Test DVD / Supernichons contre mafia, réalisé par Doris Wishman

SUPERNICHONS CONTRE MAFIA (Double Agent 73) réalisé par Doris Wishman, disponible en DVD depuis le 13 février 2015 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Chesty Morgan, Frank Silvano, Saul Meth, Jill Harris, Louis Burdi, Peter Savage…

Scénario : Doris Wishman, Judy J. Kushner

Photographie : Nouri Haviv, C. Davis Smith

Musique : Cine Top

Durée : 1h23

Année de sortie : 1974

LE FILM

Bien qu’elle souhaite se retirer des affaires, Jane Tennay reprend du service à la demande du patron des Services Secrets. Sa mission : identifier le chef d’un gang de trafiquants de drogue qui inonde le marché d’une héroïne bon marché. Son arme secrète : un microscopique appareil photo implanté dans le téton de son sein gauche. Pratique pour prendre des clichés de documents compromettants. Mais, son opulente poitrine, Jane l’utilise aussi pour faire diversion, empoisonner et assommer ses ennemis.

Quelle série Z ! Si le titre en version originale Double Agent 73 ne le laissait pas présager de ce côté de l’Atlantique (73 est la taille, en pouces, du tour de poitrine de Busty…), au moins il n’y a pas tromperie sur la marchandise avec celui en français, Supernichons contre mafia.

Réalisé en 1974 par Doris Wishman (1912-2002), la «  cinéaste  » experte du nudie, ce chef-d’oeuvre du genre qui compile tout ce qui ne faut pas faire au cinéma demeure essentiel pour les amateurs de déviant. Ce grand classique repose sur la poitrine généreuse, débordante devrait-on dire, de Chesty Morgan (de son vrai nom Liliana Wilczkowski), strip-teaseuse dont les attributs naturels (220 de tour de poitrine) lui ont valu une petite notoriété dans le genre de la sexploitation. Doris Wishman la filme à hauteur du «  buste  » ou en contre-plongée pendant 1h10, mais rien d’excitant puisque la gravité faisant son effet, les «  mamelles  » s’apparentent à deux montgolfières en perdition.

Chesty Morgan, qui ressemble à Danièle Thompson maquillée comme une voiture volée, a le charisme d’un encornet avec des yeux éteints, aucun talent d’actrice et se voit en plus doublée puisque son accent polonais était trop prononcé. Comme Pamela Anderson, «  elle est très distinguée  ». L’histoire en elle-même est débile, les morceaux de bravoure s’enchaînent comme des perles sur un collier, les faux raccords sont légion, le cadre est laissé à l’abandon, l’interprétation est consternante, les décors hideux, bref, que du bon, surtout que la version française s’avère aussi abominable et rajoute une touche exotique et vulgaire à ce nanar grâce à des répliques fumeuses.

Ce film hors-normes mérite bien une projo entre potes. Fous-rires garantis avec ce film amateur, ou à mateurs c’est selon…

LE DVD

Le DVD de Supernichons contre mafia (c’est toujours étrange d’écrire ce titre…) repose dans un boîtier classique Amaray. La jaquette a été choyée par Sidonis Calysta avec des couleurs bien voyantes et au centre de laquelle pose Chesty Morgan afin d’appâter le chaland. On adore l’accroche «  Même ses ennemis ne savent plus à quel sein se vouer  », très chic ! Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

Sidonis Calysta n’a pas fait les choses à moitié et livre près d’une heure de suppléments !

La Fabuleux destin de Doris Wishman (23’) : Voici un formidable portrait de la cinéaste américaine Doris Wishman réalisé par Marc Toullec et narré par Linda Tahir-Meriau. Ponctué par d’incroyables images de films et de bandes-annonces d’époque, ce module donne l’eau à la bouche et nous rend fous d’impatience à l’idée de découvrir d’autres «  chefs-d’oeuvre  » de cette réalisatrice atypique et habituée des nudies, née en 1912 et disparue en 2002, à l’instar de Diary of a Nudist, Gentlemen Prefer Nature Girls, The Sex Perils of Paulette et Mamell’s Story ! 30 films réalisés entre 1960 et 2007 !

Ne manquez pas le dialogue entre l’immense Patrick Brion et l’excellent Christophe Carrière (33’) sur Supernichons contre mafia ! C’est à mourir de rire car les deux critiques proposent un retour sur la carrière et le film de Doris Wishman, mais se trouvent rapidement rattrapés par la dimension Z de ce chef d’oeuvre du genre. Il faut voir comment Patrick Brion tente de garder son sérieux face au trublion qu’il a en face de lui et qui se marre en citant les dialogues de la version française, absolument abominable et donc monumentale. Ils en viennent ensuite au casting, en se focalisant bien évidemment sur le jeu «  extraordinaire  » de Chesty Morgan. Voilà une présentation qui prolonge le plaisir ressenti en visionnant Supernichons contre mafia !

L’Image et le son

Et bien franchement nous n’attendions pas une copie aussi belle ! L’image de Supernichons contre mafia s’avère impressionnante, surtout quand on sait que le film de Doris Wishman avait quasiment disparu des radars ! Le master (1.77, 16/9) affiche une indéniable propreté, le grain est habilement géré excepté sur les plans accélérés ou ralentis. Sur ces séquences, la texture est plus grumeleuse, les contrastes sont poreux et la luminosité décline. Mais en dehors de cela, la stabilité est de mise, les couleurs sont au top et les détails sont très agréables.

Le confort acoustique est assuré en français comme en anglais, même si cette dernière s’en tire bien mieux que son homologue, avec toutefois un souffle chronique. Si certains dialogues paraissent plus couverts que d’autres, on se délecte de l’ambiance sonore avec des sonneries de téléphone stridentes ou la musique affreuse. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue est verrouillé à la volée. A noter que le doublage français a été perdu sur certaines séquences. Elles passent donc automatiquement en anglais sous-titrées en français. Mais c’est ainsi que vous devez visionner Supernichons contre mafia !

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Légitime violence, réalisé par Serge Leroy

LÉGITIME VIOLENCE réalisé par Serge Leroy, disponible en DVD et Blu-ray le 21 mai 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Claude Brasseur, Véronique Genest, Thierry Lhermitte, Roger Planchon, Michel Aumont, Plastic Bertrand, Pierre Michaël, Francis Lemarque, Christian Bouillette, Christophe Lambert, Valérie Kaprisky, Eric Métayer…

Scénario : Patrick Laurent, Jean-Patrick Manchette, Pierre Fabre, Serge Leroy, Richard Morgiève d’après une histoire originale de Véra Belmont

Photographie : Ramón F. Suárez

Musique : Jean-Marie Sénia

Durée : 1h35

Année de sortie : 1982

LE FILM

Après un week-end comme tant d’autres, Martin Modot et sa famille vont prendre le train en gare de Deauville quand le destin les frappe. Au cours d’un hold-up, trois voyous tirent sur un homme qui riposte. Les voyous s’affolent et tirent aveuglément sur la foule. La femme, la fille et la mère de Martin Modot sont tués. Son père est grièvement blessé. Martin Modot ne vit plus alors que pour retrouver les coupables. Un soir, il est contacté par un certain Miller, président d’une association d’autodéfense, personnage fanatique qui ne parle que de vengeance. Déçu par la police inefficace et malgré son aversion pour ce genre d’association, Martin Modot finira par faire appel à Miller.

« Nous sommes des fascistes, des nazis…il semble que vous ignorez le sens des mots…mais non, c’est plus simple, nous sommes une association de braves hommes qui en ont assez des vols, des agressions à main armée, qui en ont marre que la justice s’en branle ! »

Devant l’affiche et le synopsis, on pouvait s’attendre à un film comme Le Vieux fusil (1975) de Robert Enrio, L’Agression (1975) de Gérard Pirès, Un justicier dans la ville (1974) de Michael Winner et même Rolling Thunder (1977) de John Flynn sorti en France sous le titre de…Légitime violence. Si le film de Serge Leroy, réalisateur du Mataf (1973), La Traque (1975), Les Passagers (1977) et Attention, les enfants regardent (1978), reprend le même titre que le thriller avec William Devane et Tommy Lee Jones, Légitime violence n’est pas un vigilante où le personnage principal décide de faire justice lui-même en supprimant ceux qui ont détruit sa vie, mais qui se voit pousser à le faire par une association d’autodéfense.

Légitime violence est avant tout un drame humain porté par un Claude Brasseur très émouvant, tandis que le récit interroge constamment sur le libre-arbitre et le passage à l’acte. Beaucoup plus intelligent que ne laissaient supposer certaines critiques, visiblement passées à côté d’un film qu’ils espéraient sans doute bourrin, Légitime violence n’épargne personne. Les hommes politiques comme les policiers sont aussi pourris que les truands et les assassins. De ce fait, comment un homme qui a tout perdu, peut-il avoir confiance dans les institutions de son pays ? Le dicton dit que la vengeance est un plat qui se mange froid. Et si elle ne se mangeait pas ?

Mitraillade en gare de Deauville. Un homme politique, amené là par une jeune femme, est abattu. Martin Modot, qui accompagnait sa famille à la gare, voit tomber sous ses yeux, sa mère, sa femme, sa fille. Son père est grièvement blessé. Martin seul est indemne. Sa raison de vivre sera désormais le châtiment des coupables. Mais la police ne montre guère de zèle pour mener l’enquête ! L’affaire et ses dessous politiques suscitent au contraire l’intérêt de Miller et du groupe d’auto-défense qu’il a constitué pour suppléer les insuffisances de la justice. Martin contacté, repousse les offres de soutien qui lui sont faites, puis finit par les accepter. Il retrouve ainsi la trace de la jeune femme qui accompagnait l’homme politique, objet du massacre. C’est la soeur de l’un des coupables. Martin Modot se trouve alors embarqué dans une aventure dramatique au terme de laquelle, il comprendra que les assassins ont été eux-mêmes manipulés, dans une affaire de basse politique.

Claude Brasseur est impeccable dans ce rôle torturé, qui parvient à laisser passer moult sentiments avec un visage quasi-imperturbable. Chose étonnante, le protagoniste ne tombe pas dans la solution « facile » de prendre la pétoire et de décimer ceux qui ont tué sa femme, sa mère et sa fille, mais cherche avant tout à comprendre. Si le film fait douloureusement écho avec l’actualité, Légitime violence s’inspire alors du style du poliziottesco, le néo-polar italien qui fleurissait dans les salles transalpines où la violence des rues était montrée de façon brutale avec leurs conséquences sur les petites gens. Néanmoins, le film de Serge Leroy, d’après un scénario Patrick Laurent (La Guerre des polices) et Jean-Patrick Manchette (L’Agression, Trois Hommes à Abattre, Pour la peau d’un flic) sur une idée de la grande productrice Véra Belmont, fait la part belle aux émotions.

Modot se retrouve entre ceux qui ont tué sa famille (dont Christophe Lambert, juste avant Greystoke, la légende de Tarzan), les flics qui viennent constamment lui demander s’il ne se souvient pas d’un nouvel élément qui pourrait les mettre sur une piste, une association d’extrême-droite qui le pousse à faire le boulot de la police, et une jeune femme (Véronique Genest, canon, si si), l’une des rares rescapées de la tuerie et qui était présente pour rendre service à son frère (Thierry Lhermitte). Le scénario dévoile alors que celui qui tient les fils n’est pas forcément celui que l’on croit et que les frontières séparant les deux côtés de la loi sont bien poreuses.

Enfin, Légitime violence repose également sur une très bonne mise en scène de Serge Leroy, aussi à l’aise dans les échanges burnés de ses personnages, que dans les séquences d’action, notamment lors d’une poursuite dans la rue qui se poursuit dans le métro, le tout en caméra portée très immersive. Rebondissements, action, personnages suintants, psychologie, apparition dénudée de la jeune Valérie Kaprisky, voilà un beau programme et Légitime violence reste un divertissement emblématique des années 1980 (avec Plastic Bertrand dans son propre rôle en plus) qui conserve un charme inaltérable.

LE BLU-RAY

Légitime violence était encore inédit en DVD. ESC Editions intègre désormais ce titre dans une collection Polar. Un Condé d’Yves Boisset viendra d’ailleurs rejoindre Légitime violence le 4 juin. Le menu principal est animé sur la séquence de poursuite dans le métro.

Un seul petit supplément est proposé ici. La productrice Véra Belmont (86 ans) intervient face caméra pour évoquer la genèse de Légitime violence, inspiré par un drame personnel. Franche et directe, elle déclare en parlant de l’individu qui les avait braquées elle et sa sœur « j’ai eu envie de tuer cette personne ». Partant de ce sentiment, Véra Belmont y voit une idée de film et se met à la recherche d’un budget. D’une durée de dix minutes, cet entretien donne quelques informations sur la production du film et le casting, mais manque de rythme (le montage laisse à désirer) et nous n’en retenons pas grand-chose à part que Véra Belmont est « pour » l’auto-justice.

La bande-annonce d’Un Condé est également incluse.

L’Image et le son

Quel plaisir de (re)découvrir le film de Serge Leroy en Haute-Définition ! Ce superbe master restauré fait la part belle aux couleurs (le rouge est éclatant) et les contrastes sont léchés du début à la fin. La copie est d’une stabilité à toutes épreuves, le piqué est acéré, le grain argentique respecté et les détails vraiment épatants.

Une piste DTS-HD Master Audio propre, sans souffle et suffisamment dynamique. En revanche, certains propos manquent parfois d’intelligibilité. Pas de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant…


Crédits images : © ESC Edtions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / À l’ombre des potences, réalisé par Nicholas Ray

À L’OMBRE DES POTENCES (Run for Cover) réalisé par Nicholas Ray, disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD le 12 avril 2019 chez Sidonis Calysta

Acteurs : James Cagney, John Derek, Ernest Borgnine, Viveca Lindfors, Jean Hersholt, Grant Withers, Jack Lambert, Ray Teal, Irving Bacon…

Scénario : Winston Miller d’après une histoire originale de Harriet Frank Jr. et Irving Ravetch

Photographie : Daniel L. Fapp

Musique : Howard Jackson

Durée : 1h33

Année de sortie : 1955

LE FILM

Matt Dow et Davey Bishop sont devenus des amis mais, à la suite d’une méprise, ils sont soupçonnés d’avoir attaqué un train. Ils sont arrêtés et finissent par se disculper mais Davey a été gravement blessé. Une de ses jambes est définitivement morte. Matt et Davy sont engagés comme shérifs. Une attaque de banque a lieu…

Entre deux monuments du cinéma américain, Johnny Guitar et La Fureur de vivre, excusez du peu, Nicholas Ray (1911-1979) signe le méconnu et pourtant formidable À l’ombre des potences Run for Cover en 1955. Si les thèmes ne sont pas sans rappeler ceux de son deuxième long métrage, Les Ruelles du malheurKnock on Any Door (1949), avec d’ailleurs le même bouillonnant John Derek en tête d’affiche, Nicholas Ray s’approprie une fois de plus les codes du western pour au final livrer un drame intimiste où l’amitié et l’amour prennent le pas sur les scènes d’action (où apparaît un certain Ernest Borgnine), même si celles-ci sont évidemment inscrites au programme et n’en demeurent pas moins très réussies. De plus, le film offre à l’immense James Cagney, qui venait de tourner pour John Ford et Raoul Walsh, un de ses plus beaux rôles. Son association avec John Derek fait mouche à chaque instant, tandis que certains éléments préfigurent déjà Rebel Without a Cause.

Fraîchement sorti de prison après y avoir passé 6 ans, Matt Dow croise sur sa route un adolescent, Davey Bishop. Ensemble, ils vont être accusés du pillage d’un train à la suite d’un malentendu. Le shérif de la ville va alors tirer sur Davey et le rendre infirme. Matt réussit à prouver leur innocence et transporte Davey chez les Swenson. Il tombe amoureux d’Helga, la fille de la famille, et devient le nouveau shérif de la ville avec Davey pour adjoint. Tandis que des bandits attaquent la banque, Matt découvre que Davey possède quelques secrets bien gardés …

Filmé au coeur des ruines Aztèques de la ville d’Aztec au Nouveau-Mexique, ainsi que dans les vastes plaines de Silverton dans le Colorado, À l’ombre des potences plonge les spectateurs dans de merveilleux paysages dès le générique, tandis que résonne la chanson au titre éponyme. Plutôt que de démarrer son récit par un gunfight, Nicholas Ray prend d’emblée le western à rebrousse-poils en faisant retenir son premier coup de feu au personnage incarné par James Cagney. Comme pour le reste du film, ce qui importe à Nicholas Ray ici c’est avant tout le lien et le quasi-rapport père-fils qui s’instaure entre Matt et Davey.

Le premier, homme mûr, ancien brigand qui a purgé une peine de prison, reconnaît dans le second, âgé de vingt ans, son fils, décédé prématurément il y a une dizaine d’années. Après une mésaventure et un concours de circonstances malheureux qui a bien failli leur coûter la vie, les deux hommes deviennent respectivement shérif et adjoint pour la ville qui avait d’abord voulu les lyncher. Si Matt s’en est sorti miraculeusement sans blessure, Davey a malheureusement perdu l’usage d’une jambe. Matt va alors tout faire pour l’encourager. Jusqu’à ce que le passé de ce dernier ressurgisse.

Nicholas Ray fait preuve d’une virtuosité discrète quand il filme les paysages aux étendues lointaines, au sein desquelles il plonge et perd ses personnages. Nous sommes bel et bien en plein western avec ces splendides décors naturels, cette ville poussiéreuse, ses piliers de bar qui ne pensent qu’à passer la corde au cou de ceux qui viennent perturber la tranquillité de leur petite bourgade. Mais Nicholas Ray filme également les petites gens, dont cette jeune femme Helga (la belle Viveca Lindfors, vue dans Creepshow de Romero et Les Damnés de Joseph Losey) venue de Suède avec son père (Jean Hersholt, Marcus dans Les Rapaces d’Erich von Stroheim, ici dans sa dernière apparition au cinéma), dont le voyage vers la Californie s’est interrompu faute de moyens financiers et qui stagnent en tant que fermiers depuis deux ans.

Outre le portrait d’une jeunesse désoeuvrée, sans avenir et livrée à elle-même avec le personnage de Davey, dont la fureur de vivre évoque celle de James Dean qui explosera à l’écran la même année, Nicholas Ray ne craint pas de laisser une belle place à l’histoire d’amour inattendue entre Matt et Helga. Au-delà de la beauté plastique du film, de la réussite des personnages et des séquences d’action, James Cagney domine la distribution avec un jeu tout en rage contenue et une douceur qui l’est tout autant, l’acteur étant le plus souvent rattaché à ses personnages de sanguins et de violents incarnés dans les années 1930. Si l’on sent évidemment qu’il en faudrait peu pour allumer la mèche et le faire sortir de ses gonds, le comédien livre une prestation exceptionnelle.

Tout cela fait de À l’ombre des potences le grand film sous-estimé et à réhabiliter de Nicholas Ray.

LE BLU-RAY

À l’ombre des potences intègre la prestigieuse collection éditée par Sidonis Calysta. Cette « édition collector Silver » se compose du DVD et du Blu-ray. Le menu principal est animé sur la chanson d’ouverture du film.

Malgré ce que la jaquette indique, point de Bertrand Tavernier au programme. Ce qui est bien dommage. En revanche, Patrick Brion (13’) et François Guérif (12’30) ont bien répondu à l’appel de l’éditeur. Notre préférence se tourne cette fois vers le second, qui donne plus d’indications sur le film qui nous intéresse, mais également sur les thèmes récurrents dans l’oeuvre de Nicholas Ray. Si certains propos tenus font inévitablement écho avec ceux de Patrick Brion, les personnages, la collaboration James Cagney-Nicholas Ray et les partis pris y sont mieux analysés. De son côté, Patrick Brion brasse un peu trop autour du film, qu’il est néanmoins heureux de présenter et surtout de voir éditer dans la collection Sidonis.

L’Image et le son

Signalons d’emblée que le format original n’est pas respecté, en passant du 2.00:1 au cadre 1.78:1. Certains puristes risquent de bougonner. Néanmoins, il faut bien admettre que le master HD proposé ici est franchement superbe. D’une propreté absolue, stable, la copie affiche un très beau lifting. Le grain argentique est heureusement préservé, fin, excellemment géré, tout comme la tenue des contrastes. La clarté est éloquente dès la première séquence (voir le reflet du soleil sur la rivière) avec un piqué étonnant, jamais artificiel, qui permet de découvrir cette œuvre méconnue de Nicholas Ray dans d’excellentes conditions. Ah oui et les couleurs éclatantes ravissent les mirettes, tandis que les fondus enchaînés n’entraînent jamais de décrochages. Du tout bon !

Est-il utile d’indiquer que la version originale est à privilégier ? Pour tout avouer, le doublage français vieillot fait peine à entendre, même si la piste DTS HD Master Audio 2.0 est en bon état, sans souffle. Mais les dialogues y sont nettement moins clairs que sur la piste anglaise, qui est vraiment dynamique, bénéficiant de bons effets annexes et d’une excellente restitution de la musique. Le changement de langue est verrouillé à la volée et les sous-titres français imposés sur la version originale.

Crédits images : © Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test 4K Ultra-HD / Bohemian Rhapsody, réalisé par Bryan Singer

BOHEMIAN RHAPSODY réalisé par Bryan Singer, disponible en DVD, Blu-ray et 4K UHD le 6 mars 2019 chez 20th Century Fox

Acteurs : Rami Malek, Lucy Boynton, Gwilym Lee, Ben Hardy, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander, Allen Leech, Aaron McCusker, Mike Myers…

Scénario : Anthony McCarten

Photographie : Newton Thomas Sigel

Musique : Michael Giacchino

Durée : 2h15

Année de sortie : 2018

LE FILM

Le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie. La vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.

Mouarf…comme le disait François Truffaut, Bohemian Rhapsody est un film malade. Issu d’une longue et pénible gestation, passé entre les mains de plusieurs réalisateurs, qui se sont finalement refilé le bébé après avoir soupçonné dans quel piège on allait les mettre, ce biopic sur Freddie Mercury (1946-1991) est comme qui dirait une illustration « wikipedienne » de l’artiste qu’il voudrait mettre en lumière. C’est finalement Bryan Singer, qui n’a pas signé une seul bon film depuis Walkyrie, qui a hérité de ce projet maudit. Après les désistements successifs de Sacha Baron Cohen et Ben Wisham, et après avoir envisagé Dominic Cooper et Daniel Radcliffe, Rami Malek, découvert dans le rôle d’Ahkmenrah dans la trilogie de La Nuit au musée, puis devenu célèbre en 2015 grâce à la série Mr. Robot, est engagé pour incarner Freddie Mercury, après avoir été adoubé par Brian May et Roger Taylor en personne. On connaît la suite. Bryan Singer est ensuite pris dans quelques scandales sexuels (la production préférera dire « évincé pour des raisons de santé ») et remplacé au pied levé par Dexter Fletcher, qui avait été un temps pressenti pour réaliser Bohemian Rhapsody, lui-même metteur en scène du prochain biopic consacré à Elton John, Rocketman. Qui a fait quoi ? Ce serait difficile à dire, même si l’éviction de Singer ne s’est faite qu’à deux ou trois semaines de la fin du tournage. Toujours est-il que ce portrait de Freddie Mercury déçoit par son manque d’audace et d’intérêt, sa réalisation mollassonne et par son rythme en dents de scie qui peine à emporter le spectateur jusqu’au bout de ses 135 minutes. Rendez-nous Control, Walk the Line, Bird, Shine, Velvet Goldmine, ou le récent et magnifique Love & Mercy : La Véritable Histoire de Brian Wilson des Beach Boys !

En 1970, Farrokh Bulsara, un immigré parsi, est étudiant en art et travaille comme bagagiste à l’aéroport de Londres-Heathrow. Un soir, dans une petite boîte de nuit, il découvre sur scène le groupe de rock Smile, alors composé du guitariste Brian May, du batteur Roger Taylor et du chanteur-bassiste Tim Staffell. Ce dernier annonce aux deux autres qu’il a décidé de quitter la formation pour rejoindre un autre groupe qui lui semble plus prometteur. Après le concert, Farrokh se présente à Brian May et Roger Taylor, qui sont alors dépités. Ils ne prennent pas au sérieux ce jeune homme au look étrange et Roger Taylor, alors étudiant en médecine dentaire, se moque même de sa denture si particulière, mais Farrokh leur fait une démonstration de ses capacités en chant qui les fait changer d’avis. Après des débuts hésitants, ils sont rejoints par le bassiste John Deacon. Le groupe se renomme Queen, alors que Farrokh choisit comme nouveau nom Freddie Mercury, malgré les réticences de son père. Le groupe commence à se faire remarquer, notamment par les performances scéniques de Freddie, qui demande par ailleurs en mariage Mary Austin, une vendeuse de vêtements qu’il fréquente depuis plusieurs mois et qui l’aide à créer ses costumes de scène. Le groupe va imposer son style et Freddie a une idée pour un album qui succédera au succès de Killer Queen. Après plusieurs semaines d’enregistrement dans un studio en pleine campagne, Queen présente Bohemian Rhapsody, qui ne convainc pas le producteur Ray Foster d’EMI, trouvant les paroles confuses et le morceau trop long pour être diffusé à la radio. Queen quitte le label et fait passer le single dans des petites radios, créant un engouement populaire. Pendant ce temps, le couple Mary-Freddie bat de l’aile : Freddie veut sa liberté et se sent davantage attiré par les hommes. Au fil des années, le groupe enchaîne les tournées et les albums, Freddie organise des soirées exubérantes dans sa nouvelle maison, à côté de celle où il a installé Mary. S’installe alors une certaine routine entre enregistrements d’albums et longues tournées internationales. Voyant que les autres membres du groupe ont désormais une vie de famille, Freddie a des envies d’ailleurs. Il se brouille avec les trois autres membres du groupe.

On connaît la suite. Freddie Mercury part enregistrer son premier album solo et la réconciliation du chanteur avec le reste du groupe se fera autour du concert Live Aid le 13 juillet 1985 au stade de Wembley. Bref, Bohemian Rhapsody suit le cahier des charges bien élimé du « parfait petit biopic », sans aucune surprise, en suivant un chemin bien trop balisé. Succès, pétage de câble, fêtes décadentes, sexe (mais point trop, surtout que l’homosexualité est presque montrée comme une malédiction), drogue, alcool, reprise en main, rédemption, de nouveau au top. Bohemian Rhapsody passe en revue quinze années du groupe Queen et des aventures de Freddie Mercury, en transformant la véritable histoire quand il le faut.

En résulte une œuvre souvent interminable, où les séquences s’enchaînent comme des perles sur un collier, sans jamais rendre les personnages attachants. Bohemian Rhapsody est devenu un film bâtard, que s’est approprié le producteur Graham King (Ali, Gangs of New York, Traffic, The Town, World War Z). Malgré tout et en dépit des critiques en grande partie négatives, Bohemian Rhapsody est devenu le biopic le plus lucratif de l’histoire du cinéma en dépassant la barre des 900 millions de dollars de recette pour une mise de départ de 52 millions, dont près de 4,5 millions de spectateurs en France. Le mimétisme, il est vrai souvent dingue du comédien Rami Malek a visiblement fait son effet auprès du public, qui ne s’est d’ailleurs jamais lassé d’écouter Queen. Ce serait mentir de dire que les comédiens ne sont pas bons et excellemment castés. Mention spéciale à Gwilym Lee, parfait dans la peau de Brian May et on apprécie de revoir Joseph Mazzello, ici John Deacon, le bassiste du groupe, qui interprétait le petit Tim dans Jurassic Park de Steven Spielberg ! Alors oui on en prend plein les yeux avec une multitude de costumes extravagants, de lumières éclatantes (belle photo de Newton Thomas Sigel, collaborateur complice de Bryan Singer), de décors en tous genres, tout comme le film fait office de juke-box en enchaînant les tubes du groupe. Mais tout est ici bien trop mécanique et artificiel (comme la prothèse dentaire du comédien), comme la séquence finale qui reproduit quasiment en temps réel la performance de Queen au Live Aid.

Bohemian Rhapsody rejoint Ray de Taylor Hackford au rayon des biopics sans âme. Ce qui n’a pas empêché le film de repartir avec quatre statuettes aux Oscar en 2019, dont celle du meilleur acteur pour Rami Malek (également lauréat du Golden Globe, du Screen Actors Guild Awards et du BAFTA) et du meilleur montage pour John Ottman.

LE BLU-RAY

Qu’il soit réussi ou non, Bohemian Rhapsody bénéficie d’une superbe édition 4K Ultra-HD chez Fox. Cette édition se compose du Blu-ray et du disque full HD, sérigraphiés à l’occasion comme un disque vinyle, mauve pour le Blu-ray, noir pour le 4K. Les menus principaux, animés et musicaux des deux galettes sont les mêmes.

Le seul supplément en commun des deux disques est le concert Live Aid reconstitué pour le film, disponible dans son intégralité (22’), autrement dit agrémenté des deux chansons manquantes, A Little Thing Called Love et We Will Rock You.

Le reste des suppléments donne la parole au producteur Graham King, à Brian May et Roger Taylor, aux comédiens du film, aux différents techniciens (chef opérateur, maquilleuse, décorateur, costumier)…mais…mais…il est où le réalisateur ? Aucune trace de Bryan Singer, ni de son remplaçant. Personne ne fait allusion au metteur en scène et aucune image ne montre un réalisateur à la barre de Bohemian Rhapsody. En réalité, Graham King s’octroie tous les « mérites » en expliquant que ce projet lui tenait à coeur depuis le début des années 2000 et qu’il s’est battu pour le concrétiser. Il n’est jamais fait mention non plus des différents choix d’acteurs pour interpréter Freddie Mercury. Nous nous retrouvons donc avec trois modules d’une durée de 20 minutes en moyenne chacun. Le premier est consacré à la transformation (jusqu’au choix de la prothèse dentaire) et au travail de Rami Malek, le second au groupe proprement dit et le dernier segment se concentre sur la reconstitution du Live Aid, avec un gros plan sur les effets spéciaux, qui sont d’ailleurs très (voire trop) voyants dans le film. Des propos à foison, tous évidemment criant au génie sur un tel, des images de tournage souvent rapides qui dissimulent constamment qui se trouve derrière la caméra, tout cela est compilé proprement, mais cela n’empêche pas de trouver cela suspect.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

L’image chiadée bénéficie d’un codec de haut niveau, renforçant les contrastes, ainsi que les détails aux quatre coins du cadre large. Voici typiquement le genre de film qui tire entièrement parti de cette élévation en Full Haute Définition grâce au HDR10+, nouveauté chez Fox. Les visages des comédiens peuvent être analysés sous toutes les coutures, tout comme les costumes avec les matières palpables, les coiffures, jusqu’à la moustache de Rami Malek. Les couleurs sont flamboyantes, les contrastes dingues, la photo seventies du chef opérateur Newton Thomas Sigel est resplendissante, le piqué aiguisé comme la lame d’un scalpel. Le nec plus ultra de la 4K UHD, c’est sublime. Mention spéciale à la luminosité du Live Aid, éblouissante, même si les effets spéciaux ressortent malheureusement encore plus qu’en Blu-ray.

Alors là, chapeau ! Montez le volume, car c’est du très grand spectacle ! Le mixage Dolby Atmos (compatible Dolby True HD 7.1) se révèle particulièrement explosif et immersif. Les frontales et les latérales rivalisent de dynamisme, les chants sont exsudés avec force, la spatialisation est démentielle et le caisson de basses participe joyeusement à toutes les séquences musicales. Chaque note de guitares et de piano, chaque percussion résonne et crèvent les tympans, notamment lors du Live Aid avec son quart d’heure ininterrompu de tubes et les acclamations des 100.000 spectateurs. On en redemande et restez jusqu’au générique pour le démentiel The Show Must Go On que nous n’avions jamais entendu ainsi ! En revanche, la version française doit se contenter d’une DTS 5.1…forcément moins percutante.


Crédits images : © 20th Century Fox / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / A Star is Born, réalisé par Bradley Cooper

A STAR IS BORN réalisé par Bradley Cooper, disponible en DVD, Blu-ray et 4K UHD le 20 février 2019 chez Warner Bros.

Acteurs : Lady Gaga, Bradley Cooper, Sam Elliott, Andrew Dice Clay, Rafi Gavron, Anthony Ramos, Dave Chappelle, Ron Rifkin…

Scénario : Eric Roth, Will Fetters, Bradley Cooper d’après l’histoire originale de William A. Wellman et Robert Carson

Photographie : Matthew Libatique

Musique : Julia Michels, Julianne Jordan, Lady Gaga

Durée : 2h15

Année de sortie : 2018

LE FILM

Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu’ils tombent follement amoureux l’un de l’autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d’elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin…

Dans What Price Hollywood ?, une oeuvre méconnue et injustement oubliée dans la filmographie de George Cukor sortie sur les écrans en 1932, le réalisateur prenait pour cible les studios américains et la recherche de la célébrité, en n’épargnant personne et surtout pas le système hollywoodien et du vedettariat avec une sublime ironie. Le style Cukor y prenait alors son envol avec un rythme endiablé, des répliques qui fusent à cent à l’heure en se chevauchant. Considéré comme l’un des meilleurs films sur les coulisses de l’Age d’or d’Hollywood où les stars se font et disparaissent en un claquement de doigts, What Price Hollywood ? faisait découvrir au spectateur l’envers du décor en dévoilant ce qui se cache derrière le strass et les paillettes du cinéma américain. L’alcool est dévastateur, l’industrie (ennuyeuse) broie ses employés, les coups bas demeurent chroniques.

Rétrospectivement, What Price Hollywood ? apparaît presque comme un prologue à Une Etoile est née que William A. Wellman réalisera en 1937. Alors que George Cukor avait décliné la première version d’Une Etoile est née, il accepte d’en réaliser un remake en 1954 à travers un drame musical. Il en reprend la trame originale inspirée à l’époque de l’histoire du comédien John Barrymore, vedette déchue dont l’alcool ruina la carrière. Disposant de moyens conséquents, des stars James Mason et Judy Garland, de décors grandioses et du Technicolor flamboyant, ce grand classique hollywoodien n’a certes pas la même force que le film original, mais demeure un grand et beau divertissement. Parallèlement, Une Etoile est née signait le grand retour de Judy Garland devant la caméra après de nombreux ennuis de santé, plusieurs dépressions nerveuses, des sautes d’humeur, de multiples hospitalisations, un divorce difficile, une dépendance aux médicaments et à l’alcool qui l’avait conduite à une tentative de suicide en 1950. Malgré toute la bonne volonté du monde, la chanteuse et comédienne apparaît fatiguée dans le film de George Cukor. Ses chorégraphies demeurent lourdes, comme si l’actrice était lestée de poids dont elle n’arrivait pas à se débarrasser. Finalement, Une Etoile est née vaut encore aujourd’hui beaucoup plus pour son histoire dramatique, liée de manière troublante au parcours de la comédienne, que pour ses scènes chantées et dansées, qui arrivent souvent comme un cheveu sur la soupe et restent surtout trop longues. James Mason parvenait sans mal à lui voler la vedette en livrant une prestation extraordinaire.

En 1976, Frank Pierson réalise un autre remake éponyme avec Barbra Streisand et Kris Kristofferson dans les rôles principaux, sur lequel nous ne nous attarderons pas. C’est alors que ressurgit à Hollywood l’idée d’un nouveau remake de A Star is Born en 2011. Clint Eastwood est longtemps associé au projet, pour lequel il envisage de diriger Beyoncé Knowles. Cette dernière tombe enceinte. Le réalisateur rencontre plusieurs acteurs supposés donner la réplique à la chanteuse. Leonardo DiCaprio, Will Smith, Christian Bale, Tom Cruise et Johnny Depp refusent la proposition. En 2012, Beyoncé se retire du projet, tandis que Bradley Cooper entre en scène et sa partenaire envisagée Esperanza Spalding. Trois ans plus tard, coup de théâtre. Beyoncé revient dans la partie, Clint Eastwood est parti vaquer à d’autres occupations, tandis que Bradley Cooper y voit l’occasion de faire ses premiers pas devant la caméra. Un an plus tard, nous voilà donc rendus en 2016, Stefani Germanotta alias Lady Gaga est retenue pour tenir le rôle-titre. La production du film est enfin lancée, Bradley Cooper sera à la fois le metteur en scène et partagera l’affiche avec sa partenaire.

Alors certes, cette nouvelle version de A Star is Born ne rivalise jamais avec la mise en scène fluide, aérienne, souvent inspirée et sophistiquée de George Cukor (qui en était quand même à son 37e film et son premier en couleur par ailleurs), Bradley Cooper n’a d’ailleurs jamais eu cette prétention de rivaliser avec les précédentes moutures. Toutefois, cette version 2018 est une belle et grande réussite. Le nouveau réalisateur a visiblement bien appris auprès de Clint Eastwood (attaché finalement à la production) et de David O. Russell. Son premier long métrage est élégant, lent, mais le rythme est maîtrisé et surtout le cinéaste fait la part belle aux comédiens qui l’entourent. S’il est impeccable lui-même face à la caméra, y compris en jouant de la guitare et en poussant la chansonnette, l’immense révélation du film reste bien évidemment Lady Gaga. Enfin révélation façon de parler puisque « incarnant » déjà un personnage sur scène, nous savions déjà que Stefani Germanotta était déjà une grande comédienne. Débarrassée de son maquillage derrière lequel elle s’efface habituellement, tout comme de ses costumes outranciers (y compris à base de viande), Lady Gaga crève l’écran. Son immense sensibilité, son charisme, sa voix, bref sa présence est incroyable. Bradley Cooper ne s’est pas trompé en lui confiant ce rôle, par ailleurs très proche de ce que l’interprète a réellement vécu. L’alchimie des deux acteurs est indéniable.

Certes, tout n’est pas parfait loin de là dans A Star is Born. On préférera la première heure centrée sur la rencontre entre les deux personnages principaux, les débuts sur scène d’Ally avec Jackson, puis sur ses premiers succès, plutôt que le reste avec cette ascension trop fulgurante d’Ally à notre goût, grâce à ses musiques et chansons qui laissent franchement dubitatifs. Le personnage d’Ally passe alors au second plan et le récit se recentre sur la déchéance de Jackson. Heureusement, Bradley Cooper, formidable acteur, campe un personnage bouleversant et signe une de ses meilleures prestations. Mention spéciale également à Sam Elliott, superbe dans le rôle du frère de Jackson.

Produit pour un budget « modeste » de 35 millions de dollars, A Star is Born a été un triomphe dans le monde entier. Plus de deux millions de spectateurs français se sont rendus dans les salles, tandis que le tiroir-caisse de la Warner a engrangé près de 450 millions de dollars. Le film a ensuite été récompensé plus de soixante fois, y compris par l’Oscar et le Golden Globe de la meilleur chanson pour le désormais incontournable Shallow. Ça y est, vous l’avez à nouveau dans la tête.

LE BLU-RAY

Nous avons reçu le Blu-ray de A Star is Born dans son édition Steelbook déjà épuisée…Le contenu du disque de la version « Blu-ray standard » est évidemment le même. Le menu principal est fixe et musical. Notons que Warner a d’ores et déjà annoncé une version longue du film prévue pour le 5 juin 2019, qui sera disponible en version longue dite « Encore » et qui comprendra douze minutes supplémentaires.

Le making of (30’) disponible sur cette édition donne la parole à Bradley Cooper, entouré de ses principaux comédiens et des collaborateurs artistiques de Lady Gaga. De nombreuses images dévoilent l’envers du décor, la préparation au chant et à la guitare du réalisateur/acteur, tandis que les propos ne manquent pas d’intérêt, surtout quand Lady Gaga se livre sur les points communs entre son personnage et sa propre vie. Nous n’échappons pas au concours de louanges, mais tout est ici sincère, pudique et très sensible.

Cette édition comprend également trois séances d’improvisations : Baby what you want me to do par Bradley Cooper (2’), Midnight Special par Bradley Cooper et Lady Gaga (8’) et Is that alright par Lady Gaga (1’30). La seconde est en réalité le premier test d’alchimie vocale réalisé chez la chanteuse, alors que Bradley Cooper ne s’y attendait pas.

Enfin, quatre clips vidéos, dont Shallow, sont également au programme.

L’interactivité se clôt sur un raccourci vers chaque chanson du film

L’Image et le son

On ne saurait faire mieux. Pour son premier long métrage, Bradley Cooper a jeté son dévolu sur le talentueux et éclectique chef opérateur Matthew Libatique (Tigerland, Gothika, les deux premiers Iron Man, The Fountain, Black Swan). Les partis pris esthétiques originaux sont magnifiquement rendus à travers ce Blu-ray d’une folle élégance avec des couleurs saturées. Le piqué est affûté, les contrastes fabuleusement riches, les détails sont abondants aux quatre coins du cadre large comme sur les gros plans, tandis que le codec AVC consolide l’ensemble avec fermeté, y compris sur les très nombreuses scènes se déroulant dans la pénombre ou en intérieur.

Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre deux mixages Dolby Atmos particulièrement bluffants, surtout dans les scènes chantées, mais également dans les séquences plus calmes. En fait, toutes les scènes peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales, avec des effets qui environnent le spectateur. Les effets annexes sont présents et dynamiques. De son côté, le caisson de basses souligne efficacement chacune des actions au moment opportun. La spatialisation est en parfaite adéquation avec le ton du film. Etonnamment, la version française l’emporte systématiquement sur son homologue. Cela est valable également pour les deux pistes DTS-HD Master Audio, certes moins percutantes, mais qui assurent du début à la fin.


Crédits images : © Warner Bros. / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Un beau voyou, réalisé par Lucas Bernard

UN BEAU VOYOU réalisé par Lucas Bernard, disponible en DVD le 7 mai 2019 chez Pyramide Vidéo

Acteurs : Charles Berling, Swann Arlaud, Jennifer Decker, Jean-Quentin Châtelain, Erick Deshors, Anne Loiret, Pierre Aussedas, Marina Moncade, Victor Pontecorvo…

Scénario : Lucas Bernard

Photographie : Alexandre Léglise

Musique : Christophe Danvin

Durée : 1h40

Année de sortie : 2019

LE FILM

Le commissaire Beffrois attend la retraite avec un enthousiasme mitigé quand un vol de tableau retient son attention. Est-ce l’élégance du procédé ? L’audace du délit ? La beauté de l’œuvre volée ? Beffrois se lance à la recherche d’un voleur atypique, véritable courant d’air, acrobate à ses heures.

Ancien assistant opérateur de Tonie Marshall sur France Boutique, de Coline Serreau sur Saint-Jacques… La Mecque, également directeur de la photographie et écrivain (Les Lacets rouges, FDS Seuil), Lucas Bernard signe Un beau voyou, son premier long métrage. Très belle réussite et prometteur, ce film doux-amer, difficile à classer, joue avec les genres et les ruptures de tons pour mieux surprendre les spectateurs qui pourraient se prendre au jeu concocté par le réalisateur. Le trio vedette Charles Berling, Swann Arlaud et Jennifer Decker sont excellents, formidablement dirigés et prennent visiblement beaucoup de plaisir à se donner la réplique.

Précédemment scénariste et metteur en scène d’un très bon court-métrage intitulé La Place du mort (2014) avec Christian Benedetti et Anne Loiret, Lucas Bernard passe donc le cap du « grand format » avec Un beau voyou. Comme souvent dans un premier long métrage, moult sujets sont abordés. Le cinéaste trouve le bon équilibre et croise à la fois le départ d’un flic à la retraite, une histoire d’amour, le récit d’un vol de tableaux, le portrait d’un trentenaire trouble et ambigu, le deuil, la filiation. Là où la plupart se seraient perdus en chemin en privilégiant un sujet plutôt que l’autre, tout en délaissant la plupart des bases posées ici et là en début de film, Lucas Bernard imbrique et entrecroise les personnages, les sensibilités et les destinées.

Volontairement « old school » dixit le réalisateur, le personnage de François Albagnac, dit Bertrand ou Antoine, incarné par Swann Arlaud qui venait alors de recevoir le César tellement mérité pour Petit paysan d’Hubert Charuel, est un voleur qui renvoie au «Chat » interprété part Cary Grant dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock, sans complice, se faufilant par les toits. Son « adversaire » est un commissaire qui se prépare à fêter son départ à la retraite, qui arbore des chemises fleuries, avec un sourire cynique constamment collé au visage. Veuf, sa femme lui a laissé deux garçons dans la trentaine, ainsi que certaines connaissances pointues en matière d’art. En ayant « marre des délits qui sentent la misère », Beffrois, merveilleusement incarné par Charles Berling au jeu toujours aussi frais, souhaiterait finir sa carrière sur un beau coup. Et s’il mettait la main sur le voleur de tableaux avant d’aller tailler ses rosiers ?

Un beau voyou est un film lumineux, vraisemblablement tourné en plein été, avec des couleurs vives et une clarté omniprésente. Pourtant, les portraits dressés des protagonistes sont plutôt sombres. Beffrois tente de se remettre de la mort de son épouse et de réapprendre à communiquer avec ses deux fils, tandis que Bertrand, sans véritable domicile fixe (ses parents ne savent d’ailleurs même pas où il habite), passe d’arnaque en arnaque en usurpant l’identité de certains quidams, tout en se transformant en voleur félin la nuit où les toits de Paris (très bien filmés d’ailleurs, notamment lors d’une poursuite à la Peur sur la ville) deviennent son domaine. La rencontre avec Justine va bouleverser quelque peu son quotidien.

Ce que l’on apprécie dans Un beau voyou c’est d’abord les comédiens, dont le jeu et les parcours diffèrent, mais qui pourtant s’assemblent royalement pour donner au film une identité propre et inattendue. Charles Berling bouffe l’écran et compose une vraie figure de flic qui a visiblement connu toutes les arnaques dans son commissariat du XVIIIe arrondissement, un peu à la Philippe Noiret dans Les Ripoux. La scène d’ouverture où il offre « un jus » au jeune voleur pris en flagrant délit dans son propre appartement installe d’emblée le personnage. Immédiatement attachant, Beffrois se révèle par strates et sa dernière scène est absolument jubilatoire. Swann Arlaud est également admirable dans la peau du « Beau voyou » instable et roublard. La trop rare à l’écran Jennifer Decker de la Comédie Française, est à se damner et son regard ardent vole toutes les scènes où elle apparaît.

Comédie-dramatique policière à la fois sensuelle, romanesque et fantaisiste, bref inclassable, très attachante et dynamique, Un beau voyou est une des très belles surprises de l’année 2019 dont on retient d’ores et déjà le nom de son auteur, Lucas Bernard.

LE DVD

Le test du DVD d’Un beau voyou, disponible chez Pyramide Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Nous ne manquons jamais de saluer un éditeur quand il décide de proposer des courts-métrages en guise de supplément. C’est le cas ici avec tout d’abord l’excellent film La Place du mort (21’), réalisé par Lucas Bernard en 2014. Georges (Christian Benedetti), juge de province, percute et tue un homme assis sur une route de campagne. Ne semblant pas bouleversé par sa mésaventure, il arrive à l’heure au tribunal. Mais une inconnue, Carole Favourier (Anne Loiret) se glisse dans la salle d’audience et le regarde rendre justice.

Egalement présent, l’essai intitulé La Part disponible (2013, 7’) dans lequel Lucas Bernard se penche sur l’héritage familial à travers une collection d’anciennes cartes postales. Un montage troublant sur le temps qui passe («mais surtout qui s’accélère » dit le narrateur) constitué d’images Super 8, de photographies, de bobines, de cassettes…

Emergence est une fabrique pour le cinéma et la fiction créée en 1998. Sa vocation est de soutenir la jeune création et de révéler des talents. Chaque année, les réalisateurs sélectionnés tournent deux scènes de leur scénario avec les acteurs et les équipes techniques du long métrage en développement. En 2015, Lucas Bernard a participé à Emergence, dans le cadre de la préparation d’Un beau voyou, alors que le film s’intitulait encore Une histoire de l’art (8’). Nous retrouvons Jennifer Decker et Swann Arlaud, dans une scène finalement non retenue pour le film, mais qui est évoquée lors du repas. Il s’agit du moment où le père de Justine la surprend au lit avec Bertrand.

Ne manquez pas les essais costumes des comédiens (9’30), très beaux, durant lesquels les protagonistes regardent la caméra et récitent visiblement une tirade de leur choix.

Enfin, deux scènes coupées viennent compléter cette section (6’). La première montre la confrontation entre Beffrois et le mari victime du vol, qui vient comme par enchantement de retrouver sa toile dérobée. La seconde, beaucoup plus émouvante, montre la confrontation entre Beffrois et ses deux fils, dans un café, où la mort de la mère-épouse est enfin abordée.

L’Image et le son

Point d’édition HD pour Un beau voyou, mais le DVD proposé par Pyramide Vidéo est tout point lumineux. Les couleurs sont vives, le piqué constant, les contrastes fermes. Aucun problème constaté, les gros plans regorgent de détails et les scènes nocturnes sont également élégantes.

Bien qu’elle soit essentiellement musicale, la spatialisation instaure un réel confort acoustique. Par ailleurs, les quelques effets glanés ici et là sur les enceintes arrière permettent de plonger le spectateur dans une atmosphère probante. Sans surprise, le caisson de basses n’intervient pas dans cette histoire, ou seulement lors de la scène de la poursuite sur les toits. Les voix demeurent solidement plantées sur la centrale, la balance frontale étant quant à elle riche et savamment équilibrée. Une option Stéréo est également au programme, ainsi qu’une piste Audiodescription et les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © Pyramide Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Miracle en Alabama, réalisé par Arthur Penn

MIRACLE EN ALABAMA (The Miracle Worker) réalisé par Arthur Penn, disponible le 16 avril 2019 en DVD et Blu-ray chez Rimini Editions

Acteurs : Anne Bancroft, Patty Duke, Victor Jory, Andrew Prine, Inga Swenson, Kathleen Comegys…

Scénario : William Gibson d’après sa pièce de théâtre

Photographie : Ernesto Caparrós

Musique : Laurence Rosenthal

Durée : 1h46

Année de sortie : 1962

LE FILM

Helen Keller a 12 ans. Elle ne voit pas, n’entend pas et présente tous les symptômes d’une déficience mentale. Ses parents font appel à Annie Sullivan, éducatrice aux méthodes révolutionnaires, et elle-même mal-voyante. Les premiers contacts entre l’enfant et l’éducatrice sont difficiles et parfois violents.

Aux Etats-Unis, Helen Keller (1880-1968) fait figure de sainte. Auteure, conférencière et militante politique américaine, elle devient sourdaveugle à l’âge d’un an et demi des suites d’une fièvre. Elle grandit difficilement dans sa famille, impuissante face à son handicap. Il faudra attendre son septième anniversaire, pour que la jeune fille parvienne à s’extraire de son isolement grâce à l’obstination et à l’acharnement d’Anne Mansfield Sullivan (1866-1936), sa professeure et éducatrice, qui parvient à instaurer avec elle un langage, permettant à Helen Keller de s’épanouir en apprenant à communiquer. Plus tard elle devient la première personne handicapée à obtenir un diplôme universitaire. Elle écrira une douzaine de livres et d’articles tout au long de sa vie, devenant ainsi un modèle pour les individus handicapés. Admirée dans le monde entier, la vie d’Helen Keller aura ainsi inspiré un ballet, la télévision, le théâtre, avant d’être transposée au cinéma. Avant son premier long métrage pour le cinéma, Le Gaucher (1958), Arthur Penn (1922-2010) signe un téléfilm de 90 minutes intitulé The Miracle Worker, avec Teresa Wright dans le rôle d’Annie Sullivan et Patty McCormack dans celui d’Helen Keller. Record d’audience sur la chaîne CBS en cette année 1957. L’année suivante, suite à l’échec critique et commercial du Gaucher, Arthur Penn se tourne vers le théâtre et transpose à nouveau le script de William Gibson, lui-même adapté du livre d’Helen Keller (Sourde, muette, aveugle : histoire de ma vie). La pièce interprétée par Anne Bancroft et Patty Duke est un triomphe à Broadway, où elle est jouée plus de 700 fois. Un Tony Award viendra récompenser Anne Bancroft et son metteur en scène. Arthur Penn décide alors d’adapter la pièce au cinéma, en confiant les deux rôles principaux à ses comédiennes qu’il avait dirigées sur scène. Miracle en Alabama est un chef d’oeuvre absolu du septième art, probablement l’un des plus beaux films de tous les temps.

Quel choc ! Arthur Penn filme ses deux protagonistes comme deux adversaires lâchés sur le ring ou même sur un champ de bataille. A l’aide d’une caméra portée, au plus près des personnages d’Helen et d’Annie, le réalisateur filme l’impensable. La jeune fille mitraille sa préceptrice de gifles, qui rétorque également et de plus en plus violemment. Helen Keller, seule dans sa prison de chair, se retrouve face à une présence coriace, qui semble décidée – entre autres – à ne pas la laisser piocher à sa guise dans les assiettes des autres – sa famille avait alors renoncé à l’idée de lui donner une quelconque éducation, tiraillée entre amour, pitié et sentiment de culpabilité – en se nourrissant avec les doigts. LA scène centrale du film étant celle où Annie tente d’apprendre à Helen, à se servir de sa fourchette, assise à table. Une vraie séquence éprouvante, tout droit tirée d’un film de guerre ou d’action où les deux femmes se mordent, se frappent, s’attrapent, se lancent de l’eau à la figure, cassent le mobilier, se jettent à terre, s’agrippent. Puis reprennent leur souffle avant qu’Helen reparte de plus belle, tandis qu’Annie, visage fermé, l’attrape à nouveau.

On reste estomaqués encore aujourd’hui par la puissance extraordinaire du jeu des stupéfiantes têtes d’affiche, Anne Bancroft (le studio aurait alors préféré Audrey Hepburn ou Elizabeth Taylor) et Patty Duke, toutes deux récompensées par un Oscar. Si l’âge d’Helen a été changé pour les besoins du film – une jeune comédienne de sept ans aurait eu du mal à se mettre dans la peau du personnage – Miracle en Alabama se focalise sur cette relation troublante, violente et explosive, en respectant la véritable histoire d’Helen Keller. Dans un N&B somptueux concocté par le directeur de la photographie Ernesto Caparrós, Arthur Penn utilise pas moins de trois caméras tournant en simultanée pour obtenir le maximum d’angles lors des diverses confrontations de ses personnages. Celle du repas susmentionné aura nécessité quatre jours de tournage. Patty Duke est ahurissante dans la peau d’Helen Keller, mais Anne Bancroft l’est tout autant en composant une femme traumatisée par une enfance placée sous le signe du handicap (elle est mal-voyante) et marquée par la mort de son frère invalide. Face à l’hostilité d’Helen et de ses parents effrayés par ses méthodes, Annie fonce tête baissée, comme si elle jouait sa propre vie à travers cette mission qui lui a été confiée. Quelques flashbacks apparaissent en surimpression, mettant à nu la psyché perturbée d’Annie, luttant quotidiennement contre des cauchemars et visions.

Point de conflit armé dans Miracle en Alabama, même si le spectre de la Guerre de Sécession plane sur cette propriété du sud des Etats-Unis où l’esclavagisme est encore présent, mais cela n’empêche pas les deux femmes de s’affronter corps et âme. Jusqu’au dénouement où la communication s’instaure enfin, où les doigts tendus et les mains tordues prennent tout leur sens pour Helen qui s’éveille et renaît enfin au contact d’une eau baptismale. La famille d’Helen, alors de plus en plus sceptique, comprend enfin. Les méthodes d’Annie – utiliser les sens dont Helen disposait, le toucher, le goût, l’odorat, pour l’éveiller – ont payé, elle qui était alors persuadée depuis le début que les fonctions intellectuelles d’Helen étaient intactes.

Arthur Penn n’a pas peur de jouer avec l’antipathie première inspirée par les personnages. Pourtant, le spectateur ne peut détacher ses yeux de ce spectacle immense, de cette intensité et de ce feu ardent qui crèvent l’écran chaque seconde, qui refuse alors tout pathos et se permet même quelques pointes d’humour inattendues. A la fin, les nerfs des personnages comme ceux des spectateurs se relâchent, les corps s’effondrent, les larmes coulent et les sourirent éclairent les visages.

LE BLU-RAY

C’est un vrai miracle oui ! L’immense chef d’oeuvre d’Arthur Penn est enfin disponible en Blu-ray en France chez Rimini Editions, plus de quinze ans après une sortie en DVD chez MGM, aujourd’hui épuisée. Le disque est installé dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. Disposé dans le boîtier, nous trouvons un très beau livret de 36 pages écrit par Christophe Chavdia.

C’est devenu l’un de nos chouchous sur Homepopcorn.fr, Frédéric Mercier (Transfuge, Le Cercle) nous propose une fantastique analyse de Miracle en Alabama (35’). Vous saurez tout sur la genèse du film qui nous intéresse, ainsi que sur le casting, les trois adaptations de la vie d’Helen Keller par Arthur Penn (à la télévision, au théâtre, puis au cinéma), mais aussi sur les thèmes abordés. Dans un second temps, Frédéric Mercier explique pourquoi selon-lui Miracle en Alabama rompt avec les codes alors en usage à Hollywood au début des années 1960, mettant ainsi en relief la modernité toujours intacte du film, par ailleurs replacé dans l’oeuvre de son réalisateur. Le fond et la forme sont ainsi habilement croisés, avec des propos toujours posés et passionnants. On savoure chaque propos en espérant retrouver le critique, déjà présent sur les opus de Billy Wilder édités chez Rimini, sur de prochains titres.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

La copie HD proposée est très impressionnante. Premièrement, la restauration effectuée est absolument sidérante de beauté et aucune scorie (ou presque) n’a survécu au lifting numérique. Les noirs sont denses, les blancs éclatants, la gestion des contrastes magnifique et le piqué affiche une précision hallucinante. Le codec AVC consolide l’ensemble, les fondus enchaînés sont fluides et n’occasionnent aucun décrochage et le grain argentique demeure flatteur, volontairement plus accentué sur les réminiscences d’Annie. Toutes les scènes, en intérieur comme en extérieur, arborent un relief et une restitution des matières fort étonnants. Le Blu-ray est au format 1080p (AVC).

Bien que le doublage français soit réussi et dispose d’un écrin DTS-HD Master Audio 2.0, privilégiez la version originale encodée dans les mêmes conditions. Le confort acoustique y est plus agréable, les petites ambiances appréciables, malgré un léger souffle et des dialogues un peu chuintants, surtout durant le dernier acte. La piste française s’en sort néanmoins fort bien, même si les voix y sont plus sourdes. Notons que le film démarre directement en Audiodescription. L’éditeur joint également les sous-titres français, destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © Playfilm Productions / MGM / Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Dark Murders, réalisé par Alexandros Avranas

DARK MURDERS (Dark Crimes) réalisé par Alexandros Avranas, disponible le 2 mai 2019 en DVD et Blu-ray chez Condor Entertainment

Acteurs : Jim Carrey, Marton Csokas, Charlotte Gainsbourg, Kati Outinen, Vlad Ivanov, Robert Wieckiewicz, Agata Kulesza, Piotr Glowacki…

Scénario : Jeremy Brock d’après l’article de David Grann

Photographie : Michal Englert

Musique : Richard Patrick

Durée : 1h32

Année de sortie : 2016

LE FILM

Un puissant homme d’affaires est retrouvé sauvagement assassiné. L’enquête est confiée à Tadek, flic intègre et désabusé, en quête de réhabilitation suite à une précédente affaire qui a mal tourné. Très vite, ses soupçons se portent sur un auteur de polar, dont le dernier roman décrit les moindres détails du meurtre, pourtant gardés confidentiels. Peu à peu, l’enquête plonge Tadek dans un monde souterrain pervers et terrifiant, où cohabitent sexe et corruption. Obsédé par cette affaire dont les enjeux le dépassent, saura-t-il affronter ses propres secrets les plus sombres afin de découvrir la terrifiante vérité ?

Le dernier triomphe de Jim Carrey, Bruce tout-puissant, remonte déjà à 2003. Il y a plus de quinze ans que le comédien, qui fut un temps le mieux payé de l’histoire du cinéma et l’un des plus rentables des années 1990, remplissait les salles sur son seul nom. Malgré l’instantané culte Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry en 2004 et les succès relatifs des Désastreuses aventures des orphelins Beaudelaire, Braqueurs amateurs, Le Nombre 23, Yes Man, Le Drôle de Noël de Scrooge, les années 2010 ont été quelque peu houleuses pour Jim Carrey. Si I Love You Phillip Morris de Glenn Ficarra et John Requa était on ne peut plus sympathique, M. Popper et ses pingouins et Dumb & Dumber De ont été des déceptions. Demeurent ses participations frappadingues à The Incredible Burt Wonderstone et Kick-Ass 2…Beaucoup plus rare sur les écrans, si l’on excepte The Bad Batch d’Ana Lily Amirpour et Jim et Andy (exceptionnel documentaire sur le tournage de Man on the Moon de Milos Forman) diffusés sur la plateforme Netflix, ainsi que la série Kidding réalisée par Michel Gondry et diffusée sur Showtime, Jim Carrey préfère désormais se consacrer à la peinture. Autant dire que l’on accueillait à bras ouverts le thriller Dark Crimes rebaptisé Dark Murders (!) dans nos contrées. Un thriller qui lorgnait apparemment sur le 8 millimètres de Joel Schumacher. Malheureusement, ce film glacial et neurasthénique est un impressionnant échec artistique où les comédiens arborent un masque figé du début à la fin dans des décors monochromes. Lame de rasoir vendue séparément.

Tadek, un policier polonais, enquête sur le meurtre d’un homme d’affaires non résolu. Il découvre que son assassinat est semblable à celui décrit dans un roman de l’écrivain Krystov Koslow. Obsédé par ce crime, Tadek rencontre la petite amie de ce dernier, Kasia, qui va le faire plonger dans un monde souterrain pervers, où règnent la corruption et le sexe.

On se réjouissait de la confrontation Jim Carrey-Charlotte Gainsbourg. Hélas, Dark Murders n’est qu’une succession de vignettes filmées en plan fixe, éclairées à la lampe torche, dont le rythme n’a rien à envier à celui d’un épisode de Louis la brocante. Limite caricatural, le film se complaît dans les scènes froides et glauques, à mi-chemin entre les films Millénium adaptés de l’oeuvre de Stieg Larsson et la première saison de Top of the Lake de Jane Campion, sans jamais rendre son personnage principal attachant ou intéressant. Production américano-polonaise inspirée par un fait divers relaté en 2008 dans un article de David Grann publié dans New Yorker, Dark Murders a été tourné en Pologne, avec des comédiens du cru, ce qui nous vaut quelques sourires quand les personnages, supposés être polonais, s’expriment dans la langue de Shakespeare avec un accent à couper au couteau (dans l’eau).

Jim Carrey se projette pourtant avec conviction dans ce personnage torturé, quasi-mutique, qui délaisse sa femme et sa fille au profit de son enquête. Animé par le sens de la justice, il va devoir batailler pour prouver la culpabilité du dénommé Krystov Kozlow (minéral Marton Csokas) que tout semble accuser. Charlotte Gainsbourg donne également de sa personne et n’hésite pas à se désaper face caméra dans une atmosphère crade et souvent repoussante. Le dénouement (si vous arrivez jusque-là) et le casting sont bien les seules choses à sauver de cette entreprise signée pourtant par Alexandros Avranas, Lion d’argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise en 2013 pour Miss Violence.

Avec son visage taillé à la serpe, ses rides creusées et son regard usé, Jim Carrey n’a jamais été aussi charismatique et il serait temps que de grands cinéastes profitent de cet immense talent gâché laissé sur le banc de touche. Et ce n’est pas le film Sonic the Hedgehog adapté du jeu Sega qui va arranger les choses…

LE BLU-RAY

Dark Murders date de 2016 et aura eu du mal à arriver dans les bacs français. C’est désormais chose faite grâce à l’éditeur Condor Entertainment. Le Blu-ray est disposé dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. En revanche, l’éditeur aurait pu choisir une autre photo de Charlotte Gainsbourg, plutôt que ce cliché où la comédienne semble s’être levée du lit quelques secondes auparavant. Le menu principal est animé et musical.

Aucun bonus.

L’Image et le son

Les partis pris sont à l’image du film, froids, glacials, sans aucune aspérité. A côté de ça, la clarté est de mise, le piqué quasi-chirurgical (mention spéciale à la barbe de Jim Carrey), les contrastes denses et le relief omniprésent.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 se révèlent particulièrement sobres, mais instaurent un confort acoustique suffisant. En version originale, les dialogues auraient néanmoins mérité d’être un peu plus relevés sur la centrale, mais nous vous conseillons d’éviter l’horrible doublage français. D’ailleurs, Emmanuel Curtil ne prête pas sa voix à Jim Carrey. Dans les deux cas, la spatialisation musicale est présente, les latérales soutiennent l’ensemble comme il se doit, les ambiances naturelles ne manquent pas.


Crédits images : © LAMF TC LTD / Condor Entertainment / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Testament du Dr. Mabuse, réalisé par Fritz Lang

LE TESTAMENT DU DR. MABUSE (Das Testament des Dr. Mabuse) réalisé par Fritz Lang, disponible le 16 avril 2019 en combo DVD/Blu-ray chez Tamasa Diffusion

Acteurs : Rudolf Klein-Rogge, Otto Wernicke, Oscar Beregi Sr., Theodor Loos, Gustav Diess, lTheo Lingen…

Scénario : Fritz Lang, Thea von Harbou d’après le roman de Norbert Jacques

Photographie : Károly Vass, Fritz Arno Wagner

Musique : Hans Erdmann

Durée : 2h01

Année de sortie : 1933

LE FILM

Devenu fou, Mabuse, le célèbre criminel, est interné dans un hôpital psychiatrique. Grâce à l’hypnose, il tient en son pouvoir Baum, le directeur de l’asile. Ainsi, il parvient à remettre sur pied une inquiétante bande de malfaiteurs, qui sera confrontée au commissaire Lohmann…

« Quand les hommes seront dominés par la terreur, rendus fous d’épouvante, que le chaos sera la loi suprême, l’heure de l’empire du crime sera arrivée ».

Onze ans après Docteur Mabuse, le joueurDoktor Mabuse, der Spieler, Fritz Lang décide de donner suite à son film en deux épisodes sorti en 1922 avec Le Testament du docteur MabuseDas Testament des Dr. Mabuse. 1933. Année fatidique. Le réalisateur reprend son personnage pour évoquer la situation de l’Allemagne, en particulier la montée du nazisme durant la crise économique. Les mystères sombres de l’âme humaine manipulée par l’hypnose, la corruption de la société, la manipulation des masses, le soulèvement d’un nouveau pouvoir sont au coeur du Testament du docteur Mabuse, qui sera suivi d’un ultime épisode en 1960, Le Diabolique Docteur MabuseDie tausend Augen von Dr Mabuse, par ailleurs le dernier film de Fritz Lang. Le cinéaste, inquiet (euphémisme) devant l’avènement d’Adolf Hitler au pouvoir, tourne donc ce nouveau Mabuse à partir d’un scénario de Thea von Harbou, son épouse, qui soutient les idées nationalistes et conservatrices (avant de soutenir publiquement le projet nazi), pensé comme « une allégorie pour montrer les procédés terroristes d’Hitler » ainsi que le décrira le réalisateur. Notons que le tournage d’une version française signée René Sti avait été réalisé en parallèle de la mouture de Fritz Lang.

Le film raconte l’histoire du Dr Mabuse qui dirige, de l’asile psychiatrique où il est interné, un gang de malfaiteurs et le docteur Baum, directeur de l’établissement, grâce à ses pouvoirs hypnotiques, tandis que le commissaire Karl Lohmann et le bandit repenti Kent tentent de démanteler le réseau.

Le personnage du Dr Mabuse renvoie directement au Surhomme prôné par Hitler, ce qui introduit ici une dimension fantastique caractérisée par l’utilisation de quelques effets spéciaux, particulièrement réussis. Le Testament du docteur Mabuse est rétrospectivement le premier film intentionnellement anti-nazi de Fritz Lang, son deuxième parlant, d’autant plus que le cinéaste n’hésite pas à reprendre certains slogans et doctrines du nazisme, pour les mettre dans la bouche du personnage éponyme et d’autres criminels. La projection du film est évidemment interdite en Allemagne en 1933 et ne sortira qu’en 1951. Pourtant, à l’avènement du Troisième Reich, Joseph Goebbels, ministre de la propagande et de l’information du régime, grand admirateur des films de Fritz Lang (comme Hitler d’ailleurs), propose au cinéaste de prendre la tête du département cinématographique de son ministère, dans le but de réaliser les films à la gloire du parti nazi. Après cette annonce qu’il décline poliment, Fritz Lang divorce de Thea von Harbou et quitte l’Allemagne pour trouver refuge à Paris, avant de s’envoler pour Hollywood.

Si comme le premier film, Le Testament du docteur Mabuse est basé sur un roman de l’écrivain luxembourgeois Norbert Jacques, Fritz Lang s’empare d’un postulat de départ pour mieux se l’accaparer et tirer un signal d’alarme quant à l’avenir de son pays, de l’Europe et même du monde entier. A travers le personnage de Mabuse, toujours incarné par l’effrayant Rudolf Klein-Rogge, le cinéaste dévoile une logique de faits réalisée dans un but cohérent, développer le crime pour susciter l’inquiétude de la population, afin de mieux la manipuler puisque rendue incapable de réflexion, figée dans l’effroi. Cette mécanique impitoyable est ainsi dépeinte par un des plus grands auteurs et formaliste de l’histoire du cinéma. Non seulement Le Testament du docteur Mabuse, plus une suite à M le Maudit qu’a Docteur Mabuse le joueur dans ses thématiques (le lien étant fait avec le personnage de l’inspecteur Lohmann), est un film passionnant à analyser et à disséquer, mais c’est aussi un divertissement haut de gamme avec son intrigue policière à la serial, ainsi qu’un chef d’oeuvre absolu devant lequel le spectateur reste halluciné par la beauté des plans, la science du montage et son rythme effréné.

Aujourd’hui, Le Testament du Docteur Mabuse inspire toujours autant les cinéastes et écrivains contemporains, à commencer par M. Night Shyamalan dont le dernier film en date, Glass, rappelle parfois l’oeuvre de Fritz Lang, ainsi que Stephen King avec Fin de ronde, dernier opus de la trilogie Bill Hodges, dans lequel un criminel, pourtant immobile sur son lit d’hôpital, continue de semer la terreur en prenant possession de l’esprit d’un docteur. Inépuisable, intemporel, inaltérable.

LE BLU-RAY

Après une première édition en DVD chez Opening, le chef d’oeuvre de Fritz Lang fait son retour dans les bacs par la grande porte chez Tamasa Diffusion où il est particulièrement choyé. Ce Digipack très élégant se compose du DVD, du Blu-ray et d’un livret de 16 pages, proposant un retour sur Le Testament du docteur Mabuse, tiré d’un article publié dans La Revue du Cinéma (Hors-série, n°24). Le menu principal est fixe et bruité.

Pour accompagner Le Testament du Dr. Mabuse, Tamasa propose une intervention de Faruk Günaltay (19’). Le directeur du cinéma l’Odyssée de Strasbourg dissèque le fond et la forme du chef d’oeuvre de Fritz Lang. La production du film, le travail sur le son, le casting, la métaphore sur la nazisme, les effets de cadrage et tout un tas d’éléments sont abordés au cours de cette présentation passionnante – qui complète également les propos sur M le Maudit disponibles sur l’édition Blu-ray/DVD chez Tamasa – durant laquelle quelques séquences sont également analysées.

L’Image et le son

La restauration impressionne très souvent. Le master est issu d’un scan 2K mis entre les mains expertes des magiciens de L’Immagine Ritrovata de Bologne et le Blu-ray ici présent est au format 1080p. Le gros point fort de cette édition est la restitution des nombreux gros plans, surtout et essentiellement durant les scènes très éclairées. Le piqué est dingue, la propreté indéniable (même si quelques points blancs subsistent), les détails confondants. C’est forcément plus aléatoire sur les séquences sombres avec une définition sensiblement chancelante, mais la qualité reste au rendez-vous du début à la fin avec un grain cinéma tout ce qu’il y a de plus flatteur.

Comme sur M le Maudit, la bande-son allemande sous-titrée en français respecte l’idée originale de Fritz Lang avec des contrastes saisissants entre les scènes sonores et muettes. Un souffle chronique est inhérent à l’âge du film, mais ne dérange pas l’écoute. Le mixage est propre, équilibré, les bruitages précis, les dialogues sensiblement pincés, mais intelligibles.

Crédits images : © Nero-Film/Praesens – TDR – DVD / Tamasa Diffusion / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Premières vacances, réalisé par Patrick Cassir

PREMIÈRES VACANCES réalisé par Patrick Cassir, disponible le 8 mai 2019 en DVD et Blu-ray chez Le Pacte

Acteurs : Camille Chamoux, Jonathan Cohen, Camille Cottin, Jérémie Elkaïm, Vincent Dedienne, Dominique Valadié, Svetlana Gergova, Bar Levy…

Scénario : Camille Chamoux, Patrick Cassir

Photographie : Yannick Ressigeac

Musique : Alexandre Lier, Sylvain Ohrel, Nicolas Weil

Durée : 1h42

Année de sortie : 2018

LE FILM

Marion et Ben, trentenaires, font connaissance sur Tinder. C’est à peu près tout ce qu’ils ont en commun ; mais les contraires s’attirent, et ils décident au petit matin de leur rencontre de partir ensemble en vacances malgré l’avis de leur entourage. Ils partiront finalement… en Bulgarie, à mi-chemin de leurs destinations rêvées : Beyrouth pour Marion, Biarritz pour Ben. Sans programme précis et, comme ils vont vite le découvrir, avec des conceptions très différentes de ce que doivent être des vacances de rêve…

Il y a les comédies, françaises et autres – car ce serait stupide de considérer que seules les comédies hexagonales sont la plupart du temps ratées – qui semblent avoir été écrites par des adolescents, en style SMS, dans le simple but d’être tournées, sans aucun sens de la mise en scène, pour ensuite finir une seule semaine dans les salles de cinéma. On accueille donc à bras ouverts, non pas l’immonde long métrage de Philippe de Chauveron, mais ces Premières vacances, concoctées par Patrick Cassir et Camille Chamoux. Si le premier, venu du clip (Les Plasticines, Arielle Dombasle, Philippe Katerine, Camelia Jordana, Rose) et de la publicité signe ici son premier long métrage, la seconde a percé depuis quelques années avec ses one-woman-show, puis en apparaissant au cinéma dans Bye Bye Blondie de Virginie Despentes et dans Supercondriaque de Dany Boon. Mais ce sont Les Gazelles, film sorti en 2014 qu’elle co-écrit avec la réalisatrice Mona Achache, qui révèle son univers, son tempérament volcanique et son humour décalé. Après le succès de Larguées d’Eloïse Lang, la comédienne signe le scénario de Premières vacances avec son compagnon Patrick Cassir. Et c’est une belle réussite. Non seulement le film est drôle et bien écrit, mais il donne également matière à réflexion sur l’amour au XXIe siècle dans les grandes villes, tout en offrant à l’excellent Jonathan Cohen l’occasion de briller une fois de plus devant la caméra. Et n’oublions pas la participation de Camille Cottin, Jérémie Elkaïm, Caroline Anglade et d’autres qui campent des personnages satellites qui gravitent autour du noyau central de ce very bad trip qui n’oublie pas d’être romantique.

Marion et Ben font connaissance sur Tinder. Ils se donnent rendez-vous un soir sur le bassin de la Villette. Ils font connaissance. Malgré leurs caractères complètement opposés, le courant passe bien, à tel point qu’ils couchent finalement ensemble et décident de partir en vacances à deux, en dépit des doutes de leurs amis et de leurs familles. Les deux tourtereaux se rendront en Bulgarie, pays qui se situe à mi-chemin de leurs destinations initialement envisagées. Sur place, les caractères, désirs, phobies, doutes et sentiments se dévoilent réellement.

Premières vacances est une sorte de road-movie doux-amer, inspiré, joliment mis en scène avec des paysages étonnants – ceux de la Bulgarie – très peu vus au cinéma. Le rythme est maîtrisé, les répliques tordantes et le couple vedette en parfaite osmose. Camille Chamoux, véritable pile électrique est aussi plus sobre qu’à l’accoutumée, rien de péjoratif à dire cela puisque son personnage est ici plus “relax” que le personnage incarné par Jonathan Cohen. Ce dernier, l’une des plus belles révélations comiques de ces quinze dernières années à la télévision (Bref, Serge le Mytho) et au cinéma (Un plan parfait de Pascal Chaumeil, Budapest de Xavier Gens et dernièrement dans Amanda de Michaël Hers) explose enfin en tant que véritable tête d’affiche. Assurément l’un des acteurs français à suivre de près.

Sur une très belle photographie de Yannick Ressigeac, Premières vacances enchaîne les scènes comme on ferait défiler les pages d’un album de photos souvenirs, avec un rythme soutenu, des péripéties calibrées et bien senties, sans jamais oublier la réflexion qui se fraye un chemin, notamment quand le couple se rend dans un hôtel moderne où le confort social, et donc les vraies différences entre les deux individus, se révèlent et s’exacerbent. C’est donc une vraie bonne surprise que cette comédie, excellente, à placer sur le haut du panier du genre et qui s’avère déjà l’une des réussites de l’année 2019.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Premières vacances, disponible chez Le Pacte, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Pour compléter le film, l’éditeur propose deux entretiens. Le premier avec le réalisateur Patrick Cassir et le second avec les comédiens Camille Chamoux et Jonathan Cohen. Nous retiendrons surtout l’intervention du metteur en scène et co-scénariste qui revient sur son parcours, la genèse du film, l’écriture du scénario avec sa compagne Camille Chamoux. Patrick Cassir explique avoir voulu filmer différemment celle qui partage sa vie. Les scènes improvisées (l’apéro-cul), les thèmes, le tournage en Bulgarie, le travail avec le chef opérateur, les volontés artistiques et partis pris sont également abordés.

Jonathan Cohen et Camille Chamoux reviennent pour ainsi dire sur les mêmes sujets avec enthousiasme et une évidente complicité.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le Pacte frôle la perfection avec le master HD de Premières vacances. Toutes les scènes se déroulant en extérieur impressionnent par leur rendu saisissant. Le piqué reste tranchant comme la lame d’un scalpel, les détails abondent sur le cadre large, la profondeur de champ est appréciable, les contrastes sont denses et la colorimétrie chatoyante. L’encodage AVC consolide l’ensemble, la luminosité ravit constamment les yeux. Un très bel écrin qui sied à ravir à l’élégante photo du chef opérateur Yannick Ressigeac.

Le spectacle est également assuré du point de vue acoustique grâce à un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 qui exploite toutes les enceintes dans leurs moindres recoins. La balance frontale est percutante, les effets nets et précis, les dialogues savamment délivrés sur le point central et les ambiances latérales constantes participent à l’immersion du spectateur. La musique bénéficie d’une belle spatialisation. N’oublions pas le caisson de basses qui tire habilement son épingle du jeu à de multiples reprises. La Stéréo est évidemment plus plate, mais ne démérite pas. L’éditeur joint également une piste audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Le Pacte / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr