Test DVD / Dernier amour, réalisé par Benoît Jacquot

DERNIER AMOUR réalisé par Benoît Jacquot, disponible en DVD le 20 août 2019 chez Diaphana

Acteurs : Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino, Julia Roy, Nancy Tate, Anna Cottis, Hayley Carmichael, Christian Erickson…

Scénario : Benoît Jacquot, Jérôme Beaujour, Chantal Thomas d’après l’oeuvre de Giacomo Casanova

Photographie : Christophe Beaucarne

Musique : Bruno Coulais

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Au XVIIIe siècle, Casanova, connu pour son goût du plaisir et du jeu, arrive à Londres après avoir dû s’exiler. Dans cette ville dont il ignore tout, il rencontre à plusieurs reprises une jeune courtisane, la Charpillon, qui l’attire au point d’en oublier les autres femmes. Casanova est prêt à tout pour arriver à ses fins mais La Charpillon se dérobe toujours sous les prétextes les plus divers. Elle lui lance un défi, elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire.

“S’attacher à une seule femme, c’est la pire des choses…Elle vous retire le goût des autres.”

Moult cinéastes se sont penchés sur la vie (ou le vit c’est selon) de Giacomo Casanova (1725-1798). Si Jean Boyer aura offert le rôle-titre à Georges Guétary dans Les Aventures de Casanova en 1946, le film définitif sur le prince des séducteurs demeure Le Casanova de Fellini réalisé trente ans après, avec Donald Sutherland. Casanova, un adolescent à Venise de Luigi Comencini (1969) reste également une grande référence et l’une des plus grandes réussites du maître italien. Oublions Le Retour de Casanova (1992) d’Édouard Niermans avec Alain Delon, ou plutôt Casanova dans le rôle d’Alain Delon qui essayait de séduire la jeune Elsa. Que pouvait apporter un cinéaste comme Benoît Jacquot à ce personnage célèbre pour ses prouesses amoureuses et ses innombrables conquêtes ? Le violoniste, écrivain, diplomate et bibliothécaire Giacomo Casanova aura rédigé ses mémoires éditées en 12 volumes, donc le réalisateur aura probablement déniché un épisode méconnu de cette vie trépidante.

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Test DVD / Celle que vous croyez, réalisé par Safy Nebbou

CELLE QUE VOUS CROYEZ réalisé par Safy Nebbou, disponible en DVD et Blu-ray le 2 juillet 2019 chez Diaphana

Acteurs : Juliette Binoche, Nicole Garcia, François Civil, Marie-Ange Casta, Guillaume Gouix, Charles Berling, Jules Houplain, Jules Gauzelin…

Scénario : Safy Nebbou, Julie Peyr d’après le roman de Camille Laurens

Photographie : Gilles Porte

Musique : Ibrahim Maalouf

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Pour épier son amant Ludo, Claire Millaud, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara une magnifique jeune femme de 24 ans. Alex, l’ami de Ludo, est immédiatement séduit. Claire, prisonnière de son avatar, tombe éperdument amoureuse de lui. Si tout se joue dans le virtuel, les sentiments sont bien réels. Une histoire vertigineuse où réalité et mensonge se confondent.

Découvert en 2004 avec son excellent premier long métrage Le Cou de la girafe, le réalisateur Safy Nebbou (né en 1968) a su imposer sa griffe et son univers au fil de ses six films mis en scène en quinze ans. Si l’on remarque une nette prédilection pour le suspense, genre dans lequel il est d’ailleurs le plus habile et le plus convaincant (L’Empreinte en 2008, Comme un homme en 2012), le cinéaste s’est également illustré dans le biopic avec L’Autre Dumas (2010), par forcément pour le meilleur, et Dans les forêts de Sibérie (2016), adapté du récit autobiographique éponyme de Sylvain Tesson. Avec Celle que vous croyez, Safy Nebbou s’attaque au drame psychologique. En adaptant le roman homonyme de Camille Laurens publié en 2016, le réalisateur signe un film fort sur les rencontres 2.0., sur le désir féminin et sur celui de plaire après 50 ans, tout en offrant à Juliette Binoche l’un de ses plus beaux rôles depuis quinze ans.

Claire Milaud est une femme divorcée de cinquante ans et professeur de son métier. Un jour, elle crée son faux profil sur Facebook sous l’apparence d’une jeune femme de vingt-quatre ans, ajoutant un faux prénom, Clara, de fausses photos et de faux caractères. Tout cela pour espionner son ex-amant Ludo, mais elle y tombe sur son meilleur ami Alex avec qui elle va s’amuser virtuellement et sentimentalement…

Juliette Binoche n’a jamais arrêté de tourner. La comédienne n’a pas chômé dans les années 2010 qui avait ouvert la décennie avec Copie conforme d’Abbas Kiarostami. Capable de métamorphoses inattendues, l’actrice née en 1964 aura enchaîné grands spectacles hollywoodiens (Godzilla de Gareth Edwards, Ghost in the Shell de Rupert Sanders), comédies insignifiantes dans lesquelles elle abuse de son rire contagieux (La Vie d’une autre de Sylvie Testud, Telle mère, telle fille de Noémie Saglio) ou gigantesque délire (Ma Loute de Bruno Dumont). Mais Juliette Binoche c’est aussi l’incarnation de femmes matures, confrontées à leur demi-siècle et aux autres générations, comme dans Elles de Małgorzata Szumowska (dans lequel François Civil jouait d’ailleurs le fils de l’actrice !), Sils Maria d’Olivier Assayas, et dernièrement dans le très beau Un beau soleil intérieur de Claire Denis.

Dans Celle que vous croyez, la comédienne clôt comme qui dirait les années 2010 avec un personnage qui englobe tous ses rôles précédents. Avec sa sensibilité à fleur de peau, sa voix étranglée par l’émotion, ses yeux embués comme un personnage de manga et sa respiration saccadée, Juliette Binoche foudroie le coeur des spectateurs une fois de plus et mériterait sa dixième nomination aux César. A ses côtés, François Civil (né en 1990) confirme tout le bien que l’on pensait de lui depuis sa réelle découverte dans Made in France de Nicolas Boukhrief. Formidable dans Burn Out de Yann Gozlan, le comédien est à l’affiche de quatre films en 2019, Le Chant du loup d’Antonin Baudry, Mon inconnue de Hugo Gélin, Deux moi de Cédric Klapisch et Celle que vous croyez. Quatre longs métrages à travers lesquels le comédien démontre la diversité de son talent.

Safy Nebbou jongle avec les genres, distille quelques effets de comédie dans un drame passionnel pur et dur, tout en instaurant un suspense palpable. L’ombre de VertigoSueurs froides d’Alfred Hitchcock plane parfois sur Celle que vous croyez, toutes proportions gardées. Le réalisateur filme Paris de façon presque anonyme, une ville gigantesque qui referme ses tentacules sur ses habitants, les isole et les place face à eux-mêmes, état souvent mis en relief par l’utilisation de portes-fenêtres, des miroirs ou des écrans dans lesquels se reflètent les visages, le tout magnifié par la photographie du chef opérateur Gilles Porte. Le cinéaste n’a pas peur du romanesque et trouve un juste équilibre entre le mélodrame et son étude souvent passionnante sur les débordements liés aux réseaux sociaux en mélangeant alors réalité et virtuel. Un superbe portrait de femme.

LE DVD

Le DVD et le Blu-ray de Celle que vous croyez sont disponibles chez Diaphana. L’éditeur nous a confié l’édition standard, dont le visuel reprend celui de l’affiche du film. Le menu principal est animé et musical.

Formidable making-of (35’) disponible sur les deux éditions. Ce document se compose d’entretiens avec l’équipe du film, et surtout d’images de tournage où nous pouvons observer le travail du réalisateur Safy Nebbou avec les comédiens. Le roman original de Camille Laurens, son adaptation, la psychologie des personnages, la préparation des comédiens, les partis pris, les conditions de tournage, tous ces sujets sont abordés au cours de ce module bien réalisé.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le master SD est assez aléatoire. Les scènes en extérieur bénéficient d’une belle restitution de la photographie de Gilles Porte, avec des couleurs froides et un piqué acéré. En revanche, là où ça coince ce sont les scènes en intérieur dans l’appartement de Claire où la définition est très aléatoire. La gestion des contrastes est déséquilibrée et le rendu assez terne.

Ce n’est pas avec un film comme Celle que vous croyez que vous mettrez à contribution votre installation sonore. L’éditeur joint tout de même une piste DD 5.1 convaincante, mais la Stéréo également au programme fait son office avec des effets dynamiques. A noter que l’éditeur joint les sous-titres pour sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Diaphana Distribution / Critique du film, test technique et intéractivité : Jean Charpentier / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Au poste !, réalisé par Quentin Dupieux

AU POSTE ! réalisé par Quentin Dupieux, disponible en DVD et Blu-ray le 14 novembre 2018 chez Diaphana

Acteurs : Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize, Anaïs Demoustier, Orelsan, Philippe Duquesne, Jacky Lambert, Jeanne Rosa…

Scénario : Quentin Dupieux

Photographie : Quentin Dupieux

Musique : David Sztanke

Durée : 1h10

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Un poste de police. Un tête-à-tête, en garde à vue, entre un commissaire et son suspect.

Le postulat de départ est simple. Le traitement également. Pourtant, Au poste ! de Quentin Dupieux est tout aussi inclassable et décalé que ses films précédents. L’exxxxcellent réalisateur de Wrong Cops, Steak, Rubber et Réalité livre sa nouvelle pépite nonsensique et frappadingue. Scénariste, chef opérateur, monteur, metteur en scène, Quentin Dupieux laisse pour une fois la musique, présente uniquement à la fin, à David Sztanke. L’homme-orchestre également connu sous le nom de Mr. Oizo ne déçoit pas pour son retour en France et Au poste ! est absolument jouissif de bout en bout et enchaîne les numéros d’acteurs de Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig et Marc Fraize (révélation du déjà culte Problemos d’Eric Judor) comme des perles sur un collier durant 70 minutes.

Le commissaire Buron est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un homme retrouvé gisant dans son sang par Fugain. Celui-ci est logiquement considéré comme le principal suspect, il s’ensuit alors un interrogatoire qui va durer toute la nuit.

S’il n’atteint pas les grandes réussites de Wrong Cops et de Rubber, Quentin Dupieux reste fidèle à son univers. Si la présence du duo Poelvoorde/Ludig en tête d’affiche témoigne peut-être d’une volonté de toucher un plus large public, le réalisateur ne se laisse pas aller à la facilité. Au poste ! lui permet de rendre hommage aux comédies françaises des années 1980, mais aussi et surtout aux films policiers de la même période. Une volonté annoncée dès l’affiche qui détourne celle très célèbre de Peur sur la ville, chef d’oeuvre d’Henri Verneuil sorti en 1975. Quasi huis clos, Au poste ! a été tourné dans les locaux de l’Espace Niemeyer, le siège du Parti communiste français. Les plafonds bas reconnaissables, les couleurs du même acabit, donnent au film un cachet vintage, tout comme les costumes, les partis pris esthétiques et les accessoires. Un film hors du temps, on pourrait même dire hors de l’espace avec Quentin Dupieux aux commandes. Les quelques séquences tournées en extérieur appuient également ces volontés artistiques, puisque le cinéaste privilégie une architecture seventies.

Raconter un film de Quentin Dupieux c’est se plier à un exercice difficile, voire impossible. Au Poste ! fourmille de mots d’auteurs, de situations invraisemblables, quasi-fantastiques. Le quotidien n’est pas banal chez Dupieux. Même les personnages semblent se rendre compte eux-mêmes que quelque chose cloche dans ce qu’ils disent ou dans ce qui se passe autour d’eux, sans pour autant remettre en question les évènements. Si l’on pense évidemment au formidable Garde à vue de Claude Miller lors de cette confrontation entre un flic retors (Benoît Poelvoorde, toujours sublime) et un homme suspecté dans une affaire de meurtre (Grégoire Ludig, très attachant en mode Droopy à moustache), Quentin Dupieux mêle surtout l’humour anglo-saxon des Monty Python à celui dit « franchouillard » de la troupe du Splendid. Le personnage incarné par Anaïs Demoustier a d’ailleurs été pensé dans ce sens puisque le cinéaste avoue s’être inspiré de Zézette dans Le Père Noël est une ordure.

Ce qui pourrait alors donner un gloubi-boulga indigeste dans certaines mains, prend ici la saveur d’un minestrone soigné et concocté par un véritable chef. A l’instar de cet énigmatique chef d’orchestre en slip qui dirige ses musiciens lors de l’introduction du film, Quentin Dupieux reste le maestro de son film et ses comédiens, tous formidables vraiment, font leur numéro « habituel » (rien de péjoratif à dire cela), tout en conservant une spontanéité avec l’air de se demander eux-mêmes ou tout cela va les mener ou si ce qu’ils viennent de dire a du sens. Au poste ! combine à la fois le populaire et l’expérimental, et n’a pas peur de laisser certains spectateurs sur le bas-côté puisque de toute façon la destination (ça passe ou ça casse) ne plaira pas à tout le monde de toute façon. Mais c’est un OFNI c’est pour ça.

LE DVD

Le test du DVD d’Au poste !, disponible chez Diaphana, été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une séquence du film.

Cette édition se compose tout d’abord d’un commentaire audio du réalisateur. « Bonjour, c’est Quentin ! » dit Dupieux, visiblement surpris qu’on lui ait demandé de se plier à cet exercice. « Voici tout d’abord les mentions ennuyeuses, mais ce sont des gens qu’on respecte tout de même » introduit ce commentaire sympathique, à défaut d’être passionnant. Revoir le film en compagnie de son auteur est assez marrant, surtout que Dupieux est visiblement son premier spectateur et ne cesse de dire tout le bien qu’il pense de ses formidables comédiens. Les répétitions, les conditions de tournage, l’écriture du scénario, ses références, les partis pris, tous ces éléments sont distillés sur 1h10, sans véritable temps mort.

En plus de la bande-annonce, nous trouvons également un module de 11 minutes consacré aux essais et répétitions des comédiens Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig et Marc Fraize.

Bonus caché : Dans le menu des suppléments, positionnez-vous sur “Le film commenté par Quentin Dupieux” puis appuyez sur la flèche du haut. Un point d’interrogation apparaît. Validez. Si l’on se demande tout d’abord où tout cela va nous mener, le personnage de Marc Fraize apparaît sans prévenir (1′).

L’Image et le son

Pour la photo, Quentin Dupieux s’inspire du look vintage des bureaux des années 1970. Les couleurs sont chaudes, dorées, ambrées. Le piqué n’est pas le point fort de cette édition et la définition laisse parfois à désirer. Finalement, ce sont les rares séquences tournées en extérieur qui s’en sortent le mieux, même si cela reste très médiocre dans l’ensemble.

La piste 2.0 instaure un confort acoustique agréable. Les dialogues sont parfaitement clairs et distincts. Si vous avez sélectionné la version Dolby Digital 5.1, les ambiances restent très limitées puisque l’essentiel du film se déroule dans le bureau du commissaire. A part pour l’ouverture avec l’orchestre et le générique de fin, cette option acoustique reste très facultative. Les sous-titres destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Diaphana Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Si tu voyais son coeur, réalisé par Joan Chemla

SI TU VOYAIS SON COEUR réalisé par Joan Chemla, disponible en DVD le 15 mai 2018 chez Diaphana

Acteurs :  Gael García Bernal, Marine Vacth, Nahuel Perez Biscayart, Karim Leklou, Mariano Santiago, Manuel “Manole” Munoz, Antonia Malinova, Patrick de Valette…

ScénarioJoan Chemla, Santiago Amigorena d’après le roman de Guillermo Rosales

Photographie : André Chemetoff

Musique : Gabriel Yared

Durée : 1h23

Année de sortie : 2017

LE FILM

Suite à la mort accidentelle de son meilleur ami, Daniel échoue à l’hôtel Métropole, un refuge pour les exclus et les âmes perdues. Rongé par la culpabilité, il sombre peu à peu dans la violence qui l’entoure. Sa rencontre avec Francine va éclairer son existence.

Si tu voyais son coeur est le premier long métrage de la réalisatrice franco-argentine Joan Chemla. Venue au cinéma après des études de journalisme et de droit, elle signe en 2008 son premier court-métrage Mauvaise route. Suivront Dr Nazi (2010) et The Man with the Golden Brain (2012). Atypiques, à la lisière du fantastique, inclassables même, ces films sont remarqués dans les festivals. Joan Chemla passe donc naturellement au long métrage et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on retrouve toute la singularité de ses œuvres précédentes dans Si tu voyais son coeur, drame sombre et austère, interprété par Gael Garcia Bernal. Limite expérimental, ce premier film ne manque pas d’intérêt, mais demeure cependant trop hermétique.

Après avoir perdu son meilleur ami dans un accident, Daniel, un gitan exilé à Marseille, quitte sa communauté. Il s’installe à l’hôtel Métropole, véritable purgatoire où les écorchés de la vie tentent de survivre au jour le jour. Se sentant coupable de la mort de son ami, Daniel s’auto-détruit jusqu’à sa rencontre avec Francine qui va bouleverser sa vie.

Il y a de très bonnes choses dans Si tu voyais son coeur. Tout d’abord les comédiens. On est heureux de revoir Gael Garcia Bernal rejouer dans la langue de Molière. Immense sensibilité, charisme ravageur, l’acteur mexicain porte le film du début à la fin. Il donne ici la réplique à Nahuel Pérez Biscayart, révélation 2017 de 120 battements par minute de Robin Campillo (César du meilleur espoir masculin) et Au revoir là-haut d’Albert Dupontel. Si ce dernier apparaît finalement très peu à l’écran, sa présence reste marquante tout du long. N’oublions pas la sublime Marine Vacth (Jeune et jolie, Belles familles, La Confession), dont la participation même fugace foudroie à la fois les yeux et le coeur.

Adaptation libre du roman Mon ange de l’écrivain cubain Guillermo Rosales par Santiago Amigorena, Si tu voyais son coeur peut rebuter avec sa photo poisseuse, voire cendreuse, son rythme très lent, mais le personnage de Daniel est malgré tout attachant. On le suit dans son errance, dans son processus de deuil, dans son retour à la vie grâce à Francine, jeune femme également cassée par l’existence, mais toujours vivante malgré les coups reçus. On pense alors à Orphée et Eurydice, se rapprochant de la lumière après avoir connu les Enfers. Si l’action du roman se déroulait aux Etats-Unis et suivait un exilé cubain, le film de Joan Chemla se concentre sur un exilé de la communauté gitane, paumé dans les environs de Marseille.

Présenté en compétition au Festival international de Toronto, Si tu voyais son coeur marque la naissance d’une véritable auteure et metteur en scène, par ailleurs récompensées par le Prix du meilleur réalisateur (sic) au Festival international du film de Varsovie. Tragique, sensoriel (la musique de Gabriel Yared n’y est pas pour rien), romantique et teinté d’humour noir, cette première œuvre possède une vraie patte esthétique et un sens formel indiscutable, qui rappelle parfois La Lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix. Dommage que le scénario ne soit finalement pas à la hauteur de ses ambitions plastiques (on pense d’ailleurs au cinéma de Paweł Pawlikowski) et espérons que Joan Chemla saura ouvrir un peu plus son univers et faire preuve de lâcher prise dans son prochain film pour une portée plus universelle.

LE DVD

Le test du DVD de Si tu voyais son coeur, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Excellente initiative de la part de l’éditeur de nous proposer les trois courts-métrages de Joan Chemla comme suppléments au programme !

Mauvaise route (12’ – 2008) : Sur une route déserte, un jeune homme se lance à la poursuite d’une moto. En chemin, les présages d’un destin tragique s’accumulent. N&B éthéré, aucun dialogue, conte singulier et dénouement surprenant, Mauvaise route impose d’emblée le style visuel de Joan Chemla.

Dr Nazi (15’ – 2010) : Charles Chinaski est un type à problèmes et se considère comme responsable de la plupart de ses problèmes : les femmes, l’alcool, son hostilité envers les groupes d’individus. Il décide un jour de consulter le premier docteur venu. Adaptation de la nouvelle de Charles Bukowski et Lauréat du Prix Canal + à Clermont-Ferrand.

The Man With the Golden BrainL’Homme à la cervelle d’or (16’ – 2012) : Stanley a sept ans quand il découvre par accident que sa cervelle est en or. Transposition d’une nouvelle d’Alphonse Daudet (La Légende de l’homme à la cervelle d’or) avec Marine Vacth et Vincent Rottiers.

Trois courts-métrages très étonnants, marqués par quelques références, notamment à Stanley Kubrick, qui montrent que Joan Chemla a vraiment le potentiel pour réaliser un jour un vrai film fantastique.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Pas de Blu-ray pour Si tu voyais son coeur, mais un DVD de bonne qualité. La photo cendreuse, hivernale et morose de André Chemetoff (Dog Pound, Les Malheurs de Sophie) est impeccablement restituée avec un léger grain. Le piqué, les contrastes, le relief, les détails sont très appréciables, tout comme la stabilité de la copie.

La version française est disponible en Dolby Digital 5.1 et 2.0. D’emblée, le premier mixage impose une petite spatialisation discrète mais bel et bien palpable avec diverses ambiances qui percent les enceintes latérales, en plongeant directement le spectateur dans l’atmosphère du mariage. Certes, le film repose en grande partie sur les dialogues, mais il serait dommage de se priver de ce petit plus. Saluons également la tonicité de la piste 2.0 qui contentera aisément ceux qui ne seraient pas équipés à l’arrière. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : ©  Nord Ouest Films / Diaphana / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / La Villa, réalisé par Robert Guédiguian

LA VILLA réalisé par Robert Guédiguian, disponible en DVD et Blu-ray le 3 avril 2018 chez Diaphana

Acteurs :  Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Jacques Boudet, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin, Fred Ulysse…

ScénarioRobert Guédiguian, Serge Valletti

Photographie : Pierre Milon

Durée : 1h43

Année de sortie : 2017

LE FILM

Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…

Depuis son retour en force au cinéma populaire dans le sens noble du terme avec Les Neiges du Kilimandjaro (2011), le cinéaste marseillais Robert Guédiguian n’a pas déçu. Si Au fil d’Ariane était avant tout une fantaisie, une récréation solaire, poétique, ludique, marquée par les mêmes élans de bonté et les excès de coeur qui restent la marque de fabrique de son auteur, le film ne faisait que renforcer encore et toujours sa « famille » de cinéma, dans le but de se faire plaisir, en toute liberté. Au fil d’Ariane avait été réalisé dans une intention de lâcher prise, doublé d’un vibrant hommage d’un homme à son épouse, sa muse, une véritable déclaration d’amour à celle qui partage sa vie. En revanche, Une histoire de fou, né de la rencontre entre le cinéaste et l’écrivain José Antonio Gurriarán, auteur du livre autobiographique La Bombe, permettait au réalisateur d’aborder le centenaire du génocide arménien. Film engagé, fresque passionnante, difficile, Une histoire de fou rendait compte du feu qui anime toujours le cinéaste. Pour son vingtième film, Robert Guédiguian est de retour chez lui, et plus précisément dans la calanque de Méjean où il trouve le repos depuis quarante ans. La Villa permet au cinéaste de faire un nouveau point sur sa vie.

Le bonheur de retrouver Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Jacques Boudet, et les plus jeunes Robinson Stévenin, Anaïs Demoustier,Yann Trégouët est intact. La Villa est une chronique, un instantané, une fable humaniste qui sait rester chaleureuse malgré la violence des sentiments qui anime les personnages. Mais c’est celle d’aimer et de pardonner qui prédomine.

Angèle (Ariane Ascaride), Joseph (Jean-Pierre Darroussin) et Armand (Gérard Meylan) se retrouvent auprès de Maurice (Fred Ulysse), leur père âgé devenu aphasique après une attaque. Angèle n’est pas retournée dans la maison d’enfance depuis 20 ans, brisée par la mort accidentelle de sa fille Blanche. Des souvenirs mélancoliques s’échangent sur la calanque autrefois populaire et communiste, désormais livrée à la spéculation immobilière et qui a perdu son vie d’antan. Angèle n’accepte pas que son père, terrassé de remords d’être le responsable de la mort de Blanche dont il avait la responsabilité, lui réserve une plus importante part d’héritage que ses frères pour l’achat de son pardon. Benjamin (Robinson Stévenin), un pêcheur trentenaire de la calanque, retrouve avec délice Angèle, l’actrice qu’il avait tant admirée au théâtre à Marseille, qui lui avait donné le goût des planches, et dont il est secrètement amoureux. Ce faisant, des militaires en armes surveillent régulièrement la côte où échouent des migrants venus d’Afrique, afin de les arrêter et de les renvoyer dans leur pays. Un jour, les deux frères trouvent dans la falaise trois enfants sans parents, transis et affamés. Ils les cachent chez eux, ce qui les ramène à une réalité beaucoup plus dramatique que la mélancolie ambiante des souvenirs vieillissants.

Comme dans ses œuvres précédentes, la sensibilité, l’authenticité, l’optimisme et l’humour du metteur en scène marseillais font mouche et tendent à une universalité pure et essentielle. D’ailleurs, La Villa est devenu le cinquième plus grand succès de la carrière de Robert Guédiguian, en attirant plus de 550.000 spectateurs. Ce vingtième opus est comme l’indique le réalisateur un huis clos à ciel ouvert où les personnages, réunis après un drame familial, sont mis face à l’inéluctabilité du temps qui passe. En revenant dans la villa qui l’a vue grandir vingt ans après être partie, Angèle ne peut que constater que ses frères et même le monde a changé. Et qu’il faut bien continuer à avancer, même si les repères et piliers s’effondrent ou disparaissent. De toute façon, la planète continuera de tourner, avec ou sans eux.

La Villa va progressivement vers cet apaisement. Peu importe les colères et rancunes d’antan, seules comptent les étreintes et même la présence de celles et de ceux qu’on aime. Parallèlement, Robert Guédiguian, que l’on peut voir à la fois dans la figure du père de famille et aussi dans chaque membre qui la compose, livre une nouvelle oeuvre testamentaire. Une vraie famille comme celle-là est rare dans le cinéma français. Ce qui fait aujourd’hui son importance et sa beauté, c’est finalement de nous avoir invités, puis de nous avoir intégrés, pour pouvoir dialoguer, ou même de profiter des silences qui en disent parfois plus longs sur les sentiments.

La Villa est un sommet d’émotion, de mélancolie (au détour d’un extrait de Ki lo sa ?, long-métrage de Guédiguian tourné en 1985, au même endroit, avec les mêmes acteurs et I want you de Bob Dylan en fond) et d’élégance, dans la désormais immense carrière de Robert Guédiguian et nous nous souviendrons longtemps de ces petites maisons encastrées dans les collines où décline le soleil d’hiver, tout comme de ce viaduc qui fait encore résonner le bruit des trains qui passent, ainsi que le rire des enfants d’hier et d’aujourd’hui.

LE DVD

Le test du DVD de La Villa, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Pas grand-chose sur cette édition SD.

Le premier module de cinq minutes intitulé Scènes perdues, compile des plans ou de très courtes scènes non gardées, prolongeant par exemple l’accident de la petite fille d’Angèle.

L’autre bonus est un joli petit documentaire (7’) tourné sur le plateau et donnant la parole aux comédiens et à Robert Guédiguian. L’histoire et les personnages sont rapidement présentés, mais c’est surtout la délicatesse et l’émotion des intervenants qui touchent beaucoup ici, comme s’ils dressaient un bilan après ces trente années d’amour et d’amitié, devant comme derrière la caméra.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Nous voici devant un très beau master, très propre et clair, avec un cadre fourmillant de détails. La photo saturée de Pierre Milon (Foxfire, confessions d’un gang de filles, Les Neiges du Kilimandjaro) fait la part belle aux teintes chatoyantes, ambrées et solaires, avec de fabuleux dégradés de bleus, les contrastes sont denses et le piqué joliment acéré. L’encodage est solide, bien que les scènes nocturnes soient peut-être moins précises.

Le mixage Dolby Digital 5.1 est immédiatement immersif avec des ambiances souvent très présentes sur les enceintes latérales. Les voix sont d’une précision sans failles sur la centrale, la balance frontale est constamment soutenue, la musique spatialisée de bout en bout. L’éditeur joint également une piste Stéréo dynamique et suffisante, une piste Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © AGAT FILMS & CIE / France 3 CINEMA / Diaphana/ Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Mon garçon, réalisé par Christian Carion

MON GARÇON réalisé par Christian Carion, disponible en DVD et Blu-ray chez Diaphana le 23 janvier 2018

Avec :  Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Olivier de Benoist, Antoine Hamel, Mohamed Brikat, Lino Papa…

Scénario : Christian Carion, Laure Irrmann

Photographie : Eric Dumont

Musique : Laurent Perez Del Mar

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Passionné par son métier, Julien voyage énormément à l’étranger. Ce manque de présence fait exploser son couple quelques années auparavant. Lors d’une escale en France, il découvre sur son répondeur un message de son ex-femme en larmes : leur petit garçon de sept ans a disparu lors d’un bivouac en montagne avec sa classe. Julien se précipite à sa recherche et rien ne pourra l’arrêter.

Etrange film que Mon garçon, réalisé par Christian Carion, découvert en 2001 avec Une hirondelle a fait le printemps, grand succès avec Michel Serrault et Mathilde Seigner, suivi de Joyeux Noël (2005), fresque historique sur fond de Première Guerre mondiale qui réunissait un casting franco-allemand composé notamment de Diane Kruger, Daniel Brühl et de Guillaume Canet. Ce triomphe dans les salles avait permis à ce dernier et au cinéaste de se retrouver pour un thriller d’espionnage inspiré de faits réels, L’Affaire Farewell, dans lequel le comédien donnait la réplique à Emir Kusturica. Cette fois, le public n’avait pas suivi, pas plus pour le film suivant de Christian Carion, En mai, fais ce qu’il te plaît, échec commercial grave. Une fois n’est pas coutume, le réalisateur se lance alors dans une production au budget modeste, avec des prises de vues prévues sur une seule semaine, un thriller pour lequel l’acteur principal, Guillaume Canet une fois de plus, ne serait pas mis au courant du scénario, mais de quelques bribes de l’histoire juste au moment de tourner. Mais l’improvisation et le sentiment d’urgence peuvent-elles réellement créer une vérité à l’écran ? Rien n’est moins sûr et c’est ce qui fait la grande faiblesse de Mon garçon.

Comme dans un nouveau volet de l’émission Rendez-vous en terre inconnue, le cinéaste est venu un matin chez Guillaume Canet afin de lui dire quels vêtements emporter pour le tournage. Quand dans la première scène le personnage principal débarque Gare de Lyon avec sa valise, il s’agit réellement du comédien avec son propre bagage, prêt à embarquer pour rejoindre une équipe réduite dans le Vercors, sans réellement connaître l’histoire qu’il s’apprêtait à tourner. Il en sera de même durant six jours, avec un tournage réalisé quasiment en temps réel et dans l’ordre chronologique de l’intrigue. En amont, ses partenaires, Mélanie Laurent, Olivier de Benoist et les seconds rôles s’étaient préparés pendant deux semaines avec Christian Carion grâce à un acteur doublure représentant Guillaume Canet. Le but était d’anticiper les réactions et de conduire ce dernier à se mettre réellement dans la peau d’un père de famille dont le petit garçon avait été enlevé en haute montagne et qui d’indice en indice parvient à retrouver la piste des ravisseurs, en agissant seul. Guillaume Canet n’avait donc pas de dialogues, ne savait pas où se diriger et devait se laisser guider par la mise en scène, en arpentant chaque recoin du décor et en découvrant le récit à travers les répliques et le jeu de ses partenaires. Chaque scène ayant été tournée en une prise, afin de préserver l’authenticité.

En toute honnêteté, ces partis pris sont bien plus intéressants que le résultat final qui fait penser au surestimé Prisoners de Denis Villeneuve, car il faut bien admettre que Mon garçon est un mauvais film qui pâtit justement des intentions du réalisateur. Guillaume Canet fait partie de ces acteurs qui partent facilement en roue libre quand ils ne sont pas ou mal dirigés. C’est le cas ici. S’il n’est pas l’acteur le plus fin de sa génération, Canet a déjà su se montrer très convaincant chez André Téchiné, Jacques Maillot, Nicolas Saada et Cédric Kahn. Dans Mon garçon, il se montre bien peu inspiré en ayant recours à ses tics récurrents, trogne renfrognée, moue boudeuse, hyperventilation, tandis que ses répliques – improvisées donc – témoignent d’un évident manque d’imagination. C’est notamment le cas lors d’une séquence de torture, vulgaire et gratuite, où son personnage utilise un chalumeau pour faire parler un des sbires qui ont enlevé son rejeton. Ses « Tu vas parler putain de ta race ! » à répétition, font malheureusement plus rire que triturer les tripes et les situations ne vont guère en s’arrangeant. Du coup, l’acteur paraît gêné, tout comme Mélanie Laurent, toujours aussi mauvaise, et Olivier de Benoist, dans une apparition ridicule et grotesque.

Platement filmé, Mon garçon aurait pu aboutir à un thriller tendu, organique et réaliste, mais le résultat est diamétralement opposé puisque ni l’équipe technique ni les comédiens ne semblent guère en mesure de transcender leur dispositif et de maîtriser l’art de l’improvisation.

LE DVD

Le test du DVD de Mon garçon, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Cette édition contient un making of (46’) bien plus intéressant que le film. Quelques semaines après sa sortie sur les écrans, Christian Carion revient sur les lieux du tournage de Mon garçon et explique comment les prises de vues se sont déroulées sur six journées. Quelques images de tournage dévoilent l’envers du décor avec un Guillaume Canet évidemment paumé, qui tente de créer son personnage avec les indices donnés par le réalisateur et ses partenaires. Ces derniers, ainsi que le producteur Christophe Rossignon et le chef opérateur Eric Dumont, apparaissent également au cours de ce documentaire, pour parler des répétitions destinées à leur donner des clés pour guider Guillaume Canet là où le cinéaste voulait l’emmener. Christian Carion développe donc longuement et posément ses intentions et partis pris, à savoir plonger son comédien principal dans l’inconnu le plus total, sans scénario, afin de voir si les réactions de Guillaume Canet allaient correspondre à celles du personnage principal. Tout cela pour que l’acteur ne mente pas, ne compose pas, ne triche pas face à la caméra.

L’Image et le son

Cette édition DVD est plutôt soignée et claire. La propreté de la copie est assurée, les couleurs désaturées et glaciales sont superbes et bien restituées. Le piqué est aléatoire, mais s’en tire honorablement, surtout que les partis pris esthétiques auraient pu avoir du mal à passer le cap du petit écran. La gestion des contrastes est solide, même si nous pouvions attendre plus de détails. Heureusement, l’encodage consolide l’ensemble avec brio et toutes les séquences tournées en extérieur sont très belles.

Le mixage Dolby Digital 5.1 impose une spatialisation qui happe le spectateur dans un flot d’ambiances naturelles qui ne se calment que durant les scènes en intérieur, axées sur les dialogues. Le cinéaste fait la part belle aux éléments environnants et la scène arrière ne manque pas l’occasion de briller. L’éditeur joint également une piste Stéréo de fort bon acabit, sans oublier les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Nord-Ouest Films  / Diaphana Distribution /  Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Grand froid, réalisé par Gérard Pautonnier

GRAND FROID réalisé par Gérard Pautonnier, disponible en DVD le 7 novembre 2017 chez Diaphana

Acteurs :  Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet, Féodor Atkine, Sam Karmann, Philippe Duquesne…

ScénarioGérard Pautonnier, Joël Egloff d’après son roman “Edmond Ganglion & Fils” (Gallimard)

Photographie : Philippe Guilbert

Musique : Christophe Julien

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce de pompes funèbres d’Edmond Zweck bat de l’aile. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, un jeune homme encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort pointe son nez. L’espoir renaît. Georges et Eddy sont chargés de mener le défunt jusqu’à sa dernière demeure. Mais, à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le voyage tourne au fiasco.

Vous savez chez nous c’est très simple ou ça bat, ou ça bat plus et là en l’occurrence, ça bat !

Sans faire de mauvais jeux de mots, Grand froid agit comme un vent de fraîcheur sur le cinéma français ! Venu de la publicité et de la télévision (la série Samantha, oups!) et remarqué en 2015 avec son court-métrage L’Etourdissement, adapté du roman de Joël Egloff et primé dans de nombreux festivals en France et à l’étranger, Gérard Pautonnier signe son premier long métrage Grand froid, également inspiré d’un livre du même auteur. Pour ce film, le réalisateur retrouve les comédiens Arthur Dupont et Philippe Duquesne, mais offre surtout à l’immense Jean-Pierre Bacri l’un de ses meilleurs personnages depuis près de quinze ans. Cocktail insolite entre le Fargo des frères Coen, les films d’Aki Kaurismäki, le western italien à la Sergio Leone et le cinéma inclassable de Bouli Lanners, Grand froid est une comédie-dramatique qui détonne dans le panorama cinématographique hexagonal.

Les affaires ne sont pas bonnes pour Edmond zweck, patron d’une entreprise de pompes funèbres qui périclite dans une petite ville. Il a dû se séparer d’une partie de son personnel. Il est secondé par Georges et Eddy, un jeune homme plein de bonne volonté mais sans expérience. L’embellie survient quand on demande à l’équipe de s’occuper d’un mort. Alors qu’il transporte le corps, direction le cimetière, elle se perd et surtout perd de vue la famille qui suivait le convoi. Edmond, Georges et Eddy vont tout tenter pour retrouver leur chemin et mener à bien leur mission.

La mort, ce n’est pas contagieux, c’est héréditaire.

Cette transposition du premier roman de Joël Egloff, Edmond Ganglion & fils, publié en 1999 chez Gallimard, qui contrairement au film se déroule durant un été caniculaire, est empreint d’un humour noir cynique, typique du cinéma anglo-saxon. Avec ses personnages de croque-morts fatigués, Olivier Gourmet dépassé par les événements et en attente d’un coup de fil de sa fille, Jean-Pierre Bacri moumouté qui passe ses journées à chercher son épitaphe à inscrire sur son caveau, et Arthur Dupont, jeune trentenaire déjà voûté par sa condition, Gérard Pautonnier met en scène un road-movie inattendu en corbillard, joliment absurde et très attachant. En se mettant à la recherche d’un cimetière introuvable, Georges (Bacri), 40 ans de métiers, amer et proche de la retraite et Eddy (Dupont), novice quelque peu paumé, vont faire le point sur leurs situations respectives et surtout apprendre à se connaître, en parlant de la mort, comme d’habitude, mais aussi de la vie, ce qu’ils sont moins habitués à faire.

Il y a deux métiers incontournables : la sage-femme et le fossoyeur. La première accueille, le second raccompagne. Entre les deux, les gens se débrouillent.

Ces récits initiatiques se déroulent lentement – ce qui vaut quelques soucis de rythme – sur l’asphalte glacé qui traverse de vastes paysages enneigés, désolés et boisés (le film a été tourné en Pologne), comme si la route qu’ils suivaient ne menait nulle part, sauf au carrefour de leur propre existence. Mais c’était sans compter la présence du cadavre d’un homme pas vraiment mort. Sur la forme, la photo de Philippe Guilbert (Les Convoyeurs attendent), subjugue avec ses couleurs évidemment froides et grisâtres, tandis que les décors naturels de la Pologne et de la Belgique donnent au film un cachet post-apocalyptique, notamment avec cette petite bourgade non-identifiée composée principalement d’une seule rue, du magasin de pompes funèbres et d’un restaurant chinois, où les habitants s’observent, se scrutent dans l’attente d’un événement qui pourrait relancer les affaires. N’oublions pas la composition tout aussi décalée de Christophe Julien (Au revoir là-haut, 9 mois ferme), composée de blues et de chants amérindiens, qui appuie le caractère bizarre, pour ne pas dire excentrique et intemporel de cette comédie-dramatique, mélancolique et existentielle, aux dialogues très soignés, à voir absolument.

LE DVD

Le test du DVD de Grand froid, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur offre une heure de suppléments. On commence par la douzaine de scènes coupées (13’ au total), non mixées et non étalonnées, qui dévoilent les petits bouts de séquences laissés sur le banc de montage, probablement pour des raisons de rythme. Rares sont les scènes qui durent plus de 50 secondes. Nous retiendrons surtout deux génériques de début alternatifs. A noter que ces séquences sont souvent muettes et focalisées sur les réactions des personnages.

Un petit montage de trois minutes montre le travail invisible à l’écran des magiciens des effets spéciaux, notamment pour créer un environnement enneigé alors que la végétation était verte au moment des prises de vue.

Merci à Diaphana de nous permettre de (re)découvrir le court-métrage de Gérard Pautonnier, L’Etourdissement (2015-22’), adapté du roman éponyme de Joël Egloff. Suite au décès accidentel d’un collègue de travail (Nicolas Vaude), Eddy (Arthur Dupont) est chargé, malgré lui, d’aller annoncer la terrible nouvelle à l’épouse (Pascale Arbillot) du défunt. Georges (Philippe Duquesne), un autre collègue, lui propose de l’accompagner pour le soutenir dans cette délicate mission et dans l’idée de rentrer chez lui plus tôt par la même occasion. Arrivés chez la veuve, les deux hommes vont cependant avoir bien du mal à être à la hauteur de la situation. On retrouve déjà dans ce court-métrage, le rapport de la vie avec la mort, ainsi que celui entre deux générations qui s’affrontent et se questionnent sur l’existence. L’humour absurde contraste avec la situation pourtant dramatique et se clôt sur un retournement bouleversant.

Ensuite, nous ne trouvons pas le making of de Grand froid, mais étrangement celui de L’Etourdissement (17’). Dommage que ce documentaire soit si mal réalisé et surtout entièrement musical !

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

En raison de son échec dans les salles (120.000 entrées), Grand froid est privé d’une sortie en Haute-Définition et c’est bien dommage. Malgré cette déconvenue, cette édition DVD s’avère plutôt soignée et claire. La propreté de la copie est assurée, les couleurs désaturées et glaciales sont superbes et bien restituées. Le piqué est aléatoire, mais s’en tire honorablement, surtout que les partis pris esthétiques auraient pu avoir du mal à passer le cap du petit écran. La gestion des contrastes est solide, même si nous pouvions attendre plus de détails. Heureusement, l’encodage consolide l’ensemble avec brio et les nombreuses séquences tournées en extérieur sont très belles.

D’emblée, le mixage Dolby Digital 5.1 impose une spatialisation qui happe le spectateur dans un flot d’ambiances naturelles qui ne se calment que durant les scènes en intérieur, axées sur les dialogues. Le cinéaste fait la part belle aux éléments environnants et la scène arrière ne manque pas l’occasion de briller avec notamment la restitution de la Toccata et Fugue en Ré mineur de Jean-Sébastien Bach. Le souffle du vent détonne sur l’ensemble des baffles. L’éditeur joint également une piste Stéréo de fort bon acabit, sans oublier les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © ELZEVIR FILMS / LAURENT THURIN-NAL / Diaphana / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Aurore, réalisé par Blandine Lenoir

AURORE réalisé par Blandine Lenoir, disponible en DVD et Blu-ray le 5 septembre 2017 chez Diaphana

Acteurs :   Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot, Sarah Suco, Lou Roy Lecollinet, Philippe Rebbot, Laure Calamy, Marc Citti…

Scénario :  Blandine Lenoir, Jean-Luc Gaget, Benjamin Dupas, Anne-Françoise Brillot, Océane Michel, Agnès Jaoui d’après une histoire originale de Blandine Lenoir

Photographie : Pierre Milon

Musique : Bertrand Belin

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Aurore est séparée, elle vient de perdre son emploi et apprend qu’elle va être grand-mère. La société la pousse doucement vers la sortie, mais quand Aurore retrouve par hasard son amour de jeunesse, elle entre en résistance, refusant la casse à laquelle elle semble être destinée. Et si c’était maintenant qu’une nouvelle vie pouvait commencer ?

Excellente comédienne, notamment vue chez Gaspar Noé (Carne, Seul contre tous), Blandine Lenoir est aussi la réalisatrice de sept courts-métrages, d’Avec Marinette (2000) à L’Amérique de la femme (2015), traitant souvent de l’amitié et de la solidarité entre femmes, du rapport mère-fille et de la sexualité féminine. Ces thèmes sont d’ailleurs au centre de son premier long métrage, Zouzou, sorti en 2014, qui évoquait entre autres la sexualité après 60 ans. Son second film, Aurore, découle de ses œuvres précédentes et s’avère un film-somme de tous les sujets que la réalisatrice avait abordés. Né d’expériences personnelles, notamment l’angoisse d’arriver à la quarantaine et tout simplement la peur universelle de vieillir et du temps qui passe, Aurore est une comédie délicate qui témoigne d’une qualité d’écriture déjà évidente dans les courts-métrages de Blandine Lenoir, notamment Ma Culotte (2005) et L’Amérique de la femme déjà mentionné. Le film offre également un de ses meilleurs rôles à Agnès Jaoui, lumineuse, de tous les plans, attachante, belle, pour ainsi dire caressée par la cinéaste et la photo de Pierre Milon.

Elle incarne Aurore, 50 ans, divorcée, qui apprend cour sur coup qu’elle perd son travail, que sa fille aînée Marina attend un enfant et donc qu’elle va être grand-mère, que sa plus jeune fille Lucie souhaite quitter le domicile familial pour rejoindre son copain, que son ex-mari va se remarier avec une femme plus jeune. Mais le pire pour Aurore, ce sont ces bouffées de chaleur dues à la ménopause. Consciente d’être à un carrefour de sa vie – « Vous êtes en train de passer d’abeille à reine des abeilles » lui dit-on – Aurore va faire le point sur sa propre existence et penser à elle pour la première fois. C’est alors que ressurgit le premier homme de sa vie, Christophe alias Totoche. Sur les conseils de sa meilleure amie Mano, Aurore apprend à accepter et surtout à recevoir les belles choses qui lui arrivent.

Aurore est une comédie en apparence simple, mais qui traite de la vie sentimentale et sexuelle d’une femme de plus de cinquante ans, rarement représentée au cinéma, avec une énergie revigorante et une douceur qui réchauffe le coeur. Le choix d’Agnès Jaoui est aussi malin qu’évident, puisque la comédienne apparue pour la première fois à l’écran dans Le Faucon de Paul Boujenah en 1983 (oui oui, le film où Francis Huster souhaite manger un hamburger), devenue célèbre en 1996 grâce à Cuisine et dépendances de Philippe Muyl qu’elle avait coécrit avec Jean-Pierre Bacri, d’après leur pièce de théâtre, a su traverser les années ou jouant et en profitant de ses nouveaux atouts physiques de femme mûre et plantureuse comme dans Comme un avion de Bruno Podalydès en 2015. Elle est parfaite dans Aurore, drôle et émouvante, féminine et sensuelle, toujours séduisante. La comédienne s’épanouit devant la caméra de Blandine Lenoir dans la peau de ce personnage qui lui va comme un gant. Elle est également solidement épaulée, notamment la toujours pétillante Pascale Arbillot, Thibault de Montalembert, Sarah Suco (la révélation de Discount), Lou Roy-Lecollinet (découverte dans Trous souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin), sans oublier les apparitions des indispensables Samir Guesmi, Marc Citti, Laure Calamy, Florence Muller (la scène de Pôle Emploi est hilarante) et Philippe Rebbot.

Aurore est une comédie lumineuse et optimiste, tendre et spontanée, engagée et pertinente, rythmée par ses répliques soignées et le peps de ses acteurs. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui un feel-good movie.

LE DVD

Le test du DVD d’Aurore, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. La jaquette reprend le visuel de l’affiche du film.

Après Aurore, précipitez-vous sur les courts-métrages de Blandine Lenoir proposés en guise de suppléments et qui évoquent les thèmes et certains motifs repris dans Zouzou et le second long métrage de la réalisatrice. Ne manquez pas la leçon sur le clitoris par la sublime Laure Calamy dans L’Amérique de la femme.

Ma culotte (2005 – 14’), avec Christine Boisson, Anaïs Demoustier : Claire, la cinquantaine, a très envie de faire l’amour avec ce type qu’elle a ramené chez elle. Depuis le temps qu’elle attend ça, un homme. Comment fait-on déjà ?

Pour de vrai (2006 – 12’), avec Nanou Garcia, Anaïs Demoustier : Une femme de quarante-cinq ans, bouleversée à l’idée de perdre son enfant actuellement dans le coma, erre chez elle, paralysée par son désespoir et son impuissance. Elle est totalement accaparée par sa petite voix intérieure qui répète toujours les mêmes mots d’amour fou pour son enfant endormi, et l’obsession de sa culpabilité de n’avoir pu éviter la chute fatale. Il y a quand même un truc qui cloche dans tout ce désespoir.

L’Amérique de la femme (2014 – 18’), avec Jeanne Ferron, Florence Muller, Laure Calamy, Sarah Grappin : Trois sœurs entre trente-cinq et quarante-cinq ans (Agathe, Lucie et Marie) débarquent chez leur mère, Solange, pour un week-end prolongé à la campagne. La fille d’Agathe, Zouzou, est là depuis une semaine, et d’après Solange, le séjour s’est bien passé. Mais quand les quatre femmes découvrent que la jeune fille de quatorze ans est en train de faire l’amour à l’étage, certainement pour la première fois, c’est la panique.
Qu’est-ce qu’on fait ? On monte les voir ? On les interrompt ?
Un dialogue commence alors autour de la question de l’éducation sexuelle : est-ce qu’Agathe a bien préparé sa fille ? Est-ce qu’elle a su mettre les mots ?

Finissez par le très bon entretien de Blandine Lenoir (18’) réalisé en juin 2017. La cinéaste revient sur la genèse d’Aurore, né d’observations sur ses amies et sur elle-même au moment de l’arrivée de la quarantaine et plus particulièrement sur les inégalités entre les hommes et les femmes de 40 voire plus de 50 ans. Son deuxième long métrage est aussi issu de l’envie de parler de la vie amoureuse et sociale d’un personnage féminin de 50 ans, peu représenté au cinéma. Blandine Lenoir évoque ensuite le choix d’Agnès Jaoui (dont elle voulait filmer le corps) pour incarner le rôle principal, mais aussi les autres comédiens qui l’accompagnent depuis de nombreuses années. Les thèmes du film sont longuement analysés et l’ensemble ne manque pas d’anecdotes de tournage.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Seule l’édition DVD a pu être testée. Evidemment, le piqué n’est pas aussi pointu qu’en Blu-ray et la colorimétrie peut avoir tendance à baver quelque peu, mais cette édition SD s’en tire avec les honneurs. Les contrastes sont corrects, les détails plaisants et l’encodage suffisamment solide pour pouvoir faire profiter de la photographie de Pierre Milon (Les Neiges du Kilimandjaro, Au fil d’Ariane). La clarté est appréciable, les teintes chaleureuses et solaires. Notons toutefois quelques baisses de la définition.

Outre une piste Audiodescription et des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, la version Dolby Digital 5.1 parvient sans mal à instaurer un indéniable confort phonique. Les enceintes sont toutes mises en valeur et spatialisent excellemment les effets, la musique et les ambiances. Quelques séquences auraient peut-être mérité d’être un peu plus dynamiques ou les dialogues parfois quelque peu relevés quand la partition s’envole. La piste Stéréo est de fort bon acabit et contentera largement ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière.

Crédits images : © Eddy BrièreKaré Productions / Diaphana Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Cigarettes et chocolat chaud, réalisé par Sophie Reine

CIGARETTES ET CHOCOLAT CHAUD réalisé par Sophie Reine, disponible en DVD et Blu-ray le 18 avril 2017 chez Diaphana

Acteurs : Gustave Kervern, Camille Cottin, Héloïse Dugas, Fanie Zanini, Thomas Guy, Franck Gastambide

Scénario : Sophie Reine, Gladys Marciano

Photographie : Renaud Chassaing

Musique : Sébastien Souchois

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Denis Patar est un père aimant mais débordé qui se débat seul avec l’éducation de ses filles, Janine, 13 ans et Mercredi, 9 ans, deux boulots et une bonne dose de système D. Un soir, Denis oublie, une fois de trop, Mercredi à la sortie de l’école. Une enquêtrice sociale passe alors le quotidien de la famille Patar à la loupe et oblige Denis à « un stage de parentalité ». Désormais, les Patar vont devoir rentrer dans le rang…

On dirait que le Festival de Sundance fait des émules dans nos contrées ! Cigarettes et chocolat chaud est le premier long métrage de Sophie Reine, monteuse de profession, ayant oeuvré sur les très réussis Ma vie en l’air, Le Temps des porte-plumes, J’ai toujours rêvé d’être un gangster, Foxfire, confessions d’un gang de filles, My Sweet Pepper Land et récompensée par un César pour Le Premier jour du reste de ta vie. Une carrière riche et éclectique qui l’a conduite vers la mise en scène. Son premier court-métrage Jeanine ou mes parents n’ont rien d’exceptionnel (2010) démontre déjà un univers constitué de collages, d’animations, de couleurs sur fond de crise familiale. Sophie Reine attendra six années avant de passer au long-métrage avec Cigarettes et chocolat chaud, prolongement et approfondissement de son précédent travail cinématographique.

Extrêmement foutraque, mais très attentionné, Denis Patar est un paternel épatant, mais débordé qui se débat pour élever et éduquer ses deux fillettes Mercredi et Janine, depuis la mort de son épouse. Compressé par plusieurs boulots alimentaires, ce veuf rate, une fois de trop, la sortie d’école de sa fille Mercredi (c’est son prénom) de 9 ans, interprétée par la jeune Fanie Zanini, confondante de naturel, qui se retrouve au commissariat. Cette garde d’enfant à vue va entraîner l’entrée en scène d’une enquêtrice sociale. S’il veut conserver la garde de ses enfants, Denis va devoir suivre un stage de responsabilisation parentale. Comme très souvent pour une première oeuvre, Cigarettes et chocolat chaud foisonne d’idées – certaines inspirées par la propre enfance de la réalisatrice, passée dans un appartement parisien où le bordel était roi – et Sophie Reine s’avère très généreuse envers les spectateurs, quitte à créer un trop-plein.

La photo éclatante et colorée du chef opérateur Renaud Chassaing, les costumes et les décors plongent l’audience dans un monde singulier, celui de la famille Patar, qui a su rester optimiste et liée malgré le drame qui l’a touchée. Ce film très attachant part un peu dans tous les sens, mais cela traduit en même temps la façon de vivre des Patar. A mi-chemin, l’histoire se focalise sur la fille aînée atteinte du Syndrome Gilles de la Tourette, qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais cette fois encore, cela reflète le fait que le père (génial Gustave Kervern) est tellement désorganisé dans sa façon de vivre et de s’occuper de ses deux enfants, qu’il ne s’est même pas rendu compte des nombreux tics qui agitent sa fille Janine (Héloïse Dugas, jolie révélation). Il faudra un électrochoc, l’arrivée d’une enquêtrice (l’excellente Camille Cottin), pour que Denis fasse le tri dans sa vie, parvienne à faire son deuil, pour mieux s’occuper de ses enfants et penser à lui.

Cigarettes et chocolat chaud s’inscrit dans ce genre de comédies américaines et anglaises du style Little Miss Sunshine et Captain Fantastic, une sensibilité Sundance comme nous le disions en début de critique, un film qui fait du bien, qui fait chaud au coeur, avec des personnages bourrés de charme menés par un Gustave Kervern nounours en diable. A la fin, il n’est pas interdit de fredonner Cigarettes and chocolate milk de Rufus Wainwright, chanson qui a inspiré le titre du film (et qui le clôt), qui devient comme qui dirait l’hymne entêtant et caractéristique de la famille Patar et de cette chronique irrésistible, fantaisiste, tendre et poétique.

LE DVD

Le DVD de Cigarettes et chocolat chaud, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film et la jaquette reprend le visuel de l’affiche du film.

Malgré le petit score du film dans les salles, Diaphana prend soin du service après-vente de Cigarettes et chocolat chaud, en livrant tout d’abord un making of (31’) très sympathique, composé de nombreuses images de tournage et de propos de l’équipe. On y voit Sophie Reine à l’oeuvre avec ses comédiens, tandis que ces derniers reviennent sur l’histoire et les personnages. Quelques images montrent les bouts d’essai des acteurs, ainsi que la préparation des décors et des costumes.

S’ensuit la court-métrage Jeanine ou mes parents n’ont rien d’exceptionnel, réalisé par Sophie Reine en 2010, avec Denis Ménochet et Léa Drucker. Jeanine, 10 ans, n’en peut plus de ses parents, anciens hippies, qui ne pensent qu’à s’amuser. Afin d’accéder à la vie « carrée et organisée » à laquelle elle rêve elle s’inscrit en cachette à un concours de gymnastique. Comme nous l’indiquons dans notre critique de Cigarettes et chocolat chaud, les thèmes et les bases formelles du long métrage de Sophie Reine sont déjà posés dans cet excellent Jeanine ou mes parents n’ont rien d’exceptionnel.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce du film, une autre alternative, ainsi qu’un petit questionnaire auquel se sont pliés les quatre comédiens principaux.

L’Image et le son

Seule l’édition DVD a pu être testée. Evidemment, le piqué n’est pas aussi pointu qu’en Blu-ray et la colorimétrie peut avoir tendance à baver quelque peu, mais cette édition SD s’en tire avec les honneurs. Les contrastes sont corrects, les détails plaisants et l’encodage suffisamment solide pour pouvoir faire profiter de la photographie de Renaud Chassaing (Pattaya, Présumé coupable). La clarté est appréciable, les teintes chaleureuses et solaires. Notons toutefois quelques baisses de la définition.

Outre une piste Audiodescription et des sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant, la version Dolby Digital 5.1 parvient sans mal à instaurer un indéniable confort phonique. Les enceintes sont toutes mises en valeur et spatialisent excellemment les effets, la musique et les ambiances. Quelques séquences auraient peut-être mérité d’être un peu plus dynamiques ou les dialogues parfois quelque peu relevés quand la partition s’envole. Le caisson de basses s’invite également à la partie, notamment lors de la fête finale. La piste Stéréo est de fort bon acabit et contentera largement ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière.

Crédits images : © Mandarin Cinema / Alexis COTTIN / Diaphana / Captures du DVD :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Petit locataire, réalisé par Nadège Loiseau

LE PETIT LOCATAIRE réalisé par Nadège Loiseau, disponible en DVD et Blu-ray le 21 mars 2017 chez Diaphana

Acteurs : Karin Viard, Philippe Rebbot, Hélène Vincent, Manon Kneusé, Antoine Bertrand, Stella Fenouillet

Scénario : Nadège Loiseau, Fanny Burdino, Mazarine Pingeot, Julien Guetta

Photographie : Julien Roux

Musique : Guillaume Loiseau

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Le test de grossesse est formel : Nicole, 49 ans, est enceinte. Sa fille, qui a eu un enfant jeune, n’en revient pas. Sa mère, bien que charmante, n’est pas forcément d’un très grand soutien. Dépitée, Nicole finit par accepter la situation. Sauf qu’elle n’est pas vraiment aidée par Jean-Pierre, son mari qui cherche mollement du travail depuis deux ans. Il faut que cela change pour que le nouveau-né soit accueilli dans de bonnes conditions. Nicole voit l’arrivée du bébé comme un signe, celui d’un nouveau départ pour toute la famille…

Voilà un premier long métrage très prometteur ! En 2013, la réalisatrice Nadège Loiseau met en scène Le Locataire, court-métrage avec Fabienne Babe et Alice David, qui raconte l’histoire d’une femme, mariée et mère de famille, qui tombe enceinte à l’âge de 54 ans. Le Petit locataire est l’adaptation en « grand format » de ce court-métrage. Ce projet s’inspire de la propre grossesse de Nadège Loiseau, qui explique « J’avais du mal à concevoir mon état de femme enceinte. J’ai établi le contact avec mon bébé en l’appelant mon locataire parce que je sentais bien, passé les premiers mois, qu’il y avait une vie déjà très autonome à l’intérieur de moi, qui ne respectait pas mes horaires, qui gigotait n’importe quand, qui essayait de pousser les murs… Bref, je me suis sentie habitée dans le sens premier du terme. Et je me suis dit que je n’étais forcément pas la seule à avoir ressenti ça ». Au-delà du thème de la maternité, Nadège Loiseau signe surtout un portrait de famille formidablement interprété.

Karin Viard est parfaite dans le rôle de Nicole, mariée depuis toujours à Jean-Pierre (le toujours génial Philippe Rebbot), mère de Vincent (Raphaël Ferret), cuistot engagé dans la marine et d’Arielle, incarnée par Manon Kneusé, grande révélation du film et qu’on a hâte de revoir sur le grand écran. Nicole travaille dans un péage d’autoroute, tandis que Jean-Pierre, ancien espoir gymnaste, est au chômage depuis deux ans et passe son temps à entraîner la jeune équipe sportive de sa ville. Alors que Vincent travaille dans un sous-marin, Arielle, 27 ans et éternelle adolescente vit encore chez ses parents et survit financièrement grâce à un petit boulot dans une usine. Tout irait (presque) pour le mieux, si ce n’est qu’Arielle est aussi mère d’une petite fille de six ans, Zoé (Stella Fenouillet), dont Jean-Pierre et Nicole doivent toujours s’occuper quand Arielle sort avec ses copines. Ajoutez à cela la présence de la mère de Nicole, Maimillette (formidable Hélène Vincent, vieillie pour le film), dont les absences s’accentuent, mais qui refait surface de temps en temps avec des propos bien sentis sur chacun et la situation dans laquelle ils se trouvent. La grossesse inattendue de Nicole, pilier de cette famille, va être l’occasion pour chacun de faire le point sur sa propre vie alors que ces quatre générations semblent être sur le point d’imploser.

Le Petit locataire est un premier long métrage généreux, drôle, dynamique, qui se penche avec délicatesse et une vraie sensibilité sur les thèmes de la transmission et de la maternité. Comment l’individu peut-il s’imposer dans un groupe et plus particulièrement dans une famille ? Qu’est-ce que devenir parent ? Nadège Loiseau réussit son pari de faire réfléchir tout en livrant une comédie sociale très divertissante, bien réalisée, chaleureuse, parfois émouvante et toujours pleine de charme avec des couleurs acidulées et une musique électro également très réussie composée par Guillaume Loiseau qui reste longtemps en tête. Pour son scénario, la réalisatrice a fait appel à Fanny Burdino et Mazarine Pingeot, qui avaient également signé celui de l’excellent dernier film de Joachim Lafosse, L’Economie du couple, dont nous retrouvons ici la qualité d’écriture. Ajoutez à cela le soutien de personnages secondaires bien campés par le québécois Antoine Bertrand (vu dans Starbuck) et Côme Levin (Radiostars, Patients), des répliques bien senties et sans aucune méchanceté, un petit clin d’oeil à la recette du Cake d’amour de Peau d’âne et un univers qui fait parfois penser à La Smala, classique de Jean-Loup Hubert et vous obtenez une très agréable surprise qui méritait bien plus que ses 193.000 entrées au cinéma. La famille Payan mérite largement de trouver son public grâce aux prochaines diffusions du film à la télévision et à sa sortie dans les bacs.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Petit locataire, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur l’excellente composition de Guillaume Loiseau.

L’entretien avec la charmante réalisatrice Nadège Loiseau (14), a été réalisé à Paris en janvier 2017. Cette interview permet d’en savoir un peu plus sur la genèse du Petit locataire, les éléments personnels qui ont nourri le scénario, les thèmes abordés, le casting, le choix des couleurs et les petites références à Jacques Demy.

Ne manquez pas le petit quart d’heure de scènes coupées au montage, qui s’avèrent très réussies et qui permettent entre autres d’en savoir un peu plus sur le personnage de Vincent (Raphaël Ferret).

Nous en parlons dans la critique du film, Le Petit locataire est en réalité la version étendue du court-métrage du Locataire, court-métrage réalisé par Nadège Loiseau en 2013, avec Fabienne Babe, Alice David et Stéphan Wojtowicz. La plupart des scènes de ce film très réussi et excellemment interprété, ont été entièrement reproduites pour le long-métrage.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et les credits.

L’Image et le son

Ce transfert HD (1080p, AVC) s’avère soigné. Les partis pris de la photo signée Julien Roux (Tristesse club, Five) sont très bien retranscrits avec une prédominance de couleurs vives et pétillantes (les teintes bleue, jaune, rose foisonnent), les contrastes sont au beau fixe et le piqué agréable. Ce master s’avère un bel objet, le relief est omniprésent, les détails omniprésents sur le cadre large, les séquences en extérieur sont magnifiques et étincelantes.

La musique est admirablement délivrée et spatialisée par le mixage DTS-HD Master Audio 5.1. Les dialogues s’imposent sans mal sur la centrale, toujours clairs et distincts. Quelques ambiances naturelles parviennent à percer sur les latérales, la balance gauche-droite est dynamique, avec parfois un petit soutien du caisson de basses. La version Stéréo est également à l’avenant avec une minutieuse homogénéité des voix, de la composition et des bruitages annexes. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Les films du Worso / SRAB Films/ Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr