Test Blu-ray / Les Fugitifs, réalisé par Francis Veber

LES FUGITIFS réalisé par Francis Veber, disponible en DVD et Blu-ray le 26 septembre 2018 chez Gaumont

Acteurs : Gérard Depardieu, Pierre Richard, Anaïs Bret, Jean Carmet, Maurice Barrier, Jean Benguigui, Roland Blanche, Philippe Lelièvre, Yveline Ailhaud, Didier Pain…

Scénario : Francis Veber

Photographie : Luciano Tovoli

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h30

Année de sortie : 1986

LE FILM

Lucas, un dangereux gangster, sort de prison et décide de devenir honnête. Pignon, au chômage depuis trois ans, décide de devenir malhonnête et attaque maladroitement une banque. Cerné par la police, il prend un otage pour se couvrir et choisit justement Lucas, qui était venu ouvrir un compte. La police reconnaît immédiatement l’ancien prisonnier et ne croit pas à son innocence. Lucas, en danger de mort, est obligé de s’enfuir avec son ravisseur.

Je suis pas en cavale, j’ai été pris en otage. Et si mon ravisseur n’est pas là dans 10 secondes, je te tire une balle dans le cul !

Avec Les Fugitifs, Francis Veber, scénariste de renom passé à la mise en scène avec Le Jouet en 1976 sur les conseils de Claude Berri, clôt en beauté sa trilogie reposant sur l’alchimie de l’immense duo Pierre Richard (François Pignon est de retour) – Gérard Depardieu, après La Chèvre (1981) et Les Compères (1983). Moins burlesque que les deux précédents films du réalisateur, Les Fugitifs se révèle beaucoup plus sensible et offre à Pierre Richard, pour sa quatrième et dernière collaboration avec le cinéaste, un de ses plus beaux rôles au cinéma, celui d’un père veuf, prêt à tout pour conserver la garde de sa fille. Le grand blond n’a jamais paru aussi fragile et cassé que dans ce film, un magnifique clown triste qui émeut autant qu’il arrache les larmes de rire. On appelle ça le génie.

Ton pantalon ! Allez vite ton pantalon connard où j’fais un trou d’dans !

Jean Lucas, ancien repris de justice pour de nombreux braquages de banques, est libéré après cinq ans de prison. Lucas est bien décidé à « se ranger » et à mener une vie honnête, ce qui ne manque pas de laisser dubitatif le commissaire Duroc. À sa sortie de prison, il vend les bijoux qui lui ont été restitués lors de sa levée d’écrou, puis se rend dans une banque pour y déposer le chèque qu’il a reçu du bijoutier. Alors qu’il fait la queue pour ouvrir un compte, un individu armé surgit pour effectuer un hold-up. Cet individu, François Pignon, peu expérimenté de l’exercice, mène très maladroitement son forfait et la banque est rapidement cernée par le commissaire Duroc et ses hommes. Contraint de sortir, Pignon prend Lucas comme otage. Le commissaire Duroc est convaincu que Lucas est en fait le braqueur. La situation surréaliste manque de tourner au drame et les deux hommes parviennent in extremis à s’échapper. Le comble est atteint pour Lucas qui reçoit une balle de revolver dans la cuisse, tirée par Pignon ! Acceptant d’être soigné par un vétérinaire ami de Pignon, Lucas découvre la petite fille de François, Jeanne. Cette dernière, très affectée par la mort de sa mère il y a plusieurs années, refuse de parler. Étant au chômage et sans revenus, Pignon était menacé par l’assistance publique de perdre la garde de Jeanne, chose inacceptable et insupportable pour lui. C’est devant cette situation sociale très difficile que Pignon s’est résigné à braquer la banque. Se sentant désormais menacé par la police et la perspective de la prison, Lucas accepte le marché de François qui, en échange de son aide pour quitter le territoire, promet de ne pas compromettre Lucas dans le braquage, son passé et sa réputation auprès du commissaire Duroc jouant en sa défaveur.

Vous me reconnaissez ?
Connard ?
C’est moi, oui ça va mieux ?

Francis Veber continue d’exploiter la relation de deux hommes que tout oppose et qui deviennent pourtant amis. Nous retrouvons les éléments qui font la griffe inimitable du cinéaste : des dialogues finement ciselés, une mécanique d’orfèvre, des seconds rôles soignés en particulier Jean Carmet, nommé pour le César du meilleur second rôle masculin, qui bouffe l’écran en vétérinaire complètement largué, auquel s’ajoutent un caméo non crédité de Michel Blanc et surtout des scènes tendres et sans aucune niaiserie avec l’étonnante petite Anaïs Bret, devant laquelle le monstre Depardieu se fait minuscule. A l’instar d’un remake de La Grande Vadrouille, Les Fugitifs emporte ses personnages et les spectateurs dans une course-poursuite d’1h30 sans aucun temps mort. Plus de trente ans après sa sortie, on est toujours aussi ému de voir ces deux grands comédiens face à cette poupée de 4 ans, surtout quand cette dernière demande au colosse en face d’elle « T’en va pas ! ».

Extraire une balle ? Il a avalé la baballe ? Il a avalé la baballe en jouant !

De son côté, Vladimir Cosma signe une de ses plus belles partitions, surtout durant le final où le trio s’éloigne vers l’Italie, probablement la plus belle séquence de tout le cinéma de Francis Veber. Parallèlement, c’est aussi la fin d’une ère. Après ce film, Pierre Richard ne retrouvera jamais les sommets du box-office, du moins en tant que tête d’affiche et ne tournera plus pour Francis Veber, tandis que ce dernier ne retrouvera Gérard Depardieu que quinze ans plus tard pour Le Placard. Même si le score est inférieur à celui de La Chèvre (7 millions d’entrées) et des Compères (4,8 millions), Les Fugitifs est tout de même un triomphe en 1986. Le film attire près de 4,5 millions de spectateurs en France, plus de 20 millions en Union Soviétique et connaîtra même un remake en 1989 intitulé Les Trois fugitifs, avec Nick Nolte et Martin Schort, réalisé par Francis Veber lui-même, alors parti à Hollywood. Le réalisateur sera également nommé aux César en 1987 pour le meilleur scénario original.

LE BLU-RAY

Un peu plus de quatre ans après sa première édition HD chez EuropaCorp et surtout après le rachat du catalogue des films de Pierre Richard, Les Fugitifs refait son apparition dans les bacs sous la houlette de Gaumont ! Nouvelle édition HD restaurée, visuel différent. Le menu principal est fixe et muet.

L’ancienne édition ne comportait aucun supplément. Faute réparée ici avec un documentaire rétrospectif (28’) donnant en fait la parole à Francis Veber, Pierre Richard et, grand surprise, Anaïs Bret qui interprétait la petite Jeanne dans le film ! Tandis que nous découvrons de superbes images et photos de tournage et des répétitions, le réalisateur explique la difficulté d’écriture du scénario des Fugitifs. De son côté Pierre Richard partage ses souvenirs liés à son complice Gérard Depardieu et à la méthode Veber. Anaïs Bret, très charmante et qui est devenue professeur, se remémore les prises de vues avec ses partenaires, comment toute l’équipe s’occupait d’elle entre les prises.

L’interactivité se clôt sur un comparatif avant/après la restauration, ainsi que la bande-annonce composée de prises alternatives.

L’Image et le son

L’ancien master HD permettait aux couleurs de retrouver un peu de peps, une clarté évidente, une stabilité ainsi qu’un nouveau relief. La propreté de la copie était indéniable, la texture argentique flatteuse et la définition fort appréciable. Quelques fourmillements s’invitaient tout de même à la partie, le piqué était souvent doux et manquait de mordant, surtout sur les séquences sombres et nocturnes, tout comme dans le cabinet du vétérinaire aux lumières vertes et jaunes peu reluisantes. La gestion du grain était également aléatoire et les visages des comédiens tiraient sur le rosé. Nous accueillons donc ce nouveau master HD restauré avec une très grande joie. Les teintes sont nettement plus naturelles que sur le Blu-ray EuropaCorp, la carnation est également plus douce et équilibrée. Ce nouveau Blu-ray permet surtout d’apprécier les éclairages plus stylisés que dans nos souvenirs, du chef opérateur Luciano Tovoli. Même chose concernant les contrastes, plus équilibrés, autant sur les séquences diurnes que nocturne. Le grain est harmonieux, les détails plus éloquents.

La piste française DTS-HD Master Audio Mono 2.0 des Fugitifs est plutôt percutante. Aucun souffle n’est à déplorer, ni aucune saturation dans les aigus. Les dialogues sont vifs, toujours bien détachés, la musique de Vladimir Cosma est délivrée avec une belle ampleur. L’ensemble est aéré, propre, fluide et dynamique. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Gaumont Pathé Archives / Collection Personnelle d’Anaïs Bret / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Bagdad Café, réalisé par Percy Adlon

BAGDAD CAFÉ (Out of Rosenheim) réalisé par Percy Adlon, disponible en Blu-ray – Edition “30ème anniversaire – Version restaurée” le 17 juillet 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Marianne Sägebrecht, CCH Pounder, Jack Palance, Christine Kaufmann, Monica Calhoun, Darron Flagg…

Scénario : Eleonore Adlon, Percy Adlon, Christopher Doherty

Photographie : Bernd Heinl

Musique : Bob Telson

Durée : 1h49

Année de sortie : 1987

LE FILM

Suite à une dispute avec son mari, Jasmin, une femme d’origine bavaroise, atterri dans un petit hôtel miteux situé entre Las Vegas et DisneyLand : le Bagdad Café. L’endroit, dirigée par Brenda, une jeune femme bruyante et revêche, est un repère de routiers et de personnages fantasques. C’est dans ces conditions que va naître une amitié hors du commun entre Jasmin et Brenda, deux personnalités pourtant diamétralement opposées…

C’est l’histoire d’un petit film débarqué de nulle part, distribué sans trop y croire, rapidement devenu un véritable phénomène mondial. Bagdad Café titre international d’Out of Ronseheim, aura entre autres attiré près de 2,5 millions de spectateurs en France à sa sortie en avril 1988, devenant le huitième plus grand succès de l’année, entre Crocodile Dundee II et Liaison fatale. Comme une réaction chimique, les ingrédients ont formé un précipité d’émotions, d’humour et de tendresse qui a conquis le monde entier. Aujourd’hui encore, Bagdad Café reste un véritable miracle cinématographique, une œuvre unique, intemporelle, universelle, quasiment inclassable, tandis que résonne encore et toujours la sublime chanson Calling You avec la voix aérienne de Jevetta Steele, qui a également largement contribué au triomphe ainsi qu’à la postérité du film de Percy Adlon.

Jasmine Münchgstettner, une touriste allemande de la ville de Munich, quitte son mari et échoue en plein désert avec, pour tout bagage, la valise de son époux contenant la garde-robe très bavaroise de celui-ci et un jeu de magie. Elle atterrit au Bagdad Café, un motel poussiéreux, situé non loin de Las Vegas et longeant la célèbre Route 66. Le Bagdad Café est géré par Brenda, une femme épuisée et excédée, qui élève ses enfants, dont un fan de Bach, une ado fantasque et un petit-fils, sans pouvoir compter sur son fainéant de mari qui l’a quittée. Le café est le refuge de gentils marginaux : un serveur amérindien lymphatique, un ancien peintre décorateur d’Hollywood, une tatoueuse misanthrope ainsi qu’un campeur lanceur de boomerang. Jasmine bouleverse la vie de cette petite communauté et ramène la clientèle de routiers qui désertaient ce trou sinistre, grâce à un grand coup de ménage tout germanique et à ses talents de prestidigitatrice. Chacun, y compris Jasmine, voit sa vie transformée, notamment Brenda, qui trouve une amie et sourit à nouveau.

Bagdad Café est comme qui dirait le chaînon manquant entre le cinéma de Rainer Werner Fassbinder et celui David Lynch. Percy Adlon dresse le portrait des laissés pour comptes et des oubliés du célèbre « Rêve Américain ». En adoptant le point de vue d’une étrangère, magnifiquement campée par la comédienne bavaroise et très fellinienne Marianne Sägebrecht (Zuckerbaby, La Guerre des Rose), le réalisateur signe un film hors du temps, comme suspendu, et nimbe ce repère de paumés d’une couleur dorée hypnotique, comme si le soleil venait constamment caresser les personnages qui squattent le motel pourtant cradingue de Brenda, interprétée par l’incroyable CCH Pounder. Comme une peinture de Salvador Dalí, inspiration du chef opérateur Bernd Heinl pour ce qui est de l’utilisation des filtres jaunes, mais aussi d’Edward Hopper en ce qui concerne les décors, on pense d’ailleurs à son œuvre Gas, Bagdad Café révèle les sentiments enfouis de ses personnages solitaires. Chacun se dévoile progressivement, la confiance s’installe, la peur de l’autre fait place à l’amitié la plus intense et la plus intime.

Jasmine et Brenda, mais aussi Rudy le baba-cool (sublime Jack Palance), Debbie la tatoueuse excentrique et les autres portent leurs « bagages » avec eux, une histoire personnelle qui les a conduit dans cet endroit reculé du monde, au milieu de nulle part. Il ne leur manquait qu’un soupçon de magie pour que l’étincelle de la vie renaisse chez chacun, qu’ils voient la beauté de ceux qui les entourent. Avec sa sensibilité européenne et à l’instar de son compatriote Wim Wenders, Percy Adlon parvient à rendre hommage au visage caché de l’Amérique, l’une de ses richesses, le melting-pot. Au-delà de l’apparente rudesse, se cache en fait une infinie douceur, une plénitude, la joie d’être ensemble, de profiter de l’instant présent, de donner et de partager du plaisir et de l’amour même avec ceux qui ne sont que de passage sur cette Route 66. Ou quand les âmes égarées finissent par se reconnaître entre elles.

Bagdad Café est un film d’illusionniste qui procure un immense bien-être et auquel on revient sans cesse. En un mot, un chef d’oeuvre, justement récompensé par le César du meilleur film étranger en 1989.

LE BLU-RAY

Bagdad Café avait déjà bénéficié d’une sortie en Haute-Définition dite « Version longue – Director’s Cut » en 2009. En 2018, l’édition 30ème anniversaire – Version restaurée arrive dans les bacs ! Le disque repose dans un boîtier slim Digipack, reprenant un visuel colorié de la célèbre affiche du film. Le menu principal est fixe et musical. Il s’agit bien entendu du même montage que celui proposé en 2009 et qui contient donc forcément des passages non doublés en français, qui passent directement en version originale sous-titrée.

Cette édition comprend un commentaire audio de Percy Adlon et Marianne Sägebrecht. Les deux collaborateurs et surtout amis s’expriment en allemand (sous-titré en français) et reviennent sur tous les aspects de Bagdad Café, évidemment le film qui aura marqué le plus leur carrière. Bourré d’anecdotes, ce commentaire audio se suit avec un très grand plaisir, même si les deux intervenants peuvent parfois tomber dans l’autosatisfaction. Mais on ne leur en veut pas.

S’ensuit un reportage fort sympathique (24’) où le réalisateur, accompagné de son épouse (et coscénariste) et de leurs petites-filles, reviennent sur les lieux de tournage, quelques semaines avant la présentation du film au Festival de Cannes en séance Cannes Classics. Quelques vestiges demeurent, tandis que Percy Adlon partage quelques souvenirs liés aux prises de vues.

Plus anecdotique, un montage d’une vingtaine de minutes compile quelques images et photos du film, tandis que la voix de Percy Adlon résume l’intégralité de l’intrigue de Bagdad Café.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Bagdad Café refait surface à travers un tout nouveau master 4K ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette nouvelle copie comblera les très nombreux amateurs du film de Percy Adlon. La luminosité est éloquente, ainsi que la nouvelle tenue des contrastes, le grain argentique est sublime, tandis que l’usage des filtres colorés n’a jamais été aussi étincelant. Les gros plans regorgent de détails à l’instar de l’éclat des yeux de Marianne Sägebrecht et l’on parvient même à discerner les quelques trucs des tours de magie à la fin du film. Ce Blu-ray 30ème anniversaire est élégant, sans cesse flatteur pour les mirettes, un travail de haute qualité.

Bagdad Café est disponible en version originale et française DTS-HD Master Audio Stéréo. Même si la première est évidemment à privilégier, les deux pistes instaurent un confort acoustique plaisant avec une délivrance affûtée des dialogues, des effets annexes convaincants et surtout une belle restitution de la musique culte. Les deux options acoustiques sont propres et sans souffle. L’éditeur joint également une piste allemande. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © PELEMELE 1987 / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Madame Hyde, réalisé par Serge Bozon

MADAME HYDE réalisé par Serge Bozon, disponible en DVD le 31 juillet 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia, Adda Senani, Guillaume Verdier, Patricia Barzyk, Pierre Léon, Roxane Arnal…

Scénario : Serge Bozon, Axelle Ropert d’après le roman de Robert Louis Stevenson “L’Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde” (“The Strange Case of Dr. Jekyll and Mister Hyde“)

Photographie : Céline Bozon

Musique : Benjamin Esdraffo

Durée : 1h31

Année de sortie : 2018

LE FILM

Mme Géquil, timide et maladroite professeure de physique dans un lycée professionnel de banlieue, est méprisée par ses élèves et ses collègues. Un jour, elle est foudroyée et sent en elle une énergie nouvelle, mystérieuse et dangereuse…

Comme dirait le héros du nanar Jaguar Force, « Mais pourquoi ? Pourquoooooooi ??!! ». C’est ce qu’on se dit durant les interminables 90 minutes de Madame Hyde, le nouveau supplice concocté par Serge Bozon (L’Amitié, Mods, La France), de retour derrière la caméra (ah bon?) cinq ans après l’abominable Tip Top. Pour son nouvel opus, il signe à nouveau le scénario avec Axelle Ropert, ce qui d’emblée n’est franchement pas rassurant. Madame Hyde se présente donc comme une libre adaptation contemporaine de l’oeuvre de Robert Louis Stevenson, L’Etrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886). Pure arnaque, ce « film », puisqu’il faut bien le qualifier ainsi s’inscrit directement dans le top des plus mauvais de l’année et l’on se demande encore comment la grande Isabelle Huppert a pu se fourvoyer là-dedans pour la deuxième fois consécutive.

Madame Hyde est représentatif d’un cinéma élitiste, qui pense faire de l’art en se filmant le nombril et en usant de blagues pas drôles qui font se gausser les producteurs en manque de notoriété. Réalisateur, critique de cinéma aux Cahiers et comédien, Serge Bozon pense faire de l’humour, mais ne comprend rien au slapstick, ni même à la mise en scène, encore moins à la direction d’acteurs. Le pauvre José Garcia en fait les frais dans le rôle ingrat de monsieur Géquil, homme au foyer, qui se contente de faire la popote et de prendre soin de sa femme. Rien, absolument rien ne fonctionne dans Madame Hyde. A part peut-être la prestation de Romain Duris, qui a visiblement l’air de se demander ce qu’il fout là-dedans, mais qui du coup s’amuse à composer un personnage infect, un proviseur arrogant tiré à quatre épingles, très précieux avec la mèche Auteuil-Neuilly-Passy. Il est de loin la seule raison valable de se taper le film jusqu’au bout. Sans lui, visionner Madame Hyde serait vraiment une épreuve insoutenable.

La photo est laide, le rythme jamais maîtrisé, les comédiens neurasthéniques, l’ensemble sans intérêt. Le pire, c’est que le film se donne des airs pour finalement ne rien raconter. La mise en scène est impersonnelle, sans âme. On suit donc difficilement (euphémisme) les aventures de cette prof fatiguée, qui ne parvient pas à se faire respecter malgré les années d’enseignement. Suite à une expérience scientifique qui tourne mal, elle se retrouve dotée de pouvoirs et se transforme quand vient la Lune Rousse. Elle devient alors incandescente et s’en va faire respecter la loi dans la cité où s’affrontent quelques jeunes chanteurs de rap. Sinon, Serge Bozon semble se foutre de tout, de son scénario, de ses acteurs. Tout part en sucette dès les premières minutes et finalement Madame Hyde s’apparente à un épisode de l’émission E=M6 qui aurait été déprogrammé car jugé trop ennuyeux pour les spectateurs. Quand le personnage d’Isabelle Huppert entreprend d’expliquer un problème de mathématiques à l’un de ses élèves en difficulté, le réalisateur croit bon de nous faire un cours particulier en plan fixe, qui dure, et qui dure encore, et qui nous renvoie aux cours de madame Baillet au Collège Alfred de Musset de Patay. Franchement, pourquoi ?

Le hic, c’est que des trucs du même genre et aussi bavards fleurissent encore et toujours dans les salles, qu’ils squattent les cinémas et surtout des salles vides puisque même les cinéphiles les plus avertis n’hésitent plus à fuir devant l’ignominie de ce qu’on leur propose. Cinéma d’auteur d’accord, liberté de ton OK, humour loufoque soit, mais il faudrait peut-être arrêter de prendre les spectateurs pour des cons et de penser que l’on peut tenir un discours vieux de plus de vingt ans (ici sur l’éducation, la banlieue, la transmission, le racisme) sous couvert de fausse originalité. Autant revoir Le Plus beau métier du monde de Gérard Lauzier avec un immense Gérard Depardieu ou bien encore De bruit et de fureur de Jean-Claude Brisseau.

LE DVD

Le test du DVD de Madame Hyde, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément sur cette édition.

L’Image et le son

Ce master (1.66) offre des conditions de visionnage banales et sans esbroufe. La colorimétrie est plutôt bien agencée, aux teintes pastel, mais la définition demeure passable, même sur les quelques plans rapprochés avec des visages très blafards. La clarté est de mise, les contrastes corrects, cependant le piqué manque de précision et certaines séquences apparaissent plus ternes que d’autres.

Madame Hyde n’est pas à proprement parler d’un film à effets, mais la piste Dolby Digital 5.1 parvient à distiller ici et là quelques ambiances. La plupart des séquences reposent sur les dialogues et le mixage se concentre souvent sur les enceintes avant. La spatialisation est essentiellement musicale, les effets latéraux sont rares. Même chose pour la piste Stéréo, amplement suffisante pour un film de cet acabit. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également au programme, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Haut et Court / TF1 Studios / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Game Night, réalisé par Jonathan Goldstein & John Francis Daley

GAME NIGHT réalisé par Jonathan Goldstein & John Francis Daley, disponible en DVD et Blu-ray le 22 août 2018 chez Warner Bros.

Acteurs : Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler, Sharon Horgan, Billy Magnussen, Lamorne Morris, Kylie Bunbury, Jesse Plemons, Michael C. Hall…

Scénario : Mark Perez

Photographie : Barry Peterson

Musique : Cliff Martinez

Durée : 1h40

Année de sortie : 2018

LE FILM

Pour pimenter leur vie de couple, Max et Annie animent un jeu une nuit par semaine. Cette fois ils comptent sur Brooks, le frère charismatique de Max, pour organiser une super soirée à thème autour du polar, avec vrais faux malfrats et agents fédéraux ! Brooks a même prévu de se faire enlever… sauf qu’il reste introuvable. En tentant de résoudre l’énigme, nos joueurs invétérés commencent à comprendre qu’ils se sont peut-être trompés sur toute la ligne. De fausse piste en rebondissement, ils n’ont plus aucun point de repère et ne savent plus s’il s’agit encore d’un jeu… ou pas. Cette nuit risque bien d’être la plus délirante – et la plus dangereuse – de toute leur carrière de joueurs…

Cela fait plus de trente ans que Jason Bateman (né en 1969) traverse le cinéma américain, en se spécialisant notamment dans la comédie. En tant que second rôle (Allumeuses !, Starsky et Hutch, Dodegball ! Même pas mal !, La Rupture, Hancock) ou au premier plan (Une famille très moderne, Comment tuer son boss ?, Echange standard, Arnaque à la carte), l’acteur a toujours su s’imposer. Son nom reste toutefois méconnu dans nos contrées, même si son visage illuminé par ses petits yeux ronds marque souvent les spectateurs. Pour Game Night, il retrouve les scénaristes de Comment tuer son boss ? (John Francis Daley) et Comment tuer son boss ? 2 (Jonathan Goldstein), déjà passés à la mise en scène en 2015 avec Vive les vacances. Game Night est une comédie savoureuse menée à cent à l’heure, interprétée par des acteurs survoltés menés par Jason Bateman donc, mais aussi par la sublime Rachel McAdams, qui se renvoient la réplique désopilante durant 1h40. Non seulement Game Night est l’un des films les plus drôles de l’année 2018 (la scène du chien tâché de sang est même hilarante), mais il est également excellemment mis en scène (la course à l’oeuf de Fabergé tournée en – faux – plan-séquence !) et se permet même de flirter avec le thriller et le polar, en convoquant notamment le désormais classique de David Fincher, The Game. Excellent jusqu’au générique de fin, également un grand morceau de bravoure.

Des amis se réunissent régulièrement chez Max et Annie pour jouer à des jeux de société. Leur voisin tente avec insistance de se faire inviter. Un jour, Max reçoit la visite de son frère Brooks qui a financièrement réussi dans la vie. Brooks les invite à une soirée de jeux qu’ils n’oublieront pas. Arrivés sur les lieux, ils apprennent que le gagnant de la soirée sera l’heureux propriétaire d’une voiture sport des années 1960. Quelques instants plus tard, un agent du FBI entre dans la maison, leur explique que des kidnappeurs sévissent dans le quartier et qu’ils n’ont que quelques heures pour libérer une personne grâce aux indices se trouvant dans un dossier qu’il leur remet. Deux hommes masqués font irruption dans la maison et enlèvent Brooks devant les yeux des invités qui observent la situation avec insouciance, croyant qu’il s’agit d’une mise en scène. Les kidnappeurs et le frère partis, les trois couples commencent à rechercher des indices.

Quel pied ! Non seulement Game Night est une comédie très bien écrite, mais la réalisation est aussi très inventive, les metteurs en scène transformant la ville d’Atlanta et sa banlieue résidentielle en véritable plateau de jeu de société. Les quiproquos s’enchaînent sur un rythme trépidant, la photo du chef opérateur Barry Peterson (21 Jump Street, Agents presque secrets) est très élégante et les acteurs y vont à fond. Si le couple principal est aussi génial que beau à regarder (forever Rachel…), Kyle Chandler s’éclate dans un rôle à contre-emploi, mais c’est surtout Jesse Plemons qui tire son épingle du jeu et vole toutes les scènes à chaque apparition dans la peau du voisin étrange de Max et Annie. Constamment vêtu de son uniforme de la police, son petit chien dans les bras et avec son faux air de Matt Damon, Jesse Plemons, vu dernièrement dans Pentagon Papers de Steven Spielberg et The Master de Paul Thomas Anderson, crève l’écran et campe l’un des personnages les plus marquants de l’année 2018 au cinéma.

Ce véritable jeu de pistes, gros succès aux Etats-Unis, mais relativement passé inaperçu en France, mérite une seconde chance chez nous, mais on parie que ce film burlesque, à l’humour noir revigorant et absurde parviendra à se faire une petite renommée.

LE BLU-RAY

Game Night tente une nouvelle percée en France avec sa sortie en DVD et Blu-ray chez Warner Bros. L’édition HD repose dans un boîtier écolo (moins de plastique donc) et la jaquette reprend le visuel de l’affiche français d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Edition minimaliste pour Game Night. C’est dommage. Il faudra se contenter d’un pseudo making-of (4’) composé d’images de tournage et d’interviews de l’équipe. On aurait aimé en savoir plus sur la création du plan-séquence de la course à l’oeuf !

L’interactivité se clôt sur un bêtisier (7’).

L’Image et le son

L’éditeur livre un Blu-ray parfait avec son lot de détails confondants sur le cadre large 2.40. La colorimétrie est sublime, la profondeur de champ est éloquente, les blancs brillants et les gros plans, tout comme les superbes panoramas sur Atlanta, bénéficient d’un piqué pointu au relief impressionnant. Les très nombreuses séquences nocturnes sont sublimes, fluides, avec de belles ambiances tamisées, des noirs denses et une restitution des textures appliquées. C’est ce qu’on appelle un transfert élégant.

Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 anglais, aussi percutant dans les scènes de poursuites que dans les échanges traditionnels. Les séquences sur le tarmac ou durant la course à l’oeuf peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales. Les effets annexes sont très présents et dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des actions au moment opportun. La spatialisation est en parfaite adéquation avec le ton du film. En revanche, la piste française, proposée dans un pauvre Dolby Digital 5.1, parvient à s’en sortir, même s’il n’y a pas de comparaison possible avec la version originale.

Crédits images : ©  2018 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC-DUNE ENTERTAINMENT LLC / Hopper Stone / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Amoureux de ma femme, réalisé par Daniel Auteuil

AMOUREUX DE MA FEMME réalisé par Daniel Auteuil, disponible en DVD et Blu-ray le 29 août 2018 chez France Télévisions Distribution

Acteurs : Daniel Auteuil, Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte John Sehil…

Scénario : Florian Zeller d’après sa pièce “L’envers du décor

Photographie : Jean-François Robin

Musique : Thomas Dutronc

Durée : 1h26

Année de sortie : 2018

LE FILM

Daniel est très amoureux de sa femme, mais il a beaucoup d’imagination et un meilleur ami parfois encombrant. Lorsque celui-ci insiste pour un dîner “entre couples” afin de lui présenter sa toute nouvelle, et très belle, amie, Daniel se retrouve coincé entre son épouse qui le connaît par coeur et des rêves qui le surprennent lui-même.

Alors que l’on pouvait espérer le troisième et dernier volet de sa trilogie marseillaise, César, qui ne verra vraisemblablement jamais le jour en raison des échecs commerciaux de Marius et Fanny, sortis simultanément en 2013, Daniel Auteuil revient à la mise en scène par la petite porte avec Amoureux de ma femme. Il délaisse la Canebière et l’accent chantant pour un appartement parisien de petits bourgeois et se révèle beaucoup moins à l’aise dans cet univers. Plus classique sur la forme, Amoureux de ma femme déçoit par sa simplicité et son manque d’envergure, surtout de la part d’un de nos plus grands comédiens. Un marivaudage de plus…

Daniel (Daniel Auteuil), éditeur parisien rencontre par hasard Patrick (Gérard Depardieu), un ami de longue date qu’il ne côtoie plus depuis la séparation de ce dernier avec son ex-femme, meilleure amie d’Isabelle (Sandrine Kiberlain), l’épouse de Daniel. Désormais en couple avec Emma (Adriana Ugarte), jeune actrice espagnole, Patrick souhaiterait la présenter à ses amis qui organisent donc un dîner chez eux. Mais au fur et à mesure de la soirée et de plus en plus sous le charme de la belle espagnole, Daniel va s’imaginer tous les scénarios possibles pour vivre sa romance avec Emma…

A presque 70 ans, Daniel Auteuil n’a plus rien à prouver. Du moins en tant qu’acteur. Car malgré tout l’immense respect que l’on peut avoir – et à juste titre – pour son immense carrière, c’est autre chose concernant son travail derrière la caméra. Si ses « pagnolades » La Fille du puisatier (2011) et MariusFanny (2013) étaient sympathiques, leur modestie décevait quelque peu. C’est encore le cas pour Amoureux de ma femme, d’autant plus que Daniel Auteuil se retrouve prisonnier de son dispositif, puisque son film est l’adaptation de la pièce de Florian Zeller, L’Envers du décor, que le comédien avait déjà joué et d’ailleurs mis en scène en 2016 aux côtés de Valérie Bonneton, François-Eric Gendron et Pauline Lefèvre. Dans ce quatrième long métrage en tant que réalisateur, Daniel Auteuil enferme ses quatre personnages dans un bel appartement de la capitale. On pense alors au Dîner de cons ou au Prénom, mais Daniel Auteuil aère l’action en montrant l’imagination à l’oeuvre de son personnage.

Amoureux de ma femme est donc une projection des fantasmes d’un homme, marié de longue date, qui s’éprend de la compagne d’un de ses plus vieux amis et qui se prend à rêver de l’existence qu’il mènerait aux côtés de cette jeune femme répondant au doux prénom d’Emma. Cette dernière possède les traits de la sublime Adriana Ugarte, révélation ibérique du non moins merveilleux Julieta (2016) de Pedro Almodóvar, dans son premier rôle en français. Son charme, son sourire dévastateur et son érotisme enflamment le film. Pour lui donner la réplique, Daniel Auteuil a fait appel à son pote Gégé, Gérard Depardieu, qui a vraiment très peu de choses à défendre, mais qui le fait très bien. Ce dernier met son immense talent au service de son ami, rien de plus, mais c’est déjà beaucoup de la part d’un tel monstre. Du moment qu’on lui donne de quoi boire et manger à l’écran, il lui en faut peu à notre Gégé. Celle qui tire agréablement son épingle du jeu est Sandrine Kiberlain. Dans le rôle finalement « ingrat » de la femme trompée, mentalement (et plus…), la comédienne démontre une fois de plus son tempérament et son énergie qui font d’elle une de nos meilleures actrices de comédie, genre qu’elle a pourtant peu abordé jusqu’à maintenant.

La réalisation est fonctionnelle et se contente de champs-contrechamps, en misant principalement sur le rythme des répliques, sur les moments d’égarements de Daniel et sur l’imbrication du réel et du fantasme en jouant sur la temporalité de l’action. Ce vaudeville tourne rapidement en rond et l’écriture, assez pauvre, ne parvient jamais vraiment à intéresser ni à rendre les personnages attachants. De l’aveu-même de Daniel Auteuil, Amoureux de ma femme n’est rien de plus qu’une fantaisie rappelant qu’il est important de profiter de la vie et de continuer à rêver. Une louable intention, mais cela n’empêche pas le film d’être sacrément décevant et surtout impersonnel de la part d’un si grand artiste, même si l’ensemble reste léger et divertissant.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Amoureux de ma femme, disponible chez France Télévisions Distribution, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément sur cette édition.

L’Image et le son

Amoureux de ma femme a été tourné en numérique. De ce fait, le Blu-ray (1080p) est le support tout indiqué pour revoir le film, d’autant plus que le transfert est impeccable et bénéficie d’un superbe et élégant rendu des couleurs. Avec l’aide de son fidèle chef opérateur Jean-François Robin (Le Bossu, IP5: L’île aux pachydermes), le réalisateur fait la part belle aux teintes bigarrées de l’appartement, où se déroule l’essentiel de l’action. Le relief des séquences extérieures est évident, tout comme sur les scènes en intérieur aux détails acérés. La définition demeure solide tout du long, les contrastes sont tranchants. L’encodage AVC consolide l’ensemble.

Une piste DTS-HD Master Audio 5.1 au programme ! Bien qu’elle soit essentiellement musicale, la spatialisation instaure un réel confort acoustique. Par ailleurs, les quelques effets glanés ici et là sur les enceintes arrière permettent de plonger le spectateur dans une atmosphère probante. Sans surprise, le caisson de basses n’intervient pas dans cette histoire. Les voix demeurent solidement plantées sur la centrale, la balance frontale étant quant à elle riche et savamment équilibrée. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour les spectateurs aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Christine Tamalet / France Télévisions Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Retour du héros, réalisé par Laurent Tirard

LE RETOUR DU HÉROS réalisé par Laurent Tirard, disponible en DVD et Blu-ray le 19 juin 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Jean Dujardin, Mélanie Laurent, Noémie Merlant, Féodor Atkine, Evelyne Buyle, Christian Bujeau, Fabienne Galula, Laurent Bateau…

Scénario : Laurent Tirard; Grégoire Vigneron

Photographie : Guillaume Schiffman

Musique : Mathieu Lamboley

Durée : 1h30

Année de sortie : 2018

LE FILM

1809 en France.Le capitaine Neuville, grand séducteur, vient demander sa main à la jeune Pauline, sous le regard méfiant d’Elisabeth, la soeur de cette dernière. Mais Neuville est appelé au front et Pauline reste sans nouvelles. Alors qu’elle dépérit peu à peu, Elisabeth prend la plume et commence une correspondance avec Pauline, sous le nom de Neuville, faisant de lui un véritable héros de guerre.Mais le capitaine finit par réapparaître, au grand dam de la jeune femme…

Avant même la sortie du conceptuel (et peu réussi il faut bien le dire) Un homme à la hauteur, Jean Dujardin et Laurent Tirard avaient déjà décidé de remettre le couvert. Enchantés par leur expérience commune, l’acteur et le réalisateur jettent alors sur leur dévolu sur une nouvelle comédie, mais en costumes cette fois. Jean Dujardin a très souvent été comparé à son modèle Jean-Paul Belmondo. C’est encore une fois inévitable dans Le Retour du héros, qui lorgne sur Les Mariés de l’an II de Jean-Paul Rappeneau et sur L’Incorrigible de Philippe de Broca. Moustache brillante, l’oeil riant, le comédien revient en très grande forme et se délecte dans ce rôle (écrit pour lui) qui lui permet de laisser libre cours à sa fantaisie. On peut d’ailleurs dire la même chose pour Laurent Tirard qui après s’être égaré quelque peu avec Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté (2012), Les Vacances du petit Nicolas (2014) et Un homme à la hauteur (2016), retrouve l’inspiration et la verve qui faisaient les très grandes réussites de ses deux premiers longs métrages Mensonges et trahisons et plus si affinités… (2004) et Molière (2007). Le Retour du héros est d’ailleurs très proche de ce dernier et prouve que le cinéaste est très à l’aise dans le genre en maniant l’humour et l’élégance quasi-anglo-saxons, tout en l’inscrivant dans un genre pourtant bien français, en évitant heureusement l’aspect franchouillard et vaudeville désuet. Preuve de la réussite de son dernier film, même Mélanie Laurent apparaît à l’aise, crédible, charismatique et drôle. C’est dire si le pari est réussi.

En 1809, pendant la période du Premier Empire. Le capitaine Charles-Grégoire Neuville, fringant hussard, demande la main de Pauline Beaugrand, une jeune fille de bonne famille habitant un château dans une petite ville de Bourgogne, et reçoit un accord enthousiaste des parents. Mais alors que tout le monde se réjouit, il reçoit soudain l’ordre de partir immédiatement au combat, l’offensive contre les Autrichiens a commencé. Sur le point de partir, il promet à Pauline de lui écrire une lettre tous les jours. Mais le séducteur se révèle bien oublieux. Des jours, des semaines, des mois durant, Pauline ne reçoit rien. Elle finit par en dépérir. Sa sœur Elisabeth, angoissée à son sujet, et seule de la famille à se méfier du capitaine, décide de prendre les choses en main. Elle écrit à Pauline une fausse lettre en se faisant passer pour Neuville. Cette lettre, très romantique, comble de joie Pauline et les parents. Pauline répond immédiatement à Neuville une nouvelle lettre, à laquelle Elisabeth se retrouve obligée de répondre à son tour. Une véritable correspondance est entamée. Cette correspondance a le plus grand succès auprès de Pauline, des parents, et même du château et de toute la ville. Elisabeth a une imagination débordante et un don pour l’écriture, et elle bâtit une véritable aventure épistolaire pleine de rebondissements. Mais la jeune femme commence à sentir qu’elle en fait trop. Elle décide de tout arrêter, et de faire mourir le héros. « Neuville » annonce sa mort certaine et envoie ses derniers vœux à Pauline, de la façon la plus héroïque et romantique qui soit. Pauline, éplorée, se résout à épouser un autre homme de sa connaissance, Nicolas. Le temps passe. Trois ans après ce dénouement, un événement bouleverse tout. Alors qu’Elisabeth est en ville, elle voit arriver le coche, et quelle n’est pas sa surprise de voir en sortir le capitaine Neuville, devenu un vagabond.

Sans égaler évidemment les plus grands modèles du genre, Le Retour du héros retrouve ce souffle propre aux films populaires français des années 1960 et 1970. La mise en scène de Laurent Tirard est très réussie, les décors superbes, le rythme enlevé et les acteurs semblent véritablement s’amuser à se donner la réplique, drôle, piquante et pleine d’esprit. Le Retour du héros est donc également celui du metteur en scène et de son comédien principal, que nous n’avions pas vu aussi à la fête depuis le second épisode d’OSS 117, c’était alors il y a près de dix ans. Fringant, dynamique, explosif, la maturité lui donnant plus d’épaisseur et de charme, Jean Dujardin trouve incontestablement ici l’un de ses meilleurs rôles à travers ce personnage lâche, fourbe, séducteur et sans scrupules. C’est également le cas pour sa partenaire Mélanie Laurent. Là où l’actrice faisait souvent rire malgré-elle dans le registre dramatique en en faisant toujours des caisses, elle se révèle être particulièrement à l’aise dans le registre de la comédie, comme elle l’était dans Dikkenek de Olivier Van Hoofstadt (2006) avant qu’elle ne reçoive le César du meilleur espoir pour Je vais bien, ne t’en fais pas de Philippe Lioret (2006).

Le couple vedette, d’ailleurs très bien accompagné de Noémie Merlant (révélation de Le Ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar) fonctionne parfaitement et les voir se débattre comme chien et chat, même si l’on devine très vite quels sentiments se cachent derrière ces affrontements, fait entre autres la grande réussite du Retour du héros.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Retour du héros, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est lumineux, animé et musical.

Le premier module est un making of (13’). Le réalisateur et les comédiens abordent la genèse et les intentions du Retour du héros, à savoir le désir de renouer avec cette grande tradition du film français à costumes et la comédie d’aventures. De nombreuses images de tournage viennent illustrer tous ces propos souvent très intéressants et qui ne tombent pas trop dans l’autosatisfaction ou les compliments dithyrambiques.

Nous passons ensuite à un documentaire centré sur l’enregistrement de la musique du film (21’). Le compositeur Mathieu Lamboley, la mezzo-soprano Catherine Trottman et divers collaborateurs reviennent sur chaque étape de la création du thème principal du Retour du héros, sur leurs intentions, ainsi que sur leur association avec Laurent Tirard. Des images de diverses sessions d’enregistrement sont également disponibles.

L’interactivité se clôt sur un lot de scènes coupées (11’), plus ou moins réussies et retirées du montage pour des raisons de rythme ou en raison de leur redondance. Laurent Tirard commente également ces séquences et l’on regrette qu’il ne l’ait pas fait pour le film.

L’Image et le son

Studiocanal livre un master HD absolument parfait. Toutes les scènes se déroulant en extérieur impressionnent par leur rendu saisissant. Le piqué reste tranchant comme la lame d’un scalpel, les détails abondent sur le cadre large, la profondeur de champ est omniprésente, les contrastes sont denses et la colorimétrie chatoyante. L’encodage AVC consolide l’ensemble, la luminosité ravit constamment les yeux. Un très bel écrin pour l’élégante photo du prolifique chef opérateur Guillaume Schiffman.

Le spectacle est également assuré du point de vue acoustique grâce à un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 qui exploite toutes les enceintes dans leurs moindres recoins. La balance frontale est saisissante, les effets nets et précis, les dialogues savamment délivrés sur le point central et les ambiances latérales constantes participent à l’immersion totale du spectateur. La musique bénéficie d’un traitement de faveur sans pour autant dénaturer l’intelligibilité des voix des comédiens. N’oublions pas le caisson de basses qui tire habilement son épingle du jeu à de multiples reprises, surtout durant l’assaut final. L’éditeur joint également une piste audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Christophe Brachet – JD Prod – Les Films sur Mesure Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Taxi 5, réalisé par Franck Gastambide

TAXI 5 réalisé par Franck Gastambide, disponible en DVD et Blu-ray le 13 août 2018 chez EuropaCorp

Acteurs : Franck Gastambide, Malik Bentalha, Bernard Farcy, Salvatore Esposito, Edouard Montoute, Sabrina Ouazani, Anouar Toubali, Ramzy Bedia, Soprano, Sissi Duparc, Monsieur Poulpe, Sand Van Roy, Edouard Montoute…

Scénario : Franck Gastambide, Stéphane Kazandjian, Luc Besson

Photographie : Vincent Richard

Musique : Kore

Durée : 1h42

Année de sortie : 2018

LE FILM

Sylvain Marot, super flic parisien et pilote d’exception, est muté contre son gré à la police Municipale de Marseille. L’ex-commissaire Gibert, devenu maire de la ville et au plus bas dans les sondages, va alors lui confier la mission de stopper le redoutable « Gang des Italiens », qui écume des bijouteries à l’aide de puissantes Ferrari. Mais pour y parvenir, Marot n’aura pas d’autre choix que de collaborer avec le petit-neveu du célèbre Daniel, Eddy Maklouf, le pire chauffeur VTC de Marseille, mais le seul à pouvoir récupérer le légendaire TAXI blanc.

Avant l’opus réalisé par Franck Gastambide, la franchise Taxi c’est tout d’abord quatre films réalisés de 1998 à 2007, 28 millions d’entrées cumulées seulement sur le territoire français dont 10 millions rien que pour le second volet. C’est aussi suite à ce triomphe commercial que Luc Besson, scénariste et producteur a pété une durite et commencé à envahir le monde avec ses affreux Taken, Transporteur, Banlieue 13 et consorts, comme si cela lui avait apporté une légitimité, le droit de répandre ses séries Z mises en scène par des tâcherons épileptiques dans le seul but d’engranger des millions de dollars. Taxi et Taxi 2 restent des films touchants pour leur naïveté, leur simplicité, leur efficacité et leur modestie.

Alors que Titanic écrase royalement la concurrence depuis janvier et que le retour de Jacquouille la Fripouille déçoit malgré ses 8 millions d’entrées, voilà que débarque dans les salles françaises en avril 1998 une Peugeot 406 blanche affublée d’un lumineux Taxi. La voiture tunée créée par Luc Besson roulant à plus de 200 kilomètres à l’heure en plein centre de Marseille, emportera plus de 6,5 millions de voyageurs sur le siège arrière. Basé sur un scénario malin, Taxi apparaît comme une bouffée de fraîcheur dans la comédie hexagonale. Le casting, en partie constitué d’inconnus du grand public, emporte facilement l’adhésion, le duo Frédéric Diefenthal/Samy Nacéri est joliment complémentaire, Marion Cotillard est révélée, Bernard Farcy, dans le rôle du Commissaire Gérard Gibert devient le chouchou du public et de ce qui sera l’une des sagas les plus fructueuses du cinéma français. Les séquences d’action et de cascades automobiles sont très bien menées, le rythme est vif, la musique du groupe marseillais IAM fait taper du pied, le montage est serré, l’humour bon enfant et le tout s’apparente à de la bande-dessinée filmée.

Taxi est devenu un classique, un bon cru dont on ne se lasse pas. Le second se permet même d’être meilleur. Réalisés durant la période « faste » du Luc Besson scénariste, Taxi 3 (un navet sans nom) et Taxi 4 (un sacré nanar) s’avèrent de grandes catastrophes industrielles. Plus rien ne fonctionne. Les scènes d’action, poursuites et cascades disparaissent au profit d’un humour immature, d’un non-jeu effroyable et d’une mise en scène digne d’un téléfilm. Il aura donc fallu attendre (ou pas) plus de dix ans pour que le taxi blanc réapparaisse à l’écran. Non pas sous la forme d’un reboot (quoique), mais pensé dans la continuité, avec un nouveau duo, tout en reprenant quelques personnages de la saga, avec bien entendu celui du Commissaire Gibert, devenu ici maire de Marseille qui chante du Jul. Après les grands succès des Kaïra (film français le plus rentable en 2012) et de Pattaya (2 millions d’entrées), Franck Gastambide a le vent le poupe. Désireux de reprendre la saga Taxi avec son complice Malik Bantalha, l’acteur-scénariste-réalisateur parvient à convaincre Luc Besson, de relancer la Peugeot dans les rues de Marseille. Et ça fonctionne !

Taxi 5, c’est un peu comme si Police Academy contaminait la saga originale avec du caca et du vomi, des nains et des obèses, bref comme si Franck Gastambide avait dit à Luc Besson “Passe moi ton jouet, c’est pas comme ça qui faut faire !”. Taxi 5 est un très bon divertissement qui convoque la clique du réalisateur, dont Ramzy Bédia et Sabrina Ouazani. N’y allons pas par quatre chemins, Taxi 5 est le meilleur épisode, car bien que Luc Besson soit mentionné au scénario, on ne retrouve que l’univers de Gastambide de la première à la dernière séquence. Alors, peu importe et sans doute tant mieux, si l’on ne retrouve ni Samy Naceri, Frédéric Diefenthal, même si leurs personnages Daniel et Emilien sont évoqués à travers un flashback récapitulatif narrant leurs exploits passés à bord du véhicule. Taxi 5 apporte un vrai vent de fraîcheur (certains parleront de flatulences et ils n’ont peut-être pas tort), les acteurs s’amusent, les dialogues sont tordants, la mise en scène est bien emballée. Certes, on se fout de l’histoire, ici prétexte pour présenter de nouveaux personnages et des méchants de pacotille (ici Salvatore Esposito de la série Gomorra), tout en mettant en valeur Bernard Farcy, qui se délecte de chacune ses répliques et qui une fois de plus se permet de voler la vedette à tous ses partenaires.

Alors bien sûr avec ses quelques scènes potaches-trash-scato, Taxi 5 ne plaira pas à tout le monde, surtout aux fans (il y en a) des opus 3 et 4, mais le spectacle est largement assuré et ce cinquième épisode s’amuse autant à jouer avec les codes des deux premiers qu’à les dépoussiérer en s’inscrivant dans la continuité des Kaïra et de Pattaya. Mission accomplie pour Frank Gastambide, même si le film aura moins brillé que prévu au cinéma avec « seulement » 3,7 millions d’entrées, ce qui le place en dernière position dans la franchise, avec pourtant un plus grand budget. Un sixième volet serait néanmoins en chantier et prévu pour 2020…nous verrons bien et si cela se fait, nous le verrons surtout avec plaisir.

LE BLU-RAY

Taxi 5 arrive bien sûr dans l’escarcelle d’EuropaCorp en DVD et Blu-ray. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation, tandis que le menu principal est animé sur le Pump It de The Black Eyed Peas.

Etrangement, les suppléments sont très réduits par rapport aux éditions des quatre premiers volets.

Dans le premier bonus, Franck Gastambide et Malik Bentalha reviennent sur la genèse de Taxi 5, le tournage à Marseille, les personnages, leurs intentions et ce que la saga représente pour eux (14’). Franck Gastambide évoque le premier film auquel il parvenait à s’identifier (surtout grâce à la B.O en fait), tandis que son partenaire se souvient avoir perçu Samy Naceri comme « le premier super-héros arabe » du cinéma. Les deux comédiens parlent ensuite de Luc Besson comme d’un Dieu qu’ils sont venus voir sur le tournage de Valérian et la Cité des mille planètes, afin d’essayer de le convaincre de relancer la franchise Taxi. Quelques images de tournage viennent illustrer cette interview.

Place ensuite à David Julienne, responsable des cascades sur Taxi 5 (6’30). Petit-fils du mythique Rémy Julienne et fils de Michel Julienne, celui qui a commencé sa carrière comme « simple » cascadeur sur Taxi en 1998, aborde tout le travail réalisé avec son équipe pour ce cinquième épisode. Complice de Luc Besson sur Yamakasi – Les samouraïs des temps modernes, Le Baiser mortel du dragon, Taxi 4, Taken, Le Transporteur 3, Banlieue 13: Ultimatum et 3 Days to Kill, David Julienne analyse certaines séquences d’action du film et donne quelques informations sur leurs préparations à travers des aperçus du tournage.

Le dernier module donne rapidement la parole au comédien italien Salvatore Esposito (2’) qui dit être très heureux de représenter son pays dans cette franchise qu’il affectionne tout particulièrement. Rien de plus.

L’Image et le son

Pour le master HD de Taxi 5, EuropaCorp livre un petit bijou technique flattant constamment la rétine. Pour son Taxi, Franck Gastambide a fait appel au chef opérateur Vincent Richard, actuellement en train de photographier (et de commettre) l’adaptation cinématographique de Nicky Larson. La colorimétrie est vive et étincelante, le transfert est solide comme un roc, les détails sont légion aux quatre coins du cadre large. N’oublions pas le piqué tranchant comme une lame de rasoir, la concision des contrastes et la clarté souvent blafarde des scènes en extérieur.

Dès l’apparition du logo EuropaCorp, les pistes DTS-HD Master Audio 7.1 et Dolby Atmos, instaurent d’excellentes conditions acoustiques et font surtout la part belle à la musique, très présente pendant 1h45. Les basses ont souvent l’occasion de briller, les ambiances naturelles sont bien présentes, les effets sont toujours saisissants (les quelques fusillades et poursuites) et le rendu des voix est sans failles. De quoi bien décrasser les frontales et les latérales. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © John Waxxx © 2018 – T5 PRODUCTION – ARP – TF1 FILMS PRODUCTION – EUROPACORP – Tous droits réservés Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Coup de Sirocco, réalisé par Alexandre Arcady

LE COUP DE SIROCCO réalisé par Alexandre Aracady, disponible en combo DVD+Blu-ray le 29 mai 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Roger Hanin, Michel Auclair, Marthe Villalonga, Patrick Bruel, Philippe Sfez, Marie-Anne Chazel, Gérard Jugnot, Lucien Layani…

Scénario : Alexandre Arcady, Daniel Saint-Hamont, Jan Saint-Hamont d’après le roman éponyme de Daniel Saint-Hamont

Photographie : Jean-François Robin

Musique : Serge Franklin

Durée : 1h45

Année de sortie : 1978

LE FILM

Paul Narboni se souvient de son enfance heureuse à Oran en Algérie avant de quitter le pays suite aux événements de 1954. Avec sa famille, il arrive alors à Marseille avant de monter à Paris. Epicier, son père Albert va devoir s’adapter à ce nouveau pays. Paul est alors adolescent : c’est le temps des premiers amours. La famille rencontre d’aimables gens qui se révéleront être des escrocs. Ensemble, ils vont malgré tout s’intégrer peu à peu et s’habituer à leur nouvelle vie…

C’est de là que tout est parti pour Alexandre Arcady. Dans son premier long métrage, Le Coup de Sirocco, le réalisateur de 32 ans se penche sur un événement qu’il a connu personnellement avec ses parents et ses quatre frères, l’exil en métropole à la fin de la guerre d’Algérie. Après une carrière avortée de comédien, puis de metteur en scène de théâtre, Alexandre Arcady est attiré par le cinéma et réalise quelques courts métrages. Avec sa compagne Diane Kurys, il crée une société de production, Alexandre Films et coproduit Diabolo menthe, immense succès de l’année 1977 avec plus de 3 millions d’entrées. De son côté, Alexandre Arcady découvre la première ébauche du roman Le Coup de Sirocco de Daniel Saint-Hamont, dans lequel il y voit une résonance avec sa propre histoire. Les deux hommes s’associent et adaptent le livre pour le grand écran. C’est un grand succès. Non seulement le film est l’un des premiers à évoquer le rapatriement des familles Pieds-noirs en métropole, mais il est également largement autobiographique et a aussi contribué à relancer la carrière de Roger Hanin. Quarante ans après sa sortie, Le Coup de Sirocco reste un film très frais, joliment mis en scène avec des personnages très attachants.

Paul Narboni (Patrick Bruel) avait quatorze ans quand sa famille, à la suite de l’indépendance de l’Algérie, a quitté ce pays et s’est installée en France. Il se rappelle sa jeunesse et le rapatriement. Paul est né près d’Oran peu après la dernière guerre mondiale. Ses parents, Albert Narboni (Roger Hanin) et Marguerite (Marthe Villalonga) tenaient une épicerie. Instruit par les Frères d’une école catholique, Paul réussit tout juste son certificat d’études et commence une difficile carrière de lycéen. En 1954, date du début des hostilités en Algérie, seul le football passionne vraiment les “petits blancs” d’Oranie. D’ailleurs, même parmi les adultes, seul Tonton Jacob (Lucien Layani) semble lucide : “on partira tous un jour” dit-il à son entourage fort sceptique. Après le football vient le temps des filles pour le jeune garçon. Et puis c’est l’inévitable départ pour la France. Albert Narboni vend son épicerie et la famille débarque. Après des semaines difficiles, le père parvient à trouver un emploi dans un magasin tandis que l’oncle Jacob fabrique du couscous. Mais la réinsertion sociale n’est pas si facile.

Le Coup de Sirocco a donné le feu vert pour les comédies dites communautaires. Tous les ingrédients se trouvent dans ce premier film sur lequel glissent doucement les années. Alexandre Arcady trouve un juste équilibre entre l’humour léger et la nostalgie avec cette évocation du « pays perdu ». L’émotion est toujours présente et le réalisateur n’en fait jamais trop, contrairement à ce que l’on pourra lui reprocher bien assez tôt dans ses films suivants. Le Coup de Sirocco possède cette fraîcheur et ce charme propres à une première œuvre. Certes, tout n’est pas parfait et malgré quelques facilités d’écriture ou cette voix-off quelque peu agaçante (celle d’Alexandre Arcady lui-même), cette chronique ne laisse aucun personnage en retrait.

Malgré plus de 25 ans de carrière, Roger Hanin explose littéralement dans ce rôle qui allait alors lui coller à la peau le reste de sa vie, au cinéma (où il allait tourner encore cinq fois avec Arcady) comme à la télévision. Son accent, son sourire éclatant, ses airs de colosse aux pieds (noirs) d’argile font merveille dans ce film. Même chose pour la géniale Marthe Villalonga, qui venait d’interpréter l’inoubliable mère de Guy Bedos dans le diptyque d’Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, qui surfe pour ainsi dire sur la même vague dans Le Coup de Sirocco. La comédienne au tempérament volcanique est ici mise au premier plan comme elle aura rarement l’occasion de l’être durant sa carrière, même si elle brillera très souvent en tant que second rôle. Leur fils à l’écran est quant à lui interprété par le jeune Patrick Bruel, 17 ans, dans sa première apparition au cinéma. Par la suite, il tournera à quatre reprises avec Alexandre Arcady, leur dernier film en date remontant à 2010 avec Les 5 doigts de la main. A ce tiercé gagnant, s’ajoutent des acteurs confirmés comme Michel Auclair, Jacques Duby, Maurice Chevit et même quelques débutants venus du Théâtre du Splendid comme Marie-Anne Chazel et Gérard Jugnot.

Sur un rythme soutenu, Le Coup de Sirocco évite tout pathos et s’en remet à l’énergie contagieuse de ses interprètes, qui crée immédiatement l’empathie pour cette famille digne, aimante et courageuse, qui fait également passer les passages obligés (le couscous à chaque repas, mère juive limite oedipienne) comme une lettre à la poste. Le film sort sur les écrans en avril 1979. Le bouche-à-oreille contribue largement à son succès. Le Coup de Sirocco attire au final près d’1,4 millions de spectateurs.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Coup de Sirocco, disponible chez TF1 Studio dans la collection Passion Cinéma, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une des séquences du film.

Cette nouvelle édition du Coup de Sirocco comprend à la fois les suppléments tournés en 2003 et présentés sur le DVD sorti chez TF1 Studio en 2015, mais aussi un entretien avec Alexandre Arcady enregistré à l’occasion de cette sortie Blu-ray. Le gros problème provient de la redondance des suppléments puisque le réalisateur reprend les mêmes anecdotes, parfois au mot près, dans chacun des bonus !

Un conseil, si vous désirez en savoir plus sur Le Coup de Sirocco, alors sélectionnez d’office le commentaire audio d’Alexandre Arcady, accompagné de son co-scénariste et auteur du roman original, Daniel Saint-Hamon. Les deux hommes, complices et amis se renvoient souvent la balle, même si Alexandre Arcady a toujours beaucoup plus de choses à dire, et livrent un commentaire endiablé, blindé en anecdotes de tournage. Tous les aspects du film sont abordés. La genèse, l’écriture, le casting, les difficultés rencontrées sur un premier long métrage, la part autobiographique, la sortie et le succès du Coup de Sirocco.

Produit et réalisé pour la sortie du Coup de Sirocco en Haute-Définition, l’entretien avec Alexandre Arcady (33’, Itinéraire d’une famille en exil) condense en fait tous les propos entendus précédemment dans le commentaire audio. Le réalisateur a beaucoup de choses à dire, s’avère très bavard même. Et s’il s’égare parfois dans quelques souvenirs personnels, il en revient toujours au film qui nous intéresse.

Nous retrouvons ensuite les bonus du DVD :

Alexandre Arcady et Patrick Bruel (14’) s’entretiennent sur Le Coup de Sirocco. Dans un premier temps, le comédien raconte comment il a débarqué dans cette aventure, alors qu’il n’avait jamais fait de cinéma auparavant. Puis Alexandre Arcady entre dans la partie en racontant une fois encore ses anecdotes préférées que l’on a déjà entendues dans les bonus précédents. Un peu comme si au cours d’un repas votre voisin de table vous racontait les mêmes histoires sans se rendre compte qu’il vous les avait déjà narré vous voyez ? Ce qui à la longue peut être un peu gênant il faut bien le dire, même si le bonhomme est très sympathique.

D’ailleurs, si vous n’avez pas encore retenu certaines anecdotes, le cinéaste en remet une couche dans le dernier bonus, au cours de l’entretien croisé avec le co-scénariste Daniel Saint-Hamon (18’). Nous passerons donc sur les propos d’Alexandre Arcady puisque nous venons de l’écouter durant près de 2h30 et qu’il s’évertue à nous raconter encore la même chose, pour nous focaliser sur son collaborateur, qui apporte un peu de nouveauté à l’ensemble.

La bande-annonce est également proposée.

L’Image et le son

Le DVD du Coup de Sirocco n’est pas bien vieux puisqu’il remonte seulement à 2015 ! Trois ans seulement après son arrivée dans les bacs, le film d’Alexandre Arcady a déjà subi un nouveau lifting pour sa sortie en Blu-ray. Le Coup de Sirocco est donc de retour chez TF1 en HD dans un format 1080p, AVC. Cette galette bleue s’en sort pas mal du tout, la restauration est admirable et quasiment toutes les scories – subsistent quelques poils en bord de cadre – ont été nettoyées. L’élévation HD offre au film une nouvelle cure de jouvence avec un grain cinéma très bien restitué et des contrastes denses. L’encodage consolide l’ensemble, les noirs sont concis, le piqué renforcé. Signalons tout de même une colorimétrie aux tons parfois trop pastels ou ternes selon les séquences, soit une clarté qui bouffe un peu les détails, certains plans sensiblement plus altérés ainsi qu’une profondeur de champ parfois limitée et des visages un peu rosés.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un très bon confort. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Serge Franklin jouit également d’un très bel écrin. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © TF1 Studios Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Brillantissime, réalisé par Michèle Laroque

BRILLANTISSIME réalisé par Michèle Laroque, disponible en DVD le 22 mai 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Michèle Laroque, Kad Merad, Françoise Fabian, Gérard Darmon, Rossy de Palma, Pascal Elbé, Oriane Deschamps, Michaël Youn…

Scénario : Michèle Laroque, Lionel Dutemple, Benjamin Morgaine d’après la pièce My Brilliant Divorce de Geraldine Aron

Photographie : Kika Ungaro

Musique : Alex Beaupain

Durée : 1h26

Année de sortie : 2018

LE FILM

Angela pense avoir une vie idéale. Elle vit à Nice, dans un bel appartement, avec un beau mari et une charmante ado. Mais le soir de Noël, sa fille la laisse pour rejoindre son petit copain, son mari la quitte et sa meilleure amie préfère prendre des somnifères plutôt que de passer la soirée avec elle. Le choc ! Angela n’a plus d’autre choix que celui de se reconstruire… et ce n’est pas simple avec une mère tyrannique, une meilleure amie hystérique et un psy aux méthodes expérimentales.

Depuis plus de trente ans, Michèle Laroque fait partie du panorama télévisuel et cinématographique français. Remarquée à la fin des années 1980 dans l’émission culte de Guy Lux, La Classe, elle y fait la rencontre déterminante de Muriel Robin et de Pierre Palmade. Très vite, les propositions s’enchaînent au cinéma et au théâtre. On la croise aussi bien chez Patrice Leconte (Le Mari de la coiffeuse, Tango), que chez Gérard Jugnot (Une époque formidable…), Coline Serreau (La Crise), Claude Sautet (Nelly et Monsieur Arnaud), Gabriel Aghion (Pédale douce) et Francis Veber (Le Placard). Si le registre dramatique l’a déjà attiré, comme dans Passage à l’acte de Francis Girod ou Ma vie en rose d’Alain Berliner, la comédie française n’a de cesse de la rappeler, tandis que la comédienne cartonne au théâtre. En 2009, elle met elle-même en scène et interprète seule la pièce Mon brillantissime divorce de Geraldine Aron, grand succès au Théâtre du Palais-Royal. Plus discrète sur les écrans dans les années 2010, Michèle Laroque revient avec Brillantissime, l’adaptation cinématographique de la pièce précédemment citée, pour laquelle est créditée en tant que réalisatrice, coscénariste et évidemment actrice principale.

Financée en partie grâce au lancement d’une campagne participative (400.000 euros récoltés), alors que l’argent était au préalable destiné pour un film évoquant le terrorisme (avant les événements qui ont frappé la France en janvier et novembre 2015, puis en juillet 2016), Brillantissime n’a malheureusement de clinquant que son titre et ne parvient jamais à s’élever au-dessus du tout-venant de la comédie française, malgré toute la sympathie que l’on peut avoir pour la comédienne.

Pour son premier film en tant que réalisatrice, Michèle Laroque a voulu inviter ses potes, Kad Merad, qui lui avait aussi offert le rôle principal dans son premier long métrage Monsieur Papa (2011), Gérard Darmon, Pascal Elbé, sa propre fille Oriane Deschamps, Michaël Youn et bien sûr Pierre Palmade dans une petite apparition. Tout ce beau petit monde est réuni sous le ciel bleu de Nice, où est née et a grandi Michèle Laroque. D’emblée une voix-off envahissante qui renvoie à la pièce originale alourdit le récit. Michèle Laroque se démène comme à son habitude, campe un personnage atta-chiante et montre par la même occasion qu’elle est encore très sexy, mais ses partenaires sont malheureusement à la traîne. Pas une réplique de Kad Merad ne tombe juste et sa prestation devient même particulièrement gênante. Tout tourne évidemment autour d’Angela, plongée dans la crise de la cinquantaine, dont le charme pétillant va momentanément s’éteindre suite au départ de son mari, mais qui va renaître petit à petit grâce au soutien de ses amis, de sa fille et de son psy.

Bon, hormis quelques fautes de très mauvais goût, comme celle de convier quatre membres de la malheureuse Bande à Fifi ou bien encore un enterrement avec une chanson de Bénabar en fond, Michèle Larque assure le show comme elle le peut, avec l’énergie qui la caractérise souvent. Mais tout cela ressemble quand même à un trip pour flatter son propre ego, jusque dans l’affiche, l’actrice (qui chante, qui danse, qui fait du sport) est partout, de tous les plans ou sa voix souligne les (rares) scènes dans lesquelles elle n’apparaît pas. Ce n’est pas que le résultat soit « déshonorant », c’est juste que ce téléfilm de luxe, mis en musique par Alex Beaupain au passage, ne parvient jamais vraiment à capter l’attention et peine surtout à faire sourire en raison d’une écriture vraiment trop pauvre qui s’apparente surtout à un enchaînement de sketches trop inégaux. Au suivant.

LE DVD

En dépit de son relatif succès dans les salles avec plus de 600.000 entrées, Brillantissime n’est disponible qu’en DVD chez Studiocanal. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous êtes devenus allergiques à la chanson La Vie au ras du sol pendant le film, alors évitez les suppléments puisqu’elle est tout simplement partout, à l’exception des scènes coupées (7’). Ces « morceaux » de séquences plutôt, semblent avoir été laissés sur le banc de montage pour des questions de rythme. Nous retiendrons quand même une scène de méditation durant laquelle le personnage de Kad Merad essaye de se rincer l’oeil pendant qu’Angela essaye de se relaxer.

Trois versions différentes de la chanson signée Alex Beaupain et interprétée par Michèle Laroque et Oriane Deschamps sont ensuite proposées ! Un clip version pop (3’), un autre version acoustique (2’30) et un dernier version « Coprods » (3’30) qui compile les images des participants au crowdfunding.

Outre un bêtisier (5’) peu drôle, l’éditeur joint également un module réalisé dans le but de lancer la campagne participative (15’) durant laquelle Michèle Laroque se filme en compagnie de ses amis les stars de la chanson, du football…

L’Image et le son

Nous ne sommes pas en présence d’une édition HD mais le résultat est très appréciable et ce DVD de Brillantissime s’avère lumineux. Le piqué est acéré, les couleurs chatoyantes, le relief est indéniable et les contrastes affichent une belle densité. N’oublions pas la profondeur des noirs, l’aspect clinquant de l’ensemble et le rendu des matières qui demeure assez bluffant. Quelques baisses de la définition, mais rien d’important.

La spatialisation profite surtout à la bande originale du film. Les voix sont nerveuses sur la centrale, les ambiances naturelles ne manquent pas et l’ensemble demeure suffisamment dynamique. Le mixage stéréo se révèle également riche même si les effets latéraux manquent évidemment à l’appel. L’éditeur joint une piste Audiodescription ainsi que des sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Céline Brachet / Nolita Cinéma / Studiocanal Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Stars 80, la suite, réalisé par Thomas Langmann

STARS 80, LA SUITE réalisé par Thomas Langmann, disponible en DVD et Blu-ray le 1er août 2018 chez Wild Side Video

Acteurs : Richard Anconina, Patrick Timsit, Bruno Lochet, Lio, Jean-Marc Généreux, Jean-Luc Lahaye, Jeanne Mas, Gilbert Montagné, Sabrina…

Scénario : Thomas Langmann

Photographie : Éric Guichard

Musique : Marc Chouarain

Durée : 1h52

Année de sortie : 2017

LE FILM

Vincent et Antoine, fatigués des tournées qui rencontrent un grand succès depuis quatre ans, décident de partir en vacances avec toute la troupe Stars 80. Mais ils découvrent que leur comptable, Maurice, s’est tiré avec la caisse et qu’ils sont ruinés et menacés de dépôt de bilan. Afin de régulariser la situation, ils vont organiser le concert du siècle au Stade de France avec les plus grandes stars.

Thomas Langmann a eu le nez fin avec Stars 80. Du moins autant qu’il le pouvait s’il ne l’avait pas obstrué par la coke. En réunissant devant la caméra et dans leur propre rôle les chanteurs Début de Soirée, Desireless, Cookie Dingler, François Feldman, Emile et Images, Patrick Hernandez, Jean-Luc Lahaye, Léopold Nord & Vous, Lio, Jean-Pierre Mader, Jeanne Mas, Gilbert Montagné, Peter et Sloane, Sabrina, Jean Schultheis, et même l’animateur Marc Toesca, autour de Richard Anconina et Patrick Timsit, cette « comédie-musicale populaire » aura attiré près de deux millions de spectateurs en 2012 et cartonné lors de sa diffusion sur TF1. Production de 20 millions d’euros, le film aura surtout servi de bande-annonce de luxe pour la tournée du même nom. Autant dire que Thomas Langmann n’allait pas en rester là.

Alors qu’on se doute bien que Frédéric Forestier, co-réalisateur sur le premier opus (ainsi que sur Le Boulet et le navrant/bling-bling Astérix aux Jeux Olympiques), tenait essentiellement la barre (technique) de l’entreprise, Langmann a cette fois décidé de faire cavalier seul. Tant mieux, car le résultat est absolument catastrophique et l’entière responsabilité de cet échec (copyright Lionel J.) est entièrement imputable à son « auteur » et « metteur en scène ». Tandis que Stars 80 faisait office de jukebox et de karaoké en misant sur la nostalgie des années 80, cette suite parvient à repousser les limites de la connerie, de la laideur et devrait même être étudiée dans les écoles de cinéma pour apprendre aux étudiants ce qu’il ne faut pas faire.

Thomas Langmann jette de la poudre aux yeux, pendant ce temps il évite ainsi de s’en mettre ailleurs, filme le vide intersidéral, en se foutant complètement du montage (exécrable), de la narration ou de la direction d’acteurs. Certes, les chanteurs sont quasi-tous mauvais, ce n’est pas leur boulot de jouer la comédie, mais ils parviennent tous à être à côté de la plaque. Thomas Langmann ne s’encombre pas de scénario, faut quand même pas déconner. Il reprend ainsi le canevas du premier opus, change deux ou trois choses, ou plutôt deux ou trois chansons, histoire de faire passer la pilule. D’ailleurs, il semble que tout le budget ait été englouti dans les droits des chansons, plus internationales (Kool & the Gang, Elton John, Frankie Goes to Hollywood) avec même une escapade à Los Angeles et Las Vegas, afin de donner au film un cachet plus « confortable » que le premier.

Mais la grande arnaque du film vient surtout du concept lui-même. Comme la plupart des protagonistes de Stars 80 ont déjà interprété leur principal tube dans le précédent, ils se retrouvent ici à chanter des chansons d’autres interprètes autour d’un piano, ou à voir leurs « performances » sur scène transformées en montage-séquence sur une musique, en l’occurrence le Love Theme de Flashdance de Giorgio Moroder ! Ajoutez à cela des séquences qui s’enchaînent à la truelle, des plans de réaction sur les protagonistes qui passent 1h50 à sourire à s’en décrocher la mâchoire ou à baisser les yeux quand ils sont tristes, un Anconina au bord de la syncope (quelle tristesse), un Timsit qui espère qu’on ne lui en voudra pas. Sans oublier un épisode interminable à Courchevel où l’équipe nous refait Les Bronzés font du ski dans la poudreuse (mais arrêtez avec Langmann !!!), un Gilbert Montagné obligé de faire des blagues sur sa cécité, Jean-Luc Lahaye qui se caresse l’entrejambe en regardant des demoiselles qui s’évanouissent devant lui, Jean Schultheis qui se recoiffe, Phil Barney (qui remplace François Feldman) moulé dans un pull de Noël. C’est apocalyptique, comme une relecture de Freaks où les créatures liftées, aux dents blanchies et emperruquées qui ont leur moment de gloire il y a plus de trente ans seraient exposées à la vue de tous comme en leur temps la femme à barbe ou l’homme tronc. C’est même difficile d’en parler tant ce cirque Barnum est hideux.

La participation du danseur et chorégraphe québécois Jean-Marc Généreux devrait relancer le débat sur l’euthanasie, celle de Sabrina permet à Langmann de plagier les Blues Brothers (comme le premier épisode quoi) et Sister Act en une seule séquence sur fond de I’m so Excited des Pointer Sisters, Chico & les Gypsies ont vu de la lumière et ont installé leurs caravanes sur le plateau. En fait, plus le film avance, plus il devient catastrophique avec une technique qui s’effondre de tous les côtés. Jusqu’au final voulu larmoyant, qui convoque LA star que personne ne s’attendait, sans doute pas l’intéressé lui-même, puisqu’il s’agit de Renaud. Filmé sur fond vert, entouré de gamins habillés comme lui, le chanteur essaye d’entonner Mistral Gagnant, comme s’il était lui-même gêné de se retrouver dans toute cette boue. Le bouzin se termine alors avec sa voix défaillante « Meeerci Stars 80 ! », puis image figée sur le cast principal qui fait la tronche, fondu en noir, générique, karaoké.

Stars 80, la suite est un vrai film expérimental. Seul sur le pont, Thomas Langmann se noie en emportant avec lui tout son équipage. Un bon retour de boomerang dans la tronche qui s’est soldé par un échec cuisant dans les salles cette fois.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Stars 80, la suite, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur Celebration de Kool & The Gang.

Alors…évoquons rapidement les éléments les plus courts, à savoir une bande-annonce, le karaoké du film (6’) et l’avant-première à la Rochelle (2’30) où les stars déambulent sur le tapis rouge.

Deux scènes coupées (3’30), aussi pathétiques que ce qui a été gardé au montage final et dont on se demande pourquoi elles ont donc été écartées, sont également disponibles. Dans la première, Richard Anconina se reçoit un seau d’eau sur la tronche (rires), tandis que dans la seconde, Peter et Sloane se prennent la tête dans la piscine (bis).

L’éditeur joint également six featurettes promotionnelles (de 3 minutes chacune en moyenne) centrées sur les propos de l’équipe (« on est tous des potes », « on est une famille », « Thomas Langmann est le meilleur réalisateur », « Y’avait toujours de la farine sur le plan de travail du metteur en scène ») et l’ambiance du tournage. Un des modules fait de la pub pour une jeune comédienne, qui interprète une serveuse se joignant à la troupe le temps d’une chanson.

L’Image et le son

Ce master HD de Stars 80, la suite en met plein la vue. La photo du chef opérateur Eric Guichard (L’Ecole buissonnière), fait la part belle aux couleurs clinquantes et aux paillettes magnifiquement restitués grâce au Blu-ray. La définition pimpante offre un piqué sans cesse aiguisé, des contrastes léchés, des noirs denses, une luminosité de tous les instants et une profondeur de champ omniprésente. Les détails sont légion à l’avant comme à l’arrière-plan du cadre large, le relief ne cesse d’étonner. En un mot, resplendissant.

Cette fausse comédie-musicale à la française vous donne l’occasion de transformer votre installation sonore en véritable jukebox des années 80. Le mixage DTS-HD Master Audio 7.1 (oui oui) ne se fait pas prier avec les basses. La balance frontale est riche et exemplaire, les dialogues solidement plantés sur la centrale et les latérales ne cessent d’exsuder leurs effets et ambiances. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Mika Cotellon / Wild Side Video / Sandrine Gomez / Alain Guizard Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr