Test Blu-ray / Porte des Lilas, réalisé par René Clair

PORTE DES LILAS réalisé par René Clair, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Pierre Brasseur, Georges Brassens, Henri Vidal, Dany Carrel, Raymond Bussières, Gabrielle Fontan, Amédée, Annette Poivre, Alain Bouvette, Alice Tissot…

Scénario : René Clair, Jean Aurel d’après le roman “La Grande ceinture” de René Fallet

Photographie : Robert Le Febvre

Musique : Georges Brassens

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

Juju « propre à rien, ivrogne et paresseux », mais aimé par les habitants de son quartier parisien de le Porte des Lilas, admire son ami « l’Artiste », un guitariste qui habite dans le petit pavillon voisin. C’est là qu’un matin, un inconnu qui fuit la police, vient se réfugier…

Porte des Lilas est l’un des derniers longs métrages du grand cinéaste René Clair (1898-1981). L’auteur de Sous les toits de Paris (1930), La Belle Ensorceleuse (1941), La Beauté du diable (1950), Les Belles de nuit (1952) sort du triomphe des Grandes manœuvres (5,3 millions d’entrées) avec Gérard Philipe et Michelle Morgan, son premier film en couleur et récompensé par le Prix Louis-Delluc. Il jette son dévolu sur un roman de René Fallet (La Soupe aux choux, Le Triporteur, Les Vieux de la vieille), intitulé La Grande ceinture, qui vient d’être publié. René Clair adapte librement le livre original, désireux de revenir à une production plus « modeste » que son film précédent. Porte des Lilas a longtemps été sous-estimé. Certes, cette comédie-dramatique n’égale pas ses plus grandes réussites et souffre d’un manque de rythme, mais Porte des Lilas vaut bien plus que sa réputation de « petit film » et reste curieux à plus d’un titre puisqu’il s’agit de l’unique apparition au cinéma du chanteur et compositeur Georges Brassens.

Juju, un brave homme nonchalant, passe le plus clair de son temps à boire. Il vit non loin de chez son meilleur ami, surnommé l’Artiste, un chanteur-guitariste. Un jour, leur quartier est investi par la police, qui recherche Barbier, un dangereux criminel. Les agents repartent bredouilles. Juju et l’Artiste acceptent d’héberger le malfaiteur, dont l’élégance et l’assurance ne manquent pas de les impressionner. Juju, en particulier, admire beaucoup leur hôte, dont il accepte même les tentatives de séduction à l’endroit de la jeune Maria qui, pourtant, est la dame de ses propres pensées. Quand Barbier s’apprête à disparaître, seul, après avoir dépouillé Maria et son père, Juju décide enfin de réagir…

Georges Brassens incarne un chanteur anarchiste, misanthrope, aimant les chats et gratter sa guitare toute la journée. Autrement dit lui-même. Véritable attraction de Porte des Lilas, « l’autre moustache » comme l’appelle avec « affection » Bernard Frédéric dans Podium, ne fait pas grand-chose face à la caméra, à part chanter dans un bistrot parisien reconstitué en studio. Passée la surprise, c’est finalement l’immense talent de Pierre Brasseur, magnifique, qui crève l’écran une fois de plus et que l’on retient longtemps après. Son personnage très attachant et bouleversant, parfois proche de celui tenu par Jean Lefebvre dans Un idiot à Paris (également adapté de René Fallet) fait le grand intérêt de Porte des Lilas. Il y a aussi la virtuosité discrète, mais indéniable de René Clair qui parvient à reconstituer une vraie vie de quartier en studio, avec sa petite rue aux pavés mouillés, ses terrains vagues, ses commerçants, ses gamins en culotte courte qui se courent après et surtout, ses habitants. René Clair filme les habitués d’un bistrot, écoutant les chansons de l’Artiste, en regardant le fond de leur verre, en philosophant sur l’existence. Au milieu de ces piliers de bar déambule la fille du patron Alphonse (Raymond Bussières), Maria, interprétée par la délicieuse Dany Carrel, déjà présente dans Les Grandes manœuvres.

Le quotidien de ces petites gens va être bouleversé par l’arrivée d’un « ennemi public ». Si l’Artiste rechigne à le cacher dans sa cave, Juju va vouloir à tout prix devenir le protecteur de Barbier (Henri Vidal qui en fait des caisses, point faible du film), dont il admire l’audace et le succès auprès des femmes. Barbier va alors profiter de la naïveté de ses hôtes. Porte des Lilas conserve une spontanéité et une fraîcheur très agréables. René Clair trouve le parfait équilibre entre la comédie et l’émotion, notamment grâce à la gouaille de Pierre Brasseur et la déconvenue finale de son personnage. Sa mise en scène, tout comme la photographie de Robert Le Febvre (Casque d’or, Le Blé en herbe) inspirée de certaines œuvres de Robert Doisneau élèvent Porte des Lilas bien au-dessus du lot, en se rapprochant parfois du réalisme poétique de Marcel Carné. Et rien que pour cela, ce film souvent oublié est à réévaluer tant son charme rétro agit encore.

LE DIGIBOOK

Porte des Lilas est le sixième et dernier Digibook disponible dans la première vague éditée par Coin de Mire Cinéma que nous passons en revue. Si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance, sans oublier celles des Amants du Tage et de Si tous les gars du monde… Comme sur les autres titres de la collection, le menu principal est fixe et musical.

 

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition de Porte des Lilas contient les actualités de la 39e semaine de l’année 1957, consacrées notamment aux malheurs et désespoirs de l’agriculture française, la désertion des campagnes, la crise agricole. Nous voyons également la Tour Eiffel grandir de huit mètres, ainsi qu’un récapitulatif du sixième Tour de France Automobile. Ce journal évoque également « l’Algérie Française »…(15’).

Ne manquez pas les réclames de l’année 1957 avec une publicité pour les bonbons Kréma, les caramels Valentin, Formica, les petits pois Libby’s et surtout un spot pour Martini avec Louis de Funès. (8′)

La bande-annonce de Porte des Lilas et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Quel plaisir de redécouvrir Porte des Lilas dans de telles conditions ! L’apport HD demeure omniprésent, fabuleux, offrant aux spectateurs un relief inédit (les flocons de neige !), des contrastes denses et chatoyants, ainsi qu’un rendu ahurissant des gros plans. La propreté du master est ébouriffante (restauration 4K HD à partir du négatif original), la stabilité et la clarté sont de mise, le grain cinéma respecté et la compression AVC de haute volée. A l’exception d’une rayure verticale sur le générique en ouverture, de décrochages sur les fondus enchaînés et quelques plans peut-être plus vaporeux ou moins pointus, nous nous trouvons devant la plus belle copie à ce jour du film de René Clair. Vous pouvez dire au revoir à l’édition DVD René Chateau sortie en 2005.

Aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est indéniable, les dialogues sont clairs et nets. Si quelques saturations demeurent inévitables, ainsi qu’un léger souffle, la musique est joliment délivrée et aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Si tous les gars du monde…, réalisé par Christian-Jaque

SI TOUS LES GARS DU MONDE… réalisé par Christian-Jaque, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : André Valmy, Jean Gaven, Marc Cassot, Georges Poujouly, Jean-Louis Trintignant, Boudou Babet, Hélène Perdrière, Claude Sylvain, Andrex, Yves Brainville, Bernard Dhéran, Roger Dumas…

Scénario : Jacques Remy, Henri-Georges Clouzot, Christian-Jaque

Photographie : Armand Thirard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Le chalutier « Lutèce » pêche en pleine mer, à deux jours des côtes. Un des hommes de l’équipage tombe malade, atteint d’un mal étrange. Puis, un autre. Il n’y a pas de médecin à bord. Le capitaine fait lancer des appels par radio, mais personne ne répond. Le mal fait de nouvelles victimes…

Attention, chef d’oeuvre ! Immense découverte, Si tous les gars du monde… est réalisé en 1955 par le prolifique – 59 longs métrages à son actif de 1932 à 1977 – Christian Maudet alias Christian-Jaque (1904-1994). Aujourd’hui complètement oublié, il est temps de réhabiliter ce long métrage exceptionnel, drame à la limite du survival, film choral, haletante course contre-la-montre, suspense qui joue avec les nerfs des spectateurs du début à la fin. Il s’agit également du premier film d’un jeune comédien de 25 ans, Jean-Louis Trintignant. Oeuvre humaniste, véritable tour de force, roller-coaster émotionnel, Si tous les gars du monde… convoque plusieurs nationalités, plusieurs cultures, plusieurs pays, plusieurs religions, tous unis au-delà des blocs, de la Guerre Froide, pour aider une poignée d’hommes perdus au large de la Norvège. Ou comment filmer l’effet papillon.

Le Lutèce, un bateau de pêche de Concarneau, alors qu’il se trouve en pleine mer du Nord, voit ses douze marins tomber malades les uns après les autres après avoir consommé du jambon avarié : ils sont atteints de botulisme. La radio de bord étant hors service, le patron Le Guellec, avant de subir à son tour les effets de l’intoxication, a eu le temps de lancer un appel à l’aide depuis un émetteur radio ondes courtes. L’appel est capté par un radioamateur au Togo, une chaîne d’entraide se met en place pour faire parvenir des vaccins au bateau en détresse tandis qu’à son bord les derniers pêcheurs valides s’affrontent : sous les yeux désolés du jeune mousse Benj, Jos accuse Mohammed, musulman, et seul à ne pas avoir consommé de jambon, d’avoir empoisonné celui-ci. Pourtant, la survie de l’équipage va dépendre d’eux et ils vont devoir apprendre à faire corps pour maintenir leur cap et suivre les instructions radio de leurs secouristes. Pendant ce temps, les radioamateurs de France et d’Allemagne alors qu’on est en pleine nuit, ont réussi l’exploit de faire acheminer les médicaments de Paris à Berlin : grâce au dévouement d’hôtesses de l’air qui ont transgressé les règlements, à des soldats américains et soviétiques qui se sont alliés pour faire franchir la frontière entre Berlin Ouest et Berlin Est au précieux colis. Mais le colis arrivera t-il à temps ? Et comment le livrer alors que les pêcheurs sont perdus en pleine mer ?

« Si tous les gars du monde
Devenaient de bons copains
Et marchaient la main dans la main
Le bonheur serait pour demain »

Les Compagnons de la chanson

Si tous les gars du monde… est un film exceptionnel. Tel un jeu de piste, une course de relais, des hommes et des femmes de tout pays, vont s’unir dans le but d’en sauver d’autres. Parallèlement à cette chaîne humaine, Christian-Jaque, sur un scénario en béton cosigné avec Henri-Georges Clouzot et Jacques Rémy, met en valeur les bienfaits du progrès et des nouvelles technologies. Les moyens de communication et de transports permettent aux hommes de s’entendre, de se rapprocher, de s’entraider. Les personnages sont sans cesse en mouvement, agités, angoissés par le sort réservé aux pêcheurs si personne ne leur vient en aide. Conscients qu’ils ont un rôle à jouer pour qu’ils survivent, les protagonistes ne cessent d’aller d’un coin à l’autre de leurs villes respectives, à la recherche d’un passeur, à qui confier le Saint Graal, quelques ampoules contenant le sérum, un vaccin qui pourra guérir les pêcheurs bretons. Il faut voir Jean-Louis Trintignant, déjà génial et magnétique, enfourcher sa Vespa et aller de la Place de Clichy à l’Institut Pasteur, en passant par les Invalides et l’aéroport d’Orly, dans l’espoir de trouver une âme charitable qui pourrait convoyer le précieux traitement.

Malgré la barrière linguistique, les êtres parviennent à s’entendre et la chaîne de solidarité s’organise. L’immense Pierre Fresnay, de son timbre inimitable, ponctue le récit de temps à autre, en faisant le lien entre les protagonistes. Sur un rythme effréné pendant près de deux heures, Christian-Jaque attrape le spectateur pour ne plus le lâcher et pour l’emmener aux quatre coins de l’Europe. La photo du grand chef-opérateur Armand Thirard, fidèle collaborateur d’Henri-Georges Clouzot est sublime, la musique de Georges Van Parys unit les nations dans un hymne commun et universel, tandis que les comédiens, André Valmy, Jean Gaven, Hélène Perdrière, Marc Cassot, Georges Poujouly, Doudou Babt, Jean-Louis Trintignant et bien d’autres campent des personnages inoubliables.

A sa sortie, Si tous les gars du monde… se voit récompenser par le Prix de la Fraternité, le Prix Fémina belge du cinéma, le Globe de cristal au festival de Karlovy-Vary, la Médaille d’argent du film européen à Venise, le Prix des Nations unies, le Golden Laurel Award et le Prix des Associations de jeunesse en URSS.

LE DIGIBOOK

Si tous les gars du monde… est le cinquième Digibook disponible chez Coin de Mire Cinéma que nous passons en revue. Si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance. Comme sur les autres titres de la collection, le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition de Si tous les gars du monde… contient les actualités de la 8e semaine de l’année 1956 : la mort du compositeur Gustave Charpentier, un déplacement en Afrique de la Reine Elizabeth II accompagnée du Prince Charles alors âgé de 7 ans, une expédition française au Pôle Sud, la Côte d’Azur sous la neige…(6’30).

Ne manquez pas les réclames de l’année 1956 avec une publicité pour les esquimaux Gervais, les caramels Dupont d’Isigny, l’eau Vichy Célestins et une poudre miraculeuse, Dentofix, destinée à maintenir votre dentier en place ! Ah oui, mentionnons également la sortie de la nouvelle machine à laver Vedette, « La machine de vos rêves madame ! ».(8′)

La bande-annonce de Si tous les gars du monde… et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Le nouveau master HD (codec AVC) au format respecté 1.37 de Si tous les gars du monde… se révèle quasi-parfait. Piqué (affûté), gestion des contrastes (noirs denses, blancs lumineux), détails ciselés, clarté et relief. La propreté de la copie – restauration effectuée par le laboratoire L21 – est souvent impressionnante, la photo signée par le grand Armand Thirard retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Seuls petits accrocs constatés : de légers fourmillements et quelques plans à la définition plus chancelante.

Comme pour l’image, le son a également un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est réel, les dialogues sont clairs et nets, sans souffle ou bruit parasite. Notons que les passages en langue étrangère ne sont pas sous-titrés. Pour comprendre ces échanges, il vous faudra enclencher les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Amants du Tage, réalisé par Henri Verneuil

LES AMANTS DU TAGE réalisé par Henri Verneuil, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Daniel Gélin, Françoise Arnoul, Trevor Howard, Marcel Dalio, Amalia Rodriguez, Ginette Leclerc, Georges Chamarat, Betty Stockfled, Jacques Mulières…

Scénario : Jacques Companéez, Marcel Rivet d’après le roman éponyme de Joseph Kessel

Photographie : Roger Hubert

Musique : Lucien Legrand

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Pour fuir un passé trop douloureux, Pierre Roubier s’est exilé à Lisbonne… en compagnie d’amis de rencontre, de maîtresses de hasard, il essaie d’oublier le jour maudit où, par jalousie, il a tué sa femme. Perdu dans le grouillement bigarré de la ville, il fait alors la connaissance de Kathleen Dinver…

Comme je l’indiquais dans la critique des Gens sans importance, Les Amants du Tage est le premier vrai grand virage du réalisateur d’Henri Verneuil après ses immenses succès populaires mettant en scène Fernandel. Dans cette adaptation d’un roman de Joseph Kessel (qui signe ici les merveilleux dialogues) publié en 1954, le cinéaste passe à la vitesse supérieure en jouant sur le cadre et avec toute la technique mise à disposition, tandis que son récit mélodramatique lui permet de démontrer son art du storytelling. Romanesque, exotique et émouvant, Les Amants du Tage est un très beau film méconnu à travers lequel naît véritablement l’un de nos plus grands réalisateurs.

Paris, août 1944 : la guerre finie, Pierre Roubier rentre chez lui et découvre sa femme dans les bras de son amant. De colère, il les abat tous deux d’un coup de mitraillette, mais, grâce à son passé de résistant, écope d’une peine symbolique. Il s’exile à Lisbonne où il devient chauffeur de taxi. Il rencontre la séduisante Kathleen Dinver. La jeune femme, récemment veuve, est elle-même aux prises avec un passé pesant : elle est en effet soupçonnée par l’opinion publique d’avoir contribué à la mort de son mari, Lord Denver, dans un tragique accident. Un amour naît entre Pierre et Kathleen, qui va être contrarié par le poids du passé, surtout que Kathleen fait l’objet d’une filature de la part de l’inspecteur Lewis, bien décidé à démontrer sa culpabilité.

En 1955, Henri Verneuil délaisse momentanément Fernandel après six films et autant d’immenses succès populaires en commun. Tourné entre Paris et Lisbonne, Les Amants du Tage joue la carte de la romance contrariée avec comme toile de fond la capitale portugaise, une musique bouleversante signée Michel Legrand et le fado de la grande Amália Rodrigues. Loin d’utiliser Lisbonne comme simple carte postale, Henri Verneuil joue avec les contrastes entre une ville solaire et chaleureuse et l’amour d’un jeune couple parasité par le passé trouble de la jeune femme où le personnage de l’inspecteur retors symboliserait l’éclipse du feu ardent qui les anime.

Pour sa seule incursion dans le cinéma d’Henri Verneuil, Daniel Gélin campe un antihéros sombre, négatif, éteint, torturé, qui tente de se reconstruire (en en faisant un peu trop c’est vrai) après un terrible drame qui lui a fait perdre les pédales. Une possible rédemption lui apparaîtra sous l’apparence d’une jeune femme divine, sensuelle, mais qui dissimule également un drame récent. Comme dans Des gens sans importance, la vie réunit ces deux individus écorchés, en marge. Pierre et Kathleen se reconnaissent et vont s’aimer. Cette dernière est incarnée par la sublime Françoise Arnoul, alors comédienne fétiche du cinéaste. Sa beauté naturelle, magnifiquement photographiée par Roger Hubert, crève l’écran une fois de plus et Les Amants du Tage vaut en très grande partie pour la puissance de son jeu et son charisme flamboyant, mystérieux et envoûtant. Celui qui tire également son épingle du jeu n’est autre que l’immense acteur britannique Trevor Howard, dans le rôle de Lewis, l’obstiné inspecteur de Scotland Yard, bien décidé à démontrer la culpabilité de Kathleen, pour ensuite la mettre sous les verrous. En français dans le texte, en phonétique certes, l’acteur fait le lien avec Brève rencontre et Les Amants passionnés de David Lean, sortis en 1945 et 1949. Son flegme so british dissimule en réalité un flic diabolique, opiniâtre, implacable, prêt à tout pour aller au bout de sa mission.

S’il lui manque un certain souffle pour convaincre entièrement, Les Amants du Tage démontre l’indéniable virtuosité de son metteur en scène et le sort réservé à ces deux amants rattrapés par le destin marque définitivement les esprits. Un charme rétro toujours intact et élégant, transcendé par sa beauté plastique. Un coup d’essai que transformera Henri Verneuil en coup de maître avec Des gens sans importance, tourné dans la foulée.

LE DIGIBOOK

Nous en avons déjà parlé à trois reprises, si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance. Même chose que pour ces trois titres, le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition des Amants du Tage contient donc les actualités de la 11e semaine de l’année 1955 comme la venue à Paris de la comédienne Gina Lollobrigida pour la présentation de son nouveau film, la création d’un tissu inusable ou le salon des arts ménagers parasité par le groupe vocal des Quatre Barbus (10’).

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1955 avec une publicité pour les esquimaux Gervais, les caramels Valentin, l’eau Vichy Célestins, Nescafé et un shampooing étrange constitué d’oeufs (8’).

La bande-annonce des Amants du Tage et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

En dehors de quelques images d’archives en début de film, forcément marquées et non retouchées, et de la dernière séquence aux légers fourmillements, le master restauré en Haute-Définition des Amants du Tage est superbe. On ne s’attendait pas à un tel rendu. La copie est étincelante, avec des noirs denses qui côtoient des blancs immaculés et la palette de gris est largement étendue. La restauration est exceptionnelle, aucune scorie n’a survécu au nettoyage numérique et le piqué est bluffant. Le grain original est heureusement conservé et excellemment géré. Ce Blu-ray permettra de (re)découvrir totalement cette œuvre d’Henri Verneuil. Exit l’ancienne édition DVD disponible chez LCJ !

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations demeurent inévitables surtout sur les quelques dialogues aigus et les fados, l’écoute se révèle fluide, limpide et surtout saisissante. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Des gens sans importance, réalisé par Henri Verneuil

DES GENS SANS IMPORTANCE réalisé par Henri Verneuil, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Françoise Arnoul, Pierre Mondy, Yvette Etiévant, Dany Carrel, Edmond Ardisson, Robert Dalban, Paul Frankeur, Jacques Marin…

Scénario : Henri Verneuil, François Boyer d’après le roman éponyme de Serge Groussard

Photographie : Louis Page

Musique : Joseph Kosma

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Jean Viard, routier, quinquagénaire, mal marié et père de trois enfants, rencontre Clotilde. Elle a vingt ans, elle est jolie et amusante. Elle travaille dans un relais routier où ils se retrouvent à la faveur des passages réguliers de Jean. Ils prennent peu à peu conscience d’une irrésistible passion qui les bouleverse, mais leur relation vire au drame…

Des gens sans importance est comme qui dirait le long métrage avec lequel le cinéaste Henri Verneuil prend véritablement son envol. Après six films avec Fernandel tournés en trois ans, La Table-aux-crevés, Le Fruit défendu, Le Boulanger de Valorgue, Carnaval, L’Ennemi public numéro un et Le Mouton à cinq pattes et après autant de succès dans les salles avec près de 21 millions de spectateurs cumulés, sans compter le film à sketches Brelan d’as en 1952 (1,7 million d’entrées), Henri Verneuil connaît un premier virage avec Les Amants du Tage, adapté de Joseph Kessel, sur lequel je reviendrai bientôt. Si le succès est moins important, le film cumule malgré tout 1,8 million d’entrées en 1955. Des gens sans importance transforme cet essai en véritable coup de maître. Chef d’oeuvre très souvent oublié, le neuvième long métrage d’Henri Verneuil s’impose comme le digne représentant d’un néoréalisme à la française, porté par le monstre Jean Gabin (première des cinq collaborations avec le réalisateur) qui reprend le volant et la salopette de routier de l’excellent Gas-oil de Gilles Grangier, sorti quelques mois auparavant. Pourtant, c’est un tout autre personnage que l’immense comédien interprète dans Des gens sans importance, adapté du roman de Serge Groussard. Il y est une fois de plus magnifique et bouleversant.

Routier, Jean Viard ne trouve aucune compréhension auprès de sa famille avec laquelle il ne s’entend guère. Il lui est reproché ses longues absences, ses retours souvent retardés, le peu de temps à séjourner chez lui entre deux missions. Avec son fidèle coéquipier Berty, il s’arrête souvent au relais « La Caravane » où il rencontre Clotilde, une petite bonne d’une vingtaine d’années. Lassitude, solitude des deux êtres qui, irrésistiblement attirés l’un vers l’autre, se rapprochent. Un amour solide naît. De multiples contretemps vont empêcher Jean et Clotilde de former un couple durable. Jean perd momentanément son emploi. Clotilde, enceinte, n’osera lui avouer son état et se fera avorter.

Avec un réalisme quasi-documentaire, Henri Verneuil capte le quotidien morose de ses chauffeurs routiers dès la première séquence du film. Le regard usé par les 1500 kilomètres qu’ils viennent de s’enfiler sans interruption, Jean (Jean Gabin) et son collègue Berty (Pierre Mondy) viennent de se relayer une fois de plus et sont bientôt de retour au bercail. Jean s’installe sur la banquette et laisse le volant à son ami pour essayer de se reposer un petit peu. Mais Berty est aussi fatigué que Jean et évite l’accident de justesse. Henri Verneuil montre la lassitude d’un travail morne, ces hommes lancés avec leur 15 tonnes sur des routes détrempées et qui disparaissent dans le brouillard. Leur vie se résume à la route. Jean a bien une femme qui l’attend à la maison, mais alors qu’il rentre au petit matin, sa femme s’occupe des tâches ménagères. Pour elle, sa vie c’est aussi cela, avec en plus ses deux garçons en bas âge. Ils ont également une fille de 17 ans, Jacqueline (la délicieuse Dany Carrel), qui vient juste de rentrer du réveillon de Noël. La jeune femme rêve de devenir, mais Jean ne cesse de la ramener à la réalité en étant froid et dur avec elle. La famille est au bord de l’implosion, tout le monde parle fort et s’envoie des trucs dégueulasses à la figure.

Durant le premier quart d’heure, le cinéaste dresse le tableau. Le personnage, son entourage, son quotidien, son boulot, son niveau de vie, sa famille, les tensions au travail avec un contremaître (Robert Dalban) qui vérifie le contrôlographe (le fameux « mouchard ») installé dans le tableau de bord, pour voir si ses employés se sont payé du bon temps sur la route. C’est alors que Jean rencontre Clotilde, alias Clo, qui va lui donner l’espoir d’une vie meilleure malgré leurs trente ans de différence. Clo est merveilleusement incarnée par Françoise Arnoul, alors comédienne fétiche d’Henri Verneuil, qui la dirigera cinq fois. Magnétique, sensuelle, elle crève ici l’écran comme dans Les Amants du Tage l’année précédente avec son regard désespéré, comme si l’ennui et la solitude l’avaient fait vieillir prématurément. Ces deux êtres marginaux se reconnaissent entre eux. L’envie de contrecarrer leur destin et de prendre des chemins de traverse aura raison d’eux.

Comme s’il était à jamais lié au bitume, Jean se retrouvera sur la même route, celle qui lui a été tracée depuis toujours, tandis que Clo lui apparaîtra comme un mirage, à l’instar de ces pubs qui jonchent son chemin la nuit, à peine éclairées par ses phares. Henri Verneuil montre également l’horizon bouché des petites gens qui doivent se contenter d’une chambre minable dans un hôtel de passe, sans se plaindre. Les jeunes femmes enceintes et sans ressources se voient confier l’adresse d’une obscure faiseuse d’anges pour les libérer de leurs nouveaux fardeaux, thème alors encore extrêmement tabou. Henri Verneuil montre tout cela avec frontalité, une simplicité des mots, crue, violente, qui interpelle du début à la fin. La vie ne fait aucun cadeau et détruit tout, surtout chez ceux qui croyaient pouvoir se jouer d’elle.

Sans aucun misérabilisme, d’un pessimisme rare, noir comme le charbon (comme la sublime photo de Louis Page), furieusement mélancolique (le thème entêtant de Joseph Kosma), Des gens sans importance (quel beau titre !) est un important chef d’oeuvre à réhabiliter de toute urgence.

LE DIGIBOOK

Fondateur de la structure indépendante Coin de mire Cinéma, Thierry Blondeau est un autodidacte, un cinéphile passionné et grand collectionneur (plus de 10.000 titres dans sa DVDthèque) qui a décidé de se lancer dans le marché de la vidéo dans le but d’éditer des films qu’il désirait voir débarquer dans les bacs depuis longtemps. Prenant son courage à deux mains, essuyant le refus de la plupart des éditeurs qui riaient devant son projet, Thierry Blondeau ne s’est jamais découragé. Son envie et son amour infini pour le cinéma et le support DVD/Blu-ray ont porté leurs fruits. Voilà donc la collection « La Séance » qui s’ouvre le 22 octobre 2018 avec six titres : Les Amants du Tage et Des gens sans importance d’Henri Verneuil, Si tous les gars du monde… de Christian-Jaque, Porte des Lilas de René Clair, Les Grandes familles de Denys de La Patellière et Archimède le clochard de Gilles Grangier. Inédits en Blu-ray, ces titres seront édités à 3000 exemplaires.

Coin de mire Cinéma a d’ores et déjà annoncé les sorties de Paris est toujours Paris de Luciano Emmer, Le Cas du Docteur Laurent de Jean-Paul le Chanois, Des Pissenlits par la racine de Georges Lautner, Le Train de John Frankenheimer (en co-édition avec L’Atelier d’images), La Grosse caisse d’Alex Joffé et L’Affaire Dominici de Claude Bernard Aubert. Chaque restauration sera assurée par TF1 en collaboration avec le CNC. Ont également participé à la réalisation de ce projet L’Atelier d’images (entre autres Hugues Peysson et Jérôme Wybon), Celluloïd Angels, Intemporel et Slumberland. Signalons que chaque titre est annoncé au tarif de 32€, disponible à la vente sur internet et dans certains magasins spécialisés à l’instar de Metaluna Store tenu par l’ami Bruno Terrier, rue Dante à Paris.

L’édition prend la forme d’un Digibook (14,5cm x 19,5cm) suprêmement élégant. Le visuel est très recherché et indique à la fois le nom de l’éditeur, le titre du film en lettres d’or, le nom des acteurs principaux, celui du réalisateur, la restauration (HD ou 4K selon les titres), ainsi que l’intitulé de la collection. L’intérieur du Digibook est constitué de deux disques, le DVD et Blu-ray, glissés dans un emplacement inrayable. Une marque est indiquée afin que l’acheteur puisse y coller son numéro d’exemplaire disposé sur le flyer volant du combo, par ailleurs reproduit dans le livret. Deux pochettes solides contiennent des reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4. Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie d’Henri Verneuil avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction du dossier de presse original et d’articles divers. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition des Gens sans importance contient donc les actualités de la 7e semaine de l’année 1956 comme le résumé des Jeux Olympiques d’hiver à Cortina d’Ampezzo en Italie, une visite en Afrique du Nord de Robert Lacoste, Gouverneur général et ministre de l’Algérie, Rome sous la neige ou Sophia Loren s’exerçant à la tauromachie (8’).

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1956 avec une publicité pour les bonbons Kréma avec Pierre Doris, une autre pour la pellicule couleur de la marque Gevacolor, un spot pour l’eau Vichy Célestin et un dernier consacré à la célèbre pastille Valda « En vert et contre toux » (8’).

La bande-annonce des Gens sans importance et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

En 2000, le film d’Henri Verneuil avait connu une première édition DVD chez René Chateau, avant de réapparaître chez TF1 Vidéo en 2015. La présente restauration numérique a été réalisée avec le plus grand soin. Le nouveau master HD des Gens sans importance au format 1.37 respecté se révèle extrêmement pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés et de relief. La propreté de la copie est souvent sidérante, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans d’Henri Verneuil, la photo signée par le grand Louis Page (Mélodie en sous-sol, Le Président) retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Les fondus enchaînés sont également fluides et n’occasionnent pas de décrochages.

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations demeurent inévitables sur la composition de Joseph Kosma, l’écoute se révèle fluide, équilibrée, limpide et surtout saisissante. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises, les dialogues clairs, dynamiques. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Grandes familles, réalisé par Denys de La Patellière

LES GRANDES FAMILLES réalisé par Denys de La Patellière, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Bernard Blier, Pierre Brasseur, Jean Desailly, Françoise Christophe, Annie Ducaux, Louis Seigner, Jean Murat, Julien Bertheaud, Nadine Tallier…

Scénario : Michel Audiard, Denys de La Patellière d’après le roman éponyme de Maurice Druon

Photographie : Louis Page

Musique : Maurice Thiriet

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Noël Schoudler, fondateur d’un empire s’appuyant sur trois bases, le sucre, la banque et la presse, règne tel un souverain absolu sur ses affaires et sa famille. Or quelqu’un va remettre en cause cette autorité : son fils François…

1958 est l’année Jean Gabin. Trônant sur le cinéma français depuis son retour en grâce avec Touchez pas au grisbi de Jacques Becker (1954), le comédien est à l’affiche de cinq longs métrages cette année-là, cinq immenses succès populaires : Les Misérables avec quasiment dix millions d’entrées, Maigret tend un piège (trois millions), Le Désordre et la nuit (2,2 millions), En cas de malheur (3,2 millions) et Les Grandes familles (4 millions). Soit plus de vingt millions de spectateurs qui se sont déplacés dans les salles en 1958 pour aller applaudir l’acteur dans cinq rôles totalement différents. Les Grandes familles reste le huitième plus grand hit de Jean Gabin. Multi-rediffusé à la télévision, le sixième long métrage de Denys de La Patellière (1921-2013) reste l’un des plus beaux grands personnages incarnés par le comédien. Les Grandes familles ne dresse pas le portrait d’un monde disparu, mais qui existe encore bel et bien. C’est pour cette raison que ce bijou est absolument à redécouvrir.

Noël Schoudler, le patriarche d’une famille de la grande bourgeoisie, dirige en autocrate un empire économique, dont les activités s’étendent de la banque et de la finance au monde de la presse en passant par le sucre. Son fils unique François juge les méthodes paternelles archaïques et, profitant de l’absence de son père en voyage, entreprend des réformes au journal. À son retour, le père juge sévèrement les transformations apportées et décide de donner une leçon à son fils. Après un dur affrontement, le patriarche décide de confier à son fils la direction de l’entreprise sucrière. Terriblement mal préparé, ce dernier se trouve dans une situation difficile avec un impérieux besoin d’argent. Il se tourne alors vers le cousin Maublanc, son père lui ayant refusé son aide. Maublanc est un débauché dont la façon de vivre est en contradiction avec les principes de la famille.

Nous avons de l’argent tous les deux. Toi, tu représentes le patronat, moi le capitalisme. Nous votons à droite. Toi, c’est pour préserver la famille, moi, c’est pour écraser l’ouvrier. Dix couples chez toi, c’est une réception… Chez moi, c’est une partouze ! Et le lendemain, si nous avons des boutons, toi, c’est le homard, moi, c’est la vérole !

Le générique donne le ton. A l’instar d’un reportage télévisé, chaque membre de la famille Schoudler, ainsi que leurs amis et proches collaborateurs sont présentés par une voix-off, qui annonce le rôle de chacun, leurs fonctions et leurs liens avec le Président Directeur Général auquel Gabin donne immédiatement un visage et une présence massive. Puis la caméra de Denys de La Patellière (Les Aristocrates, Un taxi pour Tobrouk, Le Tatoué) s’immisce dans l’immense propriété parisienne de Schoudler où tout le monde se réunit après les funérailles de l’un des leurs. Noël est l’atome autour duquel s’agitent moult électrons. Droit comme un i, la démarche lente, mais assurée, Schoudler écoute tout ce beau petit monde intéressé, voulant briller et sa part de notoriété.

Les affaires, c’est comme le livre de la ménagère : on ne va pas au marché sans savoir où prendre de l’argent.

Noël Schoudler c’est évidemment Jean Gabin. Capable de passer de Jean Valjean à Maigret, ou d’un commissaire désabusé à un clochard érudit, le comédien représente à la fois le prolétaire et le bourgeois. Ici, il est impérial, comme d’habitude certes, mais comme dans Le Président d’Henri Verneuil, sa prestance, son charisme, sa voix grave dessinent immédiatement le personnage et lui apportent un bagage, un passé. Il est également entouré d’acteurs exceptionnels, parmi lesquels Bernard Blier, magnifique dans le rôle du secrétaire particulier du grand patron, Jean Desailly, fils sensible qui souhaiterait obtenir la fierté de son père, et surtout Pierre Brasseur qui campe le mouton noir de la famille. Sa confrontation avec Jean Gabin, l’opposition de deux mondes, celui des affaires et celui de la fête, reste la plus grande scène du film, celle de deux monstres qui se font face et qui s’affrontent sur des répliques extraordinaires de Michel Audiard.

Lucien Maublanc : Vous me haïssez parce que je m’amuse. Vous me haïssez, et moi je vous emmerde.
Noël Schoudler : Ça c’est bien vrai !

Drame familial, mais aussi récit initiatique, le film de Denys de La Patellière montre un homme tout-puissant, âpre, méprisant, cynique, être désarçonné par les conséquences désastreuses de la leçon qu’il voulait administrer à son fils. Les Grandes familles, adaptation du roman de Maurice Druon et prix Goncourt 1948, est un très grand classique, disons même un chef d’oeuvre, résolument contemporain, si ce n’est plus qu’à la sortie du film quant à sa vision pessimiste du capitalisme, merveilleusement écrit et interprété.

LE DIGIBOOK

Nous en parlions il y a une petite semaine. C’est la révélation de l’année. Fondateur de la structure indépendante Coin de mire Cinéma, Thierry Blondeau est un autodidacte, un cinéphile passionné et grand collectionneur (plus de 10.000 titres dans sa DVDthèque) qui a décidé de se lancer dans le marché de la vidéo dans le but d’éditer des films qu’il désirait voir débarquer dans les bacs depuis longtemps. Prenant son courage à deux mains, essuyant le refus de la plupart des éditeurs qui riaient devant son projet, Thierry Blondeau ne s’est jamais découragé. Son envie et son amour infini pour le cinéma et le support DVD/Blu-ray ont porté leurs fruits. Voilà donc la collection « La Séance » qui s’ouvre le 22 octobre 2018 avec six titres : Les Amants du Tage et Des gens sans importance d’Henri Verneuil, Si tous les gars du monde… de Christian-Jaque, Porte des Lilas de René Clair, Les Grandes familles de Denys de La Patellière et Archimède le clochard de Gilles Grangier. Inédits en Blu-ray, ces titres seront édités à 3000 exemplaires.

Coin de mire Cinéma a d’ores et déjà annoncé les sorties de Paris est toujours Paris de Luciano Emmer, Le Cas du Docteur Laurent de Jean-Paul le Chanois, Des Pissenlits par la racine de Georges Lautner, Le Train de John Frankenheimer (en co-édition avec L’Atelier d’images), La Grosse caisse d’Alex Joffé et L’Affaire Dominici de Claude Bernard Aubert. Chaque restauration sera assurée par TF1 en collaboration avec le CNC. Ont également participé à la réalisation de ce projet L’Atelier d’images (entre autres Hugues Peysson et Jérôme Wybon), Celluloïd Angels, Intemporel et Slumberland. Signalons que chaque titre est annoncé au tarif de 32€, disponible à la vente sur internet et dans certains magasins spécialisés à l’instar de Metaluna Store tenu par l’ami Bruno Terrier, rue Dante à Paris.

L’édition prend la forme d’un Digibook (14,5cm x 19,5cm) suprêmement élégant. Le visuel est très recherché et indique à la fois le nom de l’éditeur, le titre du film avec quelques lettres en couleur or, le nom des acteurs principaux, celui du réalisateur, la restauration (HD ou 4K selon les titres), ainsi que l’intitulé de la collection. L’intérieur du Digibook est constitué de deux disques, le DVD et Blu-ray, glissés dans un emplacement inrayable. Une marque est indiquée afin que l’acheteur puisse y coller son numéro d’exemplaire disposé sur le flyer volant du combo, par ailleurs reproduit dans le livret. Deux pochettes solides contiennent des reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4. Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie de Denys de La Patellière avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction du dossier de presse original et d’articles divers. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition des Grandes familles contient donc les actualités de la 47e semaine de l’année 1958 comme le combat de boxe entre Alphonse Halimi et Peter Keenan, un accident d’avion à l’aéroport de New York (huit blessés légers) ou bien encore la folie du hula hoop qui déferle sur la France (9’).

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1959 avec une publicité pour les bonbons de La Pie qui chante, une autre pour les Hollywood Chewing Gum et surtout une autre pour Martini avec Louis de Funès ! (8’).

La bande-annonce des Grandes familles et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Force est de constater que nous n’avions jamais vu Les Grandes familles dans de telles conditions. Les contrastes affichent d’emblée une densité inédite, les noirs sont profonds, la palette de gris riche et les blancs lumineux. Seul le générique apparaît peut-être moins aiguisé, mais le reste affiche une stabilité exemplaire ! Les arrière-plans sont bien gérés, le grain original est respecté, le piqué est souvent dingue et les détails regorgent sur les visages des comédiens. Avec tout ça, on oublierait presque de parler de la restauration 4K HD du film effectuée par les laboratoires Eclair à partir du négatif original. Celle-ci se révèle extraordinaire, aucune scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’encodage AVC consolide l’ensemble du début à la fin. La photo du chef opérateur Louis Page n’a jamais été aussi resplendissante et le cadre au format respecté, brille de mille feux. Ce master très élégant permet de redécouvrir ce très grand classique dans une qualité technique admirable. Notons que Les Grandes familles avait déjà connu une ressortie en DVD en 2013 chez TF1 Vidéo après une première édition chez René Chateau.

Egalement restaurée à partir d’un négatif son, la piste DTS-HD Master Audio Mono instaure un haut confort acoustique avec des dialogues percutants et une très belle restitution des effets annexes. Aucun souffle sporadique ni aucune saturation ne sont à déplorer. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Archimède le clochard, réalisé par Gilles Grangier

ARCHIMÈDE LE CLOCHARD réalisé par Gilles Grangier, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Darry Cowl, Bernard Blier, Noël Roquevert, Julien Carette, Dora Doll, Jacqueline Maillant, Paul Frankeur, Jacques Marin…

Scénario : Albert Valentin, Gilles Grangier, Michel Audiard d’après une idée originale de Jean Gabin

Photographie : Louis Page

Musique : Jean Prodromidès

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1959

LE FILM

Archimède, un clochard atypique se refusant à dormir sous les ponts, décide pour passer l’hiver de se faire enfermer en prison. À cette fin et après plusieurs essais infructueux, il décide de mettre à sac son bistrot favori. Mais malgré tous ses efforts, son temps de prison est bien trop court à son goût. Relâché, il va bien falloir trouver une solution pour passer l’hiver au chaud. Entretemps, son bistrot a changé de propriétaire et le nouveau patron n’est pas aussi docile que l’ancien mais Archimède, bien né et très cultivé, a plus d’un tour dans son sac.

Cette seconde bouteille, tu la sors de la glace ? C’est pas le Nautilus !

Archimède le clochard est un film qui me tient particulièrement à coeur puisqu’il s’agit du préféré de mon père. Le dialogue n’était pas le fort de la famille. Mon père né en Eure-et-Loir, fils de métayer, taiseux, était passionné par le cinéma français des années 1950-60. A la maison, nous ne parlions pas vraiment et à table durant le repas, la télé diffusait toujours un film sélectionné par mon père. Archimède le clochard de Gilles Grangier (1911-1996) revenait très souvent. J’ai appris à communiquer avec mon père à travers les films qu’il aimait, apprenait ce qui le faisait rire ainsi, ce qui l’interpellait, lui qui n’exprimait jamais ou très peu ses sentiments. Quelque part, Archimède le clochard a donc forgé ma cinéphilie, ainsi que tous les films avec Jean Gabin ou de Gilles Grangier, tout le cinéma français de 1950 à 1980. Rétrospectivement, cette sixième collaboration (sur douze au total) entre le comédien et le réalisateur est leur plus grand succès en commun avec plus de quatre millions d’entrées en France et le septième de toute la carrière de Jean Gabin.

De la posologie au veuvage, ce n’est qu’une question de gouttes !

Depuis La Vierge du Rhin en 1953, Jean Gabin et Gilles Grangier ont enchaîné les films et les succès avec Gas-oil (1955), Le Sang à la tête (1956), Le rouge est mis (1957), Le Désordre et la nuit (1958). Ce dernier, méconnu, est pourtant un des meilleurs films du binôme. Cette adaptation du roman de Jacques Robert coécrite entre autres par Michel Audiard, qui signe également les excellents dialogues du film, est à redécouvrir et à réhabiliter absolument. Désireux de s’amuser un peu et de se débarrasser d’un de ses rôles les plus singuliers et sombres, celui d’un flic porté sur la boisson, qui s’éprend d’une très jeune toxicomane, Jean Gabin a lui-même l’idée d’Archimède le clochard. Le générique indique d’ailleurs « d’après une idée originale de Jean Moncorgé », le vrai nom du comédien.

Il y interprète un clochard bien élevé et très cultivé, contraint de quitter l’immeuble en construction où il avait élu domicile, en raison du grondement des machines. L’hiver s’annonce particulièrement rude. Ennemi farouche du travail et du bruit, il imagine un plan pour se faire emprisonner et passer ainsi la mauvaise saison au chaud. Il s’emploie tout d’abord à saccager un café, mais la maréchaussée ne juge pas utile de l’incarcérer. Il s’attaque alors à un défilé militaire, avant de provoquer un scandale dans le métro. Rien à faire, les autorités refusent de réagir. Le monde douillet de la prison se refuse à Archimède, qui n’a plus que ses citations d’auteurs et son gros rouge pour se protéger des premiers frimas de l’hiver.

Archimède : Il est tiède !
Pichon : Vous voulez de la glace ?
Archimède : Tout corps plongé dans un liquide subit une poussée de bas en haut égale au poids du volume de liquide déplacé. Pas de glace !

Archimède le clochard est un sommet dans l’association Gabin/Grangier. Sur de magnifiques dialogues signés Michel Audiard, le comédien livre une de ses plus grandes prestations et enchaîne les punchlines, chante pour le plaisir sans faire l’aumône, enchaîne les danses endiablées, parvient à dérider les bourgeois coincés au cours d’une surprise-partie. S’il se fait un petit pécule, il n’hésite pas à payer une bouteille (ou deux) de Bollinger à ses amis ouvriers des Halles. Avec son répondant, son éducation qu’on imagine noble (son véritable nom Joseph Hugues Guillaume Boutier de Blainville est d’ailleurs évoqué), capable de moucher un petit mec hautain avec quelques vers d’Apollinaire (« Mon beau navire ô ma mémoire, Avons-nous assez navigué, Dans une onde mauvaise à boire, Avons-nous assez divagué, De la belle aube au triste soir »), Archimède a décidé de se mettre volontairement en retrait de la société, en rejetant les institutions, luttant quotidiennement contre l’asservissement, tout en profitant de ce que la vie a de mieux à offrir.

Gabin se métamorphose, tout en restant lui-même et la fraîcheur de son jeu reste encore hallucinante soixante ans après la sortie du film. Il est également savamment épaulé par les trognes et le talent de Darry Cowl, Julien Carette, Bernard Blier et Paul Frankeur, sans oublier la débutante Jacqueline Maillan et le charme de Dora Doll. Assisté à la mise en scène par un jeune Jacques Deray, Gilles Grangier se met certes au service de son acteur, mais livre en même temps le témoignage du Paris d’époque avec ses rues de plus en plus agitées, ses habitants qui commençaient à courir dans tous les sens, ses métros bondés. A sa sortie, Archimède le clochard est un triomphe et Jean Gabin remporte l’Ours d’argent du meilleur acteur au Festival international du film de Berlin de 1959.

(A mon père)

LE DIGIBOOK

C’est la révélation de l’année. Fondateur de la structure indépendante Coin de mire Cinéma, Thierry Blondeau est un autodidacte, un cinéphile passionné et grand collectionneur (plus de 10.000 titres dans sa DVDthèque) qui a décidé de se lancer dans le marché de la vidéo dans le but d’éditer des films qu’il désirait voir débarquer dans les bacs depuis longtemps. Prenant son courage à deux mains, essuyant le refus de la plupart des éditeurs qui riaient devant son projet, Thierry Blondeau ne s’est jamais découragé. Son envie et son amour infini pour le cinéma et le support DVD/Blu-ray ont porté leurs fruits. Voilà donc la collection « La Séance » qui s’ouvre le 22 octobre 2018 avec six titres : Les Amants du Tage et Des gens sans importance d’Henri Verneuil, Si tous les gars du monde… de Christian-Jaque, Porte des Lilas de René Clair, Les Grandes familles de Denys De La Patellière et Archimède le clochard de Gilles Grangier. Inédits en Blu-ray, ces titres seront édités à 3000 exemplaires.

Coin de mire Cinéma a d’ores et déjà annoncé les sorties de Paris est toujours Paris de Luciano Emmer, Le Cas du Docteur Laurent de Jean-Paul le Chanois, Des Pissenlits par la racine de Georges Lautner, Le Train de John Frankenheimer (en co-édition avec L’Atelier d’images), La Grosse caisse d’Alex Joffé et L’Affaire Dominici de Claude Bernard Aubert. Chaque restauration sera assurée par TF1 en collaboration avec le CNC. Ont également participé à la réalisation de ce projet L’Atelier d’images (entre autres Hugues Peysson et Jérôme Wybon), Celluloïd Angels, Intemporel et Slumberland. Signalons que chaque titre est annoncé au tarif de 32€, disponible à la vente sur internet et dans certains magasins spécialisés à l’instar de Metaluna Store tenu par l’ami Bruno Terrier, rue Dante à Paris.

L’édition prend la forme d’un Digibook (14,5cm x 19,5cm) suprêmement élégant. Le visuel est très recherché et indique à la fois le nom de l’éditeur, le titre du film en lettres d’or, le nom des acteurs principaux, celui du réalisateur, la restauration (HD ou 4K selon les titres), ainsi que l’intitulé de la collection. L’intérieur du Digibook est constitué de deux disques, le DVD et Blu-ray, glissés dans un emplacement inrayable. Une marque est indiquée afin que l’acheteur puisse y coller son numéro d’exemplaire disposé sur le flyer volant du combo, par ailleurs reproduit dans le livret. Deux pochettes solides contiennent des reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4. Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie de Gilles Grangier avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction du dossier de presse original et d’articles divers. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition d’Archimède le clochard contient donc les actualités de la 15e semaine 1959 comme l’inauguration d’une nouvelle ligne de métro à Tokyo, une inondation à Madagascar, une italienne qui a ouvert une pension de famille pour chats perdus (500 pensionnaires) ou un cygne moscovite qui voue un amour fou à l’homme qui l’a recueilli (9’).

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1959 avec une publicité inventive pour les bonbons de La Pie qui chante, une autre pour un bâtonnet glacé au Grand Marnier (« en vente dans cette salle »), une pub pour le café avec Henri Salvador ou une autre pour une cuisinière Arthur Martin dernier cri (8’).

La bande-annonce d’Archimède le clochard et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Archimède le clochard était jusqu’alors disponible en DVD chez René Chateau, dans une édition sortie en septembre 2000 quasiment épuisée. Pour son arrivée dans l’escarcelle de Coin de mire Cinéma, le film de Gilles Grangier a été restauré en Haute-Définition. Si la stabilité de l’image ne fait aucun doute, la restauration n’a pas été poussée comme nous pouvions l’espérer puisqu’il reste pas mal de dépôts résiduels, de scories, de griffures, de points et des rayures verticales. Les contrastes retrouvent de leur superbe, ainsi que la luminosité de la copie qui fait franchement plaisir. Notons tout de même quelques champs-contrechamps à la définition aléatoire, qui s’accompagnent parfois de flous sporadiques. Le grain argentique est heureusement conservé et bien géré.Le Blu-ray est au format 1080p.

Aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est indéniable, les dialogues sont clairs et nets. Si quelques saturations demeurent inévitables, la musique est joliment délivrée et aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr