Test Blu-ray / La Planète sauvage, réalisé par René Laloux

LA PLANÈTE SAUVAGE réalisé par René Laloux, disponible en DVD et Blu-ray le 7 juin 2017 chez ARTE Editions

Acteurs : Jennifer Drake, Sylvie Lenoir, Jean Topart, Jean Valmont, Michèle Chahant, Yves Barsacq, Gérard Hernandez, Claude Joseph…

Scénario : Roland Topor, René Laloux d’après le roman Oms en série de Stefan Wul

Photographie : Boris Baromykin, Lubomir Rejthar

Musique : Alain Goraguer

Durée : 1h12

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Sur la planète Ygam, vivent des androïdes géants appelés les Draags. Ils élèvent de minuscules êtres humains qu’ils surnomment Oms. Mais un jour, l’Om de la jeune Tiwa se révèle plus intelligent et va déclencher une révolte…

La Planète sauvage est un film culte, un chef d’oeuvre de l’animation qui marque une étape primordiale dans le cinéma y compris dans le genre de la science-fiction. Librement inspiré du roman Oms en série de Stefan Wul publié en 1957, La Planète sauvage est l’aboutissement de la rencontre et du travail en commun du réalisateur, dessinateur, peintre et sculpteur René Laloux (1929-2004) et de Roland Topor (1938-1997), illustrateur, peintre, dessinateur, poète, écrivain, chansonnier, cinéaste, acteur, metteur en scène et scénariste. Les deux amis et collaborateurs signent l’histoire en commun, tandis que Roland Topor s’occupe seul des dessins et des illustrations. Prix spécial du jury à Cannes en 1973 et Prix Saint-Michel à Bruxelles en 1974, immense succès critique et public (plus de 800.000 entrées en France), La Planète sauvage est l’un des rares longs métrages d’animation français (pour adulte) à obtenir une reconnaissance internationale.

Réalisé à partir de 1969 dans les studios d’animation Jiří Trnka de Krátký Film à Prague – mais interrompu de 1968 à 1971 en raison du printemps de Prague –  pour des questions de budget et de technique, à partir de la technique dite du papier découpé, le film de Laloux/Topor demeure un véritable OVNI près de 45 ans après sa conception, de par son récit, mais également par ses images insolites. Les Draags, êtres humanoïdes bleus et aux yeux rouges mesurant douze mètres de haut, vivent sur une planète étrange, Ygam, à l’extravagante végétation. Leur existence s’écoule lentement, tout entière tournée vers la méditation. Ils ont recueilli le minuscule peuple des Oms, qu’une catastrophe a chassé de la lointaine planète dévastée Terra. Les adolescents Draags privilégiés ont le droit d’élever des Oms comme de minuscules animaux domestiques, qu’ils tentent d’élever et de promener en laisse. C’est ainsi que Tina chérit sa petite mascotte, Terr, et le laisse profiter des leçons que lui dispensent ses écouteurs. Terr devient ainsi fort savant. Les dirigeants des Draags s’aperçoivent tardivement de l’intelligence des Oms et constatent leur rigoureuse organisation. Pressentant une menace, ils décident d’en finir une bonne fois pour toutes avec leurs petits hôtes désormais considérés comme nuisibles. Mais rien ne va se passer comme prévu et Terr, devenu adolescent et bientôt un véritable adulte, parvient à s’évader puis, nourri de la connaissance des Draags, va devenir le leader de la révolution des Oms sauvages contre le peuple Draag.

Laloux et Topor mettent tous leurs sujets de prédilection dans La Planète sauvage, le film étant ainsi nourri d’une forte croyance en l’homme, mais redoutablement pessimiste comme l’avait déjà démontré leur premier court-métrage Les Temps morts réalisé en 1964. Merveille visuelle, La Planète sauvage agit comme une véritable séance d’hypnose avec ses images uniques, inquiétantes et même cauchemardesques (le prologue en aura traumatisé plus d’un) qui rappelle Les Escargots, réalisé par le duo en 1965, son ton inclassable, la beauté incommensurable des décors (et de la faune) et de la musique pop électro expérimentale d’Alain Goraguer.

Viscéralement poétique et philosophique, mais aussi trip psychédélique, le film de Laloux/Topor fait appel à tous les sens des spectateurs, en flattant à la fois leurs yeux et leur pensée avec une réflexion aussi virtuose qu’insondable et foisonnante sur la nature humaine, la société, l’émancipation par la connaissance, le libre-arbitre, les régimes totalitaires, la tolérance, l’esprit critique et le droit à la différence. Ambitieux, fascinant et envoûtant.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Planète sauvage, disponible chez Arte Editions, ainsi que le livret de 12 pages René Laloux l’extra-terrestre écrit par Fabrice Blin, reposent dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est sobre, animé sur la superbe musique planante d’Alain Goraguer.

Hormis les extraits des longs-métrages Les Maîtres du temps et Gandahar, cette nouvelle édition HD reprend les mêmes suppléments déjà disponibles sur le DVD sorti en 2001 et le premier Blu-ray édité en 2009. A l’occasion de cette ressortie restaurée 2K, Arte Editions nous propose également un entretien inédit avec Laurent Valière, journaliste, auteur de Cinéma d’animation, la French Touch (Editions de La Martinière), qui revient sur la genèse de La Planète sauvage, sur l’évolution de l’animation en France à la fin des années 1960, sur les thèmes du film, sur le travail de René Laloux avec Roland Topor, sur l’adaptation du roman de Stefan Wul, sur la réalisation dans les studios de Prague, sa réception avec l’engouement de la critique et la récompense au Festival de Cannes en 1973.

Ne manquez pas la rencontre avec René Laloux réalisée en 2001 (26’), durant laquelle le réalisateur, dessinateur, peintre et sculpteur revient sur ses débuts, sur la genèse et la conception des Dents du singe, Les Temps morts, Les Escargots et bien sûr de La Planète sauvage et de Gandahar avec quelques extraits à l’appui. Avec son célèbre franc-parler, René Laloux est visiblement très heureux de partager ses souvenirs liés à sa collaboration avec Roland Topor. Parallèlement, le producteur André Vallio-Cavaglione intervient aussi sur les conditions de tournage des Escargots et de La Planète sauvage.

Véritables trésors à part entière, les trois magnifiques courts-métrages de René Laloux, Les Dents du singe, Les Temps morts et Les Escargots sont également disponibles sur cette édition.

Les Dents du singe (13’, 1960) : C’est l’histoire d’un homme qui va chez le dentiste pour se faire arracher une dent mais qui ignore que le dentiste vole les dents des pauvres pour les donner aux riches. Réalisé pour Les Films Paul Grimault, Les Dents du singe est le premier film professionnel de René Laloux, animé en papier découpé sur une histoire écrite par les patients de la clinique psychiatrique de La Borde à Cour-Cheverny, où il exerce alors l’art thérapie depuis 1956 à travers des ateliers de peinture, de marionnettes et d’ombres chinoises.

Les Temps morts (10’, 1964) : Suite de séquences en prise de vue réelles ou en animation accompagnées d’un texte de Jacques Sternberg dit par Roland Dubillard. Ce film pessimiste et très sombre, réalisé en N&B, première collaboration entre René Laloux et Roland Topor, avec Alain Goraguer à la musique, dénonce l’appétit de mort de l’humanité et le cercle vicieux de la violence, qui mène de la brutalité à la guerre et au crime, pour finir par la peine de mort. Certaines images, notamment de véritables décapitations, peuvent heurter la sensibilité de certains spectateurs.

Les Escargots (10’, 1965) : Alors qu’un paysan vient enfin de trouver un remède contre la sécheresse pour faire pousser ses salades, un pays est progressivement envahi par des escargots géants. En apparence inoffensifs, ils se révèlent carnivores et particulièrement sournois. Rien ne semble pouvoir leur résister. Extraordinaire court-métrage fantastique, réalisé par René Laloux sur des dessins de Roland Topor, Les Escargots est reconnu dans le monde entier comme un des meilleurs films d’animation de tous les temps, largement récompensé, notamment par le Grand Prix du Festival d’animation de Mamaia, le Grand Prix des rencontres cinématographiques de Prades, le Prix spécial du jury du Festival de Carcovie et le Prix spécial du jury du film de science-fiction de Trieste.

L’interactivité se clôt sur une galerie de dessins originaux, préparatoires et concepts rejetés de Roland Topor réalisés pour La Planète sauvage, ainsi qu’une galerie de peintures de René Laloux.

L’Image et le son

Déjà disponible en Haute-Définition depuis 2009, La Planète sauvage revient une fois de plus chez ARTE Editions, mais cette fois dans une version restaurée 2K par Eclair/Groupe Ymagis en 2016, à partir du négatif original et de l’interpositif pour certaines séquences. Cette nouvelle version du film de René Laloux est sans aucun doute l’édition définitive de ce chef d’oeuvre. Les couleurs pastel possèdent un nouvel éclat, les poussières qui pouvaient subsister ont ici disparu, la stabilité est de mise, le trait est affiné et le film retrouve une nouvelle jeunesse pour ainsi être découvert par une nouvelle génération de spectateurs, tout en offrant aux cinéphiles un confort de visionnage inédit. Si le DVD et le premier Blu-ray n’étaient franchement pas honteux, ce Blu-ray au format 1080p en met discrètement plein la vue et surpasse les précédents travaux d’ARTE Editions, tout en respectant les partis pris originaux dont le grain argentique et les quelques défauts liés aux conditions de tournage.

Rien à redire concernant l’unique piste audio DTS HD Master Audio Stéréo, d’une fluidité et d’une propreté absolues, sans saturation ni craquements et encore moins de souffle intempestif. La musique d’Alain Goraguen est ici délivrée avec ardeur, tout comme les bruitages et la narration. Les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont disponibles.

Crédits images : © Les Films Armorial / Argos Films / ARTE France Développement / Les Dents du singe : Successions Laloux – Jean Oury – Félix Guattari / Les Temps morts : Successions Laloux / Topor / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Pour en savoir plus : http://boutique.arte.tv/f11841-planete_sauvage_version_restauree