Test Blu-ray / Comme un chien enragé, réalisé par James Foley

COMME UN CHIEN ENRAGÉ (At Close Range) réalisé par James Foley, disponible en DVD et Édition Prestige limitée – Blu-ray + DVD + goodies le 22 août 2018 chez Carlotta Films

Acteurs : Sean Penn, Christopher Walken, Mary Stuart Masterson, Crispin Glover, Tracey Walter, Chris Penn, Kiefer Sutherland, Millie Perkins, Eileen Ryan, R.D. Call, David Strathairn, J.C. Quinn, Candy Clark, Stephen Geoffreys…

Scénario : Nicholas Kazan

Photographie : Juan Ruiz Anchía

Musique : Patrick Leonard

Durée : 1h56

Année de sortie : 1986

LE FILM

Brad Jr. vient de quitter l’école et s’ennuie dans sa petite ville de Pennsylvanie. Il revoit son père, Brad Sr., qui a depuis longtemps quitté sa famille pour vivre en bande avec ses copains avec lesquels il a monté un gang de vols de véhicules. Brad Jr., de plus en plus admiratif, finit avec un groupe de copains par faire la même chose. Encouragé par les aînés, le jeune gang vole des tracteurs. Le drame éclate lorsque la police s’en mêle. Ce film est tiré d’un fait divers où un gang, en 1978, recruta des adolescents et les assassina froidement comme des témoins dangereux.

Tout juste âgé de 25 ans, Sean Penn est à un tournant de sa carrière. Après avoir débuté dans quelques teenage movies comme Ça chauffe au lycée Ridgemont, le jeune comédien va alors enchaîner trois films qui vont lancer définitivement sa carrière, Crackers de Louis Malle (1984), Le Jeu du faucon de John Schlesinger (1985) et surtout Comme un chien enragéAt Close Range, deuxième long métrage de James Foley. Si ce dernier n’a pas connu de succès à sa sortie dans les salles, surtout aux Etats-Unis, Comme un chien enragé va rapidement devenir un film culte grâce à son exploitation en VHS où il s’arrache des deux côtés de l’Atlantique.

Coécrit par Nicholas Kazan, fils de l’illustre Elia, l’oeuvre de James Foley possède ce parfum propre à Un Tramway nommé désir (1951), A l’est d’Eden (1955) et La Fièvre dans le sang (1961), la prestation et le charisme de Sean Penn n’étant pas sans rappeler ceux de Marlon Brando, James Dean et Warren Beatty. Les thèmes de l’héritage et de la filiation sont donc non seulement évidents à l’écran, mais aussi en dehors. Par ailleurs Comme un chien enragé, même si inspiré par un fait divers survenu en 1978 à Chester County dans la banlieue de Philadelphie, aurait tout aussi bien pu se passer dans les années 50 et être filmé en N&B ou en Technicolor. Brillant formaliste, James Foley convoque donc tout un pan du cinéma classique Hollywoodien et inscrit également son film dans la droite lignée du Nouvel Hollywood né au début des années 1970, doublé d’une esthétique moderne et représentative des années 1980. Oeuvre hybride et malgré certains éléments qui auraient pu sembler hétérogènes, Comme un chien enragé est pourtant une très grande réussite et l’un des plus grands films du cinéaste avec Glengarry (1992).

1978. Brad Whitewood vit dans une petite ville des Etats-Unis avec sa mère, sa grand-mère et son demi-frère Tommy. Au chômage et désœuvré, il passe son temps à regarder la télévision, boire de la bière, fumer des joints et traîner avec ses copains. Mais deux événements vont lui permettre de sortir de sa grisaille quotidienne. Tout d’abord, il tombe amoureux d’une jeune adolescente, Terry, puis il fait la connaissance de son père, Brad Sr., qu’il n’a pas vu depuis sa petite enfance. Ce dernier est un voleur professionnel à la tête d’une équipe expérimentée. Ses activités, qui s’étendent sur plusieurs états, lui permettent de vivre grassement, protégé par ses appuis dans la police. Lorsqu’une violente dispute oppose Brad au nouveau compagnon de sa mère, c’est tout naturellement auprès de ce père qui le fascine que le jeune homme va se réfugier. Il rencontre les autres membres de la bande et la compagne de son père et participe avec eux à des expéditions, initiant son frère à son tour ainsi que ses copains. Mais, après avoir assisté à l’assassinat d’un indicateur de la police par l’un des membres de la bande de son père, Brad se rend compte que ce dernier est un monstre cruel et immoral.

Si Sean Penn crève littéralement l’écran, ses partenaires ne sont pas en reste, en particulier Christopher Walken, dans un rôle envisagé pour Robert De Niro, capable de donner une véritable humanité à son personnage pourtant monstrueux, comme il l’avait déjà fait précédemment pour son rôle de bad guy dans le James Bond Dangereusement vôtre. En un clin d’oeil, on le voit passer d’une indéniable douceur et même d’un amour évident pour son fils, à une colère explosive et une violence impitoyable envers la personne qui se met sur son chemin. Brad Jr., sans repère, va se tourner vers son géniteur qui ne s’était alors jamais occupé de lui. C’est alors qu’il tombe amoureux de Terry, incarnée par la superbe et trop rare Mary Stuart Masterson (Beignets de tomates de vertes), celle par qui la rédemption sera envisageable. Mais malgré les avertissements de son père, Brad Jr. apprendra malheureusement trop tard qu’une fois plongé dans le crime, il est impossible d’en réchapper.

Comme un chien enragé est autant un thriller qu’un drame psychologique et familial, dont le final prend même une dimension quasi-shakespearienne. Merveilleusement interprété, y compris par Chris Penn et Eileen Ryan, le frère de Sean Penn et leur véritable mère, qui joue curieusement ici leur grand-mère, sans oublier les tronches des jeunes Crispin Glover et Kiefer Sutherland, Comme un chien enragé est justement animé par une fureur de vivre irriguée par un infini désir d’aimer et d’être aimé. Seul petit reproche que l’on pourrait faire au film, l’utilisation systématique de la musique qui a tendance à surligner l’émotion et qui sert principalement à annoncer le final chanté par Madonna avec son tube Live to Tell, avec parfois une approche clippesque. Mais ce bémol est finalement anecdotique, puisque le spectateur est sans cesse aspiré dans cette confrontation de sentiments fulgurants, le tout élégamment mis en scène par James Foley et magnifiquement photographié par le chef opérateur espagnol Juan Ruiz Anchía.

Beaucoup de séquences s’impriment définitivement dans les mémoires, force des grands classiques, ce qu’est indubitablement devenu Comme un chien enragé.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Comme un chien enragé a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, fixe et musical. Le film de James Foley est disponible en DVD, mais aussi et surtout en édition dite Prestige et limitée à 2000 exemplaires, comprenant le Blu-ray, le DVD, ainsi que le fac-similé du dossier de presse d’époque, l’affiche du film et 8 reproductions de photos d’exploitation d’époque.

En plus de la bande-annonce, Carlotta Films propose un formidable entretien avec le réalisateur James Foley (31’). Dans la première partie de son interview, le cinéaste aborde la genèse de Comme un chien enragé, projet amené par Sean Penn, que James Foley rencontre lorsque l’acteur passait des essais pour Reckless (1984), son premier film. Le casting est ensuite passé au peigne fin, tout comme les personnages et leur évolution, la méthode de jeu de Sean Penn et de Christopher Walken, la chanson de Madonna qui a contribué à la seconde vie du film après son échec dans les salles. Dans un deuxième temps, James Foley en vient à parler de sa carrière et de sa place au sein des studios hollywoodiens. Avec franchise (« il m’est arrivé de me disperser car vous devez prouver votre rentabilité »), le réalisateur indique que la série House of Cards lui a ouvert de nouvelles portes au cinéma (« comme si ce que j’avais fait avant n’avait jamais compté »), en se faisant notamment confier l’adaptation du second et du troisième volet de la saga Cinquante nuances. « Pour être attractif, il faut plaire sur le moment » dit-il plus ou moins pince-sans-rire. Deux succès commerciaux sur lesquels il indique « avoir dû se confronter aux faiblesses des romans » dont il avait parfaitement conscience. Deux films sur lesquels il ne pouvait pas s’exprimer personnellement, mais qui l’ont remis finalement en bonne position à Hollywood, où il espère pouvoir un jour mettre en scène son chef d’oeuvre, qu’il n’a pas encore réalisé selon lui.

L’Image et le son

Ce nouveau transfert Haute Définition permet de redécouvrir Comme un chien enragé sous toutes ses coutures, dans un master enfin digne de ce nom. Cette élévation HD offre à la colorimétrie un nouveau lifting et retrouve pour l’occasion une nouvelle vivacité, notamment sur les séquences diurnes. Si la gestion du grain demeure aléatoire et plus altérée sur les séquences sombres, y compris durant la première et la dernière bobine, au moins la patine argentique est respectée sans réduction de bruit, les détails (magnifique cadre large) et le piqué impressionnent avec un joli rendu des visages des comédiens, quelque peu rosés ceci dit, des contrastes solides et une clarté de mise. Notons quelques noirs qui tirent sensiblement sur le bleu, mais rien de rédhibitoire. Avec tout cela, on oublierait presque de mentionner la propreté de la copie. Si certains points et tâches ont échappé à la restauration, les poussières, scories, griffures et tâches en tous genres ont été éradiqués. Enfin une copie qui rend justice au film de James Foley, très prisé par les cinéphiles, dont l’attente est enfin récompensée.

La version originale DTS-HD Master Audio 2.0 donne un nouveau coffre à la partition de Patrick Leonard. Cependant, les voix restent parfois légèrement confinées et peinent à créer une dynamique digne de ce nom. Toutefois, cette version surpasse la piste française, proposée en 1.0, encore plus sourde et étriquée. Dans les deux cas, l’écoute est propre, aucun souffle n’est constaté. Mais au jeu des différences, la version anglaise s’avère plus aérée, naturelle et fluide. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © 1985 METRO-GOLDWYN-MAYER STUDIOS INC. Tous droits réservés. / Carlotta Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / À armes égales, réalisé par John Frankenheimer

À ARMES ÉGALES (The Challenge) réalisé par John Frankenheimer, disponible en DVD et Blu-ray le 25 juillet 2018 chez Carlotta Films

Acteurs :  Scott Glenn, Toshiro Mifune, Donna Kei Benz, Atsuo Nakamura, Calvin Jung, Sab Shimono, Kenta Fukasaku, Yoshio Inaba…

Scénario : Richard Maxwell, John Sayles

Photographie : Kozo Okazaki

Musique : Jerry Goldsmith

Durée : 1h49

Année de sortie : 1982

LE FILM

Kyoto, 1945, une cérémonie de la plus haute importance a lieu : le chef du clan Yoshida se retire et laisse sa place à son fils aîné, Sensei, et lui remet deux épées ancestrales,  symboles du pouvoir. Jaloux, le cadet tue son père avant de s’enfuir avec les précieuses armes. Plusieurs décennies passent, les enfants de Sensei apprennent que l’une des épées a été retrouvée à Los Angeles. Ils proposent alors à un boxeur en fin de carrière de la leur ramener. Un chemin périlleux l’attend.

Alors que les films de ninja commencent à se multiplier à Hollywood, surtout grâce à la Cannon avec L’Implacable NinjaEnter the Ninja réalisé en 1980 par l’illustre Menahem Golan lui-même et sa suite Ultime Violence – Ninja 2 Revenge of the Ninja mis en scène par Sam Firstenberg, certains cinéastes de renom prennent le train en marche pour surfer sur cette nouvelle vague. C’est le cas de John Frankenheimer (1930-2002). Oui, le cinéaste du Prisonnier d’Alcatraz (1962), Un crime dans la tête (1962), Le Train (1964), Grand prix (1966), French Connection 2 (1975) décide de s’y mettre aussi avec À armes égalesThe Challenge. Réalisé en 1982, ce film d’action de seconde zone contient tous les éléments installés dans les nanars qui commençaient alors à fleurir au cinéma, et ce jusqu’à la fin des années 1980. Difficile de trouver la griffe de John Frankenheimer dans À armes égales. Toutefois, cette série B, limite Z, a su devenir culte auprès des spectateurs adeptes du genre et reste un divertissement fort sympathique.

Los Angeles, 1982. Rick, un boxeur en fin de carrière, est recruté par Toshio et Akiko Yoshida pour rapporter clandestinement au Japon un sabre appartenant à leur père, le maître Yoshida. À peine arrivé à l’aéroport d’Osaka, il est kidnappé par les sbires de Hideo, puissant homme d’affaires mais aussi le frère et ennemi juré de maître Yoshida, prêt à tout pour récupérer le sabre…

« Il a été conditionné pour l’ultime défi » scandait l’affiche française du film. Et voilà notre pauvre américain quelque peu déglingué en route vers la rédemption. Ce boxeur miteux est interprété par Scott Glenn. Remarqué dans quelques séries (Les Rues de San Francisco, L’homme de fer, Baretta) puis au cinéma dans Apocalypse Now et Urban Cowboy, le comédien s’avère un étonnant mélange de David Carradine de la série Kung Fu et de Chuck Norris époque La Fureur du Dragon. Le premier pour la ressemblance physique, le second pour la coupe de cheveux du style baldaquin, mais aussi pour son non-jeu. Comme s’il portait tout le poids du monde sur ses épaules, Scott Glenn incarne péniblement Rick, à qui tous les malheurs arrivent. Lui qui désirait seulement se faire un peu de fric pour payer son loyer, se retrouve finalement au Japon au milieu d’une guerre fratricide.

Au programme, vengeance impitoyable, bastons, maniement du sabre, punchlines, fusillades. Sans oublier les rites d’initiation (un repas avec des anguilles vivantes à avaler) et les punitions où le héros se voit enterrer jusqu’au cou pendant cinq jours, obligé de gober les insectes qui s’approchent de lui. Le scénariste John Sayles (Piranhas, Hurlements) s’est fait plaisir.

Rick, tout d’abord vulgaire, égoïste, seulement préoccupé par l’argent qu’on lui doit, apprendra naturellement à faire le point sur sa vie, à écouter la personne en face de lui (surtout s’il s’agit d’une belle nana bad-ass), avant d’accepter son destin. Il est l’Elu, comme Néo dans Matrix, qui a quand même un peu plus de mal à lever la jambe pour affronter son adversaire, mais qui manie aussi bien la pétoire. À armes égales vaut donc pour son indéniable cachet nanar. Le film est correctement emballé, Scott Glenn est amusant (involontairement c’est vrai), Toshiro Mifune (Les Sept Samouraïs) cachetonne, la musique de Jerry Goldsmith est excellente et notre doublage français vaut son pesant avec notamment le gigantesque Richard Darbois qui prend un malin plaisir à doubler le personnage principal.

L’assaut final à la James Bond, on peut alors penser à celui d’On ne vit que deux fois, se tient grâce à l’indiscutable maîtrise technique de John Frankenheimer. Une petite réussite donc, efficace et récréative où les agrafeuses peuvent devenir des armes redoutables et où les têtes sont tranchées comme des pastèques.

LE BLU-RAY

Voilà deux ans que nous attendions impatiemment le retour de la Midnight Collection initiée par Carlotta Films en 2016 ! Pour cette co-édition avec L’Atelier d’images, nous retrouvons «  le meilleur de la VHS en Blu-ray et DVD  ». La jaquette, glissée dans un boîtier élégant de couleur noire et estampillée «  VHS  », est très sympa et reprend le style Vidéoclub des années 1980 avec le visuel original. Le menu principal est sobre, fixe et musical. Vivement les autres titres, en espérant ne pas attendre aussi longtemps !

Seule ombre au tableau de cette édition, le film n’est accompagné que de sa bande-annonce originale (non restaurée) et des credits habituels.

L’Image et le son

Disponible en France pour la première fois en version restaurée Haute Définition, le film de John Frankenheimer bénéficie d’un Blu-ray au format 1080p soigné. Un lifting numérique a visiblement été effectué, avec un résultat probant, même si des points et des tâches restent constatables (bien que rares). L’encodage AVC est de haute tenue et la promotion HD non négligeable. Les détails sont appréciables, le piqué et la clarté sont aléatoires mais plus nets sur les séquences diurnes, la colorimétrie retrouve une nouvelle jeunesse et les contrastes affichent une petite densité inattendue. L’ensemble est propre, stable en dehors de très légers fourmillements, le reste des scories demeure subliminal, et le grain est respecté. La première bobine et le générique de fin restent plus grumeleux avec une définition hasardeuse. Notons que les sous-titres anglais très encombrants sont incrustés sur l’image lors des échanges en japonais.

Sachant que les spectateurs français ont avant tout découvert ce film dans la langue de Molière, Carlotta Films livre un mixage français propre et respectueux de l’écoute originale avec bien sûr le doublage d’époque. Au jeu des comparaisons, la version originale s’en sort mieux avec des effets plus naturels et une dynamique plus marquée que la VF aux dialogues assez sourds. Les deux pistes sont proposées en DTS-HD Master Audio 1.0, qui ne peuvent évidemment pas rivaliser avec les standards actuels, mais l’éditeur permet de revoir ce « classique » dans de bonnes conditions techniques, sans craquement ni souffle. Le changement de langue est verrouillé à la volée, tout comme les sous-titres français.

Crédits images : © Carlotta Films / L’Atelier d’images / CBS Broadcasting INC. / CBS STUDIOS INC. Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Portrait de Jennie, réalisé par William Dieterle

LE PORTRAIT DE JENNIE (Portrait of Jennie) réalisé par William Dieterle, disponible en DVD et Blu-ray chez Carlotta Films le 21 mars 2018

Avec :  Jennifer Jones, Joseph Cotten, Ethel Barrymore, Lillian Gish, Cecil Kellaway, David Wayne…

Scénario : Leonardo Bercovici, Paul Osborn, Peter Berneis d’après le roman “Le Portrait de Jennie” (“Portrait of Jennie”) de Robert Nathan

Photographie : Joseph H. August

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1948

LE FILM

Eben Adams est un peintre fauché qui rencontre Jennie dans Central Park, une petite fille portant des vêtements d’un autre âge. De mémoire, il fait d’elle un beau croquis qui impressionne ses marchands d’art. Cela lui inspire un portrait – le “Portrait of Jennie”. La revoyant grandie, il s’éprend alors de celle qui semble n’être qu’une apparition appartenant au passé…

« Là d’où je viens, personne ne sait. Et là où je vais, toute chose va ».

Un humaniste à Hollywood. C’est comme cela qu’était perçu le réalisateur allemand Wilhelm Dieterle alias William Dieterle (1893-1972), qui avait tout d’abord commencé en tant qu’acteur de théâtre dans les années 10. Il se lance dans la réalisation en 1919 mais renonce faute de succès. Acteur populaire dans les années 20 où il tient la vedette d’une quarantaine de films, il renoue finalement avec la mise en scène où il dirige Marlène Dietrich. Suite à une invitation de la prestigieuse Warner, William Dieterle se rend aux Etats-Unis où il restera pendant près de trente ans en signant de nombreux succès. Porte-drapeau de l’anti-fascisme, grand humaniste, il reste célèbre pour avoir co-fondé la ligue anti-nazi à Hollywood. Réalisé en 1948, Le Portrait de Jennie est sans nul doute le chef d’oeuvre de William Dieterle.

Comme dans Tous les biens de la TerreThe Devil and Daniel Webster, réalisé au début des années 40, Le Portrait de Jennie s’inscrit dans le genre fantastique ancré dans le réel et demeure un film inclassable, somptueusement mis en scène et photographié comme un rêve éveillé, d’une fantastique poésie, où flamboie le couple Jennifer Jones – Joseph Cotten. Les deux comédiens avaient déjà été réunis trois ans auparavant par William Dieterle dans Love Letters et dans Duel au soleil de King Vidor en 1946, sur lequel le cinéaste avait d’ailleurs remplacé son confrère, même s’il n’est pas mentionné au générique. Le Portrait de Jennie est un film baroque, mystérieux, en un mot immanquable.

New York, hiver 1934. Eben Adams (Joseph Cotten, bouleversant), peintre sans le sou, croise une étrange fillette nommée Jennie Appleton (Jennifer Jones) à Central Park. Lui qui avait pour habitude de peindre des paysages ou des natures mortes va esquisser le croquis de cette enfant, éveillant la curiosité des marchands d’art. À chacune de leurs retrouvailles, Jennie vieillit à vue d’œil, jusqu’à se métamorphoser en une belle et jeune demoiselle. À la fois intrigué et fasciné par cette femme semblant venir d’un autre temps, Eben va tenter de percer le mystère de celle qui est devenue sa muse. Il acquiert ainsi la certitude que Jennie est une revenante, la fille de deux trapézistes morts dans un accident en 1910.

Immense réussite, qui n’avait malheureusement connu aucun succès à sa sortie et qui a ensuite été complètement oublié, Le Portrait de Jennie est un sublime mélodrame, une très grande histoire d’amour au-delà du temps et de la mort, comme pouvait l’être L’Aventure de madame Muir de Joseph L. Mankiewicz sorti l’année précédente. Furieusement romantique, ce film tiré du roman de Robert Nathan (publié en 1940), foudroie d’emblée par son prologue poétique convoquant Euripide et Keats, et qui a fait le bonheur des surréalistes. En ayant parfois recours à des filtres spécifiques qui donnent l’impression que les images sont imprimées sur une vraie toile, William Dieterle convoque et entrecroise les arts et les genres. Romance, drame, fantastique, tous ces éléments s’accordent magistralement au fil d’un récit riche en surprises, jusqu’au dernier quart d’heure insolite où les images N&B deviennent alors vertes, comme si le personnage interprété par Joseph Cotten parvenait à passer à travers les arts et donc de la pellicule, pour sauver celle qu’il aime, qui lui a donné une raison de vivre, qui l’obsède et qui l’inspire.

A sa sortie, cette séquence de violente tempête (récompensée par l’Oscar des meilleurs effets spéciaux en 1949) s’accompagnait également d’effets sonores révolutionnaires voulus par le producteur David O. Selznick. Le Portrait de Jennie est évidemment doublé d’une réflexion sur le rôle de l’art et la place de l’artiste, son inspiration et sa postérité. A l’image du coup de foudre d’Eben et tel Pandora, le visage de Jennie et donc de Jennifer Jones (La Folle ingénue d’Ernst Lubitsch, Plus fort que le diable de John Huston), s’imprime dans les mémoires des cinéphiles de façon indélébile. Plus que le personnage principal, c’est donc la comédienne elle-même, sa beauté, sa sensualité, sa grâce qui défient et passent sans aucun dommage à travers le temps. C’est aussi le cas de cette œuvre onirique et romanesque, qui perd le spectateur dans la Grosse Pomme (d’amour) éthérée et nimbée de brouillard, qui demeure toujours autant si ce n’est plus envoûtante 70 ans après sa sortie sur les écrans.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Portrait de Jennie, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

Seule la bande-annonce d’époque est proposée comme supplément.

L’Image et le son

Si ce master a été restauré, quelques rayures verticales, poussières et griffures subsistent. Quand bien même elles n’altèrent pas le visionnage, elles demeurent récurrentes. Ceci dit les contrastes sont élégants et la luminosité est de mise. Le N&B se compose d’une jolie gamme de gris marbrés même si certains fourmillements ou diverses sautes inhérents à l’âge du film n’ont pu être corrigés. En dehors des rayures mentionnées au préalable, les scories ont été éliminées. Toutefois, certaines séquences sont plus altérées avec un aspect beaucoup plus grumeleux comme sur le plan en ouverture et même toute la scène d’exposition. Les fondus enchaînés décrochent quelque peu, les séquences sombres donnent plus de fil à retordre avec une perte des détails et une baisse de la définition. En revanche, le dernier acte pour lequel le chef opérateur Joseph H. August a utilisé des lentilles spéciales datant du cinéma muet et des filtres verts apparaît plus propre et stable, ainsi que l’épilogue en Technicolor. Le master alterne donc le bon et le médiocre.

Deux mixages au programme. Une version DTS-HD Master Audio 1.0 et…5.0 ! Un carton indique que cette seconde option acoustique reproduit pour le dernier acte, les effets sonores souhaités par le producteur David O. Selznick, exploités dans certaines salles de cinéma. Le mixage 1.0 était alors plus largement diffusé et cette édition replace le son sur le canal central avant. Alors un bon conseil, choisissez la piste mono jusqu’à 1h14 puisque les voix des comédiens y sont plus dynamiques et vous ne vous encombrerez pas d’un souffle sur les enceintes arrière, même si la musique profite quelque peu de cette spatialisation. Dès que la tempête commence par cet éclair vert qui strie le ciel et donc votre écran, passez en 5.0. Ce mixage original vous plongera au beau milieu des vagues et des rafales de vent.

Crédits images : © Carlotta Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / Le Complexe de Frankenstein, réalisé par Alexandre Poncet et Gilles Penso

LE COMPLEXE DE FRANKENSTEIN réalisé par Alexandre Poncet et Gilles Penso, disponible en DVD et Blu-ray le 27 septembre 2017 chez Carlotta Films

Acteurs : Rick Baker, Joe Dante, Guillermo Del Toro, Mick Garris, Alec Gillis, Steve Johnson, John Landis, Greg Nicotero, Kevin Smith, Phil Tippett, Chris Walas, Matt Winston, Tom Woodruff Jr.…

Scénario :  Gilles Penso, Alexandre Poncet

Photographie : Gilles Penso, Alexandre Poncet

Musique : Alexandre Poncet

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2015

LE FILM

Les créatures fantastiques n’ont jamais été aussi populaires qu’aujourd’hui, comme le prouvent les triomphes d’Avatar, Jurassic World, La Planète des singes ou Star Wars. Depuis les prémices du 7e art jusqu’aux dernières révolutions numériques, Le Complexe de Frankenstein explore plus d’un siècle d’expérimentations dans le domaine des effets spéciaux, mettant ainsi en lumière, aux côtés des monstres les plus célèbres, la personnalité de leurs créateurs, véritables héritiers du Docteur Frankenstein. Le film célèbre un art unique, fragilisé par l’envol des nouvelles technologies numériques.

Passionnés des effets spéciaux, amateurs du cinéma fantastique et d’épouvante, ou tout simplement camarades cinéphiles, le documentaire Le Complexe de Frankenstein est fait pour vous ! Pendant trois ans, de 2013 à 2015, Gilles Penso, monteur, scénariste, journaliste (L’Ecran Fantastique et Sonovision) et Alexandre Poncet, journaliste (Mad Movies, Freneticarts qu’il a co-fondé en 2008), monteur, compositeur, ont produit et réalisé ce film sensationnel sur les créatures au cinéma, mais aussi et surtout sur ceux qui se cachent derrière ces monstres avec lesquels chacun a grandi et développé son propre univers. Six ans après Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux, écrit et réalisé par Gilles Penso, produit par Alexandre Poncet, les deux complices ont décidé d’élargir leur réflexion sur les méthodes utilisées dans le cinéma de genre qui ont donné vie aux personnages emblématiques des années 1970 à nos jours, en allant à la rencontre d’artistes exceptionnels, devenus aussi incontournables que mythiques. Ce sont eux qui ont contribué au succès et même à la postérité des films auxquels ils ont participé, en leur apportant leur immense talent.

Ainsi, à l’écran se succèdent quelques pères fondateurs et fils spirituels : Rick Baker (Le Loup-Garou de Londres, Thriller, Le Grinch, Wolfman), Steve Johnson (Fog, Hurlements, S.O.S. Fantômes, Abyss), Greg Nicotero (Le Jour des morts-vivants, Evil Dead 2, Phantasm 2, Une nuit en enfer), Dennis Muren (Rencontres du troisième type, Terminator 2 – Le Jugement dernier, Jurassic Park, Twister), Phil Tippett (La Guerre des étoiles, la trilogie RoboCop, Starship Troopers, Willow), Alex Gillis et Tom Woodruff Jr. (Aliens – le retour, Leviathan, La Mort vous va si bien, Jumanji), Chris Walas (Piranha, Gremlins, La Mouche, Arachnophobie), Matt Winston (fils de feu Stan Winston), Mike Elizalde (Total Recall, Darkman, Hellboy, Fantômes contre fantômes) et les frères Chiodo (Critters, Team America, police du monde), ainsi que les réalisateurs John Landis, Joe Dante, Guillermo del Toro, Christophe Gans, Kevin Smith. Ces illustres noms s’entrecroisent à travers la présentation de leur spécialité, de leur passion toujours intacte, de leurs œuvres devenues cultes. Mais à travers leurs propos et leur propre définition du monstre au cinéma, une réflexion naît sur l’évolution d’un métier, d’un art, qui n’a eu de cesse d’évoluer au fil des années et où les images de synthèse ont peu à peu pris le pas sur les animatroniques, marionnettes, prothèses, mannequins, costumes, maquettes et animations image par image, depuis Abyss, Terminator 2 – Le Jugement dernier et Jurassic Park. Une avancée technologique inéluctable et même impitoyable pour certains, au point que le célèbre maquilleur Rob Bottin (The Thing, Legend, Fight Club) a purement et simplement quitté l’industrie du cinéma depuis 2003, en raison du manque de respect visàvis de la profession. Si ce dernier est sans cesse évoqué, il n’apparaît que brièvement via quelques images d’archives.

De son côté, Phil Tippett revient sur le fait d’avoir été pris au dépourvu sur Jurassic Park avec l’animation de ses dinosaures en CGI. Un essor technologique qui l’a fait entrer en dépression, dont il est heureusement sorti avec l’envie de prendre finalement le train en marche et pour ainsi prouver qu’il n’était pas d’être mis à la casse. Le Complexe de Frankenstein, titre qui fait évidemment référence à la création d’un monstre par le Dr Frankenstein et donc le fait d’engendrer un être venu de l’imagination, qui est ensuite né des mains de son créateur, ne rend donc pas seulement hommage à ces artistes dont les doigts de fée ont curieusement donné naissance à des monstres souvent cauchemardesques, mais pose la question sur le devenir d’une technique par rapport à l’autre, d’autant plus depuis l’arrivée de la motion-capture et la création du personnage de Gollum pour Le Seigneur des Anneaux, ainsi que le monde et les personnages d’Avatar de James Cameron.

Etant donné que l’animation numérique est capable de tout créer aujourd’hui – ou presque diront certains – comment continuer à stimuler l’imagination et à créer l’émerveillement des spectateurs au cinéma ? Les techniques d’animation peuvent-elles coexister puisqu’elles évoluent sans cesse chacune de leur côté ? Sur un montage intelligent qui ne se contente pas d’aligner les propos et anecdotes de tournage de ses intervenants, Le Complexe de Frankenstein invite donc le spectateur à se poser lui-même ces questions. Les deux réalisateurs ont préféré faire confiance à l’investissement de leur audience, sans leur imposer une voix-off ostentatoire qui aurait eu comme effet de créer une redondance avant ou après les interventions de chaque invité, tout en limitant les extraits de films abordés.

Non seulement Le Complexe de Frankenstein caresse la fibre nostalgique, mais le documentaire flatte aussi et surtout le coeur et l’esprit en convoquant ces hommes de l’ombre, tout en proposant quelques focus sur quelques-unes de leurs plus belles progénitures. Frissons garantis quand la caméra se pose devant diverses sculptures, maquettes 3D, ou bien un Predator, un Alien, quelques dinosaures de Jurassic Park, des créatures de Starship Troopers et même le célèbre ED-209 de RoboCop animé pour l’occasion par Phil Tippett en stop-motion. Ces personnages paraissent bien sages accrochés sur un mur, mais leur aura reste intacte.

Alors merci à ces génies, qui ont su garder leur âme d’enfant pour mieux stimuler la nôtre, et merci à Gilles Penso et Alexandre Poncet pour ce film indispensable – et surtout optimiste quant à « l’entente » entre les méthodes – qui fera date et que les passionnés que nous sommes préserverons précieusement.

LE BLU-RAY

Les éditions double DVD et Blu-ray/+DVD de suppléments du Complexe de Frankenstein, sont disponibles chez Carlotta Films. Les disques reposent dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui liseré orange. Le menu principal est élégant et musical.

Le premier disque, le Blu-ray, contient tout d’abord un formidable commentaire audio des réalisateurs Alexandre Poncet et Gilles Penso, réalisé fin décembre 2016. Enjoués, dynamiques et très heureux de leur nouveau « bébé », les deux amis et collaborateurs reviennent sur tous les aspects du Complexe de Frankenstein, qui leur a demandé trois ans de travail. La genèse du projet, le titre, les étapes de la réalisation, leurs intentions (démontrer qu’il ne s’agissait pas d’un sujet de niche, ni d’un « bonus » de DVD), la création du générique, Les conditions de tournage, l’évolution du montage, les scènes coupées, les partis-pris, la création de la musique par Alexandre Poncet et encore bien d’autres thèmes sont abordés pendant près d’1h45, sans aucun temps mort et avec une passion extrêmement contagieuse ainsi qu’une spontanéité revigorante.

Alors évidemment, certains propos du commentaire précédent sont repris dans l’excellent documentaire rétrospectif du film, intitulé L’Odyssée de Frankenstein (55’). Gilles Penso et Alexandre Poncet sont forcément de retour, face caméra cette fois, et abordent la création, le tournage et le montage du Complexe de Frankenstein. C’est ici l’occasion de découvrir des images « laissées sur le banc de montage », qui complètent parfois certaines séquences du film, tout comme divers propos des deux complices qui prolongent également certains sujets abordés dans leur commentaire, comme leur répartition des tâches. Quelques images des rushes, du tournage proprement dit, ainsi que de la présentation du film au Paris International Fantastic Film Festival, une projection qui a marqué les réalisateurs puisque les attentats du Bataclan venaient juste de secouer la France, viennent également illustrer ce très bon module.

Le segment Artisanat numérique (15’) rend un petit hommage aux « hommes de l’ombre » qui ont participé au documentaire de Poncet/Penso (tiens, ça sonne comme Jeunet/Caro !), à savoir Laurent Brett, superviseur des génériques, Orphée-Timothée Marle Ouvrard, superviseur de la post-production, Jérémy Tosseghini, designer du générique. Ces entretiens reviennent sur les séquences qui ont pu donner du fil à retordre à l’instar de l’interview de Rick Baker, dont le rétro-éclairage de l’artiste créait un balayage qui pouvait rendre les images inutilisables, tout comme le bruit de la tondeuse du voisin de Joe Dante qui prenait le dessus sur les propos du maître. Heureusement, le talent des collaborateurs de Poncet/Penso ont pu sauver tout cela en post-production. La restauration des archives, les effets de transitions, l’habillage et la création du générique sont également abordés.

Merci à l’éditeur de nous proposer la bande originale élégante et inspirée composée par Alexandre Poncet lui-même (64’) !

L’interactivité du Blu-ray se clôt sur une large et précieuse galerie de photos du film, des coulisses et du tournage, qui nous permet de mieux observer les accessoires, maquettes, dessins et autres créations de ces merveilleux artistes. La bande-annonce du film est aussi au programme.

Mais attendez, ce n’est pas terminé, loin de là ! Carlotta Films intègre une deuxième galette, un DVD remplit de bonus !

Pour les besoins du film, Poncet/Penso ont bien évidemment été obligés de raccourcir certains entretiens ou leurs visites dans quelques ateliers de création. Ce DVD propose quatre rencontres en « version longue », celles avec Rick Baker (9’), Tom Woodruff Jr. et Alec Gillis (13’), Kevin Yagher (14’) et Charlie Chiodo (12’). Les passionnés ne manqueront pas de visionner ces segments constitués de nouveaux propos (tous s’accordent à dire que les différentes techniques peuvent et doivent coexister) et surtout d’images inédites, notamment Rick Baker qui se penche sur quelques-unes de ses créations (Le Loup-Garou de Londres, Thriller, Gremlins 2, Mon ami Joe, Men In Black), tout comme Tom Woodruff Jr. et Alec Gillis dans l’enceinte d’Amalgamate Dynamics inc. (Alien, la résurrection, AVP: Alien vs. Predator, Tremors).

De son côté, Kevin Yagher nous présente quelques poupées Chucky, mais aussi les corps créés pour la scène de l’échange des visages dans Volte/Face de John Woo (très impressionnant), le visage et le corps de Freddy (et du Freddy-Snake) pour les opus 2 et 3 des Griffes de la nuit, sans oublier le personnage « présentateur » des célèbres Contes de la Crypte et les corps aperçus dans la série Bones. Charlie Chiodo nous présente quant à lui de nombreux dessins et storyboards, tout en réalisant un dessin de monstre pour les deux réalisateurs.

S’ensuit une rencontre avec Sacha Feiner (10’) grand passionné de l’univers des Gremlins, au point d’être devenu probablement l’un des plus grands collectionneurs de tout ce qui concerne l’univers des créatures apparues dans le film de Joe Dante en 1984. Sacha Feiner nous présente les pièces les plus précieuses, mais aussi les plus laides (ce sont ses mots) et insolites qui ornent les vitrines, étagères et même les pièces entières de son domicile. Entre les fausses poupées Gyzmo, les contrefaçons, les jouets ratés, les comic books, les véritables marionnettes ayant servi pour les deux films, ainsi que les objets qu’il a lui-même restaurés, scannés et repeints, ne manquez pas cette petite visite gratuite et laissez votre pourboire en sortant.

Après, précipitez-vous sur une des rencontres indispensables de cette édition, celle avec le réalisateur Christophe Gans (36′). Cette formidable approche sur les monstres au cinéma est proposée dans son intégralité, là où quelques propos seulement apparaissaient dans Le Complexe de Frankenstein. Christophe Gans évoque tour à tour la création de la Bête dans son remake du film de Jean Cocteau (avec quelques anecdotes de tournage), les artistes et films qui l’ont marqué (Rob Bottin, Legend de Ridley Scott, les performances d’Andy Serkis chez Peter Jackson, les voix de Christopher Lee, Boris Karloff et de Béla Lugosi, le visage de Ron Perlman, La Mouche de David Cronenberg, Phil Tippett, James Cameron), l’importance de concilier les différentes techniques d’effets spéciaux afin de préserver la magie du septième art. Respiration. Christophe Gans aborde également la notion du monstre au cinéma, de Méliès à aujourd’hui, son propre rapport aux créatures, de ses débuts dans le film Necronomicon, réalisé avec Brian Yuzna et Shūsuke Kaneko en 1988, jusqu’à l’avènement des effets numériques utilisés dans sa version de La Belle et la Bête, même s’il tient à rappeler que le visage de la Bête a bien été créé de toutes pièces avant d’être scannée. Ecouter Christopher Gans est comme assister à une masterclass à chacune de ses interventions.

Place aux artistes américains Steven Johnson et John Vulich, à qui le segment est d’ailleurs dédié puisque ce dernier est décédé en 2016, deux jours après son 55e anniversaire. Le « designer creatures » de S.O.S. Fantômes, Abyss et Spider-Man 2, s’entretient donc avec celui des séries Buffy contre les vampires, X-Files et Babylon 5 dans une version étendue, sur leurs heures de gloire et l’évolution de la technique des effets spéciaux au cinéma et à la télévision (7’).

Même chose, la rencontre entre Joe Dante et John Landis est ici prolongée (6’ au total), chacun revenant sur les mêmes sujets abordés dans le segment précédent. On notera comment les deux se moquent gentiment des films de leur confrère Roland Emmerich, surtout de 2012. Quand John Landis déclare que la scène où John Cusack tente de s’enfuir devant la faille de San Andreas est « tellement idiote », Joe Dante répond que « cela fait de bonnes bandes-annonces ».

En avril 2016, à l’occasion d’une projection du Complexe de Frankenstein au cinéma de la Guilde des réalisateurs à Los Angeles, dans le cadre du Festival de Colcoa, Gilles Penso et Alexandre Poncet ont été invités à répondre à quelques questions, au cours d’une rencontre animée par Joe Dante lui-même (19’). Alors certes les propos tenus ici font inévitablement écho avec tout ce qui a déjà été entendu au cours du commentaire audio, du making of et des modules du second disque, mais l’expérience est étonnante et le public français peut être fier des deux réalisateurs. On apprend également qu’ils préparent actuellement deux documentaires. Le premier sur le vingtième anniversaire de Starship Troopers, grâce à 16 heures de rushes confiées par l’animateur Phil Tippett, et le second consacré à ce dernier lui-même ainsi qu’à son studio, sans oublier un livre sur leur travail sur Star Wars.

On termine par une masterclass de Guillermo del Toro (22’). En juillet 2016, le réalisateur reçoit le Prix Cheval Noir au Festival Fantasia de Montréal. Invité d’honneur, Guillermo del Toro présente Le Complexe de Frankenstein (« un film de fans pour les fans ») et revient en fin de projection pour une masterclass aussi drôle qu’intelligente et passionnée. Il se souvient de sa première « rencontre » avec les monstres au cinéma et sur ce qui lui a donné cet amour pour les créatures qui se perpétue dans chacun de ses films. Guillermo del Toro ne manque pas d’évoquer les artistes qui le fascinent depuis son enfance, sur les monstres qui peuplent ses œuvres et de la manière avec laquelle ils ont été réalisés. Le cinéaste prône d’ailleurs la fusion entre les différentes techniques d’animation.

Attention, deux bêtisiers très contagieux sont dissimulés sur le Blu-ray.

Pour accéder au premier, allez sur le sous-menu des suppléments. Placez le curseur sur L’Odyssée de Frankenstein puis appuyez sur la flèche de gauche. Un visuel apparaît. Validez. Il s’agit de prises ratées de présentations réalisées par les deux réalisateurs pour divers festivals où ils n’avaient pas pu se rendre. Premier fou rire (4’30).

Le second, toujours dans le même sous-menu des suppléments, se trouve sur la gauche des Credits. Validez le visuel. Il s’agit cette fois d’un délire que Poncet/Penso se sont tapés sur leur banc de montage, en créant une transition kitsch héritée d’une publicité avec Jeff Goldblum. D’où l’intitulé « la Goldblouche ». Deuxième fou rire (4’).

L’Image et le son

Essentiellement tourné en numérique au moyen d’un Canon 5D, Le Complexe de Frankenstein débarque en Blu-ray (1080p, AVC), un format qui sied à merveille aux précieuses images recueillies par Poncet/Penso. Le master HD est étincelant. Les protagonistes apparaissent clairement, les couleurs sont très belles, le relief palpable, le piqué incisif et certains gros plans sur les maquettes et accessoires se révèlent d’une précision d’orfèvre. Les quelques extraits de films et archives de tournage qui illustrent ce documentaire ont vraisemblablement subi un dépoussiérage afin d’offrir aux spectateurs le meilleur confort possible.

Le documentaire est proposé en DTS-HD Master Audio 5.1. Dans un premier temps, la spatialisation peut sembler limitée et l’essentiel de ce mixage demeure focalisé sur la centrale d’où sont exsudés avec force, les commentaires du film, mais c’était sans compter l’accompagnement musical très présent. L’ensemble est plutôt riche, les latérales parviennent à instaurer une atmosphère plaisante, y compris lorsque les prises de son ont été réalisées dans des conditions restreintes. Le caisson de basses parvient à tirer son épingle du jeu.

Crédits images : © 2015 FRENETIC ARTS. Tous droits réservés. / Carlotta Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Picnic, réalisé par Joshua Logan

PICNIC réalisé par Joshua Logan, disponible en DVD et Blu-ray le 23 août 2017 chez Carlotta Films

Acteurs : William Holden, Kim Novak, Betty Field, Susan Strasberg, Cliff Robertson, Arthur O’Connell…

Scénario : Daniel Taradash, d’après la pièce éponyme de William Inge

Photographie : James Wong Howe

Musique : George Duning

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Dans une petite ville du Kansas, un pique-nique annuel est organisé pour célébrer la fête du Travail. C’est ce jour-là que débarque Hal Carter, ancien camarade d’université d’Alan Benson, dont le père est un riche céréalier de la région. Avant de retrouver son ami, Hal fait la connaissance des sœurs Owens : Millie, « garçon manqué » au tempérament bien trempé, et Madge, la plus jolie fille du coin et petite amie d’Alan. Le nouveau venu tombe immédiatement sous son charme. Le pique-nique sera pour les deux jeunes gens l’occasion de se rapprocher…

Incontestablement, le scénariste et metteur en scène Joshua Logan (1908-1988) a plus marqué le monde du théâtre que celui du cinéma. Très jeune il participe à la création d’une troupe de théâtre au sein de l’université de Princeton, où s’invitent les débutants Henry Fonda et James Stewart. Tout d’abord comédien au début des années 1930 et adepte de la méthode Stanislavski qu’il a étudié à Moscou, il rencontre et collabore avec le grand David O. Selznick à Hollywood, tout en gardant un pied à Broadway. Après la Seconde Guerre mondiale, il se consacre à la mise en scène de pièces de théâtre et accumule les récompenses. Parmi ses grands succès, il y a notamment la pièce Picnic du dramaturge William Motter Inge (1913-1973), auréolée du prix Pulitzer du théâtre en 1953. Ouvertement sexuelle, la pièce attire quand même les convoitises de certains producteurs. Joshua Logan, qui vient d’être rappelé à Hollywood afin de remplacer John Ford alors souffrant pour terminer Mister Roberts, est lui-même désigné pour adapter Picnic sur grand écran, en Technicolor et Cinémascope.

Le jour de la fête du travail, dans une petite ville du Kansas. Un jeune homme débarque d’un train de marchandises, visible vagabond qui n’a qu’un baluchon, un pantalon élimé et une chemise crasseuse. Le nouveau venu, Hal Carter, cherche aussitôt un emploi. Une charmante vieille dame, Helen Potts, lui fournit le gîte et le couvert en échange de quelques travaux de jardinage. Hal espère se faire engager dans la minoterie familiale d’Alan Benson, un ancien camarade. Benson convie Hal à prendre part au traditionnel pique-nique qui réunit toute la population et lui présente sa fiancée, Madge Owens. Entre les deux jeunes gens, c’est le coup de foudre. Picnic condense les thèmes de prédilection de William Inge avec ses personnages en quête d’indépendance, isolés dans leur caste sociale, englués dans leur quotidien, dans leur famille et leur environnement, rêveurs mais trop lâches pour réaliser leurs fantasmes, résigner à accepter leur situation ou laissant tomber s’ils échouent à s’échapper la première fois. Avec acuité, le scénariste Daniel Taradash, auteur de Tant qu’il y aura des hommes de Fred Zinnemann (1953) et de Troublez-moi ce soir (1952) de Roy Ward Baker transpose l’univers, l’environnement, les mots et les maux de William Inge, le tout pris en charge par Joshua Logan, qui signe ici son meilleur film.

Le cinéaste plonge immédiatement l’audience dans une petite bourgade du Kansas, ainsi que l’élément qui va perturber le quotidien morne et trop bien réglé de ses habitants, autrement dit le personnage de Hal Carter, interprété par William Holden. Avec son cadre large et la merveilleuse photographie de l’immense chef opérateur James Wong Howe, Picnic subjugue d’entrée de jeu, tandis que les émotions submergent progressivement, entre amour et haine, entre la rage et le désespoir. Joshua Logan filme la fureur de (sur)vivre. L’arrivée de cet homme sensuel, qui exhibe innocemment son corps musclé et bronzé va être mal vue de la part de cette petite société sclérosée dans les convenances. Une mère de famille va ainsi se rendre compte qu’elle vit par procuration en voulant faire de sa fille aînée Madge, incarnée par Kim Novak qui avait explosé l’année d’avant en femme fatale dans Du plomb pour l’inspecteur de Richard Quine, la reine de beauté de la ville lors de la fête du travail organisée une fois par an. La frustration sexuelle, la jeunesse éphémère et l’élévation dans l’échelle sociale sont également les sujets abordés dans Picnic avec une rare subtilité, dans une unité de temps (24 heures, de l’aube jusqu’au lever du soleil du jour suivant), de lieu (une petite ville) et d’action avec la préparation du pique-nique, la fête, le retour au bercail.

Joshua Logan ne force jamais le trait et semble prendre beaucoup de plaisir à filmer – avec tendresse – les petites habitudes, les jeux organisés, les concours de chansons, les bébés qui pleurent, les amis qui trinquent durant cette journée si particulière à laquelle tout le monde semble attachés. Hal Carter ne fait pas partie de ce monde millimétré et sa présence, même si tolérée au départ, va progressivement devenir embarrassante (alors que l’alcool coule à flot), surtout lorsque les invités vont se rendre compte qu’il ne laisse pas Madge indifférente et réciproquement lors d’une incroyable scène de danse où les sentiments se dévoilent. Ancien grand sportif de son université, mais qui ne pouvait vraiment compter que sur ses exploits au football pour être populaire, Hal souhaite renouer avec son ancien meilleur ami Alan (Cliff Robertson), héritier d’une grande entreprise agricole, afin d’espérer obtenir un emploi bien rémunéré. Si Alan est tout d’abord très heureux de revoir Hal, il tue dans l’oeuf ses espoirs de gérer un poste important puisqu’il n’est pas diplômé. La soirée va s’envenimer puisque Madge doit épouser Alan, selon les désirs de la mère de la jeune femme.

Picnic est un entrecroisement de récits initiatiques et rappelle dans une moindre mesure le Théorème de Pier Paolo Pasolini sorti presque quinze ans après, qui ciblait le milieu bourgeois. La présence d’un être attirant, bâti comme une statue grecque, sans attaches ni fortune et surtout libre, va donc faire imploser cette communauté engluée dans la routine et où le déni est devenu quotidien. Picnic obtiendra un grand succès aux Etats-Unis, à tel point que l’année suivante Joshua Logan, Golden Globe du meilleur réalisateur, se verra confier la transposition d’une autre pièce de théâtre de William Inge, Arrêt d’autobus (Bus Stop) avec la star Marilyn Monroe. Dernière chose, Picnic reste l’un des rares films diffusés aux Etats-Unis en incluant deux messages publicitaires subliminaux, insérés toutes les cinq secondes à l’aide d’un tachistoscope. Procédé qui a visiblement porté ses fruits, puisque les vendeurs de popcorn et de sodas voyaient leurs ventes grimper auprès des spectateurs venus voir le film de Joshua Logan !

LE BLU-RAY

Le test de l’édition HD de Picnic, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le visuel de la jaquette, tout comme celui du menu principal fixe et musical, est étonnamment sobre, mais très élégant.

Aux côtés de la bande-annonce originale, l’éditeur livre une formidable présentation et analyse de Picnic de Joshua Logan, mais également de l’oeuvre du dramaturge William Inge (27’). On doit ce brillant exposé à Marguerite Chabrol, professeure à l’université Paris 8 et auteure de l’ouvrage De Broadway à Hollywood (CNRS Editions). Vous saurez tout sur la création de la pièce Picnic à Broadway en 1953 ! Les thèmes abordés, la mise en scène, l’importance du décor (unique, entre deux façades de maisons voisines), des lumières et même du son, élément encore rare au théâtre à l’époque. Marguerite Chabrol dresse le portrait de William Inge et dresse un panel de ses thèmes de prédilection, tout en replaçant Picnic dans sa carrière. La professeure en vient ensuite à sa transposition au cinéma par Joshua Logan, qui avait également mis en scène la pièce, en évoquant notamment l’évolution à l’écran de la représentation du corps masculin à moitié dénudé, élément important dans la trame de Picnic.

L’Image et le son

C’est avec un immense plaisir de redécouvrir un Technicolor 2.55 dans de telles conditions ! Le master HD (1080p, AVC) affiche une propreté sidérante (restauré en 2K par Sony), restituant la vivacité et la saturation de la colorimétrie, tout en délivrant un relief inédit (la séquence du pique-nique est fantastique), un piqué inouï, une clarté appréciable, une profondeur de champ de haut niveau et des détails foisonnants. Hormis la scène d’ouverture et le générique aux teintes fanées et à la définition moindre, la restauration n’en finit pas d’étonner et la copie demeure stable. Malgré quelques flous sporadiques mais vraisemblablement d’origine, Picnic a bénéficié d’un lifting de premier ordre, tout en conservant le merveilleux grain de la photo de l’immense chef opérateur James Wong Howe.

Soyons honnêtes, la piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 ne sert pour ainsi dire à rien, à part pour créer une légère chambre d’écho lors des scènes soutenues par la musique de George Duning. Et encore, les latérales se révèlent bien trop avares pour créer une spatialisation solide. A sa sortie, Picnic avait été exploité en format 4 canaux, donc revoir le film en 5.1 reconstitue quelque peu les conditions acoustiques originales. Toutefois, n’hésitez pas à sélectionner d’emblée le mixage DTS-HD Master Audio 2.0, d’excellent acabit et qui instaure le même si ce n’est un meilleur confort. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale. L’éditeur joint également une piste dans la langue de Molière DTS-HD Master Audio 1.0 avec des dialogues forcément moins naturels et dynamiques, aux ambiances plus feutrées, mais néanmoins dépourvue de souffle parasite.

Crédits images : © 1955, RENOUVELÉ 1983 COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. Tous droits réservés. / Carlotta Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Soudain l’été dernier, réalisé par Joseph L. Mankiewicz

SOUDAIN L’ÉTÉ DERNIER (Suddenly, Last Summer) réalisé par Joseph L. Mankiewicz, disponible en DVD et Blu-ray le 23 août 2017 chez Carlotta Films

Acteurs : Elizabeth Taylor, Katharine Hepburn, Montgomery Clift, Albert Dekker, Mercedes McCambridge, Gary Raymond…

Scénario : Gore Vidal d’après la pièce de théâtre Suddenly, Last Summer de Tennessee Williams

Photographie : Jack Hildyard

Musique : Malcolm Arnold, Buxton Orr

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1959

LE FILM

Dans la Nouvelle-Orléans de 1937, une riche veuve, Violet Venable, propose de financer l’hôpital public Lyons View si l’un de ses praticiens, le docteur Cukrowicz, accepte de pratiquer une lobotomie sur sa nièce Catherine Holly. Celle-ci est internée depuis le décès mystérieux, durant un périple estival, de Sebastian Venable, poète et fils de Mrs Venable. La version que raconte Catherine du décès de Sebastian paraît tellement loufoque, que Violet la croit folle à lier. Avec l’aide du Dr Cukrowicz, Catherine va peu à peu recouvrer la mémoire jusqu’à révéler une vérité que certains auraient préféré rester enfouie.

Tout d’abord scénariste (Alice au pays des merveilles de Norman Z. McLeod, L’Ennemi public n°1 de W.S. Van Dyke), puis producteur (Furie de Fritz Lang, Indiscrétions de George Cukor), Joseph L. Mankiewicz (1909-1993) passe derrière la caméra en 1946 avec Le Château du dragon, en remplacement d’Ernst Lubitsch, victime d’une crise cardiaque. Suite à ce premier et grand succès, Mankiewicz choisit une pièce de Lee Strasberg, qu’il adapte avec Howard Dimsdale. Ce sera Quelque part dans la nuit, un film noir dans le style du Faucon maltais de John Huston (1941) et du Grand sommeil de Howard Hawks, par ailleurs sorti quelques semaines après le film de Mankiewicz. Suivront Un mariage à Boston (1947), L’Aventure de madame Muir (1947), Escape (1948) et Chaînes conjugales (1949). Autant dire que Joseph L. Mankiewicz a le vent en poupe à la fin des années 1940. Il clôt cette fabuleuse décennie avec La Maison des étrangersHouse of Strangers, drame familial qui annonce notamment Le Parrain plus de 20 ans avant. Le cinéaste prend alors son envol avec Eve (1950), On murmure dans la ville (1951), L’Affaire Cicéron (1952) et Jules César (1953). En revanche, il connaît quelques revers commerciaux et enchaîne les échecs avec La Comtesse aux pieds nus (1954), Blanches colombes et vilains messieurs (1955) et Un Américain bien tranquille (1958). Pour se refaire au box-office, Joseph L. Mankiewicz accepte la proposition du producteur Sam Spiegel (L’Odyssée de l’African Queen, Sur les quais et Le Pont de la rivière Kwaï), l’audacieuse adaptation de la pièce de Tennessee Williams, Soudain l’été dernier.

A l’hôpital psychiatrique de Lion’s View, le docteur Cukrowicz pratique dans des conditions vétustes la psychiatrie et la neurochirurgie. Le directeur lui annonce que Violet Venable, une riche veuve, lègue un million de dollars à l’établissement, à condition que Cukrowicz accepte de pratiquer une lobotomie sur sa nièce, Catherine. La jeune fille, traumatisée par la mort récente de son cousin Sebastien, le fils de Violet donc, a sombré dans la folie. Le jeune médecin s’efforce alors de provoquer chez sa patiente le souvenir de la scène fatale. C’est ainsi qu’il découvre peu à peu une troublante vérité que tous s’entendent, par intérêt, à lui tenir cachée, et dont l’innocente Catherine pourrait bien être la victime. Soudain l’été dernier aborde des thèmes extrêmement graves et rarement évoqués au cinéma à la fin des années 1950 comme l’homosexualité, la pédophilie, l’inceste et même le cannibalisme. A partir d’un scénario principalement écrit par Gore Vidal, qui a étendu l’histoire de la pièce originale en un acte de Tennessee Williams, le cinéaste signe un drame psychologique haletant qui s’apparente souvent à un thriller avec une tension maintenue du début à la fin. Fin lettré, Joseph L. Mankiewicz use des mots comme de véritables munitions et les longues, très longues séquences dialoguées, à l’instar de l’apparition de Katharine Hepburn, mettent les nerfs des spectateurs et ceux des personnages à rude épreuve.

Cette atmosphère pesante et oppressante sur le déni et le transfert, renvoie également aux difficiles conditions de tournage, en particulier pour Montgomery Clift, imposé par sa grande amie Elizabeth Taylor, qui venait d’avoir un très grave accident de voiture. Miraculé mais défiguré, le comédien avait dû subir de nombreuses opérations de chirurgie esthétique. Si son visage s’est ensuite transformé en figeant ses traits figés, ce traumatisme n’a fait qu’accentuer ses penchants pour l’alcool et sa dépendance aux médicaments. Le voir trembler à l’écran est souvent difficile, ce qui ne l’empêche pas de livrer une remarquable performance, même si Mankiewicz avait sérieusement envisagé de le remplacer par Peter O’Toole, avant que ses deux partenaires à l’écran ne prennent sa défense. De son côté, Elizabeth Taylor vient de perdre son troisième mari Michael Todd dans un accident d’avion et tombe en dépression. Quant à Katherine Hepburn, elle fait preuve d’une jalousie exacerbée envers Elizabeth Taylor et passe le tournage à pester contre cette histoire qu’elle trouve répugnante et qui la montre presque sans fard à l’écran. Elle finira ses prises de vue en allant cracher sur le plateau et dans le bureau de Sam Spiegel. Les deux comédiennes seront nommées pour l’Oscar de la meilleure actrice, qui sera finalement remporté par Simone Signoret pour Les Chemins de la haute ville. Sublime et d’ailleurs sublimée par Mankiewicz (tous les cinéphiles ont en tête la comédienne moulée dans son maillot de bain affriolant) Elizabeth Taylor obtiendra le Golden Globe pour sa prestation.

La pièce de théâtre originale était l’une des créations les plus personnelles du dramaturge puisque très inspirée de l’histoire de sa sœur aînée Rose, qui atteinte de schizophrénie aiguë avait subi une lobotomie en 1937 après une décision de leur mère castratrice et tyannique. Cet événement traumatisera Tennessee Williams toute sa vie et entraînera une rupture définitive avec les membres de la famille. Si les thèmes tabous et sulfureux sont évidemment plus suggérés qu’explicites, Soudain l’été dernier instaure un malaise qui ne fait que s’accentuer au fil des révélations de Catherine sur l’étrange disparition de son cousin, jeune poète que tout le monde adulait comme un Dieu, en premier lieu sa mère (Katharine Hepburn donc, immense) qui ne le quittait jamais et dont la relation trouble faisait jaser jusqu’à l’intelligentsia. Lors de la révélation finale qui s’apparente à un épisode des enquêtes d’Hercule Poirot (remplacé ici par un neurochirurgien en quête de la vérité) quand tous les suspects sont réunis dans une même pièce autour du détective, on comprend ainsi que Sebastian, prédateur sexuel, utilisait sa mère comme appât afin d’attirer de jeunes garçons démunis afin d’abuser d’eux. Voyant sa mère Violet vieillir, Sebastian a ensuite jeté son dévolu sur sa cousine Catherine, présente lors de sa mort l’été dernier. Délaissée, Violet voit sa nièce devenir sa rivale en occultant son désir pour son propre fils et décide alors de s’en débarrasser en la faisant interner puis en demandant sa lobotomisation.

Soudain l’été dernier condense tous les tourments propres à Tennessee Williams et le film de Joseph L. Mankiewicz demeure l’une des plus transpositions les plus denses, complexes, terrifiantes et impressionnantes d’une des œuvres de l’écrivain aux côtés d’Un tramway nommé désir d’Elia Kazan et La Nuit de l’iguane de John Huston.

LE BLU-RAY

Le test de l’édition HD de Soudain l’été dernier, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le visuel de la jaquette, tout comme celui du menu principal fixe et musical, est étonnamment sobre, mais très élégant.

Avec la bande-annonce originale, l’éditeur joint une passionnante présentation de Soudain l’été dernier par Michel Ciment, critique, historien du cinéma et directeur de la revue Positif (26’). Ce dernier indique comment Joseph L. Mankiewicz s’est emparé de la pièce de Tennessee Williams pour la transcender, avant d’analyser l’adaptation, le style et l’interprétation d’un trio d’acteurs hors du commun. Michel Ciment replace Soudain l’été dernier dans la carrière du cinéaste, avant de très vite enchaîner sur les thèmes de la pièce originale et de sa transposition. Dans la dernière partie de cet entretien, le critique parle de l’accueil mitigé de la part de la critique américaine et française (Jean-Pierre Melville appelait même au boycott du film), ce qui n’a pas empêché Soudain l’été dernier de remporter un immense succès à travers le monde.

L’Image et le son

Le film de Joseph L. Mankiewicz avait bénéficié d’une édition en DVD en 2002 chez Sony Pictures. Le nouveau master restauré 4K au format respecté 1.85 de Soudain l’été dernier livré par Carlotta se révèle extrêmement pointilleux en terme de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés, de clarté (l’éclat des yeux de Montgomery Clift) et de relief. La propreté de la copie est souvent sidérante, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans, la photo entre ombre et lumière signée par le grand Jack Hildyard (Le Pont de la rivière Kwaï, L’Etau, Vacances à Venise) retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Les contrastes ne cessent d’impressionner, la copie est stable, tout comme les fondus enchaînés qui n’entraînent pas de décrochages. Il s’agit sans nul doute de la plus belle copie de Soudain l’été dernier disponible à ce jour.

Comme pour l’image, le son a également été restauré de fond en comble. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur le mixage anglais DTS-HD Master Audio 1.0. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets, jamais étouffés, les effets annexes probants et les plages de silence très impressionnantes. La partition entêtante est impeccablement restituée. Néanmoins, cette piste paraît parfois trop « propre » et donne un côté quelque peu artificiel à l’ensemble. La version française est correcte, un peu plus sourde, mais étonnamment plus naturelle. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © 1960, renouvelé 1988 Horizon Pictures (G.B.) LTD. Tois droits réservés. / Columbia Pictures / Carlotta Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / La Dixième victime, réalisé par Elio Petri

LA DIXIÈME VICTIME (La Decima vittima) réalisé par Elio Petri, disponible en DVD et Blu-ray le 12 juillet 2017 chez Carlotta Films

Acteurs : Marcello Mastroianni, Ursula Andress, Elsa Martinelli, Salvo Randone, Massimo Serato, Milo Quesada

Scénario : Elio Petri, Giorgio Salvioni, Tonino Guerra, Ennio Flaiano d’après la nouvelle “The Seventh Victim” de Robert Sheckley

Photographie : Gianni Di Venanzo

Musique : Piero Piccioni

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Dans un futur proche, les gouvernements en place ont instauré un nouveau jeu mondial, appelé la Grande Chasse. Le principe : un chasseur et une victime, désignés au hasard, doivent s’entre-tuer. La règle n°1 : le chasseur connaît l’identité de sa victime, mais la victime ignore tout de lui. C’est au cours d’une de ces manches que l’Américaine Caroline Meredith, en passe de remporter sa dixième victoire consécutive, rencontre sa victime, l’Italien Marcello Poletti. Un jeu de séduction s’installe bientôt entre eux. Mais leur attirance est-elle réelle ou calculée ?

Malgré une Palme d’or remportée en 1972 pour La Classe ouvrière va au paradis, le prix FIPRESCI et le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 1970 pour Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, le réalisateur italien Elio Petri (1929-1982) semble avoir été oublié dans le paysage cinématographique, notamment dans son pays. Ce cinéaste brillant, autodidacte, engagé et passionné a d’abord fait ses classes en tant que scénariste avant de se tourner vers le documentaire dans les années 50, puis de se lancer dans la fiction en 1961 avec son premier long métrage L’Assassin, coécrit avec le fidèle Tonino Guerra. Cinquième long métrage d’Elio Petri, La Dixième victimeLa Decima vittima, produit par Carlo Ponti, est un film prophétique et politique sur les dérives des gouvernements et de la télévision qui s’inspire d’une courte nouvelle écrite par l’auteur de science-fiction américain Robert Sheckley (1928-2005), The Seventh Victim, publiée en 1953 dans la revue Galaxy Science Fiction. Fable et satire sociale du devenir de l’humanité, cette dystopie centrée sur une chasse à l’homme autorisée, télévisée et favorisée par les autorités s’accorde avec les sujets de prédilection d’Elio Petri.

En l’absence de guerre, la population mondiale manque cruellement de distraction. Aussi a-t-on remis la chasse à l’homme au goût du jour. Les meurtres sont autorisés – y compris dans la rue au milieu des passants, qui d’ailleurs y prêtent à peine attention – et organisés par le ministère de la Grande chasse, afin de canaliser l’agressivité et la violence des êtres humains. Les joueurs sont des volontaires qui sont, selon le bon vouloir d’un ordinateur, tour à tour chasseurs ou gibiers. Est déclaré vainqueur celui qui aura triomphé successivement de dix adversaires. L’habile Caroline Meredith vient ainsi d’abattre – à l’aide de son soutien-gorge mitrailleur, coucou Austin Powers ! – son poursuivant au cours de sa neuvième chasse, quelque part à New York (séquence d’ouverture réellement tournée sur place), tandis que le brillant Marcello, qui concourt à Rome, a remporté sa sixième chasse. L’ordinateur qui préside au jeu décide que Caroline traquera désormais Marcello à Rome. Les deux décident de passer un contrat publicitaire, afin de maximiser leurs gains au moment où ils abattront leur adversaire devant des millions de téléspectateurs.

Les règles du jeu sont simples. 1) Chaque membre doit participer à 10 chasses, 5 comme chasseur et 5 comme victime, en alternance. Chaque couple chasseur-victime est sélectionné par un ordinateur situé à Genève. 2) Le chasseur sait tout de sa victime, son nom, son adresse, ses habitudes. 3) La victime ignore l’identité de son chasseur. Elle doit l’identifier et le tuer. 4) Le vainqueur de chaque chasse a droit à une récompense. Celui qui sera encore en vie après sa dixième chasse sera proclamé Décaton et recevra les honneurs, ainsi qu’un million de dollars. Il sera également exempté d’impôts et bénéficiera de la gratuité des transports et d’un véhicule diplomatique mis à sa disposition jusqu’à la fin de sa vie.

Dès son premier long métrage, Elio Petri critiquait ouvertement et de manière acerbe l’autorité de son pays à l’aube des années ‘60. Dans La Dixième victime, les personnes âgées doivent être « livrées » au gouvernement, la grande littérature se résume aux fumetti. Cinéaste engagé, Elio Petri n’aura de cesse de dénoncer et de provoquer le débat. Ici, les médias et les gouvernements sont violemment pris à partie. Petri fustige l’absence de déontologie puisque les chaînes de télévision commençaient à rivaliser de bêtise dans le seul but de faire de l’audience. 35 ans avant l’arrivée de Loft Story sur les écrans de télé français, Elio Petri interpellait les spectateurs sur le devenir de la petite lucarne, l’abrutissement de la populace et la déchéance de la société. L’empathie est donc difficile dans La Dixième victime, d’autant plus que le cinéaste cible un personnage merveilleusement ambigu à qui Marcello Mastroianni (teint en blond) prête toute son ironie mordante et son regard désabusé face à une Ursula Andress à se damner, tout aussi manipulatrice que son rival. Mais derrière cette rivalité ambigüe, s’instaure un jeu du chat de la souris, tandis que les sentiments amoureux viennent s’en mêler.

Si le rythme se révèle inégal, notamment durant une deuxième partie longue, bavarde et parfois poussive, le propos n’a rien perdu de sa verve et de sa causticité. A ceci s’ajoutent la photo brûlante de Gianni Di Venanzo et la mise en scène inventive de Petri. L’esthétique vintage-pop donne aujourd’hui à La Dixième victime un cachet suranné mais décalé avec la noirceur du propos, notamment au niveau des décors psychédéliques et des costumes bariolés. Le film demeure toujours d’actualité puisque les chaines se sont multipliées et n’ont de cesse de pondre des programmes de plus en plus décérébrés, vulgaires et violents, manipulant sans cesse le spectateur quant à la supposée « réalité » qui leur est proposé.

A l’instar du pessimiste Fahrenheit 451 de François Truffaut qui sera réalisé l’année suivante, La Dixième victime reste une oeuvre d’anticipation forte, hautement recommandable, passionnante et curieuse, parfois déroutante, mais virulente et marquée par un humour noir très appréciable qui fait glisser le film vers la comédie et même le burlesque dans son dernier acte, qui le rapproche du Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution de Jean-Luc Godard. L’oeuvre de Robert Sheckley n’aura de cesse d’inspirer certains réalisateurs par la suite, comme Yves Boisset avec son Prix du danger, Paul Michael Glaser avec Running Man (à partir d’un roman de Richard – Stephen King – Bachman inspiré de Sheckley) ou bien encore dernièrement avec la saga Hunger Games et la trilogie American Nightmare.

LE BLU-RAY

Le test de l’édition HD de La Dixième victime, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical. Le gros bémol de ce Blu-ray est de ne trouver que la bande-annonce en guise de suppléments. Rien de plus. Avec ce titre, Carlotta Films annonce la première partie de sa « Collection Cinéma Italien ».

L’Image et le son

La Dixième victime a été restauré à partir des négatifs d’origine conservés par l’ayant-droit Surf Film. Le négatif image a été scanné à 2K et restauré numériquement. L’étalonnage a été réalisé à partir d’une copie positive d’origine conservée aux archives de la Cineteca di Bologna. La restauration a quant à elle été effectuée en 2012 par les laboratoires de L’immagine ritrovata. Le Blu-ray de La Dixième victime bénéficie d’un rendu méticuleux de la photo d’origine avec de superbes teintes vives et chatoyantes. La propreté de la copie est une fois de plus miraculeuse et flamboyante, tout comme la stabilité, les contrastes profonds et le relief probant surtout sur les séquences tournées en extérieur. Cette restauration définitive permet de (re)découvrir le film d’Elio Petri dans les plus belles conditions techniques, le spectateur pouvant désormais contempler tous les éléments disséminés aux quatre coins de l’écran par le cinéaste pour élaborer son monde futuriste. La définition n’est jamais ou très rarement prise en défaut, les noirs sont denses, la profondeur de champ estimable (merci à la compression AVC), le grain bien géré, la clarté renforce le piqué notamment au niveau des gros plans des comédiens, et la colorimétrie est à l’avenant. La Dixième victime avait été édité en DVD en 2004 chez Studiocanal, avant de renaître ici de ses cendres.

La piste italienne DTS HD Master Audio mono 1.0 se révèle particulièrement efficace. Limpide et fluide, jamais parasitée par un souffle intempestif, la version originale distille ses dialogues avec ardeur, tout comme ses effets sonores. La composition de Piero Piccioni est joliment délivrée et participe à la singularité du film d’Elio Petri. L’éditeur propose également une version italienne PCM 1.0 moins dynamique et aux dialogues qui percent parfois les tympans.

Crédits images : © Surf Film / Carlotta Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Propriété privée, réalisé par Leslie Stevens

PROPRIÉTÉ PRIVÉE (Private Property) réalisé par Leslie Stevens, disponible en DVD et Blu-ray le 1er mars 2017 chez Carlotta Films

Acteurs : Warren Oates, Corey Allen, Kate Manx, Jerome Cowan, Robert Wark, Jules Maitland

Scénario : Leslie Stevens

Photographie : Ted D. McCord

Musique : Pete Rugolo

Durée : 1h19

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Dans une station-service de la Pacific Coast Highway, deux marginaux nommés Duke et Boots remarquent une élégante femme blonde dans une belle auto blanche. Ils grimpent dans la voiture d’un représentant de commerce et l’obligent à suivre l’auto jusqu’à sa destination finale, une villa cossue de Los Angeles. Par chance, la maison d’à côté est inoccupée et les deux hommes décident de s’y installer incognito pour épier leur nouvelle voisine, Ann, qui passe ses journées au bord de la piscine à attendre son mari. Duke a un plan : proposer ses services en tant que jardinier pour pouvoir pénétrer dans la villa…

Quelle découverte ! Longtemps considéré comme définitivement perdu avant qu’une copie 35mm soit finalement retrouvée par l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), Propriété privéePrivate Property s’avère une vraie perle rare du film noir des années 1960, qui demeurait invisible depuis sa sortie. Premier film réalisé par le cinéaste américain Leslie Clark Steven IV alias Leslie Stevens (1924-1998), célèbre pour avoir créé la série Au-delà du réel en 1963, ce drame-thriller que l’on pourrait qualifier de néo-hitchcockien (le nom du maître du suspense est d’ailleurs malicieusement évoqué dans le film) marque les débuts au cinéma du comédien Warren Oates (Coups de feu dans la Sierra, Dans la chaleur de la nuit, La Horde sauvage), qui signe sa troisième apparition à l’écran après plusieurs participations dans des séries télévisées.

Tourné en dix jours seulement pour un budget de 60.000 dollars, Propriété privée se déroule en Californie. Duke (Corey Allen) et Boots (Warren Oates), deux voyous désoeuvrés vagabondent non loin d’une station-service. Quand Duke apprend que Boots, pourtant adulte, est encore vierge, il entreprend de trouver lui-même une partenaire à son ami. Ils remarquent alors une jeune femme blonde, Ann Carlyle (Kate Manx). Après s’être invités sans ménagement dans la voiture d’un homme, ils suivent la femme jusque chez elle, dans les quartiers aisés de la ville et s’installent aussitôt dans la maison d’à côté, inoccupée, où ils l’observent à la fenêtre comme s’ils regardaient la télévision. Peu de temps après, Duke fait connaissance avec Ann. La jeune femme, mariée à un cadre dans les assurances, n’est pas très satisfaite par son époux, souvent absent en raison de son travail et qui s’occupe peu d’elle quand il est à la maison. Aussi se laisse-t-elle doucement séduire par Duke.

Ancien protégé d’Orson Welles et membre du célèbre Mercury Theatre, Leslie Stevens a tourné dans sa propre villa sur les hauteurs de Beverly Hills et offre le premier rôle féminin à sa compagne Kate Manx, ravissante comédienne qui embrase Propriété privée de sa sensualité. Elle est absolument divine dans ce rôle de desperate housewife frustrée et en manque de sexe, ce qui vaut d’ailleurs quelques séquences très osées pour l’époque, qui passe son temps au soleil dans son jardin et en faisant quelques brasses dans sa piscine. Dépressive, l’actrice mettra fin à ses jours à l’âge de 34 ans.

Tourné dans un magnifique N&B signé par le célèbre chef opérateur Ted McCord (La Mélodie du bonheur, Le Trésor de la Sierra Madre, A l’Est d’Eden), Propriété privée annonce rien de moins qu’un pan du Nouvel Hollywood, dont Warren Oates allait devenir un comédien emblématique (chez Monte Hellman et Sam Peckinpah), avec sa liberté de ton, son cadre inquiétant, sa critique féroce de l’American Way of Life, de l’incompatibilité des classes sociales, du fantasme de l’American Dream, avec un voyeurisme revendiqué. Bonjour Brian de Palma ! Même la composition de Pete Rugolo marque la frontière entre les deux classes opposées, avec d’un côté un thème léger et presque caricatural représentant le cadre bourgeois d’Ann, et de l’autre une musique plus grinçante qui caractérise les deux compères. La musique s’emballe enfin lors de la confrontation des deux mondes.

Aux côtés de Warren Oates, Corey Allen (La Fureur de vivre, Traquenard) s’avère tout aussi ambigu et à fleur de peau dans le rôle de Duke, dont on se demande jusqu’à la fin quel est le véritable dessein envers Ann, tout comme envers son ami Boots, avec lequel il entretient probablement une liaison homosexuelle. On suit ce duo atypique, qui met mal à l’aise les spectateurs et qui pourtant s’avère attachant à certains égards, et l’on pense alors au duo sadique de Funny Games de Michael Haneke, tout comme à Lenny et George du chef d’oeuvre de John Steinbeck, Des souris et des hommes (1937), avec ce rapport d’amitié entre le dominant (macho et tête pensante) et le dominé (faible, effacé et un peu simple d’esprit), liaison mise à mal par une femme qui s’immisce entre les deux.

Avec ses scènes sexuellement explicites (la bougie délicatement caressée par Ann, ses poses lascives) et son cadre stylisé qui participe au malaise et à la montée de tension de l’audience, Propriété privée sort sur les écrans en 1960, accompagné d’un parfum de scandale. Près de 60 ans plus tard, grâce à une extraordinaire restauration 4K, les spectateurs peuvent enfin redécouvrir ce grand, magnétique, audacieux, pervers et complexe film noir et Home Invasion avant l’heure et le réhabiliter à sa juste valeur.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Propriété privée, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

 

Peu de choses à se mettre sous la dent en guise d’interactivité ! Outre la bande-annonce de la version restaurée sortie sur les écrans français en septembre 2016, l’éditeur joint un entretien avec Alexander Singer (18’). Photographe de plateau et conseiller technique sur Propriété privée , ce dernier évoque les débuts de sa carrière, sa rencontre, le travail et son amitié avec Leslie Stevens, le déroulement du tournage, le casting du film, les partis pris de la photographie du chef opérateur Ted McCord, ainsi que les thèmes explorés.

L’Image et le son

C’est une résurrection. Jusqu’alors perdu, Propriété privée renaît de ses cendres grâce aux bons soins (techniques et financiers) de Cinelicious Pics, de l’UCLA et de la Television Archive. Nous avons devant les yeux un master restauré 4K. Le Blu-ray est au format 1080p et le film présenté dans son format original 1.66 (compatible 4/3) avec des contrastes très bien équilibrés. La copie N&B restitue les partis pris (dont le « flou artistique ») et le grain original (magnifique patine argentique), parfois plus appuyé sur certaines séquences aux blancs brûlés. Disposant de moyens techniques rudimentaires et d’un coût de production peu élevé, Propriété privée trouve néanmoins un nouvel et adéquat écrin. D’une propreté jamais démentie, ce master HD est lumineux, stable, impressionnant, élégant et participe largement à la redécouverte de ce bijou noir.

Le film est proposé avec une piste anglaise DTS-HD Master Audio 1.0. aux sous-titres français non imposés. Le mixage plutôt bien nettoyé, même s’il demeure parfois sourd et sans véritable relief. Il n’est pas rare que le volume change au cours d’une même scène. Malgré tout, l’écoute demeure plutôt agréable et fluide (à part un petit ronronnement), sans souffle parasite. Egalement sur cette galette, la version originale proposée cette fois en PCM 1.0, moins dynamique, mais tout aussi propre.

Crédits images : © 2016 CINELICIOUS PICS. Tous droits réservés / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Flics ne dorment pas la nuit, réalisé par Richard Fleischer

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LES FLICS NE DORMENT PAS LA NUIT (The New Centurions) réalisé par Richard Fleischer, disponible en Blu-ray et DVD le 9 novembre 2016 chez Carlotta Films

Acteurs : George C. Scott, Stacy Keach, Jane Alexander, Scott Wilson, Rosalind Cash, Erik Estrada

Scénario : Stirling Silliphant, d’après le livre de Joseph Wambaugh The New Centurions

Photographie : Ralph Woolsey

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

De nouvelles recrues font leur entrée dans un commissariat de Los Angeles, parmi lesquelles Roy Fehler, étudiant en droit entré dans la police pour subvenir aux besoins de sa famille. Il fait équipe avec Andy Kilvinski, vieux briscard engagé dans la police depuis 23 ans, qui lui apprend toutes les ficelles du métier. Roy devient vite accro à la rue et à ses dangers, et délaisse peu à peu ses études et sa famille…

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Richard Fleischer (1916-2006) a déjà plus de trente longs métrages à son actif lorsqu’il réalise Les Flics ne dorment pas la nuitThe New Centurions en 1972. Le film est adapté du best-seller de Joseph Wambaugh, ancien membre de la police de Los Angeles, qui parallèlement à sa carrière écrivait en secret des récits policiers inspirés de son propre quotidien. Après avoir trouvé un éditeur et tout en continuant son travail dans la police, Joseph Wambaugh devient immédiatement un écrivain à succès. Dès sa publication, le livre The New Centurions est un immense succès et le monde du cinéma ne tarde pas à lui faire les yeux doux pour acquérir les droits. Les producteurs Robert Chartoff et Irwin Winkler (On achève bien les chevaux, Le Point de non-retour) se mettent d’accord avec Joseph Wambaugh et le scénario est confié au talentueux Stirling Silliphant (Nightfall, La Ronde du crime, Dans la chaleur de la nuit). Le cinéaste Richard Fleischer vient d’enchaîner trois films en 1971, L’Etrangleur de Rillington Place, Les Complices de la dernière chance et Terreur aveugle, quand il signe pour Les Flics ne dorment pas la nuit. Il retrouve George C. Scott après Les Complices de la dernière chance, qui donne la réplique à Stacy Keach, qui venait de tourner dans le superbe Fat City de John Huston.

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Les Flics ne dorment pas la nuit est une chronique qui plonge les spectateurs dans l’implacable quotidien d’une unité de police de Los Angeles. Le vétéran Andy Kilvinski (George C. Scott, immense) doit former Roy Fehler (Stacy Keach, superbe), lui apprendre les ficelles du métier, les patrouilles dans les rues mal famées et les réflexes. Le jeune homme, étudiant en droit, qui s’est engagé dans la police pour gagner de quoi faire vivre sa femme et sa petite fille, apprécie cette nouvelle vie. Grisé par l’adrénaline du monde de la nuit et de la rue, Roy délaisse peu à peu ses études, puis oublie parfois de rentrer chez lui. Il devient flic et il aime ça. Lassée de ne plus le voir, anxieuse de savoir sa vie en danger, sa femme le quitte et Roy sombre dans la dépression et l’alcool. De son côté, Kilvinski part à la retraite. Mais peut-on vraiment raccrocher quand on a été flic pendant un quart de siècle ?

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Redoutablement pessimiste, sombre, mais jamais désespéré ou morbide, Les Flics ne dorment pas la nuit dresse le portrait d’hommes attachants, des simples flics qui se donnent corps et âme à leur métier, que certains n’ont pas choisi ou d’autres qui au contraire sont nés avec cette vocation. Le danger et même la mort peuvent frapper à chaque coin de rue, ils sont conscients de cela, mais la passion prend souvent le pas, d’autant plus que la plupart des flics n’ont pas de vie en dehors de leur job. Ils ont souvent été largués par celle qu’ils aimaient ou n’ont tout simplement pas eu le temps de fonder une famille à cause de ce travail qui les accapare de jour comme de nuit. Après des années de fiers et loyaux services, la descente peut être brutale, voire fatale pour certains.

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Soutenu par le scénario en béton de Stirling Silliphant qui fonctionne de manière elliptique, Richard Fleischer met comme d’habitude un point d’honneur à être le plus réaliste possible avec une dimension toujours quasi-documentaire, en s’attachant aux petits détails qui cumulés font le quotidien de ces quelques officiers de police, entre moments légers (le ramassage des prostituées) et très violents (la séquence avec le bébé maltraité par une mère alcoolique). Des policiers, premiers témoins d’un monde au bord du gouffre dans lequel des actes terribles sont maintenant commis par des gens « normaux ».

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Filmé en décors naturels dans les rues de Los Angeles, principalement de nuit, The New Centurions est non seulement un sublime et passionnant objet de cinéma, grave, intelligent (le réalisateur refuse le spectaculaire), profond, mais sans nul doute un des plus grands films policiers, ou plutôt un drame policier mélancolique et crépusculaire, des années 1970. La musique de Quincy Jones, la photographie de Ralph Woolsey (L’Ultime randonnée de Sidney J. Furie), un montage toujours au cordeau, ici réalisé par Robert C. Jones (Love Story, Devine qui vient dîner ?, Un monde fou, fou, fou, fou), la virtuosité de Richard Fleischer et l’excellence de l’interprétation, tout contribue à faire des Flics ne dorment pas la nuit un saisissant chef d’oeuvre du genre.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray des Flics ne dorment pas la nuit, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

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Comme sur les Blu-ray de Terreur aveugle et de L’Etrangleur de Rillington Place, Les Flics ne dorment pas la nuit s’accompagne d’une préface (7′30) réalisée par le brillant réalisateur Nicolas Saada (Espion(s), Taj Mahal). Même si l’éditeur appelle ce segment une préface, ne la visionnez surtout pas avant Les Flics ne dorment pas la nuit puisque les propos de Nicolas Saada sont collés sur des images tirées du film et révèlent beaucoup d’éléments. Le cinéaste, grand admirateur et fasciné par le cinéma de Richard Fleischer, avoue d’emblée que c’est un film qu’il adore et qu’il s’agit pour lui d’un des très grands films américains des années 1970. Il croise ensuite le fond avec la forme, évoque le casting, le roman de Joseph Wambaugh, le côté visionnaire de cette œuvre qui traite entre autres des bavures policières. Une excellente présentation !

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Après Christophe Gans et Fabrice Du Welz, c’est au tour de l’excellent Nicolas Boukhrief (Le Convoyeur, Cortex, Gardiens de l’ordre, Made in France) de se pencher sur une œuvre de Richard Fleischer (25’). Grand admirateur du cinéaste, Nicolas Boukhrief commence cette intervention en indiquant que Richard Fleischer n’a malheureusement jamais eu la reconnaissance qu’il méritait de son vivant et même encore aujourd’hui. Selon lui, Fleischer fait partie de ces réalisateurs, comme Robert Wise ou Franklin J. Schaffner, qui n’étaient pas considérés comme des auteurs à part entière, qui ont toujours su s’adapter aux films que les studios leur proposaient, sans pour autant avoir le soutien qu’ils méritaient et ce malgré les grands succès à leur actif. Nicolas Boukhrief en vient ensuite au film qui nous intéresse, Les Flics ne dorment pas la nuit, titre français qu’il trouve d’ailleurs très poétique, qu’il a découvert il y a quelques années seulement. Le fond et la forme s’entrecroisent à travers un exposé brillant et passionné qui met en relief le caractère prophétique de cette œuvre sur la situation politique et sociale des Etats-Unis, mais aussi sur l’évolution du genre policier au cinéma ainsi qu’à la télévision.

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La pièce centrale de cette interactivité demeure le module intitulé Cop Stories (44’), qui croise les entretiens de Joseph Wambaugh (auteur du livre dont le film est l’adaptation), le comédien Stacy Keach, Richard Kalk (conseiller technique) et Ronald Vidor (assistant opérateur). En introduction, un carton indique que certains éléments majeurs de l’intrigue, y compris le dénouement du film sont dévoilés et analysés. A ne visionner qu’après avoir (re)vu le film donc. Joseph Wambaugh revient sur son parcours atypique, flic de la ville de Los Angeles devenu écrivain, qui est d’ailleurs resté dans les forces de l’ordre jusqu’en 1974 alors que son roman Les Nouveaux CenturionsThe News Centurions était devenu un best-seller en 1971. Dans un premier temps, Joseph Wambaugh évoque ses débuts dans l’écriture, ce qui a nourri son premier roman (son quotidien et les émeutes de Watts), la psychologie de ses trois personnages principaux (Sergio Duran, Gus Plebesly et Roy Fehler), le grand succès du livre et l’achat des droits pour le cinéma par les producteurs Robert Chartoff et Irwin Winkler. C’est là qu’intervient Richard Kalk, son confrère dans la police, qui devient alors le conseiller technique sur le film de Richard Fleischer. Puis, Stacy Keach et Ronald Vidor interviennent à tour de rôle pour raconter diverses anecdotes liées au tournage. Tout ce beau petit monde parle de la direction d’acteurs de Richard Fleischer, du casting, de l’entraînement des comédiens pendant quinze jours dans une Police Academy, des conditions des prises de vues (parfois dans des quartiers mal famés), du succès dans les salles. Un documentaire rétrospectif souvent passionnant et très bien réalisé.

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A une époque où la vidéo n’existait pas ou à peine dans les années 1960-1970, les studios américains proposaient pour voir chez soi et au format Super 8 ou 8mm, des extraits de leurs longs métrages ou le film entier condensé en une seule bobine ! Carlotta Films a mis la main sur un petit trésor singulier, le transfert du film Les Flics ne dorment pas la nuit condensé en 17 minutes et au format Super 8. Cet élément d’époque a été scanné en HD. La qualité et les imperfections sont évidemment dues au format original et les séquences sont en version originale sous-titrées en français.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le chef d’oeuvre de Richard Fleischer fait peau neuve chez Carlotta Films et en Blu-ray s’il vous plaît ! The New Centurions est un film dont l’action se déroule principalement de nuit. Ces scènes parfois sombres sont merveilleusement rendues avec ce master HD restauré en 2K et nettoyé de toutes défectuosités. Mis à part un générique un poil tremblant, les contrastes du chef opérateur Ralph Woolsey, retrouvent toute leur richesse et les ambiances froides épousent parfaitement les teintes plus ambrées des éclairages naturels. Certaines scènes s’accompagnent parfois d’un grain cinéma plus appuyé mais équilibré et fort attrayant. Les nombreux points forts de cette édition demeurent la beauté des gros plans, la propreté immaculée du master et le relief des scènes en extérieur jour avec des détails plus flagrants. Quelques fléchissements de la définition restent inhérents aux conditions de prises de vues originale, avec un aspect très documentaire, qui captent des instantanés de vie. Enfin, le film est proposé dans son format d’origine 2.35.

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Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0 sont propres, efficaces et distillent parfaitement la musique de Quincy Jones. La piste anglaise ne manque pas d’ardeur et s’avère la plus équilibrée du lot. Au jeu des différences, la version française se focalise trop sur les dialogues au détriment de certaines ambiances et effets annexes. Aucun souffle constaté sur les deux pistes. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

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LES FLICS NE DORMENT PAS LA NUIT © 1972, RENOUVELÉ 2000 COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. Tous droits réservés. / Captures du Blu-ray / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / L’Etrangleur de Rillington Place, réalisé par Richard Fleischer

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L’ETRANGLEUR DE RILLINGTON PLACE (10 Rillington Place) réalisé par Richard Fleischer, disponible en Blu-ray et DVD le 9 novembre 2016 chez Carlotta Films

Acteurs : Richard Attenborough, Judy Geeson, John Hurt, Pat Heywood, Isobel Black, Miss Riley

Scénario : Clive Exton, d’après le livre de Ludovic Kennedy 10 Rillington Place

Photographie : Denys N. Coop

Musique : John Dankworth

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

A la fin des années 1940, Timothy et Beryl Evans emménagent avec leur petite fille au 10 Rillington Place, à Londres. Ils sympathisent rapidement avec leurs voisins du rez-de-chaussée, les Christie. Mais derrière ses airs courtois et respectables, John Reginald Christie est en réalité un meurtrier qui assassine et viole des femmes en se faisant passer pour un ancien médecin.

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Dès ses premiers films réalisés dans les années 1940, Bodyguard, Assassin sans visage, Le Pigeon d’argile, le cinéaste Richard Fleischer, sous contrat avec la RKO, s’intéressait au mal et aux recoins les plus sombres de l’âme humaine. En 1959, il signe Le Génie du mal, également connu sous son titre original Compulsion, qui allait devenir le premier volet d’une trilogie criminelle. Ayant un temps envisagé des études pour devenir psychiatre, Richard Fleischer s’est toujours penché sur les obsessions de ses personnages, d’un côté ou de l’autre de la justice. Dans Le Génie du mal, adapté du roman Crime (1956) de l’écrivain et journaliste Meyer Levin (1905-1981), le cinéaste s’inspire de l’affaire Leopold et Loeb, que Levin avait par ailleurs couvert pour le compte du Daily News en 1924 alors qu’il fréquentait la même Université que les deux criminels. Nathan Leopold (1904-1971) et Richard Loeb (1905-1936) étaient deux riches et brillants étudiants en droit de l’Université de Chicago, fascinés par la théorie du surhumain de Friedrich Nietzsche. Se sentant intellectuellement au-dessus du commun des mortels et donc des lois, les deux étudiants ont décidé de tuer un adolescent de 14 ans pour le seul plaisir de réaliser un crime parfait et d’éliminer un être inférieur, donc « inutile ». Les cinéphiles auront noté quelques ressemblances avec La Corde d’Alfred Hitchcock, réalisé dix années auparavant, adapté de la pièce de Patrick Hamilton inspirée par le même fait divers. Mais ici, contrairement au film d’Hitchcock qui s’ouvre sur le crime, celui du Génie du mal reste hors-champ, car ce qui intéresse Fleischer est ailleurs.

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Dans la première partie du Génie du mal, Richard Fleischer observe ses personnages avec une patience et l’oeil aiguisé d’un entomologiste. Bien avant De sang-froid de Truman Capote (publié en 1966) et adapté au cinéma par Richard Brooks l’année suivante, Fleischer réalise une étude sociologique, une analyse clinique du comportement criminel, un de ses sujets de prédilection (L’Etrangleur de Boston, nous y reviendrons) et se penche sur le rapport dominant-dominé à travers le portrait de ses deux personnages principaux. Judd Steiner (Dean Stockwell, qui avait créé ce rôle sur scène) est en état de dépendance affective et vraisemblablement amoureux de l’autre, Arthur A. Straus (Bradford Dillman) qui se sert de cette faiblesse pour l’entraîner vers l’irréparable. Un élément que nous retrouverons dans L’Etrangleur de Rillington Place. Malgré la « perfection » de ce crime, les deux étudiants sont trahis par un détail et se retrouvent sur le banc des accusés. Leur défense est confiée à un ténor du barreau, Jonathan Wilk, farouchement opposé à la peine de mort (thème que l’on retrouvera également dans L’Etrangleur de Rillinton Place, nous y reviendrons aussi) et payé à prix d’or par la famille des accusés. Dans Le Génie du mal il est interprété par Orson Welles.

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Sa plaidoirie reprenant mot pour mot – ou du moins une partie puisqu’elle aurait duré près de douze heures – celle véritablement proclamée lors du procès de Leopold et Loeb, est une des plus magistrales de toute l’histoire du cinéma. Véritablement transporté par son personnage et son texte, le comédien – que Richard Fleischer était souvent obligé de freiner dans son enthousiasme – laisse pantois d’admiration durant son monologue quand il s’adresse au juge et jurés. Le comédien, ainsi que Dean Stockwell et Bradford Dillman (parfaits de cynisme et d’orgueil démesuré) se partageront le Prix d’interprétation au Festival de Cannes en 1959.

Sur un rythme vif, avec un sens inouï du cadre, un montage au cordeau, une photo N&B magnifique signée William C. Mellor (Géant), et la partition jazzy de Lionel Newman, Le Génie du mal marque une étape dans la carrière de Richard Fleischer.

Richard Attenborough in the witness box in a scene from the film '10 Rillington Place', 1971. (Photo by Filmways Pictures/Getty Images)

En 1968, le cinéaste met en scène L’Etrangleur de BostonThe Boston Strangler, avec Tony Curtis dans un de ses plus grands rôles. Cette fois, Fleischer s’inspire des meurtres en série d’Albert de Salvo, un ouvrier plombier qui assassina une douzaine de femmes entre 1962 et 1964. Afin de refléter les troubles de la personnalité de son personnage, Richard Fleischer a recours à la technique du split screen, popularisée en 1966 par John Frankenheimer pour Grand Prix, puis réutilisée par le réalisateur Norman Jewison pour L’Affaire Thomas Crown.

Jamais gratuit, ce nouveau langage cinématographique permet à Richard Fleischer de recentrer l’attention du spectateur sur certains éléments synchrones tout en gardant le fil de son récit. Les spectateurs sont donc littéralement happés du début à la fin par ces actions multiples, qui plus est relevées par l’usage de la caméra portée Arriflex qui donne à L’Etrangleur de Boston un aspect réaliste et documentaire, surtout quand le cinéaste se penche sur le rôle et les responsabilités des politiques et des médias qui s’emparent de cette actualité.

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Sans concessions, Richard Fleischer plonge son audience autant dans les méandres d’un esprit malade que dans les coins plutôt oubliés du cinéma hollywoodien comme les bars gay, en montrant à l’écran des individus pervers et obsédés sexuels, sans tabous, sans détours, avec une rare audace formelle. Rétrospectivement, L’Etrangleur de Boston apparaît comme l’un des films matrice du grand cinéma américain des années 70, mais également comme la référence ultime du genre. Cependant, le maître du thriller et du film-noir hollywoodien abordera une fois de plus le thème du serial killer peu de temps après.

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Nous arrivons en 1971. Après le film de guerre Tora ! Tora ! Tora !, Richard Fleischer revient aux affaires criminelles avec L’Etrangleur de la Place Rillington, également connu sous le titre L’Etrangleur de Rillington Place, ou par son titre original 10 Rillington Place. Le cinéaste relate ici les événements liés à l’affaire John Christie, tueur en série qui sévit à Londres durant les années 1940 et 1950. Ce qui intéresse plus particulièrement Richard Fleischer ici, c’est le rapport qui s’instaure entre John Christie et Timothy Evans, qui vient s’installer avec sa femme Beryl et sa petite fille Geraldine au premier étage du 10 Rillington Place, au-dessus de l’appartement où vit John Christie et sa femme. Dès la première séquence où retentit une sirène, Fleischer instaure le lieu et la date de l’histoire qu’il va nous raconter. Nous sommes en 1944 dans un quartier pauvre de Londres. Un homme au crâne dégarni, pour ne pas dire bulbeux, lunettes rondes sur le nez et vêtu d’un uniforme de la police est suivi par une femme qu’il fait entrer chez lui. Très vite, il prépare une solution de son invention destinée à être inhalée par la personne qui attend fébrilement et qui est supposée l’aider à guérir d’une bronchite, puisque les médicaments sont rares et chers en cette période troublée. Alors qu’elle inhale le gaz, la femme commence à se débattre, mais l’homme la force en lui maintenant le dispositif, jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse. C’est alors qu’il l’étrangle. Son corps sera enterré dans l’arrière-cour de l’immeuble. Cinq ans plus tard, John Christie accueille la famille Evans. Ses pulsions criminelles vont alors reprendre.

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John Christie est interprété par Richard Attenborough, alors une des plus grandes stars du cinéma britannique et un des acteurs les plus populaires. Il livre ici une immense prestation, méconnaissable avec un faux crâne très réussi qui donne à sa tête un aspect inquiétant, renforcé par des lunettes aux verres ronds légèrement déformants.

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John Christie apparaît dès le premier plan comme un être répugnant, un prédateur qui assassine froidement les jeunes femmes en les étranglant, puis qui les viole après qu’elles aient rendu leur dernier souffle. Sa rencontre avec Timothy Evans, remarquablement interprété par John Hurt, bouleversant dans un de ses premiers films, va lui donner l’occasion de se laisser aller à ses penchants criminels, tout en manipulant et en faisant porter le chapeau à cet homme, peu éduqué, analphabète, habitué à écouter les « conseils » de ceux qui lui sont supérieurement intelligents. Christie va réduire en cendres la vie d’Evans en tuant son épouse Beryl (Judy Geeson) et sa petite fille. Rongé par la culpabilité puisque Christie lui a bien fait comprendre qu’il était le principal responsable de la mort de celles qu’il aimait – Christie avait réussi à convaincre Evans de ses connaissances en médecine pour pouvoir faire avorter sa femme – Evans se dénonce à la police. Mais Christie avait envisagé cette décision.

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Si Richard Attenborough et Richard Fleischer se sont engagés sur L’Etrangleur de Rillington Place, c’est pour livrer un combat direct contre la peine de mort. En effet, l’affaire John Christie / Timothy Evans, racontée dans le livre de Ludovic Kennedy, a mis en relief les erreurs judiciaires et les failles du recours à la peine de mort, qui sera finalement suspendue au milieu des années 1960, puisque Evans, jugé responsable de la mort de sa famille, a été condamné à mort par pendaison. Parallèlement, L’Etrangleur de Rillington Place demeure un des films les plus glaçants, réalistes et saisissants sur le thème du serial killer. Maître des espaces exigus, Richard Fleischer enferme littéralement le spectateur dans la bâtisse située au 10 Rillington Place. Avec ses appartements miteux aux murs suintants de crasse, son escalier étroit et son arrière-cour glauque, le décor est planté et participe au sentiment de claustrophobie distillé à travers la mise en scène stylisée et quasi-documentaire de Fleischer. Connu pour le soin apporté aux détails les plus infimes, le cinéaste livre une approche radicalement différente pour dresser le portrait de l’étrangleur de Rillington Place que pour celui de Boston, même si le film est tout autant prodigieux et oppressant avec une caméra souvent portée qui appuie le malaise des séquences de meurtres, dans un lieu isolé qui reflète l’extrême pauvreté de ses habitants. Par ailleurs, le réalisateur a mis un point d’honneur à tourner les séquences en extérieur sur les lieux-mêmes où se sont déroulés les faits et à faire écrire les dialogues à partir des témoignages d’époque et des transcriptions tirées des procès.

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Si le rythme est lent, il n’en demeure pas moins maîtrisé, créant même parfois une sensation hypnotique. 45 ans après sa réalisation, L’Etrangleur de Rillington Place n’a pas pris une seule ride et l’on reste toujours estomaqué par cette peinture de l’horreur montrée sous sa forme la plus banale, qui a ensuite largement inspiré Alfred Hitchcock pour Frenzy ou même Anthony Hopkins pour son incarnation d’Hannibal Lecter.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Etrangleur de Rillington Place, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

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A l’instar des Blu-ray de Terreur aveugle et des Flics ne dorment pas la nuit, Terreur aveugle s’accompagne d’une préface (7′30) réalisée par le brillant réalisateur Nicolas Saada (Espion(s), Taj Mahal). Même si l’éditeur appelle ce segment une préface, ne la visionnez surtout pas avant L’Etrangleur de Rillington Place puisque les propos de Nicolas Saada sont collés sur des images tirées du film qui révèlent beaucoup d’éléments. Le cinéaste, passionné par le cinéma de Richard Fleischer, aborde cette fois le traitement et l’approche du sujet par le réalisateur du Génie du mal, l’exploitation des lieux exigus (une spécialité de Fleischer). Nicolas Saada indique également qu’Alfred Hitchcock a vraisemblablement vu L’Etrangleur de Rillington Place et s’en est inspiré pour Frenzy réalisé un an après. Si la forme est abordée, le fond n’est pas oublié puisque Saada évoque également le fait divers à l’origine de cette histoire, ainsi que l’engagement de Richard Fleischer et de Richard Attenborough contre la peine de mort. Le casting est évidemment passé au peigne fin. De rares photos de tournage illustrent également cette présentation.

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S’ensuit une rencontre tout aussi indispensable avec le réalisateur Christophe Gans, intitulé Richard Fleischer, un auteur discret (24′). Cette formidable approche sur L’Etrangleur de Rillington Place évoque tour à tour la notion du cinéma d’auteur, la grande part de la carrière de Richard Fleischer consacrée au mal, ainsi qu’aux recoins et événements les plus sordides de la société. Visiblement fasciné par le cinéaste, Christophe Gans dissèque le fond et la forme de L’Etrangleur de Rillington Place en abordant notamment le caractère social du film et son contexte réaliste. Dans une seconde partie, Gans parle du casting, du fait divers et de l’affaire Christie, ainsi que du livre qui relate ces événements et qui allait jouer un rôle prépondérant dans l’abolition de la peine de mort en Angleterre. Gans clôt cet entretien en évoquant la modestie du réalisateur Fleischer, qui ne s’est jamais engagé de manière frontale dans ses films de commande, mais qui a pourtant toujours distillé des indices qui ne trompent pas sur ses engagements.

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Ne manquez pas la rencontre avec la comédienne Judy Geeson, qui interprète Beryl dans L‘Etrangleur de Rillington Place (22′). Révélée dans Les Anges aux poings fermés (1967) et aperçue dans Au service secret de Sa Majesté (1969) dans lequel elle jouait une patiente allergique recueillie au Piz Gloria, Judy Geeson est visiblement ravie de partager ses souvenirs liés au tournage de L’Etrangleur de Rillington Place. Elle revient sur son premier rôle de composition, sur son personnage, la collaboration avec Richard Fleischer, les partis pris et les intentions du film, les conditions de tournage sur les lieux mêmes du fait divers. Judy Geeson aborde ensuite l’affaire Christie, le livre de Ludovic Kennedy et son retentissement en Angleterre jusqu’à l’abolition de la peine de mort. La comédienne parle de l’écrivain, qui l’a beaucoup aidé pour préparer son personnage et qui était d’ailleurs consultant de Richard Fleischer sur le plateau. Enfin, Judy Geeson n’oublie pas de mentionner ses partenaires John Hurt et Richard Attenborough (avec quelques photos de la séance de maquillage de ce dernier), sans oublier la direction d’acteurs de Richard Fleischer, notamment lors de la scène du meurtre.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

L’Etrangleur de Rillington Place de Richard Fleischer renaît de ses cendres avec ce superbe master HD restauré à 4K ! Ce Blu-ray tient toutes ses promesses avec une superbe colorimétrie froide souvent désaturée, aux teintes brunes, des contrastes denses, des détails ciselés sur le cadre 1.66 respecté et un relief parfois étonnant. Si la définition fléchit légèrement – certaines séquences sombres en intérieur paraissent plus douces – le piqué est étonnant même s’il dépend des volontés artistiques originales et s’avère plus acéré sur les scènes tournées en extérieur. Le grain original se trouve heureusement respecté et conservé. Une élévation HD (1080p) élégante qui amplifie les partis pris esthétiques de la photographie signée Denys N. Coop. N’oublions pas de mentionner l’irréprochable propreté de la copie.

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Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0 instaurent un excellent confort acoustique. Les dialogues sont solidement délivrés, la propreté est de mise, les effets convaincants, sans aucun souffle sur les séquences sans musique. Les effets sonores, riches et très recherchés, jouissent également d’un écrin phonique somptueux. Au jeu des différences, la version originale l’emporte sur son homologue car plus aérée, naturelle et franche dans son rendu. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

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L’ÉTRANGLEUR DE RILLINGTON PLACE © 1970, RENOUVELÉ 1998 COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. Tous droits réservés. / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr