Test Blu-ray / Au service du diable, réalisé par Jean Brismée

AU SERVICE DU DIABLE réalisé par Jean Brismée, disponible le 4 juin 2019 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Erika Blanc, Daniel Emilfork, Jean Servais, Jacques Monseau, Lucien Raimbourg, Colette Emmanuelle, Ivana Novak, Shirley Corrigan…

Scénario : Pierre-Claude Garnier, Patrice Rhomm, Vertunnio De Angelis

Photographie : André Goeffers

Musique : Alessandro Alessandroni

Durée : 1h35

Année de sortie : 1971

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Test Blu-ray / Un dollar entre les dents, réalisé par Luigi Vanzi

UN DOLLAR ENTRE LES DENTS (Un dollaro tra i denti) réalisé par Luigi Vanzi, disponible le 4 juin 2019 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Tony Anthony, Jolanda Modio, Raf Baldassarre, Aldo Berti, Lars Bloch, Enrico Capoleoni, Arturo Corso, Antonio Marsina, Salvatore Puntillo, Fortunato Arena…

Scénario : Warren Garfield, Giuseppe Mangione

Photographie : Marcello Masciocchi

Musique : Benedetto Ghiglia

Durée : 1h26

Année de sortie : 1967

LE FILM

Un détachement de la cavalerie américaine convoie un coffret rempli d’or pour le gouvernement mexicain. Le bandit Aguila, prenant la place de l’officier chargé de la réception, le dérobe, avec l’aide d’un homme surgi de nulle part : l’Étranger. Mais lorsque ce dernier demande sa part du butin, les hommes d’Aguilar le frappent et l’abandonnent. Trahi et humilié, il est déterminé à se venger. Il suit pas à pas les hommes d’Aguilar, prêt à tout pour les éliminer un par un et récupérer le trésor.

Sergio Leone et sa trilogie de L’Homme sans nom ont donné naissance à moult ersatz en Italie et en Espagne, créant ainsi la vague de westerns européens qui a ensuite déferlé dans les salles de cinéma du monde entier. Parmi les cas les plus insolites se démarque la saga dite de L’Etranger, portée par le comédien américain Roger Pettito, alias Tony Anthony. Né en 1937, tentant de percer dans le milieu du 7e art, il décide d’aller tenter sa chance en Italie alors en pleine effervescence. Il parvient alors à faire son trou grâce à Un dollar entre les dentsUn dollaro tra i denti, réalisé par Luigi Vanzi (1924-1992) et sorti en 1967. Etonnamment, le film est un succès aux Etats-Unis, mais son score reste très modeste en Europe. Devant cet engouement U.S., Tony Anthony reprendra son personnage de L’Etranger dans Un homme, un cheval et un pistolet Un uomo, un cavallo, una pistola (1967) et Le cavalier et le samouraïLo straniero di silenzio (1968) également mis en scène par Luigi Vanzi, mais aussi dans le « hors-série » Pendez-le par les piedsGet Mean (1975) de Ferdinando Baldi.

Un dollaro tra i denti est l’exemple type du western opportuniste réalisé avec les moyens du bord et un casting pas folichon, qui reste malgré tout amusant et divertissant dans ses très nombreuses imperfections et l’absence de charisme de son anti-héros qui fait la moue tout en ayant constamment l’air de se demander ce qu’il fout là. Sans oublier le fait que l’intrigue reprend peu ou prou la même qu’Une poignée de dollars avec – tant qu’à faire – une pincée de Et pour quelques dollars de plus.

Un dollar entre les dents, c’est comme si un jeune trentenaire rêvant de devenir une star de cinéma, décidait de mettre la vieille couverture péruvienne de sa grand-mère sur ses épaules, un vieux galurin élimé sur la tête, tout en plissant les yeux comme Clint Eastwood, pour ensuite aller jouer au cowboy dans la carrière de calcaire à côté de chez lui. Avec son regard à la Chat Potté, son visage figé et sa petite carrure, Tony Anthony fait rire. Si ce dernier a toujours déclaré que c’était le but recherché, le premier degré avec lequel le déroule le récit laisse perplexe. Toujours est-il qu’avec ses cheveux peroxydés dissimulés sous son chapeau poussiéreux, sa démarche hésitante, son petit jean et son chemisier rose délavé, l’acteur ne convainc jamais et surtout pas sur un cheval sur lequel il a du mal à monter. Du coup, tout ce qui se passe à côté retient finalement l’attention, comme la mauvaise synchronisation de l’action et des effets spéciaux directs. Il n’est pas rare de voir un figurant à l’écran, le front percé d’une balle, avant qu’on ne lui tire dessus le plan suivant. Même chose avec l’apparition d’un des personnages principaux, bien en vie, pourtant décédé quelques séquences auparavant !

Un dollar entre les dents essaye de se donner un genre pour amasser le maximum de lires, ou plutôt de billets verts chers à l’Oncle Sam. Tony Anthony et Luigi Vanzi ont bien fait de prendre le train en marche, puisque malgré ses innombrables défauts, son manque de rythme (euphémisme), son protagoniste falot, la musique irritante et redondante de Benedetto Ghiglia, son montage amateur, Un dollaro tra i denti a su trouver son public alors très demandeur de westerns spaghetti.

LE MEDIABOOK

Troisième western européen de la dernière vague éditée par Artus Films, Un dollar entre les dents est tout autant soigné que Le Retour de Ringo et Les Tueurs de l’Ouest ! Résultat, nous nous trouvons devant un superbe Mediabook, un objet de collection comprenant un livre, un Blu-ray et un DVD. Mention spéciale au livre de 64 pages concocté par Alain Petit, qui revient sur la saga de l’Etranger, le tout largement illustré par des affiches et photographies. Le menu principal est fixe et musical.

Nouveau rendez-vous avec Curd Ridel (9’) qui se montre évidemment plus critique sur Un dollar entre les dents que sur les deux précédents titres. L’invité d’Artus Films s’amuse à mettre en avant les défauts du film (le changement d’un bébé d’un plan à l’autre entre autres), dont le jeu de Tony Anthony avec lequel il a « un peu de mal ». Curd Ridel passe également le casting au peigne fin tout en précisant que l’amateur de westerns italiens y trouvera facilement son compte.

Nous trouvons également un petit débat organisé avec les spectateurs après la projection de Pendez-le par les pieds dans un cinéma américain, en présence du comédien Tony Anhony et du producteur Ronald Schneider (2015-24’). Les souvenirs s’enchaînent, l’acteur n’ayant jamais rechigné à parler de son succès et de son implication dans la production de ses films.

Enfin, l’éditeur propose les génériques d’exploitation française d’Un dollar entre les dents (3’), ainsi qu’un diaporama et la bande-annonce.

L’Image et le son

Rien à redire sur ce très beau master HD restauré 2K ! C’est propre, clair, souvent lumineux, le piqué est plaisant et le cadre stable. Les aficionados apprécieront la qualité de la copie et le soin particulier apporté à ce petit titre, tout aussi choyé que les films plus reconnus et porteurs.

Présenté dans sa version intégrale, Un dollar entre les dents est disponible en version française forcément incomplète puisque certaines séquences n’ont jamais été doublées dans la langue de Molière. Ces scène passent donc directement en italien. Les deux pistes instaurent un confort acoustique équivalent, même si l’option italienne s’avère toujours plus riche.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Tueurs de l’Ouest, réalisé par Eugenio Martín

LES TUEURS DE L’OUEST (El precio de un hombre) réalisé par Eugenio Martín, disponible le 4 juin 2019 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Richard Wyler, Tomás Milián, Halina Zalewska, Hugo Blanco, Mario Brega, Enzo Fiermonte, Luis Barboo, Lola Gaos, Ricardo Canales…

Scénario : James Donald Prindle, José Gutiérrez Maesso, Eugenio Martín d’après le roman de Marvin H. Albert « The Bounty Killer »

Photographie : Enzo Barboni

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h33

Année de sortie : 1966

LE FILM

Un dangereux criminel, José Gomez, est arrêté pour le pillage d’une banque. Sur le chemin de la prison, José et ses gardes font une halte dans une auberge, dont les patrons ont bien connu le bandit enfant. Ils l’aident alors à s’évader. Mais Luke Chilson, officier de la police fédérale, recherche José, sa tête étant mise à prix pour 3 000 dollars…

Né à La Havane en 1933, Tomas Quintin Rodriguez alias Tomas Milian, démarre sa carrière de comédien en Italie sous la direction de Mauro Bolognini dans Les GarçonsLa Notte brava (1959), sur un scénario de Pier Paolo Pasolini, d’après son propre roman Les Ragazzi. Très vite, les propositions se multiplient et le jeune acteur de 26 ans enchaîne avec Le Bel Antonio, chef d’oeuvre réalisé une fois de plus par Bolognini, puis L’Imprévu d’Alberto Lattuada (1961), le sketch Le Travail, mis en scène par Luchino Visconti pour le film collectif Boccace 70 (1962). 1966 est un tournant dans la carrière de Tomas Milian. Celui-ci enchaînera une demi-douzaine de westerns, dont ColoradoLa Resa dei conti et Le Dernier face à faceFaccia a faccia de Sergio Sollima, l’exceptionnel Tire encore si tu peuxSe sei vivo spara de Giulio Questi, et le plus méconnu Les Tueurs de l’OuestEl precio de un hombre. Ce dernier, par ailleurs très rare, est plus ibérique que transalpin.

Le film est réalisé par l’espagnol Eugenio Martín, connu des amateurs de cinéma Bis pour un Pancho Vila avec Telly Savalas (1972), Les 4 Mercenaires d’El Paso avec Lee Van Cleef, James Mason, Gina Lollobrigida et Gianni Garko (1971) et Terreur dans le Shangaï Express (1972) avec les mythiques Christopher Lee et Peter Cushing. Un habitué de la série B de luxe. Pour Les Tueurs de l’Ouest, adapté d’un roman du spécialiste et prolifique Marvin H. Albert, Eugenio Martín fait le boulot en se concentrant surtout sur les tronches de ses comédiens, et signe un western standard, pas inoubliable, mais aucunement déplaisant et surtout toujours aussi divertissant.

Chilsom le chasseur de primes traque deux hommes appartenant à la bande de Gomez. La traque va le mener dans le village où est emprisonné Gomez, qui ne tardera pas à s’évader, grâce aux villageois le croyant innocent. Quand ce dernier va régler ses comptes avec l’aide de sa bande de tueurs, le village va se transformer en champ de bataille.

Ou comment le bad-guy vole la vedette au héros ! Avec son charisme suintant et vénéneux, Tomas Milian emporte facilement la mise face à son partenaire, le britannique Richard Wyler, vedette et rôle-titre de Coplan FX 18 casse tout de Riccardo Freda (1965). Avant de bifurquer vers les poliziotteschi, Tomas Milian marque le western de sa griffe. Dans Les Tueurs de l’Ouest, il se délecte dans la peau de son personnage bien pourri, surtout quand l’homme qui voulait le mettre derrière les barreaux se retrouve en fâcheuse posture et s’en prend plein la gueule. Rétrospectivement, c’est à ce moment-là que Tomas Milian devient un acteur culte.

Le film démarre sur les chapeaux de roues et si le rythme tend à se ralentir quelque peu après l’évasion de Gomez, Les Tueurs de l’Ouest contient son lot de séquences d’action et les décors naturels d’Almería où l’herbe grasse côtoie les montagnes aux sommets enneigés font toujours leur effet, tout comme la composition de Stelvio Cipriani, sa première réalisée pour le cinéma. Une petite réussite d’un genre qui déferlait alors dans tous les cinémas européens.

LE MEDIABOOK

Et hop, un nouveau Mediabook dans l’escarcelle d’Artus Films ! Inédit en DVD, Les Tueurs de l’Ouest rejoint ainsi la collection Western Européen et devient un titre privilégié de l’éditeur, puisque disponible en Edition Collector Livre+Blu-ray+DVD. Un superbe objet de collection composé des deux disques et d’un livre de 64 pages consacré aux Westerns de Marvin H. Albert au cinéma, réalisé sous la direction de Lionel Grenier, avec la participation d’Emmanuel Le Gagne et Jérôme Pottier. Des textes soignés, passionnants, érudits et qui se lisent avec un très grand plaisir, le tout agrémenté de photographies et d’affiches d’exploitation.

Comme sur l’édition du Retour de Ringo, le brillant Curd Ridel est de nouveau en piste, toujours devant son feu de cheminée, pour nous parler des Tueurs de l’Ouest (10’). L’invité d’Artus nous parle du réalisateur Eugenio Martín, qui signe ici son meilleur western, mais surtout de l’ensemble du casting avec sa « galerie de sales gueules ». Curd Ridel réalise une introduction toujours très sympathique de ce film très rare et difficile à dénicher.

L’interactivité se clôt sur un diaporama de photos et sur la bande-annonce (allemande) du film.

L’Image et le son

Attention, voici un petit trésor longtemps espéré par les fans de westerns spaghetti et de cinéma Bis ! Les Tueurs de l’Ouest débarque en France grâce aux bons soins d’Artus Films. Une copie HD restaurée qui devrait ravir les aficionados. Dès la première séquence, la luminosité est grande et la profondeur de champ éloquente. Certes, le générique s’accompagne de poussières, de fourmillements et de rayures verticales, mais ces défauts sont limités. Le master trouve rapidement son équilibre avec un grain original équilibré, des couleurs à foison (photo d’Enzo Barboni), des détails impressionnants sur les visages des comédiens, avec la sueur qui perle les fronts et les rides emplies de crasse. Certaines scènes semblent plus jaunâtres et les yeux bleus d’Halina Zalewska paraissent verts, mais (re)découvrir Les Tueurs de l’Ouest en Blu-ray tient du miracle et cette édition ne déçoit pas.

Les Tueurs de l’Ouest est proposé dans sa version intégrale. Certaines séquences n’ont jamais été doublées en français et passent donc directement en espagnol. Au jeu des comparaisons, la version française s’accompagne d’un souffle chronique, tandis que la piste espagnole est parfois un brin criarde. Les deux versions sont proposées au format LPCM Audio 2.0.


Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Retour de Ringo, réalisé par Duccio Tessari

LE RETOUR DE RINGO (Il Ritorno di Ringo) réalisé par Duccio Tessari, disponible le 4 juin 2019 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Giuliano Gemma, Fernando Sancho, George Martin, Lorella De Luca, Susan Scott, Nieves Navarro, Antonio Casas, Manuel Muñiz…

Scénario : Fernando Di Leo, Duccio Tessari

Photographie : Francisco Marín

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h36

Année de sortie : 1965

LE FILM

De retour de la guerre de Sécession, Ringo retrouve sa ville sous la coupe réglée de bandits mexicains. Au milieu des habitants terrorisés et du shérif impuissant, il voit sa femme aux côtés du chef des bandits. À lui seul, Ringo va entreprendre la reconquête de la ville.

1964, avec Pour une poignée de dollars, Sergio Leone lance la vague du Western européen. Plus de 700 films vont être produits. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Le Retour de Ringo Il Ritorno di Ringo, un temps envisagé sous le titre L’Odyssée des longs couteaux, est un des meilleurs fleurons du genre !

En 1965, Giuliano Gemma (1938-2013), vu dans Angélique, Marquise des anges de Bernard Borderie dans lequel il interprète Nicolas, explose dans Un pistolet pour RingoUne Pistola per Ringo. La même année, le comédien et culturiste tourne Merveilleuse Angélique, mais également la suite du western qui l’a rendu célèbre dans le monde entier, toujours sous la direction de Duccio Tessari (1926-1994), avec qui il tournera huit films et qui lui avait offert son premier grand rôle dans le péplum Les TitansArrivano i titani en 1962. Giuliano Gemma devient alors un des comédiens les plus populaires du cinéma italien et deviendra un des acteurs européens les plus connus à l’étranger, comme au Japon où il est une véritable icône au même titre qu’Alain Delon. Athlète émérite, l’acteur s’impose dans Le Retour de Ringo, vraie fausse suite d’Un pistolet pour Ringo. S’il ne réalise pas d’acrobaties à la Buster Keaton complètement dingues comme ce sera le cas dans Mort ou vif…De préférence mort, Giuliano Gemma crève l’écran avec son charisme animal, sa présence naturelle, son aisance dans les séquences d’action, tout comme dans les scènes dramatiques.

Sur un canevas plutôt classique, mais inspiré par un épisode de L’Odyssée d’Homère, qui montre également une fois de plus qu’un certain Quentin Tarantino n’a absolument rien inventé, mais qu’il s’est toujours contenté de recycler le cinéma qu’il aimait, Le Retour de Ringo est un western pur et dur. Une histoire de vengeance sèche et violente, où chose amusante le personnage interprété par Giuliano Gemma, que tout le monde appelle Ringo, s’appelle en fait Montgomery Brown, surnom adopté par l’acteur pour l’exploitation internationale de ses films. Il reprend donc le rôle de Ringo, mais dans un second opus différent par rapport à Un pistolet pour Ringo, qui comportait beaucoup d’humour et une direction plus légère.

Dans Le Retour de Ringo, l’atmosphère est plus poussiéreuse et crasseuse, rude, tandis que le personnage revient de la guerre avec un trauma visible et palpable. Alors, quand il comprend que la population de sa ville natale est terrorisée par des bandits mexicains à la tronche patibulaire, et que sa propre femme se trouve au bras de l’un d’entre eux, son sang ne fait qu’un tour. Malin et calculateur, sombre, Ringo décide de sauver la ville, de reconquérir son épouse et de venger ceux tombés sous les balles de cette bande de malfrats. Quelques touches d’humour tout de même avec ce croque-mort/fleuriste improbable (Manuel Muñiz), que l’on croirait inspiré du Professeur Tournesol, et qui s’appelle d’ailleurs Myosotis.

Western dit spaghetti, mais en réalité hispano-italien, Le Retour de Ringo fait partie des meilleures réussites d’un genre alors en pleine explosion, principalement fait d’ersatz. Si l’excellente partition du maestro Ennio Morricone fait le lien avec la première aventure de L’Homme sans nom, Pour une poignée de dollars, Duccio Tessari, désireux d’aborder le genre sous un angle différent par rapport à son œuvre précédente, s’inscrit sur la voie tracée par Sergio Leone, tout en trouvant un ton qui lui est propre, avec un cadre constamment soigné. Le Retour de Ringo est un divertissement de haute volée, une série B de grande qualité, une référence (l’assaut final face au truculent Fernando Sanco est phénoménal), qui n’a souvent rien à envier aux opus plus reconnus. Un vrai bijou.

LE MEDIABOOK

Revoilà l’ours d’Artus Films avec un magnifique et luxueux Mediabook estampillé « Western Européen », destiné à mettre en valeur le meilleur western de Duccio Tessari, Le Retour de Ringo. Artus Films a cette fois encore concocté un visuel clinquant. Cette édition se compose du Blu-ray et du DVD, ainsi que d’un incroyable livre de 64 pages (Les Grandes tragédies dans le western européen), réalisé sous la direction de Lionel Grenier (rédacteur en chef du site luciofulci.fr), avec la participation de Guillaume Flouret, Vincent Jourdan et Gilles Vannier. Vous y trouverez de fabuleux visuels, photos et affiches, et surtout un essai passionnant sur l’influence la tragédie grecque dans le western. Artus Films livre un vrai et grand travail éditorial et a mis toute sa passion pour le genre dans ce Mediabook, sans oublier l’incroyable beauté de la copie HD. Le menu principal est fixe et musical.

Le Retour de Ringo s’accompagne d’une présentation du film par le dessinateur et expert en cinéma de genre Curd Ridel (13’). Au cours de ce segment, notre interlocuteur, confortablement installé au coin du feu, dresse un portrait et la biographie du comédien principal Giuliano Gemma (1938-2013), tout en passant en revue quelques-uns des films les plus marquants. Les autres acteurs du film et le réalisateur Duccio Tessari (le cinéaste à l’oeillet rouge à la boutonnière, son porte-bonheur) sont également évoqués. Curd Ridel n’oublie pas d’aborder le film qui nous intéresse et qu’il adore, tout en croisant, bien que trop rapidement, le fond et la forme à travers un exposé passionné.

Nous retrouvons ensuite un entretien croisé du caméraman Sergio D’Offizi et de la comédienne Lorella De Luca. Le premier aborde Le Retour de Ringo d’un point de vue plutôt technique, tandis que la seconde, également la compagne du cinéaste, revient sur la genèse et le tournage de cette fausse suite d’Un pistolet pour Ringo (25’).

L’interactivité se clôt sur un diaporama de photos et d’affiches d’exploitation, ainsi que sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Hormis un générique aux fourmillements épars et un grain argentique très appuyé, ce nouveau master HD du Retour de Ringo ne déçoit pas avec une propreté quasi-irréprochable et surtout une palette chromatique étincelante. Le cadre large est habilement restitué avec une profondeur de champ idéale, un piqué étonnant et une restauration soignée.

Deux options acoustiques au choix. On sélectionnera évidemment en priorité la version originale aux dialogues plus imposants et aux effets naturels, le vent notamment, plus percutants. La VF vaut le coup pour son doublage old-school et soigné. Dans les deux cas, les pistes LPCM Audio 2.0 sont suffisamment dynamiques et propres.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Moulin des supplices, réalisé par Giorgio Ferroni

LE MOULIN DES SUPPLICES (Il Mulino delle donne di pietra) réalisé par Giorgio Ferroni, disponible le 16 avril 2019 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Pierre Brice, Scilla Gabel, Dany Carrel, Wolfgang Preiss, Robert Boehme, Liana Orfei…

Scénario : Giorgio Ferroni, Remigio Del Grosso, Ugo Liberatore, Giorgio Stegani

Photographie : Pier Ludovico Pavoni

Musique : Carlo Innocenzi

Durée : 1h37

Année de sortie : 1960

LE FILM

Hans arrive dans une petite bourgade près d’Amsterdam dans le but d’y rencontrer le sculpteur Wahl. Ce dernier vit avec sa fille Elfie et le docteur Bolem dans un moulin reconverti en un macabre musée de cire. Un endroit que les gens du village ont surnommé « Le moulin aux femmes de pierre ». Mais alors qu’Elfie s’éprend de Hans, ce dernier découvre que le moulin cache un horrible secret, quelque chose qui pourrait lui faire perdre la raison à tout jamais…

Giorgio Ferroni (1908-1981), qui a aussi parfois signé ses films sous le pseudonyme de Calvin Jackson Padget, est un des plus grands spécialistes du bis italien. Suivant les modes, éclectique, insaisissable, capable de passer d’un genre à l’autre, du documentaire en passant par le film d’aventure, le drame néoréaliste, le péplum (La Guerre de Troie) ou bien encore le film fantastique et d’épouvante (La Nuit des Diables), sans oublier le western (Deux pistolets pour un lâche, Le Dollar troué), le cinéaste était sur tous les fronts. Le Moulin des supplices Il Mulino delle donne di pietra, ou bien encore Mill of the Stone Women pour son exploitation internationale, est une des pierres fondatrices du cinéma de genre transalpin avec Le Masque du démon (La maschera del demonio) de Mario Bava et demeure le film le plus célèbre de son auteur. Près de soixante ans après sa sortie, ce chef d’oeuvre indiscutable reste une immense référence et son final s’inscrit dans toutes les mémoires.

Le jeune Hans Van Harnim est enchanté à l’idée d’étudier le remarquable carillon qu’abrite un vieux et mystérieux moulin situé en plein coeur de la campagne néerlandaise. Il est accueilli par le professeur Wahl, un sculpteur célèbre, sa fille, Elfi, atteinte d’un mal incurable, et le médecin qui la soigne, le docteur Bohlen. Elfi s’éprend immédiatement de Hans et se donne à lui sans attendre. Hans est rongé par le remords. C’est Liselotte, son amie d’enfance, qu’il aime. Lors d’une entrevue orageuse, Elfi meurt subitement. Traumatisé, Hans quitte le moulin. Victime d’un accès de fièvre, il s’alite. A son réveil, il apprend qu’Elfi est vivante…

Macabre et gothique, Le Moulin des supplices agit en deux temps. Le spectateur est tout d’abord transporté, happé par la beauté du cadre et la mise en scène de Giorgio Ferroni. Venu du cinéma néoréaliste, on lui doit également une adaptation du roman Sans famille d’Hector Malot en 1946, le cinéaste sort alors de dix ans de documentaires. Contre toute attente, il démarre les années 1960 par Le Moulin des supplices. Triomphe dans les salles, ce film sera le point de départ de la seconde partie de sa carrière. Durant les quinze années suivantes, Giorgio Ferroni se concentrera uniquement sur le cinéma d’exploitation. Le Moulin des supplices rend compte de son immense savoir-faire. Sa mise en scène exploite chaque recoin de son incroyable décor, tandis que la photographie signée Pier Ludovico Pavoni (Le Monstre aux yeux verts avec Michel Lemoine) réalisée en Eastmancolor, foudroie les yeux du début à la fin. Très inspiré par la peinture flamande, Giorgio Ferroni compose ainsi des tableaux, nappant ses plans d’un brouillard épais et d’un vent glacé. Jusqu’au dénouement où les flammes dévoilent les pires atrocités sur la musique lyrique de Carlo Innocenzi.

Au-delà de sa beauté graphique qui rappelle le travail du chef opérateur Jack Asher pour la Hammer, Le Moulin des supplices est encore un divertissement haut de gamme, mixant le film à enquête, la romance, le film fantastique avec l’ombre de Dracula qui plane une bonne partie du film, mais aussi le film d’épouvante. A ce titre, certaines séquences rappellent l’extraordinaire film de Georges Franju, Les Yeux sans visage, sorti la même année que Le Moulin des supplices. De là à dire que Giorgio Ferroni a dû découvrir vu ce chef d’oeuvre au moment où il tournait le sien il n’y a qu’un pas. Toutefois, Il Mulino delle donne di pietra, même si inspiré du mythique Masques de cire de Michael Curtiz (1933) et de son remake L’Homme au masque de cire (House of Wax) réalisé en 1953 et en relief stéréoscopique par André De Toth avec Vincent Price, Le Moulin des supplices trouve un ton qui lui est propre et crée alors un genre à part entière.

Co-production franco-italienne, le casting est composé de comédiens hexagonaux, Pierre Brice (l’inoubliable Apache Winnetou) et la mythique-sexy Dany Carrel, et d’acteurs italiens dont la sculpturale Scilla Gabel (Sodome et Gomorrhe de Robert Aldrich) et la rousse incendiaire Liana Orfei. Les allemands Herbert A.E. Böhme et Wolfgang Preiss (futur Dr. Mabuse) campent quant à eux le sculpteur Gregorius Wahl et le Dr Loren Bohlem. Un casting solide, des couleurs somptueuses, un rythme languissant et maîtrisé, des effets horrifiques percutants, Le Moulin des supplices est un carrousel sensoriel étourdissant.

LE BLU-RAY

Autant le dire d’emblée, oubliez l’édition DVD Neo Publishing et si vous êtes fans du Moulin des supplices, l’acquisition de cette édition collector, DVD + Blu-ray + Livre estampillée « Les chefs d’oeuvre du gothique » est évidemment indispensable. La beauté du Mediabook est évidente, en plus d’être douce au toucher, et l’objet trônera dans votre DVDthèque. Le menu principal est fixe et musical. Pas de chapitrage. Le film est présenté dans sa version intégrale non censurée.

Dans sa présentation de 43 minutes, l’historien du cinéma Alain Petit ne propose pas une analyse du Moulin des supplices, mais replace le film de Giorgio Ferroni dans l’histoire du cinéma d’exploitation italien. Du moins dans un premier temps. Moult titres de films sont donnés, le tout agrémenté d’affiches qui donnent sérieusement envie. Ensuite, l’invité d’Artus Films aborde la sortie du film avec ses différents montages selon les pays avec même deux versions italiennes qui diffèrent au niveau du son. Les scénaristes, les références, mais aussi le casting avec cette fois encore de nombreux titres évoqués, sans oublier la carrière du réalisateur, les décors, la musique, la photographie sont passés au crible durant cette présentation qui fait l’effet d’une petite masterclass privée.

Profitons-en pour dire que tous les propos d’Alain Petit sont tous repris dans le livret de 64 pages, signé par l’historien du cinéma lui-même, intitulé Le Moulin des femmes de pierre. Un superbe Mediabook constitué de photos et d’affiches, d’un retour sur la genèse du film, sur sa production, sur l’écriture du scénario, sur les différents montages, une bio/filmo consacrée à Giorgio Ferroni et bien d’autres éléments dont un retour complet sur les films d’horreur prenant pour décor un musée de cire.

Retournez ensuite aux bonus vidéo et sélectionnez l’interview de la comédienne Liana Orfei (25’30). Enfin avant d’être actrice, Lianna Orfei est avant tout artiste de cirque comme elle le rappelle au cours de cet entretien très sympathique dans lequel elle explique comment elle a été repérée par un agent (Federico Fellini était d’ailleurs de la partie) pour faire du cinéma. Après avoir parlé des conditions de tournage dans les studios de Cinecittà, du théâtre et de ses 56 films, Liana Orfei en vient plus précisément au Moulin des supplices, dont elle garde un beau souvenir, comme le tournage d’une scène (finalement coupée au montage) avec le très jeune Mario Girotti, qui allait devenir très célèbre sous le pseudo de Terence Hill. Parallèlement, l’historien du cinéma Fabio Melelli donne quelques indications sur le film de Giorgio Ferroni.

Pour illustrer certains propos d’Alain Petit, l’éditeur propose de découvrir quelques éléments alternatifs présents dans les montages italiens et américains, comme certains inserts réalisés dans la langue correspondante.

L’interactivité se clôt sur un diaporama et la bande-annonce (en anglais).

L’Image et le son

Voici la version intégrale du Moulin des supplices, proposée dans un master HD au format 1080p. Présenté dans son format respecté 1.66, le film de Giorgio Ferroni a été « reconstitué » à partir de sources diverses. Si les coutures de ce patchwork sont souvent visibles avec des sautes chromatiques, un piqué aléatoire et une gestion des contrastes parfois brinquebalante, le grain cinéma est doux, les scories limitées et la stabilité de mise. Reste maintenant la question que beaucoup de cinéphiles risquent de se poser, à savoir pourquoi Artus Films n’a pas décidé de proposer les trois différents montages existants du Moulin du supplice, plutôt que de nous imposer cette version qui rappellera à certains le seamless branching.

Trois versions sont proposées en LPCM mono ! Privilégiez forcément la langue italienne, la plus riche et dynamique du lot, même si la scène où Liselotte raconte sa rencontre avec Hans, uniquement disponible dans le montage français (pourtant amputé d’autres séquences), passe directement dans la langue de Molière, avec la véritable voix de Dany Carrel donc. Une séquence coupée en Italie probablement en raison de la présence d’automobiles visibles en arrière-plan dans les rues d’Amsterdam ! Signalons d’ailleurs que cette scène est probablement la plus mal définie du lot. Le doublage français est honnête, mais peu aidé par des craquements et un souffle parasite. Quant à la piste anglaise, elle est absolument à éviter.

Crédits images : © Armor Films / Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Guillaume Tell, réalisé par Michel Dickoff & Karl Hartl

GUILLAUME TELL (Wilhelm Tell) réalisé par Michel Dickoff & Karl Hartl, disponible le 23 avril 2019 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Robert Freitag, Alfred Schlageter, Heinz Woester, Hannes Schmidhauser, Leopold Biberti, Maria Becker, Georges Weiss, Zarli Carigiet, Birke Bruck…

Scénario : Max Frisch, Michel Dickoff, Karl Hartl, Luise Kaelin, Friedrich Schiller, Hannes Schmidhauser

Photographie : Hans Schneeberger

Musique : Hans Haug

Durée : 1h36

Année de sortie : 1961

LE FILM

À la fin du XIIIème siècle, le bailli Gessler, aux ordres des Habsbourg et du Saint Empire Romain Germanique, impose sa tyrannie aux habitants des cantons de Schwyz et Uri. Les paysans doivent payer de plus en plus d’impôts et subir les humiliations des gardes. Guillaume Tell va prendre la tête de la révolte et libérer le peuple du joug des oppresseurs.

Une superproduction suisse ça existe ? Bah oui ! Au-delà des Alpes, la légende de Guillaume Tell se perpétue à travers les arts depuis la fin du Moyen Age. La littérature, la peinture, l’opéra (Rossini), le théâtre puis le cinéma (Georges Méliès s’en était déjà inspiré en 1898) se sont emparés du célèbre arbalétrier, souvent relégué au second plan comme un ersatz de Robin des Bois auquel on ne peut évidemment s’empêcher de penser, aussi bien dans sa représentation que dans la mission qu’il s’est donnée. Guillaume Tell aka Wilhelm Tell en allemand, est considéré comme le film le plus fidèle à l’histoire du héros des mythes fondateurs de la Suisse, même si son authenticité demeure controversée. N’attendez évidemment pas une reconstitution historique, mais une fort sympathique illustration du folklore qui a nourri cette icône devenue mondialement célèbre.

Deux réalisateurs sont à la tête de Guillaume Tell, Michel Dickoff et Karl Hartl. S’il s’agit pour le premier de sa quasi-unique incursion dans le monde du cinéma, le second aura oeuvré en tant que metteur en scène et scénariste sur une trentaine de longs métrages, dont les plus célèbres restent probablement On a arrêté Sherlock Holmes en 1937 et un biopic sur Mozart, où Oskar Werner interprétait le compositeur en 1955. Sur Guillaume Tell, il est surtout crédité en tant que superviseur, même s’il est évident qu’il a également mis la main à la pâte pour toutes les séquences qui nécessitaient des effets visuels directs, comme sur les scènes de tempête. Tourné dans de splendides paysages naturels, Guillaume Tell est un film à mi-chemin entre la naïveté à la Sissi et l’aventure en collant des films de cape et d’épée qui fleurissaient en Europe, avec une petite touche paillarde puisque les hommes y ripaillent autant qu’ils se gaussent.

Les deux cinéastes exposent d’emblée les lieux de l’action et chaque plan s’apparente à des cartes postales avec un ciel bleu azur, des étendues d’herbe à perte de vue, des montages au sommet enneigé, des cours d’eau luminescente. Nous noterons également le soin apporté aux costumes, même s’ils paraissent évidemment trop propres et brillants, tout comme les cheveux des comédiens qui semblent avoir été passés à la brillantine avant chaque prise. Il n’empêche que ce Guillaume Tell n’a rien perdu de son souffle et reste un divertissement bien mené. Certaines séquences étonnent par leur violence, toutes proportions gardées puisque les actes n’apparaissent pas à l’écran, mais suffisamment suggérées pour qu’elles fassent leur effet comme la tentative de viol en début de film, le meurtre à la hache et plus tard le vieil homme qui se fait passer les yeux au fer rouge.

Finalement, le personnage de Guillaume Tell, interprété ici par un certain Robert Freitag, vu dans La Grande évasion de John Sturges, n’apparaît pas tant que ça sur près d’1h40, d’ailleurs il faut attendre près de 25 minutes pour qu’il fasse sa première apparition à l’écran. Certes, les passages obligés sont présents, dont celui de la pomme posée sur la tête du fils du héros alors condamné à tirer un carreau d’arbalète dans le fruit sous peine d’être tué avec sa progéniture, mais les deux cinéastes ont surtout voulu broder autour, en mettant en relief le soulèvement du peuple et sa cause. Les archétypes sont présents avec la femme attendant son mari au chalet avec ses deux enfants, et surtout le suintant ennemi prêt à tout pour étendre son pouvoir au détriment de la liberté et du bien-être des habitants.

On suit donc volontiers les aventures de ce Guillaume Tell, héros légendaire qui s’en va défendre le peuple de l’oppression des Habsbourg, et contribuer à la naissance de la Confédération Helvétique avec le pacte du Grütli.

LE BLU-RAY

Artus Films a mis les petits plats dans les grands pour Guillaume Tell, film alors complètement oublié ! Autant dire que le pari est osé de proposer l’oeuvre de Michel Dickoff et Karl Hartl dans une édition Mediabook, qui se compose du Blu-ray et du DVD, ainsi que d’un livre de 80 pages (Guillaume Tell, de l’Histoire à la légende) rédigé par David L’Epée. Vous y trouverez de fabuleux visuels, photos et affiches, mais aussi et surtout un retour exhaustif sur le contexte historique de la légende de Guillaume Tell, un entretien avec Félicien Monnier (juriste et capitaine de l’armée suisse), et tout un tas de sous-parties très détaillées sur la Suisse primitive des Waldstätten, les Habsbourg et leurs baillis, le pacte de 1291, mais aussi Guillaume Tell dans la littérature et au cinéma. Un supplément de choix et érudit. Le menu principal des disques est fixe et musical.

En ce qui concerne les bonus vidéo, nous trouvons un montage constitué d’images de tournage. Si elle ne dépasse pas les 90 secondes, il s’agit d’un petit trésor puisqu’on y voit comment l’équipe s’y prenait pour créer les scènes de tempête !

L’éditeur joint également un diaporama, ainsi que les bandes-annonces anglaise et allemande.

L’Image et le son

Le catalogue d’Artus Films s’enrichit ainsi avec cette édition de Guillaume Tell, présentée sous le blason « Histoire & légendes d’Europe » et qui se revêt d’un très beau master HD restauré. La photo et les partis pris esthétiques originaux sont superbement conservés, les contrastes certes un peu légers, mais les couleurs pastelles sont resplendissantes et lumineuses (explosions des teintes bleues, rouges et vertes), avec un générique qui affiche d’emblée une stabilité bienvenue. La définition ne déçoit jamais (à part un ou deux plans et des décrochages sur les fondus enchaînés), les poussières n’ont pas survécu au lifting numérique, les scènes sombres et nocturnes (aux noirs un peu bleutés) sont logées à la même enseigne que les séquences diurnes, la profondeur de champ est appréciable, le grain cinéma est conservé, et le piqué demeure vraiment agréable. Notons que les credits sont en français et que les sous-titres ne sont pas imposés.

L’éditeur nous propose ici seulement les versions suisse-allemande et française. Les mixages s’avèrent propres, dynamiques, et restituent solidement les voix, fluides, sans souffle. Le confort acoustique est largement assuré dans les deux cas avec d’impressionnantes envolées musicales sur la piste originale, qui comprend tout de même de sensibles craquements, mais rien de bien méchant. Si les effets semblent parfois artificiels, la piste suisse-allemande est plus riche que la version française, plus pincée. Un petit salut amical à Patrick Lang, qui s’est occupé ici de la traduction allemande !

Crédits images : © Artus Films / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Yeux dans les ténèbres, réalisé par Fred Zinnemann

LES YEUX DANS LES TÉNÈBRES (Eyes in the Night) réalisé par Fred Zinnemann, disponible en DVD le 4 décembre 2018 chez Artus Films

Acteurs : Edward Arnold, Ann Harding, Donna Reed, Stephen McNally, Katherine Emery, Allen Jenkins, Stanley Ridges, Reginald Denny…

Scénario : Baynard Kendrick, Guy Trosper, Howard Emmett Rogers d’après le roman Odor of Violets de Baynard Kendrick

Photographie : Charles Lawton Jr., Robert H. Planck

Musique : Lennie Hayton, Daniele Amfitheatrof

Durée : 1h17

Date de sortie initiale : 1942

LE FILM

Norma Lowry sollicite l’aide de son ami le détective non voyant Duncan Maclain car elle vient d’apprendre que l’un de ses ex-prétendants courtise sa belle-fille âgée de 17 ans.  Lorsque ce dernier est retrouvé assassiné, Norma devient la principale suspecte de ce crime. Avec l’aide de Friday, son fidèle chien, Duncan va mener une enquête débouchant sur une obscure affaire d’espionnage.

Les Yeux dans les ténèbres Eyes in the Night est l’un des premiers longs métrages de Fred Zinnemann (1907-1997), mais aussi son second à sortir en 1942, la même année que L’Assassin au gant de veloursKid Glove Killer. D’origine autrichienne, le cinéaste né à Vienne, fait ses études de cinéma à Paris. A la fin des années 1920, il décide d’aller tenter sa chance à Hollywood. Il devient assistant costumier, fait quelques apparitions devant la caméra, notamment dans À l’ouest rien de nouveau de Lewis Milestone (1930), puis il devient aide-opérateur. Il gravit petit à petit les échelons. Il passe ensuite assistant-réalisateur auprès de Berthold Viertel et de George Cukor. Sans être crédité, il participe à la mise en scène du film à sketches Les Hommes le dimanche auprès de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer. Il signe alors le scénario des Révoltés d’Alvarado (1936), qu’il coréalise au Mexique aux côtés d’Emilio Gómez Muriel. Suivront de nombreux courts-métrages et des documentaires, sur lesquels Fred Zinnemann se fait la main jusqu’en 1942 où ses deux vrais premiers longs métrages sortent sur les écrans. Celui qui nous intéresse, Les Yeux dans les ténèbres, est un petit polar fort sympathique, certes désuet, mais qui conserve encore un charme fou et qui se distingue par son personnage principal, un détective privé non-voyant, expert en autodéfense (et en lutte), secondé par son incroyable chien (une vraie performance à part entière de la part du berger allemand) et un assistant un peu fou prénommé Marty. L’ombre d’Alfred Hitchcock plane une fois de plus sur ce thriller méconnu, mais qui devrait faire le bonheur des cinéphiles.

En 1942, Duncan « Mac » Maclain, un détective privé aveugle, se fait aider par son assistant Marty et par son chien Friday. Une amie, Norma Lawry, lui demande d’intervenir pour mettre fin à la liaison entre Barbara, sa belle-fille, et un acteur bien plus âgé qu’elle, Paul Gerente, son ancien amant. Lorsque celui-ci est assassiné, l’enquête de « Mac » le mène jusqu’à un réseau d’espionnage nazi.

Deux fois lauréat de l’Oscar du meilleur réalisateur pour Tant qu’il y aura des hommesFrom Here to Eternity (1954) et pour Un homme pour l’éternitéA Man for All Seasons (1967), Fred Zinnemann entre définitivement par la grande porte du cinéma via le film noir. Le metteur en scène du Train sifflera trois foisHigh Noon (1952) s’en sort haut la main avec une réalisation rigoureuse, un vrai sens du cadre, un rythme maîtrisé et tendu, ainsi qu’une solide direction d’acteurs. Film court (77 minutes montre en main), Les Yeux dans les ténèbres vaut surtout pour l’interprétation de son acteur principal, Edward Arnold, vu chez Frank Capra (Vous ne l’emporterez pas avec vous, Monsieur Smith au sénat), William Dieterle (Tous les biens de la terre), Vincente Minnelli (Ziegfeld Follies) et bien d’autres cinéastes de génie. Si son nom reste obscur, sa bonhommie, sa voix grave et son immense talent ne passent jamais inaperçus.

Les Yeux dans les ténèbres est adapté du roman The Odor of Violets de Baynard Kendrick, l’un des opus de la saga consacrée au capitaine Duncan Maclain, un détective privé devenu aveugle à la suite d’une blessure de guerre, déjà incarné au cinéma en 1938 par Ken Taylor dans The Last Express d’Otis Garrett. Suite au succès des Yeux dans les ténèbres, Edward Arnold reprendra son rôle en 1945 dans The Hidden Eye de Richard Whorf. L’autre « Mac » du film est en réalité un MacGuffin, ce prétexte cher à Alfred Hitchcock qui reste mystérieux dans Les Yeux dans les ténèbres, mais qui attire néanmoins la convoitise d’une bande de nazis dissimulés dans la foule (valet, dramaturge) et notamment ici auprès d’une famille aisée. Une invention semble être très prisée par les méchants de l’histoire.

Riche en rebondissements, Eyes in the Night est une très belle découverte, la photo est sombre à souhait et reflète « le royaume » de Duncan Maclain à plusieurs reprises et quelques touches d’humour – avec l’assistant maladroit de Mac – viennent ponctuer cette intrigue d’espionnage bien ficelée, originale et encore très divertissante aujourd’hui.

LE DVD

La collection Classiques s’agrandit chez Artus Films avec l’arrivée dans les bacs des Yeux dans les ténèbres. La jaquette est élégante, le menu principal fixe et musical.

Un aperçu des autres titres disponibles dans la même collection est proposé comme supplément.

L’Image et le son

Pour ceux qui s’en souviennent, le master 1.33 – 4/3 des Yeux dans les ténèbres rappelle un peu le Ciné Vieux de Grolandsat. Si la copie est stable, elle reste très souvent marquée par des griffures, des points, des tâches et des raccords de montage toutes les vingt minutes. La gestion des contrastes est totalement aléatoire, les noirs bouchés et la définition des séquences sombres laisse franchement à désirer. Ajoutez à cela des décrochages sur les fondus enchaînés, un piqué émoussé, un manque flagrant de détails sur les gros plans et un grain étonnamment lissé. Bref, ce DVD n’a rien de miraculeux, mais a au moins le mérite d’exister et nous permet de découvrir ce bon petit film de Fred Zinnemann.

Point de version française sur cette édition, alors que le doublage existe bel et bien. L’écoute est souvent parasitée par quelques menus craquements, des échanges plus sourds et des fluctuations. La piste Dolby Digital Mono 1.0 fait ce qu’elle peut et en dépit d’un bruit de fond persistant se révèle au final suffisante. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Artus Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Gungala, la panthère nue, réalisé par Ruggero Deodato

GUNGALA, LA PANTHÈRE NUE (Gungala, la pantera nuda) réalisé par Ruggero Deodato, disponible en DVD le 4 décembre 2018 chez Artus Films

Acteurs : Kitty Swan, Micaela Pignatelli, Angelo Infanti, Jeff Tangen, Alberto Terrani, Giancarlo Sisti, M. Piero Buzzi, Luigi Scavran…

Scénario : Romano Ferrara, Guido Leoni

Photographie : Claudio Ragona

Musique : Alessandro Brugnolini, Luigi Malatesta

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Une compagnie d’assurance, dirigée par une riche famille anglaise, charge un groupe d’aventuriers de retrouver une jeune héritière, dont l’avion s’est écrasé dans la jungle quelques années auparavant. Laissée pour morte, orpheline et ayant grandi au milieu de la nature, l’enfant abandonné est devenue « Gungala », la déesse blanche, évoluant aux côtés de sa fidèle panthère et devenue reine d’une tribu de guerriers. Avant d’approcher la sauvageonne, les aventuriers vont devoir la défendre contre une tribu d’indigènes africains, dirigés par un prince arabe cruel, voulant dérober le diamant qu’elle porte autour de son cou. L’un des explorateurs, Morton, tombe immédiatement amoureux de la sublime Gungala au grand détriment de sa petite amie, Julie, qui va tout faire pour se débarrasser de cette rivale…

Attention revoilà Gungala !!! Qui ça ? Mais vous suivez ou pas ? Gungala, cette jeune sauvageonne, héroïne de Gungala, la vierge de la jungle ! Sorti en 1967, Gungala, la vergine della giungla aura attiré suffisamment de spectateurs coquinous dans les salles pour que les producteurs décident de prolonger les aventures de cette demoiselle innocente qui court les fesses à l’air dans la savane. Exit le réalisateur Romano Ferrara, qui avait pourtant commencé les prises de vue de ce second chapitre ! Jugé trop incompétent, et sans doute trop pervers puisqu’il voulait filmer sa jungle girl en train de se masturber entourée de ses amis les animaux, un certain Ruggero Deodato (né en 1939) est appelé à la rescousse. Agé de 29 ans, le jeune homme affichait alors un palmarès impressionnant en tant qu’assistant-réalisateur auprès de Roberto Rossellini, Sergio Corbucci, Antonio Margheriti, Riccardo Freda et Mauro Bolognini. Un impressionnant C.V. qui a permis à Ruggero Deodato de convaincre la production après quelques essais filmés, le tout réalisé devant les yeux de Romano Ferrara qui voyait sa création lui échapper. La différence est notable entre les deux épisodes. Sous le pseudo de Roger Rockfeller, Ruggero Deodato fait preuve d’un réel savoir-faire derrière la caméra. Mieux filmée, Gungala, la panthère nueGungala, la pantera nuda est une suite réussie.

Si l’histoire reste malgré tout complètement anecdotique, au moins, le réalisateur est parti avec son équipe filmer quelques séquences en Afrique avec son actrice Kitty Swan dans un souci d’authenticité. Le générique donne le ton. Dans de magnifiques décors naturels, l’actrice toujours à moitié à oilp, court et batifole avec au loin le Kilimandjaro, le vrai. Certes, pas mal de séquences restent tournées en studio, mais le cinéaste parvient à nous faire ressentir le continent où se déroule le récit, plus rythmé que sur le premier. L’ensemble est aussi moins niais, y compris lorsque Kitty Swan, mieux dirigée ici, se déplace sans l’utilisation du ralenti et d’un solo de harpe.

Gungala, la panthère nue est également bien photographié. Le chef opérateur Claudio Ragona (Confession d’un commissaire de police au procureur de la République de Damiano Damiani) soigne ses partis pris et le film reste agréable à regarder cinquante ans après. Alors certes, Gungala, la panthère nue est un tout petit film de série B, mais les artisans qui sont à l’oeuvre soignent leur boulot. La musique d’Alessandro Brugnolini et Luigi Malatesta possède ce petit goût suranné et joue avec les codes du cinéma d’aventure d’antan. Dans ce sens, Ruggero Deodato se coule plus dans le moule du divertissement rétro proche des Tarzan avec Johnny Weissmuller. Il filme son héroïne autrement que Romano Ferrara, qui la réduisait la plupart du temps à une playmate dont chacune de ses apparitions était prétexte pour la cadrer à hauteur des seins. Ici, en dépit de séquences complètement barrées comme celle où la sauvageonne devient pour ainsi dire un top-model mitraillé de photos par un aventurier devant une carcasse d’avion, Gungala existe et apparaît beaucoup plus à l’écran, passe de liane en liane, en réalité des cordes de gymnase, mais ce n’est pas bien grave. Elle est également plus rattachée aux animaux, avec un chimpanzé par ci, un éléphant par là, une panthère toujours à proximité.

Ruggero Deodato, futur spécialiste de l’horreur (Cannibal Holocaust) fait ses classes avec tous les moyens techniques et financiers mis à sa disposition, avec le goût du travail bien fait, peu dupe de la copie à rendre et du produit fini. C’est sans doute ce qui fait la bonne tenue, toutes proportions gardées, de Gungala, la panthère nue.

LE DVD

Revoilà donc Gungala chez Artus Films ! Le film de Ruggero Deodato est lui aussi disponible dans une édition slim Digipack au visuel clinquant. Un très bel objet qui intègre la collection Filles de la jungle. Le menu principal est fixe et musical.

Pour en savoir plus sur les jungles girls au cinéma, dans la littérature et dans la bande-dessinée, reportez-vous au DVD de Gungala, la vierge de la jungle et savourez la présentation de Julien Sévéon. Ici, pour ce second opus, Artus est allé à la rencontre du réalisateur Ruggero Deodato lui-même (26’) ! Visiblement heureux de parler de son premier vrai long métrage signé en tant que metteur en scène, alors qu’il était assistant, l’intéressé revient en détails sur son arrivée sur ce projet. Ruggero Deodato explique comment la production a viré Roman Ferrara (« c’était un peu un pervers, pas quelqu’un de bien… ») avant de l’engager définitivement après plusieurs essais grassement payés. Puis, le cinéaste raconte quelques anecdotes de tournage, dont les prises de vue au Kenya, mais aussi la raison pour laquelle il a préféré utiliser un pseudonyme, avant de parler du casting, dont « la très douce » Kitty Swan, dont la carrière fût stoppée quelques années plus tard en raison d’un accident survenu sur un tournage, où elle fut brûlée au troisième degré.

L’interactivité se clôt sur les films annonces des deux Gungala et un diaporama de photographies d’exploitation.

L’Image et le son

La copie de Gungala, la vierge de la jungle était déjà excellente, mais celle de Gungala, la panthère nue se permet de la surpasser. C’est sans doute lié aux partis pris du film, dont la facture technique est nettement plus soignée, mais les couleurs sont encore plus belles que pour le premier épisode. Le piqué est agréable et naturel, le grain original respecté, la stabilité de mise, la propreté irréprochable si ce n’est quelques griffures durant le générique, plus altéré comme c’est souvent le cas. La luminosité est également au programme et les détails sont tels que l’on parvient à distinguer les toiles de fond pour les scènes de campement.

Contrairement à Gungala, la vierge de la jungle, il n’y a pas de version française pour Gungala, la panthère nue. Rien à redire sur le mixage italien aux sous-titres non imposés. La piste est aérée avec un excellent rendu de la musique, des ambiances annexes et des dialogues.

Crédits images : © MOVIETIME SRL – Rome / Artus Films / Captures DVD  : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Gungala, la vierge de la jungle, réalisé par Romano Ferrara

GUNGALA, LA VIERGE DE LA JUNGLE (Gungala la vergine della giungla) réalisé par Romano Ferrara, disponible en DVD le 4 décembre 2018 chez Artus Films

Acteurs : Kitty Swan, Linda Veras, Poldo Bendandi, Conrad Loth, Archie Savage, Alfred Thomas, Antonietta Fiorio, Valentino Macchi…

Scénario : Romano Ferrara, L.A. Rotherman

Photographie : Augusto Tiezzi

Musique : Angelo Francesco Lavagnino

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

Deux aventuriers sans scrupule, Dany et Wolf, dérobent le diamant sacré d’une tribu. Wolf tue Dany, mais doit abandonner son butin face aux guerriers. Des années plus tard, il revient pour le récupérer. Mais il va se retrouver face à Gungala, la déesse blanche, qui, aidée par sa fidèle panthère, va tout faire pour l’empêcher de piller son peuple.

Après Tarzan, l’homme singe avec Johnny Weissmuller et avant Greystoke, la légende de Tarzan porté par Christophe – Hin hin hin – Lambert, l’Italie s’est aussi emparée du mythe de la jungle. Mais les transalpins sont malins et décident en tant que professionnels du cinéma d’exploitation de remplacer l’homme en pagne par une demoiselle très peu vêtue. Ce qui est somme toute plus attractif. Voici donc Gungala, la vierge de la jungleGungala la vergine della giungla. Franchement, une fois la surprise passée de voir cette ravissante jeune femme prendre la pose comme un dans catalogue de la Redoute dans la section lingerie (toute une époque et des pages qui collent), Gungala, la vierge de la jungle ne propose rien, ou pas grand-chose. Voici donc l’exemple type du petit film d’aventure réalisé à la va-comme-je-te-pousse qui ne repose sur aucun autre argument que son héroïne dénudée.

Aux frontières de l’Ouganda et du Kenya, en pleine forêt mystérieuse, sauvage et envoûtante, vit la tribu des Bakenda. Deux aventuriers de pacotille, Dany et Wolf, leur dérobent un précieux diamant. Wolf abat son complice avant de devoir abandonner son butin devant l’arrivée de ces hommes primitifs qui vénèrent le dieu « Bokani  » dans une clairière, lieu sacré et interdit. Aucun indigène n’ose s’y aventurer, sauf une étrange sauvageonne, Gungala, une jeune fille blanche, seule survivante d’un avion qui s’est écrasé dans la brousse lorsqu’elle était bébé. Orpheline, elle est devenue la reine de la tribu. Des années plus tard, Wolf apprend que le diamant est en possession de Gungala. Alors qu’il retourne dans la jungle pour le récupérer, il fait face à cette déesse, toujours accompagnée de sa fidèle panthère, prête à tout pour empêcher le pillage de son peuple.

C’est ça Gungala, la vierge de la jungle. On s’en fout de l’histoire, d’ailleurs il n’y en a pas et le film ne vaut que pour les apparitions bien trop sporadiques de Kitty Swan, la femme de la jungle avec son mascara et son fard à paupières. L’actrice danoise âgée de 23 ans, mix entre Megan Fox et Mila Kunis, n’est pas avare de ses charmes qui flattent les sens et les rétines. Mais la voir courir au ralenti comme dans une pub pour un déodorant sur fond de harpe c’est bien plaisant deux minutes, mais systématiquement cela a de quoi irriter. Le reste du temps, Gungala observe ce qui se passe dans la jungle, tout en caressant les félins qui l’entourent. Le film enchaîne les séquences sans enjeu ni souci de cohérence. Tout est fait pour remplir le récit au maximum de scènes rituelles et de danses tribales interminables (on croirait des chorégraphies de Kamel Ouali), alors que le spectateur n’attend qu’une seule chose, mater Gungala ou Linda Veras, qui expose également ses arguments gratuitement histoire de combler le vide scénaristique. Un peu le syndrome Black Emmanuelle en Afrique où il fallait se farcir (façon de parler) des séquences de safari de vingt minutes, avant de voir quelques actrices se désaper juste avant la coupure pub.

Il faudra attendre le dernier quart d’heure pour en savoir plus sur l’identité de Gungala, même si l’on se doute que les aventures de Tarzan et de Mowgli ont largement inspiré le personnage ici. Malheureusement, le rythme est très lent, il ne se passe quasiment rien, les scènes d’affrontements sont minables. Le cinéaste Romano Ferrara, crédité sous le pseudo Mike Williams, auteur et metteur en scène du Monstre aux yeux verts avec Michel Lemoine (1962) et deux thrillers réalisés en 1964, F.B.I. enquête à Los Angeles et Crimine a due est incapable d’éveiller ne serait-ce qu’un peu l’intérêt du spectateur avec ces pauvres aventures se déroulant dans des décors dignes d’un Center Parc du pauvre. Gungala, la vierge de la jungle sera d’ailleurs son dernier film en tant que réalisateur.

Malgré tout, le film est un succès dans les salles et rapporte suffisamment d’argent pour qu’une suite voit le jour l’année suivante, Gungala, la panthère nue, toujours avec Kitty Swan dans le rôle de la jungle girl mais mis en scène cette fois par Ruggero Deodato (Cannibal Holocaust). C’est déjà plus intéressant et nous en parlerons prochainement !

LE DVD

Après les rednecks, place à la collection des Filles de la jungle ! Artus Films passe du coq à l’âne pour notre plus grand plaisir. Le film de Romano Ferrara est disponible dans une édition slim Digipack au visuel clinquant. Un très bel objet. Le menu principal est fixe et musical.

En plus des films annonces des deux Gungala et d’un diaporama, Artus Films a demandé à l’excellent Julien Sévéon de nous présenter l’histoire des jungle girls au cinéma, mais aussi dans les pulps, romans et fumetti (30′). Il n’y a pas que George A. Romero dans la vie du journaliste, visiblement fin connaisseur des filles de la jungle en pagne ! Des titres à foison nous donnent sérieusement envie de découvrir tout ce pan souvent oublié du cinéma d’exploitation. Sa présentation de Gungala, la vierge de la jungle vaut également son pesant.

L’Image et le son

On ne s’attendait pas à un résultat aussi probant ! En effet, la copie de Gungala, la vierge de la jungle est vraiment une bonne surprise avec une restauration indéniable. Le master est très propre (les poils en bord de cadre sont rares, tout comme les points et griffures) et stable. Seul le générique apparaît plus grumeleux avec quelques fourmillements et une colorimétrie plus altérée, mais le reste du film impressionne avec des détails flagrants, un piqué inédit et un grain très bien géré. Que demander de plus ?

La version française est amusante avec notamment un doublage de Claude Bertrand toujours aux petits oignons. En revanche, ce mixage se focalise un peu trop sur les voix au détriment des effets. La piste italienne est plus aérée avec un meilleur rend de la musique, des ambiances annexes et des dialogues.

Crédits images : © MOVIETIME SRL – Rome / Artus Films / Captures DVD  : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / La Vengeance de la femme au serpent, réalisé par Beverly & Ferd Sebastian

LA VENGEANCE DE LA FEMME AU SERPENT (‘Gator Bait II : Cajun Justice) réalisé par Ferd & Beverly Sebastian, disponible en DVD le 2 octobre 2018 chez Artus Films

Acteurs : Jan Sebastian, Tray Loren, Paul Muzzcat, Brad Koepenick, Jerry Armstrong, Ben Sebastian, Reyn Hubbard, Levita Gros…

Scénario : Beverly Sebastian, Ferd Sebastian

Photographie : Ferd Sebastian

Musique : George H. Hamilton

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

Venant d’épouser Big T., un cajun, Angélique part vivre en Louisiane, au beau milieu des marais et des crocodiles. Elle y apprend la vie rude des autochtones, quand une bande de rednecks, dont le chef, Leroy, est le rival de Big T., tue ce dernier et enlève la jeune femme. La belle se fait violer par la bande. Pour se venger, elle va devoir user de courage et de cruauté à la hauteur des sévices subis.

Suite tardive au sympathique Les Marais de la haine‘Gator Bait, qui valait surtout pour la beauté flamboyante de la magnifique Claudia Jennings, La Vengeance de la femme au serpent, sobrement intitulé ‘Gator Bait II : Cajun Justice en version originale, est un film conçu uniquement pour son exploitation en VHS. Suite à une commande de la prestigieuse Paramount, 14 ans après Les Marais de la haine, Beverly et Ferd Sebastian reprennent leur caméra Arriflex et retournent dans le bayou. Comme Claudia Jennings est décédée tragiquement en 1979, l’un des seuls liens entre les deux films se fait avec le personnage de Big T.,  le petit frère muet du premier volet. S’il était interprété par Tracy Sebastian, le fils des metteurs en scène, le rôle – ici adulte – est repris dans le second par un certain Tray Loren. C’est du moins ce qu’indique le générique, car il s’agit en fait de la même personne. Sans aucune explication rationnelle, Big T. retrouve l’usage de la parole ici. Beverly et Ferd Sebastian ont ensuite révélé qu’ils avaient été obligés de supprimer tous les dialogues de leur fils, ce dernier étant peu sûr de lui devant la caméra. De toute façon, il faut bien dire que l’intérêt de ce second ‘Gator Bait, comme pour le premier, est ailleurs.

La femme du titre français est ici incarnée par l’inconnue Jan Sebastian, belle-fille des réalisateurs puisque mariée à l’époque à…ah bah tiens au frère de Tracy Sebastian. Une histoire de famille quoi. Peu avare de ses charmes, pulpeuse, crinière au vent, la comédienne n’a certes pas le charisme, la beauté, le talent et le magnétisme de Claudia Jennings, mais s’en sort honorablement dans le rôle principal. Les auteurs repoussent cette fois les limites en inscrivant La Vengeance de la femme au serpent dans le genre du rape & revenge, avec des séquences parfois difficiles, en jouant à la fois sur le voyeurisme et la patience du spectateur.

Jeune citadine, Angélique quitte la ville pour épouser un Cadien, surnommé « Big T. », et s’installer avec lui dans une maison en plein milieu des marécages de la Louisiane. Leur fête de mariage est perturbée par une bande de rednecks, menée par un certain Leroy. Son mari éduque Angélique en lui enseignant l’art de vivre dans le bayou. Il lui apprend à chasser et manier le hors-bord, à pêcher ou encore à manier des armes. Pourtant, leur idylle amoureuse est rompue lorsque Leroy et ses amis pénètrent chez eux pour tuer Big T. et kidnapper Angélique. Violée et laissée pour morte, elle est déterminée à se venger. Elle va devoir user de courage et de cruauté à la hauteur des sévices subis pour torturer et abattre ses ravisseurs un par un…

Gator Bait II : Cajun Justice parvient à contenter ceux qui avaient aimé le premier volet et l’audience plus contemporaine qui demandait alors une violence plus frontale. Cette séquelle propose son lot de scènes un peu cucul la praline avec ce couple d’amoureux qui batifolent dans les marais, qui baisent, qui pêchent, qui rebaisent, qui tirent à la carabine, qui baisent encore, qui font du bateau et qui ont bien mérité de baiser après une dure journée. Comme pour le premier opus, le problème de ‘Gator Bait 2 est son absence de rythme et sa succession de vignettes alignées les unes derrière les autres pour en faire un long métrage. Malgré tout, on ne s’ennuie pas. La Vengeance de la femme au serpent se permet même d’être un film Bis plus dégénéré et déviant, plus axé sur les us et coutumes du coin, à l’instar de la séquence du mariage en début du film, variation démunie de celle du premier Parrain.

Ferd et Beverly Sebastian profitent des courbes généreuses de leur comédienne principale en la filmant sous tous les angles, en prenant le temps de la montrer (longtemps) dans son bain, dehors, sur le ponton, devant les yeux affamés de quelques rednecks qui se lèchent les babines. Puis vient la scène où Angélique se voit humiliée par cette bande de cinglés, qui profitent de l’absence de son mari pour abuser d’elle. Puis, ils l’enlèvent, l’attachent comme une bête à un piqué et finissent par la violer au cours d’une longue séquence que certains trouveront interminable. Angélique parvient ensuite à s’échapper, ce qui nous vaut encore quelques séquences en bateau à moteur comme dans le premier épisode, puis prépare sa vengeance après avoir enfilé un short en jean déchiré et trop petit pour ses hanches pleines, tout en ayant pris soin de ne pas boutonner son bustier.

Sans se cacher, Gator Bait 2 : Cajun Justice s’inspire d’une des séquences phares de Délivrance. Si le genre est largement dépassé, Ferd et Beverly Sebastian tirent encore sur la corde de la Hicksploitation, rappelons que Hick signifie péquenaud. Aujourd’hui, nous revoyons La Vengeance de la femme au serpent avec curiosité, tout en se rinçant l’oeil c’est vrai devant Jan Sebastian (qui a d’ailleurs voulu réaliser elle-même ses petites cascades et scènes agitées), avec ce même désir pervers et malgré tout divertissant typique du cinéma d’exploitation, de voir des individus malmenés par des bouseux à la gueule de porte-bonheur, pour ensuite apprécier de voir ces derniers se faire dézinguer à coup de calibre 12.

LE DVD

Artus Films ne manque pas d’idée et encore moins d’audace. L’éditeur lance la collection Rednecks ! Et pour ouvrir le bal, rien de mieux que La Vengeance de la femme au serpent (sorti le même jour que Les Marais de la haine), disponible en DVD dans un superbe slim Digipack au visuel affriolant avec Jan Sebastian. Le menu principal est fixe et musical.

Dans un premier temps, nous retrouvons le même module déjà présent sur l’édition DVD des Marais de la haine. Un bonus qui nous avait quelque peu laissé sceptiques concernant le « témoignage » de Beverly et Ferd Sebastian (12’), qui font ici la promo pour leur association destinée à sauver les chiens lévriers (qui aident également à la réhabilitation des prisonniers), tout en voulant apprendre à créer un « partenariat » avec Jésus, qui selon Ferd a entendu ses prières et l’a sauvé d’une mort imminente alors qu’il était tombé très gravement malade du coeur. Ferd avoue qu’il avait refusé que ses films, « violents et sexuels », ressortent au cinéma ou soient exploités en VHS et DVD, suite à cette expérience miraculeuse. Jusqu’à ce qu’il ait enfin trouvé la « paix intérieure », ou que l’argent venait à manquer, mais ça Ferd ne le dit pas.

Ensuite, l’éditeur a évidemment demandé à Maxime Lachaud de présenter à nouveau le titre « redneck » qui nous intéresse (27’). Comme pour l’exposé consacré aux Marais de la haine, l’auteur du livre Redneck movies : Ruralité et dégénérescence dans le cinéma américain (Rouge Profond, 2014), essayiste et journaliste français semble toujours aussi peu à l’aise devant la caméra, même s’il s’en sort mieux ici. Peut-être le sujet principal abordé, le viol dans le cinéma de la Hicksploitation, l’inspire plus. Maxime Lachaud donne également quelques informations sur le tournage de La Vengeance de la femme au serpent, les réalisateurs et le casting. Si l’ensemble manque de rythme, on y trouve les informations qu’on espérait y glaner, donc le bilan est positif.

Suite et fin du « making of », qui n’en est pas un, dont la première partie est disponible sur le DVD des Marais de la haine, autrement dit l’entretien avec les deux réalisateurs, réalisé en 2012 (14’). Confortablement assis, le couple Sebastian, Beverly et Ferd, répondent aux questions envoyées par leurs fans. Les conditions de tournage sont abordées, les souvenirs s’enchaînent. Beverly explique que leur fils Tracy a repris son rôle des Marais de la haine, même s’il était difficile d’expliquer pourquoi le personnage, muet dans le premier film, parle désormais dans le second. Ferd explique comment certaines séquences ont été tournées, comme celle du mariage, reconstitué pour les besoins du film avec des habitants du cru, dans l’optique d’être le plus authentique possible.

L’interactivité se clôt sur un spot vidéo de trente secondes et le film-annonce qui raconte tout le film !

L’Image et le son

Réalisé près de quinze ans après Les Marais de la haine, La Vengeance de la femme au serpent nous parvient dans un master plus propre, même si le piqué est ici complètement émoussé. L’image est stable, le grain conservé, tout comme les partis pris qui reflètent les pauvres conditions de tournage. Il n’est pas rare d’avoir quelques plans flous ou que la colorimétrie varie au cours d’une même séquence. Le format 1.37 est respecté.

N’hésitez pas à sélectionner la version française, au doublage particulièrement gratiné. Par contre, ce que vous gagnerez en « cachet Bis », vous y perdrez en ambiances annexes. Nettement moins dynamique que la piste anglaise, la VF est quand même très amusante, surtout quand les doubleurs s’en donnent à coeur joie dans les insanités. La version originale semble plus homogène, en dépit de dialogues parfois sourds.

Crédits images : © Artus Films /  Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr