Test Blu-ray / Miracle Mile, réalisé par Steve De Jarnatt

MIRACLE MILE réalisé par Steve De Jarnatt, disponible en DVD et Blu-ray le 13 novembre 2017 chez Blaq Out

Acteurs :  Anthony Edwards, Mare Winningham, Mykelti Williamson, Denise Crosby, O-Lan Jones, John Agar, Lou Hancock, Kelly Jo Minter, Kurt Fuller…

ScénarioSteve De Jarnatt

Photographie : Theo van de Sande

Musique : Tangerine Dream

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

Los Angeles, 4h05 du matin. Après un rendez-vous raté avec la femme de sa vie, Harry décroche le téléphone d’une cabine qui ne cesse de sonner. Une voix lui apprend que des missiles nucléaires vont s’abattre sur Los Angeles dans 1 heure et 10 minutes. Une folle course contre la montre va s’enclencher…

C’est l’histoire d’un petit film sorti dans un quasi-anonymat en 1988, qui a depuis conquis de très nombreux cinéphiles dans le monde entier, au point de devenir culte. Appel d’urgence, Miracle Mile en version originale, est le second et dernier long métrage à ce jour réalisé par Steve De Jarnatt. Si son premier film Cherry 2000 (1987), comédie de science-fiction, reste très prisé des amateurs de Cinéma Bis, Appel d’urgence s’est bâti une solide réputation, au point d’être redécouvert avec tout autant de sérieux que de plaisir par la critique et les spectateurs.

Harry Washello rencontre Julie dans un musée d’Histoire naturelle. Ils passent l’après-midi ensemble et, le soir venu, se donnent rendez-vous à une heure du matin à la sortie du diner où Julie travaille. Mais l’hôtel dans lequel Henry est parti se reposer subit une panne de courant et il ne se réveille qu’à trois heures. Pour Harry, Julie est la femme de sa vie. Il se précipite à Miracle Mile où se trouve le diner mais Julie n’est plus là. Il lui laisse un message depuis la cabine téléphonique qui fait le coin de la rue et attend, désespéré, qu’elle le rappelle. Lorsque le téléphone sonne, il se précipite mais c’est à un étrange interlocuteur auquel il a affaire : un homme effrayé, en pleurs qui, pensant s’adresser à son père, lui confie que dans une heure dix des missiles nucléaires vont s’abattre sur les Etats-Unis. Henry pense à un canular mais la conviction de son correspondant le fait douter. Il s’en émeut auprès des rares clients du diner qui font peu de cas de son inquiétude. Mais parmi eux se trouve une femme d’affaires qui appelle quelques contacts au Sénat. Lorsqu’elle s’aperçoit que tous ses correspondants ont pris la tangente, l’assemblée commence à prendre au sérieux la terrible annonce. Pour Harry, il est impensable de s’enfuir de Los Angeles sans Julie.

Sur ce postulat de départ aussi inattendu que prometteur, Steve De Jarnatt va embarquer son audience dans un récit quasi-inclassable, une comédie-romantique sur fond d’apocalypse. Alors que son scénario écrit à l’origine pour la Warner Bros traînait depuis presque dix ans dans les tiroirs, Steve De Jarnatt, à qui le studio ne souhaitai pas confier la mise en scène, parvient à racheter son propre script pour la somme de 25.000 dollars. S’ensuit une phase de réécriture complète, jusqu’à ce que la Warner revienne à la charge en lui proposant cette fois de lui racheter son scénario pour 400.000 dollars ! Steve De Jarnatt refuse, sans doute par peur que son travail ne soit à nouveau mis aux oubliettes. Il prend alors son courage à deux mains et propose son scénario à plusieurs studios concurrents, mais ceux-ci demeurent frileux et dubitatifs devant ce mélange des genres peu conventionnel qu’ils imaginent déjà difficile à vendre, d’autant plus que Steve De Jarnatt tient à conserver son dénouement pessimiste. Jusqu’à l’entrée en scène de la Hemdale Film Corporation, compagnie de production et de distribution, qui avaient enchaîné les succès avec Les Guerriers du Bronx d’Enzo G. Castellari, mais aussi et surtout Terminator de James Cameron, ainsi que Salvador et Platoon d’Oliver Stone !

Steve De Jarnatt obtient alors 3,7 millions de dollars et les dates du tournage sont fixées du 13 avril au 4 juin 1987, entièrement en décors naturels à Los Angeles, dans le quartier de Miracle Mile qui donne son titre au film. Le casting est composé de comédiens pas ou alors peu connus du grand public. Avant de devenir une star du petit écran grâce à la série Urgences, dans lequel il interprète le Dr Mark Greene, Anthony Edwards promenait sa longue silhouette dégingandée au cinéma (Ça chauffe au lycée Ridgemont, Garçon choc pour nana chic) et à la télévision (It Takes Two), avant de connaître une première consécration avec Top Gun, dans lequel il incarne Goose, le pote à moustache de Tom Cruise. Même chose pour sa partenaire à l’écran Mare Winningham, qu’il connaissait depuis les cours de théâtre au lycée. Bien qu’aucune star ne soit à l’affiche, les spectateurs s’amuseront à reconnaître toute une ribambelle de formidables comédiens (à tronches) habituellement cantonnés aux seconds rôles. Mykelti Williamson (Bubba de Forrest Gump, Les Ailes de l’enfer, Heat), Denise Crosby (Simetierre, Deep Impact, 48 heures), Robert DoQui (RoboCop), John Agar (vu chez John Ford), Earl Boen (le docteur Silberman des trois premiers Terminator), Brian Thompson (un des punks de Terminator) et Jenette Goldstein (la mythique Vasquez d’Aliens – le retour et la mère adoptive de John Connor dans Terminator 2 – Le jugement dernier).

Redécouvrir Appel d’urgence aujourd’hui est comme tomber sur une pépite oubliée. Ou comment assister à une histoire d’amour dingue et romantique, une rencontre entre deux âmes sœurs le jour où une pluie de missiles nucléaires va s’abattre sur les Etats-Unis. Thriller paranoïaque, cauchemar éveillé, film catastrophe, comédie dans la veine d’After Hours, récit de science-fiction, drame mélancolique et existentiel, Miracle Mile a beau avoir l’air de partir dans toutes les directions, il n’en demeure pas moins que Steve De Jarnatt maintient le cap de son histoire du début à la fin, en instaurant progressivement un chaos très étonnant, déroutant et particulièrement prenant. On suit ainsi Harry, prêt à tout pour retrouver Julie et la sauver de la menace nucléaire – la guerre froide connaissait ses dernières heures – mise à exécution.

Le réalisateur parvient à retrouver l’essence des séries B de science-fiction des années 50, en y incorporant les couleurs fluorescentes des années 80, des néons bariolés du Johnie’s Coffee Shop Restaurant, en passant par les costumes des personnages. Ou comment la menace de mort qui pèse sur les protagonistes contraste avec les décors et textures luminescentes. Steve De Jarnatt soigne sa mise en scène avec de formidables travellings et plans-séquences, en déjouant les attentes des spectateurs avec quelques scènes impressionnantes et oppressantes à l’instar de celle dite de la station-service, ou bien encore les émeutes dans les rues à quelques minutes de l’explosion finale. La sublime composition de Tangerine Dream ne cesse d’envoûter, jusqu’au dénouement aussi inéluctable que déchirant, poétique et magnifique, qui montre que Steve De Jarnatt n’a pas peur du romanesque, ni des ruptures de tons.

Animé par une foi dans le cinéma, une énergie contagieuse et un désir d’offrir aux spectateurs un rollercoaster d’émotions, Appel d’urgence Miracle Mile, intègre la liste des « grands petits films » qui font le bonheur des cinéphiles, que l’on se refile, que l’on conseille, qui se placent dans le top des films « injustement méconnus ». Le bouche-à-oreille fait foi et même si Appel d’urgence est sorti il y a maintenant trente ans, il n’est sûrement pas trop tard pour le considérer à sa juste valeur, surtout à l’heure où Donald Trump et Kim Jong-un caressent le bouton rouge chacun de leur côté.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Miracle Mile, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe sur la composition de Tangerine Dream.

On commence les suppléments par le court-métrage Tarzana (33’), réalisé par Steve De Jarnatt en 1972. Ce formidable film d’étudiant est une véritable lettre d’amour du metteur en scène au film noir des années 1940. Tourné dans un magnifique N&B, en reprenant les partis pris, les costumes et les décors du genre, Tarzana suit l’enquête d’un détective privé, Eye Milt Lassitor, interprété par Michael C. Gwynne. Durant son investigation, ce dernier croise le comédien Eddie Constantine dans l’imperméable de Lemmy Caution ! Un sublime exercice de style. En introduction, l’éditeur indique que Tarzana est un film rarissime, qui était bloqué pour des raisons de droits musicaux. La situation s’étant légèrement décoincée à la dernière minute, Blaq Out n’a pas pu faire sous-titrer ce court-métrage, mais a tout de même décidé de l’inclure à cette édition. Très remarqué, ce film a permis à Steve De Jarnatt de se faire immédiatement un nom à Hollywood.

Trois ans plus tard, Steve De Jarnatt coréalise Eat the Sun avec Jim Cox (24’). Un faux documentaire expérimental, qui montre comment les membres d’une secte parviennent à réaliser leur publicité et à attirer de nouveaux adeptes. Plutôt difficile d’accès, ce film avec quelques faux sosies de Donald Pleasence et Régis Laspalès habillés avec du papier d’aluminium, se regarde surtout comme une curiosité. Même chose que pour Tarzana, Blaq Out indique que Steve De Jarnatt ne souhaitait présenter ce film que si l’autre court-métrage était disponible. De ce fait, Eat the Sun n’est pas sous-titré non plus.

Nous passons maintenant à l’entretien de Steve De Jarnatt (11’). Enregistré en juin 2017, le réalisateur revient sur la longue gestation de Miracle Mile, ainsi que les problèmes liés à la mise en route de son second long métrage. Sans langue de bois, Steve De Jarnatt explique en détail comment la Warner Bros. avait voulu faire beaucoup de changements dans son scénario, notamment en ce qui concerne le dénouement. La Warner souhaitait entre autres intégrer cette histoire à La Quatrième dimension, avant que Steven Spielberg ne rejoigne le projet. Mais le cinéaste n’a pas plié et après avoir racheté son propre scénario au studio, Steve De Jarnatt est allé voir ailleurs, pour trouver preneur auprès des producteurs de la Hemdale huit ans après ! Durant cette interview, le cinéaste enchaîne les anecdotes de tournage (tout était storyboardé), revient sur les thèmes du film (inspirés de son enfance passée dans la peur d’une Troisième Guerre mondiale), les partis pris (une image claire et cristalline, le choix de Tangerine Dream pour la B.O.) et ses intentions, tout en se rappelant la sortie de Miracle Mile au cinéma et au passage donner son avis sur la prolifération des films de super-héros à Hollywood.

Place aux deux comédiens principaux de Miracle Mile, Anthony Edwards et Mare Winningham, de partager leurs souvenirs liés au tournage du film de Steve De Jarnatt (12’). Visiblement complices, ils se connaissent d’ailleurs depuis le lycée, les deux acteurs se penchent sur les personnages, sur l’histoire, le travail avec Steve De Jarnatt, le contexte politique dans lequel le film a été réalisé, la sortie au cinéma et surtout la résurrection de Miracle Mile trente ans après. Anthony Edwards admet que le film a mal vieilli, mais qu’il possède un côté désuet magnifique et représente admirablement ce que pouvait être un film américain d’art et d’essai dans les années 1980.

Dommage qu’Anthony Edwards et Mare Winningham ne soient pas présents dans le module suivant qui propose les retrouvailles du casting dans le célèbre Johnie’s Coffee Shop Restaurant, l’un des décors importants de Miracle Mile, fermé depuis 2000, mais conservé en état et vu dans d’autres films (Volcano, The Big Lebowski, 60 secondes chrono). Filmé par le chef opérateur Theo van de Sande, ce segment de 25 minutes offre de savoureux et émouvants moments avec les acteurs et Steve De Jarnatt, qui évoquent leurs souvenirs avec autant de nostalgie que de bonheur puisqu’ils sont fiers que Miracle Mile soit redécouvert près de trente ans après la sortie du film au cinéma, où il avait dû affronter Road House avec Patrick Swayze pendant quinze jours, avant de déclarer forfait devant le mastodonte de Steven Spielberg, Indiana Jones et la dernière Croisade.

Place au compositeur autrichien Paul Haslinger, de se pencher sur sa contribution à la grande réussite de Miracle Mile (17’). Alors qu’il venait de rejoindre le groupe Tangerine Dream en 1986 suite au départ de Johannes Schmoelling, Paul Haslinger et les autres membres du groupe acceptent de composer la B.O. du film de Steve De Jarnatt, qui écoutait en boucle la musique de Sorcerer de William Friedkin pendant qu’il écrivait son scénario. Le musicien se souvient des conditions d’enregistrement de la musique du film, tout en se penchant sur quelques-uns des thèmes principaux de Miracle Mile.

Derrière les « Scènes coupées et alternatives » (11’) se présente un montage constitué de morceaux de séquences abandonnées, ratées, ou filmées sous un angle différent par rapport à celles finalement gardées.

L’interactivité se clôt sur une présentation du storyboard de la séquence au diner (2’), de la bande-annonce originale, d’une fin alternative (1’) où Harry et Julie « devenaient » deux diamants qui s’animaient et tourbillonnaient à l’écran. Ceux qui ont vu le film comprendront. N’oublions pas la sublime piste musicale isolée !

Dommage que Blaq Out n’ait pas pu reprendre le commentaire audio de Steve De Jarnatt et du directeur de la photographie Theo Van de Sande, disponible sur l’édition Kino.

L’Image et le son

Effectivement, c’est un miracle que Miracle Mile apparaisse en France, surtout en Haute-Définition ! C’est donc à Blaq out que nous devons cette sortie aussi ambitieuse que très attendue par beaucoup de cinéphiles. Seulement le résultat en Haute-Définition est très relatif. Le point fort de cette édition demeure les couleurs typiques des années 1980, autrement dit bariolées, renforcées ici par l’omniprésence des néons qui éclairent les rues désertes de Los Angeles à 4h du matin, avec une très belle lumière diffuse. Ajoutez à cela une stabilité rarement prise en défaut, un piqué agréable et des contrastes plutôt concis. En revanche, l’apport de la HD appuie le côté « petit budget » de Miracle Mile. La gestion du grain est aléatoire, les poussières et points blancs apparaissent sporadiquement (la restauration est correcte, pas non plus incroyable), mais se multiplient dans l’acte final, sur les plans à effets spéciaux et les partis pris rouge-orangé, avec également l’apparition de fourmillements. La belle photographie du chef opérateur néerlandais Theo Van de Sande (Blade) s’en tire avec les honneurs et profite de cette promotion. C’est déjà ça de pris.

Le mixage anglais Stéréo est propre et distille parfaitement la bande originale. La piste anglaise est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages souvent impressionnants. Au jeu des différences, la version française s’avère plus couverte, avec certaines ambiances et d’autres effets annexes qui peinent à se faire entendre quand on compare avec la piste anglaise. L’éditeur prévient d’ailleurs de l’état de la version française, par un carton en avant-programme. La piste originale est dynamique et le niveau des dialogues plus plaisant. Les sous-titres français sont imposés en anglais.

Crédits images : © MGM / Blaq Out / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Une vie ailleurs, réalisé par Olivier Peyon

UNE VIE AILLEURS réalisé par Olivier Peyon, disponible en DVD le 12 septembre 2017 chez Blaq Out

Acteurs :  Isabelle Carré, Ramzy Bedia, María Dupláa, Dylan Cortes, Virginia Méndez, Lucas Barreiro, Olivier Ruidavet, Flavio Quintana…

Scénario :  Olivier Peyon, Cécilia Rouaud, Patricia Mortagne

Photographie : Alexis Kavyrchine

Musique : Nicolas Kuhn

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

C’est en Uruguay que Sylvie retrouve enfin la trace de son fils, enlevé il y a quatre ans par son ex-mari. Avec l’aide précieuse de Mehdi, elle part le récupérer mais arrivés là-bas, rien ne se passe comme prévu : l’enfant, élevé par sa grand-mère et sa tante, semble heureux et épanoui. Sylvie réalise alors que Felipe a grandi sans elle et que sa vie est désormais ailleurs.

Remarqué en 2007 avec son premier long métrage Les Petites vacances, interprété par Bernadette Lafont et Claude Brasseur, Olivier Peyon a tout d’abord suivi des études de sciences économiques, avant de devenir assistant de production pour le cinéma. Après un passage au CNC, il réalise quatre courts métrages, Promis, juré (1996), Jingle Bells (1997), Claquage après étirements (2000) et A tes amours (2001). A côté de ses activités de metteur en scène et de scénariste, Olivier Peyon traduit également en français plus d’une centaine de films anglophones, dont les œuvres des frères Coen, Danny Boyle, Stephen Frears, Ken Loach, Spike Jonze et bien d’autres. Egalement documentariste, Olivier Peyon signe ensuite deux documentaires pour l’émission Empreintes, diffusée sur France 5, le premier consacré à Élisabeth Badinter, le second à Michel Onfray. Vient ensuite la consécration critique et publique avec son long métrage documentaire Comment j’ai détesté les maths. Après avoir attiré 76.000 spectateurs dans les salles, le film est ensuite nommé aux César en 2014 dans la catégorie meilleur documentaire. Avec Une vie ailleurs, Olivier Peyon revient à la fiction et offre à Isabelle Carré son meilleur et son plus beau rôle depuis longtemps.

Depuis quatre ans, Sylvie se bat pour retrouver son fils, enlevé par son ex-mari. Elle vient de retrouver sa trace en Uruguay, où Felipe, le petit garçon, vit avec sa tante et sa grand-mère. Sylvie demande à Medhi, assistant social ému par sa peine, de lui ramener son fils. Sur place, Medhi rencontre la famille et se rend vite compte que Felipe est aimé et mène une existence heureuse. Medhi finit par renoncer, au grand désespoir de Sylvie, qui s’était imaginée de belles retrouvailles. Elle se rend sur place, bien décidée à prendre Felipe dans ses bras et à le ramener en France. Tourné à Montevideo et Florida en Uruguay, Une vie ailleurs crée un sentiment d’urgence dès les premières séquences. Avec cette mise en scène heurtée, on comprend très vite les sentiments qui animent le personnage de Sylvie, merveilleusement incarné par l’intense Isabelle Carré, et Medhi, qui démontre une fois de plus à quel point le drame sied bien à Ramzy Bédia comme dans Vandal de Hélier Cisterne sorti en 2013. Olivier Peyon parvient d’emblée à déstabiliser le spectateur en le plongeant dans un pays qu’il ne connaît pas et par ailleurs rarement filmé, l’Uruguay, tout en l’impliquant dans une quête à laquelle il est tout d’abord difficile d’adhérer.

Puis, la réalisation trouve un équilibre qui permet aux deux personnages principaux de réaliser ce pourquoi ils sont venus. Medhi et Sylvie sont alors séparés. Ils se dévoilent chacun de leur côté, vont à la rencontre de certaines personnes, partagés entre tendresse et violence. Ecrit, mis en scène et interprété avec une sensibilité à fleur de peau, Une vie ailleurs se dévoile par strates avec des sentiments tout d’abord intériorisés, qui vont ensuite submerger les personnages. Formidable directeur d’acteurs, Olivier Peyon entoure ses deux têtes d’affiche – qui s’étaient déjà croisées sur Des vents contraires de Jalil Lespert – d’excellents comédiens, parmi lesquels se distingue notamment l’argentine Maria Dupláa, qui interprète Maria, la tante de Felipe, qui illumine l’écran. Sur la forme, le cinéaste capture l’essence, la langue, le parfum et les couleurs d’un pays, qui contrastent avec une histoire d’amour contrariée, celle d’une mère pour son fils, la première étant bien décidée à récupérer ses droits sur le second, même s’il lui faut pour cela l’enlever à l’amour d’une tante, qui l’a élevé comme son propre fils, et d’une grand-mère.

Une vie ailleurs agrippe son audience du début à la fin pour l’emmener dans un tourbillon d’émotions à la fois profondes et contradictoires propres à la maternité, en évitant tout pathos. On en ressort à la fois étourdi, apaisé et ravi.

LE DVD

Le DVD d’Une vie ailleurs, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le visuel reprend celui de l’affiche du film. Le menu principal est fixe et musical.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent en guise de suppléments. Néanmoins, ces sept séquences coupées au montage (22’30) méritent l’attention du spectateur. D’une part parce qu’elles sont très réussies, d’autre part parce que la première scène Llamadas (6’) et la dernière La danse d’Isabelle (2’) combinent à la fois les images du film avec celles du tournage. Un carton indique que tous les dimanche soirs dans chaque quartier de Montevideo, les habitants se réunissent dans la rue pour répéter, afin de participer aux Llamadas, le carnaval uruguayen, à base de percussions. Il s’agit ici du premier jour de tournage et de la première scène tournée en février 2016. Le carnaval venant juste de se terminer, tout le quartier de Jacinto a accepté de ressortir leurs instruments pour le film, pendant qu’Isabelle Carré et Lucas Barreiro interprètent leurs personnages. La Danse d’Isabelle n’est pas véritablement une scène coupée puisqu’on y voit la comédienne danser au rythme des percussions. En revanche, les cinq autres séquences sont bel et bien des séquences abandonnées (l’arrivée de Sylvie et Medhi à la douane, la rencontre de Medhi avec le Consul de France, la recherche d’un bateau qui pourrait emmener Sylvie et son fils en Argentine) ou allongées, à l’instar de la communion et du match de foot des enfants.

L’Image et le son

Point d’édition HD pour Une vie ailleurs, mais cela n’est pas trop grave puisque le DVD concocté par Blaq Out s’avère de fort bon acabit. La copie est très propre et claire, avec un cadre large qui fourmille de détails. La photo d’Alexis Kavyrchine (Les Petites vacances, Vincent n’a pas d’écailles, Je ne suis pas un salaud) fait la part belle aux teintes chatoyantes, ambrées et solaires, avec de fabuleux dégradés de bleus, de rouges et de jaunes, les contrastes sont denses et le piqué joliment acéré. L’encodage est solide, y compris sur les premières séquences qui reflètent l’agitation de Sylvie. Seul bémol au niveau des scènes nocturnes, moins précises que le reste. Sinon, la profondeur de champ permet d’apprécier les magnifiques paysages et ce DVD demeure très beau.

Au rayon acoustique, il va sans dire que la piste Dolby Digital 5.1 est à privilégier. Les enceintes sont mises à contribution avec des frontales qui délivrent des effets précis et immersifs, des dialogues clairs et précis sur la centrale, des latérales qui distillent quelques atmosphères palpables. Les ambiances annexes en extérieur apportent également leur lot de satisfaction. La piste 2.0 est tout aussi dense et excellente. A noter la présence de sous-titres disponibles pour les spectateurs sourds et malentendants.

Test Blu-ray / Aquarius, réalisé par Kleber Mendonça Filho

AQUARIUS réalisé par Kleber Mendonça Filho, disponible en DVD et Blu-ray le 9 mars 2017 chez Blaq Out

Acteurs : Sonia Braga, Maeve Jinkings, Irandhir Santos, Humberto Carrão, Zoraide Coleto, Fernando Teixeira, Buda Lira, Paula De Renor

Scénario : Kleber Mendonça Filho

Photographie : Pedro Sotero, Fabricio Tadeu

Durée : 2h26

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Dans les années 1960 et 1970, à Recife, au Brésil, Clara fut une critique musicale très au fait de la vie artistique du pays. Issue de la bonne bourgeoisie, elle a mené une belle existence, dont elle conserve le souvenir à travers une grande collection de vinyles. Les disques sont rangés dans l’appartement où vit la sexagénaire. Veuve et mère de trois enfants, Clara est la dernière habitante de l’Aquarius, un immeuble construit dans les années 1940. Mais il est menacé par un promoteur qui en a racheté tous les autres appartements. Clara, qui veut rester, résiste à ses propositions, qui vont bientôt se transformer en harcèlement…

Décidément, le palmarès du Festival de Cannes 2016 restera l’un des plus inappropriés de toute son histoire. Comment un film comme Aquarius a-t-il pu repartir bredouille ? Comment le Prix d’interprétation féminine a-t-il pu échapper à Sonia Braga ? Deuxième long métrage réalisé par Kleber Mendonça Filho après Les Bruits de Recife (2012), Aquarius raconte l’histoire de Clara, la soixantaine, ancienne critique musicale, est née dans un milieu bourgeois de Recife, au Brésil. Elle vit dans un immeuble singulier, l’Aquarius construit dans les années 40, sur la très huppée Avenida Boa Viagem qui longe l’océan. Un important promoteur immobilier a racheté tous les appartements mais elle, se refuse à vendre le sien. Elle va rentrer en guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle. Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, son passé, ceux qu’elle aime.

A travers ce personnage issu de la classe aisée, le cinéaste brésilien se penche sur la mémoire et l’héritage, sur la lutte pour préserver ses souvenirs et évoquer brillamment l’inéluctabilité du temps qui passe. Clara est merveilleusement incarnée par Sonia Braga, icône brésilienne et star internationale, dont les films les plus célèbres restent Le Baiser de la femme-araignée d’Hector Babenco (1985), La Relève de Clint Eastwood (1990) et vue dernièrement dans la série Luke Cage. Magnétique, Sonia Braga hypnotise la caméra et les spectateurs depuis près de 50 ans et n’a jamais été aussi resplendissante que devant la caméra de Kleber Mendonça Filho. Elle est la raison d’être d’Aquarius, quasiment de tous les plans.

Clara n’est pourtant pas un personnage immédiatement attachant, puisque femme privilégiée et en apparence froide, parfois condescendante avec sa femme de ménage et cuisinière. Bien installée et très à l’aise financièrement, Clara se dévoile par strates et le spectateur comprend très vite que Clara a réussi à vaincre un cancer du sein, qui a meurtri son corps, mais qui est parvenue à surmonter cette épreuve il y a trente ans (superbe prologue en 1980) grâce à l’amour des siens, en particulier dans son appartement, devenu un véritable cocon protecteur. Autant dire qu’elle est évidemment très attachée à ce logement – dans lequel elle vit seule car veuve depuis quelques années et ses enfants faisant leur vie – malheureusement convoité par un promoteur qui souhaite transformer toute la résidence. D’où ce sentiment de peur qui s’empare du personnage, qui reste digne malgré cette crainte de voir s’envoler ce qu’elle a de plus précieux, puisque détruire son appartement reviendrait à effacer sa mémoire étant donné que chaque parcelle du logement est imprégnée de plus d’un demi-siècle de vie(s).

Aquarius déroule son récit avec une langueur romanesque et sensuelle, avec quelques emprunts au thriller et même au fantastique qui créent quelques menaces et tensions, surtout lorsque Clara se rend compte qu’elle n’est plus que la dernière habitante de toute sa résidence et que divers événements semblent se produire dans l’appartement au-dessus de chez elle. Clara est une femme complexe et mystérieuse, qui d’ailleurs ne se livre pas d’un bloc et qui ne se dévoile jamais totalement. Même encore à la fin du film, ce personnage conserve son ambiguïté, grâce à l’intensité, à l’immense talent et à la beauté naturelle et solaire de Sonia Braga. A travers le portrait de cette femme, Kleber Mendonça Filho réalise une radiographie de son pays, attaché à son passé mais devant se plier au rouleau compresseur de la mondialisation, quitte à oublier ce qui a fait sa richesse et son Histoire.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray d’Aquarius, disponible chez Blaq Out, repose dans un boîtier classique de couleur bleue foncée, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Dans un premier temps, nous écoutons l’intervention d’Alberto Da Silva, maître de conférences à Paris Sorbonne, spécialiste du cinéma brésilien et d’histoire contemporaine (17’). Durant cet entretien, nous en apprenons plus sur l’histoire politique du brésil après la dictature (1964-1985), mais aussi sur la situation du cinéma du pays et les thèmes explorés par Kleber Mendonça Filho dans Aquarius, liés à une certaine catégorie sociale, celle de la bourgeoisie de la ville de Recife. Alberto Da Silva évoque les intentions du réalisateur, la bande-son, la façon dont le passé et le présent s’entrecroisent, les personnages et notamment celui de Clara qui pour lui s’avère une synthèse de tous ceux incarnés par la comédienne Sonia Braga dans sa longue et prestigieuse carrière.

Ne manquez pas le court-métrage Vinil Verde (16’), réalisé par Kleber Mendonça Filho en 2003. Dans le quartier de Casa Amarela de Recife, Mère offre à Fille un cadeau spécial : une boîte pleine de petits disques de couleur pour enfants. Fille pourra écouter les disques, à l’exception du vinyle vert. Mais la curiosité finit par l’emporter et Fille désobéit. A son retour, Mère a perdu un bras. Inclassable, essentiellement composé de photos animées, beau, inquiétant, insolite, les qualificatifs ne manquent pas pour évoquer ce Vinil Verde !

L’Image et le son

Superbe Blu-ray concocté par Blaq Out. La colorimétrie brûle les yeux, les teintes bigarrées et chaudes sont divinement restituées et parfaitement saturées, le piqué est acéré comme la lame d’un scalpel, les contrastes sont denses et les détails abondent aux quatre coins du cadre large. Les scènes en extérieur sont magnifiques, limpides, la luminosité est étincelante. Ce master full HD (1080p) ravit du début à la fin.

Seule la version originale est disponible. Franchement, qui s’en plaindra ? Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 se révèle ample et dynamique. La spatialisation est évidente (le culte Another One Bites the Dust de Queen) sur toutes les scènes en extérieur, les dialogues sont solidement plantés sur la centrale, la balance frontale est riche et les effets annexes ne manquent pas. Le mixage respecte la délicatesse de la mise en scène. La Stéréo est tout aussi riche et contentera ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène avant. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © SBS Distribution / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Trois vies et une seule mort, réalisé par Raoul Ruiz

TROIS VIES ET UNE SEULE MORT réalisé par Raoul Ruiz, disponible en Combo Blu-ray+DVD le 15 novembre 2016 chez Blaq Out.

Acteurs : Marcello Mastroianni, Anna Galiena, Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni, Arielle Dombasle, Marisa Paredes, Féodor Atkine, Pierre Bellemare, Smaïn, Lou Castel

Scénario : Pascal Bonitzer, Raoul Ruiz

Photographie : Laurent Machuel

Musique : Jorge Arriagada

Durée : 2h05

Date de sortie initiale : 1996

LE FILM

Quatre personnages étonnamment semblables mènent des vies pourtant fort différentes. Mateo Strano, un commis-voyageur, rentre chez lui après une très longue absence et retrouve sa tendre et charmante épouse. Le professeur d’«anthropologie négative» Georges Vickers tombe dans la mendicité et s’éprend d’une promeneuse de petite vertu des rues de Pigalle, qui porte le nom de Tania. Quant à Luc Allamand, un homme d’affaires, il s’invente une famille pour justifier certaines opérations financières, puis s’étonne lorsqu’il apprend que «les siens», qu’il croyait fictifs, s’apprêtent à lui rendre visite. Enfin, un vieux majordome accueille dans une riche et somptueuse demeure le couple d’amants misérables qui vient très curieusement d’en hériter…

Chef d’oeuvre de Raoul Ruiz, Trois vies et une seule mort est un vibrant hommage au métier d’acteur doublé d’un portrait de son acteur principal, l’immense Marcello Mastroianni, dans son avant-dernier rôle au cinéma. Par ailleurs, « rôle » devrait s’écrire au pluriel puisque l’acteur italien, âgé de 72 ans, campe pas moins de quatre personnages, qui habitent en réalité le même corps. Tantôt riche personnage qui aide un jeune couple, professeur en Sorbonne qui devient clochard ou maître d’hôtel, Marcello Mastroianni campe un personnage affecté par le syndrome de la multiplication de la personnalité. Pris dans le tourbillon de ce conte fantastique, cet homme vit plusieurs vies et assume trois destins qui ne cesseront de s’entrecouper. Ce sont les histoires d’abord successives, puis tragiquement entremêlées, du commis-voyageur Mateo Strano, de retour auprès de sa femme Maria, après une longue absence… du célèbre professeur d’anthropologie Georges Vickers, tombé dans la mendicité et amoureux d’une “maîtresse” de Pigalle, Tania… du puissant homme d’affaires Luc Allamand, pris au piège d’un énorme mensonge devenu réalité… Ces histoires entre cauchemar et comédie n’en forment qu’une, parce que ces trois hommes n’en sont donc en réalité qu’un seul, affligé du syndrome connu de la “personnalité multiple”. Et s’il dispose ainsi plusieurs vies, il n’a comme tout le monde qu’une seule mort. Une mort en l’occurrence tragique…car on ne vit pas impunément plusieurs vies.

Non seulement Raoul Ruiz dresse un portrait du caractère protéiforme de son mythique comédien, mais il dresse également celui du cinéma italien en adoptant la forme d’un film à sketches…qui n’en est pas vraiment un ! On suit l’itinéraire de ce vieil homme, qui mécontent de la vie qui s’offrait à lui a décidé « malgré-lui » de se démultiplier afin de connaître plusieurs existences en parallèle. Personnalités qui doivent bientôt s’affronter pour n’en former qu’une seule, quand ce vieil homme mystérieux arrive à la fin de sa véritable vie. Ces histoires sont marquées par les interventions de Pierre Bellemare, dont la célèbre voix – qui a su raconter moult histoires criminelles – sert de transition entre les diverses existences de notre protagoniste. A 70 ans passés, Marcello Mastroianni n’a rien perdu de sa verve et s’amuse comme un gamin dans ce(s) rôle(s) aux mille facettes. Tendre, inquiétant, drôle, émouvant, sensible, le comédien réalise un de ses derniers tours de piste avec une virtuosité de tous les instants.

Le scénario coécrit par Raoul Ruiz et Pascal Bonitzer est à ce titre jubilatoire et agit comme une spirale étourdissante dans laquelle sont aspirés à la fois les personnages et les spectateurs. Pensé comme une « œuvre à la manière cubiste » par son réalisateur, Trois vies et une seule mort est une œuvre dense et riche, labyrinthique, passionnante, singulière, surréaliste, poétique et baroque, à la fois intellectuelle et populaire, qui joue avec les actions simultanées dans un même temps que le réalisateur aime distordre pour mieux affronter sa nature inéluctable. Aux côtés de Marcello Mastroianni, citons également les prestations de sa fille Chiara Mastroianni, Melvil Poupaud, Anna Galiena, Marisa Paredes, Arielle Dombasle et Féodor Atkine, plongés malgré eux dans les vies dissociées de Mateo Strano, ou Georges Vickers, ou Luc Allamand, ou bref.

Malgré l’excellence de ses partenaires, nous n’avons d’yeux que pour Marcello Mastroianni, silhouette fatiguée mais l’oeil toujours aussi vif et pétillant, qui allait alors enchaîner avec son dernier film, Voyage au début du monde de Manoel de Oliveira. Emballés par cette grande expérience cinématographique, Pascal Bonitzer et Raoul Ruiz collaboreront à nouveau pour le non moins excellent Généalogies d’un crime.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Généalogies d’un crime, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, fixe et musical.

Cette édition ne comporte qu’un seul supplément et non des moindres puisqu’il s’agit d’un documentaire intitulé Raoul Ruiz, contre l’ignorance fiction !, réalisé en 2016 par Alexandra Rojo. Pendant plus d’une heure, ce module donne la parole à quelques amis et/ou collaborateurs du réalisateur franco-chilien, comme son fidèle producteur Paulo Branco, le compositeur Jorge Arriagada, les comédiens Ricardo Pereira et Melvil Poupaud, le philosophe Andrés Claro, le poète Waldo Rojas, et propose une fabuleuse plongée dans le cinéma de Raoul Ruiz. Quelques extraits de ses films et d’images de tournage de Ce jour-là (2003) viennent illustrer certains propos. A l’instar de ses longs-métrages, ce documentaire propose quelques pistes pour mieux appréhender le cinéma complexe et atypique de Raoul Ruiz, ainsi que ses influences (poétiques, scientifiques, politiques), sans pour autant en dévoiler les clés, qui n’appartenaient d’ailleurs qu’à son auteur, dont la voix survole parfois les images et qui n’apparaît vraiment à l’écran qu’à la fin.

L’Image et le son

Trois vies et une seule mort est disponible en Haute-Définition, dans un master restauré à 2K par l’incontournable Immagine Ritrovata de la Cinémathèque de Bologne. La propreté de l’image de ce Blu-ray (1080p, AVC) flatte les mirettes, d’autant plus que les couleurs retrouvent une belle vivacité. En dehors de divers plans plus ternes sur les séquences sombres, le relief est palpable, y compris sur les plans en intérieur, tout comme le piqué, vif et acéré. Les noirs retrouvent une certaine densité, les contrastes sont plutôt solides. Le grain original est heureusement respecté, mais certains fourmillements demeurent à plusieurs reprises. Cela n’empêche pas d’apprécier ce nouveau et très beau master HD qui instaure un excellent confort de visionnage.

Que ce soit en DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0, le confort acoustique est indéniable. La musique est doucement spatialisée, les dialogues bien installés sur la centrale et les effets riches sur les frontales. Si la Stéréo est évidemment plus « plate », elle s’avère tout aussi dynamique. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Copyright Blaq Out / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Généalogies d’un crime, réalisé par Raoul Ruiz

GENEALOGIES D’UN CRIME réalisé par Raoul Ruiz, disponible en combo Blu-ray+DVD le 15 novembre 2016 chez Blaq Out

Acteurs : Catherine Deneuve, Michel Piccoli, Melvil Poupaud, Andrzej Seweryn, Bernadette Lafont, Mathieu Amalric

Scénario : Pascal Bonitzer, Raoul Ruiz

Photographie : Stefan Ivanov

Musique : Jorge Arriagada

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1997

LE FILM

Jeanne, une analyste freudienne, croit voir dans son neveu, âgé de cinq ans, des tendances homicides. Or elle sait que – selon un mot de Freud – à l’âge de cinq ans “tout est joué” pour tout individu. Elle décide donc d’étudier l’évolution inexorable de ses penchants criminels, jusqu’au moment où il commet le crime tant attendu : il tue sa tante, seule personne à connaître ses penchants. Le jeune criminel, René, est défendu par Solange, une avocate qui cherchera à démonter les mécanismes du jeu subtil auquel se sont livrés la victime et le futur criminel, pendant plus de dix ans. Peu à peu, le jeune homme commence à voir dans l’avocate, sa tante morte. Et l’avocate voit dans le jeune homme, son propre fils, mort dans un accident. Voilà donc que le fantôme de Jeanne, la victime, s’incarne dans Solange, l’avocate, pour ainsi peut-être donner une nouvelle chance au jeune criminel.

Généalogies d’un crime de Raoul Ruiz (1941-2011) n’est pas du cinéma mais LE Cinéma, libre, inventif, rafraîchissant. Véritable jeu de pistes, mais aussi jeu de reflets, de mots, d’ombres, de miroirs sans tain et teinté de peinture, jouant avec virtuosité avec la caméra (sans cesse en mouvement), les récits et époques (d’où le pluriel du titre) entrelacées de manière vertigineuse, nous sommes bien devant une œuvre, un chef d’oeuvre du réalisateur franco-chilien et conteur baroque par excellence. Impossible de résumer Généalogies d’un crime tant le film regorge de tiroirs, de fantasmes, de non-dits, de mensonges, de points de vue, parfois tout cela pendant une même séquence.

Magnifiquement mise en scène, photographiée par Stefan Ivanov et bercée par la splendide composition de Jorge Arriagada (Les Femmes du 6e étage), cette histoire renversante s’amuse avec les spectateurs en lui faisant croire que ce qu’il voit est réel ou inventé au cours du récit. Dès la première séquence introduite par la citation de Saint-Just « Rien ne ressemble à la vertu comme un grand crime », le cinéaste happe l’attention du spectateur et ne le relâchera pas une seconde pendant près de deux heures, en démontrant que l’histoire – ici inspirée par la véritable affaire Hermine Von Hug-Hellmuth – n’est finalement qu’un éternel recommencement et que les êtres humains ne sont que des pantins manipulés par une force qui les domine.

Après La Vocation suspendue (1977) et Trois vies et une seule mort (1995), Pascal Bonitzer et Raoul Ruiz collaborent à nouveau pour offrir un formidable et jubilatoire drame-policier bourré d’humour, un film inclassable qui jongle constamment avec les genres et qui offre à tous ses magnifiques comédiens, Catherine Deneuve (blonde et rousse, sublime), Melvil Poupaud, Michel Piccoli (magistral), Bernadette Lafont, Mathieu Amalric et même Patrick Modiano dans une courte apparition, l’occasion de briller et surtout de s’amuser au jeu du chat et de la souris, dont les rôles ne font que s’inverser sans cesse, à travers une intrigue de plus en plus hermétique qui n’est pas sans rappeler l’univers de Raymond Chandler.

Certes, Généalogies d’un crime peut laisser (et lasser) quelques spectateurs en cours de route avec son ton dispersé et unique et qui n’appartient qu’à son auteur, mais ceux qui voudront bien se laisser emporter par ce brillant exercice de style, à la fois intellectuel, psychologique, littéraire et populaire, ne le regretteront pas, surtout que le twist final s’avère remarquable et l’on demeure ravi de s’être fait manipuler et surtout d’avoir joué. Réalisé entre Trois vies et une seule mort (1995) et Le Temps retrouvé (1998) d’après Marcel Proust, Généalogies d’un crime a obtenu l’Ours d’argent au Festival de Berlin en 1997.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Généalogies d’un crime, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, fixe et musical.

Seul supplément disponible sur cette édition Blu-ray, l’interview de Raoul Ruiz (25’), réalisée par Philippe Piazzo en juin 2009. A l’instar de ses films, le réalisateur entrecroise les sujets, parle de la magie, de l’art de s’échapper, de littérature, de l’évolution du cinéma, du numérique, de son style, de ses « collections d’apocalypses », de faits à accomplir. Il n’est pas interdit de se perdre au fil de cette interview, illustrée par des extraits tirés de plusieurs de ses films. C’est non seulement conseillé, mais également inévitable.

L’Image et le Son

Généalogies d’un crime est disponible en Haute-Définition, dans un master restauré à 2K par l’incontournable Immagine Ritrovata de la Cinémathèque de Bologne. La propreté de l’image de ce Blu-ray (1080p, AVC) flatte les mirettes, d’autant plus que les couleurs retrouvent une belle vivacité, notamment les bleus, quasiment omniprésents. En dehors de divers plans plus ternes, le relief est palpable, y compris sur les plans en intérieur, tout comme le piqué, vif et acéré. Les noirs sont denses, les contrastes solides, et les superbes partis pris de la photo du chef opérateur Stefan Ivanov trouvent ici l’écrin idéal avec le grain respecté.

Que ce soit en DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0, le confort acoustique est indéniable. La musique est doucement spatialisée, les dialogues bien installés sur la centrale et les effets riches sur les frontales à l’instar de la pluie en ouverture. Si la Stéréo est évidemment plus « plate », elle s’avère tout aussi dynamique. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Copyright Blaq Out / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Love & Friendship, réalisé par Whit Stillman

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LOVE & FRIENDSHIP réalisé par Whit Stillman, disponible en DVD et Blu-ray le 2 novembre 2016 chez Blaq Oout

Acteurs : Kate Beckinsal, Chloé Sevigny, Tom Bennett, Jenn Murray, Lochlann O’Mearáin, Sophie Radermacher

Scénario : Whit Stillman, d’après le roman Love & Friendship de Jane Austen

Photographie : Richard Van Oosterhout

Musique : Benjamin Esdraffo

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Angleterre, fin du XVIIIe siècle : Lady Susan Vernon est une jeune veuve dont la beauté et le pouvoir de séduction font frémir la haute société. Sa réputation et sa situation financière se dégradant, elle se met en quête de riches époux, pour elle et sa fille adolescente.
Épaulée dans ses intrigues par sa meilleure amie Alicia, une Américaine en exil, Lady Susan Vernon devra déployer des trésors d’ingéniosité et de duplicité pour parvenir à ses fins, en ménageant deux prétendants : le charmant Reginald et Sir James Martin, un aristocrate fortuné mais prodigieusement stupide…

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En 2011, soit 13 ans après son dernier film The Last Days of Disco (1998), le cinéaste Whit Stillman signait son retour derrière la caméra avec Damsels in Distress. Metropolitan (1990) avait fait de lui l’un des réalisateurs du cinéma indépendant les plus en vue et s’était vu auréolé d’une nomination pour l’Oscar du meilleur scénario original en 1991. Après Les Derniers jours du disco, le réalisateur américain s’était trouvé en manque d’inspiration. Parallèlement à la novélisation de son précédent long métrage, Whit Stillman, installé à Paris, travaille sur l’adaptation de Lady Susan, un roman de jeunesse épistolaire méconnu écrit (et inachevé) par Jane Austen à la fin du XVIIIe siècle, mais publié vers 1870.

Location images of Love & Friendship, a Jane Austen film adaptation starring Kate Bekinsdale and Chloe Sevigny, directed by Whit Stillman. CHURCHILL PRODUCTIONS LIMITED. Producers Katie Holly, Whit Stillman, Lauranne Bourrachot. Co-Producer Raymond Van Der Kaaij. Also Starring: Xavier Samuel, Emma Greenwell & Morfydd Clark

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Nous sommes en 2003 et Whit Stillman souhaite confier le rôle principal à la comédienne britannique Kate Beckinsale, qu’il avait dirigée dans The Last Days of Disco. Mais l’actrice âgée de 25 ans était encore bien trop jeune pour incarner Lady Susan Vernon. Les années passent, Damsels in Distress sort sur les écrans et Whit Stillman peut enfin se concentrer sur cette libre transposition. Love & Friendship est caractéristique du réalisateur. Une comédie quasi inclassable qui se déroule dans l’Angleterre du XVIIIe et prenant pour cible un groupe de personnages dont la plupart voient leurs repères ébranlés et bouleversés par l’arrivée d’une femme, veuve, précédée d’une réputation peu flatteuse, à la recherche d’un nouvel époux fortuné, tout en cherchant à marier sa propre fille. Tous les coups sont permis, mais en restant classe bien entendu et en tâchant d’éveiller le moins possible les soupçons de son ex-belle famille.

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Comme souvent chez Whit Stillman, il faut s’armer de patience pour pouvoir entrer véritablement dans l’univers qu’il nous dépeint et même certains spectateurs risquent de passer complètement à côté en raison de son abondance des dialogues et de personnages multiples qui se croisent et s’entrecroisent entre rires et pleurs, calèches qui stoppent et qui s’ébranlent, prétendants qui arrivent le sourire aux lèvres et qui repartent la queue entre les jambes. Malgré une présentation drôle, intelligente et théâtrale des protagonistes principaux, il n’est pas certain de parvenir à tous les relier entre eux. Mais pour les spectateurs les plus investis, Love & Friendship apparaîtra comme une vraie comédie finaude, charmante, sophistiquée et singulière, qui certes repose plus sur l’énergie, l’immense talent et le charisme de ses interprètes que sur son histoire à tiroirs proprement dite. Les spectateurs habitués aux adaptations des œuvres de Jane Austen, pour la télévision et le cinéma, vont sans doute être bousculés puisque le ton est ici drôle, cynique, ironique et décalé, bref un excellent remède contre la morosité.

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Les dialogues, certes omniprésents, sont déclamés à une vitesse folle par les acteurs, sublimes, où trône la merveilleuse Kate Beckinsale, formidable en garce pourtant attachante, que nous n’avions pas vue à pareille fête depuis…toujours ? Par conséquent, l’audience est emportée par ce cyclone de femmes opportunistes issues de la petite bourgeoisie déchue, qui s’attaquent à la fortune des autres pour pouvoir survivre. Kate Beckinsale retrouve Chloë Sevigny, sa partenaire des Derniers jours du Disco, et donne la formidable réplique à une ribambelle de comédiens (Stephen Fry, Xavier Samuell et la révélation Tom Bennett) en très grande forme, pour ne pas dire exceptionnels, qui prennent un plaisir évident à se renvoyer la balle.

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Tous les thèmes récurrents de l’oeuvre de Jane Austen, y compris les émois et les tourments des personnages sont bel et bien présents, mais le ton, ouvertement cynique est radicalement différent. Love & Friendship est donc une vraie comédie menée à cent à l’heure (le tournage s’est d’ailleurs déroulé en 26 jours seulement), élégante, raffinée, intelligente et follement moderne. Un vrai régal.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Love & Friendship, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

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Voici une édition soignée avec quelques suppléments fort sympathiques à se mettre sous la dent.

On commence par un entretien avec le réalisateur Whit Stillman (11′) qui revient dans un premier temps sur la longue gestation de Love & Friendship, projet qui remonte à 2003 et pour lequel il voulait déjà Kate Beckinsale dans le rôle principal. La trouvant encore trop jeune à l’époque, le film est ensuite resté dans les tiroirs, à une époque où le cinéaste se trouvait en panne d’inspiration après son dernier film Les Derniers jours du disco en 1998. Après son comeback en 2011 avec Damsels in distress, Whit Stillman peut enfin se consacrer à cette libre adaptation de Jane Austen. Il indique ensuite la difficulté d’adaptation de cette œuvre épistolaire et évoque son humour inattendu (qu’il compare à celui d’Oscar Wilde). Les personnages sont passés au peigne fin, tandis que le réalisateur avoue son attachement aux écrits de Jane Austen en rappelant qu’on lui avait proposé l’adaptation de Raisons et sentiments, finalement réalisé par Ang Lee en 1995.

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C’est au tour de Sophie Demir, docteur en littérature britannique et auteure de Jane Austen : Une poétique du différend (PU Rennes), de parler de l’univers, des thèmes puis des personnages et de la singularité de cette adaptation de l’oeuvre de Jane Austen. Un exposé brillant de dix minutes, qui donne envie de se (re)plonger dans toutes ces histoires souvent transposées au cinéma et à la télévision.

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S’ensuit un making of (10′) dynamique qui donne un bel aperçu du tournage. Les comédiens et le réalisateur se confient sur cette libre adaptation et sur l’humour qui s’en dégage à travers les dialogues et le cynisme des personnages.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Voilà une belle édition HD ! Sans pour autant être un disque de démonstration, Blaq Out livre un objet élégant qui respecte toutes les volontés artistiques du chef opérateur Richard Van Oosterhout. Les couleurs sont froides et la luminosité parfois très poussée. Soutenus par un codec solide, ces partis pris esthétiques auraient pu donner du fil à retordre pour le passage du film en Blu-ray, mais l’écrin est beau, tout comme ce léger grain qui se fait parfois sentir sur les scènes en extérieur. Le piqué est suffisamment tranchant (comme les dialogues), les contrastes solides et les détails appréciables.

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Seule la version originale est disponible. Franchement, qui s’en plaindra ? Car Love & Friendship est un film à découvrir et à savourer uniquement en anglais puisque la langue et l’accent britannique font partie intégrante de la réussite du film de Whit Stillman ! Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 se révèle ample et dynamique. La spatialisation musicale est omniprésente, les dialogues percutants sur la centrale, la balance frontale est riche et les effets annexes ne manquent pas. Le mixage ne tombe jamais dans la surenchère. La Stéréo est tout aussi riche et contentera ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène avant. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

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Copyright Blaq Out / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr