Test Blu-ray / Chansons du deuxième étage, réalisé par Roy Andersson

CHANSONS DU DEUXIEME ETAGE (Sånger från andra våningen) réalisé par Roy Andersson, disponible en Blu-ray le 6 décembre 2016 chez Potemkine Films

Acteurs : Lars Nordh, Stefan Larsson, Tommy Johansson, Jöran Mueller, Torbjörn Fahlström

Scénario : Roy Andersson

Photographie : István Borbás, Jesper Klevenås

Musique : Benny Andersson

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2000

LE FILM

Un soir quelque part dans notre hémisphère, une série d’événements étranges s’enchaînent sans logique apparente : un employé est licencié de façon humiliante, un immigré est violemment agressé dans la rue… Parmi ces personnages singuliers se détache Karl, au visage couvert de cendres. Il vient de mettre le feu à son magasin de meubles afin de toucher la prime d’assurance. Cette nuit-là, personne ne parvient à trouver le sommeil. Le lendemain, les signes d’un chaos imminent commencent à apparaitre. Karl prend conscience de l’absurdité du monde et combien il est dur d’être humain.

A ce jour, le cinéaste suédois Roy Andersson compte à son actif cinq longs métrages depuis ses débuts en 1970 avec le très remarqué Une histoire d’amour suédoise (Grand Prix du Festival de Berlin 1970), qu’il autofinance grâce à ses spots publicitaires. Ingmar Bergman le considérait d’ailleurs comme le plus grand réalisateur dans ce domaine. Pourtant, son travail dans le cinéma est tout aussi indispensable. 

Sorti en 2000, Chansons du deuxième étage marque le retour de Roy Andersson au cinéma, 25 ans après son deuxième long métrage réalisé en 1975, Giliap. C’est aussi le premier volet de la « Trilogie des Vivants ou comment être un être humain ». Alors que le soir tombe, une grande ville de l’hémisphère Nord devient le théâtre d’événements plus ou moins bizarres, parfois cruels, souvent inquiétants. Un vieil homme qui vient d’être licencié s’accroche désespérément aux pieds de son patron, sous les regards presque indifférents de ses collègues. Un immigré est tabassé en pleine rue, sans raison apparente, par des loubards aux allures de gentlemen. Un magicien qui devait «couper» un homme en deux rate son tour. Un homme visiblement épuisé met le feu à sa propre boutique dans le but de toucher l’assurance. Désormais sans travail, il erre dans les rues de la ville, paralysée par des embouteillages monstres…

Prix du Jury au Festival de Cannes en 2000, Chansons du deuxième étage installe ce qui sera désormais le style Andersson : succession de cadrages fixes, en grand angle et en une quarantaine de longs plans-séquences sophistiqués tournés en studio dans des décors stylisés, qui s’apparentent à des tableaux vivants. Andersson travaille comme un peintre et utilise sa caméra comme un pinceau. Il recherche constamment le plan parfait, tout comme la profondeur de champ et la perspective. Pas étonnant que le tournage de Chansons du deuxième étage se soit étendu sur quatre années ! Roy Andersson a pour habitude de ne jamais utiliser de scénario, ni de se reposer sur un planning de tournage. Le réalisateur préfère élaborer et peaufiner les scènes au fil de nombreuses répétitions, avec l’aide de ses comédiens, la plupart du temps non-professionnels, préférant les «gens authentiques et qui ont une véritable présence à l’écran». Ces délais hors-normes de production, sans compter le manque d’argent qui a occasionné plusieurs arrêts des prises de vue, font la marque de fabrique de Roy Andersson. Chaque couche doit être visible, du premier au dernier plan.

A l’instar des deux volets suivants, Nous, les vivants (2007) et Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence (Lion d’or à la Mostra de Venise 2014), les œuvres des peintres allemands Otto Dix et Georg Scholz ont influencé le cadre et l’atmosphère : le visage des comédiens est blafard et fardé ; les couleurs sont ternes et désaturées ; l’ambiance est froide, parfois glaciale, et lugubre ; l’humour noir ironique et ravageur prédomine, même quand la mort est présente. Une fois ces partis pris acceptés par le spectateur, l’ensemble respire, vit, nous touche et une mélancolie transpire à chaque plan.

En outre, cet humour burlesque et poétique, que n’auraient pas renié Jacques Tati, Eugène Ionesco ou Pierre Etaix, naît de cette bizarrerie finalement quotidienne, alors que le monde semble être au bord du chaos. Roy Andersson est un humaniste, même s’il est réputé comme un artisan acharné, parfois tyrannique, lorsqu’il lui faut obtenir ce qu’il estime être la perfection. Dans ce conte moral constitué d’une suite de sketchs, il s’intéresse à la confrontation des êtres, à leur conversation ou plutôt à l’absence de communication, voire au dialogue de sourds. Mais il croit en cette interaction, au bonheur et au rire.

Le style singulier de Roy Andersson met ainsi en relief l’absurdité de la vie, de la solitude, des désirs inassouvis et du manque d’amour dans un monde quasi incolore, funèbre et déprimant. Malgré tout, l’espoir de s’en sortir, de trouver l’interlocuteur et de penser que demain sera un autre jour, ne cessent de démentir toutes ces premières impressions. Chansons du deuxième étage est un bijou froid totalement inclassable qui trouve dès lors le moyen de réchauffer le cœur tout en incitant à la réflexion.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Chansons du deuxième étage, disponible chez Potemkine, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

En 2001, Arte Vidéo avait édité Chansons du deuxième étage en DVD. Une galette qui comprenait moult suppléments : un commentaire audio du réalisateur, un documentaire sur le réalisateur : « Obsessions du deuxième étage », deux courts-métrages Monde de gloire et Quelque chose est arrivé, un making of, des scènes inédites, des tests et une scène alternative. Si le film fait peau neuve en Haute-Définition chez Potemkine, les suppléments de l’ancienne édition ont tous disparu ! Il faut se contenter d’un rapide entretien avec Roy Andersson (4’) durant lequel le cinéaste évoque l’humour particulier du film, l’envie de surprendre les spectateurs, le travail avec les acteurs non-professionnels.

Nous trouvons également deux publicités réalisées (en plan-séquence) par Roy Andersson, la première pour Trygg Hansa, une société d’assurance (44 secondes), le second pour HSB, une coopérative immobilière (30 secondes).

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p. Les rares scènes diurnes tournées en extérieur s’accompagnent d’un piqué aussi pointilleux que possible. La photo particulière est ici conforme aux souhaits du réalisateur, les contrastes sont aléatoires, les noirs denses, les teintes bleutées, froides, grisâtres et vertes sont merveilleusement mises en valeur. La copie est très propre et parvient à tirer quelques avantages de la Haute-Définition.

L’éditeur dispose d’un mixage suédois DTS-HD Master Audio 5.1. La piste ne déçoit pas par son envergure et son entrain, tant au niveau de la délivrance des dialogues que des effets latéraux. La balance frontale est riche et plonge facilement le spectateur dans l’ambiance surprenante du film.

Crédits images : © Potemkine Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Kids in love, réalisé par Chris Foggin

KIDS IN LOVE réalisé par Chris Foggin, disponible en DVD le 18 janvier 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : Will Poulter, Alma Jodorowsky, Cara Delevingne, Sebastian De Souza, Preston Thompson, Jamie Blackley, Pip Torrens, Geraldine Somerville

Scénario : Sebastian De Souza, Preston Thompson

Photographie : Dirk Nel

Musique : Rael Jones

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Refusant de suivre le chemin tout tracé par ses parents, Jack voit ses repères chamboulés lorsqu’il rencontre la belle Evelyn. À ses côtés, il va s’immerger dans l’univers des soirées sélectives de la scène londonienne, suivant ses nouveaux amis, dont la pétillante Viola. Dans ce quotidien tourbillonnant, de fêtes en festivals, à l’aube de l’âge adulte, Jack va devoir déterminer qui il est, et, surtout, qui il veut devenir.

Il y a des petits films, sortis en catimini, dont nous n’attendions rien, qui ne révolutionneront pas le cinéma certes, mais qui méritent d’être vus au moins une fois. Kids in love ne laissera pas un grand souvenir, mais s’avère une très agréable comédie romantique destinée aux jeunes spectateurs. Tourné durant l’été 2013 pendant quatre petites semaines, à Londres, avec notamment le carnaval de Notting Hill en fond et le quartier de Soho, Kids in love ne propose pas une amourette vulgaire ou bas de plafond, mais s’avère mature, mélancolique, avec des personnages très attachants et réalistes.

Chris Foggin, jeune réalisateur né en 1985, signe ici son premier long métrage après avoir fait ses classes en tant que troisième assistant sur des films aussi divers que W.E. de Madonna (2011), le magnifique Deep Blue Sea de Terence Davies (2011), My Week with Marilyn de Simon Curtis (2011) et Le Dernier pub avant la fin du monde d’Edgar Wright (2013). Après quelques courts métrages, il décide d’adapter un scénario écrit par ses amis Sebastian De Souza et Preston Thompson, qui se sont également réservés les rôles respectifs de Milo, le petit ami d’Evelyn, et de Cassius, le pote bon vivant. Au générique, si le nom de Will Poulter ne dira pas forcément grand-chose aux spectateurs, ils reconnaîtront immédiatement sa tête (et ses sourcils) s’ils ont vu Les Miller, une famille en herbe, dans lequel il jouait le simplet Kenny. Vu depuis dans Le Labyrinthe et The Revenant, prochainement chez David Michôd et Kathryn Bigelow (excusez du peu), il porte ici brillamment le film sur ses épaules. Il fait dire qu’il est aussi très bien accompagné, puisque l’objet de son affection n’est autre que la divine Alma Jodorowsky, petite-fille d’Alejandro Jodorowski, aperçue dans La Vie d’Adèle et Juillet août de Diastème. Notons également la participation de Cara Delevingne, dans un rôle très secondaire, mais dont le visage désormais connu (tous comme les sourcils elle aussi) aide aujourd’hui à la distribution de Kids in love.

Ce qui fait la qualité de Kids in love, c’est le portrait juste et mélancolique d’une génération, prise entre le monde adolescent qu’ils viennent de quitter et le monde adulte qu’ils ne savent pas comment aborder. Jack (Will Poulter) est admis à Bristol et pense étudier l’histoire et le droit, pour devenir avocat. Du moins c’est ce que ses parents envisagent pour lui. Mais avant cela il décide de s’offrir une année sabbatique avec un de ses potes d’enfance. C’est alors qu’il rencontre Evelyn, jeune parisienne qui suit ses études à Londres, mais qui préfère faire la fête, profiter de la nuit et de ses amis bohèmes. Troublé, Jack découvre qu’il peut devenir maître de propre vie et ne pas se laisser dicter ses choix, quitte à décevoir ses parents. En d’autres termes, Jack devient un adulte.

Si le film peut parfois être redondant quand Jack et ses nouveaux amis passent de fiesta en fiesta, Kids in love se révèle être un film tendre, bien écrit et interprété, qui révèle la sensibilité d’un nouveau réalisateur et de ses scénaristes. Un bon et sympathique divertissement pour résumer.

LE DVD

Le test du DVD de Kids in love, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Pour la sortie de ce DTV dans les bacs, l’éditeur a honteusement mis Cara Delevingne au centre de la jaquette, où elle prend d’ailleurs tout le verso ! Mention spéciale au verso qui stipule « Après La Face cachée de Margo, l’égérie Chanel et Burberry, Cara Delevingne, se dévoile à nouveau dans un rôel qui lui colle à la peau ». Will Poulter et Alma Jodorowski doivent se contenter d’une toute petite apparition sur les angles supérieurs. L’arnaque de l’année quoi. Le menu principal est animé et musical.

Les suppléments se résument à la bande-annonce du film.

L’Image et le son

Ce master offre des conditions de visionnage banales et sans esbroufe. La colorimétrie est plutôt bien agencée, aux teintes pastel, mais la définition demeure passable, même sur les quelques plans rapprochés. La clarté est de mise, les contrastes corrects, cependant le piqué manque de précision et certaines séquences apparaissent plus ternes que d’autres.

Kids in love n’est pas à proprement parler d’un film à effets, mais les pistes anglaise et française Dolby Digital 5.1 parviennent à distiller ici et là quelques ambiances. La plupart des séquences reposent sur les dialogues et les mixages se concentrent souvent sur les enceintes avant. Il ne faut pas vous attendre à des effets explosifs, la spatialisation est essentiellement musicale, les effets latéraux sont rares et le caisson de basses s’anime lors des scènes de fiesta. Les voix des comédiens sont ardentes en version originale, tout comme en français, même si cette piste les met un peu trop à l’avant. Le confort acoustique est assuré tout du long. Même chose pour les deux pistes Stéréo. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé.

Crédits images : © Capelight pictures / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / L’Origine de la violence, réalisé par Elie Chouraqui

L’ORIGINE DE LA VIOLENCE réalisé par Elie Chouraqui, disponible en DVD le 18 janvier 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : Richard Berry, Stanley Weber, César Chouraqui, Michel Bouquet, Miriam Stein, Catherine Samie, Romaine Cochet, Christine Citti

Scénario : Élie Chouraqui, d’après le roman L’Origine de la violence de Fabrice Humbert

Musique : Cyril Étienne des Rosaies, Romain Poncet

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Lors d’un voyage en Allemagne, un jeune professeur, Nathan Fabre, découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie.
De retour en France, le souvenir de cette photographie ne cesse de l’obséder. Face au silence de son père, il décide alors de se pencher sur l’histoire de sa propre famille. Les secrets qu’il y découvre bouleversent son existence.

À l’issue de sa quête, Nathan comprendra que le passé, même enfoui au plus profond des mémoires, finit toujours par ressurgir…

L’Origine de la violence est à la base un roman autobiographique de Fabrice Humbert, Prix Renaudot du livre de poche en 2010. Réalisateur éclectique, Elie Chouraqui (Paroles et Musique, Harrison’s Flowers) signe son retour au cinéma, sept ans après son dernier long métrage, Celle que j’aime. A travers cette histoire pleine de lourds secrets liés à la guerre, le réalisateur, qui adapte lui-même le livre original, y trouve une résonance particulière liée à sa propre vie. Ce sujet lui permet surtout de mettre en scène un film pensé comme une œuvre somme, qui résume tous ses précédents longs métrages. Seulement voilà, si le sujet est fort et ne peut évidemment pas laisser indifférent, la réalisation s’avère très mauvaise et l’interprétation laisse franchement à désirer.

Vraisemblablement tourné avec peu de moyens, L’Origine de la violence peine à sortir d’un carcan télévisuel avec des couleurs ternes, des acteurs neurasthéniques, une reconstitution fauchée, surtout en ce qui concerne les séquences dans le camp de concentration de Buchenwald, tournées réellement sur place. Du coup, même si l’histoire demeure intéressante et pleine de rebondissements tout du long, on peine à aller jusqu’au bout. Pourtant, Elie Chouraqui n’est pas un débutant, mais L’Origine de la violence frôle trop souvent l’amateurisme. Si Richard Berry et Michel Bouquet (qui remplaçait alors Michel Galabru) s’en sortent sans mal, Stanley Weber, découvert dans Le Premier Jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon, demeure bien fade et campe un personnage peu attachant. César Chouraqui, fils du réalisateur, se voit également confier l’un des rôles principaux, un double-rôle en fait, dont il s’acquitte honorablement. Le poids du secret, la transmission, les amours contrariées et détruites par la guerre, la jalousie, la violence comme héritage génétique, la Shoah, le devoir de mémoire, la quête identitaire, comment profiter du présent si nous ne connaissons pas le passé, tous ces sujets sont abordés avec retenue, sans doute trop, tandis que la pauvreté technique finit par avoir raison de notre patience.

Tout le côté fiction-romanesque ne fonctionne pour ainsi dire jamais et s’avère extrêmement maladroit, embarrassant même, surtout ce qui concerne le passé et le présent qui s’entremêlent de façon artificielle et scolaire. Nous ne remettons pas en doute la sincérité et la sensibilité du cinéaste, c’est juste qu’Elie Chouraqui aurait dû bénéficier de plus de moyens pour aborder ce voyage au pays de la mémoire puisque l’on sent le metteur en scène trop restreint dans ses ambitions, ou tout simplement dépassé par l’envergure de ce projet. L’émotion est palpable, mais l’ensemble demeure trop froid, trop figé, académique, ronflant et laborieux pour réellement convaincre, surtout lorsque la musique fait office de sirop d’érable – même s’il s’agit de la 7ème symphonie de Beethoven – pour appuyer l’émotion.

LE DVD

Le test du DVD de L’Origine de la violence, a été réalisé à partir d’un check-disc. Pour la sortie du film dans les bacs, M6 Vidéo n’a pas repris le beau visuel de l’affiche du film et a préféré miser sur une jaquette plus conventionnelle, mais néanmoins attractive. Le menu principal est animé et musical.

Nous ne trouvons que la bande-annonce en guise d’interactivité.

L’Image et le son

Le transfert est lambda, propre, mais passe-partout. L’image est lisse est sans aspérité, les couleurs ternes tout du long, les contrastes corrects et les noirs denses. La compression tente de limiter les fourmillements, parfois avec du mal, le piqué déçoit, les détails manquent à l’appel. Tout cela est bien triste.

La piste Dolby Digital 5.1 spatialise correctement la musique du film, mais peine à donner un peu de vigueur aux dialogues, bien trop timides sur la centrale. N’hésitez pas à monter le son, ou tout simplement à sélectionner la version Stéréo, bien plus dynamique et percutante. Mauvais point : l’absence de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant !

Crédits images : © L’Origine Productions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Divines, réalisé par Houda Benyamina

DIVINES réalisé par Houda Benyamina, disponible en DVD et Blu-ray le 3 janvier 2017 chez Diaphana

Acteurs : Oulaya Amamra, Kevin Mischel, Jisca Kalvanda, Farid Larbi, Déborah Lukumuena, Yasin Houicha

Scénario : Houda Benyamina, Romain Compingt, Malik Rumeau

Photographie : Julien Poupard

Musique : Demusmaker

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

C’est le choc du Festival de Cannes 2016. Le petit film que personne n’attendait et qui pourtant a créé un raz-de-marée auprès de la critique, quasi-unanime et des spectateurs. Récompensé par la Caméra d’or, trophée destiné à un premier film, Divine est le premier long métrage de la réalisatrice Houda Benyamina. L’action se déroule en banlieue parisienne. La jeune Dounia suit des cours pour devenir hôtesse d’accueil, mais envoie balader sa prof après l’avoir humilié devant toute sa classe. Elle ne rêve que de liberté, de respect et de pouvoir, que seul l’argent pourrait lui offrir. Aux côtés de sa meilleure amie Maimouna, elle souhaite proposer ses services auprès de Rebecca, la dealeuse charismatique du quartier, que ceux de son âge envient, Dounia la première. Son rêve de partir du camp de roms où elle vit avec sa mère semble à portée de main. Elle rencontre alors Djigui, le vigile du supermarché qu’elle aime charrier, jusqu’à ce qu’elle apprenne que ce beau jeune homme, rêve lui aussi de s’en sortir en devenant danseur professionnel.

A l’origine de Divines, il y a les émeutes qui ont agité la banlieue parisienne en 2005. La réalisatrice explique “Mon besoin de créer vient toujours d’un sentiment d’injustice. J’ai raisonné mes proches, mais j’avais moi aussi envie de sortir et de tout défoncer. Je me suis ensuite demandé pourquoi cette colère n’avait pas abouti à une véritable révolte”. Femme engagée, « mais pas révoltée », Houda Benyamina signe un premier film choc, qui ne peut laisser indifférent. Divines, dont le titre était à l’origine Bâtarde, est littéralement porté par le tempérament volcanique de la cinéaste, mais également par le naturel confondant des comédiens, Oulaya Amamra, la propre sœur de la réalisatrice, qui incarne Dounia, Déborah Lukumuena (Maimouna), Jisca Kalvanda (Rebecca) et Kevin Mischel (Djigui).

Si Divines n’échappe pas à certains défauts souvent liés à un premier long métrage, à savoir un trop-plein d’idées pas forcément toutes exploitées, quelques égarements, un désir d’en mettre plein la vue à travers une démonstration technique qui prend le pas sur l’émotion, une hystérie peu contrôlée (bien que contagieuse), Divines est un film extrêmement généreux, qui ne s’adresse pas une communauté, mais qui a le désir de toucher tous les spectateurs de tout âge, voulu avant tout comme une histoire d’amour et d’amitié, thèmes universels par excellence. Ici, ce sont quatre destins qui s’imbriquent, qui se confrontent, qui se repoussent, qui s’attirent sans cesse.

Divines est également un roman d’apprentissage, une éducation sentimentale, mais aussi un thriller, même si le film manque de conviction durant cette partie où Dounia tente de piéger un mec plein aux as, afin de lui voler son argent pour le compte de Rebecca. Ce qui n’empêche pas Divines d’être parfois violent, de mettre mal à l’aise, de bousculer (la fin tragique n’est pas sans évoquer celle du Parrain III), tout en faisant réfléchir et en divertissant les spectateurs. En ce sens, Houda Benyamina se rapproche du cinéma d’Abdellatif Kechiche, pas une mince référence. Une première œuvre riche, libre, souvent puissante, sombre, non dénuée d’humour et qui reste en tête bien après la fin de la projection. Une belle réussite, qui s’avère au final bien plus réussi que Bande de filles de Céline Sciamma auquel on pense forcément vu le sujet, le contexte et les personnages principaux.

Réalisé avec un budget de 2 millions d’euros, Divines, d’ores et déjà nommé sept fois à la prochaine cérémonie des César, a attiré plus de 300.000 spectateurs dans les salles.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Divines, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

La section des suppléments propose tout d’abord quatre entretiens. Dans chaque interview nous retrouvons la réalisatrice Houda Benyamina. Elle est ainsi accompagnée de son coscénariste Romain Compingt (11’), puis de la scripte Julie Darfeuil (11’), de ses deux monteurs (8’) et enfin de son superviseur musical et compositeur (10’). Chaque aspect technique du film est posément abordé, mais également la genèse du film, l’écriture et l’évolution du scénario, la création des personnages, le travail avec les comédiens, les thèmes abordés, la recherche de la structure du film, le rythme, les décors. Un commentaire audio n’aurait pas été de trop tant l’équipe s’avère prolixe et surtout passionnante à écouter.

S’ensuivent quatre petites scènes coupées (7’), vraiment pas mal du tout, même si rien n’indique la raison de leur éviction au montage final. On y voit Dounia s’exercer à la boxe, Dounia qui imite une chanteuse de gospel, Dounia et Djigui déambuler dans le magasin avec des cagoules Aristochats, et une scène plus longue des deux personnages partagés entre la danse et le combat qui mène finalement au premier baiser.

Un tout petit making of (7’), compile des images du tournage avec la réalisatrice à l’oeuvre avec ses comédiens, quelques propos de l’équipe, puis la présentation de Divines au Festival de Cannes.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et les credits.

L’Image et le son

Diaphana livre une édition HD de Divines de très grande classe et même irréprochable. Full HD (1080p), cette édition restitue les superbes couleurs de la photo signée Julien Poupard (Voie rapide, Party girl, Les Ogres) qui fait la part belle aux teintes chatoyantes, parfois ambrées, le piqué est acéré, les détails abondants sur le cadre large et les contrastes tranchants. La luminosité des scènes diurnes flatte constamment la rétine, le relief est omniprésent.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 est immédiatement immersif et permet au spectateur de plonger dans le monde de Divines avec une musique percutante sur les enceintes latérales. Les voix sont d’une précision sans failles sur la centrale, la balance frontale est constamment soutenue, la composition spatialisée de bout en bout. La piste Stéréo devrait satisfaire ceux qui ne seraient pas équipés sur les enceintes arrière.

L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Diaphana / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Voir du pays, réalisé par Delphine Coulin et Muriel Coulin

VOIR DU PAYS réalisé par Delphine et Muriel Coulin, disponible en DVD le 10 janvier 2017 chez Diaphana

Acteurs : Soko, Ariane Labed, Ginger Romàn, Karim Leklou, Andreas Konstantinou, Makis Papadimitriouw…

Scénario : Delphine Coulin, Muriel Coulin d’après le roman de Delphine Coulin

Photographie : Jean-Louis Vialard

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre ». Mais on ne se libère pas de la violence si facilement…

Depuis 17 filles, prix Michel-d’Ornano au Festival de Deauville en 2011, on attendait le retour de Delphine et Muriel Coulin derrière la caméra. Leur deuxième long métrage, Voir du pays est adapté du propre roman de Delphine Coulin et narre le retour d’Afghanistan de deux jeunes militaires françaises, interprétées par Soko et Ariane Labed. Mais avant d’être « relâchées », elles doivent comme leurs camarades passer dans un « sas de décompression », autrement dit un programme supposé leur apprendre à se détendre avant de retourner à la vie civile, si toutefois le retour à la vie normal s’avère possible.

Depuis 2008, les soldats français revenant du front sont ainsi accueillis dans un hôtel cinq étoiles à Chypre. Dans un cadre de carte postale, ces soldats sont soumis à des entretiens avec des psychologues, des cours d’aquagym, de relaxation, des sorties en bateau, mais aussi des tests et thérapies de groupes durant lesquels ils arborent des lunettes projetant en trois dimensions une reconstitution d’événements survenus qui ont pu les traumatiser. Pendant leur confession, un scientifique reconstitue en direct certains assauts dont ils ont les témoins, les acteurs et même les victimes au cours de ces six derniers mois. Si le terrain change du tout au tout, les soldats, programmés, demeurent sur le qui-vive et les réflexes conditionnés ne peuvent s’éteindre en un claquement de doigt. Chaque personnage porte en lui un trauma et apprend à vivre avec. Soko (A l’origine, Augustine, La Danseuse) et Ariane Labed (Une place sur la terre, Fidelio, l’odyssée d’Alice, The Lobster) sont remarquables et campent deux jeunes femmes venant de Lorient, deux amies, Marine et Aurore, entre 25 et 30 ans, qui doivent s’imposer face à leurs camarades de sexe masculin, constamment moquées et souvent menacées. En filigrane, le film interroge sur les raisons qui poussent une femme à partir à la guerre, mais aussi pourquoi est-ce toujours étrange et singulier de voir des jeunes femmes s’engager pour affronter un monde violent habituellement “réservé” aux hommes.

Si la dernière partie s’avère plus classique, Voir du pays vaut non seulement pour l’originalité de son sujet, pas ou peu abordé au cinéma, mais aussi et surtout pour la puissance du jeu de ses deux comédiennes principales, vibrantes et magnétiques, très investies (elles ont d’ailleurs suivi un entraînement militaire avec une coach qui a participé aux vrais sas avant de quitter l’armée), définitivement lancées. Voir du pays, titre ironique sur la promesse de dépaysement faite aux soldats qui souhaiteraient s’engager et qui finalement restent la plupart du temps confinés une fois arrivés sur le terrain, est une œuvre difficile, mais frontale, juste, sèche, documentée et surtout passionnante avec ce décor luminescent qui contraste avec la noirceur des témoignages des soldats. Projeté au Festival de Cannes 2016 dans la sélection Un certain regard, Voir du pays obtient le prix du meilleur scénario.

LE DVD

Le test du DVD de Voir du pays, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une des séquences du film.

Les suppléments sont malheureusement un peu limités. Les essais des comédiens (8’), Sylvain Loreau, tout d’abord seul puis rejoint ensuite par Karim Leklou et Alexis Manenti demeurent facultatifs.

En revanche, les séquences laissées sur le banc de montage (8’), au nombre de trois, sont un peu plus intéressantes, d’autant plus qu’elles sont introduites par un carton indiquant la raison de leur éviction. La première prolonge la fin en montrant les soldats accueillis par leur famille à l’aéroport. Les réalisatrices ont finalement préféré rester dans cet objectif du sas, en préservant la vie privée de leurs deux personnages. S’ensuivent quelques images d’un groupe de soldats en plein entrainement, parmi lesquels Soko. La troisième montre une scène de « détente » où toute la section se retrouve à chanter Gaby oh Gaby d’Alain Bashung lors d’un karaoké organisé par l’hôtel.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Comme d’habitude, Diaphana soigne le service après-vente. Si Voir du pays ne bénéficie pas d’une édition Haute-Définition, l’image du DVD est pour ainsi dire quasi-exemplaire. Les contrastes sont d’une densité rarement démentie, à part peut-être durant les séquences sombres où l’image paraît plus douce. Le reste du temps, la clarté demeure frappante, le piqué est affûté, les nombreux gros plans détaillés et la colorimétrie marquée par les décors naturels ocres et le bleu pastel du ciel reste chatoyante. Les détails sont légion aux quatre coins du cadre large et la copie restitue les partis pris esthétiques de la photo signée Jean-Louis Vialard, chef opérateur talentueux ayant officié chez Apichatpong Weerasethakul (Tropical Malady), Christophe Honoré (Dans Paris) et sur le premier film des soeurs Coulin.

Les pistes habituelles stéréo et DD 5.1 offrent un large confort suffisant pour un film de cet acabit. Le deuxième mixage est à privilégier en raison d’une spatialisation très convaincante et une délivrance des dialogues dynamique. Les ambiances naturelles ne sont pas oubliées tout comme le beau soutien des basses qui interviennent aux moments opportuns comme lors de la scène en boîte de nuit. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Jérôme Prébois – Archipel 35 / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Frantz, réalisé par François Ozon

FRANTZ réalisé par François Ozon, disponible en DVD et Blu-ray le 18 janvier 2017 chez France Télévisions Distribution

Acteurs : Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner, Marie Gruber, Anton von Lucke, Johann von Bülow…

Scénario : François Ozon, Philippe Piazzo

Photographie : Pascal Marti

Musique : Philippe Rombi

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville.

L’éclectique, prolifique et inclassable François Ozon est de retour avec Frantz. Avec cette œuvre troublante, mélancolique, dense, ambiguë, complexe, provocante et déstabilisante, seizième film du cinéaste en 18 ans, François Ozon signe un mélodrame librement inspiré d’une pièce de Maurice Rostand publiée en 1930, L’Homme que j’ai tué, déjà transposée au cinéma par Ernst Lubitsch avec Broken Lullaby (1932). Une fois n’est pas coutume, ce que l’on retient de Frantz est surtout sa forme. De ce point de vue, François Ozon a depuis longtemps acquis une indiscutable maturité. Sa mise en scène est pure, élégante, délicate, caressante, soulignée ici par la splendide photo N&B (parfois nappée de couleur quand la vie semble reprendre) du chef opérateur Pascal Marti (Une nouvelle amie, Roberto Succo). Sur le fond, Frantz demeure étrangement froid, même si l’immense sensibilité du réalisateur est indéniable. En jouant sur la musicalité de la langue, tantôt en allemand, tantôt en français, François Ozon en profite pour rendre hommage à l’un de ses cinéastes de chevet, Rainer Warner Fassbinder, lui-même auteur et metteur en scène très productif, pour ne pas dire boulimique.

Le cinéaste adopte ici le point de vue de la jeune veuve, Anna, merveilleusement incarnée par la jeune actrice allemande Paula Beer, vue dans The Dark Valley, western d’Andreas Prochaska, beauté magnétique et pleine de grâce qui vole la vedette à son partenaire Pierre Niney. Même si le César du meilleur espoir féminin lui tend les bras après avoir remporté le Prix Marcello-Mastroianni du Meilleur Espoir à la Mostra de Venise en 2016, on est également heureux de retrouver son partenaire dans un rôle sobre, loin de ses derniers égarements dans Un homme idéal et Five. Le N&B lui va bien et on sent le comédien très investi dans ce personnage pour lequel il a appris spécialement la langue allemande, le violon et la valse.

Même si Ozon a finalement conservé quelques séquences du film original qui s’attachent au soldat français, Frantz est avant tout le portrait d’une jeune femme, qui a perdu son fiancé sur le champ de bataille en France durant la Grande Guerre, qui doit apprendre à faire son deuil (tout comme les parents du défunt) alors qu’elle vient à peine de rentrer dans le monde adulte. Elle rencontre Adrien, un jeune français qui vient se recueillir sur la tombe (vide) de Frantz, l’homme avec qui elle devait se marier à son retour du front. Adrien rencontre les parents de Frantz et déclare être un ami très proche de leur fils, rencontré à Paris. Mais Adrien ne dit pas tout et Anna semble s’en apercevoir. Qui est-il ? Un amant de Frantz ? La deuxième partie, essentiellement axée sur le personnage d’Anna, reste moins « figée » quand celle-ci décide de se rendre en France afin de retrouver Adrien, personnage tourmenté et vieilli prématurément, traumatisé par ce qu’il a vécu dans les tranchées. Centré sur les non-dits, les secrets, le poids de la culpabilité et les mensonges, Frantz séduit mais pas immédiatement en raison de son aspect classique, rigide et même austère, mais qui obsède bien après le premier visionnage. La tristesse des personnages demeure, les regards et les respirations saccadées ne cessent de revenir en mémoire et donnent envie de s’y replonger. C’est aussi les pleurs de Paula Beer, la silhouette quasi-fantômatique et voûtée de Pierre Niney, tous ces éléments qui s’additionnent et bouleversent après coup.

Souvent inspiré par le cinéma d’Alfred Hitchcock, François Ozon en profite ici pour rendre un très bel hommage au maître du suspense, en l’occurrence VertigoSueurs froides, avec un tableau spécifique de Manet, Le Suicidé, devant lequel les personnages se perdent. Comme cette peinture qui semble hypnotiser ceux qui la regardent, Frantz est une œuvre à laquelle nous n’aurons de cesse de revenir pour essayer d’en percer tous les mystères, la poésie et la pudique émotion.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Frantz, disponible chez France Télévisions Distribution, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

C’est un peu chiche niveau bonus…on trouve tout d’abord un montage d’images tirées des essais costumes et lumière avec les comédiens. L’occasion d’admirer Paula Beer une fois de plus.

Quelques scènes coupées sans véritable intérêt – puisque rien n’indique la raison de leur éviction – sont ensuite proposées.

S’ensuivent une galerie d’affiches conceptuelles et un module filmé lors de la présentation de Frantz au Festival de Venise en 2016. Photocall, première du film et récompense pour Paula Beer lors de la cérémonie de clôture.

L’Image et le son

Pour son passage en Blu-ray, Frantz est proposé au format 1080p (AVC). L’image subjugue à plus d’un titre. Cette édition permet de voir ou de redécouvrir le film de François Ozon dans des conditions très soignées. La copie affiche d’emblée une propreté irréprochable ainsi qu’un N&B dense, lumineux et savamment contrasté et nuancé, y compris lors des rares passages en couleur. Les séquences en extérieur sont merveilleuses, le piqué est souvent acéré et les détails multiples. Le master HD est superbe et la profondeur de champ reste fort appréciable.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1. instaure un confort acoustique solide et en parfaite adéquation avec le film. La splendide musique de Philippe Rombi bénéficie d’une spatialisation concrète, les dialogues solidement plantés sur la centrale et la balance frontale fluide et limpide. Les plages de silence sont impressionnantes, les ambiances naturelles ne sont pas oubliées et les effets annexes sont palpables. Le seul petit bémol provient des sous-titres français incrustés lors des échanges en allemand. L’éditeur joint également une piste DTS-HD Master Audio 2.0, une version en Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Mars Film / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Soeur d’Ursula, réalisé par Enzo Milioni

LA SOEUR D’URSULA (La Sorella di Ursula) réalisé par Enzo Milioni, disponible en combo Blu-ray/DVD et Blu-ray le 2 novembre 2016 chez Le Chat qui fume

Acteurs : Barbara Magnolfi, Marc Porel, Stefania D’Amario, Anna Zinnemann, Antiniska Nemour, Yvonne Harlow, Vanni Materassi

Scénario : Enzo Milioni

Photographie : Vittorio Berninni

Musique : Mimi Uva

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Ursula et Dagmar Beyne, deux sœurs ayant récemment hérité, vont passer des vacances en Italie dans un magnifique hôtel sur la côte. Elles cachent un sombre passé : abandonnées par leur mère, elles ont vu leur père sombrer dans la dépression et se suicider. Tombée dans la névrose, Ursula fuit le contact des hommes et vit recluse dans sa chambre, tandis que sa sœur s’adonne à une libido effrénée. Parmi ses courtisans : Roberto Delleri, le directeur de l’hôtel, et Filippo Andrei, un loubard cocaïnomane au comportement étrange. Les vacances des deux sœurs ne seront pas de tout repos puisqu’on découvre bientôt, aux abords de l’hôtel, le cadavre mutilé d’une prostituée, puis les corps d’un jeune couple…

Réalisé en 1978, La Soeur d’UrsulaLa Sorella di Ursula est le premier long métrage du réalisateur Enzo Milioni, jusqu’alors scénariste du film au titre fleuri Non… je suis encore vierge ! (1971). Jouant avec les codes du giallo, La Soeur d’Ursula tire sur la corde en proposant surtout une histoire érotique et en compilant les scènes de sexe, toujours soulignées par le même thème musical, à l’instar des téléfilms diffusés sur M6 après Sexy Zap le dimanche soir dans les années 1990. Vous vous rappelez coquins ? Néanmoins, La Sorella di Ursula demeure typique du cinéma d’exploitation transalpin de l’époque avec une belle photographie vaporeuse, des comédiennes peu avares de leurs charmes et qui se déshabillent toutes les dix minutes, quelques meurtres violents et sanglants (toujours hors champ), visiblement commis par un homme au sexe surdimensionné.

Soyons honnêtes, avec son intrigue qui part dans tous les sens, ce petit giallo vaut essentiellement pour la beauté surréelle de Barbara Magnolfi (Olga dans Suspiria de Dario Argento), dont le regard vert subjugue et foudroie. Ce sont ces yeux fantastiques qui font surtout l’intérêt de La Soeur d’Ursula, ainsi que le charme vintage qui agit du début, il ne faut pas attendre trois minutes pour déjà apprécier le premier full frontal, jusqu’à la fin nawak et improbable, mais qui fonctionne malgré tout auprès d’une audience déjà conquise et donc indulgente. Aux côtés de Barbara Magnolfi, Stefania D’Amario (Les Déportées de la section spéciale SS, L’Enfer des zombies) et Marc Porel (Le Clan des Siciliens, La Horse, La Longue nuit de l’exorcisme) portent également le film vers le haut du Bis par leur charisme et leur indéniable talent, sans oublier la beauté des décors naturels de la côte Amalfitaine, au bord de la mer tyrrhénienne.

Le giallo est déjà mort, mais certains réalisateurs s’amusent encore avec ses cendres, tout en lorgnant sur un autre genre de cinéma Bis qui attire de nouveaux spectateurs, surtout depuis le triomphe international d’Emmanuelle en 1974. De l’aveu de Barbara Magnolfi, le résultat final ne correspond pas au scénario ambitieux initialement prévu, puisque selon elle les producteurs auraient imposé les scènes de sexe, très nombreuses et totalement gratuites au final, au metteur en scène Enzo Milioni, histoire de pimenter une intrigue policière teintée de fantastique qu’ils pensaient idiote et éculée. Ou comment couvrir ses arrières en découvrant ses actrices. Seulement voilà, les producteurs tendaient la carotte au réalisateur en lui promettant de lui financer son prochain long métrage, un projet personnel et vrai film d’auteur, qui ne verra jamais le jour.

Visionner La Soeur d’Ursulaqui d’ailleurs n’avait pas connu d’exploitation dans les salles françaises – de nos jours, c’est se retrouver face à un échantillon d’un cinéma désuet et disparu, mais agréable, parfois excitant et toujours divertissant, qui rend compte du revirement soudain des producteurs afin de mieux répondre aux attentes et au goût des spectateurs.

LE BLU-RAY

Si le film peut laisser quelque peu indifférent, cette édition combo Blu-ray/DVD concoctée par notre Chat noir à la clope est à tomber. L’élégant digipack se compose de trois volets, superbement illustrés, qui accueillent les deux disques. L’ensemble est glissé dans un étui cartonné du plus bel effet. Le menu principal, animé et musical, est identique sur le DVD et le Blu-ray. Petite erreur sur le verso de l’étui qui annonce que le supplément avec le réalisateur s’intitule « Ursula c’est moi ». Le film est proposé dans sa version intégrale.

Le Chat qui fume n’est pas venu les mains vides et nous livre quelques entretiens particulièrement généreux.

On commence par celui du réalisateur Enzo Milioni réalisé en 2008 (38’). Longuement, posément, le metteur en scène de La Soeur d’Ursula revient sur la genèse chaotique de son premier long métrage, une commande qui devait en réalité lui permettre de financer un film beaucoup plus personnel, dans lequel la comédienne Valentina Cortese devait tenir le premier rôle. Malgré la réussite commerciale de La Soeur d’Ursula, les producteurs qui lui avaient imposé de tourner des scènes érotiques non prévues, n’ont pas tenu leur parole pour son second long métrage. Ensuite, le cinéaste passe en revue le casting de son film et s’attarde sur chaque comédien. Il évoque ainsi le regard de Barbara Magnolfi, les problèmes de drogue de Marc Porel et comment il s’était mis d’accord avec l’acteur quand ce dernier voulait aller « à la chasse aux papillons ». Enzo Milioni évoque ensuite le bon accueil ainsi que la version du film qui circulait sous la manteau et qui comprenait des inserts pornographiques.

C’est avec un grand plaisir que nous retrouvons Barbara Magnolfi dans le supplément suivant. La comédienne née en France, d’un père italien et d’une mère française, parle parfaitement la langue de Molière et se livre avec franchise sur La Soeur d’Ursula. Franchise parce qu’elle se rappelle avoir été dupée sur le produit fini étant donné que le scénario sur lequel elle s’était engagée ne comportait aucune scène de sexe ! Tout d’abord, elle parle de son enfance avec une mère qui la délaissait, puis de ses débuts dans le cinéma avec notamment la rencontre avec Dario Argento qui l’engage pour Suspiria alors qu’elle n’a que 21 ans. Vient ensuite la rencontre avec l’acteur Marc Porel, qui sera son compagnon de 1977 à la mort prématurée de celui-ci en 1983 des suites d’une méningite consécutive à ses graves problèmes de drogue. Barbara Magnolfi déclare ne pas vouloir être associée au genre de film comme La Soeur d’Ursula puisque les scènes dénudées ont toutes été filmées à l’insu des comédiens. Estimant avoir été trahie, elle n’en veut pas au réalisateur, mais aux producteurs. L’actrice clôt cet entretien en parlant de sa vie aux Etats-Unis.

Plus anecdotique, Le Chat qui fume est allé demander à Philippe Chouvel, journaliste chez Psychovision, quels étaient ses trois gialli (mineurs) préférés (6’30). Ce dernier répond La Casa dalle finestre che ridono (Pupi Avati), L’Occhio nel Labirinto (Mario Caiano) et La Corrupción (Chris Miller). L’interviewé présente rapidement ces trois films et évoque le genre qu’il affectionne tout particulièrement, un « cinéma qui s’écoutait autant qu’il se regardait ».

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces, dont celle de La Soeur d’Ursula, uniquement axée sur les scènes érotiques.

L’Image et le son

Peu importe si La Soeur d’Ursula est un film mineur, Le Chat qui fume déroule le tapis rouge au film d’Enzo Milioni avec un superbe master Haute-Définition (1080p, AVC). Ce traitement royal permet même de revoir à la hausse ce giallo érotique. Dès le générique, la propreté s’avère sidérante, la copie est stable, le piqué aiguisé et la photo légèrement ouatée du chef opérateur Vittorio Bernini (Une suédoise sans culotte, La Nipote) est respectée et n’a vraisemblablement jamais été aussi resplendissante. Les quelques poussières et griffures qui ont pu échapper au scalpel numérique demeurent subliminales, la restauration subjugue du début à la fin, tout comme la luminosité, les couleurs et l’élégante tenue des contrastes.

Point de version française ici puisque La Soeur d’Ursula n’a pas été exploitée dans nos salles, même celles qui proposaient les films les plus coquins. Le mixage italien DTS HD Master Audio Mono aux sous-titres français respecte les partis pris d’époque, à savoir un doublage réalisé en postproduction, qui occasionne par moments un très léger décalage entre les dialogues et le mouvement des lèvres des comédiens. En dehors de cela, l’écoute demeure très propre avec parfois quelques sensibles saturations dans les aigus, mais rien de bien méchant.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Alvarez Kelly, réalisé par Edward Dmytryk

ALVAREZ KELLY réalisé par Edward Dmytryk, disponible en DVD et Blu-ray le 23 janvier 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : William Holden, Richard Widmark, Janice Rule, Patrick O’Neil, Victoria Shaw, Roger C. Carmel, Richard Rust

Scénario : Franklin Coen, Elliott Arnold, Franklin Coen

Photographie : Joseph MacDonald

Musique : Johnny Green

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

1864. L’éleveur mexicano-irlandais Alvarez Kelly est chargé de livrer à l’armée nordiste un troupeau de 2500 têtes mais les Sudistes qui manquent eux aussi de vivres sont décidés à s’emparer du troupeau. Grâce à Charity Warwick, une belle Sudiste, Kelly tombe dans un piège et se retrouve prisonnier du colonel Rossiter. Ce dernier lui conseille de changer de camp et de voler le troupeau pour le compte des Sudistes. Kelly étant réticent, Rossiter lui promet de lui amputer un doigt pour chaque jour de retard. Kelly est donc obligé d’accepter.

Un bandeau déroulant à l’écran annonce « Dans chaque guerre, à chaque époque, l’arme oubliée est la nourriture car pour tuer les soldats doivent manger, et pour vivre ils doivent manger. Un troupeau de vaches est aussi vital qu’une batterie de canons ». Là-dessus démarre la chanson des Brother Four « Alvarez Kelly rode over the rise, With a heart full of blarney and a gleam in his eyes, And wherever he stopped the gals kept droppin’ like flies, Till a lady from Richmond cut him down to size ». Formidable western réalisé par Edward Dmytryk (1908-1999) en 1966, Alvarez Kelly demeure un des plus grands films du cinéaste américain dont la carrière reste ponctuée par de nombreuses pépites comme Ouragan sur le Caine (1954), La Lance brisée (1954), La Main gauche du Seigneur (1955) et La Rue chaude (1962).

Edward Dmytryk, sympathisant de la gauche politique américaine, adhérant au parti communiste américain, figure parmi les célèbres Dix d’Hollywood. Convoqué par la Commission des Activités Anti-Américaines, il est condamné à six mois de prison, 500 dollars d’amende, puis s’exile en Grande-Bretagne à la fin des années 1940. Il revient peu de temps après aux USA, purge sa peine de prison et à l’instar d’Elia Kazan dénonce finalement certains acteurs, réalisateurs et scénaristes afin de s’affranchir des soupçons qui pèsent sur lui. C’est un scandale, sa carrière ne s’en remettra jamais totalement. Néanmoins, le cinéaste n’aura jamais arrêté de tourner jusqu’à la fin des années 1970. Alvarez Kelly est un divertissement élégant, qui repose à la fois sur le jeu et l’immense talent de ses deux têtes d’affiche, William Holden et Richard Widmark, qui rivalisent de charisme, mais aussi sur la beauté des paysages et des décors naturels de la Louisiane, où le film a été tourné intégralement.

A la fois western et film de guerre, Alvarez Kelly s’attache à un personnage qui ne fait pas de politique et qui vend ses services de spécialiste réputé dans la conduite du bétail, à celui qui saura lui offrir la plus grosse somme d’argent. C’est qu’en temps de guerre, l’approvisionnement en nourriture des troupes est un élément important et stratégique pour la victoire, ainsi qu’un aspect finalement peu traité au cinéma. A l’instar d’un mercenaire, Alvarez Kelly (William Holden) est un pro dans son boulot et ne se pose pas de question quant à celui qui l’embauche. Ainsi, il conduit depuis le Texas un important troupeau de bétail aux abords d’une plantation située près de Richmond (capitale des Sudistes), pendant la guerre de Sécession en 1864, pour le compte des Nordistes où sont implantés le Major Stedman (Patrick O’Neal) et ses troupes. Mais les Confédérés sont aux aguets et décident de s’emparer de cet approvisionnement pour leur compte. Leur armée se fait nécessiteuse, cette nourriture en abondance devient un enjeu important mais il leur faut aussi l’homme qui a les qualifications nécessaires pour convoyer le troupeau. Alvarez Kelly est enlevé par le colonel Tom Rossiter (Richard Widmark), borgne et hargneux. Ce dernier lui ordonne de détourner le troupeau au profit des Sudistes. Devant les hésitations de Kelly, Rossiter menace de lui sectionner un doigt pour chaque jour de retard, s’il n’accepte pas de former ses hommes.

William Holden se délecte dans la peau de ce profiteur de guerre, qui n’hésite pas à s’enrichir grâce à ce conflit qui s’enlise et qui affame les soldats dans les deux camps. Et si quelques dames croisent son chemin, c’est un petit plus non négligeable. Excellent technicien, Edward Dmytryk réalise ici son troisième western après La Lance brisée et L’Homme aux colts d’or, les deux films déjà interprétés par Richard Widmark. Le sujet, fondé sur des faits réels, est aussi passionnant que remarquablement traité, à la fois grand spectacle et drame intimiste, marqué par des dialogues souvent cinglants. De plus, la photo somptueuse et le cadre large participent également à la grande réussite de cette étrange chevauchée, dont l’impressionnante dernière séquence, celle de la ruée de bétail sur les troupes nordistes, reste dans toutes les mémoires.

Le western a changé en 1966 et Alvarez Kelly peut se targuer d’être un opus flamboyant, drôle, mélancolique, bourré d’aventures, remarquablement interprété et mis en scène.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray d’Alvarez Kelly, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Dans sa présentation (10’), Patrick Brion avoue avoir toujours été déçu par le film d’Edward Dmytryk. L’historien du cinéma commence tout d’abord par faire un tour d’horizon du western en cette année 1966, marquée notamment par l’hégémonie du genre en Italie, qu’affectionne également peu Patrick Brion. Ce dernier évoque les westerns réalisés par Edward Dmytryk, avant d’expliquer pour il trouve Alvarez Kelly peu réussi malgré un sujet formidable. Néanmoins, le critique loue cette édition Blu-ray qui permet de revoir le film dans de superbes conditions techniques, ce qui selon lui n’est pas sans redonner un intérêt à Alvarez Kelly.

Sidonis Calysta a réussi à mettre la main sur un documentaire d’une heure consacré à la vie et la carrière de William Holden. Intitulé William Holden : The Golden Boy, ce module réalisé en 1989, compile les témoignages de comédiens et réalisateurs prestigieux, tels que Robert Mitchum, Glenn Ford, Blake Edwards, Robert Wagner, Sidney Lumet, Robert Wise, Cliff Robertson, posés sur de nombreux extraits des films les plus célèbres de William Holden, sans oublier les archives personnelles commentées par Scott Holden, l’un des fils du comédien. De facture classique, ce documentaire oublie de nombreux films, y compris le magnifique Breezy de Clint Eastwood. Il n’en demeure pas moins informatif.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie de photos et d’affiches.

L’Image et le son

Quelle restauration ! Ce master HD (1080p) permet aux spectateurs de redécouvrir Alvarez Kelly dans de superbes et inédites conditions techniques, même si les puristes risquent de rechigner devant le lissage parfois excessif du grain original. Les volontés artistiques du mythique chef opérateur Joseph MacDonald (La Poursuite infernale, Niagara, La canonnière du Yang-Tsé) sont néanmoins respectées et nous avons l’impression de redécouvrir complètement ce western d’Edward Dmytryk. La copie est souvent sidérante de beauté et de stabilité, le nouvel éclat des couleurs est saisissant. Les noirs sont concis, le piqué vif et acéré, la propreté impressionnante, les détails sur le cadre large sont légion et les contrastes pointus, y compris sur les séquences en intérieur. Les gammes chatoyantes sont harmonieuses et le relief omniprésent. Signalons tout de même quelques plans où le grain semble plus appuyé, visiblement sur des stock-shots, tout comme de sensibles fourmillements durant les scènes où les comédiens ont tourné devant une transparence.

Malgré la réussite du doublage français, privilégiez évidemment la version originale, plus dynamique et équilibrée que son homologue, notamment en ce qui concerne la délivrance des dialogues. La piste française place les voix trop en avant, au détriment des effets annexes et de la musique. L’éditeur a quand même mis le paquet en proposant deux pistes DTS-HD Master audio bien nettoyées, bien que l’ensemble puisse paraître « trop » propre et artificiel. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Blood Father, réalisé par Jean-François Richet

BLOOD FATHER réalisé par Jean-François Richet, disponible en DVD et Blu-ray le 23 janvier 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : Mel Gibson, Erin Moriarty, Diego Luna, Michael Parks, William H. Macy, Miguel Sandoval

Scénario : Peter Craig, Andrea Berloff d’après le roman de Peter Craig

Photographie : Robert Gantz

Musique : Sven Faulconer

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

John Link n’a rien d’un tendre : ex-motard, ex-alcoolique, ex-taulard, il a pourtant laissé tomber ses mauvaises habitudes et vit reclus dans sa caravane, loin de toute tentation.
C’est l’appel inattendu de sa fille Lydia, 17 ans, qui va lui faire revoir ses plans de se tenir tranquille…
Celle-ci débarque chez lui après des années d’absence, poursuivie par des narcotrafiquants suite à un braquage qui a mal tourné.
Lorsque les membres du cartel viennent frapper à la porte de John, ils sont loin de se douter à qui ils ont affaire…

Il serait faux de dire que Blood Father signe « le retour » de Mel Gibson. En effet, si le comédien ne tourne plus autant que dans les années 1980-90, il n’a pour ainsi dire jamais arrêté d’un côté ou de l’autre de la caméra. Après le thriller Hors de contrôle (Martin Campbell) et le drame Le Complexe du castor (Jodie Foster), Mel Gibson a ensuite fait place à l’action avec le jouissif Kill the Gringo (Adrian Grunberg), la séquelle Machete Kills (Robert Rodriguez) et le décevant Expendables 3 (Patrick Hughes) dans lequel il incarne le bad guy que doivent affronter Sylvester Stallone et sa clique. Alors que se profilait à l’horizon la sortie de son nouveau film en tant que réalisateur, le formidable Tu ne tueras point, Mel Gibson a eu le temps de jouer les papas protecteurs dans Blood Father de Jean-François Richet.

L’écrivain Peter Craig adapte lui-même son propre roman. Capable du meilleur (The Town) comme du pire (les deux derniers volets de la saga Hunger Games), Peter Craig livre à notre cinéaste national un scénario de pure série B. Cela faisait plus de dix ans que Jean-François Richet n’avait pas tourné pour un studio américain, après sa première et très réussie incursion avec le remake d’Assaut de John Carpenter. Suite au succès international du diptyque (bancal) consacré à Jacques Mesrine, Richet attendait une proposition alléchante. Emballé par l’histoire de Blood Father, il propose le premier rôle à Mel Gibson et lui envoie les Blu-ray des Mesrine. Le comédien accepte immédiatement la proposition. Et il faut dire que sans lui Blood Father n’aurait pas grand intérêt. A maintenant 60 ans, Mel Gibson est encore plus charismatique et magnétique qu’avant avec son visage creusé par les rides et sa barbe hirsute grisonnante. Son jeu est toujours aussi intense, ses yeux brillent de la même flamme que dans le premier volet de la franchise L’Arme fatale, bref Mel Gibson est devenu un monstre d’Hollywood.

Intégralement tourné dans les décors naturels du Nouveau Mexique, Blood Father n’a aucune autre prétention que de divertir les spectateurs. Jean-François Richet signe un thriller basique, mais solidement réalisé, brutal, carré, bien photographié, non dénué d’humour et d’émotions, et de très bons numéros d’acteurs, surtout entre Mel Gibson et William H. Macy, qui font oublier l’erreur de casting avec le fade Diego Luna en petite frappe pathétique. La jeune actrice Erin Moriarty s’en sort bien dans le rôle de la fille fugueuse et dopée, qui a fait une grosse bêtise et qui vient se réfugier auprès de son père buriné, ancien taulard et alcoolique, qui tient maintenant un petit salon de tatouage dans sa roulotte. Mais ceux qui en ont après sa fille ne s’attendaient pas à ce que son papounet sorte la pétoire.

Pas besoin d’en savoir plus sur les personnages, puisque Mel Gibson apporte avec lui près de 40 ans de cinéma et de personnages emblématiques, dont John Link serait en fait une sorte de synthèse. On pense à Mad Max, L’Arme fatale, Comme un oiseau sur la branche, Payback et plus récemment au susnommé Kill the Gringo. Mel Gibson est et restera un immense acteur. Blood Father remplit son contrat, sans se forcer, mais avec un atout de premier choix et qui se place nettement au-dessus du lot des quinqua-sexa-justiciers comme dans l’improbable trilogie Taken ou récemment de The Revenge avec un Travolta moumouté.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Blood Father, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. La jaquette reprend le visuel de l’affiche française, excepté le Steelbook qui arbore celui du visuel US.

En plus de la bande-annonce en version française, l’éditeur livre une interview (10’) de Jean-François Richet et Mel Gibson enregistrés au Festival de Cannes en 2016, entrecoupée par d’autres propos – en français cette fois – du réalisateur seul en scène. Les deux collaborateurs sont en pleine promo et reviennent sur la genèse du projet, sur la motivation des personnages, sur les thèmes du film. Dans son entretien individuel, Richet parle de Mel Gibson et du travail avec le comédien. On aurait aimé beaucoup plus de suppléments et notamment retrouver le making of diffusé sur Canal+.

L’Image et le son

La photographie de Blood Father est signée Robert Gantz, chef opérateur complice de Jean-François Richet depuis Assaut sur le central 13. Ce master HD est à la hauteur des espérances et restitue les partis pris esthétiques originaux à travers des contrastes riches et léchés, une colorimétrie vive et scintillante, des noirs denses, une luminosité de tous les instants, un piqué aux petits oignons, un léger grain et une profondeur de champ appréciable. Le plus impressionnant s’avère la restitution des gros plans, en particulier sur Mel Gibson. Le codec AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le relief des matières est élégant et ne cesse de flatter la rétine.

Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais, efficaces autant dans les scènes d’affrontements secs que dans les séquences plus calmes. Les quelques pics de violence, poursuites et fusillades peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales, avec les balles qui environnent le spectateur. Les effets annexes sont très présents et dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des actions au moment opportun. La spatialisation est en parfaite adéquation avec le ton du film. A titre de comparaison, la version originale l’emporte sur son homologue du point de vue délivrance des dialogues et richesse des effets. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale. L’éditeur joint également deux pistes Stéréo, qui s’en sortent admirablement malgré le seul usage des enceintes avant, ainsi qu’une piste en Audiodescription et des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. Le changement de langue est verrouillé à la volée et nécessite le retour au menu contextuel. Que les puristes soient rassurés, le grand Jacques Frantz assure toujours le doublage français de Mel Gibson.

Crédits images : © SND / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Maison des étrangers, réalisé par Joseph L. Mankiewicz

LA MAISON DES ÉTRANGERS (House of Strangers) réalisé par Joseph L. Mankiewicz, disponible en DVD et Blu-ray le 2 novembre 2017 chez ESC Conseils

Acteurs : Edward G. Robinson, Susan Hayward, Richard Conte, Luther Adler, Paul Valentine, Efrem Zimbalist Jr., Debra Paget

Scénario : Philip Yordan d’après le roman de Jerome Weidman

Photographie : Milton R. Krasner

Musique : Daniele Amfitheatrof

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1949

LE FILM

Max Monetti, ancien avocat, vient de purger sept années de prison, une peine qu’il a prise à la place de son père Gino, mort durant son incarcération. Max se remémore le passé, Gino Monetti a été accusé d’activités bancaires frauduleuses et se retrouve au banc des accusés, ses trois autres fils, employés du père, trop désireux de lui succéder à la banque se sont désolidarisés de lui et de Max qui s’employait à défendre Gino. Max se fait arrêter après avoir essayé de soudoyer une femme du jury pour sauver son père. Avant de mourir, Gino saura attiser la haine de Max envers ses trois frères. À présent Max est décidé à se venger d’eux mais Irène Bennett, son ancienne maîtresse, essaye de l’en dissuader…

Tout d’abord scénariste (Alice au pays des merveilles de Norman Z. McLeod, L’Ennemi public n°1 de W.S. Van Dyke), puis producteur (Furie de Fritz Lang, Indiscrétions de George Cukor), Joseph L. Mankiewicz (1909-1993) passe derrière la caméra en 1946 avec Le Château du dragon, en remplacement d’Ernst Lubitsch, victime d’une crise cardiaque. Suite à ce premier et grand succès, Mankiewicz jette son dévolu sur une pièce de Lee Strasberg, qu’il adapte avec Howard Dimsdale. Ce sera Quelque part dans la nuit, un film noir dans le style du Faucon maltais de John Huston (1941) et du Grand sommeil de Howard Hawks, par ailleurs sorti quelques semaines après le film de Mankiewicz. Suivront Un mariage à Boston (1947), L’Aventure de madame Muir (1947), Escape (1948) et Chaînes conjugales (1949). Autant dire que Joseph L. Mankiewicz a le vent en poupe à la fin des années 1940. Il clôt cette fabuleuse décennie avec La Maison des étrangersHouse of Strangers, fabuleux drame familial qui annonce notamment Le Parrain plus de 20 ans avant.

New York, 1939. Max Monetti est de retour. Cet ancien avocat vient de purger sept ans de prison. Son père Gino, humble coiffeur sicilien devenu un grand banquier respecté à la force du poignet , a été soupçonné de pratiques illégales. Ces accusations ont précipité sa mort pendant la détention de Max. Joe, Pietro et Tony, les trois autres fils de Gino, qui avaient évincé leur propre père et enregistré la banque à leur nom, voient d’un mauvais oeil le retour du fils prodigue. La Maison des étrangers est un récit dense, passionnant et demeure dans la mémoire des cinéphiles grâce à l’immense interprétation du comédien Edward G. Robinson, récompensé par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 1949. Basé sur le roman de Jerome Weidman, transposé par Joseph L. Mankiewicz lui-même, House of Strangers laisse pantois d’admiration par la virtuosité de la mise en scène (la transition vers le passé est splendide), la beauté de la photographie de Milton R. Krasner (Le Retour de l’Homme invisible, Le Spectre de Frankenstein, La Femme au portrait) et l’intensité des comédiens avec notamment Susan Hayward, qui retrouvera Mankiewicz en 1967 pour le délicieux Guêpier pour trois abeilles, Richard Conte, Luther Adler et Paul Valentine. Mais comme nous l’avons dit, celui qui s’élève au-dessus de tous est l’immense Edward G. Robinson qui bouffe l’écran à chaque apparition avec sa silhouette reconnaissable et son accent italien. Bien avant Marlon Brando dans le rôle mythique de Don Vito Corleone, Edward G. Robinson compose un patriarche sicilien qui a embrassé le rêve américain. Lui qui était simple coiffeur sans un sou dans son pays est devenu un homme puissant, qui brasse des millions de dollars, tout en venant en aide aux plus démunis dans le quartier new-yorkais grouillant de Little Italy. Il règne sur sa famille, sa femme et leurs quatre fils, avec une main de fer et crée la jalousie des frères de Max en se montrant plus attentionné avec lui, tout en le couvrant d’éloges. Ou comment léguer la haine en héritage.

Chef d’oeuvre sombre et pessimiste, même si Mankiewicz montre que la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, mais qui ne se mange pas, La Maison des étrangers subjugue, choque, émeut et laisse une empreinte indélébile dans le coeur des spectateurs.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Maison des étrangers, disponible chez ESC Conseils, repose dans un très élégant boîtier classique de couleur noire. La jaquette estampillée « Hollywood Legends » ne manque pas de classe. Le menu principal est animé et musical.

Le film est accompagné d’une passionnante présentation de La Maison des étrangers par Olivier Père (30’). Le directeur cinéma d’Arte dresse tout d’abord un portrait du réalisateur Joseph L. Mankiewicz et revient sur ses débuts au cinéma. Puis Olivier Père en vient au film qui nous intéresse en indiquant que House of Strangers demeure souvent dans l’ombre des films plus célèbres du cinéaste, en l’occurrence par le grand succès précédent de Chaînes conjugales. S’il ne bénéficie pas du même statut que ses autres grands classiques, ce septième long métrage méconnu n’en demeure pas moins un autre chef d’oeuvre de Mankiewicz. Ensuite, Père croise le fond avec la forme, se penche sur les personnages, la structure du film, le casting, et dresse un parallèle avec Le Parrain que Francis Ford Coppola réalisera plus de vingt ans après.

L’Image et le son

Un Blu-ray au format 1080p (AVC). Ce nouveau master restauré en HD au format respecté 1.33 de La Maison des étrangers est honnête, mais il faut bien avouer que l’image reste marquée par des griffures et des rayures verticales, des effets de pompage, un fourmillement, des poussières et autres scories, sans oublier un piqué émoussé. Toutefois, diverses séquences parviennent à sortir du lot, à l’instar du match de boxe, et la copie finit par trouver une stabilité et un équilibre convenables. La définition ne manque pas d’attraits, les détails sont élégants, tout comme le grain original heureusement conservé. Signalons que le Blu-ray de La Maison des étrangers proposé par ESC Conseils est une exclusivité mondiale.

L’unique piste anglaise bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio Mono 2.0. Si quelques saturations et craquements demeurent inévitables surtout sur les dialogues aigus, l’écoute se révèle fluide et limpide. Notons toutefois un léger bruit de fond, ainsi que diverses sautes de son et problèmes de traduction, parfois trop approximative, sans parler de certaines répliques même pas traduites et de fautes d’accentuation. Les sous-titres français sont imposés.

Crédits images : © ESC Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr