Test DVD / La Brune brûlante, réalisé par Leo McCarey

LA BRUNE BRULANTE (Rally ‘Round the Flag, Boys !) réalisé par Leo McCarey, disponible en DVD le 2 novembre 2016 chez Esc Conseils

Acteurs : Paul Newman, Joanne Woodward, Joan Collins, Jack Carson, Dwayne Hickman, Tuesday Weld, Gale Gordon

Scénario : Claude Binyon, Leo McCarey d’après le roman de Max Shulman

Photographie : Leon Shamroy

Musique : Cyril J. Mockridge

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Harry Bannermam vit à Putnam’s Landing, une petite ville américaine avec sa femme Grace et leurs deux enfants. Les multiples activités civiques de Grace commencent à exaspérer Harry qui se croit délaissé. Alors même qu’Angela, voluptueuse brune s’offre à lui pour le consoler, l’annonce que la ville va devenir le centre d’un projet militaire ultra-secret inquiète la population. Harry est chargé d’aller à Washington pour tenter de dissuader les autorités.

Avec La Brune brûlanteRally ‘Round the Flag, Boys !, le maître de la comédie de mœurs – mais pas que – américaine sophistiquée Leo McCarey (1898-1969) signe l’avant-dernier film d’une œuvre éclectique et dense, avec plus de 100 films répertoriés, parmi lesquels de nombreuses collaborations avec Laurel & Hardy. Capable de passer de la comédie au drame en passant par la romance et le mélodrame avec une rare dextérité, à l’instar de ses chefs d’oeuvre La Soupe au canard (1933) avec les Marx Brothers, L’Extravagant M. Ruggles (1935) avec Charles Laughton et Elle et lui (1939) avec Irene Dunne et Charles Boyer, Leo McCarey est un réalisateur malheureusement trop souvent oublié en France, malgré l’extrême richesse de sa filmographie.

Après avoir porté de nombreux sujets à l’écran, dont certains qui lui portaient plus particulièrement à coeur comme le somptueux Au crépuscule de la vie (1937), également connu sous le titre Place aux jeunes, son film le plus personnel et paradoxalement son plus grand échec public, le cinéaste ralentit fortement le rythme au cours des années 1940. Il entame ensuite les années 1950 avec un drame My son John, avant de réaliser son propre remake d’Elle et lui avec cette fois Cary Grant et Deborah Kerr. La Brune brûlante est également la dernière comédie de Leo McCarey, qui mettra en scène son dernier long métrage en 1962, Une histoire de ChineSatan never sleeps avec William Holden. En 1958, Paul Newman est encore au tout début de sa carrière. Il vient d’enchaîner les tournages successifs de Marqué par la haine et Femmes coupables de Robert Wise, Les Feux de l’été de Martin Ritt, Le Gaucher d’Arthur Penn et La Chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks. Le comédien vient aussi d’épouser celle avec qui il passera le reste de sa vie, l’actrice Joanne Woodward. Réunis pour la première fois devant la caméra de Martin Ritt dans Les Feux de l’été, ils se retrouvent devant celle de Leo McCarey pour La Brune brûlante. Cela va sans dire que l’alchimie entre les deux crève l’écran et fait le sel de cette comédie débridée, même si l’histoire, riche en rebondissements, a tendance à partir un peu dans tous les sens.

Le générique composé de dessins donne le ton. Le Technicolor est lumineux, la musique entraînante et une voix-off formidablement ironique installent le décor. Les américains n’hésitent pas à faire 3 heures de train par jour pour aller travailler à New York. Ils profitent aussi de l’alcool servi à bord des transports avant de rentrer à la maison où les attendent leurs femmes permanentées, qui s’occupent des enfants (ou les laissent devant la télévision) tout en préparant le dîner. Nous sommes dans une petite et paisible bourgade de banlieue, Putnam’s Landing, située au nord de la Grosse Pomme. Contrairement à certains de ses camarades, Harry (Paul Newman) reproche à sa femme Grace (Joanne Woodward) de ne pas passer de temps avec lui à cause des enfants, mais surtout parce que Grace a son emploi du temps surchargé en raison de toutes ses activités civiques, assemblées écologistes et meetings féministes. Ils ont pour voisine Angela (Joan Collins, la fameuse brune éponyme), une femme voluptueuse, qui n’est pas insensible au charme de Harry. Lors d’une réunion municipale, les habitants apprennent l’implantation d’une base militaire dans les environs. Grace est à nouveau désignée comme porte-parole de la ville afin de contrecarrer ce projet. Au grand désespoir de Harry, qui se faisait une joie d’avoir enfin pu planifier un petit séjour avec son épouse. Femme délaissée, Angela, décide d’attirer Harry entre ses griffes. Devant cette femme fatale pétillante et séductrice, incendiaire et aux atours affriolants, Harry va devoir lutter pour ne pas succomber.

En dépit d’un rythme en dents de scie, de dialogues parfois trop abondants et d’une deuxième partie – celle avec les militaires – plutôt décevante, La Brune brûlante demeure largement conseillé. La satire sociale de l’American Way of Life, récurrente dans l’oeuvre de Leo McCarey, fonctionne très bien, tout comme le thème également cher au réalisateur de la relation homme/femme où la femme possède un fort tempérament et l’homme doit se plier et se taire devant elle. Les comédiens sont tous formidables (Jack Carson, hilarant dans le rôle du Capitaine Hoxie, Tuesday Weld en adolescente émoustillée pour un rien) et toute la première partie du film reflète tout le savoir-faire du cinéaste en matière de quiproquos cocasses, de joutes verbales, de slapstick à la limite du vaudeville, de direction d’acteurs, sans oublier évidemment la vivacité de la mise en scène et un montage percutant. Peu importent donc les faiblesses du film, car La Brune brûlante est l’occasion d’admirer l’immense talent et la beauté des trois acteurs principaux, notamment Paul Newman, survolté, qui s’avère remarquable dans le registre de la comédie et dont le jeu physique n’est pas sans rappeler celui du James Stewart des années 1930.

LE DVD

Le DVD de La Brune brûlante repose dans un boîtier Amaray classique, lui-même glissé dans un surétui cartonné. La jaquette est estampillée du logo de la collection Hollywood Legends, disponible chez ESC Conseils. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur joint une présentation du film par Olivier Père (22’), intitulée Dernier feu d’artifices. Le directeur du cinéma d’Arte France se penche tout d’abord sur la carrière du cinéaste Leo McCarey, qu’il qualifie – avec raison – comme étant un des plus grands réalisateurs hollywoodiens. Il évoque quelques-uns de ses films les plus célèbres, les grandes étapes de sa longue et prolifique carrière, avant d’en venir à La Brune brûlante, en analysant à la fois le fond et la forme. Olivier Père aborde également les thèmes et le casting du film.

L’Image et le son

Présenté dans un nouveau master restauré en Haute-Définition, La Brune brûlante ravit les yeux. Le grain original est respecté et on ne peut qu’apprécier de (re)découvrir cette comédie de Leo McCarey dans de telles conditions techniques. Les points forts de ce nouveau master restauré étant sans nul doute sa luminosité, sa stabilité et sa propreté irréprochable. Les contrastes sont traités avec une belle délicatesse, tout comme le Technicolor, formidablement restitué. N’oublions pas une compression solide comme un roc, ainsi qu’un piqué parfois étonnant.

L’acoustique de cette édition s’avère très plaisante, en anglais comme en français. La musique accompagne les dialogues de manière très harmonieuse, les voix des comédiens demeurent claires et l’ensemble possède une dynamique exquise dépourvue du moindre souffle. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © ESC Conseils – 20th Century Fox / Captures Blu-ray : Franck Brissard

Test Blu-ray / Désirs volés, réalisé par Shōhei Imamura

DESIRS VOLES (Nusumareta yokujô) réalisé par Shôhei Imamura, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 15 novembre 2016 chez Elephant Films

Acteurs : Osamu Takizawa, Shin’ichi Yanagisawa, Hiroyuki Nagato, Kô Nishimura, Toshio Takahara, Shôjirô Ogasawara

Scénario : Toshiro Suzuki

Photographie : Kuratarô Takamura

Musique : Toshirô Mayuzumi

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

A Osaka, dans un quartier populaire, une troupe de Kabuki se voit contrainte pour faire venir le public et survivre de proposer des strip-teases en première partie. Mais lorsque le théâtre ferme, la troupe, fragilisée par des conflits amoureux et pécuniaires, est obligée de reprendre la route.

Sorti en 1958, Désirs volés est le premier long métrage réalisé par Shōhei Imamura (1926-2006), découvert en France avec La Femme insecte en 1963. Le cinéaste japonais se penche sur une troupe d’acteurs de théâtre itinérant de seconde zone expulsée d’Osaka. A la campagne, les comédiens reçoivent un accueil bien plus enthousiaste qu’en ville et rencontrent un vif succès. Cependant, des tensions existent dans la troupe entre le jeune metteur en scène Shinkishi qui a étudié à l’université, et les acteurs plus âgés. Il souhaiterait moderniser le répertoire et faire des répétions pour améliorer les pièces. Il est de plus amoureux de Chidori, une des filles du chef de la troupe pourtant mariée à l’acteur principal, tout en étant convoité par l’autre sœur, Chigusa.

Shōhei Imamura a fait ses classes en tant qu’assistant auprès d’illustres réalisateurs comme Nagisa Oshima et Yasujiro Ozu. Il aura une très mauvaise expérience auprès de ce dernier et voudra très tôt s’en démarquer. Inspiré par le cinéma européen, notamment par le néoréalisme italien, Désirs volés montre déjà l’attirance du cinéaste pour les personnages marginaux confrontés à la violence de la réalité sociale. S’il n’est pas un chef d’oeuvre, ce premier film est un vrai coup de maître et demeure impressionnant de maîtrise, de sensualité (pour ne pas dire de sexualité), d’humour et de sensibilité, qui détonne radicalement avec l’ensemble des productions japonaises de l’époque. On suit l’itinéraire de cette petite troupe de théâtre fauchée, menée par un auteur frustré, découragé en voyant que seuls les numéros de jeunes filles dénudées attirent les spectateurs durant la première partie. Certains membres expriment leur désir de quitter l’aventure.

La mise en scène d’Imamura impressionne par la beauté et la composition du cadre large – Nikkatsu Scope (le plan aérien d’ouverture est sublime), ainsi que par son énergie, mais également quand elle s’attarde sur les corps, tout en rendant compte des tromperies et de la perversité de certains personnages. Tout ce beau petit monde cohabite sous le même chapiteau, tandis que les ruraux ont du mal à calmer leurs ardeurs devant les atouts affriolants des danseuses, au point d’aller les reluquer sous la douche. Si l’intrigue peut paraître parfois confuse, Imamura commence à observer ses concitoyens avec l’oeil acéré d’un entomologiste. Le ton y est réaliste et provocateur, avec quelques touches poétiques et de cynisme, mélancolique et tendre.

Le cinéaste parvient d’emblée à imposer son univers, tout en posant les bases (les désirs contrariés et donc humains) d’une œuvre qui s’étendra sur près de 45 ans et qui sera récompensée par deux Palme d’or, pour La Ballade de Naramaya (1983) et pour L’Anguille (1997). Désirs volés est le premier jalon indispensable de la filmographie d’un des grands maîtres de la Nouvelle vague japonaise.

LE BLU-RAY

Désirs volés est édité en combo par Elephant Films dans sa collection Cinéma Master Class – La Collection des Maîtres, avec un joli fourreau cartonné et un boîtier plastique contenant le Blu-ray et le DVD du film. Le visuel de la jaquette est vraiment très élégant, tout comme le menu principal, animé et musical.

En plus d’un livret de 20 pages intitulé Shōhei Imamura, maître des désirs inassouvis par Bastian Meiresonne, de bandes-annonces (dont celles de la première salve Imamura sortie fin 2015 chez l’éditeur), d’une galerie de photos et des credits du disque, nous trouvons une courte mais très bonne présentation de Désirs volés par Stephen Sarrazin (8’). Notre interlocuteur, spécialiste du cinéma japonais expose les débuts de Shōhei Imamura dans le cinéma, notamment en tant qu’assistant de Yasujiro Ozu, puis les thèmes abordés dans son premier long métrage, qui seront ensuite repris dans ses autres films. L’histoire de Désirs volés est passée au crible, tout comme le traitement des personnages et l’opposition entre le corps et la culture.

L’Image et le son

Franchement, nous ne nous attendions pas à un résultat aussi beau. Malgré quelques imperfections, un léger fourmillement, des fondus enchaînés qui décrochent légèrement et des contrastes parfois déséquilibrés, ce nouveau master restauré HD (1080p, AVC) s’impose aisément comme l’une des plus belles surprises de cette fin d’année. Ce qui frappe d’emblée, mis à part le fantastique usage du cadre large, c’est la densité du N&B et la profondeur de champ qui est souvent admirable. La photo est formidablement nuancée avec une large palette de gris, un blanc lumineux et des noirs profonds. La gestion du grain est fort plaisante. La copie est lumineuse et le rendu des textures est très réaliste.

Seule la version originale DTS HD Master Audio Mono 1.0 est disponible (qui s’en plaindra ?) et se révèle heureusement riche et propre. La musique est joliment restituée, le report des voix est appréciable, évite toutes saturations exagérées et l’ensemble est au final suffisamment dynamique et sans souffle parasite.

Crédits images : © Elephant Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard

Test Blu-ray / Généalogies d’un crime, réalisé par Raoul Ruiz

GENEALOGIES D’UN CRIME réalisé par Raoul Ruiz, disponible en combo Blu-ray+DVD le 15 novembre 2016 chez Blaq Out

Acteurs : Catherine Deneuve, Michel Piccoli, Melvil Poupaud, Andrzej Seweryn, Bernadette Lafont, Mathieu Amalric

Scénario : Pascal Bonitzer, Raoul Ruiz

Photographie : Stefan Ivanov

Musique : Jorge Arriagada

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1997

LE FILM

Jeanne, une analyste freudienne, croit voir dans son neveu, âgé de cinq ans, des tendances homicides. Or elle sait que – selon un mot de Freud – à l’âge de cinq ans “tout est joué” pour tout individu. Elle décide donc d’étudier l’évolution inexorable de ses penchants criminels, jusqu’au moment où il commet le crime tant attendu : il tue sa tante, seule personne à connaître ses penchants. Le jeune criminel, René, est défendu par Solange, une avocate qui cherchera à démonter les mécanismes du jeu subtil auquel se sont livrés la victime et le futur criminel, pendant plus de dix ans. Peu à peu, le jeune homme commence à voir dans l’avocate, sa tante morte. Et l’avocate voit dans le jeune homme, son propre fils, mort dans un accident. Voilà donc que le fantôme de Jeanne, la victime, s’incarne dans Solange, l’avocate, pour ainsi peut-être donner une nouvelle chance au jeune criminel.

Généalogies d’un crime de Raoul Ruiz (1941-2011) n’est pas du cinéma mais LE Cinéma, libre, inventif, rafraîchissant. Véritable jeu de pistes, mais aussi jeu de reflets, de mots, d’ombres, de miroirs sans tain et teinté de peinture, jouant avec virtuosité avec la caméra (sans cesse en mouvement), les récits et époques (d’où le pluriel du titre) entrelacées de manière vertigineuse, nous sommes bien devant une œuvre, un chef d’oeuvre du réalisateur franco-chilien et conteur baroque par excellence. Impossible de résumer Généalogies d’un crime tant le film regorge de tiroirs, de fantasmes, de non-dits, de mensonges, de points de vue, parfois tout cela pendant une même séquence.

Magnifiquement mise en scène, photographiée par Stefan Ivanov et bercée par la splendide composition de Jorge Arriagada (Les Femmes du 6e étage), cette histoire renversante s’amuse avec les spectateurs en lui faisant croire que ce qu’il voit est réel ou inventé au cours du récit. Dès la première séquence introduite par la citation de Saint-Just « Rien ne ressemble à la vertu comme un grand crime », le cinéaste happe l’attention du spectateur et ne le relâchera pas une seconde pendant près de deux heures, en démontrant que l’histoire – ici inspirée par la véritable affaire Hermine Von Hug-Hellmuth – n’est finalement qu’un éternel recommencement et que les êtres humains ne sont que des pantins manipulés par une force qui les domine.

Après La Vocation suspendue (1977) et Trois vies et une seule mort (1995), Pascal Bonitzer et Raoul Ruiz collaborent à nouveau pour offrir un formidable et jubilatoire drame-policier bourré d’humour, un film inclassable qui jongle constamment avec les genres et qui offre à tous ses magnifiques comédiens, Catherine Deneuve (blonde et rousse, sublime), Melvil Poupaud, Michel Piccoli (magistral), Bernadette Lafont, Mathieu Amalric et même Patrick Modiano dans une courte apparition, l’occasion de briller et surtout de s’amuser au jeu du chat et de la souris, dont les rôles ne font que s’inverser sans cesse, à travers une intrigue de plus en plus hermétique qui n’est pas sans rappeler l’univers de Raymond Chandler.

Certes, Généalogies d’un crime peut laisser (et lasser) quelques spectateurs en cours de route avec son ton dispersé et unique et qui n’appartient qu’à son auteur, mais ceux qui voudront bien se laisser emporter par ce brillant exercice de style, à la fois intellectuel, psychologique, littéraire et populaire, ne le regretteront pas, surtout que le twist final s’avère remarquable et l’on demeure ravi de s’être fait manipuler et surtout d’avoir joué. Réalisé entre Trois vies et une seule mort (1995) et Le Temps retrouvé (1998) d’après Marcel Proust, Généalogies d’un crime a obtenu l’Ours d’argent au Festival de Berlin en 1997.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Généalogies d’un crime, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, fixe et musical.

Seul supplément disponible sur cette édition Blu-ray, l’interview de Raoul Ruiz (25’), réalisée par Philippe Piazzo en juin 2009. A l’instar de ses films, le réalisateur entrecroise les sujets, parle de la magie, de l’art de s’échapper, de littérature, de l’évolution du cinéma, du numérique, de son style, de ses « collections d’apocalypses », de faits à accomplir. Il n’est pas interdit de se perdre au fil de cette interview, illustrée par des extraits tirés de plusieurs de ses films. C’est non seulement conseillé, mais également inévitable.

L’Image et le Son

Généalogies d’un crime est disponible en Haute-Définition, dans un master restauré à 2K par l’incontournable Immagine Ritrovata de la Cinémathèque de Bologne. La propreté de l’image de ce Blu-ray (1080p, AVC) flatte les mirettes, d’autant plus que les couleurs retrouvent une belle vivacité, notamment les bleus, quasiment omniprésents. En dehors de divers plans plus ternes, le relief est palpable, y compris sur les plans en intérieur, tout comme le piqué, vif et acéré. Les noirs sont denses, les contrastes solides, et les superbes partis pris de la photo du chef opérateur Stefan Ivanov trouvent ici l’écrin idéal avec le grain respecté.

Que ce soit en DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0, le confort acoustique est indéniable. La musique est doucement spatialisée, les dialogues bien installés sur la centrale et les effets riches sur les frontales à l’instar de la pluie en ouverture. Si la Stéréo est évidemment plus « plate », elle s’avère tout aussi dynamique. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Copyright Blaq Out / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Ils sont partout, réalisé par Yvan Attal

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ILS SONT PARTOUT réalisé par Yvan Attal, disponible en DVD le 30 novembre 2016 chez Wild Side Vidéo

Acteurs : Yvan Attal, Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Dany Boon, Charlotte Gainsbourg, Grégory Gadebois, Denis Podalydès, Gilles Lellouche, François Damiens

Scénario : Yvan Attal, Emilie Frèche

Photographie : Rémy Chevrin

Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine, Julien Jaouen

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Yvan se sent persécuté par un antisémitisme grandissant et il a l’habitude de s’entendre dire qu’il exagère, qu’il est paranoïaque. Lors de séances chez son psy, Yvan parle donc de ce qui le concerne : son identité, être français et juif aujourd’hui. Mais ces rendez-vous sont aussi et surtout une sorte de fil rouge reliant entre elles plusieurs histoires courtes qui tentent de démonter, sur le mode tragi-comique, les clichés antisémites les plus tenaces.

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Recherche succès désespérément ! Depuis maintenant dix ans, le succès semble avoir déserté Yvan Attal, en tant qu’acteur mais aussi comme réalisateur. Si ses deux premiers longs métrages avaient emporté les faveurs du public, Ma femme est une actrice (2001) et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (2003), son sketch de New York, I Love You (2008) et son affreux remake de Humpday intitulé Do Not Disturb (2012) sont passés complètement inaperçus. Même chose, à part Le Serpent d’Eric Barbier et Rapt de Lucas Belvaux, toutes ses prestations ont sérieusement laissé à désirer. Ils sont partout, son nouveau film en tant que réalisateur, est un projet de longue date, coécrit avec Emilie Frèche, femme de lettres engagée dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, déjà scénariste de 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi d’Alexandre Arcady. En réalité, le désir de faire ce film remontait bien avant l’affaire Ilan Halimi en 2006 et les attentats meurtriers commis par Mohamed Merah à Toulouse en 2012. Malgré ce désir urgent de réaliser un film sur l’antisémitisme grandissant, comme un cri de colère, Yvan Attal a préféré miser sur le ton humoristique pour faire passer son message et plus particulièrement en usant du film à sketches inspiré du cinéma italien.

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Si le film s’avère inégal, le casting vaut le déplacement : Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Dany Boon, Charlotte Gainsbourg, Grégory Gadebois, Denis Podalydès, Gilles Lellouche, François Damiens, Claude Perron, Marthe Villalonga, Robert Castel, Popeck, Patrick Braoudé et Yvan Attal lui-même. Ils sont partout souffre de longueurs et d’apartés trop écrits (et trop récités) avec Attal, dans son propre rôle, face à son psy auquel il confie ses angoisses et son obsession de se sentir persécuté en tant que juif. On apprécie beaucoup la partie avec Poelvoorde/Bonneton, tous les deux bien vachards et notamment la seconde dans un rôle inspiré de Marine Le Pen qui se retrouve face à son mari arriviste (et d’extrême-droite comme elle), qui souhaite devenir calife à la place du calife, mais qui se rend compte qu’il est en fait d’origine juive. Le sketch avec Boon/Gainsbourg fait sourire, même si la comédienne en fait des tonnes dans le rôle de la prolo vulgaire coincée dans une tour de la banlieue parisienne. Oublions la partie Gadebois/Podalydès, d’un ennui mortel où deux talmudistes échangent. Dans son sketch, Gilles Lellouche interprète Jésus, enfin un agent du Mossad qui voyage dans le temps et qui deviendra le nouveau prophète sous le nom de Norbert. Mention spéciale à François Damiens et Claude Perron dans la dernière partie, ainsi qu’à Braoudé, excellent en clone de François Hollande.

isp5isp6Ils sont partout est un projet qui tenait particulièrement au comédien/réalisateur de 50 ans, désireux de faire entendre son malaise dans la société française d’aujourd’hui, en tant que juif. Attal se sert de la comédie grinçante pour mieux faire ressortir les clichés antisémites (« ils » sont riches, « ils » ont tué Jésus, « ils » s’entraident) et les nombreux préjugés sur lesquels se fonde cette discrimination. La critique sociale de cette « tragicomédie dramatique » (dixit Yvan Attal) fonctionne gentiment, même si on pouvait s’attendre à un film beaucoup plus corrosif et percutant, moins grossier. Au moins, Ils sont partout fait réfléchir et peut entraîner le débat, ce qui n’est déjà pas si mal.

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LE DVD

Le test du DVD d’Ils sont partout, disponible chez Wild Side Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très légèrement animé et musical. Suite à l’échec commercial du film (168.000 entrées), pas de sortie en Blu-ray pour le film d’Yvan Attal.

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En revanche, le cinéaste apparaît dans les suppléments et présente deux scènes coupées, ou plutôt proposées dans leur version intégrale. Ces séquences ont été raccourcies, « édulcorées et arrangées » pour reprendre les mots du cinéaste, en raison de leurs dialogues qui auraient pu choquer certains spectateurs français, même s’il les a laissées ainsi pour l’exploitation du film à l’étranger. Il s’agit d’un monologue d’Yvan Attal chez le psy, qui revient sur « le peuple élu » et qui se demande comment « les antisémites parviennent à ne pas se décourager ».

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S’ensuit un entretien avec Jérôme Lament, créateur du site internet www.ilsontpartout.com, qui recense tous les tweets et les commentaires Facebook antisémites. Notre interlocuteur revient sur sa collaboration avec Yvan Attal pour son film.

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L’interactivité se clôt sur des liens internet et les credits.

L’Image et le son

Les contrastes sont riches, la luminosité est omniprésente, les scènes sombres sont logées à la même enseigne et le relief est probant. Les visages sont détaillés à souhait, tout comme les décors, la colorimétrie est vive et chatoyante, ambrée, le piqué joliment aiguisé (surtout sur les scènes en extérieur), les détails foisonnent aux quatre coins du cadre, le relief est indéniable et la photo élégante du chef opérateur Rémy Chevrin (La Délicatesse, Les Chansons d’amour) est bien restituée. Dommage pour l’absence de Blu-ray.

isp14Ils sont partout repose essentiellement sur les dialogues. La piste Dolby Digital 5.1 distille les voix des comédiens avec un beau ramdam, tandis que les latérales s’occupent de la musique du film, omniprésente. Une spatialisation concrète, immersive et efficace. L’éditeur joint également une piste Stéréo dynamique et vive, une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

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Crédits images : © La Petite Reine – Ran MendelsonDavid Koskas

 

 

Test DVD / Tout de suite maintenant, réalisé par Pascal Bonitzer

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TOUT DE SUITE MAINTENANT réalisé par Pascal Bonitzer, disponible en DVD le 8 novembre 2016 chez Ad Vitam

Acteurs : Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson, Isabelle Huppert, Jean-Pierre Bacri, Julia Faure, Pascal Greggory, Virgil Vernier

Scénario : Pascal Bonitzer, Agnès de Sacy

Photographie : Julien Hirsch

Musique : Bertrand Burgalat

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Nora Sator, jeune trentenaire dynamique, commence sa carrière dans la haute finance.
Quand elle apprend que son patron et sa femme ont fréquenté son père dans leur jeunesse, elle découvre qu’une mystérieuse rivalité les oppose encore.
Ambitieuse, Nora gagne vite la confiance de ses supérieurs mais entretient des rapports compliqués avec son collègue Xavier, contrairement à sa sœur Maya qui succombe rapidement à ses charmes…
Entre histoires de famille, de cœur et intrigues professionnelles, les destins s’entremêlent et les masques tombent.

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S’il n’a pas battu le record d’entrées de Rien sur Robert (1999), le réalisateur Pascal Bonitzer a connu un de ses plus grands succès en 2012 avec l’excellent Cherchez Hortense, coécrit avec la scénariste Agnès de Sacy. Les deux amis et collaborateurs se retrouvent naturellement pour Tout de suite maintenant. Le cinéaste s’entoure de comédiens qu’il connaît déjà comme Jean-Pierre Bacri (Cherchez Hortense) et Lambert Wilson (Le Grand alibi), mais bénéficie également du talent d’autres grands acteurs, Isabelle Huppert et Pascal Greggory, nouveaux dans son univers. S’il retrouve également sa fille Agathe, présente dans quatre de ses précédents longs métrage, Pascal Bonitzer engage la jeune génération, le désormais incontournable Vincent Lacoste et la délicieuse Julia Faure.

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Agathe Bonitzer est Nora Sator, recrutée dans une société qui gravite dans la haute finance.  Incidemment, elle découvre que son directeur (Lambert Wilson) et son père (Jean-Pierre Bacri) se sont fréquentés dans leur jeunesse. Une rivalité semble encore les opposer. Au fil des semaines, Nora acquiert la confiance de la direction mais ses rapports avec son collègue direct, Xavier (Vincent Lacoste, impeccable), sont compliqués. Ce dernier séduit Maya (Julia Faure), la sœur de Nora. Les vieilles histoires de famille et les antagonismes professionnels vont bientôt se révéler au grand jour.

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Avec Tout de suite maintenant, Pascal Bonitzer a voulu aborder le monde de la finance et ses « requins ». Désireux de saisir l’esprit d’une époque dans chacun de ses films, le réalisateur et prolifique scénariste cristallise le rythme trépidant de ce monde à travers le titre du film Tout de suite maintenant, qui ne laisse aucun moment de répit à ses « acteurs » principaux. La caméra ne quitte pour ainsi dire jamais Agathe Bonitzer, magnétique, qui trouve ici son premier vrai rôle de femme et qui s’en acquitte merveilleusement. Pour l’anecdote, la jeune comédienne incarnait déjà la fille de Jean-Pierre Bacri dans Les Sentiments (2006) de Noémie Lvovski. Le titre Tout de suite maintenant correspond également à la volonté de tout obtenir, l’argent, la réussite, le respect, le succès, la célébrité et l’amour dans les plus brefs délais, de plus en plus jeune.

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Agathe Bonitzer et Vincent Lacoste incarnent de jeunes loups plongés dans ce monde sans foi ni loi, elle la fille d’un ancien homme d’affaires, lui issu d’un milieu modeste qui est prêt à tout pour s’élever socialement. Mais si le monde de l’entreprise n’a pas changé ou s’est encore plus endurci, la nouvelle génération semble moins « monstrueuse » que l’était celle de leurs aînés. Nora est sans doute pleine d’ambition, prête à tout pour réussir et être reconnue pour son travail plutôt que par son nom, ses projets vont tout de même être perturbés par les sentiments qui vont naître entre elle et son collègue Xavier, même s’il commence à flirter avec sa sœur, chanteuse-serveuse dans une boîte de nuit. C’est la première fois que le cinéaste centre son récit autour d’une jeune femme, même si les personnages satellites, Bacri (impérial), Huppert (sublime), Wilson et Greggory (décalés et formidables) s’avèrent typiques de Pascal Bonitzer, à savoir des êtres en plein spleen, désenchantés, fatigués avant l’âge. Ce que ces personnages ont vécu, ce pourquoi ils se sont confrontés, disputés, déchirés, se répercute inévitablement sur la génération suivante, qui l’apprend à son corps défendant.

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Là où Jean-Pierre Bacri incarnait un fils écrasé par l’aura d’un père important et très demandé dans Cherchez Hortense, l’acteur le devient ici malgré lui puisque son nom devient un fardeau pour sa fille Nora. Même s’il n’appartient plus à ce monde, son fantôme demeure dans les couloirs froids et aseptisés désormais arpentés par sa fille. Mais les requins qui lui tournent autour semblent également la convoiter et Nora devient malgré elle le nouveau centre névralgique de toutes les frustrations et des occasions manquées, qui demeuraient jusqu’alors enfouies. Le désir de s’affirmer, de s’affranchir d’un nom célèbre dans le même milieu professionnel, tout cela fait évidemment écho avec Agathe Bonitzer, fille de Pascal Bonitzer et de Sophie Fillières. Elégamment écrit et interprété, Tout de suite maintenant confirme la fraîcheur du cinéma de Pascal Bonitzer, qui parvient à accrocher les wagons entre les générations, qui questionne le passé pour mieux comprendre le présent. Une grande réussite, intelligente et bourrée de charme.

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LE DVD

Le test du DVD de Tout de suite maintenant, disponible chez Ad Vitam, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

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L’éditeur joint un entretien intéressant de 28 minutes avec Pascal Bonitzer et sa coscénariste Agnès de Sacy. Les deux amis et collaborateurs, qui avaient déjà signé Cherchez Hortense en 2012, reviennent sur la genèse de Tout de suite maintenant, la difficulté rencontrée à l’écriture en raison de leur méconnaissance du monde de l’entreprise, les personnages, l’évolution du scénario, les thèmes explorés et inspirés par le livre autobiographique d’Anne Lauvergeon, La Femme qui résiste, dans lequel elle raconte ses débuts comme conseillère de Mitterrand. Le travail avec les comédiens, la musicalité des dialogues et les quelques coupes au montage sont également abordés.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le master d’A tout de suite maintenant est très propre et lumineux, détaillé à souhait et toujours plaisant pour les mirettes. Les séquences diurnes sont les mieux loties avec un piqué plus incisif et une colorimétrie pétillante. Les contrastes sont au beau fixe, tout comme les nombreux gros plans d’une précision sans failles. Mention spéciale aux ambiances tamisées du plus bel effet.

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Immersion totale que cette piste Dolby Digital 5.1 qui offre un confort sonore dynamique et un bel écrin acoustique. Les dialogues sont exsudés avec force par la centrale, la balance frontale est ardente et les ambiances en extérieur ne sont jamais oubliées à l’instar des scènes en bord de mer. La piste stéréo est également impressionnante et propose un confort suffisant pour qui n’est pas équipé en 5.1. L’éditeur joint les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste en audiodescription.

atdm9Crédits images : © Ad Vitam / Captures du DVD et des suppléments : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Petite voleuse, réalisé par Claude Miller

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LA PETITE VOLEUSE réalisé par Claude Miller, disponible en Blu-ray et DVD le 25 octobre 2016 chez TF1 Vidéo

Acteurs : Charlotte Gainsbourg, Didier Bezace, Simon de La Brosse, Clotilde de Bayser, Raoul Billerey, Chantal Banlier, Nathalie Cardone

Scénario : Claude Miller, Luc Béraud, Annie Miller d’après une histoire originale de François Truffaut et Claude de Givray

Photographie : Dominique Chapuis

Musique : Alain Jomy

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

Une petite ville du centre de la France dans les années cinquante. Janine en sortant de l’école vole un paquet de cigarettes dans une voiture de l’armée américaine et un vêtement aux “Folies de Paris”. Le directeur de cet établissement arrive chez ses parents adoptifs et découvre le butin. Un jour, Janine rencontre Raoul, jeune couvreur, en train de voler. La complicité, puis l’amour va lier ces deux jeunes gens en rébellion contre leur monde.

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En juillet 1983, François Truffaut travaille sur le scénario de La Petite voleuse, quand il est victime d’une première attaque cérébrale. Il est atteint d’une tumeur, qui l’affaiblira de plus en plus. Le cinéaste s’éteint le 21 octobre 1984 à l’âge de 52 ans. Ami cinéphile de François Truffaut et surtout directeur de production de La Sirène du Mississippi (1969) à L’Histoire d’Adèle H. (1975), Claude Miller décide après le triomphe de L’Effrontée, de reprendre le scénario coécrit par François Truffaut et Claude de Givray, et de l’adapter avec l’aide de sa femme Annie et de Luc Béraud. Pour ce pendant féminin des 400 coups, le réalisateur jette une fois de plus son dévolu sur Charlotte Gainsbourg. Du haut de ses 17 ans, elle porte désormais entièrement le film sur ses épaules. Bien qu’elle se défende face aux journalistes de ne pas penser à devenir actrice, force est de constater que Charlotte Gainsbourg est devenue une comédienne professionnelle en peu de temps et son talent éclate une fois de plus à l’écran à travers le rôle de Janine Castang.

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En 1950, dans une petite bourgade paumée du centre de la France, cette adolescente, fruit d’une liaison entre une mère qui l’a abandonné sans explication il y a cinq ans et un officier allemand qu’elle n’a pas connu, Janine est élevée par son oncle (Raoul Billerey) et sa tante ingrate (Chantal Banlier) qui la laissent vivre et se débrouiller seule. A l’instar du personnage de Charlotte dans L’Effrontée, Janine Castang (qui a d’ailleurs le même nom de famille que Charlotte) étouffe dans cette petite maison en ruines, mais aussi à l’école et rêve de liberté. Pour tromper son ennui, elle vole tout ce qui se présente à elle, des cigarettes, de la lingerie fine, des bijoux, tout ce qui peut lui donner l’impression d’être déjà la femme qu’elle souhaite devenir, pour accélérer le temps. Elle fréquente aussi le cinéma (comme Antoine Doinel), avec une prédilection pour les histoires d’amour et les opérettes. Un soir, elle s’endort (ou feint de s’endormir ?) sur l’épaule de Michel (superbe Didier Bezace), un poète et musicien, marié et père d’une jeune fille qui a le même âge que Janine. Ils font connaissance. Janine s’éprend très vite de cet homme qui visiblement connaît tout de la vie et qui en parle bien. Si Michel est très vite attiré par Janine, c’est cette dernière qui fera le premier pas et le couple commence à se fréquenter.

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Janine souhaite devenir une femme et devenir indépendante. Elle trouve un travail de bonne chez un couple bourgeois. Mais si Janine commence à déambuler dans le monde qu’elle s’est longtemps imaginée, elle souhaite également en devenir une des actrices principales. Elle rencontre alors Raoul (Simon de La Brosse), également voleur à ses heures. Les deux jeunes gens se trouvent et Janine, pour la première fois de sa vie, tombe réellement amoureuse. Mais combien de temps encore peut-elle s’obstiner à vouloir aller plus vite que la vie ?

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Magnétique, drôle et bouleversante, Charlotte Gainsbourg accroche la pellicule, tout comme ses partenaires, Didier Bezace et Simon de La Brosse. L’écriture est délicate, la reconstitution des années 1950 est soignée, les dialogues percutants. Une actrice née sous nos yeux. Charlotte Gainsbourg réalise sa première performance et même si sa vraie personnalité est encore visible, Janine Castang est son premier vrai personnage original. Les spectateurs suivent émus cette jeune femme, immédiatement attachante, découvrir l’amour, la sexualité, le monde du travail, l’amitié, l’entraide, à travers un récit d’apprentissage doux, pudique, parfois cruel, toujours humain. Claude Miller parvient à s’approprier l’histoire originale de François Truffaut, tout en rendant quelques hommages au cinéma de ce dernier à travers quelques clins d’oeil. La Petite voleuse sort juste avant Noël 1988. S’il ne connaît pas le même succès que L’Effrontée, le film réalise tout de même un score fort honorable d’1,8 millions d’entrées.

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LE BLU-RAY

Contrairement aux éditions Blu-ray de Garde à vue et de Mortelle randonnée, et à l’instar de celle de L’Effrontée, l’édition Blu-ray de La Petite voleuse s’avère plus basique puisque le disque repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une séquence du film.

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On commence les suppléments par le documentaire rétrospectif de 25 minutes intitulé Sur les traces de François Truffaut, coréalisé par Olivier Curchod et Luc Béraud. Ce dernier, collaborateur et ami de Claude Miller, également coscénariste de La Petite voleuse, intervient dans ce module. Il semble que les protagonistes n’aient pas grand-chose à dire ici, surtout que la réalisation de ce documentaire s’avère bien plate et basique. Nous retrouvons Nathan Miller, fils de Claude Miller, assistant-réalisateur sur La Petite voleuse, Annie Miller (la femme du cinéaste et coscénariste), Jean-Louis Livi (producteur), Guillaume Schiffman (deuxième assistant caméra), Jacqueline Bouchard (costumière), Alain Jomy (compositeur) et Nadine Muse (monteuse son).

screenshot001screenshot002Les intervenants ont l’air parfois gênés d’évoquer ce film, surtout quand on leur demande ce qui appartient à François Truffaut (qui a écrit le scénario original et qui aurait fait ce film s’il n’était pas tombé gravement malade) ou à Claude Miller. Du coup, les propos manquent souvent d’intérêt. Chacun évoque un tournage très agréable malgré une production plus lourde en raison du caractère « historique » et des reconstitutions nécessaires. La production, les conditions des prises de vues, le casting (avec évidemment le retour de Charlotte Gainsbourg) et la création de l’affiche sont abordés, mais sans véritable entrain.

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De son côté, le réalisateur Stéphane Brizé (Je ne suis pas là pour être aimé, Mademoiselle Chambon, La Loi du marché) se penche sur la psychologie des personnages dans le cinéma de Claude Miller (8’). Pour lui, La Petite voleuse fait écho à L’Effrontée et à Thérèse Desqueyroux avec cette jeune femme « qui refuse sa condition et qui n’accepte pas le monde étroit dans lequel elle vit ». Brizé évoque ensuite le thème récurrent de l’abandon dans les films de Miller, puis se penche un peu plus sur le jeu de Charlotte Gainsbourg qui l’impressionne toujours autant.

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Après avoir partagé ses souvenirs pour L’Effrontée, Charlotte Gainsbourg revient ici sur La Petite voleuse (17’), film pour lequel elle a refusé une proposition de Miloš Forman. Dans cette interview divisée en « 10 chapitres », la comédienne déclare n’avoir jamais lu le scénario original de François Truffaut, parle des essayages des costumes, de sa relation avec Claude Miller (« plus professionnelle que sur L’Effrontée »), le travail avec ses partenaires et le chef opérateur. Charlotte Gainsbourg semble nostalgique de la façon dont on faisait du cinéma à l’époque, quand « le réalisateur était derrière la caméra et pas dans un coin dissimulé derrière son combo ».

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L’Image et le son

Le master HD de La Petite voleuse tient ses promesses, même si le Blu-ray demeure parfois perfectible. La restauration est très appréciable et rares sont les tâches subsistantes. Toutefois, seules les séquences tournées en extérieur demeurent les plus lumineuses de ce transfert. La profondeur de champ déçoit quelque peu, le piqué est moins pointu sur les scènes en intérieur et les noirs manquent de consistance. Le grain original est heureusement conservé et bien géré. Beaucoup de séquences sortent du lot et font honneur au support. La colorimétrie retrouve une nouvelle fraîcheur, le relief des matières est palpable, le rendu des visages est plaisant et les fourmillements limités grâce à un encodage AVC de fort bon aloi. Quant aux contrastes, ils demeurent plutôt solides pour un rendu homogène.

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Ce mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un confort acoustique probant, riche et solide. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, sans souffle parasite. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

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Crédits images : © TF1 Vidéo / Captures Blu-ray et Bonus : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / La Femme du dimanche, réalisé par Luigi Comencini

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LA FEMME DU DIMANCHE (La donna della domenica) réalisé par Luigi Comencini, disponible en DVD le 25 octobre 2016 chez Tamasa Diffusion

Acteurs : Jacqueline Bisset, Marcello Mastroianni, Jean-Louis Trintignant, Aldo Reggiani, Maria Teresa Albani, Omero Antonutti

Scénario : Agenore Incrocci, Furio Scarpelli d’après le roman La Femme du dimanche (La Donna della domenica) de Carlo Fruttero et Franco Lucentini

Photographie : Luciano Tovoli

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Garrone, un riche et célèbre architecte turinois, a été retrouvé chez lui, brutalement assassiné à l’aide d’un phallus en pierre retrouvé sur les lieux. L’inspecteur Santamaria est chargé de l’enquête. Originaire d’une famille modeste du sud de l’Italie, il navigue avec difficulté dans la haute bourgeoisie de Turin. Les suspects sont nombreux : Anna-Carla Dosio, la veuve désoeuvrée d’un industriel, oisive et séduisante, Massimo Campi, un ami homosexuel de Garrone et Lello Riviera, son amant, un petit fonctionnaire, sont tour à tour soumis aux questions pertinentes de Santamaria. L’assassinat de Riviera, qui menait sa propre enquête, brouille les pistes…

la-femme-du-dimanche6Dans les années 1970, le réalisateur Luigi Comencini a déjà bien entamé la cinquantaine et met les bouchées doubles. Loin des comédies de mœurs mégères qui ont fait sa renommée dans les années 1950-60, le cinéaste mythique de Pain, Amour et Fantaisie, Mariti in città, À cheval sur le tigre, Le Commissaire, La Ragazza, L’Incompris, Casanova, un adolescent à Venise et bien d’autres chefs-d’oeuvre entame une décennie placée sous le titre de la réflexion sur la dégradation des rapports entre individus, la bassesse de l’être humain, l’amertume et la haine qui a pourri toutes les couches sociales comme une véritable gangrène. Sur le fil entre le divertissement populaire et le drame policier ironique, La Femme du dimanche est le parfait reflet de la désillusion du cinéaste transalpin qui transparaît derrière les échanges des protagonistes, désabusés et dépassés par une enquête où tout le monde ou presque pourrait être le meurtrier d’un minable architecte libidineux et mondain, retrouvé le crâne fracassé par…un phallus en pierre.

la-femme-du-dimanche5Corrosif, La Femme du dimancheLa Donna della domenica l’est assurément. Passionnant ? Peut-être dans les débats qu’il entraîne après visionnage, beaucoup moins pendant à cause d’un rythme souvent poussif et inégal. Cette méditation amère et désenchantée – mais trop bavarde – sur les rapports de classe et la petite bourgeoisie mesquine peut tout d’abord apparaître froide, mais c’est sans compter sur le génie de Comencini qui ne nous jette pas une explicite radiographie des rapports sociaux sous les yeux. En vieux briscard et croyant en l’intelligence du spectateur, Comencini fait confiance à son audience pour décrypter ce qu’il y a au-delà, tout en respectant le livre phénomène de Carlo Fruttero et Franco Lucentini, adapté par le célèbre duo Age & Scarpelli. C’est là toute l’acuité d’un réalisateur arrivé au sommet de son art qui utilise l’art cinématographique comme objet d’analyse puisque le temps du divertissement – l’enquête n’intéresse pas Comencini – semble révolu. Mais le film vaut aussi pour son incroyable casting qui réunit Marcello Mastroianni, Jean-Louis Trintignant et Jacqueline Bisset.

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lfdd2Le premier est comme d’habitude parfait dans le rôle de Santamaria, le flic chargé de l’enquête. Officier méridional, il regarde le monde turinois d’un œil narquois. Ses premiers soupçons se portent sur la séduisante Anna Carla Dosio, campée par la magnifique Jacqueline Bisset. Elle est l’auteur d’une lettre où elle disait vouloir se débarrasser de Garrone, l’architecte assassiné. Mais c’est en réalité toute la bonne société et la grande bourgeoisie de la ville qui vont bientôt se retrouver dans son collimateur, pour une enquête sulfureuse où il sera question de jalousie, de prostitution et d’homosexualité. C’est là que rentre en scène Massimo Campi (Trintignant, superbe), ami et confident d’Anna Carla, qui vit secrètement avec un homme dans sa garçonnière.

la-femme-du-dimanche3Le réalisateur s’amuse à dépeindre des bourgeois décadents qui s’ennuient – ils passent leur temps à prononcer Boston à l’anglaise plutôt qu’à l’italienne – et qui profitent de la mort d’autrui pour en tirer du plaisir en jouant notamment à l’apprenti détective. C’est le cas d’Anna Carla, qui n’hésite pas à interférer dans l’enquête de Santamaria, quelque peu dépassé par les événements et les dessous insoupçonnés d’une ville corrompue. Il est aidé par son collègue De Palma (hilarant Pino Caruso), seul personnage vraiment attachant de toute cette cohue. Réalisé entre Les Aventures de Pinocchio (1975) et le film à sketchs Mesdames et messieurs bonsoir (1976), La Femme du dimanche n’est sans doute pas un grand Comencini, mais reste symbolique du cinéma italien qui n’hésitait pas à s’engager derrière les apparences de la comédie ou du film de genre, par ailleurs merveilleusement mis en musique ici par le maestro Ennio Morricone aux accents de giallo qui remplissait alors les salles. Mais mineur ou pas, La Femme du dimanche demeure une sympathique curiosité à connaître absolument.

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LE DVD

Le DVD disponible chez Tamasa Diffusion repose dans un slim digipack cartonné qui comprend également un petit livret de 12 pages illustré et signé Jean A. Gili, critique cinématographique et historien du cinéma, spécialisé dans le cinéma italien. En guise d’interactivité nous trouvons une galerie de photos et d’affiches, ainsi que la bande-annonce. Aucune trace des filmographies mentionnées sur le verso. Le menu principal fixe et musical.

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L’Image et le son

Posséder La Femme du dimanche en DVD était inespéré. Le film de Luigi Comencini renaît donc de ses cendres chez Tamasa dans une copie – présentée dans son format 1.66 – d’une propreté souvent hallucinante. Point d’artefacts de la compression à signaler, aucun fourmillement, les couleurs se tiennent, sont ravivées, le master est propre, immaculé, stable, les noirs plutôt concis et les contrastes homogènes. Hormis divers moirages, le cadre fourmille souvent de détails, le piqué est joliment acéré, le relief et la profondeur de champ permettent d’apprécier la ville de Turin présentée sous tous les angles, les partis pris du célèbre directeur de la photographie Luciano Tovoli (Suspiria, Nous ne vieillirons pas ensemble) sont divinement bien restitués. Certains plans rapprochés tirent agréablement leur épingle du jeu avec une qualité technique quasi-irréprochable. Une véritable redécouverte, merci Tamasa !

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Seule la version originale aux sous-titres français (peu élégants) amovibles est disponible. Ce mixage demeure consistant et le souffle aux abonnés absents. Comme de coutume, la bande-son a été entièrement retravaillée en post-production, d’autant plus que Jean-Louis Trintignant et Jacqueline Bisset ne parlaient évidemment pas italien. On peut d’ailleurs repérer que Marcello Mastroianni donne la réplique en français à Trintignant.

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Crédits images : © Tamasa Diffusion

Test Blu-ray / L’Effrontée, réalisé par Claude Miller

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L‘EFFRONTEE réalisé par Claude Miller, disponible en Blu-ray et DVD le 25 octobre 2016 chez TF1 Vidéo

Acteurs : Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont, Jean-Claude Brialy, Clothilde Baudon, Julie Glenn, Jean-Philippe Écoffey

Scénario : Claude Miller, Luc Beraud, Bernard Stora, Anne Miller

Photographie : Dominique Chapuis

Musique : Alain Jomy

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Charlotte, treize ans, en a terminé avec l’enfance et si elle sait ce qu’elle ne veut plus être, elle ne sait pas encore ce qu’elle veut devenir. L’adoration que lui voue Lulu, une petite voisine de six ans, l’agace, et elle est fascinée par Clara Bauman, enfant prodige et pianiste surdouée qui a le même âge qu’elle.

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Avec un peu plus de 900.000 entrées en mars 1983, Mortelle randonnée n’a pas connu l’engouement de la critique et encore moins des spectateurs. Pour rebondir, Claude Miller souhaite retrouver un sujet simple pour un tournage plus léger. Ce sera donc L’Effrontée, sur un scénario écrit par ses soins, mais aussi par sa femme Annie, Luc Béraud (son complice de La Meilleure façon de marcher) et Bernard Stora. Cette chronique adolescente douce-amère, librement adaptée du roman Frankie Addams, écrit par l’écrivaine américaine Carson McCullers (1917-1967) mais également fortement inspirée de souvenirs autobiographiques liés au couple Miller, se focalise sur Charlotte Castang, 13 ans, bientôt 14. C’est le dernier jour d’école avant les grandes vacances et un été qui s’annonce caniculaire. Alors qu’elle vient de se blesser légèrement en sautant du plongeoir de la piscine, Charlotte, renfermée, mal dans sa peau (elle vient de prendre dix centimètres en quelques semaines) et moquée par sa classe, entend un récital. Elle s’approche de l’amphithéâtre et se rend compte qu’il s’agit en réalité de la captation d’un concerto donné par la jeune pianiste et déjà virtuose Clara Bauman (Clotilde Baudon). Charlotte s’assoit et regarde fascinée cette petite fille dans sa robe rouge dont les doigts parcourent si facilement les touches noires et blanches. Visiblement, Charlotte envie cette petite fille, qui a le même âge qu’elle, mais qui a déjà le monde à ses pieds.

EXTRAIT DU FILM "L'EFFRONTEE" AVEC CHARLOTTE GAINSBOURG

Charlotte doit retourner chez elle. Son frère Jacky (le regretté Simon de La Brosse) est sur le point de partir en vacances avec ses copains. Même s’ils se chamaillent les 3/4 du temps, Charlotte et lui doivent se séparer pour la première fois. Elle doit passer tout le mois de juillet seule, ou presque, en compagnie de son père (Raoul Billerey), qui n’a guère le temps de voir ses enfants grandir, et Léone (Bernadette Lafont, César du meilleur second rôle féminin) qui s’occupe d’elle depuis la mort de sa mère, décédée en mettant Charlotte au monde. Il y a aussi la petite Lulu (Julie Glenn), qui la considère un peu comme sa grande sœur. De santé fragile, Lulu ne quitte pas Charlotte d’une semelle. Jusqu’au jour où Charlotte voit son rêve se concrétiser : Clara Bauman débarque dans sa petite ville de province pour donner un récital. Par le hasard des choses, elles se rencontrent et Charlotte rêve de pouvoir s’évader à ses côtés, pour voir le monde.

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En confiant le premier rôle à Charlotte Gainsbourg, qui n’avait fait qu’une apparition dans Paroles et musique d’Elie Chouraqui et La Tentation d’Isabelle de Jacques Doillon, Claude Miller ne s’est pas trompé. Elle est l’une des plus belles et l’une des plus grandes jeunes révélations du cinéma français. Son naturel confondant, sa sensibilité à fleur de peau, sa voix fluette, son charisme magnétique et son talent inné ont fait le triomphe et font toujours aujourd’hui la grande réussite de L’Effrontée. Ce cinquième long métrage de Claude Miller sera d’ailleurs le plus grand succès de sa carrière avec 2,8 millions d’entrées. Le film a non seulement ému les adultes, mais aussi de nombreux enfants et en particulier les petites filles qui se sont retrouvées dans le personnage de Charlotte, qui entre de plain-pied dans le monde impitoyable de l’adolescence.

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La mise en scène adopte le spleen de Charlotte, qui s’ennuie pour la première fois de sa vie. Alors que les « plus grands » s’agitent et s’embrassent devant la boîte de nuit Le Roule-Roule, Charlotte doit subir le bagou de Lulu, qui lui parle de sa maladie et de ses traitements de jour comme de nuit. Mais Charlotte va pouvoir s’échapper grâce à Jean (Jean-Philippe Ecoffey), un jeune marin de passage plus âgé, qu’elle rencontre par hasard. Grâce à lui, au cours de la livraison d’un piano, elle arrive directement dans le monde riche et clinquant de Clara Bauman et se retrouve face à son impresario (Jean-Claude Brialy). Au cours d’une discussion, Clara demande à Charlotte si elle ne voudrait pas devenir sa manager. Malgré cet espoir de voir son rêve se concrétiser, Charlotte découvre un monde fait de promesses non tenues, les désillusions, mais aussi les élans du coeur et la violence des sentiments. 

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Quasiment de tous les plans, à l’instar de Sophie Marceau dans La Boum et sa suite, Charlotte Gainsbourg crève l’écran. On la suit dans ses promenades sans but, dans ses espoirs et ses doutes, dans sa petite maison où la chaleur écrasante fatigue autant qu’elle met les nerfs à vif, comme le célèbre tube Sarà perchè ti amo du groupe Ricchi e Poveri qui revient fréquemment. Son interprétation sera saluée immédiatement par la profession, les spectateurs et l’académie des César lui décerne la compression du meilleur espoir féminin en 1986. En toute simplicité, de la mise en scène à la photographie solaire, Claude Miller rend immédiatement attachante cette pré-ado qui voit différemment le monde qui l’entoure, pour la première fois de sa vie. Avec délicatesse et pudeur, cette oeuvre universelle, mélancolique et tendre, est une des plus belles du cinéaste.

LE BLU-RAY

Contrairement aux éditions Blu-ray de Garde à vue et de Mortelle randonnée, celle de L’Effrontée s’avère plus basique puisque le disque repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une séquence du film.

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TF1 Vidéo joint une cinquantaine de minutes de suppléments !

On commence par le documentaire rétrospectif de 29 minutes intitulé Le Bel été de L’Effrontée coréalisé par Olivier Curchod et Luc Béraud. Ce dernier, collaborateur et ami de Claude Miller, mais également crédité en tant que coscénariste intervient dans ce module. Après les modules consacrés aux tournages de Garde à vue et de Mortelle randonnée, nous sommes maintenant habitués à écouter les interventions des protagonistes filmés sur un fond morne et gris. Cependant, le rythme est ici plus maîtrisé. Nous retrouvons Nathan Miller, fils de Claude Miller, assistant-réalisateur sur L’Effrontée, Annie Miller (la femme du cinéaste et coscénariste), Bernard Stora (coscénariste), Marie-Laure Peyre (productrice), Guillaume Schiffman (deuxième assistant caméra), Jacqueline Bouchard (costumière), Alain Jomy (compositeur), Julie Glenn (comédienne, « Lulu » dans L’Effrontée) et Nadine Muse (monteuse son).

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La genèse du film, le roman de Carson McCullers qui a grandement inspiré l’histoire, le scénario de La Voyageuse coécrit par Stora et Béraud, qui n’a jamais vu le jour mais dans lequel Claude Miller a pioché de nombreux éléments pour le scénario final de L’Effrontée, sans oublier le casting (et le choix de Charlotte Gainsbourg), les partis pris, les conditions de tournage, la sortie et le triomphe du film, les accusations de plagiat, tout est abordé au fil de cette demi-heure passionnante.

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La comédienne Ludivine Sagnier, qui a tourné La Petite Lili (2003) et Un secret (2007) sous la direction de Claude Miller, revient sur L’Effrontée (8′). L’actrice avoue que c’est ce film qu’elle regardait en boucle avec sa grande sœur et qu’elle connaît encore par coeur aujourd’hui, qui lui a donné envie de faire du cinéma. Elle évoque également cette authenticité, cette vérité et cet impact universel qui l’ont subjugué dès le premier visionnage.

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Nous sommes vraiment heureux de retrouver ensuite la belle Charlotte Gainsbourg qui se penche sur son premier vrai rôle au cinéma, qui reste pour elle le plus grand souvenir de sa carrière (14′). Avec son sourire désarmant, un thé chaud à la main et vêtue d’une simple veste en cuir qui lui va à ravir (oui, bon, ça va hein !), la comédienne enchaîne les anecdotes sur son arrivée sur le projet, sur sa rencontre avec Claude Miller (elle connaissait par coeur son premier long métrage), sur la simplicité d’un tournage « familial », sur les conseils prodigués par son père (« si on te demande de parler plus fort, refuse ! »), sur la difficulté pour elle de promouvoir le film, et sur sa préparation pour la Cérémonie des César. Une rencontre incontournable.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale.

L’Image et le son

L’élévation HD offre à L’Effrontée une nouvelle cure de jouvence plus de quinze ans après sa première édition en DVD. Le grain cinéma est plutôt bien restitué et l’encodage solide. Malgré tout, les contrastes peinent à trouver une densité et les noirs déçoivent quelque peu. Néanmoins, le piqué permet d’apprécier les détails sur les nombreux gros plans, surtout sur les séquences en extérieur jour. Signalons également une colorimétrie aux tons parfois trop pastels ou ternes selon les séquences, certains plans sensiblement plus altérés ainsi qu’une profondeur de champ parfois limitée et des visages un peu rosés. Heureusement, la copie est stable et très propre.

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Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un réel confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

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Crédits images : © TF1 Vidéo / Captures Blu-ray et Bonus : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / Love & Friendship, réalisé par Whit Stillman

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LOVE & FRIENDSHIP réalisé par Whit Stillman, disponible en DVD et Blu-ray le 2 novembre 2016 chez Blaq Oout

Acteurs : Kate Beckinsal, Chloé Sevigny, Tom Bennett, Jenn Murray, Lochlann O’Mearáin, Sophie Radermacher

Scénario : Whit Stillman, d’après le roman Love & Friendship de Jane Austen

Photographie : Richard Van Oosterhout

Musique : Benjamin Esdraffo

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Angleterre, fin du XVIIIe siècle : Lady Susan Vernon est une jeune veuve dont la beauté et le pouvoir de séduction font frémir la haute société. Sa réputation et sa situation financière se dégradant, elle se met en quête de riches époux, pour elle et sa fille adolescente.
Épaulée dans ses intrigues par sa meilleure amie Alicia, une Américaine en exil, Lady Susan Vernon devra déployer des trésors d’ingéniosité et de duplicité pour parvenir à ses fins, en ménageant deux prétendants : le charmant Reginald et Sir James Martin, un aristocrate fortuné mais prodigieusement stupide…

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En 2011, soit 13 ans après son dernier film The Last Days of Disco (1998), le cinéaste Whit Stillman signait son retour derrière la caméra avec Damsels in Distress. Metropolitan (1990) avait fait de lui l’un des réalisateurs du cinéma indépendant les plus en vue et s’était vu auréolé d’une nomination pour l’Oscar du meilleur scénario original en 1991. Après Les Derniers jours du disco, le réalisateur américain s’était trouvé en manque d’inspiration. Parallèlement à la novélisation de son précédent long métrage, Whit Stillman, installé à Paris, travaille sur l’adaptation de Lady Susan, un roman de jeunesse épistolaire méconnu écrit (et inachevé) par Jane Austen à la fin du XVIIIe siècle, mais publié vers 1870.

Location images of Love & Friendship, a Jane Austen film adaptation starring Kate Bekinsdale and Chloe Sevigny, directed by Whit Stillman. CHURCHILL PRODUCTIONS LIMITED. Producers Katie Holly, Whit Stillman, Lauranne Bourrachot. Co-Producer Raymond Van Der Kaaij. Also Starring: Xavier Samuel, Emma Greenwell & Morfydd Clark

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Nous sommes en 2003 et Whit Stillman souhaite confier le rôle principal à la comédienne britannique Kate Beckinsale, qu’il avait dirigée dans The Last Days of Disco. Mais l’actrice âgée de 25 ans était encore bien trop jeune pour incarner Lady Susan Vernon. Les années passent, Damsels in Distress sort sur les écrans et Whit Stillman peut enfin se concentrer sur cette libre transposition. Love & Friendship est caractéristique du réalisateur. Une comédie quasi inclassable qui se déroule dans l’Angleterre du XVIIIe et prenant pour cible un groupe de personnages dont la plupart voient leurs repères ébranlés et bouleversés par l’arrivée d’une femme, veuve, précédée d’une réputation peu flatteuse, à la recherche d’un nouvel époux fortuné, tout en cherchant à marier sa propre fille. Tous les coups sont permis, mais en restant classe bien entendu et en tâchant d’éveiller le moins possible les soupçons de son ex-belle famille.

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Comme souvent chez Whit Stillman, il faut s’armer de patience pour pouvoir entrer véritablement dans l’univers qu’il nous dépeint et même certains spectateurs risquent de passer complètement à côté en raison de son abondance des dialogues et de personnages multiples qui se croisent et s’entrecroisent entre rires et pleurs, calèches qui stoppent et qui s’ébranlent, prétendants qui arrivent le sourire aux lèvres et qui repartent la queue entre les jambes. Malgré une présentation drôle, intelligente et théâtrale des protagonistes principaux, il n’est pas certain de parvenir à tous les relier entre eux. Mais pour les spectateurs les plus investis, Love & Friendship apparaîtra comme une vraie comédie finaude, charmante, sophistiquée et singulière, qui certes repose plus sur l’énergie, l’immense talent et le charisme de ses interprètes que sur son histoire à tiroirs proprement dite. Les spectateurs habitués aux adaptations des œuvres de Jane Austen, pour la télévision et le cinéma, vont sans doute être bousculés puisque le ton est ici drôle, cynique, ironique et décalé, bref un excellent remède contre la morosité.

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Les dialogues, certes omniprésents, sont déclamés à une vitesse folle par les acteurs, sublimes, où trône la merveilleuse Kate Beckinsale, formidable en garce pourtant attachante, que nous n’avions pas vue à pareille fête depuis…toujours ? Par conséquent, l’audience est emportée par ce cyclone de femmes opportunistes issues de la petite bourgeoisie déchue, qui s’attaquent à la fortune des autres pour pouvoir survivre. Kate Beckinsale retrouve Chloë Sevigny, sa partenaire des Derniers jours du Disco, et donne la formidable réplique à une ribambelle de comédiens (Stephen Fry, Xavier Samuell et la révélation Tom Bennett) en très grande forme, pour ne pas dire exceptionnels, qui prennent un plaisir évident à se renvoyer la balle.

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Tous les thèmes récurrents de l’oeuvre de Jane Austen, y compris les émois et les tourments des personnages sont bel et bien présents, mais le ton, ouvertement cynique est radicalement différent. Love & Friendship est donc une vraie comédie menée à cent à l’heure (le tournage s’est d’ailleurs déroulé en 26 jours seulement), élégante, raffinée, intelligente et follement moderne. Un vrai régal.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Love & Friendship, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

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Voici une édition soignée avec quelques suppléments fort sympathiques à se mettre sous la dent.

On commence par un entretien avec le réalisateur Whit Stillman (11′) qui revient dans un premier temps sur la longue gestation de Love & Friendship, projet qui remonte à 2003 et pour lequel il voulait déjà Kate Beckinsale dans le rôle principal. La trouvant encore trop jeune à l’époque, le film est ensuite resté dans les tiroirs, à une époque où le cinéaste se trouvait en panne d’inspiration après son dernier film Les Derniers jours du disco en 1998. Après son comeback en 2011 avec Damsels in distress, Whit Stillman peut enfin se consacrer à cette libre adaptation de Jane Austen. Il indique ensuite la difficulté d’adaptation de cette œuvre épistolaire et évoque son humour inattendu (qu’il compare à celui d’Oscar Wilde). Les personnages sont passés au peigne fin, tandis que le réalisateur avoue son attachement aux écrits de Jane Austen en rappelant qu’on lui avait proposé l’adaptation de Raisons et sentiments, finalement réalisé par Ang Lee en 1995.

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C’est au tour de Sophie Demir, docteur en littérature britannique et auteure de Jane Austen : Une poétique du différend (PU Rennes), de parler de l’univers, des thèmes puis des personnages et de la singularité de cette adaptation de l’oeuvre de Jane Austen. Un exposé brillant de dix minutes, qui donne envie de se (re)plonger dans toutes ces histoires souvent transposées au cinéma et à la télévision.

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S’ensuit un making of (10′) dynamique qui donne un bel aperçu du tournage. Les comédiens et le réalisateur se confient sur cette libre adaptation et sur l’humour qui s’en dégage à travers les dialogues et le cynisme des personnages.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Voilà une belle édition HD ! Sans pour autant être un disque de démonstration, Blaq Out livre un objet élégant qui respecte toutes les volontés artistiques du chef opérateur Richard Van Oosterhout. Les couleurs sont froides et la luminosité parfois très poussée. Soutenus par un codec solide, ces partis pris esthétiques auraient pu donner du fil à retordre pour le passage du film en Blu-ray, mais l’écrin est beau, tout comme ce léger grain qui se fait parfois sentir sur les scènes en extérieur. Le piqué est suffisamment tranchant (comme les dialogues), les contrastes solides et les détails appréciables.

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Seule la version originale est disponible. Franchement, qui s’en plaindra ? Car Love & Friendship est un film à découvrir et à savourer uniquement en anglais puisque la langue et l’accent britannique font partie intégrante de la réussite du film de Whit Stillman ! Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 se révèle ample et dynamique. La spatialisation musicale est omniprésente, les dialogues percutants sur la centrale, la balance frontale est riche et les effets annexes ne manquent pas. Le mixage ne tombe jamais dans la surenchère. La Stéréo est tout aussi riche et contentera ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène avant. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

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Copyright Blaq Out / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Everybody Wants Some !!, réalisé par Richard Linklater

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EVERYBODY WANTS SOME !! réalisé par Richard Linklater, disponible en Blu-ray et DVD le 20 août 2016 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Blake Jenner, Ryan Guzman, Tyler Hoechlin, Zoey Deutch, Glen Powell, Wyatt Russell, Will Brittain

Scénario : Richard Linklater

Photographie : Shane F. Kelly

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Dans les années 80, suivez les premières heures de Jake sur un campus universitaire. Avec ses nouveaux amis, étudiants comme lui, il va découvrir les libertés et les responsabilités de l’âge adulte. Il va surtout passer le meilleur week-end de sa vie…

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Richard Linklater est un des réalisateurs indépendants américains les plus prolifiques et éclectiques du cinéma contemporain. On lui doit notamment un des plus beaux triptyques de ces quinze dernières années Before SunriseBefore SunsetBefore Midnight (1995-2004-2013) et dernièrement Boyhood, oeuvre exceptionnelle tournée par intermittence sur une période de douze ans, de 2002 à 2013, avec la même distribution et la même équipe technique. Son nouveau film, Everybody Wants Some !! apparaît comme une suite spirituelle à Génération rebelle (Dazed and Confused, 1993) et à Boyhood, et pose les mêmes questions, à savoir qu’est-ce que grandir et comment devient-on un adulte ? Si le premier se déroulait le dernier jour de classe de l’année et si Boyhood suivait l’évolution et le parcours d’un adolescent depuis son enfance jusqu’à son entrée à l’université, Everybody Wants Some !! se focalise sur un groupe de jeunes sportifs et le film démarre trois jours avant leur entrée en faculté. Un long week-end durant lequel le spectateur est invité à faire connaissance avec toute une bande de joyeux drilles qui comptent bien profiter des dernières heures de l’été. En suivant ces personnages, tout interprétés par des comédiens peu connus voire non professionnels, Richard Linklater nous renvoie à notre propre vie, au temps qui passe, sujet alors récurrent chez le cinéaste.

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Le titre est tiré d’une chanson du groupe Van Halen. Everybody Wants Some !! compile une flopée de titres rock, disco, country, metal, punk, new-wave avec notamment The Knack, Sugar Hill Gang, Sniff ‘n’ The Tears, ZZ Top, Cheap Trick, Blondie, Jermaine Jackson, Kool & The Gang, Donna Summer, Queen, Dire Straits, The Cars et bien d’autres. Mais plutôt que d’illustrer cette chronique d’adolescents qui se déroule à la fin du mois d’août 1980, cette bande originale s’avère une composante du scénario à part entière puisque les jeunes (et les autres) écoutaient constamment ces tubes et allaient danser dessus dans les discothèques aux éclairages fluo. Pour Richard Linklater, le titre résume à lui seul l’état d’esprit du film, en grande partie inspiré de souvenirs autobiographiques, et de ses personnages : « La chanson exprime parfaitement le sens de l’humour et l’obsession pour le sexe des garçons de 18 ans. Quand on est jeune et fougueux, on veut tout, tout de suite. On considère qu’on y a droit parce que, quand on est jeune, on ne se pose pas de question ».

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Linklater filme l’âge où tout est possible. Un pied encore dans l’enfance, l’autre déjà en avant vers le monde adulte. Les personnages se raccrochent encore aux vannes potaches et se comportent encore souvent comme des lycéens voire des collégiens, en ne pensant qu’à draguer les filles, à boire des coups et à faire la fête. Mais Jake (Blake Jenner), fraîchement débarqué sur le campus, révèle une autre sensibilité. S’il ne manque pas l’occasion de s’amuser avec ses nouveaux potes de l’équipe de baseball, il est surtout intéressé par une fille en particulier, Beverly (la délicieuse Zoey Deutch), qu’il aborde avec douceur et romantisme. Ce qu’il y a d’agréable dans le monde cinématographique de Richard Linklater, ce sont ses personnages qui souvent ne jugent pas les autres malgré leurs différences. Ainsi, si Jake ne la joue pas rentre-dedans comme ses amis, ceux-ci ne se moquent pas, respectent, même s’ils ne manquent pas l’occasion d’envoyer quelques vannes bon-enfant. Mais il y a toujours le risque que le groupe éclate. Chacun doit y penser, mais préfère profiter du moment présent.

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Avec ses couleurs pétillantes et sa légèreté, Everybody Wants Some !! fait souvent penser à une bande dessinée avec des personnages bien spécifiques et dépeints, qui forment un groupe bien soudé, qui danse ensemble, qui se bastonne, qui drague et qui joue. Tout le monde est logé à la même enseigne car tous sont dans la même galère, avec les mêmes peurs, que la fiesta et les danses endiablées peuvent dissimuler, mais pour un temps limité seulement. Alors, comme la rentrée est proche pourquoi ne pas en profiter à fond ?

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Everybody Wants Some !! agit comme un véritable feel good movie généreux et chaleureux. La reconstitution des années 1980 est très soignée et participe à la grande réussite du film avec notamment sa garde-robe pas piquée des hannetons et ses moustaches duveteuses. Mais on retient surtout l’énergie contagieuse de tous les comédiens, excellents, drôles, complices, spontanés, merveilleusement dirigés. A l’instar du formidable The Myth of the American Sleepover de David Robert Mitchell (It Follows), Everybody Wants Some !! est la parfaite antithèse des teen-movies, loin des films graveleux (même si drôles) à la American Pie et autres films comparant les nanas à une tarte aux pommes tièdes. L’oeuvre de Richard Linklater peut paraître simple, mais comme toujours chez le cinéaste, la sensibilité et la nostalgie y sont universelles et la grande réussite est encore une fois au rendez-vous.

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LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Everybody Wants Some !!, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est étonnamment fixe et muet.

ewsTout d’abord, l’éditeur propose de visionner le film avec l’option Liner notes, qui donne quelques détails sur toutes les chansons de la bande-son au moment où elles sont entendues, à savoir le nom de l’interprète, le titre, son histoire… Cette option pop-up est disponible sur les deux langues. A noter que le chapitrage est également proposé à travers le titre de ces chansons réparties selon les jours de la semaine !

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everybody13Le style des années 80 (4′) : Un des points forts d’Everybody Wants Some !! est sa reconstitution des années 1980. Ce petit module se focalise sur la (re)création des costumes, le maquillage, les décors et les accessoires, en compagnie des comédiens du film sur le plateau où règne une ambiance très détendue.

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Les talents en vidéo (5′) : Pour organiser son casting, le réalisateur Richard Linklater a demandé aux personnes intéressées de filmer leur talent au baseball. Ce montage compile les vidéos tournées par les comédiens finalement retenus.

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Rickipedia (4′) : Ce segment réalisé au fil du tournage, montre Richard Linklater à l’oeuvre avec ses comédiens, qui les dirige et leur donne des conseils quant au comportement et au langage appropriés à utiliser puisque les jeunes acteurs n’étaient pas nés dans les années 1980 ! Une authenticité qui repose entre autres sur l’excellente mémoire du réalisateur, qui épate constamment l’ensemble du cast.

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Des trucs qui ne sont pas dans le film (25′) : Comme son titre l’indique, ce supplément est constitué de scènes ratées, prolongées ou coupées, d’improvisations des acteurs, de bêtisier et d’images du dernier jour, ou plutôt la dernière nuit de tournage.

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Les joueurs de baseball savent danser (7′) : De retour avec les jeunes comédiens d’Everybody Wants Some !! qui sont réunis cette fois pour prendre quelques cours de danse après leur entraînement au baseball. Entre le disco, la country et le funk, les acteurs ont fort à faire, mais ne reculent devant rien, d’autant plus qu’ils se trouvent ici en charmante compagnie. Mais les chorégraphes les surveillent de près !

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L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et des liens internet. 

L’image et le son

Le master HD restitue habilement les volontés artistiques du chef opérateur Shane F. Kelly (Boyhood). Point de grain vintage comme on pouvait s’y attendre, Richard Linklater a filmé son film entièrement en numérique via l’Arri Alexa. La patine est donc bien laquée, les couleurs chaudes et clinquantes, les contrastes léchés et le relief constamment palpable. Ces partis pris esthétiques bigarrés sont savamment pris en charge par une compression sans failles, la définition demeure exemplaire sur tous les plans et tout du long, sur les scènes sombres comme sur les lumineuses séquences diurnes. Les détails sont légion sur le cadre, le piqué aiguisé et la copie éclatante. C’est superbe.

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Everybody Wants Some !! n’est pas un film à effets et les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 ne font pas d’esbroufe inutile. L’essentiel de l’action est canalisé sur les enceintes avant, même si chacune des séquences en extérieur s’accompagne inévitablement de petites ambiances naturelles sur les latérales. Il en est de même pour l’incroyable bande-son, systématiquement mise en valeur par l’ensemble des enceintes, mais qui aurait pu être encore plus dynamique. Les voix demeurent claires, limpides, solidement délivrées par la centrale, bien que la version française (au doublage réussi) demeure moins ardente que son homologue et trop axée sur les voix.

everybody14everybody16Copyright Metropolitan FilmExport / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr