Test Blu-ray / Call Me by Your Name, réalisé par Luca Guadignino

CALL ME BY YOUR NAME réalisé par Luca Guadagnino, disponible en DVD et Blu-ray le 4 juillet 2018 chez Sony Pictures

Acteurs :  Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg, Amira Casar, Esther Garrel, Victoire du Bois, Elena Bucci, Peter Spears …

Scénario : James Ivory d’après le roman d’André Aciman

Photographie : Sayombhu Mukdeeprom

Musique : Sufjan Stevens

Durée : 2h12

Année de sortie : 2018

LE FILM

Été 1983. Elio Perlman, dix-sept ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

Quel chef d’oeuvre ! Oui nous préférons le dire d’emblée car nous ne savons jamais jusqu’où les critiques sont lues, donc plutôt que de chercher un peu plus loin quel est notre avis, sachez que Call Me by Your Name est d’ores et déjà l’un des plus grands films de 2018. Ecrit par James Ivory, un temps envisagé à la mise en scène (les noms de Gabriele Muccino, Ferzan Ozpetek et Sam Taylor-Johnson ont également circulé), d’après le roman d’André Aciman paru en 2007 et traduit en France sous le titre Plus tard ou jamais, Call Me by Your Name est finalement réalisé par le cinéaste italien Luca Guadagnino, après dix années passées à trouver les financements. Alors que les cinéphiles ont les yeux tournés vers son remake de Suspiria de Dario Argento, le réalisateur du superbe Amore (2009) et A Bigger Splash (2015), formidable remake de La Piscine de Jacques Deray, clôt ici une trilogie consacrée au désir. Tourné intégralement dans les fabuleux décors naturels de la Lombardie en Italie du nord, ce merveilleux drame convoque à la fois L’Education sentimentale de Gustave Flaubert (on peut également penser à Proust) et Maurice d’Edward Morgan Forster qui avait d’ailleurs été transposé au cinéma en 1987 par…James Ivory. La boucle est bouclée.

Drame romantique, sensuel, psychologique, délicat, Call Me by Your Name est un film riche, malgré son budget restreint de 3,5 millions de dollars, qui privilégie les non-dits, les regards, les gestes esquissés. C’est le soleil ardent qui tombe sur des arbres fruitiers, qui fait mûrir trop vite les pêches et les abricots, qui fait aussi dorer la peau de ses protagonistes. Luca Guadagnino convoque un magnifique casting international, de Michael Stuhlbarg à Amira Casar, en passant par Armie Hammer (quel plaisir de le voir en dehors de ses superproductions habituelles), Esther Garrel et surtout Timothée Chalamet, l’immense révélation de Call Me by Your Name. Quasiment de tous les plans, le jeune comédien foudroie par sa maturité, son charisme et sa sensibilité.

Les langues française, italienne et anglaise se confrontent comme les corps qui se cherchent et qui s’attirent. Peu importent la culture, l’éducation, l’âge, le premier amour est universel et marque à jamais. On suit donc cette histoire sentimentale entre Elio, italo-américain de 17 ans et le doctorant américain de son père, Oliver, durant l’été moite et radieux de 1983. Alors que le livre épousait uniquement le point de vue du personnage principal, le film de Luca Guadagnino observe Elio. Le cinéaste n’hésite pas à avoir recours aux silences, observe son protagoniste lui-même en train de regarder l’objet de son affection, pris au doute alors qu’il entame une petite liaison avec Marzia (Esther Garrel) et découvre avec elle l’acte sexuel. En fait, Call Me by Your Name peut se voir comme les réminiscences du personnage principal, ce qui est d’ailleurs le cas dans le roman original. L’action se déroulant en 1983, avec quelques notes musicales replaçant le spectateur à cette époque comme le Words de F.R. David, Luca Guadagnino parvient à faire ressentir le vent dans les arbres, les odeurs d’un petit-déjeuner pris sur la terrasse, la fraîcheur d’un limoncello, la sueur qui perle sur les corps.

Profondément mélancolique, cette idylle de jeunesse s’adresse à tous les spectateurs et parvient à restituer l’authenticité de la première passion amoureuse. Parallèlement, Luca Guadagnino rend également un hommage à ses « pères » de cinéma, Eric Rohmer, Jacques Rivette, Bernardo Bertolucci et Jean Renoir, en ayant d’ailleurs recours à un tournage en 35 mm et un seul objectif. Un défi technique relevé par le virtuose directeur de la photographie Sayombhu Mukdeeprom, collaborateur d’Apichatpong Weerasethakul. L’ultime séquence du film s’imprime déjà dans toutes les mémoires, ainsi que les chansons Mystery of Love et Visions of Gideon de Sufjan Stevens, qui résonnent et obsèdent encore longtemps bien après. Il en est de même pour le poignant discours final de M. Perlman à son fils Elio, probablement l’une des plus grandes prestations de Michael Stuhlbarg. Absolument bouleversant.

Porté par une critique quasi-unanime à sa sortie, Call Me by Your Name obtient également un très beau succès commercial (près de 350.000 entrées en France, 18 millions de dollars de recette aux Etats-Unis), trois nominations aux Golden Globes, quatre aux BAFTA et aux Oscars. Si Timothée Chalamet est lui-même nommé pour celle du meilleur acteur, c’est James Ivory qui remporte la statuette convoitée pour le meilleur scénario adapté.

LE BLU-RAY

Call Me by Your Name arrive dans les bacs en DVD et Blu-ray chez Sony Pictures. La galette bleue (zones A, B et C) repose dans un boîtier classique, glissé dans un surétui cartonné. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation et le menu principal est fixe et musical.

Concernant les suppléments, n’hésitez pas à revoir le film avec les commentaires audio (vostf) des comédiens Michael Stuhlbarg et Timothée Chalamet. Visiblement complices, les deux comédiens reviennent calmement sur tous les aspects du tournage, sur le scénario, sur le livre d’André Aciman, sur la mise en scène et la direction d’acteurs de Luca Guadagnino, sur les partis pris et les intentions, sur l’évolution des personnages, les conditions de tournage. On apprend par exemple que le premier montage durait 4h15 et que les prises de vue ont été réalisées presque intégralement dans l’ordre chronologique de l’histoire. Un très bon moment où l’on regrettera juste l’absence du cinéaste.

Le making of (11’) compile quelques propos de l’équipe avec des photos du tournage. C’est le bonus le plus anecdotique, puisque ce qui est dit rapidement ici lors des interviews promotionnelles est plus étayé dans le segment suivant.

On retrouve donc Luca Guadagnino, Armie Hammer, Timothée Chalamet et Michael Stuhlbarg, invités à répondre aux questions d’un journaliste après la projection de Call Me by Your Name (25’). Les questions sont pertinentes, ainsi que les réponses apportées par l’équipe. Chacun intervient et défend ce film qui leur tient visiblement tous à coeur. De plus, ce module parvient à compléter le commentaire audio, en évitant la redite.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et surtout le clip Mystery of Love par Sufjan Stevens.

L’Image et le son

Sony Pictures livre un superbe master HD de Call me By Your Name. Tourné intégralement en 35mm avec un seul objectif, le film de Luca Guadagnino voit ses partis pris entièrement respectés avec un grain argentique visible. La copie est lumineuse, le piqué affûté sur les séquences diurnes, les couleurs fraîches et estivales. Quelques scènes sombres restent marquées par un très léger fourmillement et des noirs plus spongieux, mais dans l’ensemble l’image est de fort belle facture. Quant aux quelques plans flous, ils sont évidemment volontaires et d’origine.

Oublions la piste française qui, malgré une balance frontales-latérales équilibrée, demeure totalement anecdotique. N’hésitez pas à sélectionner directement la piste « multilangues » originale DTS-HD Master Audio 5.1 qui offre un réel confort acoustique, précis (les grillons, le vent, l’eau qui coule) et enveloppant (voir la scène de la danse d’Oliver), délivrant les dialogues avec éclat et des effets concrets. N’oublions pas l’apport musical avec surtout les titres magnifiques de Sufjan Stevens.

Crédits images : © Sony PicturesCaptures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Le 15h17 pour Paris, réalisé par Clint Eastwood

LE 15H17 POUR PARIS (The 15:17 to Paris) réalisé par Clint Eastwood, disponible en DVD et Blu-ray le 13 juin 2018 chez Warner Bros.

Acteurs :  Spencer Stone, Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Jenna Fischer, Judy Greer, P.J. Byrne, Tony Hale, Thomas Lennon…

Scénario : Dorothy Blyskal d’après le livre d’Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Spencer Stone, Jeffrey E. Stern

Photographie : Tom Stern

Musique : Christian Jacob

Durée : 1h33

Année de sortie : 2018

LE FILM

Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers…

Bon…voilà…Clint Eastwood a réalisé son plus mauvais film à ce jour. Ça c’est dit. D’ailleurs, la plupart des critiques françaises, à quelques exceptions près, étaient quasi-unanimes sur ce point. Le 15h17 pour ParisThe 15:17 to Paris n’avait tout simplement pas la matière nécessaire pour évoquer sur 1h30 l’attentat déjoué à bord du Thalys, grâce à l’intervention d’Anthony Sadler (étudiant universitaire), Alek Skarlatos (membre de la Garde Nationale de l’Oregon) et Spencer Stone (infirmier de l’armée de l’air). Comme si Clint Eastwood lui-même ne savait pas quoi faire de son sujet, son film, sa 36e mise en scène, s’apparente à un épisode en version longue, pour ne pas dire interminable, de La Nuit des héros, émission culte d’Antenne 2 (pas encore France 2) au début des années 1990.

Etait-il nécessaire d’aborder l’enfance des trois protagonistes et amis, pour finalement reconstituer l’affrontement avec le terroriste djihadiste armé de sa kalachnikov et muni de neuf chargeurs pleins, qui représente en tout et pour tout dix minutes du long métrage ? Quel intérêt de les montrer en virée – et en flashbacks – à Amsterdam boire une binouse, à Venise sur un vaporetto, à Rome pour les voir hésiter entre tel et tel parfum de gelato ? Après American Sniper, consacré à Chris Kyle, son plus grand succès en tant que réalisateur sur le sol américain, et le génial Sully, Clint Eastwood clôt sa trilogie consacrée aux héros – patriotes – américains de façon consternante, en ayant recours aux trois véritables Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone, dans leurs propres rôles. Le problème, c’est que l’on ne s’improvise pas comédien et que les trois compères ne dégagent absolument rien à l’écran, si ce n’est un charisme de bulot avec l’air de se demander constamment comment ils sont arrivés là.

Peu aidé par un scénario scolaire et faisant la part belle à un discours prêchi-prêcha sur le « tout est déjà écrit », Clint Eastwood alterne les scènes de reconstitution (le film a été tourné en France) dans le Thalys, avec des séquences sans intérêt, de la fascination des gamins pour les armes à feu, jusqu’à leur désir de servir la patrie. Plus le métrage avance, moins les personnages ont des choses à faire. On les regarde faire des selfies dans quelques villes européennes, draguer, picoler, prendre du bon temps. En fait, Le 15h17 pour Paris s’apparente plus à un film sur le phénomène du selfie que sur un attentat déjoué. Le réalisateur illustre platement un script de court-métrage et l’étend jusqu’à l’ennui.

Après avoir sauvé la vie de 500 passagers et empêché un véritable carnage, l’étudiant Anthony Sadler et les deux militaires Alek Skarlatos et Spencer Stone sont évidemment acclamés en héros dans le monde entier, reçus et décorés par la Légion d’honneur par le Président de la République François Hollande. C’est notre Patrick Braoudé national qui avait été choisi pour interpréter l’ancien chef de l’état, pour la troisième fois de sa carrière, puisqu’il l’avait déjà excellemment incarné dans le téléfilm La Dernière Campagne de Bernard Stora (2013) et dans Ils sont partout de Yvan Attal (2016). Dommage pour lui, son apparition se résume à une demi-seconde de profil au détour d’un plan, le reste du temps de dos, puisque Clint Eastwood a préféré avoir recours aux images d’archives, ainsi qu’au discours original dans son intégralité.

Le 15h17 pour Paris est un drame biographique raté du début à la fin, une illustration de la page Wikipédia de l’événement, mis en scène par un réalisateur fatigué, probablement endormi derrière sa caméra, et interprété par des pantins sans charisme qui se croient dans une télé-réalité. A fuir.

LE DVD

Le 15h17 pour Paris est disponible en DVD et en Blu-ray chez Warner bros. Le DVD repose dans un boîtier “économique” (moins de plastique donc, de couleur noire. Le menu principal est fixe et musical.

Un seul supplément sur cette édition. Il s’agit d’un making of promotionnel (12’) constitué d’interviews de Clint Eastwood, des acteurs principaux et des producteurs. Ce segment, illustré par des photos et des images de tournage, se focalise surtout sur la reconstitution des événements et l’emploi des véritables protagonistes pour interpréter leurs propres rôles à l’écran.

L’Image et le son

Un DVD solide avec un piqué aussi pointu qu’il est possible d’avoir en édition standard, des contrastes denses et une palette chromatique riche et bigarrée, notamment lors du voyage touristique des trois amis, plus froide et tranchante pour les scènes dans le Thalys. Le cadre large est bien exploité, les détails éloquents.

Les pistes anglaise et française sont disponibles en Dolby Digital 5.1. Evidemment, le rendu acoustique ne vaut pas une bonne DTS-HD Master Audio, mais les deux mixages font ce qu’ils peuvent pour instaurer un confort certain. Le rendu est beaucoup plus saisissant et immersif en version originale. Evitez évidemment la piste française au doublage français totalement inapproprié.

Crédits images : © Copyright 2017 Warner Bros. Entertainment Inc., Village Roadshow Films North America Inc. and RatPac-Dune Entertainment LLC – – U.S., Canada, Bahamas & BermudaCaptures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Une histoire simple, réalisé par Claude Sautet

UNE HISTOIRE SIMPLE réalisé par Claude Sautet, disponible en combo DVD/Blu-ray le 13 juin 2018 chez Pathé

Acteurs :  Romy Schneider, Bruno Cremer, Claude Brasseur, Arlette Bonnard, Roger Pigaut, Francine Bergé, Sophie Daumier, Éva Darlan…

Scénario : Claude Sautet, Jean-Loup Dabadie

Photographie : Jean Boffety

Musique : Philippe Sarde

Durée : 1h48

Année de sortie : 1978

LE FILM

Serge et Marie forment un couple ordinaire. Déjà mère d’un adolescent, Marie décide d’avorter de l’enfant qu’elle attend de Serge et de quitter ce dernier. Elle finit par se rapprocher de George, son ex-mari alors que parallèlement à ces soucis, les amis de Marie ont également des ennuis similaires.

En 1969, La Piscine de Jacques Deray est un tournant dans la carrière de Romy Schneider. Au revoir Sissi, les bluettes en costume aux titres explicites du style Jeunes filles en uniforme, La Belle et l’empereur, Katia, Christine et consorts. Dans les années 60, la comédienne aborde une nouvelle étape en passant devant la caméra de Luchino Visconti, Alain Cavalier, Orson Welles et Otto Preminger. Romy Schneider devient une véritable actrice et démontre une envie de s’éloigner à tout prix du rôle qui a fait d’elle une star. L’année 1970 est aussi et surtout le début d’une longue et fructueuse collaboration, sans doute la plus importante de sa vie. Elle rencontre le cinéaste Claude Sautet (1924-2000), avec qui elle tournera cinq films en huit ans, Les Choses de la vie (1970), Max et les ferrailleurs (1971), César et Rosalie (1972), Mado (1976) et Une histoire simple (1978). Ce dernier est comme qui dirait la résultante des précédents. Comme Claude Sautet disait à propos de Romy Schneider « Elle est la somme de toutes les femmes », le personnage de Marie dans Une histoire simple est un mélange d’Hélène (celle des Choses de la vie et de Mado) , de Lily, de Rosalie, mais c’est aussi et avant tout un portrait en filigrane de Romy Schneider elle-même. Si Une histoire simple n’est sans doute pas un chef d’oeuvre ou un sommet de la filmographie de Claude Sautet, le film n’en demeure pas moins fascinant sur de nombreux points.

Marie élève seule son fils de 16 ans, Martin, depuis qu’elle s’est séparée de Georges, son mari. Elle entretient avec Serge, son amant, de bons rapports, assez distants pour n’être pas encombrants. Elle profite d’une de ses absences pour se faire avorter d’un enfant qu’elle attend de lui. A son retour, elle lui apprend à la fois l’interruption de grossesse et leur rupture. Serge se rebelle un peu, suffisamment pour préserver sa dignité, mais point trop. En fait, il s’intéresse depuis quelque temps à Anna, une collègue de Marie. Celle-ci revoit Georges. Elle lui demande d’aider Jérôme, le mari de son amie Gabrielle, à garder son travail. Georges promet.

Projet initié à la demande de Romy Schneider elle-même, Une histoire simple peut à la fois se voir comme un portrait sur les quadras de la fin des années 1970, comme un drame social (on y parle de licenciements et de crise économique), comme un documentaire sur Romy Schneider, ses engagements et ses positions, ses combats, ses relations, sa liberté d’être et de penser. La première scène donne le ton avec la caméra centrée sur le visage de la comédienne, qui s’entretient avec une femme médecin sur sa demande d’avortement (Romy Schneider avait ouvertement milité pour ce droit et la loi Veil était encore récente), sur sa détermination, sur son choix. Puis on la retrouve très vite sur la table d’opération, avant de la voir rentrer chez elle où elle accueille son fils adolescent. Une histoire simple adopte la forme d’une chronique, une succession de tranches de vie. Celle d’une femme ordinaire, libérée de toutes contraintes, qui a décidé de vivre pour elle, comme elle l’entend.

La caméra s’attache au personnage de Marie, s’accroche à elle, la suit dans son travail, avec ses amis, au café, avec son fils, à la campagne, dans le lit avec son ex-mari. Visage fermé, Marie reprend son existence en main et décide de conduire sa vie selon des principes d’indépendance. De son regard déterminé quand elle apprend à Serge – via une lettre qu’elle lui a écrite – qu’elle vient d’avorter et qu’elle décide de rompre avec lui, jusqu’à son sourire qui renaît et enfin l’apaisement final au soleil, Une histoire simple est un récit initiatique. Les prénoms de Marie et de Romy s’imbriquent quasiment. Claude Sautet, toujours aussi fasciné par sa comédienne, et Jean-Loup Dabadie lui écrivent une dernière ode, un film presque testamentaire.

Avec tout cela on en oublierait presque d’évoquer les « monstres » qui entourent Romy Schneider. Claude Brasseur et Bruno Cremer campent des hommes rattrapés par les années qui ont passé et qui se trouvent souvent désarmés devant le mode de vie de Marie. Les hommes sont ici souvent les plus fragiles (certains se battent, se saoulent, tentent de se suicider), emportés par le tourbillon de la vie sans avoir réellement d’emprise sur elle, désemparés quand les femmes les quittent. A leurs côtés, les amis gravitent, interprétés par d’autres pointures comme Sophie Daumier, Eva Darlan, Arlette Bonnard, des femmes d’aujourd’hui, des femmes fortes.

Il y a du Bergman et du Antonioni chez Sautet, ou quand L’Attente des femmes (1952) rencontre Femmes entre elles (1957). En 1979, Romy Schneider obtient son second César de la meilleure actrice pour Une histoire simple.

LE BLU-RAY

Les deux disques de ce combo Pathé reposent dans un Digipack à deux volets, glissé dans un surétui cartonné au visuel très élégant. Le menu principal est animé sur la musique de Philippe Sarde.

Le seul supplément disponible sur cette édition est un entretien croisé (26’) entre Serge Bromberg, producteur et réalisateur avec Ruxandra Medrea, du long métrage L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, et la comédienne Eva Darlan. Le premier replace Une histoire simple dans la carrière de Claude Sautet et de Romy Schneider, détaille le casting, l’origine et l’écriture du scénario, la collaboration Sautet-Dabadie. La seconde, qui faisait alors ses débuts au cinéma, partage de nombreuses anecdotes liées au tournage, mais aussi sur Romy Schneider et Claude Sautet.

L’Image et le son

Il serait difficile de faire mieux que ce Blu-ray (Encodage MPEG 4 / AVC – Format du film respecté 1.66, 1080p) qui respecte les volontés artistiques originales dont le grain original, parfois très prononcé, tout en tirant intelligemment profit de l’élévation HD. La clarté est fort appréciable, notamment sur toutes les séquences en extérieur (voir la scène du repas à la campagne), la propreté du master est irréprochable, ainsi que la stabilité, le relief, la gestion des couleurs, contrastes et le piqué qui demeure souvent agréable. Les séquences sombres et nocturnes sont également excellemment conduites avec des noirs denses. Une histoire simple a été numérisé en 4K, puis restauré en 2K par les Laboratoires Eclair en 2017.

Ce mixage DTS-HD Master Audio Mono est de fort bon acabit et instaure un confort acoustique probant et solide. Les dialogues sont délivrés avec ardeur et clarté, mais sont également et volontairement mis en retrait parfois, la propreté est de mise et les silences sont denses. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Pathé / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Chasseuse de géants, réalisé par Anders Walter

CHASSEUSE DE GÉANTS (I Kill Giants) réalisé par Anders Walter, disponible en DVD et Blu-ray le 6 juin 2018 chez Lonesome Bear

Acteurs :  Zoe Saldana, Imogen Poots, Jennifer Ehle, Noel Clarke, Madison Wolfe, Rory Jackson, Ciara O’Callaghan, Sydney Wade, Aideen Wylde…

Scénario : Joe Kelly

Photographie : Rasmus Heise

Musique : Laurent Perez Del Mar

Durée : 1h46

Année de sortie : 2017

LE FILM

Barbara est une adolescente solitaire différente des autres, et en conflit permanent avec son entourage. Ses journées au collège sont rythmées par les allers-retours entre le bureau du proviseur et la psychologue. Aux sources de l’inquiétude des adultes qui veillent sur elle, il y a son obsession pour les Géants, des créatures fantastiques venues d’un autre monde pour semer le chaos. Armée de son marteau légendaire, Barbara s’embarque dans un combat épique pour les empêcher d’envahir le monde…

En l’espace d’un an et demi, trois films traitant peu ou prou du même sujet, le deuil vu à travers le regard d’un enfant, sont sortis à quelques mois d’intervalle. Il y a eu tout d’abord A Monster Calls – Quelques minutes après minuit, réalisé par J.A. Bayona, qui a connu une exploitation dans les salles. Echec totalement injustifié, mais laissons le temps faire son office. Bien que datant de 2016, il aura fallu attendre plus d’un an pour découvrir également La Neuvième Vie de Louis DraxThe 9th Life of Louis Drax d’Alexandre Aja. Merveille visuelle, expérience sensorielle qui n’a absolument rien à envier à l’oeuvre de Bayona, ce drame à la frontière du fantastique interprété par Jamie Dorman et Sarah Gadon n’a été exploité qu’en DVD et Blu-ray en France. Pas de surprise donc pour Chasseuse de géants, qui arrive également dans les bacs, sans passer par la case cinéma.

Il s’agit de l’adaptation cinématographique du roman graphique (édité chez Image Comics) I Kill Giants de Ken Niimura et Joe Kelly, ce dernier s’occupant seul de la transposition. Chasseuse de géants est une production belgo-britannico-américano-chinoise, financée par Chris Colombus (un temps envisagé à la mise en scène) via sa société 1492 Pictures. C’est aussi le premier long métrage du réalisateur danois Anders Walter, lui-même ancien dessinateur de comics, remarqué en 2014 avec son magnifique court-métrage Helium, récompensé par un Oscar. Par ailleurs, Helium, ainsi que son précédent court métrage 9 meter (2012) étaient déjà très proches de Chasseuse de géants dans ses intentions. Ce film revenait donc « de droit » à Anders Walter, qui signe un drame à la photographie très soignée, formidablement interprété et à la mise en scène élégante. Ce qui est dommage, c’est que Chasseuse de géants arrive « après la bataille » et l’on ne peut s’empêcher de faire des comparaisons avec les œuvres de Bayona et d’Aja. Surtout qu’il partage beaucoup de points communs du point de vue visuel avec A Monster Calls – Quelques minutes après minuit, notamment en ce qui concerne la représentation du monde intérieur de l’enfant. Anders Walter utilise également l’animation en images de synthèse pour évoquer l’origine de ses monstres. Des ressemblances particulièrement troublantes, mais on ne peut en aucun cas parler de plagiat puisque tous ces films ont été produits et mis en scène quasi-simultanément.

S’il ne possède pas la poésie de A Monster Calls – Quelques minutes après minuit, ni la virtuosité de La Neuvième Vie de Louis Drax, on ne pourra pas reprocher à Chasseuse de géants son manque de rigueur (malgré une production particulièrement chaotique), sa belle réussite technique et surtout son irréprochable direction d’acteurs. La jeune Madison Wolfe campe un personnage attachant et s’acquitte admirablement de la double facette de Barbara. On comprend très vite que la jeune fille préfère se réfugier dans son imaginaire, plutôt que d’affronter un drame qui semble toucher toute sa famille, dont s’occupe Karen, incarnée par la lumineuse Imogen Poots. Le casting compte également dans ses rangs la sublime Zoe Saldana, parfaite en psychologue qui essaye de percer la carapace de Barbara.

L’affiche peut être trompeuse. Voir cette petite fille armée, qui fait face à une créature surdimensionnée, avec pour accroche « Par les producteurs de la saga Harry Potter » annonce un film de fantasy, ce qui n’est absolument pas le cas. Chasseuse de géants est un drame intimiste et psychologique, centré sur le déni d’une adolescente, qui préfère oublier le drame qui se joue dans sa famille en ayant recours au rêve. Ou comment se raccrocher au monde de l’enfance, en l’occurrence le jeu, en essayant de repousser le plus longtemps possible l’entrée dans le monde adulte, constitué entre autres de la maladie et de la mort. La peur d’affronter ses démons, au sens propre comme au figuré.

Chasseuse de géants n’est donc pas destiné au jeune public, du moins aux spectateurs dans l’attente d’un film de science-fiction. Mais le deuil est un événement personnel et chaque spectateur est invité à projeter son propre vécu et à réaliser sa propre interprétation de ce très beau premier long métrage finalement universel et prometteur.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Chasseuse de géants, disponible chez Lonesome Bear, a été réalisé à partir d’un check-disc. Comme nous le mentionnons dans la critique, le visuel de la jaquette est comme qui dirait une arnaque puisque l’ensemble est conçu pour faire croire aux spectateurs que le film d’Anders Walter est un blockbuster à la Jack et le chasseur de géants ! Veillez à bien vous renseigner sur le long métrage avant l’achat. Le menu principal est animé et musical.

Excellente initiative de la part de l’éditeur de nous faire profiter des deux superbes courts-métrages réalisés par Anders Walter, 9 meter (17’-2012) et Helium (23’-2013), dont les thèmes (la maladie, le deuil, l’imaginaire comme échappatoire) s’avèrent très proches de Chasseuse de géants, surtout le second, récompensé par l’Oscar du meilleur court métrage de fiction en 2014.

Le reste de l’interactivité est plus anecdotique avec d’un côté un clip d’une minute consacré à la création des monstres en images de synthèse, et de l’autre un mini-making of (5’) centré sur le tournage (en Belgique) de l’affrontement de Barbara avec le titan.

L’Image et le son

Tourné grâce aux caméras numériques Arri Alexa XT, Chasseuse de géants doit être découvert en Haute définition. Les quelques effets numériques sont très beaux, le piqué est affûté, les couleurs impressionnantes, les contrastes léchés, les noirs denses et la profondeur de champ omniprésente. Les détails sont légion à l’avant comme à l’arrière-plan, de jour comme de nuit, le relief ne cesse d’étonner et le rendu des textures est subjuguant. Le nec plus ultra pour apprécier toute la richesse de la photographie du chef opérateur Rasmus Heise. Quant aux diverses séquences réalisées en animation, elles sont tout simplement sublimes.

Les versions française et anglaise sont proposées en DTS-HD Master Audio 5.1. Dans les deux cas, les dialogues y sont remarquablement exsudés par la centrale, les frontales sont saisissantes, les effets et ambiances riches, les enceintes arrière instaurent constamment un environnement musical, tout comme le caisson de basses qui se mêle habilement à l’ensemble, notamment quand le géant se déplace. Un grand spectacle acoustique !

Crédits images : © The Jokers / Lonesome Bear / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Gauguin – Voyage de Tahiti, réalisé par Edouard Deluc

GAUGUIN – VOYAGE DE TAHITI réalisé par Edouard Deluc, disponible en DVD et Blu-ray le 23 janvier 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Vincent Cassel, Tuheï Adams, Malik Zidi, Pua-Taï Hikutini, Pernille Bergendorff, Marc Barbé, Paul Jeanson, Cédric Eeckhout, Samuel Jouy…

Scénario :  Edouard Deluc, Etienne Comar, Thomas Lilti, Sarah Kaminsky d’après le livre de Paul Gauguin “Noa Noa, Voyage de Tahiti

Photographie : Pierre Cottereau

Musique : Warren Ellis

Durée : 1h40

Année de sortie : 2017

LE FILM

1891. Gauguin s’exile à Tahiti en laissant derrière lui femme et enfants. Il veut trouver sa peinture, en homme libre, en sauvage, loin des codes moraux, politiques et esthétiques de l’Europe civilisée. Il s’enfonce dans la jungle, bravant la solitude, la pauvreté, la maladie. Il y rencontrera Tehura, qui deviendra sa femme, et le sujet de ses plus grandes toiles.

Gauguin – Voyage de Tahiti est le second long métrage du réalisateur Edouard Deluc, remarqué en 2008 avec le court-métrage ¿ Dónde está Kim Basinger ?, qui allait servir de base pour son excellent premier film, Mariage à Mendoza avec Philippe Rebbot et Nicolas Duvauchelle. Coloré, énergique, drôle, émouvant, tendre, ce premier long métrage imposait d’emblée un style et un humour percutants. Edouard Deluc est enfin de retour derrière la caméra et opère un virage radical avec Gauguin – Voyage de Tahiti, libre adaptation de Noa Noa, carnet de voyages écrit par Paul Gauguin (1848-1903) après son premier séjour à Tahiti en 1893. Merveilleusement mis en scène, le film offre également à Vincent Cassel l’un des plus beaux rôles de sa carrière.

Gauguin – Voyage de Tahiti est né d’un coup de foudre d’Edouard Deluc pour le récit du peintre : « C’est un objet littéraire d’une grande poésie, un récit d’aventures, entre autres, d’un souffle romanesque assez fou. C’est une sorte de journal intime, d’une grande humanité, sur son expérience Tahitienne, qui mêle récit, impressions, pensées, questionnements politiques, questionnements artistiques, croquis, dessins et aquarelles. C’est enfin et surtout une sorte de somptueuse déclaration d’amour à Tahiti, aux Tahitiens, à son Êve Tahitienne. Je l’ai découvert lors de mes études aux Beaux-Arts, le texte est toujours resté dans ma bibliothèque comme le fantôme d’un film possible ». Après Mariage à Mendoza, le cinéaste replonge dans Noa Noa et dans les autres écrits de Paul Gauguin, ainsi que sa correspondance intime. Bouleversé par la pensée visionnaire et l’oeuvre moderne du peintre, Edouard Deluc, entreprend alors son second long métrage, coécrit avec le talentueux Thomas Lilti (Les Yeux bandés, Hippocrate, Médecin de campagne), déjà scénariste sur Mariage à Mendoza.

A l’instar d’un rêve d’artiste, Gauguin – Voyage de Tahiti doit être vu comme une libre adaptation de Noa Noa, puisque les scénaristes ont évidemment eu recours à la fiction pour combler certains éléments réels restés en pointillés, tout en évitant le côté sulfureux de l’artiste, notamment sa vie sexuelle débridée voire polémique puisqu’il couchait avec des jeunes filles de 13 ans, tout en étant atteint de syphilis. L’oeuvre d’Edouard Deluc n’est pas un biopic, mais se focalise sur une période bien précise de la vie de son personnage principal, sur des événements et des protagonistes qui ont eu lieu et qui ont existé. Gauguin – Voyage de Tahiti est la réinterprétation de faits réels déjà “réinterprétés” dans son ouvrage par celui qui les a connus. Dans cette optique, le réalisateur a confié le rôle principal à Vincent Cassel. Alors âgé de 50 ans, le comédien n’en finit pas d’étonner depuis Mon roi de Maïwenn (2015) et sa prestation bouleversante dans Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan (2016). Jouant désormais avec ses yeux marqués, son visage tordu et taillé à la serpe, ses cheveux et sa barbe hirsute poivre et sel, il est ici exceptionnel et de tous les plans. Métamorphosé, vouté, la démarche vacillante, l’acteur est aussi bluffant qu’impressionnant.

Véritable expérience sensorielle, Gauguin – Voyage de Tahiti peut également compter sur la sublime photographie de Pierre Cottereau (Rosalie Blum, Le Voyage de Fanny) qui capture la beauté des paysages naturels comme Gauguin celle des habitants, sans oublier la musique de l’australien Warren Ellis (Wind River, Comancheria, Des hommes sans loi), qui nimbe l’ensemble d’une aura quasi-éthérée, comme un véritable western contemplatif, genre qui a d’ailleurs souvent inspiré le metteur en scène. Edouard Deluc nous invite donc à entrer en communion avec les désirs, les doutes, les amours (avec la sublime Tuheï Adams) et les douleurs d’un immense artiste.

LE BLU-RAY

Gauguin – Voyage de Tahiti est disponible en DVD et Blu-ray chez Studiocanal. Le visuel de la jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend celui de l’affiche du film. Même chose pour le menu principal, fixe et musical.

L’interactivité contient tout d’abord trois courtes featurettes (4’, 5’ et 2’30), centrées sur la prestation de Vincent Cassel, sa préparation, les intentions du réalisateur, les partis pris, le tournage à Tahiti. Le tout illustré par des images de tournage et les propos de l’équipe.

Le dernier module est un entretien avec Stéphane Guégan, conseiller scientifique auprès de la Présidence du musée d’Orsay (14’), qui revient notamment sur l’ouvrage Noa Noa, tout en donnant de nombreuses indications sur les véritables événements vécus par Gauguin. A la fin de cette interview, Edouard Delluc intervient également rapidement.

L’Image et le son

Magnifique ! Contrastes exemplaires, densité impressionnante, piqué tranchant comme un scalpel, scènes sombres aussi ciselées que les séquences diurnes, tout est resplendissant. La profondeur de champ est sensationnelle, les scènes en forêt sublimes, les détails abondent (voir le visage et la barbe de Vincent Cassel), le cadre large est idéalement exploité et la colorimétrie subjugue du début à la fin. La Haute-Définition est optimale et ce master restitue avec une suprême élégance les partis pris de la photographie signée Pierre Cottereau.

La piste DTS-HD Master Audio 5.1 instaure un confort acoustique dynamique, dense et souvent percutant. Les voix sont solidement plantées sur la centrale et la spatialisation musicale systématique. Toutes les séquences en extérieur sortent du lot avec une ample exploitation des latérales, la pluie qui environne les spectateurs, les grillons omniprésents, les chutes d’eau fracassantes, tout comme les percussions des musiques polynésiennes. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / The Age of Shadows, réalisé par Kim Jee-woon

THE AGE OF SHADOWS réalisé par Kim Jee-woon, disponible en DVD et Blu-ray le 23 janvier 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  Lee Byung-hun, Song Kang-ho, Gong Yoo, Han Ji-min, Park Hee-soon, Shingo Tsurumi…

Scénario : Kim Jee-woon, Lee Ji-min, Park Jong-dae

Photographie : Kim Ji-yong

Musique : Mowg

Durée : 2h20

Année de sortie : 2016

LE FILM

Les années 1920, pendant la période d’occupation de la Corée par le Japon. Lee Jung-chool, ancien résistant devenu capitaine de police coréen travaillant pour la police japonaise, doit démanteler un réseau de la résistance coréenne dont il réussit à approcher l’un des leaders, Kim Woo-jin. Les deux hommes que tout oppose – mais qui connaissent chacun la véritable identité de l’autre – vont être amenés à se rapprocher, tout en continuant à dissimuler l’un à l’autre leurs propres desseins. Kim Woo-jin va alors tenter de convaincre Lee Jung-chool de revenir du côté de la résistance et lui demander de les aider à faire passer des explosifs jusqu’à Séoul.

Attention ! Kim Jee-woon est de retour et le moins que l’on puisse dire, c’est que le réalisateur de Deux sœurs (2003), A Bittersweet Life (2005), Le Bon, La Brute et le Cinglé (2008), J’ai rencontré le Diable (2010) et Le Dernier Rempart (2013), escapade hollywoodienne dans laquelle il dirigeait Arnold Schwarzenegger, Johnny Knoxville et Jaimie Alexander, a décidé de voir grand. The Age of Shadows combine à la fois le film d’espionnage, le drame historique et le thriller, le tout dans des décors sublimes et une esthétique à se damner. Prenez place, car vous allez assister à 140 minutes d’images sensationnelles, qui s’imposent d’ores et déjà parmi les plus incroyables à découvrir en 2018, même si le film aura mis près de deux ans à nous parvenir.

Soyons honnêtes, nous ne pouvons pas tout comprendre les enjeux de The Age of Shadows. Toutefois, le cinéaste en est pleinement conscient et parvient à happer l’attention du spectateur dès l’extraordinaire séquence d’ouverture, pour ne plus le lâcher durant 2h20. Le cinéma sud-coréen est décidément très inspiré, pour ne pas dire le meilleur du monde aujourd’hui, et The Age of Shadows ne déroge pas à la règle.

Le film de Kim Jee-woon est une véritable bombe, qui ne cesse de flatter les sens, qui foudroie les yeux par sa beauté plastique, par celle des costumes, du cadre large, des interprètes tous formidables. Doté d’un budget conséquent de près de 10 millions de dollars, financé et distribué pour la première fois en Corée du Sud par la Warner Bros, The Age of Shadows s’adresse aux cinéphiles, mais également au plus grand nombre car Kim Jee-woon n’oublie jamais la portée populaire et divertissante de son film. Si certains pourraient se sentir quelque peu largués par l’aspect politique du récit, le réalisateur parvient systématiquement à rattraper celles et ceux qui auraient pu être laissés sur le bas-côté.

The Age of Shadows est une succession de séquences incroyables, toutes destinées à devenir cultes. Des morceaux de bravoure qui laissent pantois d’admiration, que ce soit le prologue, ou la très longue scène du train reliant Shanghaï à Séoul, durant laquelle s’affrontent tous les personnages dans une sorte de relecture d’Agatha Christie. Mais le huitième long métrage de Kim Jee-woon ne se résume évidemment pas seulement à cela. Les personnages sont riches et ambigus à souhait. Chaque comédien et donc chaque personnage joue sa propre partition dans un opéra savamment orchestré de main de maître. Pas un seul moment de répit n’est laissé aux spectateurs, embarqués dans un véritable train fou, tendu, nerveux et virtuose, un jeu du chat et de la souris toujours haletant, parfois violent (les tortures sont montrées frontalement), une multitude de faux-semblants et du double-jeu en pagaille.

Projeté hors compétition à la Mostra de Venise en 2016 et représentant la Corée du Sud aux Oscars pour le meilleur film en langue étrangère en 2017, The Age of Shadows n’a malheureusement pas connu les honneurs d’une sortie dans les salles françaises. Espérons que son exploitation en DVD et Blu-ray fasse connaître ce chef d’oeuvre à une très large audience !

LE BLU-RAY

The Age of Shadows est disponible en DVD et Blu-ray chez Studiocanal. L’édition HD est présentée sous la forme d’un boîtier bleu traditionnel. Le visuel de la jaquette est élégant. Le menu principal est fixe et muet.

Edition minimaliste, ce Blu-ray ne contient aucun supplément.

L’Image et le son

Heureusement, l’éditeur se rattrape du côté technique. On ne saurait faire mieux. Le cinéaste Kim Jee-woon collabore une fois de plus avec le chef opérateur Kim Ji-yong (A Bittersweet Life, Le Dernier Rempart). Les partis pris esthétiques originaux sont magnifiquement rendus à travers ce Blu-ray d’une folle élégance. Le piqué est affûté, les contrastes fabuleusement riches, les détails sont abondants aux quatre coins du cadre large, tandis que le codec AVC consolide l’ensemble avec fermeté, y compris sur les très nombreuses scènes se déroulant dans la pénombre ou en intérieur.

Les pistes française et coréenne DTS-HD Master Audio 5.1, logées à la même enseigne, instaurent d’excellentes conditions acoustiques et font surtout la part belle à la musique, très présente pendant plus de deux heures. Les basses ont souvent l’occasion de briller, les ambiances naturelles sont bien présentes, les effets sont toujours saisissants (les quelques fusillades et poursuites) et le rendu des voix est sans failles. De quoi bien décrasser les frontales et les latérales. Les sous-titres français sont imposés.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-Ray / Dieu seul le sait, réalisé par John Huston

DIEU SEUL LE SAIT (Heaven Knows, Mr. Allison) réalisé par John Huston, disponible en DVD et Blu-ray le 22 mai 2018 chez Rimini Editions

Acteurs :  Deborah Kerr, Robert Mitchum

Scénario :   John Lee Mahin, John Huston

Photographie : Oswald Morris

Musique : Georges Auric

Durée : 1h48

Année de sortie : 1957

LE FILM

Seconde Guerre mondiale. Quelque part dans le Pacifique… Seul rescapé d’un torpillage, le caporal Allison échoue sur une île qu’il croit déserte. Or, l’île a pour unique habitante soeur Angela, qui a survécu à la destruction de la mission catholique à laquelle elle appartenait. Les japonais débarquent sur l’île, les obligeant à se cacher et à s’entraider.

A peine sorti du chaos que fut le tournage de son magnifique Moby Dick, John Huston se retrouve avec une nouvelle adaptation entre les mains. Heaven Know, Mr. Allison écrit par Charles Shaw. Le projet est une commande, une transposition d’un roman à succès en Angleterre.

Malgré des échanges peu courtois avec la censure de l’époque, qui voit d’un mauvais oeil cette relation entre un marine et une femme d’église, le scénario s’écrit malgré tout et le projet est lancé. Sûrement rassuré par la modestie du projet (un budget réduit, une narration plus classique et seulement deux personnages principaux), John Huston met en place cette curieuse histoire d’amour entre un soldat et une religieuse luttant pour leur vie durant la guerre. A l’aide d’une mise en scène sublime et d’une esthétique remplie de symboles (l’arrivée de Allison sur l’ile, la chasse à la tortue, le peigne), le film se concentre sur la confusion et le rapprochement de ces personnages que tout oppose.

A quoi bon se battre contre ses principes quand on est amoureux et quand la guerre fait rage ?

Les protagonistes apprendront l’un de l’autre, se confieront sur leurs craintes, leurs peines, leurs rêves, au travers des dialogues justes et sobres qui soulignent par leur simplicité le désir interdit qu’éprouvent les deux naufragés. Robert Mitchum est sensationnel dans le rôle de cet homme enfant. Impitoyable (il n’hésitera pas à tuer pour protéger soeur Angela) mais aussi touchant, il incarne un soldat en perdition, fraichement arraché à l’enfer, pour s’échouer cette terre perdue, vue comme un jardin d’Eden, où il rencontre un ange. Cette apparition, c’est Deborah Kerr. Conscient du potentiel volcanique de l’actrice, John Huston y verra une manière de tourner le dos au manichéisme hollywoodien. A une époque où l’actrice était convoitée pour sa sensualité, le réalisateur lui préfère son jeu, enveloppant la nymphe dans son costume ecclésiastique pendant la quasi-totalité du métrage. Il remplace alors la nonne sinistre et râleuse du roman original par une femme joviale et douce, aux convictions fortes et à l’écoute de son compagnon.

Les deux acteurs n’ont donc aucun mal à nous entrainer dans leurs aventures, le flegme de Robert Mitchum et la beauté hypnotique de Deborah Kerr font des merveilles. Et de péripéties, le film en est rempli. Des moments de tension souvent très bien troussés (la scène du jeu de Go, aussi drôle que stressante) qui s’enchaînent jusqu’au final.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Dieu Seul le Sait, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissée dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé sur quelques séquences du film. Cette édition s’accompagne également d’un très beau livret de 36 pages John HustonA la Recherche du Paradis Perdu écrit par Christophe Chavdia.

Pour ce qui est des suppléments, c’est un peu timide. Seulement une interview, mais heureusement rondement menée et souvent passionnante de Pierre Murat (Responsable cinéma à Télérama). Ce dernier nous livre durant 27 minutes de nombreuses anecdotes de tournage entourant ce très grand film de John Huston, tout en revenant sur son casting et la collaboration des comédiens avec le cinéaste.

L’Image et le son

Bon…s’il n’y a rien à redire sur la propreté et la stabilité de la copie, force est de constater que le grain original a été trop lissé. Pourtant, le générique d’ouverture est prometteur puisque la patine argentique est bel et bien présente. Les couleurs apparaissent un peu fanées, le piqué est souvent émoussé, les fondus enchaînés décrochent sensiblement, le niveau des détails est aléatoire sur le cadre large et peu de séquences sortent du lot. La restauration est évidente, mais semble avoir déjà quelques heures de vol et aurait mérité une révision. Mais ne faisons pas la fine bouche, posséder enfin Dieu seul le sait en Haute-Définition est déjà un miracle à part entière et permettra à ce joyau méconnu de John Huston de se faire une nouvelle renommée. Le Blu-ray est au format 1080p.

La version anglaise (aux sous-titres français amovibles) est proposée en DTS-HD Dual Mono 2.0. L’écoute demeure appréciable, avec une excellente restitution de la musique, des effets annexes et des voix très fluides et aérées, sans aucun souffle. En revanche, la piste française DTS-HD Master Audio Mono, s’avère plus étriquée, moins riche et dynamique.

Crédits images : ©  Twentieh Century Fox Home Entretainment LLC All Rights Reserved / Rimini Editions / Critique du film, parties généralités et suppléments : Alexis Godin / Captures Blu-ray et partie technique : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Wonder Wheel, réalisé par Woody Allen

WONDER WHEEL réalisé par Woody Allen, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2018 chez Ab Vidéo

Acteurs :  Justin Timberlake, Juno Temple, Robert C. Kirk, Kate Winslet, Jim Belushi, Jack Gore, Tommy Nohilly, Tony Sirico…

Scénario :   Woody Allen

Photographie : Vittorio Storaro

Durée : 1h44

Année de sortie : 2018

LE FILM

Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l’effervescence du parc d’attractions de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses.

47è long métrage ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à 83 ans cette année, Woody Allen n’a rien perdu de son inspiration. Nous ne parlerons pas ici du mouvement #metoo et du scandale sexuel dont le réalisateur est accusé, ce n’est pas du tout le sujet. Après sa carte-postale To Rome With Love (2012), probablement l’un de ses plus mauvais opus, Woody Allen aura enchaîné les réussites. Blue Jasmine (2013) offrait l’Oscar de la meilleure actrice à Cate Blanchett, Magic in the Moonlight (2014) proposait une escapade romantique et ensoleillée dans le Sud de la France, L’Homme irrationnel (2015) permettait la rencontre du cinéaste avec l’un des plus grands acteurs contemporains Joaquin Phoenix et Café Society (2016) émerveillait par sa mise en scène et sa mélancolie. Pour Wonder Wheel, sa cuvée 2017, Woody Allen pose sa caméra à Coney Island et le titre renvoie à la célèbre grande roue du parc, la Deno’s Wonder Wheel Amusement Park, visible depuis l’habitation des protagonistes où le vacarme du tir à la carabine rythme les règlements de comptes.

Le cinéaste américain rend ici un fabuleux hommage à l’oeuvre de Tennessee Williams et plonge ses personnages dans un drame quasi-théâtral, sublimé par la photographie incandescente de Vittorio Storaro (L’Oiseau au plumage de cristal, Little Buddha, Apocalypse Now, Ladyhawke, la femme de la nuit). De plus, Woody Allen sert une fois de plus sur un plateau d’argent l’un de ses plus grands rôles à sa comédienne principale, ici Kate Winslet.

L’histoire se déroule à Coney Island, une station balnéaire située à l’extrême sud de Brooklyn, dans les années 1950. Ginny (Kate Winslet), une ancienne actrice lunatique devenue serveuse, a refait sa vie avec Humpty (James Belushi), veuf, qui exploite un manège. Le couple vit avec Richie, le petit garçon de Ginny, aux fortes tendances pyromanes. La tranquillité de la famille est ébranlée au retour de Carolina (Juno Temple), 25 ans, la fille de Humpty. Ils s’étaient brouillés cinq ans auparavant lorsqu’elle avait épousé un gangster, au désarroi de Humpty. Sans ressources et voulant échapper aux griffes de son mari violent, Carolina se réfugie chez son père, sachant que son mari veut la tuer pour avoir fui et parlé à la police. Si la rancœur des années passées pousse initialement Humpty à rejeter sa fille, au fil des semaines, il adoucit son comportement et cherche désormais à recréer une relation harmonieuse avec elle, entre autres en lui finançant des cours du soir pour qu’elle puisse se relancer dans la vie, au lieu du boulot de serveuse qu’elle exerce temporairement aux côtés de Ginny. Pendant ce temps, Ginny rencontre Mickey (Justin Timberlake), un jeune et séduisant maître-nageur qui rêve de devenir dramaturge. Ils deviennent amants dans la clandestinité et elle fait des projets d’avenir avec lui.

Un Tramway nommé désir parcourt les veines de Wonder Wheel. Valse des sentiments amoureux qui peuvent conduire à la folie et à la trahison, avec des petits clins d’oeil au Petit Fugitif (1953), chef d’oeuvre de Raymond Abrashkin, Ruth Orkin et Morris Engel, Wonder Wheel est comme qui dirait une pièce de théâtre à ciel ouvert. On pourrait regarder pendant des heures la magnifique Juno Temple éclairée dans une lumière de pluie, tandis que Kate Winslet, dans la peau de Ginny, proche de la Blanche DuBois d’Un Tramway nommé désir, foudroie du début à la fin. C’est aussi un immense bonheur de retrouver James Belushi, présent dernièrement dans la troisième saison de la série Twin Peaks.

Non seulement Woody Allen étourdit par la force des sentiments qui anime ses personnages, mais également par la beauté de ses plans. Le cinéaste prouve qu’il en a encore sérieusement sous le capot, mais il se permet également de signer l’une de ses œuvres les plus abouties à ce jour, tant sur le fond que sur la forme. Woody Allen inscrit un nouveau chef d’oeuvre à son palmarès.

LE BLU-RAY

Wonder Wheel est disponible en DVD et Blu-ray chez AB Vidéo. Le visuel de la jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend celui de l’affiche du film. Le menu principal est animé et musical.

En plus de la bande-annonce (vostf), l’éditeur propose un minuscule module de 3 minutes, qui compile les entretiens de l’équipe sur le tapis rouge lors de la Première du film.

L’Image et le son

AB Vidéo se devait d’offrir un service après-vente remarquable pour la sortie dans les bacs de Wonder Wheel, qui a étonnamment peu rencontré de succès en France. A l’instar de Café Society, le dernier film de Woody Allen a été réalisé en numérique avec la caméra Sony CineAlta. L’éditeur prend soin de Wonder Wheel et livre un master HD irréprochable au transfert immaculé. Respectueuse des volontés artistiques originales concoctées par l’immense directeur de la photographie Vittorio Storaro (1900, Dick Tracy, Le Dernier empereur), la copie de Wonder Wheel se révèle un petit bijou technique avec des teintes scintillantes, chaudes, ambrées et dorées, ou bleues claires quand les sentiments des personnages se perdent, une palette chromatique spécifique, le tout soutenu par un encodage solide. Le piqué, tout comme les contrastes, sont riches et tranchants, les arrière-plans sont détaillés (voir les scènes de plage), le relief omniprésent, la luminosité éloquente et les détails foisonnants. Une édition Blu-ray qui en met plein la vue.

Wonder Wheel n’est pas un film à effets et les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 ne font pas d’esbroufe inutile. L’essentiel de l’action est canalisé sur les enceintes avant, même si chacune des séquences en extérieur s’accompagne inévitablement d’ambiances naturelles sur les latérales. Les voix demeurent solidement délivrées par la centrale, en français comme an anglais. L’éditeur joint également deux très bonnes pistes Stéréo, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Mars Films / AB Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / San Babila : un crime inutile, réalisé par Carlo Lizzani

SAN BABILA : UN CRIME INUTILE (San Babila ore 20: un delitto inutile) réalisé par Carlo Lizzani, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs :  Daniele Asti, Brigitte Skay, Giuliano Cesareo, Pietro Brambilla, Pietro Giannuso, Grazia Baccari, Gilberto Squizzato, Rodolfo Dal Pra, Paola Faloja…

Scénario Carlo Lizzani, Mino Giarda, Ugo Pirroet

Photographie : Piergiorgio Pozzi

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h41 (version intégrale)

Année de sortie : 1976

LE FILM

1975 : les années de plomb. Milan, place San Babila. Lors d’une journée classique, un groupe de jeunes néo-fascistes va provoquer une série de drames croissant dans la violence, jusqu’au crime inutile.

On doit San Babila : un crime inutileSan Babila ore 20: un delitto inutile au prolifique cinéaste romain Carlo Lizzani (1922-2013), venu du documentaire, ancien assistant de Giuseppe De Santis (Riz amer) et de Roberto Rossellini (Allemagne année zéro), réalisateur d’Achtung ! Banditi ! (1951) avec Gina Lollobrigida, Dans les faubourgs de la ville (1953) avec Massimo Girotti ou bien encore Chronique des pauvres amants (1954). Remarqué pour ses œuvres engagées, Carlo Lizzani avait entre autres déjà rendu hommage au combat des résistants antifascistes italiens. Ayant lui-même participé à la Résistance romaine pendant l’occupation allemande de Rome et adhérant au Parti communiste italien, Carlo Lizzani continuait alors son « combat » à travers le cinéma comme dans Traqués par la gestapo (1961) sur la déportation des juifs de Rome, ou bien encore Le Procès de Vérone (1963) traitant de l’exécution du comte Galeazzo Ciano, ancien Ministre de la Presse et de la Propagande et Ministre italien des Affaires étrangères. San Babila : un crime inutile, également connu en France sous le titre Tuer pour tuer, est un film coup de poing, toujours aussi virulent, remarquable, violent et intelligent. Sorti en 1976, ce chef d’oeuvre suit les exactions de quelques militants d’extrême-droite à Milan et annonce les longs métrages transalpins des années 2000-2010, qui n’auront de cesse de revenir sur l’histoire politique italienne, à l’instar de Buongiorno, notte de Marco Bellocchio (2003) ou bien encore Piazza Fontana de Marco Tullio Giordana (2012).

Italie, 1975, lors des années de plomb. Un groupe de quatre jeunes néo-fascistes, Alfredo, Fabrizio, Franco et Michele, fait régner violemment la loi et sème le chaos sur la place San Babila à Milan. Ils se sont inspirés du squadrisme de Benito Mussolini, la force paramilitaire instaurée par le Duce pour lutter avec brutalité contre les mouvements sociaux suscités par les socialistes et les communistes après la Première Guerre mondiale en Italie. Les quatre hommes importunent les passants, s’empoignent avec les gauchistes, les communistes ou les anarchistes de passage ou bien draguent lourdement les filles. Un jour, le chef du groupe demande à Franco, le plus sage de la bande (et issu d’une famille bourgeoise), de faire ses preuves en attaquant sauvagement un jeune communiste choisi au hasard. Une nuit, sur la place San Babila, ils croisent un couple qu’ils soupçonnent d’être communistes. Le groupe décide alors de les assassiner.

San Babila : un crime inutile est un constat implacable sur l’Italie des années 1970. Deux ans avant l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro, Président du conseil national de la Démocratie chrétienne, par les Brigades rouges, Carlo Lizzani et ses coscénaristes Mino Giarda (Superargo contre Diabolikus) et surtout d’Ugo Pirroet, auteur des exceptionnels Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970) et La classe ouvrière va au paradis (1971) d’Elio Petri, signent l’un des plus grands thrillers sur le néofascisme. Le cinéaste privilégie un tournage en extérieur, à Milan, sur la place même qui donne son titre au film. Le casting se compose d’acteurs professionnels ou triés sur le volet, tandis que la caméra s’immisce au milieu des passants, dont les réactions sont d’ailleurs capturées sur le vif face aux actes et aux paroles des quatre personnages principaux. La musique d’Ennio Morricone créé un décalage qui instaure un malaise palpable, tandis que le groupe s’enfonce de plus en plus dans une spirale de violence, jusqu’au point de non-retour. Outre une scène de viol à l’aide d’une matraque, la séquence finale reste très difficile, réaliste, sèche.

Carlo Lizzani n’oublie pas de montrer la police, qui assiste aux événements, mais qui reçoit l’ordre de ne pas intervenir par peur des « débordements » supplémentaires. Pour que les forces de l’ordre sortent de leur trou, il faudra pour cela attendre qu’il y ait une voire plusieurs victimes. Sur un montage percutant de Franco Fraticelli (Suspiria, Les Frissons de l’angoisse, Mimi métallo blessé dans son honneur), une photo naturaliste quasi-documentaire (Carlo Lizzani venait du néo-réalisme) du chef opérateur Pergiorgio Pozzi, San Babila : un crime inutile sort du tout-venant du polar Bis italien, renoue avec la veine d’un Francesco Rosi (Main basse sur la ville, Lucky Luciano) mâtiné d’Orange mécanique de Stanley Kubrick et de poliziottesco à la Big Racket d’Enzo G. Castellari, qui mérite largement d’être redécouvert.

LE BLU-RAY

Voilà une nouvelle édition combo Blu-ray/DVD, limitée à 1000 exemplaires, concoctée par Le Chat qui fume. L’élégant digipack se compose de trois volets qui accueillent les deux disques. L’ensemble est glissé dans un étui cartonné du plus bel effet. Le menu principal, animé et musical, est identique sur le DVD et le Blu-ray. Le film est proposé dans sa version intégrale.

C’est avec beaucoup d’émotions que nous découvrons l’extrait d’un entretien avec le réalisateur Carlo Lizzani (5’), réalisé visiblement peu de temps avant son suicide en 2013. Le cinéaste aborde les débuts de sa carrière, les genres et sujets de prédilection qu’il a abordés, ses références, ses succès et ses documentaires sur l’histoire du cinéma.

Assistant réalisateur de Carlo Lizzani sur San Babila : un crime inutile, mais également comédien puisqu’il interprète la victime du meurtre éponyme, Gilberto Squizzato livre une formidable présentation du film qui nous intéresse. Pendant 1h05, l’ancien assistant d’Alberto Lattuada (Sono Stato Io !, 1973) évoque tout d’abord son parcours professionnel et son arrivée dans le monde du cinéma, ainsi que ses rencontres déterminantes. Après avoir travaillé avec Alberto Lattuada, Gilberto Squizzato sera assistant de Carlo Lizzani sur Les derniers jours de Mussolini (1974), Storie di vita e malavita (Racket della prostituzione minorile) (1975) puis enfin sur San Babila : un crime inutile (1976). Sur ce dernier, l’intervenant se penche sur les conditions de tournage (en décors naturels), le casting, les personnages, la mise en scène, les partis pris, puis la situation politique et sociale de l’Italie dans les années 1970. Dans la dernière partie, Gilberto Squizzato parle de son expérience en tant que comédien sur ce film, puis l’accueil de la critique et enfin le suicide de Carlo Lizzani.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce de San Babila : un crime inutile et d’autres trailers de films prévus ou déjà sortis chez Le Chat qui Fume.

L’Image et le son

Le Chat qui fume nous gratifie d’un master HD (1080p, AVC) impressionnant, présenté dans son format original 1.85 (16/9, compatible 4/3). La propreté de la copie est indéniable, la restauration ne fait aucun doute, les contrastes sont beaux, le cadre fourmille de détails, même si le piqué demeure aléatoire. Le grain est très bien géré, l’ensemble stable sans bruit vidéo, les couleurs concoctées par Pergiorgio Pozzi sont agréables pour les mirettes, souvent rutilantes. Le charme opère et l’on (re)découvre San Babila : un crime inutile avec ses partis pris esthétiques originaux.

San Babila : un crime inutile est présenté dans sa version intégrale. De ce fait, certaines séquences qui n’avaient jamais bénéficié de doublage français, passent automatiquement en italien sous-titré dans la langue de Molière. Propre et dynamique, le mixage italien DTS HD Master Audio Mono 2.0 ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place aux ambiances naturelles, ainsi qu’à la musique d’Ennio Morricone quand elle se manifeste. Elle demeure la plus dynamique et la plus riche du lot. La version française DTS-HD Master Audio Mono 2.0, au doublage parfois inapproprié qui donne au film un cachet film d’exploitation, vaut quand même le détour. Le changement de langue est verrouillée à la volée et les sous-titres français imposés sur la version originale.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Licensed by COMPASS FILM SRL – Rome – Italy / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Point de chute, réalisé par Robert Hossein

POINT DE CHUTE réalisé par Robert Hossein, disponible en combo DVD/Blu-ray le 5 juin 2018 chez TF1 Studio

Acteurs :  Johnny Hallyday, Robert Hossein, Pascale Rivault, Albert Minski, Robert Dalban, Christian Barbier, Marie-Christine Boulard, Yasmine Zimmerman…

Scénario :  Claude Desailly, Robert Hossein

Photographie : Daniel Diot

Musique : André Hossein

Durée : 1h20

Année de sortie : 1970

LE FILM

Trois voyous enlèvent une jeune fille de quinze ans, Catherine, pour obtenir de son père le versement d’une rançon. Ils la séquestrent dans une cabane perdue au bord de la mer et la battent. Seul Eddie, un jeune voyou, gardien de la jeune fille, s’insurge contre ces méthodes. À travers un fait divers tragique, le portrait de deux adolescents dans un climat d’angoisse et de violence.

Tout de suite après Le Spécialiste de Sergio Corbucci, Johnny Hallyday persévère dans le cinéma et enchaîne avec Point de chute, un drame sentimentalo-policier coécrit, mis en scène et interprété par Robert Hossein, qui était passé derrière la caméra dès 1955 avec Les Salauds vont en enfer. Si ce petit film reste méconnu, Johnny Hallyday y trouve l’un de ses meilleurs rôles et signe d’ailleurs une excellente performance. Quasi-mutique du début à la fin, les dialogues sont d’ailleurs réduits à leur plus strict minimum, le comédien est bien dirigé, filmé et s’impose sans mal dans la peau de ce personnage de bad boy malgré-lui, qui va tomber amoureux de la jeune fille que lui et ses complices ont kidnappé dans le but de demander une rançon. Jeux de masques, au sens propre comme au figuré, retournements de situations et valse des sentiments, Point de chute est une très jolie surprise, délicate et qui n’a pas peur des envolées romanesques.

Lui, Vlad “le Roumain”, est un jeune voyou, dur, sans scrupules. Elle, Catherine, une toute jeune fille, une lycéenne, d’une famille de la haute bourgeoisie. Ils n’ont rien en commun l’un et l’autre. Catherine est enlevée par des gangsters, et Vlad est chargé de la garder dans une cabane isolée au bord de la mer. Un monde les sépare, ils n’ont rien à se dire et ce n’est pas la situation qui va les rapprocher. Pourtant, en dépit de tout, au fil des heures qui s’écoulent dans l’attente de la rançon, des liens silencieux et invisibles se créent entre eux…

Le film démarre sur une séquence en N&B. Une plage comme décor principal. On assiste à la reconstitution d’un crime qui vient d’avoir lieu. Un inspecteur de police (Robert Dalban, très belle présence) découvre la clé de l’énigme dans un cahier d’écolière caché sous un matelas. Puis, dix minutes après, les événements passés sont racontés en couleur. Sur un rythme lent, mais maîtrisé, Robert Hossein prend le temps d’observer le regard bleu azur de son protagoniste, dissimulé derrière un masque blanc sans expression. A l’instar de deux animaux sauvages, Vlad (Johnny Hallyday donc) et Catherine (Pascale Rivault) s’observent, s’affrontent, rivalisent, avant de finalement s’apprivoiser. Vlad tombe alors le masque, se révèle attentionné envers Catherine malgré ses tentatives d’évasion. Quand ses complices reviennent, Vlad se rend compte qu’il ne peut plus supporter le traitement violent accordé à Catherine.

Robert Hossein instaure une très belle atmosphère éthérée et dépouillée grâce à la photo de Daniel Diot, mais aussi avec le décor de la petite cahute en bois paumée sur une plage du Nord sur fond de ciel ivoire, tandis que la musique récurrente d’André Hossein, qui rappelle le thème principal de Jeux interdits, apporte une vraie mélancolie à l’ensemble. On s’attache à ce voyou repenti auquel Johnny Hallyday apporte une vraie sensibilité et même une certaine poésie. Le chanteur prouve d’ailleurs qu’il n’est jamais aussi bon comédien que lorsque ses répliques sont rares. Contrairement au Spécialiste, dans lequel son jeu était à la limite de la parodie involontaire (ou pas) de Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Franco Nero, Johnny Hallyday signe une vraie prestation émouvante dans Point de chute, peut-être la plus convaincante de sa carrière sur grand écran.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Point de chute, disponible chez TF1 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Comme sur le Blu-ray du Spécialiste, Jean-François Rauger présente ici Point de chute. Le directeur de la programmation de la Cinémathèque française est beaucoup plus succinct que pour l’autre film avec Johnny Hallyday, puisque son introduction ne dure que sept minutes. Rauger se penche surtout sur l’évolution du jeu d’acteur de Johnny Hallyday au cinéma, sur les personnages et les thèmes du film de Robert Hossein.

Ce qui va ravir les fans du chanteur, c’est la présence du concert de Johnny Hallyday à la prison de Bochuz (40’). Cette prestation légendaire de 1974 a été filmée par la Radio Télévision Suisse. Durant cette représentation présentée pour la première fois en version restaurée Haute Définition, Johnny Hallyday enchaîne onze titres (dont Que je t’aime, Toute la musique que j’aime, Les Portes du pénitencier, Blue Suede Shoes, Tutti frutti) devant les prisonniers visiblement conquis.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce, durant laquelle une critique enflammée affirme que « Robert Hossein est désormais l’égal d’un Hitchcock ». Cette édition combo Blu-ray/DVD dispose également un livret exclusif et inédit de 36 pages comprenant des photos d’exploitation du film et les propos de Robert Hossein et Johnny Hallyday sur Point de chute.

L’Image et le son

Difficile de faire mieux que ce master restauré 4K à partir du négatif image ! Ce Blu-ray permet aux spectateurs de redécouvrir totalement Point de chute, dès la séquence d’ouverture en N&B. La définition est exemplaire avec des contrastes denses, des noirs profonds, des blancs lumineux et un grain original heureusement préservé. La partie en couleur est peut-être moins précise, mais la clarté est de mise, le piqué aussi tranchant qu’inédit et les détails étonnent par leur précision. Toutefois, en raison des partis pris esthétiques, quelques flous sporadiques sont à noter, des séquences paraissent plus douces et les arrière-plans peuvent paraître moins précis. Mais cela reste anecdotique.

L’éditeur est aux petits soins avec le film de Robert Hossein puisque la piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations et chuintements demeurent, l’écoute se révèle fluide, équilibrée, limpide. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises. Les dialogues sont clairs, sans souffle. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : ©  TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr