Test DVD / Freud, passions secrètes, réalisé par John Huston

FREUD, PASSIONS SECRÈTES (Freud: The Secret Passion) réalisé par John Huston, disponible en DVD le 12 septembre 2017 chez Rimini Editions

Acteurs :  Montgomery Clift, Susannah York, Larry Parks, Susan Kohner, Eileen Herlie, Fernand Ledoux, David McCallum…

ScénarioWolfgang Reinhardt, Charles Kaufman

Photographie : Douglas Slocombe

Musique : Jerry Goldsmith

Durée : 2h15

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

1885. Sigmund Freud, 29 ans, est neurologue à l’hôpital général de Vienne. Confronté à des cas pathologiques qui défient la médecine traditionnelle, il n’hésite pas à faire appel à l’hypnose pour essayer de comprendre le mal dont souffrent les patients. Au fur et à mesure de ses expériences, Freud perçoit qu’il est tout proche de l’une des découvertes majeures de l’histoire de la science.

« Il est préférable de laisser les scorpions dans l’obscurité… »

Freud, passions secrètes, Freud: The Secret Passion ou tout simplement Freud est un chef d’oeuvre caché de John Huston. Sorti en 1962, ce film admirable et pourtant oublié est aussi l’avant-dernier long métrage du comédien Montgomery Clift, éblouissant dans le rôle-titre. Plus qu’un biopic, John Huston met en scène la découverte de la psychanalyse et de l’inconscient. La passion du réalisateur pour ce sujet remonte à la Seconde Guerre mondiale. Mobilisé dans l’équipe des cinéastes militaires de l’U.S. Army, sous la direction de Frank Capra, John Huston est appelé à réaliser quelques documentaires auprès des soldats. C’est le cas du méconnu Que la lumière soitLet there be light (1946) qui suit une équipe de psychiatres tenter de soigner des rescapés, victimes de chocs traumatiques. Certains présentent des troubles de la vue, d’autres sont visiblement handicapés ou angoissés, persuadés qu’une bombe va leur tomber dessus. John Huston observe ces médecins avoir recours à la psychanalyse et à l’hypnose. Fasciné, il sait qu’il réalisera plus tard un film tournant autour de Freud. Considéré comme un film capital sur le traitement psychiatrique des blessés de guerre, Que la lumière soit est néanmoins interdit par le Pentagone et restera inédit jusqu’en 1981. Sélectionné dans la section Un certain regard au Festival de Cannes cette année-là, les spectateurs découvrent des images insoutenables. Après son film maudit Les DésaxésThe Misfits (1961) et suite à de longues recherches sur Freud durant lesquelles il s’initie même aux techniques de l’hypnose, John Huston entreprend enfin ce projet qui lui tenait à coeur depuis une quinzaine d’années.

Le jeune Sigmund Freud se rend à Paris pour rencontrer le professeur Charcot, dont les travaux sur l’hypnose l’intéressent depuis longtemps. Revenu à Vienne, il poursuit ses propres recherches sur l’hystérie, malgré l’opposition de son entourage. Seul le docteur Breuer le soutient et l’encourage dans ses recherches. Au contact de patients névrosés, Freud découvre le rôle prépondérant de la sexualité dans les mécanismes de l’inconscient et, malgré la désapprobation collective de ses collègues psychiatres, en vient à élaborer une théorie sur l’origine sexuelle des névroses.

« Quelle magnificence d’éclairer les ténèbres de vos lumières ! »

Dans un premier temps, en 1958, John Huston avait demandé au philosophe et écrivain Jean-Paul Sartre d’écrire le scénario. Ce dernier n’avait pas pris la chose à la légère et avait finalement remis au réalisateur un scénario documenté de plus de 400 pages, uniquement concentré sur les débuts de Freud en tant que neurologue. Après avoir décliné poliment ce travail de titan, John Huston se tourne vers un scénariste plus « expérimenté », Wolfgang Reinhardt. Freud, passions secrètes est le fruit de toutes ces études poussées. Souvent filmé comme un thriller, le récit est haletant et le cinéaste parvient à mettre en scène la passion d’un homme, qui vit littéralement pour son travail. Montgomery Clift, bien qu’extrêmement souffrant sur le tournage et au plus mal avec ses problèmes d’alcool – Huston, excédé, pense sérieusement le remplacer par Eli Wallach – incarne Freud à la perfection. Avec son regard perçant, à tel point que ses yeux bleus illuminent la superbe photographie N&B crépusculaire du chef opérateur Douglas Slocombe (Gatsby le magnifique, les trois premiers Indiana Jones), le comédien restitue tout le feu qui anime son personnage, un foyer sans cesse attisé par de nouvelles découvertes. Bien que marié à la jeune Martha (magnifique Susan Kohner, la Sarah Jane de Mirage de la vie de Douglas Sirk), Freud se lance seul dans cette aventure. John Huston a recours à quelques plans hérités de l’expressionnisme allemand pour renforcer l’aspect « monstre » de Freud, dont la silhouette se dessine dans la pénombre, quand celui-ci entreprend de rendre visite à ses patients cobayes (dont la divine Susannah York), avant de réaliser sa propre analyse pour affronter ses démons. Cette impression quasi-fantastique est par ailleurs renforcée par la composition angoissante de Jerry Goldsmith.

John Huston filme ensuite son personnage, seul contre tous, annoncer à ses confrères l’aboutissement de son travail. Freud est filmé de dos, comme jeté dans une arène où l’ambiance est effervescente, comme si les spectateurs étaient prêts à le lyncher. Cela ne manque pas d’arriver au moment où Freud leur présente ce qui l’avait effrayé dans un premier temps, puis ce qui allait alors devenir un concept central dans la psychanalyse, le complexe d’Oedipe. Drame psychologique, biopic et même parfois inclassable quand le cinéaste a recours au rêve et aux fantasmes pour montrer – et c’est ce qui l’intéresse le plus – la pensée à l’oeuvre chez son personnage principal, Freud, passions secrètes est un chef d’oeuvre trépidant, magistral et remarquablement documenté. Enfin, notons qu’à sa sortie, les distributeurs ont imposé à John Huston de couper une demi-heure de son film, jugé alors trop austère. S’il restera très attaché à Freud, passions secrètes tout au long de sa vie, il reniera en revanche le montage sorti dans les salles.

LE DVD

Le DVD de Freud, passions secrètes, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. Visuel attractif centré sur Montgomery Clift. Le menu principal est animé et musical.

Pour cette édition, l’éditeur est allé à la rencontre de Marie-Laure Susini, psychanalyste et écrivain, membre de l’École de La Cause Freudienne de 1981 à 1991, puis de l’École de Psychanalyse Sigmund Freud de 1993 à 2010. Dans le premier segment intitulé Freud, le film oublié (22’), notre interlocutrice se penche sur la genèse du film de John Huston et déclare « c’est un chef d’oeuvre, mais même les plus grands fans de John Huston le connaissent peu ». Marie-Laure Susini évoque les ouvrages sur la vie de Freud (dont une biographie écrite par Stefan Zweig, Sigmund Freud : La guérison par l’esprit), les raisons qui ont poussé John Huston à réaliser un film sur la découverte de la psychanalyse (qui découle du documentaire Que la lumière soit, dont on nous présente un extrait), l’évolution du scénario (dont l’épisode Jean-Paul Sartre), le casting (Montgomery Clift est selon elle parfait), les conditions de tournage et les intentions du cinéaste. Dommage que cette intervention soit sans cesse entrecoupée d’extraits du film, de la bande-annonce ou de photos de moyenne qualité.

Dans un second module (Freud, secrets d’adaptation, 12’), Marie-Laure Susini se concentre sur le fond du film et la façon dont John Huston a abordé l’inconscient dans Freud, passions secrètes. Elle déclare que tous les dialogues sont « incroyablement construits et totalement au service de la psychanalyse », que les séquences de rêve imaginées par le cinéaste sont formidables et précises et que John Huston a parfaitement retranscrit le travail méticuleux et complexe, ainsi que l’aventure intérieure d’un homme seul pendant plus de dix ans.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

On ne sait pas où Rimini Editions est allé chercher cette copie, toujours est-il que le master présenté ici a semble-t-il connu quelques heures de vol. Dès la première séquence, les fourmillements s’invitent, ainsi que des points blancs, de nombreuses rayures verticales, des pixels, des plans flous. Il faut attendre quelques minutes pour que la copie au dégrainage assez conséquent, trouve enfin une certaine stabilité, même si les défauts ont tendance à réapparaître tout au long de ces 135 minutes. Les séquences de rêves sont les plus abimées du lot, les noirs sont charbonneux, le manque de piqué est conséquent, quelques séquences paraissent surexposées et la définition chancelle à plusieurs reprises. Il faudra se contenter de cette image, car soyons honnêtes, découvrir Freud, passions secrètes en DVD en 2017 était quasi-inespéré.

L’éditeur ne propose que la version originale du film de John Huston. Plutôt dynamique, nettoyée, homogène et naturelle, sans souffle parasite, cette piste Dolby Digital 1.0 offre un confort acoustique solide et restitue admirablement les somptueux dialogues et la musique de Jerry Goldsmith. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Universal Studios. Renewed 1990 Universal Studios. All Rights Reserved. TM & © 2017 Universal Studios All Rights Reserved . Rimini Editions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Fondateur, réalisé par John Lee Hancock

LE FONDATEUR (The Founder) réalisé par John Lee Hancock, disponible en DVD et Blu-ray le 1er septembre 2017 chez EuropaCorp

Acteurs : Michael Keaton, Nick Offerman, John Carroll Lynch, Laura Dern, Linda Cardellini, Patrick Wilson, B.J. Novak, Griff Furst…

Scénario : Robert D. Siegel

Photographie : John Schwartzman

Musique : Carter Burwell

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Dans les années 50, Ray Kroc rencontre les frères McDonald qui tiennent un restaurant de burgers en Californie. Bluffé par leur concept, Ray leur propose de franchiser la marque et va s’en emparer pour bâtir l’empire que l’on connaît aujourd’hui.

Le FondateurThe Founder est le cinquième long métrage du méconnu John Lee Hancock. Scénariste de métier, on lui doit les histoires de deux grands films de Clint Eastwood, Un monde parfait (1993) et Minuit dans le jardin du bien et du mal (1997). Sorti en 2002, son premier film en tant que réalisateur, Rêve de championThe Rookie est un grand succès aux Etats-Unis, ce qui lui donne l’opportunité d’accéder aux gros budgets. Ce sera le cas de son film suivant, Alamo en 2004, western porté par Dennis Quaid, qui se solde par un échec cinglant au box-office. Cinq ans plus tard, le metteur en scène revient derrière la caméra avec The Blind Side, inédit dans les salles françaises, mais triomphe national surréaliste (255 millions de dollars de recette pour un budget de 29 millions), qui vaut même à Sandra Bullock l’Oscar de la meilleure actrice. En 2013, Dans l’ombre de Mary qui raconte la genèse et la production du film Mary Poppins, interprété par Tom Hanks et Emma Thompson, produit par Disney, est un joli succès. Le Fondateur s’avère le meilleur film de John Lee Hancock. Démarrant comme un vrai feel-good movie au ton léger et aux couleurs scintillantes, le film se révèle être le portrait d’un monstre impitoyable auquel le génial Michael Keaton prête ses traits et son empathie immédiate. Autant dire que la surprise est de taille et que Le Fondateur s’avère un grand film sur la face cachée du rêve américain.

Représentant de commerce, Ray Kroc est un quinquagénaire originaire de l’Illinois qui court en vain après le succès en proposant des appareils à milk-shakes qui ne trouvent pas preneur. Il écume les états au volant de sa voiture, puis rentre chez lui, auprès de sa femme (Laura Dern) avec qui les relations se dégradent. Sa vie change lorsqu’il découvre que deux frères, Richard et Maurice McDonald, passent la commande de six machines à glace pour le même restaurant. Croyant tout d’abord à une erreur, il se rend compte que ces deux restaurateurs ont en fait besoin de huit machines au total. Ray reprend sa voiture et traverse les Etats-Unis jusqu’à San Bernardino en Californie. Il arrive devant un drive-in familial où des dizaines de personnes font la queue devant un guichet pour y passer commande, autrement dit la formule unique hamburger-frites-soda, servie dans des gobelets en carton et du papier jetable. Attiré par ce succès, Ray rencontre les deux frères McDonald. Ces derniers, très accueillants lui expliquent alors qu’ils ont mis au point une méthode de travail ingénieuse à fort rendement modeste pour leur restaurant de burgers, cuisinés et vendus en un temps-record, trente secondes au lieu des trente minutes habituelles et interminables chez leurs concurrents. Grisé par cette méthode révolutionnaire, Ray les persuade de lui confier la franchise leur invention. Ils acceptent. Devant leur frilosité et avide de faire rapidement de l’argent, Ray Kroc va prendre les devants et s’emparer de leur concept pour bâtir son empire, au grand désespoir des deux frères qui en voulant préserver leur intégrité finiront par tout perdre dans la bataille. Cela inclut leurs arches dorées et même leur nom qui deviendra une marque déposée pour laquelle ils ne gagneront pas un dollar de royalties (malgré une promesse verbale de leur reverser 1 % des bénéfices à vie), sauf lorsqu’ils seront obligés de se retirer de ce rouleau compresseur économique et capitaliste qui les dépasse.

Le Fondateur est un film formidable, qui n’a de cesse de surprendre le spectateur. Merveilleusement écrit par Robert D. Siegel (The Wrestler), mis en scène, interprété et reconstitué, le film de John Lee Hancock, un temps envisagé par les frères Coen qui adoraient le scénario, déjoue les attentes en faisant d’abord croire que l’on se trouve devant une comédie rutilante, menée à cent à l’heure, un portrait documenté sur l’un des empires économiques devenu omniprésent au quotidien et que le film est à la gloire du rêve américain. La séquence où les deux frères, incarnés par les épatants John Carroll Lynch (Zodiac, Gran Torino) et Nick Offerman (Parks and Recreation) racontent à un Ray Kroc abasourdi comment tout a commencé et la façon dont la chorégraphie du burger a été mise en place, est un très grand moment de cinéma. Puis sans prévenir, Le Fondateur devient plus sombre, même si les couleurs pétillantes des années 1950 sont toujours présentes et que la photo du chef opérateur John Schwartzman (Benny & Joon, Rock, Jurassic World) est lumineuse. Le contraste apparaît par couches successives, au fur et à mesure que Ray Kroc, animé par ce succès démentiel et qui n’a de cesse de s’étendre, décide de prendre les choses en main, sans tenir compte de l’avis des frères McDonald dont le récit adopte finalement le point de vue. Le Fondateur est un portrait fabuleux et ironique d’un loser ambitieux qui s’est servi du succès des autres comme point de départ pour sa propre initiative personnelle, dans le but de créer « la nouvelle église américaine ». Lui-même dépassé par les événements, mais malgré tout conscient qu’il était en train d’écraser ses partenaires, Ray Kroc est devenu un vampire avide de succès et d’argent, profondément égoïste et arriviste.

On savait Michael Keaton très grand comédien. Dans Le Fondateur, il hérite d’un rôle en or, tout d’abord destiné à Tom Hanks avant son désistement, et signe une de ses plus grandes interprétations. Quasiment de tous les plans, son énergie, son bagou, son charisme crèvent à nouveau l’écran. Epoustouflant, l’acteur parvient à rendre attachant ce petit représentant sans succès, qui devient ensuite foncièrement antipathique, une vraie crapule, un homme d’affaires monstrueux dont le génie visionnaire demeure pourtant indéniable et même fascinant. Alors, si vous connaissez évidemment la chaîne de fast-food, découvrez maintenant les véritables origines de ce succès planétaire. Votre burger vous restera certainement en travers de la gorge, mais en tout cas ce film virtuose et captivant ravira les cinéphiles.

LE BLU-RAY

Disponible chez EuropaCorp, le Blu-ray du Fondateur repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le visuel reprend celui de l’affiche du film. Le menu principal est animé et musical.

La première partie des suppléments est consacrée aux interviews du réalisateur John Lee Hancock (1’40) et des comédiens Michael Keaton (8’30), John Carroll Lynch (5’) et Nick Offerman (8’). Malgré leur courte durée et leur côté promotionnel, ces entretiens s’avèrent particulièrement intéressants. Chaque intervenant s’exprime sur la qualité du scénario (qui circulait pourtant depuis pas mal de temps à Hollywood), sur leur collaboration, sur la reconstitution des années 1950, les partis pris et les personnages ayant réellement existé. Mention spéciale à Nick Offerman qui indique que « le génie de Ray Kroc a amené des millions de personnages à devenir obèses ».

Les featurettes intitulées Les Frères McDonald (4’) et Les décors, un voyage dans le temps (7’) sont constituées d’images de tournage, d’interviews des producteurs, des comédiens, de Jason French (petit-fils de Dick McDonald), du réalisateur et du chef-décorateur Michael Corenblith, qui se focalisent sur la création du premier restaurant McDonald’s et la reconstitution du fast-food original à l’écran, des archives aux premiers concepts, jusqu’à la construction du décor principal. Un dernier supplément montre d’ailleurs ce dernier point à travers une vidéo en time-lapse (1’30).

L’Image et le son

Grands défenseurs du tournage en 35mm, le réalisateur John Lee Hancock et le chef opérateur John Schwartzman ont néanmoins décidé de tourner Le Fondateur en numérique en raison du budget du film. Afin de conserver une image proche de la pellicule, leur choix s’est porté sur la caméra Arri Alexa XT et des objectifs anamorphiques Panavision. Ces partis pris couplés au format 2.40 donnent à la photographie un aspect argentique très élégant. Le master HD concocté par EuropaCorp est sublime. Les couleurs sont étincelantes, le piqué aiguisé comme la lame d’un scalpel et les détails, y compris le visage taillé à la serpe de Michael Keaton, foisonnent du début à la fin. De jour comme de nuit, y compris sur les séquences tamisées, l’élévation Haute-Définition est omniprésent, évident et indispensable. On en prend plein les yeux avec ce cadre large à la profondeur de champ inouïe (voir le ciel chargé de nuages sur la Route 66) et des contrastes d’une densité jamais démentie.

Du point de vue acoustique, Le film profite à fond de l’apport HD grâce à deux pistes DTS-HD Master Audio 5.1 spectaculaires. Le score très présent de Carter Burwell, grand collaborateur des frères Coen depuis leur premier film est délivré par l’ensemble des enceintes, les basses sont parfois sollicitées, tout comme les latérales qui créent un environnement acoustique percutant. Les dialogues sont dynamiques et solidement délivrés par la centrale, jamais noyés par les effets sonores et la musique. L’éditeur joint également une piste Audiosdescription. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Copyright Daniel McFadden / 2016 The Weinstein Company. All Rights Reserved. / Splendid-film / EuropaCorp / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Django, réalisé par Etienne Comar

DJANGO réalisé par Etienne Comar, disponible en DVD le 30 août 2017 chez Pathé

Acteurs : Reda Kateb, Cécile de France, Beáta Palya, Bimbam Merstein, Gabriel Mireté, Vincent Frade, Johnny Montreuil, Raphaël Dever, Patrick Mille, Xavier Beauvois…

Scénario : Etienne Comar, Alexis Salatko

Photographie : Christophe Beaucarne

Musique : Warren Ellis

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

En 1943 pendant l’occupation allemande, le tsigane Django Reinhardt, véritable “guitare héros”, est au sommet de son art. Chaque soir il fait vibrer le tout Paris aux Folies Bergère avec sa musique swing alors qu’en Europe, ses frères sont pourchassés et massacrés. Lorsque la propagande allemande veut l’envoyer à Berlin pour une série de concerts, il sent le danger et décide de s’évader en Suisse aidé par une de ses admiratrices, Louise de Klerk. Pour passer, il se rend à Thonon-les-Bains, sur les bords du lac Léman, avec sa femme enceinte, Naguine et sa mère Negros. Mais l’évasion est plus compliquée que prévue, Django et ses proches se retrouvent plongés dans la guerre. Pendant cette période dramatique, il n’en demeure pas moins un musicien exceptionnel qui résiste avec sa musique, son humour, et qui cherche à approcher la perfection musicale…

On en entendait parler depuis plusieurs années déjà, mais le biopic sur Jean Reinhardt, plus connu sous le nom de Django Reinhardt (1910-1953), illustre guitariste de jazz, n’avait de cesse d’être repoussé. C’est finalement le producteur Etienne Comar, qui a entre autres produits les films de Laurent Bouhnik (Zonzon, 1999 Madeleine), Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux, La Rançon de la gloire), Philippe Le Guay (Du jour au lendemain, Les Femmes du 6e étage) ou bien encore Maïwenn (Mon roi) et le multi-césarisé Timbuktu d’Abderrahmane Sissako, qui coproduit, coécrit et réalise ce Django, dont il s’agit du premier long métrage en tant que metteur en scène. Le film s’inspire du roman Folles de Django d’Alexis Salatko (également coscénariste du film), paru en 2013 pour le soixantième anniversaire de la mort du musicien. S’il n’est pas vraiment un biopic, Django, pour lequel a également collaboré David Reinhardt, le petit-fils de l’artiste, s’avère une illustration d’un des épisodes clés de la vie de l’artiste.

Si le film ne tient malheureusement pas ses promesses, Etienne Comar offre le rôle-titre au génial Reda Kateb, monstre de charisme et récompensé par le Swann d’or du meilleur acteur au Festival du film de Cabourg, qui s’empare véritablement du personnage au point de ne faire qu’un avec lui. Il est aussi élégamment et excellemment épaulé par Cécile de France dans le rôle d’un personnage fictif, mais finalement aussi marquant que celui tenu par son partenaire. Avouons-le, Django ne vaut que pour ses interprètes et rien d’autre.

Pourtant, le film démarre sur les chapeaux de roues avec l’effervescence d’un concert prêt à démarrer. La salle des Folies Bergère est remplie d’officiers allemands et des panneaux indiquent qu’il est formellement interdit de danser. Les musiciens sont prêts, mais Django n’est pas là. Ce dernier est tranquillement en train de pécher au bord de la Seine. On vient alors le chercher. Quelque peu éméché, il enfile son costume, sa vieille mère l’observe et le conseille. Le concert peut commencer, Django, plus grisé par sa musique que par l’alcool est enivré sur scène par les mélodies de son quintette. La salle est en transe, les spectateurs se lèvent et sont emportés par les mélodies, peu importent les interdictions. Une femme blonde, Louise de Klerk, entre dans la salle. On lui propose un siège, elle refuse et préfère rester debout. Elle observe Django puis les réactions dans la salle. Après ce triomphe, elle rejoint Django au moment certains officiers allemands lui annoncent qu’il devra se rendre à Berlin, afin d’y donner quelques concerts « monumentaux » auxquels participera probablement Adolf Hitler. Quelques jours après, Django décide de fuir avec les siens en direction de la Suisse.

En toute honnêteté, Django subjugue durant sa première demi-heure d’une folle élégance et son épilogue bouleversant. La reconstitution est simple, mais ne manque pas de classe, la photo de Christophe Beaucarne (Coco avant Chanel, Gemma Bovery, Irina Palm) est très belle et restitue l’atmosphère des salles enfumées. Ce concert est aussi l’occasion à Reda Kateb de montrer tout le travail de titan que le comédien a dû accomplir en amont pendant un an, afin de coller au plus près au style de jeu unique du guitariste. Cela fonctionne très bien à l’écran, tout part sous les meilleurs auspices, on tape même du pied au son du guitariste virtuose. Dommage que le soufflé retombe dès que le personnage décide finalement de s’enfuir afin de ne pas être envoyé à Berlin. Le film fait ensuite du sur-place pendant plus d’une heure où l’on voit Django attendre à Thonon-les-Bains, qu’un passeur veuille bien l’escorter avec sa mère et sa femme jusqu’en Suisse.

Comme s’il était lui-même stoppé dans son élan par son propre scénario, Etienne Comar semble ne plus savoir quoi faire de son personnage principal, qu’il filme souvent dans la nature, en train d’observer, tandis que les dialogues sonnent faux et semblent trop écrits. Django ne reprend la guitare que de manière sporadique, l’ennui s’installe progressivement, tout semble aller au ralenti. Pour que la mécanique soit relancée, il faut véritablement attendre le dernier acte, le concert donné au milieu des allemands et surtout la dernière séquence, celle où Django dirige le Requiem pour les frères Tsiganes, messe de sa composition jouée à la chapelle de l’Institut des jeunes aveugles de Paris en 1945, un hommage poignant aux victimes du génocide tsigane. Un panneau indique que cette œuvre n’a été jouée qu’une seule fois, la partition ayant été perdue par la suite et dont quelques bribes subsistent seulement. En dépit d’une remarquable exposition et un final déchirant, Django laisse une impression plus que mitigée. Si la qualité de l’interprétation est indéniable et marque les esprits, dommage que le film soit si déséquilibré et demeure d’un intérêt relatif.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Django a été réalisé à partir d’un check-disc. Le visuel de la jaquette reprend le visuel de l’affiche. Le menu est animé et musical.

Pour une production de cet acabit, nous étions en droit d’attendre bien plus qu’une petite poignée de scènes coupées (6’) comme suppléments ! Aucun making of, aucune interview, pas de commentaires audio. Seulement quatre séquences laissées sur le banc de montage. La première montre Louise de Klerk marcher avec Django dans un cimetière parisien, en lui donnant les instructions pour son passage en Suisse. Louise annonce alors à Django qu’elle ne pourra pas le suivre et qu’elle est retenue sur la capitale. La seconde scène se déroule à Thonon-les-Bains. Django joue au billard, quand un lieutenant allemand lui propose une partie à cinquante francs le point. L’officier lui dit que son visage lui semble familier. Les deux séquences suivantes sont plus anecdotiques, avec d’un côté Negros qui fait semblant d’être morte pour s’amuser et flanquer la frousse, et de l’autre un repas entre amis où l’on se lance des assiettes pour rire.

L’Image et le son

Après un succès honorable dans les salles avec près d’un demi-million de spectateurs, Pathé prend soin de Django pour son arrivée dans les salons et en Haute Définition. Un master HD quasi-irréprochable au transfert immaculé. Respectueux des volontés artistiques originales, la copie se révèle un petit bijou technique alliant des teintes chaudes, ambrées et dorées, avec des teintes plus froides dans la partie suisse, le tout soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont riches et tranchants, seuls les arrière-plans auraient pu être un peu plus détaillés. Les gros plans sont ciselés à souhait, la colorimétrie est vive et joliment laquée, le relief très présent. Un service après-vente remarquable et élégant.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 convient parfaitement à un film ambitieux comme Django en spatialisant tout d’abord la musique de Warren Ellis (Comancheria, Des hommes sans loi) et en plongeant généreusement les spectateurs dans l’ambiance du concert dans la première partie. Les effets latéraux sont probants, les ambiances naturelles éloquentes sur les séquences en extérieur, les basses sont utilisées à bon escient. Si les dialogues auraient également mérité d’être plus ardents sur la centrale, le confort acoustique est indéniable, la balance frontale saisissante. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 se révèle également dynamique, percutante même, créant une véritable homogénéité entre les dialogues, la musique et les effets. Pour finir, nous disposons d’une piste Audiovision ainsi que des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Roger Arpajou / Pathé Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Homme qui défiait l’infini, réalisé par Matt Brown

L’HOMME QUI DÉFIAIT L’INFINI (The Man Who Knew Infinity) réalisé par Matt Brown, disponible en DVD et Blu-ray le 1er mars 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : Jeremy Irons, Dev Patel, Malcolm Sinclair, Raghuvir Joshi, Dhritiman Chaterji, Stephen Fry, Toby Jones

Scénario : Matt Brown, d’après le livre de Robert Kanigel, « The Man Who Knew Infinity: A Life of the Genius Ramanujan »

Photographie : Larry Smith

Musique : Coby Brown

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 2015

LE FILM

Modeste fonctionnaire de l’administration indienne, Srinivasa Ramanujan décide d’écrire à Godfrey.H Hardy, l’un des plus célèbres mathématiciens de l’époque. Ce dernier, étonné par le talent spectaculaire de S.Ramanujan, décide de le faire venir en Grande-Bretagne. Il débarque à Oxford et va devoir prouver aux plus grands mathématiciens de l’histoire, la véracité de ses recherches.

L’Homme qui défiait l’infiniThe Man Who Knew Infinity est un biopic consacré au mathématicien indien Srinivâsa Aiyangâr Râmânujan (1887-1920), inspiré de la biographie écrite par Robert Kanigel. Décidément, après Un homme d’exception sur John Forbes Nash Jr. (Mathématicien et prix Nobel d’économie), Imitation Game sur Alan Turing (pionnier de l’informatique), Une merveilleuse histoire du temps sur Stephen Hawking (physicien théoricien et cosmologiste) qui a valu l’oscar du meilleur acteur à Eddie Redmayne et Seul contre tous sur Bennet Omalu (neurologue), le cinéma hollywoodien aime bien ces destins hors du commun. S’il ne révolutionnera rien au genre usé du biopic, L’Homme qui défiait l’infini se suit avec plaisir grâce au jeu des comédiens. Le rôle-titre revenait de droit à l’excellent Dev Patel, révélation en 2008 de Slumdog Millionaire de Danny Boyle, vu depuis dans les deux Indian Palace, la série The Newroom et dernièrement dans le très remarqué Lion de Garth Davis. Agé seulement de 27 ans, le jeune comédien s’en tire à merveille et s’avère bouleversant. Il est également très bien entouré puisque le grand Jeremy Irons et les formidables Toby Jones et Stephen Fry lui donnent la réplique.

La mise en scène de Matt Brown, réalisateur de London Town, un autre biopic consacré à Joe Strummer, est délicate et élégante, jamais fonctionnelle. On sent le réalisateur passionné par son sujet et soucieux de livrer aux spectateurs un bel objet de cinéma, tout en évitant de laisser l’audience sur le bas-côté en raison d’un jargon et autres discussions qui pourraient être qualifiées facilement d’hermétiques pour celles et ceux qui ne comprennent rien aux mathématiques. Ce qui importe dans L’Homme qui défiait l’infini c’est avant tout la passion des personnages pour leur spécialité, mais aussi et surtout le parcours incroyable de cet homme autodidacte, né dans une famille de brahmanes pauvres et orthodoxes, qui a appris seul les mathématiques à l’âge de 16 ans. Le film de Matt Brown se focalise sur un moment central de la vie de Râmânujan, quand ce dernier est invité en 1913 par la prestigieuse université de Cambridge en Angleterre, pour y développer de nombreuses théories mathématiques sous l’égide de son professeur Godfrey Harold Hardy. Si ce dernier croit d’abord à une supercherie et même à un canular de la part de ses confrères, Hardy doit se rendre à l’évidence et accepter le génie de ce jeune homme qui parviendra à développer moult formules mathématiques et théorèmes, tout d’abord sans démonstration. Grâce à Hardy, Râmânujan parviendra à démontrer ces célèbres formules, qui se sont toutes (ou presque) révélées exactes.

Evidemment, Matt Brown est obligé de broder autour du personnage principal et montre Râmânujan en prise avec le racisme ambiant, les moqueries, les jalousies et les brimades, à l’aube de la Première Guerre mondiale. Ayant laissé sa jeune épouse dans son pays puis cumulant les problèmes de santé pendant les privations et en raison de son régime alimentaire spécifique, Râmânujan retourne finalement en Inde à la fin des années 1910 et meurt en 1920 à l’âge de 32 ans. Il laisse derrière lui de nombreux travaux révolutionnaires non démontrés, qui continuent d’être étudiés par les plus grands scientifiques et mathématiciens du monde.

L’Homme qui défiait l’infini est au final un très bon divertissement, souvent émouvant, toujours intéressant et attachant sur un des hommes les plus fascinants et pourtant l’un des plus méconnus du XXe siècle.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de L’Homme qui défiait l’infini, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la jolie musique du film.

L’éditeur livre le minimum syndical. Il faudra se contenter d’une rapide présentation du film par l’équipe du film (5’). Les comédiens, le réalisateur Matt Brown, le conseiller en mathématiques et producteur associé Ken Ono et les autres producteurs évoquent l’histoire et les personnages de L’Homme qui défiait l’infini, le tout entrecoupé d’extraits du film.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

M6 Vidéo frôle la perfection avec ce master HD de L’Homme qui défiait l’infini. Ce Blu-ray subjugue avec la restitution de la très belle photographie du chef opérateur Larry Smith (Bronson, Only God Forgives). Le piqué n’est jamais pris en défaut, les contrastes sont merveilleux, la profondeur de champ appréciable et la colorimétrie élégante. Le seul bémol provient de certaines séquences sombres et tamisées. La définition flanche quelque peu, les détails sont moins conséquents et la gestion des noirs est un poil plus déséquilibrée. Cela n’empêche pas que l’apport HD demeure probant et indispensable.

L’Homme qui défiait l’infini n’est pas vraiment le film avec lequel vous pourrez épater la galerie et faire une démonstration de gros son. Les versions française et anglaise sont certes proposées en DTS HD Master Audio 5.1, mais les latérales ne servent réellement qu’à instaurer quelques ambiances naturelles et à spatialiser la musique du compositeur Coby Brown. Le caisson de basses n’est pas oublié et s’avère même spectaculaire lors de la courte séquence de bombardements. Deux pistes Stéréo sont également disponibles.

Crédits images : © SND / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / La Danseuse, réalisé par Stéphanie Di Giusto

LA DANSEUSE réalisé par Stéphanie Di Giusto, disponible en DVD et Blu-ray le 1er février 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, Lily-Rose Depp, François Damiens, Louis-Do de Lencquesaing

Scénario : Stéphanie Di Giusto, Sarah Thibau, Thomas Bidegain d’après le roman Loïe Fuller, danseuse de la Belle Époque de Giovanni Lista

Photographie : Benoît Debie

Musique : Laura Obiols

Durée : 1h59

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle.

La Danseuse est un biopic romancé et ambitieux de la grande et pourtant méconnue danseuse américaine Loïe Fuller (1862-1928). Née Mary Louise Fuller à Hinsdale (Illinois), elle demeure une des pionnières de la danse moderne, avec notamment sa chorégraphie virevoltante où elle apparaissait vêtue de plusieurs centaines de mètres de soie blanche. Ayant rencontré le succès à Paris aux Folies Bergère avec ses danses dites serpentines, Loïe Fuller devient une des artistes les plus importantes et les mieux payées du monde du spectacle de la Belle Epoque. En plus du caractère inédit et avant-gardiste de ses chorégraphies, la danseuse est également metteur en scène et n’hésite pas à avoir recours à l’électricité – ainsi qu’aux mathématiques et même à la chimie – pour créer des numéros encore plus sophistiqués. Une véritable révolution des arts scéniques.

La réalisatrice Stéphanie Di Giusto signe un premier long métrage souvent remarquable, excellemment mis en scène, brillamment photographié et porté par une Soko en état de grâce. La première partie s’avère beaucoup plus prenante et attachante que l’après-Folies Bergère, centré sur la relation trouble entre Loïe Fuller et Isadora Dunca, qui pâtit de certaines baisses de rythme et du jeu plombé par Lily-Rose Depp (fille de Johnny Depp et de Vanessa Paradis), dont le regard vide et le manque de grâce fait pencher le second acte du mauvais côté de la balance. Heureusement, nous n’avons d’yeux que pour Soko, vibrante, magnétique, irréprochable, bouleversante, investie (un mois d’entraînement à raison de six heures par jour), qui capte la lumière comme jamais et qui confirme toute sa préciosité après À l’origine de Xavier Giannoli, Bye Bye Blondie de Virginie Despentes, Augustine d’Alice Winocour et dernièrement dans Voir du pays de Muriel et Delphine Coulin. Excellente directrice d’acteurs, Stéphanie Di Giusto offre également à Mélanie Thierry (comme d’habitude merveilleuse), François Damiens et Gaspard Ulliel, des personnages qui pourraient apparaître en retrait, mais qui s’avèrent très importants dans le parcours de Loïe Fuller.

Fascinée par ce combat unique d’une simple fille de fermier du Grand ouest américain, devenue une des plus grandes artistes de son temps, Stéphanie Di Giusto s’est emparée de ce sujet à bras le corps et aura passé pas moins de trois années rien que sur l’écriture du scénario. On sent la cinéaste hypnotisée par celle qui fut la muse du Tout-Paris, de Toulouse-Lautrec à Rodin, mal dans sa peau en raison d’un physique « ingrat » et qui préférait se dissimuler dans un tourbillon de voile, avant d’être finalement rattrapée par le succès, la jeunesse et le charisme de celle qui fut un temps son élève, Isadora Duncan, qui finira par l’éclipser au point d’être oubliée de tous. Elle repose aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise, à quelques mètres seulement de celle qui sera devenue sa grande rivale.

A l’écran, les fulgurantes scènes de représentation sont divines, magnifiquement éclairées par le chef opérateur Benoît Debie, célèbre pour son travail avec Gaspar Noé sur Irréversible, Enter the Void et Love, mais aussi le « coloré» Spring Breakers de Harmony Korine. Le personnage de Loïe, prête à mettre sa santé en jeu pour son art, émeut à plus d’un titre grâce à l’interprétation tout en finesse de Soko. Dommage donc que la seconde partie déçoive et s’égare quelque peu. Sélectionné dans la section Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes, La Danseuse, aura attiré plus de 200.000 spectateurs à sa sortie en septembre 2016. Porté par une critique souvent élogieuse, le très beau portrait de femme de Stéphanie Di Giusto est d’ores et déjà nommé dans six catégories à la prochaine cérémonie des César, notamment pour celui de la Meilleure actrice (Soko), Meilleure actrice dans un second rôle (Mélanie Thierry), Meilleur espoir féminin (Lily-Rose Depp) et Meilleur premier film.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de La Danse, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Dirigez-vous immédiatement vers le splendide making of (51’), exclusif à l’édition Blu-ray du film. Ce formidable documentaire suit les premières approches et les répétitions de la réalisatrice Stéphanie Di Giusto avec sa comédienne principale et la chorégraphe Jody Sperling, aujourd’hui la plus grande experte de Loïe Fuller. Plusieurs mois avant le début des prises de vues, la caméra suit ces trois femmes, en particulier Soko qui se plie à un entrainement intensif pendant plusieurs semaines. Les propos de la réalisatrice, des comédiens, du producteur Alain Attal (qui revient surtout sur les difficultés de financement du film), sans oublier les responsables des costumes et des décors, parsèment ce making of indispensable, très bien filmé, rythmé et marqué par de nombreuses et impressionnantes séquences de tournage.

Les quatre modules intitulés Isadora, Loïe, Gabrielle et Louis, d’une durée oscillant entre deux et trois minutes chacun, ne servent du coup à rien puisqu’ils sont essentiellement composés d’images et de propos tirés du making of précédent, sauf en ce qui concerne celui consacré au personnage de Louis, avec un court entretien de Gaspard Ulliel.

Cette section propose ensuite une dizaine de scènes coupées (16’), que l’on doit sélectionner une par une. Très belles, visiblement coupées pour des questions de rythme, elles s’avèrent soignées et valent le coup d’oeil, notamment Loïe dans son atelier de chimie, Loïe désemparée après le départ d’Isadora et une séquence où Gabrielle (Mélanie Thierry) manque de se noyer après avoir voulu récupérer des plans de Loïe – qui plonge pour la sauver – tombées dans une mare.

L’interactivité se clôt sur une superbe galerie de photos.

L’Image et le son

Le master HD (1080p) de La Danseuse restitue merveilleusement les volontés artistiques du talentueux chef opérateur Benoît Debie (Irréversible, Calvaire, Vinyan, Spring Breakers) en conservant un très léger grain, des couleurs à la fois chaudes et froides, des contrastes léchés ainsi qu’un relief constamment palpable. Ces volontés artistiques sont rudement prises en charge pour le passage du film sur le petit écran. La compression AVC consolide l’ensemble avec brio, les détails sont légion sur le cadre large et les visages des comédiens, le piqué est aiguisé, les noirs denses et la copie éclatante. Les séquences nocturnes jouissent également d’une belle définition, même si les détails se perdent quelque peu.

Le confort acoustique est total grâce à une piste française DTS-HD Master Audio 5.1. souvent fracassante. Les voix sont claires et limpides sur la centrale, la spatialisation musicale est systématique, les basses énergiques pour les séquences de chorégraphies et la balance frontale dynamique. Les latérales assurent tout du long en distillant constamment de nombreux effets et ambiances naturelles. Un mixage qui vous permettra d’explorer chaque recoin de votre installation. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Wild Bunch Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr