Test DVD / Kedi, des chats et des hommes, réalisé par Ceyda Torun

KEDI, DES CHATS ET DES HOMMES (Kedi) réalisé par Ceyda Torun, disponible en DVD le 2 mai 2018 chez Epicentre Films

Scénario :  Ceyda Torun

Photographie : Alp Korfali, Charlie Wuppermann

Musique : Kira Fontana

Durée : 1h16

Année de sortie : 2017

LE FILM

Depuis des siècles, des centaines de milliers de chats vagabondent dans les rues d’Istanbul. Sans maîtres, ils vivent entre deux mondes, mi-sauvages, mi-domestiqués – et apportent joie et raison d’être aux habitants. “Kedi” raconte l’histoire de sept d’entre eux.

Amis des félins, vous allez être aux anges avec Kedi, des chats et des hommes, premier documentaire réalisé par Ceyda Torun. Ayant grandi à Istanbul jusqu’à l’âge de 11 ans, avant de vivre en Jordanie puis aux Etats-Unis pour ses études d’anthropologie à l’université de Boston, la cinéaste a toujours été entourée de chats des rues, ou kedi en turque. Une compagnie qui lui a manqué après son départ de Turquie puisqu’elle n’aura jamais recroisé l’un de ses amis à quatre pattes au fil de ses pérégrinations. Avec l’aide de son chef opérateur Charlie Wuppermann, elle décide de se rendre dans sa ville natale pour suivre plusieurs félins et ainsi étudier le rapport de ces derniers avec les habitants d’Istanbul. Une merveilleuse idée, un ravissement pour les yeux et le coeur.

Après un casting « sauvage », Ceyda Torun a jeté son dévolu sur les « acteurs principaux suivants » :

Sarı (« jaune » en turc), surnommée l’arnaqueuse, est une chatte tabby rousse et blanche qui vit à la base de la Tour de Galata. Bengü (« infini »), surnommée la Tombeuse, est une chatte brown tabby qui vit dans le quartier de Karaköy. Aslan Parçası (« part du lion »), surnommé le chasseur, est un chat noir et blanc qui vit dans le quartier de Kandilli. Psikopat (« psychopathe »), surnommée la psychopathe, est une chatte noire et blanche qui vit dans le quartier de Samatya. Deniz (« mer »), surnommé le mondain, est un chat brown tabby et blanc qui vit dans le marché de Feriköy. Gamsız (« sans-souci »), surnommé le joueur, est un chat noir et blanc qui vit dans le quartier de Cihangir. Duman (« fumée »), surnommé le gentleman, est un chat gris et blanc qui vit dans le quartier de Nişantaşı.

La caméra se place à hauteur de nos protagonistes et s’évertue à les suivre dans leurs déplacements, dans leurs habitudes, dans leur quotidien, au fil de leurs rencontres. Chaque chat est différent, possède un caractère bien trempé et leur proximité avec les habitants fait qu’ils sont considérés comme des êtres à part entière. Pas de caméra embarquée, mais un système qui a permis à la réalisatrice et à son assistant de suivre leurs héros, sans jamais entraver ou forcer leurs destinations, ainsi que leurs actions. Véritable défi technique, Kedi, des chats et des hommes est le fruit d’un long travail d’observation, de patience et de passion pour les félidés, quasi-sacrés dans cette ville où la population est majoritairement musulmane, d’autant plus que l’animal est cité à plusieurs reprises autour du prophète Mahomet, qui avant de se lever aurait découpé un morceau de sa tunique sur laquelle s’était couché un chat, afin de ne pas le déranger durant son sommeil.

Les témoignages des habitants qui ont établi un lien avec ces chats errants se croisent. Sensibles et animés par un amour pour ces compagnons insolites, les stambouliotes ont tout naturellement décidé de s’occuper d’eux, tout en respectant leur indépendance et en les laissant aller là où ils le veulent, en sachant qu’ils finiront bien par revenir quand ils en auront envie. Alors, ne manquez surtout pas Kedi, des chats et des hommes, petit film mais véritable phénomène international, immense bonheur et surtout très grande réussite, à ne manquer sous aucun prétexte.

LE DVD

Le DVD de Kedi, des chats et des hommes est disponible chez Epicentre Films. Le disque repose dans un superbe Slim-Digipack, merveilleusement illustré par des photos du film. Le Digipack comprend également sept cartes postales de collection, présentant les héros du film. Le menu principal est animé et musical.

Nous commençons la partie Bonus par un entretien avec la charmante réalisatrice Ceyda Torun (16’), qui intervient sur la genèse de Kedi, des chats et des hommes, sur son parcours, sur les partis pris et ses intentions, sur les recherches et le « casting » finalement retenu sur une trentaine de portraits envisagés, ainsi que sur les conditions des prises de vues.

Ceyda Torun apparaît également dans le supplément suivant, cette fois en compagnie de son chef opérateur et caméraman Charlie Wuppermann (7’). Tous les deux déguisés en chat (si si), les deux collaborateurs et amis reviennent en détails sur ce qui les a poussés à suivre des dizaines de félins dans les rues d’Istanbul. Charlie Wuppermann explique également comment la caméra a réussi à s’immiscer dans la vie de leurs sept héros, sans les perturber.

Un peu plus anecdotique, le bonus suivant est un extrait de l’émission Vivement dimanche prochain (4’), durant laquelle Michel Drucker reçoit entre autres Anny Duperey, grande amoureuse des chats et qui défend ici le film de Ceyda Torun qu’elle a trouvé exceptionnel.

Après le visionnage de Kedi, des chats et des hommes, prolongez le plaisir de la ronron thérapie en découvrant les sept scènes coupées (20’) qui vous emmèneront au bord du Bosphore ou à la rencontre d’autres protagonistes inattendus.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos du film, une autre du making of, une biofilmo de Ceyda Torun, la bande-annonce internationale et deux autres trailers, un court, un long, réalisés pour le marché français.

L’Image et le son

Tourné en numérique, Kedi, des chats et des hommes bénéficie d’une très belle édition SD, qui rend justice aux très belles et lumineuses images de Ceyda Torun et Charlie Wuppermann, restituées avec une précision d’orfèvre. Le cadre est superbe, la colorimétrie élégante et le relief omniprésent. L’encodage consolide l’ensemble avec fermeté, le piqué est merveilleusement acéré et les contrastes denses.

Les mixages Dolby Digital 5.1 turque et français instaurent un excellent confort acoustique. La musique est constamment spatialisée, les petits effets latéraux naturels et convaincants (ambiances de rue), les voix bien délivrées par la centrale et les frontales en grande forme. La version originale est également proposée avec les sous-titres anglais.

Crédits images : ©  Scilloscope Laboratories / Epicentre Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / À voix haute – La force de la parole, réalisé par Stéphane De Freitas et Ladj Ly

À VOIX HAUTE – LA FORCE DE LA PAROLE réalisé par Stéphane De Freitas et Ladj Ly, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 7 novembre 2017

Avec :  Yacine Ait Khelifa, Leïla Alaouf, Ouanissa Bachraoui, Franck Bikpo, Houda Chnabri, Thomas Dedessus Le Moutier, Jeremy Diaz, Hanane El Mokhtar, Camélia Kheiredine, Thomas Luquet, Souleïla Mahiddin, Kristina Marcovic, Eddy Moniot, Kiss Sainte-Rose, Elhadj Touré, Johan Youtchou…

Photographie : Timothée Hilst, Ladj Ly

Musique : Superpoze

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours “Eloquentia”, qui vise à élire « le meilleur orateur du 93 ». Des étudiants de cette université issus de tout cursus, décident d’y participer et s’y préparent grâce à des professionnels qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. Au fil des semaines, ils vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, et vont s’affirmer, se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes. Munis de ces armes, Leïla, Elhadj, Eddy et les autres, s’affrontent et tentent de remporter ce concours pour devenir « le meilleur orateur du 93 ».

« C’est cool de parler en fait ! », « Ça peut changer ma vie ! », les étudiants passent à tour de rôle devant les autres, ainsi que devant Bertrand Périer, avocat et surtout formateur ici, bien décidé à leur faire prendre confiance en eux dans un délai de six semaines. Prendre la parole et donner de la voix pour changer de vie, c’est le sens du concours Eloquentia, créé en 2013, auxquels participent chaque année jeunes femmes et des jeunes hommes de l’Université de Saint-Denis, tous d’univers, de parcours et de nationalités divers et variés. L’objectif est de devenir le meilleur orateur du département. Aidés par des avocats, des metteurs en scène ou encore des slameurs et des poètes, les participants se préparent tout en apprenant autant sur eux-mêmes que sur les ressorts de la langue française. Portrait d’une jeunesse bien dans ses baskets, qui refuse de se laisser enfermer et combat la fatalité par les mots tout en prenant de l’assurance face à leur(s) interlocuteur(s).

Réalisé par Stéphane de Freitas, né en 1986, À voix haute – La force de la parole a tout d’abord connu une première diffusion en novembre 2016 dans l’émission Infrarouge sur France 2, dans une version courte de 76 minutes. Devant le succès d’audience de ce documentaire (560.000 téléspectateurs), une version longue d’1h35 a donc connu une exploitation dans les salles en avril 2017. Porté par l’engouement des spectateurs et de la critique, À voix haute – La force de la parole aura attiré pas loin de 200.000 spectateurs. Artiste, réalisateur et entrepreneur social, Stéphane de Freitas est également le concepteur du programme de prise de parole Eloquentia et explique pourquoi il a voulu entreprendre ce film militant « Ces jeunes, qu’on stigmatise trop souvent, ont des ressources insoupçonnées. Tous ont des choses passionnantes à dire et à faire. Il était important de garder une trace de leur travail et j’y voyais aussi l’occasion de faire mes débuts à la réalisation d’un long métrage ».

Etant lui-même à l’origine du concours Eloquentia, Stéphane de Freitas, aidé à la réalisation par Ladj Ly, convie le spectateur à faire la rencontre de cette trentaine de jeunes bourrés de talents, charismatiques, immédiatement attachants. Des natures différentes, mais qui se complètent parfaitement et qui font le charme instantané de ce documentaire bourré d’énergie et d’optimisme, qui présente quelques protagonistes en particulier, chez eux, avec leur famille, à mesure que la finale approche. Alors certes, par son dispositif À voix haute – La force de la parole peut faire parfois penser à un radio-crochet, du stand-up ou plus exactement à une émission de téléréalité du style Star Academy où un seul parmi les candidats sera désigné comme étant le grand orateur de l’année. Mais point de voyeurisme ici, encore moins de clichés. La sincérité de Yacine, Leïla, Ouanissa, Franck, Houda, Thomas, Jeremy, Hanane, Camélia, Thomas, Souleïla, Kristina, Eddy (qui allait remporter cette session), Kiss, Elhadj et Johan, leurs sourires, leurs larmes, leurs regards, reflètent déjà un passé, une histoire, un héritage, une force qui leur ont déjà donné des racines bien ancrées dans le monde réel. Et comme tout le monde ils ont la tête pleine de rêves et d’espoirs, et désirent faire entendre ce qu’ils pensent, ce que leurs parents ont vécu ou ce qu’ils ont eux-mêmes connu et fait d’eux les jeunes adultes qu’ils sont aujourd’hui.

Eloquentia est une opportunité pour eux et même s’ils n’atteindront pas la demi-finale, ou même les quarts, au moins leur parole aura été entendue et le dialogue de s’installer en bout de course. A ce titre, il n’y a aucun perdant ici et c’est tant mieux.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray d’À voix haute – La force de la parole, disponible chez TF1 Studio, est disposé dans un boîtier classique de couleur bleue. Le visuel reprend celui de l’affiche du film. Le menu principal est animé sur quelques séquences.

Afin de prolonger le film, l’éditeur propose trois petits modules. Le premier suit Leïla qui se rend à l’université de Californie à Berkeley (3’30), près de San Francisco. L’occasion pour la jeune femme de s’exprimer en anglais lors de la sixième conférence annuelle sur l’islamophobie.

Le second bonus propose une improvisation de Kiss devant les autres étudiants (1’).

Enfin, le dernier supplément propose les interventions de quelques étudiants au Palais de Justice (9’30), dans leur intégralité.

L’Image et le son

Tourné en numérique, À voix haute – La force de la parole bénéficie d’une édition HD, qui parvient à restituer les volontés artistiques, un tournage vif afin de capter la spontanéité des intervenants, avec une belle précision. Le cadre est beau, la colorimétrie scintillante et le relief omniprésent. L’encodage AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le piqué est acéré.

La piste 5.1. est anecdotique et le soutien des latérales n’est palpable que sur les rares séquences tournées en extérieur. Les scènes demeurent essentiellement axées sur les frontales, les latérales se contentant d’un écho très lointain. Pour cause de tournage brut, l’enregistrement sonore varie selon les conditions des prises de vue. Pour une meilleure homogénéité, la stéréo se révèle parfaite, percutante à souhait, cette piste donne finalement plus de corps à l’ensemble. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont au programme.

Crédits images : © Mars Films / TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Et les mistrals gagnants, réalisé par Anne-Dauphine Julliand

ET LES MISTRALS GAGNANTS réalisé par Anne-Dauphine Julliand, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 2 novembre 2017

Production : Edouard de Vésinne

Photographie : Katell Djian, Isabelle Razavet, Laurent Brunet, Alexis Kavyrchine, Matthieu Fabbri

Musique : Rob

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 2017

LE DOCUMENTAIRE

Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual ont entre 6 et 9 ans. Malgré la maladie, ils continuent à rire, jouer, se disputer, rêver. A aimer la vie. Ambre, qui souffre d’hypertension artérielle pulmonaire, se passionne pour le théâtre et les garçons affrontent leur mal avec courage et humour…

Exceptionnel documentaire réalisé par Anne-Dauphine Julliand (auteure de Deux petits pas dans le sable mouillé en 2011 et Une journée particulière en 2013), probablement le plus beau de cette année 2017 et qui nous l’espérons se verra remettre le César en 2018, Et les mistrals gagnants est bouleversant, mais aussi drôle, animé par une immense sensibilité, solaire, positif, durant lequel le spectateur est invité à suivre le quotidien d’une poignée d’enfants atteints de neuroblastome, d’épidermolyse bulleuse, d’insuffisance rénale sévère…Des mots qui font aussi peur que la maladie qu’ils désignent, et pourtant, ces bouts de choux gardent un sourire extraordinaire, s’expriment sur la vie qu’ils croquent à pleines dents, car “être malade, ça n’empêche pas d’être heureux, rien n’empêche d’être heureux” comme le dit l’un des héros (car c’est ce qu’ils sont) de ce film chaudement recommandé.

Ambre souffre d’hypertension artérielle pulmonaire, mais joue du badminton et adore le théâtre. Malgré son neuroblastome, un cancer, Camille (aujourd’hui décédé) a une personnalité énergique et animé par un appétit de vivre très contagieuse. Charles est atteint d’une douloureuse épidermolyse bulleuse, une maladie génétique qui met à vif la moindre parcelle de son épiderme s’il n’est pas protégé. « Ma peau est aussi fragile que les ailes d’un papillon, comme du papier crépon » dit-il. Venu d’Algérie où sa vie était condamnée par la médecine, Imad, atteint de situs inversus (les organes inversés) et d’insuffisance rénale, attend une greffe de rein depuis deux ans. Tugdual, également atteint de neuroblastome, est un peu plus réservé que les autres héros de cette histoire, mais se livre doucement quand il s’épanouit dans son jardin, dont il prend soin avec délicatesse. Ils ont tous entre six et neuf ans et par-dessus tout, vivent dans l’instant, sans se soucier du lendemain.

Avec humour et surtout l’énergie de l’enfance, ils nous prennent par la main, nous invitent à entrer dans leur monde où ils nous font partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves, leurs soins. Sans utiliser de voix-off superflue et envahissante, Anne-Dauphine Julliand, qui a connu la perte de deux de ses enfants des suites d’une maladie orpheline, place la caméra à hauteur de ses gigantesques héros et leur donne la parole. Ce sont eux qui mènent la danse, qui imposent leur rythme aux prises de vues. Et les mistrals gagnants (titre en référence à la chanson Mistral gagnant de Renaud, que l’on entend dans le film) capture ces instants de vies, qui malgré l’adversité, continuent d’éclore. Les pathologies sont diverses, chacun réside dans un endroit différent en France, mais les portraits croisés témoignent de leur envie commune de s’amuser, de jouer, de rire avec leurs copains et leurs familles. Ces moments sont là, précieux. Et quand Anne-Dauphine Julliand filme ensuite ces enfants durant leurs soins intensifs, ils en ressortent grandis, donnant ainsi une vraie leçon de courage aux spectateurs adultes que nous sommes.

On les regarde, on les écoute, fascinés par autant de maturité et de lucidité face à leur maladie. D’une certaine façon, tous nous conseillent de retrouver cette innocence liée à l’enfance, afin de pouvoir vivre intensément l’instant présent. Si les parents et le personnel médical apparaissent parfois dans le cadre, la caméra ne quitte jamais nos protagonistes et reste focalisée sur eux, en s’attachant à de petits détails sensibles, un petit pied qui se balance, une main serrée, en se laissant guider par leur spontanéité. Il aura fallu un an de tournage, chaque enfant ayant été filmé séparément et pendant une dizaine de jours (non consécutifs) au total, à l’aide d’une seule caméra afin de ne pas perturber leur environnement. Sur 110 heures de rushes, Anne-Dauphine Julliand n’en a gardé qu’1h20. Mais ces 80 minutes sont précieuses et s’inscrivent parmi les plus belles vues au cinéma en 2017.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Et les mistrals gagnants, disponible chez TF1 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Si vous avez aimé le film, nous vous conseillons de prolonger cette expérience en visionnant les suppléments présents sur ce Blu-ray.

Commencez par la formidable interview d’Anne-Dauphine Julliand (32’). Lumineuse et élégante, la réalisatrice aborde chaque étape qui l’ont mené à son premier documentaire, mais aussi et surtout sur les conditions de tournage. Avec des mots percutants et une immense sensibilité, Anne-Dauphine Julliand évoque les thèmes d’Et les mistrals gagnants, son propre vécu (elle a malheureusement perdu deux enfants atteints d’une maladie orpheline), la rencontre avec le producteur Edouard de Vésinne, le financement du film (un budget en grande partie couvert par près de 1 800 donateurs dans le cadre d’un financement participatif sur internet), les partis pris et ses intentions. Elle aborde également la rencontre avec les jeunes protagonistes, ses doutes (la peur de filmer frontalement certaines scènes du quotidien, comme le bain spécial du petit Charles), le rapport de confiance qui s’est instauré immédiatement avec les enfants et leur naturel face à la caméra. Enfin, Anne-Dauphine Julliand parle du titre, extrait des paroles de la chanson de Renaud, Mistral gagnant. Contactés, l’interprète et sa maison de disques ont alors tout fait pour lui faciliter l’utilisation du titre et de la chanson. Très émue, la réalisatrice clôt cet entretien en revenant sur l’accueil chaleureux des spectateurs.

C’est ensuite au tour du producteur Edouard de Vésinne de revenir sur Et les mistrals gagnants (16’). Si quelques propos font inévitablement redondance avec ce qui a été entendu précédemment, cette interview parvient malgré tout à la compléter. Nous retiendrons également la délicatesse du producteur, qui se souvient de sa rencontre avec Anne-Dauphine Julliand et comment cette dernière a su le convaincre de plonger avec elle dans cette aventure, alors qu’il n’avait jamais produit de documentaire. Les conditions de production et des prises de vue, les thèmes, les intentions de la réalisatrice, Edouard de Vésinne revient posément sur ces sujets, en indiquant qu’il s’agit d’une des expériences les plus intenses de sa carrière.

La bouille du petit Imad reste en tête après avoir vu le film. Nous le retrouvons ici dans une interview (10’) réalisée par Thierry Demaizière pour l’émission Sept à Huit, diffusée le 22 janvier 2017. Une introduction rappelle qu’Imad était en phase terminale en Algérie, avant que le petit garçon soit sauvé grâce à une campagne participative, qui a permis de recueillir des fonds, afin de l’envoyer se faire soigner en France. Drôle, franc, spontané, Imad répond aux questions du journaliste avec un naturel aussi éclatant que dans Et les mistrals gagnants. Une nouvelle leçon de sagesse, d’optimisme et de courage (« Dans la vie faut jamais se plaindre !  Vous pouvez quand même pleurer parfois car ça fait du bien ! »), durant laquelle Imad explique quelle est sa maladie.

L’interactivité se clôt sur trois modules vidéo (5’ au total) qui compilent les réactions de spectateurs à la sortie du cinéma (à Paris, Nîmes et des lycéens), la bande-annonce et un montage de projets d’affiches.

L’Image et le son

Tourné en numérique, Et les mistrals gagnants bénéficie d’une édition HD, qui parvient à restituer les volontés artistiques, un tournage vif à hauteur d’enfant afin de capter leur spontanéité, avec une belle précision. Le cadre est beau, la colorimétrie scintillante et le relief omniprésent. L’encodage AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le piqué est acéré, les ambiances chaudes et les contrastes denses.

La piste 5.1. est anecdotique et le soutien des latérales n’est palpable que sur les rares séquences tournées en extérieur, ainsi que lors de l’utilisation de la chanson de Renaud. Les scènes demeurent essentiellement axées sur les frontales, les latérales se contentant d’un écho très lointain. Pour cause de tournage brut, l’enregistrement sonore varie selon les conditions des prises de vue. Pour une meilleure homogénéité, la stéréo se révèle parfaite, percutante à souhait, cette piste donne finalement plus de corps à l’ensemble. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont au programme.

Crédits images : © Nour FilmsCaptures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD, Visages, villages, réalisé par Agnès Varda et JR

VISAGES, VILLAGES réalisé par Agnès Varda et JR, disponible en DVD et Blu-ray le 22 novembre 2017 chez Le Pacte

Avec :  Agnès Varda et JR

Musique : Matthieu Chedid

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences.

55 ans les séparent. Pourtant, JR, artiste contemporain né en 1983, spécialisé dans la technique du collage photographique et Agnès Varda, réalisatrice, photographe et plasticienne née en 1928 se ressemblent énormément et sont constamment inspirés par les gens. Ceux dont ils capturent les visages, les gestes, parfois avortés, les héros du quotidien. JR et Agnès Varda décident de sillonner les routes de France à bord de la camionnette-studio du street-artist. Ils désirent aller à la rencontre des gens, leur parler, les photographier, développer les photos et les afficher en grand dans leurs lieux de vie. JR et Varda croisent des ouvriers, des agriculteurs, une serveuse. Agnès Varda voudrait également que JR montre enfin ses yeux, toujours dissimulés derrière des lunettes noires.

Si Agnès Varda a imprimé sur pellicule les yeux et les rides de comédiens professionnels comme ceux des petites gens dans ses documentaires, JR a fait de même avec du papier collé sur des châteaux d’eau, des wagons, des façades vierges, des portes et des escaliers du monde entier. Amoureux de la vie et débordant d’énergie, même si la grande petite dame du cinéma français qui avoisine les 90 ans trottine plus qu’elle ne marche aujourd’hui, les deux complices font preuve d’une réelle alchimie tant dans leur démarche artistique que dans la vie de tous les jours, JR apparaissant finalement comme le petit-fils spirituel de la cinéaste.

« L’art est public » pourrait-on dire en visionnant Visages, villages, bien plus attachant et surtout plus intéressant que les deux derniers longs métrages de Raymond Depardon, Journal de France (2012) et Les Habitants (2016), qui se regardaient filmer en se reposant sur ses lauriers. On peut reprocher à Visages, villages son côté mis en scène, son manque de spontanéité, des propos trop écrits et mollement récités par JR en postsynchronisation, finalement bien plus à l’aise quand il entreprend de coller lui-même des poissons géants en haut d’un échafaudage, sans oublier l’aspect énervant quand Agnès Varda et son acolyte en font trop dans l’émotion que l’on sent factice, gros soucis du dernier acte? Pourtant, le charme n’a de cesse d’agir. Visages, villages, « collage » et road-trip né de la rencontre entre Agnès Varda et JR organisée par Rosalie Varda, la fille de la réalisatrice, emmène JR en territoire inconnu, la campagne française, lui qui oeuvre principalement dans l’environnement urbain. Deux univers opposés, même si Agnès Varda a souvent filmé la ville, ses rues et leurs surprises (Cléo de 5 à 7, Daguerréotypes, Les Dites cariatides), se confrontent, dialoguent et s’apprivoisent immédiatement grâce au même amour pour les gens qu’ils croisent sur la route et sur certains chemins perdus.

Agnès Varda et JR atterrissent donc dans des endroits reculés, tandis que la camionnette customisée en cabine de photomaton géante attire la population, qui se prête ensuite au jeu des projets improvisés des deux artistes, en donnant la parole aux protagonistes, en particulier aux femmes, comme cette formidable séquence avec les épouses des dockers du Havre. C’est ce qui fait la réussite de cette entreprise, qui parvient finalement à trouver le bon équilibre entre la mise en avant des français et l’aspect autobiographique, qui relie finalement Visages, villages aux merveilleuses Plages d’Agnès, comme une fable sur le temps qui passe. Si les souvenirs d’Agnès Varda sont bien vivants dans sa tête et que la cinéaste en emmagasine d’autres avant que ses yeux, qui s’affaiblissent plus chaque jour, ne puissent plus rien imprimer, JR parvient grâce à son art à les ramener de manière éphémère à la réalité. C’est beau, universel, poétique et poignant.

LE DVD

Le test du DVD de Visages, villages, disponible chez Le Pacte, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Une toute petite interactivité pour cette édition.

Dans Visages, villages, Agnès Varda compare JR à Jean-Luc Godard, qui avait accepté d’ôter ses célèbres lunettes fumées pour jouer dans l’un de ses courts-métrages, Les Fiancés du pont Mac Donald ou (Méfiez-vous des lunettes noires), mini-film burlesque extrait de Cléo de 5 à 7 (1961) dans lequel « un jeune homme voit la vie en noir quand il porte des lunettes noires. Il lui suffit de les ôter pour que les choses s’arrangent ». Un extrait est d’ailleurs inséré lors de cette scène. Le Pacte propose de visionner ce court-métrage muet, en N&B et virevoltant dans son intégralité (5’). L’occasion d’admirer encore et toujours les complices d’Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Sami Frey, Danielle Delorme, Eddie Constantine et Yves Robert, sur une improvisation musicale de Michel Legrand.

S’ensuivent deux scènes coupées ou allongées, la cabine de plage (4’) et le Département de lettres modernes (3’30).

Cette section se clôt sur une visite de Matthieu Chedid dans le refuge d’Agnès Varda, rue Daguerre (3’30), le teaser et la bande-annonce du film.

L’Image et le son

Dommage de ne pas avoir reçu l’édition HD, car Visages, villages bénéficie d’une édition DVD déjà soignée, qui parvient à restituer les belles images glanées par Agnès Varda et JR tout au long de leurs pérégrinations. La profondeur de champ impressionne, le cadre est très élégant, la colorimétrie scintillante et le relief omniprésent. L’encodage consolide l’ensemble avec fermeté, le piqué est appréciable, les noirs compacts, les ambiances chaudes et les contrastes denses.

A première vue, ou devrait-on dire plutôt à l’oreille, le choix d’une piste Dolby Digital 5.1 pouvait peut-être déconcerter quelque peu pour un film de cet acabit. Pourtant, force est d’admettre que cette option parvient à mettre Visages, villages en valeur avec de belles ambiances intelligemment spatialisées. Les éléments naturels ne manquent pas (le vent, la mer) quand Agnès Varda et JR s’arrêtent pour rencontrer certains habitants, tandis que les voix des protagonistes demeurent constamment claires. Cette piste est donc bien plus qu’une alternative à la piste Stéréo, également de haute qualité. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Le Pacte / Ciné-Tamaris / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Le Complexe de Frankenstein, réalisé par Alexandre Poncet et Gilles Penso

LE COMPLEXE DE FRANKENSTEIN réalisé par Alexandre Poncet et Gilles Penso, disponible en DVD et Blu-ray le 27 septembre 2017 chez Carlotta Films

Acteurs : Rick Baker, Joe Dante, Guillermo Del Toro, Mick Garris, Alec Gillis, Steve Johnson, John Landis, Greg Nicotero, Kevin Smith, Phil Tippett, Chris Walas, Matt Winston, Tom Woodruff Jr.…

Scénario :  Gilles Penso, Alexandre Poncet

Photographie : Gilles Penso, Alexandre Poncet

Musique : Alexandre Poncet

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2015

LE FILM

Les créatures fantastiques n’ont jamais été aussi populaires qu’aujourd’hui, comme le prouvent les triomphes d’Avatar, Jurassic World, La Planète des singes ou Star Wars. Depuis les prémices du 7e art jusqu’aux dernières révolutions numériques, Le Complexe de Frankenstein explore plus d’un siècle d’expérimentations dans le domaine des effets spéciaux, mettant ainsi en lumière, aux côtés des monstres les plus célèbres, la personnalité de leurs créateurs, véritables héritiers du Docteur Frankenstein. Le film célèbre un art unique, fragilisé par l’envol des nouvelles technologies numériques.

Passionnés des effets spéciaux, amateurs du cinéma fantastique et d’épouvante, ou tout simplement camarades cinéphiles, le documentaire Le Complexe de Frankenstein est fait pour vous ! Pendant trois ans, de 2013 à 2015, Gilles Penso, monteur, scénariste, journaliste (L’Ecran Fantastique et Sonovision) et Alexandre Poncet, journaliste (Mad Movies, Freneticarts qu’il a co-fondé en 2008), monteur, compositeur, ont produit et réalisé ce film sensationnel sur les créatures au cinéma, mais aussi et surtout sur ceux qui se cachent derrière ces monstres avec lesquels chacun a grandi et développé son propre univers. Six ans après Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux, écrit et réalisé par Gilles Penso, produit par Alexandre Poncet, les deux complices ont décidé d’élargir leur réflexion sur les méthodes utilisées dans le cinéma de genre qui ont donné vie aux personnages emblématiques des années 1970 à nos jours, en allant à la rencontre d’artistes exceptionnels, devenus aussi incontournables que mythiques. Ce sont eux qui ont contribué au succès et même à la postérité des films auxquels ils ont participé, en leur apportant leur immense talent.

Ainsi, à l’écran se succèdent quelques pères fondateurs et fils spirituels : Rick Baker (Le Loup-Garou de Londres, Thriller, Le Grinch, Wolfman), Steve Johnson (Fog, Hurlements, S.O.S. Fantômes, Abyss), Greg Nicotero (Le Jour des morts-vivants, Evil Dead 2, Phantasm 2, Une nuit en enfer), Dennis Muren (Rencontres du troisième type, Terminator 2 – Le Jugement dernier, Jurassic Park, Twister), Phil Tippett (La Guerre des étoiles, la trilogie RoboCop, Starship Troopers, Willow), Alex Gillis et Tom Woodruff Jr. (Aliens – le retour, Leviathan, La Mort vous va si bien, Jumanji), Chris Walas (Piranha, Gremlins, La Mouche, Arachnophobie), Matt Winston (fils de feu Stan Winston), Mike Elizalde (Total Recall, Darkman, Hellboy, Fantômes contre fantômes) et les frères Chiodo (Critters, Team America, police du monde), ainsi que les réalisateurs John Landis, Joe Dante, Guillermo del Toro, Christophe Gans, Kevin Smith. Ces illustres noms s’entrecroisent à travers la présentation de leur spécialité, de leur passion toujours intacte, de leurs œuvres devenues cultes. Mais à travers leurs propos et leur propre définition du monstre au cinéma, une réflexion naît sur l’évolution d’un métier, d’un art, qui n’a eu de cesse d’évoluer au fil des années et où les images de synthèse ont peu à peu pris le pas sur les animatroniques, marionnettes, prothèses, mannequins, costumes, maquettes et animations image par image, depuis Abyss, Terminator 2 – Le Jugement dernier et Jurassic Park. Une avancée technologique inéluctable et même impitoyable pour certains, au point que le célèbre maquilleur Rob Bottin (The Thing, Legend, Fight Club) a purement et simplement quitté l’industrie du cinéma depuis 2003, en raison du manque de respect visàvis de la profession. Si ce dernier est sans cesse évoqué, il n’apparaît que brièvement via quelques images d’archives.

De son côté, Phil Tippett revient sur le fait d’avoir été pris au dépourvu sur Jurassic Park avec l’animation de ses dinosaures en CGI. Un essor technologique qui l’a fait entrer en dépression, dont il est heureusement sorti avec l’envie de prendre finalement le train en marche et pour ainsi prouver qu’il n’était pas d’être mis à la casse. Le Complexe de Frankenstein, titre qui fait évidemment référence à la création d’un monstre par le Dr Frankenstein et donc le fait d’engendrer un être venu de l’imagination, qui est ensuite né des mains de son créateur, ne rend donc pas seulement hommage à ces artistes dont les doigts de fée ont curieusement donné naissance à des monstres souvent cauchemardesques, mais pose la question sur le devenir d’une technique par rapport à l’autre, d’autant plus depuis l’arrivée de la motion-capture et la création du personnage de Gollum pour Le Seigneur des Anneaux, ainsi que le monde et les personnages d’Avatar de James Cameron.

Etant donné que l’animation numérique est capable de tout créer aujourd’hui – ou presque diront certains – comment continuer à stimuler l’imagination et à créer l’émerveillement des spectateurs au cinéma ? Les techniques d’animation peuvent-elles coexister puisqu’elles évoluent sans cesse chacune de leur côté ? Sur un montage intelligent qui ne se contente pas d’aligner les propos et anecdotes de tournage de ses intervenants, Le Complexe de Frankenstein invite donc le spectateur à se poser lui-même ces questions. Les deux réalisateurs ont préféré faire confiance à l’investissement de leur audience, sans leur imposer une voix-off ostentatoire qui aurait eu comme effet de créer une redondance avant ou après les interventions de chaque invité, tout en limitant les extraits de films abordés.

Non seulement Le Complexe de Frankenstein caresse la fibre nostalgique, mais le documentaire flatte aussi et surtout le coeur et l’esprit en convoquant ces hommes de l’ombre, tout en proposant quelques focus sur quelques-unes de leurs plus belles progénitures. Frissons garantis quand la caméra se pose devant diverses sculptures, maquettes 3D, ou bien un Predator, un Alien, quelques dinosaures de Jurassic Park, des créatures de Starship Troopers et même le célèbre ED-209 de RoboCop animé pour l’occasion par Phil Tippett en stop-motion. Ces personnages paraissent bien sages accrochés sur un mur, mais leur aura reste intacte.

Alors merci à ces génies, qui ont su garder leur âme d’enfant pour mieux stimuler la nôtre, et merci à Gilles Penso et Alexandre Poncet pour ce film indispensable – et surtout optimiste quant à « l’entente » entre les méthodes – qui fera date et que les passionnés que nous sommes préserverons précieusement.

LE BLU-RAY

Les éditions double DVD et Blu-ray/+DVD de suppléments du Complexe de Frankenstein, sont disponibles chez Carlotta Films. Les disques reposent dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui liseré orange. Le menu principal est élégant et musical.

Le premier disque, le Blu-ray, contient tout d’abord un formidable commentaire audio des réalisateurs Alexandre Poncet et Gilles Penso, réalisé fin décembre 2016. Enjoués, dynamiques et très heureux de leur nouveau « bébé », les deux amis et collaborateurs reviennent sur tous les aspects du Complexe de Frankenstein, qui leur a demandé trois ans de travail. La genèse du projet, le titre, les étapes de la réalisation, leurs intentions (démontrer qu’il ne s’agissait pas d’un sujet de niche, ni d’un « bonus » de DVD), la création du générique, Les conditions de tournage, l’évolution du montage, les scènes coupées, les partis-pris, la création de la musique par Alexandre Poncet et encore bien d’autres thèmes sont abordés pendant près d’1h45, sans aucun temps mort et avec une passion extrêmement contagieuse ainsi qu’une spontanéité revigorante.

Alors évidemment, certains propos du commentaire précédent sont repris dans l’excellent documentaire rétrospectif du film, intitulé L’Odyssée de Frankenstein (55’). Gilles Penso et Alexandre Poncet sont forcément de retour, face caméra cette fois, et abordent la création, le tournage et le montage du Complexe de Frankenstein. C’est ici l’occasion de découvrir des images « laissées sur le banc de montage », qui complètent parfois certaines séquences du film, tout comme divers propos des deux complices qui prolongent également certains sujets abordés dans leur commentaire, comme leur répartition des tâches. Quelques images des rushes, du tournage proprement dit, ainsi que de la présentation du film au Paris International Fantastic Film Festival, une projection qui a marqué les réalisateurs puisque les attentats du Bataclan venaient juste de secouer la France, viennent également illustrer ce très bon module.

Le segment Artisanat numérique (15’) rend un petit hommage aux « hommes de l’ombre » qui ont participé au documentaire de Poncet/Penso (tiens, ça sonne comme Jeunet/Caro !), à savoir Laurent Brett, superviseur des génériques, Orphée-Timothée Marle Ouvrard, superviseur de la post-production, Jérémy Tosseghini, designer du générique. Ces entretiens reviennent sur les séquences qui ont pu donner du fil à retordre à l’instar de l’interview de Rick Baker, dont le rétro-éclairage de l’artiste créait un balayage qui pouvait rendre les images inutilisables, tout comme le bruit de la tondeuse du voisin de Joe Dante qui prenait le dessus sur les propos du maître. Heureusement, le talent des collaborateurs de Poncet/Penso ont pu sauver tout cela en post-production. La restauration des archives, les effets de transitions, l’habillage et la création du générique sont également abordés.

Merci à l’éditeur de nous proposer la bande originale élégante et inspirée composée par Alexandre Poncet lui-même (64’) !

L’interactivité du Blu-ray se clôt sur une large et précieuse galerie de photos du film, des coulisses et du tournage, qui nous permet de mieux observer les accessoires, maquettes, dessins et autres créations de ces merveilleux artistes. La bande-annonce du film est aussi au programme.

Mais attendez, ce n’est pas terminé, loin de là ! Carlotta Films intègre une deuxième galette, un DVD remplit de bonus !

Pour les besoins du film, Poncet/Penso ont bien évidemment été obligés de raccourcir certains entretiens ou leurs visites dans quelques ateliers de création. Ce DVD propose quatre rencontres en « version longue », celles avec Rick Baker (9’), Tom Woodruff Jr. et Alec Gillis (13’), Kevin Yagher (14’) et Charlie Chiodo (12’). Les passionnés ne manqueront pas de visionner ces segments constitués de nouveaux propos (tous s’accordent à dire que les différentes techniques peuvent et doivent coexister) et surtout d’images inédites, notamment Rick Baker qui se penche sur quelques-unes de ses créations (Le Loup-Garou de Londres, Thriller, Gremlins 2, Mon ami Joe, Men In Black), tout comme Tom Woodruff Jr. et Alec Gillis dans l’enceinte d’Amalgamate Dynamics inc. (Alien, la résurrection, AVP: Alien vs. Predator, Tremors).

De son côté, Kevin Yagher nous présente quelques poupées Chucky, mais aussi les corps créés pour la scène de l’échange des visages dans Volte/Face de John Woo (très impressionnant), le visage et le corps de Freddy (et du Freddy-Snake) pour les opus 2 et 3 des Griffes de la nuit, sans oublier le personnage « présentateur » des célèbres Contes de la Crypte et les corps aperçus dans la série Bones. Charlie Chiodo nous présente quant à lui de nombreux dessins et storyboards, tout en réalisant un dessin de monstre pour les deux réalisateurs.

S’ensuit une rencontre avec Sacha Feiner (10’) grand passionné de l’univers des Gremlins, au point d’être devenu probablement l’un des plus grands collectionneurs de tout ce qui concerne l’univers des créatures apparues dans le film de Joe Dante en 1984. Sacha Feiner nous présente les pièces les plus précieuses, mais aussi les plus laides (ce sont ses mots) et insolites qui ornent les vitrines, étagères et même les pièces entières de son domicile. Entre les fausses poupées Gyzmo, les contrefaçons, les jouets ratés, les comic books, les véritables marionnettes ayant servi pour les deux films, ainsi que les objets qu’il a lui-même restaurés, scannés et repeints, ne manquez pas cette petite visite gratuite et laissez votre pourboire en sortant.

Après, précipitez-vous sur une des rencontres indispensables de cette édition, celle avec le réalisateur Christophe Gans (36′). Cette formidable approche sur les monstres au cinéma est proposée dans son intégralité, là où quelques propos seulement apparaissaient dans Le Complexe de Frankenstein. Christophe Gans évoque tour à tour la création de la Bête dans son remake du film de Jean Cocteau (avec quelques anecdotes de tournage), les artistes et films qui l’ont marqué (Rob Bottin, Legend de Ridley Scott, les performances d’Andy Serkis chez Peter Jackson, les voix de Christopher Lee, Boris Karloff et de Béla Lugosi, le visage de Ron Perlman, La Mouche de David Cronenberg, Phil Tippett, James Cameron), l’importance de concilier les différentes techniques d’effets spéciaux afin de préserver la magie du septième art. Respiration. Christophe Gans aborde également la notion du monstre au cinéma, de Méliès à aujourd’hui, son propre rapport aux créatures, de ses débuts dans le film Necronomicon, réalisé avec Brian Yuzna et Shūsuke Kaneko en 1988, jusqu’à l’avènement des effets numériques utilisés dans sa version de La Belle et la Bête, même s’il tient à rappeler que le visage de la Bête a bien été créé de toutes pièces avant d’être scannée. Ecouter Christopher Gans est comme assister à une masterclass à chacune de ses interventions.

Place aux artistes américains Steven Johnson et John Vulich, à qui le segment est d’ailleurs dédié puisque ce dernier est décédé en 2016, deux jours après son 55e anniversaire. Le « designer creatures » de S.O.S. Fantômes, Abyss et Spider-Man 2, s’entretient donc avec celui des séries Buffy contre les vampires, X-Files et Babylon 5 dans une version étendue, sur leurs heures de gloire et l’évolution de la technique des effets spéciaux au cinéma et à la télévision (7’).

Même chose, la rencontre entre Joe Dante et John Landis est ici prolongée (6’ au total), chacun revenant sur les mêmes sujets abordés dans le segment précédent. On notera comment les deux se moquent gentiment des films de leur confrère Roland Emmerich, surtout de 2012. Quand John Landis déclare que la scène où John Cusack tente de s’enfuir devant la faille de San Andreas est « tellement idiote », Joe Dante répond que « cela fait de bonnes bandes-annonces ».

En avril 2016, à l’occasion d’une projection du Complexe de Frankenstein au cinéma de la Guilde des réalisateurs à Los Angeles, dans le cadre du Festival de Colcoa, Gilles Penso et Alexandre Poncet ont été invités à répondre à quelques questions, au cours d’une rencontre animée par Joe Dante lui-même (19’). Alors certes les propos tenus ici font inévitablement écho avec tout ce qui a déjà été entendu au cours du commentaire audio, du making of et des modules du second disque, mais l’expérience est étonnante et le public français peut être fier des deux réalisateurs. On apprend également qu’ils préparent actuellement deux documentaires. Le premier sur le vingtième anniversaire de Starship Troopers, grâce à 16 heures de rushes confiées par l’animateur Phil Tippett, et le second consacré à ce dernier lui-même ainsi qu’à son studio, sans oublier un livre sur leur travail sur Star Wars.

On termine par une masterclass de Guillermo del Toro (22’). En juillet 2016, le réalisateur reçoit le Prix Cheval Noir au Festival Fantasia de Montréal. Invité d’honneur, Guillermo del Toro présente Le Complexe de Frankenstein (« un film de fans pour les fans ») et revient en fin de projection pour une masterclass aussi drôle qu’intelligente et passionnée. Il se souvient de sa première « rencontre » avec les monstres au cinéma et sur ce qui lui a donné cet amour pour les créatures qui se perpétue dans chacun de ses films. Guillermo del Toro ne manque pas d’évoquer les artistes qui le fascinent depuis son enfance, sur les monstres qui peuplent ses œuvres et de la manière avec laquelle ils ont été réalisés. Le cinéaste prône d’ailleurs la fusion entre les différentes techniques d’animation.

Attention, deux bêtisiers très contagieux sont dissimulés sur le Blu-ray.

Pour accéder au premier, allez sur le sous-menu des suppléments. Placez le curseur sur L’Odyssée de Frankenstein puis appuyez sur la flèche de gauche. Un visuel apparaît. Validez. Il s’agit de prises ratées de présentations réalisées par les deux réalisateurs pour divers festivals où ils n’avaient pas pu se rendre. Premier fou rire (4’30).

Le second, toujours dans le même sous-menu des suppléments, se trouve sur la gauche des Credits. Validez le visuel. Il s’agit cette fois d’un délire que Poncet/Penso se sont tapés sur leur banc de montage, en créant une transition kitsch héritée d’une publicité avec Jeff Goldblum. D’où l’intitulé « la Goldblouche ». Deuxième fou rire (4’).

L’Image et le son

Essentiellement tourné en numérique au moyen d’un Canon 5D, Le Complexe de Frankenstein débarque en Blu-ray (1080p, AVC), un format qui sied à merveille aux précieuses images recueillies par Poncet/Penso. Le master HD est étincelant. Les protagonistes apparaissent clairement, les couleurs sont très belles, le relief palpable, le piqué incisif et certains gros plans sur les maquettes et accessoires se révèlent d’une précision d’orfèvre. Les quelques extraits de films et archives de tournage qui illustrent ce documentaire ont vraisemblablement subi un dépoussiérage afin d’offrir aux spectateurs le meilleur confort possible.

Le documentaire est proposé en DTS-HD Master Audio 5.1. Dans un premier temps, la spatialisation peut sembler limitée et l’essentiel de ce mixage demeure focalisé sur la centrale d’où sont exsudés avec force, les commentaires du film, mais c’était sans compter l’accompagnement musical très présent. L’ensemble est plutôt riche, les latérales parviennent à instaurer une atmosphère plaisante, y compris lorsque les prises de son ont été réalisées dans des conditions restreintes. Le caisson de basses parvient à tirer son épingle du jeu.

Crédits images : © 2015 FRENETIC ARTS. Tous droits réservés. / Carlotta Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Magnus, réalisé par Benjamin Ree

MAGNUS réalisé par Benjamin Ree, disponible en DVD le 5 septembre 2017 chez Pretty Pictures

Acteurs : Magnus Carlsen, Garry Kasparov, Viswanathan Anand…

Scénario : Linn-Jeanethe Kyed, Benjamin Ree

Photographie : Øyvind Asbjørnsen, Magnus Flåto, Vanchinathan Murugesan, Benjamin Ree

Musique : Uno Helmersson

Durée : 1h15

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

En 2004, à l’âge de 13 ans, Magnus Carlsen décide qu’il deviendra champion du monde d’échecs. A mesure qu’il s’épanouit, le jeune prodige gravit les échelons du classement international, au prix de sacrifices personnels, mais aussi grâce au soutien de ses amis, et d’une famille très impliquée dans sa carrière.

Il fallait bien un film-documentaire rétrospectif pour raconter le destin du norvégien Magnus Carlsen, connu sous le nom du Mozart des échecs. Tout simplement et sobrement intitulé Magnus, le documentaire réalisé par son compatriote Benjamin Ree se penche sur ce véritable phénomène national devenu mondial, en compilant des archives personnelles provenant de la famille de Magnus, avec des images provenant de compétitions internationales, ainsi que de très rares interventions de la famille de l’intéressé et de Magnus lui-même. Des photos et films de vacances sur lesquels Magnus est montré comme un enfant « à part », dans son monde, perdu dans ses pensées, à l’écart, jusqu’à sa découverte des chiffres et la révélation des échecs grâce à son père, le film s’intéresse à l’un des êtres les plus extraordinaires de ces vingt dernières années.

Loin de tout académisme, Magnus est souvent filmé comme un véritable match de boxe. Entre les dernières réflexions quelques minutes avant « l’entrée sur le ring », jusqu’à l’escorte avec son père (omniprésent, tout comme sa famille qui n’est jamais bien loin) et de ses conseillers jusque devant la table où repose l’échiquier sur lequel reposeront toutes les attentions, Magnus est devenu en quelques années le plus grand de sa catégorie à l’instar d’un sportif qui aurait remporté toutes les médailles jusqu’au Saint Graal espéré. Né le 30 novembre 1990, Magnus Carlsen évolue devant l’écran à travers une mosaïque d’images revenant sur chaque étape décisive de sa vie. Ainsi, le petit garçon effacé de 1994, qui se tient loin de ses sœurs devient par la magie du montage une petite vedette dans sa catégorie, puis continue son chemin jusqu’à devenir grand maître international, numéro un mondial au classement Elo et champion du monde en titre. Au-delà de sa dimension documentaire, Magnus se suit comme une histoire sur une personnalité hors-du-commun.

Bercé par de nombreux films de genre, le cinéphile pourra trouver une dimension quasi-fantastique au personnage principal, doté d’une mémoire qui dépasse l’entendement à l’instar du challenge relevé par Magnus en 2013. Invité par la prestigieuse université d’Harvard, Magnus Carlsen, les yeux bandés, doit affronter dix des meilleurs avocats joueurs d’échecs au monde. Ainsi, il doit mémoriser la position de 320 pièces et déplacements, tout en calculant dix coups et contre-attaques par échiquier. Pari relevé, Magnus remporte ses dix victoires. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui sont abordés au fil de ce documentaire, où les défaites ne sont pas oubliées, ainsi que les moments où Magnus perd pied et craque sous la pression.

Dix ans auparavant, en 2004, Magnus, s’installe calmement et attend son adversaire qui n’est autre que Garry Kasparov. Si l’enfant est éliminé dès le premier tour, ce n’est pas sans mal et le champion du monde et d’échecs connaît quelques sueurs froides, largement relayées dans les médias. Désormais, le jeune Magnus Carlsen est observé dans le monde entier et devient grand maître à l’âge de 13 ans. Il faudra attendre 2013 après être devenu le champion du tournoi des candidats de Londres et le nouveau prétendant au titre de champion du monde, pour que Magnus affronte l’indien Viswanathan Anand et atteigne l’objectif qu’il s’était fixé depuis sa plus tendre enfance.

A l’écran, le petit garçon s’affirme et devient un homme, semble s’apaiser à mesure qu’il prend son envol. Magnus est un documentaire remarquable, un récit initiatique doublé d’un document sportif et même sociologique. Court (75 minutes montre en main sur plus de 500 heures filmées en dix ans), mais dense et passionnant du début à la fin.

LE DVD

Nous devons la sortie en DVD de Magnus à l’éditeur/distributeur Pretty Pictures. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur noire. La jaquette est attractive, le menu principal animé et musical.

L’éditeur ne vient pas les mains vides. Le premier supplément est une interview cool et décontractée du réalisateur Benjamin Ree (12’) réalisée en Norvège pour annoncer la sortie du film au cinéma, notamment pour la Première au Festival de Tribeca. L’invité en dit un peu plus sur sa rencontre avec Magnus Carlsen, la genèse du projet, ses intentions et l’évolution de Magnus au fil des années passées à ses côtés.

Si vous faites partie des 600 millions de joueurs d’échecs dans le monde, alors vous vous dirigerez sur le second supplément puisque Magnus Carlsen y donne quelques leçons pour aider ceux qui voudraient débuter, ou pour conseiller ceux qui souhaiteraient se perfectionner (21’).

L’Image et le son

Difficile de juger une image comme celle de Magnus puisque le film est un collage de différentes sources vidéo analogiques et numériques. Dans l’ensemble, la copie est très propre, nette, les contrastes affirmés. La gestion du piqué est aléatoire et dépend des conditions de prises de vues.

Le mixage Dolby Digital 5.1 instaure un excellent confort acoustique. La musique est constamment spatialisée, les effets latéraux naturels et convaincants (applaudissements, ambiances avant et après les divers championnats), les voix bien délivrées par la centrale et les frontales en grande forme. La Stéréo conviendra aisément à ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Les sous-titres français sont imposés.

Crédits images : © Pretty Pictures / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Rocco, réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai

ROCCO réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai, disponible en combo DVD-Blu-ray le 4 avril 2017 chez TF1 Vidéo

Acteurs : Rocco Siffredi, Rozsa Tano, Gabriele Galetta, Kelly Stafford, Mark Spiegler, Abella Danger, John Stagliano

Photographie : Alban Teurlai

Musique : Pierre Aviat

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

En trente ans de carrière, Rocco Siffredi reste la plus grand star masculine du cinéma pornographique. Ses amis disent qu’il a deux vies, celle de père de famille et celle de propriétaire d’un titre, d’un mythe. Lui-même dit avoir payé le prix fort dans sa vie personnelle. A 50 ans, il décide de mettre un terme à sa carrière avec un dernier long métrage. Alors que le film se prépare, le hardeur dévoile les raisons qui l’ont poussé à arrêter, les difficultés de sa vie de famille et le rôle ambigu que la nymphomanie a joué dans sa vie…

Né le 4 mai 1964 dans les Abruzzes, Rocco Tano alias Rocco Siffredi, pseudo venant du personnage incarné par Alain Delon dans Borsalino, est l’homme de tous les records dans le domaine de la pornographie. Depuis ses débuts en 1986, on lui prête plus de 5000 partenaires à l’écran et plus de 1500 films. Quant à la taille de, vous savez, cela oscille entre 23 à 25 cm, probablement en raison de la météo, et cela a largement contribué à sa réputation. Réalisateur, producteur et surtout acteur de films pornographiques, Rocco Siffredi est devenu une marque de fabrique. Spécialisé dans le style gonzo, qui inclut des scènes violentes avec gifles et même crachats à la tête de celle qui passe entre ses griffes, Rocco Siffredi est à la pornographie ce que Mike Tyson est à la boxe : une légende vivante. Sa mère aurait voulu qu’il soit curé, il est devenu acteur porno avec sa bénédiction, consacrant sa vie à un seul dieu : le Désir. En trente ans de métier, Rocco Siffredi aura visité tous les fantasmes de l’âme humaine et se sera prêté à toutes les transgressions. Hardeur au destin exceptionnel, Rocco plonge dans les abîmes de son addiction au sexe et affronte ses démons dans ce documentaire en forme d’introspection. Le moment est aussi venu, pour le monstre sacré du sexe, de raccrocher les gants. Pour tourner la dernière scène de sa carrière, Rocco a choisi ce documentaire. Une galerie de personnages – famille, amis, partenaires et professionnels du porno – l’accompagne jusqu’à cette sortie de scène spectaculaire. Des repas de famille à Budapest aux tournages de films pornographiques à Los Angeles, des ruelles italiennes d’Ortona aux villas américaines de la Porn Valley, le film déroule l’histoire d’une vie hantée par le désir et révèle en filigrane les coulisses du X, derrière le scandale et l’apparente obscénité. À l’heure où la pornographie sort de la clandestinité, envahit le cinéma traditionnel, la mode et l’art contemporain, c’est un univers à part entière, filmé au plus près, qui se dévoile à travers le parcours de Rocco Siffredi.

Après avoir tourné Relève : histoire d’une création, un documentaire sur le danseur et chorégraphe Benjamin Millepied, les réalisateurs Thierry Demaizière et Alban Teurlai se voient proposer un film sur la pornographie américaine. D’abord perplexes, les deux collaborateurs acceptent et prennent comme partis pris de se focaliser sur Rocco Siffredi et de suivre l’acteur porno pendant deux ans, avec son accord, dans sa vie privée, auprès de son épouse et de ses deux fils, mais également sur le plateau avec ses partenaires, sans oublier les moments où Siffredi se retrouve seul, face à lui-même. Si on l’a souvent vu à poil, c’est bien la première qu’il se met à nu. De son propre aveu, l’acteur traversait la pire période de sa vie, ce qui se reflète sur son visage émacié, usé, vieilli. C’est de là que proviennent la grande surprise et l’intérêt de ce documentaire. Il n’y a rien d’excitant dans Rocco, mais ce portrait dressé (nous parlons bien du portrait) ne brosse pas l’acteur dans le sens du poil et le montre dans ses contradictions. Fier de ce qu’il est devenu, confortablement installé en Hongrie, Rocco Siffredi est aussi un homme devenu esclave du monstre qu’il a créé (« ma sexualité est mon démon »), un super hardeur, un mâle alpha dominateur, un produit demandé aux quatre coins du monde, un phénomène de foire, un trépied que les jeunes actrices, fascinées par sa taille (1m85) et sa taille en centimètres, désirent monter pour l’inscrire sur leur C.V.

Parallèlement, on suit également son cousin Gabriele, qui a fait sa carrière, pour ne pas dire sa vie sur le vit de Rocco Siffredi en tant que caméraman et réalisateur. Parfaitement conscient de cette dépendance (« Qu’aurait été notre vie, si son sexe ne s’était pas dressé ? »), Gabriele se montre jaloux quand il « disparaît » derrière l’objectif pour filmer les ébats. Ce personnage quasi-tragique et pathétique interpelle, surtout lorsqu’il souhaiterait donner une touche un peu plus artistique à sa mise en scène, mais qui doit chaque fois revoir ses ambitions puisque Rocco lui indique que le porno implique d’aller directement à l’essentiel sans effusions techniques. Une vraie commedia dell’arte. En plus de ce double intérêt, Rocco donne la parole aux femmes. Celle qui partage la vie de Rocco, mais aussi toutes ses partenaires. On voit un Rocco attentionné, qui prend le temps de les connaître un peu mieux avant de passer à l’acte, leur demandant ce qu’elles aiment dans le sexe, jusqu’où elles peuvent aller et jusqu’où lui puisse se permettre d’aller avec elles. Rocco n’est pas moins un film sur l’industrie contemporaine de la pornographie que sur un acteur qui a dédié toute sa vie à son « art », au point de devenir prisonnier de son personnage. Mais le doute l’habite.

Au-delà du documentaire, Rocco peut se voir comme un vrai drame intimiste sur un homme d’une extrême complexité, touchant (avec les fantômes omniprésents de son frère et de sa mère décédés), parfois sombre et torturé, partagé entre le désir d’arrêter sa carrière quand il se rend compte que ses partenaires ont souvent l’âge de ses deux fils, mais frustré, malheureux et souffrant véritablement quand il admet que la pornographie fait partie de lui et qu’il ne pourra pas s’en passer. Très bien réalisé et photographié, sans plan « choc » et ni scènes de pénétration, pouvant parfois rendre mal à l’aise, loin des clichés et des idées reçues, c’est donc à la fois plusieurs portraits qui s’entrecroisent autour du thème du sexe dans ce documentaire. Celui de Rocco Siffredi donc, qui se livre corps et âme devant la caméra et qui se prépare à tourner sa dernière scène, de son cousin Gabriele et de toutes ces femmes, qui s’expriment librement sur leurs désirs et leur sexualité, notamment l’alter ego féminin de Rocco, Kelly Stafford, qui considère sa condition de star du porno comme un acte féministe.

Thierry Demaizière et Alban Teurlai se focalisent sur les mains, les visages usés, les crampes, les muscles, les ecchymoses, les corps avant et après « la bataille », tandis que les acteurs se remercient en se serrant la main, avant d’aller sous la douche. Des gladiateurs et lutteuses qui s’affrontent dans une guerre charnelle et de liquide séminal, mais dont la descente d’orgasme renvoie souvent à leur propre solitude. Rocco, captivant et fascinant documentaire existentiel ? Assurément.

LE DVD

Le test du DVD de Rocco, disponible chez TF1 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Si vous avez aimé le documentaire, alors n’hésitez pas à prolonger le programme avec les interviews proposées en bonus. Pendant une vingtaine de minutes, Rocco Siffredi s’exprime (en français) sur la genèse du projet, sur l’évolution du milieu pornographique, sur sa rencontre avec Thierry Demaizière et Alban Teurlai et ce qui l’a poussé à se dévoiler devant leur caméra. L’acteur évoque également ses dernières années en tant qu’acteur porno, sa dépression (« ils m’ont filmé au pire moment de ma vie »), sa dépendance au sexe et avoue avoir été très mal à l’aise en découvrant le film pour la première fois. Il clôt cette excellente interview en parlant de la sexualité des jeunes d’aujourd’hui et de son lien avec l’accès à la pornographie via internet.

C’est ensuite au tour de Thierry Demaizière et d’Alban Teurlai (12’) de s’exprimer sur la mise en route du projet (à l’origine une commande pour un documentaire sur la pornographie américaine) et leur rencontre avec Rocco Siffredi. Leurs propos prolongent leur travail, notamment quand les réalisateurs parlent de la personnalité complexe de leur protagoniste, « un personnage dense et intense », « Non pas le roi du porno confortablement installé sur son trône, mais un être tragique, sombre et tourmenté ». Les partis pris (« ni juger ni encenser le personnage »), leur collaboration avec Rocco Siffredi, mais aussi les femmes présentes dans le documentaire, sans oublier l’approche visuelle et sonore, Thierry Demaizière et d’Alban Teurlai mentionnent tous ces sujets passionnants en déclarant également que le film plaît – contre toute attente – plus aux femmes qu’aux hommes.

L’Image et le son

Tourné en numérique, Rocco bénéficie d’une très belle édition SD, qui rend justice aux images souvent stylisées des deux documentaristes et de leur chef opérateur Alban Teurlai, restituées avec une précision d’orfèvre. Le cadre est superbe, la colorimétrie élégante, entre couleur et N&B et le relief omniprésent. L’encodage consolide l’ensemble avec fermeté, le piqué est merveilleusement acéré, les noirs compacts et les contrastes denses.

La piste multilangue (osons le mot ici) 5.1 sous-titrée en français demeure au point mort pendant près de deux heures et il faut attendre l’accompagnement musical pour que les enceintes arrière se réveillent sensiblement. Les séquences demeurent essentiellement axées sur les frontales, les latérales se contentant d’un écho très lointain. Pour cause de tournage brut, l’enregistrement sonore varie selon les conditions des prises de vues et de la distance des documentaristes avec leur(s) sujet(s) filmé(s). Pour une meilleure homogénéité, la stéréo se révèle parfaite, percutante à souhait, cette piste donne finalement plus de corps à l’ensemble.

Crédits images : © Emmanuel Guionet / Mars Films / TF1 Vidéo / Captures du DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr