également convoitée par un riche oisif, Harry Thaw. Quatre ans plus tard, celui-ci l’épouse. Mais, sa jalousie s’exacerbe à l’encontre de White. Un soir, dans un cabaret fréquenté par la haute société, il abat l’architecte de trois coups de revolver. Lors du procès Evelyn cédera aux pressions de sa belle mère et fera un faux témoignage pour sauver la tête de son mari.

Fils du pionnier de l’animation Max Fleischer (producteur de Popeye et de Betty Boop), Richard Fleischer (1916-2006) tente d’abord de devenir comédien mais se retrouve rapidement dans la salle de montage pour s’occuper des films d’actualités pour la RKO. Après quelques courts-métrages remarqués en tant que réalisateur, Richard Fleischer se voit confier quelques séries B. C’est le cas d’Assassin sans visage, remarquable film noir d’une heure montre en main tourné en seulement dix jours en 1949. Jalon de l’histoire du film criminel, l’oeuvre de Richard Fleischer repose sur une mise en scène stylisée et demeure l’un des premiers films à traiter de manière réaliste de la figure du serial killer.

Sous contrat avec la RKO, Richard O. Fleischer, signe plus tard Bodyguard, un petit polar à l’intrigue banale et même sans surprise, qu’il parvient à élever grâce à une mise en scène inspirée et dynamique, une direction d’acteurs parfaite (parfait Lawrence Tierney et dernière apparition de l’adorable Priscilla Lane) et même quelques touches d’humour qui font mouche. Série B vive et dynamique, particulièrement intéressante sur le plan visuel et faisant fi d’un budget somme toute restreint, bourrée d’idées (la scène finale dans l’abattoir) et de trouvailles sympathiques (un gros plan sur un oeil), Bodyguard, ce quatrième long-métrage de Richard Fleischer, se voit encore aujourd’hui comme une belle curiosité.

Tous ces petits longs métrages vont permettre à Richard Fleischer de révéler son savoir-faire. Sa spécialité ? Les polars secs et nerveux à l’instar du Pigeon d’argile grâce auquel le cinéaste transcende une fois de plus un postulat de départ classique pour s’amuser avec les outils techniques mis à sa disposition. Dès 1952 avec L’Enigme du Chicago Express, le réalisateur est reconnu dans le monde entier comme étant un nouveau maître du cinéma. Cette ascension fulgurante lui ouvrira les portes des grands studios Hollywoodiens où il démontrera son immense talent et son goût pour un éclectisme peu commun : Vingt Mille lieues sous les mers (1954), Les Inconnus dans la ville (1955), Les Vikings (1958). Juste après avoir connu le succès dans le monde entier avec sa transposition de l’oeuvre de Jules Verne, Richard Fleischer enchaîne avec La Fille sur la balançoire. Si ce film semble plus classique qu’à son habitude, The Girl on the Red Velvet Swing annonce pourtant les œuvres à venir de Richard Fleischer, notamment celles basées sur des faits divers criminels. Ou comment La Fille sur la balançoire s’inscrit bel et bien dans une filmographie éclectique – 60 films en 45 ans – et pourtant cohérente.

Ayant envisagé dans sa jeunesse des études pour devenir psychiatre, Richard Fleischer s’est toujours intéressé aux obsessions de ses personnages, d’un côté ou de l’autre de la justice. Ce sera notamment le cas dans Le Génie du mal (1959), adapté du roman Crime (1956) de l’écrivain et journaliste Meyer Levin, dans lequel le cinéaste s’inspire de l’affaire Leopold et Loeb, que Levin avait par ailleurs couvert pour le compte du Daily News en 1924 alors qu’il fréquentait la même Université que les deux criminels. Nathan Leopold et Richard Loeb étaient deux riches et brillants étudiants en droit de l’Université de Chicago, fascinés par la théorie du surhumain de Friedrich Nietzsche. Se sentant intellectuellement au-dessus du commun des mortels et donc des lois, les deux étudiants ont décidé de tuer un adolescent de 14 ans pour le seul plaisir de réaliser un crime parfait et d’éliminer un être inférieur, donc « inutile ». Un fait divers qui avait déjà inspiré La Corde d’Alfred Hitchcock, réalisé dix années auparavant. Ce qui intéresse Richard Fleischer et ce qui le passionnera tout au long de sa vie, c’est surtout ce qui peut conduire un homme à commettre l’irréparable. Le Génie du mal sera d’ailleurs le premier volet d’une trilogie criminelle en devenir avec L’Étrangleur de Boston en 1968 et L’Étrangleur de la place Rillington en 1971. Cinéaste prolifique, il est et demeure assurément l’un des plus grands metteurs en scène et raconteur d’histoires de l’industrie hollywoodienne.

Quand on se couche avec des chiens, on se lève avec des puces…

Entre le film à costumes, une touche de comédie musicale, le mélodrame passionnel, l’étude psychologique et un soupçon d’histoire criminelle, La Fille sur la balançoire, inspiré d’une histoire vraie qui avait été appelée « Le Procès du siècle » et qui avait défrayé la chronique au début du XXe siècle, repose sur un scénario en béton écrit par les immenses Walter Reisch (Voyage au centre de la terre de Henry Levin, Niagara de Henry Hathaway, Ninotchka d’Ernst Lubitsch) et Charles Brackett (Boulevard du crépuscule, La Scandaleuse de Berlin). Richard Fleischer a donc les mains libres pour dérouler son récit à travers une reconstitution soignée, une virtuosité unique et un art jamais démenti de la conduite dramaturgique, tout en se penchant sur une nouvelle approche du « Mal » et des recoins les plus sombres de l’âme humaine.

Avec son CinémaScope sublime et la flamboyante photographie du chef opérateur Milton R. Krasner (Ève, 7 ans de réflexion, La Conquête de l’Ouest) aux couleurs étincelantes qui contrastent avec la noirceur du propos, La Fille sur la balançoire demeure un vrai joyau et continue aujourd’hui de faire le bonheur des cinéphiles.

Dans la première partie de La Fille sur la balançoire, Richard Fleischer observe ses personnages avec une patience et l’oeil aiguisé d’un entomologiste. Le réalisateur pose le cadre, donne aux spectateurs ce qu’ils sont venus voir, à savoir un trio de stars élégantes, superbes et qui portent admirablement le costume. Le décor est faste, les couleurs éclatantes, le cadre large renvoie aux plus grands spectacles cinématographiques d’alors. Pourtant, il y a quelque chose de menaçant, pour ne pas dire pourri qui couve dans La Fille sur la balançoire. Si les faits réels ont été quelque peu « adoucis » – la jeune Evelyn Nesbit, 14 ans, avait  été violée par Stanford White – Richard Fleischer n’est pas dupe quant au comportement inapproprié de ses protagonistes masculins.

Ray Milland compose un architecte de renom, peut-être le plus connu des Etats-Unis, marié, qui entreprend une relation avec une très jeune femme (ici âgée de 16 ans), plus ou moins consentie. Le film étonne par sa frontalité, surtout lorsque White décide finalement de s’occuper d’Evelyn comme s’il s’agissait de « sa fille », en voulant lui faire reprendre des études. Fantasme incestueux ? Pédophilie ? Il s’agit bien de cela, mais Richard Fleischer est assez malin pour faire passer le message malgré un code Hays omnipotent. De son côté, Farley Granger compose un Harry K. Thaw ambiguë, playboy colérique et millionnaire qui vit sous le joug d’une mère qu’on imagine à la fois castratrice et également incestueuse. Troisième élément de ce triangle « amoureux », Joan Collins, dans un rôle pensé pour Marilyn Monroe, subjugue à chaque apparition. Mais en dépit de son apparente innocence, le spectateur s’interroge sur le caractère arriviste de cette apparente oie blanche qui souhaite s’élever dans l’échelle sociale. Son jeune âge la perdra puisqu’elle se retrouvera au milieu d’un règlement de comptes fatal, qui lui fera comprendre qu’on ne peut jouer innocemment dans le monde adulte.

Le dernier acte, après le meurtre, est un modèle du genre. Ou l’art de l’ellipse chez Richard Fleischer. Les grandes étapes du procès sont résumées via le titre des manchettes affiché sur les devantures d’un magasin, jusqu’au verdict. Quant à l’épilogue dans la prison, il reste d’une brutalité peu commune et d’un cynisme tout aussi rare. Un autre bijou noir dissimulé dans l’immense filmographie du cinéaste. Ce fait divers sera également évoqué dans Ragtime de Milos Forman (1981) et repris par Claude Chabrol dans La Fille coupée en deux (2007).

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Fille sur la balançoire, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui très élégant. Le menu principal est animé et musical.

Critique cinéma et chargée de cours à l’université Paris 3, Ophélie Wiel replace La Fille sur la balançoire dans la carrière de Richard Fleischer et revient sur les thèmes, les partis pris, la psychologie des personnages et le casting du film qui nous intéresse, sans oublier d’évoquer le fait divers qui l’a inspiré (20’). Ophélie Wiel indique comment le cinéaste et les scénaristes ont su contourner le tristement célèbre code Hays, afin d’aborder la sexualité déviante du personnage incarné par Ray Milland.

L’Image et le son

L’édition HD de La Fille sur la balançoire est aléatoire. Rien à redire sur le fabuleux cadre large et la vivacité de la colorimétrie, en particulier sur les quelques scènes chantées aux costumes étincelants (jaune, rose, on en prend plein les yeux) ou de la balançoire éponyme. En revanche, le master est encore parsemé de points blancs, de scories diverses et variées, de raccords de montage. La définition décroche sur les fondus enchaînés et la dernière bobine est la plus abîmée du lot avec une recrudescence des poussières. Les contrastes sont malgré tout fabuleux, malgré des fourmillements, des flous intempestifs, des séquences tournées en transparence visibles comme le nez au milieu de la figure. La gestion du grain est également inégale avec de temps en temps des scènes plus lissées et à l’aspect plus artificiel. Ce Blu-ray est une exclusivité mondiale.

Point de Haute-Définition en ce qui concerne l’acoustique. La version originale bénéficie d’une piste LPCM 2.0 (à privilégier), mais également d’une option Dolby Digital 5.1 correcte, qui spatialise la musique de façon dynamique. Quelques effets latéraux parviennent à se faire entendre, même si l’ensemble reste essentiellement frontal. Les voix sont de temps à autre assez confinées ou au contraire trop aiguës. La piste française LPCM 2.0 est de bon acabit, au doublage soigné. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : ©  Twentieh Century Fox Home Entretainment LLC All Rights Reserved / Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Adieu Bonaparte, réalisé par Youssef Chahine

ADIEU BONAPARTE réalisé par Youssef Chahine, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 28 août 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Michel Piccoli, Mohsen Mohieddin, Patrice Chéreau, Mohsena Tewfik, Christian Patey, Gamil Ratib, Claude Cernay, Taheya Cariocca, Mohamad Dardiri…

Scénario : Youssef Chahine, Yousry Nasrallah

Photographie : Mohsen Nasr

Musique : Gabriel Yared

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

1798. Le général Bonaparte est envoyé en Égypte par le Directoire. Une soixantaine de chercheurs l’accompagnent dont le général Caffarelli. Astronome, inventeur, celui-ci sait que cette expédition va lui permettre de découvrir une prestigieuse civilisation. Infirme et solitaire, il se lie d’amitié avec deux jeunes égyptiens pendant que les troupes de Bonaparte répandent le sang et la terreur à travers le pays.

Difficile de juger un film comme Adieu Bonaparte. Réalisée par Youssef Chahine (1926-2008), cette fresque historique peut souvent laisser le spectateur sur le bas-côté en raison de son propos quelque peu hermétique, y compris par son flagrant manque de rythme, mais interpelle en même temps par sa dimension cinématographique d’envergure. Le cinéaste égyptien, auteur de plus de 40 films et documentaires, soigne la forme de son 28e opus à travers les décors grandioses, les costumes et les milliers de figurants. Toutefois, le souffle ne prend pas, on se désintéresse de certains enjeux et trop de personnages s’entrecroisent pour devenir réellement attachants.

Avide de puissance et de gloire, la flotte française, menée par Bonaparte, envahit l’Égypte en 1798, Alexandrie d’abord, puis le Caire, dans le but de libérer le peuple asservi par les mamelouks. Caffarelli, l’un de ses généraux, scientifique et humaniste, découvre la civilisation égyptienne. Envouté par l’âme de ce pays et son peuple, cet homme extravagant et unijambiste se lie d’amitié avec deux frères Aly et Yehia. Réfugiés dans la capitale, les jeunes hommes, avides de connaissances, sont fascinés par ce militaire savant, passionné et original. Alors que les résistants s’organisent face à l’oppression sanglante, Caffarelli, loin des préoccupations guerrières, s’oppose lui aussi à Bonaparte, qui se pose alors en libérateur face à l’oppression turque, et à ses conquêtes destructrices.

Adieu Bonaparte vaut une fois de plus pour ses comédiens, en particulier le grand, le monstre, Michel Piccoli. A fleur de peau, il compose un général Caffarelli bouleversant et ambigu. On le suit se mêlant à la population des rues du Caire, où il rencontre Ali (Mohen Mohieddin), épris de poésie et de philosophie, puis son jeune frère Yehia, encore impressionnable, tous deux réfugiés dans la capitale avec leur famille depuis l’arrivée des Français. Membres de la résistance locale, ceux-ci acceptent néanmoins cette relation trouble avec Caffarelli, militaire sensible et spirituel, qui leur enseigne, en humaniste, quelques rudiments de chimie et d’astronomie, tout en dénonçant cette guerre d’occupation en s’opposant à un Bonaparte austère et ambitieux. Aux côtés de Michel Piccoli, celui qui tire son épingle du jeu est Patrice Chéreau, dans l’une de ses rares prestations en tant qu’acteur. Deux ans après Danton d’Andrzej Wajda dans lequel il jouait Camille Desmoulins, le grand metteur en scène de théâtre interprète ici Napoléon Bonaparte, une des meilleures incarnations de celui qui était encore général. Son regard, sa prestance, son charisme, son phrasé ne s’oublient pas.

Au-delà de la dimension historique du film, peu aisée à cerner donc, Adieu Bonaparte est une œuvre qui se laisse agréablement suivre, en dépit de ses défauts et maladresses. L’empathie manque à l’appel, Youssef Chahine multiplie les points de vue et les protagonistes pour finalement laisser le spectateur se faire sa propre opinion sur les évènements, les décisions et les agissements de chacun, sans jamais prendre parti. En résulte une coproduction franco-égyptienne (avec Humbert Balsan à la barre) quelque peu foutraque, un film brouillon, bavard, trop écrit sans doute, mais excessivement généreux, humaniste et animé par une envie gigantesque de cinéma, de toucher une audience large et internationale. Malheureusement, le film sera éreinté lors de sa présentation en compétition au Festival de Cannes et connaîtra un bide retentissant à sa sortie en 1985. Le temps a depuis fait son office et Adieu Bonaparte est aujourd’hui largement reconsidéré.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Adieu Bonaparte, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le disque est estampillé du H de la collection Héritage. Le menu principal est animé sur une des séquences du film. Le Blu-ray s’accompagne également du DVD du film, glissés dans un boîtier Digibook avec un livret de 40 pages.

Nous trouvons à la fois la bande-annonce d’époque et un making of rare de trente minutes. Ce documentaire s’accompagne d’images de tournage, d’interviews séparées du réalisateur Youssef Chahine, des comédiens Michel Piccoli et Patrice Chéreau. Le premier évoque le fait de vouloir créer le débat puisque selon lui le dialogue n’existe quasiment plus. Les acteurs abordent le travail avec le cinéaste, les personnages et louent la qualité humaniste de Youssef Chahine.

L’Image et le son

Adieu Bonaparte a été entièrement restauré 4K  à partir du négatif image (scanné en immersion), grâce aux bons soins financiers de la Cinémathèque Française, Misr International Films et TF1 Studio, et bien sûr techniques des Laboratoires Eclair Ymagis de Vanves. Un superbe lifting qui permet d’apprécier la composition des plans de Youseh Chahine, en particulier sur les scènes de batailles avec plusieurs centaines de figurants. L’image est très propre (aucune poussière, griffure ou déchirure) et stable, les couleurs sont lumineuses, entre ocre et bleu cyan, le piqué est pointu, les détails impressionnants (y compris sur les gros plans et le rendu des matières des costumes) et la profondeur de champ éloquente. N’oublions pas le grain argentique, précieusement préservé.

Les versions française et originale (arabe + français) sont proposées en DTS-HD Master Audio Stéréo. Les deux versions s’avèrent propres, naturelle pour la piste multilingue, dynamique (même si certains échanges auraient pu être relevés) et évidemment plus « artificielle » pour l’autre. La musique de Gabriel Yared est joliment mise en valeur. Les sous-titres français sont imposés sur la version multilingue. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription. La restauration a été réalisée grâce aux bandes magnétiques originales, par L.E. Diapason.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Les Dames du Bois de Boulogne, réalisé par Robert Bresson

LES DAMES DU BOIS DE BOULOGNE réalisé par Robert Bresson, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 25 septembre 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Paul Bernard, María Casares, Élina Labourdette, Lucienne Bogaert, Jean Marchat, Yvette Etiévant…

Scénario : Robert Bresson d’après le roman Jacques le fataliste et son maître de Denis Diderot

Photographie : Philippe Agostini

Musique : Jean-Jacques Grünenwald

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1945

LE FILM

Hélène a juré de se venger de Jean, son amant qui la délaisse. Elle retrouve une de ses amies qui loue sa jeune fille à de riches fêtards. Hélène s’arrange alors pour que Jean rencontre la jeune Agnès. Mais celui-ci tombe amoureux d’Agnès et décide de l’épouser.

Les Dames du Bois de Boulogne n’est pas un film sur les femmes de petite vertu. Loin de là. Le second long métrage de Robert Bresson (1901-1999) est un drame sombre et impitoyable qui a connu un tournage chaotique à la fin de l’Occupation Allemande, avec de longs arrêts en raison de la Libération de Paris, des prises de vue durant une saison rude, des pannes d’électricité, des alertes aux bombardements, une pellicule limitée, des tensions entre le réalisateur et Maria Casarès. Le film s’inspire librement de l’histoire de Mme de la Pommeraye dans Jacques le fataliste et son maître, de Denis Diderot, qui vient d’ailleurs d’être adaptée par Emmanuel Mouret avec Mademoiselle de Joncquières. Sorti en 1945, ce deuxième essai est un coup de maître, qui cependant ne connaîtra pas le succès critique et commercial des Anges du péché (1943). Sur des dialogues signés Jean Cocteau, même si ce dernier aura toujours déclaré n’avoir participé que de façon amicale, Les Dames du Bois de Boulogne permet à son auteur de trouver et d’imposer son style, notamment à travers un immense travail sur le son.

Hélène a la désagréable impression que son amant, Jean, lui échappe. Pour vérifier ses suppositions et faciliter de pénibles aveux, elle prêche le faux et apprend à son grand désarroi que Jean ne l’aime plus. Blessée, Hélène décide de se venger et monte un plan minutieux. Elle s’arrange pour que Jean rencontre Agnès, une danseuse de cabaret fort séduisante qu’elle a prise sous sa protection. Comme Hélène l’avait prévu, le plan fonctionne à merveille et Jean tombe immédiatement amoureux de la jeune femme. Consciente de ses écarts passés, Agnès manque de faire échouer la combinaison d’Hélène en révélant dans une lettre écrite à son fiancé qu’elle n’est qu’une fille perdue. Mais Jean refuse de lire la missive…

S’il n’atteint pas les sommets comme pourront le faire plus tard Un condamné à mort s’est échappé (1956) et Pickpocket (1959), Les Dames du Bois de Boulogne ne cesse d’épater par sa maîtrise formelle, encore plus lorsque sont connues les conditions des prises de vues. Il n’est ainsi pas rare de voir de la buée sortir de la bouche des comédiens, puisque le chauffage n’était pas disponible sur le plateau. Au-delà de cette situation particulière, Les Dames du Bois de Boulogne foudroie surtout par son histoire de vengeance échafaudée par la vénéneuse Hélène, interprétée par l’incroyable Maria Casarès, révélation des Enfants du Paradis de Marcel Carné. Drapée de noir, en deuil de ses illusions amoureuses, le regard froid et déterminé, la comédienne ne cesse d’étonner encore aujourd’hui par la modernité de son jeu. Cela contraste totalement avec celui parfois ampoulé du stoïque et falot Paul Bernard (après les défections d’Alain Cuny et de Jean Marais), vu dans Lumière d’été (1943) de Jean Grémillon et Le Bossu (1944) de Jean Delannoy.

Pour se venger d’être délaissée, Hélène jouera les bonnes âmes en installant deux anciennes connaissances, Madame D. et sa fille Agnès (la belle Élina Labourdette), endettées, dans un appartement près du Bois de Boulogne. En réalité, Hélène, connaissant le passé « sulfureux » d’Agnès, fait tout pour la jeter dans les bras du mondain Jean, pour ensuite tout révéler et ruiner la réputation de son ancien amant et l’humilier en public. Avec ses décors dépouillés signés Max Douy, la fulgurance des dialogues (la patte de Cocteau est évidente), la photo N&B sèche de Philippe Agostini et son montage percutant où le cinéaste expérimente sur le son, Les Dames du Bois de Boulogne est un drame qui vaut surtout pour le jeu intense de Maria Casarès. Pourtant, Robert Bresson, trouvant le jeu de sa comédienne souvent excessif et reniant même le film, décidera de ne plus faire appel qu’à des acteurs non professionnels, ses célèbres « modèles ».

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray des Dames du Bois de Boulogne, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le disque est estampillé du H de la collection Héritage. Le menu principal est animé sur une des séquences du film. Le Blu-ray s’accompagne également du DVD du film, glissés dans un boîtier Digibook avec un livret.

Outre la bande-annonce originale, l’éditeur joint un entretien complet et passionnant de l’historien du cinéma français, Jean-Ollé Laprune (27’). Ce dernier revient longuement sur les débuts de la carrière de Robert Bresson, puis détaille le contexte particulier et difficile du tournage des Dames du Bois de Boulogne. Jean-Ollé Laprune évoque également le producteur Raoul Ploquin, l’adaptation de l’oeuvre de Denis Diderot, la participation de Jean Cocteau aux dialogues, le casting, la mise en scène de Robert Bresson, l’utilisation du son à des fins dramatiques et l’accueil frileux du film.

L’Image et le son

Les Dames du Bois de Boulogne a été restauré 4K par les laboratoires Hiventy, à partir des négatifs image et son nitrate. En dehors de quelques fils en bord de cadre, d’une poignée de points blancs et des rayures verticales, la propreté est ahurissante, les contrastes fermes, la stabilité indéniable et les partis pris du chef opérateur Philippe Agostini sont respectés avec un N&B étonnant de détails. Le grain argentique, bien géré, est heureusement respecté, tout comme le format original. Superbe Blu-ray.

La piste DTS-HD Master Audio Mono instaure un haut confort acoustique avec des dialogues percutants et une très belle restitution des effets annexes, très importants chez le cinéaste. Un très léger souffle, mais rien d’alarmant, tout comme les chuintements occasionnels. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Ceux qui m’aiment prendront le train, réalisé par Patrice Chéreau

CEUX QUI M’AIMENT PRENDRONT LE TRAIN réalisé par Patrice Chéreau, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 28 août 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Charles Berling, Pascal Greggory, Valeria Bruni Tedeschi, Bruno Todeschini, Sylvain Jacques, Roschdy Zem, Dominique Blanc, Olivier Gourmet, Jean-Louis Trintignant…

Scénario : Danièle Thompson, Patrice Chéreau, Pierre Trividic

Photographie : Eric Gautier

Durée : 2h02

Date de sortie initiale : 1998

LE FILM

Le peintre Jean-Baptiste Emmerich avait déclaré avant de mourir: “Ceux qui m’aiment prendront le train”. Et ils ont pris le train pour Limoges. Les amis, les vrais, les autres : les faux-jetons, les héritiers, la famille naturelle et non naturelle. Il y a des familles qui ne se réunissent qu’aux enterrements.

Quatre ans après La Reine Margot, son plus gros hit au box-office, Patrice Chéreau (1944-2013) s’associe à nouveau avec la scénariste Danièle Thompson pour son nouveau film, Ceux qui m’aiment prendront le train. Le projet est né d’une phrase – qui donne son titre au film de Patrice Chéreau donc – dite par le cinéaste François Reichenbach, qui avant ses obsèques avait déclaré vouloir se faire enterrer à Limoges, lui qui avait alors toute sa famille et ses amis à Paris. Danièle Thompson faisait partie du convoi en 1993. Mètre-étalon du film choral à la française, Ceux qui m’aiment prendront le train est rétrospectivement le troisième plus gros succès du cinéaste sur ses dix longs métrages. Porté par une critique dithyrambique à sa sortie en 1998, ce drame est devenu instantanément culte et reste emblématique de l’univers de Patrice Chéreau.

A 70 ans, Jean-Baptiste Emmerich, né à Limoges, artiste peintre, homosexuel, scandaleux et tyrannique, veut qu’on l’enterre à Limoges au cimetière de Louyat, berceau de sa famille. C’est par cette phrase qu’il règle ses dernières volontés, lui qui voyait arriver la mort et ne voulait pas partir en laissant les autres en paix. Dans un train, ses amis et ses amants se retrouvent pour un dernier hommage à l’artiste. Sous couvert d’enterrement, ce film dissèque une journée d’une quinzaine de personnages en crise, rassemblés autour d’un mort, dont la présence et le regard les faisait exister, qui ont perdu tout repère et se retrouvent obligés de se confronter les uns aux autres. Cet homme, en quittant ces vivants qu’il avait si fort influencés, les laisse face à des questions que sa présence faisait oublier.

Dès le départ en gare d’Austerlitz, et durant tout le trajet, des relations particulières se dévoilent ou se tissent : tandis que le couple de Claire et Jean-Marie s’effiloche, un coup de foudre réunit Louis et Bruno. Alors que tous se rassemblent autour du cercueil, de vieilles rancoeurs resurgissent. La caméra de Patrice Chéreau est sans cesse en mouvement, sur le quai d’une gare, dans un train bondé en direction de Limoges, dans la demeure du frère du défunt. Les êtres se rentrent dedans, s’observent, s’insultent, se confrontent. Les non-dits dévoilent beaucoup, les injures dissimulent encore plus. Les plus discrets ne sont pas forcément les plus innocents, les plus froids et distants révèlent une immense sensibilité et des blessures insoupçonnées.

Si les dialogues sont souvent abondants, pour ne pas dire trop écrits, Patrice Chéreau dirige ses comédiens (exceptionnels) d’une main de maître, en transformant le train en théâtre de la vie. Jean-Louis Trintignant, Charles Berling, Valeria Bruni Tedeschi, Vincent Pérez, Dominique Blanc, Roschdy Zem, Pascal Greggory, Bruno Todeschini, Olivier Gourmet, Thierry de Peretti, Guillaume Canet et Nicolas Maury et bien d’autres entrent en scène, certains sont plus furtifs que d’autres devant l’oeil du metteur en scène, mais chacun apporte sa note à la partition tenue par le chef d’orchestre. Parmi la troupe, si Jean-Louis Trintignant crève l’écran à chaque apparition, Vincent Perez reste inoubliable dans le rôle de Viviane, transsexuel en cours de traitement hormonal. Tout le reste des comédiens est au diapason, Valeria Bruni Tedeschi est explosive, Pascal Greggory glacial, Bruno Todeschini fragile comme le cristal.

Certains compareront Ceux qui m’aiment prendront le train au cinéma de Claude Lelouch. Il y a un lien effectivement, mais contrairement à l’emphase souvent irritante du premier, Patrice Chéreau imprègne chacune de ses scènes d’une âme, d’une volonté de vivre et de profiter de chaque instant, en mettant en valeur ses acteurs, plutôt que de vouloir se mettre à l’avant-plan constamment. En dépit de la bonne impression générale et de l’expérience à part entière qu’il représente, le film peut sembler inégal, parfois convenu et l’intérêt relatif, avec une B.O. qui confère à l’ensemble un aspect clipesque. Après un résultat mitigé dans les salles avec un peu plus d’un demi-million d’entrées dans les salles, Ceux qui m’aiment prendront le train est sélectionné au 51e Festival de Cannes, obtient onze nominations aux César en 1999 et se voit récompenser par les compressions des meilleurs réalisateur, second rôle féminin (Dominique Blanc) et photo (Eric Gautier).

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Ceux qui m’aiment prendront le train, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le disque est estampillé du H de la collection Héritage. Le menu principal est animé sur une des séquences du film. Le Blu-ray s’accompagne également du DVD du film, glissés dans un boîtier Digibook avec un livret.

Etrange, nous ne trouvons qu’un seul supplément sur cette édition. Il s’agit d’un entretien avec Patrice Chéreau (18’30) réalisé à l’occasion de la sortie de Ceux qui m’aiment prendront le train dans les salles. Installé dans un fauteuil SNCF disposé devant la gare de Limoges, le cinéaste, visiblement épanoui, revient sur la genèse, les conditions de tournage, les personnages et les thèmes de son long métrage qui avait été présenté sur la Croisette quelques jours auparavant. Des images de tournage illustrent également ce bonus, avec une intervention de Jean-Louis Trintignant.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Ceux qui m’aiment prendront le train a été restaurée 4K par les laboratoires L21 à partir du négatif original, tandis que l’étalonnage a été supervisé par le chef opérateur Eric Gautier. Le rendu est pointilleux avec un piqué acéré et des détails éloquents, y compris sur les très nombreuses séquences « heurtées » capturées caméra à l’épaule. Les couleurs retrouvent une clarté évidente, la copie est très propre, la luminosité est constante et le grain original respecté. Les scènes sombres sont peut-être un peu moins définies, mais ce lifting sied bien au classique de Patrice Chéreau.

L’unique piste DTS-HD Master Audio 5.1 parvient à équilibrer les dialogues, les ambiances et la bande-originale du film de façon naturelle, sans en faire trop et en respectant le mixage originale. Les voix des comédiens sont solidement plantées sur la centrale, tandis que la musique environne joliment les spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Gringo, réalisé par Nash Edgerton

GRINGO réalisé par Nash Edgerton, disponible en DVD et Blu-ray le 10 septembre 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs :  David Oyelowo, Charlize Theron, Joel Edgerton, Amanda Seyfried, Thandie Newton, Sharlto Copley, Bashir Salahuddin, Glenn Kubota, Melonie Diaz, Harry Treadaway, Theo Taplitz, Paris Jackson…

Scénario : Anthony Tambakis, Matthew Stone

Photographie : Eduard Grau

Musique : Christophe Beck

Durée : 1h51

Année de sortie : 2018

LE FILM

Harold Soyinka travaille pour un groupe pharmaceutique dirigé par Elaine Markinson et Richard Rusk. Lorsque ces derniers décident de se lancer dans le commerce lucratif du cannabis médical, ils envoient Harold au Mexique pour le lancement de leur nouvelle usine de production. Ignorant que la société qu’il représente a trahi un dangereux cartel local, l’employé modèle échappe de justesse à un enlèvement. Perdu au fin fond du Mexique, réalisant que ses patrons ont tout intérêt à le voir disparaître, pourchassé par les tueurs du cartel et un mercenaire implacable, Harold ne peut compter que sur lui-même s’il veut rester en vie.

Belle découverte que ce Gringo, réalisé par Nash Edgerton, dix ans après son premier coup d’essai intitulé The Square, à ne pas confondre avec l’immonde film de Ruben Östlund. A la base, l’australien né en 1973 est un cascadeur réputé, qui a officié sur une quantité phénoménale de films en tout genre comme Street Fighter – L’ultime combat, La Ligne rouge, la trilogie Matrix, Star Wars: Épisode II – L’attaque des clones, Zero Dark Thirty. S’il assure très souvent la doublure d’Ewan McGregor, il exécute surtout les scènes à risques pour le compte de son propre frère, le comédien Joel Edgerton. Depuis 1996, Nash Edgerton n’a eu de cesse de tourner des courts-métrages, souvent primés, qui démontraient son aisance à emballer des scènes d’action et à diriger solidement ses comédiens. Portée par un casting quatre étoiles, la comédie noire Gringo emballe du début à la fin et impose le réalisateur comme un metteur en scène à suivre de près.

David Oyelowo, Charlize Theron, Joel Edgerton, Amanda Seyfried, Thandie Newton, Sharlto Copley réunis dans un même film ! Si le premier est excellent, aussi drôle qu’attachant et émouvant, nous n’avons d’yeux que pour Charlize Theron. La comédienne, également productrice ici, crève l’écran à chaque apparition avec ses tailleurs cintrés et ses cheveux blonds platine, mais aussi et surtout pour son langage fleuri, son regard glacial et son immense sens de l’humour, que peu de réalisateurs ont su jusqu’à présent mettre en valeur. Devant cette femme fatale castratrice, pète-sec, nymphomane, arriviste et manipulatrice, le mâle Joel Edgerton fait profil bas. Mais il n’est pas en reste et incarne un homme d’affaires puant et lâche, qui n’hésite pas à sacrifier l’un de ses meilleurs, ou plutôt l’un de ses plus vieux amis, dans le seul but de s’enrichir et de sauver son entreprise. Plus discrètes, mais néanmoins lumineuses à l’écran, Amanda Seyfried et Thandie Newton composent des personnages satellites qui conduiront Harold à prendre ses responsabilités, d’une part pour survivre en milieu hostile, le Mexique donc, mais aussi pour retrouver sa dignité, lui que l’on a trop souvent considéré comme étant l’employé sans intérêt et à la petite vie trop tranquille.

La bonne surprise vient également de l’acteur Sharlto Copley. Habituellement insupportable – ses prestations dans les navets Elysium, Open Grave, Europa Report et Hardcore Henry étaient on ne peut plus irritantes – la révélation de District 9 de Neill Blomkamp est ici beaucoup plus sobre qu’à son habitude. Son rôle de mercenaire qui tente de se racheter une conscience en participant à des œuvres humanitaires est contre toute attente l’un des plus ambigus du film. Signalons également la première apparition à l’écran de Paris Jackson, la fille du King of Pop.

Au-delà ses comédiens en très grande forme, Nash Edgerton fait preuve d’un réel talent derrière la caméra. La mise en scène est très élégante, tout comme la photographie du talentueux chef opérateur Eduard Grau (Buried, A Single Man), le rythme est peut-être lent, mais toujours maîtrisé. Le cinéaste distille ses séquences d’action avec parcimonie et privilégie la psychologie des personnages, à travers un scénario à tiroirs à l’écriture très maîtrisée, signé Matthew Stone (Intolérable Cruauté). Gringo est une indéniable réussite.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Gringo, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est légèrement animé et musical.

Quatre featurettes (14 minutes au total) présentent rapidement les personnages, les enjeux, les partis pris, les cascades et les intentions de Gringo. Le réalisateur, les comédiens, la chef décoratrice et les producteurs interviennent brièvement en mode promo et quelques images de plateau dévoilent l’envers du décor.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et des liens internet.

L’Image et le son

La photographie léchée du chef opérateur Eduard Grau trouve avec cette édition HD un magnifique écrin qui restitue brillamment ses partis-pris esthétiques d’origine avec des teintes froides pour les scènes tournées à Chicago, et évidemment plus chatoyantes pour la partie mexicaine. La définition est exemplaire comme bien souvent chez Metropolitan. Les noirs sont denses, le piqué affûté comme une lame de rasoir, les contrastes tranchants, les séquences diurnes lumineuses.

Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais, efficaces autant dans les scènes d’affrontements secs que dans les séquences plus calmes. Les quelques scènes plus agitées peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales, avec les balles qui environnent le spectateur. Les effets annexes sont dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des actions au moment opportun. Metropolitan livre également une piste française Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Metropolitan Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / A Beautiful Day, réalisé par Lynne Ramsay

A BEAUTIFUL DAY (You Were Never Really Here) réalisé par Lynne Ramsay, disponible en DVD et Blu-ray le 5 septembre 2018 chez M6 Vidéo

Acteurs :  Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, John Doman, Alex Manette, Alessandro Nivola, Judith Roberts, Frank Pando, Jason Babinsky…

Scénario : Lynne Ramsay d’après le roman de Jonathan Ames, “Tu n’as jamais été vraiment là” (“You Were Never Really Here”)

Photographie : Thomas Townend

Musique : Jonny Greenwood

Durée : 1h29

Année de sortie : 2017

LE FILM

La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

Malgré l’engouement de la critique pour ses deux premiers longs métrages, Ratcatcher (1999) et Le Voyage de Morvern Callar (2002), récompensés par de nombreux prix dans les festivals, la réalisatrice écossaise Lynne Ramsay, née en 1969, devra attendre 2011 et We Need to Talk about Kevin pour se faire une renommée internationale. Oeuvre coup de poing, cette transposition du roman de Lionel Shriver offrait à l’incroyable Tilda Swinton l’un de ses meilleurs rôles et révélait Ezra Miller. Attendu au tournant avec son nouveau long métrage, Lynne Ramsay revient avec une libre adaptation du recueil de nouvelles de Jonathan Ames, You Were Never really Here, paru en 2013. Présenté en compétition officielle au 70e Festival de Cannes en 2017, le film a remporté le Prix du scénario, tandis que Joaquin Phoenix se voyait récompenser par le prix d’interprétation masculine. Si l’on pourra trouver la première distinction discutable, le comédien n’a pas volé ce prix. Magnétique, puissant, de tous les plans, l’acteur incarne un vétéran de guerre hanté par son passé, aux tendances suicidaires et qui survit financièrement en acceptant de réaliser des « extractions », comme un justicier de la nuit, armé d’un marteau, qui s’en prend à un vaste réseau pédophile impliquant notamment des politiciens. Le film ne fera certainement pas l’unanimité en raison de ses partis pris et A Beautiful Day vaut essentiellement pour son comédien principal, que l’on peut aisément qualifier de plus grand acteur du monde aujourd’hui.

Moins glaçant que We Need to Talk about Kevin, A Beautiful Day pâtit de son rythme languissant et de sa quasi-absence d’action. L’évolution du personnage principal est lente, peut-être peu crédible, mais Joaquin Phoenix lui apporte suffisamment d’ambiguïté, d’épaisseur (au sens propre comme au figuré) et son charisme extraordinaire (qui rappelle celui de Mel Gibson dans Blood Father) pour qu’on le suive finalement du début à la fin et grâce auquel on pardonne les points faibles. Si We Need to Talk about Kevin était un film difficile, âpre, cruel, qui laissait un goût amer dans la bouche, A Beautiful Day raconte l’histoire d’une rédemption, d’un retour possible à la vie. Les blessures seront toujours présentes, même si cicatrisées, et Joe apprendra finalement à vivre avec. Tous ces éléments se mettent en place après la projection. A Beautiful Day se visionne et se vit comme un trip. La cinéaste préfère suggérer les thèmes qu’elle souhaite aborder, en faisant confiance à l’intelligence et au ressenti du spectateur. Le premier visionnage peut franchement laisser perplexe, avec cette impression que le film ne raconte rien ou pas grand-chose. Puis, le portrait du personnage se construit à nouveau, des images se bousculent, des réactions de Joe prennent sens et donnent furieusement envie de tout revoir. A Beautiful Day se révèle à la seconde projection.

Une fois conditionné par les partis pris, les intentions de Lynne Ramsay éclatent alors aux yeux du spectateur. Si la critique s’est quelque peu emballée en comparant A Beautiful Day à Taxi Driver de Martin Scorsese, il n’en demeure pas moins que le quatrième long métrage de la réalisatrice s’approprie certains codes du thriller paranoïaque du cinéma américain des années 1970. Tourné essentiellement de nuit dans les rues de New York, A Beautiful Day est une œuvre plastiquement très recherchée et stylisée, aux teintes froides et métalliques, tandis que résonne la composition entêtante de Jonny Greenwood de Radiohead. Derrière ce vernis glacé, la psyché perturbée d’un homme entre deux âges est abordée par la cinéaste, par petites touches, révélant par strates, le trauma de son personnage.

Alors peu importe si Lynne Ramsay se laisse parfois aller à quelques séquences dites « arty » comme lors de cette plongée purificatrice du personnage principal, car A Beautiful Day, œuvre complexe et difficilement accessible, n’a de cesse de triturer les méninges longtemps après et révèle ses richesses insoupçonnées. Comme si ce que l’on pensait n’être que du zirconium s’avère en réalité un minéral de grande valeur.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de A Beautiful Day, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique de Jonny Greenwood.

En exclusivité sur le Blu-ray français, nous trouvons une formidable interview de la réalisatrice Lynne Ramsay, réalisée à Paris (15’). Si la prise de son laisse à désirer, la cinéaste se livre sur tous les aspects de A Beautiful Day en abordant la genèse du projet, la libre adaptation du roman de Jonathan Ames, le désir de prolonger le personnage principal par rapport au récit original, son amour pour les séries B et surtout sur sa collaboration avec Joaquin Phoenix. Les partis pris et ses intentions sont détaillés point par point, posément, sans oublier les conditions de tournage largement évoquées au fil de cet entretien passionnant.

Place à Joaquin Phoenix, enregistré lors de la présentation de A Beautiful Day sur la Croisette, d’où il allait repartir avec le prix d’interprétation masculine (12’). Si les questions sont banales, ce qui a l’air d’ennuyer quelque peu le comédien, les réponses sont claires, nettes, concises, Joaquin Phoenix n’hésitant pas à contredire la journaliste s’il n’est pas d’accord avec son interprétation.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Pour la superbe photo de son film, Lynne Ramsay s’est octroyée les services du chef-opérateur Thomas Townend (Attack the Block,We Need to Talk About Kevin). Armé de sa caméra numérique Arri Alexa XT, le directeur de la photographie plonge les personnages dans une pénombre froide et angoissante. Si nous devons vous donner un conseil, c’est de visionner A Beautiful Day dans une pièce très sombre afin de mieux profiter des volontés artistiques originales et des ambiances nocturnes. Le Blu-ray immaculé édité par M6 Vidéo restitue habilement la profondeur des contrastes et les éclairages stylisés, en profitant à fond de la Haute Définition. Le piqué est aiguisé comme la lame d’un scalpel, la copie d’une stabilité à toutes épreuves et les rares scènes diurnes sont lumineuses et parfaitement saturées. Ce Blu-ray (1080p) est superbe.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 restituent merveilleusement les dialogues, la musique, les ambiances nocturnes foisonnantes de New York. La balance frontale est joliment équilibrée, les latérales interviennent évidemment sur toutes les séquences en extérieur. La spatialisation musicale est percutante et le confort acoustique assuré. Il en est de même pour les pistes Stéréo, de fort bon acabit, qui conviendront aisément à ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © SND / M6 Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Engrenages, réalisé par David Mamet

ENGRENAGES (House of Games) réalisé par David Mamet, disponible en DVD et Blu-ray le 4 septembre 2018 chez ESC Editions

Acteurs :  Lindsay Crouse, Joe Mantegna, Mike Nussbaum, Lilia Skala, J.T. Walsh, Willo Hausman, Karen Kohlhaas, Steven Goldstein, Jack Wallace, William H. Macy…

Scénario : David Mamet

Photographie : Juan Ruiz Anchía

Musique : Alaric Jans

Durée : 1h42

Année de sortie : 1987

LE FILM

Le docteur Margaret Ford, brillante psychanalyste, considérée comme trop froide par ses clients, est un jour poussée à bout par un de ses patients, Billy Haln, qui la menace de se suicider si elle ne l’aide pas à honorer ses dettes de jeu vis-à-vis d’un certain Mike. Margaret accepte. Elle se rend à la maison de jeux et découvre un univers qui la fascine. Mike et ses amis, après avoir tenté de la plumer, lui démontrent quelques-unes de leurs arnaques favorites. Pour Margaret, c’est l’engrenage et sa vie rigide va tout à coup être bouleversée par cette passion.

A la barre d’EngrenagesHouse of Games, il y a le dramaturge, producteur, réalisateur, scénariste et essayiste américain David Mamet. Né en 1947, lauréat du Prix Pulitzer en 1984 pour Glengarry Glen Ross, cet auteur de renom débute sa carrière à Hollywood en signant les scénarios du Facteur sonne toujours deux fois de Bob Rafelson (1981), Le Verdict de Sidney Lumet (1982) pour lequel il est nommé à l’Oscar et Les Incorruptibles de Brian de Palma (1987). Trois chefs d’oeuvre. Il décide de passer derrière la caméra avec Engrenages, son premier long métrage, dont il cosigne l’histoire avec le comédien et scénariste Jonathan Katz. Tout ce qui fera la renommée des films de David Mamet, à l’instar de La Prisonnière espagnole, se retrouve déjà dans ce coup d’essai. Radiographie de l’âme humaine, scénario empreint de psychologie, forme quasi-anachronique et inspirée du cinéma américain des années 1950, solide direction d’acteurs, élégance omniprésente, récit passionnant. Engrenages est un savoureux tour de force.

Margaret Ford est une psychanalyste solitaire qui bénéficie d’une certaine renommée, en particulier depuis la publication d’un livre intitulé Driven: Compulsion and Obsession in Everyday Life, dont les ventes lui assurent un revenu confortable. Lors d’une séance de psychanalyse, Billy, un joueur compulsif, lui confie qu’il doit la somme de 25 000 dollars à un criminel et qu’il sera probablement abattu s’il ne s’acquitte pas de sa dette. Le soir venu, Margaret décide de se rendre dans un bar appelé The House of Games pour y rencontrer l’homme dont Billy lui a parlé – un certain Mike, dont la jeune femme fait rapidement connaissance. Mike lui propose un deal : il efface l’ardoise de Billy, qui en réalité s’élève à seulement 700 dollars, si elle l’aide à gagner une partie de poker en observant les tics de son adversaire. Margaret accepte, et débute alors une expérience qui va peu à peu confronter les théories de la psychanalyste à une troublante réalité…

Engrenages est l’histoire d’une femme aux désirs refoulés qui se retrouve face à sa propre psyché, à la tentation et au passage à l’acte. Jusqu’alors, le personnage impeccablement interprété par Lindsay Crouse (La Castagne, Le Prince de New York) au regard glacial, se contentait de guérir et de soulager les maux de ses patients, sans penser une seconde à sa propre existence. Ne vivant que pour son métier et ses patients, Margaret commence à perdre le fil de ses pensées, en faisant notamment quelques lapsus révélateurs, en mentionnant « pressions » au lieu de « passions ». Suite à une affaire en cours, elle décide de sortir de sa zone de confort et plonge malgré elle dans le monde de la nuit peuplé d’escrocs, en rencontrant notamment un expert, Mike, incarné par le toujours classe Joe Mantegna (Le Parrain 3, la série Esprits criminels). Sa véritable nature va alors éclore au fur et à mesure que Margaret apprend les rudiments d’arnaques en tous genres. Mais de par son métier qui exige contrôle et dans un sens manipulation, Margaret acceptera t-elle de se retrouver face à plus fort qu’elle et surtout de devenir victime d’un jeu qu’elle pensait alors contrôler ? Lequel de ces deux professionnels parviendra à prendre le dessus sur l’autre ?

House of Games, c’est le lieu où se réunissent celles et ceux qui ont décidé de prendre l’ascendant sur ceux qu’ils ont désignés comme leurs proies, en les arnaquant et en profitant de leur crédulité. En pénétrant dans ce lieu, Margaret voit s’animer tout ce qu’elle dissimulait au plus profond d’elle-même, sous l’apparence d’une psy stricte, corsetée dans un tailleur droit, qui préfère passer ses soirées à peaufiner ses dossiers en cours, plutôt que de penser à elle. La rencontre avec Mike va non seulement réveiller en elle ses instincts dissimulés, ses envies compulsives, mais également sa sexualité.

Les films de David Mamet donnent toujours cette impression d’avoir été tournés en N&B. Engrenages ne fait pas exception. Avec ses angles de caméra insolites, sa musique jazzy, ses rues au bitume détrempé après la pluie, ses nombreux gros plans, le film prend la forme d’un polar made in fifties, mais en couleur. Sans en dévoiler davantage, disons que l’ombre de Pas de printemps pour Marnie d’Alfred Hitchcock (1964) plane constamment sur Engrenages. David Mamet signe un vrai coup de maître, jouant constamment avec les apparences et les faux-semblants, probablement encore plus passionnant aujourd’hui qu’à sa sortie.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Engrenages, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

ESC Editions fait décidément confiance à Mathieu Macheret, qui réalise une fois de plus une analyse du film qui nous intéresse (21’30). Le critique cinéma pour Le Monde présente tout d’abord le parcours et l’oeuvre de David Mamet, à travers ses thèmes récurrents, mais se trompe en avançant que ce premier long métrage est l’adaptation d’une des pièces de son auteur. Puis, Engrenages est abordé à la fois dans le fond, mais aussi sa forme. Si le journaliste paraphrase parfois l’histoire, tout en se gardant bien d’en dévoiler les principaux rebondissements, les arguments avancés sont souvent passionnants et mettent en valeur l’intelligence d’un scénario sur lequel repose entre autres la très grande réussite du film.

L’Image et le son

Merci à ESC Editions d’avoir exhumé ce titre tombé dans l’oubli, qui était sorti en DVD il y a près de quinze ans chez MGM / United Artists ! A cette occasion, la copie a été restaurée. Cela se voit, même si on dénombre encore quelques points blancs et pas mal de points noirs qui ont échappé au Biactol numérique, surtout lors du changement de bobine. Cela n’empêche pas la copie d’être lumineuse et stable. Les couleurs retrouvent un réel éclat (voir les bleus et les rouges), le grain argentique est heureusement conservé. Toutefois, la définition est parfois chancelante au cours d’une même séquence avec quelques flous sporadiques. Mais cela n’entame en rien le plaisir de (re)voir cet excellent premier long métrage de David Mamet.

Deux pistes DTS HD Master Audio 2.0 au programme. Evitez la version française, d’autant plus que les dialogues sont souvent sourds et mis trop en avant. La piste anglaise est plus naturelle et aérée, même si un léger souffle se fait entendre. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © MGM / United Artists / ORION / ESC EDITIONS / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Journal intime d’une nymphomane, réalisé par Jesus Franco

LE JOURNAL INTIME D’UNE NYMPHOMANE réalisé par Jesús Franco, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs :  Mona Proust, Jacqueline Laurent, Jean-Pierre Bourbon, Gaby Herman, Anne Libert, Howard Vernon, Gene Harris, Yelena Samarina, Doris Thomas, Jesús Franco…

ScénarioJesús Franco, Élisabeth Ledu de Nesle

Photographie : Gérard Brisseau

Musique : Jean-Bernard Raiteux, Vladimir Cosma

Durée : 1h27

Année de sortie : 1973

LE FILM

Ortiz est soupçonné du meurtre de Linda Vargas, stripteaseuse qu’il a rencontrée lors d’un spectacle. Rendant visite à une amie de la morte, la comtesse Anna de Monterey, Rosa, la femme d’Ortiz, apprend comment Linda est tombée dans une spirale de sexe et de drogue après avoir été agressée sur un manège de foire par Ortiz, alors qu’elle était jeune.

Ancien assistant d’Orson Welles sur Falstaff, Jesús Franco Manera dit Jess Franco (1930-2013) a réalisé près de 200 films, depuis son premier succès L’horrible docteur Orloff (1961). Agrémentant ses films d’horreur d’un érotisme aussi esthétique que sulfureux, il va enchaîner les films à un rythme infernal, adaptant Sade, Masoch, Mirbeau. Sa muse, Soledad Miranda, disparue, il trouve en Lina Romay sa nouvelle et ultime égérie, qu’il magnifiera de films en film. Bien plus qu’un simple artisan boulimique de pellicules, Jess Franco, également connu sous les pseudonymes de Clifford Brown, Adolf M. Frank, J.P. Johnson, David Khune et Jess Frank, restera un véritable auteur, un cinéaste doué et prolifique. Les titres de ses films restent très explicites : Le Sadique Baron Von Klaus (1962), Le Diabolique docteur Z (1966), Sumuru, la cité sans hommes (1969), Les Inassouvies (1970), Les Expériences érotiques de Frankenstein (1973) et bien d’autres.

Le Journal intime d’une nymphomane est l’un des neuf longs métrages réalisés par Jesús Franco en 1972. C’est aussi et surtout l’un des meilleurs films de son auteur. Certes, Le Journal intime d’une nymphomane reste complètement ancré dans son époque, mais le scénario tient la route puisqu’il s’agit d’une chronique centrée sur un trauma, la déchéance, puis la vengeance d’une jeune femme, le tout très efficacement mis en scène et marqué par des séquences érotiques aussi réussies que bandantes.

Mari volage, Ortiz est entraîné par Linda Vargas, une prostituée rencontrée dans un bar où elle officie également comme danseuse et stripteaseuse, qui après une nuit d’ivresse et de plaisirs se suicide pendant le sommeil de son client. Accusé du meurtre, Ortiz est arrêté et emprisonné. L’enquête faite par Rosa Ortiz, son épouse, retrace la vie de Linda Vargas et l’histoire de sa déchéance. Au fil de cette enquête, elle reconstitue son portrait et les raisons de son suicide mises en évidence maintiennent la thèse du désir d’accuser le suspect aux yeux de la justice.

Produit par le légendaire Robert de Nesle via sa société le Comptoir Français du Film Production, prolifique touche-à-tout qui a financé Georges Franju (Judex), José Bénazéraf (Le Cri de la chair), Riccardo Freda (Les Deux orphelines), Yves Boisset (Coplan sauve sa peau), Le Journal intime d’une nymphomane, également connu sous les titres Les Inassouvies 77, Sinner ou Diary of a Nymphomaniac, fait clairement partie du haut du panier. Les deux hommes collaboreront vingt fois (!) entre 1970 et 1977, des Cauchemars naissent la nuit à Blue Rita (Le Cabaret des filles perverses). Le film qui nous intéresse est un savoureux mélange des genres, à la fois exploitation érotique, mais aussi drame psychologique (si si) et thriller. Jesús Franco, sous le nom de Clifford Brown, attaque d’emblée en montrant deux femmes dénudées et noyées dans une lumière rouge, s’adonner à quelques caresses explicites. Puis le contrechamp montre que les deux partenaires sont en fait en pleine représentation sur la scène d’un nightclub où les consommateurs ne ratent rien du spectacle qui leur est offert. Mine de rien, Franco interroge le spectateur sur son propre voyeurisme en lui tendant son propre reflet.

Le premier rebondissement qui conduit le personnage d’Ortiz en prison, entraîne une narration sous forme de flashbacks, puisque la femme de l’accusé décide d’enquêter elle-même sur l’innocence (ou non) de son époux. Pour cela, elle rencontre quelques femmes qui ont de près ou de loin connu la jeune Linda, retrouvée égorgée dans les bras de son mari. La forme du film étonne et surtout se tient. Ce serait mentir de dire que nous ne sommes pas venus voir Le journal intime d’une nymphomane pour ses scènes de sexe, mais Jesús Franco va bien au-delà. Il suit et nous raconte le destin sombre et dramatique de sa jeune héroïne incarnée par la divine Montserrat Prous (aka Mona Proust ici au générique) dont la première expérience sexuelle, un viol quand elle avait 14 ans, va marquer sa jeune existence. Puis, le spectateur la voit se perdre dans les bras d’hommes, mais surtout de femmes, l’occasion d’admirer la beauté et les corps sensuels d’Anne Libert, Kali Hansa et Jacqueline Laurent, tomber dans la drogue et la dépendance sexuelle. Un espoir de rédemption apparaît lors de sa rencontre avec le « Docteur », interprété par Howard Vernon et sa trogne incroyable.

Sur un montage fluide et très efficace de Gérard Kikoïne, le maître ibérique livre un très beau portrait de femme, dont il prend constamment le parti. Il critique également la gent masculine avide de chair fraîche et montre des messieurs infidèles, lâches, incapables de penser autrement qu’avec leur sexe. Le Journal intime d’une nymphomane aurait très bien pu tomber dans le tout-venant, dans les abîmes du cinéma d’exploitation. C’était sans compter sur la rigueur d’un cinéaste, certes inégal, mais habile technicien (le film est d’ailleurs beau à regarder), véritable auteur, passionné par son sujet, qui avait clairement un œil pour mettre en valeur ses ravissantes comédiennes et qui n’oubliait pas de divertir les spectateurs. Le tout prenant souvent la forme d’un bad-trip mis en musique par Jean-Bernars Raiteux et un certain « W »ladimir Cosma, et marqué par des dialogues souvent très crus.

Le Journal intime d’une nymphomane apparaît donc comme un film-somme, une référence, peut-être la plus emblématique du cinéma de Jesús Franco. Et l’on peut sérieusement penser que cette œuvre ait plus tard inspiré le diptyque controversé de Lars von Trier, Nymphomaniac sorti en 2014, tant certaines séquences y font étrangement écho. C’est dire son importance et son immense réussite.

LE BLU-RAY

Le Chat qui fume souhaite la bienvenue à Jesús Franco ! Après Gaumont et Artus Films, l’un de nos éditeurs préférés rend hommage au cinéaste espagnol avec les sorties consécutives du Journal intime d’une nymphomane et Les Possédées du diable, dont le test sera également disponible très bientôt dans nos colonnes. En ce qui concerne ce Journal intime, l’édition prend la forme d’un combo Blu-ray/DVD, deux disques, un Digipack trois volets avec un étui cartonné du plus bel effet et au visuel sensuel. Les menus principaux sont animés sur la musique du film.

Le premier module proposé en guise de bonus est une présentation de l’indéboulonnable Alain Petit (41’). L’historien du cinéma ne manque pas d’infos en ce qui concerne ce film de Jesús Franco qu’il affectionne tout particulièrement. Le producteur Robert de Nesle, sa collaboration avec le réalisateur, les intentions du cinéaste, les thèmes du film et ses partis pris sont abordés. Puis, Alain Petit se penche plus particulièrement sur le casting, en évoquant surtout les actrices du Journal intime d’une nymphomane, en donnant quelques titres alléchants de leurs carrières respectives.

Ensuite, nous avons l’immense plaisir d’écouter les souvenirs du chef monteur Gérard Kikoïne (47’, alors que la jaquette indique 1h). Confortablement installé dans son canapé, l’invité du Chat partage ses souvenirs liés à ses débuts comme monteur-son dans le doublage de films chez son père Léon Kikoïne, puis comme monteur-images et son. Véritable tornade, Gérard Kikoïne passe d’une anecdote à l’autre, en évoquant la rencontre avec le producteur Robert de Nesle, son boulot sur les films de Jesús Franco évidemment, mais également sur ses propres films en tant que réalisateur, notamment sa collaboration avec Oliver Reed. Rétrospectivement, il s’agit probablement d’un des meilleurs suppléments concoctés par Le Chat qui fume. Absolument passionnant, chaleureux, drôle et blindé d’infos.

On termine sur un entretien avec Jacqueline Laurent (25’). Fille de l’acteur Jacques Auger, auquel elle rend hommage au cours de son interview, la comédienne évoque ses débuts à l’Ecole nationale du théâtre de Montréal, puis son arrivée en France où elle suit l’enseignement de Françoise Rosay au milieu des années 1960. Puis, Jacqueline Laurent parle de ses premiers pas à la télévision et au cinéma, puis du tournant de sa carrière avec ses apparitions dans des films érotiques, dont Le Journal intime d’une nymphomane et Les Possédées du diable de Jesús Franco, l’un des meilleurs directeurs d’acteurs qu’elle a pu rencontrer dans sa vie. Devenue professeur d’interprétation puis enseignante de l’art dramatique dans un collège réputé de Montréal pendant quinze ans, l’actrice indique avoir été renvoyée en 2014, après avoir été reconnue par l’un de ses élèves dans Le Journal intime d’une nymphomane.

L’Image et le son

On oublie les raccords de montage peu discrets lors des changements de bobines, d’autant plus que cela rajoute un cachet vintage qui sied bien à l’ensemble. Car la restauration est éloquente, impressionnante et redonne un sacré coup de jeune au Journal intime d’une nymphomane, tout en conservant, heureusement, son grain argentique. Les couleurs à dominante brune retrouvent également une certaine vivacité, même si les visages restent blafards et cireux. Mais les détails sont étonnants, comme des traces de doigts sur les verres des lunettes, ou bien encore la transpiration sur le visage de Jacqueline Laurent. Non, nous ne parlerons pas du rendu des toisons bien fournies des comédiennes bande de coquins ! La propreté est de mise (nous parlons de l’image hein), la copie est stable, et le tout flatte constamment les sens et les mirettes.

La version française est à privilégier, même si la piste reste parfois couverte avec des dialogues chuintants ou grinçants. La musique s’en tire mieux avec une belle délivrance et quelques pics dynamiques sur les scènes chaudes notamment. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et une piste audio dans la même langue. C’est propre, mais un souffle demeure.

Crédits images : © Le Chat qui fume / 2018 Mangue Pistache / Captures Blu-ray et DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Fugitifs, réalisé par Francis Veber

LES FUGITIFS réalisé par Francis Veber, disponible en DVD et Blu-ray le 26 septembre 2018 chez Gaumont

Acteurs : Gérard Depardieu, Pierre Richard, Anaïs Bret, Jean Carmet, Maurice Barrier, Jean Benguigui, Roland Blanche, Philippe Lelièvre, Yveline Ailhaud, Didier Pain…

Scénario : Francis Veber

Photographie : Luciano Tovoli

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h30

Année de sortie : 1986

LE FILM

Lucas, un dangereux gangster, sort de prison et décide de devenir honnête. Pignon, au chômage depuis trois ans, décide de devenir malhonnête et attaque maladroitement une banque. Cerné par la police, il prend un otage pour se couvrir et choisit justement Lucas, qui était venu ouvrir un compte. La police reconnaît immédiatement l’ancien prisonnier et ne croit pas à son innocence. Lucas, en danger de mort, est obligé de s’enfuir avec son ravisseur.

Je suis pas en cavale, j’ai été pris en otage. Et si mon ravisseur n’est pas là dans 10 secondes, je te tire une balle dans le cul !

Avec Les Fugitifs, Francis Veber, scénariste de renom passé à la mise en scène avec Le Jouet en 1976 sur les conseils de Claude Berri, clôt en beauté sa trilogie reposant sur l’alchimie de l’immense duo Pierre Richard (François Pignon est de retour) – Gérard Depardieu, après La Chèvre (1981) et Les Compères (1983). Moins burlesque que les deux précédents films du réalisateur, Les Fugitifs se révèle beaucoup plus sensible et offre à Pierre Richard, pour sa quatrième et dernière collaboration avec le cinéaste, un de ses plus beaux rôles au cinéma, celui d’un père veuf, prêt à tout pour conserver la garde de sa fille. Le grand blond n’a jamais paru aussi fragile et cassé que dans ce film, un magnifique clown triste qui émeut autant qu’il arrache les larmes de rire. On appelle ça le génie.

Ton pantalon ! Allez vite ton pantalon connard où j’fais un trou d’dans !

Jean Lucas, ancien repris de justice pour de nombreux braquages de banques, est libéré après cinq ans de prison. Lucas est bien décidé à « se ranger » et à mener une vie honnête, ce qui ne manque pas de laisser dubitatif le commissaire Duroc. À sa sortie de prison, il vend les bijoux qui lui ont été restitués lors de sa levée d’écrou, puis se rend dans une banque pour y déposer le chèque qu’il a reçu du bijoutier. Alors qu’il fait la queue pour ouvrir un compte, un individu armé surgit pour effectuer un hold-up. Cet individu, François Pignon, peu expérimenté de l’exercice, mène très maladroitement son forfait et la banque est rapidement cernée par le commissaire Duroc et ses hommes. Contraint de sortir, Pignon prend Lucas comme otage. Le commissaire Duroc est convaincu que Lucas est en fait le braqueur. La situation surréaliste manque de tourner au drame et les deux hommes parviennent in extremis à s’échapper. Le comble est atteint pour Lucas qui reçoit une balle de revolver dans la cuisse, tirée par Pignon ! Acceptant d’être soigné par un vétérinaire ami de Pignon, Lucas découvre la petite fille de François, Jeanne. Cette dernière, très affectée par la mort de sa mère il y a plusieurs années, refuse de parler. Étant au chômage et sans revenus, Pignon était menacé par l’assistance publique de perdre la garde de Jeanne, chose inacceptable et insupportable pour lui. C’est devant cette situation sociale très difficile que Pignon s’est résigné à braquer la banque. Se sentant désormais menacé par la police et la perspective de la prison, Lucas accepte le marché de François qui, en échange de son aide pour quitter le territoire, promet de ne pas compromettre Lucas dans le braquage, son passé et sa réputation auprès du commissaire Duroc jouant en sa défaveur.

Vous me reconnaissez ?
Connard ?
C’est moi, oui ça va mieux ?

Francis Veber continue d’exploiter la relation de deux hommes que tout oppose et qui deviennent pourtant amis. Nous retrouvons les éléments qui font la griffe inimitable du cinéaste : des dialogues finement ciselés, une mécanique d’orfèvre, des seconds rôles soignés en particulier Jean Carmet, nommé pour le César du meilleur second rôle masculin, qui bouffe l’écran en vétérinaire complètement largué, auquel s’ajoutent un caméo non crédité de Michel Blanc et surtout des scènes tendres et sans aucune niaiserie avec l’étonnante petite Anaïs Bret, devant laquelle le monstre Depardieu se fait minuscule. A l’instar d’un remake de La Grande Vadrouille, Les Fugitifs emporte ses personnages et les spectateurs dans une course-poursuite d’1h30 sans aucun temps mort. Plus de trente ans après sa sortie, on est toujours aussi ému de voir ces deux grands comédiens face à cette poupée de 4 ans, surtout quand cette dernière demande au colosse en face d’elle « T’en va pas ! ».

Extraire une balle ? Il a avalé la baballe ? Il a avalé la baballe en jouant !

De son côté, Vladimir Cosma signe une de ses plus belles partitions, surtout durant le final où le trio s’éloigne vers l’Italie, probablement la plus belle séquence de tout le cinéma de Francis Veber. Parallèlement, c’est aussi la fin d’une ère. Après ce film, Pierre Richard ne retrouvera jamais les sommets du box-office, du moins en tant que tête d’affiche et ne tournera plus pour Francis Veber, tandis que ce dernier ne retrouvera Gérard Depardieu que quinze ans plus tard pour Le Placard. Même si le score est inférieur à celui de La Chèvre (7 millions d’entrées) et des Compères (4,8 millions), Les Fugitifs est tout de même un triomphe en 1986. Le film attire près de 4,5 millions de spectateurs en France, plus de 20 millions en Union Soviétique et connaîtra même un remake en 1989 intitulé Les Trois fugitifs, avec Nick Nolte et Martin Schort, réalisé par Francis Veber lui-même, alors parti à Hollywood. Le réalisateur sera également nommé aux César en 1987 pour le meilleur scénario original.

LE BLU-RAY

Un peu plus de quatre ans après sa première édition HD chez EuropaCorp et surtout après le rachat du catalogue des films de Pierre Richard, Les Fugitifs refait son apparition dans les bacs sous la houlette de Gaumont ! Nouvelle édition HD restaurée, visuel différent. Le menu principal est fixe et muet.

L’ancienne édition ne comportait aucun supplément. Faute réparée ici avec un documentaire rétrospectif (28’) donnant en fait la parole à Francis Veber, Pierre Richard et, grand surprise, Anaïs Bret qui interprétait la petite Jeanne dans le film ! Tandis que nous découvrons de superbes images et photos de tournage et des répétitions, le réalisateur explique la difficulté d’écriture du scénario des Fugitifs. De son côté Pierre Richard partage ses souvenirs liés à son complice Gérard Depardieu et à la méthode Veber. Anaïs Bret, très charmante et qui est devenue professeur, se remémore les prises de vues avec ses partenaires, comment toute l’équipe s’occupait d’elle entre les prises.

L’interactivité se clôt sur un comparatif avant/après la restauration, ainsi que la bande-annonce composée de prises alternatives.

L’Image et le son

L’ancien master HD permettait aux couleurs de retrouver un peu de peps, une clarté évidente, une stabilité ainsi qu’un nouveau relief. La propreté de la copie était indéniable, la texture argentique flatteuse et la définition fort appréciable. Quelques fourmillements s’invitaient tout de même à la partie, le piqué était souvent doux et manquait de mordant, surtout sur les séquences sombres et nocturnes, tout comme dans le cabinet du vétérinaire aux lumières vertes et jaunes peu reluisantes. La gestion du grain était également aléatoire et les visages des comédiens tiraient sur le rosé. Nous accueillons donc ce nouveau master HD restauré avec une très grande joie. Les teintes sont nettement plus naturelles que sur le Blu-ray EuropaCorp, la carnation est également plus douce et équilibrée. Ce nouveau Blu-ray permet surtout d’apprécier les éclairages plus stylisés que dans nos souvenirs, du chef opérateur Luciano Tovoli. Même chose concernant les contrastes, plus équilibrés, autant sur les séquences diurnes que nocturne. Le grain est harmonieux, les détails plus éloquents.

La piste française DTS-HD Master Audio Mono 2.0 des Fugitifs est plutôt percutante. Aucun souffle n’est à déplorer, ni aucune saturation dans les aigus. Les dialogues sont vifs, toujours bien détachés, la musique de Vladimir Cosma est délivrée avec une belle ampleur. L’ensemble est aéré, propre, fluide et dynamique. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Gaumont Pathé Archives / Collection Personnelle d’Anaïs Bret / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Bagdad Café, réalisé par Percy Adlon

BAGDAD CAFÉ (Out of Rosenheim) réalisé par Percy Adlon, disponible en Blu-ray – Edition “30ème anniversaire – Version restaurée” le 17 juillet 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Marianne Sägebrecht, CCH Pounder, Jack Palance, Christine Kaufmann, Monica Calhoun, Darron Flagg…

Scénario : Eleonore Adlon, Percy Adlon, Christopher Doherty

Photographie : Bernd Heinl

Musique : Bob Telson

Durée : 1h49

Année de sortie : 1987

LE FILM

Suite à une dispute avec son mari, Jasmin, une femme d’origine bavaroise, atterri dans un petit hôtel miteux situé entre Las Vegas et DisneyLand : le Bagdad Café. L’endroit, dirigée par Brenda, une jeune femme bruyante et revêche, est un repère de routiers et de personnages fantasques. C’est dans ces conditions que va naître une amitié hors du commun entre Jasmin et Brenda, deux personnalités pourtant diamétralement opposées…

C’est l’histoire d’un petit film débarqué de nulle part, distribué sans trop y croire, rapidement devenu un véritable phénomène mondial. Bagdad Café titre international d’Out of Ronseheim, aura entre autres attiré près de 2,5 millions de spectateurs en France à sa sortie en avril 1988, devenant le huitième plus grand succès de l’année, entre Crocodile Dundee II et Liaison fatale. Comme une réaction chimique, les ingrédients ont formé un précipité d’émotions, d’humour et de tendresse qui a conquis le monde entier. Aujourd’hui encore, Bagdad Café reste un véritable miracle cinématographique, une œuvre unique, intemporelle, universelle, quasiment inclassable, tandis que résonne encore et toujours la sublime chanson Calling You avec la voix aérienne de Jevetta Steele, qui a également largement contribué au triomphe ainsi qu’à la postérité du film de Percy Adlon.

Jasmine Münchgstettner, une touriste allemande de la ville de Munich, quitte son mari et échoue en plein désert avec, pour tout bagage, la valise de son époux contenant la garde-robe très bavaroise de celui-ci et un jeu de magie. Elle atterrit au Bagdad Café, un motel poussiéreux, situé non loin de Las Vegas et longeant la célèbre Route 66. Le Bagdad Café est géré par Brenda, une femme épuisée et excédée, qui élève ses enfants, dont un fan de Bach, une ado fantasque et un petit-fils, sans pouvoir compter sur son fainéant de mari qui l’a quittée. Le café est le refuge de gentils marginaux : un serveur amérindien lymphatique, un ancien peintre décorateur d’Hollywood, une tatoueuse misanthrope ainsi qu’un campeur lanceur de boomerang. Jasmine bouleverse la vie de cette petite communauté et ramène la clientèle de routiers qui désertaient ce trou sinistre, grâce à un grand coup de ménage tout germanique et à ses talents de prestidigitatrice. Chacun, y compris Jasmine, voit sa vie transformée, notamment Brenda, qui trouve une amie et sourit à nouveau.

Bagdad Café est comme qui dirait le chaînon manquant entre le cinéma de Rainer Werner Fassbinder et celui David Lynch. Percy Adlon dresse le portrait des laissés pour comptes et des oubliés du célèbre « Rêve Américain ». En adoptant le point de vue d’une étrangère, magnifiquement campée par la comédienne bavaroise et très fellinienne Marianne Sägebrecht (Zuckerbaby, La Guerre des Rose), le réalisateur signe un film hors du temps, comme suspendu, et nimbe ce repère de paumés d’une couleur dorée hypnotique, comme si le soleil venait constamment caresser les personnages qui squattent le motel pourtant cradingue de Brenda, interprétée par l’incroyable CCH Pounder. Comme une peinture de Salvador Dalí, inspiration du chef opérateur Bernd Heinl pour ce qui est de l’utilisation des filtres jaunes, mais aussi d’Edward Hopper en ce qui concerne les décors, on pense d’ailleurs à son œuvre Gas, Bagdad Café révèle les sentiments enfouis de ses personnages solitaires. Chacun se dévoile progressivement, la confiance s’installe, la peur de l’autre fait place à l’amitié la plus intense et la plus intime.

Jasmine et Brenda, mais aussi Rudy le baba-cool (sublime Jack Palance), Debbie la tatoueuse excentrique et les autres portent leurs « bagages » avec eux, une histoire personnelle qui les a conduit dans cet endroit reculé du monde, au milieu de nulle part. Il ne leur manquait qu’un soupçon de magie pour que l’étincelle de la vie renaisse chez chacun, qu’ils voient la beauté de ceux qui les entourent. Avec sa sensibilité européenne et à l’instar de son compatriote Wim Wenders, Percy Adlon parvient à rendre hommage au visage caché de l’Amérique, l’une de ses richesses, le melting-pot. Au-delà de l’apparente rudesse, se cache en fait une infinie douceur, une plénitude, la joie d’être ensemble, de profiter de l’instant présent, de donner et de partager du plaisir et de l’amour même avec ceux qui ne sont que de passage sur cette Route 66. Ou quand les âmes égarées finissent par se reconnaître entre elles.

Bagdad Café est un film d’illusionniste qui procure un immense bien-être et auquel on revient sans cesse. En un mot, un chef d’oeuvre, justement récompensé par le César du meilleur film étranger en 1989.

LE BLU-RAY

Bagdad Café avait déjà bénéficié d’une sortie en Haute-Définition dite « Version longue – Director’s Cut » en 2009. En 2018, l’édition 30ème anniversaire – Version restaurée arrive dans les bacs ! Le disque repose dans un boîtier slim Digipack, reprenant un visuel colorié de la célèbre affiche du film. Le menu principal est fixe et musical. Il s’agit bien entendu du même montage que celui proposé en 2009 et qui contient donc forcément des passages non doublés en français, qui passent directement en version originale sous-titrée.

Cette édition comprend un commentaire audio de Percy Adlon et Marianne Sägebrecht. Les deux collaborateurs et surtout amis s’expriment en allemand (sous-titré en français) et reviennent sur tous les aspects de Bagdad Café, évidemment le film qui aura marqué le plus leur carrière. Bourré d’anecdotes, ce commentaire audio se suit avec un très grand plaisir, même si les deux intervenants peuvent parfois tomber dans l’autosatisfaction. Mais on ne leur en veut pas.

S’ensuit un reportage fort sympathique (24’) où le réalisateur, accompagné de son épouse (et coscénariste) et de leurs petites-filles, reviennent sur les lieux de tournage, quelques semaines avant la présentation du film au Festival de Cannes en séance Cannes Classics. Quelques vestiges demeurent, tandis que Percy Adlon partage quelques souvenirs liés aux prises de vues.

Plus anecdotique, un montage d’une vingtaine de minutes compile quelques images et photos du film, tandis que la voix de Percy Adlon résume l’intégralité de l’intrigue de Bagdad Café.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Bagdad Café refait surface à travers un tout nouveau master 4K ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette nouvelle copie comblera les très nombreux amateurs du film de Percy Adlon. La luminosité est éloquente, ainsi que la nouvelle tenue des contrastes, le grain argentique est sublime, tandis que l’usage des filtres colorés n’a jamais été aussi étincelant. Les gros plans regorgent de détails à l’instar de l’éclat des yeux de Marianne Sägebrecht et l’on parvient même à discerner les quelques trucs des tours de magie à la fin du film. Ce Blu-ray 30ème anniversaire est élégant, sans cesse flatteur pour les mirettes, un travail de haute qualité.

Bagdad Café est disponible en version originale et française DTS-HD Master Audio Stéréo. Même si la première est évidemment à privilégier, les deux pistes instaurent un confort acoustique plaisant avec une délivrance affûtée des dialogues, des effets annexes convaincants et surtout une belle restitution de la musique culte. Les deux options acoustiques sont propres et sans souffle. L’éditeur joint également une piste allemande. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © PELEMELE 1987 / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr