Test Blu-ray / La Grosse Caisse, réalisé par Alex Joffé

LA GROSSE CAISSE réalisé par Alex Joffé, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2019 chez Coin de mire Cinéma et L’Atelier d’images

Acteurs : Bourvil, Paul Meurisse, Françoise Deldick, Daniel Ceccaldi, Bernard Fresson, Aimé de March, Tsilla Chelton, Roger Carel, Pierre Vernier, Jacques Legras, Dominique Zardi…

Scénario : Alex Joffé, Renée Asséo, Geno Gil, Luc Charpentier, Pierre Levy Cort

Photographie : Louis Page

Musique : Jean Marion

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Louis Bourdin est employé à la RATP le jour, romancier la nuit, avec une forte prédilection pour le genre policier. Un jour, il rédige un polar situé dans l’univers de la RATP, boudé par les éditeurs. Le livre parvient alors aux yeux d’une bande de criminels…

« Je fais des trous, des petits trous, encore des petits trous
Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous
Des trous de seconde classe
Des trous de première classe… »

1965 est une grande année pour Bourvil qui aura enchaîné Le Corniaud de Gérard Oury, Guerre secrète de Christian-Jaque, Les Grandes Gueules de Robert Enrico et La Grosse Caisse d’Alex Joffé. Près de vingt millions d’entrées sur quatre films, dont plus de la moitié pour Le Corniaud. La Grosse Caisse n’est certes pas sa comédie la plus célèbre, mais n’en demeure pas moins intéressante et surtout drôle, pour plusieurs raisons. Premièrement, Alex Joffé trouve le parfait équilibre entre l’humour, décalé voire même parfois onirique (le cauchemar du procès), et l’intrigue policière. Deuxièmement, l’histoire nous permet de jeter un œil sur le Paris d’époque, et plus particulièrement sur son métro. Enfin, La Grosse Caisse est aussi et surtout l’occasion d’admirer le face à face entre deux monstres du cinéma français, Bourvil et Paul Meurisse.

Louis Bourdin est poinçonneur au métro parisien. Piqué de romans policiers (son petit appartement de célibataire croule d’ailleurs sous les livres de Ian Fleming et les séries noires) et secrètement amoureux d’Angélique, poinçonneuse du quai d’en face, l’idée lui vient de conquérir la gloire et la fortune en écrivant un roman dont la trame est simple, efficace et bourrée de détails : profitant du lundi, jour où la recette collectée par la rame à finances de la R.A.T.P. est considérable, des gangsters particulièrement audacieux s’empareront de cette  » grosse caisse ». Mais hélas personne ne daigne publier sa prose, la jugeant « trop invraisemblable ». Il décide alors de prouver tout le contraire, d’autant plus qu’il subit de plus en plus les railleries de ses collègues. Il prend le pseudonyme de Lenormand, et intitule son roman « Rapt à la RATP ». Il décide d’en faire bénéficier, bien imprudemment, un malfaiteur notoire, Paul Filippi. Ce dernier, entouré de ses sbires, décide de suivre à la lettre l’écrit de Bourdin. Ce dernier n’imaginait pas qu’il serait aussi mis à contribution…

La carrière du réalisateur Alex Joffé tourne essentiellement autour de Bourvil, avec lequel il collaborera à six reprises : Les Hussards (1955), Fortunat (1960), Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville (1961), Les Culottes rouges (1962), La Grosse Caisse (1965) et Les Cracks (1968). Tous de grands succès populaires, tout comme d’ailleurs le reste de la filmographie du metteur en scène, à qui l’on doit également Les Fanatiques (1957) avec Pierre Fresnay et Du rififi chez les femmes (1959) avec Robert Hossein et Roger Hanin. Dans La Grosse Caisse, Bourvil prend visiblement beaucoup de plaisir à interpréter cet humble employé de la RATP, vantard, mais peureux, qui affronte son quotidien monotone à la station Quai de la Rapée, en pensant au roman policier qu’il est en train de terminer. Il y a tout d’abord l’humanité toujours débordante de Bourvil qui fait son effet. Même s’il se sent pousser des ailes, à tel point que ses pieds ne touchent plus le sol (au sens propre comme au figuré) en rêvant de son futur succès et de sa célébrité à venir, Louis Bourdin est un homme timide, mal dans sa peau, seul, gentil, honnête, qui se fait constamment engueuler par son chef de station (l’immense Roger Carel) et qui en pince pour la charmante Angélique (délicieuse Françoise Deldick) qui poinçonne les billets en face de son guichet en direction de la Place d’Italie.

Immense comédien, Bourvil parvient également à montrer également le feu qui anime son personnage, son désir de s’extraire de son quotidien morose et sans avenir. Le destin le rattrape finalement en le mettant face à un bandit. Tout droit sorti du Monocle rit jaune de Georges Lautner, Paul Meurisse apparaît avec son élégance coutumière et son rictus cynique, véritable aristocrate du crime. Comme son partenaire, son interprétation est constamment sur le fil entre le rire et la gravité, capable de passer d’un bon mot à un regard perçant et menaçant qui refroidit immédiatement son interlocuteur. Comme si le Michel Delassale des Diaboliques refaisait surface entre deux répliques à l’humour so british. La rencontre entre les deux acteurs fait des étincelles.

Ce petit bijou de scénario rappelle les merveilleux romans de Donald Westlake et notamment les aventures de Dortmunder. Si l’on pourra déplorer quelques longueurs, notamment durant le périple de Bourdin pour trouver le truand susceptible d’être intéressé par son affaire, La Grosse Caisse séduit à plus d’un titre. Outre le jeu phénoménal des comédiens, le décor reste original avec celui de la belle station de Quai de la Rapée (formidablement reconstituée dans les studios d’Epinay-sur-Seine) et de ses environs, dont la station Arsenal, fermée aux usagers, servant de vitrine publicitaire pour des voitures Simca (!), investie ici par les gangsters.

Témoignage d’une époque révolue et de métiers aujourd’hui disparus, le film d’Alex Joffé reste bourré de charme (très belle photo de Louis Page) et toute la séquence du fameux rapt est un grand moment d’humour et de suspense. Car même si l’on rit, on souhaite également que les bandits s’en sortent et réussissent leur larcin, tout en espérant que le livre de Bourdin soit reconnu. La Grosse Caisse est une comédie policière savoureuse, qui toutes proportions gardées, annonce Le Cerveau de Gérard Oury. D’ailleurs, le vol du train postal est même évoqué au détour d’une réplique. Etrange coïncidence…

LE DIGIBOOK

Nous terminons cette deuxième vague Coin de Mire Cinéma, par La Grosse Caisse. Comme les précédents titres de la collection « La Séance », cette édition prend la forme d’un coffret Digibook prestige numéroté et limité à 3.000 exemplaires. L’objet mesure 142 x 194 mm et comprend le Blu-ray, le DVD, ainsi qu’un superbe livret de 24 pages cousu au boîtier, reproduisant des archives sur le film, mais aussi celles de la R.A.T.P. dans les années 1960, sans oublier la reproduction de 10 photos d’exploitations cinéma sur papier glacé format 120 x 150 mm rangées dans 2 étuis cartonnés, ainsi que la reproduction de l’affiche originale en format 215 x 290 mm pliée en 4. Rappelons que chaque titre est annoncé au tarif de 32€, disponible à la vente sur internet (sur le site de l’éditeur notamment) et dans certains magasins spécialisés à l’instar de Metaluna Store tenu par le fringuant Bruno Terrier, rue Dante à Paris. Merci à Laure et Thierry Blondeau pour leur confiance ! Le menu principal du Blu-ray est fixe et musical.

On attaque cette « dernière » séance, en attendant la troisième vague Coin de Mire Cinéma avec une grande impatience, par les actualités de la 27e semaine de l’année 1965 (9’). Au programme, des images impressionnantes d’un militant viet-cong fusillé devant des spectateurs, suivi d’un attentat dans les rues de Saïgon, un record de vitesse effectué à bord d’une 404 diesel rapide, une large place accordée au résumé d’un Grand Prix remporté par Jim Clark, ainsi qu’une nouvelle collection portée par des mannequins mis dans des situations quelque peu atypiques…

Place aux réclames publicitaires (8’30) avec cette fois les nougats Coupo Santo, les esquimaux Gervais, les caramels Isicrem (avec le comédien Paul Mercey), sans oublier la nouvelle gamme de chez Frigidaire, la brosse à dents Gibbs aux poils doux, Jean Nohain qui passe faire un coucou pour vanter les chauffages Arthur Martin, tandis que Régilait propose un granulé de lait soluble instantané.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

D’emblée, la copie nous apparaît étincelante, des noirs denses côtoient des blancs immaculés et la palette de gris est largement étendue. La restauration HD (à partir du négatif original) est exceptionnelle, aucune scorie n’a survécu au nettoyage numérique et le piqué est bluffant. Seules quelques séquences nocturnes témoignent d’une sensible perte de la définition, comme lors des fondus en noir où le N&B paraît alors étrangement bleuté avec un rendu plus lisse, mais ce serait vraiment chercher la petite bête. A 1h19, les limites de la restauration sont également notables à droite de l’écran. Vous pouvez donc remiser votre ancienne édition DVD LCJ.

L’éditeur est toujours aux petits soins avec ses films. La Grosse Caisse bénéficie d’une piste DTS HD Master Audio mono. Si quelques saturations demeurent inévitables surtout sur les quelques dialogues aigus, l’écoute se révèle fluide, limpide et surtout saisissante. Aucun craquement ou souffle intempestifs ne viennent perturber l’oreille des spectateurs, l’excellente musique de Jean Marion (La Cuisine au beurre, Le Capitan) est admirablement restituée et les échanges sont clairs. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.


Crédits images : © TF1 Droits Audiovisuels / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Train, réalisé par John Frankenheimer

LE TRAIN (The Train) réalisé par John Frankenheimer, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2019 chez Coin de mire Cinéma et L’Atelier d’images

Acteurs : Burt Lancaster, Paul Scofield, Jeanne Moreau, Michel Simon, Suzanne Flon, Wolfgang Preiss, Albert Rémy, Jacques Marin…

Scénario : Franklin Coen, Frank Davis, Albert Husson d’après une histoire originale et le roman de Rose Valland « Le Front de l’art »

Photographie : Jean Tournier, Walter Wottitz

Musique : Maurice Jarre

Durée : 2h13

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

En 1944, le Colonel von Waldheim fait évacuer des tableaux de maîtres du Jeu de Paume pour les envoyer en Allemagne. Labiche, un cheminot résistant, est chargé de conduire le train transportant ces objets d’art.

« J’ai connu une fille qui avait posé pour Renoir…elle sentait encore la peinture… »

Le TrainThe Train est la quatrième collaboration entre le cinéaste John Frankenheimer et le comédien Burt Lancaster. Sorti en 1964, ce film fait suite au Temps du châtiment The Young Savages (1961), Le Prisonnier d’AlcatrazBirdman of Alcatraz (1962) et Sept jours en maiSeven Days in May (1964). Le Train est une superproduction au budget très confortable, intégralement tourné en France, avec un casting essentiellement européen et surtout hexagonal. Remarquable film de guerre, solidement mis en scène et porté par un casting éblouissant, Le Train aborde également un sujet fort, qui pose constamment la question « Une œuvre d’art vaut-elle le sacrifice d’une vie humaine ? ».

Août 1944, à quelques jours de la Libération de Paris. Les troupes alliées approchent de la capitale. Le colonel von Waldheim est chargé de faire main basse sur les tableaux exposés au musée du Jeu de Paume et de les acheminer vers l’Allemagne le plus rapidement possible. Mademoiselle Villard, la conservatrice du musée, contacte la Résistance et tente de persuader Paul Labiche, le responsable du réseau Est, d’arrêter le train transportant les toiles. Labiche ne cache pas ses réticences. Il n’a guère envie de risquer des vies pour quelques peintures, même célèbres. Finalement, après que le conducteur du train a été fusillé pour l’avoir saboté, la Résistance décide d’organiser rien moins que la disparition du convoi…

L’histoire du Train, qui a également inspiré celle du regrettable The Monuments Men de George Clooney, s’inspire d’un épisode réel de la Seconde Guerre mondiale, celui du déraillement du train d’Aulnay, survenu en août 1944, qui contenait des œuvres d’art de grande valeur. Suite au signalement de la célèbre Rose Valland (dont le livre Le Front de l’art : défense des collections françaises, 1939-1945 a servi de base), conservatrice au Musée de Jeu de Paume, cet acte de résistance avait interrompu le convoi de ce précieux train vers l’Allemagne. Plus de 60 000 œuvres d’art et objets divers spoliés par les nazis aux institutions publiques et aux familles juives pendant l’Occupation ont pu être récupérées et sauvées. Sur ce passionnant postulat de départ, le réalisateur John Frankenheimer, qui a remplacé au pied levé son confrère Arthur Penn suite à son renvoi par le producteur Burt Lancaster pour « divergences artistiques », signe un drame de guerre, qui concilie à la fois les scènes d’action ultra-spectaculaires avec quelques séquences de bombardements et de déraillements sensationnels, psychologie des personnages avec notamment celui campé par Burt Lancaster lui-même, parfait dans le rôle du français Labiche. Le britannique et shakespearien Paul Scofield campe un von Waldheim trouble et ambigu, un homme de goût, sans jamais tomber dans le cliché du soldats allemand machiavélique, qui parvient même à tromper ses supérieurs qui jugent le chargement du train peu essentiel en cette période de déroute.

Très attaché à ces œuvres, jugées dégénérées par le IIIe Reich, von Waldheim décide d’agir essentiellement pour lui et espère revenir au bercail avec les œuvres de Gauguin, Renoir, Picasso, Degas, Cézanne, Matisse, Braque, Utrillo, Manet, Miro…C’était sans compter sur le dénommé Labiche, qui, avec l’aide de ses camarades cheminots résistants, vont tenter de le stopper avant qu’il ne parvienne à la frontière.

A l’instar de Buster Keaton avec Le Mécano de la Générale, John Frankenheimer décide de jouer au petit train, mais grandeur nature, en sublimant les locomotives. Disposant de moyens considérables, certaines séquences sont filmées avec près de dix caméras, surtout sur celles de déraillements ou de raids aériens (celui du bombardement de la gare de triage de Vaires-sur-Marne n’a rien à envier à un film contemporain), Le Train souffre peut-être aujourd’hui d’un rythme assez lent, mais n’ennuie jamais. Le récit demeure excellemment conduit, on jubile de voir Burt Lancaster donner la réplique à Michel Simon (pour qui il avait une vraie fascination), Albert Rémy, Jacques Marin, Suzanne Flon, Jeanne Moreau, et la beauté plastique du film (photographie de Jean Tournier) subjugue à chaque plan.

Alors que le tournage devait s’étendre sur trois mois, John Frankenheimer restera finalement un an en France pour les prises de vue du Train. Cascades, aventures (toute la partie du train dérouté grâce au maquillage des plaques de gare est particulièrement jubilatoire), suspense (avec une économie de dialogues et de musique, pourtant composée par Maurice Jarre), émotions, action, tout y est et Le Train reste une valeur sûre, un divertissement haut de gamme, immersif, moderne et souvent virtuose, doublé d’un superbe hommage – comme un carton d’introduction l’indique – aux cheminots français d’hier et d’aujourd’hui.

LE DIGIBOOK

Le Train est le premier film américain édité par Coin de Mire Cinéma en partenariat avec L’Atelier d’images. Coffret Digibook prestige numéroté et limité à 3.000 exemplaires, au format 142 x 194 mm, comprenant un Blu-ray et un DVD, un livret 24 pages cousu au boîtier, reproduisant des archives sur le film (dont un extrait de la revue Historail), la reproduction de 10 photos d’exploitations cinéma sur papier glacé au format 120 x 150 mm rangées dans 2 étuis cartonnés. Sans oublier la reproduction de l’affiche originale en format 215 x 290 mm pliée en 4. Le menu principal est fixe et musical.

En cette 39e semaine de l’année 1964, voici notre bulletin d’informations (9’) : Une bombe datant de la dernière guerre, étonne les passants dans les rues de Varsovie, le comédien Guy Grosso participe au Prix de l’Arc de Triomphe, Françoise Giroud présente la nouvelle formule de L’Express, le général de Gaulle démarre son marathon présidentiel en Amérique du sud, le roi Constantin II de Grèce épouse la princesse Anne-Marie de Danemark en la cathédrale d’Athènes, tandis que l’on rend hommage à Pierre de Coubertin.

Caramels d’Isigny ! Nougats Coupo Santo ! Cigarettes « Française » ! Faites-vous plaisir avant la séance ! Les réclames de l’année 1964 (5’) s’enchaînent, comme également celle pour le nouveau frigo mural de chez Frigéco (125 litres) !

Attention, nous trouvons également un making of du film ! Ces images exceptionnelles réalisées par le service cinéma de la SNCF, montrent Michel Simon (dont les propos servent de fil conducteur au reportage) monter dans un train affrété pour la presse, afin de se rendre sur les lieux du tournage. Les images sont en couleur et dévoilent l’envers du décor avec Burt Lancaster sur le plateau, les techniciens qui préparent les collisions et surtout l’explosion de la gare de triage qui aura nécessité quatre mois pour installer deux tonnes de dynamite. Un document exceptionnel (10’).

Last but not least, le commentaire audio (VOSTF) de John Frankenheimer est également au programme, même s’il n’est pas indiqué sur la jaquette. Les propos sont certes souvent espacés par de très longs silences, mais les quelques anecdotes glanées ici et là valent le coup. Le cinéaste explique d’ailleurs être tombé amoureux de la France, il s’est d’ailleurs marié le premier jour du tournage, et cette aventure qui aura duré une année lui aura finalement donné l’envie de s’installer dans nos contrées où il restera sept ans. Il donne également quelques éléments sur la photographie et ses intentions, les partis pris (éclairer les tableaux comme des acteurs en début de film, le choix du N&B), les comédiens (« le visage de Michel Simon attirait ma caméra »), les conditions de tournage (en plein hiver alors que le film est supposé se dérouler au mois d’août) et sa quatrième collaboration avec Burt Lancaster dont il n’a de cesse de louer le talent et son investissement dans les scènes d’action.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Le Train a bénéficié d’une restauration HD à partir du négatif original. Ce n’est pas parfait. Subsistent quelques pétouilles, points noirs et blancs, tâches et même des rayures verticales à l’instar de la séquence où Burt Lancaster s’enfuit par la fenêtre de sa chambre. La texture argentique est préservée, mais la gestion du grain est curieusement aléatoire, plus appuyé ici, lissé par là, parfois même sur un champ-contrechamp. Notons également de sensibles fourmillements et des scènes plus émaillées de scories. Hormis cela, les détails impressionnent sur les gros plans avec les visages en sueur et noirs de suie des comédiens (voire la tronche de Michel Simon), tandis que la composition de chaque cadre permet enfin d’apprécier les partis pris de John Frankenheimer et du chef opérateur Jean Tournier (futur directeur de la photographie de Moonraker, Chacal), qui ne pourra terminer le film et qui sera remplacé par Walter Wottitz, qui lui-même calquera son travail sur celui de prédécesseur. Les contrastes savent rester fermes, les noirs sont très beaux et la palette de gris suffisamment riche.

La version originale fait parler tous les protagonistes en langue anglaise, alors qu’en français, les allemands parlent entre eux dans la langue de Goethe. La première option délivre des dialogues plus pincés, mais prend le dessus sur son homologue au niveau des scènes d’action et des bombardements. Dans les deux cas, les pistes DTS-HD Master Audio Mono font ce qu’elles peuvent et parviennent à instaurer un certain confort acoustique, même si encore une fois, du point de vue homogénéité des effets (à l’instar des sifflets de train) et des voix, la piste anglaise prend l’avantage. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © MGM / Coin de Mire Cinéma / L’Atelier d’images / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Affaire Dominici, réalisé par Claude Bernard-Aubert

L’AFFAIRE DOMINICI réalisé par Claude Bernard-Aubert, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2019 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Victor Lanoux, Gérard Depardieu, Paul Crauchet, Geneviéve Fontanel, Henri Vilbert, Jacques Rispal, Jacques Richard, Gérard Darrieu, Daniel Ivernel, Jean-Paul Moulinot…

Scénario : Claude Bernard-Aubert, Daniel Boulanger, Louis-Emile Galey

Photographie : Ricardo Aronovitch

Musique : Alain Goraguer

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

4 aout 1952, une chaude nuit en Haute Provence. Un triple meurtre  : le père, la mère, la petite fille sont sauvagement assassinés. Ces 3 anglais sont tués en pleine campagne… À 500 mètres d’une ferme qui, du jour au lendemain, devient célèbre dans le monde entier : la grand’Terre. C’est le fief de Gaston Dominici, ancien berger, qui règne tel un seigneur sur ses terres, sur ses neuf enfants et dix neuf petits enfants. Au matin qui suit la tragédie, l’enquête commence…

Alors qu’il avait déclaré penser à arrêter le cinéma, Jean Gabin, à l’aube de ses 70 ans, endosse le costume de Gaston Dominici. Accusé d’un triple meurtre, condamné à mort par la cour de justice, le vieil homme avait ensuite été gracié six ans après par le général de Gaulle et avait pu rentrer chez lui, en homme libre. L’Affaire Dominici s’évertue à reprendre les faits et prône l’évidente innocence du protagoniste. Dans le rôle-titre, Jean Gabin livre une remarquable prestation. Peut-être même l’une de ses plus grandes. Son jeu reste d’une fraîcheur rare et le comédien, qui s’est alors grandement documenté pour entrer dans les bottes de son personnage, subjugue du début à la fin. Un grand film réalisé par Claude Bernard-Aubert.

Une petite fille anglaise, accompagnée de ses parents, rencontre un vieux paysan, occupé à faire paître ses chèvres. Ces personnes sont venues en pèlerinage à cet endroit d’où leur fils parachuté lors de la dernière guerre, n’est pas revenu. Et un geste du père à sa fille en direction du ciel, n’échappe pas au vieux Dominici. Les Anglais décident de passer, au bord de la route, une nuit qui s’annonce des plus inconfortables. Des personnages motorisés arrivent à la ferme tard dans la soirée. Une fusillade éclate en pleine nuit. On retrouve, le lendemain matin, les cadavres des trois touristes. Suivent les péripéties nombreuses et embrouillées de l’enquête, puis du procès. Les fils Dominici, soupçonnés, accusent leur père du triple assassinat. Celui-ci avoue, puis se rétracte. Le cadet se rétracte à son tour. Le vieux Dominici sera finalement condamné sans qu’apparaissent les preuves formelles de sa propre culpabilité.

Etrange carrière que celle de Claude Ogrel, aka Claude Bernard-Aubert (1930-2018), qui a commencé tout d’abord comme reporter de guerre en Indochine de 1949 à 1954, avant de revenir en France et de couvrir sa première affaire, celle de Gustave Dominici. En 1957, il écrit et met scène son premier long métrage, Patrouille de choc, film sur le conflit en Indochine, qui lui vaut quelques démêlés avec la censure, en raison de son réalisme cru. S’ensuivent huit films jusqu’à L’Affaire Dominici, des œuvres engagées et animées par un besoin de comprendre, d’engager le débat et de mettre l’être humain face à son incompréhension, ou plutôt à désir de ne pas comprendre. Après le film qui nous intéresse, Claude Bernard-Aubert prendra le pseudonyme de Burd Tranbaree et réalisera moult films pornographiques, aux titres aussi fleuris que La Fessée ou les Mémoires de monsieur Léon maître-fesseur, Sarabande porno, La Grande Mouille, La Grande lèche et autres réjouissances.

Pour L’Affaire Dominici, le cinéaste déclare à la sortie du film s’être armé de tous les éléments de l’enquête et des informations de l’époque. Contrairement à la masse populaire, Claude Bernard-Aubert n’est pas arrivé à la même conclusion. Pour lui, il est évident que Gaston Dominici a été la victime d’une enquête mal faite, d’un procès mal conduit, qui ont précipité la culpabilité de l’accusé. Le réalisateur, soutenu par Jean Gabin, entend bien démontrer que le jugement a été basé sur une « conviction profonde » plutôt que sur de véritables preuves.

Cinématographiquement parlant, L’Affaire Dominici est l’exemple type, la référence du film inspiré d’une histoire vrai, du film de procès et policier. Une mise en scène sèche et implacable, parfois à la frontière du documentaire (certaines scènes ont été tournées sur les lieux du triple meurtre), une direction d’acteurs au cordeau, des dialogues ciselés de Daniel Boulanger, une maîtrise du rythme, un casting quatre étoiles. C’est peu dire que L’Affaire Dominici est une très grande réussite. Si Jean Gabin laisse pantois dans la peau de Gaston Dominici, les comédiens qui l’entourent ne sont pas en reste avec notamment Victor Lanoux, qui prouve quel immense acteur il était dans les années 1970, mais aussi Paul Crauchet, impérial dans le rôle du commissaire Sébeille, ainsi que le jeune Gérard Depardieu, 24 ans, qui venait de débuter dans le cinéma. Sans oublier les tronches de Gérard Darrieu, Jacques Rispal, Daniel Ivernel et d’autres seconds couteaux incontournables du cinéma français d’alors qui participent à cette plongée poisseuse dans une famille qui fait froid dans le dos.

L’épilogue reste troublant avec l’apparition et la plaidoirie d’Émile Pollak. L’avocat de Gaston Dominici et l’une des grandes figures du barreau français du XXᵉ siècle, s’adresse aux spectateurs face caméra en leur expliquant clairement que le film et ses auteurs prennent la défense du patriarche, après avoir mis en relief les incohérences de toute cette incroyable histoire.

A sa sortie en 1973, le film divise les français et l’accueil reste tiède avec seulement 1,3 million d’entrées. Quant à Gabin, après le puissant Deux hommes dans la ville de José Giovanni, Verdict d’André Cayatte et L’Année sainte de Jean Girault, son coeur s’arrêtera de battre en 1976, tandis qu’il laissera derrière lui l’une des plus grandes filmographies de l’histoire du cinéma français.

LE DIGIPACK

Et de quatre pour la deuxième vague « La Séance » de Coin de Mire Cinéma ! Et troisième titre avec l’immense Jean Gabin. Après une « carrière » dans les bacs chez René Chateau, puis chez TF1 Studio depuis 2017, le film de L’Affaire Dominici commence désormais une nouvelle vie en Haute-Définition et rejoint la collection créée par Thierry Blondeau en 2018. A l’instar de ses autres titres édités et chroniqués par nos soins, le coffret Digibook prestige (format 142 x 194 mm) est numéroté et limité à 3.000 exemplaires. Il comprend le Blu-ray et le DVD, ainsi qu’un 1 livret de 24 pages cousu au boîtier, comprenant la filmographie du réalisateur avec quelques propos tirés d’une interview donnée à la sortie du film, mais aussi des reproductions des archives sur le film (fac-similé des matériels publicitaires et promotionnels, de la couverture et de l’article parus dans Le Journal de la France et dans Paris-Match), la reproduction de 10 photos d’exploitations cinéma sur papier glacé format 120 x 150 mm rangées dans 2 étuis cartonnés, la reproduction de l’affiche originale en format 215 x 290 mm pliée en 4. Le menu principal est fixe et musical.

En cette dixième semaine de l’année 1973, voici un bulletin d’informations (9’) : Faites un tour sur le circuit mythique du Mans, en compagnie du Club 90 qui vous formera à la conduite. Ensuite, nous donnons la parole à un certain Michel Sardou, 26 ans, qui nous reçoit à la campagne pour évoquer ses précédents démêlés suite à ses chansons « à scandale ». Après, place au défilé Dior et à un message adressé aux spectateurs de Danièle Delorme, marraine d’une association pour les enfants handicapés.

C’est pas tout ça, mais que diriez-vous d’un esquimau Gervais ? Cela tombe bien, quelques réclames (7’) de l’année 1973 nous rappellent que les glaces sont en vente « ici dans cette salle ». La mère Denis vient faire un petit tour dans une publicité pour Vedette. A ne pas manquer également, un spot formidable pour La Samaritaine qui détourne le film King Kong, avec effets spéciaux de rigueur et frayeur des parisiens ! Un vrai petit chef d’oeuvre.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

L’affaire Dominici a été restauré à partir du négatif original. Il s’agit du premier film en couleur édité par Coin de Mire Cinéma. L’élévation HD proprement dire offre à L’Affaire Dominici une nouvelle cure de jouvence, aucune scorie n’est à déplorer, le grain cinéma est restitué et les contrastes trouvent une nouvelle densité. L’encodage AVC consolide l’ensemble, les textures sont flatteuses, le piqué est renforcé et rend hommage aux nombreux gros plans sur les tronches de Gabin (ses yeux bleus brillent de mille feux) et de ses partenaires. Signalons tout de même une colorimétrie parfois fanée, certains plans sensiblement plus altérés ainsi qu’une profondeur de champ limitée. Format 1.66 respecté.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un confort acoustique total. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. L’éditeur joint les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © TF1 Droits Audiovisuels / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Rue des prairies, réalisé par Denys de La Patellière

RUE DES PRAIRIES réalisé par Denys de La Patellière, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2019 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Marie-José Nat, Claude Brasseur, Roger Dumas, Jacques Monod, Louis Seigner, Paul Frankeur, Alfred Adam, François Chaumette…

Scénario : Michel Audiard, Denys de La Patellière d’après le roman de René Lefèvre

Photographie : Louis Page

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1959

LE FILM

Henri Neveux rentre d’Allemagne où il était prisonnier. À Paris, il retrouve ses deux enfants et découvre que sa femme est morte en couche en lui laissant un troisième enfant qui n’est pas de lui. Il décide de l’élever comme son fils. Ouvrier et satisfait de son état, mais ambitieux pour sa descendance, Henri Neveux est fier de ses enfants. Du moins de ces deux premiers ! Car la pièce rapportée ne lui donne pas les mêmes satisfactions…

« Tu crois que c’est marrant à mon âge de potasser la carte économique de l’Europe ou d’apprendre en combien de temps se vide une baignoire ? »
« Eh bien, c’est peut-être comme cela, qu’un jour, t’auras une salle de bain. »

Juste après Les Grandes familles, Denys de La Patellière et Jean Gabin s’associent à nouveau pour Rue des prairies, dans lequel le réalisateur exploite l’autre versant du comédien, à savoir la face populaire. En un an, Jean Gabin passe ainsi du fondateur d’un empire qui règne tel un souverain absolu sur ses affaires et sa famille, à un simple ouvrier du XXe arrondissement de Paris. Par ailleurs, en 1959, l’acteur qui aura attiré près de vingt millions de spectateurs dans les salles l’année précédente, s’évertuera à passer d’un univers à l’autre, aussi à l’aise dans la peau d’un vagabond singulier (Archimède le clochard de Gilles Grangier) que dans celle du commissaire Jules Maigret dans L’Affaire Saint-Fiacre de Jean Delannoy. Jean Gabin clôt en beauté cette année avec un nouveau grand succès populaire (3,4 millions d’entrées), Rue des prairies, un superbe drame familial, bercé par de magnifiques dialogues de Michel Audiard.

Henri Neveux rentre d’Allemagne après deux ans de captivité. Sa femme vient de mourir laissant trois enfants, Louis et Odette et un nouveau-né, Fernand, issu d’une liaison adultère, mais qu’il accepte comme son fils. Élevant seul les enfants, Henri fait tout pour qu’ils aient la meilleure éducation possible. 17 ans plus tard. Si Fernand pose quelques problèmes scolaires, les aînés s’en sortent mieux : Louis devient coureur cycliste professionnel tandis qu’Odette devient modèle et la maîtresse d’un homme riche et marié. L’un et l’autre veulent oublier leurs origines modestes et s’écartent de leur père. À la suite d’une fugue, Fernand est traduit devant un tribunal pour mineurs. Face aux magistrats, les deux ainés accablent leur père tandis que Fernand, le fils illégitime montre un véritable amour filial pour Henri.

Ceux qui n’ont eu de cesse de critiquer Jean Gabin en prétextant qu’il vampirisait les films dans lesquels il jouait, tout en écrasant ses partenaires n’ont décidément jamais rien compris. S’il porte certes le film de Denys de La Patellière sur ses larges épaules, Rue des prairies laisse une place très importante aux trois jeunes comédiens qui incarnent ses enfants à l’écran : Claude Brasseur, 23 ans, dans une de ses premières apparitions au cinéma, Roger Dumas et Marie-José Nat. Le miracle avec Jean Gabin, c’est aussi de passer de la haute bourgeoise à la classe populaire, rien qu’en arborant une casquette et une salopette. Il est absolument sublime dans Rue des prairies, père veuf de trois rejetons, dont l’un n’est d’ailleurs pas de lui, qui accepte que « jeunesse se passe », en prenant beaucoup sur lui et en espérant qu’ils s’en sortent mieux que lui dans un monde alors en mutation, comme l’attestent les chantiers d’habitations modernes sur lesquels travaille Henri.

En s’inspirant d’un roman de René Lefèvre, Denys de La Patellière et Michel Audiard trempent leur plume dans une encre douce-amère pour raconter le quotidien de la famille Neveux et surtout l’émancipation des trois enfants du « Vieux », du « Dab ». Alors oui Gabin bouffe l’écran, quand il discute petite reine avec ses copains de bistrot en buvant un verre de vin blanc, quand éméché il parle de ses enfants, quand il débarque chez le vieil amant de sa fille, mais ses trois jeunes partenaires lui tiennent la dragée haute et font preuve d’un caractère enflammé. Entre le désir légèrement suintant de Brasseur, la voix rauque et le charme de Marie-José Nat et la fougue innocente de Roger Dumas, la fratrie Neveux est solidement représentée.

A travers ce drame psychologique, les auteurs parlent avant tout d’amour, y compris de celui qui va au-delà des liens du sang. La séquence finale est difficile, injuste, jusqu’à l’explosion des sentiments enfin révélés. Un très grand moment de cinéma. Fidèle aux réalisateurs avec lesquels il entretenait une solide amitié, Jean Gabin retrouvera Denys de La Patellière pour Le Tonnerre de Dieu en 1965 (leur plus grand succès), Du rififi à Paname en 1966, Le Tatoué en 1968 et Le Tueur en 1972.

LE DIGIBOOK

Le voici le voilà, Rue des prairies, le troisième titre de la deuxième vague « La Séance » disponible chez Coin de Mire Cinéma. Si vous êtes un habitué de la maison, vous savez désormais ce qui vous reste à faire pour découvrir cette magnifique collection. L’objet prend donc la forme d’un Coffret Digibook prestige numéroté et limité à 3.000 exemplaires, au format 142 x 194 mm et comprenant un Blu-ray, un DVD, 1 livret de 24 pages cousu au boîtier, reproduisant des archives sur le film, avec également la reproduction de 10 photos d’exploitations cinéma sur papier glacé format 120 x 150 mm rangées dans 2 étuis cartonnés, mais aussi la celle de l’affiche originale en format 215 x 290 mm pliée en 4. Le menu principal est fixe et musical.

Mais au fait, il se passait quoi dans le monde en cette 43è semaine de l’année 1959 ? Heureusement que les actualités sont là (11’30) ! On assiste donc à un reportage sur les transports routiers en Algérie, aux travaux du Tunnel du Mont-Blanc, à l’adoption d’un bébé chimpanzé après son rejet par des parents colériques, ou encore à un reportage sur la politique de Josip Broz Tito en Yougoslavie.

Et si vous désirez vous désaltérer avant le film, n’oubliez pas que les réclames publicitaires de l’année 1959 (8’) sont là pour vous rappeler que les caramels Isicrem, les bonbons Gilbert et les esquimaux Gervais sont en vente dans cette salle ! Ou si vous voulez une boisson chaude, le café Nescafé décaféiné ou les potages Heudebert sont également en vente à l’épicerie du coin.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

En ce qui concerne l’image de ce fabuleux Blu-ray, c’est encore l’éditeur qui en parle le mieux. « Voici donc la nouvelle restauration 4K de Rue des prairies, réalisée par TF1 Studio avec la participation du CNC et de Coin de Mire Cinéma. Le film a été restauré par le laboratoire Hiventy – Digimage. Les éléments suivants ont été sortis temporairement du CNC à Bois d’Arcy :- Négatif image 35 mm safety en 10 bobines de 300 mètres, Négatif son 35 mm en 10 bobines de 300 mètres, Magnétique son 35 mm en 9 bobines de 300 mètres, Marron 35 mm combiné safety en 5 bobines de 600 mètres. Le négatif image était dans un état médiocre. Il contient de nombreux défauts liés au dépolissage (dont des taches blanches côté support), des scratchs et éclats de gélatine, des poinçons, de nombreuses rayures côté gélatine (particulièrement sur la bobine 6), des inserts d’images transparentes, des déchirures réparées au scotch, ainsi que plusieurs inserts de contretype. Signalons également des collures renforcées au scotch. Après essuyage au perchloréthylène, le négatif image a été scanné en 4K sur Scanity de DFT (DPX 10 bits log). Quelques plans du marron ont également été scannés pour combler des lacunes dans le négatif ». Le résultat est très spectaculaire. Si certains plans demeurent sensiblement flous, nous assistons ici à une véritable résurrection de Rue des prairies. A l’exception des plans en ouverture provenant d’images d’archives, le master HD est aussi immaculé qu’étincelant. Le N&B est dense, la clarté omniprésente, le piqué impressionnant et la texture argentique heureusement préservée et équilibrée. Exit l’ancienne édition DVD René Chateau, aujourd’hui complètement obsolète, place à ce sublime Blu-ray au format respecté 1.66 (16/9).

Un petit mot de l’éditeur sur la restauration du son de Rue des prairies : « Le magnétique son est vinaigré mais demeure exploitable. Le négatif son est pour sa part dans un état mécanique correct. La restauration audio a été faite sur différents plug-ins Protools permettant de traiter le son sans le dénaturer et de retrouver une « couleur » agréable, ainsi qu’une continuité d’écoute stable ». Au final, la piste DTS-HD Master Audio Mono instaure un haut confort acoustique avec des dialogues percutants et une très belle restitution des effets annexes. Aucun souffle sporadique ni aucune saturation ne sont à déplorer. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © TF1 Droits Audiovisuels / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Cas du docteur Laurent, réalisé par Jean-Paul Le Chanois

LE CAS DU DOCTEUR LAURENT réalisé par Jean-Paul Le Chanois, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2019 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Nicole Courcel, Silvia Montfort, Henri Arius, Antoine Balpètre, Michel Barbey, Orane Demazis, Marcel Daxely, Josselin…

Scénario : Jean-Paul Le Chanois, René Barjavel

Photographie : Henri Alekan

Musique : Joseph Kosma

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

Le Docteur Laurent quitte Paris pour s’installer dans un village des Alpes provençales. Il y rencontre une femme qui est en train d’enfanter dans des douleurs terribles. Le médecin décide de passer à l’action avec une nouvelle méthode d’accouchement sans douleur. Mais la femme, méfiante, le fait mettre à la porte et le village, pourtant intrigué, se ligue contre lui…

« La nature elle a bon dos ! Parfois, il faut lui donner un coup de main… »

Le réalisateur Jean-Paul Dreyfus, plus connu sous le nom de Jean-Paul Le Chanois (1909-1985) aura offert à Jean Gabin son plus grand succès au cinéma avec Les Misérables (1958). Le comédien et le cinéaste s’associeront sur quatre longs métrages. L’adaptation de l’oeuvre de Victor Hugo donc, suivi en 1964 de Monsieur, puis du Jardinier d’Argenteuil en 1966. Mais leur première collaboration, moins diffusée à la télévision que les trois films cités précédemment, remonte à 1957. Le Cas du docteur Laurent a pourtant été un grand succès populaire à sa sortie, en attirant 2,7 millions de français dans les salles. Le sujet est et demeure singulier.

Comme l’indique le panneau final, «Ce film est dédié respectueusement aux pionniers de la méthode psychoprophylactique d’accouchement sans douleur. Il a été réalisé avec l’aide de la maternité des métallurgistes à Paris où cette méthode a été pratiquée la première fois en France en 1952». Oeuvre engagée, Jean-Paul Le Chanois était d’ailleurs connu pour son engagement politique au sein du Parti communiste français, son syndicalisme dans le milieu de cinéma et ses activités dans la Résistance sous l’Occupation allemande, Le Cas du docteur Laurent se situe à mi-chemin de la chronique provinciale et du documentaire. Si l’ensemble dégage un charme suranné, le film est surtout resté célèbre pour sa toute dernière séquence, qui montre un accouchement sans douleur, mais aussi et surtout sans aucun trucage. Quant à Jean Gabin, il y est une fois de plus exceptionnel.

Le docteur Laurent est contraint, pour des raisons de santé, de quitter Paris. Il arrive dans un petit bourg de l’arrière-pays des Alpes-Maritimes, à Saint-Martin-Vésubie, où il doit remplacer le docteur Bastide devenu trop âgé pour continuer à exercer. Après avoir fait le tour du village sous la conduite du docteur Bastide, le docteur Laurent commence ses consultations. Très vite, il est sollicité par de nombreux villageois, notamment par Francine, une jeune paysanne célibataire qui lui révèle qu’elle est enceinte. Catherine Loubet, qui a beaucoup souffert durant sa grossesse et lors de son accouchement, le reçoit chez elle, mais en désaccord avec ses conseils, abrège leur entretien. Le docteur Laurent souhaite donner des cours sur l’accouchement sans douleur. Immanquablement, sa décision fait jaser le village sur son compte. Homme de bien, méthodique, le médecin est-il obligé de se rendre chez ses patientes pour leur enseigner les nouvelles pratiques. Bientôt, des habitants des alentours viennent le consulter. Les médecins de la région redoutent sa concurrence et, avec l’aide de la municipalité, adressent une pétition au conseil de l’ordre.

Il y a tout d’abord comme un petit air des films de Marcel Pagnol dans Le Cas du docteur Laurent, « avé l’accent », tourné dans les magnifiques paysages naturels des Alpes-Maritimes. La participation de l’actrice Orane Demazis, l’éternelle Fanny de la Trilogie marseillaise, fait d’ailleurs le lien. Une toile de fond qui ravit les yeux, tandis que les acteurs du cru, dont Marcel Daxely, qui rappelle furieusement Yves Montand, aussi bien dans le charisme que par la voix, entourent Jean Gabin, comme un vrai film choral. C’est d’ailleurs la première réussite du Cas du docteur Laurent, parvenir à rendre attachant chacun des habitants, à les faire exister, à leur donner un rôle important, jusqu’au final où ils participent tous à l’accouchement. Le charme agit petit à petit. Le spectateur est invité à suivre l’arrivée et l’accueil du docteur Laurent, nouveau venu dans ce petit village. Sa visite des lieux s’accompagne de sa rencontre avec les habitants. Avec douceur et délicatesse, Jean Gabin interprète ce docteur progressiste, soucieux de ses patients, en particulier des femmes qui souffraient alors encore lors de la mise au monde de leur enfant au début des années 1950. L’une d’elles est interprétée par la délicieuse Nicole Courcel (Les Amoureux sont seuls au monde, Papa, maman, la Bonne et moi), qui prend également l’accent chantant et qui s’empare avec talent de ce rôle à la fois fort et fragile.

La séquence où toutes les femmes du village s’unissent pour emmener Francine à l’hôpital est jubilatoire, féministe avant l’heure, rare dans le cinéma français de l’époque. Même chose pour cette fameuse dernière scène déjà mentionnée, où un enfant vient au monde, filmé en gros plan. Il faut alors faire fi de certaines longueurs, surtout durant la première partie très naturaliste, même si le jeu décalé, pour ne pas dire théâtral de Silvia Monti détonne comme d’habitude. Jean-Paul Le Chanois et l’écrivain René Barjavel (co-scénariste et co-dialoguiste) prennent le temps de bien ancrer leur récit dans un réalisme attrayant, afin de montrer, sans appuyer, que la fameuse méthode dévoilée et analysée dans le film n’est aucunement fantasmée ou falsifiée pour tromper l’audience. « Vous serez pour ou contre…mais jamais indifférent » scandait l’affiche.

Au final, Le Cas du docteur Laurent est une curiosité, le témoignage d’une époque qui disparaît pour laisser place à une autre, celle du progrès, de l’évolution des mœurs et pour les femmes, celles de disposer de leur corps.

LE DIGIBOOK

Deuxième titre de la seconde salve « La Séance » éditée par Coin de Mire Cinéma, Le Cas du docteur Laurent est sans aucun doute le plus méconnu, même si le film de Jean-Paul Le Chanois avait déjà bénéficié d’une édition en DVD chez LCJ en 2005 puis chez TF1 Studio en 2017. Revoici donc Le Cas du docteur Laurent, disponible à présent dans une superbe édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret, sans oublier la reproduction de l’affiche originale et de dix photos d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical. Les autres titres disponibles dans cette nouvelle vague sont Non coupable de Henri Decoin (1947), Rue des prairies de Denys de La Patellière (1959), Le Train de John Frankenheimer (1964), La Grosse caisse de Alex Joffé (1965) et L’Affaire Dominici de Claude Bernard Aubert (1973). Quant à la présentation de la collection, vous pouvez la retrouver en suivant ce lien http://homepopcorn.fr/category/coin-de-mire-cinema/ . Édition collector limitée à 3 000 exemplaires et numérotée.

Le livret comporte moult photographies du film, ainsi que les reproductions en fac-similé des matériels publicitaires et promotionnels, d’un extrait de la revue La Cinématographie Française, de publicités américaines pour le film, ainsi que la filmographie de Jean-Paul Le Chanois avec Le Cas du docteur Laurent mis en évidence.

Allez, on enclenche la « Séance » ! Place aux actualités de la 14e semaine de l’année 1957 (10’). Des informations chargées avec les hommages rendus au président Edouard Herriot, les conséquences de divers séismes qui ont ravagé la ville de San Francisco, des émeutes sur les Champs-Elysées et le tour des Flandres.

Bonbons Minto ! Esquimaux Gervais ! Pippermint Get ! Vous les trouverez tous dans les réclames (8’30) de l’année 1957 ! Et après tout cela, n’oubliez pas de vous laver les dents avec le dentifrice moussant Gibbs, avant d’aller faire un petit tour en Renault 4 CV (« même maltraitée, elle pardonne tout, pour vous mesdames ! »).

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces. Celle du Cas du docteur Laurent s’accompagne d’un carton d’avertissement quant à la nature de la dernière scène du film.

L’Image et le son

Fort d’un master au format respecté 1.37 et d’un solide encodage (AVC), ce Blu-ray au format 1080p en met souvent plein les yeux. Passé un générique légèrement tremblant et des scènes de nuit moins précises, les séquences diurnes s’avèrent resplendissantes, luminescentes même, et profitent clairement de l’apport HD. La restauration HD réalisée à partir du négatif original est étincelante, les contrastes d’une densité souvent impressionnante, la stabilité de mise, les gris riches, les blancs éblouissants et les détails étonnent par leur précision. Les noirs sont profonds, la gestion du grain très équilibrée, le piqué pointu et on s’extasie souvent devant l’indéniable beauté de ce master HD !

Le mixage DTS-HD Master Audio 2.0 manque de naturel, surtout durant le premier acte où les dialogues semblent avoir été repris en post-production. Le volume est souvent trop élevé, un léger bruit de fond se fait entendre, les effets sont exagérés et les voix sont chuintantes. Heureusement, cela s’arrange après. Les répliques sont plus fines et les bruitages plus doux à l’oreille. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © TF1 Droits Audiovisuels – Roissy Films / TF1 Droits Audiovisuels / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Non coupable, réalisé par Henri Decoin

NON COUPABLE réalisé par Henri Decoin, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2019 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Michel Simon, Jany Holt, Jean Debucourt, Jean Wall, Georges Brehat, François Joux, Robert Dalban, Charles Vissières, Henri Charrett, Pierre Juvenet, Ariane Murator, Christian Delacroix, Emile Chopitel, Max Trejean…

Scénario : Marc-Gilbert Sauvajon

Photographie : Jacques Lemare

Musique : Marcel Stern

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Installé dans une petite ville de province française, le Docteur Ancelin est un médecin raté et alcoolique. Pourtant, il sent en lui une certaine supériorité… Un soir, un stupide accident d’automobile la lui révèlera, Il sait maintenant en quoi il est plus fort que tous les autres : il porte en lui le génie de tuer. Il y résistera mais les événements et son orgueil seront plus forts que lui…

Grand sportif, il a notamment été champion de France de natation, ancien officier de cavalerie et d’aviation pendant la Première Guerre mondiale, chef d’escadrille, Henri Decoin (1890-1969) se reconvertit ensuite dans l’écriture et devient journaliste. Puis, il se tourne vers le théâtre et tout naturellement vers le cinéma, en devenant assistant-réalisateur à la fin des années 1920. Il passe ensuite derrière la caméra en 1933 pour son premier long métrage, Toboggan. Il rencontre Danielle Darrieux, qu’il épouse et qu’il suit à Hollywood à la fin des années 1930. Cette expérience lui permet d’assimiler les méthodes américaines. A son retour en France, Henri Decoin s’évertuera à appliquer ses acquis dans son propre travail, en variant les genres, passant du polar (Razzia sur la Chnouf) au film d’espionnage, en passant par les films historiques et drames psychologiques.

Non coupable fait partie de cette dernière catégorie, mais teinté cette fois de thriller. Sombre et inattendu dans la carrière d’Henri Decoin, Non coupable apparaît à mi-parcours dans la longue carrière (de 1931 à 1964) éclectique et prolifique du réalisateur des Inconnus dans la maison, Les Amoureux sont seuls au monde, Au grand balcon, La Vérité sur Bébé Donge, L’Affaire des poisons et du Masque de fer avec Jean Marais. Henri Decoin signe ici un film détonnant, qui tranche singulièrement avec le reste de sa filmographie et qui offre à Michel Simon un rôle de monstre humain à la fois empathique et pathétique. En un mot, indispensable.

Michel Ancelin est un médecin qui a plongé dans l’alcoolisme. Dans sa déchéance, plus il subit le regard moqueur des gens, plus il se hait… jusqu’à cette nuit où conduisant en état d’ivresse, il renverse et tue un motocycliste, devant les yeux effarés de Madeleine Bodin, sa jeune amie et maîtresse. Il maquille le méfait en déplaçant le cadavre et la moto puis en enlevant l’ampoule du phare, pour faire croire à un banal et malheureux accident de la route. Il efface les traces de freinage de la voiture. Tout fonctionne à merveille, et la police classe l’affaire sans suite. Un détail anodin, la perte d’une bague en or que portait Madeleine, va venir tout bousculer dans ce couple apparemment sans histoires, et une série de drames vont s’ensuivre.

Dans les années 1940, qui d’autre que Michel Simon aurait pu incarner ce médecin de province, méprisé par ses confrères et même par sa compagne (qui le trompe), qui se découvre des talents de tueur et donc une raison d’être, tout en inspirant une indéniable sympathie ? D’emblée, le spectateur est invité à suivre son quotidien, autrement dit ses soirées noyées dans l’alcool, dans le but d’oublier une vie gâchée. A la suite d’un accident qui a causé la mort d’un homme, ce docteur Ancelin (à la fois Jekyll et Hyde) va alors se créer un personnage romanesque, celui d’un tueur qui met à mal l’enquête d’un inspecteur envoyé de Paris dans cette petite bourgade d’Indre-et-Loire. Henri Decoin filme justement cette ville oubliée de province, mise sous les feux des projecteurs, en raison de la « popularité » de ce criminel que tout le monde recherche. Les journalistes du coin s’affolent, les habitants soupçonnent les voisins. Et pendant ce temps, Ancelin jubile car le tueur est considéré comme un « artiste », un « génie », qui arrive à passer à travers les mailles du filet.

En 1947, Henri Decoin et Michel Simon tourneront deux films ensemble. Les Amants du pont de Saint-Jean et ce Non coupable, œuvre charbonneuse dans lequel le cinéaste exploite à merveille la gueule incroyable du comédien. A travers un N&B fuligineux, Henri Decoin place son antihéros dans l’ombre de ses méfaits, alors que son désir premier est d’être placé dans la lumière et de briller aux yeux du monde, voulant également se prouver à lui-même qu’il n’est pas le raté décrit par tous. Fort de son impunité, il multiplie alors les assassinats, en écoutant la réaction de ses voisins et connaissances. Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d’Elio Petri (1970) n’est pas loin !

Henri Decoin filme malgré tout l’histoire d’un perdant, qui, sans dévoiler le dénouement imparable et virtuose, parviendra même à manquer sa sortie. Michel Simon, immense, récompensé par le Prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Locarno, suinte l’alcool et la suffisance, mais également la tristesse et la solitude. Parmi ses partenaires, on reconnaîtra l’indispensable Robert Dalban en patron de café (un de ses rôles récurrents à l’époque) et Jean Debucourt, grand comédien de la Comédie-Française, dont la voix est passée à la postérité pour avoir été celle de Jésus dans Don Camillo. Il est ici impérial en inspecteur de police.

Il serait temps de reconsidérer l’oeuvre d’un des plus grands artisans du cinéma français de l’après-guerre. Non coupable, dont Christophe Gans voulait réaliser un remake avec Albert Dupontel, en est d’ailleurs le parfait exemple. Heureusement, Henri Decoin connaît depuis peu un regain de popularité grâce à l’édition de ses films en DVD et Blu-ray. Il n’est donc jamais trop tard.

LE DIGIBOOK

Coin de Mire Cinéma est de retour ! Pour en savoir plus sur cette collection unique, reportez-vous à notre présentation réalisée lors du premier test consacré à Archimède le clochard http://homepopcorn.fr/test-blu-ray-archimede-le-clochard-realise-par-gilles-grangier/. Pour cette nouvelle salve de la collection « La Séance », l’éditeur reprend le même principe. Non coupable d’Henri Decoin, un temps disponible en DVD chez LCJ, est le premier titre de cette vague, qui comprend également Le Cas du docteur Laurent de Jean-Paul Le Chanois (1958), Rue des prairies de Denys de La Patellière (1959), Le Train de John Frankenheimer (1964), La Grosse caisse de Alex Joffé (1965) et L’Affaire Dominici de Claude Bernard Aubert (1973). Inédits en Blu-ray, ces titres seront édités à 3000 exemplaires. Chaque titre est annoncé au tarif de 32€, disponible à la vente sur internet et dans certains magasins spécialisés à l’instar de Metaluna Store tenu par l’ami Bruno Terrier, rue Dante à Paris.

Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie de Henri Decoin avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction en fac-similé des matériels publicitaires et promotionnels de l’époque, des photos promotionnelles françaises et italiennes, du programme illustré des cinémas Balzac Helder Scala Vivienne, d’un article de la revue Ciné-Miroir d’octobre 1947 et d’un article de Calypso. Le menu principal est fixe et musical.

Comme sur tous les titres de la collection, nous trouvons les actualités liées à la semaine de sortie du film qui nous intéresse. Ici, place aux infos de la 39e semaine de l’année 1947 (11’). Quelques images montrent l’arrivée imminente d’un ouragan tropical sur la Floride, les ravages de la guerre d’indépendance de l’Inde, une visite du général De Gaulle à Lyon où il est acclamé par 20.000 personnes sur la place Bellecour, le voyage pour les Etats-Unis des Petits Chanteurs à la croix de bois, l’exploration de l’abîme de la Henne Morte (à moins 450 mètres), etc.

Place ensuite aux réclames publicitaires de l’année 1947 (4’30) avec un tout nouveau réfrigérateur dernier cri, un shampooing à base de moelle de bœuf et la nouvelle cire de la marque Le Drapeau !

Autre supplément, nous trouvons également une fin alternative du film Non coupable (3’), restaurée à partir du négatif nitrate, présentée également à la suite de l’oeuvre d’Henri Decoin. A l’instar de La Belle équipe et Les Amoureux sont seuls au monde, un épilogue maladroit (et plus optimiste) a heureusement été rejeté et donnait une autre signification à l’histoire.

L’Image et le son

Non coupable a été restauré en 4K à partir du négatif image nitrate. Les travaux numériques et photochimiques ont été réalisés par le laboratoire Hiventy. Quelques fourmillements sont constatés sur le générique d’ouverture, ainsi que divers points, tâches et flous sporadiques. Ce master HD trouve ensuite son équilibre avec des noirs denses, une texture argentique élégante, plus appuyée sur les gros plans. Les contrastes profitent de cette promotion Haute-Définition, les détails sont très appréciables, la propreté ne déçoit pas et au final ce Blu-ray permet (re)découvrir Non coupable dans les meilleures conditions techniques.

Aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est indéniable, les dialogues sont clairs et nets. Si quelques saturations demeurent inévitables, la musique est joliment délivrée et aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © TF1 International / TF1 Droits Audiovisuels / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Porte des Lilas, réalisé par René Clair

PORTE DES LILAS réalisé par René Clair, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Pierre Brasseur, Georges Brassens, Henri Vidal, Dany Carrel, Raymond Bussières, Gabrielle Fontan, Amédée, Annette Poivre, Alain Bouvette, Alice Tissot…

Scénario : René Clair, Jean Aurel d’après le roman « La Grande ceinture » de René Fallet

Photographie : Robert Le Febvre

Musique : Georges Brassens

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

Juju « propre à rien, ivrogne et paresseux », mais aimé par les habitants de son quartier parisien de le Porte des Lilas, admire son ami « l’Artiste », un guitariste qui habite dans le petit pavillon voisin. C’est là qu’un matin, un inconnu qui fuit la police, vient se réfugier…

Porte des Lilas est l’un des derniers longs métrages du grand cinéaste René Clair (1898-1981). L’auteur de Sous les toits de Paris (1930), La Belle Ensorceleuse (1941), La Beauté du diable (1950), Les Belles de nuit (1952) sort du triomphe des Grandes manœuvres (5,3 millions d’entrées) avec Gérard Philipe et Michelle Morgan, son premier film en couleur et récompensé par le Prix Louis-Delluc. Il jette son dévolu sur un roman de René Fallet (La Soupe aux choux, Le Triporteur, Les Vieux de la vieille), intitulé La Grande ceinture, qui vient d’être publié. René Clair adapte librement le livre original, désireux de revenir à une production plus « modeste » que son film précédent. Porte des Lilas a longtemps été sous-estimé. Certes, cette comédie-dramatique n’égale pas ses plus grandes réussites et souffre d’un manque de rythme, mais Porte des Lilas vaut bien plus que sa réputation de « petit film » et reste curieux à plus d’un titre puisqu’il s’agit de l’unique apparition au cinéma du chanteur et compositeur Georges Brassens.

Juju, un brave homme nonchalant, passe le plus clair de son temps à boire. Il vit non loin de chez son meilleur ami, surnommé l’Artiste, un chanteur-guitariste. Un jour, leur quartier est investi par la police, qui recherche Barbier, un dangereux criminel. Les agents repartent bredouilles. Juju et l’Artiste acceptent d’héberger le malfaiteur, dont l’élégance et l’assurance ne manquent pas de les impressionner. Juju, en particulier, admire beaucoup leur hôte, dont il accepte même les tentatives de séduction à l’endroit de la jeune Maria qui, pourtant, est la dame de ses propres pensées. Quand Barbier s’apprête à disparaître, seul, après avoir dépouillé Maria et son père, Juju décide enfin de réagir…

Georges Brassens incarne un chanteur anarchiste, misanthrope, aimant les chats et gratter sa guitare toute la journée. Autrement dit lui-même. Véritable attraction de Porte des Lilas, « l’autre moustache » comme l’appelle avec « affection » Bernard Frédéric dans Podium, ne fait pas grand-chose face à la caméra, à part chanter dans un bistrot parisien reconstitué en studio. Passée la surprise, c’est finalement l’immense talent de Pierre Brasseur, magnifique, qui crève l’écran une fois de plus et que l’on retient longtemps après. Son personnage très attachant et bouleversant, parfois proche de celui tenu par Jean Lefebvre dans Un idiot à Paris (également adapté de René Fallet) fait le grand intérêt de Porte des Lilas. Il y a aussi la virtuosité discrète, mais indéniable de René Clair qui parvient à reconstituer une vraie vie de quartier en studio, avec sa petite rue aux pavés mouillés, ses terrains vagues, ses commerçants, ses gamins en culotte courte qui se courent après et surtout, ses habitants. René Clair filme les habitués d’un bistrot, écoutant les chansons de l’Artiste, en regardant le fond de leur verre, en philosophant sur l’existence. Au milieu de ces piliers de bar déambule la fille du patron Alphonse (Raymond Bussières), Maria, interprétée par la délicieuse Dany Carrel, déjà présente dans Les Grandes manœuvres.

Le quotidien de ces petites gens va être bouleversé par l’arrivée d’un « ennemi public ». Si l’Artiste rechigne à le cacher dans sa cave, Juju va vouloir à tout prix devenir le protecteur de Barbier (Henri Vidal qui en fait des caisses, point faible du film), dont il admire l’audace et le succès auprès des femmes. Barbier va alors profiter de la naïveté de ses hôtes. Porte des Lilas conserve une spontanéité et une fraîcheur très agréables. René Clair trouve le parfait équilibre entre la comédie et l’émotion, notamment grâce à la gouaille de Pierre Brasseur et la déconvenue finale de son personnage. Sa mise en scène, tout comme la photographie de Robert Le Febvre (Casque d’or, Le Blé en herbe) inspirée de certaines œuvres de Robert Doisneau élèvent Porte des Lilas bien au-dessus du lot, en se rapprochant parfois du réalisme poétique de Marcel Carné. Et rien que pour cela, ce film souvent oublié est à réévaluer tant son charme rétro agit encore.

LE DIGIBOOK

Porte des Lilas est le sixième et dernier Digibook disponible dans la première vague éditée par Coin de Mire Cinéma que nous passons en revue. Si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance, sans oublier celles des Amants du Tage et de Si tous les gars du monde… Comme sur les autres titres de la collection, le menu principal est fixe et musical.

 

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition de Porte des Lilas contient les actualités de la 39e semaine de l’année 1957, consacrées notamment aux malheurs et désespoirs de l’agriculture française, la désertion des campagnes, la crise agricole. Nous voyons également la Tour Eiffel grandir de huit mètres, ainsi qu’un récapitulatif du sixième Tour de France Automobile. Ce journal évoque également « l’Algérie Française »…(15’).

Ne manquez pas les réclames de l’année 1957 avec une publicité pour les bonbons Kréma, les caramels Valentin, Formica, les petits pois Libby’s et surtout un spot pour Martini avec Louis de Funès. (8′)

La bande-annonce de Porte des Lilas et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Quel plaisir de redécouvrir Porte des Lilas dans de telles conditions ! L’apport HD demeure omniprésent, fabuleux, offrant aux spectateurs un relief inédit (les flocons de neige !), des contrastes denses et chatoyants, ainsi qu’un rendu ahurissant des gros plans. La propreté du master est ébouriffante (restauration 4K HD à partir du négatif original), la stabilité et la clarté sont de mise, le grain cinéma respecté et la compression AVC de haute volée. A l’exception d’une rayure verticale sur le générique en ouverture, de décrochages sur les fondus enchaînés et quelques plans peut-être plus vaporeux ou moins pointus, nous nous trouvons devant la plus belle copie à ce jour du film de René Clair. Vous pouvez dire au revoir à l’édition DVD René Chateau sortie en 2005.

Aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est indéniable, les dialogues sont clairs et nets. Si quelques saturations demeurent inévitables, ainsi qu’un léger souffle, la musique est joliment délivrée et aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Si tous les gars du monde…, réalisé par Christian-Jaque

SI TOUS LES GARS DU MONDE… réalisé par Christian-Jaque, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : André Valmy, Jean Gaven, Marc Cassot, Georges Poujouly, Jean-Louis Trintignant, Boudou Babet, Hélène Perdrière, Claude Sylvain, Andrex, Yves Brainville, Bernard Dhéran, Roger Dumas…

Scénario : Jacques Remy, Henri-Georges Clouzot, Christian-Jaque

Photographie : Armand Thirard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Le chalutier « Lutèce » pêche en pleine mer, à deux jours des côtes. Un des hommes de l’équipage tombe malade, atteint d’un mal étrange. Puis, un autre. Il n’y a pas de médecin à bord. Le capitaine fait lancer des appels par radio, mais personne ne répond. Le mal fait de nouvelles victimes…

Attention, chef d’oeuvre ! Immense découverte, Si tous les gars du monde… est réalisé en 1955 par le prolifique – 59 longs métrages à son actif de 1932 à 1977 – Christian Maudet alias Christian-Jaque (1904-1994). Aujourd’hui complètement oublié, il est temps de réhabiliter ce long métrage exceptionnel, drame à la limite du survival, film choral, haletante course contre-la-montre, suspense qui joue avec les nerfs des spectateurs du début à la fin. Il s’agit également du premier film d’un jeune comédien de 25 ans, Jean-Louis Trintignant. Oeuvre humaniste, véritable tour de force, roller-coaster émotionnel, Si tous les gars du monde… convoque plusieurs nationalités, plusieurs cultures, plusieurs pays, plusieurs religions, tous unis au-delà des blocs, de la Guerre Froide, pour aider une poignée d’hommes perdus au large de la Norvège. Ou comment filmer l’effet papillon.

Le Lutèce, un bateau de pêche de Concarneau, alors qu’il se trouve en pleine mer du Nord, voit ses douze marins tomber malades les uns après les autres après avoir consommé du jambon avarié : ils sont atteints de botulisme. La radio de bord étant hors service, le patron Le Guellec, avant de subir à son tour les effets de l’intoxication, a eu le temps de lancer un appel à l’aide depuis un émetteur radio ondes courtes. L’appel est capté par un radioamateur au Togo, une chaîne d’entraide se met en place pour faire parvenir des vaccins au bateau en détresse tandis qu’à son bord les derniers pêcheurs valides s’affrontent : sous les yeux désolés du jeune mousse Benj, Jos accuse Mohammed, musulman, et seul à ne pas avoir consommé de jambon, d’avoir empoisonné celui-ci. Pourtant, la survie de l’équipage va dépendre d’eux et ils vont devoir apprendre à faire corps pour maintenir leur cap et suivre les instructions radio de leurs secouristes. Pendant ce temps, les radioamateurs de France et d’Allemagne alors qu’on est en pleine nuit, ont réussi l’exploit de faire acheminer les médicaments de Paris à Berlin : grâce au dévouement d’hôtesses de l’air qui ont transgressé les règlements, à des soldats américains et soviétiques qui se sont alliés pour faire franchir la frontière entre Berlin Ouest et Berlin Est au précieux colis. Mais le colis arrivera t-il à temps ? Et comment le livrer alors que les pêcheurs sont perdus en pleine mer ?

« Si tous les gars du monde
Devenaient de bons copains
Et marchaient la main dans la main
Le bonheur serait pour demain »

Les Compagnons de la chanson

Si tous les gars du monde… est un film exceptionnel. Tel un jeu de piste, une course de relais, des hommes et des femmes de tout pays, vont s’unir dans le but d’en sauver d’autres. Parallèlement à cette chaîne humaine, Christian-Jaque, sur un scénario en béton cosigné avec Henri-Georges Clouzot et Jacques Rémy, met en valeur les bienfaits du progrès et des nouvelles technologies. Les moyens de communication et de transports permettent aux hommes de s’entendre, de se rapprocher, de s’entraider. Les personnages sont sans cesse en mouvement, agités, angoissés par le sort réservé aux pêcheurs si personne ne leur vient en aide. Conscients qu’ils ont un rôle à jouer pour qu’ils survivent, les protagonistes ne cessent d’aller d’un coin à l’autre de leurs villes respectives, à la recherche d’un passeur, à qui confier le Saint Graal, quelques ampoules contenant le sérum, un vaccin qui pourra guérir les pêcheurs bretons. Il faut voir Jean-Louis Trintignant, déjà génial et magnétique, enfourcher sa Vespa et aller de la Place de Clichy à l’Institut Pasteur, en passant par les Invalides et l’aéroport d’Orly, dans l’espoir de trouver une âme charitable qui pourrait convoyer le précieux traitement.

Malgré la barrière linguistique, les êtres parviennent à s’entendre et la chaîne de solidarité s’organise. L’immense Pierre Fresnay, de son timbre inimitable, ponctue le récit de temps à autre, en faisant le lien entre les protagonistes. Sur un rythme effréné pendant près de deux heures, Christian-Jaque attrape le spectateur pour ne plus le lâcher et pour l’emmener aux quatre coins de l’Europe. La photo du grand chef-opérateur Armand Thirard, fidèle collaborateur d’Henri-Georges Clouzot est sublime, la musique de Georges Van Parys unit les nations dans un hymne commun et universel, tandis que les comédiens, André Valmy, Jean Gaven, Hélène Perdrière, Marc Cassot, Georges Poujouly, Doudou Babt, Jean-Louis Trintignant et bien d’autres campent des personnages inoubliables.

A sa sortie, Si tous les gars du monde… se voit récompenser par le Prix de la Fraternité, le Prix Fémina belge du cinéma, le Globe de cristal au festival de Karlovy-Vary, la Médaille d’argent du film européen à Venise, le Prix des Nations unies, le Golden Laurel Award et le Prix des Associations de jeunesse en URSS.

LE DIGIBOOK

Si tous les gars du monde… est le cinquième Digibook disponible chez Coin de Mire Cinéma que nous passons en revue. Si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance. Comme sur les autres titres de la collection, le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition de Si tous les gars du monde… contient les actualités de la 8e semaine de l’année 1956 : la mort du compositeur Gustave Charpentier, un déplacement en Afrique de la Reine Elizabeth II accompagnée du Prince Charles alors âgé de 7 ans, une expédition française au Pôle Sud, la Côte d’Azur sous la neige…(6’30).

Ne manquez pas les réclames de l’année 1956 avec une publicité pour les esquimaux Gervais, les caramels Dupont d’Isigny, l’eau Vichy Célestins et une poudre miraculeuse, Dentofix, destinée à maintenir votre dentier en place ! Ah oui, mentionnons également la sortie de la nouvelle machine à laver Vedette, « La machine de vos rêves madame ! ».(8′)

La bande-annonce de Si tous les gars du monde… et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Le nouveau master HD (codec AVC) au format respecté 1.37 de Si tous les gars du monde… se révèle quasi-parfait. Piqué (affûté), gestion des contrastes (noirs denses, blancs lumineux), détails ciselés, clarté et relief. La propreté de la copie – restauration effectuée par le laboratoire L21 – est souvent impressionnante, la photo signée par le grand Armand Thirard retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Seuls petits accrocs constatés : de légers fourmillements et quelques plans à la définition plus chancelante.

Comme pour l’image, le son a également un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est réel, les dialogues sont clairs et nets, sans souffle ou bruit parasite. Notons que les passages en langue étrangère ne sont pas sous-titrés. Pour comprendre ces échanges, il vous faudra enclencher les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Amants du Tage, réalisé par Henri Verneuil

LES AMANTS DU TAGE réalisé par Henri Verneuil, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Daniel Gélin, Françoise Arnoul, Trevor Howard, Marcel Dalio, Amalia Rodriguez, Ginette Leclerc, Georges Chamarat, Betty Stockfled, Jacques Mulières…

Scénario : Jacques Companéez, Marcel Rivet d’après le roman éponyme de Joseph Kessel

Photographie : Roger Hubert

Musique : Lucien Legrand

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Pour fuir un passé trop douloureux, Pierre Roubier s’est exilé à Lisbonne… en compagnie d’amis de rencontre, de maîtresses de hasard, il essaie d’oublier le jour maudit où, par jalousie, il a tué sa femme. Perdu dans le grouillement bigarré de la ville, il fait alors la connaissance de Kathleen Dinver…

Comme je l’indiquais dans la critique des Gens sans importance, Les Amants du Tage est le premier vrai grand virage du réalisateur d’Henri Verneuil après ses immenses succès populaires mettant en scène Fernandel. Dans cette adaptation d’un roman de Joseph Kessel (qui signe ici les merveilleux dialogues) publié en 1954, le cinéaste passe à la vitesse supérieure en jouant sur le cadre et avec toute la technique mise à disposition, tandis que son récit mélodramatique lui permet de démontrer son art du storytelling. Romanesque, exotique et émouvant, Les Amants du Tage est un très beau film méconnu à travers lequel naît véritablement l’un de nos plus grands réalisateurs.

Paris, août 1944 : la guerre finie, Pierre Roubier rentre chez lui et découvre sa femme dans les bras de son amant. De colère, il les abat tous deux d’un coup de mitraillette, mais, grâce à son passé de résistant, écope d’une peine symbolique. Il s’exile à Lisbonne où il devient chauffeur de taxi. Il rencontre la séduisante Kathleen Dinver. La jeune femme, récemment veuve, est elle-même aux prises avec un passé pesant : elle est en effet soupçonnée par l’opinion publique d’avoir contribué à la mort de son mari, Lord Denver, dans un tragique accident. Un amour naît entre Pierre et Kathleen, qui va être contrarié par le poids du passé, surtout que Kathleen fait l’objet d’une filature de la part de l’inspecteur Lewis, bien décidé à démontrer sa culpabilité.

En 1955, Henri Verneuil délaisse momentanément Fernandel après six films et autant d’immenses succès populaires en commun. Tourné entre Paris et Lisbonne, Les Amants du Tage joue la carte de la romance contrariée avec comme toile de fond la capitale portugaise, une musique bouleversante signée Michel Legrand et le fado de la grande Amália Rodrigues. Loin d’utiliser Lisbonne comme simple carte postale, Henri Verneuil joue avec les contrastes entre une ville solaire et chaleureuse et l’amour d’un jeune couple parasité par le passé trouble de la jeune femme où le personnage de l’inspecteur retors symboliserait l’éclipse du feu ardent qui les anime.

Pour sa seule incursion dans le cinéma d’Henri Verneuil, Daniel Gélin campe un antihéros sombre, négatif, éteint, torturé, qui tente de se reconstruire (en en faisant un peu trop c’est vrai) après un terrible drame qui lui a fait perdre les pédales. Une possible rédemption lui apparaîtra sous l’apparence d’une jeune femme divine, sensuelle, mais qui dissimule également un drame récent. Comme dans Des gens sans importance, la vie réunit ces deux individus écorchés, en marge. Pierre et Kathleen se reconnaissent et vont s’aimer. Cette dernière est incarnée par la sublime Françoise Arnoul, alors comédienne fétiche du cinéaste. Sa beauté naturelle, magnifiquement photographiée par Roger Hubert, crève l’écran une fois de plus et Les Amants du Tage vaut en très grande partie pour la puissance de son jeu et son charisme flamboyant, mystérieux et envoûtant. Celui qui tire également son épingle du jeu n’est autre que l’immense acteur britannique Trevor Howard, dans le rôle de Lewis, l’obstiné inspecteur de Scotland Yard, bien décidé à démontrer la culpabilité de Kathleen, pour ensuite la mettre sous les verrous. En français dans le texte, en phonétique certes, l’acteur fait le lien avec Brève rencontre et Les Amants passionnés de David Lean, sortis en 1945 et 1949. Son flegme so british dissimule en réalité un flic diabolique, opiniâtre, implacable, prêt à tout pour aller au bout de sa mission.

S’il lui manque un certain souffle pour convaincre entièrement, Les Amants du Tage démontre l’indéniable virtuosité de son metteur en scène et le sort réservé à ces deux amants rattrapés par le destin marque définitivement les esprits. Un charme rétro toujours intact et élégant, transcendé par sa beauté plastique. Un coup d’essai que transformera Henri Verneuil en coup de maître avec Des gens sans importance, tourné dans la foulée.

LE DIGIBOOK

Nous en avons déjà parlé à trois reprises, si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance. Même chose que pour ces trois titres, le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition des Amants du Tage contient donc les actualités de la 11e semaine de l’année 1955 comme la venue à Paris de la comédienne Gina Lollobrigida pour la présentation de son nouveau film, la création d’un tissu inusable ou le salon des arts ménagers parasité par le groupe vocal des Quatre Barbus (10’).

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1955 avec une publicité pour les esquimaux Gervais, les caramels Valentin, l’eau Vichy Célestins, Nescafé et un shampooing étrange constitué d’oeufs (8’).

La bande-annonce des Amants du Tage et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

En dehors de quelques images d’archives en début de film, forcément marquées et non retouchées, et de la dernière séquence aux légers fourmillements, le master restauré en Haute-Définition des Amants du Tage est superbe. On ne s’attendait pas à un tel rendu. La copie est étincelante, avec des noirs denses qui côtoient des blancs immaculés et la palette de gris est largement étendue. La restauration est exceptionnelle, aucune scorie n’a survécu au nettoyage numérique et le piqué est bluffant. Le grain original est heureusement conservé et excellemment géré. Ce Blu-ray permettra de (re)découvrir totalement cette œuvre d’Henri Verneuil. Exit l’ancienne édition DVD disponible chez LCJ !

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations demeurent inévitables surtout sur les quelques dialogues aigus et les fados, l’écoute se révèle fluide, limpide et surtout saisissante. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Des gens sans importance, réalisé par Henri Verneuil

DES GENS SANS IMPORTANCE réalisé par Henri Verneuil, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Françoise Arnoul, Pierre Mondy, Yvette Etiévant, Dany Carrel, Edmond Ardisson, Robert Dalban, Paul Frankeur, Jacques Marin…

Scénario : Henri Verneuil, François Boyer d’après le roman éponyme de Serge Groussard

Photographie : Louis Page

Musique : Joseph Kosma

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Jean Viard, routier, quinquagénaire, mal marié et père de trois enfants, rencontre Clotilde. Elle a vingt ans, elle est jolie et amusante. Elle travaille dans un relais routier où ils se retrouvent à la faveur des passages réguliers de Jean. Ils prennent peu à peu conscience d’une irrésistible passion qui les bouleverse, mais leur relation vire au drame…

Des gens sans importance est comme qui dirait le long métrage avec lequel le cinéaste Henri Verneuil prend véritablement son envol. Après six films avec Fernandel tournés en trois ans, La Table-aux-crevés, Le Fruit défendu, Le Boulanger de Valorgue, Carnaval, L’Ennemi public numéro un et Le Mouton à cinq pattes et après autant de succès dans les salles avec près de 21 millions de spectateurs cumulés, sans compter le film à sketches Brelan d’as en 1952 (1,7 million d’entrées), Henri Verneuil connaît un premier virage avec Les Amants du Tage, adapté de Joseph Kessel, sur lequel je reviendrai bientôt. Si le succès est moins important, le film cumule malgré tout 1,8 million d’entrées en 1955. Des gens sans importance transforme cet essai en véritable coup de maître. Chef d’oeuvre très souvent oublié, le neuvième long métrage d’Henri Verneuil s’impose comme le digne représentant d’un néoréalisme à la française, porté par le monstre Jean Gabin (première des cinq collaborations avec le réalisateur) qui reprend le volant et la salopette de routier de l’excellent Gas-oil de Gilles Grangier, sorti quelques mois auparavant. Pourtant, c’est un tout autre personnage que l’immense comédien interprète dans Des gens sans importance, adapté du roman de Serge Groussard. Il y est une fois de plus magnifique et bouleversant.

Routier, Jean Viard ne trouve aucune compréhension auprès de sa famille avec laquelle il ne s’entend guère. Il lui est reproché ses longues absences, ses retours souvent retardés, le peu de temps à séjourner chez lui entre deux missions. Avec son fidèle coéquipier Berty, il s’arrête souvent au relais « La Caravane » où il rencontre Clotilde, une petite bonne d’une vingtaine d’années. Lassitude, solitude des deux êtres qui, irrésistiblement attirés l’un vers l’autre, se rapprochent. Un amour solide naît. De multiples contretemps vont empêcher Jean et Clotilde de former un couple durable. Jean perd momentanément son emploi. Clotilde, enceinte, n’osera lui avouer son état et se fera avorter.

Avec un réalisme quasi-documentaire, Henri Verneuil capte le quotidien morose de ses chauffeurs routiers dès la première séquence du film. Le regard usé par les 1500 kilomètres qu’ils viennent de s’enfiler sans interruption, Jean (Jean Gabin) et son collègue Berty (Pierre Mondy) viennent de se relayer une fois de plus et sont bientôt de retour au bercail. Jean s’installe sur la banquette et laisse le volant à son ami pour essayer de se reposer un petit peu. Mais Berty est aussi fatigué que Jean et évite l’accident de justesse. Henri Verneuil montre la lassitude d’un travail morne, ces hommes lancés avec leur 15 tonnes sur des routes détrempées et qui disparaissent dans le brouillard. Leur vie se résume à la route. Jean a bien une femme qui l’attend à la maison, mais alors qu’il rentre au petit matin, sa femme s’occupe des tâches ménagères. Pour elle, sa vie c’est aussi cela, avec en plus ses deux garçons en bas âge. Ils ont également une fille de 17 ans, Jacqueline (la délicieuse Dany Carrel), qui vient juste de rentrer du réveillon de Noël. La jeune femme rêve de devenir, mais Jean ne cesse de la ramener à la réalité en étant froid et dur avec elle. La famille est au bord de l’implosion, tout le monde parle fort et s’envoie des trucs dégueulasses à la figure.

Durant le premier quart d’heure, le cinéaste dresse le tableau. Le personnage, son entourage, son quotidien, son boulot, son niveau de vie, sa famille, les tensions au travail avec un contremaître (Robert Dalban) qui vérifie le contrôlographe (le fameux « mouchard ») installé dans le tableau de bord, pour voir si ses employés se sont payé du bon temps sur la route. C’est alors que Jean rencontre Clotilde, alias Clo, qui va lui donner l’espoir d’une vie meilleure malgré leurs trente ans de différence. Clo est merveilleusement incarnée par Françoise Arnoul, alors comédienne fétiche d’Henri Verneuil, qui la dirigera cinq fois. Magnétique, sensuelle, elle crève ici l’écran comme dans Les Amants du Tage l’année précédente avec son regard désespéré, comme si l’ennui et la solitude l’avaient fait vieillir prématurément. Ces deux êtres marginaux se reconnaissent entre eux. L’envie de contrecarrer leur destin et de prendre des chemins de traverse aura raison d’eux.

Comme s’il était à jamais lié au bitume, Jean se retrouvera sur la même route, celle qui lui a été tracée depuis toujours, tandis que Clo lui apparaîtra comme un mirage, à l’instar de ces pubs qui jonchent son chemin la nuit, à peine éclairées par ses phares. Henri Verneuil montre également l’horizon bouché des petites gens qui doivent se contenter d’une chambre minable dans un hôtel de passe, sans se plaindre. Les jeunes femmes enceintes et sans ressources se voient confier l’adresse d’une obscure faiseuse d’anges pour les libérer de leurs nouveaux fardeaux, thème alors encore extrêmement tabou. Henri Verneuil montre tout cela avec frontalité, une simplicité des mots, crue, violente, qui interpelle du début à la fin. La vie ne fait aucun cadeau et détruit tout, surtout chez ceux qui croyaient pouvoir se jouer d’elle.

Sans aucun misérabilisme, d’un pessimisme rare, noir comme le charbon (comme la sublime photo de Louis Page), furieusement mélancolique (le thème entêtant de Joseph Kosma), Des gens sans importance (quel beau titre !) est un important chef d’oeuvre à réhabiliter de toute urgence.

LE DIGIBOOK

Fondateur de la structure indépendante Coin de mire Cinéma, Thierry Blondeau est un autodidacte, un cinéphile passionné et grand collectionneur (plus de 10.000 titres dans sa DVDthèque) qui a décidé de se lancer dans le marché de la vidéo dans le but d’éditer des films qu’il désirait voir débarquer dans les bacs depuis longtemps. Prenant son courage à deux mains, essuyant le refus de la plupart des éditeurs qui riaient devant son projet, Thierry Blondeau ne s’est jamais découragé. Son envie et son amour infini pour le cinéma et le support DVD/Blu-ray ont porté leurs fruits. Voilà donc la collection « La Séance » qui s’ouvre le 22 octobre 2018 avec six titres : Les Amants du Tage et Des gens sans importance d’Henri Verneuil, Si tous les gars du monde… de Christian-Jaque, Porte des Lilas de René Clair, Les Grandes familles de Denys de La Patellière et Archimède le clochard de Gilles Grangier. Inédits en Blu-ray, ces titres seront édités à 3000 exemplaires.

Coin de mire Cinéma a d’ores et déjà annoncé les sorties de Paris est toujours Paris de Luciano Emmer, Le Cas du Docteur Laurent de Jean-Paul le Chanois, Des Pissenlits par la racine de Georges Lautner, Le Train de John Frankenheimer (en co-édition avec L’Atelier d’images), La Grosse caisse d’Alex Joffé et L’Affaire Dominici de Claude Bernard Aubert. Chaque restauration sera assurée par TF1 en collaboration avec le CNC. Ont également participé à la réalisation de ce projet L’Atelier d’images (entre autres Hugues Peysson et Jérôme Wybon), Celluloïd Angels, Intemporel et Slumberland. Signalons que chaque titre est annoncé au tarif de 32€, disponible à la vente sur internet et dans certains magasins spécialisés à l’instar de Metaluna Store tenu par l’ami Bruno Terrier, rue Dante à Paris.

L’édition prend la forme d’un Digibook (14,5cm x 19,5cm) suprêmement élégant. Le visuel est très recherché et indique à la fois le nom de l’éditeur, le titre du film en lettres d’or, le nom des acteurs principaux, celui du réalisateur, la restauration (HD ou 4K selon les titres), ainsi que l’intitulé de la collection. L’intérieur du Digibook est constitué de deux disques, le DVD et Blu-ray, glissés dans un emplacement inrayable. Une marque est indiquée afin que l’acheteur puisse y coller son numéro d’exemplaire disposé sur le flyer volant du combo, par ailleurs reproduit dans le livret. Deux pochettes solides contiennent des reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4. Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie d’Henri Verneuil avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction du dossier de presse original et d’articles divers. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition des Gens sans importance contient donc les actualités de la 7e semaine de l’année 1956 comme le résumé des Jeux Olympiques d’hiver à Cortina d’Ampezzo en Italie, une visite en Afrique du Nord de Robert Lacoste, Gouverneur général et ministre de l’Algérie, Rome sous la neige ou Sophia Loren s’exerçant à la tauromachie (8’).

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1956 avec une publicité pour les bonbons Kréma avec Pierre Doris, une autre pour la pellicule couleur de la marque Gevacolor, un spot pour l’eau Vichy Célestin et un dernier consacré à la célèbre pastille Valda « En vert et contre toux » (8’).

La bande-annonce des Gens sans importance et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

En 2000, le film d’Henri Verneuil avait connu une première édition DVD chez René Chateau, avant de réapparaître chez TF1 Vidéo en 2015. La présente restauration numérique a été réalisée avec le plus grand soin. Le nouveau master HD des Gens sans importance au format 1.37 respecté se révèle extrêmement pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés et de relief. La propreté de la copie est souvent sidérante, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans d’Henri Verneuil, la photo signée par le grand Louis Page (Mélodie en sous-sol, Le Président) retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Les fondus enchaînés sont également fluides et n’occasionnent pas de décrochages.

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations demeurent inévitables sur la composition de Joseph Kosma, l’écoute se révèle fluide, équilibrée, limpide et surtout saisissante. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises, les dialogues clairs, dynamiques. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr