Test 4K Ultra HD / Creed : L’Héritage de Rocky Balboa, réalisé Ryan Coogler

CREED : L’HÉRITAGE DE ROCKY BALBOA (Creed) réalisé par Ryan Coogler disponible en DVD, Blu-ray et 4K Ultra-HD le 18 mai 2016 chez Warner Bros.

Acteurs : Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson, Phylicia Rashad, Andre Ward, Tony Bellew…

Scénario : Ryan Coogler, Aaron Covington

Photographie : Maryse Alberti

Musique : Ludwig Göransson

Durée : 2h12

Date de sortie initiale : 2015

LE FILM

Adonis Johnson, fils du célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed décédé avant sa naissance, a la boxe dans le sang. Voulant à son tour devenir un champion, Adonis se rend à Philadelphie et convainc l’ancien rival de son père, Rocky Balboa, de l’entraîner – alors qu’il a lui aussi un combat à mener en dehors du ring, Adonis a enfin sa chance, il ne lui reste plus qu’à développer son instinct de combattant dans le nouveau chapitre de la saga Rocky, dirigé par le réalisateur acclamé par la critique Ryan Coogler.

C’est un pari fou que le cinéaste Ryan Coogler (tout fraîchement sorti de Fruitvale Station) s’est lancé : faire une suite de Rocky Balboa en se concentrant sur le fils illégitime d’Apollo Creed. Afin de faire son film, il est allé chercher bien évidemment la bénédiction du patron, Sylvester Stallone lui-même. Sly avait pourtant déclaré que Rocky Balboa était son dernier film dans la peau du boxeur. Il est tombé amoureux du scénario, a décidé de le produire lui-même et de reprendre le rôle de notre boxeur préféré.

Ayant eu un beau succès en France (1,6 millions d’entrées), Creed : L’Héritage De Rocky Balboa, peut se vanter d’avoir conservé tous les éléments primordiaux de la saga Rocky, en ajoutant lui-même ses propres ingrédients, à commencer par une inscription du film dans une certaine ”Blaxploitation” (comme il l’a fait tout récemment sur Black Panther). En effet, le film cite implicitement le film original et reprend quasiment les mêmes recettes : l’outsider entraîné par un vétéran de la boxe (dans l’original, c’était Rocky entraîné par Mickey), son combat contre le champion du monde, la séduction de la fille d’à-côté, la séquence d’entraînement, etc.

Cependant, le film est loin d’être une pâle copie de Rocky, bien au contraire. Creed : L’Héritage De Rocky Balboa est dynamisé par une mise en scène extrêmement inventive : il n’y a qu’à voir le combat en plan-séquence dirigé par Maryse Alberti pour le constater. La direction d’image se mêlant à la créativité de Coogler ainsi qu’au montage sonore donne une technique parfaite au film qui s’impose directement comme un leader dans le ”film de boxe”.

Le fait que Stallone ne soit pas scénariste du film permet à Ryan Coogler d’adopter toute une saga en 2h15. Et si Sly a tout de même été consultant, il n’a en aucun cas écrit les dialogues de Rocky, et parfois, cela se ressent. Reste que Rocky est le meilleur personnage du film et que Coogler est assez malin pour utiliser le personnage du mieux qu’il le peut.

Le casting est extra : Michael B. Jordan est parfait en Adonis Creed, fils illégitime d’Apollo (ce qui constituera la grosse intrigue en premier lieu, à savoir de porter ou pas le nom de son père), Sylvester Stallone reste impérial dans le rôle de Rocky et Tessa Thompson est sublime dans le rôle de Bianca, une Adrian des temps modernes, qui ne sert pas de personnage féminin bouche-trou, mais qui est réellement là pour aider Adonis dans ses démarches. Par ailleurs, elle possède son intrigue personnelle, ce qui est finalement rare et donc important de nos jours à Hollywood.

Plusieurs hommages à la saga sont faits, notamment les enfants des personnages que nous avons connus ont récupéré certains lieux bien connus, comme le fils de Duke, par exemple. Ce que l’on peut juste regretter, c’est de ne pas entendre parler de la petite Marie qui était l’un des personnages principaux de Rocky Balboa, d’avoir tué Paulie, et de ne pas avoir plus de nouvelles de Robert, le fils de Rocky. L’autre légère déception vient du fait de trop peu entendre les thèmes musicaux de Rocky. Heureusement, Ludwig Göransson compose de nouveaux thèmes en totale adéquation avec le film et qui restent en tête après la vision du long-métrage.

Personne n’y croyait, et pourtant, Ryan Coogler l’a fait. On redoutait ce Creed : L’Héritage De Rocky Balboa après la sublime sortie de ring de Rocky Balboa. Finalement, on l’apprécie énormément et on le range à côté des meilleurs opus de la saga (Rocky et Rocky Balboa). Si le film est un immense coup de cœur, c’est aussi parce qu’il est magnifié par un passage de flambeau magistralement écrit, réalisé et interprété, à l’image du dernier plan où l’on voit les deux héros sur les marches de Philadelphie, magnifique.

LE 4K UHD

Creed : L’Héritage De Rocky Balboa est disponible chez Warner Bros. Le menu principal est fixe et musical. Le boîtier est un boîtier standard classique propre aux Blu-ray Ultra HD 4K et renferme le Blu-ray 4K ainsi que le Blu-ray. Les bonus sont tous sous-titrés en Français.

Aucun bonus sur le Blu-ray 4K. Les bonus se trouvent sur le Blu-ray.


Accepter Son Passé Pour Avancer (HD, 15 minutes) sert de mini-making of et donne la parole entre autres à Sylvester Stallone, Ryan Coogler, Michael B. Jordan qui discutent de la naissance et de l’élaboration du film, mais aussi de leur attachement pour Rocky et de la transition avec Adonis.

Devenir Adonis (HD, 6 minutes) montre l’implication de Michael B. Jordan pour le rôle et de sa transformation physique, ainsi que de son approche pour devenir un boxeur professionnel.

Scènes Coupées (HD, 20 minutes). Onze scènes coupées viennent conclure l’interactivité. Ces séquences sont pour la plupart géniales et leur retrait vient sûrement de la gestion du rythme. Pour quelques-unes d’entre elles, elles jouent avec la nostalgie. En tous les cas, il faut les voir après avoir vu le film, tant elles s’avèrent être un réel bonus.

L’Image et le son

Creed : L’Héritage de Rocky Balboa est sorti en 4K UHD en même temps qu’en Blu-ray et en DVD. Si les couleurs sont beaucoup plus éblouissantes grâce au HDR, la définition n’est pas supérieure au Blu-ray. En même temps, le film provient d’un intermédiaire numérique 2K (et donc upscalé en 4K pour ce disque), il n’y a donc pas de gros apport sur cette présentation en 4K UHD. Le HDR fait également honneur aux contrastes et aux détails, plus denses que sur le Blu-ray. Les différences sont trop subtiles pour le reste.

Attention aux puristes du son, la VF n’est qu’en Dolby Digital 5.1 et cela fait un peu mal en comparaison avec la piste Anglaise en DTS-HD Master Audio 7.1. Le doublage est d’assez bonne qualité. Attention, il y a aussi une piste Française doublée au Québec. Il suffit d’écouter les scènes où Tessa Thompson chante ou bien de voir les séquences de combat pour se rendre compte à quel point la piste anglaise est puissante et fait jouer toutes les enceintes, jusqu’au bruit de la foule. Dommage de ne pas bénéficier d’une piste en Dolby Atmos. Mais nous chipotons.

Crédits images : © Warner Bros., MGM, New Line Cinema /  Captures Blu-ray : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Last Flag Flying – La dernière tournée, réalisé par Richard Linklater

LAST FLAG FLYING – LA DERNIÈRE TOURNÉE (Last Flag Flying) réalisé par Richard Linklater, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 8 février 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Bryan Cranston, Laurence Fishburne, Steve Carell, J. Quinton Johnson, Deanna Reed-Foster, Yul Vazquez, Graham Wolfe, Jeff Monahan…

Scénario : Richard Linklater, Darryl Ponicsan

Photographie : Shane F. Kelly

Musique : Graham Reynolds

Durée : 2h05

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

30 ans après avoir servi ensemble durant la guerre du Vietnam, Larry Shepherd, un ancien de la Navy, retrouve ses vieux camarades, Sal Nealon et le révérend Richard Mueller, pour les funérailles de son fils également Marine, tué au combat en Irak. Refusant qu’il soit enterré au cimetière militaire d’Arlington, Larry demande à ses amis de l’aider à emmener le corps pour un voyage le long de la côte Est jusqu’au New Hampshire.

Richard Linklater est un des réalisateurs indépendants américains les plus prolifiques et éclectiques du cinéma contemporain. On lui doit notamment un des plus beaux triptyques de ces quinze dernières années Before Sunrise Before SunsetBefore Midnight (1995-2004-2013) et dernièrement Boyhood, oeuvre exceptionnelle tournée par intermittence sur une période de douze ans, de 2002 à 2013, avec la même distribution et la même équipe technique. Après Everybody Wants Some !! que l’on pouvait voir comme une suite spirituelle à Génération rebelle (Dazed and Confused, 1993), le cinéaste revient avec un film centré sur des personnages plus âgés et matures. Avec sa mélancolie habituelle, Richard Linklater dresse le portrait de trois hommes arrivés à l’automne de leur existence. Last Flag Flying – La Dernière Tournée est un road-movie tragicomique sur le deuil, l’amour et l’amitié au coeur de l’Amérique, merveilleusement interprété par trois comédiens, parfaits de complicité. S’il n’est pas aussi émouvant que ses films précédents, ce projet intimiste mûri par le cinéaste pendant près de quinze ans, n’en est pas moins très attachant et marque les esprits.

En 2003, Larry « Doc » Sheperd, un ancien médecin de la Navy, retrouve Sal Nealon, un gérant de bar et le révérend Richard Mueller. Tous les trois ont combattu ensemble au Vietnam mais ils ne s’étaient pas revus depuis trente ans. Larry est venu leur demander de l’accompagner aux funérailles de son fils, mort au combat en Irak et dont le corps vient d’être rapatrié aux Etats-Unis. Sur la route, l’émotion se mêle aux fous-rires car les trois hommes voient leurs souvenirs remonter et ils retrouvent leur camaraderie.

Comme souvent chez Richard Linklater, Last Flag Flying – La Dernière Tournée, adapté du roman éponyme de Darryl Ponicsan (The Last Detail, transposé au cinéma en 1973 par Hal Ashby, sous le titre La Dernière Corvée), agit en deux temps. C’est tout d’abord l’excellence de ses acteurs qui subjugue. Bryan Cranston, Steve Carell et Laurence Fishburne crèvent l’écran et se complètent avec une alchimie non feinte. Derrière des dialogues très abondants et des séquences que le réalisateur n’hésite pas à étirer (parfois trop sans doute) en voiture et en train, le film et les personnages se dévoilent progressivement. Habituellement, Richard Linklater s’interroge sur la signification de grandir et sur la façon de devenir adulte. Ici, changement de génération, puisque ses trois protagonistes quinquagénaires, vétérans du Vietnam, ont vu leur jeunesse s’évaporer. S’ils se sont perdus de vue durant trente ans, leur passé commun les relie à nouveau et les rattrape dans un contexte de guerre, puisque l’action se déroule en 2003, lors de la capture de Saddam Hussein.

Richard Linklater nous renvoie à notre propre vie, au temps qui passe, sujet alors récurrent chez le cinéaste. A travers la mort du fils d’un des personnages, tué durant la guerre en Irak, le réalisateur montre que quels que soient l’âge et les expériences, tout le monde est logé à la même enseigne car tous sont dans la même galère, avec les mêmes peurs. La mise en scène apparaît cependant trop sage, Richard Linklater préférant se concentrer sur ses trois têtes d’affiche, sur leurs traits marqués, sur les non-dits ou au contraire sur leur bagou qui dissimule en réalité moult blessures. Ce que l’on retient surtout de Last Flag Flying – La Dernière Tournée, c’est surtout la puissance de tous les comédiens, brillants, drôles, complices, spontanés, bouleversants, merveilleusement dirigés.

L’oeuvre de Richard Linklater peut paraître simple, mais comme toujours chez le cinéaste, la sensibilité, la délicatesse et la nostalgie y sont universelles, même quand la notion de patriotisme est abordée, et la réussite est encore une fois au rendez-vous. C’est cette pudeur et cette retenue qui font la force du cinéma de Richard Linklater, jusqu’à ce que les larmes coulent enfin durant l’ultime scène du film, avant de laisser le trio s’évanouir dans un fondu au noir.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Last Flag Flying – La Dernière Tournée, disponible chez Metroplitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical, sobre.

On sait Richard Linklater très généreux, donc la petite poignée de scènes coupées (5’30) ne donne sûrement qu’un bref aperçu des séquences abandonnées au montage. Celles présentées ici sont très belles, notamment quand Sal et Richard s’entraident pour enfiler leur uniforme avant de se rendre aux funérailles.

Un montage de « prises en plus » fait office de petit bêtisier (9’) où les trois comédiens principaux apparaissent très complices.

Le making of (16’) fait son office en compilant les propos des acteurs, du réalisateur et d’autres intervenants mystérieux (leurs noms ne sont pas indiqués), avec des images du plateau. Les thèmes, l’évolution des personnages, le roman original et les conditions de tournage sont abordés.

Le module intitulé Le Jour des vétérans (6’) donne la parole à quelques membres de l’équipe du film, aux comédiens, au réalisateur et à bien d’autres, qui donnent leur impression sur le tournage de la scène où Larry vient se recueillir sur le cercueil de son fils rapatrié d’Irak.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes annonces et des liens internet.

L’Image et le son

Le master HD dépasse toutes les attentes et restitue merveilleusement les partis-pris esthétiques stylisés du chef opérateur Shane F. Kell, complice de Richard Linklater (A Scanner Darkly, Boyhood). Le piqué demeure constamment vif et acéré. La colorimétrie se révèle joliment glacée, les contrastes denses, la compression solide comme un roc. Toutefois, le rendu n’est pas optimal et certaines séquences posent quelques problèmes avec une gestion aléatoire des noirs, ainsi qu’une perte des détails. Rien de bien rédhibitoire ceci dit.

Last Flag Flying – La Dernière Tournée n’est pas un film à effets et les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 ne font pas d’esbroufe inutile. L’essentiel de l’action est canalisé sur les enceintes avant, même si chacune des séquences en extérieur s’accompagne inévitablement de petites ambiances naturelles sur les latérales. Il en est de même pour la musique du film, systématiquement mise en valeur par l’ensemble des enceintes. Les voix demeurent claires, limpides, solidement délivrées par la centrale, bien que la version française (horrible, il faut bien le dire) demeure nettement moins ardente que son homologue.


Crédits images : © Metropolitan Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Internat, réalisé par Boaz Yakin

L’INTERNAT (Boarding School) réalisé par Boaz Yakin, disponible en DVD et Blu-ray le 18 février 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Luke Prael, Samantha Mathis, Will Patton, Nadia Alexander, Tammy Blanchard, Sterling Jerins, David Aaron Baker, Barbara Kingsley, Robert John Burke…

Scénario : Boaz Yakin

Photographie : Mike Simpson

Musique : Lesley Barber

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Il était une fois un garçon de 12 ans, Jacob, hanté par le souvenir d’une grand-mère qu’il n’a pas connue. Sa mère et son beau-père l’envoient se faire soigner dans une école spécialisée. L’établissement se révèle être un lieu maléfique et le terrifiant directeur leur  promet une purification prochaine.

Né en 1966, Boaz Yakin possède un C.V. atypique. Né à New York de parents israéliens, il fait des études de cinéma à Los Angeles et travaille ensuite pour le compte des studios Warner Bros et United Artists. A la fin des années 1980, il signe le scénario de Punisher de Mark Goldblatt avec Dolph Lundgren dans le rôle-titre, puis celui de La Relève (quelle bombe ce film) de Clint Eastwood. Parallèlement, il passe lui-même derrière la caméra avec son premier long métrage, Fresh (1994), récompensé à Sundance, suivi en 1998 de Sonia Horowitz, l’insoumise avec Renée Zellweger. Il accepte des œuvres de commande et écrit Une nuit en enfer 2 : Le Prix du sang (1999), Dirty Dancing 2 (2004), Prince of Persia : Les Sables du temps (2010) et Insaisissables (2013), tout en continuant de réaliser ses propres films et de produire ceux de son ami Eli Roth (les deux Hostel). Le Plus Beau des combats (2000) avec Denzel Washington est son plus gros succès au box-office. Après Safe (2012) avec Jason Statham et Max (2015), Boaz Yakin revient avec un long métrage beaucoup plus personnel et intimiste, annoncé comme un film d’épouvante. L’Internat Boarding School contient certes son lot de séquences effrayantes, mais reste avant tout un film psychologique, mystérieux, quelque peu opaque, merveilleusement photographié et interprété par des jeunes comédiens très impressionnants.

Jacob, 12 ans , souffre de cauchemars et de troubles du comportement. Suite au décès de sa grand-mère qu’il n’a jamais connue, il devient fasciné par sa présence et son passé tragique. Après l’avoir aperçu en train de danser dans une robe de la défunte, sa mère et son beau-père l’envoient donc dans un mystérieux internat perdu au milieu de la forêt, dirigé par le docteur Sherman. Le jeune homme y rencontre ses camarades marqués par des symptômes ou des pathologies diverses : l’autiste Elwood, le brûlé vif Phil, la sociopathe Christine, les jumeaux Lenny et Calvin ou encore Frederic, souffrant de maladie de Gilles de La Tourette. Leur éducation est basée sur l’étude de la Bible mais, rapidement, Jacob découvre que l’internat cache de lourds secrets lorsque Frederic est découvert mort dans son lit. Alors qu’il tente une évasion, il est aussitôt ramené dans le bâtiment où le docteur Sherman, secondé par sa femme, est chargé de faire disparaître des enfants pour le compte de leurs propres parents…

L’Internat n’est pas un film d’horreur au sens gore, mais joue avec les nerfs des spectateurs en distillant son venin, progressivement, lentement, jusqu’au malaise. La première partie étonne par ses partis pris avec des couleurs baroques signées Mike Simpson inspirées du cinéma de Mario Bava (cité d’ailleurs dans le film avec un extrait des Trois Visages de la peur), des contrastes tranchés, des noirs très sombres. Boaz Yakin ne perd pas son temps en expliquant les faits et gestes de son personnage principal, Jacob, formidablement interprété par Luke Prael, magnétique, puissant, sensible. Le spectateur adopte son point de vue, tout en acceptant que le jeune homme enfile les habits de sa grand-mère décédée. Boaz Yakin fait confiance au ressenti des spectateurs. Le spectre de la Shoah est bel et bien présent, planant sur la vie de Jacob, jeune des années 1990, comme un héritage à porter, un devoir de mémoire qu’il devra assimiler pour devenir un être entier, avant de le transmettre à son tour. Puisqu’il n’a pas connu sa grand-mère, ses vêtements, imprégnés des horreurs de la guerre dans chaque fibre, prendront “possession” de Jacob, un passé à dévoiler comme un relais à communiquer.

La violence dans l’internat est finalement rare, mais insoutenable quand elle explose. C’est le cas du suintant et génial Will Patton, terrifiant docteur Sherman, dont la véritable mission se dévoile dans la dernière partie du film. Entre-temps, Boaz Yakin et son directeur de la photographie transforme cet internat en camp mortel, sans issue pour ses pauvres pensionnaires abandonnés par leurs parents. On s’attache très rapidement à ces victimes rejetées en raison de leur maladie, de leurs défauts physiques, de leur comportement. Ces « freaks » sont bel et bien les plus humains de cet internat et les monstres ceux que nous ne soupçonnions pas.

L’internat est une véritable expérience cinématographique, un mélange des genres, en aucun cas un film d’horreur traditionnel, mais narré comme un conte macabre, une vraie fable pour adultes comme pouvaient l’être Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, Quelques minutes après minuit de J.A. Bayona et La Neuvième Vie de Louis Drax d’Alexandre Aja.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Internat, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est légèrement animé et musical.

Pas un seul supplément vidéo concernant L’Internat ! Juste une bonne dizaine de bandes-annonces de titres édités chez Metropolitan. En revanche, très bon point pour la présence d’un livret de 28 pages, richement illustré et comprenant une brillante analyse du film par Nicolas Rioult, ainsi qu’un entretien avec Boaz Yakin et un bref retour sur la carrière de ce dernier.

L’Image et le son

L’Internat doit se voir ou se revoir en Haute définition. Le piqué est affûté comme la lame d’un scalpel, les couleurs impressionnantes, les contrastes léchés, les noirs denses. Les détails sont légion à l’avant comme à l’arrière-plan, de jour comme de nuit, le relief ne cesse d’étonner et le rendu des textures est subjuguant. Le nec plus ultra pour apprécier toute la richesse de la photographie du chef opérateur Mike Simpson. Un superbe disque de démonstration.

Les versions française et anglaise sont proposées en DTS-HD Master Audio 5.1. Dans les deux cas, les dialogues y sont remarquablement exsudés par la centrale, les frontales sont saisissantes sur quelques séquences, les effets et ambiances intelligemment délivrés, les enceintes arrière instaurent constamment un environnement musical, tout comme le caisson de basses qui se mêle habilement à l’ensemble dans le dernier acte.


Crédits images : © Momentum Pictures / Metropolitan Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Chatouilles, réalisé par Andréa Bescond & Eric Métayer

LES CHATOUILLES réalisé par André Bescond et Eric Métayer, disponible en DVD le 14 mars 2019 chez Orange Studio

Acteurs : Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Grégory Montel, Carole Franck, Gringe, Ariane Ascaride…

Scénario : Andréa Bescond, Eric Métayer

Photographie : Pierre Aïm

Musique : Clément Ducol

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de “jouer aux chatouilles” ? Une fois devenue adulte, Odette libère sa parole, et se plonge corps et âme dans sa carrière de danseuse, dans le tourbillon de la vie…

Il est temps de parler, de s’ouvrir, d’exploser pour le personnage principal des Chatouilles. Odette, la trentaine, ne peut plus contenir ce qu’elle a gardé dans sa tête et dans son corps depuis plus de vingt ans. Cette histoire, c’est celle d’Andréa Bescond, danseuse, comédienne, metteuse en scène, scénariste et réalisatrice. Après l’avoir interprété au théâtre dans la pièce autobiographique Les Chatouilles (ou la danse de la colère) mise en scène par Eric Métayer et jouée au Petit Montparnasse, ce qui lui a valu le Molière seule en scène en 2016, Andréa Bescond transpose son « personnage » au cinéma. Résultat, près de 400.000 entrées dans les salles en novembre 2018, le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Karin Viard et celui de la meilleure adaptation pour Andréa Bescond et Eric Métayer. Les Chatouilles est une œuvre solaire et optimiste sur un sujet pourtant très grave et délicat, celui de la pédophilie et du trauma des victimes. Egalement Prix Nouveau Talent Théâtre SACD et Prix Jeune Talent Théâtre de l’Académie française, ce premier long métrage empli de sensibilité, étonne par ses partis pris poétiques et ambitieux, qui reflètent le traumatisme d’une jeune femme violée par un ami de la famille de ses parents, mais aussi et surtout son désir de s’en sortir et d’embrasser la vie.

Victime de violences sexuelles durant son enfance, Andréa Bescond a tout mis dans Les Chatouilles. Elle se livre corps et âme, danse pour (sur)vivre, pour trouver l’énergie nécessaire et la force pour enfin parler à ses parents sur ce qui se passait dans sa chambre à l’insu de tous. La réalisatrice endosse elle-même le rôle d’Odette adulte. Au-delà de sa performance faite d’énergie et de fureur, la ressemblance de la comédienne avec Karin Viard ajoute une authenticité inattendue. Cette dernière trouve l’un de ses meilleurs rôles depuis quinze ans et le troisième César de sa carrière n’est pas usurpé. La dernière séquence fait d’ailleurs froid dans le dos et s’imprime dans les mémoires. De son côté, Clovis Cornillac signe une prestation bouleversante dans le rôle du père d’Odette. L’excellent Pierre Deladonchamps endosse le personnage de l’ogre du film, monstrueux avec sa voix douce qui terrifie Odette. C’est aussi l’occasion d’évoquer l’actrice Carole Franck, dont le nom n’évoque peut-être pas grand-chose, mais dont la présence est pourtant toujours très appréciée. Vue chez Abdellatif Kechiche, Cédric Klapisch, Mia Hansen-Løve, Michael Haneke, François Ozon, Jacques Maillot et Albert Dupontel, Carole Franck interprète ici la psychologue qui aidera Odette à trouver les mots, le moment et à canaliser sa force.

Certaines idées oniriques de mise en scène peuvent paraître déplacées ou inappropriées, à l’instar de l’envol de la danseuse sur fond de Lac des Cygnes. Pourtant ces fantasmes qui s’immiscent dans la vie d’Odette, avec les souvenirs qui prennent forme, qui mutent, qui sont triturés par la conscience qui préfèrent enjoliver quelque peu un récit sordide, témoignent de la volonté d’Odette de trouver un moyen de se libérer de ses chaînes, tout comme celle de la réalisatrice de proposer aux spectateurs une expérience de cinéma. Sensible, à fleur de peau, fragile comme du cristal, Les Chatouilles foudroie par son désir de communiquer sur un sujet qui dérange, sans aucun pathos. Lumineux, solaire même, ce film indispensable montre ce besoin irrépressible pour les victimes de parler, sous peine de se noyer et de perdre pied, de trouver le bon interlocuteur, de faire la ou les bonnes rencontres, pour s’extirper de l’obscurité et des enfers où ils ont été plongés.

Les Chatouilles est un témoignage viscéral, qui espérons-le, saura donner confiance à celui ou à celle qui aurait subi pareilles ignominies, mais aussi encourager les autres à être attentif face à ce fléau omniprésent (plus de 150.000 enfants violés chaque année en France), tout comme à prêter une oreille attentive à la personne qui voudrait bien se confier à eux.

LE DVD

Le test du DVD des Chatouilles, disponible chez Orange Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Malheureusement, nous ne disposons que d’un minuscule module de 5 minutes, réalisé à l’occasion de la présentation des Chatouilles au Festival de Cannes. D’un côté, Karin Viard et Clovis Cornillac s’expriment sur le film, et de l’autre Andréa Bescond et Eric Métayer évoquent les thèmes et l’accueil des Chatouilles, les larmes aux yeux. Quelques images de la montée des marches viennent illustrer l’ensemble.

L’Image et le son

Si le rendu n’est pas optimal en raison d’une définition moins ciselée sur les scènes en intérieur, le master SD des Chatouilles ne manque pas d’attraits… La clarté est bienvenue, la colorimétrie chatoyante, et le piqué affûté sur toutes les séquences en extérieur. Remarqué par ses photographies des films de Mathieu Kassovitz (La Haine, Assassin(s)) ou bien encore Polisse, le chef opérateur Pierre Aïm voit ses partis pris esthétiques savamment respectés via un DVD de haute volée. Le cadre fourmille de détails, les contrastes affichent une constante solidité et l’encodage emballe solidement l’ensemble.

Les Chatouillesrepose essentiellement sur les dialogues. La piste Dolby Digital 5.1 distille les voix des comédiens avec efficacité, tandis que les latérales s’occupent de la musique du film. Une spatialisation concrète, immersive et efficace, à l’instar des séquences de musique urbaine et des percussions tribales qui réveillent le caisson de basses . Une version Stéréo, ainsi qu’une piste Audiodescription et des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : ©
Stéphanie Branchu – Les Films du Kiosque / Orange Studio / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Ombre d’Emily, réalisé par Paul Feig

L’OMBRE D’EMILY (A Simple Favor) réalisé par Paul Feig, disponible en DVD et Blu-ray le 8 février 2018 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Anna Kendrick, Blake Lively, Henry Golding, Andrew Rannells, Jean Smart, Bashir Salahuddin, Joshua Satine, Ian Ho, Kelly McCormack, Aparna Nancherla, Rupert Friend…

Scénario : Jessica Sharzer

Photographie : John Schwartzman

Musique : Theodore Shapiro

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Stephanie cherche à découvrir la vérité sur la soudaine disparition de sa meilleure amie Emily.

Oublions son remake-reboot-suite de SOS FantômesGhostbusters, même si son film ne méritait pas toutes ces insultes et cette volée de bois vert, Paul Feig est de retour aux affaires avec L’Ombre d’EmilyA Simple Favor. Si l’on retrouve son humour pince-sans-rire, le réalisateur aborde son film avec une ironie et un cynisme revigorants, à travers une histoire à la fois douce et surtout très amère, qui lui permet de s’amuser avec les codes du film noir hollywoodien des années 1940-50, en jouant avec le mélange des genres, tout en dirigeant deux formidables comédiennes, Blake Lively et Anna Kendrick. Une très belle réussite à inscrire au palmarès du metteur en scène de l’une des plus grandes comédies de ces quinze dernières années, Mes Meilleures amiesBridesmaids.

Warfield, Connecticut. Stephanie Smothers est la mère au foyer de banlieue parfaite : coquette, polie et aimante, elle participe aussi à toutes les activités de l’école de son fils qu’elle élève seule depuis la mort de son mari et anime un vlog d’astuces pour maman. Néanmoins, les autres parents se moquent d’elle, ce qui l’empêche de se faire des amis. Mais tout commence à changer quand elle fait la rencontre d’Emily Nelson, la mère d’un ami de son fils. Les deux femmes sont très différentes : Emily est mariée, travaille en ville, jure, boit et dispose d’une grande confiance en elle et d’une classe folle. Pourtant, un après-midi, elles commencent à échanger autour d’un martini. Ce petit rendez-vous devient alors une habitude, au point qu’elles deviennent amies. Un jour, Stephanie reçoit un appel d’Emily qui lui demande de récupérer son fils après les cours. Mais la soirée passe, puis un jour, puis un autre et aucun signe d’Emily. Désespérée, elle contacte le mari d’Emily qui est en déplacement pour lui faire part de la disparition de sa femme. Une enquête de police est ouverte, mais Stephanie ne peut s’empêcher de penser à son amie. Elle va alors commencer à découvrir les nombreux et sombres secrets d’Emily.

Nouveau virage dans la carrière de Paul Feig donc avec L’Ombre d’Emily. Après Les Flingueuses et Spy, qui mixait l’humour et les scènes d’action, sans oublier le fantastique avec SOS Fantômes donc, le réalisateur adapte le roman Disparue de Darcey Bell, sur un scénario de Jessica Sharzer, récurrente sur la série American Horror Story. S’il n’a pas sa férocité, Paul Feig rappelle Billy Wilder en égratignant le vernis de l’American Way of Life, avec un sourire carnassier. Autrement dit, si les petites bourgades américaines sont belles, colorées, fleuries, avec leurs habitants qui participent à la vie de la communauté, qui font des gâteaux pour les kermesses, qui s’entraident pour aller chercher les enfants à la sortie de l’école, tout n’est qu’apparence, décor et faux-semblants. N’importe qui peut dissimuler un passé trouble, un crime, un vol, le péché est partout. A l’instar de la géniale série Big Little Lies, L’Ombre d’Emily joue sur l’ambivalence des personnages, leur psyché perturbée et dissimulée, tout est convoitise, désir, envie. Chaque protagoniste est replié sur lui-même, tout en lorgnant chez le voisin chez qui l’herbe est toujours plus verte. A ce titre, les deux actrices principales trouvent ici l’un de leurs meilleurs rôles.

Anna Kendrick, girl next door du cinéma américain depuis la saga Twilight, révélée il y a dix ans dans In the Air de Jason Reitman et devenue depuis très bankable à Hollywood (la trilogie Pitch Perfect), a déjà démontré toute l’étendue de son talent dans le registre plus dramatique dans Sous surveillance de Robert Redford, End of Watch de David Ayer et l’excellent Mr. Wolff de Gavin O’Connor. Ambiguë et attachante, sexy et prude, inquiétante et empathique, la comédienne est quasiment de tous les plans et s’en acquitte à merveille. Souvent réduite à sa beauté diaphane, Blake Lively est pourtant devenue une actrice confirmée, qui n’a eu de cesse de faire des choix intéressants pour se débarrasser de ce carcan. De The Town de Ben Affleck, en passant par Savages de Oliver Stone, Adaline de Lee Toland Krieger et Café Society de Woody Allen, elle est impériale, magnétique et sensuelle dans L’Ombre d’Emily, vulgaire, castratrice, condescendante, manipulatrice, mauvaise mère, alcoolique, qui dissimule un passé perturbé. Au milieu des deux têtes d’affiche et donc des deux personnages principaux, Henry Golding parvient à tirer son épingle du jeu.

Paul Feig s’amuse des retournements de situation, des clichés inhérents au genre et des rebondissements dignes d’une série B, en se moquant de l’innocence et du puritanisme, sans jamais tomber dans la méchanceté gratuite. La mise en scène en solide, les décors soignés, la photographie léchée, les costumes très classes, tout ce qui se joue est cruel (dialogues très acides), tandis que résonne moult chansons françaises des années 60 (France Gall, Jacques Dutronc, Brigitte Bardot, Françoise Hardy), avec une petite touche d’Orelsan en guise de générique de fin et une faute de goût avec Les Passants de Zaz. Personne n’est parfait. Tiens, encore Billy Wilder. Tout cela pour dire que L’Ombre d’Emily est un film très réjouissant.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Ombre d’Emily, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très beau, animé et musical. Même chose pour les sous-menus, très élégants. Ça fait plaisir !

C’est l’une des grandes éditions du mois de février 2019 ! L’éditeur a concocté un Blu-ray remplit de suppléments, par ailleurs très bons. Cette section est présentée par Paul Feig, débordant d’énergie derrière son bureau.

Les sept premiers modules intitulés Martinis sur pierre tombale (20’), L’esthétique du film (12’30), Récit d’un réalisateur raffiné (10’30), Le triangle amoureux (6’), Le style selon Paul (5’), Dennis Nylon (5’) et A propos des enfants (4’30) donne un grand aperçu du tournage de L’Ombre d’Emily. Les comédiens, le réalisateur (toujours en costard trois-pièces), le directeur de la photographie, les responsables des costumes et des décors prennent la parole au fil des quarante jours de prises de vue. La psychologie et l’évolution des personnages sont intelligemment abordées, tout comme les thèmes du film. Attention aux nombreux spoilers puisque le dénouement y est ouvertement évoqué.

Le plus inattendu provient de l’épilogue rejeté lors des projections tests. Le réalisateur et sa scénariste avaient prévu de terminer le film sur un flash mob où Sean faisait une demande en mariage à Stéphanie dans la cour de l’école. Une séquence pour laquelle Henry Golding et d’autres comédiens s’étaient durement entraînés, qui a finalement été coupée au montage final. Heureusement, car même si la scène est amusante, elle aurait clairement donné au film un côté grotesque et inapproprié. Cela n’empêche pas Paul Feig de présenter cette scène (d’une durée de 5’), ainsi que son making of (5’) avec les répétitions des acteurs.

Nous trouvons ensuite 16 minutes de scènes coupées (anecdotiques), parmi lesquelles est intégré le flash mob vu précédemment. Cette fois encore, Paul Feig fait une petite intro sur cette section.

Trois commentaires audio (!) uniquement réservés aux anglophiles sont également au programme, sans sous-titres français. Le dénominateur commun est la présence de Paul Feig sur les trois pistes. Il est seul derrière le micro sur le premier, accompagné des acteurs Anna Kendrick, Blake Lively, Jean Smart et Bashir Salahuddin sur le second, et de la scénariste Jessica Sharzer, de la productrice Jessie Henderson, du chef opérateur John Schwartzman et de la costumière Renee Ehrlich Kalfus sur le dernier.

L’interactivité se clôt sur un montage de prises ratées (3’30) et des bandes-annonces.

L’Image et le son

Tout d’abord, c’est la clarté, le relief des séquences diurnes et en extérieur qui impressionnent et flattent la rétine, avec des couleurs bigarrées et chatoyantes. Le piqué est vigoureusement acéré (un peu plus lisse sur les scènes en intérieur), les noirs denses, les détails abondent aux quatre coins du cadre et les contrastes affichent une très belle densité. C’est très plaisant et l’ensemble tire habilement partie de l’apport HD. Un transfert très élégant qui met en avant la photo du chef opérateur John Schwartzman (Armageddon, Pearl Harbor, Jurassic World).

On ne s’attendait pas à ce service princier ! Dès la première séquence, l’ensemble des enceintes des pistes anglaise DTS-HD Master Audio 7.1 est mis à contribution, ainsi que sur la version française DTS-HD Master Audio 5.1 au doublage réussi. Les ambiances sont très présentes, l’excellente musique de Theodore Shapiro bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture, tout comme les tubes français des années 1960. Les dialogues ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport / LIONSGATE / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Aiguille, réalisé par Rachid Nougmanov

L’AIGUILLE (Igla – ИГЛА) réalisé par Rachid Nougmanov, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 décembre 2018 chez Badlands

Acteurs : Viktor Tsoi, Marina Smirnova, Pyotr Mamonov, Aleksandre Bashirov, Arkhimed Iskakov, Gennadi Lyui, Rakhimdzhan Abdykadyrov, Aleksandre Konks…

Scénario : Alexandre Baranov, Bakhyt Kilibaïev

Photographie : Murat Nugmanov

Musique : Kino

Durée : 1h17

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

De retour à Almaty, Moro retrouve ses anciens amis en pleine guerre des gangs et Dina, son ancienne petite amie, devenue morphinomane. Décidant de lui venir en aide, il devra affronter “le docteur”, responsable de son addiction.

Nous ne le savons pas en France, mais L’AiguilleIgla ou en cyrillique Игла réalisé par Rachid Nougmanov, a été un évènement à sa sortie en février 1989, en attirant 30 millions de spectateurs en URSS ! Pourquoi ce phénomène ? Tourné en pleine perestroïka, ce petit film a su immédiatement toucher le coeur des jeunes soviétiques, qui se sont retrouvés dans le personnage principal interprété par le rockeur Viktor Tsoi, de tous les plans, représentant d’une génération en pleine ébullition. L’Aiguille est également l’un des premiers films soviétiques qui aborde frontalement le thème de la dépendance à la drogue en URSS. A la limite de l’expérimental, imprégné d’un spleen contagieux et porté par le charisme magnétique de son acteur principal, Igla mérite d’être découvert dans nos contrées.

L’intrigue tourne autour du personnage de Moro, qui retourne à Almat Ata afin de récupérer l’argent qu’on lui doit. Devant faire face à un retard imprévu, il rend visite à son ancienne petite amie, Dina, et découvre qu’elle est devenue dépendante à la morphine. Il décide de l’aider à arrêter et combat la mafia locale, à la tête du trafic de drogue de la ville, responsable de son addiction. Mais Moro a un adversaire mortel, “le docteur”, le parrain de la mafia, qui exploite Dina en cachant de la morphine dans sa cheminée. Moro part avec Dina près de la mer d’Aral pour l’aider à se sevrer de sa dépendance.

Fondateur de la nouvelle vague kazakhe, Rachid Nougmanov, né en 1954, offre à Viktor Tsoi le rôle de sa vie et le fait entrer définitivement dans la légende. Né en 1962 à Léningrad et mort accidentellement en août 1990, le jeune chanteur était rapidement devenu une icône du rock soviétique dans les années 1980, genre qu’il a entre autres introduit dans le pays, un mouvement alors underground, limité aux caves de Leningrad, à l’époque où il était leader du groupe Kino. D’origine coréenne par son père, Viktor Tsoi s’est très vite inspiré de groupes comme The Stranglers ou The Cure, pour devenir un vrai porte-parole de sa génération à travers des textes engagés, entre ombre et lumière, une noirceur teintée d’espoir. Quand il disparaît tragiquement après s’être endormi au volant de sa voiture, L’Aiguille venait de le consacrer au cinéma en faisant de lui l’une des stars les plus influentes de la fin des années 1980.

(Re)découvrir ce film aujourd’hui en connaissant le destin tragique du musicien/comédien, lui donne un cachet supplémentaire, comme si Rachid Nougmanov livrait sans le savoir un film-testament. Déambulant dans les rues d’Almaty, les mains dans les poches, le menton rentré dans son blouson, le regard bas, Viktor Tsoi renvoie à James Dean immortalisé dans sa poignée de films et sur quelques clichés qui ont imprimé sa jeunesse éternelle. L’Aiguille est une version soviétique de La Fureur de vivre, qui fait également écho aux premiers longs métrages d’Alan Clarke, mais aussi et surtout à ceux de Jim Jarmusch, Permanent Vacation (1980) et Stranger Than Paradise (1984) avec son cadre restreint, ses décors naturels constitués de hangars, de souterrains humides, de cages d’escaliers en ruine, où les protagonistes se perdent, déambulent sans véritable but, en allant là où leurs pieds veuillent bien les mener. Parallèlement au thème de l’addiction, Rachid Nougmanov dresse le portrait d’une génération désenchantée, qui a décidé malgré tout de ne pas baisser les bras, avec cette volonté de rester opposé à l’ordre établi.

Sur une musique de Kino (qui signifie cinéma), alors le groupe de punk-rock le plus populaire de l’Histoire de la Russie, L’Aiguille semble dépendante des pérégrinations du personnage principal et donne au film un aspect improvisé, libre, détaché de toutes contraintes. Pourtant, Igla est une œuvre bien construite, aux décors impressionnants (l’acte se déroulant dans le désert en met plein la vue) et aux références culturelles précises (la bande dessinée, les films de Bruce Lee avec les bruitages presque cartoonesques qui soulignent les coups donnés, les westerns avec un petit clin d’oeil au chef d’oeuvre de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand), en utilisant notamment la musicalité des langues liées aux omniprésents programmes télévisés qui passent en boucle et qui parasitent même la bande-son. Donc oui, L’Aiguille est un vrai film culte.

LE BLU-RAY

L’Aiguille est proposé par Badlands, dans un superbe combo Blu-ray/DVD, sous la forme d’un Digipack 3 volets avec étui cartonné, disponible en édition limitée à 1000 exemplaires. Le menu principal est fixe et musical.

Avant de lancer le film, ne manquez pas l’excellente et passionnante présentation de L’Aiguille par Eugénie Zvonkine (13’). L’universitaire et spécialiste du cinéma russe parle de Rachid Nougmanov et évoque son parcours jusqu’à la réalisation de L’Aiguille, avant d’en venir plus précisément à Viktor Tsoi, musicien et chanteur encore interdit à l’époque. Sa carrière, son charisme, sa mort, sa légende sont également abordés. Le fond et la forme s’entrecroisent, et Eugénie Zvonkine donne beaucoup de détails sur ce film culte et populaire.

L’éditeur joint ensuite le court-métrage Yahha (36’), réalisé par Rachid Nougmanov en 1986. Une plongée en N&B dans l’univers du rock underground soviétique à la fin des années 80, aux côtés d’une jeunesse en quête de liberté et ses idoles locales, Viktor Tsoi et Mike Naumenko. Comme l’indique un carton en introduction, Yahha est « une expérience de ciné-transmission ».

Nous retrouvons Eugénie Zvonkine, cette fois derrière la caméra, pour la réunion des quatre membres fondateurs de la nouvelle vague kazakhe (44’). Rachid Nougmanov, Talgat Temenov, Ardak Amirkoulov et Serik Aprymov se retrouvent des années après s’être perdus de vue pour la plupart, afin de discuter de leurs premiers films, de leurs inspirations (la Nouvelle vague française) et de leur amour indéfini pour le cinéma. Les sensibilités s’entremêlent, les anecdotes s’enchaînent, les rires sont partagés, l’émotion est omniprésente. Le tout est illustré par de nombreux extraits de leurs œuvres.

Nettement plus anecdotique, pour ne pas dire dispensable, le bonus intitulé L’Aiguille Remix (85’), uniquement disponible sur le Blu-ray, est un nouveau montage réalisé par Rachid Nougmanov de son film original. Visiblement inspiré par Sin City de Robert Rodriguez, le cinéaste agrémente L’Aiguille (par ailleurs recadré) de planches de bandes-dessinées, de scènes tournées sur fond vert et incrustées sur des séquences tirées de Yahha. Des inserts ont été ajoutés ici et là, qui ne sont franchement pas du meilleur goût. Comme George Lucas avec sa trilogie originale quoi.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Impeccable ! Présenté dans son format 1.33 respecté (compatible 4/3) et dans un Blu-ray au format 1080p, L’Aiguille renaît de ses cendres. La copie est d’une grande propreté, stable, claire et les couleurs fanées sont d’origine. Quelques séquences sont peut-être plus marquées que d’autres par les années passées, mais la qualité est indéniable et participe à l’engouement de cette belle découverte qu’est L’Aiguille.

Le film est proposé en langue russe DTS-HD Master Audio 2.0 avec les sous-titres français, anglais, espagnols, allemands et coréens en option. L’écoute est dynamique (les plages musicales), les effets précis et le travail de la bande-son est restitué en respectant les volontés artistiques originales.

Crédits images : © Kazakhfilms / Badlands / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Témoin à charge, réalisé par Billy Wilder

TÉMOIN À CHARGE (Witness for the Prosecution) réalisé par Billy Wilder, disponible en DVD et Blu-ray le 5 février 2019 chez Rimini Editions

Acteurs : Tyrone Power, Marlene Dietrich, Charles Laughton, Elsa Lanchester, John Williams, Torin Thatcher, Una O’Connor, Henry Daniel, lIan Wolfe…

Scénario : Billy Wilder, Harry Kurnitz, Lawrence B. Marcus d’après la nouvelle et la pièce de théâtre d’Agatha Christie

Photographie : Russell Harlan

Musique : Matty Malneck

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

A peine remis d’une crise cardiaque, Sir Wilfrid Robarts, brillant avocat londonien, accepte de défendre Leonard Vole, accusé d’avoir assassiné une riche veuve. Elément accablant : Vole est l’unique destinataire de l’héritage de la victime. Seule l’épouse de Vole, une mystérieuse allemande, pourrait le disculper. Elle va se révéler être un témoin à charge…

Quelle claque ! La filmographie de l’immense Billy Wilder regorge de titres exceptionnels, de films cultes, de chefs d’oeuvre, de grands moments et rares sont les opus moins inspirés, à part évidemment dans la dernière partie de sa carrière. Malgré son triomphe à sa sortie, Témoin à chargeWitness for the Prosecution n’en demeure pas moins méconnu et souvent dissimulé derrière des titres emblématiques comme Boulevard du crépuscule, Sept ans de réflexion et Certains l’aiment chaud tournés durant la même décennie. Si elle n’est pas l’oeuvre la plus représentative du réalisateur, Témoin à charge est pourtant un film de procès sensationnel, merveilleusement interprété par Charles Laughton, Marlene Dietrich et Tyrone Power, mis en scène avec virtuosité et une fluidité remarquable jusqu’au dénouement qui fait partie des plus grands twists de l’histoire du cinéma.

Sir Wilfrid Robarts, un brillant et expérimenté avocat spécialiste des causes perdues, sort d’un séjour prolongé à l’hôpital des suites d’un infarctus qui a failli le terrasser et doit, pour préserver sa santé, renoncer à s’occuper d’affaires criminelles trop stimulantes. C’est à ce moment que Leonard Vole, accusé du meurtre de madame French, vient demander son aide à ce ténor du barreau. Bien que l’affaire paraisse passionnante, Sir Wilfrid refuse de s’en occuper et conseille un autre avocat, Brogan-Moore, un de ses anciens élèves. Après le départ de Leonard Vole du bureau de Wilfrid, Christine Vole, la femme de Leonard, fait son apparition. Elle est son seul alibi pour le soir du meurtre. Son attitude très froide et désinvolte, ainsi que son rôle crucial dans l’affaire font changer Wilfrid d’avis, qui décide malgré les recommandations des médecins de s’occuper de cette affaire qui le fascine. Pensant qu’elle pourrait desservir son client, Wilfrid décide de ne pas faire témoigner Christine au procès, mais c’est l’accusation qui la fait témoigner. Elle explique alors qu’elle a menti aux policiers lors de son audition pour protéger son mari, et donne alors des éléments accablant ce dernier. À la suite de ces révélations, tout semble perdu pour Leonard.

A la base de Témoin à charge, il y a une nouvelle éponyme d’Agatha Christie publiée en 1925, adaptée en 1948 pour la BBC, avant de devenir une pièce de théâtre en 1953 que l’auteure transpose elle-même. Suite au succès gigantesque rencontré par Témoin à charge sur les planches (645 représentations rien qu’aux USA), les studios hollywoodiens s’arrachent les droits pour le cinéma. United Artists remporte la partie (contre une somme record) et confie la transposition à Billy Wilder. Ce dernier se fait plaisir derrière la caméra, mais aussi avec les « monstres » qu’il dirige. Charles Laughton (1899-1962) est fabuleux dans le rôle de sir Wilfrid Robarts. Le comédien britannique, qui avait d’ailleurs campé Hercule Poirot sur scène dans la pièce Alibi, démontre une fois de plus son talent immense pour composer des personnages inoubliables comme précédemment dans L’Île du docteur Moreau d’Erle C. Kenton, L’Extravagant Mr Ruggles de Leo McCarey, Quasimodo de William Dieterle et bien sûr Le Procès Paradine d’Alfred Hitchcock dans lequel il interprétait le juge Lord Thomas Horfield. Le premier tiers du film est centré uniquement sur lui, sur ses manies (l’utilisation du reflet dans le monocle en guise de lampe d’interrogatoire), son addiction pour les cigares (dissimulés dans sa canne) et l’alcool, ses répliques cyniques et ironiques, ainsi que sur sa relation avec l’infirmière (Elsa Lanchester, la véritable épouse de l’acteur) qui le surveille depuis son attaque cardiaque, au point de lui avoir fait installer un fauteuil-ascenseur pour l’économiser. Les dialogues, abondants, sont admirables, drôles et percutants, tandis que la mise en scène parvient à aérer ce quasi-huis clos à travers un sens étudié du cadre.

Si Tyrone Power est impeccable et ambigu dans le rôle de Leonard Vole, c’est Marlene Dietrich, impériale et qui intervient au bout de trente minutes qui retient l’attention après Charles Laughton. Dans un rôle finalement proche de celui qu’elle campait dans La Scandaleuse de Berlin (une scène de flashback reprend d’ailleurs une séquence de chant qui lui fait écho) presque dix ans auparavant, déjà sous la direction de Billy Wilder, Marlene Dietrich livre l’une de ses prestations les plus originales et énigmatiques. La moitié du film se déroule dans un tribunal, incroyablement reconstitué par le grand Alexandre Trauner, qui devient alors propice à d’éblouissants numéros d’acteurs. Billy Wilder filme ses personnages plongés dans un jeu sous tension, où se joue la vie d’un homme. Le stress et la réflexion se lisent sur le visage en sueur de Robarts, sur sa façon d’aligner ses cachets sur son pupitre, tandis qu’il écoute bien sagement l’accusation.

Que ce soit à la photographie (Russell Harlan), au montage (Daniel Mandell), à la musique (Many Malneck) et à la mise en scène proprement dite, Témoin à charge, nommé à six reprises aux Oscars et à cinq aux Golden Globes, est une nouvelle leçon de cinéma concoctée par Billy Wilder.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Témoin à charge, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui très élégant. Le menu principal est animé sur la scène d’ouverture du film en version française. N’oublions pas le livret de 32 pages concocté par Marc Toullec, qui propose un excellent retour sur la nouvelle et la pièce de théâtre d’Agatha Christie, puis l’adaptation de Billy Wilder, sa production, ses comédiens et la sortie du film.

Comme ils l’ont fait précédemment sur les autres titres de Billy Wilder sortis en DVD et Blu-ray chez Rimini Editions (La Grande combine, Embrasse moi, idiot, Irma la douce, La Garçonnière), Mathieu Macheret (Le Monde) et Frédéric Mercier (Transfuge) proposent une présentation et une analyse pertinente de Témoin à charge (40’). Face à face, les deux journalistes-critiques cinéma croisent le fond et la forme du film de Billy Wilder, en le replaçant tout d’abord dans la carrière du maître. Puis, les interventions des deux confrères se complètent parfaitement, l’un et l’autre rebondissant sur les arguments avancés, sans aucun temps mort. La genèse du film, l’écriture du scénario, les thèmes explorés, les partis pris, les intentions, le casting, la psychologie des personnages principaux, les décors d’Alexandre Trauner et bien d’autres sujets sont abordés avec une passion contagieuse !

On pensait que l’éditeur avait fait le tour des documentaires sur Billy Wilder, mais c’était sous-estimer Rimini ! Et quel plaisir de (re)découvrir le film Portrait d’un homme à 60% parfait (56’), réalisé par Michel Ciment et Annie Tresgot en 1980 ! Le journaliste rencontre le cinéaste, chez lui et dans son bureau à Los Angeles. Billy Wilder évoque sa jeunesse et sa carrière de journaliste à Vienne puis à Berlin (photos à l’appui), sa fuite à l’arrivée de Hitler, son travail de scénariste, la naissance de l’Hollywood classique, ses rencontres marquantes (Fitzgerald, Faulkner, Lubitsch, Trauner…), son amour pour la peinture. Les comédiens Jack Lemmon et Walter Matthau, ainsi que le scénariste I.A.L. Diamond interviennent également et racontent quelques anecdotes truculentes. Ce documentaire se clôt sur la désormais célèbre tirade de Billy Wilder s’adressant à Michel Ciment « Je déteste de n’être pas pris au sérieux, mais plus encore d’être pris trop au sérieux ».

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale, durant laquelle Charles Laughton s’adresse directement aux spectateurs pour leur signaler de ne pas dévoiler le dénouement du film après l’avoir vu. A l’instar des Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot et de Psychose d’Alfred Hitchcock, un panneau d’avertissement indique également que les spectateurs devront attendre la fin de la séance précédente avant d’être placé dans la salle.

L’Image et le son

S’il n’est pas mirifique, le master HD (1080p, AVC) de Témoin à charge ne démérite pas et offre aux spectateurs un joli confort de visionnage. Le N&B est plus que correct avec des contrastes équilibrés, une palette de gris assez riche et une texture argentique bien gérée. Quelques poussières et tâches diverses subsistent, ainsi qu’une poignée de plans plus abîmés et de sensibles décrochages sur les fondus enchaînés, mais la copie est propre, la stabilité est de mise et les gros plans sont peu avares en détails. Aux oubliettes le DVD édité par MGM en 2004 !

La version originale DTS-HD Dual Mono est très propre et se révèle nettement plus ardente et fluide que la piste française, au doublage obsolète, centrée essentiellement sur les voix, au détriment des effets annexes. Le changement de langue n’est pas verrouillé en cours de visionnage et les sous-titres français non imposés.

Crédits images : © MGM / Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Grand bain, réalisé par Gilles Lellouche

LE GRAND BAIN réalisé par Gilles Lellouche, disponible en DVD et Blu-ray le 27 février 2019 chez Studiocanal

Acteurs : Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foïs, Philippe Katerine, Félix Moati, Alban Ivanov, Jonathan Zaccaï, Mélanie Doutey, Erika Sainte, Claire Nadeau…

Scénario : Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Julien Lambroschini

Photographie : Laurent Tangy

Musique : Jon Brion

Durée : 2h02 (version cinéma) / 2h12 (version longue)

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie…

Quatorze ans après le génial Narco, qu’il avait co-réalisé avec Tristan Aurouet en 2004, Gilles Lellouche signe son premier long métrage en solo avec Le Grand bain. Depuis ce premier coup d’essai, le comédien/metteur en scène/scénariste a mûri et son cinéma s’en ressent. Vrai et grand coup de coeur de l’année 2018, Le Grand bain concilie l’humour et l’émotion de façon inattendue et dresse le portrait de quelques paumés, désenchantés, à qui la vie n’a pas fait de cadeaux, qui n’en espèrent d’ailleurs plus rien, jusqu’à ce qu’ils trouvent enfin un but et surtout une oreille attentive à laquelle se livrer, pour enfin retrouver le goût de vivre et l’estime de soi. Enfin, Le Grand bain c’est aussi et surtout un casting quatre étoiles, de magnifiques comédiens, merveilleusement dirigés, investis, en parfaite osmose, que Gilles Lellouche parvient comme qui dirait à rebooter en les présentant sans fard et avec une rare tendresse.

Huit hommes de diverses générations « cabossés » par la vie (dépression, échec professionnel ou familial…) vont reprendre goût à la vie en s’investissant dans leur équipe de natation synchronisée. En prévision des championnats du monde organisés en Norvège, ils sont pris en charge par deux coaches ex-championnes, Delphine, ancienne alcoolique, et Amanda, une sportive paraplégique.

Non, ce n’est pas un film de « potes » comme pouvait l’être Les Petits mouchoirs. Le Grand bain ne paraît jamais « forcé » et les acteurs retrouvent une authenticité qu’ils avaient pour la plupart pu perdre au fil des années. En s’inspirant du cinéma social britannique (The Full Monty entre autres), Gilles Lellouche leur offre un rôle en or, tout en restant lui-même derrière la caméra. A cette occasion, il retrouve Guillaume Canet (ici Laurent, directeur d’une aciérie), Benoît Poelvoorde (Marcus, directeur d’un magasin de piscines) et Mélanie Doutey. Si cette dernière fait plutôt une participation, le premier montre à quel point il peut être bon quand il est bien dirigé, tandis que le second est comme d’habitude immense, capable d’un humour dévastateur et d’une sensibilité à fleur de peau. Les autres membres de l’équipe ne déméritent évidemment pas avec rien de moins que Mathieu Amalric alias Bertrand (chômeur puis vendeur de meubles), Jean-Hugues Anglade (Simon, musicien raté), Philippe Katerine (Thierry, manutentionnaire de la piscine), Alban Ivanov (Basile, trentenaire sans ambition), Balasingham Thamilchelvan (le mystérieux Avanish qui ne parle pas un mot de français) et Félix Moati (John, infirmier, qui viendra renforcer la troupe). Ça c’est pour le groupe sportif. Ils sont coachés par Delphine (Virginie Efira, fragile comme du cristal) et Amanda (Leïla Bekhti, explosive en entraîneuse sadique), qui vont les encourager et les mener jusqu’à la compétition internationale.

Le réalisateur convoque et mélange tout ce beau monde, d’horizons et d’écoles divers, sans oublier les personnages satellites excellemment campés par Marina Foïs, Claire Nadeau, Jonathan Zaccaï et bien d’autres. Le Grand bain est à ce jour le projet le plus personnel de Gilles Lellouche, un film qu’il portait depuis plusieurs années, porté par une envie de parler d’individus renfermés sur eux-mêmes, qui se redécouvrent en intégrant et en étant accepté par un groupe au sein duquel la parole va progressivement se libérer. En toute honnêteté, on ne s’attendait pas à être cueilli de la sorte. Rien ne paraît exagéré ou poussif, tout y est chaleureux, sans pathos, sensible et mélancolique, très attachant. Loin des poncifs du cinéma bobo à la morale bien pensante, Le Grand bain mixe et rassemble les classes sociales, sans distinction, sans jugement, mais avec une certaine poésie. Outre la ribambelle de grands acteurs, Gilles Lellouche fait souvent preuve de virtuosité et soigne chacun de ses plans, sans tomber dans la gratuité et dans le seul but d’épater la galerie. La mise en scène, la photographie de Laurent Tangy et la géniale bande originale signée Jon Brion agrémentée de tube 80’s (Tears For Fears, Phil Collins, Imagination) emportent immédiatement l’adhésion.

Le Grand bain agit donc comme une véritable potion magique où tous les ingrédients se marient à merveille, pour le plus grand bonheur des spectateurs qui l’ont largement plébiscité puisque le film aura attiré près de 4,5 millions de spectateurs. Un succès populaire qui devrait être suivi par quelques César à la prochaine grande fête du cinéma, puisque Le Grand bain est nommé dans dix catégories : meilleurs film, réalisateur, acteur dans un second rôle (Jean-Hugues Anglade et Philippe Katerine), actrice dans un second rôle (Leïla Bekhti et Virginie Efira), scénario original, photographie, montage et son.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Grand bain, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Cette édition comprend deux disques. Le menu principal du premier Blu-ray est animé et musical, celui du second est fixe et musical. Les suppléments se trouvent sur le premier disques, tandis que le deuxième propose la version longue du Grand bain (2h12).

Si vous avez aimé voire adoré Le Grand bain, précipitez-vous sur le making of (35’) qui fait comme qui dirait office de film dans le film, dans le sens où les comédiens apprennent à se connaître véritablement durant leur entraînement qui aura duré sept mois, à raison d’une ou deux fois par semaine. Le tout chapeauté par Julie Fabre, ancienne entraîneuse de l’équipe de France de natation synchronisée olympique. Les acteurs se confient face caméra sur ce défi physique, qu’ils ont tous brillamment relevé. Gilles Lellouche revient quant à lui sur son « bébé », qu’il a porté durant quelques années avant de pouvoir enfin le concrétiser. A l’instar des personnages du Grand bain, tous les comédiens deviennent complices dans l’effort, dans leurs progressions et dans leurs motivations, et c’est aussi beau que dans le film. Mention spéciale au passage de la cryothérapie, où chacun passe à tour de rôle dans une pièce à -10 degrés, puis une autre à -60 degrés, pour finir à -110 degrés !

En plus d’une galerie de photos, l’éditeur joint une version longue du Grand bain, qui comprend notamment quelques scènes en plus avec Marcus, le personnage incarné par Benoît Poelvoorde, ainsi qu’une très belle scène entre Mathieu Amalric et Marina Foïs.

L’Image et le son

Les contrastes sont riches, la luminosité est omniprésente, les scènes nocturnes sont logées à la même enseigne et le relief est probant. Les visages sont détaillés à souhait, tout comme les décors, la colorimétrie est froide et hivernale, le piqué joliment aiguisé (surtout sur les scènes en extérieur), le relief est indéniable et la photo élégante du chef opérateur Laurent Tangy (Radiostars, La French, HHhH) trouve en Blu-ray un écrin idéal.

Un seul choix disponible, une piste DTS-HD Master Audio 5.1 créant d’entrée de jeu une large et puissante spatialisation musicale. La balance frontales-latérales est très dynamique, les voix solidement plantées sur la centrale. Toutes les enceintes sont mises à contribution, certains effets naturels tirent leur épingle du jeu. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont disponibles, tout comme une piste Audiodescription pour les spectateurs aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Coffret Rocky – L’Anthologie

ROCKY, ROCKY 2 : LA REVANCHE, ROCKY 3 : L’OEIL DU TIGRE, ROCKY 4, ROCKY 5, ROCKY BALBOA (ROCKY, ROCKY II, ROCKY III, ROCKY IV, ROCKY V, ROCKY BALBOA) réalisé par John G. Avildsen (épisodes 1 et 5) et Sylvester Stallone (épisodes 2, 3, 4 et Rocky Balboa), disponible en coffret DVD et coffret Blu-ray depuis le 12 février 2014 chez MGM / United Artists

Acteurs : Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Burgess Meredith, Carl Weathers, Joe Spinell, Mr T., Dolph Lundgren, Tommy Morrison, Antonio Tarver, Geraldine Hughes, Milo Ventimiglia, Tony Burton, A.J. Benza…

Scénario : Sylvester Stallone

Photographie : James Crabe, Bill Butler, Steven B. Poster, Clark Mathis

Musique : Bill Conti

Durée : 1h59 / 1h58 / 1h39 / 1h31 / 1h51 / 1h42

Date de sortie initiale : 1976 / 1979 / 1982 / 1985 / 1990 / 2006

LA SAGA

Dépassant ses limites, affrontant des adversaires de plus en plus redoutables, boxant comme personne n’avait boxé, Rocky est un héros fait de muscles et de volonté. Son histoire est le plus formidable des portraits de l’Amérique des quatre dernières décennies. Au-delà de la violence des combats, la saga Rocky est surtout le parcours poignant d’un homme assailli par les doutes et l’inquiétude, qui lutte pour la victoire et qui est sauvé par l’amour.

Il y a des personnages qui marquent une vie. Rocky Balboa fait partie de ceux-là. Il est présent partout, notamment dans l’inconscient collectif. Au fil des années, la franchise aura montré une certaine authenticité auprès des fans, mais également auprès d’un nouveau public. Que l’on soit né dans les années 70 ou 2010, Rocky retient dans tous les cas toute notre attention.

C’est avant tout une vraie complicité qui naît entre le spectateur et le personnage. Le spectateur identifie immédiatement Sylvester Stallone à Rocky, plus qu’à John Rambo, Barney Ross ou John Spartan par exemple. Rocky, c’est Stallone. Stallone, c’est Rocky. Et Stallone étant le scénariste des six films de la saga, lui seul décide de faire avancer Rocky dans les bonnes ou les mauvaises directions.

Véritable miroir de sa vie, la saga Rocky est à Stallone ce que les films sur Antoine Doinel sont à Truffaut. Et au-delà de la boxe, c’est bien l’amour qui résonne dans les six films. Rocky n’est rien sans sa femme Adrian, et Adrian n’est rien sans Rocky. Pour ainsi dire, la saga est construite sur la relation Rocky/Adrian. Lorsque Rocky n’est pas en forme, Adrian est toujours là pour le soutenir, l’aider à affronter ses adversaires, et lui prouver à chaque fois qu’elle l’aime plus que tout. Et Rocky est toujours à son écoute, partagé entre sa colère et ses doutes. L’une des plus belles histoires d’amour de l’histoire du cinéma.

Si le premier Rocky est un chef-d’œuvre, les suites ne le surpasseront jamais (excepté un Rocky Balboa très honnête et sans artifices) qui renoue avec l’esprit du premier film. Rocky II reste un excellent match retour, Rocky III commence sérieusement à verser dans le film commercial tout en restant très intéressant (de nombreux thèmes exploités sont passionnants et introduisent très bien les suites), Rocky IV est un classique du long-métrage/clip des 80s (à condition d’accrocher) mais reste néanmoins beaucoup trop « over the top » par rapport au reste de la saga et Rocky V est un film majoritairement raté (malgré de très bonnes choses) qui ne sait pas trop dans quelle direction aller. Néanmoins, pour ce dernier, une version Director’s Cut de très mauvaise qualité est visible sur le net et propose des ajouts plutôt glorifiants et permettent au film une bien meilleure lisibilité.

Que sont les Rocky sans leurs antagonistes ? Si Apollo Creed (Carl Weathers), Clubber Lang (Mr. T), Ivan Drago (Dolph Lundgren) et Mason Dixon (Antonio Tarver) sont de parfaits opposants, Tommy Gunn (Tommy Morrison) est une catastrophe à laquelle Stallone et Avildsen ne se soucient que trop peu.

Les seconds rôles ne sont pas mis de côté et, au contraire, aident Rocky du mieux qu’ils le peuvent. Outre Adrian, magistralement interprétée par Talia Shire (Connie dans la Trilogie Le Parrain), le personnage de Paulie (joué par l’excellent Burt Young) est toujours là soit pour soutenir Rocky, soit pour au contraire s’opposer à lui, notamment par jalousie. Mais peu importe, on s’attache à Paulie dès le départ et nous éprouvons de la réelle compassion pour lui. C’est surtout Mickey et Apollo, véritables mentors du protagoniste qui retiennent notre attention sur quasiment toute la saga. Mickey est un personnage hors du commun, dur et tendre à la fois, qui pousse toujours Rocky vers le haut et le raisonne dès qu’il y a un problème. Burgess Meredith est fantastique dans le rôle. Quant à Apollo Creed, il est l’un des personnages qui a la meilleure évolution sur l’ensemble de la saga. Carl Weathers y est aussi pour beaucoup.

Vient enfin le coup de grâce, Rocky Balboa, où après 16 ans d’abandon, Sly renoue avec son personnage fétiche pour un dernier round des plus mémorables. Les répliques de Rocky sonnent authentiques et nous donnent souvent les larmes aux yeux. Un grand film, à l’image du premier opus de la saga.

En ce qui concerne la mise en scène, John G. Avildsen tente de nouvelles choses sur le premier Rocky et ne lâche pas sa caméra des personnages, d’où l’importance de la Steadicam. Sylvester Stallone est un peu plus éclectique et sa mise en scène sur Rocky II, Rocky III et Rocky Balboa ne démérite pas… Par contre, sur Rocky IV, on est tout de même loin d’avoir un rendu satisfaisant. Et Stallone ne se contente que de filmer son scénario en lui donnant un aspect très « clipesque » .

Quant à la musique de Bill Conti, elle est bien évidemment sublime et présente constamment dans nos esprits. Il y a encore beaucoup à dire sur la saga, mais cela prendrait des jours entiers, alors nous avons préféré écrire tout le bien que l’on en pensait.

Il est impossible aujourd’hui de dissocier Sylvester Stallone de Rocky Balboa et vice-versa. Un personnage, qui à travers six films dans sa propre saga et deux dans son spin-off nous aura fait pleurer, rire, et nous aura ému comme jamais. Rocky fait partie de notre vie. C’est notre pote, notre oncle, notre frère, notre père. Et au-delà de ça, Rocky est une saga qui marquera le 7ème Art via son aspect multi-générationnel. Et vu le succès des Creed, ce n’est pas prêt de s’arrêter…

LE COFFRET BLU-RAY

Rocky – Anthologie (Édition 40ème anniversaire) est disponible chez MGM / United Artists. Seul le menu principal du premier film est animé et musical. Celui des disques 2 à 7 sont fixes et muets, à l’exception du disque de Rocky Balboa, qui n’a aucun menu. Le coffret renferme 7 volets où sont disposés les disques, six Blu-ray pour les films et un pour les bonus. La plupart des bonus sont d’ailleurs sur les disques 1 et 7 et sont tous sous-titrés en français.

Le Blu-ray de Rocky contient 3 commentaires audio. Le premier est réalisé par Sylvester Stallone, toujours parfait dans l’exercice, peu avare en anecdotes, le second par le légendaire entraîneur de boxe Lou Duva et du commentateur Bert Sugar (très professionnels), et enfin, le troisième par John G. Avildsen (réalisateur), Irwin Winkler et Robert Chartoff (producteurs), Talia Shire, Carl Weathers et Burt Young (acteurs) et Garrett Brown (inventeur de la Steadicam), beaucoup trop fouillis mais pas inintéressant.

Les vidéos en 8mm de Rocky (HD, 8 minutes) sont des images de tournage de 1975 gardées par le directeur de pré-production Lloyd Kaufman (oui, Mr. Troma), commentées par ce dernier et John G. Avildsen.

Les bonus suivants sont disponibles sur les disques 1 et 7 :

Trois rounds avec l’entraîneur de légende Lou Duva (SD, 4 minutes). Ce dernier parle de son métier et des boxeurs qu’il entraine.

Interview d’une légende – Bert Sugar : Auteur, commentateur et historien (SD, 7 minutes). Module sur la boxe au cinéma.

Les adversaires (SD, 16 minutes). Ce court module s’intéresse aux adversaires de Rocky et donne la parole entre autres à Carl Weathers, Dolph Lundgren et Tommy Morrison.

Sur le ring : documentaire en trois parties (SD, 1h15). Film documentaire s’intéressant aux personnages et à leurs interprètes. Gros morceau très intéressant.

L’évolution de la steadicam avec Garrett Brown (SD, 18 minutes). Interview très enrichissante sur la création de la Steadicam et de son évolution ainsi que sur les séquences du film tournées avec ce procédé.

L’art de maquiller avec Michael Westmore (SD, 15 minutes). Interview du maquilleur sur ses créations réalisées sur le film, notamment sur l’évolution du visage de Stallone lors du combat final.

Staccato : le journal d’un compositeur avec Bill Conti (SD, 12 minutes). Entretien avec le maestro sur les thèmes musicaux du film et leur postérité.

Le ring de la vérité (SD, 10 minutes). Interview du chef décorateur et de son implication dans le film.

Dans les coulisses du film avec John G. Avildsen (SD, 12 minutes). Description des vidéos conservées par le réalisateur.

Hommage à Burgess Meredith (SD, 8 minutes). La parole est donnée aux personnes qui ont eu l’opportunité de travailler avec le comédien sur le film.

Hommage à James Crabe (SD, 4 minutes). Le réalisateur revient sur le travail fantastique du directeur de la photographie sur Rocky.

Commentaires vidéos de Sylvester Stallone (SD, 28 minutes). Un peu redondant avec le commentaire audio, mais Stallone va à l’essentiel et se livre à cœur ouvert.

Sylvester Stallone invité du show TV « Dinah ! » (1976) (SD, 17 minutes). Sly est invité sur une émission télévisée pour parler du film. Intéressant pour la tenue du comédien.

Quand Stallone Rencontre Rocky (SD, 3 minutes). Amusante rencontre entre Sylvester Stallone et Rocky. Drôle, mais dispensable.

Bandes-annonces, teasers et spots TV de Rocky (bandes-annonces de la saga sur le disque 7).

Le disque 1 propose également une bande-annonce compilant quelques films MGM.

Le disque 7 contient en plus une série de questions en 5 niveaux sur la boxe et sur la saga, coupée par des extraits vidéo. Amusant pour tester ses connaissances sur la franchise.

Sur le disque 6 (Rocky Balboa), on retrouve de nouveau Sylvester Stallone à pour un commentaire audio passionnant où le comédien/réalisateur se livre sur le retour de Rocky. Très sincère.

Rocky Balboa : tenir la distance (SD, 27 minutes) est un documentaire rétrospectif sur la saga.

Compétence contre volonté : le making of Rocky Balboa (HD, 18 minutes). Module bien trop court alors qu’il propose des interventions très intéressantes, notamment de Sylvester Stallone, Burt Young et Milo Ventimiglia qui parlent du retour de Rocky, 16 ans après le dernier film.

Retour sur le ring : filmer le combat final de Rocky (HD, 16 minutes). Excellent module sur la préparation physique de Sylvester Stallone. Il y parle également de la manière de chorégraphier le combat final du film, ainsi que de sa manière de le mettre en scène.

Champion virtuel : créer le combat par ordinateur (HD, 5 minutes). Featurette qui s’intéresse au combat créé par ordinateur à partir de la capture de mouvements de Sylvester Stallone et Antonio Tarver jusqu’à la finalisation dans le film.

Bêtisier (HD, 5 minutes). Très bon, bien que court.

7 scènes coupées (HD, 20 minutes) sont en fait des séquences abandonnées au montage ou alternatives, dont certaines sont excellentes et dont on regrette l’éviction.

Fin alternative (HD, 4 minutes) montre Rocky vainqueur du combat. Intéressant mais la conclusion est bien meilleure dans le film.

L’Image et le son

Les cinq premiers opus sont encodés en AVC. Le dernier en MPEG-4. Si Rocky (restauré en 4K) et Rocky Balboa brillent par leurs couleurs sublimes et leurs noirs profonds, les autres films vont du décevant (Rocky II) au bon (Rocky IV et Rocky V dont l’image est bien colorée et bien définie, sans trop d’artéfacts) en passant par le moyen (Rocky III). Pour Rocky II, il y a trop de tâches et de poussières de pellicules visibles sur les deux heures. C’est parfois très dérangeant.

VO en DTS-HD Master Audio 5.1 et VF DTS 5.1 pour tous les films. Préférez la version originale, bien plus puissante et dynamique que la VF, parfois étouffée et moins spatialisée. Même si les doublages sont très réussis, la VO l’emporte largement sur la partie technique.

Crédits images : © MGM / United Artists /  Captures Blu-ray : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Nos batailles, réalisé par Guillaume Senez

NOS BATAILLES réalisé par Guillaume Senez, disponible en DVD et Blu-ray le 18 février 2019 chez Blaq Out

Acteurs : Romain Duris, Laure Calamy, Laetitia Dosch, Lucie Debay, Basile Grunberger, Lena Girard Voss, Dominique Valadié, Sarah Le Picard, Cédric Vieira…

Scénario : Guillaume Senez, Raphaëlle Desplechin

Photographie : Elin Kirschfink

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

N’y allons pas par quatre chemins, Nos batailles est l’un des plus beaux films de l’année 2018. Deux ans après son premier long métrage Keeper, présenté dans plus de 70 festivals du monde entier et multi-récompensé, le cinéaste franco-belge Guillaume Senez (né en 1978) foudroie une fois de plus le coeur des spectateurs avec son deuxième film, coécrit cette fois avec Raphaëlle Desplechin. Sélectionné à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes en 2018, Nos batailles confirme l’immense talent et la sensibilité de son metteur en scène, qui pour l’occasion offre à Romain Duris l’un si ce n’est le plus grand rôle de toute sa carrière. Un cinéaste est né.

Olivier est contremaître dans un entrepôt de vente en ligne. Tandis qu’il se démène au travail, sa femme Laura, vendeuse, s’occupe de leurs deux enfants Elliot et Rose. Un jour elle disparaît sans prévenir, et Olivier doit se débrouiller, seul ou avec l’aide de sa famille, pour mener de front ses vies familiale et professionnelle.

Romain Duris est apparu pour la première fois sur les écrans dans Le Péril jeune de Cédric Klapisch, il y a déjà 25 ans. Très vite, le cinéma français s’est emparé de ce jeune homme de 19 ans, repéré dans la rue. Outre ses nombreuses et fructueuses collaborations avec Cédric Klapisch (Chacun cherche son chat, Peut-être, L’Auberge espagnole, Les Poupées russes, Paris, Casse-tête chinois), Romain Duris a toujours su concilier le cinéma d’auteur et le cinéma commercial, en passant sans complexe de Jan Kounen à Tony Gatlif, de Jean-Paul Salomé à Jacques Audiard, de Christophe Honoré à Laurent Tirard, de Patrice Chéreau à Eric Lartigau. Pour son cinquantième film, le comédien trouve comme qui dirait le rôle de la maturité. A bientôt 45 ans, ses traits se sont creusés et son charisme sauvage s’est encore plus développé. Il est en tout point époustouflant dans Nos batailles, merveilleusement dirigé par Guillaume Senez.

Quasiment de tous les plans, magnétique, beau, bouleversant, l’acteur amateur que l’on a vu grandir et mûrir à l’écran est progressivement devenu un bon, un très bon, un excellent, puis un immense comédien. Comme pour Keeper, Guillaume Senez conserve une spontanéité naturaliste, centrée sur un travail d’improvisations avec les acteurs, qui détiennent uniquement une base écrite détaillée comprenant les enjeux. Le réalisateur privilégie les gestes esquissés ou avortés, les voix des protagonistes qui se chevauchent, les imprévus. La vie explose alors à l’écran, l’empathie est réelle, les situations (inspirées de l’expérience personnelle du réalisateur) crédibles, réalistes, spontanées, universelles, authentiques. Caméra à l’épaule, en plans-séquences, le spectateur est placé comme témoin et suit ce personnage qui apprend à vivre seul avec ses deux enfants (Basile Grumberger et Lena Girard Voss, d’un naturel confondant), à communiquer avec eux, en essayant de faire le mieux possible, tout en essayant de gérer l’équipe (et leurs problèmes) dont il est responsable à l’usine. Tout cela sans pathos, sans musique, sans misérabilisme où certains se seraient engouffrés et paumés. Les personnages existent et donnent cette impression de les connaître, cette envie de les consoler, de les encourager, de les aider. N’oublions pas les trois merveilleuses actrices qui donnent la réplique à Romain Duris. Lucie Debay (La Confession de Nicolas Boukhrief), poignante dans le rôle de la compagne et mère de deux enfants dont le départ restera « inexpliqué », Laëtitia Dosch (déjà présente dans Keeper, avant d’être révélée dans Jeune Femme de Léonor Serraille), saisissante dans celui de la sœur d’Olivier (la scène dit « Paradis Blanc » arrache les larmes), ainsi que l’indispensable et lumineuse Laure Calamy dans celui de Betty, collègue et confidente d’Olivier.

A quinze jours de la prochaine cérémonie des César, Nos batailles, production belge, pourrait bien remporter celui du meilleur film étranger, tandis que Romain Duris, également nommé, est l’un des grands prétendants à la compression du meilleur acteur. Si la concurrence n’a jamais été aussi sévère avec également la présence de Denis Ménochet (Jusqu’à la garde) et d’Alex Lutz (Guy), Romain Duris pourrait enfin obtenir la récompense qui lui avait injustement échappé pour De battre mon coeur s’est arrêté en 2006. En attendant, Nos batailles a reçu le Prix de la Critique au Festival du film de Hambourg, la Mention du Jury Cinevox au festival International du Film Francophone de Namur, le Prix du public au festival de Turin, et surtout 5 Magritte, l’équivalent des César en Belgique, dont celui du Meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure actrice dans un second rôle pour Lucie Debay. Des prix à foison, largement mérités pour ce chef d’oeuvre instantané.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Nos batailles, est disponible chez Blaq Out. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend le visuel de l’affiche du film. Même chose pour le menu principal, fixe et bruité, puisqu’en dehors de la chanson de Michel Berger, il n’y a pas de musique dans le film.

On commence par un entretien avec Guillaume Senez, enregistré au Festival de Cannes, à l’occasion de la présentation de Nos batailles dans le cadre de la Semaine de la Critique (6’30). Le réalisateur est très honoré d’avoir été sélectionné sur la Croisette, qui lui offre ainsi une belle vitrine pour dévoiler son film. La genèse de Nos batailles, inspiré par quelques évènements personnels, le travail avec les comédiens, ses intentions et les partis pris, les thèmes abordés et le rapport des spectateurs avec les personnages sont ensuite évoqués.

Si l’éditeur ne propose pas de commentaire audio sur tout le film, Guillaume Senez commente néanmoins près de 25 minutes de scènes sélectionnées. C’est ici l’occasion pour lui d’étayer les sujets rapidement abordés dans son interview précédente.

Nous trouvons également 9 minutes de scènes coupées au montage, sur lesquelles Guillaume Senez intervient également, en expliquant la raison de leur rejet, à cause notamment de redondances.

L’éditeur joint également le formidable court-métrage U.H.T., réalisé par Guillaume Senez en 2012 (18’). Sophie voit tous les jours son mari Augustin partir travailler pour sa petite exploitation laitière. Il y travaille corps et âme. Pourtant depuis quelques temps, la production de sa ferme ne suffit plus à assurer la pérennité financière de sa famille. Sophie ne se doute de rien, mais pour combien de temps encore…

L’Image et le son

Nos batailles bénéficie d’un beau traitement de faveur avec ce master HD élégant. Si les contrastes sont un peu légers, les noirs sont denses, le piqué agréable et la caméra portée peut compter sur une compression AVC solide. La palette chromatique est atténuée, froide, avec beaucoup de touches de bleus. La luminosité des séquences diurnes tire indiscutablement de la HD, les détails sont plus acérés sur les gros plans.

Le mixage DTS HD Master Audio 5.1 ne déçoit pas, tant au niveau de la délivrance des dialogues que des effets latéraux. S’il n’y a pas grand-chose à redire sur la balance frontale, ce mixage parvient vraiment à immiscer le spectateur dans l’ambiance du film. Les enceintes latérales délivrent sans mal les ambiances naturelles et l’ensemble demeure harmonieux. La piste Stéréo est également de très bonne qualité et contentera ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.


Crédits images : ©2018 Iota Production / LFP – Les Films Pelléas / RTBF / Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma / Blaq Out / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr